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Vijay Pradash – Elle a été brutalement tuée avant de pouvoir écrire son histoire pour le monde

Elle a été brutalement tuée avant de pouvoir écrire son histoire pour le monde par Vijay Pradash

À la suite du meurtre d’une jeune femme médecin à Calcutta, les travailleurs de la santé, les syndicats médicaux et les mouvements de femmes se sont mobilisés dans tout le pays pour dénoncer la violence sexiste endémique et les conditions de travail dangereuses.
Le 8 août 2024, une médecin de 31 ans du RG Kar Medical College de Calcutta (Bengale occidental, Inde) a terminé son service de 36 heures à l’hôpital, a dîné avec ses collègues et s’est rendue dans la salle de séminaire du collège pour se reposer avant son prochain service. Le lendemain, peu de temps après avoir été portée disparue, elle a été retrouvée dans une salle de séminaire, son corps sans vie présentant tous les signes d’une terrible violence. Étant donné que la loi indienne interdit de révéler les noms des victimes de crimes sexuels, son nom n’apparaîtra pas dans ce bulletin.
L’histoire de ce jeune médecin n’est pas un incident isolé : toutes les quinze minutes, une femme en Inde signale un viol. En 2022, au moins 31 000 viols ont été signalés, soit une augmentation de 12 % par rapport à 2020. Ces statistiques sous-représentent largement l’ampleur des crimes sexuels, dont beaucoup ne sont pas signalés par crainte de sanctions sociales et d’incrédulité patriarcale. En 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié une étude approfondie sur la violence à l’égard des femmes à l’aide de données provenant de 161 pays entre 2000 et 2018, qui a montré que près d’une femme sur trois, soit 30 %, « a été victime de violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou d’un non-partenaire, ou des deux ». Ce à quoi ce jeune médecin a été confronté était une version extrême d’un événement outrageusement banal.
Peu de temps après la découverte de son corps, le directeur du RG Kar College, le Dr Sandip Ghosh, a révélé le nom de la victime et l’a blâmée pour ce qui s’était passé. Les autorités de l’hôpital ont informé les parents de la jeune médecin qu’elle s’était suicidée. Ils ont attendu des heures que les autorités autorisent une autopsie, qui a été faite à la hâte. « C’était ma fille unique », a déclaré sa mère. « J’ai travaillé dur pour qu’elle devienne médecin. Et maintenant, elle n’est plus là ». La police a encerclé la maison familiale et n’a permis à personne de les rencontrer, et le gouvernement a fait pression sur la famille pour qu’elle incinère rapidement son corps et a organisé tout le processus de crémation. Ils voulaient que la vérité disparaisse. Ce n’est que parce que des militants de la Fédération de la jeunesse démocratique de l’Inde (DYFI) ont bloqué l’ambulance que la famille a pu voir le corps.
Le 10 août, le lendemain de la découverte du corps du jeune médecin, le DYFI, la Fédération des étudiants de l’Inde (SFI), le Parti communiste de l’Inde (marxiste) et d’autres organisations ont organisé des manifestations dans tout le Bengale occidental pour obtenir justice. Ces protestations se sont rapidement développées, avec du personnel médical à travers l’État, puis à travers l’Inde, se tenant devant leur lieu de travail avec des pancartes exprimant leur colère politique. Le mouvement des femmes, qui a connu des manifestations massives en 2012 après le viol collectif et le meurtre d’une jeune femme à Delhi, est de nouveau descendu dans la rue. Le nombre de jeunes femmes qui ont participé à ces manifestations reflète l’ampleur de la violence sexuelle dans la société indienne, et leurs discours et affiches étaient saturés de tristesse et de colère. « Reconquérez la nuit », des dizaines de milliers de femmes ont crié des manifestations dans tout le Bengale occidental le 14 août, jour de l’indépendance de l’Inde.

L’aspect le plus remarquable de ce mouvement de protestation a été la mobilisation des syndicats médicaux et des médecins. Le 12 août, la Fédération des associations de médecins résidents (FORDA), à laquelle le médecin assassiné était affilié, a appelé tous les médecins à suspendre les services médicaux non urgents. Le lendemain, les médecins des hôpitaux publics de toute l’Inde ont enfilé leur blouse blanche et se sont exécutés. Le chef de l’Association médicale indienne, le Dr RV Asokan, a rencontré le ministre de la Santé de l’Union, JP Nadda, pour lui présenter 5 revendications :
- les hôpitaux doivent être des zones sûres ;
- Le gouvernement central doit adopter une loi protégeant les travailleurs de la santé ;
- la famille doit recevoir une indemnisation adéquate ;
- le gouvernement doit mener une enquête dans un délai limité ; et
- Les médecins résidents doivent avoir des conditions de travail décentes (et ne pas avoir à travailler 36 heures par jour).
L’OMS rapporte que jusqu’à 38 % des travailleurs de la santé subissent des violences physiques au cours de leur carrière, mais en Inde, les chiffres sont astronomiquement plus élevés. Par exemple, près de 75 % des médecins indiens déclarent avoir subi une forme de violence, tandis que plus de 80 % disent qu’ils sont trop stressés et 56 % ne dorment pas suffisamment. La plupart de ces médecins sont attaqués par les familles des patients qui estiment que leurs proches n’ont pas reçu de soins de santé adéquats. Les témoignages de femmes médecins lors des manifestations indiquent que les travailleuses de la santé sont régulièrement victimes de harcèlement sexuel et de violences non seulement de la part des patientes, mais aussi de la part d’autres employées de l’hôpital. La culture dangereuse qui règne dans ces établissements, selon beaucoup d’entre eux, est insupportable, comme en témoignent les taux élevés de suicide chez les infirmières et infirmiers qui sont commis en réponse à des formes de harcèlement sexuel et à d’autres formes de harcèlement – un problème grave qui a reçu peu d’attention. Une recherche en ligne à l’aide des mots-clés « infirmières », « Inde », « harcèlement sexuel » et « suicide » fait apparaître un nombre impressionnant de rapports de l’année écoulée. C’est pourquoi les médecins et les infirmières ont réagi avec tant de véhémence à la mort du jeune médecin du RG Kar.
Le 13 août, la Haute Cour de Calcutta a ordonné à la police de transmettre l’affaire au Bureau central d’enquête. Dans la nuit du 14 août, des vandales ont détruit une grande partie des biens du campus, attaqué des médecins qui tenaient une veillée nocturne, jeté des pierres sur la police à proximité et détruit des éléments de preuve qui restaient sur les lieux, y compris la salle de séminaire où le médecin a été retrouvé, suggérant une tentative de perturber toute enquête. En réponse à l’attaque, la FORDA reprit sa grève.
Plutôt que d’arrêter qui que ce soit sur place, les autorités ont accusé les dirigeants des manifestations pacifiques d’être les coupables, y compris les dirigeants du DYFI et du SFI qui avaient initié les premières manifestations. Le secrétaire du DYFI pour le Bengale occidental, Minakshi Mukherjee, était l’une des personnes convoquées par la police. « Les personnes qui sont liées au vandalisme d’un hôpital », a-t-elle dit, « ne peuvent pas être issues de la société civile. Qui protège donc ces gens ?
La police a également convoqué deux médecins, le Dr Subarna Goswami et le Dr Kunal Sarkar, au poste de police pour avoir diffusé des informations erronées sur le rapport d’autopsie. En fait, les deux sont de virulentes critiques du gouvernement de l’État, et la communauté des médecins a vu la convocation comme un acte d’intimidation et a marché avec eux jusqu’au poste de police.
Le gouvernement de l’État du Bengale occidental dirigé par la ministre en chef Mamata Banerjee du All India Trinamool Congress, un parti de centre-droit formé en 1998 et au pouvoir depuis 2011, suscite un mécontentement généralisé. Un exemple particulièrement frappant de la source de ce manque de confiance dans le gouvernement de l’État est sa décision de réembaucher à la hâte le Dr Ghosh après sa démission de RG Kar pour être le directeur du National Medical College de Kolkata. La Haute Cour de Calcutta a réprimandé le gouvernement pour cette décision et a exigé que le Dr Ghosh soit placé en congé prolongé pendant que l’enquête se poursuivait.

Le Dr Ghosh n’a pas seulement mal géré l’affaire du meurtre de ce jeune médecin, il est également accusé de fraude. Les accusations selon lesquelles le médecin assassiné allait publier davantage de preuves de la corruption du Dr Ghosh au collège se répandent maintenant à travers le pays, parallèlement aux allégations selon lesquelles des violences sexuelles et des meurtres étaient utilisés pour réduire au silence quelqu’un qui avait des preuves d’un autre crime. Il est peu probable que le gouvernement enquête sur ces accusations, étant donné la grande latitude accordée aux personnes puissantes.
Le gouvernement du Bengale occidental se définit par sa peur du peuple. Le 18 août, les deux équipes de football emblématiques de l’État, le Bengale oriental et Mohun Bagan, devaient jouer pour la Coupe Durand. Lorsqu’il est devenu clair que les supporters avaient l’intention de manifester depuis les tribunes, le gouvernement a annulé le match. Cela n’a pas empêché les fans des équipes de se joindre aux fans de la troisième équipe de football du Bengale occidental, Mohammedan Sporting, pour se mobiliser devant le stade Yuva Bharati pour protester contre l’annulation du match et le meurtre du jeune médecin. « Nous voulons que justice soit faite pour RG Kar », ont-ils dit. En réponse, ils ont été attaqués par la police.
Il y a de nombreuses années, le poète Subho Dasgupta a écrit le poème bien-aimé et puissant Ami sei meye (Je suis cette fille), qui pourrait très bien être la bande-son de ces luttes :
Je suis cette fille.
Celle que vous voyez tous les jours dans le bus, le train,la rue que vous voyez tous les jours
Le sari, le bout du front, les boucles d’oreilles et les chevilles
et rêvez d’en voir plus.
Vous me voyez dans vos rêves, comme vous le voulez.
Je suis cette fille.…
Je suis cette fille – de la baraque de Kamin Basti à Chai Bagan, en Assam, que vous voulez enlever au Sahibi Bungalow à minuit,
vous voulez voir son corps nu avec vos yeux enivrés par la lumière brûlante de la cheminée.
Je suis cette fille.…
Dans les moments difficiles, la famille compte sur moi.
Les médicaments de ma mère sont achetés avec mes frais de scolarité.
Mon revenu supplémentaire a permis d’acheter les livres de mon frère.
Tout mon corps était trempé d’une pluie battanteavec le ciel noir sur sa tête.
Je suis un parapluie.
La famille vit heureuse sous ma protection.…
Comme un feu
de forêt destructeur, je continuerai à avancer ! Et de part et d’autre de mon chemin, de nombreux corps sans tête, continueront à souffrir d’une
douleur terrible :
le corps de la civilisation, le corps du progrès, le corps de l’amélioration.
Le corps de la société.Peut-être que je suis la fille ! Peut-être! Peut-être…

Les peintures de ce bulletin sont toutes réalisées par des femmes nées au Bengale.
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Rene Naba-L’Algérie et le sommet du BRICS de Johannesburg 1/2

Le refus du BRICS d’admettre l’Algérie en son sein paraît devoir produire un électrochoc salutaire sur le pouvoir algérien à l’effet de le conduire à amplifier ses efforts en vue de diversifier et d’assainir son économie corrélativement à l’éradication de la corruption endémique qui afflige le pays.
Mais, en dépit de ce revers, fâcheux pour son image, l’Algérie a néanmoins clairement affiché son ancrage à l’EST dans le prolongement de la double visite du président Abdelmajid Tebboune en Russie et en Chine, les deux grands alliés d’Alger dans la guerre d’indépendance nationale, dans la décennie 1960, dont le premier est son principal pourvoyeur en armes et le second, son principal partenaire économique sur le flanc sud de l’Otan, faisant au passage faux bond à la France qui avait programmé sa visite officielle.
Le message adressé au Roi Mohamad VI du Maroc, le 30 juillet 2024, par le président Emmanuel Macron à l’occasion de l’anniversaire de son accession au trône chérifien, estimant que le plan d’autonomie du Maroc est la «seule base» pour régler le conflit du Sahara Occidental pourrait provoquer une crispation supplémentaire dans les relations entre Paris et Alger, en sus de la restitution par la France de ce que l’Algérie considère comme appartenant à son patrimoine historique, notamment le sabre de l’Émir Abdel Kader. Sans retard, Alger a annoncé, le jour même, le «retrait avec effet immédiat» de son ambassadeur en France, faisant valoir que le gouvernement français a fini par donner sa caution franche et catégorique au fait colonial imposé au Sahara Occidental».
Le premier sommet du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) sur le continent africain, à Johannesburg, l’été 2023, a été marqué par l’adhésion de six nouveaux membres, –Arabie saoudite, Iran, Émirats arabes unis, Égypte, Éthiopie et Argentine-, actant dans l’ordre symbolique la fin de l’unilatéralisme occidental tel qu’il s’est manifesté depuis l’implosion de l’Union soviétique, en 1989, et corrélativement, les nouveaux rapports de force sur la scène mondiale.
1 – Le veto de l’Inde et du Brésil à l’admission de l’Algérie au sein du BRICS
En intégrant six nouveaux membres, passant ainsi de cinq à onze membres, le BRICS représentera 46 % de la population de la planète et un peu plus du tiers du produit intérieur brut mondial. Il s’enrichit de pays du Moyen-Orient et de producteurs de pétrole, renforce notablement son pôle africain et compte les deux plus grands pays d’Amérique latine. Pour un groupe qui s’appuie déjà sur les deux pays d’Asie les plus peuplés du monde, c’est un changement d’échelle considérable.
L’intégration de deux pays africains –l’Égypte et l’Éthiopie, en conflit néanmoins à propos de la répartition des eaux du Nil, en plus de l’Afrique du sud, au sein des BRICS–, répond à une volonté des grandes puissances de ce groupe, à savoir la Russie, la Chine et l’Inde, de pousser à la création d’un monde multipolaire. Les membres fondateurs du BRICS veulent créer un pôle africain acquis à leur cause : Pretoria- Le Caire- Addis Abeba- en vue de constituer un poids lourd de développement économique intégré.
2- Un pôle latino-dans le prolongement du pôle africain
Le pôle africain sera prolongé par un pôle latino-américain avec la constitution, autour du duo Brésil-Argentine, un noyau qui regroupe ainsi les plus fortes économies du Cône sud de l’Amérique. Le Brésil et l’Argentine ont d’ailleurs décidé de régler leurs échanges, non plus en dollars, mais en monnaie locale
En prévision du sommet du BRICS en Afrique du sud, le président russe Vladimir Poutine a annoncé, lors du sommet Russie-Afrique de Saint Pétersbourg, le 28 juillet 2023, la suppression de 23 milliards de dette des pays africains et soutenu l’idée d’une présence accrue de l’Afrique au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
3- Les raisons économiques du véto de l’Inde et du Brésil à l’admission de l’Algérie
La candidature de l’Algérie n’a pas été retenue au cours du premier sommet du BRICS qui se tient sur le continent africain, en raison du double veto de l’Inde et du Brésil qui ont justifié leur opposition par les faibles performances économiques de l’Algérie.
L’Inde et le Brésil ont en effet jugé que le PIB de l’Algérie était insuffisant. Avec ses 3 500 $ par habitant, indexé uniquement sur les recettes d’hydrocarbures, il se trouve loin derrière des pays comme l’Argentine, qui possède un PIB par habitant de plus de 10 000 $.
Par ailleurs, les BRICS ont constaté de nombreuses lacunes dans la politique économique de l’Algérie: un déficit d’industrialisation et l’absence de plan de développement de ce secteur, et une absence de diversification économique.
Des exportations au point mort, et un nombre de créations d’emplois dérisoires. Une présence quasi inexistante sur la scène financière internationale, un système bancaire obsolète et un système fiscal archaïque.
Les BRICS reprochent également à l’Algérie de ne pas engager les réformes économiques et stratégiques pour relever les défis du 21ème siècle pour un développement durable et diversifié. L’Algérie est jugée trop dépendante des combustibles fossiles, et insuffisamment engagée dans la transition énergétique. L’absence de réelle politique de diversification la place en effet dans une situation de fragilité.
Avec un PIB de seulement 163 milliards de dollars indexé sur les recettes pétrolières et gazières, le pays se trouve à la merci d’un éventuel effondrement du prix des énergies fossiles, qui entraînerait automatiquement l’effondrement de son économie toute entière. En filigrane, ce problème endémique en Algérie «plombe» sérieusement son économie : la corruption, qui ne touche pas seulement les élites, mais l’ensemble des strates de la société.
L’Algérie n’est que la quatrième puissance économique africaine derrière le Nigéria, l’Égypte et l’Afrique du Sud. L’Algérie n’a pas été capable de «semer le pétrole».
Les ressources disponibles, d’un niveau considérable, ont surtout servi à financer d’importantes infrastructures, principalement à destination de la population, et à encourager différentes formes de consommation improductive.
En l’absence de toute diversification significative de l’économie au cours des dernières décennies, le «syndrome algérien» pourrait apparaître comme un véritable cas d’école: celui d’une économie largement arrosée pendant plus d’un demi-siècle par d’abondants revenus pétroliers et qui court le risque désormais de se retrouver face à un désert économique, une fois la rente épuisée. L’Algérie est en effet le premier pays pétrolier de la région MENA en situation de crise financière structurelle.
Le rôle prépondérant assumé dans l’expulsion d’Israël de l’Union Africaine confère cependant à ce pays, –le plus important par sa superficie tant au niveau du Monde arabe qu’en Afrique–, un poids diplomatique sans rapport avec ses performances économiques.
Le double veto de l’Inde et du Brésil a retenti dans les sphères dirigeantes algériennes comme un électrochoc salutaire à l’effet d’amplifier les efforts visant à l’assainissement économique du pays.
Ce groupement se propose de créer un monde multipolaire et de mettre un terme à six siècles d’hégémonie absolue occidentale sur le reste de la planète. A noter que pour la première guerre inter européenne du XXI me siècle, l’Ukraine, l’Afrique ne s’est pas considérée impliquée, contrairement aux deux Guerres Mondiales du XX me siècle où sa population a servi d’abondante «chair à canon» pour ses colonisateurs.
Qu’il est loin le temps où l’Occident se moquait des BRICS comme d’un papillon inefficace battant des ailes dans le vide d’un ordre mondial dominé par le G7. Mais l’”effet papillon” se fait sentir aujourd’hui dans la refonte de l’ordre mondial. Le sommet de Johannesburg, le premier du BRICS sur le continent africain, en porte témoignage.
4- Le Sahel : Le retrait de trois pays membres du G5 donne raison a posteriori à l’Algérie.
L’Algérie a paru retenir les leçons de la séquence dite du «printemps arabe», dans la décennie 2010, affichant clairement son opposition à toute intervention militaire au Niger, –dans la foulée du coup d’état ayant éjecté du pouvoir le président Mohamad Bazoum, un protégé de la France–, afin de se dégager, par anticipation, du nœud coulant dans lequel son rival marocain tente de l’enserrer, par son partenariat privilégié avec l’Espagne, d’une part, et son alliance stratégique avec Israël.
En 2010, l’intervention de l’Otan en Libye avait débouché sur l’installation de deux régimes islamistes sur les flancs de l’Algérie, avec l’intronisation du chef des groupements libyens afghans, Abdel Hakim Belhadj, à Tripoli, et du parti An Nahda de Rached Ghannouchi à Tunis.
L’Algérie dispose de près d’un millier de frontières communes avec le Niger. Elle redoutait que ce conflit interne ne devienne le théâtre d’une guerre par procuration entre puissances étrangères.
Le retrait de trois pays d’Afrique occidentale du G5 du Sahel a considérablement fragilisé la posture stratégique française dans la zone et donné raison a posteriori à l’Algérie sur ce point, qui considérait ce groupement comme une «force supplétive» de la France sur son flanc méridional. Les gouvernements de transition du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont en effet signé, le 16 septembre 2023, une charte établissant une alliance défensive, l’«Alliance des États du Sahel» (AES), prélude à ce qui pourrait constituer un «Front de refus» anti occidental dans l’Afrique Francophone. Les trois pays se proposent même de créer une «confédération», antidote à la balkanisation du continent africain.
En 2012, l’Armée française a débarqué au Mali pour lutter contre le terrorisme qui a submergé le septentrion malien, particulièrement les régions de Kidal, Gao et Tombouctou, du fait de la subversion initiée par Ansar Eddine, les pupilles du Qatar, à l’époque le grand allié du président post gaulliste Nicolas Sarkozy, désireux de jouer en Afrique occidentale, le pacificateur à la suite de ses déboires en Libye, à l’origine de la déstabilisation du Mali, au-delà du Sahel.
Dans un premier temps, la France a été le seul intervenant dans le cadre de l’opération Serval qui deviendra par la suite l’opération Barkhane. Dans la foulée, l’ONU a déployé sur le territoire malien les forces du Conseil de Sécurité appelées la Minusma (Mission des Nations Unies pour le Mali). Le G5 a pâti d’un handicap majeur, l’absence de l’Algérie, puissance militaire majeure de la zone, qui occupe de surcroît une position centrale de par son positionnement limitrophe du Mali, principal champ de la confrontation.
En l’absence d’une coopération avec Alger, l’efficacité du G5 est apparue d’autant plus aléatoire que l‘Algérie a une solide expérience de lutte contre les terroristes acquises lors de la «décennie noire» (1990-2000) et que les premiers combattants djihadistes du Sahel proviennent d’Algérie.
De même, la conquête de Kidal, ville malienne du Nord, par l’armée malienne et les paramilitaires russes de Wagner, à l’automne 2023, a porté le coup de grâce à la France au Mali en ce que la Russie est l’alliée de l’Algérie depuis la guerre d’indépendance de ce pays, dans la décennie 1950-1960.
5 – La fuite en avant de la monarchie marocaine.
L’affichage diplomatique de l’Algérie a coïncidé avec le nouveau positionnement stratégique du Maroc. Amplifiant, en officialisant la relation israélo-marocaine amorcée clandestinement par son père Hassan II, le Roi Mohammad VI a poussé cette normalisation plus qu’aucun autre pays arabe. Il paraît donc engagé dans ce qui apparaît comme une fuite en avant, sur fond de guerre de succession entre son fils, le prince héritier Hassan, et son frère le Prince Rachid, dans un sérail en déconnexion avec les réalités du terrain.
Sur la relation clandestine israélo-marocaine, cf ce lien
Malade, souvent absent du pays, Mohamad VI paraît soucieux de consolider la défense de son Royaume par une alliance stratégique avec Israël, la puissance militaire majeure de la zone. Mais la reconnaissance par Israël de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental justifie-t-elle autant de prosternation devant un gouvernement xénophobe suprématiste, représentant la frange la plus radicale de la droite ?
Nonobstant le lourd contentieux algéro-marocain, Alger a néanmoins surmonté ses récriminations envers son voisin offrant son aide lors du séisme qui a frappé le Royaume en septembre 2023. Une offre que le trône a refusé de même que celle de la France, préférant l’aide israélienne, en ce que la relation israélo-marocaine ne ressortit pas de l’ordre des relations inter étatiques traditionnelles, mais comportent leur zone d’ombre.
Au-delà du scandale Pegasus, –le système d’espionnage mené par le Maroc à l’aide d’un logiciel israélien, notamment à l’encontre du président français Emmanuel Macron–, le Maroc passe en effet pour être un refuge pour la mafia israélienne. Le royaume aurait accueilli plusieurs anciens membres de la mafia israélienne, selon le quotidien israélien Haaretz, en date du vendredi 14 septembre 2012.
Gabriel Ben-Harush et Shalom Domrani, deux figures puissantes de la mafia israélienne, recherchées depuis des années par l’Interpol, figuraient parmi les noms cités par le journal.
Pour aller plus loin :
Certes, l’ancien partenaire de l’OTAN au sein du Safari Club, et corrélativement l’ancien chef de file de la contre révolution sur le théâtre africain avec l’axe Rabat-Abidjan-Kinshasa, face à l’axe Algérie-Ghana-Guinée-Mali, peut compter sur le soutien de ses traditionnels alliés occidentaux.
Mais ce partenariat intervient à contrecourant, voire en contretemps, de l’évolution des rapports de force de la zone, alors qu’Israël, gouvernée par une frange suprématiste pratiquant un sociocide systématique du peuple palestinien, est agitée par une guerre intestine et que la superpuissance américaine absorbée par sa guerre contre la Russie par Ukraine interposée ne paraît plus si omnipotente que cela, voire même en phase de reflux dans le Monde arabe et en Afrique.
«Déluge Al Aqsa», l’attaque combinée des formations combattantes palestiniennes contre Israël, le 7 octobre 2024, sous la conduite du Hamas, en propulsant le mouvement islamiste palestinien au rang de représentant effectif du peuple palestinien et défenseur de la Mosquée Al Aqsa, a constitué un camouflet majeur pour le Roi du Maroc, en sa qualité de «président du Comité Al Qods».
Signe d’un fort embarras, le silence tonitruant qu’il a observé durant les 55 jours de combat de la bataille de Gaza, tranchant avec les manifestations de solidarité du peuple marocain avec la Palestine.
Mohamad VI n’a rompu le silence que 29 Novembre 2023, à l’occasion de la journée de solidarité internationale avec le peuple palestinien -coïncidant avec la résolution proclamant le plan de partage de la Palestine en deux états, le 29 Novembre 1947, alors que la trêve était instaurée à Gaza. Le Roi a déploré les violations du droit humanitaire international, invitant la communauté international à dépasser ses divisions afin de dégager une solution durable par la création d’un état palestinien. A aucun moment, le Roi n’a nommément mis en cause Israël.
Dans ce contexte, la coopération sécuritaire et militaire entre Israël et le Maroc constitue, à n’en pas douter, une prime au bellicisme israélien et une prime à la répression de la population palestinienne, en négation du rôle traditionnellement assumé par le Maroc à l’égard de la Palestine… de la réhabilitation de la Mosquée d’Al Aqsa, après son incendie par un israélien, à la présidence du comité Al Qods.
Le plus ancien allié arabe d’Israël, scellé lors du sommet arabe de Casablanca en 1964 et la complicité israélienne dans l’enlèvement et la disparition du chef charismatique de l’opposition marocaine Mehdi Ben Barka, bien avant le traité de paix égypto-israélien en 1979, s’est contenté d’un service minimum, alors que de par ses excellentes relations avec Israël et leur protecteur commun, les Etats Unis, le souverain aurait plus s’activer davantage pour réfréner la furie destructrice israélienne.
Le pari de Mohamad VI paraît audacieux. S’il réussit, il passera dans l’histoire comme un génie politique de premier plan, ayant assuré de surcroît la pérennité et de son Royaume et de sa dynastie. Un pari d’autant plus aléatoire que la nouvelle orientation de la diplomatie marocaine se heurte à une vive opposition interne d’une population majoritairement farouchement nationaliste et pro palestinienne hostile à toute normalisation avec l’Etat Hébreu.
Le désamour qui frappe le parti islamiste marocain “le Parti de la Justice et du Développement”, dont un responsable présidait le conseil des ministres signataire des accords de normalisation israélo-marocains, de même que les importantes manifestations de soutien au peuple palestinien qui se sont déroulés dans les principales villes marocaines, lors de l’opération de la destruction de Gaza, à l’automne 2023, en portent témoignage.
Estimée à 3. 000 personnes, la communauté juive marocaine demeure la principale communauté juive d’Afrique du Nord, alors que quelque 700 000 Israéliens sont d’ascendance marocaine et ont gardé une forte attache avec leur pays d’origine.
Investisseurs et touristes israéliens venus après la normalisation des relations entre le Maroc et Israël se sont volatilisés tandis que les manifestations pro-palestiniennes ont pris de l’ampleur et que le bureau de liaison israélien à Rabat a été évacué.
Sur la problématique du judaïsme marocain, cf, ce lien
De surcroît, la tournure défavorable aux Occidentaux prise depuis 2020 dans le pré carré africain de la France, (Mali, Burkina Faso, Guinée, Niger) pourrait compliquer singulièrement le jeu marocain en dépit de la coopération sécuritaire israélo-marocaine et l’aménagement d’une base israélienne sur son territoire.
Le Sahara occidental et les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont les deux points fixes, immuables, -une fixation ?- du Roi, son horizon indépassable qu’il lui importe de récupérer fusse aux prix de graves reniements, dont le scandale Pegasus, l’espionnage à grande échelle des grands de ce monde en aura été la dérive pathologique.
Le Maroc qui a abrité le premier sommet islamique de l’époque contemporaine, en 1969, dans la foulée de l’incendie de la Mosquée d’Al AQSA, ainsi que deux sommets arabes, –le sommet de Casablanca, en 1964, et le sommet de Rabat, en 1974–, qui a conféré à l’OLP dans la foulée de la guerre d’octobre, l’exclusivité de la représentativité du peuple palestinien à l’Organisation de la Libération de la Palestine (OLP)–, paraît désormais en repli de la vie diplomatique arabe et africaine, prélude à une éclipse durable comparable à celle qui a frappé à la suite de son traité de paix avec Israël, l’Egypte, jadis chef de file du Monde arabe désormais un pale comparse.
Hassan II, un diplomate retors, ne se serait pas livré à pareille opération. Son successeur, Mohamad VI, ne paraît pas habité de la même habileté manœuvrière.
6- «Déluge Al Aqsa» a transformé le Maroc en «momie diplomatique».
L’attaque palestinienne contre Israël, le 7 octobre 2023, a placé en porte à faux les pays arabes ayant officialisé leurs relations jusque-là clandestine avec Israël, particulièrement le Maroc en ce que l’opération des combattants islamistes palestiniens avait pour nom de code «Déluge Al Aqsa», par référence à la Mosquée Al Aqsa de Jérusalem, intronisant de ce fait le Hamas et comme le véritable représentant du peuple palestinien et comme le défenseur de ce 3me haut lieu saint de l’Islam, portant désaveu du souverain chérifien en sa qualité de «Président du Comité Al Qods».
Mutique tout au long de cette séquence, Mohamad VI est apparu comme faisant office d’une momie diplomatique, sans la moindre initiative autre que celle, dérisoire au regard des enjeux, de l’interruption des liaisons aériennes commerciales Rabat Tel Aviv.
Se placer sous la protection d’Israël qui n’a pu protéger son propre espace national, peut se révéler un choix aléatoire, voire même contre productif à terme d’autant que «Déluge Al Aqsa» pourrait avoir pour deuxième conséquence de mettre à mal la politique de saucissonnage de la question palestinienne.
Un saucissonnage matérialisée par les accords d’Abraham, l’officialisation des relations entre l’État Hébreu et les pays arabes périphériques, les pétromonarchies (Bahreïn, Emirats Arabes Unis) de même que le Maroc et le Soudan. Des «normalisateurs» désormais en délicatesse avec leur opinion publique.
7- Le jugement comparatif de Gilles Perrault, auteur de l’ouvrage «Notre ami Le Roi» sur les deux derniers souverains du Maroc :
«Hassan II était une personnalité complexe. De Gaulle disait de lui: «Il est inutilement cruel.» C’est une formule d’homme d’État parce que ça signifie qu’on peut être inutilement cruel. Et c’est vrai qu’il l’était. Mais il était un véritable chef d’État. Il aimait le pouvoir. Il aimait aussi l’argent ; mais il aimait surtout le pouvoir. M6, lui, aime d’abord l’argent. Il aime le pouvoir parce que ça facilite surtout ses affaires, mais c’est secondaire pour lui. Ce n’est pas un homme d’État. Il n’a pas rempli le costume de roi du Maroc. Sous Hassan II, les journalistes disparaissaient. Sous M6, ce sont les journaux.
L’échec du pari royal pourrait mettre en péril non seulement la survie politique du Roi, mais également la pérennité de la dynastie alaouite et vraisemblablement du Royaume en tant que système du gouvernement du Maroc.
Illustration
Créateur : JAMES OATWAY | Crédits : REUTERS
René Naba
Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l’Association d’amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Editorialiste Radio Galère 88.4 FM Marseille Emissions Harragas, tous les jeudis 16-16H30, émission briseuse de tabous. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.
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Jonathan Cook- On ne peut vouloir modérer un État génocidaire tout en le gavant avec des armes


