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  • PARDEM, DPC, RPS-FIERS, PRCF, JRCF: APPEL COMMUN contre le danger croissant de guerre mondiale

    PARDEM, DPC, RPS-FIERS, PRCF, JRCF: APPEL COMMUN contre le danger croissant de guerre mondiale

    La longue séquence électorale récente a distrait le public français du principal danger immédiat qui pèse sur l’avenir de la France, les nations du continent européen et de l’humanité : celui d’un « conflit mondial de haute intensité ». Washington et ses vassaux du monde anglo-saxon, l’Union européenne arrimée à l’OTAN et le Japon en cours de remilitarisation, sans oublier les terroristes d’État qui gouvernent Israël, forment ce bloc hégémoniste qui semble prêt, s’il le faut, à déclencher une conflagration mondiale possiblement nucléaire et exterminatrice pour conserver à tout prix sa domination sur les ressources et les destinées de la planète.  Face à ce bloc, la Russie, considérant que sa sécurité est menacée, est prête à se défendre jusqu’au bout.

    De plus, de la Baltique à la Péninsule coréenne en passant par l’Ukraine, par le Proche-Orient aux portes de l’embrasement général, par le Golfe persique, par le Détroit de Taiwan, par la Mer de Chine, une forme de « Rift » (1) planétaire  oppose de plus en plus les tenants de l’hégémonie euro-atlantique partisans de l’unilatéralisme étatsunien dans le monde et de l’unilatéralisme israélien à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et en Iran, et d’autre part un nombre croissant de pays qui, autour des BRICS, aspirent à un nouvel ordre mondial fondé sur le multilatéralisme, sur le refus des ingérences impérialistes, sur la coopération internationale et sur le partage des ressources, tout cela dans le strict respect de la Charte de l’ONU.

    Ce même unilatéralisme étatsunien s’exprime aussi par les blocus cruels imposés à Cuba, au Venezuela, au Nicaragua, ou par la tentative de l’affidé Macron, sous-traitant de l’ordre hégémonique présentement ébranlé en Afrique, d’étouffer économiquement les gouvernements dont le tort est de prétendre rompre avec la Françafrique néocoloniale. 
    Que ce soit en Ukraine, où la guerre a été provoquée par l’entêtement de l’UE-OTAN à s’étendre jusqu’aux frontières russes en installant et en soutenant le régime ultranationaliste de Zelensky et qui va jusqu’à glorifier le massacreur antisémite Bandera ; à Gaza, où le gouvernement potentiellement fauteur de guerre mondiale de Netanyahou ajoute à son génocide en cours de multiples actes irresponsables de nature à régionaliser le conflit (attaques contre la Syrie, le Liban et l’Iran) ; dans l’Indopacifique, où les États-Unis enveniment la situation en refusant de fait le principe selon lequel « il n’y a qu’une Chine » ; en Corée, où le principal obstacle à la cohabitation nord-sud est la présence nucléaire permanente de l’armée américaine depuis 70 ans ; tous les ingrédients d’une nouvelle guerre mondiale s’accumulent chaque jour, Donald Trump et Kamala Harris surenchérissant l’un sur l’autre en matière de déclarations martiales. 

    Or, non seulement la France ne joue plus le rôle international indépendant, non aligné et modérateur qu’elle eut jadis sous la présidence du Général de Gaulle, mais Macron se comporte en chef de file des va-t-en-guerre européens en faisant de la France une puissance co-belligérante de facto en Ukraine. Le « saut fédéral européen » en marche qui vise en outre à dissoudre la République française souveraine dans un Etat européen arrimé à  l’OTAN accélérerait et rendrait irréversible la marche vers une guerre comportant un risque d’anéantissement direct pour la population française.

    Dans ces conditions, le PARDEM, la DPC, FIERS, le PRCF et la JRCF alertent solennellement le mouvement populaire, la jeunesse, les syndicalistes, la gauche populaire, les défenseurs de la paix et de l’indépendance nationale, en les adjurant de porter à un tout autre niveau la mobilisation contre le génocide en cours à Gaza, pour la désescalade en Ukraine, pour le retrait de la France de l’OTAN, pour la dénonciation du traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle (22 janvier 2019), pour le retour à une défense nationale exclusivement dédiée à la défense du territoire national, pour une diplomatie française centrée sur la reconstruction urgente de la paix mondiale. 

    (1)  Rift = Fossé d’effondrement (géologie)

  • Anne-Cécile Robert-« Le peuple doit redéfinir les règles du jeu politique »

    Anne-Cécile Robert-« Le peuple doit redéfinir les règles du jeu politique »

    16/07/2024- Propos recueillis par Laurent Ottavi.


    Laurent Ottavi (Élucid) : Beaucoup de médias se sont fait l’écho de la « crainte » des marchés et des « partenaires » européens vis-à-vis des programmes du Rassemblement national et du Nouveau Front Populaire. Avant même le moment des élections, la façon dont les débats ont été posés et le climat de peur instauré n’ont-t-ils pas préparé à une défaite du politique ?

    Anne-Cécile Robert : La contrainte extérieure est un sujet aussi vieux que la politique, qui ressurgit régulièrement par la voix des conservateurs attachés au statu quo. Il en était déjà question sous la Révolution française avec la menace exercée par les monarchies européennes sur le pays. L’argument de la contrainte extérieure tel qu’il est utilisé aujourd’hui est extrêmement flou. Il serait recevable s’il consistait à prendre acte et à tirer les conséquences d’une nouvelle géopolitique, marquée par l’émergence des BRICS notamment et l’avènement de grands changements internationaux, y compris aux États-Unis.

    La contrainte extérieure, dans ce cadre, pousserait au changement, à la transformation, à la rupture avec des modes de pensée qui remontent à l’après-guerre, si l’on songe par exemple à la construction européenne. Au contraire, tel qu’il est brandi, l’argument de la contrainte extérieure est surtout idéologique. Il vise à prolonger les politiques néolibérales des dernières décennies, au nom de la peur des marchés et de l’inviolabilité des traités européens. La contrainte extérieure est parée d’une fausse objectivité qui lui donne un caractère incontestable.

    Pourtant, le réel vaut par la manière dont on l’interprète. L’existence d’un déficit budgétaire en France est, par exemple, un fait reconnu par tous. Par contre, les causes de ce déficit et les manières de le résoudre font l’objet de débats entre économistes d’un même niveau de diplôme, tous aussi compétents, mais reposant sur des interprétations diamétralement opposées.

    Anne-Cécile Robert : En créant du fatalisme, l’argument de la contrainte extérieure dépolitise les débats. Il s’inscrit en faux contre une tradition héritée de la Renaissance selon laquelle l’homme peut être maître de son destin par le dialogue, la raison, la réflexion et le constructivisme politique. Je vois donc dans l’utilisation de l’argument de la contrainte extérieure une extrême régression.

    L’émotion est l’un des aspects de cette régression. Elle consiste à faire peur, à jouer sur l’irrationnel et à abaisser les citoyens au niveau de leurs « ressentis immédiats », eux-mêmes construits, car ils répondent à une peur provoquée, organisée et construite via les médias, les réseaux sociaux et les campagnes politiques.

    L’alliance du Nouveau Front Populaire a permis à la gauche d’avoir le plus de sièges, mais tous les partis qui la composent n’ont pas le même rapport à la contrainte extérieure représentée par l’Union européenne. Ce qui a permis la victoire du NFP n’est-il pas aussi ce qui l’empêcherait d’agir ?

    Le Nouveau Front Populaire était avant tout une alliance électorale. L’ambiguïté est venue du fait qu’elle s’est transformée en alliance programmatique. Dès lors, les points de divergence, loin d’être secondaires, ont été mis de côté, et notamment la question européenne. De plus, il n’est pas sûr que tous avaient une pensée très au clair sur ce sujet, certains membres de la coalition ayant beaucoup évolué dans leurs prises de position ces dernières années.

    Un des risques auxquels le Nouveau Front Populaire est confronté, comme d’autres (LR, le RN) est donc qu’un évènement vienne mettre en relief toutes ces divergences internes. Je pense notamment à la discussion sur le budget au mois de septembre. La Commission européenne formulera alors des recommandations dans le cadre du Semestre européen. Les différences de crédit que les différents groupes politiques accorderaient aux dites recommandations ou de visions du déficit budgétaire risqueraient d’apparaître au grand jour.

    Pendant la crise dite des « dettes souveraines », Alexis Tsipras avait suscité un grand espoir qui a fini déçu faute d’envisager une rupture avec le cadre supranational et l’euro. La gauche française prétend échapper à l’impuissance politique qui était celle de la Grèce pour la seule raison que la France est un grand pays. Cet argument vous semble-t-il suffisant ?

    Il est effectivement improbable que l’Union européenne survive au départ de la France. Il n’en est pas moins nécessaire de poser clairement la question européenne en France. Cela a été fait pour la dernière fois en 2005, au moment du référendum sur le TCE. Depuis, la question est contournée. Avant le Nouveau Front Populaire, le RN a abandonné certaines de ses prises de position, sur l’euro par exemple. Les Républicains ne sont pas plus au clair.

    Dans les années 1950 et 1960, nous avions des attentes et des intérêts bien définis. L’Europe était un moyen de réconcilier la France et l’Allemagne, un vecteur de puissance après la perte de l’empire colonial et une manière de sauver notre agriculture. Aujourd’hui, il n’y a plus de grand débat politique. La campagne européenne de juin a peu abordé ces enjeux au profit de questions nationales qui butent pourtant… sur nos engagements européens ! C’est la même chose pour les élections présidentielles.

    Quelles sont les raisons de cette absence de débat politique ?

    L’une d’entre elles est que la question européenne ne recoupe pas le clivage gauche-droite. Elle le traverse et le transcende. Au sein de la gauche, comme au sein de la droite, des gens pensent des choses diamétralement opposées, par exemple sur le fédéralisme ou le modèle économique (libre-échange, industrie, « croissance verte », etc.). D’où l’angle mort sur ce sujet du programme du Nouveau Front Populaire, comme de l’accord de la NUPES pour les élections législatives de 2022.

    Cela ne veut pas dire que le clivage gauche-droite n’est pas pertinent de façon générale. Il l’est plus que jamais pour tout ce qui touche au capitalisme et à la question sociale. Il trouve néanmoins ses limites sur la question européenne et internationale plus généralement.

    L’option gouvernementale souhaitée par les macronistes semble être une coalition du « centre » ou un gouvernement dit « technique ». Que vous inspire cette seconde possibilité ?

    Un gouvernement technique est une vue de l’esprit, car la technique est forcément politique. Je rappelle à ce sujet le discours de Pierre Mendès-France de 1957 contre le traité de Rome. Tout un passage, dans lequel il critique la création de la Commission européenne, explique précisément comment on fait de la politique au nom de la technique.

    L’expression sert à justifier un gouvernement de transition qui viserait à maintenir le statu quo, à savoir les options néolibérales déjà engagées depuis un certain nombre d’années. On se paie de mots pour ne pas avoir à trancher politiquement la question et ne pas avoir de discussion politique entre citoyens. Il nous faudrait au contraire politiser les débats au sens noble du terme, avoir des discussions politiques libres et raisonnées sans anathème.

    Vous vous intéressez aussi beaucoup aux questions internationales. Quels effets un blocage institutionnel risque-t-il d’avoir sur le positionnement français ?

    Il n’y a pas de consensus actuellement en France sur les grandes crises internationales, ni sur le conflit russo-ukrainien, ni sur le conflit entre Israël et Gaza, pas même sur la politique africaine ou la relation à la Chine. Dans une situation d’extrême fragmentation de l’Assemblée nationale et de cohabitation de fait, les positions françaises risquent d’être encore plus floues.

    Au mieux, si le climat international ne se dégrade pas davantage, nous aurons un an à attendre avant une nouvelle dissolution qui pourrait, sans certitude néanmoins, remettre la machine en route. Cette perspective est hautement improbable cependant. La situation actuelle est donc très dangereuse. Si la situation se dégradait en Ukraine ou si les États-Unis poussaient au conflit avec la Chine, le gouvernement, au sens du Président de la République et des ministres, ne serait pas forcément en capacité d’action. Les institutions de la Ve République sont aujourd’hui inadaptées aux défis internationaux.

    Quel que soit le scénario (gouvernement technique, coalition centrale, gouvernement NFP, etc.), le plus probable n’est-il pas une intensification du ressentiment du peuple français ?

    Nous sommes dans une crise politique extrêmement profonde. Toutes les personnes élues lors des élections législatives l’ont été dans un cadre contraint. Ceux qui ont gagné ont surtout gagné un concours de circonstances, dans la précipitation et une logique de peur et de barrage et non pas au terme d’un débat politique libre, raisonné et serein. Il n’y a donc pas vraiment de victoire, pour personne.

    Si l’on ajoute à cela le fait que le Président de la République lui-même, et les assemblées nationales de 2017 et 2022 procèdent d’une minorité d’électeurs, il me semble que nous sommes aujourd’hui dans une crise de régime et je ne vois pas comment nous pourrions décider de choses censées et légitimes dans ce contexte. Les dernières élections législatives ont seulement repoussé l’échéance. Plus le statu quo se poursuit, plus le ressentiment et la colère risquent de croître au profit de l’extrême droite.

    Si l’on tient à la Ve République, il semble y avoir deux options de déblocage : l’article 11 du retour au peuple ou l’article 16 avec le risque d’une dérive autoritariste. Sinon, le déblocage passerait par la création de nouvelles institutions. Est-ce un bon résumé de la situation ?

    André Bellon décrivait cette alternative dans un article paru en 2014 dans Le Monde diplomatique, intitulé « Bonapartisme ou Constituante ». Notre histoire nationale hésite toujours entre des solutions autoritaires et personnelles – ce que l’on appelle le bonapartisme et que l’on retrouve à travers Napoléon Ier, Napoléon III et le Général de Gaulle, aujourd’hui incarné possiblement à travers des personnalités comme Emmanuel Macron ou Marine Le Pen – et des solutions collectives, tel que l’ont manifesté la Révolution française, la Révolution de 1848 et la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, qui implique aujourd’hui un retour au peuple.

    Une nouvelle fois, il nous faut trancher entre les deux modalités, et donc poser les termes du débat politique en ces termes. Seul un changement de nos institutions qui passe par la convocation des électeurs dans une Assemblée constituante, et qui modifierait le mode de scrutin et la place du Parlement, pourrait à mes yeux ouvrir une perspective positive.

    Cette autre République que vous appelez de vos vœux devrait-elle accorder beaucoup plus de place à la démocratie directe ?

    C’est l’un des éléments oui. Les citoyens ont aujourd’hui le sentiment de ne pas être représentés et de nombreux indicateurs montrent qu’il ne s’agit pas seulement d’un sentiment. Parmi eux, rappelons que les Français avaient rejeté le TCE en 2005, validé par ensuite 96 % des élus ! La démocratie directe n’est pas antinomique toutefois d’une revalorisation de la démocratie représentative qui ne manifeste plus ses vertus actuellement. Les comptes-rendus de mandat, le mandat impératif, l’attribution de plus de pouvoir au parlement sont autant de moyens d’y arriver.

    J’attire par ailleurs l’attention sur un risque peu souligné d’usurpation d’un changement de République, dans un sens conservateur et oligarchique, par des experts autoproclamés et quelques groupes politiques. Je remarque en effet, à la lecture des pages débat dans la presse, quantité de constitutionnalistes et de comités Théodule cherchant à capter la crise de régime pour faire avancer leurs propres solutions en écartant les électeurs du débat, et à occuper l’espace au détriment de la souveraineté populaire. Le peuple doit se saisir lui-même de ce qui est un bien commun, les institutions et les règles du jeu politique. C’est à lui de les redéfinir.

    Vous parliez de la politique au sens noble. Ce changement d’institutions doit-il s’accompagner aussi d’une nouvelle conception du politique qui réintègre la notion d’ultimatum, à l’image de la politique de la chaise vide pratiquée par le Général de Gaulle ?

    Je ne formulerai pas les choses ainsi. Il nous faut retrouver les moyens d’une volonté politique qui ne se manifeste plus aujourd’hui ou alors seulement par défaut. Faire barrage ne crée pas une volonté politique. Il nous faut donc redéfinir et reconstruire une volonté politique par le jeu du débat démocratique.

    Une fois que cette volonté politique, émanation du corps politique, c’est-à-dire du peuple souverain, adviendra, les modalités que vous évoquez sont possibles, mais au même titre que le compromis et l’alliance. Toute la palette de l’action redevient accessible et le choix des moyens d’action dépendra de ce qui est jugé essentiel ou secondaire.

  • Boumediene Lechlech – Genèse, caractéristiques, évolution et perspectives du « Hirak » algérien.

    Boumediene Lechlech – Genèse, caractéristiques, évolution et perspectives du « Hirak » algérien.
    Alors que les discours, tous plus faussaires les uns que les autres refont surface sur un retour du "Hirak" l'Ecole populaire reprend sur notre site  cette étude d'inspiration marxiste- léniniste 
    Je recommande la lecture attentive de cette étude, d'autant que mes analyses produites et publiées à chaud pendant la grande mobilisation populaire, [que je refuse de nommer "Hirak" bien qu'ayant utilisé cette appellation à sa génèse avant de m'apercevoir qu'on voulait nous faire croire à un phénomène cohérent et homogène, de "caractère organique"] converge largement avec le travail du camarade Boumediene Lechlech.
    Bonne et attentive lecture.
    Mohamed Bouhamidi

    Dans cette modeste contribution, sur la base d’une tentative d’approche marxiste-léniniste(1) de l’histoire immédiate, sur le « Hirak » ou soulèvement populaire, je  m’appuierai sur une reconstitution chronologique approximative des divers faits marquants amassés dans les sources journalistiques et orales de première main, en plus de certains échanges avec des camarades et ami(e)s, d’internet (avec la nécessaire prudence exigée à cause de la propagande perfide – fake news – des protagonistes), et de l’observation directe de l’événement à Oran pendant plusieurs semaines et Alger pendant le 8 novembre 2019 et les 21 /22 février 2020. N’ayant pas accès aux sources policières et autres archives publiques des services de renseignements, importantes pour confronter les diverses données, et suffisamment de recul, je considère livrer ici une brève analyse préliminaire sur le déroulement enchainé et apparent des séquences de cet événement historique qui nécessite d’être approfondie à l’avenir lorsque toutes les faces cachées seront plus visibles aux chercheurs. La prudence et le doute s’imposent encore plus dans ce cas.

    En 2014 j’avais souligné, dans une contribution politique sur les instruments politiques de la révolution, le rôle primordiale du ‘’… mouvement des masses populaires que rien  ne  remplacera,  pas   même  les  trois  instruments  politiques nécessaires réunis ensemble…’’.(2) En faisant allusion au parti d’avant-garde de la classe ouvrière et ses cadres d’alliance impératifs durant cette étape.

    D’une petite étude historique critique consacrée aux manifestations populaires de décembre 1960, en 2011, j’extrais de la première note la remarque suivante:

    ‘’L’auteur n’est pas  partisan  de  la conception policière de l’histoire qu’il trouve même dangereuse, mais pense qu’à  chaque facteur il faut donner sa juste proportion. Le pouvoir d’Etat politique  depuis la nuit des temps use de  services spéciaux  dont  l’action  en  progrès constant  est  secrète et  déroutante , et  mérite l’attention  de  l’historien comme  toute  autre  forme d’action de masse , médiatique , diplomatique , militaire , politique … Et  c’est  la sous-estimation de l’étude  de  l’histoire de  la fonction  secrète qui  serait étonnante  pour  la compréhension globale  du  passé , en éclairant  au  maximum ses multiples énigmes et  sa  face  cachée . C’est  tout  l’art  du métier  d’historien qui  doit  bannir  « la  théorie  ou  plutôt   le  mythe  du complot  »   sans  négliger l’étude scientifique de « l’iceberg de l’histoire » qui  relève des  méthodes du monde de  l’espionnage et  du  contre-espionnage , des hommes de l’ombre comme on dit dans leur propre jargon.’’ (3)

    J’ai déjà fait une contribution succincte sur le « Hirak » en septembre 2019, sous forme d’analyse de la situation politique nationale(4) et un texte de projet de déclaration de principe à la veille du 1er novembre 2019 qui caractérise la phase que traverse l’Algérie de façon condensée et détermine les  orientations  générales  d’une  ligne de conduite comme alternative propice à débattre. C’était  à la  veille du  scrutin  des présidentielles du 12 décembre 2019, pour lequel avec un groupe informel de camarades  de  l’ex-P.A.G.S., nous  avons   appelé   à  y  participer  tactiquement  par  un bulletin  nul,(5)  alors  que  jusque-là, on  avait  toujours  boycotté  toutes  les  élections durant le long règne du président coopté et imposé à notre peuple et qui lui promit démagogiquement au début, la dignité «  العـزة و  الكـرامة» mais en finalité, lui servit par le stratagème de la ruse politicienne l’avilissement et le mépris.

