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Pr Abdellali Merdaci- Instantanés littéraires d’une ministre en visioconférence (à propos de Med Dib, Kateb Yacine et Ben Cherif)

A propos de Med Dib, Kateb Yacine et Ben Cherif-Instantanés littéraires d’une ministre en visioconférence par le Pr Abdellali Merdaci (opinion)
Intervenant dans un forum international du roman arabe (1) à Djelfa, Mme Soraya Mouloudji, ministre de la Culture et des Arts, a apporté son appréciation personnelle sur le genre, précisément sur son parcours algérien et sur des auteurs typiques, prononçant des contre-vérités qui ne devraient pas engager le gouvernement de M. Larbaoui. Selon le compte-rendu d’Algérie presse service (APS), dans une dépêche datée du 20 février 2024 (2), reprenant les termes de son allocution d’ouverture du forum diffusée en visioconférence au Théâtre régional Ahmed Benbouzid de Djelfa, la ministre a cité trois noms de romanciers d’Algérie, Mohammed Dib, Kateb Yacine et « Mohamed Ben Si Ahmed Bencherif », auréolés d’improbables fortunes littéraires. Et, en la circonstance, elle aura prononcé un acte de foi. Il est toujours difficile de savoir si Mme Mouloudji, universitaire reconnue, a écrit ce discours ou s’il est le fruit de la cogitation d’un vague conseiller. Cette association d’écrivains algériens – ou d’origine algérienne – aux destinées littéraires bien distinctes conforte une méconnaissance de l’histoire, et particulièrement de l’histoire littéraire, lorsqu’elle se pare de l’autorité officielle et accessoirement académique – Mme Mouloudji, sociologue de formation, était avant sa nomination au gouvernement directrice du Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC-Oran). Or, son propos inscrit une perspective de savoir malencontreuse et fausse, de surcroît jouant sur le sens des mots. Regardons donc de près ce qui est en cause.
– L’« écrivain-militant » et « patriote sincère ». En premier, Mohammed Dib : « l’archétype de l’écrivain-militant et du patriote sincère avec un génie supérieur dans l’art du réalisme ». Laissons de côté le « génie supérieur dans l’art du réalisme », une représentation éthérée, pour ne considérer que ces deux qualifications, strictement politiques, qui intéressent au-delà de l’histoire littéraire, l’histoire du pays. Il convient d’y répondre en convoquant des faits précis.
Cette sanction de militance et de patriotisme, sous le sceau d’une histoire littéraire sanctifiée, que délivre ès-qualité la ministre de la Culture et des Arts aux participants du Forum du roman de Djelfa, est bien spécieuse, s’agissant de la longue carrière littéraire de Dib, de 1946, date de publication de son premier poème à sa disparition en 2003, cinquante-sept ans d’âge. Commençons par la période algérienne et par les choix que l’on peut lui imputer (3). Définissons le contexte d’apparition du futur écrivain dans ces années 1940. À cette période, l’Algérie avait connu les terribles tueries génocidaires de Sétif, Guelma et Kherrata, aux mois de mai et de juin 1945. Dans l’actualité politique, les partis les mieux-disant de l’avant-Seconde Guerre mondiale se restructurent à travers la création de deux nouvelles entités, en 1946 : l’Union du Manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas, regroupant le ban et l’arrière-ban du conservatisme et du légalisme politique de l’entre-deux-guerres, et le Mouvement du Triomphe des libertés démocratiques (MTLD), de Messali Hadj, couverture légale du Parti du peuple algérien (PPA, clandestin) qui ne tardait plus à lancer l’Organisation spéciale (OS, 1948), un levier paramilitaire des luttes nationalistes. L’Association des Oulémas musulmans d’Algérie (AOMA), sous la direction de Bachir Brahimi, et le Parti communiste algérien (PCA), où Larbi Bouhali succède à Amar Ouzegane, reprenaient leurs activités.
Selon un mythe, solidement établi, Mohammed Dib aurait été en ces années-là proche des communistes ; en vérité, il était entré depuis l’adolescence scolaire dans la clientèle de l’instituteur communiste Roger Bellissant, maître de musique de la municipalité de Tlemcen, figure du communisme dans l’Ouest algérien (4), faisant chanter aux élèves des écoles de la cité zianide un hymne républicain, sur l’air de « L’Ode à la joie » de Beethoven : « Gloire à toi ! Gloire à toi, Chère école Laïque ! ». Bellissant, bien introduit dans les agapes de la bourgeoisie coloniale tlemcénienne, gardait de sûres influences dans les instances dirigeantes du parti à Alger – et, aussi, ce n’est pas sans importance, dans les couloirs du gouvernement général de l’Algérie. Mais, Dib n’était proche que de sa poésie, qu’il entendait fructifier. En 1948, alors qu’il n’avait publié que quelques vers dans des revues (entre autres dans « Forge » d’Emmanuel Roblès), il se rend aux « Rencontres littéraires de Sidi Madani » organisées aux mois de janvier, février et mars par le Service de la Jeunesse et des Sports du gouvernement général dirigé par Charles Aguesse. Une manifestation culturelle de la France coloniale où devaient se rencontrer écrivains de France (ainsi, Francis Ponge, Jean Tortel, Raymond Queneau, Jean Cayrol, Michel Leiris, Brice Parain ; Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir n’avaient pas exclu se s’y rendre ; André Breton, Paul Éluard, Jean Paulhan étaient annoncés ; Camus, empêché, s’était excusé) et d’Algérie, confirmés ou en devenir (Mohamed Zerrouki ; Malek Bennabi ; Rabi’a Lacheraf, sœur de Mostafa ; Jean Sénac ; Mohammed Dib ; Abdelaziz Khaldi ; Émile Dermenghem et bien d’autres). C’est à cette occasion que Dib rencontre Jean Cayrol, écrivain et résistant, directeur de collection au Seuil, à Paris.
Après Bellissant, Cayrol. Le jeune Dib ne se souciait que de trouver des garants, autant de clés pour ouvrir des portes, souvent dérobées. À trente ans révolus, après avoir nomadisé dans « trente-six métiers, trente-six misères », c’est sur la bienveillante recommandation de Bellissant qu’il est recruté, vers la fin des années 1940, par la rédaction du journal « Alger républicain ». Maintenant une ligne éditoriale autonome par rapport aux dogmes du PCA, le quotidien gardait un encadrement communiste et plusieurs de ses rédacteurs, techniciens et administrateurs avaient leur carte du parti. Dans la fameuse « fratrie rouge » du roman algérien de langue française des années 1950 (Dib, Kateb, Haddad), c’est connu, seul Haddad avait pris sa carte du PCA et réglait régulièrement ses cotisations de militant. Dib avait rencontré dans les locaux du journal Kateb Yacine, auteur d’un recueil de poèmes « Soliloques » (1946), publié à compte d’auteur à l’Imprimerie Thomas à Bône (Annaba), et d’un bref fascicule « Abdelkader et l’indépendance algérienne » (1948), verbatim d’une conférence à la Sorbonne, donné à Abdelkader Mimouni qui venait de fonder à Alger la toute première maison d’édition indigène En Nahda avec le concours de Malek Bennabi, Abdelaziz Khaldi et Mohand-Cherif Sahli. Si Dib s’orientait volontiers vers l’information culturelle, Kateb s’intéressait aux événements sociaux et à la politique internationale. Ils ne devaient pas partager de communes préoccupations et n’avaient pas cosigné des articles du quotidien communisant.
Plus sympathisant que militant du parti, Dib n’a pas fait long feu à « Alger républicain ». Dans leurs souvenirs du quotidien qu’ils ont codirigé, Boualem Khalfa, Henri Alleg et Abdelhamid Benzine établissent un constat sans fioriture : « Lui [Mohammed Dib] n’a aucun problème avec la syntaxe et l’écriture mais plus préoccupé d’une future carrière littéraire, il économise ses efforts et ne prête qu’une attention distante à l’épuisante bataille dans laquelle les autres membres du journal engloutissent toutes leurs forces. Ils ne seront que modérément surpris lorsqu’un jour prétextant une maladie, il prendra un ‘‘congé de quelques jours’’ pour ne plus jamais revenir. Il avait épuisé tout ce qu’il pouvait tirer de sa collaboration à ‘‘Alger républicain’’ et le reste lui importait peu » (5). Philip Zessin, chercheur allemand, explique le départ de Dib par une raison biaisée et fantasque en y associant Kateb Yacine ; il indiquait ainsi : « […] les musulmans se voyaient comme un groupe a part au sein de la rédaction. Ils étaient surtout cantonnés aux tâches subalternes et au travail de correspondance en province. Quelques-uns parmi eux se sentaient marginalisés et sous-estimés dans leurs capacités de travail et leur savoir-faire journalistique : c’est pour ces raisons, notamment, que Kateb Yacine et Mohamed Dib quitteront le journal au début des années 1950 » (6). Les deux compères auraient donc fomenté une fronde contre la direction du titre qui empêchait les Indigènes algériens d’accéder aux postes de responsabilité de la rédaction. Accusation sans fondement, car à l’époque Boualem Khalfa prenait la direction de la rédaction du titre. Cette querelle raciale qui l’aurait agité, il n’en est pas resté des traces dans l’histoire de la presse indigène algérienne de la période coloniale. Mais que s’était-il passé pour provoquer l’étonnant écart de Dib, quittant sans prévenir la rédaction du quotidien cryptocommuniste ? Sous le contrôle de Jean Cayrol, le Seuil, qui l’avait informé de l’acception de son manuscrit, avait entrepris de travailler avec Dib sur les épreuves préparatoires de « La Grande maison » (1952). Cela justifiait un séjour par intermittence en France et une peu honorable désertion en rase campagne. Et, plus nettement, un tournant considérable dans l’itinéraire du jeune homme.
Observons que jusque-là, en 1952, il n’y a aucune trace de « l’écrivain-militant » ou du « patriote sincère » Mohammed Dib, étiquettes plus alléguées par Mme la ministre que réelles. Et, les manitous à plumes du parti ne manquaient pas d’éreinter la prose du romancier débutant, ainsi Sadek Hadjerès dans la revue communiste « Progrès » (mai 1953) et René Justrabo dans « Liberté », l’organe officiel du parti. En 1954, « L’Incendie », chaleureusement accueilli et chroniqué par l’écrivain communiste Louis Aragon, autre garant providentiel, dans les colonnes des « Lettres françaises », approfondissait les désaccords du parti avec l’auteur. Dans une réédition ultérieure, l’auteur en réécrivait certains passages, notamment sur le distinguo entre « bons » et « mauvais » Français, quasiment sous la dictée de ses contempteurs communistes (7).
Le 1er novembre 1954, la guerre anticoloniale commençait sous l’égide du Front de libération nationale (FLN). Quelques mois après, en 1955, des militants aguerris du PCA s’engageaient dans la lutte armée pour l’indépendance. Les « maquis rouges » témoigneront, avec leurs héros et leurs martyrs, de la vaillante histoire des communistes algériens libérés des doctrines attentistes de leurs camarades français (8). À l’issue de négociations serrées entre Sadek Hadjerès et Bachir Ali, délégués par le parti, et Abane Ramdane, par le FLN, les communistes étaient appelés, au mois de juillet 1956, à intégrer à titre individuel le FLN et son organisation militaire, l’Armée de libération nationale (ALN).
Venons-en à l’engagement politico-idéologique le plus clair de Dib en cette période. Le 22 janvier 1956, dans le pays éprouvé par une terrible guerre anticoloniale qui emportait bien de convictions chevillées dans les communautés européenne et indigène de l’Algérie, le « romancier Dib » cosigne avec deux cents Algériens (Européens et Indigènes) le manifeste « Fraternité algérienne », récusant les attentes de la déclaration solennelle du 1er novembre 1954 du FLN et la légitimité de la Guerre d’Indépendance. Dib, comme ses cosignataires, pouvait s’accrocher à une Algérie multiculturelle illusoire où devraient trouver leur juste place Européens et Indigènes. Une Algérie française, sous de nouveaux paravents. Inutile de chercher-là « l’archétype de l’écrivain-militant » ou l’élan d’un « patriote sincère » assumé au moment où des Algériens, de tous âges (y compris des enfants) et de toutes conditions, allaient offrir par centaines, bientôt par milliers, leur vie à une idée qui dure, l’indépendance.
Dib écrit, en 1959, « Un Été africain », un roman alimentant les rumeurs d’une guerre secrète et lointaine, évocation déshistorisée des Combattants de la Liberté (CDL, communiste). C’est sa dernière année de résidence permanente en Algérie. Cette année-là, il aurait fait l’objet d’une interdiction de séjour en Algérie. Pour quel motif ? Était-il un fervent et remuant militant nationaliste ? Seulement, un commis aux écritures comptables d’une petite entreprise privée, suffisamment effacé pour attirer l’attention des polices coloniales. Assurément, il écrivait des romans, mais en quoi sa prose aurait-elle troublé l’ordre public ? En 1958, dans « La Dernière impression », Malek Haddad, peu enclin aux demi-mots, décrivait crûment la guerre d’Algérie, sans encourir la moindre réquisition de la justice et de la police coloniales. Pourquoi cette sentence contre Dib et quelles en sont les raisons ? Qu’elle soit prononcée par un officier de police ou un juge de l’État colonial, les traces de cette décision d’interdiction de séjour du commis aux écritures comptables et écrivain Mohammed Dib doivent être conservées dans les archives du gouvernement général de l’Algérie, aujourd’hui transférées en France, accessibles aux chercheurs et, surtout, signalées dans leurs travaux. Ce n’est pas le cas. Ladite décision – existe-t-elle matériellement ? – a été communiquée verbalement par Dib et les Bellissant. Le romancier quittera en catimini l’Algérie pour ne plus y revenir, comme le journaliste quittera sans avertir « Alger républicain » pour ne plus y revenir. Encore une désertion. Hypothétiquement exfiltré d’Algérie par sa belle-famille française, Dib rejoindra la France pour s’installer à Mougins (Sud) dans la maison de Roger Bellissant dont il avait épousé une des filles, Colette, en 1951. Il ne retournera épisodiquement dans l’Algérie indépendante qu’en touriste. À la rentrée littéraire de l’automne 1962, il donne à son éditeur Seuil, « Qui se souvient de la mer », un récit métonymique, le moment faible de la rhétorique, qui n’était qu’un livre creux sur une guerre d’ombres et de démons. Fut-elle seulement celle des Algériens ?
Juillet 1962, le colonialisme français est définitivement vaincu. La Guerre d’Algérie des Écrivains, parlons-en. Quitte à se répéter : où est l’introuvable « archétype de l’écrivain-militant » et le « patriote sincère », transcendant le combat national, qu’aurait incarné Mohammed Dib ? Plusieurs écrivains des années 1950, romanciers, poètes et poétesses derrière les murs des prisons, dramaturges, essayistes, ont rejoint le Front de la libération nationale. Certains d’entre eux sont tombés en martyrs ; ils méritent que leurs noms soient rappelés : Ahmed-Réda Houhou (1910-1956), Tewfiq Khaznadar (1921-1956), enlevés et assassinés à Constantine par une milice de l’armée coloniale, la sinistre « Main rouge » ; Rabi’e Bouchama (1916-1959) et Abdelkrim Aggoune (1918-1959), sortis des rangs des ouléma badissiens, tombés dans les mêmes conditions à Alger, en 1959, sous la mitraille de l’armée coloniale ; Ali Maâchi (1927-1958), poète-chantant, torturé, assassiné et suspendu par les pieds à un tremble de la place Carnot (aujourd’hui des Martyrs) dans sa ville Tiaret. Ce sont des milliers, des centaines de milliers, des millions d’Algériens, tués à l’ennemi, dont le meurtre par la France coloniale est gravé dans le marbre des sacrifices. Dib ne croyait pas à ce pays d’espérance qu’était l’Algérie dans son combat pour la dignité.
Au sortir de juillet 1962, Dib était-il Algérien ou Français ? Lors des négociations d’Évian, conclues le 18 mars 1962 avec le gouvernement du général de Gaulle, les représentants du FLN avaient répudié le principe de la double nationalité défendu par la partie française. Les Français ont souhaité que les Européens et les fonctionnaires indigènes algériens de l’État colonial puissent bénéficier exceptionnellement de la double nationalité française et algérienne, mais le FLN s’était fermement opposé à la possibilité d’une « supranationalité » pour une catégorie de résidents en Algérie. Les anciens habitants de l’Algérie pouvaient faire le choix de l’une et l’autre des nationalités proposées. Dib n’était pas retourné en Algérie après l’indépendance pour certifier son algérianité ; il était doublement Français, par la naturalisation française collective des Algériens et par son mariage avec une Française, et il n’était pas, en conséquence, tenu de faire une déclaration solennelle de francité.
Il n’y a rien à dire sur le Dib de l’Indépendance, voguant sur les abysses français, absent, totalement absent, sur lequel des universitaires algériens écrivent encore une mythologie résolument mensongère. L’auteur de la trilogie « Algérie (1952-1957) » est plus connu dans le pays indépendant par l’adaptation de ses premiers romans par la télévision nationale. « El Harik » (RTA, 1974) de Mustapha Badie supplantait l’œuvre écrite qui n’était pas lue, même si elle apparaissait jusqu’aux années 1970 sous forme d’extraits dans les manuels de langue française des écoles d’Algérie. La survie algérienne de Dib procède d’une équivoque : l’image de la télévision nationale a transfiguré les personnages et les événements de ses récits. Après quelques tentatives littéraires algériennes sans lendemain (« Cours sur la rive sauvage », 1964 ; « La Danse du roi », 1968 ; « Dieu en Barbarie », 1970 ; « Le Maître de chasse », 1973), il s’éloigne de la patrie, naissant dans les cendres de la guerre, dont il n’a jamais porté le souffle.
Dans son testament, Mohammed Dib fait la donation de ses archives littéraires, une trentaine de cartons, à la Bibliothèque nationale française, phare culturel du pays où il a choisi de vivre et de mourir (9). S’il avait encore une attache avec le pays de ses racines, c’est à la Bibliothèque nationale d’Algérie, relevant du ministère de la Culture et des Arts, ou à un Centre de recherche national du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qu’il aurait destiné ce legs. Il est vrai que l’Algérie n’était plus dans ses comptes. Il a fait, depuis 1959, le choix consciencieux de sa famille française, de la France et de ses institutions : il leur appartient pleinement. Dib était, bien entendu, libre de faire ses choix, près de la France, loin de l’Algérie. Il est seulement regrettable que des Algériens, y compris une ministre de la République, continuent à pousser des surenchères sur un destin d’écrivain qui, depuis longtemps, n’était plus de leur société, de leur pays.
– Sur Kateb Yacine et la langue française. Mme la ministre a noté, selon Algérie presse service, « la célèbre phrase de l’écrivain auteur de la célèbre ‘‘Nedjma’’, Kateb Yacine, qui disait ‘‘J’écris en français pour dire aux Français que je ne suis pas Français’’, relevant qu’‘‘un mythe ne deviendra jamais réalité’’ ». Il y a, ici, malgré la confusion de la formulation, une surimpression de positions sur la langue française étrangères à Kateb Yacine. Les thèses de Kateb sur la langue française ont été exposées, en 1948, dans un article du journal « Combat » de Pascal Pia et Albert Camus. L’auteur, séjournant à Paris, défrayé par le gouverneur général Yves Chataigneau (10), bénéficiant de ses recommandations appuyées auprès de l’écrivain André Chamson, allait publier au Mercure de France son poème « Nedjma ou le poème ou le couteau » (1948), annonçant l’œuvre à venir.
Que disait Kateb aux lecteurs de « Combat » ? Que dans l’Algérie française, la langue du colonisateur est consentie préférentiellement à des éléments de la population indigène, dans le but de servir la colonisation française dans des emplois, le plus souvent subalternes. Des tribus, des lignages, des familles ont accédé sélectivement aux écoles de la colonie. Un choix implacable accrédité par les édiles de la colonie, qui ont reconnu leurs potentiels employés, ânonnant un français de kermesse foraine. Kateb Yacine oubliait que sa tribu étoilée n’a pas été écartée de la distribution du français par l’école coloniale. Un de ses grands oncles, Abdelaziz Kateb, promu à la rare responsabilité d’interprète principal du gouvernement général de l’Algérie dans les années 1920-1930, avait écrit un poème « Dinar Baal » (repris à titre posthume par Roblès dans le n° 2 de sa revue « Forge » datée de février 1947, pp. 26-30) et son grand-père maternel, Si Ahmed Elghazali Kateb, cadi malékite à Condé-Smendou (Zighoud Youcef), était publié en bonne place dans l’anthologie inaugurale de la poésie algérienne de langue arabe éditée à Tunis, en 1926, par El Hadi Ez-Zahiri Essenoussi. Dans cette parentèle, Odette-Zouleikha Kateb, élue de la municipalité de Bône, lectrice amoureuse des poètes romantiques, préfacière des vers du jeune Yacine, pratiquait une langue française classique. Voici ce qu’elle a retenu dans sa préface de « Soliloques » des héritages du jeune Yacine : « Il est le petit-fils du fin et suave poète arabe, Si Ahmed Elghazali Kateb, et neveu de Kateb Abdelaziz, auteur de poésies en Français (‘‘Salammbô’’) et en Arabe ». Certes, il ne venait pas de nulle part…
Les langues de l’Algérie coloniale – arabe littéraire, arabe algérien, français – se projettent dans le patrimoine de la tribu. Et la veine artistique était partagée dans toutes les générations de la vaste famille. Le père de Yacine, médersien, lettré non sans afféterie, coutumier d’envolées poétiques lyriques, exerçait à Bougaâ, dans le Sétifois, la fonction de défenseur auprès des justices musulmanes de la région. La mère lui prodiguait un théâtre enchanteur en arabe dialectal. L’auteur de « Nedjma » (1956) est l’enfant de toutes ces langues chamarrées semées dans la tribu. Dans « Jardin parmi les flammes » (11), il admet que le choix de la langue française n’a pas été une source de conflits insurmontables et que sa mère, davantage que son père, l’a poussé vers l’école française (12). Écrivain, il fourbira une lecture de la question linguistique sur le registre politique. Ainsi, il déclarait, en 1956, à Geneviève Serreau : « On ne se sert pas en vain d’une langue et d’une culture universelle pour humilier un peuple dans son âme. Tôt ou tard, le peuple s’empare de cette langue, de cette culture, et il en fait les armes à longue portée de sa libération » (13).
Position surjouée ? Le peuple algérien ne s’est emparé de rien. Ces « armes de longue portée » n’étaient pas consenties à tous dans la colonie, en tout cas jamais au peuple qui n’a pas prospéré dans le compagnonnage d’El Farabi et de Baudelaire. Avec, selon les auteurs entre 85 et 95 % de la population indigène analphabète, l’école coloniale n’a jamais été un modèle de vertu. Il est pourtant ardu de prêter à Kateb le malaise dans la langue du colonisateur qu’a éprouvé Malek Aimé Haddad, fils de l’instituteur kabyle naturalisé français Slimane Haddad, pour qui la langue française, l’unique véhicule des échanges familiaux, a été un drame freudien. Il faudrait relire « Les Zéros tournent en rond » (1961) du bourlingueur constantinois, la charge la plus tranchée de la génération d’écrivains de langue française des années 1950 sur l’usage proprement littéraire de la langue française. Cet ergotage autour de la langue hégémonique de la colonie était un plaisant amusement de privilégiés, acteurs urbanisés de la modernité coloniale, qui en dressaient la scène à leur convenance. Le français littéraire de Kateb ne le rapprochait pas du peuple ; il l’en séparait.
Après l’indépendance et de cuisants insuccès littéraire, notamment le flop de sa pièce de théâtre « L’Homme aux sandales de caoutchouc » (1970), Kateb, abandonné par l’éditeur Seuil, avait décidé de ne plus publier de fiction en langue française. À Alger et à Bel Abbès, il a certainement fait des choix démagogiques relativement aux langues arabe et tamazight dans un théâtre populiste et essentialiste. Stratégie de repli vers des cultures allogènes d’un écrivain qui se savait condamné, faute d’œuvres édifiantes, par la postérité littéraire ? En 1987, il reçoit, contre toute attente, le Grand Prix littéraire de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre, récompense officielle de l’État français, qui l’intègre tout autant dans le champ littéraire que dans le patrimoine littéraire français. Cette consécration, non sans arrière-pensée, est une sorte de rachat tardif, puisque l’écrivain Kateb n’écrivait plus en langue française. Il ne devait pas s’en dédire. À défaut de continuer à proclamer qu’il écrit en français pour scander bruyamment qu’il n’est pas Français, ainsi que l’illustre Mme Mouloudji dans une pose prodigieuse de rebelle devant l’éternité, Kateb a accepté, sans ses coups d’éclat habituels, que son œuvre soit primée, naturalisée française et versée au bilan de la littérature française par le gouvernement de l’ancienne puissance coloniale. En fait, un troublant renversement de situation. À l’instar de Kateb, les écrivains algériens de langue française ont aimé désespérément la France et la langue française, amantes perverses, pour les renier. Convient-il, à propos de la question linguistique, singulièrement de la langue française, de leur forger d’insensés mythes fondateurs ?
– Ben Cherif, caïd des caïds. Est-ce une simple concession d’un personnage officiel de l’État à Djelfa, qui organise ce forum du roman ? Algérie presse service rapporte : « Elle [Mme Mouloudji] a souligné en outre, que la wilaya de Djelfa qui abrite le Forum international du roman auquel participe [sic] nombre de romanciers et critiques littéraires, ‘‘a enfanté Mohamed Ben Si Ahmed Bencherif (1879-1921) auteur du premier texte romanesque contemporain algérien’’ ». Voilà, exposé par la ministre de la Culture et des Arts, un inusable poncif sur l’âge du roman. Qui se souvient dans l’espace littéraire algérien de la polémique entre Abrous Outoudert, fringant collaborateur de la page culturelle d’« El Moudjahid », et le P. Jean Déjeux (1921-1993), autodidacte, aide-bibliothécaire surnuméraire au Centre diocésain d’Alger et suprême maître des études littéraires algériennes ? Le champion d’Outoudert était Abdelkader Hadj Hamou (1891-1953), natif de Miliana, agent d’envergure de la colonie, publiant en 1925, chez l’éditeur parisien Le Tour du Monde son roman « Zohra, la femme du mineur », bientôt vice-président de l’association des Écrivains algériens (AEA, d’inspiration colonialiste). Déjeux mettait au premier plan le « Capitaine Ben Cherif, caïd des caïds » (c’était sa signature convenue), confiant à l’instigation du gouverneur général de l’Algérie Charles Célestin Jonnart, son roman « Ahmed Ben Mostefa, goumier » (1920) à la maison d’édition franco-suisse Payot. Outoudert et Déjeux se trompaient. Le curé défroqué, factotum au Collège diocésain d’Alger, qui trône toujours – trente ans après sa disparition – sur les études littéraires maghrébines, n’ignorait sans doute pas le roman d’Étienne Dinet et Slimen Ben Ibrahim Baâmer « Khadra, la danseuse des Ouled Naïls », publié en 1910 par l’Édition d’Art Henri Piazza, à Paris, ouvrage largement répandu en son temps dans les librairies et les bibliothèques d’Algérie pour qu’il en reste un exemplaire dans les catacombes de l’archevêché d’Alger.
Le P. Déjeux témoignait, sans doute, d’un mépris rugueux envers cet invraisemblable attelage littéraire. Un peintre orientaliste réputé, ami du sculpteur Rodin et de distingués artistes et écrivains du tournant des XIXe et XXe siècle, visiteur du soir d’un président de la République en toute-puissance, s’enterrant dans l’oasis de Bou Saâda, s’affiliant selon la vox populi à la religion des « naturels » (terme utilisé dans les premiers écrits de Déjeux pour désigner les Algériens, selon la plus vile conceptualisation ethnographique), répudiant le catholicisme pour l’Islam. Et, son guide saharien, issu d’une tribu du Mzab, selon une méchante vulgate, « aussi analphabète que le cul pelé de l’âne ». Que de sulfureux scandales ! Mais, l’aide-bibliothécaire diocésain méconnaissait le roman-feuilleton « Musulmans et Chrétiennes » d’Ahmed Bouri, instituteur de Nedroma, publié en 1910-1911 à Oran par l’hebdomadaire indigénophile « El Hack. Le Petit Égyptien ». Et, aussi, précédant Bouri, Omar Samar, le tout premier romancier du monde arabe et du continent africain, publiant à Bône en 1893 et 1895, ses deux romans feuilletons « Ali, ô mon frère ! » (« El Hack ») et « Divagations d’âmes. Roman de mœurs exotiques et mondaines » (« L’Éclair-La Bataille algérienne »). Les œuvres de ces deux auteurs ont été édités par mes soins, en 2003 et 2007, pour Samar, et en 2007, pour Bouri, dont les tirages sont épuisés, sont enregistrés et disponibles auprès de la Bibliothèque nationale, à Alger.
Djelfa devrait-elle s’enorgueillir d’avoir « enfanté » le« caïd des caïds Ben Cherif », de la faction des Ouled Si Ahmed, membre de la puissante fédération des Ouled Sidi Cheikh ralliée à la France après l’avoir combattue ? En effaçant, bien entendu son terrible passif de massacres algériens et marocains ? Et, avec la ministre, lui concéder une douteuse complaisance ? Notre Algérie d’aujourd’hui a-t-elle la vocation d’ériger des statues sur le sable des consensus fabriqués au moment où elles tombent partout dans le monde ? Le caïd Ben Cherif était un soldat de la France coloniale, de cette France qui décimait sans répit des populations en Algérie, puis au Maroc, leur imposant par le feu une sanglante domination coloniale. Il a participé, dès 1908, aux violentes et barbares campagnes de « pacification » du Maroc (14), relevant sans ambigüité dans le texte de son roman la charte de son engagement pour la « nation éminente » : « l’étendard vert flottera pour la gloire de la France » (« Ahmed Ben Mostapha », p. 15) ? Porter le fusil pour la France, combattre et tuer ses ennemis, voilà l’homme et le soldat. C’est le « caïd des caïds » des Ouled Si Ahmed qui s’est porté devant l’épidémie de typhus qui avait frappé la localité de Djelfa, en 1921, et qui en est mort. En fidèle serviteur de la France. Cette assignation coloniale ne lui enlève-t-elle pas le droit à une postérité algérienne ?
L’histoire de l’Algérie s’écrit aussi à Djelfa. L’Algérie devrait-elle célébrer et ressasser le ressouvenir – joyeux et ému – de tous les satrapes de la colonisation française ? À quand le tour des Bengana dans la belle et résistante Biskra et celui de tous les histrions de la Troisième voie du dernier quart d’heure de l’Algérie française dans les villes et campagnes du pays ? Laissons travailler là-dessus les spécialistes de la Grande Histoire. Restons dans l’âge du roman algérien. Ben Cherif n’est, en pure arithmétique, après Samar, Dinet (15) et Ben Ibrahim, et Bouri, que le cinquième romancier algérien (16) dans l’histoire encore étroite du genre dans l’Algérie coloniale. La hiérarchie établie par le P. Déjeux est désormais caduque.
Cependant, quelles conclusions tirer des déclarations invérifiées de Mme la ministre de la Culture et des Arts ? Je l’ai déjà dit et écrit en maintes circonstances : l’histoire de la littérature algérienne de langue française demeure la part pestiférée de la recherche littéraire en Algérie dans une Université qui reste toujours en 2024, soumise dans ce domaine pieds et poings liés au magistère d’un curé diocésain et de ses disciples français et algériens actuels. En quoi Dib, qui a fui l’Algérie en 1959, Kateb Yacine, qui n’a jamais milité que pour sa personne, et le « caïd des caïds » Ben Cherif, agent de la France coloniale exterminatrice, sont-ils dans le discours officiel d’une ministre en exercice des symboles de l’Algérie ? L’Algérie du 1er-Novembre 1954 ne peut être celle des désertions à l’aube, des pensées tièdes et des caïds coloniaux en manœuvre.
Notes
1. Je salue et soutiens le Forum du roman de Djelfa et félicite ses organisateurs pour une initiative qui, je l’espère, fera date dans l’histoire du genre autant en Algérie que dans le monde arabe.
2. Dépêche reprise dans son intégralité dans la presse algérienne, entre autres dans « Le Soir d’Algérie » (24 février 2024).
3. Voir pour de plus amples développements, Abdellali Merdaci, « Mohammed Dib dans l’Algérie coloniale. Variations sur l’auteur », « Resolang, Littérature, linguistique & didactique », Numéro spécial Hors-série : « Dire, écrire, représenter, lire l’Histoire », novembre 2012, pp. 93-109.
4. Cf. la notice que lui consacre René Gallissot dans « Algérie : Engagements sociaux et question nationale. De la colonisation à l’indépendance, de 1830 à 1962. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Maghreb », Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2006, pp. 102-103.
5. Boualem Khalfa, Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, « La Grande aventure d’‘‘Alger républicain’’ », Alger, Librairie El Ijtihad, 2010, p. 87.
6. Phillip Zessin, « Presse et journalistes ‘‘indigènes’’ en Algérie coloniale (années 1890-années 1950) », « Le Mouvement Social », 2011/3, n° 236, p. 45.
7. Le texte de « L’Incendie », en circulation actuellement, est celui de l’édition remaniée de 1968. Les lecteurs communistes reprochaient à Dib une vision restreinte, peu informée et manichéenne sur la communauté européenne d’Algérie.
8. Cf. Alain Ruscio, « Les Communistes et l’Algérie. Des origines à la guerre d’Algérie, 1920-1962 », Paris, La Découverte (Voir, pp. 291-342).
9. Sur cette question, je renvoie à mes différentes contributions rassemblées dans le dossier « Les Archives de Mohammed Dib » du site d’information en ligne « Algérie 54 ».
10. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, compagnon de la Libération, nommé à Alger, en 1944, par le général de Gaulle, chef de la France libre, Yves Chataigneau est le chef de l’État colonial français qui a ordonné aux mois de mai et de juin 1945 les bombardements de Sétif, Guelma et Kherrata par l’aviation, la marine et l’artillerie françaises, encourageant les représailles des corps de sécurité et des milices civiles contre des Indigènes algériens désarmés. Le chiffre de 45 000 victimes algériennes a été retenu par l’historiographie algérienne. L’entrée de Kateb Yacine dans le champ littéraire germanopratin sous les auspices d’Yves Chataigneau, gouverneur assassin d’Algériens, ne lui a jamais été reprochée ; elle est même effacée dans l’histoire littéraire algérienne actuelle.
Pr Abdellali Merdaci
11. Cf. sur cet aspect, Abdellali Merdaci, « De l’indécidable père et de la forclusion de la langue maternelle. Deux épisodes de l’imaginaire katébien », « Champs, psychopathologies et clinique sociale », vol. 2, printemps 2006, pp. 41-52.
12. « Jardin parmi les flammes », « Esprit », n° 11, novembre. 1961.
13. Geneviève Serreau, « Situation de l’écrivain algérien. Interview de Kateb Yacine, « Les Lettres nouvelles », n° 40, juillet-août 1956,p. 103.
14. Cf. Abdellali Merdaci, « Roman et médiation politique dans l’Algérie coloniale. L’exemple d’‘‘Ahmed Ben Mostapha, goumier’’(1920) de Mohammed Ben Chérif », « Revue des Sciences Humaines » [Constantine], n°28, décembre 2007- Vol. A, pp.5 -15.
15. Pour les lecteurs, qui en douteraient, l’algérianité d’Étienne Nasreddine Dinet est-elle discutable ? En 1975, le ministère de la Culture publiait un ouvrage d’hommage à l’artiste sous le titre sans équivoque « Un Maître de la peinture algérienne. Nasreddine Dinet », préfacé par le ministre de la Culture en poste du gouvernement Boumediene, Ahmed Taleb-Ibrahimi (Alger, SNED, 1975).
16. Voir sur ces auteurs, Abdellali Merdaci, « Auteurs algériens de langue française de la période coloniale. Dictionnaire biographique », Paris-Alger, L’Harmattan-Chiheb Éditions, 2010.
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Pepe Escobar-2 ans après le début de l’opération militaire spéciale, l’Occident est totalement paralysé