Les gouvernements occidentaux n’isoleront jamais Israël et ne le sanctionneront pas non plus. La machine de guerre continuera à tourner jusqu’à ce que nous l’arrêtions ou que sa folie criminelle nous explose à la figure.Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles Gaza a disparu du radar des médias occidentaux depuis des mois, alors même que l’enclave se transforme en une zone de plus en plus meurtrière.
L’une d’entre elles est que, près d’un an après le début de ce que la Cour internationale considère comme un «génocide plausible», dont l’accès a été interdit aux journalistes occidentaux par Israël, pendant qu’il assassinait la plupart des journalistes palestiniens et chassait les organisations d’aide internationale et les Nations unies, il n’y a plus personne pour nous expliquer ce qui se passe.
Nous ne disposons que de rares images des souffrances individuelles qui ne permettent pas d’avoir d’une vue d’ensemble. Combien de Palestiniens sont morts ? Nous savons qu’au moins 40 000 ont été tués par Israël – il s’agit des décès enregistrés par les responsables palestiniens avant l’effondrement du système de santé. Mais combien y en a-t-il vraiment ? 2 fois plus ? 4 fois plus ? 10 fois plus ? Personne ne le sait.
Qu’en est-il de la famine qui sévit à Gaza depuis des mois, parce qu’Israël interdit l’entrée de l’aide à l’enclave, conformément à sa promesse d’octobre dernier de priver les Palestiniens de nourriture, d’eau et d’électricité ?
Le procureur général de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a demandé des mandats d’arrêt contre Netanyahou et son ministre de la Défense, Yoav Gallant, car affamer volontairement Gaza est un crime contre l’humanité.
Mais l’interminable famine est présentée en Occident comme un crime presque sans victime. Où sont les morts de cette famine ? Ils ne sont certainement pas sur nos écrans de télévision ou sur les Unes de nos journaux.
Le nombre réel de morts ne sera probablement jamais communiqué, tout comme il ne l’a pas été après les bains de sang de l’Occident au Moyen-Orient, en Afghanistan, en Irak et en Libye. Les politiciens occidentaux n’ont aucun intérêt à connaître la vérité, et les médias occidentaux n’ont aucun intérêt à la faire connaître.
La prétendue «démocratie» est une coquille vide
Les nouvelles en provenance de Gaza sont activement enterrées pour une autre raison. Le génocide israélien continue d’être la preuve tangible et choquante que les capitales occidentales ne sont pas les bastions de la démocratie et les remparts contre la barbarie qu’elles prétendent être. Les hommes politiques occidentaux sont totalement complices du génocide – un fait qu’il est impossible de cacher à leurs opinions publiques. Le massacre aurait pu être arrêté à tout moment, si l’administration Biden l’avait voulu.
Les gens ordinaires ont clairement fait savoir qu’ils voulaient que le massacre cesse, ce qui explique pourquoi Biden est obligé de prétendre «travailler sans relâche» à un cessez-le-feu – un cessez-le-feu qu’il pourrait imposer quand il veut.
Israël dépend entièrement des largesses militaires, diplomatiques et financières des États-Unis, comme le montrent clairement les 50 000 T d’armes que l’administration Biden a expédiées à Israël depuis octobre dernier.
Mais la vérité est que les politiciens occidentaux ne se préoccupent plus de la volonté des populations. Ils ne rendent plus de comptes à leur électorat depuis des années, depuis que de puissants groupes d’intérêts ont mis la main sur les systèmes politiques occidentaux.
Des 10 aines de M de personnes sont descendues dans les rues d’Europe pour tenter d’empêcher l’invasion illégale de l’Irak par les États-Unis et la Grande-Bretagne en 2003, et cela n’a pas changé grand-chose. Pour Gaza, c’est encore pire. Ce n’est pas seulement que, comme auparavant, aucun dirigeant n’écoute le peuple. Ceux qui s’opposent au génocide israélien et à la complicité de l’Occident sont vilipendés. Les millions de personnes qui défilent contre le massacre sont réduites à des «dizaines de milliers», et sont qualifiées d’”antisémites”.
Les États occidentaux – et leur soi-disant «alliance défensive», l’OTAN – ne sont pas là pour servir l’intérêt public. Ils représentent désormais les intérêts d’une petite élite entrepreneuriale, et leur but est de faire ruisseler dans des mains privées les profits des guerres permanentes financées par des fonds publics.

Les profits des massacres
Les fabricants d’armes et les industries de haute technologie, dont les activités de surveillance en plein essor, ne sont pas les seuls à voir leurs actions s’envoler à la suite du massacre de Gaza et de l’Ukraine. Bloomberg a rapporté le mois dernier que les frappes aériennes israéliennes sur Gaza avaient transformé les maisons de 2,3 M de Palestiniens en 42 M de T de décombres. C’est assez pour remplir une file de camions à benne de New York à Singapour.
Ce ne sont pas les entreprises de Gaza qui récolteront les bénéfices de cette gigantesque opération de dévastation. Après 17 ans de blocus de l’enclave par Israël, il ne restait pratiquement plus rien du secteur industriel et commercial de Gaza avant l’actuelle campagne de destruction israélienne. Les bénéficiaires seront les entreprises occidentales. Si le «jour d’après» arrive un jour, ce seront les entreprises occidentales qui feront des offres pour reconstruire Gaza – et très probablement pas pour les habitants palestiniens actuels. Israël veut qu’ils meurent ou qu’ils soient ethniquement nettoyés du territoire. Une bande de Gaza rasée et vidée de sa population sera une tabula rasa. De nouvelles propriétés coûteuses en bord de mer pourront être vendues à de riches juifs israéliens. De nouvelles zones industrielles et de nouveaux ports permettront d’exporter facilement vers l’Europe et l’Afrique du Nord. Sans parler de l’exploitation du gaz naturel abondant au large des côtes de Gaza, que les entreprises occidentales lorgnent avec avidité depuis une 20 aine d’années.
Des prétextes pour réprimer
Les entreprises occidentales ne cessent de s’engraisser, pendant que les populations occidentales sont forcées de se serrer la ceinture.
Le nouveau 1° ministre britannique, Keir Starmer, qui a compris que sa propre survie politique dépendait de la poursuite de ce pillage de la richesse publique par les grosses multinationales, a entrepris de mettre les Britanniques au pas. Bien qu’il ait une majorité parlementaire massive, il n’a pas promis un meilleur avenir au public britannique. Bien au contraire, la semaine dernière, il a déclaré que «les choses sont pires que nous ne l’avions jamais imaginé». Il n’a pas expliqué pourquoi la situation était si mauvaise et s’est contenté de répéter les critiques habituelles contre le gouvernement précédent pour marquer des points politiques. Starmer a dit qu’il fallait «faire les choses différemment». Mais la différence qu’il a proposée était en fait d’intensifier l’austérité – la politique emblématique de ses prédécesseurs. Et, tout comme le programme de Starmer ne prévoit aucun changement sur le plan intérieur, il ne prévoit aucun changement en matière de politique étrangère. Les guerres sans fin se poursuivront. Le nouveau gouvernement britannique, comme l’ancien, continue de trouver des excuses pour continuer à vendre des armes à une armée israélienne qui les utilise pour massacrer des civils.
Le 2 septembre, le servile ministre des affaires étrangères, David Lammy, a fait semblant de s’opposer à Israël en annonçant qu’il suspendait 8 % de ces ventes après avoir été averti de leur utilisation possible dans les crimes de guerre israéliens. Il n’y a apparemment pas de problème à envoyer les 92% restants des contrats militaires, y compris les composants utilisés pour l’escadron israélien d’avions de guerre F-35, à un régime activement engagé dans un génocide. Pendant ce temps, le nouveau gouvernement, comme l’ancien, poursuit la politique de «concentration laser» des opportunités commerciales plus larges avec Israël.
Aux États-Unis, Kamala Harris, parachutée candidate démocrate à l’élection présidentielle en remplacement de Joe Biden, sans avoir obtenu un seul vote, est présentée par des médias complaisants comme la candidate de la «joie» – un message politique passe partout, aussi creux que le slogan tant célébré de l’ancien président Barack Obama, «l’espoir». La «joie» sert d’excuse à la répression. Les manifestants à l’extérieur de la Convention nationale du parti démocrate, qui a couronné Harris, ont protesté contre la complicité de Harris et de Biden dans le génocide de Gaza, qui dure depuis près d’un an. Mais ils n’ont bien sûr pas été autorisés à troubler l’ambiance «joyeuse» qui régnait à l’intérieur. Ils ont été expulsés manu militari par la police. Dans sa première interview depuis sa nomination, Harris a promis que les États-Unis continueraient à soutenir le génocide à Gaza, même si, comme cela semble tout à fait possible, cela la prive d’une poignée d’États clés en novembre et garantit l’élection de Donald Trump à la présidence.

Le joker de «l’antisémitisme»
Starmer et Harris sont tous 2, les fidèles créatures d’une bureaucratie auto-reproductrice qui a été capturée il y a longtemps par la machine de guerre de l’Occident, avide de profits. Son fils préféré est Israël, un État hautement militarisé – une excroissance coloniale de l’Occident – implanté dans un Moyen-Orient riche en pétrole comme un os coincé au fond de la gorge. Israël est là pour promouvoir un suprémacisme juif ouvertement belliqueux, reflet d’un suprémacisme occidental qui préfère aujourd’hui voiler ses ambitions impériales.
Très tôt, les bailleurs de fonds d’Israël ont bénéficié d’une couverture parfaite pour les crimes qu’ils ont commandités contre les natifs, les Palestiniens – une couverture, capable de s’adapter aux circonstances, pour justifier la posture guerrière permanente d’Israël dans la région. Dans le récit, entièrement centré sur lui-même, de l’Occident, la menace permanente de l’antisémitisme exigeait que les juifs aient leur propre État forteresse militarisé – une zone de peuplement moderne – comme rempart contre un futur Holocauste. Pour les capitales occidentales, il n’y a qu’un seul critère qui permet de prouver que les Occidentaux sont délivrés de leur ancienne haine des juifs : satisfaire tous les désirs militaires d’Israël.

Les Occidentaux qui ont armé Israël et l’ont aidé à expulser les Palestiniens en 1948 et en 1967, ceux qui ont fermé les yeux alors qu’il construisait le seul arsenal nucléaire de la région, ceux qui encourageaient ses guerres contre ses voisins et ceux qui faisaient pression pour saper le droit international pendant ces guerres criminelles, ont prouvé qu’ils n’étaient pas contaminés par le virus de la haine des juifs.
Ceux qui s’opposaient à l’impérialisme occidental et aux excès de son État client favori du Moyen-Orient, ceux qui défendaient les droits de l’homme et le droit international, pouvaient être ostracisés et accusés d’antisémitisme.
Cette formule bien rodée, aussi extraordinaire qu’elle puisse paraître, a perduré alors même qu’Israël a poursuivi le suprémacisme juif jusqu’à son aboutissement logique à Gaza : l’extermination de la population qui s’y trouve. Ceux qui soutiennent l’armement d’un pays génocidaire sont dans le bon camp. Ceux qui s’y opposent sont des antisémites et des soutiens du terrorisme. Les journalistes indépendants et les militants de la solidarité avec les Palestiniens sont aujourd’hui intimidés et harcelés grâce aux lois antiterroristes draconiennes en Grande-Bretagne. Les plateformes de médias sociaux censurent les messages qui critiquent Israël, confinant l’opposition au génocide à de petits cercles en ligne.
Les universités commencent à rédiger de nouvelles règles pour que les sionistes – ceux qui souscrivent à l’idéologie politique extrémiste d’Israël – bénéficient des mêmes protections que les hispaniques ou les noirs. L’objectif est d’interdire toute expression de solidarité avec les Palestiniens sur les campus en l’assimilant à du racisme, et d’empêcher le retour des grandes manifestations qui ont balayé les universités américaines au printemps et à l’été.
Inversion de la réalité
De plus, l’Establishment occidental réprime toute tentative d’expliquer les causes du génocide israélien. Il supprime même la terminologie nécessaire pour pouvoir le faire. Le sionisme est une idéologie née il y a plusieurs siècles, ancrée dans un fondamentalisme chrétien antisémite qui exigeait le «retour» forcé des juifs d’Europe en Terre sainte. De cette manière, une prétendue prophétie biblique s’accomplirait, amenant une fin des temps dans laquelle seuls les chrétiens trouveraient la rédemption. Il y a un peu plus d’un siècle, le sionisme a commencé à faire son chemin dans la pensée d’une petite élite juive européenne, qui voyait dans l’antisémitisme chrétien une voie vers la création d’un État juif qu’elle pourrait diriger avec l’aide de l’Occident. Les sionistes chrétiens antisémites voulaient que les juifs quittent l’Europe et soient ghettoïsés en Terre sainte, tout comme la nouvelle génération de sionistes juifs. Theodor Herzl, le père du sionisme juif, a parfaitement compris cette confluence d’intérêts lorsqu’il a écrit dans son Journal : «Les antisémites deviendront nos amis les plus sûrs, les pays antisémites nos alliés».
Pour comprendre comment et pourquoi Israël commet un génocide à Gaza, et pourquoi l’Occident le permet, il est essentiel d’analyser le rôle historique joué par le sionisme et la manière dont l’antisémitisme a été instrumentalisé au fil des décennies pour servir de couverture parfaite à la dépossession, et maintenant à l’extermination, du peuple palestinien.
C’est précisément la raison pour laquelle, sur la voie du pouvoir, Starmer, le nouveau 1° ministre britannique, a été un des premiers à faire l’amalgame entre l’antisionisme – l’opposition au sionisme – et l’antisémitisme. La machine de guerre entrepreneuriale exige de tous ceux qu’elle autorise à s’approcher des centres de pouvoir, qu’ils s’engagent à entretenir cette inversion de la réalité : ceux qui soutiennent la guerre sont les gentils, et ceux qui s’opposent au génocide sont des antisémites.
En essayant de rétablir la vérité, le prédécesseur de Starmer, Jeremy Corbyn, s’est condamné à des calomnies et des persécutions sans fin. Aujourd’hui, ceux qui tentent – face à un génocide – de rester objectifs et humains se retrouvent pareillement vilipendés.

Un génocide par procuration
Tel est le contexte caché dans lequel il convient de replacer les développements de plus en plus dangereux engendrés par le génocide de Gaza. Les dirigeants politiques et militaires israéliens sont divisés sur la direction à prendre.
Certains sont prêts, après avoir dévasté Gaza, à conclure un accord sur les captifs israéliens restants, à se retirer quelque peu et à laisser le reste du génocide se dérouler progressivement. Aluf Benn, rédacteur en chef du vénérable journal israélien Haaretz, a récemment exposé le plan qui se dessine pour le «jour d’après». Israël divisera Gaza en 2 territoires, l’un au nord et l’autre au sud, le long du corridor de Netzarim, et réduira à la famine les habitants du Nord qui refuseront de partir. Le Nord de Gaza sera occupé par des juifs, attirés par «sa topographie favorable, sa vue sur la mer et sa proximité avec le centre d’Israël».
Le Sud de Gaza, rempli de réfugiés démunis, sans abri et souvent mutilés, privés de logements, d’écoles et d’hôpitaux, sera laissé à l’abandon sous un siège israélien encore plus féroce qu’avant le 7 octobre. On s’attend à ce que les médias perdent le peu d’intérêt qu’ils ont encore pour le sort des Palestiniens. Benn évite de mentionner ce qui se passera ensuite. La population de l’enclave sera confrontée à un hiver long, froid et humide, sans électricité ni installations sanitaires. La famine s’aggravera, les épidémies se propageront. Un génocide par procuration…
À moins que les États voisins, et plus particulièrement l’Égypte, ne soient soumis à un chantage et n’acceptent finalement de se rendre complices du nettoyage ethnique de Gaza.
C’est le point de vue d’une grande partie du commandement militaire, exprimé par le ministre de la Défense, Gallant, qui aurait eu «une violente altercation» avec Netanyahou pendant la réunion de cabinet du 30 août, au sujet des mesures prises par le 1° ministre pour entraver la conclusion d’un accord avec le Hamas sur les captifs et les prisonniers.