    Dés le début du « Hirak », j’ai fait circuler l’information d’un politologue iranien de source des renseignements de son pays, qui signalera dans le journal libanais El Akhbar en arabe, le déploiement de forces opérationnelles aux diverses frontières de l’Algérie dans des bases occidentales (U.S.A., France, Israël) pour guetter l’évolution de la situation du mouvement populaire. Cette  information  sera très vite reprise par la presse algérienne écrite et électronique. (6)

    Le dit « Hirak » algérien s’était déclenché progressivement sous forme de contre-manifestations, dans un mouvement ascendant, en réaction et rétroaction aux multiples   regroupements   initiés   par  l’alliance  bouteflikienne  au  pouvoir, dans  le cadre des présidentielles d’avril 2019 autour d’un «portrait» d’une semi-momie. Il a eu comme facteur déclenchant principal, l’annonce du 5éme mandat vécue par le peuple algérien comme une humiliation et une remise en cause du caractère républicain de son Etat-National, acquis de la guerre d’indépendance nationale, avec le soutien extérieur des pays qui ont parrainé  depuis 1999  l’accession au pouvoir  du despote Abdelaziz Bouteflika, France-U.S.A.-E.A.U. et paradoxalement, l’opposition de l’Etat profond qui l’avait intronisé au début et soutenu pendant les trois premiers mandats, en modifiant la constitution sur le nombre des mandats présidentiels. La police politique dirigée par le général-major Mohamed Mediène dit Toufik – dont l’hégémonie planait sur les deux autres pôles du pouvoir (Présidence et Etat-major) depuis 1992 – n’ayant pas réussi à surseoir au 4éme mandat, avait perdu sa prééminence au profit de l’Etat-major de l’A.N.P. dirigé par le défunt général-major Ahmed Gaïd Salah depuis 2013, tout en gardant une forte influence sur la société civile et l’appareil d’Etat à travers la toile tissée de ses réseaux d’auxiliaires qui n’épargna aucune sphère avec toutes ses ramifications tentaculaires.(7) Cette rivalité chronique trouve ses profondes racines historiques dans le conflit permanent entre maquisards et D.A.F.(8) surtout à partir de la création de l’E.M.G. unifié en 1960 au sein de l’A.L.N. sous la direction du défunt colonel Houari Boumediene, transposé dans l’A.N.P. après l’indépendance en 1962 et se cristallisant pendant les crises successives  dans  les  luttes  autour  du  pouvoir  disputé   par  les multiples   franges de  la  petite bourgeoisie qui en avait l’hégémonie ; ensuite celles de la bourgeoisie conquérante des hautes sphères de ses arcanes depuis l’ère de l’infitah libéral de 1981 qui fortifia progressivement sa domination sur les rouages de l’économie.(9)

    Tous les indices démontrent que ce sont les mêmes réseaux agissant timidement contre le 4éme mandat, qui s’étaient redéployés dans une offensive acharnée  contre le 5éme et cette fois-ci avaient leur propre candidat sosie en la personne du général Ali Guediri, même si l’appel à manifester le vendredi 22 février 2019 demeura anonyme. Ils constituaient la principale force politique avec leurs relais dans les partis de toutes obédiences, les associations, les syndicats, les médias, les appareils de l’Etat, les assemblées, les centres de recherche, les ‘’réseaux sociaux’’ (facebook et Youtube)…animés par les dhoubabs (trolls) et des agitateurs-propagandistes et manipulateurs professionnels  (Bensedira, Rahmani, Derradji…)(10) voire  anonymes  et  un  éclaireur-voltigeur  politique, déguisé  en  faux-candidat  qui  sillonna  le  territoire  national  de  bout  en  bout, chauffant  les  esprits  des  jeunes algériens, soulevant ‘’la populace’’ contre la mascarade électorale par une pré-campagne sous forme de contre-mascarade. Il s’était déjà illustré comme candidat en 2014 en Algérie et même en France auparavant, en l’occurrence Rachid Nekkaz, un B.H.L. franco-algérien, capitalisant une expérience appréciable dans la stratégie et les techniques de manipulation des foules et ayant à sa disposition une manne financière inépuisable le dotant d’un don d’ubiquité qui lui permit de narguer partout l’équipe de l’homme figé au fauteuil roulant, y compris en Suisse où il a été évacué pour le rendre plus présentable, au moment opportun du scrutin explosif.(11)

    Il est vrai que d’autres forces politiques se sont aussi préparées contre le 5éme mandat, gravitant autour de la nébuleuse islamiste à travers la chaine T.V. d’El- Magharibia et les ‘’lives’’ des leaders de Rachad, le mouvement berbériste et la chaîne berbère T.V., la social-démocratie avec toutes ses variantes dont le trotskysme, l’opposition libérale… et avaient décidé de s’engager dans la bataille des élections présidentielles. Le candidat de l’Etat profond s’était même distingué des autres, acceptant de défier Abdelaziz Bouteflika en le concurrençant !(12)

    Avec le recul, on peut déduire que l’appel à manifester le 22 février  provient  des réseaux de  l’ex-D.R.S., mais  le  grandiose  torrent des  masses  populaires déferlant partout les grandes artères des villes et surtout de la capitale, avait dépassé tous leurs  calculs  et  prévisions.(13) Comme  en décembre 1960, les  contre-manifestations  populaires initiées secrètement par les réseaux gaullistes de ‘’l’Algérie algérienne’’ -dirigés par le colonel François Coulet, directeur des affaires politiques – en réaction aux manifestations des partisans de ‘’l’Algérie française’’ et ‘’récupérées’’ par le F.L.N.-A.L.N., avec le mot d’ordre ‘’d’Algérie musulmane et indépendante’’(14), le « Hirak », surprenant dans un premier temps l’Etat-major de l’A.N.P., sera vite ‘’récupéré’’ par ce dernier avec le mot d’ordre « Djeïch Chaâb khawa khawa », contre le 5éme mandat et le prolongement du 4éme etc. L’intervention massive de la  classe  ouvrière, en  amont  du  « Hirak » dans  tous  les secteurs de l’économie nationale, surtout le mois de mars de l’année 2019, pesa de tout son poids sur celle de l’A.N.P. et avait été déterminante(15) pour faire avorter le projet du 5éme mandat, grâce au rapport des forces sociopolitique  résultant  de  l’affrontement  de  classe, masqué  et  déformé  pour la perception consciente  par  le  tiraillement  entre  clans, au  moment  culminant  du mouvement, confirmant le rôle principal des masses populaires dans la marche et le façonnement objectif de l’histoire…(16) en amorçant l’issue à la crise  politique  et institutionnelle d’un régime aux  abois.

    Ce grandiose sursaut populaire patriotique à caractère national, anti-néocolonial, anti-impérialiste, antisioniste(17)massif mais hétérogène et interclassiste à dominance juvénile  mixte  et pacifique – dans sa première phase – qui se propagea dans  tous les recoins urbains du pays, l’émigration et parmi la diaspora, peu  à peu se  fraya sa voie en s’autonomisant relativement par rapport aux douteux  initiateurs  et  marginalisa les prétendus leaders politiques, y compris  les  postulants  au  trône  d’El Mouradia, qui s’étaient compromis avec le pouvoir, prenant le train en marche et tentant vainement de le récupérer.(18) Il préserva sa force de frappe grâce à son unité autour de l’objectif commun et consensuel principal pour faire déguerpir le noyau dur de l’alliance présidentielle constitué autour du dauphin Saïd Bouteflika, qui en fait usurpait la fonction de son frère aîné depuis son handicap.(19) Mais ce dernier manœuvra jusqu’à la fin, en résistant de toute son énergie dans sa lente  agonie, modifiant sa tactique d’alliance en renouant avec l’ex-chef du D.R.S. et appelant  à la rescousse l’assistance directe de l’Etat néocolonial (la France) à travers son ambassade et la D.G.S.E. qui l’avait soutenu jusqu’au bout.(20) Il était déterminé à s’accrocher à tout prix au pouvoir en faisant certaines concessions aux adversaires, même en recourant à la répression féroce par tous les moyens, en fomentant des troubles entre les manifestants et les forces de maintien de l’ordre, tentant de provoquer un bain de sang(21) et par conséquent une situation idoine à l’intervention étrangère impérialiste qui guette le moment propice.

    L’enjeu politique capital de préserver un pôle important du pouvoir – la présidence – après avoir amassé une grosse fortune, formé un système clientéliste interne basé sur la redistribution calculée de la rente et l’idéologie du soufisme transformée en maraboutisme charlatanesque,(22) entretenir des soutiens internationaux auprès des multinationales, et les grandes puissances capitalistes(U.S.A., France…), en dilapidant l’argent public, institutionnalisant la corruption, en vilipendant son peuple laborieux et le prenant en otage par toutes sortes de subterfuges.(23) Tout cela démontre l’étroitesse de vue d’un segment de l’oligarchie capitaliste financière et compradore montante qui par égoïsme et avidité n’ayant pas pris conscience pour soi à temps, qu’elle courut le risque de tout faire perdre à l’ensemble de sa classe sociale, en étant encore au  stade  d’une  conscience en soi(24). L’irruption soudaine  du « Hirak » n’est pas due à la puissance de la classe ouvrière et à ses organisations  syndicales  et politiques, qui ne sont nullement derrière son déclenchement en tant qu’initiateurs, mais à la discorde des représentants de diverses fractions de la classe bourgeoise qui n’ont pu s’accorder sur un candidat commun pour prendre le relai d’Abdelaziz Bouteflika sur la base d’un consensus politique.(25)

    Mais les causes profondes, qui ont fait que les masses populaires ont rejoint l’action de la revendication du rejet du 5éme mandat au fur et à mesure en participant  aux marches  unitaires  et  intergénérationnelles  urbaines,  ensuite  par  un  mouvement gréviste   de   la   classe   ouvrière    qui   paralysa   toute   l’économie   nationale   en   s’étendant  même  aux  hydrocarbures (26) –  plus   efficace  quant  à  son  effet  sur  la  décision  des  centres  du pouvoir, sont matérielles et à caractère socioéconomique d’abord  engendrées  par  la  voie libérale  suivie  depuis  1981, approfondie  ensuite en 1994, par l’injonction du F.M.I. et de  la  Banque  Mondiale  et aggravée par les mesures du pouvoir partagé toufiko-bouteflikien jusqu’en 2014 – contrairement aux racontars actuels des idéologues dirigeants les partis du libéralisme (laïcs et islamistes), de la social-démocratie (dont la variante trotskyste) et les falsifications des analystes de tout acabit. Ce choix a eu des conséquences néfastes sur la vie de la majorité des algériens (précarité et chômage, misère, difficultés de se soigner, de trouver un toit, inflation, inégalités, ‘’Harga’’, mendicité et même faire les poubelles…), en plus évidemment des restrictions imposées aux travailleurs de s’organiser sur un plan syndical ou politique, l’entrave au droit de grève, le délit d’opinion…Les luttes des différentes catégories sociales opprimées,(27) sous toutes les formes, accumulées depuis plusieurs décennies contre la politique capitaliste – avec son lot de malheur et de répression – ont contribué à élever la conscience sociale, à acquérir de l’expérience dans l’organisation et à tirer des enseignements des échecs. La transmission orale ou écrite des leçons de l’histoire et la mémoire populaire contribua à l’éducation militante de la jeune génération, surtout à l’ère de la connexion par le portable et l’internet qui ont modifié radicalement les conditions  de communication, accéléré le flux de l’information, et facilité l’échange et la coordination virtuellement avant de concrétiser sur le terrain un objectif quelconque.(28) L’attitude abstentionniste graduelle et exponentielle des masses populaires durant les deux dernières décennies, qui à défaut de s’exprimer par d’autres formes de lutte possible s’imposa, reflétait une forme de résistance politique passive lors de tous les scrutins, et non une quelconque démission totale.(29)

    Ces divers facteurs objectifs et subjectifs dans leur rapport dialectique complexe rendent intelligible la dynamique de l’évolution sociopolitique. Dans le cas du « Hirak », il aurait fallut un  catalyseur  pour  que  le  mouvement  populaire  de  cette dimension, malgré   ses  contradictions  internes, se  propulsât  de  l’avant  et  balayât l’obstacle principal qui entravait sa progression pour atteindre le but commun qu’il s’était fixé, en tenant compte des rapports de force et des limites de l’étape(30)  historique de la révolution démocratique nationale, qui après avoir connu des phases de recul, voire de régression remettant en cause le caractère social et républicain, acquis de son mouvement de libération nationale pour lequel des sacrifices inouïs ont été fait, une sorte de régime de gouvernance amalgamé de despotisme et de  népotisme s’appuyant  sur  l’alliance  d’élites  représentantes de  néo-‘assabiyates.

    Cette forme inédite de superstructure est le produit particulier de l’histoire algérienne correspondant à une base matérielle ou infrastructure d’un capitalisme parasitaire néo-colonisé représenté par la mainmise des multinationales et une nouvelle oligarchie compradore divisée en fractions concurrentes qui a proliféré sur les ruines du secteur public productif déstructuré par les reformes libérales incessantes, la remise en cause du monopole de l’Etat sur le commerce extérieur et la libéralisation du secteur banquier ainsi que le début d’émergence d’une tendance monopoliste privée d’un capitalisme de la périphérie au développement entravé.(31)

    Le renouvellement de la sainte alliance, entre Saïd Bouteflika et le général – major   Mediène Toufik, concoctée dans la précipitation, après la rupture de 2014, exprimant des intérêts colossaux de l’oligarchie qui foisonna à l’ombre du pouvoir bouteflikien, se prépara même à la guerre civile pour défendre par la violence milicienne(32) sa position dominante dans la société et son hégémonie sur les principaux leviers du pouvoir. Mais une autre alliance adverse naissante et insoupçonnable, constitua un vrai rempart infranchissable à ses desseins machiavéliques, celle de l’A.N.P. – guidée par un courant patriotique héritier de la belle époque boumédieniste de ‘’Djeïch Chaâb dhad erradj3iya’’, renforçant progressivement sa position sur le commandement de l’armée depuis l’année 2015 – et des masses populaires constituant le principal contingent insurgé du « Hirak », avec le slogan ‘’Djeïch Chaâb khawa khawa’’ dans la première phase de cette révolte populaire.(33)

    Le plus dangereux piège fut tendu à ce dernier et aux forces de police le vendredi 12 avril 2019 – il y’a eu certes d’autres escarmouches successives auparavant, même mort d’homme – pour enclencher l’affrontement entre les deux blocs alliés et noyer dans le sang la marée humaine à la place Maurice Audin devant l’entrée du tunnel, à travers l’intrusion de casseurs. C’était un plan prémédité dont une voix avait averti la veille timidement  dans  les  réseaux sociaux,(34) alors  que le président  avait  été  déjà  démis de ses fonctions le 02 avril 2019, dans le but de briser l’alliance entre le peuple et l’ANP, qui seule était capable de féconder une puissance  à un degré suffisant  pour  neutraliser l’adversaire redoutable rompu aux manœuvres de la diversion, de la désinformation et de l’intoxication. L’ex-D.R.S. avait une longueur d’avance  importante d’influence sur la société par rapport à l’Etat-major de l’A.N.P. qui lui, renforça sa position dans l’armée et les autres services de sécurité de 2015 à 2018.(35)

    Une vaine tentative d’infiltration d’éléments d’Otpor et autres ‘’printanistes’’ à Oran et dans la capitale, en particulier parmi les étudiants lors de leur marche du mardi après-midi sera neutralisée. Mais des éléments ‘’meneurs’’ avaient réussi à entraîner quelques uns de certains instituts dans une grève ‘’politique’’ injustifiée sans  aucun rapport avec leurs propres revendications pédagogiques, sociales  ou  matérielles…(36) après cette grave dérive du tunnel des facultés, lors du vendredi d’avant,  qui  tenta  obliquement cette fois-ci de faire  déraper le  « Hirak » dans un cycle de violence  aux conséquences  imprévisibles. Son  bilan  fut  le  plus  lourd, faisant  des  centaines  de blessés parmi les paisibles manifestants et les policiers qui ont été forcés d’utiliser les bombes lacrymogènes et les balles en caoutchouc, dans un cafouillage total.(37)

    L’usage de l’art subversif de la rue par les manifestants et en parallèle sur les divers réseaux sociaux, notamment par de jeunes talents, se déploiera avec beaucoup de génie et d’imagination et développera l’esprit créatif des artistes (musique et chant, art plastique, danse, poésie, caricature…).Tandis que l’humour populaire et la dérision politique exprimera les aspirations légitimes étouffées par un pouvoir libéral autoritaire dans une situation socio-économique dramatique ainsi que par l’absence de la liberté d’expression et des libertés démocratiques des couches populaires et moyennes inférieures. Mais certains activistes, dans la seconde phase du « Hirak » en feront l’usage dans l’intérêt contraire au « Hirak » initial, à la manière du modèle déstabilisateur du ‘’printemps arabe’’, en puisant particulièrement dans le répertoire des caricaturistes et billettistes, prétendus ‘’talents’’ champions de la normalisation avec l’entité sioniste récompensés par les ambassades de France, U.S.A….(38)

    A un moment donné du « Hirak » à Alger, vers la fin de sa seconde phase, des manifestants utiliseront symboliquement à partir de leurs balcons, des mortiers et des pilons rappelant tristement l’action des éléments du Front de l’Algérie Française avec des casseroles ! Quelle imitation nostalgique de forme d’action d’un mouvement de masse réactionnaire ! Et quel honte !(39)

    On note la faiblesse de la participation paysanne, mais non son absence totale. Des groupes d’hommes se déplaceront aux chefs-lieux de leur Wilaya pour participer aux manifestations durant la première phase ascendante du « Hirak ».(40)

    De facto l’Etat-major de l’A.N.P., sans l’avoir  prémédité, géra  la  phase  de  transition qu’une situation inédite imposa au pays. Et le caractère globalement pacifique du « Hirak », il le doit incontestablement au haut commandement de l’armée, qui déjoua toutes les tentatives souterraines de l’ex-D.R.S. pour le faire dévier de sa propre trajectoire et de cette forme de lutte choisie. La première victoire principale – destitution du despote – imprima  un caractère festif et joyeux au « Hirak » et permis de formuler de nouvelles revendications, notamment l’application du mot d’ordre ‘’klitou lebled ya serraquin’’ de la lutte contre la corruption qui traîna devant les tribunaux des personnalités intouchables jusque-là parmi les oligarques, les généraux, les ministres et premiers ministres, de hauts responsables…(41)Cette mesure contestée par certains qui y voyait juste un règlement de compte entre clans  rivaux, sera  aussi  applaudie  par  de  larges  couches  de  la  population  et  fêtée  par la majorité composant le « Hirak » populaire dans des liesses lors des regroupements devant les tribunaux, les files de gens courant derrière les cages-fourgons des prisons d’Alger, arrosant les arrogants d’hier par des jets de yaourt. Cela constituait le début d’une mesure nécessaire qui devait se poursuivre fermement sans attendre, soi-disant l’instauration future de la ‘’justice indépendante’’ dans un idéal ‘’Etat de droit’’ revendiquée depuis toujours. D’un point de vue stratégique, pour la sécurité et la stabilité de l’Etat-National dans un contexte international et régional tendu et détérioré, la  lutte  implacable  contre la corruption, sans  pitié,  reste  vitale.(42) Cette malédiction est bien sûr immanente au système capitaliste lui-même qui la génère et que l’Algérie ne peut extirper radicalement qu’en réunissant les conditions objectives et subjectives en perspective d’une véritable révolution sociale.

    D’autres revendications pendant la fin de cette première phase du mouvement populaire seront mises en avant, comme la destitution des 3 B, l’exigence d’une phase de transition comme préalable à de nouvelles élections présidentielles – revendiquée par certaines forces politiques – qui pourtant étaient prêtes à s’engager dans la bataille électorale du 18 avril 2019, de surcroit même avec la candidature du ‘’cadre’’ pour certains(43), et le mot d’ordre mystificateur de la phraséologie fantaisiste petite-bourgeoise du dégagisme nihiliste, le fumeux ‘’Yetnehaw Gaâ’’ à connotation anarchisante menant inévitablement à l’impasse totale et au chaos.(44) L’enivrement d’activistes ONGisé(e)s endoctrinant une partie de la jeunesse annonça, par les tentatives de provocation de certains agents de l’ordre, la mutation du « Hirak » original. Déjà la veille de la journée du dérapage partiel  de  la manifestation à Alger-centre, Saïd Saâdi par son attaque frontale pernicieuse contre feu Ahmed Gaïd Salah, en sa qualité de chef d’Etat-major de l’A.N.P., de la manière provocatrice dont il est habitué, l’invite à faire rentrer l’armée dans les casernes avant de démissionner. Celle qu’il  avait  appelée  de  toutes  ses  forces, lorsqu’elle  était  dirigée  en  1992  par  les parrains de la création de son parti le R.C.D.,(45) de jouer un rôle politique tant que l’orientation allait dans le sens qu’il désira. L’arrestation de  l’oligarque  Issad  Rebrab, parmi d’autres de toutes les régions du pays, donna lieu à une levée de bouclier tonitruante de la part des partisans de l’idéologue de ‘’l’échec recommencée’’ Saïd Saâdi, Karim Tabou, Louisa Hanoune, Mustapha Bouchachi, Mokrane Aït Larbi, Saïd Salhi … et l’Etat néocolonial français, puis pris l’allure d’un communautarisme kabyle (grève des travailleurs de Cevital) qui accuseront le pouvoir de fait – avec à sa tête feu le chef d’Etat-major de l’A.N.P. – d’anti-kabyle et de tentative de division des manifestants, voire d’embrasement de la Kabylie ! L’homme étant déjà connu avoir fait son ascension sociale à l’ombre de l’ex-patron du D.R.S. et le parrainage du général Mohamed Touati (le cerveau), ayant le soutien de la France et être le pourvoyeur de fonds du candidat à la présidence le général Ali Guediri !(46) Mais le président français Emmanuel Macron préféra soutenir, tenu par un sacré deal en commun avec les U.S.A. et E.A.U., le ‘’cadre ‘’ en fait le pouvoir présidentiel réel du dauphin Saïd Bouteflika qui, à défaut d’être candidat pour succéder ouvertement à son frère, régna en compromis avec les autres pôles du pouvoir sur la présidence pendant le 4éme mandat. Ce qui lui facilita la chose à l’Elysée c’est la présence d’un solide allié, l’ex-trotskyste lambertiste, de la même obédience d’ailleurs que lui (le converti), le conseiller spécial Benjamin Stora. Il avait investi depuis 2001 tout son espoir sur son appui moyennant sans aucun doute la contrepartie !(47)

    L’annonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5éme mandat qui constitua la braise allumant le feu du « Hirak » à ses débuts, coïncida étrangement avec l’information par le site de l’AFRICOM d’une participation de l’armée algérienne à des manœuvres militaires ‘’Opération Flintlock 2019’’ de l’armée américaine avec plusieurs pays africains et de l’O.T.A.N., prévue juste avant le « Hirak ». Le P.A.D.S. dénoncera cette participation dans une déclaration du 24 février 2019, donc deux jours après le lancement du soulèvement populaire. Mais il n’y a aucune trace qui confirme cette information de la part de l’Algérie. Il y’avait certainement une connivence de la  fraction  pro-américaine  du  pouvoir  qui  cherchait  de  nouveau  le soutien de cette superpuissance, comme lors du 4éme mandat, en faisant miroiter un plus grand rapprochement avec elle sur un plan militaire et sécuritaire.(48)