Le 24 février 2022 a été le jour qui a changé à jamais la géopolitique du XXIe siècle.
Il y a deux ans ce samedi, le 24 février 2022, Vladimir Poutine a annoncé le lancement – et décrit les objectifs – d’une opération militaire spéciale (OMS) en Ukraine. C’était la suite inévitable de ce qui s’était passé 3 jours auparavant, le 21 février – exactement 8 ans après le Maïdan de 2014 à Kiev – lorsque Poutine a officiellement reconnu les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

Pendant ce court espace – lourd de sens – de seulement 3 jours, tout le monde s’attendait à ce que les forces armées russes interviennent militairement pour mettre fin aux bombardements massifs qui se déroulaient depuis 3 semaines sur la ligne de front – ce qui a même forcé le Kremlin à évacuer les populations en danger vers la Russie. Les services de renseignements russes avaient la preuve irréfutable que les forces de Kiev, soutenues par l’OTAN, étaient prêtes à procéder à un nettoyage ethnique du Donbass russophone.
Le 24 février 2022 est le jour qui a changé à jamais la géopolitique du XXIe siècle, et ce de plusieurs manières complexes. Il a surtout marqué le début d’une confrontation vicieuse et totale, «militaro-technique» comme l’appellent les Russes, entre l’Empire du chaos, du mensonge et du pillage, ses vassaux facilement flexibles de l’OTAN et la Russie, avec l’Ukraine comme champ de bataille.
Il ne fait aucun doute que Poutine avait calculé, avant et pendant ces 3 jours fatidiques, que ses décisions déclencheraient la fureur illimitée de l’Occident collectif, accompagnée d’un tsunami de sanctions.
C’est là que le bât blesse : tout est une question de souveraineté. Et une véritable puissance souveraine ne peut tout simplement pas vivre sous des menaces permanentes. Il est même possible que Poutine ait voulu (c’est moi qui souligne) que la Russie soit sanctionnée à mort. Après tout, la Russie est si naturellement riche que sans un défi sérieux de l’étranger, la tentation est énorme de vivre de ses rentes tout en important ce qu’elle pourrait facilement produire.
Les exceptionnistes se sont toujours réjouis que la Russie soit «une station-service dotée d’armes nucléaires». C’est ridicule. En Russie, le pétrole et le gaz représentent environ 15% du PIB, 30% du budget de l’État et 45% des exportations. Le pétrole et le gaz renforcent l’économie russe, ils ne la freinent pas. Poutine, en secouant la complaisance de la Russie, a généré une station-service produisant tout ce dont elle a besoin, avec des armes nucléaires et hypersoniques inégalées. Essayez de faire mieux.
L’Ukraine n’a «jamais été une nation»
Xavier Moreau est un analyste politico-stratégique français basé en Russie depuis 24 ans. Diplômé de la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr et de la Sorbonne, il anime deux émissions sur RT France.
Son dernier livre, «Ukraine : Pourquoi la Russie a gagné», qui vient de paraître, est un manuel essentiel pour le public européen sur les réalités de la guerre, et non sur les fantasmes puérils concoctés dans la sphère de l’OTANistan par des «experts» instantanés dont l’expérience militaire combinée des armes est inférieure à zéro.
Moreau explique clairement ce que tous les analystes réalistes et impartiaux savaient depuis le début : la supériorité militaire dévastatrice de la Russie, qui conditionnerait la fin de la partie. Le problème est toujours de savoir comment cette fin de partie – la «démilitarisation» et la «dénazification» de l’Ukraine, telles qu’établies par Moscou – sera réalisée.
Ce qui est déjà clair, c’est que la «démilitarisation» de l’Ukraine et de l’OTAN est un succès éclatant qu’aucun nouveau wunderwaffen – comme les F-16 – ne pourra changer.
Moreau comprend parfaitement que l’Ukraine, près de 10 ans après le Maïdan, n’est pas une nation, «et n’a jamais été moins une nation». C’est un territoire où se mêlent des populations que tout sépare. De plus, c’est un État en faillite – «grotesque» – depuis son indépendance. Moreau consacre plusieurs pages très divertissantes au grotesque de la corruption en Ukraine, sous un régime qui «puise ses références idéologiques à la fois chez les admirateurs de Stepan Bandera et chez Lady Gaga». Bien entendu, rien de tout cela n’est rapporté par les grands médias européens contrôlés par les oligarques.
Attention à Deng Xiao et Poutine

Le livre propose une analyse extrêmement utile de ces élites polonaises dérangées qui portent «une lourde responsabilité dans la catastrophe stratégique qui attend Washington et Bruxelles en Ukraine». Les Polonais croyaient que la Russie allait s’effondrer de l’intérieur, avec une révolution de couleur contre Poutine. C’est à peine qualifiable comme Brzezinski sous crack.
Moreau montre comment 2022 a été l’année où l’OTAN, en particulier les Anglo-Saxons – historiquement racistes et russophobes – étaient convaincus que la Russie s’effondrerait parce qu’elle est une «puissance pauvre». De toute évidence, aucune de ces sommités n’a compris comment Poutine a renforcé l’économie russe, à l’instar de Deng Xiaoping pour l’économie chinoise. Cette «auto-intoxication», comme la qualifie Moreau, a fait des merveilles pour le Kremlin.
Il est désormais clair, même pour les sourds, muets et aveugles, que la destruction de l’économie européenne a été une tactique majeure, une victoire historique pour l’hégémon, tout comme la guerre éclair contre l’économie russe a été un échec abyssal.
Tout cela nous amène à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 qui s’est tenue cette semaine à Rio. Cette réunion n’a pas été une véritable percée. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a clairement indiqué que l’Occident collectif présent au G20 avait tenté par tous les moyens d’«ukrainiser» l’ordre du jour, avec un succès plus que nul. Les BRICS et les membres du Sud mondial les ont dépassés en nombre et ont contre-attaqué. Lors de sa conférence de presse, Lavrov a été on ne peut plus clair sur les perspectives de la guerre de l’Occident collectif contre la Russie. En voici les grandes lignes :
- Les pays occidentaux refusent catégoriquement tout dialogue sérieux sur l’Ukraine.
- Il n’y a pas eu de propositions sérieuses de la part des États-Unis pour entamer des contacts avec la Fédération de Russie sur la stabilité stratégique ; la confiance ne peut pas être rétablie maintenant que la Russie est déclarée ennemie.
- Il n’y a pas eu de contacts en marge du G20 avec Blinken ou le ministre britannique des Affaires étrangères.
- La Fédération de Russie répondra aux nouvelles sanctions occidentales par des actions concrètes liées au développement autonome de l’économie russe.
- Si l’Europe tente de rétablir les liens avec la Fédération de Russie en la rendant dépendante de ses caprices, ces contacts ne sont pas nécessaires.
En un mot, diplomatiquement : vous n’êtes pas pertinents et cela ne nous intéresse pas. Ces propos venaient compléter l’intervention de Lavrov au cours du sommet, qui a défini une fois de plus une voie claire et propice à la multipolarité. En voici les grandes lignes :
• La formation d’un ordre mondial multipolaire équitable, sans centre ni périphérie définis, s’est considérablement intensifiée ces dernières années. Les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine deviennent des acteurs importants de l’économie mondiale. Il n’est pas rare qu’ils donnent le ton et la dynamique.
• Dans ce contexte, de nombreuses économies occidentales, en particulier en Europe, stagnent. Ces statistiques proviennent d’institutions supervisées par l’Occident – le FMI, la Banque mondiale et l’OCDE.
• Ces institutions sont en train de devenir des reliques du passé. La domination occidentale affecte déjà leur capacité à répondre aux exigences de l’époque. Entre-temps, il est parfaitement évident aujourd’hui que les problèmes actuels de l’humanité ne peuvent être résolus que par un effort concerté et en tenant dûment compte des intérêts du Sud mondial et, d’une manière générale, de toutes les réalités économiques mondiales.
• Des institutions comme le FMI, la Banque mondiale, la BERD et la BEI donnent la priorité aux besoins militaires et autres de Kiev. L’Occident a alloué plus de 250 milliards de dollars pour venir en aide à son voisin, créant ainsi des pénuries de financement dans d’autres parties du monde. L’Ukraine absorbe la majeure partie des fonds, reléguant l’Afrique et d’autres régions du Sud mondial au rationnement.
• Les pays qui se sont discrédités en recourant à des actes illégaux allant des sanctions unilatérales et de la saisie d’actifs souverains et de propriétés privées aux blocus, embargos et discriminations à l’encontre d’opérateurs économiques sur la base de leur nationalité pour régler des comptes avec leurs adversaires géopolitiques ne peuvent pas être considérés comme des garants de la stabilité financière.
• Il ne fait aucun doute que de nouvelles institutions axées sur le consensus et le bénéfice mutuel sont nécessaires pour démocratiser le système de gouvernance économique mondiale. Aujourd’hui, nous observons une dynamique positive de renforcement de diverses alliances, notamment les BRICS, l’OCS, l’ANASE, l’Union africaine, la LEA, la CELAC et l’UEEA.
• Cette année, la Russie préside les BRICS, qui ont accueilli plusieurs nouveaux membres. Nous ferons de notre mieux pour renforcer le potentiel de cette association et ses liens avec le G20.
• Sachant que 6 des 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU représentent le bloc occidental, nous soutiendrons l’élargissement de cet organe uniquement par l’adhésion de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
Tel est l’état réel de la situation géopolitique, deux ans après le début de l’OMS.

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Aymeric Monville- L’héritage historique et théorique de Staline

Aymeric MONVILLE, philosophe, directeur de la maison d’édition “Delga”, s’entretient avec Andreï DOULTSEV, correspondant de la “Pravda” dans les pays d’Europe occidentale, sur les problèmes de perception de l’héritage historique et théorique de Staline dans l’historiographie d’Europe occidentale.