C’est également ce qui a motivé les grandes manifestations dans les villes israéliennes cette semaine et l’appel à la grève générale lancé par le principal syndicat, après que 6 otages ont été ramenés morts de Gaza.
Une pierre, deux coups
La question est de savoir si le gouvernement de Netanyahou peut être persuadé de s’en tenir à ce génocide «minimaliste». Impatiente d’achever le massacre de Gaza et consciente qu’Israël est déjà un État paria aux yeux des États non occidentaux et, de plus en plus, des opinions publiques occidentales, l’extrême droite du gouvernement Netanyahou accélère le pas. Elle a décidé de bloquer indéfiniment un cessez-le-feu et d’utiliser le temps gagné pour étendre le génocide au territoire palestinien plus vaste et plus prisé, la Cisjordanie. C’est la façon israélienne de faire d’une pierre deux coups. C’est également le seul moyen pour Netanyahou de maintenir sa coalition d’extrême droite et d’exploiter son rôle de «chef de guerre» pour repousser son rendez-vous avec la justice pour son procès pour corruption qui n’en finit pas.
Les attaques à grande échelle de la semaine dernière contre les principales villes de Cisjordanie, au cours desquelles les responsables israéliens ont ordonné à la population de se tenir prête à fuir certaines zones juste avant de les attaquer, sont un avant-goût de ce qui est prévu.
Le génocide de Gaza n’ayant pas provoqué la moindre réaction négative de la part des capitales occidentales, la droite israélienne est de plus en plus convaincue que le même modèle peut s’appliquer à la Cisjordanie. Le ministre des Affaires étrangères, Israël Katz, a indiqué qu’ils traiteraient la Cisjordanie «exactement comme nous traitons l’infrastructure terroriste à Gaza, y compris l’évacuation temporaire des civils palestiniens». En réponse, un fonctionnaire américain a indiqué que Washington était prêt à soutenir l’extension à la Cisjordanie de la guerre génocidaire contre le peuple palestinien : «Nous reconnaissons que des ordres d’évacuation localisés peuvent être nécessaires dans certains cas pour protéger la vie des civils au cours de délicates opérations de lutte contre le terrorisme». Le sentiment d’urgence des dirigeants israéliens vient d’être encore accentué par la récente décision de la Cour mondiale selon laquelle l’occupation par Israël des territoires palestiniens est illégale et constitue un régime d’apartheid. Le saccage de la Cisjordanie ne peut être justifié indéfiniment par l’excuse de déjouer une «menace terroriste soutenue par l’Iran». Le soutien des États-Unis ne fera que s’accentuer si Trump gagne en novembre. S’il parvient à mettre fin à la guerre par procuration de l’OTAN en Ukraine, les ressources militaires consacrées à ce pays pourront être redirigées vers Israël.
La pyromanie israélienne
Netanyahou et ses alliés comprennent que leur solution au «problème palestinien» risque de provoquer une conflagration régionale, raison pour laquelle ils ont besoin d’entraîner les États-Unis plus profondément dans le bourbier. Ils ont dans leur manche de multiples provocations potentielles susceptibles de pousser Washington à neutraliser un «axe de résistance» régional qui constitue un obstacle à l’hégémonie militaire d’Israël dans la région. Itamar Ben Gvir, le ministre fasciste en charge de la police, cherche à allumer une allumette sous Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée. Ses milices policières assurent la protection des fascistes juifs qui pénètrent sur l’esplanade des mosquées pour y prier. Le 26 août, Ben Gvir a intensifié son incitation en appelant publiquement, pour la 1° fois, à la construction d’une synagogue à l’intérieur d’Al-Aqsa.
Mais la véritable cible est l’Iran et les groupes qui lui sont alliés. Netanyahou, le pyromane, s’est livré à une série d’assassinats destinées à humilier Téhéran, le principal sponsor de la résistance, et ses alliés du Hezbollah au Liban, tout en rendant impossibles les négociations visant à mettre fin à l’effusion de sang à Gaza.
En avril, Israël a frappé le consulat d’Iran à Damas, tuant 16 personnes. Le 31 juillet, il a assassiné le responsable politique et négociateur en chef du Hamas, Ismail Haniyeh, pendant son séjour à Téhéran. Le jour précédent, Israël avait tué Fuad Shukr, un commandant militaire du Hezbollah, lors d’une attaque contre la capitale libanaise, Beyrouth.

Une frontière en ébullition
Netanyahou connaissait les conséquences inévitables. Yahya Sinwar, le chef militaire du Hamas, beaucoup moins prêt au compromis, a comblé le vide laissé au sein du groupe par l’exécution de Haniyeh. Le Hezbollah et l’Iran ont des raisons encore plus grandes de lancer des opérations de représailles contre Israël, qui pourraient rapidement dégénérer en une guerre totale. Les avions de guerre israéliens ont bombardé plus de 40 sites au Liban, tandis que le Hezbollah a lancé plus de 300 roquettes et drones sur des sites militaires en Israël. La frontière nord d’Israël est en ébullition depuis des mois.
De hauts responsables politiques israéliens réclament bruyamment que l’armée israélienne détruise le Sud-Liban et le réoccupe. En juin, Israël aurait approuvé un plan de guerre au Liban. L’envoyé américain au Liban aurait déclaré au Hezbollah que Washington «ne pourra pas retenir Israël». Le New York Times a fait état d’une recrudescence du recrutement de Palestiniens au Liban par les brigades armées du Hamas, ce qui ajoute un autre élément imprévisible à la situation. Et par un enchaînement d’actions-réactions favorable à Israël, plus il provoque l’Iran, plus il crée une excuse pour répéter la formule du génocide de Gaza en Cisjordanie, en bombardant ses villes et en chassant sa population.
Le ministre des Affaires étrangères, Katz, expose précisément cette thèse dans des articles en anglais destinés à des publics occidentaux, en accusant l’Iran de faire passer des armes en contrebande en Cisjordanie via la Jordanie. Il affirme que Téhéran «travaille à l’établissement d’un front terroriste oriental contre Israël par l’intermédiaire d’unités spéciales du CGRI [Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran], impliquées dans la contrebande d’armes, le financement et la direction d’organisations terroristes».
Les hommes politiques et les médias occidentaux n’admettront jamais qu’Israël se livre à un génocide à Gaza. S’ils le faisaient, le voile des illusions entretenues pendant des décennies sur Israël – conçu pour dissimuler la complicité de l’Occident dans les crimes israéliens – se déchirerait. En commettant un génocide, un État franchit un seuil inacceptable. Personne ne peut croire qu’on peut parvenir à le modérer en l’armant toujours davantage. Personne ne peut davantage croire qu’il soit possible de le raisonner et de l’amener à faire la paix. Ce qu’il faut, c’est l’isoler sur la scène internationale et le sanctionner.
Rien n’indique que les dirigeants occidentaux soient disposés à le faire pour une raison très simple : ils n’en ont pas les moyens. Ils continueront donc à alimenter la machine de guerre jusqu’à ce que nous les arrêtions ou que cet engrenage infernal nous explose à la figure.
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Caitlin Johnstone-C’est le parti Trump contre le parti Cheney

C’est le parti Trump contre le parti Cheney par Caitlin Johnstone
L’un des êtres vivants les plus maléfiques de la planète, Dick « Dark Vador » Cheney, a officiellement soutenu Kamala Harris pour la présidence . Sa fille, Liz Cheney, a également soutenu Harris .
« Dans les 248 ans d’histoire de notre pays, il n’y a jamais eu d’individu qui ait représenté une plus grande menace pour notre république que Donald Trump », a déclaré l’ancien vice-président dans un communiqué , ajoutant : « En tant que citoyens, nous avons tous le devoir de placer le pays au-dessus de la partisanerie pour défendre notre Constitution. C’est pourquoi je voterai pour la vice-présidente Kamala Harris. »
Cheney était l’un des signataires de la charte du célèbre groupe de réflexion néoconservateur Project for the New American Century (Projet pour un nouveau siècle américain) et, en tant que vice-président, il a joué un rôle majeur dans la montée en puissance du bellicisme, du militarisme et de l’autoritarisme de l’administration de George W. Bush, dont la plus célèbre est l’invasion de l’Irak. Il a le sang de millions de personnes sur les mains et il devrait passer le reste de sa misérable vie dans une cage.
Sa fille Liz est une belliciste tout aussi sanguinaire qui a passé sa carrière à réclamer des massacres militaires de masse à chaque occasion. Après le début de l’offensive israélienne contre Gaza l’année dernière, elle est intervenue sur CNN pour déclarer que tous les décès survenus lors de l’attaque étaient « de la responsabilité du Hamas », que les manifestations contre les actions d’Israël étaient de nature « antisémite » et que les États-Unis devraient intensifier leurs attaques contre l’Iran et les Houthis en raison de leur position d’opposition à Israël.

Les Cheneys rejoignent une liste croissante d’anciens bellicistes républicains qui migrent en masse vers le Parti démocrate pour soutenir Harris. Le mois dernier, des centaines de collaborateurs qui ont servi sous les républicains George W. Bush, John McCain et Mitt Romney ont signé une lettre de soutien à Harris, affirmant que « la réélection du président Trump serait un désastre pour notre nation ».
« À l’étranger, les mouvements démocratiques seront irrémédiablement compromis si Trump et son acolyte JD Vance s’inclinent devant des dictateurs comme Vladimir Poutine tout en tournant le dos à nos alliés », écrit le groupe, ajoutant : « Nous ne pouvons pas laisser cela se produire. »
Il convient de noter ici que contrairement aux récits diffusés dans les médias grand public démocrates et républicains, Donald Trump a en réalité passé tout son mandat à intensifier les agressions contre la Russie et a contribué à ouvrir la voie à la guerre en Ukraine . Il a également promu de nombreux programmes de guerre de longue date contre les ennemis officiels de l’empire américain comme l’Iran, la Syrie et le Venezuela. Mais même la folle attitude belliciste de Trump ne suffit pas à ces monstres.
En juin 2022, l’auteure Sarah Kendzior a fait les prédictions suivantes sur le podcast Gaslit Nation :
« Je vais conclure avec un avertissement : il existe un nouveau plan pour notre système bipartite déjà brisé. Le plan consiste à avoir deux partis. Le premier, un parti MAGA complètement fou dirigé par Trump ou DeSantis qui va bulldozer vos droits. Le second sera un parti d’extrême droite « respectable » dirigé par Liz Cheney qui va également bulldozer vos droits. Ils appelleront le parti de Cheney les Démocrates et prétendront qu’une capitulation rampante face à un programme de droite est une sorte d’acte de guérison du bipartisme. »
…
« Quand j’ai évoqué cette possibilité sur Twitter, quelqu’un m’a écrit : « Liz Cheney ne va pas devenir démocrate. » Et j’ai répondu : « Je suis d’accord. Les démocrates deviennent des Cheney. »

C’est plus ou moins ce qui semble se produire, et cela a en fait commencé il y a plusieurs années. Pendant la campagne de Trump en 2016, un groupe de bellicistes néoconservateurs a cessé de défendre George W. Bush en tant que saint et de dénoncer Obama en tant qu’ami des ayatollahs, pour se tourner vers Hillary Clinton . Après la victoire de Trump, cette coalition entre démocrates et néoconservateurs de l’ère Bush s’est encore renforcée avec la création de nouveaux projets de think tanks démocrates dirigés par des néoconservateurs qui pillent l’Irak comme Bill Kristol.
Nous voyons donc aujourd’hui deux partis oligarchiques bellicistes pousser la fenêtre d’opinion acceptable d’Overton aussi loin que possible vers l’impérialisme, le militarisme et la tyrannie, sous la direction de certaines des pires personnes au monde. Ce faisant, ils s’assurent que ces questions ne soient jamais soumises au vote et que les élections portent toujours sur des questions auxquelles les puissants sont complètement indifférents, comme l’avortement et les droits des transgenres.
Les progressistes qui réclament des soins de santé et un cessez-le-feu à Gaza sont écartés et ignorés tandis que des alliances sont conclues avec les impérialistes les plus sanguinaires du monde. Les choses ont été poussées si loin vers la droite que cette élection est désormais une confrontation entre le parti Trump et le parti Cheney, et quel que soit le vainqueur, c’est l’empire qui gagne.
Il y aura probablement beaucoup de bruit autour de la fraude électorale après l’annonce des résultats en novembre, le perdant déclarant que les résultats sont le résultat d’une ingérence russe ou d’une manipulation des votes par l’État profond, selon qui est ce perdant. Mais n’oubliez pas ceci : la pire fraude électorale se produit au grand jour, pour s’assurer que les oligarques et les dirigeants de l’empire soient satisfaits de l’un ou l’autre résultat.
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الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد 88، بتاريخ 7 من أيلول/سبتمبر 2024