    Une seconde et nouvelle phase commencera  pour le « Hirak » qui se vida des larges masses populaires et l’arrêt des débrayages des zones industrielles et tous les secteurs de la production, des différents services socio-économiques – des millions de personnes –  (après le  limogeage  du  président),  pour  laisser   la  place   aux  troupes aguerries des forces politiques coalisées et  où l’initiative appartiendra aux réseaux de l’ex-D.R.S. disséminés partout, qui passeront à la contre-offensive, profitant de quelques erreurs  tactiques  du  haut  commandement  de  l’A.N.P., et  du manque  d’expérience politique et de maturité chez la grande masse des jeunes pour saisir les vrais enjeux des luttes se déroulant dans un contexte géopolitique régional et international défavorable aux forces de la paix et de la lutte anti-impérialiste(49). Certes une toute petite marge de manœuvre est permise à l’Algérie par l’instauration inéluctable d’un monde multipolaire grâce à l’émergence de la Chine et de la Russie ; mais la situation frontalière très étendue et tendue de tous les côtés reste instable et périlleuse par l’encerclement des bases militaires de l’O.T.A.N., le danger provenant de la Libye, du Sahel (infecté par la France) et de la frontière Ouest avec le Maroc à l’ambition expansionniste. Notre pays vit toujours une menace réelle et durable.(50)

    Cette deuxième phase déclinante du « Hirak » – sauf à certaines dates symboliques –  s’instaurera aussi progressivement après presque un trimestre et durera jusqu’aux présidentielles retardées fixées au 12 décembre 2019. Certains faits et tendances qui vont dominer cette période étaient déjà perceptibles dans la première phase, mais à l’état embryonnaire et potentiellement amplifiés. D’ailleurs il n’y a pas une cloison hermétique entre les deux moments, mais les faits marquants et dominants pendant le premier se réduiront pendant le second temps, pour laisser submerger d’autres nouvelles caractéristiques si on  examine bien à rebours  le déroulement du  « Hirak » dans  son  processus d’évolution objectif correspondant aux normes de la conception scientifique de l’histoire. La possibilité est une réalité potentielle qui se concrétise parfois lorsque les conditions murissent et sont réunies. Elle préfigure toujours les prémisses d’apparition d’une alternative historique probable et réalisable qui se dégage de l’analyse globale et juste de la situation concrète.(51)

    Les marches du mardi après-midi qui étaient celles des étudiants ont étés désertées à partir de l’été 2019 par eux pour laisser la place aux vieux et seulement quelques étudiants.  Mais sur les réseaux sociaux elles étaient amplement gonflées !(52)

    L’état-major de l’A.N.P., pour lequel  s’était imposée  la gestion  d’une  forme  particulière  de  transition, mènera un programme de manœuvres  le long de toutes  les frontières  du pays, pour dissuader  toute force étrangère de s’ingérer dans  les affaires intérieures de l’Algérie. Il s’appuiera sur  deux  principaux pays alliés, la Russie et la Chine dans  sa stratégie de défense  et  de  préservation  de  la  souveraineté  nationale. A la veille du scrutin présidentiel du 12 décembre 2019, il mènera de nouvelles manœuvres  militaires  en  pleine  méditerranée. Cela  servira  surtout  à  se prémunir contre un danger potentiel de l’O.T.A.N. (AFRICOM), la France et Israël dont  les visées destructrices dissimulées contre l’Algérie souveraine sont réelles.(53)

    L’agitateur principal Rachid Nekkaz, qui avait chauffé le tambour contre le 5éme mandat mais pour préparer le terrain au candidat de l’ex. D.R.S. Ali Guediri, épaulé financièrement et matériellement par Issad Rebrab, l’un des pivots de ce réseau, avait essuyé (avec son groupe) un arrosage de produits sur le balcon où ils étaient perchés à Alger-centre, pendant la première phase du « Hirak »  massive.(54)

    Avec la décapitation de la nouvelle sainte alliance opérée par l’arrestation spectaculaire  principalement de Saïd Bouteflika et le général-major Mediène Toufik, ainsi que le démantèlement de sa base de soutien logistique, cette seconde phase du « Hirak » verra le redéploiement de l’Etat profond néocolonial par l’émergence de la coalition dite de l’alternative démocratique – dont des forces néo-colonisées consciemment ou manipulées – dominante juste momentanément par rapport aux divers courants islamistes. Cette force politique coalisée mobilisera toutes ses potentialités pour faire avorter le scrutin avec la volonté d’imposer l’alternative politique de l’assemblée constituante précédée d’un triumvirat provisoire à la tête de l’Etat. Elle élabora une plateforme politique social-libérale dite ‘’de l’alternative démocratique’’.(55) Dans son bras de fer faire avec l’Etat-major de l’A.N.P. gérant de facto la transition, elle se coalisera avec le courant islamiste, principalement le mouvement ‘’Rachad’’ pour saborder l’échéance du 4 juillet 2019. Cette réorientation du cours du « Hirak » se basera sur des objectifs qui ne feront plus l’unanimité et ne rassembleront plus la majorité des gens. Mais l’événement de la coupe d’Afrique créera une accalmie et la victoire de l’Algérie, dont l’équipe nationale soutenue à fond et par tous les moyens du pouvoir d’Etat provisoire animé par l’Etat-major de l’A.N.P., isolera la force de la nouvelle alliance politique de l’opposition. De nombreux éléments activistes de cette mouvance ne manifesteront aucune joie avec le peuple, comme s’ils étaient déçus et souhaitaient discrètement la défaite de l’Algérie.(56) Ce front tactique exigera le départ du chef d’Etat-major comme préalable et dominera la scène du « Hirak » avec le mot d’ordre mystificateur de ‘’Dawla madaniya machi 3askariya’’. Il galvanisera ses troupes au moment de la reprise des manifestations à partir du 1 novembre 2019 – alors qu’en été elles se sont drastiquement diminuées – autour d’un ‘’héros‘’ symbolique emprisonné, en l’occurrence Lakhdar Bouregaâ, au parcours controversé d’éternel opposant et déformé par ses propres admirateurs, et à l’accointance visible avec l’ex-D.R.S..(57) Pendant cette période régna un climat de défoulement semblable à celui des stades, en particulier à Alger où on faisait gonfler les effectifs par des contingents de toutes les régions du pays, même en assurant le transport et la restauration  aux  gens. Mais  la  chaleur  humaine  et  la  solidarité  qui régna pendant la première phase ont laissé la place à  l’intolérance, l’invective,  et  au commerce de tout produit, y compris l’eau, en particulier à Alger. L’ingérence flagrante et directe sur le « Hirak » sera celle de la France néocoloniale, dans la mesure où les réseaux internes de la FrançAlgérie n’avaient pas l’influence suffisante pour peser sur  la situation  et  modifier le rapport  de force en leur faveur.(58)

    Comme dans l’affaire de la Syrie et de la Libye, le  P.C.F. – qui n’a de communiste que l’étiquette  – et la France (prétendument) insoumise mouvement social-démocrate de Jean-Luc Mélenchon se sont bien démasqués en s’ingérant ouvertement dans la souveraineté nationale ! C’est le vrai visage du Front  de  Gauche  qui  défend  l’Union Européenne néocolonialiste à laquelle l’Algérie est toujours ligotée.(59)

    Si le mouvement populaire dans son apogée, tout en se massifiant avait créé des schismes dans l’édifice et les courroies de transmission du pouvoir politique, économique, sécuritaire, militaire – A.P.N., F.L.N., R.N.D., U.G.T.A., F.C.E., D.R.S. … – c’était bien au moment de son soutien ferme par l’Etat-major de l’A.N.P. et le noyau dur de son commandement. Mais un segment niché au sein du service de renseignement de l’armée, par une action sournoise,  feutrée et un double jeu infiltra le « Hirak » avec le mot d’ordre de ‘’Badissia-Novembaria’’créant l’amalgame dans sa première phase et profita du tournant de sa seconde phase déclinante pour fomenter une diversion politico-idéologique d’un courant anti-kabyle – avec la tenue d’une rencontre semi-secrète dans la région de Mostaganem d’où avait fuité la motion dite zéro kabyle – au moment de la rencontre d’Ifri du 20 août 2019 de la coalition dite de l’alternative démocratique, pour légitimer davantage son ambition d’accès au pouvoir. Ce produit  politico-idéologique concocté par un laboratoire des services au sommet depuis quelques années à travers les réseaux sociaux, est une forme de contrepoids qui vise la création  d’un équilibre dans la situation créée par le M.A.K. qui trouve lui aussi son origine logée dans la même enseigne.(60)La guéguerre entre deux segments du pouvoir-opposition à coup d’histoire, mémoire, linguistique, clanisme…sur la base de mythes et de contre-mythes avait pris le « Hirak » en otage obstruant la prise de conscience sur l’origine de la crise politico-institutionnelle et ses soubassements socio-économiques et par conséquent déterminer une juste alternative pour lui trouver une issue positive.

    L’intrusion par effraction discrète de l’emblème berbère en dehors de la Kabylie s’était faite progressivement, par tâtonnement dans certaines  villes,  dans  la  phase première du « Hirak ». Elle constitua une désorientation vers le champ de la revendication identitaire engendrant des frictions parmi les masses populaires qui hisseront le drapeau national  à toute  occasion, réaffirmant  le  caractère  national  et patriotique du mouvement  populaire. Ce  dernier  démontrera  aussi  son  soutien  au peuple palestinien, comme il en avait l’habitude auparavant, en faisant cohabiter le drapeau de la Palestine avec celui de l’Algérie.(61) L’emblème dit de ‘’Tamazgha’’ qui avait été adopté, après sa création par l’Académie Berbère, secrètement puis semi- clandestinement et enfin ouvertement après le ‘’printemps berbère noir’’ est devenu un mythe fondateur ancré dans la conscience chez des pans entiers de la jeune génération kabyle. L’O.N.G. du Congrès Amazigh Mondial, à l’activité  et  aux  relations douteuses, ainsi qu’au financement intéressé, adopta et propagea cet emblème à l’échelle de toute l’Afrique du  Nord, qui  procréa  à  son  tour  une  multitude  d’emblèmes séparatistes en Algérie (Kabyle, Mozabite, Chaoui et Targui). Cet emblème berbère hissé partout et qui gênera  l’action  de  l’Etat-major  de  l’A.N.P.  depuis  le  début, mais celui-ci   préoccupé   par  les  objectifs   politiques  imposés par la crise politique et institutionnelle engendrée par le 5éme mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika, ne pouvait ouvrir plusieurs fronts de lutte. Il ne fera l’objet d’interdiction formelle qu’en juin 2019 – alors que la gendarmerie nationale avait l’instruction discrète de bloquer l’afflux des manifestants de la Kabylie vers Alger à cause de lui depuis le début – après plusieurs avertissements, pour le laisser confiné en Kabylie.(62) Des éléments berbéristes et activistes iront avec culot, jusqu’à le hisser avec celui d’Israël. Le fougueux Merzoug Touati à Bejaïa organisera même un sondage virtuel pour comparer l’attachement des algériens au drapeau de la Palestine avec celui d’Israël, il donnera ses résultats avec 51°/° au second et 49°/° au premier ! Cela illustre bien la dérive totale de cet activiste emprisonné pour ‘’délit d’opinion’’ et ceux du M.I.K.(au lieu de dire M.A.K.).(63)Sur un plan géostratégique tout est fait pour faire de la Kabylie une enclave française de facto (comme Ceuta et Melilla) sous couvert d’indépendance avec le soutien de l’Etat et du mouvement sioniste, dont un courant autochtone se cristallise  de  plus  en  plus  par  l’attitude  de  normalisation  ostensible  ou   discrète (Sansal, Dilem…). La diaspora Kabyle en France et au Québec – pas tous les kabyles qui sont pris de force dans un étau – où est exilé le G.P.K. de Ferhat Mehenni suivi de Saïd Saâdi et d’autres, constitue une force de soutien d’arrière-plan à ce projet.(64)

    Cette situation qui s’accrut pendant la seconde phase du « Hirak » est le résultat de l’évolution d’une stratégie et d’une action de longue date de l’Etat colonial ensuite  néocolonial. Elle prend en otage la population de la  Kabylie  qui  vit  des secousses, de temps à autre, d’un long processus historique objectif d’intégration à la nation algérienne moderne pour des raisons très particulières à la fois géographiques, culturelles, linguistiques et historiques ; paradoxalement elle met l’Etat-Nation en danger par de multiples et fréquents  soubresauts  intermittents  du  sommet  de  son édifice depuis l’indépendance nationale au moment des crises  socio-économiques  et politiques.(65) Le choix de la voie capitaliste depuis 1981 qui s’approfondira de plus en plus dans le contexte de la mondialisation aura des conséquences néfastes sur la vie de la population, surtout la jeunesse qui essaimera dans toute l’Algérie à la quête d’une stabilisation sociale, alors qu’une autre partie émigrera en Europe et ailleurs, surtout en France (comme pendant la période coloniale) et au Canada. Par contre, l’aire géographique de la Kabylie ne connait pas une migration de gens issus d’autres communautés  et  venant   des  autres  régions   arabophones   ou  berbérophones  de l’Algérie, comme par le passé d’avant la colonisation française, à l’époque de la domination turque. D’ailleurs la naissance de la Kabylie  au  particularisme  prononcé, va de pair avec celui de la nation algérienne moderne, parfois dans un rapport conflictuel de son élite et des représentants de  ses  structures  locales  avec  celui  de l’Etat central  aspirant à  l’hégémonie depuis  la guerre  d’indépendance  nationale, en particulier le congrès de la Soummam et la naissance des embryons de ses institutions (A.L.N., C.N.R.A., G.P.R.A.). Ce congrès est instrumentalisé à fond dans la seconde phase du « Hirak » qui tenta de le ressusciter symboliquement par une rencontre de la coalition dite de l’alternative démocratique à la date du 20 août 2019 par une commémoration maladroite, occultant la date historique du 20 août 1955 qui constitua un tournant décisif de la lutte armée. A cette occasion, l’amalgame sera entretenu entre le mot d’ordre de ‘’Dawla madaniya machi 3askariya’’ – Etat civil, non militaire –  et le principe de primauté du politique sur le militaire, interprété selon la conception bourgeoise occidentale.(66)

    La situation de la répartition démographique se répercute sur la vie économique, politique, culturel … de l’Algérie, et comme on l’a constaté sur la marche du « Hirak » lui-même qui à partir de sa 3éme phase semble être conduit par une alliance islamo-berbériste (kabyliste) grâce à la résidence de familles de la communauté kabyle dans toutes les villes et même les villages les plus reculés, plus que toute autre communauté algérienne et parfois depuis des générations d’avant l’indépendance nationale ou le début de l’émergence du mouvement national moderne en 1920.(67)

    La tendance berbériste anti-arabe pro-coloniale avant l’indépendance et pro- néocoloniale actuelle depuis 1962 – qui n’est qu’une variante maghrébine du peupladethnocisme dans l’histoire de la civilisation arabo-musulmane (au sens que lui donne le philosophe marxiste libanais Husseïn Mroué:‘’la shou3oubiya’’)(68) – en force politique montante, sous-traitante de l’ex-puissance coloniale et du sionisme a réussi à aliéner la conscience d’une partie de la jeunesse, avec le temps, par des mythes  qui se sont incrustés aux illusions du modernisme libéral occidental. Tout autant qu’une  autre frange de cette catégorie, paradoxalement, happée  par l’idéologie  millénariste de l’intégrisme islamiste. Le dénominateur commun de ces  deux  idéologies, dont  les forces qui les portent se sont alliées ouvertement pour entraver les élections du  12 décembre 2019 et consolident leur symbiose dans les manifestations hystériques, est la destruction de l’Etat-National issu de la guerre d’indépendance nationale, dont la colonne vertébrale demeure l’A.N.P., tout en constituant deux vecteurs du libéralisme. D’autres forces politiques minoritaires de la social-démocratie (de diverses variantes) qui participent encore aveuglement à un mouvement qui se trouve dans l’impasse, aspirent aux strapontins à tirer, voire occuper le devant pour gérer un  pouvoir d’Etat  qui appliquera une politique capitaliste à la place d’un parti de la bourgeoisie comme en France et ailleurs.(69)

    Le pouvoir qui tenta en vain tous les moyens pour faire participer les forces de l’opposition aux  élections  présidentielles  après  avoir  essuyer  l’échec  du  04  juillet 2019, où aucun candidat ne s’était présenté, sera obligé de recourir à des arrestations d’activistes meneurs et d’user d’une contre-violence face à la violence d’une fraction de l’opposition d’empêcher de voter, comme à Oran. Alors qu’en Kabylie la situation avait carrément dérapé par des incendies, le saccage des urnes et la détérioration de centres de votes. Même en France il sera aussi fait l’usage de la force.(70)

    Le « Hirak » connaitra une troisième phase après l’échec du torpillage du scrutin présidentiel qui, relativement sauvegardera momentanément dans une situation encore fragile, l’institution  présidentielle  et  se  terminera  avec  la  crise  sanitaire  du coronavirus. L’usage de la violence de certaines forces islamo-berbériste dans l’émigration et en Kabylie marquera la transition à celle-ci. Il connaitra une mobilisation particulière à Alger le 21 et 22 février 2020, soit à l’occasion de la commémoration de la date symbolique et historique du soulèvement populaire. Comme pour la seconde phase qui avait les prémisses de ses tendances dans la première, celle-ci avait les siennes dans la phase précédente. Le décès du chef d’Etat-major donna lieu à un cortège funèbre national large et insoupçonnable avec principalement un contre-mot d’ordre ‘’Gaïd Salah ma3a Echouhada’’ (71) à celui des manifestations précédentes ‘’Gaïd Salah ma3a elkhawana’’. La prééminence passera cette fois-ci aux islamistes, avec Rachad en tête, alors que la dite alternative démocratique domina relativement la seconde phase. La printanisation du « Hirak »  deviendra sa caractéristique principale depuis la veille du scrutin présidentielle et s’aggravera encore plus jusqu’à sa suspension forcée à la mi-mars 2020.(72)

    Pendant cette troisième phase du « Hirak » l’Etat néocolonial (la France), principal soutient des forces dominantes parmi les manifestants contre la tenue du scrutin, après avoir soutenu jusqu’au bout la sainte alliance  Bouteflika-Toufik, sera  obligé  de faire un repli tactique. La fermeté du pouvoir algérien sur  la  souveraineté  nationale, et son action diplomatique feront échouer toutes les tentatives d’ingérence flagrantes et lui imposeront de changer son ambassadeur (ex-patron de la D.G.S.E.) qui s’était trop compromis avec les réseaux du lobby de la ‘’FrançAlgérie’’. Il faut être naïf pour croire que la partie est définitivement gagnée sur ce front qui constitue le plus grand danger de la ‘’printanisation’’ concernant le « Hirak » en Algérie et son prolongement  par  rapport  aux réseaux  liés à  Otpor, le N.E.D., U.E.  et  autres  officines (Sionisme, Islamisme, Maroc …) qu’il ne faut pas sous-estimer.(73) L’histoire nationale nous enseigne, loin de tout complotisme, que la troisième force  néocoloniale  dans toutes ses variantes qui s’était infiltrée au sein du F.L.N.-A.L.N. dès l’année 1961, malgré souvent les divisions secondaires  entre les éléments de ses  réseaux, avait  réussi  à constituer une relève sur laquelle s’appuiera la France pour maintenir l’Algérie dans son giron géopolitique, économique et culturel sous des  rapports  de  domination  de type  néocolonial.(74) Les  noyaux  dynamiques de  cette  relève  était  à  l’avant-garde  du  « Hirak » dans sa seconde phase, s’appuyant sur l’Etat néocolonial français aussi bien en Algérie que parmi l’émigration en France et la diaspora en général.(75)

    Prenant le relai de B.H.L., brûlé en Algérie, Raphaël Glucksmann le  néofasciste connu  avec  sa   rhétorique  démagogique fera adopter une motion de l’Union Européenne contre l’Algérie  la  veille du  scrutin présidentiel  le  28  novembre  2019  en ‘‘soutien du Hirak’’. Cette initiative fera à son tour démasqué tous les principaux activistes de la 2éme phase du « Hirak », en particulier d’ex-cadres du P.A.G.S. qui se sont reconvertis au libéralisme ou à la trahison de la social-démocratie et de l’opportunisme (I., B., O. …).76

    L’affaire de Kamel Eddine Fekhar, le séparatiste mozabite qui sera hissé au statut d’héros du « Hirak » à son second stade, notamment après sa mort due à sa grève de faim, sera instrumentalisée à fond par les nouveaux ténors imposés au « Hirak ».77

    Nos craintes pour l’Algérie notre patrie sont pleinement justifiées dans ce contexte dangereux pour l’Etat-National  – affaibli par les quarante  années  de politique  destructrice libérale  –  qui se trouve à la croisée des chemins pour sa propre survie.

    Après  l’échec de plusieurs tentatives de déstabilisation successives du pays, voire de dislocation avortées grâce à la résistance patriotique et populaire (civile et militaire), il faut s’attendre à une nouvelle  tentative  s’appuyant  sur un nouveau plan affiné et secret, piloté par le tandem franco-sioniste qui s’acharne sur l’Algérie résistante, parrainés par les U.S.A. et  aidé  par le régime marocain et leurs alliés du Golfe.(78)

    L’axe Turquie-Qatar,(79) soutenu aussi en sous-main par l’O.T.A.N. en appui aux islamistes, constitue lui aussi une autre face du danger de déstabilisation de l’Algérie.