– Vous venez de publier un livre sur Staline, Et pour quelques bobards de plus. Quel est, selon vous, le problème de la perception de Staline en Occident aujourd’hui ?
– En Occident, l’analyse historique, si l’on peut l’appeler ainsi, est basée sur des comparaisons entre Hitler et Staline, ce qui est nécessaire avant tout pour justifier la “démocratie occidentale”. La vision de la Seconde Guerre mondiale repose sur la relégation au second plan de la collusion objective entre le capitalisme occidental et le nazisme, qui sont en fait les deux faces d’une même formation économique à des stades différents de la situation politique, et sur l’utilisation du terme “totalitarisme”, qui n’a aucun fondement dans les faits, comme outil de propagande et d’idéologie pour montrer que l’Allemagne nazie et le “stalinisme” sont les principales menaces pour la société des “valeurs occidentales”.
Avec mon livre, je veux ramener la vision marxiste des choses dans l’espace public. C’est-à-dire sur la collusion entre les démocraties occidentales et le nazisme, une notion qui a souffert en Occident sous l’influence de l’anticommunisme violent de l’après-guerre, qui s’est imposé aussi en France, pays qui est le maillon faible de la construction politique de l’Occident. En effet, la France est le pays de la Commune, le pays d’un mouvement ouvrier très fort, un pays qui (avec l’Italie) avait le parti communiste le plus fort de l’autre côté du monde socialiste. Il est donc intéressant d’analyser ici l’évolution de la vision de l’URSS et de l’ère stalinienne.
On nous a imposé le Livre noir du communisme, qui, en raison de sa faiblesse intellectuelle, a fait l’objet de critiques internationales extrêmement négatives de la part de la communauté académique. Mais ce livre a été écrit précisément en France pour commencer à changer la façon dont les choses sont perçues dans la communauté scientifique. Si en Amérique latine, on laisse traditionnellement les marxistes cantonnés à l’université quitte à les faire encercler par les chars en cas de besoin, en France les marxistes-léninistes n’y sont traditionnellement même pas tolérés. Il existe ici une autre tradition révolutionnaire, qui a été confirmée il y a quelque temps par l’exemple du mouvement des “gilets jaunes”. C’est pourquoi les intellectuels se battent avec acharnement et tentent de changer les esprits avec des “méthodes douces” de l’intérieur.
Et cette bataille intellectuelle pour les esprits est menée par une méthode infantile consistant à diaboliser un phénomène aussi banal que le “culte de la personnalité”. Néanmoins à en juger par le résultat, cette méthode a jusqu’à présent été efficace pour déformer la conscience. La diabolisation fait partie de la construction d’une image d’apocalypse, de Staline comme “tyran rouge”, le “bourreau de Katyn”. En fait, tout cela sert la propagande antisoviétique, dénigrant l’URSS et aggravant la russophobie. C’est là que l’attitude amicale et la gratitude des Français envers le peuple soviétique sont une épine dans le pied des anticommunistes de tous bords, car Maurice Thorez a dit un jour : “Jamais le peuple français ne fera la guerre à l’Union soviétique”. Cette déclaration de Thorez est associée principalement aux sacrifices consentis par le peuple soviétique sur l’autel de la Victoire dans la lutte pour la libération de l’Europe du fascisme.
Lorsque l’année dernière, aucun représentant de la Fédération de Russie n’a été invité aux célébrations du 8 mai en France, c’est avant tout un affront à la mémoire de l’exploit soviétique, la mémoire des 27 millions de victimes du peuple soviétique dans le massacre déclenché par l’Allemagne hitlérienne. La diabolisation de Staline contribue certainement à cette hystérie. Cela se reflète dans les sondages : alors qu’à la fin de la guerre, la plupart des Français étaient convaincus que c’était l’Union soviétique qui avait joué le rôle décisif dans la défaite du nazisme, la situation est aujourd’hui inversée : la plupart des gens pensent que ce sont les États-Unis qui ont gagné la guerre.
C’est principalement une conséquence de l’influence d’Hollywood. Les films américains ont fait croire que ce sont les Etats-Unis qui sont venus libérer la France, alors qu’ils sont venus imposer l’opération Overlord (nom qui signifie “suzeraineté”), qui visait à vassaliser la France dans l’intérêt des Etats-Unis. Mais nous devons notre indépendance relative à un parti communiste fort qui a participé activement à la lutte contre l’occupation nazie.
Il convient également de noter que c’est le général de Gaulle (un fait que peu de gens mentionnent, car ils n’écrivent généralement que sur ses mérites) qui a permis la rénovation des murs de la chapelle du Mont-Valérien, près de Paris, où de nombreux résistants ont été fusillés. Car les murs étaient remplis de “Vive Staline !”, tracés par les résistants avant d’être fusillés. Pour le général de Gaulle, c’était gênant car il est clair que le rôle des communistes dans la Résistance est écrasant et qu’il fallait en quelque sorte effacer les traces de cette mémoire.
– Bien que dans les municipalités où les communistes sont restés au pouvoir dans les années d’après-guerre, des places et des boulevards portant le nom de “Stalingrad” ont été préservés…
– Il ne fait aucun doute que le rapport de Khrouchtchev au XXe Congrès du PCUS a influencé le Parti communiste français. Néanmoins, le PCF est resté un parti qui n’a pas immédiatement accepté les parties du rapport qui semblaient tout simplement insensées (par exemple, que l’URSS n’était prétendument pas prête pour la guerre). Les communistes français ont spontanément refusé de répudier Staline. Mais à la fin, le révisionnisme a quand même gagné, et aujourd’hui il est très fort. Pour les vrais communistes, cependant, la question n’est toujours pas résolue.
– En tant que membre du Comité Honecker pour les prisonniers politiques – dirigeants de l’ex-RDA persécutés en RFA après la chute du Mur, pensez-vous que cette bataille contre Staline par la pseudo-gauche européenne (Verts, sociaux-démocrates, chaîne ARTE) est une extension du révisionnisme historique visant à réviser les résultats de la Seconde Guerre mondiale, initié par des historiens et des politiciens de la RFA ?
– Le meilleur exemple en est le documentaire d’ARTE sur Katyn, dans lequel des “historiens européens faisant autorité” font sérieusement référence à des documents remis à la Pologne par Eltsine, dans lesquels on pouvait lire “KPSS” (PCUS) au lieu de “VKP(b)” en 1940, preuve d’une falsification historique grossière. Il en va de même pour le complexe commémoratif de Mednoe, où plusieurs Polonais effectivement exécutés (personne ne le nie) auraient été, selon la version officielle de Gorbatchev et Elstine, enterrés et dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Malheureusement, seuls les passionnés d’histoire sont conscients de ces divergences.
Mais ce qui est bien plus effrayant que cette controverse historique, c’est le fait que le film ne reconnaît pas les véritables frontières de la Pologne moderne. Dire que Staline a “envahi” la Pologne après le pacte germano-soviétique est incorrect. Ce sont les terres biélorusses et ukrainiennes qui ont été saisies par les Polonais après la guerre civile russe. La question des frontières de la Pologne est importante pour les Allemands. Cela signifie que pour les revanchistes allemands, la Pologne doit être repoussée vers l’est. L’Allemagne pourrait alors revendiquer les territoires de l’actuelle Pologne occidentale, ce qui ouvrirait la porte à un nouveau “Drang nach Osten”.
On peut bien sûr arguer que les hommes politiques d’aujourd’hui ne connaissent pas l’histoire et ne s’y intéressent pas, mais je pense que c’est parfois une ruse, car parmi eux, il y en a qui la connaissent très bien. Car lorsque l’Europe annonce des sanctions contre le Belarus le 22 juin, je pense que les responsables politiques savent ce qu’ils font. En parlant du financement éhonté des mouvements nazis en Ukraine, nous pouvons sans risque parler d’un nouveau “Quatrième Reich”, c’est pourquoi la solidarité avec les communistes allemands est essentielle. Nous pouvons voir à quel point le Parti communiste allemand (DKP) est persécuté, il en va de même pour “Junge Welt”, qui pour moi, comme la Pravda, est la référence de la pensée marxiste aujourd’hui. Mais Junge Welt en RFA est en fait en danger d’extinction.
L’année dernière, même l’Association des victimes du régime nazi (VVN) a été attaquée en Allemagne sous prétexte d’”extrémisme”. La création du comité Honecker en France était certainement symbolique, car c’est ce communiste qui a été emprisonné par les autorités ouest-allemandes au début des années 1990 dans la même prison de Moabit où les nazis l’avaient jeté dans les années 30. La justice ouest-allemande savait exactement ce qu’elle faisait. Nous devons défendre les communistes partout, dans le monde entier, face à la répression anticommuniste.
– Êtes-vous d’accord pour dire que derrière l’attaque contre Staline se cache une attaque contre l’antifascisme et les idées du socialisme en général ?
– Pour vous donner un exemple, j’ai eu une collaboration très importante avec l’immense écrivain Domenico Losurdo. J’ai traduit son œuvre de l’italien au français et facilité la traduction de ses livres dans d’autres langues européennes et c’est là que j’ai rencontré la censure. Alors que Losurdo critiquait le libéralisme, il était publié par des éditeurs anglais, entre autres. La critique du libéralisme est parfaitement autorisée.
Mais dès que Losurdo a pris la défense du socialisme réel, et même de la Chine, les Anglais ont cessé de le publier. C’est de la censure. Il ne s’agit même pas de la personnalité de l’auteur, mais du rejet de certains thèmes – la pensée léniniste et une orientation claire vers le socialisme comme modèle social. Les gauchistes se réfèrent à toutes sortes de stéréotypes trotskystes – “bureaucratie du parti”, etc. – pour éviter de parler de la construction du socialisme réel.
– L’un des livres récemment publiés par votre maison d’édition est un ouvrage des historiens italiens Daniele Burgio, Massimo Leoni et Roberto Sidoli sur la collusion de Trotsky avec les nazis, sur des documents jusqu’alors inconnus du deuxième “procès de Moscou” (contre Piatakov et Radek).
– Ce livre me semble absolument nécessaire car il parle du deuxième “procès de Moscou” en janvier 1937 et fournit des preuves irréfutables de la coopération de Trotsky et du centre trotskyste en URSS avec les nazis. J’insiste sur le mot “irréfutable”, étant donné que le rapport Khrouchtchev a remis en question toute cette période.
Bien sûr, la période des purges du Parti avait ses points sombres, mais il est nécessaire de faire la distinction entre les activités du commissaire Yejov et la “Yejovshchina” et les “procès de Moscou”. Le problème est que la “Yejovshchina” et ensuite le rapport de Khrouchtchev au 20e Congrès ont défiguré les “procès de Moscou” : le terme est devenu en Europe un synonyme de procès truqué.
Par cette publication, je veux démontrer que les seconds “procès de Moscou” en particulier étaient justifiés. Ceci est confirmé par l’état des sources de l’affaire, que l’on ne peut nier ; c’est aussi un problème avec les archives de Trotsky, et le caractère contradictoire de ses textes de l’époque, de ses déclarations devant la Commission Dewey. Le livre rassemble soigneusement les bourdes de Trotsky, ses lettres jusqu’alors inconnues, qui ont été retrouvées dans les archives et qui prouvent, par exemple, qu’il était en contact avec Radek, bien que tous deux l’aient nié.
Le sujet principal de l’enquête des historiens était un vol secret de Youri Piatakov rendant visite àTrotsky à Oslo le 10 décembre 1935. Nous avons toutes les preuves que les autorités norvégiennes ont menti en le niant. Piatakov profite d’une mission officielle pour rencontrer Trotsky : en décembre 1935, il s’envole pour Berlin sur les instructions du parti afin de trouver des fournisseurs de biens industriels (après l’arrivée au pouvoir des nazis, les relations économiques entre l’URSS et l’Allemagne, qui étaient plus qu’intenses à la fin des années 1920, sont encore maintenues pendant un certain temps). Ainsi, de Berlin, Piatakov s’est rendu chez Trotsky à Oslo pour une rencontre d’une journée, qui n’aurait pu se faire sans la complicité des autorités allemandes, qui lui ont accordé un visa.
La question est plutôt de savoir pourquoi Piatakov a accepté une telle action, sachant qu’il était sous la surveillance de l’ambassade soviétique. Parce que Trotsky l’a mis devant le fait accompli d’une alliance avec les nazis. Et parce que Piatakov a décidé de rencontrer Trotsky à tout prix et à un tel risque, parce que de leur point de vue il y avait une possibilité de coup d’Etat en URSS.
Autre exemple : en 1939, Trotsky prend position en faveur de l’indépendance de l’Ukraine, publie quatre articles où il se passionne soudainement pour le sujet, soutenant les nationalistes et sachant pertinemment que l’Ukraine est la clé permettant aux Allemands de s’emparer du Caucase et des plateformes pétrolières de Bakou. Ces faits doivent être mis en contraste avec les trotskystes actuels et les gauchistes occidentaux. Anti-staliniens, suivant la ligne de Trotsky, ils défendent aujourd’hui l’Union européenne avec les sociaux-démocrates.
– Dans votre livre Et pour quelques bobards de plus,vous revenez également sur le chiffre réel des répressions en URSS, rejetant les absurdités sur les “centaines de millions d’exterminés”… Dans quelle mesure votre livre peut-il faire une percée pour changer l’équilibre des forces dans la bataille pour la vérité historique ?
– J’aime participer à des débats, en profitant de la moindre occasion et de la moindre plateforme. Mais étant donné la stratégie de l’Occident contre l’URSS et Staline, j’ai peu d’espoir. Dans le cas de notre nouveau livre, Le vol de Piatakov, nous prouvons à nos adversaires la justesse historique des “procès de Moscou”. De plus, si vous lisez les documents de ces procès, vous verrez qu’il est impossible d’inventer autant de preuves.
Mais, en fait, qu’y a-t-il à prouver ? Si, en décembre 1935, Trotsky s’est vanté que Piatakov était venu lui rendre visite en Norvège, Trotsky a ensuite fait un faux témoignage à la Commission Dewey en disant que, pendant son séjour en Norvège, il était tombé à skis et n’avait pu rencontrer personne. Oui, il y a eu une chute, mais elle s’est produite dix jours plus tard, après la visite de Piatakov. Nous avons également prouvé l’invalidité des rapports de l’aéroport d’Oslo, où l’on jouait sur les mots “aucun avion étranger n’est arrivé”. Mais Piatakov est arrivé de Berlin dans un avion norvégien.
Plus loin : le journal de Trotsky a été publié jusqu’en 1935, mais ses notes des dernières années n’ont jamais été publiées… Nous révélons tous ces faits, ce qui nous fait grand plaisir. Notre tâche principale est de rétablir la justice historique avec une approche qui est ouverte même aux non-marxistes. Je pense qu’à long terme, nous prendrons le dessus.
– Cette année, une édition de Mein Kampf d’Hitler, commentée par des historiens, a été publiée en France à 55 000 exemplaires, ce qui constitue un record à ce jour. Dans le même temps, personne ne publie les œuvres de Staline, et il est extrêmement rare de trouver Lénine et Marx sur les étagères…
– Cela dit, les textes de Staline sont extrêmement importants et contemporains – ses écrits sur la linguistique, sur la question nationale et sur les problèmes du socialisme en URSS devraient être étudiés. Il est nécessaire d’étudier Staline en tant que théoricien. J’ai lu avec grand intérêt le livre de Viktor Trouchkov intitulé Staline comme théoricien et j’ai beaucoup de respect pour l’énorme travail qu’il a accompli.
En France, nous en sommes loin, il faut d’abord étudier le rôle historique de Staline, comprendre l’organisation du Pays des Soviets, l’architecture de la percée économique des cinq premiers plans quinquennaux, le rôle des mécanismes de marché dans le passage du capitalisme au socialisme. Tout cela fait partie de l’analyse dont nous avons besoin en France.
Nous ne publions pas les œuvres des classiques du marxisme-léninisme chez Delga, ce n’est pas notre format, mais nous allons publier, par exemple, les transcriptions des “procès de Moscou” afin de dénoncer les mensonges de l’Occident selon lesquels ils auraient été truqués. Beaucoup ici ont la fausse idée qu’après le meurtre de Kirov, Staline, tel un tyran fou, a appuyé sur tous les boutons à tous les étages. C’est absurde.
Prenez par exemple le procès Dimitrov dans l’Allemagne nazie : face à l’anarchie absolue et au régime terroriste nazi, Dimitrov s’est défendu courageusement et aucun Göring n’a pu lui prouver quoi que ce soit. Alors pourquoi Piatakov et Radek, qui disposaient de tous les moyens de défense, n’ont-ils rien fait face à la justice démocratique socialiste ?
Sans aucun doute, la période stalinienne est contradictoire, mais en la considérant, il faut comprendre que Staline était un homme doté de la plus grande responsabilité politique pour le destin du monde au XXe siècle. Oui, Staline était un homme de contrastes, qui a parfois dû faire des choix politiques difficiles. Mais le fait que les livres de ce “merveilleux Géorgien”, comme l’appelait Lénine, ne soient pas publiés en Europe aujourd’hui est problématique.
– Pourquoi Staline reste-t-il la première cible des anticommunistes de tous bords ?
– Jean Paul Sartre a dit un jour qu’après les événements hongrois de 1956, la bourgeoisie a poussé un soupir de soulagement : elle a trouvé quelque chose à critiquer “derrière le rideau de fer”. Avant 1956, la bourgeoisie était constamment attaquée unilatéralement en raison de l’injustice de la société capitaliste, de son désordre interne, mais en 1956, ils ont vu qu’il y avait un conflit au sein du bloc socialiste – et ils ont joué cette carte. C’est toute la tragédie du vingtième congrès.
Pour la bourgeoisie, Staline est devenu après la guerre une sorte de monolithe qu’il fallait détruire à tout prix. Ils ont financé les récits des “horreurs du Goulag” pour justifier leurs propres crimes. Alors que le système pénitentiaire soviétique, basé sur la rééducation, dans lequel il y avait des bibliothèques, des activités culturelles et des soins (Soljenitsyne lui-même y a été guéri d’un cancer), n’est pas comparable aux camps de la mort nazis, qui sont à proprement parler des camps d’extermination.
De même, il est faux d’appeler Staline le “tsar rouge” – il ne l’a jamais été, il est resté un bolchevik, un léniniste jusqu’à la fin de ses jours. Staline est l’image collective de ce que les anti-communistes ne peuvent accepter. L’expérience soviétique, Staline, dans une certaine mesure le succès de la Chine d’aujourd’hui, est un casse-tête pour les capitalistes. Pour eux, c’est une matrice incompréhensible. Ils sont incapables de comprendre les raisons du miracle économique et militaire de l’URSS de Staline. La haine de Staline nous donne, à nous marxistes-léninistes, la clé pour comprendre la haine des impérialistes envers toute forme d’organisation de la société plus moderne que le capitalisme.
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René Naba-Les relations saoudo israéliennes dossier en deux volets

L’Arabie saoudite, parrain absolu de la normalisation israélo-arabe sous la présidence de Donald Trump.
Par René Naba, auteur de l’ouvrage «l’Arabie Saoudite, un royaume des ténèbres» – Golias – https://www.renenaba.com/livres/larabie-saoudite-un-royaume-des-tenebres/
Un an après la prosternation collective monarchique arabe face à Israël, trois des principaux protagonistes de cette mascarade à connotation électoraliste ont disparu de la scène publique: Donald Trump, premier président des États Unis à subir deux procédures de destitution; Sheldon Adelson, le magnat juif américain des casinos, généreux faiseurs des rois tant aux États-Unis qu’en Israël, mort à 87 ans, des suites d’un cancer, une semaine avant l’accession au pouvoir de Joe Biden; enfin Benyamin Netanyahu, premier ministre israélien.
Tel un canard boiteux, ce 3eme larron, Benyamin Netanyahu, plombé par l’accusation de corruption, peine à échapper à la justice des hommes, n’est pas parvenu à dégager une majorité de gouvernement viable pour sa survie politique, en dépit de 4 consultations électorales.
Reste en suspension, tel de pantins désarticulés, les autocrates arabes, en attente d’une nouvelle injonction de leurs maîtres américains et israéliens, alors que l’Arabie saoudite, le parrain de la normalisation arabe avec Israël, se trouve, paradoxalement, sous pression des États Unis, plus précisément du président Joe Biden, qui a annulé, dès son entrée en fonction, une transaction militaire de 36 milliards de dollars aux pétromonarchies du Golfe et retirer le mouvement yéménite anti saoudien Houthiste de la liste des organisations terroristes;
Cette double décision a constitué un désaveu en creux de l’agression pétromonarchique contre le Yémen et une riposte subliminale au soutien inconsidéré au rival du président démocrate le populiste Donald Trump, en même temps qu’à l’équarrissage du journal saoudien Jamal Khashoggi, chroniqueur du Washington Post.
1- L’imposture saoudienne.
Le Royaume saoudien, le plus intransigeant ennemi d’Israël sur le plan théorique, aura opéré le plus grand détournement du combat arabe, soutenant l’Irak contre l’Iran dans la plus longue guerre conventionnelle de l’histoire contemporaine (1979-1988), le détournant du coup du champ de bataille principal, la Palestine, déversant des milliards de dollars, et, surtout, déroutant la jeunesse arabe et musulmane vers l’Afghanistan, à des milliers de km du champ de bataille palestinien, contre un ennemi athée certes mais allié des Arabes, l’Union soviétique, le principal fournisseur d’armes de pas moins de sept pays arabes (Syrie, Irak, Algérie, Libye, Soudan, Yémen et OLP), un utile contrepoids en somme à l’hégémonie américaine.
L’attentat du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyper puissance américaine a démasqué les complicités saoudiennes dans la montée en puissance de l’intégrisme anti occidental. Bien que quinze des dix-neuf kamikaze ayant participé au raid du 11 septembre soient de nationalité saoudienne, l’administration Bush, plutôt que de frapper le Royaume Wahhabite, le foyer et le terreau du fondamentalisme, va répliquer en Afghanistan et en Irak, les deux points de percussion de la coopération saoudo-américaine dans la sphère arabo-musulmane à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine, gommant ainsi au passage toute trace de leurs forfaits antérieurs, se faisant à bon compte une nouvelle virginité politique sous la bannière de la lutte pour la promotion de la démocratie dans le monde musulman.
Principal bénéficiaire des coups de boutoir d’Israël contre les pays du champ de bataille (Égypte, Syrie, Liban, Palestine, voire même Irak et Tunisie), pendant un demi siècle, l’Arabie saoudite, illustration caricaturale de l’impéritie arabe, a fait office de «parrain absolu» de la normalisation des relations entre Israël et les pays arabes, particulièrement les monarchies (Bahreïn, Émirats Arabes Unis et Maroc), soutient le journal libanais Al Akhbar, dans son édition en date du 21 décembre 2020, en se référant à un diplomate marocain.
Y compris dans le cas du Maroc, dont la relation avec le judaïsme marocain est historique et sa relation clandestine avec l’État hébreu de notoriété publique, ajoute le quotidien libanais qui publie en marge de cette affirmation un rapport du Chef des Services de Renseignements Saoudiens, le général Khaled Al Mouhaydine, portant sur «l’évaluation saoudienne des avantages d’une normalisation des pétromonarchies avec Israël».
A propos de l’imposture marocaine
- https://www.renenaba.com/le-collier-de-la-reine/
- https://www.madaniya.info/2018/11/17/maroc-israel-hassan-ll-la-grande-imposture/
Et la problématique du judaïsme marocain, cf ce lien
Pis, pour la réalisation de son objectif, le prince héritier saoudien Mohamad Ben Salmane n’a pas hésité à inciter les États-Unis à procéder à l’assassinat de Sayyed Hassan Nasrallah, proposant de couvrir les frais inhérents à la guerre qui découlerait de la liquidation du chef du Hezbollah libanais.
«Le royaume saoudien est mu par la haine et non pas la rationalité», a ajouté le dirigeant chiite libanais. Les Américains ont souscrit à la requête saoudienne, en demandant à Israël de s’acquitter de cette mission», a t-il poursuivi. «Mon assassinat est un objectif commun américano-israélo-saoudien», a-t-il conclu.
Pour le locuteur arabophone, les accusations de Hassan Nasrallah contre l’Arabie saoudite, cf ce lien.
Le rapport du chef des Services de Renseignements saoudiens est daté du 31 octobre 2018, soit près de deux ans avant la normalisation collégiale des pays arabes avec Israël, en soutien à la campagne pour la réélection du président Donald Trump, mais surtout dans le mois où s’est produit l’équarrissage du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul.
Au lendemain de la divulgation de ce rapport, Al Akhbar faisait l’objet d’une méga attaque cybernétique, à titre de représailles contre quiconque révèle la face hideuse de leur comportement belliciste.
«Une cyberattaque avec de gros moyens. Un milliard de visites en quelques heures à partir de plusieurs pays», comme pour confirmer l’authenticité de ce document, présenté dans le cadre d’un dossier intitulé «Saoudi Leaks», a appris la rédaction de https://www.madaniya.info/ auprès du journal libanais.
L’Arabie saoudite et Les Émirats Arabes Unis sont coutumiers de ce type d’action, comme en témoigne la plainte déposée par une journaliste libanaise de la chaîne du Qatar Al Jazeera, Ghada Oueiss, contre ces deux pétro monarchies du Golfe pour «harcèlement et piratage».
- Pour aller plus loin sur cette affaire, cf ce lien : https://www.liberation.fr/planete/2020/12/12/une-journaliste-libanaise-porte-plainte-contre-mbs-et-mbz_1808368
Spécialistes du jeu de billard à trois bandes, les dignitaires wahhabites ont ainsi paru voulu désamorcer, par anticipation en quelque sorte, l’opprobre international suscité par ce crime odieux, en offrant, en pâture et en compensation, le bradage de la Palestine, la question centrale du contentieux séculaire entre le Monde arabe et l’Occident.
Comme à l’accoutumé, le rôle central de l’Arabie saoudite a été assuré depuis les coulisses, une tradition chez les wahhabites qui pratiquent la riposte oblique à la confrontation directe, de crainte de susciter la colère d’une population rigoriste façonnée par plus d’un siècle de propagande dogmatique et que soit démasquée la légendaire duplicité de la monarchie saoudienne.
A dire vrai, l’imposture saoudienne est concomitante de la fondation du Royaume. Son désistement de la Palestine a été acté auprès des anglais en contrepartie de leur accession au trône en substitution aux Hachémites, les descendants de la famille du prophète, expulsé vers la Jordanie et l’Irak.
- Sur ce lien, la photocopie du document manuscrit en arabe portant renonciation de la Palestine par Abdel Aziz Al Saoud, le fondateur de la dynastie saoudienne : https://www.madaniya.info/2017/12/06/la-dynastie-wahhabite-et-le-bradage-de-la-palestine-1-2/
L’appropriation d’une religion planétaire, son interprétation dans un sens ultra restrictif, régressif et répressif ainsi que son instrumentalisation à des fins politiques au service des anciens colonisateurs du Monde arabe et musulman, relève de l’imposture.
Esclave des Anglais au XX me siècle, la dynastie wahhabite a bradé la Palestine pour l’acquisition d’un trône; Sous dépendance américaine au XXI me siècle, pour la survie de son trône, et en dépit de ses protestations formelles, elle a souscrit, par sa connivence tacite, à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, terme ultime de la phagocytose de la Palestine.
Toute honte bue, elle ira jusqu’à adouber l’artisan du «Muslim Ban», Donald Trump, le président le plus xénophobe de l’histoire américaine, abondant le complexe militaro industriel américain d’un budget de 380 milliards de dollars afin de s’épargner les foudres de la justice américaine pour son implication dans le raid terroriste du 11 septembre 2001 en vertu de la Loi Jasta.
2 – Les révélations de Moujtahed
L’histoire est ancienne. Elle est contemporaine des turpitudes saoudiennes et du rôle malfaisant de la dynastie wahhabite dans la dislocation du Monde arabe par son alliance contre nature avec les États Unis, le principal protecteur d’Israël, considéré comme l’ennemi officiel du Monde arabe.
A l’époque contemporaine, le Roi Salmane, du temps où il était gouverneur de Ryad et chargé de régler les contentieux au sein de la dynastie wahhabite, entretenait des relations avec Israël depuis la décennie 1980, soit depuis près d’un demi siècle et l’État Hébreu a toujours pris soin d’épargner le royaume saoudien, protectorat américain s’il en fut, de ses coups de boutoir répétitifs contre les pays du champ de bataille (Égypte, Syrie, Liban Irak, Soudan voire même Tunisie).
«Salmane n’agissait pas tant en sa qualité de représentant du clan Saoud, mais agissait pour son propre compte, afin de convaincre les Américains de renforcer sa position au sein de la famille royale, dans le cadre de la lutte d’influence permanente entre le diverses factions wahhabites.
«En contrepartie, Salmane s’était engagé que son groupe de presse As Charq Al Awsat s’emploie à favoriser une normalisation culturelle, intellectuelle et pédagogique entre l’Arabie saoudite et Israël. «Salmane a honoré ses engagements: Al Charq Al Awsat a bien réussi dans sa mission de sionisation de la culture en ce que ce groupe de presse a constitué le vivier le plus dangereux de personnalités les plus menaçantes pour la culture arabe et musulmane.
Telle est en substance la principale conclusion des nouvelles révélations de Moujtahed, le gazouilleur le plus redouté du royaume saoudien pour la fiabilité et la corrosivité de ses informations.
Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien https://www.madaniya.info/2016/03/04/salmane-israel-1-3-des-relations-saoudo-israeliennes-depuis-la-decennie-1980/
Un secret de polichinelle. Une tartufferie digne du comique des boulevards.
Sous la houlette de l’Arabie saoudite, les pays arabes ont pratiqué une normalisation rampante avec Israël concomitante de l’annexion rampante de la Palestine; Une normalisation rampante du côté arabe, proportionnelle à la montée en puissance du mouvement du boycottage d’Israël sur le plan mondial.
L’Iran a servi de prétexte à la normalisation de facto entre Israël et les pétromonarchies du Golfe en ce que la connivence, d’abord souterraine, est désormais publique.
Rétrospectivement, les Monarchies arabes, le bloc majoritaire au sein de la Ligue Arabe, aura été l’adversaire le plus résolu des aspirations des peuples arabes à l’indépendance et à la souveraineté. Au même titre que l’Otan, dont ils furent la roue dentée.
3 – Le rapport d’évaluation du chef du services de renseignements saoudiens sur les avantages d’une normalisation des pétromonarchies avec Israël.
Le Royaume s’est engagé à financer tous les projets d’accompagnement du processus de normalisation avec Israël, soit par des investissements directs dans les pays concernés en tandem avec les Émirats Arabes Unis, soit par «joint venture» avec des firmes spécialisées israéliennes ou américaines détenues par des capitaux juifs américains, notamment dans le domaine de la technologie et de l’informatique.
L’objectif sous-jacent de la cavalcade monarchique vers Israël est la consolidation du protectorat américain des trônes décriés et des dynasties déconsidérés de tant d’abus et d’excès.
Il n’est pas indifférent de noter à ce propos la décision de Ryad et d’Abou Dhabi de «faire caisse commune» un an avant le début de la normalisation collective avec l’État hébreu.
- Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien : https://www.madaniya.info/2020/11/07/tandem-arabie-saoudite-abou-dhabi-objectif-commun-le-10me-rang-des-puissances-economiques-mondiales/
Extraits du rapport.
Comme pour dédouaner le Royaume, le chef des services de renseignements saoudiens commence par énumérer les principaux contacts et visites entrepris par les autres pétromonarchies depuis la décennie 1990 durant cette phase de normalisation feutrée, apportant ainsi une confirmation directe des informations contenues dans ce texte.
Le responsable sécuritaire saoudien ignore visiblement le vieil adage latin selon lequel nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes…Nemo auditur propriam suam turpitudinem allegans; Une maxime juridique qui peut se traduire par: «Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude», le terme «turpitude» signifiant négligence, faute, comportement illégal ou fraude.
Passons, tout le monde n’a pas obligation de maîtriser un code moral rigoureux et la liste est publiée en fin de texte pour la commodité de la lecture de cet article et les besoins de la démonstration.
4 – Ci joint les principaux passages:
«Il est difficile à l’Arabie Saoudite en raison de son positionnement religieux et politique international d’emprunter la même voie en direction d’Israël que le Sultanat d’Oman, les Émirats Arabes Unis, et Bahreïn. …A tout le moins pour le moment.
«Mais il est à observer que l’Arabie Saoudite a donné une forte impulsion en vue de favoriser la tolérance religieuse et la compréhension dans le Monde arabe..«Une orientation imprimée par le prince héritier Mohamad Ben Salmane, ces deux dernières années, par les reformes qu’il a menées sur le plan interne et le projet NEOM, ainsi que ses prises de position suscitées au sein de l’opinion arabe sur l’avenir du Moyen Orient, un climat favorable devant paver la voie à une coopération avec Israël.
Le nom NEOM est une association de neo (nouveau en grec) et M pour Mostaqbal (futur en arabe). Ce projet pharaonique a été initié par le prince Mohamad Ben Salmane en vue d’en faire la «Silicon Valley» du désert. NEOM aura une superficie de 26 000 km, soit la surface de la Bretagne ou «250 fois la taille de Paris». Il coûterait plus de 500 milliards de dollars. Neom empiète sur l’ancien Royaume du Hedjaz et forcera quelque 20. 000 membres de la tribu des Howeitat à quitter un territoire qu’ils occupent depuis des siècles. La direction du projet est confiée à Klauss Kleinfeld, membre du groupe Bilderberg. La première partie des travaux devrait être achevée en 2025. Fin de la note
«-En juillet 2016, une délégation saoudienne comprenant des hommes d’affaires et des médias a effectué une visite en Israël au cours de laquelle elle a rencontré des membres du parlement israélien.
«En Mars 2018, le prince héritier saoudien a rencontré à New York des dirigeants du lobby juif américain. Selon le communiqué publié à cette occasion par l’ambassade saoudienne aux États Unis la rencontre a mis l’accent les liens communs unissant la communauté internationale dans son ensemble. Ce qui devrait favoriser la mansuétude, la cohabitation et la coopération de tous en vue d’un avenir meilleur à l’humanité toute entière.
«Le 27 Février 2018, le site électronique saoudien Sabak a conduit une interview avec le président de la conférence des rabbins d’Europe, le Rabbin Pinhas Schmidt.
«En Mai 2018, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a annoncé que l’Arabie saoudite a autorisé la compagnie aérienne indienne Air India à traverser son espace aérien en direction de Tel Aviv, empruntant pour ce faire un nouveau couloir aérien.
Mais aucune confirmation saoudienne n’a étayé cette information. La Direction Générale de l’Aviation Civile saoudienne a assuré n’avoir donné aucune autorisation à Air India.
«En Mai 2017, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, accueillant à l’aéroport de Tel Aviv le président américain Donald Trump a tenu les propos suivants: «Monsieur le Président, vous avez effectué un vol direct Ryad-Tel Aviv. Nous espérons que le premier ministre israélien pourra, un jour ou l’autre, effectuer un vol Tel Aviv Ryad».
5 – Conclusion du rapport
«Dans le contexte actuel, il est possible à l’Arabie saoudite de tirer profit d’Israël dans les domaines suivants:
A – Participation à des projets de coopération régionale sur le plan militaire, économique et sécuritaire.
Pour rappel, le contrôle des pèlerins de la Mecque a été confié à une société israélienne depuis le début du «printemps arabe».
Le Royaume saoudien a en effet noué une coopération technologique avec la société Daront, une société High Tech installée dans la vile de Ramat-Gan, près de Tel Aviv, dont le centre de révision technique est basé dans la colonie de Ilaad. L’accord porte sur un programme informatique et la formation aux États-Unis du personnel saoudien à sa mise en œuvre.
Dans le même ordre d’idées, le royaume a attribué à une société israélienne la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Dubaï, le lieu même du meurtre du dirigeant militaire du Hamas Al Madbouh répondent à cette logique et en constitue la traduction la plus concrète de cette tendance.
La maison-mère G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons dans les territoires occupés palestiniens, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes. Dans le monde arabe, elle emploierait 44 000 personnes dans 16 pays, notamment aux aéroports de Bagdad et de Dubaï. Outre l’intérêt financier de ces contrats, la filiale saoudienne de la société israélienne Al Majal G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.
B- Tirer profit du lobby juif américain en vue de réduire les pressions exercées sur le Royaume et améliorer son image dans les périodes de crise.
Pour rappel «Publicis» est le principal lobbyiste de la stratégie d’influence de l’Arabie saoudite.
Le groupe français –dont Arthur Sadoun, époux en ville d’Anne Sophie Lapix, présentatrice vedette de France 2, est le président du directoire, et Elisabeth Badinter, première actionnaire– apparaît comme l’un des principaux chefs d’orchestre, via sa filiale MSL (à Bruxelles et à Paris) et Qorvis (à Washington), de la stratégie d’influence du royaume saoudien, alors que le royaume est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans le cadre de la guerre au Yémen, et se trouve sous le feu des critiques pour sa complaisance envers l’extrémisme islamiste et pour ses violations des droits humains, notamment des femmes. Sans parler de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.
A noter le comportement contradictoire d’Elizabeth Badinter qui pourfend, à journées faites, l’islamisme politique mais dont la firme s’applique à bonifier l’image du Royaume saoudien, l’antre de l’islamisme politique
- Pour aller plus loin sur ce thème, cf : https://multinationales.org/Une-filiale-de-Publicis-orchestre-le-lobbying-de-l-Arabie-saoudite-a-Bruxelles
C- Enfin coopération scientifique, notamment dans le domaine de la recherche.
Pour le locuteur arabophone, le rapport sur ce lien
6- Chronologie de la normalisation feutrée selon le calendrier établi par le Chef des services de renseignements saoudiens.
«En octobre 2018, le mois de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, les relations entre Israël et le golfe ont été marqués par 3 événements importants:
- Benyamin Netanyahu a effectué une visite au Sultanat d’Oman.
- Une délégation sportive d’Israël a participé au Qatar aux championnats mondiaux de Gymnastique.
- La ministre israélienne de la Culture et du Sport a accompagné l’équipe de judokas israéliens venue participer aux championnats de judo organisés à Abou Dhabi.
La BBC a alors traité d’un sujet inspiré du titre du journal libanais Al Akhbar ayant pour thème «L’Espace du Golfe regorge d’hôtes israéliens, par leur nombre».
Bahreïn:
«Fin septembre 1994, une première délégation officielle israélienne a effectué une visite à Manama au cours de laquelle elle avait rencontré le prince héritier Salmane Ben Hamad Al Khalifa.
Le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Cheikh Khaled Ben Ahmad Al Khalifa, dans une interview au quotidien trans-arabe Al Hayat en date du 12 octobre 2008, avant lancé un appel à la constitution d’une entité régionale qui transcenderait les clivages religieux et ethniques à l’effet d’englober l’Iran la Turquie et Israël.
Simultanément, des rumeurs persistantes faisaient état d’un projet d’ouverture d’une ambassade israéliennes à Manama. Bahreïn, il est vrai, avait accueilli le 24 juin 2018 une délégation israélienne venue participer aux travaux du «Comité du Patrimoine Mondial», organisé par l’UNESCO en coopération avec l’Office bahreïni pour la culture et le patrimoine.
Auparavant, en Mai 2017, Bahreïn avait accueilli une délégation israélienne venue participer à l’Assemblée générale de la FIFA (Foot). En décembre 2016, une délégation israélienne avait célébré à Bahreïn la fête juive des Lumières de Hanoucca, commémorant la ré-inauguration de l’autel des offrandes dans le Second Temple de Jérusalem, lors de son retour au culte judaïque, trois ans après son interdiction par Antiochus IV des Séleucides.
En retour, une délégation de 24 personnalités bahreïnies, membres de l’association «This is Bahrein» avait effectué une visite en Israël, en décembre 2017. «EN FAIT, LES RELATIONS AVEC ISRAEL N’ONT JAMAIS ETE INTERROMPUES. MAIS LE FAIT NOUVEAU A ETE LE SOUCI DE LES PORTER SUR LA PLACE PUBLIQUE», dixit le rapport.
Le Qatar:
«La succession de ces visites ne constitue pas une surprise dans le contexte régional. Il y a vingt ans déjà, les relations entre le Qatar et Israël avaient connu un très fort degré de rapprochement.
En 1996, une représentation commerciale israélienne a été inaugurée au Qatar par le premier ministre israélien Shimon Perez, mais Doha en a ordonné la fermeture après l’attaque israélienne contre la Bande de Gaza, 3 ans plus tard. De même un accord avait été conclu pour la vente du gaz du Qatar à Israël.
De son côté, Israël a apporté son soutien à Abou Dhabi contre l’Allemagne pour être le pays hôte de la conférence de «l’International Renewable Energy Agency» qui a abouti à l’ouverture d’un bureau régional de l’IRENA à Abou Dhabi en novembre 2015.
Sultanat d’Oman:
En 1994, le premier ministre Itzhack Rabin a rencontré le Sultan Qabous à Mascate pour discuter des modalités d’amélioration du ravitaillement en eau du Sultanat d’Oman. En Mars 1995, à la suite de l’assassinat de Rabin, Shimon Perez, qui assurait l’intérim à la tête du gouvernement israélien, a accueilli à Tel Aviv, Youssef Ben Alami, ministre omanais des Affaires étrangères; une rencontre marquée par la signature d’un accord pour l’ouverture dans les deux pays d’une mission de représentation commerciale et un accord portant sur le dessalement de l’eau de mer en vue de ravitailler le Sultanat en eau potable.
6 – Explication du rapprochement, Israël-pétromonarchies du Golfe selon le chef des services de renseignements saoudiens.
«Les relations avec Israël ne se sont jamais interrompues dans les faits. Mais le fait nouveau a été le souci de toutes les parties de les porter sur la place publique, comme en témoignent la succession des visites en Oman, au Qatar et aux Émirats Arabes Unis.
«Cette activité diplomatique a donné l’impression qu’une course de vitesse est engagée parmi les États du Golfe en direction d’Israël, accréditant l’idée qu’une fluidité diplomatique s’est produite dans le système régional. De nos jours, le système régional en vigueur dans le Monde arabe (Ligue arabe, Pacte de défense commune) ne revêt plus la même rigueur qu’auparavant.
«De profondes divergences existent à propos de la Turquie et de l’Iran, de même que le rôle des grands états arabes, l’Arabie saoudite et l’Égypte. Il en est résulté une érosion de la position arabe à l’égard de la cause palestinienne.
Fin du rapport.
Observations du signataire de ce texte:
Le chef des services de renseignements saoudiens énumère placidement les faits, comme une sorte de fatalité, sans mentionner nullement l’impulsion politique derrière cette course inter-monarchique vers la normalisation avec Israël;
Le souci de substituer l’Iran à Israël en tant qu’ennemi héréditaire des Arabes en attisant la querelle sunnite-chiite, ni la majorité de blocage dont disposent les monarchies arabes dans le processus décisionnaire de la Ligue arabe, entravant toute remise en cause de son fonctionnement; l’alliance des pétromonarchies avec l’Otan pour la destruction des pays arabes à structure républicaine (Libye, Syrie, Yémen), dans la séquence dite du «printemps arabe», (auparavant le Liban et l’Algérie, à la fin du XX me siècle); la considérable réduction de la consommation d’énergie résultant de la pandémie du Covid et l’avènement corrélative d’une économie écologique à l’effet d’affecter les ressources financières des pétro-monarchies; enfin, dernier et non le moindre, l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques faisant de l’Arabie saoudite et du Qatar des incubateurs absolus du terrorisme islamique et les autres pétromonarchies leurs philanthropes, générant une vive phobie occidentale pour la cause arabe particulièrement la cause palestinienne
Épilogue: La dignité est innée. Le cas du Pakistan
L’Arabie saoudite a veillé à entraîner le Pakistan dans la vague de normalisation de ses relations avec Israël, conditionnant une aide de plusieurs milliards de dollars à ce pays impécunieux à l’établissement de relations diplomatiques avec l’État Hébreu.
Mais le «pays des purs», qui a assumé un rôle de body guard de la dynastie wahhabite pendant un demi-siècle, a rejeté l’offre saoudienne, subordonnant tout rapprochement avec Israël à un règlement «durable et tangible» de la question palestinienne.
Le ministre pakistanais des affaires étrangères, Mohamad Al Qoreichy, s’est déplacé spécialement à Abou Dhabi pour proclamer haut et fort la position d’Islamabad.
Le ministre pakistanais a fait cette déclaration, le 23 décembre le jour même où un appareil d’El Al s’envolait de Tel Aviv vers Rabat pour sceller la normalisation des relations, jusque là clandestine, entre Israël et le Maroc, dont le Roi, commandeur des croyants et Président du Comité Al Qods, a théoriquement en charge de la défense du 3me Haut Lieu Saint de l’Islam.
Joignant le geste à la parole, le Pakistan a remboursé par anticipation un prêt de 3 milliards de dollars que lui avait accordé l’Arabie saoudite pour l’entraîner dans ce mouvement.
La dignité ne s’apprend pas. Elle ne se marchande pas. La dignité est innée.
- Pour aller plus loin sur le Pakistan: ce lien https://www.madaniya.info/2019/04/08/le-pakistan-face-au-defi-du-monde-post-occidental-et-de-l-eurasie/
- Le Pakistan et l’Indonésie refusent des milliards de dollars, comme prix de la normalisation de leurs relations avec Israël
ILLUSTRATION
Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salman, en compagnie du président américain Donald Trump, le 20 mars dernier à Washington. REUTERS/Jonathan Ernst/File Photo