متابعات، نشرة أسبوعية – العدد 88، بتاريخ 7 من أيلول/سبتمبر 2024 : الطاهر المعز
يتضمن العدد الثّامن والثمانون من نشرة "متابعات" الأسبوعية فقرة عن ذكرى مجازر أيلول/سبتمبر في الأردن، وفقرة عن تشجيع قادة وإعلام "الغرب" ارتكاب عمليات الإبادة ضد الشعب الفلسطيني، مع ادّعاء صفة الدّيمقراطية واحترام حقوق الإنسان، وفقرة عن نفاق حُكّام تركيا بشأن فلسطين وفقرة عن الإحتجاجات في نيجيريا ضد الفساد وارتفاع الأسعار (إثر إلغاء الدّعم) وفقرة عن تداعيات حرب أوكرانيا في إفريقيا، وفقرة عن الوضع في النيجر، خلال الأسبوع الأول من آب/أغسطس 2024، وفقرة عن المخاطر الإقتصادية الأوروبية بفعل تَوَسُّع نطاق الحرب في المشرق العربي وفقرة عن اضطراب الإقتصاد الأمريكي وفقرة عن الإنخفاض البطيء – لكنه مُستمر – لمكانة الدّولار في المبادلات التجارية والمالية العالمية، مقابل الإرتفاع البطيء لحصة العملة الصينية (اليُوَان) وفقرة عن الحرب التجارية والتكنولوجية، بين الولايات المتحدة والإتحاد الأوروبي من جهة والصين من جهة أخرى.
إجْرام أو اغتيال «حضاري»؟
اغتال الكيان الصهيوني إسماعيل هنية -وهو ليس ضحيته الأولى- ويهدد علناً باغتيال خليفته يحيى السنوار، علماً أنه على رأس قائمة الاغتيالات منذ 7 تشرين الأول/أكتوبر 2023، ولو كان بوسع كيان الإحتلال قَتْله لكان قد قتله قبل أن يغتال إسماعيل هنية، وقال رئيس أركان الجيش الصهيوني هرتسي هاليفي: « سنسعى للعثور عليه واغتياله… إن صِفَتَهُ الجديدة لن تمنعنا من ملاحقته واغتياله، بل على العكس ستدفعنا للقيام بذلك في أسرع وقت ممكن ». … أما وزير الخارجية الصهيوني يسرائيل كاتس – الذي من المفترض أن يستخدم لغة الدبلوماسيين وليس لغة المجرمين القتلة – فقد دعا إلى “تصفية سريعة” ليحيى السنوار، وكتب على منصة X « إن تعيين الإرهابي يحيى السنوار رئيساً لحركة حماس، خلفاً لإسماعيل هنية، هو سبب إضافي لتصفيته ومحو هذا التنظيم الخسيس من على الخارطة »…
تناقلت هذه التعليقات وكالات الأنباء ووسائل الإعلام « الغربية »، وأيّدت حكومات « ديمقراطية » تدعي أنها تمثل « دولة القانون »، أي دولة المؤسسات الديمقراطية، هذه التهديدات بالإغتيال و »الإعدام خارج إطار القضاء » (بِلُغَة منظمات حقوق الإنسان) ويتهم قادة مجموعة السّبع وحلف شمال الأطلسي والإتحاد الأوروبي حُكّامَ روسيا أو الصين أو كوبا أو سوريا بعدم احترام « قواعد الديمقراطية » وحقوق الإنسان، وفي الواقع، فإن الدول الأعضاء في حلف شمال الأطلسي والاتحاد الأوروبي أو مجموعة السبع هي « دول مارقة »، تُمارس الإجرام وتُمَجِّدُهُ وتَحثُّ على ارتكاب المجازر وعمليات الإبادة…
تركيا – نفاق باسم الدّين
لم يتّخذ نظام حُكْم الإخوان المُسلمين في تركيا أي خطوات عَمَلِيّة ضدّ الكيان الصّهيوني رغم التّصريحات « العَنْتَرِيّة » للرّئيس التُّرْكي ورغم مناهضة الرأي العام – بما فيها قواعد حزب العدالة والتنمية الحاكم – للكيان الصهيوني، لكن وجب التّذكير دائمًا بأن تركيا عضو مُهم في حلف شمال الأطلسي، الانتقادات التي يُوجّهها الرئيس التّركي – من حين لآخر – إلى الكيان الصّهيوني، ويُبَرِّرُ هذا الإنتماء العسكري والإيديولوجي (إلى حلف شمال الأطلسي) استمرار العلاقات الدّبلوماسية والتجارية والسياسية ويُبَرِّرُ الإلتفاف على قرار تعليق التجارة الذي أعلن عنه أردوغان، ولا يزال الموقف الرسمي لتركيا أقل دعمًا للشعب الفلسطيني من موقف وممارسات الدّول ذات الأغلبية « غير المُسْلِمَة »، مثل جنوب أفريقيا ونيكاراغوا وكولومبيا وإسبانيا (وإسبانيا عضو في حلف شمال الأطلسي)…
استمرّت صادرات تركيا إلى الكيان الصهيوني – رغم الإعلانات الكاذبة – عبر دول ثالثة أحيانًا كاليونان وقبرص، وفق موقع صحيفة « قرار » التي جمعت البيانات الرسمية للتجارة الخارجية التي تُظْهِرُ استمرار تصدير المواد الكيماوية والبارود والفولاذ والإسمنت ومنتجات المكعبات الخرسانية والأسلاك والزُّجاج المُقاوم للرّصاص، بقيمة تفوق أربعة مليارات دولارا سنويا…
نيجيريا:
تَوَسَّعَ نطاق الاحتجاجات في نيجيريا، أكبر اقتصاد إفريقي وأول دولة منتجة للمحروقات في إفريقيا، بعنوان « نهاية الحُكْم السيء »، بداية من أول آب/أغسطس 2021، إلى معظم أنحاء البلاد، ضد اتساع الفجوة الطّبقية وفساد الحكومة وارتفاع أسعار الغذاء والأدْوِية والمواد الأساسية وارتفاع نسبة التّضخّم إلى نحو 35%، وأدّى ارتفاع الأسعار إلى انتشار الجُوع في هذا البلد المنتج للنفط والغاز، وقَرّر الإئتلاف المُنظِّم لهذه الإحتجاجات استمرارها لفترة عشرة أيام، وأوردت وسائل الإعلام المحلية أخبارًا وصُوَرًا عن إطلاق الرّصاص من قِبَل الشّرطة وقتل حوالي عشرين متظاهرًا واعتقال ما لا يقل عن سبعمائة متظاهر، خلال الأسبوع الأول من الإحتجاجات التي شَلّت الحركة في معظم الولايات، وتراجعت الحكومة فأقرّت الحكومة زيادة الحد الأدنى للأجور من 30 ألف نيرة (ما يعادل 18 دولارًا) إلى 70 ألف نيرة (ما يعادل 43 دولارًا)، وفق الرئيس بولا أحمد تينوبو الذي افتخر بخفض النفقات العامة وأعلن ضرورة إنهاء الدعم الحكومي للوقود والغذاء والرّعاية الصّحّيّة الذي سوف يرفع عدد الفقراء بإضافة سبع ملايين فقير جديد، بينما يعيش 63% من السكان تحت خط « الفقر متعدد الأبعاد » ويُتوقّع أن يرتفع عدد الفقراء ونسبة البطالة لتبلغ 40,6% من القادرين على العمل بنهاية سنة 2024…
تُشكّل نيجيريا (220 مليون نسمة) محور مجموعة دول غرب أفريقيا (إيكواس) التي أقرّت حصار مالي والنيجر وبوركينا فاسو، وهي من الأعضاء النّشطين بمنظمة الدول المصدرة للنفط (أوبك ) ولذلك تُراقب الدّول المُصَدِّرة وكذلك المُستَهْلِكة للمحروقات ما يحدث في نيجيريا، مخافةَ أن تُؤَدِّيَ الإحتجاجات إلى إسقاط الحكومة (التي يدعمها صندوق النّقد الدّولي وما وراءه من قوى امبريالية) وإضْعاف مجموعة « إيكواس » المُوالية للإمبريالية، خصوصًا بعد خروج مالي والنيجر وبوركينا فاسو وإنشاء تحالف دول الساحل…
النيجر
بعد الإطاحة بالرئيس محمد بازوم يوم 26 تموز/يوليو 2023، حاصرت القوى الإمبريالية (خصوصًا الفرنسية) السلطات العسكرية الجديدة وفرضت حصارًا – بواسطة المجموعة الإقتصادية لغربي إفريقيا « إيكواس » – على مالي والنيجر وبوركينا فاسو، ولذلك طلبت سلطات الدّول الثلاث خروج القوى الأجنبية (الفرنسية والأمريكية بشكل خاص) التي كانت تدْعَمُ الإرهاب بذريعة محاربته، وأدّت إحدى الهجمات الإرهبية، سنة 2023، إلى قتل حوالي عشرين جندي من جيش النّيجر، واستخدمت الولايات المتحدة جنودًا وعناصر مليشيات اليمين المتطرف من أوكرانيا لمحاربة جيش النّيجر الذي أعلنت حكومته قطع العلاقات الدّبلوماسية مع أوكرانيا بعد إقرار مسؤول أوكراني رفيع ضلوع بلاده في دعم جماعات إرهابية مسلحة تحارب الأنظمة القائمة في مالي والنيجر، وكان الجيش الأمريكي متواجدًا في قاعدَتَيْن ( حوالي 1200 عسكري وفق البيانات الرسمية) إحداهما قاعدة ضخمة للطائرات الآلية، وساند شعب النيجر قرار الحكومة التي تُحاول السيطرة على ثرواتها من النفط واليورانيوم الذي تستغله شركة « أورانو » الفرنسية، آريفا سابقًا…
جبهة إفريقية لحرب أوكرانيا؟
بالغت وسائل الإعلام بدول حلف شمال الأطلسي في الحديث عن « مبادرة الحبوب من أوكرانيا » المتمثلة في « إمداد » ( مجانًا أم بمقابل ؟) عشر دول آسيوية وإفريقية بالمنتجات الزراعية، في إطار تنمية العلاقات مع الدول الأفريقية (مالاوي وزامبيا وجزيرة موريشيوس، ضمن مُخطّط أمريكي لخفض تأثير روسيا والصّين في إفريقيا، بعد رَفْض العديد من الدّول إدانة روسيا في الأمم المتحدة، وخصوصًا منذ تغيير أنظمة الحكم في مالي والنيجر وبوركينا فاسو، حيث تم قطع العلاقات مع أوكرانيا لأنها تدعم المجموعات الإرهابية، نيابة عن الولايات المتحدة وفرنسا، وتريد أوكرانيا تحويل زامبيا إلى مركز إقليمي لإعادة توزيع صادرات الحبوب الأوكرانية إلى تسع دول أخرى، وتعهدت الولايات المتحدة وبعض الدّول الأوروبية بالإستثمار لتطوير البنى التحتية لإنشاء ممرات تربط زامبيا بإفريقيا الجنوبية وأنغولا وجمهورية الكونغو الديمقراطية، مُقابل شروط سياسية تتمثل في دعم « صيغة السلام التي تطرحها أوكرانيا في الأزمة مع روسيا » و « دعم الجهود الدولية لاستعادة سلام عادل في أوكرانيا والعالم وتنسيق العمل في المنظمات الدّوْلية »، بينما تواجه أوكرانيا اتهامات بتجويع شُعُوب إفريقيا مما سبّب أزمة غذاء في مالاوي، فضلا عن دعم المنظمات الإرهابية المُسلحة في منطقة الصّحراء الكبرى، وفتح جبهة ضد روسيا في قارة إفريقيا…
أوروبا، حسابات الرّبح والخسارة
تُشارك الدّول الإمبريالية في العدوان على الشعب الفلسطيني وفي المجازر والإبادة الجماعية بالدّعم الإيديولوجي والسياسي والدّبلوماسي والإعلامي والإستخباراتي وبالتمويل والتّسليح، ورَفَضَ قادة هذه الدّول تنفيذ القضاء الدّوْلي الذي أدان جرائم الصهاينة، وصَفّقَ إعلام وقادة هذه الدّول لعمليات الإغتيال « خارج إطار القضاء » بين طهران وبيروت، مرورًا بغزة والحُدَيْدَة ودمشق، ولكنهم يرفضون تحَمُّلَ نتائج مشاركتهم في العدوان وعبّر جميعهم عن مخاوفهم من توسّع الحرب التي قد تُلْحِقُ أضرارًا بمصالح شركاتهم العابرة للقارات أو قد تُعطّل تدفُّق المحروقات التي يتم نقلها عبر بحر العرب والبحر الأبيض المتوسط، لأن الدّول النفطية العربية ( إحدى عشر دولة) تُنتج نحو 27,3% من النفط العالمي وتُصدّر 17,1 مليون برميل و4,6 مليون برميل من مشتقات النفط، يوميا، وتنتج 14,3% من الغاز الطّبيعي العالمي وتُصدّر قرابة 200 مليار متر مكعب، وفق أرقام سنة 2022، التي نَشَرَتْها منظمة الدول العربية المصدرة للنفط، وقد ترتفع أسعار الطّاقة في حال توسّع الحرب لتشمل المنطقة الواقعة بين إيران ولبنان، ردًّا على القصف والإغتيالات والإستفزازات الصهيونية المتكررة، بدعم أمريكي وأوروبي، كما يُهدّد توسيع رُقعة الحرب استثمارات أوروبا في المنطقة، البالغة 37,4 مليار دولارا واستثمارات أمريكا الشمالية بحوالي سبعة مليارات دولارا، وفق بيانات المؤسسة العربية لضمان الاستثمار ( 2023) وَقَدَّرَ تقرير صندوق النقد العربي لسنة 2022 قيمة المستوردات العربية بما يزيد عن 810 مليارات دولار، منها حوالي 180 مليار دولار من دول الاتحاد الأوروبي، ونحو 86,3 مليار دولار من الولايات المتحدة وحوالي 272,4 مليار دولار من دول آسيا…
أمريكا – اقتصاد مُعْتَلّ
أدّت احتمالات الرّكود، بناءً على البيانات المَنْشُورة، إلى انخفاض مُؤشّرات ناسداك بنسبة 4% وستاندرد آند بورز 500 بنسبة 3% وداو جونز بنسبة 2,6% وانخفاض قيمة أسهم شركة أبل وانخفضت أسهم شركات التكنولوجيا بنسبة 4,8%، بعد أن خفضت بيركشاير حصتها إلى النصف، يوم الإثنين 05 آب/أغسطس 2024، ويعكس هذا الإنخفاض مخاوف ركود الإقتصاد الأمريكي ( ضُعْف التَّوْظِيف وتَقَلُّص النشاط الصناعي الذي يُؤَثِّرُ على الأسواق العالمية (باعتبار الولايات المتحدة قاطرة المنظومة الرأسمالية العالمية)، فيما أَبْقَى مصرف الاحتياطي الفيدرالي على أسعار الفائدة ثابتة، وقَلَّلَ رئيسه من مخاوف الرُّكُود، ما اعتبره بعض خبراء الإقتصاد خَطَأً. أما المُضاربون فيقترضون الأموال من اقتصادات ذات أسعار فائدة منخفضة مثل اليابان أو سويسرا لتمويل رهاناتهم في أصول مرتفعة العائد في أماكن أخرى، للإلتفاف على تباطؤ الأسواق العالمية خلال السنوات الخمس الأخيرة، وفق وكالة رويترز (06 آب/أغسطس 2024)
انحدار بطيء للدّولار
أدّت القرارات الأمريكية الجائرة ( حصار اقتصاد المُنافسين والحَظْر و « العُقُوبات »…) إلى محاولة الدّول الأخرى التّخلُّص من الرّوابط المُقَيِّدَة التي تتحكّم بها الولايات المتحدة مثل الدّولار الذي تنخفض حصته بِبُطْءٍ من المعاملات التجارية والتحويلات النقدية الدّولية ومن احتياطيات العملة الأجنبية في المصارف المركزية لدُول مجموعة « بريكس » التي زاد وزنها في الإقتصاد العالمي، ونما نصيب المجموعة من 18% من الناتج الإجمالي العالمي سنة 2010 إلى 26% سنة 2021، ويُتوقّع أن ترتفع إلى 29% سنة 2024 بعد انضمام ست أعضاء جُدُد وفق بيانات البنك العالمي.
نشرت مجلة « نيوزويك » الأمريكية تقريريْن (آب/أغسطس 2023 و نيسان/ابريل 2024) عن رغبة بعض الدّول « التّخلِّي عن الدّولار، كإحدى التّأثيرات الجانبية للعقوبات الأمريكية »، وكانت روسيا قد أعلنت، بعد بداية الحرب في أوكرانيا « رَفْضَ التّعامل بعملات الدول غير الصديقة » ولئن انخفضت حصّة الدّولار، فإن هيمنته لا تزال مستمرة، واستحوذ الدولار على 48% من معاملات الدفع الدولية سنة 2023، فيما بلغت حصة اليورو نحو 23,2% وحصة اليوان الصيني 3,47%، وتدْرُسُ مجموعة بريكس إقْرار عملة احتياطية بديلة للدّولار، ونشرت منصة « أويل برس » تقريرًا أفاد إن أقل من 1% من المدفوعات الصينية الخارجية كانت تُسوى باليوان ( العُملة الصينية) سنة 2010، في حين كان 83% منها بالدولار، وأصبحت حِصّة الدولار واليوان متساوية، بنهاية الربع الأول من سنة 2023، و تجاوزت نسبة المدفوعات الصينية التي تُجرى باليوان 52,9% بنهاية الربع الأول من سنة 2024، وأصبحت العديد من الدّول، بما فيها العميلة للولايات المتحدة تُحاول تقليل التّعامل بالدّولار، بعد العُقُوبات المتتالية والإستيلاء على الأُصُول الرّوسية في الخارج، ولئن انخفضت حصّة الدّولار فإنه لا يزال يُهَيْمن على المبادلات وعلى حصة النقد الأجنبي في المصارف المركزية ولا تتجاوز حصة اليُوان الصيني 7% في سوق الصرف الأجنبي، ويُمثل الدولار نحو 88,5% من جميع معاملات الصرف الأجنبي سنة 2022.
شركة كوالكوم تدرس الاستحواذ على أجزاء من أعمال تصميم الرقائق الخاصة بشركة إنتل
تستكشف شركة كوالكوم إمكانية الاستحواذ على أجزاء من شركة إنتل – من بينها قِسْم تصميم أجهزة الكمبيوتر الشخصية – كما تتطلع إلى الإستحواذ على وحدات أخرى لشركة إنتل، في إطار مُخَطّطاتها لتحديث نشاطها في مجال التصميم لتعزيز محفظة منتجاتها، فيما تكافح شركة إنتل من أجل توفير السيولة من خلال التخلص من وحدات الأعمال وبيع أصول أخرى، بعد الخسائر التي مُنِيَت بها « إنتل » التي جعلت من فلسطين المحتلة ثاني أكبر مركز دولي لها بعد الولايات المتحدة، وتراكمت خسائها منذ عدوان السابع من تشرين الأول/اكتوبر 2023، وألغت مشروع بناء أضخم مصنع لها في فلسطين المحتلة بقيمة 25 مليار دولارا…
تأسست مجموعة إنتل قبل أربعة عُقُود، وهي أكبر شركة مصنعة لوحدات المعالجة المركزية وأشباه الموصلات في العالم، تُشغل أكثر من 130 ألف موظف وفَنِّي وعامل، واشتهرت بحملتها التسويقية « إنتل إنسايد »، وتصنع شرائح لأجهزة الكمبيوتر المحمولة وأجهزة سطح المكتب المستخدمة في الأجهزة في مختلف أنحاء العالم ( 65 دولة)، غير إن ثاني أكبر مركز بحث وتصنيع لها يقع في ضواحي تل أبيب في فلسطين المحتلة، وكانت تُخَطّط لِطَرْحِ أجهزة الكمبيوتر التي تعمل بالذكاء الاصطناعي، وتوليد المزيد من المبيعات بفعل دَفْعِ الزّبائن (المستهلكين ) إلى تحديث أجهزة الكمبيوتر، ولكن انخفضت إيرادات أجهزة الكمبيوتر الشخصية بنسبة 8% إلى 29,3 مليار دولار سنة 2023، وسط انخفاض عام في سوق أجهزة الكمبيوتر الشخصية، زيادة على التأثيرات الجانبية للعدوان الصهيوني، منذ تشرين الأول/اكتوبر 2023، وأعلنت شركة إنتل خلال شهر آب/أغسطس 2024، عن نتائج كارثية للربع الثاني من السنة، والتي تضمنت خفض عدد موظفيها بنسبة 15% وتوقف دفع الأرباح، ويحاول المسؤولون التنفيذيون الآن إيجاد السبل لمواصلة تمويل خطط التصنيع الخاصة بالشركة وتوليد النقد، مع إنكار الدّوْر السّلبي لدعم الشركة للكيان الصهيوني…
اختصت شركة إنتل في تصنيع أجزاء كبيرة من الرقائق، وأطلقت في بداية شهر أيلول/سبتمبر 2024، شريحة كمبيوتر جديدة تسمى (Lunar Lake)، والتي قال مسؤولوها التنفيذيون إنها تقدم أداءً متفوقًا لتطبيقات الذكاء الاصطناعي، في ظل أزمة غير مسبوقة، حيث يجتمع مجلس إدارة شركة إنتل خلال الأسبوع الثاني من شهر أيلول/سبتمبر 2024، لدراسة مُقترح المسؤولين التنفيذيين للشركة القاضي بتقليص عمليات التصنيع لتوفير السُيُولة، وتشمل الخيارات المحتملة بيع وحدة الرقائق القابلة للبرمجة التابعة لها.
أما شركة كوالكوم فهي شركة عابرة للقارات يقع مقرها في سان دييغو بكاليفورنيا، غير إن معظم إنتاجها يتم في منطقة آسيا والمحيط الهادئ، واختصّت في تصميم وتسويق أشباه الموصلات ومنتجات وخدمات الاتصالات اللاسلكية، وخصوصًا رقائق الهواتف « الذّكية »، ونقل البيانات في الأجهزة المحمولة، واستحوذت سنة 2023 على الشركة الصهيونية « أوتو توكس » المختصة في صناعة رقائق السيارات، وتبلغ قيمة شركة كوالكوم 184 مليار دولار، وحققت إيرادات إجمالية بلغت 35,82 مليار دولار خلال السنة المالية الماضية، وفق وكالة رويترز يوم الخامس من أيلول/سبتمبر 2024
الحرب التكنولوجية
انزعجت حُكومات الولايات المتحدة وأوروبا واليابان من تطور الصناعات الصينية في مجالات الطّاقات المتجدذدة (الألواح الشمسية) والإتصالات وصناعة الرقائق وصناعة بطاريات السيارات الكهربائية، وجابهت ذلك بمجموعة من الإجراءات الحمائية مثل حَظْر دخول الإنتاج التكنولوجي الصيني إلى أسواقها وإقرار رُسُوم جمركية مرتفعة ( وهي إجراءات مُناقضة – على المستوى النّظَرِي – لقوانين الرأسمالية)، ليُصبح الناطق باسم وزارة الخارجية الصينية يُدافع عن مبادئ الرأسمالية قائلا: « هذا يتعارض مع مبادئ اقتصاد السوق وقواعد التجارة الدولية، ويقوِّض التعاون الاقتصادي والتجاري بين الصين والاتحاد الأوروبي، فضلا عن استقرار إنتاج السيارات العالمية وسلاسل التوريد… »، ومع ذلك استحوذت صناعة السيارات الكهربائية الصينية على السُّوق الدّاخلية وعلى حصة كبيرة من السوق العالمية، وبَرَّرت الولايات المتحدة ( زيادة من 25% إلى 100% ) وكندا ودول الإتحاد الأوروبي زيادة التعريفات الجمركية ( لترتفع من 10% إلى نحو 38% في بلدان الإتحاد الأوروبي) « بضرورة حماية صناعة السيارات الكهربائية من إغراق الصين للأسواق الغربية »، وفْقًا لوكالة بلومبيرغ ( 10 آب/أغسطس 2024) التي علّل تقريرها نجاح صناعة السيارات الكهربائية في الصين بامتلاكها الرؤية الإستراتيجية التي مَكّنتها من التنافس مع العلامات التجارية الأجنبية في مجال تكنولوجيات الطاقات الجديدة وقَدّرت وكالة بلومبرغ حجم الدّعم الحكومي الصِّيني لقطاع السيارات الكهربائية بما لا يقل عن 231 مليار دولار بين سنتَيْ 2009 و 2023، وتهدف الحكومة الصينية تحقيق الاكتفاء الذاتي في مجال التكنولوجيا…
تُعَدُّ صناعة السيارات الكهربائية جُزْءًا من حرب تجارية وتكنولوجية انطلقت منذ حوالي 15 سنة ( خلال فترة رئاسة باراك أوباما بالولايات المتحدة) وخلاف واسع بين الصين وأوروبا وأمريكا الشمالية، بشأن عدد من القطاعات، من بينها توربينات الرياح أو الألواح الشمسية والبطاريات وشرائح الكمبيوتر والهواتف الإلكترونية، وتتمثل « الرّؤية الإستراتيجية » الصينية، التي أكّد عليها تقرير وكالة بلومبرغ، في الإستثمار المُبَكِّر في تكنولوجيا البطاريات، كمفتاح لتطوير قطاع السيارات الكهربائية التي تخصصت فيها، وتفوقت على اليابان وألمانيا، لتصبح سنة 2023 أكبر مصدِّر للسيارات في العالم، بفضل جودة السيارات وأسعارها التنافُسِيّة وبذلك ارتفعت حصة السيارات الكهربائية الصينية من أقل من 2 % من سوق السيارات الكهربائية الأوروبية بنهاية 2021 إلى قرابة 8% بنهاية سنة 2023.
تتّهم دول الإتحاد الأوروبي والولايات المتحدة الصّين بدعم شركاتها، فيما ضخّت هذه الحكومات مئات المليارات من الدّولار واليورو في الشركات والمصارف، خصوصًا خلال أزمة 2008/2009 وخلال انتشار وباء كوفيد-19، فضلا عن الحوافز والإعفاء من الضرائب والدّعم المباشر لشركات ضخمة مثل شركات صناعة الطائرات بوينغ في الولايات المتحدة وإيرباص في أوروبا…
الطاهر المعز
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Thierry Meyssan- Révolution colorée au Bangladesh


Après avoir organisé le renversement d’Imran Khan au Pakistan, les États-Unis sont parvenus à renverser Sheikh Hasina au Bangladesh. Un 3° changement de régime serait en préparation dans la région.
Washington, chef du «monde libre», ne change pas : au mépris de la volonté des peuples, il leur impose des dirigeants.Sheik Hasina, qui depuis 15 ans dirigeait le Bangladesh et était célébrée comme une championne de la démocratie, a été subitement renversée par la foule, le 4 août. Elle est accusée par le nouveau gouvernement d’avoir transformé son régime en dictature. Effectivement, les élections législatives du 7 janvier 2024 lui ont donné un parlement obéissant car elles ont été boycottées par l’opposition et les manifestations de juillet-août ont été réprimées de manière sanglante, faisant au moins 250 morts, peut-être 650.
Comme toujours, les apparences sont trompeuses et les raccourcis médiatiques de pures intoxications. Le 24 mai 2023, le département d’État US a interdit d’accès au territoire des États-Unis à certains dirigeants bengalais afin, disait-il, de les contraindre à organiser des élections libres et équitables.
1° anomalie : ingérences de la Commission européenne et du département d’État US
Le 6 janvier, veille des élections générales boycottées par l’opposition, Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, avait mis en cause les ingérences de la Commission européenne et du département d’État US dans l’organisation de ces élections. Selon le Washington Post, Bharat serait intervenu auprès du département d’État pour que le changement de régime au Bengladesh se fasse en douceur.
On sait que l’International Republican Institute (IRI) et le National Democratic Institute (NDI) se sont largement investis dans la préparation de ses élections. Ces organismes, liés à la CIA, ont même reçu plusieurs millions de la National Endowment for Democracy (NED) pour cela.
La Cour suprême bengalie a restauré le système des quotas dans la fonction publique, en juin. Ceux-ci sont réservés aux vétérans de la guerre d’indépendance (1971) et à leurs descendants, ce qui favorise les membres de la Ligue Awami au pouvoir qui a fait la guerre d’indépendance. De jeunes diplômés se retrouvent sans perspective d’emploi. Une grève pacifique est organisée par des syndicats étudiants. Elle est interrompue durant les fêtes musulmanes (Aïd).
Après les élections de janvier 2024, un diplomate états-unien avait mis en garde Sheikh Hasina : si elle n’acceptait pas de céder une partie du territoire du Bengale, de créer un État chrétien à cheval sur le Myanmar et d’installer une base militaire aérienne étrangère sur l’île Saint-Martin, elle serait renversée. Le 24 mai 2024, 2 semaines avant le début du mouvement contre elle, Sheikh Hasina avait rassemblé les dirigeants des 14 partis politiques de sa coalition pour les avertir de ce complot. En vain.
2° anomalie : opérations de destruction des symboles du Bangladesh
Dès le début de la grève, en juin, des individus ont attaqué et vandalisé les monuments à la gloire du fondateur de la nation, Sheikh Mujibur Rahman (assassiné en 1975). Or, personne ne critiquait cette gloire nationale. Il se trouve que celui-ci n’est pas seulement le père de la nation (Bangabandhu), mais aussi celui de la conseillère principale (1° ministre), Sheikh Hasina. C’est exactement ce que l’on avait vu au début de la guerre en Syrie (2011) : des individus non identifiés avaient saccagé les statues d’Hafez el-Assad (1930-2000), que pourtant, personne dans son pays ne contestait. Il s’agissait non pas de mettre en cause son héritage, mais de détruire des symboles de l’État de manière à délégitimer son fils et successeur, Bachar el-Assad.
Les médias internationaux n’ont pas attaché d’importance à ces actions contre les monuments publics. Ils étaient, selon toute vraisemblance, perpétrés par des membres du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP). Cette formation, fut créée par Ziaur Rahman, président du Bangladesh de 1977 à 1981, date de son assassinat. Elle est favorable aux islamistes, tandis que la Ligue Awami est laïque. Toute l’histoire du demi-siècle d’existence du Bangladesh est une lutte entre islamistes et laïques. La présidente du BNP et ancienne conseillère principale (1991-1996 et 2001-2006), Khaleda Zia, est aujourd’hui en prison pour détournement de fonds. Son fils, Tarique Rahman, poursuit son combat depuis Londres (capitale de l’ancien empire des Indes dont le Bangladesh est issu) où il vit en exil.
Depuis mai 2023, le BNP a engagé Hunter Biden (fils du président états-unien) via la société Blue Star Strategies. L’accord précise qu’Hunter Biden touchera, en plus des frais de lobbying, 100 millions de dollars lorsque le BNP reviendra au pouvoir.
Les islamistes sont représentés par la Jamaat-e-Islami, fondée par Sayyid Abul Ala Maududi et Saïd Ramadan, représentant la Confrérie égyptienne des Frères musulmans. Ils militent contre l’État bengalais et pour le rattachement au Pakistan.
Le 10 juillet, une marche de protestation se heurte à des manifestants de la Ligue Awami. Le 19 juillet, les manifestants attaquent un centre de détention, libèrent les prisonniers et l’incendient. Les émeutes qui suivent font plus d’une centaine de morts. Le 4 août, de nouvelles émeutes font 97 morts supplémentaires. La conseillère principale, Sheikh Hasina, démissionne après 650 morts en 2 mois et s’enfuit en Inde avec un hélicoptère militaire.
3° anomalie : un régime pacifique devient soudainement meurtrier
Sheikh Hasina n’avait jamais fait tirer sur la foule. Pourquoi, soudainement, a-t-elle répandu ce flot de sang ? Nous retrouvons ici la méthode mise au point par les États-Unis durant les guerres de Yougoslavie et que je les ai vus appliquer en Libye et en Syrie : des tireurs d’élite placés sur les toits blessent ou tuent à la fois des policiers et des manifestants de sorte que chacun considère l’autre comme un ennemi.

Le 6 août, Mohammad Shahabuddin, président de la République, dissout le Parlement et nomme Muhammad Yunus conseiller principal intérimaire (1° ministre) du Bangladesh pour diriger le gouvernement après des discussions avec l’armée et le mouvement.
4° anomalie : un outsider devient conseiller principal
Par un heureux hasard, Muhammad Yunus avait annoncé en juin son intention de revenir en politique et de gouverner le Bangladesh. Il en va toujours ainsi dans les révolutions colorées : le gagnant n’est jamais celui qu’on croit.
L’économiste de 83 ans, Muhammad Yunus (prix Nobel de la Paix 2006 pour sa pratique des micro-crédits) était entré en conflit avec Sheikh Hasina qui contestait l’action de sa banque de micro-crédits. Il avait transféré 100 millions de dollars de subventions de divers pays à une entreprise familiale pour éviter de payer des impôts et facturait des taux d’intérêt élevés pour les femmes pauvres de 21 à 37%.
Yunus est un ami personnel des Clinton et un donateur majeur de la Clinton Global Initiative (CGI). Les Clinton ont menacé Sheikh Hasina de s’opposer à un prêt d’1 milliard 2 00 000 dollars de la Banque mondiale si le Bangladesh poursuivait Muhammad Yunus. Faute de ce prêt, la construction du pont ferroviaire sur le fleuve Padma a été interrompue. Des journaux, financés par les États-Unis, ont prétendument révélé des rétro-commissions versées par l’entreprise de construction canadienne du pont à Sheikh Hasina. Celle-ci a crié son innocence et accusé Muhammad Yunus d’avoir ourdi ce complot. Il avait alors été défendu par l’ancien président de la Banque mondiale et membre du comité directeur du groupe Bilderberg, James Wolfensohn. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, est venu sur place en vue de procéder à des inculpations. Cependant il n’y a pas eu de poursuites bengalaises contre Muhammad Yunus et un tribunal canadien a établi qu’il n’y avait pas de malversation dans la construction du Pont de Padma.
Dès sa nomination, Muhammad Yunus s’est auto-attribué 25 ministères. Il a déclaré lors de sa 1° conférence de presse : «J’ai pris les rênes d’un pays qui, à bien des égards, était un véritable gâchis. Dans ses efforts pour rester au pouvoir, la dictature (sic) de Sheikh Hasina a détruit toutes les institutions du pays. Le système judiciaire a été brisé. Les droits démocratiques ont été supprimés par une répression brutale qui a duré 10 ans 1/2».