    Et  paradoxalement,  l’effet  de   cette  épidémie  du  Covid 19, tout   en  créant   une  nouvelle situation interne de répit  aux forces  anti-néocolonialistes, met à  nu le  niveau  de  dégradation  de  la  situation  socio-économique  atteint par notre  pays et  en  même  temps  la  faiblesse  de  la  cohésion politique nationale de  ces  forces  patriotiques et  leurs  capacités  de  mobilisation  des  masses populaires, en premier lieu de la classe ouvrière et son avant-garde.(80)

    La dangerosité de la situation  fait que seule  l’alliance  populaire  avec l’A.N.P., et une juste politique étrangère d’appui sur les pays amis et les contradictions inter-impérialistes, les peuples de la région (dont ceux du Maroc et de la France) est en mesure  de  garantir  la  souveraineté  nationale, l’unité territoriale de notre  pays  menacée  ouvertement  et  la  paix  régionale contre toutes les convoitises.(81)

    Pour les partisans du socialisme, les patriotes anti-néocoloniaux, la classe ouvrière et l’ensemble des masses populaires, le seul « Hirak » qui vaut la peine d’être mené est celui de la  résistance  contre  l’impérialisme, le  sionisme  et  la  réaction  arabe, de  la lutte contre la politique libérale et le néocolonialisme dans cette phase de la révolution démocratique nationale à perspective socialiste sur la base d’une plateforme politique et socio-économique. Nous devons préserver l’alliance entre le peuple laborieux et l’A.N.P., mieux assainie de toute oligarchie corrompue et affairiste, pour une politique alternative renouant avec le développement national planifié  et intégré répondant aux besoins sociaux du peuple, la préservation de l’Etat-National indépendant et souverain et la paix civile chèrement acquise. L’Algérie fidèle à son histoire révolutionnaire doit continuer à soutenir la lutte des peuples Palestinien, Sahraoui, Kanak… pour leur indépendance nationale et à défendre la paix mondiale contre les guerres et les blocus impérialistes en Afghanistan, Libye, l’Irak, le Yémen, le Venezuela, Cuba, la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie …(82)

    Il s’agit de traduire ces orientations globales par un projet de plateforme à débattre et enrichir et en faire un outil de l’adhésion des masses populaires à la lutte multiforme sur tous les fronts, autour de son avant-garde, pour la conquête du pouvoir d’Etat. La transition réclamée par le « Hirak » à sa deuxième phase que reflète le contenu de la plateforme signée par les 119 ne débouchera que sur une révolution démocratique bourgeoise qui approfondira la voie capitaliste et ne peut être que désastreuse pour notre peuple, dans un pays de la périphérie et dans le contexte de la mondialisation impérialiste.(83) La transition que réclament le peuple laborieux – c’est-à-dire la majorité des algériens – est celle qui répond à ses aspirations profondes, celle de la perspective socialiste par la voie d’une véritable démocratie révolutionnaire, par le renouement avec la politique de développement nationale et de progrès social, des  années  soixante-dix, enrichie  des  enseignements de ses erreurs et faiblesses, en tenant compte de l’évolution historique, scientifique et technologique de l’humanité. C’est la leçon principale d’un bilan objectif des quarante dernières années. La continuation de la politique de l’infitah et son approfondissement mènera tôt ou tard à la destruction de l’Etat-National souverain et prospère, acquis de l’indépendance nationale arrachée par d’inouïs sacrifices.(84) La participation des partisans du socialisme au suffrage présidentiel et diverses élections n’est qu’un moyen tactique pour renforcer leur liaison avec les masses populaires.(85)

    L’élection présidentielle du 12 décembre 2019, dont Abdelmadjid Tebboune a été proclamé largement lauréat  par  rapport  aux  autres  candidats, dans  un  rapport  de force serré, démontre qu’aucun prétendu représentant d’une force politique quelconque n’était capable d’être élu au suffrage universel, dans le marasme politique hérité du pluralisme de façade et du long  règne  du  régime  bouteflikien. Le coup de pousse provenant du noyau dur du commandement de l’A.N.P., avec le consentement des autres candidats, s’imposa à cause de la perturbation de ce scrutin par la contrainte, surtout en Kabylie et en France, et la fissure créée par le clan du général Wassini Bouazza dans la cohésion du haut commandement militaire, soutenant en sous-main le candidat Azzedine Mihoubi.(86)

    Le « Hirak » a été une vraie aubaine pour les couturiers de drapeaux de toutes dimensions et autres accessoires durant approximativement une année, ainsi que – relativement – les éditeurs et divers médias produisant des ouvrages et autres supports sur l’évènement historique exceptionnel.(87)

    Une controverse continue s’était produite au sujet de l’organisation du « Hirak », de lui dégager une direction commune et un porte-parole consensuel. La manière avec laquelle s’était déclenché ce sursaut populaire, qui avait dépassé les initiateurs anonymes, et dans sa première phase, refoulé les leaders de partis politiques de l’opposition officielle et du pouvoir, démontrera que jusqu’au tournant de sa seconde phase, après avoir éliminé le pouvoir de Bouteflika grâce à son alliance avec l’Etat-major de l’A.N.P., les masses populaires n’avaient aucune confiance à faire sur ceux qui ont émergé dans les manifestations et n’avaient pas besoin de ‘’héros’’ pour atteindre le but qu’elles s’étaient fixé dans un premier temps: L’avortement du projet humiliant du 5éme mandat et du prolongement du 4éme du pouvoir despo-népotique soutenu ouvertement par l’Etat néocolonial français ou son remplacement – dans le cadre d’un plan B – par celui d’un sosie représentant le renouvellement de  l’alliance avec l’Etat profond.(88)

    Une fois ce but commun atteint, il était prévisible pour tout observateur averti politiquement, que l’hétérogénéité sociale et politique de ce grandiose mouvement populaire  ne  pouvait  plus  permettre   d’avancer  dans  la  même  direction  avec  les mêmes orientations et objectifs. Les aspirations des classes et couches sociales, leurs besoins et intérêts opposés voire antagoniques ne pouvaient qu’exacerber la lutte de classe qui reste la force motrice du développement de l’histoire sociopolitique, même si on n’en prend pas conscience. Les classes sociales fondamentales d’une société capitaliste périphérique, qui ne se sont pas encore bien cristallisées, agissent très souvent de manière instinctive. Si toutes les divergences demeurées secondaires momentanément,   pour  l’ensemble    des   forces   sociopolitiques   participantes   au soulèvement populaire, afin  de  renverser  l’ennemi  principal  et  frayer  la  voie  à  la résolution de la crise politico-institutionnelle, elles réapparaîtront de nouveau parce  que  les  buts  finaux  de  chaque  force  sont   différents   et  même  s’opposent.(89) La confrontation était inévitable entre ceux qui s’unirent hier. C’est ce qui explique que toutes les tentatives d’entente sur un projet commun et des moyens  identiques pour le réaliser n’ont pas débouché. La classe ouvrière et les masses populaires en général ont besoin de leur avant-garde – syndicale et politique – pour les éclairer, tellement parfois la situation est confuse et brouillée par la propagande de la bourgeoisie de la fraction au pouvoir ou celle de l’opposition. Un flou total était maintenu sur le projet de société d’avenir à construire (socialisme ou capitalisme)(90) par ceux qui se sont autoproclamés leaders et par quels moyens ? L’impasse était faite sur le programme socioéconomique alternatif à mettre en avant de façon claire et nette. Le glissement de  certaines   forces  sur  le  terrain  identitaire (avec  l’emblème  berbère), le  clivage d’ordre civilisationnel, cultuel, culturel, linguistique… faussera totalement les enjeux de la lutte. Des groupes appartenant à des polices politiques liés aux différents centres du pouvoir et de l’Etat profond, s’affronteront au sein du « Hirak » pour gagner à eux certaines catégories, notamment de jeunes. Le maintien de ce jeu politico-policier artificiel par la manipulation et la marionnettisation de parti-pions favorisera un climat de faux clivages et ne produira que des excroissances néo-fascistes nuisibles à la cohésion politique nationale anti-néocoloniale.(91)

    La dichotomie principale se creusa entre deux façons de voir et de faire :  1-Choix de l’Etat-major de l’A.N.P. d’aller directement à des élections présidentielles.                                                       2-Emprunter une période de transition précédée d’une présidence d’un triumvirat provisoire que tenait à imposer à tout prix une large alliance politique laïco-islamiste. Le nouveau rapport de force et l’absence de consensus engendreront la gestion de cette ‘’phase de transition’’ par l’Etat-major de l’A.N.P. de manière indirecte, mais visible. Chaque partie jurant l’établissement de la souveraineté populaire !(92)

    Ni l’A.N.P. à elle seule, ni les masses populaires avec leur avant-garde politique et un front anti-néocolonial à eux seuls ne peuvent, à chaque camp de manière séparée, résister à une offensive impérialo-sioniste. Aucune erreur sur la nécessité stratégique de cette alliance ne doit être commise pour la sauvegarde de l’Etat-National souverain et indépendant évoluant vers le progrès social au profit de son peuple. A ce front intérieur civil et militaire, doit correspondre une politique étrangère de solidarité anti-impérialiste à l’échelle régionale (Maghrébine), du monde arabe, de l’Afrique et mondiale contre le néocolonialisme, pour la paix et un nouvel ordre économique international équitable contre la mondialisation impérialiste.(93)

    La faiblesse politico-idéologique de la classe ouvrière, de ses alliées et de son organisation, l’éparpillement de ses quelques noyaux et la dispersion de leurs efforts n’ont pas encore permis aux forces du socialisme d’influencer le  cours  de  l’évolution des luttes de leur empreinte. (94)  La confusion créait par la désunion entre le P.A.D.S., le nouveau ‘’P.C.A’’. autoproclamé la veille du scrutin, ‘’Edderb Echouyou’i’’ qui a pris le relai de la ‘’Moubadara’’ et le nouveau ‘’Collectif de Novembre pour le Socialisme’’ qui se proclament tous du même but final auprès des jeunes, ne permet pas d’aller loin. Déjà, la tactique électorale préconisée (participation avec bulletin nul ou boycott) lors des présidentielles avait creusé les divergences entre ces divers détachements.(94)bis Ce panorama s’aggravera par la confusion entre les forces du socialisme et certaines variantes de la social-démocratie (M.D.S., P.S.T. et P.T.), surtout les courants trotskystes que le pouvoir favorisa par la cooptation(95) après avoir fait éclater le P.A.G.S. en 1992 et que – malgré le début de sa social-démocratisation lors du premier congrès de 1990 – les communistes en son sein pouvaient toujours redresser la barre avec le temps, en se ressaisissant du désarroi vécu suite à l’effondrement du camp socialiste de l’Est.

    Les instruments politiques de la révolution démocratique et nationale à perspective socialiste (surtout un Parti  unifié  du  socialisme  et  un front  anti-néocolonial) sont   à  édifier en rapport étroit avec  le  mouvement  de  masse, comme  le  démontre  le  soulèvement populaire et l’exige le triomphe de notre idéal dans l’intérêt de notre peuple laborieux. Toute   déviation   par  rapport   à  cette  voie  sera  catastrophique  par ses conséquences lointaines comme nous l’enseigne l’expérience du mouvement ouvrier et communiste international et celle du camp socialiste (U.R.S.S. …).(96)

    Les patriotes sincères, les jeunes, les camarades qui ont été entrainés dans la confusion à partir de la seconde phase du « Hirak » dans une fausse route, en l’absence d’une vie politique dans un parti organisé sur la base d’une ligne politique claire, doivent et peuvent  se  ressaisir  par  la  pratique  de  la  critique  et  surtout  de l’autocritique qui n’est pas le signe d’une faiblesse, mais le trait caractéristique d’un courage politique responsable contre l’esprit petit-bourgeois. Parfois on se retrouve dans un engrenage malgré soi par réaction ou sous l’influence séduisante et même manipulé ou trompé, ou suivant le cap d’un ancien dirigeant du P.A.G.S. qui vous désoriente – par attache subjective – parce qu’il a changé de conviction communiste en glissant vers la social-démocratie, comme nous l’enseigne l’histoire du M.O.C.I. .(97)

    L’épidémie du coronavirus, facteur imprévisible dont l’origine demeure controversée, avait mis fin au « Hirak » dans sa troisième phase ‘’printanisée’’ et récupérée par les forces politiques islamo-berbéristes dominantes par rapport aux autres composantes. Paradoxalement, cette subite crise sanitaire qui engendre malheurs (malades, morts…), aiguisement de la détérioration de la situation sociale de pans entiers de la population, paralysie partielle de l’économie et du fonctionnement de plusieurs secteurs…, a évité au pays  une  confrontation  musclée – discorde ou fitna – entre le nouveau pouvoir et ‘’l’opposition’’ mettant en péril la paix civile chèrement acquise contre l’intégrisme islamiste. Le  duel  est  porté  depuis  quelques  temps  sur l’arrestation d’activistes qui rejettent la légitimité du président et le mouvement de protestation contre cette campagne dite d’atteinte au délit d’opinions par ses partisans, alors que le pouvoir justifie ces mesures par la protection de la vie des citoyens contre la maladie et la stabilité des institutions publiques.(98)

    Nous nous ne faisons aucune illusion sur le programme social-libéral du nouveau président Abdelmadjid Tebboune depuis la campagne électorale, ce qui justifia notre participation tactique au scrutin par le biais d’un bulletin nul, avec inscription ‘’non au capitalisme, oui au socialisme’’, en l’absence d’un candidat qui défend clairement un programme qui s’inscrit dans cette perspective. Le rejet du boycott est justifié par le risque de l’effondrement de l’Etat-Nation dans un contexte géopolitique plein de danger à l’échelle régionale et mondiale.(99)

    Avant le « Hirak », pendant le « Hirak » dans toutes ses phases et après celui-ci, les luttes sociales ont cours dans la vie quotidienne, même dans cette nouvelle situation de confinement imposée par l’épidémie du coronavirus, très souvent spontanément, en dehors de la volonté subjective et l’intervention de toutes forces syndicales ou politiques. Elles sont engendrées par le capitalisme et l’orientation libérale. Notre rôle est de canaliser ces  luttes  pour  réaliser  les  revendications  légitimes  des travailleurs, des chômeurs, des jeunes, des femmes, de la paysannerie laborieuse, et de toutes les couches populaires, de contribuer à leur orientation correcte et de leur succès. Et en même temps de lier ces luttes à notre combat politique par l’éducation des éléments qui  émergent  et les  dirigent, les  aider  à  constituer  de  petits  noyaux  dynamiques de collectifs au sein des entreprises, des quartiers et autres structures de base en renforçant les assises de notre futur parti unifié pour le socialisme, au moment où nous célébrons la 80éme année du martyre de notre cher camarade Kaddour Belkaïm 1ersecrétaire du PCA.(100).

    Oran, le 30 juillet 2020. B. LECHLECH. Chercheur-Historien.

    * Cette brève étude s’appuie sur un dossier constitué depuis  plus d’une  année  de  plusieurs  publications  parues  sur internet   comme  articles, contributions, déclarations, plateformes, échanges  et  débats   sur  facebook …   et   autres écrits ou sources filmées (vidéos et lives), iconographiques…sur le « Hirak », presque une centaine.  Cette contribution n’est pas définitivement close, elle sera  améliorée voire  corrigée  sur  des  aspects  qui  s’avéreront inexactes,  à  la  lumière de  nouvelles sources. Si  elle arrive  à  engager un  débat  critique et franc,  dans  le  but  d’un rapprochement entre les partisans du socialisme et de la lutte anti-néocoloniale, comme c’est notre intention, son but sera alors déjà atteint.

    1- Quelques références principales aux idées et thèses fondamentales de Karl Marx, Frederick Engels et Vladimir Ilitch  Oulianov dit Lénine, sur le matérialisme historique, dialectique et l’économie politique, ainsi qu’Ibn Khaldoun.

    2- « Réflexion sur l’édification des instruments politiques de la R.D.N.S. », Oran, 2014, p. 1, de l’auteur.

    3- « Décembre 1960 n’est pas encore prêt à livrer tous ses secrets », Oran, 2011, p. 14, de l’auteur.

    4- « Point de vue succinct sur l’actualité politique nationale-Le Hirak », Aïn Temouchent, septembre 2019, de l’auteur.

    5- « Préservons  l’indépendance  nationale, la  paix  civile  et  renouons  avec  la  politique  de  développement  et  de souveraineté nationale », Oran le 1er novembre 2019 (projet de déclaration d’un groupe informel de militants).

    6- Mohamed  Sadek  El  Husseini  «  l’Algérie  au  bord   de  séismes,  entre   la  volonté  populaire  et   les  laboratoires occidentaux », journal libanais el Akhbar en arabe, Beyrouth le 11 mars 2019.

    7-  La  forte  influence  de  la  propagande  des  réseaux   de  l’ex-D.R.S. ou   l’Etat  profond, relayée  consciemment  ou naïvement par  des journalistes, des activistes et de  simples gens qui, en  se  fiant  aux  apparences, succombent  très souvent  à  l’intoxication, notamment  sur  la  biographie du  défunt  Ahmed Gaïd Salah, pour  salir son parcours et  sa  conduite, qui  ne  sont  pas  exempt  d’erreurs.  A  cours  d’argument  politique, on  invente  des  anecdotes comme sa fuite lors de l’affaire d’Amgala 1 devant l’ennemi, alors  que l’officier chargé des écoutes rapporte  à un  autre  officier en poste à Tindouf qu’un ordre urgent émanant du défunt président Houari Boumediene avait été donné pour replier rapidement de cette mission de reconnaissance, afin de ne pas se faire prisonniers, lors  de cette  attaque  traîtrise de l’armée   marocaine. Amgala  2  sera  une  revanche  sévère   de  l’A.N.P.,  qui  aidera  le   Polisario  à  récupérer   cette agglomération et lui donner une raclée. En étant  chef de la  2éme  région  militaire  en  1992, le  défunt  Ahmed  Gaïd Salah protégea le chahid Mohamed Boudiaf de l’assassinat à Oran et Aïn Temouchent, lors de sa visite du 22 juin pour initier le Rassemblement Populaire National.

    8- La bibliographie sur le conflit réel entre les anciens maquisards et  les déserteurs de  l’armée  française dans l’ALN, ensuite l’ANP s’enrichit dans l’historiographie de la guerre d’indépendance nationale et  l’histoire nationale de  façon générale. Plusieurs épisodes le reflètent, en particulier la tentative du coup d’Etat du colonel Tahar Zbiri  de 1967 qui l’avait accentué davantage. Il masqua  la réalité  d’une  variante de  la  3éme  force  néocoloniale qui  avait  été  sous-estimée par  le Président trahi. L’ouvrage de  Saphia Arezki, de  l’ALN  à  l’ANP de  1954 à 1991, aux  éditions Barzakh, Alger 2018, est orienté par les sources utilisées et l’échantillon étudié. Par conséquent ses conclusions sont faussées! 9- Pour Hocine Bellaloufi, le ‘’théoricien du P.S.T.’’ l’autre aile trotskyste, le régime algérien ‘’ n’est ni monarchiste ni véritablement républicain… ni une dictature, ni une démocratie… ni une théocratie ni un régime laïc… n’est  pas pro-impérialiste… n’est plus anti-impérialiste…n’est pas ultralibéral… n’est pas antilibéral.’’ Il affirmera  par  ailleurs que: la nature de classe du pouvoir actuel est petite-bourgeoise! Il vient de décréter qu’il n’est plus anti-impérialiste.

    10- Se référer sur Youtube à toutes  les vidéos de ces agents auxiliaires propagandistes de l’ex-D.R.S. identifiés durant la semaine qui avait précédé le 22 février 2019. A Oran, connaissant quelques autres qui s’étaient déjà  distingués par une campagne active contre le 4éme mandat, cette fois-ci, ils ont brillé de manière plus voyante et virulente contre le 5éme mandat, par l’encouragement à répondre à l’appel de manifester  l’après-midi de bouche à  oreille, notamment dans l’espace politique public privilégié des algériens que constituaient les cafés populaires. Des chaines  T.V.  comme   El Magharibia et Berbère T.V. favorisaient l’idée, d’où la confusion sur l’origine de l’émanation de l’appel anonyme. 11- Rachid Nekkaz, l’homme d’affaire milliardaire qui  s’avéra  être  un  grand démagogue, après  l’échec  du  scénario dans lequel il jouera le rôle de perturbateur  contre le  4éme  mandat  et  le  5éme  au  profit  de  l’ex-D.R.S., après  le tournant pris par le « Hirak » dans sa seconde phase, perdra  la boussole  avec  l’arrestation  de  ses  ordonnateurs. Il usera de la même argumentation que Raphaël Glucksmann le néofasciste, député du parlement Européen, contre le scrutin du 12 décembre 2019, en instrumentalisant le vote tactique de  la loi sur  les  hydrocarbures  qui  précéda  les présidentielles, en s’attaquant verbalement  à  la multinationale du  groupe TOTAL, visant dans  le  collimateur  l’Etat-major de l’A.N.P. et  particulièrement le défunt son chef, comme il tentera d’importer  le modèle  du ‘’printemps’’ de Hongkong où il s’était  déplacé pour  soutenir ‘’les libertés’’ contre  ‘’la dictature chinoise’’. Il  sera  rattrapé  par  son dérapage langagier appelant à tuer les députés qui ont voté cette loi – après avoir était pacifiste -, et on lui désignera aujourd’hui Zoubida Assoul l’auxiliaire de l’ex-D.R.S. comme avocate.

    12- Après l’entente  entre le général-major Mohamed Mediène dit  Toufik et  Saïd Bouteflika, Ali Ghediri  était  prêt à affronté  Abdelaziz Bouteflika, mais en  vérité  l’accord secret conclu entre  eux prévoyait  le retrait  de ce  dernier  en cours de route, pour faciliter l’accès du second au trône d’El Mouradia.‘’L’empereur du temps’’, allait jouer, en fin de parcours politique, le rôle de  gros  lièvre  pour  le compte du clan du chef de l’ex-D.R.S., le rival d’hier !

    13- On se dispute, à postériori, d’être  les initiateurs  du « Hirak »  du 22 février 2019. Certains  l’attribue  à  la  ville de Bordj Bou Arreridj le 13 février 2019, d’autres à celle de Kherrata le 16 février 2019 ou encore à la  ville  de  Khenchela le 19 février 2019. La manifestation dans cette dernière a eu lieu en réaction à la provocation du maire de  la  cité  qui avait  mis  un  message  humiliant sur  sa  page  facebook. En  présence  de  l’agitateur  Rachid Nekkaz,  les jeunes  ont arraché  et  piétiné  un  grand  portrait  du  président  Abdelaziz Bouteflika. Dans les  deux  premiers  endroits, l’étude minutieuse du déroulement de l’événement, démontre qu’il y’a avait des réseaux organisés derrière le regroupement des jeunes, avec une similarité des mots d’ordre et  des  consignes pratiques  observées. La  manifestation  d’Alger du   22 février qui a été étudiée relativement par un camarade, sous plusieurs angles sur la base des faits  relevés  l’amène à conclure que l’appel provient d’un segment du pouvoir. En comparant toutes les données disponibles on déduit que se sont bien les réseaux de l’ex-D.R.S. qui sont derrière  cet appel et des actions locales précédentes.

    14- Maurice Faivre (Général),  Les  archives inédites de la politique algérienne, Editions l’harmattan, Paris 2000, p. 53.   La thèse de la directive gaulliste donnée au début aux 2éme  bureaux et  aux  S.A.S.  et  S.A.U.  est  confirmée  par  les documents  d’archives militaires auxquels ont eu  accès récemment des historiens. Une enquête historique de terrain minutieuse menée sur le déroulement  des  manifestations de  décembre  1960, à Aïn Témouchent  la  journée  du  09 décembre 1960, qui avait  connu  la  première  visite du  Général  De Gaulle, lors  de  son  ultime  tournée   en  Algérie confirme que le mot d’ordre ‘’Algérie algérienne’’ provient des officiers gaullistes dont le capitaine Henri Béziat.