Salmane-Israël 1/3 : Des relations saoudo-israéliennes depuis la décennie 1980
Mourir pour les beaux yeux de la dynastie wahhabite ?
Sur fond d’une pression subliminale américaine via la réactivation de la «Golden List» des philanthropes saoudiens du djihadisme planétaire, le Roi Salmane projette de se tourner vers Moscou, à la mi mars, en visite officielle, à l’arrière plan d’une conjoncture périlleuse pour le trône wahhabite, sur fond d’une rupture avec l’Iran, d’un enlisement tragique au Yémen, de déconvenues politiques et militaires en Syrie, et, dernier et non le moindre, d’une rivalité interne entre son propre fils Mohammad Ben Salmane et le prince héritier en titre Mohammad Ben Nayef.
Survenant après deux visites infructueuses de son propre fils à Moscou, en 2015, porteur de mirifiques promesses de gigantesques contrats et de coopération dans le domaine énergétique et nucléaire, le Roi Salmane va tenter, sinon d’infléchir la politique russe au Moyen-Orient, à tout le moins de solliciter l’aide du Kremlin pour une «sortie honorable» à sa politique calamiteuse tant au Yémen qu’en Syrie, alors que des informations persistantes dans la presse occidentale et arabe font état d’une possible «révolution de palais» en Arabie saoudite.
Brandissant la menace d’une intervention terrestre en Syrie, avec déploiement de forces aériennes à la base turque d’Incerlick, s’engageant par la voix de son ministre des affaires étrangères Abdel Joubeir, le poulain du prince des ténèbres Bandar Ben Sultan, de mettre en échec la stratégie russe de maintenir à flot le président Bachar Al Assad, le Roi Salmane risque de se heurter à l’intransigeance de Vladimir Poutine, qui parle de plus en plus ouvertement de «crimes de guerre» au Yémen dans une tentative de modérer les ardeurs belliqueuses du dynaste wahhabite.
Un an après le déclenchement de la guerre du Yémen, cinq ans après le déclenchement de la guerre de Syrie, le Royaume est conduit à constater que nul parmi ses alliés ne paraît disposer à s’engager dans une nouvelle aventure aux résultats aléatoires.
En déclinant tour à tour de prendre le commandement d’une coalition islamo-atlantiste en vue d’une offensive terrestre en Syrie, en lui refusant l’autorisation de livrer des missiles sol-air à l’opposition wahhabite, Barack Obama a signifier au gérontocrate atrabilaire, qui tient lieu de Roi d’Arabie, son refus de voir des GI’s mourir pour les beaux yeux de la dynastie wahhabite, ses aigreurs et ses rancœurs.
En vue de prévenir une détérioration plus grave de l’image du Royaume saoudien dans le Monde, particulièrement aux États-Unis, le clan wahhabite a décidé de lancer un lobby pro saoudien sur le modèle de son exemple israélien AIPAC, avec pour nom SAPRAC (comité des relations saoudo-américaines).
Son lancement devrait coïncider avec la visite programmée du Roi Salmane à Moscou. L’Arabie Saoudite avait eu recours à ce procédé, en 2001, sous l’impulsion du Prince Bandar Ben Sultan, l’ancien chef du djihadisme planétaire pro-saoudien, pour amortir le choc de l’implication de quatorze de ses nationaux dans le raid du 11 septembre 2001, contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.
En 2001, les Saoudiens avaient réussi à conjurer le mauvais sort, grâce à l’amitié du clan George Bush jr avec l’industrie pétrolière saoudienne et leur opération de séduction avait détourné le feu américain sur l’Irak et par effet de boule à la création de Daech. Qu’en sera-t-il quinze après ?
Un an accession après son accession au pouvoir, retour sur la face cachée du Roi Salmane à travers les révélations du plus redouté censeur saoudien.

Moujtahed acte III : Salmane entretenait des contacts avec Israël depuis la décennie 1980
Sous la houlette de l’Arabie saoudite, les pays arabes ont pratiqué une normalisation rampante avec Israël concomitante de l’annexion rampante de la Palestine ; une normalisation rampante du côté arabe proportionnelle à la montée en puissance du mouvement du boycottage d’Israël sur le plan mondial.
L’Iran a servi de prétexte à la normalisation de facto entre Israël et les pétro-monarchies du Golfe en ce que la connivence, d’abord souterraine, désormais publique, a préexisté au rapprochement entre les États-Unis et son ancien super-gendarme du Golfe du temps de l’Iran impériale de la dynastie Pahlévi.
Telle est en substance la principale conclusion des nouvelles révélations de Moujtahed, le gazouilleur le plus redouté du royaume saoudien pour la fiabilité et la corrosivité de ses informations.
Le verbatim de Moujtahed (http://www.al-akhbar.com/node/235873)
«Salmane a eu des contacts avec les sionistes dès la décennie 1980. Il a été le précurseur en ce domaine au sein de la famille royale saoudienne. Le gouverneur de Riyad avait des contacts réguliers à l’époque par l’entremise de ses protégés, Ousmane Al Omeir et Abdel Rahmane Ar Rached, les deux premiers rédacteurs en chef de son journal amiral «Al Charq Al Awsat».
Les contacts se déroulaient au Maroc en ce que le royaume chérifien et son pendant au Machreq, le Royaume hachémite de Jordanie sont les traditionnels partenaires historiques de la diplomatie souterraine israélo-monarchique.
Rappel des précédentes révélations de Moujtahed.
L’identité de ce mystérieux justicier intrigue, mais AL Rai Al Yom, le journal de l’influent éditorialiste arabe, Abdel Bari Atwane, a avancé le nom du Dr Saad Al Faqih, Président du «Mouvement Islamique pour la Réforme». Ancien professeur de chirurgie à la Faculté de médecine de l’Université du Roi Saoud à Ryad et consultant chirurgical à l’hôpital du Roi Khaled, dans la décennie 1990, il vit en exil à Londres et dispose d’un compte twitter crédité de 1,6 millions de followers. http://www.raialyoum.com/?p=138997
- https://www.madaniya.info/2015/06/02/les-gazouillis-de-moujtahed-sous-le-regne-d-abdallah-1-2/
- https://www.madaniya.info/2015/06/06/les-gazouillis-de-moujtahed-sous-le-regne-de-salmane-2-2/
«Salmane n’agissait pas tant en sa qualité de représentant du clan Saoud, mais agissait pour son propre compte, afin de convaincre les Américains de renforcer sa position au sein de la famille royale, dans le cadre de la lutte d’influence permanente entre le diverses factions wahhabites.
«En contrepartie, Salmane s’était engagé que son groupe de presse s’emploie à favoriser une normalisation culturelle, intellectuelle et pédagogique entre l’Arabie saoudite et Israël.
«Salmane a honoré ses engagements : Al Charq Al Awsat a bien réussi dans sa mission de sionisation de la culture en ce que ce groupe de presse a constitué le vivier le plus dangereux de personnalités les plus menaçantes pour la culture arabe et musulmane.
Moujtahed fait observer que sa garde rapprochée a fait office de task force pour la protection de Salmane et sa promotion médiatique tant sur le plan interne saoudien que pour sa visibilité sur le plan de la diffusion satellitaire. «L’insolite dans cette affaire est que la normalisation ne résulte pas d’une volonté délibérée de Salmane, en ce que son état mental (Alzheimer) ne l’autorise pas de telles audaces, mais résulte de son propre entourage, en la personne des deux Mohammad : son fils, Mohammad Ben Salmane, vice prince héritier et ministre de la Défense et Mohammad Ben Nayef, son neveu, prince héritier et ministre de l’Intérieur.
Moujtahed met l’accent sur la rencontre, début avril 2015, entre Dore Gold, le nouveau directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères et ancien ambassadeur israélien à l’ONU, et le général saoudien Anwar Eshké, à Washington, en compagnie du publiciste saoudien Daham Al Anzi, «lequel a émis le souhait de l’installation d’une ambassade israélienne à Riyad, terme ultime de la normalisation entre les deux pays».
La nomination d’Adel Al Jobeir, ancien ambassadeur saoudien à Washington, au poste de ministre des Affaires étrangères, de même que celle d’Adel Al Tarifi, au poste de ministre de l’information, constituent «une traduction concrète et manifeste du processus de normalisation», conclut Moujtahed.
Ainsi donc, la jonction israélo-pétromonarchique s’est faite dès la décennie 1980, c’est à dire dès l’avènement de la Révolution islamique en Iran, dans une manœuvre à double détente qui a eu pour effet de dégager Israël de toute menace militaire sur son front nord pendant toute une décennie, pendant que l’état Hébreu neutralisait la menace sur son front sud, via un traité de paix avec l’Égypte.
Sur le Front Nord
- Via l’Irak, d’une part, en commanditant une guerre contre l’Iran par Saddam Hussein interposé en vue de fixer sur le sol, une «révolution chiite», deux facteurs déstabilisateurs pour la survie dynastique de monarchies sunnites, héréditaires et rétrogrades.
- Via l’Afghanistan, d’autre part, en déportant le principal champ de bataille à 5.000 km de la Palestine, y déroutant du même coup 50.000 arabes afghans dans un djihad contre l’Union soviétique, c’est à dire contre le principal fournisseur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël (Égypte, Syrie, OLP, Irak, Algérie, Libye, Soudan et Somalie).
- Via la Syrie, dans la décennie 2010, la dynastie wahhabite s’emploie à détourner la jeunesse saoudienne de l’attraction de Daech.
Ce faisant, la stratégie saoudienne a ainsi lâché la bride à Israël pour détruire la centrale nucléaire irakienne de Tammouz (1981), annexer le Golan et Jérusalem (1981), envahir le Liban (1982), faire des raids contre le QG tunisien de Yasser Arafat (1984) et assassiner deux de ses principaux adjoints (Abou Iyad et Abou Djihad).
Les pétromonarchies du Golfe, pour la survie de leur trône, ont ainsi donc fait le choix d’Israël contre l’Iran depuis belle lurette. L’alliance militaire de l’Arabie saoudite et du Qatar avec la Turquie, le meilleur allié d’Israël dans la zone, répond à cette préoccupation en ce qu’il constitue un contrepoids au désenchantement des États-Unis à l’égard de la psychorigidité dogmatique du Grand et du Petit wahhabite (Arabie Saoudite et Qatar), les principaux bailleurs de fonds du salafisme djihadiste.
La normalisation de facto entre les pétromonarchies du Golfe et Israël : une opération de blanchiment des turpitudes wahhabites
La visite spectaculaire de l’Émir du Qatar à Gaza, avec le consentement israélien, de même que le débauchage du chef politique du Hamas à Khaled Mechta de son alliance avec la Syrie et son installation à Doha, à 30 km de la base américaine d’Aydid, la plus importante base américaine du tiers-monde, en superposition avec les rencontres saoudo israéliens de Turki Ben Faysal, -le parrain originel d’Oussama Ben Laden durant la guerre d’Afghanistan, dans la décennie 1980-, tant à Monaco, le 10 décembre 2013, avec son ancienne collègue du Mossad Tzipi Livni, qu’à Davos, en février 2014 avec Shimon Pérès, confirment une tendance lourde de la nouvelle orientation de la diplomatie pétro-monarchique : Le jeu à découvert sans faux fuyant, qui était auparavant la marque de fabrique traditionnelle de leur diplomatie.
L’Arabie saoudite a noué une coopération technologique avec la société Daront, une société High Tech installée dans la vile de Ramat-Gan, près de Tel Aviv, dont le centre de révision technique est basé dans la colonie de Ilaad. L’accord porte sur un programme informatique et la formation aux États-Unis du personnel saoudien à sa mise en œuvre.
Par ailleurs, le royaume a attribué à une société israélienne la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Dubaï, le lieu même du meurtre du dirigeant militaire du Hamas Al Madbouh répondent à cette logique et en constitue la traduction la plus concrète de cette tendance. La maison-mère G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons dans les territoires occupés palestiniens, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes. Dans le monde arabe, elle emploierait 44 000 personnes dans 16 pays, notamment aux aéroports de Bagdad et de Dubaï.
Outre l’intérêt financier de ces contrats, la filiale saoudienne de la société israélienne Al Majal G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.
Pour ne pas être en reste, Abou Dhabi a confié la protection de ses champs pétrolifères à une firme israélienne dirigée par l’ancien député de gauche Yossi Sarid, alors que le site d’investigations Middle East Eye révélait l’existence de vols secrets réguliers entre Abu Dhabi et Tel Aviv en dépit de la prétendue interdiction faite aux citoyens israéliens d’entrer aux Émirats Arabes Unis.
La firme israélienne AGT a édifié un barrage électronique dans la région frontalière entre les Émirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman afin de prévenir les infiltrations hostiles.
Le barrage est en en fait un «mur intelligent» qui recèle des caméras pouvant enregistrer les traits de visage de ceux qui touchent le mur. Des données immédiatement transférées dans les fichiers des services de renseignements et de la police capables de déclencher une intervention des forces de sécurité».
«Le maître d’œuvre du projet est la firme AGT, dirigée par Mati Kochavi, un israélien installé aux États-Unis». Cf. Le business secret d’Israël dans le golfe Persique, Georges Malbrunot Le Figaro 26 juin 2010.
Sous couvert de guerre contre le terrorisme, l’Arabie saoudite a par ailleurs opéré un rapprochement tangible avec Israël, criminalisant la confrérie des Frères Musulmans, renouant avec Mahmoud Abbas et Khaled Mecha’al, chef politique du Hamas, dans une tentative de renflouement de la question palestinienne, la grande oubliée du «printemps arabe», en vue d’accompagner le règlement du conflit israélo-arabe selon un schéma américain conférant un statut minoré au futur état palestinien.
Au-delà des rivalités de voisinage et des conflits de préséance, la diabolisation des Frères Musulmans, la matrice originelle d’Al Qaida et de ses organisations dérivées, apparaît ainsi comme une grande opération de blanchissement des turpitudes saoudiennes et de dédouanement de la dynastie à son soutien à la nébuleuse du djihadisme erratique depuis son apparition dans la décennie 1980 lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan. Un parrainage qui a valu à l’Irak d’assumer, par substitution, la fonction de victime sacrificielle d’un jeu de billard à trois bandes, en 2003, en compensation au châtiment de l’Arabe saoudite pour sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.
Le Gardien des Lieux Saints de l’Islam a certes financé la promotion de l’Islam à travers le monde, mais son prosélytisme religieux tous azimut s’est souvent confondu avec une instrumentalisation politique de la religion comme arme de combat contre les ennemis de l’Amérique, notamment l’athéisme communiste, au détriment des intérêts stratégiques du Monde arabe.
Le chef de file de l’Islam sunnite a porté le fer aux quatre coins de la planète pour le compte de son protecteur américain, mais le bailleur de fonds des équipées militaires américaines dans le tiers monde -de l’Afghanistan au Nicaragua, à l’Irak et à la Syrie- n’est jamais parvenu à libérer l’unique Haut Lieu Saint de l’islam sous occupation étrangère, la Mosquée d’Al Aqsa de Jérusalem. Au point que son leadership est désormais concurrencé par le nouveau venu sur la scène diplomatique régionale la Turquie et sa posture néo ottomane, de même que par Daech, l’État Islamique autoproclamé par le calife Ibrahim.
Le protégé de l’Amérique, auteur de deux plans de paix pour le proche orient, n’a jamais réussi à faire entériner par son protecteur américain et son partenaire israélien les propositions visant à régler le conflit israélo palestinien, ni à prévenir l’annexion rampante de Jérusalem, ni la judaïsation de la 3e ville sainte de l’Islam, pas plus qu’il n’a pu éviter le basculement des grandes capitales arabes hors de la sphère sunnite, dans le giron adverse : Jérusalem sous occupation israélienne, Damas sous contrôle alaouite et Bagdad enfin sous partage kurdo Chiite.
Le plus riche pays arabe, membre de plein droit du G20, le directoire financier de la planète, a dilapidé une part de sa fortune à d’extravagantes réalisations de prestige et à la satisfaction d’invraisemblables caprices de prince, sans jamais songé à affecter sa puissance financière au redressement économique arabe ou au renforcement de son potentiel militaire, bridant au passage toute contestation, entraînant dans son sillage le monde arabe vers sa vassalisation à l’ordre américain.
Plus grave, allié inconditionnel et résolu des États-Unis, le bailleur de fonds de toutes ses équipées dans la zone, même au delà en Amérique latine et en Afrique, hors de la sphère de la sécurité nationale arabe, l’Arabie Saoudite aura été de surcroît la caution morale et politique du principal partenaire stratégique du principal ennemi des Arabes, Israël, le propagateur zélé d’une politique qui a abouti, paradoxalement, à la judaïsation rampante de la quasi totalité de l’ancien territoire de la Palestine du mandat britannique en contradiction avec les vœux d’un des plus éminents monarques saoudiens, le Roi Fayçal, assassiné en 1975, avant de réaliser son souhait de prier à la Mosquée libérée d’Al-Aqsa de Jérusalem.
Plus que tout autre, l’Arabie Saoudite aura illustré jusqu’à la caricature la réalité paralytique arabe dont elle assume une lourde part de responsabilité. Pays rigoriste, l’Arabie a fait du Coran, son arme absolue et du prosélytisme religieux son vecteur d’influence diplomatique, véritable rente de situation stérilisant tout débat interne, au point que le pays aura sombré pendant un demi-siècle dans le «degré zéro de la culture».
Dans une opération d’enfumage médiatique, sans doute l’une des plus vastes de l’histoire, le plus riche pays arabe, membre de plein droit du G20, le directoire financier de la planète, a ainsi donc dilapidé une part de sa fortune à d’extravagantes réalisations de prestige et à la satisfaction d’invraisemblables caprices de prince, sans jamais songé à affecter sa puissance financière au redressement économique arabe ou au renforcement de son potentiel militaire, bridant au passage toute contestation, entraînant dans son sillage le monde arabe vers sa vassalisation à l’ordre israélo-américain.
La dynastie wahhabite, détournant les Arabes et les Musulmans de leur principal champ de bataille, la Palestine, dans de furieux combats en Afghanistan, n’a jamais tiré un coup de feu contre Israël, au point que le meilleur allié arabe des États Unis apparaît, rétrospectivement, comme le principal bénéficiaire des coups de butoir israélien contre le noyau dur du monde arabe, et Israël, comme le meilleur allié objectif de la monarchie saoudienne.
Au vu de ce brouillage, pathétique paraît la destinée des «Arabes Afghans», paumés de l’Islam, et paumés du djihad, détournés de Palestine, qui se devait être le principal champ de bataille du Monde arabe, déroutés vers l’Afghanistan, soldats perdus d’une cause perdue.
Voilà qui pourrait expliquer l’absence de toute action hostile d’Al Qaida contre Israël, pas plus que de Da’ech d’ailleurs, l’autre excroissance monstrueuse de la pathologie wahhabite.http://www.renenaba.com/lettre-ouverte-aux-djihadistes-de-tous-les-pays
[notification type= »information » title= »Verbatim de Wikileaks »]Le verbatim de Wikileaks sur le rapprochement entre les pétromonarchies du Golfe et Israël. Sur les 500.000 câbles qu’il détient en réserve, Wikileaks a diffusé 61.291 câbles concernant aussi bien l’espionnage des présidents français que les câbles du ministère saoudien des Affaires étrangères. «Saudicables» confirme en termes explicites la connivence israélo-pétro-monarchique, dont voici le verbatim: «En 2009, un câble diplomatique du Département d’état américain donne un aperçu d’une alliance montante entre Israël et les pays arabes du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).
Le câble cite Yacov Hadas, un officiel du Ministère des Affaires étrangères israélien affirmant que «les Arabes du Golfe croient dans le rôle d’Israël à cause de la perception qu’ils ont des relations étroites entre Israël et les États-Unis», ajoutant que les pays du CCG «pensaient qu’Israël pouvait faire des miracles.» «Israël et les pétromonarchies avaient aussi un intérêt commun: Contrer l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient», pouvait-on lire aussi. Dans la duplicité: «Ainsi, alors que les deux parties croisaient le fer en public, notamment lors de l’opération militaire israélienne «Plomb Durci» contre Gaza, qui avait fait 1.400 victimes dans l’enclave palestinienne, que l’Arabie saoudite avait condamné comme étant une «violente agression», les deux pays entretenaient en sourdine «d’excellentes relations» derrière des portes closes. Hadas aurait ajouté que les Arabes du Golfe n’étaient pas encore «prêts à faire en public ce qu’ils disaient en privé.»
«Six ans plus tard, les pétromonarchies paraissaient prêts à rendre public leur rapprochement avec Israël. Lors d’une réunion à Washington, au Conseil des Relations étrangères, commentée sur Bloomberg TV par Eli Lake, d’anciens officiels de haut rang saoudiens et israéliens ont non seulement partagé la scène mais ont révélé que les deux pays avaient eu toute une série de rencontres de haut niveau pour discuter de stratégies communes, concernant surtout la prédominance de l’Iran sur la région.
L’ancien général saoudien Anwar Eshké a ouvertement appelé à un changement de régime en Iran. De son côté, Dore Gold, ancien ambassadeur israélien à l’ONU, qui fut en son temps un farouche opposant à l’Arabie saoudite, a parlé de sa sensibilisation à ce pays au cours des dernières années et des possibilités d’aplanir les divergences résiduelles entre les deux pays.
Il a déclaré: «Le fait que nous soyons ensemble ici sur cette scène aujourd’hui ne signifie pas que nous avons résolu tout ce qui nous sépare depuis tant d’années mais nous espérons fermement y parvenir tout à fait dans les années à venir.»
Sous le double phénomène des printemps arabes et de l’influence montante de l’Iran, le rapprochement saoudo-israélien s’est accéléré. En 2014, le prince saoudien Turki Ben Faysal s’offrait le luxe, fait sans précédent, d’écrire un éditorial dans un grand journal israélien, appelant à la paix entre Israël et les monarchies du golfe, ainsi qu’au règlement du conflit israélo-palestinien. Le site d’investigations Middle East Eye a révélé l’existence de vols secrets réguliers entre Abu Dhabi et Tel Aviv en dépit de la prétendue interdiction faite aux citoyens israéliens d’entrer aux Émirats Arabes Unis.
Dans son livre publié en 2012, « Acter thé Cheikhs: Thea Coing Collapse off thé Golf Monarchies », Chris Davidson, professeur à l’université de Durham, écrit que les pays du Golfe continueront à rechercher le soutien d’Israël à cause des pessions extérieures grandissantes qui se font sentir suite aux soulèvements régionaux. Même s’il dit que les pays du CCG sont constitués de «populations nationales pour la plupart anti-israéliennes et pro-palestiniennes hyper sensibles sur les sujets du Sionisme et d’Israël», le livre montre une coordination clandestine croissante sur les plans économique et politique entre les dirigeants des pays du CCG et leurs homologues israéliens au cours de ces dernières années.[/notification]
POUR ALLER PLUS LOIN
- https://www.madaniya.info/2015/06/21/israel-et-larabie-saoudite-deux-grands-colonisateurs-de-la-planete/
- http://blog.mondediplo.net/2009-05-20-Dubai-Leviev-et-le-boycott-d-Israel
À propos de la création du Royaume saoudien, Abdel Aziz, Emir du Najd, esclave des Anglais ½
- https://www.madaniya.info/2015/01/05/esclave-des-anglais-a-propos-de-la-creation-du-royaume-d-ibn-saoud-1-2/
- https://www.madaniya.info/2015/01/07/esclave-des-anglais-a-propos-de-la-creation-du-royaume-d-ibn-saoud-2-2/
Sur la rivalité sunnite-chiite
- http://www.renenaba.com/l-equation-chiite-dans-la-problematique-du-jeu-des-puissances-regionales-et-internationales-1-2/
- http://www.renenaba.com/l-equation-chiite-dans-la-problematique-du-jeu-des-puissances-regionales-et-internationales-2-2/
Sur les relations entre Israël et le Kurdistan irakien
Pour le lecteur arabophone
Entre Israël et les pétromonarchies du Golfe رصد لحالات التطبيع في دول مجلس التعاون وفرص المقاطعة وسحب الاستثمارات
- http://www.al-akhbar.com/node/235682
- https://www.gulfpolicies.com/index.php?option=com_content&view=article&id=2126%3A44-&catid=257%3A-2015-&Itemid=5
- https://www.facebook.com/v2.3/plugins/share_button.php?app_id=&channel=https%3A%2F%2Fstaticxx.facebook.com%2Fx%2Fconnect%2Fxd_arbiter%2F%3Fversion%3D46%23cb%3Dfa4eca9881cfdce18%26domain%3Dwww.madaniya.info%26is_canvas%3Dfalse%26origin%3Dhttps%253A%252F%252Fwww.madaniya.info%252Ff48fd1dad3e061a0d%26relation%3Dparent.parent&container_width=0&href=https%3A%2F%2Fwww.madaniya.info%2F2016%2F03%2F04%2Fsalmane-israel-1-3-des-relations-saoudo-israeliennes-depuis-la-decennie-1980%2F&layout=button_count&locale=fr_FR&sdk=joey
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René Naba
Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l’Association d’amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Editorialiste Radio Galère 88.4 FM Marseille Emissions Harragas, tous les jeudis 16-16H30, émission briseuse de tabous. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.
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Hans-Christof von Sponeckcle-Syrie : Pour plus de vérité dans les relations internationales