UN PEU D’ HISTOIRE, DE GEOGRAPHIE ET D’ ECONOMIE. (Laure Lemaire)
Les frontières de la région qui constitue aujourd’hui le Bangladesh résultent de la partition des Indes en 1947, quand le pays devint la partie orientale du Dominion du Pakistan, devenu en 1956 la république islamique du Pakistan. Le lien entre les 2 parties du Pakistan, fondé sur leur religion majoritaire commune, l’islam, s’est révélé fragile face aux 1 600 km qui les séparaient.
Les Bengalis du Pakistan oriental déclarent l’indépendance en 1971, appuyés par l’Inde et l’URSS. Un conflit d’une grande violence s’ensuit, faisant entre 3 00 000 et 3 M de morts, 10 M de réfugiés et au moins 200 000 viols avérés. Malgré sa libération, le Bangladesh voit son développement marqué par des troubles politiques, avec 14 chefs de gouvernement et au moins 4 coups d’État dans les années qui suivent.
Géographiquement, l’essentiel du Bangladesh est occupé par le delta du Gange avec une superficie totale de 105 000 km2. C’est une plaine fertile mais sujette aux cyclones tropicaux et inondations des moussons. En 2020, la population est estimée à 167 885 680 habitants.
Avant 1971, le pays avait une minorité hindoue de près de 25 %. Selon les estimations officielles, 137 millions de personnes sont musulmanes, soit 89,7 % de la population dont 96 % sont sunnites, 3 % sont chiites (les Biharis) et le reste ahmadis qui ne sont pas persécutés, contrairement au Pakistan. Le Bangladesh a la 3° plus grande majorité musulmane du monde après l’Indonésie et le Pakistan Le folklore et les traditions, ainsi que nombre de monuments architecturaux sont un héritage de la religion hindoue, qui était majoritaire avant 1600.
L’agriculture occupe 67 % du territoire, le riz étant la culture principale, occupant 75 % des terres agricoles du pays.
Le jute fut la base de l’économie du Bangladesh pendant longtemps. Sa part dans l’exportation du produit vit son apogée lors de la 2° Guerre mondiale et la fin des années 1940, oscillant autour de 80 % du marché ; dans les années 1970, le jute comptait encore pour 70 % des exportations du pays, les produits en polypropylène réduisant son importance. Les 2/3 des Bangladais sont agriculteurs, mais + des 3/4 des exportations du Bangladesh viennent de l’industrie textile, qui suscite l’intérêt d’investisseurs étrangers dans les années 1980 en raison de la main-d’œuvre bon marché et au bas coût de la conversion de devises. Avec 5 000 entreprises qui génèrent 29 milliards de dollars par an, ce qui représente 80 % des exportations du pays et en fait en 2012, le 2° exportateur mondial de vêtements derrière la Chine.
Le Bangladesh emploie dans le secteur du textile 4 M millions de personnes, dont 85 % de femmes, parfois mineures. Une partie importante de l’économie repose sur cette industrie. De nombreuses multinationales occidentales font appel à de la mains d’œuvre au Bangladesh, celle-ci étant l’une des moins chères au monde : 30 euros par mois contre 150 ou 200 en Chine. 4 jours suffisent au PDG de l’une des 5 premières marques mondiales du textile pour gagner ce qu’une ouvrière de la confection bangladaise gagnera au cours de sa vie. Les accidents mortels sont nombreux. Le plus important, en avril 2013, provoque la mort de 1 135 ouvriers lors de l’effondrement de leur usine.
La Confédération syndicale internationale cite, en 2018, le Bangladesh parmi les pays où les droits des travailleurs sont les moins respectés. Elle indique qu’ils « subissent une forte oppression de la part de l’État, y compris de violentes répressions de manifestations pacifiques faisant intervenir la tristement célèbre « police industrielle », et des intimidations destinées à prévenir la création de syndicats. ». Des licenciements massifs de travailleurs grévistes se produisent aussi.
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Pr. Omar Aktouf – transcription Webinaire n°9 – Néolibéralisme : le rôle de Bretton Woods et les influences anglicanes 1ère partie

transcription Webinaire n°9 – Néolibéralisme : le rôle de Bretton Woods et les influences anglicanes par le Pr. Omar Aktouf-1ère partie
Avant-propos
Mehdi Bouassa, universitaire et chercheur de l’université de Fès au Maroc, a réalisé un travail analytique des webinaires du Pr. Omar Aktouf. Il ne s’agit donc pas d’une transcription. Il a extrait du discours du Pr. Omar Aktouf sur l’économie politique, les moments les plus « parlants ». Ces moments sont plus éloquents que d’autres car, au hasard de leurs « surgissements » lors de ses plus grands efforts pédagogiques ou au bonheur de ses digressions, ils nous restituent les chemins qu’il s’est frayés pour arriver à cet objet de la connaissance théorique : l’Économie Politique. Les jalons de ces chemins sont aussi multiples que les chemins de la vie, pas la vie en général, mais la sienne. Ils sont ces jalons, des lectures bien sûr; beaucoup, beaucoup, beaucoup de lectures attentionnées, notées et annotées, retenues par cœur. Ils sont aussi les concepts clés sur lesquels il s’appuie pour avancer dans le processus mental (et verbal, puisqu’il nous parle) de distinction de l’objet de l’économie politique au cœur du brouillard et des gangues dans lesquels l’a précipité la « science économique ». Mais, et tout aussi essentiel, les jalons peuvent être des émotions, des étonnements, des curiosités soudaines ou simplement des noms et des lieux. Le berger Omar Aktouf n’a jamais quitté le Pr. Omar Aktouf, veillant à identifier la chaîne des signifiants des mots, des phrases, des concepts rencontrés en chemins, ceux tracés par d’autres et ceux qu’il ouvre dans les friches entre ce qu’on appelle les disciplines à l’Université. Bref, il les examine dans et à travers leurs écosystèmes, leur conditions de naissance et de variations ou transformations Personne ne sait mieux que les bergers, héritiers des savoirs des chasseurs, ce qu’est un écosystème et les multitudes de connexions, parfois visibles, le plus souvent perçues intuitivement, qui interagissent dans le processus de la vie. Tout ce que dit ou écrit Omar Aktouf relève d’un examen de l’écosystème des idées et reflète ce rejet des frontières entre auteurs, entre disciplines, entre théorie et pratique etc. Son activité de berger s’apparentait encore dans le sud marocain à ce que nous pourrions appeler un travail d’artisan qui demandait un long apprentissage, sur l’environnement naturel rugueux dans lequel l’inattention se payait en pertes douloureuses. Le « comment faire » avec le bétail s’apprenait dans un processus qui mobilisait la totalité de l’attention et des affects de l’homme car aucun savoir partiel ne pouvait former l’homme au caractère multidimensionnel de cette activité.
Et vous savez quoi sur la première question d’un artisan devant un produit ?
C’est « comment il a été fait?, quels outils, quelles matières, quelles techniques?
Cela vous marque pour la vie et Omar Aktouf dans ses cours même s’interroge sur comment telle théorie s’est construite ? Dans mon adolescence dans un milieu encore emprunt de la culture de l’artisanat et des corporations, nos mères nous recommandaient de « capter », le savoir des « sachants », de ceux qui savaient, des « mââlims » (ceux qui ont été correctement et pleinement formés) au sens presque de « voler » son savoir, de le capter non pas à leur insu mais d’aller au delà de ce qu’ils disaient ou pouvaient dire à atteindre à leur style, leurs marques personnelles qui marquaient de leur personnalité l’excellence de leur « chefs d’oeuvres ».
L’immersion dans l’écosystème de l’élevage artisanal qui permettaient le partage de la connaissance par une praxis ne permettaient pas seulement de comprendre que le choix de leurs lieux de sommeil qu’évoque Omar Aktouf, le relie nécessairement par le besoin de l’échange, voire d’une forme de troc, à un écosystème encore plus large, celui du souk de cette époque précapitaliste dans cette région précise. La fréquentation du souk au sens large, c’est à dire les lois de l’échange, lui révèle des lois non écrites du commerce dans ces sociétés. Engels parle de constitutions non-écrites des tribus à l’époque de le gens et Omar découvre ces lois que la valeur de la marchandise varie selon le statut social de l’acheteur. L’acheteur aisé ne marchande pas le prix car cela ne sied pas à son statut social et il posera invariablement la question « combien faut-il ? » qui communique au marchand qu’il n’a pas de souci du prix mais juste de la qualité du bien acquis. Pour d’autres moins fortunés le marchandage est une des modalités de l’existence du lien social : l’acheteur vient acquérir un bien nécessaire en rapport avec ses possibilités et non une marchandise. La culture de ce lien social est aussi vital pour le marchand que pour le client car il renforce le lien social qui garantit la survie de l’un et les gains de l’autre. De ce fait entre son père et le marchand s’établit non l’achat d’une marchandise mais de l’acquisition d’un bien et d’un bien socialement nécessaire que à la perpétuation du groupe, dans une culture de l’intérêt partagé, loi historique de la primauté du bien de la société sur celui des individus fussent-ils élevés au rang de Sachems.
Dans ces commerces, le négoce d’où nous vient la négociation etc. c’est autre chose, ce n’est donc pas la valeur qui est prévalente mais l’usage, bien plus conforme au troc des origines.
Ce clivage entre bien et marchandise, entre usage et consommation qui infirment la primauté de l’échange et donc de la centralité de la valeur et son incarnation fétichiste la monnaie et son accumulation en dehors de toute utilité sociale sous-tend toutes les observations et développements théoriques de Omar Aktouf.
Il serait essentiellement périlleux dans ce long parcours d’homme de faire croire à Omar Aktouf une nature anhistorique, éternelle et immuable de l’homme tournée vers la recherche du profit individuel. Il s’est attaché pour le plus grand bien des révolutionnaires ou des révoltés de cet ordre social d’élargir leurs connaissances, pour mieux le combattre, sur le néolibéralisme, forme ultime de réanimation du capitalisme arrivé à son stade suprême, l’Impérialisme.
Pourtant et curieusement, rien n’est plus transparent et visible que la « science économique » telle qu’elle a été « recueillie » et « formalisée » dans un incessant remaniement des textes des pères fondateurs a plus l’objectif d’améliorer une praxis que de connaitre un objet de pensée. Ce qui, justement, distingue la science de l’idéologie. L’idéologie a un objectif jamais un objet à penser, un objectif social, essentiellement à offrir, sans frais, les compensations aptes à faire accepter aux « damnés de la terre » leur condition misérable car déterminée par des forces incoercibles ou par leurs « inaptitudes ».
Mehdi Bouassa, sur cette longue série de webinaires a fourni un remarquable et extraordinaire effort. Non seulement il nous rend dans leur singularité chacune des idées de Omar Aktouf mais aussi nous révèle, chemins faisant, des repères et stations importantes de ces chemins, que sont certains auteurs; certains faits, certains souvenirs sous la forme de « thèses » que chacun pourra approfondir.
C’est un splendide canevas, très opérationnel, pour mieux organiser le travail individuel de révision des webinaires de Omar Aktouf ou pour approfondir la réflexion et la connaissance.
C’est un magnifique travail qui permettra à des chercheurs d’aller plus avant, à des étudiants de se situer cet écosystème idéologique du capitalisme dans lequel s’affrontent les récits et les perceptions.
Il permettra aux « non-indifférents » dont parle Gramsci de mieux intervenir dans les débats publics ou dans leurs cercles d’amis.
Les jeunes du monde entier, entrés dans la révolte et le rejet de l’ordre du capitalisme ultra-financiarisé qui a ajouté l’absurde et l’obscurantisme à son injustice, pourront organiser leurs débats dans leurs environnements universitaires ou mieux industriels et trouver les matériaux inestimables pour leur travail en direction des masses de travailleurs, de jeunes, des femmes dans les champs ou dans les usines.
A plusieurs reprises les auditeurs ont demandé au Pr. Omar Aktouf les bibliographies qui furent essentielles à son travail. Au fil de ces transcriptions, ils peuvent en découvrir l’ampleur et faire leurs propres choix de lectures.
Rien ne sera plus conforme à la nécessité énoncé par Karl Marx: « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer » (Thèses sur Feuerbach 1845)
Merci infiniment à Omar Aktouf et à Mehdi Bouassa.
Mohamed Bouhamidi
Transcription du Webinaire n°9 : Néolibéralisme : le rôle de Bretton Woods et les influences anglicanes par le Pr. Omar Aktouf– 1ère partie
- Max Weber : livre : L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme. John Kenneth Galbraith : livre : Voyage dans le temps économique. Paul Mantoux : livre : La Révolution industrielle au XVIIIe siècle : essai sur les commencements de la grande industrie moderne en Angleterre. Tous ces auteurs ont abordé la question de la religion judéo-chrétienne en général.
- Albert Camus : livre : La Peste. Ce qui est désigné par la peste, ce sont les chemises brunes et le nazisme, et il parlait de l’abstraction qui devient meurtrière. Mal nommer les choses, c’est contribuer au malheur de l’humanité.
- Les États-Unis sont le pays qui n’a jamais payé ses dettes et c’est l’un des pays qui n’arrête pas de dénoncer les pays qui ne payent pas leur dette, notamment parce que ces dettes sont en dollars ou en réserve de change en dollars. Ils n’ont jamais remboursé ce que Bush 2 appelait la vieille Europe, donc l’Angleterre, la France essentiellement, et les autres pays plus ou moins dotés de l’époque d’économie capable de faire de gros prêts ou des prêts substantiels aux États-Unis qui voulaient leur indépendance en 1776, eh bien jamais les États-Unis n’ont remboursé ni l’Angleterre, ni la France, ni l’Italie, ni l’Espagne, etc... Mais pas autant que l’Angleterre et la France. L’un des prétextes avancés, c’est que l’économie américaine marche sur la logique du capital privé et donc ces emprunts allaient à des entreprises privées, le chemin de fer américain a été construit par Rockefeller et les infrastructures, etc... Même si c’est le gouvernement qui demandait et qui négociait les prêts, ce sont les entreprises privées et ces entreprises privées s’arrangeaient pour faire faillite et donc en déclarant faillite, on ne rembourse pas.
- Solon : Il prend le pouvoir à Athènes qui était criblée de dettes et Solon arrive et dit : “Je décrète qu’Athènes n’a pas de dette et ne remboursera personne” et l’argent que Solon devait consacrer à payer les dettes dont Athènes était criblée, eh bien ça a servi à renforcer la fameuse armée athénienne que l’on connaît et renforcer le pouvoir d’Athènes sans rembourser un centime d’aucune sorte. La dette américaine totale représente trois fois la valeur de la planète.
- Paul Valéry : “La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent bien et ne se massacrent pas.”
- La diplomatie de guerre : pendant les guerres, les enfants se font tuer pour que l’ordre des riches et de l’argent se rééquilibre comme les riches le veulent et bien les États, ceux qu'ils envoient se battre, se parlent entre eux, se rencontrent secrètement. Comme pour la Deuxième Guerre mondiale.
- La civilisation se mesure à la façon dont on traite la nature (Jean-Baptiste Lamarck) et à la façon dont elle traite les plus faibles (Jean Rostand).
- La civilisation, eh bien finalement, ça se mesure à ceux qui ont su développer les armes les plus meurtrières, les plus sauvages, les plus carnassières, celles qui provoquent le plus de carnage, s’appelle civilisation.
- L’entropie et la néguentropie : la néguentropie, ça veut dire la négation de l’entropie. Tout est énergie, même vous, votre parole, votre cerveau, vos pensées, tout est énergie, transformation continue d’énergie. Ça ne se fait que dans un sens et un seul, c’est la destruction de l’énergie puisqu’elle est constante à l’échelle de l’univers. Donc l’énergie est une constante, on ne peut rien ajouter et rien enlever, on ne peut que juste la transformer d'énergie utile à énergie inutile. Or, la quantité d’énergie dégradée ne fait qu’augmenter constamment par rapport à l’énergie non dégradée ou utile, mais la quantité de l’énergie ne change pas, c’est la qualité qui change d’utile à définitivement inutile parce que c’est irréversible. Parce que quand on a coupé un arbre, il n’y a pas un être humain qui sait fabriquer un arbre, on sait le planter, mais c’est la lumière, la photosynthèse et la chlorophylle qui savent faire ce qu’il faut pour un arbre, nous, nous ne savons pas, et pour le reste d’ailleurs. Les systèmes néguentropiques qui peuvent combattre l’entropie, ou ralentir l’entropie, ou baisser l’entropie, c’est-à-dire leur propre dégradation, leur propre mort, leur propre finitude, leur propre désordre total, c’est ça l’aboutissement de l’entropie, donc la destruction finale de l’énergie qui fait que le système est encore un système qui persiste dans sa structure et dans le temps et dans son être. Cette néguentropie peut exister dans les systèmes qui fabriquent de l’information, mais à échelle locale. Un système qui fabrique de l’information peut résister plus au changement de l’environnement, donc ralentir son entropie, faire de la néguentropie, parce qu’il fabrique de l’information qui, en se combinant, répond et s’adapte à ces changements pour se maintenir en vie, donc maintenir son énergie intégrale diminuée ou ralentie. Mais c’est un effet de cadrage, c’est juste à l’échelle locale. Si à l’échelle locale de la planète, il y a une entreprise qui a des façons de faire pour que sa propre entropie n’augmente pas trop vite ou se ralentisse parce qu’elle fabrique de l’information qui fait qu’elle s’adapte au changement de l’environnement qui risquerait de l’éliminer et d’accélérer son entropie, eh bien l’énergie qu' utilise cette usine ou cette entreprise, il faut qu’elle vienne de quelque part, donc elle vient de la destruction de la forêt d’Amazonie, de la disparition de l’ours blanc au pôle Nord, de la pollution des fleuves, etc... Il faut bien qu’elle vienne de quelque part, cette énergie, pour que localement, l’information fabriquée puisse agir en néguentropie. (Shannon) L’auto-organisation par le bruit, Henri Atlan, Entre le cristal et la fumée, à tort et à raison.
- Bretton Woods : rendre tous les pays du monde amis qui n’auront plus à se faire la guerre, eh bien quel est l’objet principal et fondamental pour lequel on fait des guerres ? C’est l’économie, c’est conquérir des terres, conquérir des lieux de mines, de richesses, etc. Puisque c’est l’économie, organisant un ordre économique tel que cet ordre économique pousse beaucoup plus les pays à agir en état d’amitié entre eux plutôt qu’en état de belligérance, alors comment on peut faire ça ? Eh bien, première chose ou premier rôle, c’est l’institution importante de la Banque Mondiale. Pourquoi la Banque Mondiale ? Parce que la Banque Mondiale avait pour rôle principal initial d’éradiquer pratiquement la pauvreté dans le monde, alors qu’après, ils ont organisé la pauvreté dans le monde. Joseph Stiglitz l’explique très bien dans “La Grande Désillusion”. Donc, la Banque Mondiale était chargée de faire en sorte de donner des dons, des prêts un peu comme le Plan Marshall, soit à fonds perdus, ça dépend des pays, soit avec des échelonnements de dettes pour amener les pays qui ne peuvent pas entrer dans le commerce mondial, ce qu’on appelle aujourd’hui les “useless”. La Banque Mondiale vous prête ou ne vous prête pas, ce qu’on appelle le Consensus de Washington et les conditionnalités, c’est-à-dire qu’on ne vous donne pas de l’argent comme ça, sauf pour le Plan Marshall. Donc, voici un peu le rôle de la Banque Mondiale : Rendre un peu riches les pays pauvres par des prêts négociés et renégociés, échelonnés avec des moratoires, avec des abrogations ou pas, pour que ces pays trop pauvres pour entrer dans le commerce mondial ,puissent y entrer.
Le deuxième élément, c’est le Fonds Monétaire International. Son rôle était de veiller à ce que tous les pays de ce monde jouent les mêmes règles économiques aussi bien les uns que les autres, donc pas de protectionnisme, etc... Les questions techniques des tarifs, des barrières tarifaires, des barrières non tarifaires, les taxes, l’importation et l’exportation, les subventions à l’exportation, etc... les technicités, ça sera le GATT, l’ancêtre de l’OMC, qui devait s’en occuper.
Le FMI, lui, c’était de s’assurer que tout le monde joue. Alors, qu’est-ce que c’est que ce jeu ? C’est le jeu ancêtre du jeu néolibéral. Ce jeu, c’est toutes les frontières ouvertes pour le commerce et faire en sorte que tous les pays fassent le même type d’économie, ou presque, pour que personne ne profite du jeu économique indu pour avoir des avantages indu contre un autre pays. Alors, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui la compétitivité, les avantages compétitifs. Donc, le FMI était chargé de progressivement imposer l’économie de marché au monde entier, que tout le monde fonctionne selon les lois du marché. Qu’est-ce que ça veut dire ces lois du marché ? C’est le laisser-faire, ouvrir les frontières et donc le Consensus de Washington, privatiser et privatiser même l’État, parce que l’État ne doit pas se mêler d’économie. L’État n’a pas à jouer avec l’argent. L’État n’a pas à contrôler la Banque centrale, elle doit devenir libre pour éviter que les États n’empruntent à 0% d’intérêt à la Banque centrale si elle est sous leur contrôle et donc ils auront tendance à exagérer leurs emprunts et à faire des dépenses inutiles. L’État ne doit pas intervenir dans l’économie, il doit laisser faire le privé parce que c’est le privé qui fabrique et produit, mais pour financer le privé, oui, il doit intervenir, comme l’a dit Joseph Stiglitz.
- Paul Krugman : Economiste américain.
- Les agriculteurs se suicident partout dans le monde et l’un des pays où ça se suicide le plus dans le monde paysan, c’est l’Inde.
- Bretton Woods : C’était censé empêcher le système du lobbying, que tout le monde joue les mêmes règles, que tout le monde ait les mêmes chances.
- L’Argentine : depuis la fin des années 1990 jusqu’en 2002, quand il y a eu le chaos, elle s’est écroulée en une semaine, la déroute économique totale, mais juste avant cela, elle était classée comme l’un des meilleurs élèves du FMI.
- Une espèce de seconde nature qu’on veut imposer au monde entier et aller jusqu’à faire du peuple l’ennemi de lui-même. (Comme le peuple américain qui a voté contre la loi de l’Obamacare) Chacun doit se débrouiller et c’est même déshonorant. Un Noir ou un Chicano américain qui vote pour cette Obamacare, c’est comme s’il faisait un aveu d’incompétence personnelle.
- La chose qu’on a inculquée dans la mentalité profonde des Américains, c’est que si toi, en tant qu’Américain, tu t’abaisses à demander que le municipal, le régional ou le sous-fédéral intervienne dans la question de l’augmentation du logement parce que les citoyens ne peuvent plus se loger, c’est un désaveu de ta capacité à réussir. Tu es un perdant. Donc, si tu votes pour une loi qui est faite pour aider ces perdants, alors inconsciemment, tu t’identifies aux perdants et ce n’est pas possible parce que chaque Américain doit se penser gagnant. “I’m a winner”.
- Dans les recrutements d’emplois, la question qu’on vous pose est : “Dites-nous pourquoi vous êtes le meilleur ?” Chez nous, dans notre culture, c’est l’humilité. Je ne dis pas que je suis le meilleur, il y a sûrement meilleur que moi. Voilà ce que je sais faire, voilà mes diplômes et mes expériences, etc... C’est très mal vu si vous ne dites pas dans une entrevue de recrutement que vous êtes un gagnant, même si vous vivez dans votre voiture et que vous avez un travail de cadre et que vous ne pouvez pas payer votre logement. C’est trop cher, comme à Londres ou à Paris, mais il ne faut pas le dire. Les gens font semblant d’avoir un appartement. Ils sortent de leurs bureaux et ils vont dormir dans leurs voitures, mais ils disent à leurs collègues : “Je vais à la maison.” Alors, où est cette maison ? Personne ne le sait, mais il ne dira jamais qu’il habite dans sa voiture parce qu’il ne peut pas se payer un loyer.
- Le néolibéralisme va jusqu’à la pénétration profonde de l’inconscient des gens, jusqu’à formater leur nature et leur identité et leur façon de se penser.
- Le credo, c’est que tu as ce que tu as gagné. Tu veux une assurance maladie, tu dois la gagner toi, en tant que personne, pas la collectivité ou la société.
- L’Angleterre : ce qu’on appelle la perfide Albion. Dans la culture et la mentalité des Anglais, il y a l’idée que si l’autre me fait confiance sans vérifier et sans poser les questions qu’il faut poser, sans aller s’informer là où il faut s’informer, eh bien si je le trompe ou s’il tombe dans le piège, c’est que je suis intelligent, je ne suis pas perfide. Max Weber a essayé d’expliquer ces choses quand il a commencé à travailler sur les différences entre l’éthique protestante calviniste et les autres éthiques protestantes, parce qu’il y en a plusieurs, dont le Luthéranisme, l’Anglicanisme, le Puritanisme, etc... Mais les principaux sont le luthéranisme, le Calvinisme et l’Anglicanisme.
- Napoléon : Ils lui avaient presque promis de l’accueillir à Londres avant de le jeter à l’île Sainte-Hélène, et c’est lui qui s’est rendu à eux, considérant qu’ils allaient le traiter avec noblesse, comme lui s’est rendu à eux avec noblesse. Eh bien, ils lui ont fait croire qu’il montait dans un bateau qui allait à Londres et finalement, ce bateau a traversé l’Atlantique jusqu’à l’île Sainte-Hélène.
- La City a dominé le monde anglo-saxon, agit de cette façon avec tous ses partenaires dans le monde et la flotte anglaise possédait les mers et les premières grandes colonies et l’empire, donc la City possédait le monde. La City de Londres s’est accaparée l’essentiel des biens de ce monde qu’elle s’est dépêchée de transformer en moyens d’échange, c’est-à-dire la livre sterling, et la livre sterling a dominé, avec l’Empire britannique, le monde jusqu’à Bretton Woods.
- Aujourd’hui, on a la même chose avec le dollar. New York et Wall Street ont remplacé la City, quoique la City soit toujours très riche, mais elle ne peut pas rivaliser avec Wall Street, ne serait-ce qu’à cause des réserves de dollars que tous les pays du monde sont obligés de conserver en dollars depuis l’ordre de Bretton Woods.
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Rene Naba-La confrérie des Frères Musulmans : Un vestige de la guerre froide ?