    15-  Jusqu’à aujourd’hui, par myopie, on attribue le détrônement du clan Abdelaziz Bouteflika, par la démission de ce dernier, au seul  « Hirak » dans  sa phase ascendante (entendre les marches du vendredi et celles – des étudiants – du mardi) alors qu’en amont, les travailleurs de tous les secteurs ont observé des débrayages politiques contre  le 5éme mandat et  le prolongement  du 4éme,  oubliant le rôle décisif de l’A.N.P à travers son Etat-major.

    16- La thèse marxiste-léniniste  du rôle des masses populaires  dans l’histoire, à travers  l’exemple du  « Hirak », doit-être interprétée de façon concrète et spécifique à ce cas. La contradiction principale dans cette phase de la R.D.N.  – reflétant le contenu de la lutte de classe – est la lutte anti-néocoloniale ; la  synergie  de  toutes  les  forces  politico -militaires  patriotiques  de  l’Etat-National  avec  le  mouvement  des  masses  populaires, dans  cette  nouvelle  crise politico-institutionnelle, était la seule capable de bloquer la dérive continue imposée par ce régime de plus  en  plus inféodé  aux désidératas impérialistes. Malheureusement, le retard de maturation du facteur subjectif (organisation politico-syndicale de la classe ouvrière et ses alliés) fait  que  pour  aller  de  l’avant, dans  la  perspective  voulue par  nous, on piétine encore, en partie par l’entêtement de certains à entraver l’unité de nos rangs.

    17- Le « Hirak » a dénoncé toute ingérence étrangère avec l’Etat-major de l’A.N.P.  uniquement pendant sa  première phase, ensuite la force dominante de sa seconde phase  s’appuya sur la  France  pour tenter de faire avorter le scrutin présidentiel,  avec un succès momentané  le 04 juillet 2019, alors que  l’élan de  mobilisation millionnaire des  masses populaires s’était neutralisé à  ce moment  précis. Le  contenu  patriotique  et  antisioniste  du  « Hirak »  se  refléta  à travers  son ‘’inondation’’ par le drapeau national que côtoya celui de la Palestine, de toutes dimensions.

    18-  Sur Youtube, on peut revisionner  les vidéos de  la  première  phase  du  « Hirak »  à  ses  débuts, pour  remarquer que  Saïd  Saâdi, Louisa  Hanoune, Mustapha  Bouchachi, Ali  Guediri, Sofiane Djillali, Zoubida Assoul etc.  et   tous  les autres  ont  été hué  et renvoyé par  les  jeunes. Celui  du  M.S.P., Abderrazak  Makri  fabriqua  une  scène  vidéo, où  il apparait entouré par ses partisans dans une allée d’Alger, comme  s’il  était  acclamé par le  « Hirak » ! Et  ce  sont  ces prétendus leaders qui vont se métamorphoser en mentors et idéologues du « Hirak » après son tournant négatif.

    19- Amar Saïdani, promu , qui  était un  agent  auxiliaire de  l’ex-D.R.S, sera retourné  contre  son  ancien  patron  pour contribuer  à  détruire  sa  puissance, lorsqu’il  sera coopté  à la tête  du  parti  F.L.N.,  en  septembre  2013  par le  clan  Bouteflika, pour ouvrir la voie au 4éme mandat, en fait le règne déguisé de Saïd Bouteflika. Les réseaux  de l’ex-D.R.S. livreront au public le dossier de toutes ses frasques et lâcheront sur lui  Rachid Nekkaz en  France  où  il  est  partit  se réfugier. Leur propagande le présentera comme un homme proche du chef de l’Etat-major, alors qu’en réalité, il avait tourné casaque au profit du clan Bouteflika.

    20- Toute  l’histoire  de  la  formation  du  pouvoir  en  Algérie, avant  comme  après  l’indépendance, est  illustrée  par  des  alliances conjoncturelles de forces contre-nature, comme le démontre l’épisode du coup d’Etat  du 19  juin  1965, dans lequel Abdelaziz Bouteflika joua un rôle déterminant  contre feu  Ahmed Benbella.  Et  lors  du  règne  récent  du premier, il se fera parrainé par  le  second  pour  perdurer  au  pouvoir. Ce  qui  est  établi  clairement,  c’est que  l’Etat néocolonial français, comme les U.S.A. et les Emirats Arabes Unis étaient  les  soutiens  inconditionnels  du  président Abdelaziz Bouteflika, et leur ennemi était le chef d’Etat-major, surtout celui de la France.

    21-  Mais  même  toute  cette  mobilisation serait  restée   encore  insuffisante  pour  déboulonner  ce  régime  despo-népotique qui s’accrocha au ‘’trône’’ par toutes les manœuvres possibles. Il se prépara à la répression et même  à la guerre civile. C’est l’intervention de l’A.N.P., à  travers  son  haut  commandement  uni, que  représenta  l’Etat-major dirigé par le défunt Ahmed Gaïd Salah qui  neutralisa  le camp adverse – Saïd Bouteflika  allié de  nouveau à l’ex-chef du D.R.S. – et poussa le président à signer publiquement  sa lettre de démission ; et cela après une tentative avortée de limoger le chef d’Etat-major, lui-même par ces nouveaux alliés.

    22- Le 20 novembre  2016  à Tlemcen, à  la  commémoration ‘‘scientifique’’ de  la  800éme année   de   l’anniversaire de   Sidi  Boumediene,  par  une   institution  scientifique, l’annexe   du   C.N.R.P.A.H.,  avait   été   pressenti – par  la qualité  des  invités  et  la  solennité  de  l’ouverture – que  l’événement  était  instrumentalisé  pour  la  préparation   d’un   éventuel   5éme   mandat. Le  pouvoir  devança   Séville,  ville  natale  du  célèbre  Saint  soufiste, sautant, sur l’occasion pour lui piquer l’idée, et mettra tous les moyens pour  mobiliser les  élites qui lui  étaient  subordonnées,  afin  de perdurer  grâce  à l’idéologie du charlatanisme, propagée  par  tous  les  moyens  de  propagande de  l’Etat, s’appuyant sur  le  vaste   réseau  des  Zaouïas. Abdelaziz Bouteflika, n’avait-il  pas  usé  tout   au  début, lors  de  sa  campagne électorale,  du mot  d’ordre ‘’ DE L’EMIR ABDELKADER A SI ABDELKADER ’’ ! Il projeta de  s’introniser par  une  néo – ‘’moubaya’a’’, à  la  place  du suffrage universel, avec  l’aide du  D.R.S.  dont  feu  Larbi Belkheïr  était  le  parrain  de  son  chef, et  de  remplacer  la république par le système de l’Emirat  importé du Golfe, où il exerçait la  fonction  de  conseiller  du  souverain  des E.A.U.. Le soutien négocié avec les U.S.A. et la France, en plus des E.A.U.,  renouvelé jusqu’à la fin lui était assuré.

    23- On a trop spéculé sur  le soutien  des E.A.U. au  défunt  Ahmed  Gaïd Salah, chef  d’Etat-major. Alors  que  ce  pays soutenait exclusivement leur ancien conseiller – par un accord tripartite avec  les U.S.A. et la France – qui  leur  rendra bien l’ascenseur et que le défunt avait eu des relations avec lui  par son intermédiaire. D’ailleurs pendant  le « Hirak » dans sa première phase, la presse avait rapporté l’information sur l’arrestation d’officiers supérieurs de la présidence par l’Etat-major de l’A.N.P., qui avaient aidé un homme d’affaire émirati à s’enfuir avec des valises d’argent sur ordre de Saïd Bouteflika, sachant qu’il en était bien fini avec son pouvoir influent.

    24-  Gyorgy Lukacs, Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste, Éditions de Minuit, Paris, 1960.

    25- Il y’a  eu  une  vaine tentative  de  faire  sortir  en  retraite le chef d’Etat-major en fin 2018 par la présidence (Saïd Bouteflika) qui résista par la force, après avoir déchu de son poste le président de l’A.P.N., Saïd Bouhadja proche du chef d’Etat-major et plusieurs autres mesures pour préparer les conditions d’un 5éme mandat contre  la  volonté de l’Etat-major de l’A.N.P. . Tous ces faits réels de  la  vie  politique  nationale démontrent  que  la  fraction  du  pouvoir insinuée par le trotskyste Hocine Belalloufi, celle de l’Etat-major, le  défunt  Ahmed Gaïd Salah n’avait soutenu  ni le 4éme et encore moins un  5éme mandat. Ce  n’est  pas  lui, ni  son  groupe  qui  avait  parrainé  le  despote Abdelaziz Bouteflika depuis le début, mais le duo feu Larbi Belkheïr – Mohamed Médiène dit Toufik.

    26- Le vote par l’A.P.N. de la loi sur les hydrocarbures  avant  le  scrutin  du  12  décembre  2019  était  différemment interprété par les analystes et cela malgré  les protestations. Les  adversaires  de  l’Etat-major de  l’A.N.P., qui  gérait indirectement la transition y voyaient la preuve qu’il était  au  service  de  l’intérêt  des  multinationales américaines     et françaises. D’autres voix sincères recommandaient de reporter ce vote jusqu’à l’élection d’un  président  légitime. L’évolution de la situation par la suite, pousse à l’interprétation que c’était  une  démarche  tactique  provisoire  qui peut être remise en cause une  fois  les  présidentielles  passées  et  la  situation  des  institutions  stabilisée. Il  fallait neutraliser l’interférence négative des  puissances étrangères  sur  la  situation  intérieure, par  la  reconnaissance du nouveau président du pays en satisfaisant leurs appétits dans le texte de cette loi, notamment les U.S.A. et la France. Cette dernière pour ne  pas  froisser  ses  sbires  en  Algérie  aura, par  la  suite, une  attitude  équivoque. Pendant  la  transition   de  facto  durant   le  « Hirak », la  Sonatrach,  constituant  l’enjeu  principal  pour   tout   pouvoir  central, connaitra un toilettage général, en  passant par  son  P.D.G.  et  l’ensemble  de  son  encadrement. Comme  la  rente  des    hydrocarbures   demeura   la   principale  ressource   du   budget  de   l’Etat, il  fallait  changer  les  responsables détenant les principaux leviers de commande. Elle  a  connu  un  assainissement balayant le  clan  présidentiel  et  les résidus des réseaux de l’ex-D.R.S. …

    27- Le phénomène de la polyvalence socioprofessionnelle – engendrée  par  les  bas  salaires  et  la  hausse constante des  prix,  l’inflation  chronique  inhérente   au  capitalisme périphérique  dépendant, un  pouvoir  d’achat  en   baisse chronique – constitue une entrave objective à la constitution d’une classe ouvrière homogène et cohérente avec une conscience de classe et politique élevée. Il gêne la combativité dans les luttes syndicales et politiques des travailleurs et leur organisation, préoccupés par l’exploration d’autres moyens, de manière permanente, pour obtenir un surplus de revenu à leurs maigres salaires et subvenir à leurs besoins familiaux et personnels.

    28-  Ces  nouveaux  moyens  de  communication (le téléphone  portable  et l’internet) ont  montré  et  démontré  leur redoutable  efficacité dans les révolutions colorées à travers le monde, comme  dans  le  déclenchement du  « Hirak »  algérien  et  son évolution durant presque une année. Ils sont une arme à double tranchant, dont  il  faut  mesurer  le danger constitué par l’espionnage étranger et la manipulation sophistiquée.

    29-  Durant les quatre scrutins des présidentielles correspondants au règne de Abdelaziz Bouteflika et même le 5éme avorté, certaines forces politiques participaient aux élections, alors que les masses populaires désertèrent de plus en plus celles-ci. Mais  étrangement, elles  appelèrent au  boycott des  présidentielles  du 12 décembre 2019, parfois  en usant   de   la   violence.  A  Oran,  une  jeune  femme   enragée   dans   un   échange  sur  facebook  avec  une   femme installée en France – plus âgée et expérimentée – qui étaient toutes les deux pour le boycott  de  ce  vote, divergèrent sur   l’usage  de  la  violence  contre  les  votants. La   plus  jeune  irritée,  voulant  convaincre la  plus  vieille, que  seul l’empêchement par la force physique des gens, pouvait l’annuler.

    30- On a trop spéculé sur le caractère du « Hirak », s’il constituait ou non une révolution. Une confusion sera faite par le   leader  trotskyste   opportuniste  (le  journaliste-écrivain Hocine  Belalloufi) sur  le   caractère  révolutionnaire  du  « Hirak » et  celle  de  la définition  léniniste  de  ‘’la situation révolutionnaire’’. Comme  il  est  démontré  dans notre contribution, l’irruption des masses populaires et de la classe ouvrière sur la scène politique  nationale se  passe dans une nouvelle séquence  historique  ascendante  de  l’étape  de  la  révolution  démocratique  nationale  à  perspective socialiste que l’Algérie connait depuis la guerre de libération et d’indépendance nationale, après le long reflux qu’elle a vécu dans un contexte  mondial  de l’effondrement du camp socialiste des pays de l’Est (U.R.S.S. …), de restauration du capitalisme et de la mondialisation ou globalisation libérale.

    31- Plusieurs travaux sont consacrés à cette problématique du capitalisme périphérique depuis Samir Amin.

    32- Voir sur Youtube la vidéo divulguée sur l’échange téléphonique entre A. Sellal et A. Haddad.

    33- L’idéologie antimilitariste (libertaire, situationniste, gauchiste, anarchiste…) présente l’A.N.P. – souvent sa haute hiérarchie, sinon tous ses corps  et dans son ensemble – ‘’ comme  une  caste  oligarchique  au-dessus  de  la  société s’appuyant sur le monopole des armes, dont l’hégémonie est constitutionalisée, régissant la société  voire une force sociale détentrice d’intérêts et de privilèges non négociables par elle, échappant  à  la loi, disposant  de  la  rente, et ravalant  la bourgeoisie au statut  de  classe compradore  parasitaire en  occupant son  espace.’’ (Khaled Satour dans son texte diffamatoire – sur son blog – contre Ahmed Bensaâda). Bref  au-dessus des classes ! Et cela depuis toujours, ou  du  moins  à   l’indépendance. Ce  courant,  empruntant  parfois   des  catégories  d’analyse  marxiste,  comme  le  trotskysme,  pond   des   thèses   dangereuses   et   paradoxalement  rend   un   service  inestimable  aux  armées  de l’O.T.A.N. et de l’impérialisme dans son offensive  destructrice  des  Etats-Nations, dont  la  colonne  vertébrale   est  constituée   par  leurs  armées  issues  de  la  guerre  d’indépendance nationale. La  réalité algérienne démontre que l’armée comme les autres institutions du pays est traversée par les contradictions sociales et politiques. Et  que  les luttes   en  son  sein, reflètent   les   clivages que  produit  l’évolution socio-historique. Le  « Hirak »  a  donné  lieu  à  des décantations qui n’ont épargné aucun corps et des généraux croupissent en prison ou sont en fuite.

    34-  Voir l’alerte donnée, reprise sur la page facebook de Kayouche Abdelghani, en date du 11 avri 2019.

    35-  La suprématie de l’Etat-major sur le DRS avait progressivement débuté en 2013 avec l’affaire de Tiguentourine.

    36-  Une affiche sophistiquée d’Otpor a été remarquée en face de la cinémathèque d’Oran, alors qu’à Alger  une large banderole rouge avec le signe de la poignée de main en noir flottait sur la battisse de la carcasse d’un immeuble. Une vidéo montre l’intrusion des services de sécurité en civil dans l’enceinte universitaire pour arrêter  un  élément qui  a été localisé grâce à l’interception d’une communication téléphonique à Alger. Cette  vidéo  montre  des  étudiants en  colère, protestant  contre  cette  mesure  présentée  comme  un  « enlèvement »,  dans  la  1ère  phase  du  « Hirak ».

    37-  Le pacifisme du « Hirak » est à relativiser, si on recense les tentatives de le faire dévier, durant toutes ses phases.

    38-  L’attention  de  Bensaâda Ahmed  a   été   attiré, lui   qui  fait  un   excellent   travail   sur   la   problématique  des  révolutions colorées, avec une stricte rigueur scientifique, sur la photo de la ballerine qui avait fait  la une et  le  tour  du  monde, notamment à travers les medias français, Comme l’attention des animateurs du site raina.dz, qui  publia cette  photo, a  été  attiré  sur  le  fait  que  la  main  de   cette  jeune  danseuse Melissa  Ziad, dans  une  variante  de l’arabesque   ne   pouvait   être   fermée    pareil   au  signe   d’Otpor. La   photo  est  un  faux  fabriqué  et  qu’elle – la bayadère – n’est  pas  une  égérie  du  « Hirak »  dans  sa  première  phase (la scène date du 01 mars 2019), qui n’avait rien d’une ‘’révolution colorée’’.

    39 – Voir sur Youtube la vidéo qui illustre une scène nocturne à Alger et comparer avec celle des pieds-noirs sur l’INA.

    40 – La paysannerie laborieuse  et les ouvriers agricoles, dans  la  1ère phase  du  « Hirak »  par  vendredi, venaient  en petits groupes, aux chefs-lieux de Wilayas pour participer aux manifestations, dans les régions agricoles.

    41- Les circonstances nouèrent une coalition tactique et conjoncturelle entre le  clan  de  Abdelaziz  Bouteflika  et  le défunt Ahmed Gaïd Salah, le premier manigançant afin d’éviter l’écueil de l’ex-D.R.S. pour  un  4éme  mandat, et  le second profitant d’une bonne occasion pour détruire un adversaire historique considéré comme  le  chef  de  file  du ‘’parti de la France’’ par les anciens maquisards de l’A.N.P. . Et lorsque le « Hirak » initié à ses débuts par les réseaux de l’ex-D.R.S. leur échappa pour s’autonomiser, de nouveau Saïd Bouteflika et le général-major Mohamed  Mediène dit Toufik s’allieront pour mater ce « Hirak » populaire authentique, qui trouva  un allié aussi puissant que le défunt Ahmed Gaïd Salah pour détrôner le clan de Bouteflika et détruire cette sainte alliance.

    42- Dans une  contribution  en 2012,  on  avait  tiré  l’alarme sur  le  problème de  la  corruption  en  ces  termes : « le grave  fléau  de  la  corruption, au  sens  large, paralyse et   dérégule   complètement   toute   vie  sociale et  politique  saine. En  Algérie, elle  n’est  pas  uniquement  institutionnalisée de  facto ,  mais  socialisée  et   intériorisée  comme norme ; et dans sa genèse  elle remonte  à  la  guerre  de  libération  nationale  ,  comme  pratique au sein même des  rouages   des   instances  officielles  ( G.P.R.A. , M.A.L.G. … ) . Et  pour  extirper  ce  mal   qui  se  reproduit  d’abord  à  partir  des  hautes   sphères , ‘’  il  faut  vraiment  courir  ‘’, mais   c’est   bien   la  seule  issue   d’un   salut  patriotique   et   d’un   combat   multiformes  sur  tous  les  plans :  politique,  morale,  religieux,  éthique,  économique,  répressif, pédagogique… Et même lorsqu’elle est  subie  pour la majorité, elle n’est pas rejetée. En tout cas, à mon humble avis, elle  mènera  inéluctablement  à  la  dislocation  de  l’Algérie,  comme   facteur  fossoyeur  principal. A   l’instar  d’une  métastase généralisée, elle rongera le tissu social et minera le jeu politique.»

    43- La sainte alliance Saïd Bouteflika – Toufik, ayant perdu le premier round, changea  de  tactique  avec  ce  tournant.

    44- Le dégagisme est favorisé par la bourgeoisie. Il escamote la lutte de classe et la  remise  en  cause  du  capitalisme.

    45- La nature du pouvoir algérien et sa structuration ont fait qu’une coexistence de  ses  trois  principaux  pôles  et  la compétition  entre  eux  pour  l’hégémonie  sont  continues. Ce  n’est  pas le « Hirak »  qui  ‘’accusa des personnes’’ – entendre le défunt  Ahmed Gaïd Salah – mais  c’est  Saïd Saâdi qui  s’attaqua  à  l’Etat-major  de  l’A.N.P. à  travers  la  personne  de  son  chef, dés  le  moment  où  celui-ci  lancera  la   lutte  contre  la  corruption  et   fera  arrêté  certains oligarques (Issad Rebrab), ensuite des ministres et généraux à leur tête Mohamed Mediène dit Toufik…

    46- Même  Louiza  Ighilahriz, la  sénatrice  démissionnaire  contre  le  5éme  mandat, soutenant  le  candidat  de  l’Etat  profond Ali Guediri, s’opposa à l’arrestation  d’Issad Rebrab parmi la  levée  de  bouclier  solidaire avec  cet  oligarque, dont feu Belaïd Abdesselam – chef du  gouvernement  en 1993 – dénonça  publiquement  les  méfaits  avec  le  général Mohamed Touati et tout le groupe partisan de l’accord avec le F.M.I.  et la Banque Mondiale. L’hebdo-libéré avait été lâché  sur  le  1er  ministre,  qui  dans  un  long   article  en   deux  parties, lui  régla  son  compte. Procédé  en  règle  du   D.R.S.,  utilisé   pour  faire  démissionner  tout   haut  responsable  autonome, qui  échappa  au  contrôle  du   système  mafieux  instauré et dénoncé par feu Mohamed Boudiaf.

    47- Saïd Bouteflika misa dès 2001 sur une alliance avec Benjamin Stora, le conseiller présidentiel français, en l’invitant au  colloque organisé  étrangement  par  la  fondation Asselah  sur  l’histoire  de  l’E.N.A.. L’objectif  immédiat  était  la  préparation  de  la réhabilitation de feu Messali Hadj, à laquelle contribua aussi  Abdelmadjid Chikhi  qui – grâce à ses manœuvres –  sera    promut   par   le   clan   Bouteflika  au  poste   de   directeur   des   archives   nationales. Le   point  commun  entre  B. Stora  et A. Chikhi est l’anticommunisme, malgré tout ce qui les sépare.

    48- Déclaration du P.A.D.S. en date du 24 février 2019 ( Texte  sur le bulletin électronique : le lien ).