Syrie : Pour plus de vérité dans les relations internationales par Hans-Christof von SponeckcleL’ancien coordinateur de l’ONU pour l’Irak, Hans-Christof Graf von Sponeck. Il a été parmi les premiers hauts fonctionnaires de l’ONU à avoir dénoncer les mensonges à propos des armes de destruction massive en Irak. Il a aussi dénoncé les manipulations occidentales concernant la pseudo attaque chimique à Douma, en Syrie.

Photo : Volker Münch
J’aimerais vous raconter une histoire en lien avec la condition humaine, la nature humaine et le devenir de notre société dans un ordre mondial multipolaire. Mais avant cela, je dois dire quelques mots sur la déshumanisation et le manque d’humanité qui caractérisent le désordre mondial actuel et qui, malheureusement, relèvent du même sujet.
Hans-Christof von Sponeck
Cela concerne la présence d’armes de destruction massive en Syrie et le devoir des organisations multilatérales d’œuvrer pour le bien-être de l’humanité en la protégeant de la guerre, de la pauvreté et de l’exploitation.
Le 7 avril 2018, Douma, une ville de la banlieue de Damas, a subi un bombardement qui a coûté la vie à 43 personnes. Quelques jours plus tard, les forces aériennes américaines, britanniques et françaises ont frappé des objectifs syriens en représailles à l’utilisation présumée de gaz toxiques par le gouvernement syrien. Dans ce cas précis, une stratégie de puissance inhumaine a conduit à une grave crise aux conséquences internationales. Les études scientifiques de l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques) ont été manipulées et politisées afin de justifier une attaque aérienne.
Au terme de deux années de travaux, un premier rapport de recherche, que l’on peut consulter, a été publié en juillet 2023. Il décrit ce qui s’est passé et ce qui doit être fait pour faciliter un réexamen fiable de l’incident de Douma et pour restaurer la confiance dans le travail impartial d’organisations internationales telles que l’OIAC et l’ONU. Sans aucun doute, c’est là une entreprise particulièrement ambitieuse.
Venons-en à mon histoire. Par une heureuse coïncidence, quatre personnes se sont retrouvées: deux professeurs, l’un Américain et l’autre Britannique, l’ancien directeur général de l’OIAC, Brésilien, ainsi qu’un ancien collaborateur de l’ONU, Allemand. Nous avons tous les quatre un point en commun: notre volonté inconditionnelle de défendre sans réserve la vérité dans les relations internationales, cette vérité que nous considérons sérieusement menacée dans le cas de Douma. Plus important encore, il s’agit pour nous de protéger des êtres humains qui sont victimes d’une guerre par procuration, une guerre qu’ils n’ont pas souhaitée. Les témoignages de deux scientifiques de l’OIAC – convertis depuis en lanceurs d’alerte qui occupent des postes clés de l’OIAC dans l’enquête sur la Douma – nous ont convaincus que, sous la pression de puissants Etats membres, la direction de l’OIAC à La Haye a manipulé la vérité sur les évènements de Douma et continue à le faire à plusieurs reprises.
En 2019, après un entretien confidentiel avec l’un des lanceurs d’alerte à Bruxelles, nous avons donc décidé de former un petit groupe de résistance citoyenne pour continuer à enquêter sur ce même sujet très lourd: Douma. Comme notre première rencontre avait eu lieu à Berlin en 2021, nous nous sommes donné le nom de «BerlinGroup 21».
La géopolitique au détriment de l’homme
Plus nous approfondissions la question des armes chimiques par rapport aux évènements de Douma, plus le sinistre petit jeu géopolitique qui se déroulait et continue à se dérouler à La Haye, au détriment de populations entières, devient clair. C’est pourquoi nous avons contacté d’anciens collaborateurs de l’OIAC ainsi que d’autres experts, afin d’obtenir un complément d’informations: des chimistes, des experts en toxicologie et en balistique ainsi que des gens spécialisés en matière d’armement, de questions de sécurité, de politique qui connaissent bien la Syrie. Au printemps 2021, ces efforts ont conduit à une «Déclaration de profondes préoccupations» proposée à l’approbation de 24 personnages de renommée internationale qui l’ont ensuite signée, quatre d’entre eux étaient membres de l’OIAC.
Les présidents de l’Assemblée générale des Nations unies, du Conseil de sécurité et de la Commission des droits de l’homme, ainsi que le secrétaire général de l’ONU ont été les premiers à être personnellement contacté et invité à partager les préoccupations exprimées dans la déclaration avec les signataires. L’ONU nous a répondu par son silence. Les responsables de l’organisation mondiale, censés représenter les citoyens de ce monde unique, ont fait semblant de ne pas comprendre nos préoccupations et n’ont pas eu le courage d’intervenir en faveur de la paix, leur raison d’être. De plus, il nous importait de transmettre notre déclaration de préoccupations au directeur général de l’OIAC, et de l’accompagner d’un courrier personnel lui demandant de convoquer tous les membres du groupe d’investigation de l’OIAC impliqués dans les évènements de Douma, dans le but de procéder à une réévaluation des rapports publiés. Il a répondu en nous renvoyant le pli contenant notre lettre et déclaration non décacheté. De notre part, personne n’aurait pu imaginer un tel affront.
Nous n’étions certes pas découragés, mais déçus. Toutefois, l’attitude négative des deux organisations mondiales nous a fait comprendre que notre documentation, la déclaration de préoccupations, ne pouvait être que le début d’une initiative citoyenne. La prochaine étape consisterait donc à rédiger un rapport détaillé sur les manipulations, les analyses erronées et la censure de l’OIAC dans la manière d’accomplir sa tâche.
Pour ce faire, nous avions besoin d’experts dans ce domaine et de soutien politique. Nous avions déjà accès à des experts. Pour ce qui concerne le soutien politique, nous avons établi des contacts avec des députés du Parlement européen, ce qui nous a permis d’obtenir le soutien de deux députés européens irlandais qui nous ont chargés de rédiger ce rapport. Il s’agissait d’une étape importante qui a également apporté les moyens d’assurer le financement et la distribution du rapport. Jusque là, nous avions personnellement pris en charge toutes les dépenses liées à la gestion de notre site web, aux traductions et au matériel. Pour des raisons évidentes, la collaboration avec les deux députés européens est restée secrète jusqu’à la publication du rapport en juillet, après deux ans de dur travail dans un environnement complexe.
Durant cette période, il n’a pas été facile de faire comprendre à toutes les personnes concernées que même si le cas de Douma constituait une affaire grave mais ponctuelle, il était bien plus important de considérer cette affaire ponctuelle comme symptomatique d’un conflit global entre les grandes puissances et d’agir en conséquence. Alors que nous travaillions sur le rapport, nous avons eu de nombreuses occasions d’exposer les circonstances du cas de Douma et d’écrire des articles à ce sujet dans des débats publics de manière délibérément restreinte. Les grands médias américains et européens n’avaient aucun intérêt à s’exprimer dans notre sens. Ils nous ont harcelés, ou plutôt, ils nous ont accusés de défendre le dictateur syrien et de faire allégeance à la propagande russe.

– Photo de propagande fournie par le groupe djihadiste Jaich al-Islam, qui contrôlait à l’époque la localité de Douma, près de Damas, simulant une attaque à l’arme chimique par l’armée syrienne. Les inspecteurs de l’OIAC qui s’y étaient rendu sur place pour enquêter avaient conclu à une grossière mise en scène. Leur rapport a été censuré et manipulé par la direction de l’OIAC !
Des attaques personnelles plutôt qu’une discussion factuelle
Nous avons tous subi des attaques sur le plan personnel. L’un d’entre nous a été empêché de s’exprimer au Conseil de sécurité de l’ONU, tandis que l’audition d’un autre n’a pas été jugé recevable par deux ambassadeurs du groupe P5, qui n’ont même pas participé à cette audition. Ailleurs, une ambassadrice a déclaré, en faisant référence à notre groupe: «Eh oui, ce sont des gens qui balancent de la boue dans l’espoir qu’elle reste accrochée aux destinataires.» Un institut universitaire européen réputé et respecté a retiré son invitation à un congrès sur la Convention sur les armes chimiques, à l’époque où notre rapport était publié, arguant qu’il devait y avoir «un équilibre entre la dimension politique et la dimension académique» – une déclaration qui m’a littéralement effrayé. On a déclaré à un autre de nos membres que sa participation à notre groupe avait détruit l’œuvre de toute sa vie.
L’année dernière, une chaîne de télévision publique bien connue en Europe centrale a diffusé un long documentaire sur les armes chimiques et Douma, il concluait que des armes chimiques y avaient en effet été employé– constat qui ne correspondait en rien à ce que nous avions établi sur la base des documents dont nous disposions. Nous avons contacté le chef d’antenne pour lui demander de nous accorder un délai qui nous permettrait de présenter nos propres conclusions. Dans sa réponse, il a indiqué que nous devions d’abord prouver que nous étions en mesure de respecter la déontologie du «reporting» diffusé par son institution. Le chef d’antenne a donc reçu notre rapport concernant ce sujet il y a quelques jours. Il nous tarde de savoir si nous allons passer le test standard de la chaîne de télévision mentionnée et si un entretien pourra avoir lieu. Il y a d’ailleurs également eu de fausses déclarations à la BBC et dans les médias papier anglais, qui ont ensuite dû être retirées.
Notre rapport a été envoyé aux 193 Etats membres de l’ONU et de l’OIAC, en format numérique et en format papier. Le directeur général de l’OIAC et son conseil technique consultatif l’ont également reçu accompagné d’une nouvelle requête demandant à l’organisation de remplir ses obligations et de convoquer une nouvelle enquête sur Douma. En tout état de cause, les enveloppes ne nous ont pas encore été retournées. Au Brésil, le nouveau gouvernement brésilien du président Lula da Silva a rapidement réagi à l’envoi du rapport en ordonnant aux ambassades brésiliennes à New York et à La Haye d’insister pour que ce dernier fasse l’objet d’un débat au sein du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’OIAC. Nous nous attendons à ce que d’autres gouvernements et le secrétaire général des Nations unies fassent de même. Bien entendu, nous espérons vivement que les institutions de la société civile feront entendre leur voix et rappelleront aux gouvernements qu’en définitive, des organisations telles que l’ONU et l’OIAC ont un devoir à remplir envers les citoyens, celui de protéger la vérité et de faire respecter le droit international.
Hans-Christof von Sponeck, Allemagne
Hans-Christof von Sponeck, né à Brême en 1939, a étudié la démographie et l’anthropologie physique aux universités de Bonn, de Tübingen et de Washington. Il a été décoré du doctorat honoris causa de l’université de Marburg, en 2010. De 1968 à 2000, von Sponeck a été chargé de diverses missions par les Nations unies. Durant cette période, il a été impliqué dans des missions à New York, au Ghana, au Pakistan, au Botswana et en Inde, cela également dans sa fonction de directeur du bureau européen du PNUD, à Genève. De 1998 à 2000, il a été coordinateur de l’ONU et secrétaire général adjoint de l’ONU, responsable du programme «Pétrole contre nourriture» en Irak. En février 2000, il a démissionné de ses fonctions onusiennes pour protester contre la politique de sanctions à l’encontre de l’Irak. Von Sponeck est porteur de diverses distinctions et auteur de nombreuses publications. Il travaille actuellement avec Richard Falk sur la rédaction d’un livre sur la réforme de l’ONU.
Article original en allemand publié le 20 février 2024 dans Zeit-Fragen
Traduit par Arrêt sur info — 22 février 2024
Source : https://www.zeit-fragen.ch/archiv/2023/nr-21/22-sonderbeilage-xxx-kongress-mut-zur-ethik-2023/fuer-wahrheit-in-den-internationalen-beziehungen -
الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد61، بتاريخ 2 من آذار/مارس 2024