La confrérie des Frères Musulmans : Un vestige de la guerre froide ? 1/3 par Rene Naba
17 décembre 2014
Retour sur le parcours tragique du plus ancien parti transnational arabe, le doyen des mouvements fondamentalistes.
Face à Nasser, les Frères Musulmans, un instrument de la guerre froide soviéto américaine.
Paris – Si le Nil est l’artère vitale de l’Egypte, ses deux piliers en sont l’armée et les «Frères Musulmans» qu’une lourde querelle de légitimité oppose depuis un demi-siècle. Fondée en 1928, la confrérie des Frères Musulmans revendique un droit d’antériorité dans la lutte pour l’indépendance nationale. Dans la foulée de l’effondrement de l’empire ottoman, cette organisation panislamiste se proposait comme objectif la renaissance islamique et la lutte non-violente contre l’influence occidentale.
Dans une zone ployant sous le joug colonial, son idéologie exercera un fort attrait sur les élites intellectuelles, propageant rapidement le mouvement dans les pays musulmans (Egypte et Soudan), ou français, mais aussi en Afrique du Nord (Algérie et Libye), et dans une moindre mesure en Tunisie et au Maroc. Louvoyant entre la Monarchie égyptienne et le colonialisme britannique, alternant entre collaboration et opposition selon les nécessités de sa lutte, l’organisation sera frappée d’interdiction, à l’apogée de sa puissance en 1948, alors qu’elle revendiquait près d‘un million d’adhérents, représentant une force politique sur l’échiquier égyptien.
Son opposition fondamentale et violente aux États laïcs arabes a conduit à son interdiction, à tout le moins à la limitation de ses activités dans de nombreux pays notamment en Syrie et en Irak (dont elle combattra l’idéologie laïque du Baas), ou encore en Egypte. En Egypte, précisément, l’auteur du décret d’interdiction, Mahmoud Fahmi Nokrashi Pacha, sera assassiné le 28 décembre 1948, entraînant en représailles, deux mois plus tard, l’assassinat du fondateur du Mouvement Hassan Al Banna (12 février 1949).
Sur fond de désastre militaire en Palestine et du choc traumatique à l’échelle arabe de la création d’Israël, ce règlement de comptes entre le trône égyptien et les Frères musulmans va saper les fondements de la Monarchie, en même temps qu’il va jeter un discrédit sur la confrérie en ce que cette guéguerre inter égyptienne sera perçue comme une opération diversion, dérisoire au regard du choc de la création d’une entité occidentale à l’épicentre du monde arabe: Israël.
Pendant longtemps pèsera sur les «Frères Musulmans» la suspicion d’être un instrument de dérivation du colonialisme anglais dans le conflit central des Arabes, la Palestine, au même titre d’ailleurs que le Parti populaire Syrien (PPS) et le parti pan syrien fondé par le libanais Antoun Saadé. Le chef du parti pan syrien, le Libanais Antoun Saadé, auteur présumé d’un coup de force au Liban, sera passé par les armes devant un peloton d’exécution, le 8 juillet 1949, six mois après son confrère égyptien. Son parti sera voué à la clandestinité tandis que l’ordonnateur de la condamnation, le premier ministre libanais Riad El Solh, sera assassiné à son tour, en 1951, lors d’un déplacement à Amman, fief par excellence du Royaume uni au Moyen Orient, et le refuge des deux formations de l’ère de l’Indépendance arabe, au parcours identique, le laïc PPS et le religieux Frères Musulmans.
L’armée égyptienne coiffera ainsi au poteau la confrérie et raflera la mise en emportant la monarchie en même temps que les rêves de pouvoir de l’organisation panislamiste, dissoute en 1954. Le coup d’état du «groupe des officiers libres», le 26 juillet 1952, expédie le Roi Farouk en exil et la confrérie dans la clandestinité. Erreur fatale. Depuis son nouveau refuge royal, la confrérie mène le combat contre Gamal Abdel Nasser, chef charismatique des Arabes auréolé d’une authentique légitimité populaire, cible d’une offensive occidentale sans précédent dans le Monde arabe.
Nasser avait les yeux rivés sur Tel Aviv, les Frères Musulmans sur La Mecque, la City et Wall Street. L’officier nationaliste percevait Israël comme la principale menace sur le Monde arabe et privilégiait la solidarité pan arabe alors que les Frères Musulmans prônaient la solidarité religieuse comme antidote à la laïcité, occultant le fait israélien. La confrérie, qui avait mené le combat contre le colonialisme britannique en Egypte, se ralliait ainsi aux pires ennemis de son pays: l’Arabie saoudite (le vassal émérite de l’Amérique), et la Jordanie (le gendarme britannique au Moyen Orient).
Depuis Amman, où il était en poste en tant que diplomate, Saïd Ramadan, le gendre et successeur d’Hassan Al-Banna, organisera sa contre attaque. Bénéficiant d’un sauf conduit jordanien pour faciliter ses déplacements, il entreprend sa guerre d’usure contre le régime nassérien, encouragé en sous main par les services occidentaux. Une collaboration est alors scellée officiellement lors d’une rencontre avec le président américain Dwight Eisenhower, en 1953, au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine.
La rencontre Eisenhower-Ramadan s’inscrivait dans le contexte d’efforts soutenus du gouvernement américain pour rallier les musulmans contre le communisme soviétique.
L’Islam était considéré alors comme un contrepoids à l’athéisme soviétique dans le tiers monde. Les États-Unis considéraient les Frères musulmans comme des alliés potentiels contre Nasser et l’établissement de régimes communistes ou socialistes au Moyen-Orient.

Dwight Eisenhower (au centre) recevant une délégation de musulmans. Saïd Ramadan se trouve à droite, tenant des papiers entre les mains.
Alliée potentielle des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite, l’organisation est dissoute en 1954, au lendemain de la rencontre Saïd Ramadan-Dwight Eisenhower. Vingt mille de ses membres seront incarcérés, dont le numéro un actuel d’Al-Qaïda, Aymane Al-Zawahiri. Said Ramadan, le propre père de Tareq Ramadan, l’universitaire égypto-suisse, optera finalement pour la Suisse pour mener sa campagne de mobilisation anti nassérienne à l’aide des fonds saoudiens.
Le coup de pouce politico financier des Saoudiens et des Américains donne à l’organisation les moyens d’établir une structure islamiste juste à temps pour accueillir la vague d’immigration musulmane en Europe dans les années 1970. En 1961, Saïd Ramadan fonde, avec le soutien du futur Roi Fayçal d’Arabie, le Centre islamique de Genève, et prend la tête d’un organisme islamique de Munich: Le Islmische Gemeinschaft in Deutscland, chargé de recycler les transfuges musulmans de l’Armée rouge. Sous sa férule, ses partisans jouent un rôle important dans la fondation en 1962 de la Ligue Islamique Mondiale, la structure parallèle à fondement religieux mise sur pied par l’Arabie saoudite pour contrecarrer l’influence de la diplomatie nassérienne.
La défaite de juin 1967 puis la mort de Nasser en 1970, favorisent une nouvelle convergence entre le pouvoir égyptien et les Frères Musulmans, à la faveur du déplacement du centre stratégique du Monde arabe de la Méditerranée vers les pétromonarchies du Golfe et de l’utilisation de l’arme du pétrole en soutien à la guerre d’octobre 1973.
Anouar el Sadate, un ancien compagnon de route de la confrérie, jugera bon de s’appuyer sur les Frères Musulmans pour faire contrepoids à l’extrême gauche et intègre la charia dans les lois égyptiennes.
La lune de miel de cinq ans se brise en 1978, sur le processus de Camp David, première grave scission du mouvement. Les Frères Musulmans renoncent officiellement à la violence militaire, à l’exception du combat en Palestine. Mais les divergences stratégiques conduisent à la constitution de nouvelles structures rivales telles que Al-Gama’a Al-Islamliya (Groupe islamique), dont un des membres assassinera Sadate en 1981.
Illustration : Gamal Abdel Nasser et Hassan al banna
La confrérie des Frères Musulmans : Un vestige de la guerre froide ? 2/3 par Rene Naba
19 décembre 2014

L’Europe occidentale, refuge de luxe des Frères Musulmans du temps du boom pétrolier dans la décennie 1970-1980.
Trois ans après l’assassinat de Sadate, son successeur Hosni Moubarak, confère, en 1984, une reconnaissance politique aux «Frères musulmans» sans toutefois leur concéder le statut de parti. Contournant l’obstacle, les Frères s’engagent sur le terrain politique sous l’étiquette «indépendant», participant aux manifestations visant à la réforme de la constitution et à l’abrogation de l’état d’urgence. Investissant le terrain social et financier, ils viennent en assistance aux classes défavorisés.
La dimension islamique de la contestation populaire atteindra son apogée lors du rétablissement, sous la pression de la rue, du crime d’apostasie par la justice égyptienne et la promulgation d’un nouveau code restrictif de la presse égyptienne. Mais la tentative d’attentat contre le Président Hosni Moubarak, en juin 1995 -la vingtième du genre en quinze ans-, donne l’occasion au président égyptien de mettre au pas les formations islamistes dont l’activisme, jugeait-il, menaçait de gangrener les principaux rouages de l’Etat.
Un mois après cette tentative à l’occasion du sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), Le Caire passe à l’offensive et mène une guerre à outrance contre les chefs de file des formations islamistes ayant revendiqué la responsabilité de cet acte. L’Egypte demande l’extradition de cent vingt islamistes égyptiens réfugiés en Afghanistan ou en Europe occidentale.A partir du premier choc pétrolier et, surtout, de la guerre antisoviétique en Afghanistan, dans la décennie 1980, les Saoudiens renoncent à la sous-traitance pour prendre directement en main la gestion de l’Islam européen, établissant leurs propres centres et mosquées financés par la Ligue mondiale, aux dépens, paradoxalement, des structures des Frères Musulmans. C’est ainsi que les Frères Musulmans participent, en 1973 (l’année du premier choc pétrolier), à la fondation du Conseil islamique d’Europe, dont le point d’orgue sera la fondation de l’Union des organisations islamiques en Europe (UOIE) et de l’Union des organisations islamiques de France, en 1983, en pleine phase de montée en puissance de la troisième génération issue de l’immigration arabo musulmane.
Durant cette période, l’Europe occidentale faisait office de base arrière «aux combattants de la liberté» où soixante dirigeants islamistes y avaient résidence, dont quinze disposaient du statut de «réfugié politique». A lire la liste des hôtes de marque de l’Europe, la «guerre contre le terrorisme» paraît risible, ce qui témoigne de la duplicité de la diplomatie occidentale tant vis-à-vis de l’opinion occidentale que vis-à-vis du Monde arabe.Parmi les célèbres réfugiés politiques figuraient:
- Aymane Al-Zawahiri, le N°1 d’Al Qaida depuis l’élimination d’Oussama Ben Laden le 2 mai 2011.
Il résidait à l’époque en Suisse avec le titre de commandeur des groupements islamistes en Europe. Adhérant dans les années 1980 à la formation «Al-Jihad», il avait été condamné à trois ans de prison dans l’affaire de l’assaut de la tribune présidentielle lors de l’assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate, en octobre 1981. A sa sortie de prison, il a séjourné en Afghanistan avant de se rendre en Europe. - Mohamad Chawki Al-Islambouli, frère du meurtrier de Sadate, Khaled Al-Islambouli. Innocenté lors du procès de l’assassinat du chef de l’Etat égyptien, il a rallié les rangs des combattants anti-israéliens au sud-Liban avant de se rendre à Peshawar. Résidant à Kaboul, Chawkat Al-Islambouli a été condamné par contumace dans le procès des «égypto-afghans».
- Talaat Fouad Kassem, porte-parole de mouvements islamistes en Europe, chargé de la coordination des activités des divers responsables et de la transmission des consignes, des instructions et des subventions entre l’Europe et les militants de base en Egypte. Condamné à 7 ans de prison au moment de l’assassinat de Sadate, il a été le premier à rejoindre les rangs des combattants islamistes afghans où il s’est distingué au sein des escadrons de la mort dans des opérations de guérilla antisoviétique. Avant le Danemark, il était responsable des groupements islamistes à Peshawar (Pakistan), point de transit des Moudjahidin vers l’Afghanistan. Talaat Fouad Kassem sera conduit alors en veilleuse les activités de son bureau de Copenhague à la suite de l’attentat anti Moubarak en 1995.
A cette époque, avant d’être touchée à son tour par un attentat faisant 50 morts le 7 juillet 2005 (jour de la tenue du Sommet du G8 sur son territoire, au lendemain de la décision du Comité Olympique Internationale de lui attribuer l’organisation des Jeux Olympiques de 2012), Londres était la capitale mondiale de l’Islam contestataire, puisqu’elle comptait parmi ses hôtes les principaux opposants islamistes tels que le tunisien Rachid Ghannouchi, le soudanais Moubarak Fadel Al-Mahdi, le pakistanais Attaf Hussein (chef du parti d’opposition Muhajir Qawmi Movement (MQM)) ainsi que l’algérien Kamar Eddine Katbane (vice-président du comité du FIS (Front Islamique du Salut)).
Un prosélytisme tous azimuts s’était en effet mis en route à la faveur du choc pétrolier et de la guerre d’Afghanistan. C’est l’époque où la Ligue du Monde Islamique prend son envol et où l’Arabie Saoudite, pour briser la prééminence égyptienne dans les affaires arabes, propulse «le Conseil de coopération du Golfe» (sorte de «syndicat de défense des intérêts des émirs pétroliers du golfe pro américain», selon l’expression en vigueur à l’époque au sein de l’opposition anti-monarchique), une instance dont seront exclus tant l’Irak que l’Iran pourtant d’importants pays pétroliers de surcroît riverains de la voie d’eau.
Si le «Conseil de Coopération du Golfe» devient l’instrument de la diplomatie régionale de l’Arabie, la Ligue du Monde islamique sera l’instrument d’encadrement par excellence des communautés musulmanes de la diaspora.
Siégeant à La Mecque, dirigée statutairement par un saoudien ayant la haute main sur la formation des Imams et des prédicateurs, l’attribution des bourses d’études, le développement des instruments de communication à vocation pédagogique (diffusion du Coran et de documents audio-visuels), elle supervisera aussi la mission du «Conseil Supérieur des Mosquées» qui lui est affilié et dont la tâche exclusive est la promotion des lieux de culte dans le monde.
En Europe, la Ligue a disposé de représentations dans la plupart des métropoles (Londres, Bruxelles, Rome, Genève, Vienne, Copenhague, Lisbonne et Madrid). La pénétration des populations musulmanes s’est faite de manière stratégique par la multiplication des centres culturels et religieux et d’institutions spécialisées. L‘Arabie Saoudite a réparti ses principales institutions entre les grandes capitales européennes dans le souci d’impliquer le plus grand nombre des pays de l’Union à sa politique de sensibilisation islamique et de prévenir toute vacuité institutionnelle qui profiterait à ses rivaux. Si le Conseil Continental des Mosquées d’Europe a choisi Bruxelles pour siège, l’Académie Européenne de Jurisprudence Islamique est basée à Londres.
L’existence de la Ligue du Monde Islamique traduit alors le souci constant des dirigeants wahhabites de s’assurer la supervision de la gestion de la sphère spirituelle au sein du Monde Musulman. Véritable structure de diplomatie parallèle, la Ligue Islamique est le précurseur et la matrice de l’Organisation de la Conférence Islamique, vaste rassemblement d’une cinquantaine de pays représentant près d’un milliard de personnes, devenu l’un des plus importants forum du Monde non occidental.Le mot d’ordre de l’époque n’était pas le «péril islamiste» ou le «choc de civilisations», mais l’alliance contre l’athéisme antisoviétique sur fond de recyclage de pétrodollars.
Pour répondre à la demande, au plus fort du Djihad Afghan, l’Arabie alloue une subvention annuelle de près de 750.000 (sept cent cinquante mille) dollars à l’Université islamique d’Islamabad dirigée à l’époque par un Recteur dont l’allégeance lui permet ainsi de superviser la production de la jurisprudence islamique d’une institution, qui constitue avec le Centre Islamique de Lahore (Pakistan), l’une des plus fécondes sources de jurisprudence du monde musulman, loin devant l’Université égyptienne d’«Al Azhar».
Le Royaume se dote même en 1984 d’une imprimerie spéciale: «Le complexe du Roi Fahd pour l’impression du Livre sacré», éditant annuellement huit millions d’exemplaires dans les principales langues de la sphère musulmane (français, anglais, arabe, espagnol, haoussa, urdu, turc), se hissant au rang de principal pourvoyeur du Livre Saint dans le monde. Au total, durant la décennie 1980, l’Arabie éditera cinquante trois millions d’exemplaires du Coran offrant gracieusement trente six millions d’exemplaires aux fidèles de soixante dix huit pays à l’occasion du Ramadan.
Vingt six millions d’exemplaires ont été offerts aux fidèles des pays d’Asie, cinq millions pour l’Afrique, un million pour l’Europe, autant pour l’Australie et pour l’Amérique et le reliquat aux pèlerins à l’occasion du pèlerinage de La Mecque.L’Arabie Saoudite, qui a consacré durant la décennie 1980 près d’un milliard de dollars (10 milliards de FF au taux de l’époque) à l’entretien des lieux de culte, compte trente mille mosquées, quatre vingt dix Universités et Facultés théologiques, record mondial absolu par rapport à la densité de la population. Durant cette même décennie, le Roi Fahd va également procéder à l’expansion des sites situés dans l’enceinte du périmètre sacré des lieux Saints de l’Islam, décuplant leur superficie et leur capacité d’accueil, respectivement de sept cent trente mille fidèles pour La Mecque et six cent cinquante mille pour Médine, alors que simultanément l’effort se portait sur l’enseignement religieux à l’aide des deux grandes universités islamiques du Royaume: l’Université de l’Iman Mohamad Ben Saoud de Riyad qui a procédé à la formation de vingt trois mille étudiants d’une quarantaine de nationalités et l’Université Oum Al Qorah à La Mecque, (seize mille étudiants de quarante sept nationalités), se muant en autant de zélés propagateurs d’une conception saoudienne de l’Islam au sein de la communauté des pays musulmans.
Sous Moubarak, les Frères Musulmans, la principale force d’opposition
A cette époque, le Président Moubarak avait dû faire face à une vingtaine d’attentats dont les plus célèbres auront été, en 1993, l’attaque de Sidi Barani contre le convoi présidentiel alors que le président égyptien se rendait par la route en Libye pour rencontrer le colonel Kadhafi, et en 1994, la tentative aux Etats-Unis qui avait entraîné la mise en cause du Cheikh Omar Abdel Rahman, chef des intégristes égyptien en exil sur le territoire américain.
Pendant deux décennies, Hosni Moubarak alternera la carotte et le bâton, utilisant les Frères Musulmans comme soupape de sûreté aux trop fortes pressions israéliennes ou américaines, concédant à la confrérie une large autonomie dans la gestion de la sphère culturelle et sociale, la bridant au gré des virages, réservant à sa coterie les lucratifs contrats de marchés publics. Par un lent travail de grignotage de la sphère de la vie civile, la confrérie réussira à devenir le premier groupe d’opposition à l’assemblée du peuple avec un contingent de quatre vingt huit députés sur quatre cent cinquante quatre, sans toutefois réussir à infléchir, ni la logique de vassalité égyptienne à l’égard de l’axe israélo-américain, ni la paupérisation croissante de la société du fait de la politique népotique et corruptrice de Hosni Moubarak.
Disposant d’un statut hybride au sein de l’état égyptien, une association tolérée mais non légale, la confrérie se trouvait en pleine stagnation, conduisant des membres influents à prôner un véritable «aggiornamento» pour sortir de l’impasse dans lequel le pouvoir égyptien tentait de les enfermer. Bon nombre des membres de l’organisation opteront ainsi pour le costume à l’occidentale, renonçant à la tenue traditionnelle, élargissant leur recrutement aux diplômés des grandes écoles.
Une impasse idéologique suicidaire se manifeste alors avec acuité lors de la destruction de l’enclave palestinienne de Gaza (décembre 2008-janvier 2009), avec la complicité passive des grands pays arabes sunnites (Egypte, Arabie saoudite, Jordanie). L’alliance avec le chef de file de l’Islam sunnite arabe (l’Arabie saoudite), conduit à la destruction de l’unique organisation sunnite arabe prônant la lutte armée contre Israël (le Hamas, filiale palestinienne des Frères Musulmans), laissant le champ libre au Hezbollah chiite, et, indirectement au mouvement «Al Qaeda», le rival idéologique de la confrérie sur le plan sunnite.Pareille déconvenue était survenue à d’autres organisations islamiques, notamment le GIS algérien de M. Abassi Madani, lors du débarquement de cinq mille soldats occidentaux (été 1990), en Arabie Saoudite, pour se lancer à l’assaut de l’Irak depuis la terre sainte de l’Islam.
Les Frères Musulmans à l’épreuve du pouvoir
A la fin de février 2011, alors que le pouvoir de Hosni Moubarak chancelait, les Frères Musulmans décident de créer le «Parti de la liberté et de la justice»: un bras politique à l’effet d’influer sur l’avenir du pays.
S’il est vrai que la révolte égyptienne a été impulsée et conduite par une coalition de forces politiques, secondée par des réseaux d’internautes, à dominante laïque et démocratique, il n’en est pas moins vrai que les organisations de la mouvance islamique ou leurs membres à titre individuel ont pris part à ce mouvement. Sur un pied d’égalité avec des formations d’importance marginale avant le début du soulèvement, des groupes plus proches des dissidents est-européens de 1989 que des partis de masse ou des avant-gardes révolutionnaires, acteurs traditionnels des révolutions sociales.
Si dans le cas tunisien, la discrétion du mouvement islamiste a pu s’expliquer par la férocité de la répression qui a entravé la capacité d’action du parti En Nahda, c’est paradoxalement dans leur statut même de parti toléré par le régime militaire que se trouve la clé de l’attitude pusillanime adoptée par les Frères musulmans égyptiens.A l’instar de son prédécesseur Sadate qui avait retourné contre lui l’opinion lors de son «automne de la colère» (1981) en muselant l’opposition, Moubarak, présumant de ses forces, commet la même erreur 30 ans plus tard. A la veille des élections législatives de décembre 2010, prélude à la reconduction d’un sixième mandat à la tête de l’Etat, il écarte l’opposition de la consultation électorale avec la complicité passive de ses parrains occidentaux qui réservaient alors – et exclusivement – leurs critiques et leurs menaces au seul Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire, dont la réélection a eu lieu le même jour que le scrutin égyptien.
L’un comme l’autre se lancent dans une opération de diversion à connotation religieuse. Sadate bannit dans un couvent du Sinaï le chef de l’Eglise copte, le Pape Shenouda, alors que sept millions de coptes vivent en Egypte, représentant dix pour cent de la population et autant dans la diaspora occidentale, particulièrement aux Etats-Unis et en Europe.
Habitants originels, le pays tirant son nom du leur, ils sont la minorité chrétienne la plus importante du Moyen Orient. Shenouda, un patriote à toute épreuve, s’est distingué comme simple soldat sur le front de Suez, en 1956, et, par crainte d’une instrumentalisation des coptes dans le conflit israélo-arabe, avait interdit à ses ouailles d’effectuer le pèlerinage des Lieux Saints chrétiens de Jérusalem tant que les Palestiniens n’auront pas eu droit à leur Etat.Dans une opération de diversion, Moubarak, par l’entremise de son ministre de l’intérieur, Habib Al Adli, cautionnera l’attentat contre une église d’Alexandrie lors de la fête de la nativité des Coptes (fin décembre 2010), suscitant une vague d’indignation à travers le Monde et un élan de solidarité sans pareil au sein de la population égyptienne, prélude aux manifestations Place Tahrir. Présomption fatale qui abrogera son mandat et démasquera son imposture aux yeux de l’opinion internationale.
Au total, depuis l’avènement de la République en Egypte, les relations en dent de scies entre l’armée et les Frères Musulmans se sont soldées négativement par l’assassinat d’un président (Sadate) par un islamiste, et par la participation des Frères Musulmans à la chute d’un deuxième président (Moubarak), en représailles à la répression dont ils auront été l’objet de sa part, tout au long.La devise des Frères Musulmans (Hizb al-Ikhwan al-Muslimun)
La devise de la confrérie constitue tout un programme et retentit comme un véritable appel à la mobilisation: «Allah est notre objectif. Le Prophète est notre chef. Le Coran est notre loi. Le Jihad est notre voie. Mourir dans la voie d’Allah est notre plus grande espérance».
Son logo était constitué de deux sabres croisés. Il a été abandonné au profit d’un logo moins agressif, deux mains jointes autour d’une motte de terre où prend racine une pousse verte.L’un des principaux dirigeants du mouvement, Khairat Al Shater, a été libéré de prison dans la semaine qui a suivi le dégagement de Moubarak. Ce fut également le cas du doyen des prisonniers politiques égyptiens Abboud Al Zoummor, chef du Jihad islamique égyptien, et de son frère Tareq. Tous les deux avaient été incarcérés pour leur implication dans l’assassinat d’Anouar Al Sadate. Né en 1947, dans la province de Guizeh, Abboud Al Zoummor, est un ancien officier de l’armée décoré au front, en 1973, pour sa bravoure dans des «opérations derrière les lignes ennemies». Il avait officiellement purgé sa peine en 2001, mais il a été maintenu en prison dix ans de plus jusqu’à la chute de Moubarak.
Deux ans plus tard, les Frères Musulmans retrouvaient le chemin de la prison, avec, en tête du cortège, Mohamad Morsi et son état major, ses fidèles sévèrement pourchassés et réprimés.
Rached Ghannouchi, lauréat 2011 de Foreign Policy
Sans surprise pour ceux qui ont suivi ce récit, Rached Ghannouchi, Waddah Khanfar, Waël Al-Ghoneim, Bernard Henry Lévy et Nicolas Sarkozy ont été distingués en 2011 par la revue «Foreign Policy» parmi les «personnalités les plus influentes de 2011».
Des lauréats qui ne manquent pas d’allure: Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien An Nahda, longtemps la bête noire des Occidentaux, Waddah Khanfar, l’ancien directeur islamiste de la chaine Al Jazira, et interlocuteur des services de renseignements américains ainsi que Waël Al-Ghoneim, responsable pour l’Egypte du moteur de recherche américain Google, amplificateur du soulèvement populaire égyptien place Tahrir.
Parmi les «100 plus grands intellectuels» honorés cette année-là, figuraient une brochette de belliciste à tout crin: Dick Cheney, ancien vice-président de George Bush jr, un des artisans de l’invasion de l’Irak, de même que Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat de George Bush, le sénateur John Mac Cain, le président français Nicolas Sarkozy, le couple Bill et Hilary Clinton, le ministre de la défense de Bush jr et de Barack Obama, Robert Gates, le premier ministre turc Recep Teyyeb Erdogan et l’incontournable Bernard Henri Lévy.
Et sur le plan arabe, outre les trois personnalités précitées, ont figuré l’ancien Directeur de l’agence atomique de Vienne Mohamed Baradéï et le politologue palestinien Moustapha Barghouti, que nous aurions souhaité être distingué par un autre aréopage que Freedom House ou Global Voice Project.Avec mention spéciale pour Ghannouchi «l’un des plus grands intellectuels de l’année 2011». Rached Ghannouchi, il est vrai, avait mis à profit son séjour aux Etats Unis pour rendre visite au «Washington Institute for Near East Policy», très influent think tank fondé en 1985 par M. Martin Indyk, auparavant chargé de recherche à l’American Israel Public Affairs Committee ou AIPAC, le lobby israélien le plus puissant et le plus influent aux Etats-Unis. Le chef islamiste, longtemps couvé médiatiquement par la Chaine Al Jazira, a pris soin de rassurer le lobby pro-israélien quant à l’article que lui-même avait proposé d’inclure dans la constitution tunisienne concernant le refus du gouvernement de collaborer avec Israël.
En trente ans d’exil, cet ancien nassérien modulera sa pensée politique en fonction de la conjoncture, épousant l’ensemble du spectre idéologique arabe au gré de la fortune politique des dirigeants, optant tour à tour, pour le nassérisme égyptien, devenant par la suite adepte de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny (Iran), puis de Hassan Al Tourabi (Soudan), pour jeter ensuite son dévolu sur le turc Reccep Tayeb Erdogan, avant de se stabiliser sur le Qatar, soit sept mutations, une moyenne d’une mutation tous les quatre ans.
Du grand art qui justifie a posteriori le constat du journaliste égyptien Mohamad Tohi3ma «Les Frères Musulmans, des maitres dans l’art du camouflage et du contorsionnement mercuriel», article paru dans le journal libanais «Al Akhbar» en date du 1er octobre 2011 reprenant une tribune de Mohamad Tohima, directeur du quotidien égyptien «Al Hourriya». Du grand art. En attendant la prochaine culbute. La prochaine chute ?
Pour aller plus loin sur la stratégie de Rached Ghannouchi visant à masquer la faillite du pouvoir islamiste en Tunisie: http://mondafrique.com/lire/politique/2014/03/02/tunisie-guerre-de-religion-au-sein-du-mouvement-islamiste-ennadha
Quant au 2eme lauréat, Waddah Khanfar, son parcours résume à lui seul la confusion mentale arabe et la duplicité du Qatar. Ancien journaliste de la chaine gouvernementale américaine «Voice of America», ce palestinien natif de Djénine, en Cisjordanie occupée, était parent par alliance de l’ancien premier ministre jordanien Wasfi Tall, surnommé le «boucher d’Amman» pour sa répression des Palestiniens lors du septembre noir jordanien (1970), dont il a épouse la nièce. Cet Islamiste notoire était aussi un interlocuteur des services de renseignements de l’US Army. Une opacité typique du comportement du Qatar.
Deux reproches ont pesé sur sa gestion de huit ans à la tête d’Al Jazira (2003-2011): sa volonté d’imposer un code vestimentaire ultra strict aux présentatrices de la chaine, en conformité avec l’orthodoxie musulmane la plus rigoureuse, ce qui a entrainé la démission de cinq journalistes femmes, ainsi que sa publication des documents confidentiels sur les pourparlers israélo palestiniens «The Palestine Paper», discréditant les négociateurs palestiniens; ce qui a conduit le chef des négociateurs palestiniens, Saeb Oureikate, à réclamer sa démission, de même que l’Arabie saoudite effrayée par la crainte que la large couverture des soulèvements arabes par la chaîne du Qatar n’ait des répercussions sur la stabilité des pétro monarchies. Propulsé à la direction de la chaîne Al Jazira par son ami libyen, Mohammad Jibril. Il sera remercié de la chaîne, en 2011, au terme de l’épisode libyen, mais gratifié de la distinction américaine. Maigre consolation. L’homme a quitté la scène publique, avec de substantielles indemnités, sans bruits, emportant avec lui ses secrets et sa part d’ombre, les raisons de sa gloire et de sa disgrâce.
Quant au 3 me larron BHL
Echevelé, livide au milieu des tempêtes, le touriste de guerre a poursuivi sa quête incompressible du Graal, sautillant de Benghazi à la Syrie au secours de la liberté défendant le Monde Arabe, brandissant ses méfaits qu’il confondait avec des trophées, réussissant le tour de force d’instaurer la Chariah en Libye, provoquant la talibanisation de la zone sahélienne par l’implosion de la Libye.
Point n’est pourtant besoin de boussole. Un arabe ou un musulman, voire tout citoyen du monde un tant soit peu patriote, doit se ranger impérativement dans le camp adverse à celui de Bernard Henry Lévy, le fer de lance médiatique de la stratégie israélo-atlantiste dans la sphère arabo-musulmane. Songeons à la guerre antisoviétique d’Afghanistan (1980-1989) et à la mystification des «combattants de la liberté» magnifiés par BHL, qui aura opéré le plus grand détournement du combat arabe de la Palestine vers Kaboul avec les désastreuses conséquences qui en découlent encore de nos jours, au niveau de son excroissance djihadique et de ses dérives erratiques.
Cf. BHL ou comment se rendre ridicule http://www.marianne.net/elie-pense/BHL-ou-comment-se-rendre-ridicule-pour-la-posterite_a364.html
Ci-joint son dernier exploit: Harangué les foules de Kiev, sous cadrage des vétérans de l’armée israélienne. http://www.jta.org/2014/02/28/news-opinion/world/in-kiev-an-israeli-militia-commander-fights-in-the-streets-and-saves-lives
Selon le site israélien alyaexpress-news.com, ce groupe de 35 combattants armés et cagoulés de la place Maidan, était dirigé par 4 anciens officiers de l’Armée israéliennes. Ces anciens officiers ont dès le début des événements rejoint le mouvement aux côtés du parti de la Liberté (Svoboda), bien que celui-ci ait la réputation d’être violemment antisémite. La présence d’unités israéliennes avait été signalée dans des événements similaires en Géorgie, aussi bien lors de la «révolution des roses» (2003) que lors de la guerre contre l’Ossétie du Sud (2008), où, en parfait synchronisme, BHL avait harangué les foules depuis son hôtel de Tbilissi, à plusieurs kms du champ de bataille. Manque à l’appel un lauréat: Hamad du Qatar: The Air and Field Marshal de Libye.
Sur ce lien le chainon manquant: http://www.renenaba.com/lhomme-de-lannee-2011/
En trois ans, deux des principaux libérateurs de la Libye, Les Etats Unis et la France, ont été la cible d’attentats de représailles, et, sur fond de sanglants règlement de compte entre factions rivales, de pillages du gigantesque arsenal libyen, le Sahel a muté en zone de non droit absolu, fragilisant considérablement le pré carré africain de la France, alors que, parallèlement, les maîtres d’œuvre de la contre révolution arabe sombraient dans la guerre intestine, menaçant de paralysie le Conseil de coopération du Golfe, la seule instance de coopération régionale arabe encore en activité.
Répudier la servilité à l’égard des Etats-Unis, bannir le dogmatisme régressif sous couvert de rigueur exégétique, concilier Islam et diversité, en un mot conjuguer Islam et modernité …Tel était le formidable défi que les Frères Musulmans se devaient de relever à leur accession au pouvoir et non de mener une politique revancharde contreproductive, qui a conduit directement en prison leur chef de file égyptien et débouché sur la désintégration morale du Hamas, unique mouvement de libération national de l’Islam sunnite, dans un retour retentissant à la case départ.La satisfaction légitime de la chute d’un dictateur ne saurait occulter le gâchis stratégique provoqué par l’effondrement d’un pays à la jonction du Machreq et du Maghreb et son placement sous la coupe de l’OTAN, le plus implacable adversaire des aspirations nationales du Monde arabe.
Acte stratégique majeur comparable par son ampleur à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, le changement de régime politique en Libye, sous les coups de butoirs des occidentaux, était destiné au premier chef à neutraliser les effets positifs du «printemps arabe» en ce qu’il devait accréditer l’idée que l’alliance atlantique constituait le gendarme absolu des revendications démocratiques des peuples arabes.
Aucune intervention occidentale à l’encontre du Monde arabe, même la plus louable, n’est jamais totalement innocente, tant perdurent les effets corrosifs des actions passées et vivace le souvenir de leurs méfaits. Et l’intervention en Libye n’échappe pas à la règle en ce qu’elle ne cible qu’un régime républicain, à l’exclusion de toute monarchie, les exonérant de leurs turpitudes et de l’impérieuse nécessité de changement.
L’histoire retiendra que la révolution libyenne aura été «la première révolution assistée par ordinateur» et le meurtre libératoire de l’ancien bourreau l’objet d’une assistance à distance. La fin de Kadhafi est la fin d’une longue lévitation politique en même temps que d’une illusion lyrique.
Les Libyens vont devoir purger le cauchemar qui a peuplé leur subconscient et leur inconscient et apporter la démonstration qu’ils ne constituent pas un peuple d’assistés permanents. Le combat contre la dictature ne saurait être sélectif. La démocratie du Tomahawk a affranchi le djihadisme erratique et projeté dans l’arène la foultitude des paumés de l’islam takfiriste. Le sommeil de la raison a engendré des monstres.
La confrérie des Frères Musulmans : Un vestige de la guerre froide ? 3/3 par Rene Naba
23 décembre 2014