    49- Le général Khaled Nezzar, en voyant dans quel sens le vent tournait, qui tenta de se démarquer publiquement de la nouvelle sainte alliance alors qu’il y était impliqué, pour sauvegarder les intérêts de  sa  progéniture  et  sauver  sa propre peau, se verra contraint  de  s’exiler. A  la  fin  du  mois  de  juillet  2019, un  document  anonyme  intitulé ‘’La véritable histoire de la lutte entre A.G.S. et K.N.’’ signé par  le  F.E.N.E.C. (Front  pour  l’Évolution Nationale et  l’Éveil Citoyen) est balancé sur internet et circula par email.  Les initiales sont ceux du chef d’Etat-major A.G.S. et  les  siens K.N. . Mais on n’entendra plus parler de cet étrange front. L’éloge  du  général  et  de  son  rôle  pour  une  deuxième république transparait dans ce long texte où tous les noms sont  donnés  sous  formes  d’initiales  que  j’ai  tenté  de déchiffrer avec succès. Il nous révèle en Nota Bene que presque c’est  lui  qui  est  derrière  l’appel  anonyme  du  22 février  2019  par  cette  phrase : ‘’… cette  contribution à  la vérité, ne pourra  qu’assurer davantage  vos convictions quant aux acteurs ayant préludés au réveil populaire.’’ Il confirme l’impact des réseaux de  l’ex-D.R.S. sur  la  société après le limogeage  de son chef, et  présente  le  défunt  chef  d’Etat-major  et  son  allié  le  général  Mohamed Gaïdi derrière l’offensive qui entrava le plan de Khaled Nezzar pour une deuxième  république, à  travers  la  tentative  de création d’une chaine de T.V. ‘’ETHANIA’’, pour faire émerger de futurs leaders  du  mouvement  populaire. Il  tente d’expliquer la stratégie électorale préconisée dés juillet 2018  avec un faible argumentaire.

    50-  Mohamed Taje, « Hirak » en Algérie, entre réalité et manipulations, Tunis, le 2 avril 2019 (sur Google).

    51-  Ivan Dmitriévitch Kovaltchenko, Les alternatives dans le développement de l’histoire, revue des sciences sociales, Moscou, 1986, p. 111, 112 et 113. En été 1989, j’avais donné un cours  d’histoire de vulgarisation sur ‘’ la théorie des alternatives historiques’’ dans l’école régionale des cadres du PAGS à Oran, sur la base de ce  document fondamental de la théorie marxiste-léniniste, reflétant le degré de la recherche dans son approfondissement en U.R.S.S. Alors qu’il y’avait en parallèle l’offensive destructrice gorbatchévo-eltsinienne, sournoise et déguisée sous couvert de ’’ glasnost et perestroïka’’, que la direction de notre parti (et d’autres dans le monde), prenait naïvement pour un renouveau du socialisme et sa consolidation par la correction des erreurs du passé.

    52- Constat fait chaque mardi à Oran et à Alger par des camarades, dans la seconde phase du « Hirak ».

    53- Divers médias ont rendu compte de ces manœuvres militaires algéro-russe en méditerranée et de l’appui chinois.

    54-  Voir cette scène sur Youtube. La vidéo nous montre R. Nekkaz et ses collaborateurs obligés de fermer la fenêtre du balcon d’où ils tentèrent de se faire applaudir. Les jets de toutes sortes d’objets les feront fuir.

    55- Hocine Belalloufi  classera  l’opposition  ultralibérale (Issad Rebrab …) parmi  les  forces  populaires ! Pour  lui – qui avait refusé de dénoncer l’intervention agressive de l’impérialisme américain contre la Syrie en 2013 avec ses amis du ‘’rassemblement de gauche’’, sous le prétexte qu’elle est dirigée par ‘’un dictateur’’- en Algérie, à  l’orée du « Hirak », les forces de l’alternative démocratique et du changement sont le P.S.T., le P.T. et le F.F.S. ! Quelle funeste analyse et fumisterie politique de la part d’un flibustier. Le crédo des trotskystes c’est l’amalgame  comme  vient  de  le  prouver l’historien Grover Furr dans son ouvrage magistral : ‘’Les amalgames de Trotsky, Editions Delga, Paris 2016’’. Bien  sûr qu’une masse importante de jeunes militants sincères sont influencés par ce courant – il faut faire  un  travail  patient en leur direction – , grâce à la propagande de ces idéologues encouragés par  les  officines  de  l’impérialisme, surtout après l’effondrement de l’U.R.S.S. et du camp socialiste.

    56- Alors que la population en Kabylie est sortie en liesse, à l’instar de toute l’Algérie et de tous  les  algériens  dans  le monde, fêtait la victoire de la coupe d’Afrique, les principaux activistes  dans  cette  région  ont  ignoré  l’événement ! Cette fois-ci c’est l’Etat-major de l’A.N.P. qui avait mis le paquet pour soutenir l’équipe nationale, alors que la victoire précédente avait été fêtée par eux, parce que c’était l’ex-D.R.S. qui pilotait l’opération à travers l’ancien président de la F.A.F. Mohamed Raouraoua et ses officiers !

    57- L’icone du « Hirak » dans sa seconde  phase  Lakhdar Bouregaâ a, en  apparence, un  parcours  d’éternel  opposant d’avant   l’indépendance  nationale,  parfois   controversé. Il    connaîtra   une   fulgurante   promotion   au   grade   de commandant de l’ALN en 1960, juste après l’affaire dite Si Salah qui  aura  pour  conséquence la  liquidation  physique des officiers supérieurs du conseil de la Wilaya IV ses principaux protagonistes, mais survivra à sa décapitation d’Août 1961. Pendant la crise fratricide de l’été 1962, cette Wilaya adopta  au  début une  attitude  neutraliste, mais  Lakhdar Bouregaâ s’alignera avec le groupe de  Tizi Ouzou autour  de feu  Krim Belkacem  et feu  Mohamed Boudiaf  contre  le groupe de Tlemcen auquel appartenait feu  Amar Ouamrane et feu  Mohammedi Saïd. Il  suivra  ce  premier  en  1963 après la création de l’éphémère U.D.R.S. en clandestinité, ensuite feu Aït Ahmed qui fondera le F.F.S..  Il sera épargné par la répression qui s’était abattue sur l’O.R.P. après le coup d’Etat du 19 juin 1965. Il  aidera  Tahar Zbiri  en  1967  à  se cacher et s’enfuir, après l’échec de son coup d’Etat. Cette affaire ne lui sera  reprochée  qu’après avoir  été  mêlé  à une rencontre avec le  chef  du  M.D.R.A. en  1968, feu  Krim  Belkacem. Arrêté  en  juillet de  la  même  année, il  sera  condamné pour les deux affaires à  30 ans de prison  pour  avoir  participé  à  la  tentative  de  renverser  le  président défunt   Houari   Boumediene   et   de   son   assassinat. Torturé   atrocement, comme   il  le  relate  dans  son  ouvrage autobiographique, il sera gracié et libéré le 1er novembre 1975…Il participera  avec  les  19 ‘’personnalités’’ dont  3  se sont retirés en novembre 2015,  pour adresser une  lettre  au  président  Abdelaziz Bouteflika. C’était  au  moment  du limogeage de « Rab Dzaïr », qui était certainement derrière cette initiative, au vu  de  la  composante  des  signataires  de cette missive rendue publique.

    58- Hocine Belalloufi qui est devenu l’idéologue non seulement des trotskystes, mais aussi  de  plusieurs  renégats  de l’ex-PAGS  qui   trouvent  en  lui  la  roue  de  secours  justifiant  leur  déviation,  récidive   par   l’amalgame  dans   une interview  au  journal  El Watan  où  il  inverse  la  cause  par  rapport  à  l’effet  en déclarant que  la  crise  politique  a  été  provoquée  par  le  « Hirak » qui  a  duré  une  année, sans  distinguer  entre   ses  phases  d’évolution ! Alors  que c’est bien la crise politique et  institutionnelle  qui  a  induit  le  soulèvement  populaire salutaire. Il renie la  déviation du « Hirak » en  le mythifiant et  le  caressant  dans  le  sens  du  poil  et  en  considérant  le  danger  de  l’intervention étrangère comme potentiel et non réel. Le  soutien  de  Macron  au  clan  Bouteflika  pour  un  5éme  mandat, ensuite  pour  le   prolongement   du    4éme,  jusqu’à    la    dernière    minute    contre    la    volonté    populaire, l’activité   de l’ambassadeur   français, ouvertement   assistant  la  sainte  alliance  entre    Mohamed  Mediène  dit  Toufik   et  Saïd Bouteflika, l’opposition de  la France  déclarée  au scrutin du  12 décembre 2019  etc. tout  cela est-il  une  simple  vue de l’esprit ..?  Il est nécessaire de lutter contre ces déviations.

    59-social-démocratie française (dont le P.C.F.)  s’illusionne  à reformer l’U.E. impérialiste. L’Algérie doit se dégager impérativement de l’accord contracté durant le règne de Bouteflika, qui la lie à cette entité, et non le réviser.

    60- Tout un dossier – sur internet – en arabe  est réservé  à  cette  histoire  révélée  publiquement  avec  l’énigmatique    personnage de Mohamed El Ouali dit « Maréchal le Chat » de la région de Mostaganem, mort dans des  circonstances douteuses  à  Glasgow  en  Ecosse. Lakhdar Benkoula a pris sa  relève  sur  facebook pour  distiller  une  idéologie anti-kabyle, comparable à celle anti-arabe du courant berbéro-sioniste, toutes les deux venimeuses.

    61- Il est judicieux de rappeler, pour l’histoire, que le rapprochement discret (voire secret) d’un  segment  du  pouvoir algérien avec l’entité sioniste s’était fait durant la décennie rouge de  la  lutte  contre  le  terrorisme, par  le  biais  du R.C.D. dirigé par Saïd Saâdi, qui s‘était affiché avec B.H.L. ouvertement en France où  il  vit  actuellement. A l’époque, en 1996 Khalida Toumi (ex-Messaoudi) la nièce du rouquin, députée du R.C.D. s’était déplacée en Israël avec son ami Elisabeth Shemla, où elle avait été reçue par Shimon  Perez  président  du  soi-disant Centre  pour  ‘’la paix‘’ et  David Levy le ministre des affaires étrangères.  Cette visite n’avait donné lieu à aucune contestation de la part  du  pouvoir! Elle était certainement inspirée par le chef du D.R.S., ‘’Rab Dzaïr’’. Une fois Abdelaziz Bouteflika intronisé au pouvoir, il recevra à la présidence Elisabeth Shemla  en  compagnie de  son  amie  promue  ministre  de  la  culture  du  R.C.D., Khalida Toumi, qui était par ailleurs une amie intime et alliée fidèle  de la  chef  du  P.T.,  Louisa  Hanoune  depuis  au moins  le  mouvement  féministe  de 1982.  (Voir : Elisabeth Shemla, Mon journal d’Algérie, novembre 1999 – janvier 2000. Editions Flammarion, Paris 2000).

    62-  Cet emblème (avec ses dérivés) qui est  né suite à un très  long processus, pour s’ériger  en  mythe  fondateur  du berbérisme (dont le kabylisme), ébranlent les fondements symboliques de l’Etat-Nation et  du Maghreb. Il  reflète  la crise d’intégration de la Kabylie à cet Etat-Nation, instrumentalisée par les forces antinationales et impérialo-sioniste, afin de le disloquer et de le détacher du mouvement de  libération  nationale  arabe, dont  la  question  palestinienne demeure  le nœud gordien. La 3ème et dernière phase du « Hirak » dominée par  la collusion de la nébuleuse politique islamo-berbériste démontre que le but commun de ces deux mouvances est la destruction de l’Etat-National.

    63-  Ce sondage a été fait ouvertement sur la page facebook de Merzoug Touati qui s’est fait mieux démasquer.

    64- Saïd Saâdi est l’auteur d’un premier livre intitulé ‘’l’échec recommencé’’. Il le  rééditera après l’assassinat de  feu Mohamed Boudiaf, président du H.C.E., qu’il avait critiqué et mis dans le même sac que  les autres personnalités qui ne lui plaisait pas dans la première édition. Et comme il semblerait que le défunt projetait de  le  nommer  chef  d’un nouveau gouvernement, il effacera la trace de cette critique et la remplacera par des éloges dans la seconde édition. Parrainé par l’ex-chef du D.R.S., il jouera consciemment le  rôle  du  lièvre, lors  du  scrutin  présidentiel  de  1995, où Liamine Zéroual avait été largement plébiscité – le P.A.D.S. étrangement, par une  tactique  électorale  erronée  avait soutenu sa candidature, alors que le regretté Abdelhamid Benzine  s’en démarqua publiquement –  et  on  réservera  un quota important de députés et autres ‘’élus’’ à son parti le R.C.D.. Il collabora en compagnie de Khalida Toumi, au rapprochement avec les soutiens de l’entité sioniste en France, notamment Bernard Henri Levy  (le natif de Béni Saf) et elle, en voyageant discrètement à Tel Aviv, en qualité de députée  du  R.C.D. (et  d’auxiliaire de la  police politique parrainée  par  son oncle maternel,  en  1996. Avec  le  règne  imposé  de  Bouteflika, Saïd Saâdi  fera  participer trois ministres  de  son  parti   au  gouvernement.  Cette   alliance  sera   disloquée  par  le  ‘’printemps noir’’  d’avril  2001, l’événement douloureux qui avait vu  faucher  la  vie  à  près  de  126  jeunes morts et des milliers de blessés.

    65- La période où la Kabylie avait connu une accalmie relative, dans l’histoire post-indépendante de l’Algérie, est celle de feu le président Houari Boumediene de 1966 à 1978. Le courant berbériste, soutenu par la France néocoloniale en sous-main, avait fomenté des actions terroristes contre les représentations algériennes en France et tenté  d’autres à Alger, Oran etc. Auparavant, feu Krim Belkacem, s’appuyant sur l’aide américaine et de l’entité sioniste en 1968, avec des commandos du MDRA, tentera de renverser par la force armée le pouvoir. Mais la Kabylie  bénéficiant  d’un  plande  développement  diversifié  consistant, connaitra  une  stabilité  grâce  à  la  politique  révolutionnaire  du  pouvoir, malgré ses limites et où l’élite kabyle joua un rôle important avec à sa tête feu Mohamed Saïd Mazouzi.

    66- Dans un post de facebook, titré ‘’Ceux qui assimilent l’A.N.P. à l’A.L.N.’’, l’éditeur Boussad Ouadi, ancien gérant de la  librairie  El  Idjtihad  s’interrogea  ironiquement: ‘’ Peuple et  A.N.P.  khawa-khawa ? ’’  Et  trancha :  ‘’Ceci  est  une mystification totale du point de  vue  des  faits’’. Il  se  hasardât  en  histoire, comme  d’autres  politiciens, à  partir  du prisme   idéologique   berbéro-trotskyste   et   par  anachronisme situa  ‘’ la bataille d’Alger ’’  avant  le  congrès  de  la Soummam  qu’il  sublime, en  intériorisant  le  fait  que  c’était  une  action  armée  et   croyant  aussi  que  l’affaire de Melouza précéda ce congrès. Et enfin tira  la  conclusion que  la  leçon  tirée  à  partir  de  ces  expériences  poussa les dirigeants à affirmer ‘’la suprématie du civil sur  le  militaire’’ !  Examinant les  faits, comme  il  le  souhaite. Les  deux événements ont eu lieu après le congrès de la Soummam qui s’était tenu du 20  août  au  5  septembre  1956. La  dite ‘’bataille d’Alger’’initiée par le F.L.N. était en fait une grève politique pacifique, à laquelle le colonialisme répliqua par une action armée des parachutistes ; l’affaire Melouza a eu lieu le 28 mai 1957  que  l’A.L.N.  entreprit  pour  punir les soutiens du M.N.A. et son armée de Bellounis. Ce n’est pas le lieu ici de détailler plus ou d’examiner s’il y a eu erreur de la  part  du  F.L.N.- A.L.N., comme  le  suggère  la  réflexion  erronée  de  l’auteur  de  ce  post. Et  il  entretient  une confusion –  à  l’instar  de  ceux  qui  sacralisent le  congrès   de   la   Soummam ( Saïd Saâdi en premier lieu ),  héritage historique instrumentalisé actuellement à des fins de conquête du  pouvoir  politique –  sur  les  concepts. La  décision retenue était celle de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et du politique (non du civil) sur le militaire. L’évolution de la situation après la dite ‘’bataille d’Alger’’ remis en cause le  premier  principe  lorsque  le  C.C.E. s’exila, y  compris feu Abane Ramdane, alors que le chahid Larbi Ben M’hidi fut  arrêté  et  assassiné. Par  contre  le second  principe, en pleine guerre de libération et  au  niveau  des  Wilayas fut  cumulé  avec  le  rôle  du  militaire au  niveau d’une  même personne, le colonel politico-militaire, qui avait trois  commandants  adjoints : politique, militaire  et  renseignement-liaison. La vie  faisait  que  les  moudjahidines étaient  des  militants  en  armes… La  même  répartition  des  fonctions régissait les niveaux subalternes (Je reviendrai sur le sujet dans une contribution spécifique relative au congrès  de la Soummam tellement galvaudé à l’occasion du « Hirak »).

    67- Plus que toute  autre  communauté  algérienne, celle de  la  Kabylie  avait connu  non  seulement  un  phénomène d’émigration vers l’Orient (Biled Echem) depuis 1831, ensuite migratoire interne surtout vers l’Oranie, région  la  plus européanisée et enfin la France ou la métropole, vers la fin du 19éme siècle en s’amplifiant plus après  la  1ère  guerre mondiale. Et bien sûr vers les pays du Maghreb, comme le Maroc où la Tunisie sous protectorat français.

    68- Husseïn Mroué, la shou3oubiya dans  l’histoire  arabe (in comment connaitre notre patrimoine), 2ème  édition  en arabe, Mouassasset El abhath El ‘arabiya, Beyrouth, 1986, p 257 à  262.

    69- Le trio dirigeant du  M.D.S.  avait  toujours  imposé  au  conseil  national  et  contre  la  volonté  majoritaire  de  ce mouvement, la participation au scrutin  présidentiel  durant le  règne  de  Bouteflika. Le  candidat Fethi  Guerras, son porte-parole, participa à la compétition du 18 avril 2019 annulée dans la phase des  signatures  nécessaires  à  réunir, dont il n’avait pas  réussi à avoir le nombre  suffisant pour  prétendre être candidat. Il  s’opposera avec  acharnement  aux présidentielles  du  12 décembre 2019,  dans  une  alliance de  l’alternative  dite  démocratique  douteuse. Yacine Téguia, son secrétaire général, vient récemment dans un post sur facebook à la rescousse ‘’des ténors du Hirak’’(Addi Lahouari  et  consorts),  s’attaquant  gratuitement  à  Ahmed  Bensaâda  et  surtout  Mohamed  Bouhamidi  dans  une polémique stérile et amalgamée. A cours d’arguments, il prétend vulgairement les confondre avec Amar Saïdani, l’ex-S.G. du F.L.N. retourné de l’ex-D.R.S. au profit du clan Bouteflika, dans une analogie parallèle anachronique!

    70- La situation en Kabylie avait échappé à tout contrôle de  l’Etat, comme  le  démontrera  le  jour  même  du  scrutin présidentiel. La violence utilisée et  la prise en otage de la population illustre bien la dualité du pouvoir qui  s’instaura avec un avantage de celui de l’opposition et des séparatistes. La  langue  arabe  officielle  est  gommée  de  toutes  les plaques et panneaux d’indication routière.  C’est la dérive totale du « Hirak » dit pacifique !

    71- Le déni de la réalité par les opposants aux présidentielles  du 12 décembre 2019, atteindra  son  summum  avec  le cortège funèbre de feu Ahmed Gaïd Salah, chef d’Etat-major. Une marée humaine rappelant celui de feu  le président Houari Boumediene ou du chahid Mohamed Boudiaf. La collusion avec l’Etat français était frappante.

    72- Les  manifestations  du  « Hirak »  du  21  et  22  février  2020,  observées  directement  à   Alger – comme celles  du     8 novembre  2019 – après  l’écoulement  d’une  année, avaient marqué  les  deux  grands  moments  du  « Hirak » à  sa troisième phase dominée par les islamistes et à sa seconde phase dominée par le P.A.D.. On avait l’impression que les autorités donnèrent l’instruction de laisser libre cours aux marches. Le drapeau  berbère  qui  était  interdit  et  même celui de ‘’Daech’’ noir se côtoieront le long des cortèges, que ce soit celui venant de la place du 1er mai et empruntant le boulevard Hassiba Benbouali ou la rue Didouche Mourad allant vers  la  place  Maurice  Audin  et la  Grande  Poste. Déjà la matinée, avant les manifestations, des hordes  d’islamistes  s’entrainèrent  avec  leur  accoutrement  habituel comme des commandos, que des éléments  du  B.R.I. encerclèrent  dans  une  course poursuite. Des  groupes  soudés hisseront les portraits d’Ali Belhadj et d’autres celui de l’ex-président égyptien Mohamed Morsi …

    73- Les événements du ’’printemps arabe’’ et d’ailleurs prouvent que ce n’est que relativement que ‘’ la politique du régime  ’’ constitue ‘’ le  principal  agent  de  déstabilisation ’’, des   alliés  de  l’impérialisme furent  sacrifiés  comme             en  Egypte, en  Tunisie… En conclusion, le  trotskyste  Hocine Belalloufi qui crée  encore  l’amalgame  entre  la  vision complotiste et la nécessaire vigilance, s’approprie la paternité de nos idées et propositions d’orientations générales d’une alternative politique qui découle de l’analyse de la situation actuelle.

    74- En  2012, suite à  une  conférence  d’histoire  donnée  à  l’occasion du  1er   novembre, sur  le  témoignage  de  feu Mohamed Boudiaf. Dans le débat, la discussion avait débordé sur le sujet de son assassinat et la thèse que  François Mitterrand  en  était le  commanditaire avait été  avancé avec un  argumentaire fondé sur l’histoire.

    75-  On peut illustrer par les réseaux de la progéniture de ses éléments établie en  France et  récompensée  en  plein « Hirak »   par   l’Etat   français, mais  qui   exerce   une  influence  importante  sur  des  jeunes  en  tant  qu’activistes d’obédience trotskisante sur la toile.

    76-  Il suffit de se référer aux pages facebook de ceux qui sont cités pendant cet épisode, pour se rendre  compte  soi-même de cette vérité amère. L’un deux parle même de solidarité internationaliste du Parlement Européen !