متابعات، نشرة أسبوعية – العدد61، بتاريخ 2 من آذار/مارس 2024-الطاهر المعز
يتضمّن العدد الواحد والسّتّون من نشرة « متابعات » الأسبوعية فقرة تحاول متابعة تداعيات العدوان الصهيوني وفقرة عن غَوص مصر في أوحال التطبيع السياسي والإقتصادي، وفقرة عن العمل غير النظامي في البلدان العربية، وفقرة عن الإجتماعات السنوية لصندوق النقد الدّولي والبنك العالمي بمراكش ( تشرين الأول/اكتوبر 2023)، وأخرى عن القمة الوزارية لمنظمة التجارة العالمية بالإمارات، وفقرة عن أسواق النفط وتأثيرات العدوان الصهيوني على الشعب الفلسطيني في غزة، وفقرة عن التعامل الأمريكي مع الدّول الصغيرة، من خلال نموذج نيكاراغوا، وفقرة عن الخرق الأمريكي المستمر ل »حرية التجارة » المزعومة التي تفرضها على الدّول الأخرى،
تداعيات الوضع في البحر الأحمر
تأَثَّرت حركة نقل الغاز والمحروقات حول العالم بقصف المقاومة اليمنية، وهو ما أسْمَتْهُ وسائل الإعلام « التوترات الأمنية في البحر الأحمر » التي كانت لها تداعيات على شركات الطاقة العالمية، ومن بينها شركة « توتال إنرجيز » الفرنسية التي توقفت عن إرسال سفن عبر مضيق باب المندب منذ أسابيع، فيما قررت شركة « بي بي » البريطانية إيقاف جميع عمليات عبور السفن للبحر الأحمر، وقرّرت شركة « إكوينور » النرويجية تغيير مسار السفن التي كان يفترض أن تعبر البحر الأحمر، وقررت شركة « قطر للغاز » استخدام طرق بحرية بديلة عن البحر الأحمر لتسليم شحنات الغاز المسال، بينما أوضحت شركة « إديسون » الإيطالية أنها تعاني من تباطؤ في إمدادات الشركة من الغاز المسال، فيما ارتفعت أسعار عقود تأمين الشحن البحري، مع فرض رسوم لتغطية المخاطر المرتبطة بنزاعات، تُضاف إلى الزيادة الكبيرة في تكلفة الشحن نتيجة سلوك مسار بديل أطول، منذ بداية تنفيذ الهجمات على سفن تجارية مرتبطة بالكيان الصهيوني، وقَدّرَ صندوق النقد الدولي انخفاض حجم النقل البحري للحاويات عبر البحر الأحمر بنسبة 30% تقريبًا خلال عام واحد، بعد أن كانت (قبل السابع من تشرين الأول/اكتوبر 2023) تعبر المنطقة بين 12% و15% من حجم التجارة العالمية، بحسب بيانات الاتحاد الأوروبي…
أشارت المديرة العامة لشركة « أسكوما إنترناشونال » للتأمين إلى ارتفاع معدّلات التأمين إلى ما بين 5 و10 أضعاف، سواء لضمان السفن أو البضائع التي تعبر البحر الأحمر، وأشارت وكالة الصحافة الفرنسية ( أ.ف.ب. 23 شباط/فبراير 2024 ) إن المعدّل الحالي لرسوم التأمين المرتبط بمخاطر النزاعات يراوح بين 0,6% و1% من قيمة السفينة، وهي مبالغ كبيرة لأن السفن التجارية التي تعبر البحر الأحمر هي حاملات حاويات ضخمة أو ناقلات نفط تُقدّر قيمتها بنحو 120 مليون دولارا في المتوسّط، مع اختلاف مبالغ التّأمين وفق جنسيّات الشركات المالكة أو المشغّلة للسفن، لأن السفن الأميركية والبريطانية أصبحت – إلى جانب السفن المرتبطةو بالكيان الصهيوني – « أهدافًا مشروعة » منذ 12 كانون الثاني/يناير 2024، تاريخ شَنّ بريطانيا والولايات المتحدة هجومات عدوانية على شعب اليمن.
أدّت هذه الهجمات على السفن إلى لجوء بعض الشركات إلى الشحن الجوي، وهو أعلى كلفة، حتى قبل ارتفاعه منذ بداية العدوان، وفق وكالة بيانات الأسعار « تي إيه سي إنديكس » التي أظْهرت ارتفاع مؤشرات الشحن الجوي بنسبة 6,4% خلال الأسبوع الثالث من شهر شباط/فبراير 2024، وارتفعت أسعار الشحن الجوي من شنغهاي 8,8% على أساس أسبوعي يوم الاثنين 19 شباط/فبرالير 2024، مدفوعة بزيادات كبيرة في حجم الشّحن إلى أوروبا، مباشرة قبل عُطْلة السنة الصينية الجديدة، حيث تغلق العديد من المصانع في الصين أبوابها لقضاء العطلة التي تستمر 8 أيام، وتسعى الشركات لإيصال المخزون إلى الزبائن قبل ذلك، وارتفعت أسعار الشحن الجوي خارج هونغ كونغ بنسبة 5,9%، في حين قفزت أسعار الشحن الجوي خارج جنوب شرق آسيا بنسبة 10% بفعل ارتفاع تكاليف مرور السفن عبر مناطق أخرى غير البحر الأحمر الذي يؤدي إلى قناة السويس وإلى البحر الأبيض المتوسط، وهو الطريق التجاري الرئيسي والأقْصَر، حيث تمر 12% من حركة الشّحن العالمية بين مراكز التصنيع في آسيا وأوروبا وأمريكا التي تستهلك هذه السّلع، ويُؤَدِّي استخدام الشحن الجوي إلى ارتفاع التكاليف…
مصر
يتواطأ النّظام المصري بشكل مُباشر مع الكيان الصهيوني في حصار فلسطينِيِّي غزة وفي معالجة وتسويق الغاز المنهوب من سواحل فلسطين نحو أوروبا، غير إن حال الشعب المصري ساءت منذ تطبيع علاقات النظام مع الكيان الصهيوني، فارتفع حجم الدّيون الخارجية إلى 165 مليار دولارا، وانخفض سعر الجُنَيْه المصري إلى مستويات قياسية، وبلغ سعر الدّولار في السوق الموازية ضِعْفَ سعره الرّسمي الذي حدّده المصرف المركزي، وفرّط النظام المصري، قبل سبع سنوات في جزيرَتَيْ تيران وصنافير الإستراتيجيّتَيْن لصالح السّعودية، ثم باع مُؤَخّرًا أرضًا مصرية لتشرف دُوَيْلة الإمارات على إنشاء وإدارة شؤون مدينة « رأس الحكمة » على ساحل البحر الأبيض المتوسّط، وعَلّل رئيس الوزراء المصري بأن الإمارات ستضخ استثمارات مباشرة بقيمة 35 مليار دولار لتنمية مشروع مدينة رأس الحكمة، مِمَّا يساهم في حل الأزمة الحادة للعملات الأجنبية وفي السيطرة على وجود سِعْرَيْن للدولار، وفق رئيس الوزراء…
من جهة أخرى، وبعد أن كانت مصر تُصدّر الغاز إلى الكيان الصهيوني بسعر تفضيلي (أقل من سعر التكلفة)، أصبحت مصر تستورد الغاز المَسْرُوق من سواحل فلسطين، وفي ذروة العدوان على فِلسْطِينِيِّي غزة، قرّر الكيان الصهيوني توسيع القُدْرة الإنتاجية لحقل تمار (وهو قريب من غزة) لتوفير المزيد من الغاز لمصر وتعزيز العلاقات الثّنائية، وفق موقع « كالكاليست » الصهيوني الذي أَكَّدَ ارتفاع صادرات الغاز المَسْرُوق من فلسطين، إلى مصر، منذ بداية عدوان السابع من تشرين الأول/اكتوبر 2023 وسوف ترتفع صادرات الغاز إلى مصر من ملْيارَيْ متر مكعّب سنويا إلى ست مليارات متر مكعب سنة 2025 من حقل تمار ونحو خمسة مليارات متر مُكَعَّب من حقل ليفيثان، ويعتزم الكيان الصهيوني استخدام الإيرادات الإضافية لمد خط أنابيب نقل بطول 150 كيلومترا من حقل تمار إلى منصة تمار بجانب شواطئ عسقلان، بقيمة نحو 673 مليون دولار، ويُصدّر الكيان الصهيوني نحو 4,3 مليارات متر مُكَعّب نحو الأردن لتوليد نحو 70% من الكهرباء التي تحتاجها البلاد، وحقّق الكيان الصهيوني، سنة 2022، إيرادات بقيمة 8,4 مليارات دولارا، من صادرات الغاز الطبيعي إلى مصر للبلاد نحو 8.4 مليارات دولار، وبذلك تُساهم مصر والأردن بشكل مُباشر في تمويل ميزانية العدو، ومنها ميزانية الحرب، بينما تعيش مصر أزمات اقتصادية ومالية حادّة، ولم تتمكّن الحكومة من الحصول على قرض من صندوق النقد الدّولي، بقيمة ثلاث مليارات دولارا، بسبب التّخلّف عن سداد حصص حل أجل سدادها، وباعت الحكومة أو رهَنَتْ ممتلكات الشعب، و »عقدت عدة صفقات استثمارية لزيادة موارد الدولة من العملة الصعبة » وفق تعبير رئيس الوزراء مُدّعيًا « إن هذه الصفقات سوف تُوَفِّرُ مزايا متعددة، من بينها تحسين الوضع الإقتصادي وتوفير سيولة نقدية كبيرة تُساهم في استقرار سوق النّقد الأجنبي (سوق الصّرف)، ومئات الآلاف من فرص العمل، وستسهم في إحداث انتعاشة اقتصادية بمشاركة الشركات والمصانع المصرية… »، وفق وِكالتَيْ رويترز وبلومبرغ 23 شباط/فبراير 2024
عرب – العمل غير النظامي:
يمكن تعريف العمل غير النظامي بالعمل في أنشطة اقتصادية لا ينظّمها القانون، أو في مؤسّسات غير مُسجّلة رسمياً ولا تصرّح عن أعمالها وعمّالها وعاملاتها لمصلحة الضرائب والتّأمينات الإجتماعية والصّحّية، أو في أنشطة ومؤسسات مُسَجّلَة ولكن أصحاب العمل لا يصرّحون عن عمّالهم وعاملاتهم ويتهرّبون من الموجبات القانونية، ومن بينها تحديد أوقات العمل وعدد الساعات وفترات العُطلة الأسبوعية والسنوية ومُدّتها، والحد الأدنى للرواتب وتسديد اشتراكات الضمان الاجتماعي وتعويضات نهاية الخدمة أو التّسريح من العمل، وغيرها، ويشمل العمل غير النّظامي، وفق تعريف منظمة العمل الدّولية، أشكالاً مختلفة ومتنوّعة، تَضُمُّ العاملين والعاملات لحسابهم الخاص في أنشطة غير منظمة، أو في مؤسّسات القطاع اللانظامي، أو في وظائف غير منظّمة…
يُشير تقرير منظمة العمل الدولية بعنوان « التشغيل والآفاق الاجتماعية في الدول العربية – اتجاهات 2024 » وتقرير منظمة العمل العربية بعنوان « التشغيل والآفاق الاجتماعية في الدول العربية – اتجاهات 2024″، إلى ارتفاع نسبة العُمال غير النّظاميين في الدول العربية، خصوصًا بين الشباب والنازحين واللاجئين ( السوريين والفلسطينيين في لبنان على سبيل المثال) والفئات الأكثر ضعفاً وأصحاب المستويات التعليمية المتدنية، ورَبَط التّقريران بين بين العمل « غير النّظامي » والفقر، حيث أصبحت نصف القوى العاملة العربية « لانظامية » ( غير مُصرّح بها لدى مؤسسات التّأمين والحماية الإجتماعية )، أو من العاملين والعاملات في أنشطة ومؤسّسات لا نظامية، ويُعادل عددهم (هن) نحو 28,6 مليون عامل وعاملة يجري استغلالهم دون عقد أو أجحْرٍ ثابت أو عدد ساعات عمل مُحَدّدة، وأحيانًا للقيام بأعمال شاقّة، دون أي حماية قانونية أو اجتماعية، ويجري تشغيلهم غالباً على أساس المياومة وفي مقابل أجور زهيدة تقلّ عن الحد الأدنى للأجور المعتمد في كل بلد، ولم يتمكّن الاقتصاد الموازي (غير النظامي) من استيعاب أولئك الذين فقدوا وظائفهم المنظّمة، خلال انتشار وباء « كوفيد – 19″، ثم ارتفع حجم العمالة اللانظامية بنحو 10% سنة 2023، نسبة إلى مستواها قبل الجائحة، في حين زادت العمالة النظامية بنسبة 6% مقارنة بسنة 2019، وينتشر العمل غير النظامي بين الرجال أكثر من النساء وبين غير المتعلّمين أو ذوي المستويات المنخفضة من التحصيل العلمي وبين الشباب أكثر من الكُهُول…
هوامش الإجتماعات السنوية للبنك العالمي وصندوق النقد الدّولي
مراكش (المغرب) من 09 إلى 15 تشرين الأول/اكتوبر 2023
انبثقت هذه المؤسسات عن اجتماع « بريتن وودز » ( واشنطن) سنة 1944، كانعكاس لموازين القوى بنهاية الحرب العالمية الثانية، وكرّست هيمنة الولايات المتحدة التي صَمّمت هذه الإجتماعات وهندَست المُؤسسات المنبثقة عنها، ولذلك لا تُشكل اجتماعات البنك العالمي وصندوق النقد الدولي حدثًا بارزا ولا تحمل مفاجآت، ولم تشذ اجتماعات مراكش ( اللقاء الثاني لهذه المؤسسات بإفريقيا، خلال نصف قَرْن، بعد لقاء نيروبي سنة 1973) بين التاسع والخامس عشر من تشرين الأول/أكتوبر 2023 عن الرّوتين المَعْهُود الذي يُكرّس هيمنة الدّول الإمبريالية على مجمل الهيئات الدّولية، رغم تعاظم اقتصاد بعض الدّول الأخرى مثل الصين والهند والبرازيل، وساد خلال لقاء مراكش خطاب الدّعوة إلى التقشّف وبرامج الإصلاح (أو التكييف ) الهيكلي التي انتفضت ضدها الشعوب، ودافعت مديرة صندوق النقد الدّولي عن مصالح الدّائنين، رغم أرقام الصندوق التي تُبين إن 60% من الدّول الفقيرة تُعاني من مستوى حَرِج للمديونية بفعل ارتفاع تكلفة خدمة الدَّيْن التي تُعادل خمسمائة مليون دولارا يوميا للدول الأشد فقرًا، بين 2023 و 2029، أو ما يُعادل أربعة أضعاف ميزانية الصّحّة بهذه الدّول التي سوف تضطر إلى خفض الإنفاق الحكومي بقيمة تفوق 220 مليار دولار خلال السنوات 2024 – 2029، وخصوصًا في قطاعات الصحّة والتعليم، وأدّى ارتفاع خدمة الدُّيُون إلى تخلُّف بعض الدّول عن السداد مثل سريلانكا وغانا، وإلى صعوبات تلاقيها حكومات تونس ومصر وغيرها، غير إن مهمة صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي تتمثل في الدّفاع عن مصلحة الدائنين، ورفض النقاش حول إلغاء جزء من الدّيون (التي حصل الدّائنون على أضْعافها ) أو زيادة الضرائب على الثروة، ورفض زيادة حصة دول الجنوب ( تمثل إفريقيا 3,5% من حجم الأصوات)، لأن هذه الزيادة تعني خفض حصة الولايات المتحدة التي تمتلك 17,5% من حصص التصويت، أي إنها قادرة على تعطيل أي قرار لا يخدم مصلحتها…
منظمة التجارة العالمية – « حوار » غير مُتكافئ
أصبحت الإمارات – خصوصًا بعد تطبيع العلاقات مع الكيان الصهيوني وتوقيع اتفاقية تجارة حرة مع الإحتلال ومع الهند التي يحكمها اليمين المتطرف- العميل المُعتَمَد رسميا في المشرق العربي لتمثيل مصالح الدّول الإمبريالية (والكيان الصهيوني) وتستضيف الإمارات ( أبو ظبي) المؤتمر الوزاري لمنظمة التجارة العالمية من 26 إلى 29 شباط/فبراير 2024 وهو اجتمع يتم كل سَنَتَيْن لمراجعة قواعد التجارة العالمية، غير إن الدّول الغنية، وفي مقدّمتها الولايات المتحدة والإتحاد الأوروبي، تتجاهل كافة القواعد، بما فيها التي فَرَضَتْها هذه الدّول في وقت سابق، وتفرض قرارات وحيدة الجانب، تتضمّن تغيير القواعد والحَظْر و »العُقوبات » والسّطو على الأصول التي تودعها أفغانستان أو فنزويلا أو إيران أو روسيا في المصارف الأجنبية بغرض استخدامها لتسديد وارداتها، ويَحتوي جدول أعمال المؤتمر على دراسة قرارات الفصل في النزاعات التجارية، بعد رفض الولايات المتحدة تعيين قضاة جدد بمحكمة النزاعات الدولية التابعة لمنظمة التجارة العالمية، ونظرًا لوَزْن الولايات المتحدة العسكري والمالي (بفعل هيمنة الدّولار) لا يُتَوَقّع الإعلان عن اتفاق أو حلول لهذا المأزق القانوني، كما يتضمن جدول الأعمال دعم الدّول الغنية للصيد البحري (بعيدًا عن مياهها الإقليمية) والزراعة، مع تقْيِيد دعم الدّول الفقيرة لقطاعات صيد السمك والمواد الغذائية…
محروقات
تَطوّرت تقنيات تكسير الصخور واستخراج الوقود الصخري ( باستخدام مواد كيماوية سامة وكميات كبيرة من المياه) ما خفض تكاليف إنتاجه، خصوصًا في الولايات المتحدة وكندا، فارتفع حجم وقيمة صفقات الاندماج والاستحواذ العالمية في قطاع التنقيب عن النفط والغاز إلى أعلى مستوى لها منذ سبع سنوات ( منذ الربع الأول من سنة 2017)، لتزيد قيمتها عن 55 مليار دولارا خلال الشّهْرَيْن الأوّلَيْن من الربع الأول لسنة 2024، منها 26 مليار دولارا في صفقة واحدة، وتتم عملية الإستحواذ عبر « ابْتِلاع » الشركات الأَصْغَر من قِبَل الشركات الأكبر، وشكّلت الصفقات التي تشمل شركات النفط الصخري الأمريكية أكثر من 80% من القيمة الإجمالية للصفقات العالمية في مجال المحروقات، وقادت الشركات الأوروبية الكبرى ( التي حُرِمت من الغاز الروسي الرخيص وعالي الجودة) 66% من إجمالي قيمة صفقات الاندماج والاستحواذ الدولية خلال شهرَيْ كانون الثاني/يناير وشباط/فبراير 2024.
في روسيا، فرضت روسيا حظرا لمدة ستة أشهر على صادرات البنزين بدءا من أول آذار/مارس 2024، للحفاظ على استقرار الأسعار المَحلّيّة في ظل تزايد طلب المستهلكين والمزارعين وكذلك لإتاحة الفرصة لصيانة المصافي في ثاني أكبر مُصَدّر عالمي للنفط، حيث أنتجت روسيا، سنة 2023، نحو 43,9 مليون طن من النفط المُصَفّى (البنزين) وصدرت نحو 5,76 مليون طن أو نحو 13% من إنتاجها الذي بلغ إجمالي إيراداته من التصدير 1,9 تريليون دولارا، إلى دول كثيرة، من بينها نيجيريا وليبيا وتونس والإمارات وغيرها، وفق صحيفة آر بي سي اليومية يوم الثلاثاء 27 شباط/فبراير 2024، ولا ينطبق حظر التصدير المؤقت على كميات الإمدادات المتفق عليها إلى دول الاتحاد الاقتصادي الأوراسي ومنغوليا وأوزبكستان وأبخازيا وأوسيتيا الجنوبية، وسبق أن اتهمت روسيا وكالة الإستخبارات الأمريكية وحلف شمال الأطلسي باستهداف بعض مصافي التكرير الروسية التي تعرّضت لهجمات بطائرات بدون طيار، خلال خريف وشتاء 2023-2024 وكانت روسيا قد اتفقت مع السعودية ( أكبر مُصَدّر عالمي للنفط) على خفض الإنتاج بهدف الحفاظ على مستوى الأسعار، في إطار ما سُمِّي أوبك+، أي منظمة البلدان المصدرة للنفط ومُصَدِّرين رئيسيين آخرين من غَيْر الأعضاء، وبذلك خفضت روسيا صادراتها من النفط والوقود طوعا بمقدار 500 ألف برميل يوميا خلال الربع الأول من سنة 2024، كجزء من جهود أوبك + لدعم الأسعار التي ارتفعت بمعدّل ثلاث إلى أربع دولارات للبرميل، منذ تَصَدِّي المقاومة اليَمَنِيّة إلى السّفن التي لها علاقة بالكيان الصّهيوني، بفعل إعادة توجيه نحو 75 مليون برميل من النفط نحو رأس الرجاء الصّالح بجنوب إفريقيا، لتَجَنُّب عبور البحر الأحمر وقناة السويس، كما ارتفعت أسعار الشّحن والتّأمين وزادت مُدّة الرّحلات…
الولايات المتحدة ضدّ نيكاراغوا – منْطق القُوّة
بعد انتصار الثورة وهزيمة نظام سوموزا المُوالي للإمبريالية الأمريكية، سنة 1979، أشْرَفت وكالة الإستخبارات الأمريكية ( حاولت الولايات المتحدة ضَمّ نيكاراغوا لها منذ منتصف القرن التاسع عشر واحتلتها سنة 1912) على تنظيم وتسليح المليشيات اليمينية المتطرفة، بهدف قلب نظام الحكم المنتخب ديمقراطيا، وشَدّدت الولايات المتحدة والإتحاد الأوروبي الحصار على نيكاراغوا سنة 2018 وكانت حكومة نيكاراغوا قد رفعت قضية لدى محكمة العدل الدّولية ضد الولايات المتحدة التي نَظّمت وسلّحت مليشيات موالية لها بهدف قلب النّظام، وفازت نيكاراغوا بالقضية سنة 1986، وخلال العدوان الصهيوني على فلسطينيي غزة افتتحت نيكاراغوا « حديقة فلسطين » وشارع غَزّة في العاصمة ماناغوا، وانضمّت إلى جنوب أفريقيا في محكمة العدل الدولية لدعم « محاسبة حكومة الكيان الصهيوني على انتهاكاتها لاتفاقية الإبادة الجماعية في غزة »، وفي الأول من شباط/فبراير 2024، وجّهت حكومة نيكاراغوا إلى بريطانيا وألمانيا وهولندا وكندا تهمة تسليح الكيان الصهيوني والمُشاركة في الإبادة الجماعية الأمريكية الصهيونية، وأدّت مُقاومة نيكاراغوا إلى ارتفاع حدة التهديدات و »العقوبات » الأمريكية والأوروبية
نفّذت الولايات المتحدة عشرات الإعتداءات والإستفزازات العسكرية منذ بداية القرن الواحد والعشرين، بهدف تنفيذ أَجَنْدَتِها الجيوسياسية، وتفرض تَدَابِير قَسْرِية أحادية الجانب و »عقوبات »على نحو ثلاثين دولة، وتلحق هذه التّدابير أضْرَارًا كبيرة بالفئات الضعيفة من المجتمعات، من خلال تقييد حصولها على الغذاء والأدوية والخدمات والمياه والصرف الصحي وفرص العمل، وتسعى حاليًا إلى اتخاذ مزيد من التدابير القسرية الأحادية الجانب ضد نيكاراغوا من خلال مشروع « قانون استعادة السيادة وحقوق الإنسان في نيكاراغوا » الذي يتضمن عقوبات شاملة على صادرات البلاد ويهدف إقصاءها من الاتفاقيات الإقليمية، مما يؤثر على سيادة نيكاراغوا وجيرانها، ضمن المحاولات الأمريكية لزعزعة استقرار حكومة نيكاراغوا المنتخبة ديمقراطياً باستخدام « حقوق الإنسان » كذريعة دون وجود أي دليل على وقوع انتهاكات فعلية لحقوق الإنسان، وذلك دفاعًا عن الكيان الصهيوني (مُمثل الإمبريالية في الوطن العربي) الذي يرتكب الانتهاكات الحقيقية والمُوَثَّقَة لحقوق الإنسان بمشاركة الولايات المتحدة وحلفائها في تسليح الكيان الصهيوني ومشاركته في عمليات الإبادة الجماعية للشعب الفلسطيني…
أمريكا/الصين، « حرية التجارة »؟
فاجَأت شركة الاتصالات الصينية العملاقة هواوي – الخاضعة للعقوبات الهادفة إلى مَنْعِها من الوصول إلى التقنيات المتقدّمة – فاجأت العالم خلال شهر آب/أغسطس 2023 بهاتف جديد يعمل بشريحة متطورة لهاتف Huawei Mate 60 Pro الذي يُعتَبَرُ أحد رُموز النهضة التكنولوجية في الصين، رغم الجهود الأمريكية المستمرة لشل قدرتها على إنتاج أشباه الموصلات المتقدمة…
كانت شركة « هواوي » الصينية تستورد أشباه المواصلات وبعض مكونات الشرائح الإلكترونية من الشركات الأمريكية بقيمة مليارات الدّولارات، قبل فَرْض قيود تجارية عليها سنة 2019، وتم تشديد القيود سنة 2020 والسنوات التي تَلَتْها، بسبب انتهاكات مزعومة للعقوبات على مدى السنوات الماضية، وشملت هذه « العقوبات » كافة الصناعات المتطورة، وشدّدت الحكومة الأمريكية الحصار خلال شهر تشرين الأول/اكتوبر 2022، ومنعت الموردين الأمريكيين من إرسال أدوات ومواد أشباه الموصلات إلى مصانع تصنيع الرقائق المتقدمة التي تديرها الصين في الصين، باستثناء الشركات التي لديها تراخيص موجودة مسبقا – والتي تكون صالحة عادة لمدة أربع سنوات – بمواصلة إمداد المنشأة، ومن بينها شركة ( Entegris ) التي استحوذت الصين على نحو 16% من صافي مبيعاتها بين تشرين الأول/اكتوبر 2022 وكانون الأول/ديسمبر 2023، بقيمة 3,5 مليار دولارا سنويا.
رغم الحصار والمُقاطعة والحظْر المَفْرُوض على شركات الإتصالات الصينية، تمكّنت شركة « هواوي » من إنتاج شريحة متطورة لهواتفها من الجيل الخامس، ولذلك قرّرت حكومة الولايات المتحدة تشديد الحصار الذي يستهدف أكبر مصنع لصناعة الرقائق في الصين، وفَرْض المزيد من الضغوط على شركة صينية لتصنيع الرقائق (الخاضعة للعقوبات ) من خلال منعها توريد المكونات المصنوعة في الولايات المتحدة وأوروبا والدّول الحليفة لها، وذلك بعد حوالي شَهْرَيْن من فَرْضِ وزارة التجارة الأمريكية حظْرًا شاملاً تمثّل في تعليق كافة التراخيص وأُذُون بيع وتصدير أشباه المواصلات لشركة ( Semiconductor Manufacturing International Corp (SMIC) ) الصينية، وعلّقت وزارة التجارة شحنات بقيمة ملايين الدولارات من مواد وأجزاء صناعة الرقائق التي كانت متجهة إلى الصين، وفق عقود قانونية سابقة لا تزال سارية المفعول، دون انتهاك أي قوانين أو لوائح أمريكية، وأدّى إلغاءإرسال هذه الشّحنات إلى انخفاض قيمة أسهم شركة ( Entegris ) الأمريكية بنسبة 1,9% يوم الأربعاء 21 شباط/فبراير 2024، وفق برقية لوكالة رويترز بنفس التاريخ…
الطاهر المعز
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الطاهر المعز-ما حقيقة « الإقتصاد الإسلامي »؟