Le déni de réalité, un danger mortel pour les Frères Musulmans
Paris – Le «printemps arabe» marquera l’apogée de la confrérie avec un président démocratiquement élu dans le plus grand pays arabe, l’Egypte, un pays charnière du Maghreb; la Tunisie, habituelle plaque tournante de l’espionnage franco israélo américain dans leur escarcelle, sous la couverture d’un ancien opposant Mouncef Marzouki; un allié de taille en Turquie avec le néo islamiste et sa diplomatie néo-ottomane, Recep Tayyip Erdoğan, et un crésus à la clé, l’Emir du Qatar. Pour la deuxième fois de son existence tumultueuse, la confrérie des «Frères Musulmans» se retrouvait aux portes du pouvoir dans un contexte radicalement bouleversé.
Un an plus tard, elle retombait à son périgée. Il aura suffi en effet d’un an de pouvoir pour fracasser le rêve longtemps caressé d’un 4eme Califat, qui aurait eu pour siège l’Egypte, le berceau des «Frères Musulmans», devenue de par l’éviction brutale du premier président membre de la confrérie, la tombe de l’islamisme politique.
Le Califat constituait en fait une supercherie lorsque l’on songe à toutes les bases occidentales disséminées dans les monarchies arabes, faisant du Monde arabe la plus importante concentration militaire atlantiste hors des Etats Unis. Dans un contexte de soumission à l’ordre hégémonique israélo-américain, le combat contre la présence militaire atlantiste se devait d’être prioritaire à l’instauration d’un califat. Et le califat dans sa version moderne devait prendre la forme d’une vaste confédération des pays de la ligue arabe avec en additif l’Iran et la Turquie soit 500 millions de personnes, des réserves énergétiques bon marché, une main d’oeuvre abondante. En un mot un seuil critique à l’effet de peser sur les relations internationales. Faute d’un tel projet, en présence des bases de l’Otan, le projet de restauration du califat relève d’une supercherie et d’un trafic de religions.
Les Frères Musulmans qui avaient subverti du fait de leur discipline et de leurs considérables moyens financiers le déclic populaire contestataire enclenché par des franges de la société informelle arabe, auraient dû tenir compte de la diversité de la population égyptienne et non d’imposer à une population frondeuse une conception rigoriste de la religion.
L’Egypte, épicentre du Monde arabe, est diverse. Le premier président néo islamiste démocratiquement élu aurait dû se pénétrer de cette réalité plutôt que de mener une politique sur une base sectaire.
Les Frères Musulmans n’ont pas su mettre à profit leur holdup up sur le pouvoir en proposant un projet de dépassement des clivages antérieurs en ce que Morsi n’aurait jamais dû oublier le conflit de légitimité historique qui oppose l’armée aux Frères Musulmans depuis Nasser (1952). Il en paiera le prix de sa tardive adaptation au principe de réalité et des rapports de force.
Ployant sous le fardeau de l’inflation et de la pénurie, sans perspective d’avenir, sans la moindre percée politique, à la remorque de la diplomatie islamo atlantiste, dans la crainte de la menace de strangulation que fait peser sur l’Egypte le projet de percement d’un canal rival israélien au Canal de Suez, le Canal Ben Gourion, le peuple égyptien, pour la deuxième fois en trois ans, déjouant tous les pronostics, particulièrement les universitaires cathodiques, a créé la surprise, dégommant des palais nationaux ce président néo islamiste. Avec le consentement et le soutien actif de l’armée et surtout des plus hautes autorités religieuses musulmanes et chrétiennes du pays.
L’Egypte est diverse: deux siècles aurapravant, sous les Fatimides, elle était chiite. Et les Coptes, des arabes chrétiens, une population consubstantielle à l’Histoire du pays. L’Histoire tout comme la population s’est constituée par sédimentation. Si de nos jours, la très grande majorité de la population est musulmane sunnite, cela ne suffit pas à faire une politique. Une politique sunnite n’existe pas en elle-même. Elle se fait en fonction du legs national. Il serait insultant au génie de ce peuple de le réduire à une expression basique d‘un islam rigoriste.
L’Egypte est le pays de Nasser, d’Oum Kalsoum, mais aussi de Cheikh Imam et de Ahmad Fouad Najm, d’Ala’a Al Aswani, des personnalités contestataires. Plutôt que de promouvoir une politique de concorde nationale, Mohamad Morsi a pratiqué une politique revancharde. N’est pas Mandela qui veut. Seule une politique de rassemblement et non de division avait une chance de réussir.
Au risque de déplaire, les tombeurs de Morsi ont été ses parrains historiques: l’Arabie saoudite et les Etats Unis, dont il portait la nationalité, à qui il a prêté serment de loyauté en sa qualité d’accrédité auprès de la NASA, l’agence spatiale américaine. Deux parrains qui lui ont servi de béquille pendant un demi-siècle et l’ont remercié en ce qu’il ne répondait plus à leurs attentes. Il n’est pas indidférent de noter que sa chute est intervenue dix jours après la destitution de l’Emir du Qatar dans une grande opéraiton de nettoyage du printemps.
L’Arabie ne pouvait tolérer deux théocraties, sur son flanc nord l’Iran, un réformiste démocratiquement élu, mais chiite, et sur son flanc sud en Egypte, un islamiste démocratiquement élu mais plus grave sunnite. La négation de tout le dispositif de la dynastie wahhabite fondé sur l’hérédité et la loi de la primogéniture.
Consciente de la menace qui pesait sur elle, l’Arabie saoudite a financé la construction d’un barrage de retenue d’eau en Ethiopie, privant l’Egypte d’une substantielle quantité d’eau du Nil nécessaire à son irrigation. L’Arabie saoudite, un pays arabe, musulman et rigoriste tout comme les frères Musulmans. La déstabilisation de Mohamad Morsi par l’Arabie saoudite est la preuve éclatante qu’il ne saurait y avoir une politique sunnite en soi. En témoigne, la Turquie, l’alliée stratégique d’Israël.
Le grand écart, un exercice dans lequel excellaient les Frères Musulmans, était difficile à assumer longemps: Il n’est pas possible en effet de réclamer la criminalisation de la normalisation avec Israël et se fourrer dans les jupons de l’AIPACC. Soixante ans d’opposition démagogique ont trouvé leur conclusion dans le pitoyable épilogue de la mandature Morsi. Luxe de raffinement ou de perfidie, sans doute pour bien marteler le message, les protestataires ont mobilisé près de vingt millions de manifestants, soit le nombre d’électeurs que Morsi avait recueilli lors de son élection présidentielle.
Plutôt de s’enfermer dans un déni de réalité, Mohamad Morsi et les Frères Musulmans devraient se livrer à une sévère introspection de leur prestation politique et admettre, enfin, qu’un mouvement qui se veut un mouvement de libération ne saurait être un allié des occidentaux, les protecteurs d’Israël en ce qu’il s’agit d’un positionnement antinomique.
De la même manière, autre vérité d’évidence, que l’on ne saurait solliciter en permanence l’aide d‘une grande puissance sans en payer le prix un jour. Et que d’une manière générale Morsi retiendra sans doute la leçon de savoir qu’un satisfecit occidental n’est jamais concédé que lorque le récipendiaire aura acté un reniement de soi. L’exemple de Moammar Kadhafi en fait foi…… couvert d’éloges en révélant aux occidentaux tout un pan de la coopération clandestine nucléaire inter arabe, avant qu’il ne soit dégagé à coups de Tomahawk.
Au pouvoir, les Frères Musulmans auraient dû prendre en compte des profondes aspirations d’un peuple frondeur et tombeur de la dictature, de même que les impératifs de puissance que commande la restauration de la position de l’Egypte dans le Monde arabe. Faire preuve d’innovation, par le dépassement du conflit idéologique qui divise le pays depuis la chute de la monarchie, en 1952, en une sorte de synthèse qui passe par la réconciliation de l’Islam avec le socialisme. Cesser d’apparaitre comme la roue dentée de la diplomatie atlantiste dans le Monde arabe, en assumant l’héritage nassérien avec la tradition millénaire égyptienne, débarrassant la confrérie de ses deux béquilles traditionnelles ayant entravé sa visibilité et sa crédibilité, la béquille financière des pétromonarchies rétrogrades et la béquille américaine de l’ultralibéralisme.
Sous la direction de la confrérie, l’Egypte aurait dû, enfin, prendre en outre l’initiative historique de la réconciliation avec l’Iran, le chef de file de la branche rivale chiite de l’Islam à l’effet de purger le non-dit d’un conflit de quinze siècle résultant de l’élimination physique des deux petits-fils du prophète, Al-Hassan et Al-Hussein, acte sacrilège absolu fruit sinon d’un dogmatisme, à tout le moins d’une rigidité formaliste.
L’Egypte fait face à de manœuvres d’asphyxie (retenue d’eau du Nil en Ethiopie, Canal Ben Gourion, concurrentiel du canal de Suez), Morsi aurait dû jouer de l’effet de surprise, en retournant la situation en sa faveur en levant le blocus de Gaza, un accord que l’Egypte n’a même pas ratifié et surtout normaliser avec l’Iran en vue de prendre en tenaille tant Israël que l’Arabie saoudite, c’est-à-dire les deux des grandes théocraties du monde
Sur fond de concurrence avec la mouvance rivale salafiste, cette épreuve a été infiniment plus redoutable que près de soixante ans d’opposition déclamatoire souvent à connotation sinon démagogique à tout le moins populiste. Les Frères Musulmans seraient donc avisés de se livrer à une sérieuse étude critique de la mandature Morsi, avant de se lancer dans une nouvelle aventure dont toute l’Egypte sera perdante. Pour le plus grand bénéfice d’Israël et de l’Islam wahhabite saoudien
Il est malsain de tout rejeter sur les manigances occidentales. Songeons à l’impasse du Hamas, qui a déserté la Syrie, par solidarité sectaire avec le djihadisme erratique, désormais à la merci d’un coup de bambou du Qatar.
Le coup de poignard de l’Arabie saoudite dans le dos des Frères Musulmans.
Conséquence des revers de Syrie, une révolution de palais, sous pilotage direct du Roi, sest produite en Arabie saoudite, entrainant l’éviction des postes de responsabilité de toute une fratrie, le clan Sultan, responsable au premier chef du désastre saoudien, avec la promotion concomitante des propres fils du roi Abdallah, fait sans précédent dans les annales du royaume.
Trois membres éminents du clan Sultan, du nom de l’inamovible patron du ministère de la défense pendant trente ans, ont été évincés par une série de décrets parus le 14 mai 2014. Bandar Ben Sultan, l’ancien chef des services de renseignement, dégagé en février, a ainsi entrainé dans sa disgrâce ses deux frères, Salman Ben Sultan, son adjoint opérationnel en Jordanie au sein du PC intégré de l’alliance islamo atlantiste, ainsi que leur frère ainé, Khaled Ben Sultan, vice-ministre de la défense, tous les deux déchargés de leurs fonctions. Khaled Ben Sultan, l’ancien interface du général Norman Schwarzkoff lors de la première guerre contre l’Iran, en 1990-1991, est propriétaire du journal Al Hayat. Son fils avait fait l’objet d’une interception spectaculaire de la police new yorkaise, l’été 2013, verbalisé, menotté et plaqué à terre, pour «stationnement abusif et rébellion à agent de la force publique ayant autorité». Salman, lui, a longtemps été le plus proche collaborateur de son frère Bandar du temps où son ainé occupait le poste d’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington.
Dans la guerre de Syrie, il dirigeait depuis Amman (Jordanie), le PC opérationnel du bloc islamo-atlantiste groupant l’Arabie saoudite, les Emirats arabes Unis, la Jordanie, les Etats Unis, la France, le Royaume Uni et la Turquie, coordonnant le ravitaillement en armes et munitions des djihadistes, leur financement, leur rétribution de même que leur transport sur le champ de bataille.
La succession de revers qui s’abat sur cette fratrie apparaît parait comme la sanction d’un échec de ce clan, longtemps détenteur du secteur névralgique de la défense, de surcroît pour le plus pro américain de la configuration saoudienne.Les fils du Roi aux commandes
Le roi, octogénaire, de santé déclinante, a ainsi verrouillé sa succession en confiant à ses propres fils, les postes clés du royaume, au prétexte de sanctionner les responsables au premier chef du désastre de Syrie.
Acteur-clé au Moyen-Orient et premier exportateur mondial de pétrole brut, le Roi Abdallah, prudent et prévoyant, a ainsi placé son fils aîné, Mout’eb au poste stratégique de deuxième vice-président du conseil, scellant l’ordre de succession au bénéfice de son fils, sans possibilité d’en modifier l‘ordre de succession. Son deuxième fils, Mecha’al, a été nommé gouverneur de la région de la Mecque, la capitale religieuse du royaume et son 3eme fils, Turki, gouverneur de Ryad, sa capitale politique et financière. La fratrie Abdallah conserve dans son giron la «Garde Nationale», traditionnelle contrepoids aux forces régulières.
Ce tsunami dans l’ordre successoral du royaume et son ordre de préséance ne s’est accompagné de la moindre compensation pour les autres composantes de la famille royale, particulièrement en faveur de l’autre grande branche de la famille royale, le clan Soudeiry, rivale historique du clan Shammar, dont est issu le Roi Abdallah. Le clan Soudeiry, du nom patronymique de l’une des épouses du fondateur du Royaume Abdel Aziz, groupait autour du roi Faysal, ses six frères, le roi Fahd, Le prince Sultan, ministre de la défense, le prince Mohamad, ministre de l’intérieur, le prince Salman, gouverneur de Ryad, le prince Ahmad, gouverneur de La Mecque ainsi que le prince Abdel Rahman, ancien vice-ministre de la défense. Les héritiers du Roi Fahd, décédé en 2005, ont été écartés de la scène publique, en l’espace d‘un an, sans susciter la moindre protestation, tant leur inaptitude au pouvoir était manifeste: Abdel Aziz Ben Fahd, ministre d’état sans portefeuille et ancien partenaire en affaires de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, a été démissionné du gouvernement, sans autre forme de procès, déconsidéré par les gazouillis d’un mystérieux délateurs au nom de «Moujtahed». Son frère Mohamad, lui, a été relevé de ses fonctions de gouverneur de la région orientale du Royaume, la zone pétrolifère de Zahrane. Tous deux sont désormais mal placés dans la course à la succession. Le prince Turki Ben Salman, président d’un important groupe de presse saoudien, le groupe «As Chark Al Awsat», et propre fils du prince héritier Salman, a été dégagé de ses responsabilités le 6 avril 2014.
La propulsion des fils du Roi aux commandes de l’état s’est accompagnée d’une importante promotion d’officiers supérieurs à la tête des états-majors des trois armes (air terre mer). Question sans doute de s’assurer l’allégeance du commandement interarmes saoudien longtemps aux mains du Clan Sultan : http://www.al-akhbar.com/node/20652
L’Arabie saoudite, le foyer de la contre-révolution arabe.
A grand renfort de pétrodollars, l’Arabie saoudite a lancé une vigoureuse contre offensive politique pour neutraliser les effets des soulèvements populaires arabes, forgeant un glacis diplomatique autour des pétromonarchies par l’adjonction du Maroc et de la Jordanie, injectant quantités de dollars aux organisations islamistes arabes, en Egypte pour inciter le courant salafiste à se rendre maitre de la contestation populaire, en Syrie pour déstabiliser le régime de Bachar Al-Assad. Sans crainte du ridicule, Ryad a même été jusqu’à sommer la Syrie de procéder à des réformes, sans se rendre à quelle point cette exhortation était malvenue en ce qu’elle plaçait la monarchie saoudienne, qui passe pour être parmi les plus autoritaires du monde, en porte à faux avec les aspirations de son propre peuple, dont elle bride ses plus élémentaires libertés, particulièrement la conduite des femmes au volant.
Talonnée par la Turquie, qui se propose de devenir le pôle de référence régionale sur la base de sa diplomatie néo ottomane, la dynastie wahhabite, le foyer de l’intégrisme entend fédérer les états arabes non pas contre Israël, dont il est le principal bénéficiaire de ses coups de butoir contre le noyau dur du monde arabe, mais contre l’Iran chiite, parvenue au rang de puissance du seuil nucléaire en dépit d’un embargo de trente ans, dont il projette d’en faire, après l’Egypte nassérienne dans la décennie 1960, et l’Irak baasiste dans la décennie 1980, un nouvel abcès de fixation en vue de détourner la foudre qui risque de s’abattre sur la dynastie wahhabite.
L’interview à la télévision israélienne de l’ancien Vice président syrien, Abdel Halim Khaddam, transfuge baasiste allié des Frères Musulmans, la participation de la branche syrienne des Frères Musulmans à un colloque de l’opposition syrienne à Paris, en juillet 2011, sous l’égide de Bernard Henry Levy, le fer de lance de la stratégie médiatique israélo américaine sur le théâtre européen, ainsi que le rôle de ministre occulte des affaires étrangères assumé par le philosophe français auprès de la rébellion libyenne ont jeté un voile de suspicion sur les motivations profondes de la confrérie.
Quarante deux ans de coopération stratégique avec les Etats-Unis ont débouché sur la judaïsation quasi complète de Jérusalem, la colonisation quasi-totale de la Palestine, l’implosion de l’Irak et la perte du pouvoir sunnite à Bagdad, le démembrement du Soudan par l’aménagement d’une enclave pro israélienne à l’embouchure du Nil, l’implosion de la Libye, sans pour autant que l’Arabie saoudite ne remette en question sa collaboration avec le Grand protecteur d’Israël, la caution de tous ses passes droits.
Le meilleur allié des pays occidentaux contre le nationalisme arabe et son partenaire essentiel dans l’implosion de l’Union soviétique, via la guerre d’Afghanistan, est, paradoxalement, le plus stigmatisé en la personne du petit fils d’un des fondateurs Tareq Ramadan par les intellectuels les plus pro américains de la scène européenne comme en témoignent les imprécations quasi quotidiennes de Sainte Catherine Fourest contre «Frère Tariq».
Des informations de presse ont fait état, de manière répétitive, de contacts entre les Frères Musulmans (FM) et l’administration américaine visant à la réhabilitation politique de la l’organisation pan islamique, particulièrement active alors en Egypte et en Libye, depuis le coup de force de l’Otan, de même qu’en Syrie, dans une moindre mesure en Tunisie, et dont la branche palestinienne n’est autre que le Hamas. La levée de l’ostracisme qui frappait la confrérie était destinée à s’assurer sa coopération dans la stratégie américaine et compenser quelque peu l’impéritie des Etats-Unis dans la zone, du fait de son impuissance face à Israël en ce qui concerne le gel de la colonisation et la relance des négociations israélo-palestiniennes.