    77- L’activiste des droits de l’hommisme Fekhar Kamel Eddine était passé du F.F.S. au Mouvement dit  de l’autonomie du Mzab. Il s’illustrera par une lettre publique adressée au S.G. de l’O.N.U. demandant son intervention  contre  l’Etat algérien  pour  son  paisible ‘’peuple mozabite’’ qui  vit  une  oppression  depuis 1962 ! Rares sont ceux qui savent que cette activiste avait  un  parent  haut protecteur  qui  le  tirait  d’affaire à  chaque  fois  qu’il  avait des  ennuis  avec  la sécurité et la justice sur une question sensible qui touche à l’unité  territoriale  de  l’Algérie. Ce  personnage, membre influent  des  réseaux  de  l’Etat profond (ex-D.R.S.)  était  le  doyen  de  l’institut  d’histoire  d’Oran – Fekhar Brahim – président de l’Union Nationale des Historiens Algériens, indétrônable depuis le temps du parti unique. Il  sera député du R.N.D. et finira sa carrière en qualité de  sénateur du  tiers  présidentiel  pendant  le  règne  d’Abdelaziz  Bouteflika  -deux mandats- jusqu’à sa mort. Un anticommuniste  et  proaméricain. Ce  n’est  qu’après son  décès  que  son  neveu  Kamel Eddine  avait  été  inquiété,  à  cause de  son  activité  portant  atteinte  à  l’intégrité territoriale de l’Algérie, en appelant à l’ingérence étrangère, sous le paravent de la lutte  pour les droits de l’homme.

    78- Bien avant, depuis au moins 2011, dans des contributions sur l’histoire nationale et politiques, l’attention de nos compatriotes, des  ami(e)s et camarades est attirée sur les convoitises de l’impérialisme qui  se  prépare  à  disloquer l’Etat-National algérien, quelques soient les déclarations officielles, en appelant à la lutte et  à la  résistance, pour le préserver sur internet et auparavant, par la diffusion directe.

    79- La   Turquie   islamiste  se  dispute   avec  la  France  l’hégémonie  de  l’influence  multiple  (économique, politique, géostratégique et militaire) sur leur ancienne sphère de domination coloniale du monde  arabo-musulman, y compris l’Algérie,  en  s’appuyant sur  le   mouvement   des   frères   musulmans  du   M.S.P.   et  le   courant  Rachad  qui  s’est particulièrement renforcé dans la troisième phase du « Hirak »,  en s’alliant avec  une variante  du courant berbériste et   culturaliste. Sachant  l’appartenance  de  ces  deux  puissances  méditerranéennes  à  l’O.T.A.N., leur  alliance avec l’entité sioniste et leur rôle dans la destruction relative de la Syrie résistante (toujours en cours) et  celle  de  la  Libye  en voie de partition, l’Algérie doit demeurer sur ses gardes en  renforçant  d’abord le  front  intérieur  de  la  cohésion politique et militaire (populaire), ainsi qu’une action diplomatique intelligente visant coûte  que  coûte  à  éloigner  le spectre de la guerre de nos frontières.

    80- A l’occasion du 01 mai, le P.A.D.S. souligna dans sa  déclaration l’échec  du  mouvement  populaire  du  22  février 2019 qui ‘’n’a pas  réussi à  déboucher sur le  remplacement  du  régime  de  la  clique  de  Bouteflika  par  un  régime démocratique révolutionnaire dirigé par la classe ouvrière, ses  alliés, les  couches sociales populaires’’…’’ à cause de  la faiblesse politique de la classe ouvrière’’, alors que  cet  objectif  n’a  jamais été  revendiqué  publiquement  par ce mouvement et ne pouvait, à mon avis, être fixé au soulèvement dans un rapport  de  force  défavorable. Il  demeure toujours un but à atteindre – celui de la conquête du pouvoir – par la voie de la révolution socialiste.

    81-  Décréter le 22 février journée nationale de la fraternité et de la cohésion peuple-armée contre le néocolonialisme et pour la défense de l’Etat-National, doit se traduire par une politique générale et socio-économique antilibérale.

    82-  C’est le contenu du projet de déclaration fait à la veille du 1er novembre 2019, reflétant l’orientation générale qui doit, à notre humble avis, guider l’action du front anti-néocolonial dans le contexte d’aujourd’hui.

    83-  Des propositions écrites sont faites par les camarades de la « Voie Communiste », du PADS, du CNS, du ‘’PCA’’ et d’autres à titre individuel, parfois elles se croisent et  se  complètent. Elles  constituent  de  précieux  matériaux  qu’il faut synthétiser pour arriver à élaborer le programme des partisans du socialisme dans cette phase particulière.

    84- Le  P.L.D.,  dont  le douteux  président, Moulay Driss Chentouf, avait  été  un  membre  coopté  du  C.N.T.  en  1994 comme   Zoubida  Assoul  et  compagnie, après  s’être  coalisé  en  tant  que  partenaire  du  P.A.D.,  avec  les  courants islamistes et berbéristes depuis la seconde phase du « Hirak » jusqu’à sa suspension, il vient de  divorcer tardivement avec cette  coalition. Sa ‘’laïcité’’, franciste  et  greffée, cache en  fait  une  analogie  frappante  avec  celle  de  Djemila Benhabib  (l’islamophobe), la  fille  de  son   vice-président, franc-maçon  pro-sioniste  qui  a  dernièrement   visité ‘’ la nouvelle   capitale  d’Israël  :  Jérusalem ’’ – El Qods –  dans   l’enceinte  même   de  l’ambassade du  Canada  son  pays d’adoption. Une sympathie à peine voilée lie le chef du P.L.D.  et  celui  du  M.D.S. d’Oran, Saïd Kateb  à  cette  femme pour laquelle ils ont fait la promotion  de ses livres soi-disant dans  un  but  commun anti-islamiste, mais  jamais  anti-néocolonial et antisioniste ! Cette  femme  a  du  mépris  vis-à-vis de  tout  un  peuple (palestinien)  qui  lutte  pour  sa libération du joug colonial. Ceux qui lui font la promotion ne  sont  pas  fondamentalement  trop  différents  d’elle. Le chef  du  P.L.D. et son adjoint, qui flirtèrent hier avec Mohamed Sifaoui le pro-sioniste, et aujourd’hui avec Saïd Saâdi le social-libéral ami de B.H.L. en  hissant l’épouvantail de  l’intégrisme, s’attaque honteusement  et  vicieusement  au seul héritage globalement positif de l’Algérie indépendante – malgré les erreurs et les insuffisances – celui  du défunt président  Houari Boumediene  dont nous, les  communistes  algériens,  nous  nous  réclamons  fièrement  (surtout  la période   1972-1978).  La   France   et   ses   alliés, en   appui  sur   la   3éme   force,  sont   derrière   son  assassinat  par empoisonnement ici même en Algérie. Chentouf invente  de faux témoignages  livrés  aux  jeunes  sur  la  relation  du P.A.G.S. avec ce révolutionnaire attaqué par ses amis de  la social-démocratie, libéraux, berbéristes  et  les  islamistes qu’il prétend combattre. Le transfert des activités de cette féministe  du Canada  à  la  Belgique (siège de l’U.E.)  n’est pas fortuit. Il reflète l’appartenance à un puissant réseau, (celui de  la Franc-maçonnerie) pro-sioniste ; l’invitation de Mohamed Sifaoui, pour une prochaine conférence «Sur l’islam politique» à Bruxelles, médiatisée par D. Benhabib sur sa page facebook, nous renseigne sur la coordination de l’activité de ces partisans de la « laïcité » made in France.

    85- Les illusions  sur  la  voie  parlementaire  et  électorale  en  général  s’estompent, avec  l’expérience  historique  de  «l’eurocommunisme» et celle récente de l’Amérique latine, dans le contexte de la mondialisation impérialiste.

    86- L’information qui a fuité  de  milieux  proches  de  certains  candidats, se  confirme  par  l’acharnement  des  forces opposées aux présidentielles qui rejettent les résultats, parce qu’elle leur est parvenue de source intérieure  infiltrée.

    87- La profusion du drapeau  national, sous  diverses  formes, à  pris  une  ampleur  inédite. Symbole  de  l’Etat-Nation issue de la guerre d’indépendance nationale, dont les masses populaires se sont appropriées  massivement  durant le « Hirak », comme bouclier contre la tentation répressive. Il rapprocha l’ANP et son Etat-major, dont  les membres  de tous grades, le lèvent et saluent quotidiennement, du peuple et sa jeunesse, faisant ressurgir  le  souvenir  des  inouïs sacrifices consentis pour lui, dans les luttes  pour l’indépendance nationale contre  le colonialisme. Au plan psychique et morale, il est  le substrat  de  la  conscience nationale ; comme  au  plan  politique, il  représente  le  fondement  du caractère républicain de l’Etat-National, dont le clan-régime Bouteflikien tenta de remettre en cause en projetant une succession de type  népotique et clanique, s’appuyant sur  les  trois  pays  U.S.A.,  France  et  E.A.U.,  qui  ont  parrainé extérieurement son intronisation à la présidence en 1999 et continuent de le protéger contre toute poursuite.

    88- Continuant son amalgame habituel et voulant nier le changement de cap du  « Hirak », Hocine Belalloufi  justifiera  par le fait qu’une fraction du pouvoir (sous-entendue celle du Chef d’Etat-major) avait changé de cap en  appui sur lui,  pour  ‘’renverser  la  fraction  Bouteflika’’  après  avoir  soutenu  le  5éme  mandat ! Les  faits  sont  têtus, dixit  Lénine.     Nous  avons  démontré  plus haut que c’est le D.R.S. qui  avait parrainé la  candidature et  soutenu  les  trois  premiers  mandats  du président imposé. Le poste de  chef  d’Etat-major  est  revenu  au  défunt  Ahmed Gaïd Salah  alors qu’on  allait  le  mettre en retraite en qualité de  chef  des  forces  terrestres, poste  auquel  il  avait  été  promu  par son  allié  Liamine Zeroual  qui était ministre de la défense en 1994. L’opposition au second mandat de feu le général Mohamed Lamari  et  son  échec,  l’avait  fait  éjecté  ( poussé  à  la  démission ), et   remplacé  par  le  défunt  Ahmed  Gaïd  Salah  auquel  revenait ce poste automatiquement. Le  D.R.S.  avait  l’hégémonie  toujours  sur  le  reste  des  deux  pôles  du pouvoir. Le quatrième mandat, contrairement à la propagande dominante  et  aux  apparences  est  le  résultat  d’une  mésentente  entre  lui  et  le  chef d’Etat-major sur un successeur et la prééminence qui avait entretemps  changée au  profit  du  chef  d’Etat-major qui  renforça  sa  position  au  sein  de  l’armée,  en  devenant  aussi  vice-ministre  de  la  défense   en  raison  de  l’accident handicapant du  président  qui  détenait  la  fonction de ministre de  la  défense. Le  clan  présidentiel  avait déjà  éliminé feu Ali Tounsi (du clan du D.R.S.) opposé  à  un  éventuel  troisième  mandat dès  le  début  et  éventuellement  feu  le  général  Smaïl Lamari, l’adjoint-chef du  D.R.S. qui  était  lui  aussi  contre  toute  modification  de  la  constitution  sur  le nombre de mandat présidentiel, ce qui avait forcé son chef de file à rempiler  pour  un  troisième  mandat. Le   clan  de  Bouteflika  avait  mis  en  place  une  redoutable  police  politique  parallèle  dès   2003   dirigée  secrètement   par  Yazid  Zerhouni.  Le  rapport  de  force  ne  lui  avait  pas  permis  d’en  faire  le coordinateur de l’ensemble des  services de sécurité en qualité  de  ministre  de  l’intérieur. Sachant la  lutte  à  mort entre le  chef d’Etat-major et  vice-ministre de  la  défense et le patron du D.R.S. ‘’Rab Dzaïr’’ qui avait forcé son allié historique Liamine Zeroual à  démissionner  de  la  présidence  avant  terme, Saïd Bouteflika  le  dauphin  qui  voulait remplacer officiellement son frère aîné trouva face à son ambition une opposition des deux autres  pôles du pouvoir, mais de facto il régna sur la présidence. Après l’écartement du chef du D.R.S., le clan Bouteflika prépara  deux futurs  successeurs pour  protéger  ses  arrières, en  l’occurrence le  général Abdelghani Hamel chef de la sûreté nationale – auquel l’Etat-major fera barrage, grâce à  l’affaire de la cocaïne qui lui  avait aussi permis  de  liquider  des  généraux  membres   du  clan  de  l’ex-chef  du  D.R.S. (Saïd Bey  et  Habib Chentouf)  emprisonnés  au  début  et  libérés  par  la présidence  (Saïd  Bouteflika) en  2018  – et   Chakib Khelil  innocenté,  entamant   une  précampagne  à   travers   les  zaouïas, base  d’appuis  du   clan. L’Etat  profond   avait   gardé  une  grande  influence,  comme   on   l’a   montré   et préparait dès cette année son candidat potentiel, le général Ali Guédiri.

    89- Le caractère contradictoire du mouvement de masse s’affirmera avec son évolution  d’une  phase  à  une  autre  et l’aiguisement de la confrontation et de la lutte de classe qui a un contenu anti-néocolonialiste dans le cas de  l’Algérie dans cette étape historique.

    90- Cette  question demeure fondamentale – Capitalisme ou Socialisme – pour l’avenir de notre peuple. Le choix  de la perspective socialiste, clairement proclamée par le chahid Mohammed Larbi Ben M’hidi avant la tenue du congrès de la Soummam, et qui sera consacrée par la  Charte  de  Tripoli, celle  d’Alger,  ensuite  la  Charte  Nationale est  le  seul conforme aux aspirations de la majorité de notre peuple, des sacrifices de milliers de  martyr(e)s et de militant(e)s de toutes les générations. La justice sociale ne peut être concrétisée que dans ce cadre. A l’échelle mondiale, l’humanité vivant la  crise sanitaire du coronavirus, se rend compte de la supériorité du  système  socialiste, dans  l’intérêt  de  la majorité des habitant(e)s de la planète.  L’Etat-National algérien  ne  peut  survivre, se  développer  et  se  pérenniser que dans la perspective du socialisme. Le bilan global, de toute la période de l’indépendance, démontre  ce  choix. La voie capitaliste, suivie progressivement depuis 1981, ne mènera  qu’à la  dislocation de l’Algérie, en  plusieurs entités disparates, au  profit  des  forces  impérialo-sionistes et  réactionnaires. Il  n’y a  pas  lieu d’opposer le  socialisme à la religion  musulmane ( tactique  de  la  droite  réactionnaire ), fidèlement  aux  traditions  de  luttes  des  communistes algériens, depuis le PCA (et même avant) et le PAGS jusqu’à aujourd’hui.

    91- J’avais dénoncé dans une lettre de  protestation  – dont je préserve le texte – au  chef  du  gouvernement  en  avril 2003, le harcèlement policier de la police politique parallèle du clan Bouteflika que  j’ai  vécu  après  la  manifestation populaire d’Oran  contre  l’invasion de  l’Irak  par  l’armée  américaine et  ses  alliés de  l’O.T.A.N.. J’ai  même  déposé plainte contre son segment illégal dirigé par le directeur de la sûreté d’Oran  M. Mokrani (homme de main de  feu Ali Tounsi) qui sera sacrifié après l’assassinat de  son mentor. Sans  rentrer  dans  le  détail  d’un  drame  personnel  vécu pendant  plus  d’un  mois, où  j’étais  contraint  de  rentrer  en  clandestinité, dans  la  course  poursuite, je  me  sauvai souvent chez l’A.N.P. avec l’aide d’amis (chef du secteur militaire, commandant de la gendarmerie, caserne des forces spéciales, régional de la sécurité…) qui m’avait aidé contre ce réseau en me protégeant, selon les  situations où  je me trouvais pour desserrer l’étau autour de moi, sauver ma peau d’une tentative de liquidation et m’enfuir vers des lieux d’hébergement d’amis… J’ai fait le maximum de tapage par téléphone (il n’y avait à l’époque ni portable, ni internet). J’avais le statut officiel de cadre de la culture, syndicaliste d’artistes  et  de  membre  de  la  commission de  l’O.N.D.A. d’Oran. Depuis cet événement, j’ai écopé une maladie, mais j’avais résisté comme je l’ai fait dans  la  terrible  période du terrorisme à Oran  au Palais de la Culture, au  moment  où  notre  milieu  était  la  cible  privilégiée  de  l’intégrisme islamiste. On  s’était  opposé,  depuis   le  1er  mandat,  au  candidat Abdelaziz Bouteflika, publiquement. Cette  affaire s’expliquera à postériori par le fait que  la  préparation  du  second  mandat  avait  commencé  secrètement, avec des tiraillements au sommet, et qu’on avait été pris dans un engrenage des luttes  intestines  autour  de  cette  échéance.  Ce phénomène des polices politiques parallèles proliféra autour des différents pôles du pouvoir.

    92- Comment  prétendre   lutter  pour  ‘’ le  recouvrement  de  la  souveraineté  populaire ’’  en  voulant  imposer  un triumvirat qui préparera les élections présidentielles après une phase de transition ? La souveraineté populaire était bafouée par l’Etat profond qui domina depuis longtemps y compris l’A.N.P. jusqu’en 2014. L’expérience du H.C.E. et des élections présidentielles de 1995 qui étaient relativement conformes à la souveraineté  populaire, en  hissant  le ministre de la défense, devenu  chef d’Etat  Liamine Zeroual  principalement,  grâce à  la  lutte  contre  le  terrorisme intégriste, démontre  que c’était le D.R.S. qui poussa le président  à  écourter  son  mandat, se  voyant  à  la  fin  sans véritable pouvoir réel.

    93- La revendication du nouvel  ordre  économique  international, par  le  regretté  président  Houari  Boumediene  au  nom des pays non-alignés, dans le contexte de l’époque, doit ressurgir et être mieux adaptée au contexte actuel de la mondialisation impérialiste, de plus en plus multipolaire, où la Chine  supplante  progressivement  les  U.S.A.  en  tant que première puissance mondiale. Cette évolution, à laquelle résiste férocement  l’impérialisme américain, ouvre  de nouvelles perspectives, pour refonder toutes les institutions mondiales (économiques et financières, politiques…).

    94- La  question   syndicale elle  aussi  mérite  réflexion  à  l’occasion  de  cet  événement pour  déterminer  une   juste  orientation. La  tentative  de réappropriation de l’U.G.T.A., malgré toutes  les  tentatives  du  passé, est  une  impasse sans  issue. Il  s’agit  d’ouvrir  un  débat  national  sur  le  sujet,  pour  évaluer  toutes  les  expériences,  y  compris  du  pluralisme syndical de façade. C’est dans les luttes concrètes qu’émergeront les meilleures formes d’organisation… 94bis- Aujourd’hui l’avant-garde politique communiste n’arrive toujours  pas à s’unir dans un  même  cadre  organique, alors qu’elle demeure très réduite numériquement. Ce qui nuit à son action, à son influence et à  son  avenir  et  celui  de  l’ensemble  des  travailleurs  et  des  masses  laborieuses. La  jeune  génération  actuelle  est  désorientée  par  cet  éparpillement   injuste  et   injustifié  à   ses  propres  yeux.  Elle  l’est   encore  plus,  par  la  perspective   de  la  social-démocratie (dont le trotskisme) dont il faut combattre fermement l’opportunisme  au  sein  du  mouvement   ouvrier algérien. La  force des communistes algériens  réside dans leur unité  et  leur  liaison avec  la  classe laborieuse  sur  la base d’un programme et de statuts élaborés en commun et adoptés par un congrès national  qui  élira  une  direction  collégiale. C’est la  seule alternative  mobilisatrice possible qui  assurera la  reconstruction d’un parti  qui  préservera  son  autonomie  politique par rapport au pouvoir, à la bourgeoisie et à la petite bourgeoisie. Un  ultime  appel  a  été lancé, à  l’occasion  de  ce  1er mai  2020,   pour  l’unité  des  rangs  communistes algériens,  sur  des  bases  politiques            et de principes du marxisme-léninisme. Avant d’appeler les travailleurs à  s’unir, leur  avant-garde  le  doit  d’abord.

    95- Dans la pure tradition trotskyste  de traitrise – dont les leaders s’accrochent aux fesses des  communistes, plagiant la théorie marxiste-léniniste et  s’attaquant à  eux  derrière leurs dos, se présentant  aux jeunes  ouvriers  et  à toutes les  autres  catégories, comme  de  vrais  révolutionnaires,  en  les  déroutant  par  leur  phraséologie  ultra-radicale et antistalinienne – le « Hirak » a été une bonne épreuve qui permet de démasquer  cet adversaire déguisé  sur lequel la bourgeoisie compte beaucoup pour assoir sa  domination, comme le prouve l’expérience du P.T. et de  sa  passionaria Louisa Hanoune, depuis Saint Egidio  jusqu’au flirt  avec  le  pouvoir Toufiko-Bouteflikien, dans  ses  manigances. Leur alliance est une continuation de  la tradition du  couple  historique  Messalisme-Lambertisme, dans  la  mesure  où  le bouteflikisme est une tendance néo-messaliste, de l’intérieur même du F.L.N., qui constituait un front large, avant de devenir un appareil et  courroie de  transmission  du  pouvoir, après  l’échec  d’en  faire  un  parti  d’avant-garde avec    la fusion du P.C.A. et de son aile gauche, en s’inspirant de l’expérience cubaine  en 1964. Louisa  Hanoune  incarcérée bénéficia d’une solidarité particulière en France à travers  une action (pétition) animée  discrètement   par  Benjamin Stora. Alors que Hocine (ou Patrick) Belalloufi voit  ses  écrits  journalistiques superficiels  largement  médiatisés  par    les sites de la 4éme internationale d’obédience trotskyste.

    96-  Les éditions Delga ont traduit, au français, une série d’ouvrages de l’historien Grover Furr et d’autres  auteurs, sur des problématiques liées à l’histoire de l’U.R.S.S. Cet auteur a un site sur internet qui aborde aussi  ces  sujets. J’ai  eu l’occasion d’avoir un petit  échange avec lui  sur « le culte de la personnalité » et  le  komintern. Nous  avons  eu  aussi l’occasion  de  faire  circuler  certains  de  ses  livres,  comme « Khrouchtchev a menti », « Iejov contre  Staline », « Les massacres de Katyn »  en attendant d’autres … Il est nécessaire de trouver  une  maison  d’Edition qui  traduirait, à  la langue arabe, ces recherches basées sur des sources archivistiques de première main, et faire leur diffusion en Algérie pour faire connaitre les causes réelles de l’échec momentané, de l’expérience socialiste dans l’ex-U.R.S.S.