ما حقيقة « الإقتصاد الإسلامي »؟-الطاهر المعز
تقديم:
كثر الحديث عن ما سمي “الإقتصاد الإسلامي” (أو التمويل الإسلامي) أثناء الأزمة المالية، التي نشأت على إثر انفجار فقاعة الرهن العقاري، والتي تسببت في أزمة تاريخية (مالية ثم اقتصادية) تضاهي أزمة 1929 وأشد خطرا من أزمة أسواق المال الآسيوية، أواخر عقد تسعينات القرن العشرين (1997-1998)، ونتج عن أزمة 2008-2009 كساد عالمي وارتفاع مستوى التضخم وإفلاس مصارف كبرى، خصوصا في الولايات المتحدة، أنقذتها الحكومة الفدرالية بضخ المال العام في خزائنها، وخلال البحث عن بدائل للنظام المصرفي الحالي، تعززت فكرة “الصكوك الإسلامية”، ورحبت الأوساط المصرفية والمالية في الولايات المتحدة وأوروبا بدمج الطاقات والموارد “الإسلامية” في النظام الرأسمالي العالمي، بهدف ضخ سيولة افتقدتها مصارف لندن وباريس خلال الأزمة، واعتبر المروجون للصيرفة الإسلامية ان الفرصة سانحة لعرض “المصارف الإسلامية” والصكوك كنموذج لإنقاذ رأس المال المعولم من أزمته، لأن المصارف “الإسلامية” تستثمر في مشاريع حقيقية (أي في الإقتصاد الحقيقي) ولا تعتمد رسميا على المضاربة في أسواق المال، ولكن المصارف “الإسلامية” والصكوك لا تختلف كثيرا عن بقية المصارف في تسييرها وفي علاقاتها مع الزبائن، باستثناء انتقاء المشاريع التي تستثمر فيها بحذر شديد، كي لا تتعرض للخسائر (ومع ذلك فقد تورطت في الأزمة العقارية لأنها تعمل داخل النظام المالي العالمي)، ولذلك لم تستطع الإنتشار مثل المصارف العادية، وساعدتها الأزمة على دخول أسواق أوروبا (بريطانيا وبلجيكا ولسكمبورغ وسويسرا…) وارتفع نمو “الصكوك الإسلامية”، خصوصا في ماليزيا والخليج، وازداد الإهتمام بها بعد وصول الإخوان المسلمين إلى السلطة في عدد من البلدان العربية (المغرب وتونس وليبيا ومصر واليمن) بمساندة حكومات قطر وتركيا، وبمباركة الولايات المتحدة، وحصل تغيير في التّسمِيَة وحصْر هذا النّوع من النشاط وخَفْضِ درجاته من « الإقتصاد الإسلامي » إلى « التّمويل الإسلامي » أو « الصّْيْرَفَة الإسلامية » وكأن “الصيرفة الإسلامية” هي الحل السحري للمشاكل والمطالب التي انتفض من أجل تحقيقها الشعب في تونس ومصر بشكل خاص، وطغى هذا النقاش على بقية المسائل الهامة، منها:
كيف يمكن تحقيق الإستقلال الإقتصادي في ظل العولمة، وفي ظل العلاقات غير المتكافئة بين “الشمال والجنوب”؟
كيف يمكن للإقتصاد المحلي تلبية حاجيات المواطنين بأسعار (تكلفة) قادرة على منافسة البضائع المستوردة؟
ما هي القطاعات الإقتصادية التي يمكن أن تحقق فوائد للمجتمع، مع استيعاب أكبر عدد من العاطلين؟
ما نوع المشاريع التي يمكن إنجازها في المناطق المحرومة مثل الصعيد المصري أو مناطق غرب تونس، من شمالها إلى جنوبها؟
كيف يمكن تمويل هذه المشاريع، وهل يكفي الإقتراض الداخلي لجمع المال الكافي؟
هل يمكن تحقيق الإكتفاء الذاتي الغذائي، وما هي المدة اللازمة لذلك؟
هل يمكن الإستثمار من أجل التنمية، مع تخصيص نسبة مائوية هامة من إجمالي الناتج المحلي لتسديد الديون (مع الفوائد وخدمة الدين)؟
هل يمكن إنجاح حملة وطنية وعالمية من أجل إلغاء الديون؟
كيف يمكن تطبيق الديمقراطية القاعدية، بهدف مساهمة المنتجين في اتخاذ القرار وتعيين الأولويات ومُساهمتهم في عملية الإنتاج ومراقبة وتسيير وتقويم هذه العمليات؟
هناك أسئلة كثيرة وجب البحث بشكل جدي عن إجابات لها، لكي لا تستحوذ القوى الرجعية (أكانت رجعية دينية أو علمانية) على انتفاضات الشعوب، كما فعلت كل مرة، ولكن باسم الدّين هذه المرة…
يُقَدِّسُ الاقتصاد « الإسلامي » الملكية الخاصة، ويهدف حمايتها ودعمها من قِبَل الدولة، مقابل تسديد الزّكاة، وعندما لا يرغب أو لا يستطيع القطاع الخاص إنجاز بعض المهام – مثل التنمية والتشغيل والقضاء على الفقر وإعادة توزيع الثروة- يتم إسناد تلك المهام إلى القطاع العام أو « الملكية العامة »، ولذا فإن ما سُمِّيَ الإقتصاد « الإسلامي » هو اقتصاد رأسمالي يعتمد حماية الملكية الخاصة للمؤسسات الإقتصادية ولوسائل الإنتاج والمصارف والمؤسسات المالية وتضييق نطاق الملكية العامة، ما يجعل الإقتصاد المُسمّى « إسلامي » مساهمًا مُباشرًا في تعزيز عدم المساواة وتوسيع الفوارق الإجتماعية وتعميق الفجوة الطبقية، وتشجع الإستغلال، بسبب التّقليل من دور أجهزة الدّولة ( التي يُفْتَرَضُ أن تخدم المصلحة العامّة) والقطاع العام في مجال الإقتصاد وملْكِية وسائل الإنتاج، واستخدام الذرائع التي يستخدمها الرأسماليون من قبيل « إن إلغاء الملكية الخاصة أو تقييدها يؤدي لقتل الحافز على الإنتاج والإبداع ».
يعتمد ما يُسمّى « الإقتصاد الإسلامي » (أو التّمويل الإسلامي) عددًا من المُصطلحات التي تختلف شكلاً عن المنظومة السائدة، لكنها لا تختلف في شيء عن المعاملات المصرفية والمعاملات الإعتيادية للمصارف في كل بلدان العالم، ومن بين هذه المًطلحات:
الصكوك “الإسلامية”:
“الصكوك الإسلامية” هي تسمية أخرى لعملية تملك الأصول أو السندات، أي تملك (مُشاركة في لغة الصيرفة “الإسلامية”) حملة الصكوك (أي السندات) لجزء من مشاريع صناعية أو زراعية أو خدمية، ولهم حق التصرف فيها بالبيع، وهذه المشاريع خاضعة لإمكانية الربح والخسارة بمعنى أن حامل الصك يحصل على ربح عندما يربح المشروع الذي شارك فيه، كما يتحمل الخسارة بما في ذلك خسارة رأسماله ذاته إذا خسر المشروع الذي شارك فيه، فهي لا تختلف في شئ عن صناديق الاستثمار عالية المخاطر التي ابتكرتها البنوك الغربية منذ ما يقرب من قرنين من الزمن، أو ملكية أسهم الشركات في أي بورصة، أو أنماط المُشاركة الموجودة، من آلاف السنين، في الحضارات التجارية القديمة، وتعمل بعض البلدان بهذا النظام المُسمي بـ”الصكوك الإسلامية”، خاصة ماليزيا التي تستحوذ وحدها على 60% من إجمالي الصكوك الإسلامية المُصدرة في العالم والتي يقدر إجمالي قيمتها بـ 200 مليار دولار (سنة 2012) بالإضافة إلى عدد من الدول العربية (الخليج) قبل أن تهتم البلدان الأوروبية بهذا “المنتوج المصرفي” الذي يوفر لها سيولة هامة تراكمت في الخليج خلال فترة الطفرة النفطية.
“الصكوك الإسلامية” هي عبارة عن أسهم تصدر بفئات متساوية ويمثل كل صك حصة شائعة في صافي أصول الشركة المُساهمة، مثل السندات التقليدية والتي تصدر بفئات متساوية، ومن أسس الصكوك “الإسلامية”، مبدأ “المُشاركة في الربح والخسارة”، أي ان حاملي “الصكوك” يشتركون في الربح والخسارة، فيستفيدون من حصة من الربح، بحسب ما يملكون من الصكوك، وليس بنسبة مُحددة مسبقا، كما في المصارف “التقليدية”، ويتحملون أيضًا الخسائر بنسبة ما يملكه كل منهم، ويتم إصدار وتداول الصكوك وفق شروط تضبط تحمل حامل الصك أعباء منها المصاريف الإستثمارية والإدارية أو هبوط في القيمة… يمكن وصف الصكوك “الإسلامية” بأنها نوع من أنواع الشهادات الإئتمانية، متساوية القيمة، لا تقبل التجزئة، أو هي نوع من العقود التي تثبت ملكية أصل معين (قيمة عينية) أو مشروع أو نشاط استثماري محدد، ويمكن تداولها بين الناس في السوق مثل باقي السندات… منطقيا، تؤجر المصارف “الإسلامية” أو تمتلك محلات وتوظف موظفين وتتحمل مصاريف ثابتة أو متغيرة، وهي مصاريف يتحملها الزبون في نهاية الأمر، ووجب اقتطاعها من الأصول والصكوك وباقي “المنتوجات المالية”، أكان اسمها إسلامية أم لا، ولكن الحيلة تكمن في تغيير تسمية الأشياء، مثل “مرابحة” و”مشاركة”…(انظر لاحقا)
تثير “الصكوك الإسلامية” العديد من علامات الاستفهام، باعتبارها أداة لخصخصة ما تبقى من القطاع العام، ونقل ملكية الممتلكات العمومية الثابتة والمنقولة، بالبيع أو الرهن (ما يسمى حق المتعة في لغة الصّيْرَفة “الإسلامية”)، وقد تكون “الصكوك” شكلا منقحا من شركات توظيف الأموال، فيما تقدمها تيارات الإسلام السياسي (خصوصا في مصر) بمثابة “الحل المُناسب للخروج من الأزمه الاقتصادية”، بتمويل مشاريع التنمية المختلفة، من خلال الأموال الموظفة خارج دائرة المصارف العادية، في ظل عجز الدولة على تمويل بعض المشاريع وصعوبة الإقتراض من السوق المالية التقليدية
الصكوك بين المتخيل والواقع:
قدرت قيمة السوق المالية “الإسلامية” بنحو 700 مليار دولار قبل الأزمة المالية العالمية وقدرت نسبة نموها بنحو 10% إلى 15% سنويا بين 2003 و 2007 وهذا سر اهتمام المصارف التجارية الأوروبية بما سمي “الصيرفة الإسلامية”، خصوصا خلال أوقات الشدة وشح السيولة، بينما تتراكم أموال الطفرة النفطية لدى شيوخ الخليج، وقد يصل حجم إصدار الصكوك إلى نحو خمسة تريليونات دولار سنة 2015، ولئن بدأت الصكوك الإسلامية كإصدارات لمؤسسات ودول إسلامية إلا إنها تجاوزت نطاق هذه الدول لتصبح مُنتجا ماليا عالميا، وبعد سنوات أصبح نصيب الدول الإسلامية منها أقل بكثير من نصيب الدول الغربية والذي وصل إلى 80% من إصدارات الصكوك الإسلامية، ويعتمد مبأ الصكوك على مشاركة حاملي الصكوك في أصول المشاريع الكبرى وما تنتجه من أرباح (ألا يسمى ذلك فائدة؟)، وتنقسم “الصكوك الإسلامية” إلى “صكوك إجارة أو سلم أو صكوك المُرابحة أو المُزارعة أو الاستصناع وغير ذلك من الأسماء والنعوت التي تفتقت عنها قريحة “الفقه الإسلامي” المعاصر، وجميع هذه الأنواع من الصكوك مطروحة للمضاربة في أسواق الأوراق المالية (البورصة)، وأباح بعض فقهاء الإسلام المعاصرين “البيع بالتأجيل مع زيادة الثمن”، ولا يعتبرون ذلك “ربا”، حسب رأيهم إذا كان الأجل محددا في العقد بين الطرفين، وادعى فقهاء الصيرفة الإسلامية ان “الصكوك الإسلامية تساعد في تحسين ربحية المؤسسات المالية والشركات ومراكزها المالية، وتسهم في الحصول على السيولة اللازمة لتوسيع قاعدة المشاريع وتطويرها”، ولكن قيمة هذه الصكوك تمثل حصة في سلع أو خدمات تباع وتشترى، أي خاضعة لقانون العرض والطلب (أحد أهم ركائز الإقتصاد الرأسمالي)، ولذلك فإن قيمتها قابلة للزيادة كما للنقصان والخسارة الكاملة، بسبب تغير عوامل السوق التي تؤثر على معدل الفائدة (العوائد)، بحكم ارتباط هذه الصكوك ارتباطا وثيقا بالسوق الرأسمالية، ولا تمثل بأي حال من الأحوال بديلا عنها
إن الهدف الحقيقي من إصدار “الصكوك الإسلامية”، كما طرحته حكومة الإخوان المسلمين في مصر، هو اجتذاب أموال المواطنين ومُدخراتهم، تحت غطاء ديني، وإطلاق صفة الصكوك الإسلامية عليها بدلا من “شهادة استثمار” فهي تحمل اسم “صك إسلامي”، وسبق أن عرف المصريون، خلال حكم “الرئيس المؤمن” (أنور السادات) شركات توظيف الأموال التي تسترت بالدين ونهبت أموال الناس، وهو نفس الدور الذي تؤديه الصكوك المسماة “إسلامية”، باستخدام نفس الأساليب والأهداف المعلنة، تحت غطاء مرجعية دينية غامضة ومطاطة، قد تفضي إلى خصخصة أصول الدولة والقطاع العام (ومنها قناة السويس) وسيطرة عدد من رجال الأعمال والمسئولين عليها، ناهيك عن المستثمرين الأجانب من دول وشركات ورجال أعمال (بحسب مركز الدراسات السياسية والاستراتيجية – الأهرام)
ملاحظات حول المصطلحات ومدلولاتها:
يمكن تعريف المصارف (كل المصارف) بأنها وسيط مالي بين المدخرين والمستثمرين، فالمستثمر يبحث عن أموال تمكنه من إنجاز مشاريعه (أي قروض)، والمدخر يبحث عن أرباح (فوائد) على ودائعه من الأموال الزائدة عن حاجته، وتنطلق أدوات الإستثمار المالي “الإسلامي” من صيغ معروفة مثل “المشاركة” و”المرابحة”، وتغير مثلا عبارة الفوائد ب”العوائد” (وهي فائدة ثابتة وليست متغيرة)، وتتغير نسبة الفائدة بحسب قوة أو ضعف الطلب على القروض، وما الحديث عن تحريم “الفائدة” سوى نوع من الخداع اللغوي للمؤمنين البسطاء الذين يودعون أموالهم في مصارف تستثمرها في الخارج، وتستغل ندرة السيولة في بعض مناطق العالم، لتقرضها أو تودعها بعوائد مرتفعة (لأن سعر الفائدة مرتبط بتوفر أو ندرة السيولة النقدية المتيسرة)، وهي تمارس عملها مثل بقية المصارف التجارية، منذ ولادتها سنة 1963…
تأسس مصرف “البركة” الإسلامي التابع لمجموعة “البركة” المصرفية في البحرين في شهر شباط سنة 1984، وشكل مختبرا للمصارف “الإسلامية”، وكان قد أطلق لاحقا، قبل خمس أو ست سنوات قروضا (بفائدة طبعا) للأفراد (خصوصا موظفي الدولة) لأغراض التعليم والعلاج والسفر وغيرها من الإحتياجات الشخصية، لمدة سبع سنوات، وقروضا أخرى لمدة تتراوح بين 15 و 20 سنة لتمويل شراء السيارات والسلع والأثاث أو قروضا عقارية، وذلك بهدف اجتذاب فئة من المستهلكين دوي الدخل المتوسط، وتوسيع قاعدة المصرف، وتعد البحرين من رواد “الصيرفة الإسلامية”
المرابحة: يشتري المصرف سلعة بطلب من الزبون، ويسدد المصرف ثمنها حاضرا، ليبيعها للزبون بثمن الشراء مع زيادة معلوم متفق عليه (ربح)، باتفاق الطرفين، مع تأجيل تسديد الثمن، وقد شرع الإمام الشافعي ذلك، إذا كان البيع والشراء مبنيا على “الخيار والقبول”، ولكنه في الواقع بيع بالمؤجل بفائدة
المشاركة: يتفق المصرف مع زبون أو زبائن على المشاركة في رأس مال شركة، ويتقاسمان الربح والخسارة، كل حسب درجة مساهمته، ولكن المصرف يدرس بدقة نوع المشاريع التي يساهم فيها، وعادة ما ينسحب شيئا فشيئا، مع استرجاع رأس المال، إضافة إلى الفوائد، ولا تشارك المصارف “الإسلامية” في مشروع، قبل التأكد من أنه يمثل صفقة مربحة، ما يحد من كم المشاريع التي تستثمر فيها
الإجارة: هو عقد يؤجر بمقتضاه المصرف أملاكا له إلى زبون لفترة محدودة بقيمة محددة سلفا، أو (في صيغة أخرى) يلتزم الزبون بشراء ما يستأجره، عند حلول نهاية العقد
الربا: وهو مبني على إرجاع قرض أو ثمن سلعة، بعد مرور فترة من الزمن، مقابل زيادة معلومة مسبقا في قيمة الثمن… يحرم الإسلام (من الناحية النظرية فحسب) الربا، بمعنى “حظر استخدام المال كسلعة، وجني المال من المتاجرة بالمال”، ويعوض ذلك بالشراكة، أي عندما يقرض البنك مالا لزبون، فإن البنك يصبح شريكا في المشروع
المضاربة: تستخدم في حالة المشاركة بين من يقدم رأس المال ومن يقدم العمل، لاستثمار رأس المال، مقابل حصة من الربح معلومة مسبقا، لكل من الطرفين (النصف أو الربع أو الثلث…)، لكنهما يتقاسمان المخاطر أيضا
النماء: أي الزيادة التي تحصل من استثمار رأس المال سواء كان رأسمالا ثابتا أو منقولا، ولكي ينمو رأس المال (وهو هدف الإستثمار) لا بد من تحقيق ربح، وهو ربح “حلال” في نظر فقهاء “المالكية” (نسبة إلى مالك بن أنس)
في كل هذه الحالات المذكورة تستثمر المصارف “الإسلامية” في مشاريع حقيقية، ملموسة، أي أن كل ديون تقابلها ممتلكات موجودة لا تقل قيمتها عن قيمة تلك الديون، ولا يمكن البيع بالخسارة أي بأقل من ثمن الشراء، كما لا يمكن المراهنة على انخفاض سعر سلعة معينة في المستقبل وشراءها قبل الحصول عليها فعلا (مثلما يحصل في سوق المواد الأولية كالنفط، والمنتوجات الزراعية، كالحبوب…) ويدرس المصرف بعناية نوعية المشاريع التي يستثمر فيها أمواله، لذلك لم تتوسع ولم تنتشر هذه المصارف، ولكنها غير مهددة، على مدى قصير أو متوسط، باإفلاس، مثلما حدث مع المصارف الكبرى في الولايات المتحدة وأوروبا وغيرها
التجربة الماليزية:
قدم الإخوان المسلمون، أثناء فترة حكمهم في مصر، نظام الصكوك الإسلامية كحل لتمويل عجز الميزانية، ولتمويل مشاريع اقتصادية، ومشاركة حاملي الصكوك في الربح والخسارة، لكن في حال عجز الدولة عن تسديد الأموال التي حصلت عليها مقابل الصكوك، يحق لحملة الصكوك تملك الأصول السيادية، وهي ملك للشعب والأجيال القادمة ولا حق لأي كان بالتفريط فيها، ولكن مختلف تيارات الإسلام السياسي تستدل بتجربة “ماليزيا” التي اعتمدت هذه التجربة “بنجاح”، وتستحوذ على ما لا يقل عن 60% من إجمالي قيمة الصكوك “الإسلامية” في العالم، وكانت حكومة “مهاتير محمد” (رئيس وزراء ماليزيا من 1981 إلى 2003) قد رهنت مطار العاصمة “كوالالمبور” مقابل إصدار صكوك بنحو 100 مليار دولار لمدة 10 سنوات وعند توقيع العقد، تم توقيع عقد ثاني لشراء الدولة المطار مرة أخرى ¬ في نفس اللحظة وبنفس قيمة البيع ¬ لإعادته إلى ملكية الدولة ويتمتع حملة الصكوك، خلال السنوات العشر بعائدات تشغيل المطار، وإذا تحققت خسائر في أي من هذه السنوات يتحملها حملة الصكوك، وفي نهاية المدة تقوم الدولة بسداد قيمة هذه الصكوك لأصحابها وبنفس قيمتها بعد أن تكون قد استخدمت هذه الحصيلة في بناء مشاريع أخرى طيلة تلك المدة والاستفادة من فروق التضخم فى الأسعار العالمية، وهكذا نفذت حكومة “ماليزيا” مشاريع عملاقة خلال مدة قصيرة مما صنع ما يُسميه البعض بـ “المعجزة الماليزية”، وهي تجربة فريدة، لا يمكن تكرارها، واهتمت حكومة ماليزيا (برئاسة مهاتير محمد) بتحسين جودة التعليم، وخصصت الأراضى الزراعية للعاطلين، وبدأت تصنيع الشرائح الإلكترونية ومشاريع أخرى تستخدم أعدادا هامة من العمال، وفي نفس الوقت خصخصت الحكومة قطاعات الماء والكهرباء والخدمات، وقدمت القروض للقطاع الخاص ومنحت المستثمرين إعفاءات من الضرائب، وسمحت للمستثمرين الأجانب بالإقتراض من المصارف المحلية (أي أنهم يستثمرون في ماليزيا دون أن تتوفر لديهم الأموال الكافية)، فكافأتها الدول الرأسمالية المتطورة بمنحها تسهيلات لتسويق إنتاجها من المنسوجات والشرائح الإلكترونية وغيرها، وفي حال عجزت الحكومة عن تسديد قيمة 100 مليار دولار بعد عشر سنوات من تاريخ توقيع العقد مع حملة الصكوك، كان يحق لهؤلاء تملك المطار نهائيا، وهنا يكمن الخطر، فالعملية إذن تتمثل في رهن ممتلكات الدولة (الشعب) مقابل قروض، يتوجب تسديدها بعد مدة معينة، لاسترجاع الملكية المرهونة، وإلا ضاعت نهائيا، وخلال مدة الرهن (10 سنوات) يضاعف المستثمرون من استغلالهم للعمال ويغيرون قواعد وشروط العمل الخ
فوارق بين اقتصاد مصر وماليزيا:
كانت الحكومة الماليزية تمتلك خطة متكاملة للتصنيع ورؤية مستقبلية لتحويل البلاد من بلد زراعي يصدر المواد الخام، ويعتمد على زراعة المطاط، إلى بلد رأسمالي صناعي يصدر سلعا مصنعة محليا، وقادر على منافسة إنتاج تايوان واليابان وكوريا الجنوبية، وكانت الدولة هي المحرك للإنفاق والإستثمار فساعدت الشركات الصغيرة والمتوسطة بواسطة المال العام (الذي حرم منه العمال والفلاحون الفقراء) من خلال القروض والحوافز لفترة عشرين سنة، بين 1996 و2005، وينشط معظمها في مجالات الإنتاج والتصنيع ويشغل أعدادا كبيرة من العمال، ذوي الرواتب المتدنية، ومعظمهم هاجروا من الريف إلى المدينة، وكانوا ضحية تحول اهتمام الدولة من الزراعة إلى الصناعة، وهو ما يحصل في الصين حاليا، ولئن تحولت الدولة إلى “وكيل” للقطاع الخاص فإنها وضعت شروطا للحصول على المساعدات، منها التركيز على بعض الصناعات التصديرية ذات القيمة المضافة العالية، كما استثمرت الحكومة في إنشاء تجمعات صناعية متخصصة في مجالات البحث والتطوير، وتصنيع المعدات، والتغليف، والتجارة الإلكترونية وغيرها، ما ساعد على تأسيس شركات كبرى في هذه القطاعات، وما ساعد على تأسيس مجمعات تصنيع التقنيات المتطور ة (حواسيب وأجهزة اتصالات)، التي بلغت قيمة صادراتها أكثر من 60 مليار دولار سنوياً، وأصبح قطاع الإتصالات والمعلومات والبرامج الإلكترونية والحواسيب يساهم بنحو 30% من إجمالي الناتج المحلي (2013)… من جهة أخرى، تأثرت البلاد بالأزمة الآسيوية (1997-1998) وعرفت عددا من الأزمات السياسية والإضطرابات مع اتهامات بفساد الحكومة (بين 2003 و 2007)، ويحكم البلاد نفس الحزب منذ 1957، ما ضيق هامش الحرية والديمقراطية في البلاد التي عرفت فيها المعارضة مجازر رهيبة سنة 1965، وقتل الجيش (بمساعدة بريطانيا، ثم الولايات المتحدة) مئات آلاف المعارضين بتهمة الإنتماء أو التعاطف مع الأفكار الشيوعية
أما في مصر فلا تملك الدولة خطة أو رؤية مستقبلية، منذ الفترة الناصرية، وجمعت بين عجز الموازنة وارتفاع الديون الخارجية والداخلية وارتفاع نسبة البطالة والفقر والأمية، وخصخصت الدولة معظم مؤسسات القطاع العام وأعادت الأراضي المؤممة إلى أبناء وأحفاد الإقطاعيين، وفقدت ما كانت تملكه من هامش لاتخاد القرار منذ وقعت اتفاقيات الإستسلام في “كامب دفيد”، ولم يكن للحكومات المتعاقبة مشروع وطني مستقبلي، منذ رحيل جمال عبد الناصر، لذلك لا تصح مقارنة الوضع في مصر بالوضع في ماليزيا، من هذه الناحية، وأدى توقيع اتفاقيات “كامب دفيد” إلى وضع مصر تحت السيطرة الأمريكية والصهيونية (انتداب؟) ما أفقدها استقلالية القرار، بالإضافة إلى موقعها الجغرافي في منطقة تريد الإمبريالية السيطرة الكاملة عليها من خلال قوة اقليمية وحيدة هي الكيان الصهيوني، الوكيل الرسمي وصاحب الإمتياز في المنطقة، ولكي تصبح مصر قوة اقتصادية، وجب أن تتحرر سياسيا وتسترجع سيادتها على شبه جزيرة سيناء… لقد فرطت مختلف الحكومات التي تعاقبت في مصر منذ 1970 في إرث “طلعت حرب” وفي إرث “جمال عبد الناصر”، في قطاعات الصناعة والزراعة، وأصبحت البلاد تستمد إيراداتها من القروض ومن تحويلات العمال المصريين المغتربين ومن السياحة والخدمات، فانهارت القطاعات الإنتاجية وارتفعت ديون البلاد الخارجية وارتفعت نسبة البطالة ونسبة الفقر إلى 40% من السكان وارتفعت نسبة الأمية إلى أعلى مستوياتها (قرابة عشرين مليون أمي)، وأصبح الإقتصاد الموازي (غير الرسمي) يمثل نصف إجمالي الناتج المحلي الخ.
البرنامج الإقتصادي لأحزاب الإسلام السياسي:
أدى تطبيق وصفات صندوق النقد الدولي والبنك العالمي إلى “انتفاضات الخبز” في عدد من بلدان العالم، والبلدان العربية، ومنها “انتفاضة يناير 1977” في مصر و1981 في المغرب و1983-1984 في تونس ثم في الأردن والسودان والجزائر (1988)، وكان ارتفاع نسبة البطالة والفقر سببا رئيسيا في اندلاع انتفاضات 2010-2011 التي لم تساهم أحزاب الإسلام السياسي فيها، بل عارضتها وطلبت من منتسبيها عدم المشاركة فيها، ولكن قوى الإسلام السياسي (الإخوان المسلمون) كانوا يمتلكون مقومات تفتقدها الأحزاب السياسية الأخرى منها التنظيم المحكم والإنضباط العسكري والمال الوفير (مال نفط وغاز الخليج) واستغلال المساجد لترويج خطابها، وهي فضاء عمومي يموله كافة المواطنين ولا يستفيد منه سوى نظام الحكم والإسلام السياسي، والأهم من كل ذلك أن الإمبريالية الأمريكية والإتحاد الأوروبي كانا على اتصال دائم بأحزاب الإسلام السياسي واستخدمتها أمريكا كورقة ضغط على أنظمة مصر وتونس، عند حدوث بعض الخلافات، وشكلت بديلا لهذه الأنظمة، دون المساس بالمصالح الإمبريالية، بسبب تبني أحزاب الإسلام السياسي لقواعد الإقتصاد الليبرالي، وعدم التشكيك أو إعادة النظر في نمط التنمية السائد، والمعتمد على الإستغلال وعدم المساواة في توزيع الثروة (“وخلقناكم طبقات”)، ولذلك حازت هذه الأحزاب ثقة الإمبريالية الأمريكية والأوروبية، وبما أنها كانت جاهزة بعد انتفاضتي تونس ومصر، خلافا لأحزاب اليسار والتيارات القومية، فقد تمكنت من حكم البلدين (إضافة إلى المغرب واليمن في وقت لاحق)، وأظهرت هذه الأحزاب المنتمية لتيار الإخوان المسلمين أنها لا تملك برنامجا مغايرا لما طبقته حكومات “الحبيب بورقيبة” و”زين العابدين بن علي” في تونس، و”أنور السادات” أو “حسني مبارك” في مصر، بل ان السادات سمح ل”بنك الريان” بالنصب على الفقراء ومتوسطي الدخل من المؤمنين، باسم الإدخار “الحلال”، وأظهرت قيادات احزاب الإسلام السياسي (خلال حكم تونس ومصر) نهما شديدا ولهفة على المال والمناصب، واستحوذت على المال العام، على حساب الفقراء والعاملين والعاطلين وذوي الشهداء، وأغرقوا البلدين بالديون من المؤسسات المالية العالمية ورهنوا مصير الإجيال القادمة… خلاصة الأمر، واصلت هذه الأحزاب سياسة التداين والخصخصة (باسم “تحرير الإقتصاد”) ورهن ثروات البلاد للمستثمرين الأجانب، مع رفض الإستجابة لمطالب العمال والأجراء وقمع احتجاجات العمال والشباب ومهاجمة النقابات والزج بالفنانين والصحافيين في السجون، وتأسيس أو تشجيع أو التغاضي عن مليشيات مسلحة نفذت اغتيالات بحق المعارضين، كما رفضت أحزاب الإسلام السياسي تجريم التطبيع مع العدو الصهيوني، بل أظهر “راشد الغنوشي” و”محمد مرسي” أنهما أكثر تطبيعا من بن علي ومبارك…
في المجال الإقتصادي، تميزت تصريحات وممارسة زعماء الإسلام السياسي بالتركيز على اقتصاد السوق والإرتهان لمؤسسات “بريتن وودز”، وطمأنة المضاربين في البورصة والمستثمرين الأجانب والمحليين (يوجد عدد هام من رجال الأعمال وأرباب العمل في قيادة هذه الأحزاب “الدينية”)، وواصلت حكومات المغرب وتونس ومصر، في ظل “الإسلام السياسي”، سياسة “الإنفتاح الإقتصادي” التي أدت إلى زيادة الإرتباط بالسوق العالمية والإرتهان للإستثمارات الأجنبية (التي لم تأت)، وارتفاع مستوى الديون الخارجية وارتفاع العجز التجاري وانخفاض مستوى احتياطي العملة وتراجع الطلب الداخلي بسبب ارتفاع نسبة البطالة والفقر، وتراجع الإستثمار، وإغراق السوق المحلية بالسلع الأجنبية الرخيصة، ولم تعمل هذه الحكومات على استرجاع الأموال المنهوبة والمهربة خارج البلاد، ومحاسبة الفاسدين وسارقي المال العام وناهبي ثروات البلاد، ولم تعمل على إرساء العدالة الجبائية، ولما انسحبت (أو أطردت) من الحكم تركت البلدان التي حكمتها أسوا حالا مما كانت عليه قبل 2011…
مغالطات باسم الإقتصاد « الإسلامي »
أظْهَرت التّجربة مدى النّفاق الذي يُميّز زعماء الإسلام السياسي، فلما احتدّ الصراع بين الإخوان المسلمين والنظام النّاصري في مصر، خلال فترة التّأميم والإصلاح الزراعي، نشر المراقب العام لجماعة الإخوان المسلمين في سورية ( مصطفى السباعي ) كتابًا بعنوان « اشتراكية الإسلام » لتبرير قرارات التّأميم وقانون الإصلاح الزراعي، وتغليفها بغطاء ديني (شرعي ) بينما كان زُملاؤه في مصر يُحاربونها لأنها « فكرة شيوعية استَمَدّها عبد الناصر من الإتحاد السوفيتي… »، ولمّا سادت النيوليبرالية، تمكّن حزب الجبهة القومية الإسلامية (فرع الأخوان المسلمين في السودان) من تنظيم انقلاب عسكري والتّحكّم بزمام السّلطة، بداية من سنة 1989، وتَبَنّت الجبهة الإسلامية نظام اقتصاد السوق وطبّقت سياسات « الإصلاح الهيكلي » وخصخصة المرافق العمومية وإلغاء دعم السلع والخدمات الأساسية وإلغاء مجانية التعليم والرعاية الصحية، وكافة « الإصلاحات » التي يدعو لها البنك العالمي وصندوق النقد الدّولي وبرّرت ذلك بتوافق هذه الإجراءات مع الإسلام والإقتصاد « الإسلامي »، وفي الواقع لا يوجد شيء اسمه « الإقتصاد الإسلامي »، وكل ما في الأمر إن بعض الأثرياء يحاولون مغالطة ملايين المسلمين بالإدّعاء إن « سعر الفائدة يختلف عن الرّبا »
يدّعي أثرياء النفط وتُجّار الدّين في تركيا وزعماء تيارات الدّين السياسي إن حسنات ومزايا « النظام الإقتصادي الإسلامي » لا مثيل لها ولا يمكن مُقارنَتها بأي منظومة اقتصادية أخرى، والإكتفاء بهذه العبارات الفضفاضة التي لا تُبَيِّنُ كيف يتميّز « الإقتصاد الإسلامي » بتحسين إدارة وتنمية الموارد وإنتاج السلع والخدمات التي تُلبِّي حاجيات البشر، أو ما هي ميزته في القضاء على البطالة والفقر أو في الإستثمار في البحث العلمي وتدريب وتأهيل العاملين والمواطنين لتعزيز وتحسين الإنتاجية ولابتكار الأدوية والمعدّات والأدوات والوسائل التي تُعزّز التنمية وتُيَسِّرُ حياة المواطنين…
وأظْهَرت تجربة المصارف الإسلامية في مصر والسودان وغيرهما إنها لم تُجَدّد ولم تُغَيِّر جوهر المعاملات المالية ولم تُساهم في تحسين الإنتاج وإنجاز التنمية، بل اقتصرت على المُضاربة من خلال تمويل عمليات قصيرة الأجل وعالية العائد، كما أظهرت هذه التجربة إن جميع مُصطَلَحاتها تُشكل حيلًا فُقْهِيّة تُمكّن أثرياء المُسلمين من الحصول على نسبة فائدة مرتفعة، واستغلالا للمُسْتَدِينِين، باسم الإسلام وباسم القِيَم الأخلاقية المُفْتَرَضَة، على حساب الفقراء، بدل مكافحة البطالة والفَقْر والأُمِّيّة…
يُفترض أن يكون الإقتصاد عِلْمًا أو مجالا لدراسة تعزيز إيرادات الأفراد أو الشركات أو الدّول، وترشيد الإنفاق والبحث عن تحقيق التوازن بين الإيرادات والإنفاق، وترتبط طبيعة اقتصاد الدّول والشركات والعلاقات المادية والمعاملات بين الأفراد والمجموعات، بعلاقات الإنتاج وطبيعة النظام الإجتماعي والإيديولوجية السائدة، وليس بالعقيدة الدّينية، وتقسيم الناس (والعالم) إلى مسلمين من جهة وغير مسلمين من جهة أخرى، كما تُوصَف النشاطات الإقتصادية بأوصاف مثل نشاط فلاحي أو صناعي أو خَدَماتي، دون ارتباط بالمُعْتَقَد الدّيني ( أي العلاقة بين الإنسان والقوة غير المرئية التي يُؤمن بقدرتها على تسيير العالم)، لأن العلاقات الاقتصادية والسياسية والثقافية إنتاج بَشَرِي مُرتبط بطبيعة نمط أو علاقات الإنتاج السائدة في المجتمع – سواء في الريف أو في المدينة – وتُحدّد هذه العلاقات طريقة توزيع الثروة وفائض القيمة وحصة العمل (مُقابل حصة رأس المال)، وترتبط علاقات الإنتاج بطريقة مِلْكِيّة وسائل الإنتاج (ملكية فردية أو جماعية) وبطريقة تصميم وتسيير عملية الإنتاج والإشراف على طريقة توزيعها وتقويم الأداء والنتائج، ما يؤكّد إن العلاقات الإقتصادية هي علاقات بشرية قبل أي شيء، وليست علاقات روحانية، ولا علاقة لها بمسائل اختلاف المِلّة والعِرْق والعقيدة الدّينية والإيمان أو « الكفر » أو الإلحاد…
إن الاقتصاد هو نشاط بَشَرِي يَوْمِي لإنتاج ما يحتاجه أفراد المجتمع، ضمن نمط إنتاج رأسمالي أو اشتراكي أو عُبُوجدي أو إقطاعي، ولا يصحّ وصفه بالإسلامي أو المسيحي أو الوَثَنِي لأن العامل، كما صاحب العمل، أو الغني أو الفقير، يمكن أن يكون من ديانة مختلفة لكنه يتعاون أو يتضامن مع نُظرائه من العاملين أو من الميسورين بغض النّظر عن ديانة ومعتقدات كل فرد أو مجموعة منهم.
إن ما يُسمّى « الإقتصاد الإسلامي » ليس نمط إنتاج مختلف عن السّائد، ولا هَدَفَ له سوى إصباغ طابع لاهوتي على الإقتصاد الرأسمالي ( اقتصاد السّ »وق) الذي يُقدّس الملكية الخاصة لوسائل الإنتاج وما يُرافقها – أو ينتج عنها – وتغليف الإختيارات الإقتصادية والسياسية التي تُكرّس التفاوت الطبقي والحَيْف وعدم المُساواة والإستغلال والإضطهاد، بغطاء عقائدي ديني وإضفاء الطابع الأخلاقي و »الشَّرْعِي » على الفجوة الطبقية وازدياد حجم ثروة الأثرياء وبُؤْس الفُقراء، واستنكار – أو تجريم – الدّعوة إلى تغيير الوضع القائم، وإلى تحقيق العدالة الاقتصادية والاجتماعية واعتبارها كُفْرًا أو زَنْدَقَة أو خُرُوجًا عن الدّين الإسلامي…
إن الإقتصاد المُسمّى « الإسلامي » لا يقترح حلولاً لمشاكل التنمية والعلاقات غير المتكافئة بين البلدان، ولا لحلول المشاكل الدّاخلية من تنمية غير متكافئة بين مختلف مناطق البلدان وتفاوت إقليمي ومن فقر واستغلال، وهي مشاكل لا يمكن حلها سوى بتحويل الملكية الخاصة لوسائل الإنتاج إلى الملكية الجماعية وتحويل سلطة القرار من الرأسماليين إلى العاملين والمُنْتِجِين والمُساواة بين أفراد المجتمع، ومُقاومة هيمنة القوى الإمبريالية ومصارفها وشركاتها الإحتكارية العابرة للقارات والمؤسسات المالية التي تم تأسيسها لخدمتها ( صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي) ولاستدامة العلاقات والتبادل غير المتكافئَيْن، وتحقيق العدالة والمساواة الآن وهنا وليس في حياة أخرى موعودة…نقد الإقتصاد « الإسلامي »
إن معظم الذين كتبوا عن الإقتصاد « الإسلامي » هم من المُتَديّنين الذين لا علاقة لهم بعلم الاقتصاد، يتناولون موضوع الإقتصاد « الإسلامي » من باب الإطراء وتقديم صورة مِثالية مُحَسّنة ببعض المفاهيم الأخلاقية، وتنميقها بالمُحَسّنات اللّفْظِيّة، وليس من باب إفادة القارء أو الباحث أو من باب النقد والمراجعة والتحديث، فالاقتصاد « الإسلامي » لا يُقدّم حُلُولاً لمشكل التنمية في مجتمعات « الأَطْراف » ( أو المُحيط، مقارنة بالمَرْكز الرأسمالي) أو للقضاء على الفقر أو مكافحة مظاهر الإستغلال والإضطهاد والتفاوت الطبقي…
عاد ما سُمِّيَ « الإقتصاد الإسلامي » إلى الواجهة خلال الأزمة المالية التي أطلقت شرارتها أزمة الرهن العقاري، سنة 2008، فاجتاحت المؤسسات المالية في أمريكا ثم في العالم، وادّعت بعض رُمُوز الإسلام السياسي والسلطات التي تدّعي الحديث باسم الإسلام إنها تمتلك الحل لتجنّب الأزمات الدورية للنظام الرأسمالي وهي خدعة نظرًا لغياب أي برنامج أو أي خِطّة لتطبيق ما سُمِّي « الاقتصاد الإسلامي »، الذي لا يعدو أن يكون جُزْءًا من منظومة النظام الرأسمالي، مع إضفاء مِسْحة خُرافية وبعض الأوهام الأخلاقية تستهوي المُهَمّشين وفُقراء المُسْلمين، ويُخْفِي دُعاة « الإقتصاد الإسلامي » أخبار وتاريخ الثّورات التي حدثت – منذ بدايات الإسلام – احتجاجًا على الحَيْف في تقسيم غنائم الحربة وسيطرة الأقلّية على الثروات وعلى الأراضي الزراعية، بالتوازي مع انتشار الفقر، واستئثار المُقَرّبين من السلطة (الأُمَوِيّة أو العبّاسية) بموارد الدّولة، فكانت ثورة القرامطة والزنج والبابكيين في المشرق، والرستميين في المغرب، والعديد من الإحتجاجات الأخرى ضد الظّلم والفساد والتفاوت الطبقي، ولذا فإن ما سُمِّي « الإقتصاد الإسلامي » لم يكن أبدًا جَنّةً على وجه الأرض، بل كان، منذ ظهور الإسلام، نظامًا يتّسِم بالتّفاوت وعدم المُساواة والحَيْف…
خاتمة:
يقدر عدد المسلمين في العالم بأكثر من 1,3 مليار نسمة، أي 1,3 مليار مستهلك، ما جعلهم محل اهتمام المستثمرين والمصارف، لأنهم مثل جميع سكان هذا العالم، لهم حاجات ومتطلبات لا بد من تلبيتها، منها الضروري ومنها الكمالي، ويحاول الملايين منهم التوفيق بين تلبية هذا الإحتياجات وعدم مخالفة “الشريعة”، هذا بالنسبة للأفراد، أما بالنسبة للمجتمعات فإن دول “منظمة البلدان الإسلامية” تعد 57 دولة، بعضها غارق في الثراء وله فائض من السيولة وبعضها فقير معدم يبحث عن السبل الكفيلة بمعالجة المشاكل الإقتصادية، ودعم برامج التنمية ومعالجة مشاكل الفقر والبطالة الخ لكن التجارب أظهرت أن لا الدول التي تدعي الحكم باسم الإسلام (الوهابي المحافظ) مثل السعودية وقطر، ولا أحزاب الإسلام السياسي المنحدرين من تنظيم “الإخوان المسلمون”، مثل تركيا والأحزاب التي حكمت المغرب وتونس وليبيا واليمن ومصر، حادت عن المبادئ الرأسمالية الليبرالية، رغم اختلاف الوضع بين الإقتصاد الريعي في السعودية وقطر، والوضع في بقية البلدان العربية التي حكمها الإسلام السياسي، واتفق جميعهم على الولاء للإمبريالية الأمريكية ولمؤسسات “بريتن وودز”، واتضح ان “الصيرفة الإسلامية” (أو الإقتصاد المسمى إسلامي) لا يهدف حل مشاكل المواطنين والبلدان، بل يهدف أساسا إلى إنقاذ النظام الراسمالي وإصلاحه من الداخل، دون المساس بجوهر الإستغلال والإستعباد والإضطهاد، لأنه جزء لا يتجزأ منه، ومن جهة أخرى، يكفي أن يدافع آل سعود وآلا خليفة وآل نهيان وآل ثاني وآل الصباح عن أي فكرة أو مبدأ حتى يصبح (عن حق) مشبوها، لما عرف عن شيوخ الخليج من عمالة وتقديس لإملاءات ورغبات الإمبريالية الأمريكية، ما يجعلنا نخجل من انتمائنا لنفس اللسان والثقافة والتاريخ والجغرافيا، وهذا سبب آخر يفرض علينا التثبت والتمحيص في ماهية “الإقتصاد الإسلامي” الذي قدمه فقهاء هذه الدويلات كحل سحري للإقتصاد وللأزمة العالمية، بالإضافة إلى ذلك، أقرت سوق نيويورك المالية “دو جونز” مؤشرات “الإستثمار الإسلامي” منذ 1990 وتأسست في بريطانيا سلطة الخدمات المالية “الإسلامية” منذ 2004 وأصدر مركز أبحاث الكونغرس الأمريكي (خدمة أبحاث الكونغرس) سنة 2009 (في أوج الأزمة) تقريرا يدعو إلى الإستفادة من “التمويل الإسلامي” لحل الأزمة آنذاك
في مرحلة “الدعوة” (سبعينات وثمانينات القرن العشرين) ادعى الوهابيون وزعماء “الإسلام السياسي” انهم يرفضون الرأسمالية والإشتراكية، وأنهم يدعون إلى إرساء نظام سياسي واقتصادي “إسلامي”، يحقق العدالة الإجتماعية ويضمن حسن سير الإقتصاد، اعتمادا على مفاهيم وقيم أخلاقية، لا علاقة لها بالربح والمضاربة والإحتكار، وبينت التجارب أن مشاكل المجتمع لا يمكن حلها (إن توفرت النية) بالزكاة وبالإحسان
لم يخرج “الإسلام السياسي” و”الإسلام المالي أو الإقتصادي” عن دوره في مساعدة الرأسمالية المتأزمة على الخروج من أزماتها، وسد الثغرات التي أدت إلى الطوفان، ولعب الإسلام السياسي والإقتصادي دور الأداة الطيعة في خدمة الإمبريالية سواء في أفغانستان أو استخدام “الوهابيين” (في السعودية وقطر) أموال النفط لإنقاذ الرأسمالية أو لإنهاك الإتحاد السوفياتي السابق، وتفتيت البلدان العربية وممارسة التطبيع، دون مقابل، وانتفى بذلك شعار “الإسلام هو الحل” الذي طرحه الأخوان المسلمون في مصر، لأن برنامجهم لا يختلف في شيء عن برامج وممارسات من سبقهم، من حيث تنظيم دور الدولة وعلاقتها بالمواطنين كأفراد، وبالمجتمع، اعتمادا على الآية “ورفعنا بعضكم فوق بعض طبقات”، وتقديس الأثرياء وأصحاب المال والجاه، لعلهم يشغلون العاطلين والفقراء، وينفقون شيئا من أموالهم المكنوزة، في شكل زكاة، لزيادة الإنتاج والإستهلاك، ولم يخرج الإسلام السياسي عن النمط السياسي والإقتصادي السائد في عهد من سبقه، بل كان راشد الغنوشي ومحمد مرسي أكثر تملقا للإمبريالية والصهيونية وأرباب العمل والأثرياء، وأشد قمعا وحتقارا للعمال والفقراء في تونس ومصر…
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Erik Stricker-Le pouvoir derrière le trône de Javier Milei