La rencontre, en Mai 2011, au Caire du ministre français des affaires étrangères, M. Alain Juppé, avec des représentants de la confrérie, ressortissait d’un tel schéma, dont le terme ultime devait être, selon le schéma américain, la mise en parenthèse de l’hostilité de l’organisation pan islamique à l’Etat hébreu.
Le choix d’Israël contre l’Iran
Sous couvert de guerre contre le terrorisme, l’Arabie saoudite a opéré un rapprochement tangible avec Israël, criminalisant la confrérie des Frères Musulmans, renouant avec Mahmoud Abbas, dans une tentative de renflouement de la question palestinienne, la grande oubliée du «printemps arabe», en vue d’accompagner le règlement du conflit israélo-arabe selon un schéma américain conférant un statut minoré au futur état palestinien.
Mais la chute de la place forte islamiste de Yabroud en Syrie, le verrou de Damas, aux mains des forces gouvernementales syriennes, le 15 mars 2014, le jour même du référendum du rattachement de la Crimée à la Russie traduit une exacerbation de la rivalité des puissances entre le bloc atlantiste et ses adversaires, à l’effet de fausser les plans des Américains et de leurs alliés saoudiens tant en Syrie que dans l’hinterland stratégique de la Russie et propulser l’ancien Empire des tsars au rang d’interlocuteur fiable au niveau du Monde arabe, longtemps diabolisé du fait de l’athéisme marxiste soviétique.
La chute de Yabroud, 10 mois après le perte de Qoussayr, devrait sécuriser les voies de ravitaillement du Hezbollah libanais et tarir quelque peu le flux djihadiste de Syrie vers le Liban. Un tel développement stratégique, tant sur le plan militaire en Syrie que diplomatique en Ukraine, devrait donner plus d’écho à la retentissante mise en garde de Mahmoud Abbas, dépité par le comportement américain:
«Ne faites jamais confiance aux Américains. Si vous voulez récupérer vos droits, adressez-vous aux Russes», a lancé le dirigeant palestinien exacerbé par les nouvelles requêtes américaines concernant de nouvelles concessions palestiniennes en faveur d’Israël. Pour le lecteur arabophone, la totalité de cette déclaration sur ce lien: http://www.al-akhbar.com/node/202185
Ni l’offre du Qatar de louer à des prix faramineux les deux bases russes en Syrie, sur la Méditerranée, ni la proposition mirobolante de Bandar Ben Sultan d’un partenariat énergétique entre l’Arabie saoudite et la Russie, -un pacte de non concurrence dans le domaine du pétrole et du gaz, doublé d’un contrat militaire de 14 milliards de dollars-, n’auront eu raison du soutien russe à la Syrie en ce que Moscou a voulu apporter, dans la bataille de Syrie, au-delà des considérations stratégiques, la preuve de sa loyauté à l’égard d’un pays qui aura été, avec l’Algérie, le seul allié arabe fiable en dépit de l’effondrement de l’empire soviétique. Pour le lecteur arabophone, l’offre de Bandar à Poutine: http://www.al-akhbar.com/node/191263
Soldant sans état d’âme l’ère Bandar, l’ancien patron de la nébuleuse islamiste, la dynastie wahhabite pense avoir déblayé la voie à la grande réconciliation saoudo américaine, concrétisée par la visite à Ryad de Barack Obama, fin mars, une période correspondant à la reprise des négociations irano américaines sur le nucléaire iranien.
Dans un mouvement de balancier, le royaume saoudien a accordé le grand pardon royal à ses enfants prodiges djihadistes, diabolisant les Frères Musulmans, son ancien pupille, et, dans un ultime cadeau d’un roi octogénaire en phase crépusculaire de son règne, le Roi Abdallah a couplé cette démarche en impulsant une refonte de l’archaïque système éducatif saoudien, si préjudiciable à l’image du Royaume, à l’image de l’Islam et à la stratégie de ses alliés du bloc atlantiste.
Au-delà des rivalités de voisinage et des conflits de préséance, la diabolisation des Frères Musulmans, la matrice originelle d’Al Qaida et de ses organisations dérivées, apparait ainsi comme une grande opération de blanchissement des turpitudes saoudiennes et de dédouanement de la dynastie à son soutien à la nébuleuse du djihadisme erratique depuis son apparition dans la décennie 1980 lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan.
Un parrainage qui a valu à l’Irak d’assumer, par substitution, la fonction de victime sacrificielle d’un jeu de billard à trois bandes, en 2003, en compensation au châtiment de l’Arabe saoudite pour sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.
Cette décision à l’encontre d’une confrérie, qu’elle a longtemps couvée, qui fut de surcroît son instrument docile dans sa guerre contre les régimes républicains du versant méditerranéen du Monde arabe, témoigne du brutal retournement de situation à l’égard d’une organisation, jadis portée au pinacle désormais vouée aux gémonies.
A l’apogée de sa puissance au début du «printemps arabe», en 2011, l’unique formation transnationale arabe se retrouve à son périgée trois ans plus tard, en butte désormais aux coups de butoir conjugués de son pays d’origine, l’Egypte, et de son pays incubateur, l’Arabie saoudite, les deux plus grands pays arabes, le premier par sa puissance militaire, le second par sa puissance économique.
La criminalisation des Frères Musulmans s’est doublée, dans la foulée, de l’inscription sur la liste des organisations terroristes, deux autres de ses excroissances, le Front As Nosra de Syrie et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), et pour faire bonne mesure, deux organisations chiites, les rebelles zaïdites dits Houthis du Yémen, et, naturellement, le Hezbollah Libanais, le diable habillé en Prada iranien. Elle a coïncidé avec le grand chamboulement du personnel diplomatique opérant sur le front de Syrie avec la mise à l’écart d’une personnalité majeure du conflit, Robert Ford, le cerbère américain auprès de l’opposition off–shore et l’évacuation sanitaire du prince Bandar Ben Sultan, de même que l’exfiltration vers le Qatar du représentant français Eric Chevallier, ancien chargé de mission auprès de Bernard Kouchner, conséquence des revers du camp atlantiste en Syrie et du déferlement djihadiste qui s’en est ensuivi.
Un tel ravalement cosmétique devait doter les alliés arabes du bloc atlantiste d’une image bonifiée et offrir, dans l’esprit de ses ordonnateurs, une meilleure exposition médiatique à l’opinion internationale. Mais c’était sans compter sur le surgissement de Da’ech, fruit de la copulation contre nature entre la grande démocratie américaine et le royaume des ténèbres saoudiens.
Cette crise, la plus violente depuis la création du Conseil de coopération du Golfe, il y a trente ans, parait devoir entraver le fonctionnement de l’ultime instance régionale de coopération arabe encore en activité.
En pointe dans le combat de la contre révolution arabe, ce syndicat des pétromonarchies du Golfe, sous haute protection militaire occidentale, parait devoir réduire sa voilure, non seulement en raison de la guerre entre les frères ennemis du wahhabisme, mais aussi du fait du souci du 6eme membre, le Sultanat d’Oman, de se maintenir à l’écart de ce conflit fratricide, cherchant auprès de l’Iran un contrepoids à la prééminence du duo saoudo qatariote au sein de cette organisation. Un pont reliant Oman à l’Iran devrait être édifié via le détroit d’Ormuz concrétisant l’alliance scellée à l’occasion de la visite du président iranien Hassan Rouhani à Mascate, le 12 mars 2014. Formé des six pétromonarchies du Golfe, (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Koweït, Qatar, Sultanat d’Oman), le Conseil de Coopération du Golfe a été mis sur pied dans la décennie 1970 au moment de l’accession à l’indépendance de l’ancienne côte des pirates, dans la foulée du retrait britannique à l’Est de Suez. Les six pétromonarchies abritent chacune une importante base occidentale, faisant de la zone la plus importante concentration militaire atlantiste, hors de l’Otan.
Que le Mufti de l’Otan (87 ans) soit parvenu, au soir de sa vie, à saborder les relations entre les meilleurs alliés de l’Otan, ses supplétifs dans la recolonisation du Monde arabe donne la mesure de la fragilité de cet édifice et de ses adhérents.
Une guerre à outrance entre La Mecque de l’Islam et la Mecque des Frères Musulmans
La rivalité entre Qatar et l’Arabie est historique quoique feutrée. Elle remonte à la fondation du royaume wahhabite au début du XX me siècle, lorsque le Roi Abdel Aziz, fondateur de la dynastie wahhabite, avait ordonné le rattachement du Qatar à la province saoudienne d’Al Hassa, faisant de la principauté un département de son royaume. Un contentieux résolu en 1965 à la suite de fortes pressions de Haut-Commissaire britannique enjoignant aux deux pays de ratifier un accord de délimitation des frontières.
Le rebond de la crise résulte tant du refus viscéral de l’Arabie saoudite de cautionner des coups d’état comme mode de changement de régime au sein des pétromonarchies, -comme ce fut le cas à deux reprises au Qatar-, que de la volonté de Doha de se soustraire de la tutelle de l’Arabie saoudite, pesante sur le fonctionnement du Conseil de coopération du Golfe. En soutenant les Frères Musulmans, honnis par la dynastie wahhabite et les Houthistes du Yémen, le Qatar a exacerbé les tensions entre les deux monarchies. http://www.al-akhbar.com/node/202041
La mise à l’index des Frères Musulmans tant par l’Arabie saoudite qu’auparavant par l’Egypte a fragilisé considérablement la branche syrienne de la confrérie, un des principaux vecteurs du combat anti Assad, de même que les formations rigoristes sunnites de Tripoli (Nord Liban), dont les membres, tiraillés entre leurs anciennes excroissances djihadistes, -Jabhat An Nosra et Da’ech-, paraissent devoir payer le prix de ses divisions.
Les rencontres répétées avec les dirigeants israéliens de Turki Ben Faysal, leparrain originel d’Oussama Ben Laden durant la guerre d’Afghanistan, dans la décennie 1980, tant à Monaco, le 10 décembre 2013, avec son ancienne collègue du Mossad Tzipi Livni, chargée des négociations avec les Palestiniens, qu’à Davos, en février 2014 avec le président israélien Shimon Pérès, de même que le déplacement à Ramallah du prince Walid Ben Talal ont constitué les signes avant-coureurs de cette évolution. De même que l’attribution par l’Arabie saoudite à une société israélienne la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Doubaï, le lieu même du meurtre du dirigeant militaire du Hamas Al Mabhouh.
La maison-mère G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons dans les territoires occupés palestiniens, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes. Dans le monde arabe, elle emploierait 44 000 personnes dans 16 pays, notamment aux aéroports de Bagdad et de Dubaï.
Outre l’intérêt financier de ces contrats, la filiale saoudienne de la société israélienne Al Majal G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.
A l’instar de son rival du Qatar, la dynastie wahhabite, pour la survie de son trône, a fait donc le choix d’Israël contre l’Iran, pourtant en phase ascendante……sous couvert de lutte contre les Frères Musulmans, dont l’alliance contre nature avec le philo-sioniste Bernard Henry Lévy tant en Libye que dans la bataille de Syrie ne leur a été d’aucun secours, de même que leur rôle de facteur de nuisance des Etats Unis dans la zone depuis la fin de la 2eme guerre mondiale.
La centralité de l’islam wahhabite dans la sphère spirituelle musulmane ne saurait souffrir la moindre compétition. Tel est le message de la dynastie wahhabite aux éventuels contestataires de son leadership. Autrement dit, «plus religieux que les wahhabites tu meurs».
Dans un contexte exacerbé de surcroît par l’accession de l‘Iran au statut de «puissance du seuil nucléaire», la confrérie pouvait-elle demeurer, sans dommage, la courroie de transmission de la diplomatie saoudo américaine? Sera-telle, du fait de la scissiparité qui la menace, phagocytée par la révolution?
Destituée en Egypte après un an de pouvoir, mise à l’index à Gaza en dépit du succès électoral de sa branche palestinienne, le Hamas, sur la défensive en Tunisie, débordée sur son extrême droite par des groupements dont elle a constitué l’ossature militaire et idéologique (Al Qaida et Jabhat An Nosra), la confrérie surmontera-t-elle sa pente naturelle en cherchant à briguer des responsabilités bonifiées par les enseignements de ses errements longtemps calamiteux pour l’ensemble de la sphère arabo musulmane?
Au XX me siècle, à l’apogée de la guerre froide, face à l’ennemi officiel de ses parrains, l’Union soviétique, les Frères Musulmans ont parfaitement rempli leur mission, contribuant à l’implosion de l’ogre athée en Afganistan, et à la déstabilisation de ses alliés arabes, l’Egypte et la Syrie.
Au XXI me siècle, l’ennemi à abattre est un pays musulman, l’Iran chiite en voie de nucléarisation, un défi autrement plus douloureux en ce que la confrérie et la révolution islamique iranienne ont constamment veillé à observer un modus vivendi entre leur deux systèmes politiques à fondement religieux et, à leur décharge, à prévenir les guerres instestines interreligieuses, sur une base sectaire.
L’irruption du dijihadisme salafisite takfiriste à l’échelle planétaire, particulièrement l’Etat Islamique, a changé la donne en ce que le disciple se veut «incontrolable», dans son combat tous azimut, sa sulfateuse omnidirectionnelle, aussi bien contre les impies que contre les rénégats. Une posture qui convient mieux à la configuration géostratégique de la zone et aux prédispositions mentales de son parrain originel: la dynastie wahhabite, engagé dans une politique de la terre brulée pour la survie de son trône.
Une alliance de revers entre l’Iran et la confrérie des FM pourrait prendre en tenaille leur adversaire commmun saoudien, par un dépassement de l’antagonisme chiite sunnite. Un retournement qui rendrait caduc le discours wahhabite et obsolète l’instrumentalisation de son succédané Da’ech.
Pour ce faire, il incomberait auparavant aux Frères Musulmans d’Egypte, la matrice de l’organisation, de se purger de ses scories, en s’amputant de sa branche syrienne virusée par sa connivence avec les groupements takfirites dans la guerre de Syrie et qui menace de gangréner l’ensemble de la confrérie. Quelque soit le détenteur du pouvoir au Caire, le maréchal Abdel Fatah Sissi ou les Frères Musulmans, une convergence entre l’Egypte et l’Iran réduirait nécessairement la nuisance de la triplette Israël-Turquie-Arabie saoudite. N’est pas Clausewitz qui veut.
Faute d’un sursaut salvateur, à défaut d’une sérieuse remise en cause de son mode opératoire, à n’y prendre garde, le doyen des mouvements fondamentalistes du Monde arabe et musulman pourrait apparaître rétrospectivement comme un vestige de la guerre froide soviéto américaine… Avec comme unique trophée les stigmates de son parcours erratique, qui fera passer dans l’histoire cette formation quasi centenaire comme une NEO (Net Errors and Omissions) par excellence de cette séquence, comme il se dit dans la comptabilité occulte des paradis opaques saoudo-américains.
L’histoire retiendra que le poignard dans le dos des Frères Musulmans a été planté, non par de mécréants laïcs, ou d’affreux nationalistes arabes, voire même d’horribles communistes, mais par un régime théocratique se réclamant de la même religiosité intégriste qu’eux. Le commerce de la religion peut réserver, parfois, de bien vilaines surprises.
Références
- Pour une problématique de l’alliance de l’Islam sunnite avec les Etats-Unis d’Amérique depuis la fin de la II me Guerre Mondiale, Cf à ce propos «Les Révolutions arabes ou la malédiction de Camp David» René Naba, Editions Golias – Mai 2011.
- Les Frères Musulmans ailleurs dans le Monde arabe
Notes
- En Syrie sur ces liens https://www.madaniya.info/2014/09/01/freres-musulmans-syrie-et-organisations-takfiristes/
- https://www.madaniya.info/2014/09/01/revolte-hama-1982-repetition-generale-du-soulevement-syrien-2011/
- En Palestine, la confrérie est représentée par le Hamas (le Mouvement de la résistance islamique créé en 1987), dont la charte précise bien la filiation avec «le Mouvement de la résistance islamique, l’une des ailes des Frères Musulmans en Palestine». Vainqueur des élections législatives de 2006, avec soixante quatorze sièges contre quarante cinq pour le Fatah, le gouvernement Hamas d’Ismail Haniyeh sera tout de même évincé par le président Mahmoud Abbas en juin 2007, lorsque les forces armées du Hamas ont pris par la force le contrôle de la bande de Gaza. La branche jordanienne des Frères Musulmans (créée en 1942) est le principal parti d’opposition du pays, le seul parti politique jordanien toléré par le roi Hussein, sous le nom de « Front islamique d’action».
- Au Soudan, Les Frères Musulmans sont présents depuis 1949 et ont pour chef Hassan Al-Tourabi. Des partis islamiques kurdes sont également plus ou moins proches des Frères Musulmans.
- L’Union islamique du Kurdistan est présente au Parlement kurde, mais reste minoritaire face à des partis laïcs comme l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) du président irakien Jalal Talabani, et le Parti démocratique du Kurdistan de Massoud Barzani, chef du district du Kurdistan irakien.
- La tentative d’OPA des salafistes égyptiens sur le mouvement contestataire égyptien 29 juillet 2011 à Tahrir, «le vendredi de la réaction et du sectarisme vu par Hossam El-Hamalawi http://egyptesolidarite.wordpress.com/2011/08/06/29-juillet-2011-a-tahrir-le-vendredi-de-la-reaction-et-du-sectarisme-vu-par-hossam-el-hamalawi/
- Sur les perspectives post révolutionnaires des relations Armée Frères Mususlmans. Cf Analyse des racines de la «révolution démocratique» en Egypte par Omar El-Shafei http://egyptesolidarite.wordpress.com/2011/07/22/analyse-des-racines-de-la-revolution-democratique-en-egypte-par-omar-el-shafei/
- Ainsi que le cri d’alarme de 36 ONG le 24 août 2011 au Caire qui dénoncent les «successeurs du régime Moubarak et leurs assauts répétés contre la société civile et la liberté d’association».
René Naba
Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l’Association d’amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Editorialiste Radio Galère 88.4 FM Marseille Emissions Harragas, tous les jeudis 16-16H30, émission briseuse de tabous. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.
- Aymane Al-Zawahiri, le N°1 d’Al Qaida depuis l’élimination d’Oussama Ben Laden le 2 mai 2011.
« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »
– Keiko, Londres
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– Olivia, Paris