Pas plus tard que l’année dernière, l’Argentine s’orientait vers le bloc sino-russe. Avec l’intention de rejoindre les BRICS le 1er janvier 2024 et sur la voie d’une intégration complète dans l’initiative « la Ceinture et la Route », cela semblait être une affaire pliée.
En 2022, le président sortant Alberto Fernández a fait des remarques publiques lors d’une visite en Russie, suggérant qu’il cherchait à devenir moins dépendant de Washington et du Fonds monétaire international et qu’il était prêt à rapprocher son pays de Moscou. La perspective d’un pays du G20 et de la 2° plus grande économie d’Amérique latine rejetant l’Atlantisme (l’Argentine avait déjà mené une guerre à grande échelle contre le Royaume-Uni soutenu par l’OTAN en 1982) a conduit à une vague de documents politiques produits par le ministère de la Défense sur cette perspective de l’Argentine se transformant en un véritable adversaire géopolitique dans l’hémisphère occidental.

Puis, en octobre dernier, Washington a connu un revers de fortune stupéfiant et inattendu : la victoire présidentielle de Javier Milei. Du jour au lendemain et sans trop d’efforts, l’administration Biden s’est rendu compte que l’Argentine était le leader le plus pro-Washington et le plus pro sioniste en dehors du G7.
Au cours de ses deux 1° mois de mandat, Milei a déjà réussi un revirement étonnant dans la politique du gouvernement argentin. Après sa victoire, son 1° voyage n’était pas pour rencontrer Joe Biden, mais pour se rendre à New York, où il a enfilé une kippa et a visité la tombe du rabbin Habad Menachem Schneerson. Lors de son investiture à Buenos Aires, il a embrassé le dictateur ukrainien Volodymyr Zelenskyy (qui s’était déplacé pour lui) autour d’une Menorah . Il réitère son engagement envers l’État d’Israël plusieurs fois par jour, tout en apportant son soutien total et sans faille à tous les aspects de la politique étrangère américaine, y compris les croisades mondiales qui nuisent objectivement aux intérêts nationaux de l’Argentine. Il a opposé son veto au projet d’adhésion du pays aux BRICS et les 120 milliards de dollars que la Chine a investis dans la construction des infrastructures argentines pour l’initiative “la Ceinture et la Route” sont menacés. Le plan économique de Milei est de privatiser toutes les industries d’État et les ressources naturelles de l’Argentine et de les vendre aux enchères à des sociétés de gestion d’actifs basées à New York à des prix très réduits.
En février 2024, Milei a commencé à essuyer des revers cuisants, son projets de loi visant à lui donner les pleins pouvoirs pour privatiser toute l’économie du pays se trouvant bloquées par l’Assemblée nationale.
Les gauchistes et certains libertariens, fonctionnant sur le principe de Cui Bono, ont conclu que Milei avait dû être porté au pouvoir par la CIA, le Forum économique mondial ou la Réserve fédérale. Il est vrai que le gouvernement américain a exécuté négligemment ces dernières années de nombreux coups d’ État contre des dirigeants latino-américains qu’il percevait comme potentiellement hostiles à ses intérêts économiques ou géopolitiques, mais rien ne prouve qu’il ait été impliqué de manière significative dans les dernières élections argentines. En fait, mis à part le soutien moral de quelques personnalités conservatrices largement impuissantes comme Ted Cruz et Tucker Carlson, Milei ne semble pas avoir eu beaucoup de contacts dans le monde politique américain avant d’être élu.
Dans le même temps, Milei ne cache pas qui il sert. Même s’il le crie sur les toits, les libertariens de gauche et de la société polie refusent de rendre compte de la vérité sur le nouveau président argentin : ce sont des personnalités juives locales des médias et de la finance, avec l’aide d’associés à New York et en Israël, qui ont pris l’initiative visant à changer radicalement la trajectoire du pays. La Patagonie est déjà largement possédée par le capital anglo-israélien. Le pouvoir monétaire argentin a abandonné ce cadeau dans le giron de l’administration Biden, par intérêt personnel.

Le Sanhédrin derrière Milei
L’ascendant de Javier Milei sur Mach 10 est en apparence miraculeux. Milei, d’origine italienne et croate, a grandi comme fils d’un chauffeur de bus et d’une femme au foyer dans une modeste maison. La majeure partie de sa vie – une carrière de footballeur ratée, avoir été embauché et licencié de ses emplois universitaires, et finalement devenir un artiste de télévision dont on ne se moque pas – a été une série de déceptions.
Tout au long des années 2010, Milei a gagné une petite base de fans pour sa chronique scandaleuse, qui était diffusée dans des journaux contrôlés par les sionistes (tels que The Reporter, sous la direction d’Ariel Cohen). Il était régulièrement présenté comme panéliste dans des émissions de télévision politiques produites par des personnalités comme Adrian Suar (né Adrian Schwartz), où Milei fournissait un soulagement comique par sa pratique de l’injure grossière, enfantine et pugiliste, comme un [illuminé] qui souffrait parfois d’épisodes schizophrènes à l’ antenne, ce qui lui a valu le surnom de « El Loco » (le fou).
En entrant en politique en 2020 au sein d’un parti libertarien marginal, qui semble avoir été financé par un trafiquant de cocaïne basé à Miami, Milei s’est senti frustré face à la réalité de son faible potentiel électoral.
En 2021, il a commencé à faire des ouvertures agressives et caricaturales aux Juifs de Buenos Aires. Ses efforts ont porté leurs fruits lorsqu’il a pu établir une relation avec le rabbin Axel Wahnish lors d’une réunion organisée par Julio Goldstein, chef du parti Mouvement d’intégration et de développement (MID).
On ne sait pas exactement de quoi Milei et le rabbin Wahnish ont discuté lors de cette rencontre à huis clos, mais l’homme qui à l’époque était largement perçu comme un clown malade mental, est reparti convaincu qu’il serait un jour leader de l’Argentine, selon Goldstein. Quelques mois seulement après avoir noué une relation avec Wahnish, il a remporté un surprenant score de 17 % des voix aux élections législatives de Buenos Aires de 2021.
La mouvance à laquelle Milei fait allégeance est la même que celle qui a conquis Ivanka Trump et son père, Zelensky et Netanyahou.
Grunblatt a présenté Milei à Eduardo Elzstain lors du forum Llao Llao , une réunion secrète de super-capitalistes argentins organisée chaque année par le gestionnaire d’actifs à la kippa. Elzstain, qui a fait croître sa fortune suite à un important transfert de capital de George Soros , est aujourd’hui un magnat de l’immobilier communément appelé le « propriétaire de l’Argentine ». Les Juifs puissants ont rapidement pris goût à Milei, ce qui a irrité les candidats présidentiels concurrents plus raffinés qui cherchaient à se faire un nom à Llao Llao.
Après avoir obtenu l’approbation d’Elzstain, la campagne présidentielle de Milei a vu une vague de soutien de la part de la famille milliardaire Werthein, des Braun ( Sebastian Braun) et de Daniel Sieleck, parmi d’autres acteurs majeurs de la communauté juive argentine. Ils ont fourni à Milei de l’argent et une couverture médiatique positive continue, sur les chaînes de télévision qu’ils possédaient. Ces oligarques ont également obtenu pour Milei le soutien de Patricia Bullrich, une centriste qui avait obtenu 17 % des voix avant le 2° tour d’octobre.
Elzstain a doté le conseiller de Milei, Santiago Caputo, d’une machine politique de pointe qui a pris par surprise leur adversaire péroniste archaïque et complaisant, Sergio Massa. La campagne de Milei avait son siège à l’Hôtel Libertador, propriété d’Elzstain, un hôtel de luxe à 450 dollars la nuit. Même s’il a prêté serment et [s’est installé] début décembre à la résidence présidentielle du pays, Milei est resté jusqu’à il y a un peu plus d’une semaine à l’hôtel d’Elzstain, où il a constitué son cabinet sous la supervision du bienfaiteur.
Le nouveau président a nommé Dario Elzstein , l’architecte en chef de la vague de privatisations des années 1990 en Argentine qui a mis le pays sur la voie de la ruine, au poste de 1° ministre de l’Économie pour superviser une poussée de financiarisation encore plus radicale. Les membres des riches familles juives qui ont financé Milei, comme Ian Sieleck et Gerardo Werthein, se sont également vu attribuer des postes gouvernementaux en contrepartie. Il est pratiquement garanti que, quoi qu’il arrive ensuite à l’Argentine, Elzstain en sortira beaucoup plus riche. Il est également lié aux narco-trafiquants.
La première escale de Milei à l’étranger a été le centre mondial de la capitale financière, New York – et non Washington – où la famille Werthein a affrété un jet privé pour qu’il puisse rendre hommage à un rabbin décédé en 1994, (le prestigieux cabbaliste Menachem Mendel Schneerson). Quand on regarde qui l’a mis au pouvoir, les priorités de Milei sont « sensées ». À mesure que le gouvernement américain perd en compétence, on peut s’attendre à ce que des groupes de banquiers et du Chabad Loubavitch prennent de plus en plus de décisions politiques exécutives majeures sans se soucier d’interlocuteurs comme Biden, afin de maintenir l’empire de Washington quelque peu boiteux.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »
– Keiko, Londres
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– Olivia, Paris