    97- La fraternisation de Sadek Hadjeres, qui renoue avec le berbérisme  de  sa  jeunesse, avec  Larbi  Zitout  leader  du mouvement islamiste Rachad, a étonné certains anciens du P.A.G.S., alors qu’il suffit de voir  sur  son  site  Socialgerie pour   savoir  que  sa  position  n’est  pas  nouvelle. Déjà   qu’il   gênera   énormément    la  reconstruction   d’un  parti communiste  par  son  attitude  d’être   au-dessous  de  la mêlée, en  justifiant  la  politique  gorbatchévienne, comme l’avait fait aussi feu Hachemi Cherif tout en  radicalisant sa  position  vis-à-vis de  l’islamisme  politique  et  renonçant     au socialisme, en lui substituant le prétendu ‘’capitalisme moderne’’.

    98- Le nouveau pouvoir a réussi, relativement,  à atténuer  les  pressions de l’Etat français sur  l’Algérie, en  changeant   son  l’ambassadeur en  Algérie, certainement  en  faisant des concessions pour  être reconnu. Comme  il  est  parvenu à  rétablir  le  lien  avec  la  Kabylie,  qui  échappa  à  tout  contrôle  pendant   les  présidentielles. La  réhabilitation  de l’oligarque Issad Rebrab – vénéré par tous – a  sans  doute  contribué  a  diminué  la  tension, en  plus  du  confinement sanitaire. Il a même été convié à  la  dernière  tripartite,  après  avoir été  reçu  par des  ministres…Les  travailleurs en Kabylie se rendent comptent, avec le licenciement  des  syndicalistes, que  le  vrai  clivage  n’est  pas  identitaire, mais d’intérêt de classe. Il y’a la reprise d’un  «Hirak» sporadique dans certains  lieux  en  Kabylie et parmi la diaspora, fixé sur la revendication de la libération des détenus  ‘’d’opinions’’, comme  l’activiste Khaled Drareni  et  bien  d’autres… Plusieurs autres activistes virtuels se sont tus  depuis, définitivement, ou  ne  s’agitent  plus  comme  avant. Soient ils sont rentrés dans les rangs, suite à la distribution de  quelques  strapontins, ou ils  ont  perdu  définitivement  espoir,  à cause leur désunion…lâchés par  l’Etat néocolonial. Arab Izzarouken – qui  avait  d’abord  muté  en  social-démocrate ensuite en social-libéral, en travaillant pour le compte de l’Union Européenne  à Oran  et Alger – s’est  illustré  dans  la 1ère phase du «Hirak» en adhérant au staff du candidat de l’Etat profond, Ali Guediri, et adressant une  lettre ouverte, à ses anciens camarades (entendre du PAGS) et ami(e)s pour le soutenir. Après les déboires vécus par le candidat, son parrain (Toufik) et son financier (Issad Rebrab), il redoublera de férocité, dans la seconde phase du « Hirak », en  vain, pour saborder le scrutin. Dans la 3ème et dernière  phase du «Hirak», il se coalisera sur le terrain avec les éléments  de Rachad, lui qui  se faisait passé pour un  anti-islamiste acharné, pour  enfin  se  calmer un peu  après  la  réhabilitation d’Issad  Rebrab  et  les  bruits  qui  courent  sur  le  statut donné à l’ex-patron du D.R.S. ! Son  influence est  efficace et  néfaste sur des anciens du PAGS qui le trouvent généreux (avec l’argent qu’il gagne et distribue), alors que cela prend une  forme de corruption,  pour les emmener au fond, à adopter ses positions politiques. – Ahmed Bensaâda s’attaqua, cet été, à certains ténors du «Hirak», mais se trompent  sur deux aspects : Lorsqu’il  ne met pas en relief le rôle de l’ingérence de  l’Etat  néocolonial français  prépondérant  par  rapport  à  celui  du  N.E.D., Otpor et autres officines derrière les révolutions colorées, et  appuyant la relève  de  la 3ème force néocoloniale. Aussi se trompe-t-il sur le cas de Zoubida Assoul, en la classant parmi les O.N.Gisées, alors qu’elle est d’abord une auxiliaire de l’ex-D.R.S., et à ce titre elle se retrouva dans les O.N.G. citées, comme elle passa  du mouvement de la Mouwatana et de présidente d’un parti, au staff du candidat Ali Ghédiri de l’Etat profond. L’attaque subie par  K. Cheikh, l’éditeur du livre, ne peut provenir que de ces réseaux.

    99- L’orientation de la politique socio-économique social-libérale du pouvoir se confirme avec la tripartite, alors  qu’il continue la lutte contre la corruption, à travers  tous  les  procès  des  affaires de l’ancien régime de Bouteflika, que le ‘’Mendjel’’ (faucille) du défunt Ahmed Gaïd Salah avait fauché lors de la 1ère phase du « Hirak », et  la  lutte  contre la tendance mafieuse au sein des rouages de l’Etat, et des rangs  des  fractions de la  bourgeoisie. Le  nouveau président tente d’unir l’ensemble de la bourgeoisie algérienne autour de son pouvoir pour élargir sa base sociale. Les  mesures préconisées vont approfondir la voie capitaliste dans les limites d’une économie de traite néocoloniale, qui aura des conséquences catastrophiques pour les travailleurs et le pays. Il  faut combattre  cette orientation socio-économique fermement et l’infléchir dans un sens anti-néocolonial, édifiant une économie dominée  par le  secteur  public. Notre consigne de vote, lors du prochain référendum du 1ère novembre sur la constitution, ne peut être qu’identique à  celle du scrutin présidentiel, c’est-à-dire un bulletin nul, dans le souci de préserver l’Etat-National.                                                                                                                                                                                                                       100- Voir  la  déclaration  du  30 juillet 2020  de la « célébration de la 80éme année du  martyre  de  Kaddour Belkaïm   1er secrétaire du PCA mort en détention du typhus », d’un Groupe de Communistes Algériens sur le  blog internet de Mohamed Bouhamidi, le site raïna-dz, les pages facebook de Hamid Ould Hocine, Abdelatif Rebah, Larbi Oucherif et Fateh Agrane (lien).

  • Rene Naba-La confrérie des Frères Musulmans à l’épreuve de la normalisation israélo-arabe

    Rene Naba-La confrérie des Frères Musulmans à l’épreuve de la normalisation israélo-arabe

    -2 février 2021 

    Maroc: «L’Ordre de Mohamad» à l’artisan du «Muslim Ban»… Chapeau bas au «Commandeur des Croyants», sans doute la martingale gagnante du «Président du Comité Al Qods» pour la cause palestinienne.

    Tuile supplémentaire: L’intégration d’Israël au CENTCOM a projeté la confrérie dans une impasse idéologique absolue en ce qu’il signe, dans l’ordre symbolique, l’alignement des parrains des «frérots» à la stratégique israélo-américaine.

    La normalisation collective arabe paraît devoir placer les Frères Musulmans devant un redoutable défi, conduisant d’ores et déjà le Hamas à prendre ses distances tant vis à vis de la confrérie que de cette reptation généralisée.

    La revendication de l’indépendance de la branche palestinienne de la confrérie constitue un fait sans précédent dans les annales de la nébuleuse islamiste, s’apparentant à un bouleversement de l’ordre d’une révolution copernicienne. Elle risque de provoquer un séisme au sein de la Confrérie et de saper sa crédibilité en la privant de son principal argument de propagande: le combat pour la Palestine.

    Cette décision a été dévoilée dans un entretien off que le chef du mouvement islamiste palestinien, Ismail Haniyeh a eu avec des dirigeants libanais proches de la résistance anti-israélienne, lors de son dernier séjour à Beyrouth, et que le directeur du quotidien libanais Al Akhbar M. Ibrahim Al Amine, révèle dans les colonnes de son journal, en date du 28 décembre 2020, rompant la confidentialité de la conversation.

    De surcroît, la ratification de l’accord de normalisation Maroc-Israël par le premier ministre islamiste Saadeddine Al Othmani, de même que la réaction timorée de Rachef Ghannouchi, le chef du parti islamiste An Nahda de Tunisie, a fait craindre au nouveau chef du Hamas, Ismail Haniyeh, une nouvelle erreur stratégique de la confrérie, comparable à son alignement sectaire sur les pétromonarchies dans la guerre contre la Syrie, à l’effet de la discréditer définitivement.

    «Le Hamas ne constitue pas un membre organique de l’organisation mondiale des Frères Musulmans. Nous avons une grande cause qui s’appelle la Palestine. Nous ne pouvons plus nous déterminer sur des événements qui se produisent à travers le monde sans tenir compter de leurs répercussions sur la cause palestinienne», a notamment déclaré le chef du bureau politique du Hamas.

    «La position du Hamas a gagné en clarté. Nous ne déterminerons pas notre position en fonction de l’attitude d’une personne, d’un gouvernement ou d’un état à l’égard des Frères Musulmans. Certes, nous prenons en considération cet élément. Mais notre position sera dictée par l’attitude de ce gouvernement ou cet état à propos de la résistance à l’occupation israélienne».

    M. Haniyeh a fait cette mise au point à propos des contacts entretenus par le Hamas avec Le Caire, alors que l’Égypte mène une sévère répression à l’encontre des Frères Musulmans égyptiens.

    «Hamas, non seulement considère l’Égypte comme une grande puissance régionale, mais également la grande puissance régionale ayant la plus grande proximité géographique avec la principale base de la résistance palestinienne, Gaza.

    «L’intérêt de la résistance palestinienne est d’entretenir des relations directes et constructives avec le gouvernement égyptien, de manière à assurer la protection des intérêts de la résistance à Gaza, et, partant les intérêts des Palestiniens», a-t-il fait valoir.

    Al Akhbar explique que M. Haniyeh a fait cette déclaration d’une grande netteté afin que les autres formations relevant de la confrérie prennent conscience de la «spécificité» du Hamas au sein de ce mouvement.

    Au delà de l’Égypte, le Hamas a procédé à une redéfinition de ses relations sur le plan régional, engageant un dialogue intensif avec l’Iran et le Hezbollah, de même que la Syrie, via la formation paramilitaire chiite libanaise.

    M. Haniyeh a exprimé le souhait de «tourner la page» du différend avec la Syrie, se fixant comme objectif des «relations pleines et entières». «Nous réclamons cette relation, car nous savons pertinemment la position de la Syrie à l’égard de la résistance et que l’intérêt de la résistance l’exige», a-t-il plaidé.

    Ce que la résistance a obtenu de la Syrie, elle ne l’a obtenu d’aucun autre pays arabe. Le développement de notre puissance, la formation de nos cadres, le perfectionnement de notre expertise, tout y compris un lieu sûr, à l’abri des pressions et des conditions… nous l’avons obtenu de la Syrie», a-t-il admis.

    «Les différends entre le gouvernement syrien et la branche syrienne des Frères Musulmans n’ont jamais eu des répercussions sur les relations du Hamas avec Damas. Et Quand un pays arabe interdisait les collectes en notre faveur, le président Bachar Al Assad donnait instructions que des collectes soient organisées dans les mosquées de Syrie.

    «La Syrie constitue la pierre angulaire du système arabe. Si la Syrie était dans un meilleur état, nul ne se serait hasardé à normaliser ces relations avec l’ennemi», a-t-il conclu.

    Pour le locuteur arabophone, l’intégralité de cette déclaration sur ce lien: Les Frères Musulmans et la Palestine: les confidences d’Ismaïl Haniyeh Al Akhbar 28 décembre 2020

    La prise de distance du Hamas va priver la confrérie de son argument de propagande de poids en ce que la branche palestinienne constitue la seule formation du mouvement en confrontation directe avec Israël, –voire la seule formation sunnite en confrontation directe avec Israël–, à rebours des orientations générales des «frérots», que cela soit leurs parrains, la Turquie et le Qatar, de même que la branche syrienne des FM, qui se sont acharnés dans la destruction de la Syrie; ou encore la Tunisie du temps de la présidence de Mouncef Marzouki et son alliance avec An Nahda, la branche tunisienne des FM, où près de 5.000 djihadistes tunisiens s’étaient rendus en Syrie pour participer à la destruction du pays et non à la libération de la Palestine.

    Ou enfin l’Égypte du temps de l’islamiste Mohamad Morsi, qui avait décrété le jihad contre la Syrie…. Le Jihad contre la Syrie, un pays qui avait pourtant mené avec l’Égypte 4 guerres contre Israël et non de dénoncer le traité de paix avec Israël, comme l’a fait le petit Liban soumis à deux invasions israéliennes avec la complicité des milices chrétiennes; voire même lever le blocus de Gaza, dirigé par le Hamas, l’homologue égyptien de la confrérie… tant il est vrai qu’il est plus facile de crier avec le loup que d’affirmer son indépendance, à la manière des Talibans qui ont contraint les États Unis à négocier pendant deux ans à Doha avant de consentir à leur assurer une sortie honorable d’Afghanistan.

    Khaled Mécha’al, l’ancien dirigeant du Hamas, avait déblayé la voie à un tel recentrage en procédant à un acte de contrition avant de céder la place à son successeur.

    Ce démarquage paraît devoir ancrer le Hamas définitivement dans l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américano-pétro monarchique dans la zone.

    Échaudé par sa mésaventure de Syrie, le Hamas a pris ses distances avec la Confrérie des Frères Musulmans, dont il était considéré jusqu’à présent comme sa branche palestinienne et se recentre la Palestine, dans une démarche qui constitue un désaveu de ses dérives antérieures à propos de la guerre de Syrie et de la politique de ses parrains occultes: le Qatar et la Turquie.

    Ce recentrage sur son corps de métier en somme, sa raison d’être initiale, intervient au terme de deux décennies de déviance qui ont sapé la crédibilité des tenants de l’islamisme politique, au point de faire apparaître la confrérie des Frères Musulmans, la matrice de toutes les formations intégristes, cumulant un mauvais choix sur un mauvais pari, comme un vestige de la guerre froide.

    En un invraisemblable égarement, les Frères Musulmans se sont distingués lors de la séquence dite du printemps arabe, par sept fautes majeures, qui ont favorisé sa répression par l’Égypte, sa criminalisation par l’Arabie saoudite et la désaffection de bon nombre de ses sympathisants à travers le monde, et partant son tragique isolement:

    A – Le déboulonnement lors de la chute de Tripoli, en 2011, de la statue de Nasser, artisan de la première nationalisation réussie du tiers monde, le Canal de Suez et, à ce titre, cible d’une triple agression de la France et de la Grande Bretagne et d’Israël; C’est à dire des deux puissances coloniales de l’époque et leur créature; complétée onze ans plus tard par une nouvelle agression en 1967, avec les encouragements des monarchies pro américaines, le chah d’Iran, le Roi Hussein de Jordanie et le Roi Faysal d’Arabie.

    B – La tenue à Paris en juillet 2011, d’un congrès de l’opposition syrienne, sous l’égide des Frères Musulmans et de Bernard Henry Lévy, le fer de lance de la stratégie médiatique israélienne sur le théâtre européen, dont le parrainage fut désastreux pour la crédibilité de l’opposition syrienne…. Avec en corollaire la militarisation du conflit syrien plongeant la Syrie, voie de ravitaillement stratégique du Hezbollah libanais face à Israël, dans une guerre sans fin, faisant le jeu des pétromonarchies du Golfe, en détournant quelque peu le groupe contestataire à l’hégémonie israélo-américaine dans la zone, écartant durablement toute transition démocratique dans ce pays en lui substituant un conflit inter-étatique visant à déterminer la hiérarchie des puissances dans l’ordre régional.

    C – La Fatwa du Jihad contre la Syrie décrétée par Mohamad Morsi avec la caution de 107 Oulémas salafistes wahhabites, contre un pays qui a livré en alliance avec l’Égypte quatre guerres contre Israël; gravissime cas de déconnexion mentale jamais égalée dans le monde.

    D – La supplique de Youssef Al Qaradawi, le milliardaire Mufti du Qatar, demandant à l’OTAN de bombarder la Syrie, seul pays du champ de bataille avec le Liban à n’avoir pas signé un traité de paix avec Israël.

    E – La trahison de Khaled Mecha’al, chef du bureau politique du Hamas, en 2011, et son ralliement sur une base sectaire à la coalition islamo-atlantiste dans sa guerre contre la Syrie, un pays qui lui avait offert l’asile politique pendant 14 ans après avoir échappé à une tentative d’empoisonnement en Jordanie de la part des services israéliens. Une faute impardonnable, s’il en est, qui lui vaudra son exfiltration du commandement de son mouvement et son exil au Qatar.

    F – L’incendie par les islamistes égyptiens de la maison de Mohamad Hassanein Heykal, l’ancien confident de Nasser et ancien directeur du grand journal égyptien Al Ahram, provoquant la destruction d’une des plus riches bibliothèques du Monde arabe, un trésor historique incomparable…. dans le prolongement de la pulsion destructrice des islamistes contre les bouddhas de Bamyane et des stèles de l’islam noir de Tombouctou (Mali)

    G- Enfin et dernier et non le moindre, la caution donnée par le chef du Parti de la Justice et du développement du Maroc, Abdel Ilah (esclave de Dieu) Benkirane à une normalisation des relations entre Israël et le Maroc.

    A ce propos, Al Akhbar indique que la réaction de Rached Ghannouchi, le chef d’An Nahda tunisien, un admirateur du président turc Recep Tayyib Erdogan, à la normalisation des relations entre le Maroc et Israël a été d’une «grande timidité» et, à ce titre, «choquante».

    «Si la Tunisie ne s’est pas engagée sur la voie de la normalisation avec Israël, ce n’est pas tant en raison de la position timorée d’An Nahda, mais grâce à la ferme position du président Kais Es Saied, hostile à toute forme de normalisation».

    De même la position du Parti de la Justice et du développement, la branche marocaine de la confrérie a constitué un «scandale politique et moral» à l’effet de provoquer un «séisme parmi ses adhérents», d’autant plus manifeste que le Roi Mohamad VI du Maroc, Commandeur des croyants, est président du Comité Al Qods, chargé théoriquement de la protection de ce 3eme Haut Lieu de l’Islam.

    Machiavélisme suprême ou summum de la perfidie? Dans ce Royaume aux mœurs florentines, le monarque a assigné «la sale besogne» à son premier ministre Saad Eddine Al Othmani d’apposer sa signature sur le document de normalisation entre le Maroc et Israël, maintenant les mains souveraines dans une blancheur immaculée de cette souillure dont l’opprobre rejaillira immanquablement sur son féal islamiste, au delà, sur la mouvance confrériste dans son ensemble.

    Une normalisation qui officialisait, enfin, au grand jour la connivence souterraine de la monarchie chérifienne et Israël, d’un demi siècle marquée notamment par l’assassinat de Mehdi Ben Barka, le chef charismatique de l’opposition marocaine et l’espionnage au profit de l’État hébreu du sommet arabe de Casablanca (1964).

    Sur le plan protocolaire, le cosignataire marocain de l’accord israélo-marocain aurait dû être un membre de l’appareil sécuritaire marocain (le directeur du renseignement militaire, voire le directeur de la sûreté générale marocaine ou encore le chef des services de renseignement), équivalent du signataire israélien, M. Meir Ben Shabbat, conseiller à la sécurité du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

    Suprême infamie: Le président sortant Donald Trump a gratifié le Roi du Maroc, de la prestigieuse Légion du mérite des États Unis pour son «impact positif» sur le paysage politique du Moyen-Orient.
    La Légion du mérite est une médaille militaire remise pour un fait d’armes exceptionnel ou à des responsables étrangers, qui peut uniquement être accordée par le président.

    En retour, le président américain a reçu la plus haute distinction du royaume chérifien, notamment pour son travail dans la promotion de l’accord de normalisation avec Israël. Lors d’une cérémonie privée au bureau ovale, la princesse Lalla Joumala Alaoui, ambassadrice du Maroc aux États-Unis, a remis à Donald Trump «l’Ordre de Mohamad», une récompense décernée uniquement aux chefs d’État.
    Dans un pays médiatisé à l’extrême, la cérémonie s’est déroulée à huis clos…. comme s’il s’agissait d’un geste honteux. Les médias n’ont pas été en effet autorisés à assister à la cérémonie de remise des prix…… sans doute pour ne pas immortaliser la vilenie de conférer une distinction honorifique à un président ayant fait l’objet d’une double procédure de destitution, de surcroît «l’Ordre de Mohamad» à l’artisan du «Muslim Ban».
    Chapeau bas au Commandeur des Croyants, sans doute la meilleure martingale du «Président du Comité Al Qods» pour la cause palestinienne. A n’y prendre garde, à force de faire un usage inconsidéré de «l’Ordre de Mohamad», l’on risque de déconsidérer le prénom porteur de l’ordre, qui est tout de même celui du prophète de l’Islam.

    «Faute d’une attitude nette à l’égard de la normalisation avec Israël, se posera le problème de la crédibilité de la confrérie des Frères Musulmans et partant de son aptitude à diriger un véritable mouvement d’indépendance national. Et accréditer l’idée d’un groupement mû par la conquête du pouvoir et ses avantages», en déduit Al Akhbar.

    Tuile supplémentaire: L’intégration d’Israël dans le dispositif militaire régional américain du Centcom, basé au Qatar a projeté la confrérie dans une impasse idéologique absolue en ce qu’il signe, dans l’ordre symbolique, l’alignement des parrains des frérôts à la stratégique israélo-américaine.

    La réconciliation des frères ennemis du wahhabisme (Arabie saoudite-Qatar) sous l’égide du Jared Kushner, gendre du président Trump et membre influent du lobby juif américain, doit être vue dans cette optique.

    Le CentCom (commandement central) est le maillon intermédiaire du dispositif stratégique américain à travers le monde assurant la jonction entre l’OTAN (Atlantique Nord) et l’OTASE (l’Otan de l’Asie du sud est). Sa zone de compétence s’étend de l’Afghanistan au Maroc. Jusqu’à présent Israël était rattaché au dispositif européen de l’OTAN.

    Son intégration au Centcom (Moyen orient) est une conséquence directe de la normalisation collective arabe avec Israël à l’automne 2020, dans une alliance contre l’Iran. Au total, six pays arabes l’Égypte, la Jordanie, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont reconnu l’Etat hébreu.

    Cette décision de Donald Trump a été prise le 13 janvier à une semaine de la fin du mandat du factieux président américain. Par ses effets désastreux sur la crédibilité de la confrérie des Frères Musulmans, elle apparaît comme l’ultime coup de poignard de l’Amérique à ses anciens servants.

    Ah les ravages de la servilité à tout crin………Pour solde de tout compte d’un vestige de la guerre froide.

    Fait sans précédent dans les annales du combat palestinien à Gaza, des manœuvres conjointes se sont déroulées, fin décembre 2020, dans l’enclave palestinienne, avec la participation de toutes les fractions palestiniennes, les brigades des Martyrs d’Al Aqsa (Fatah), les brigades Ezzedine Al Qassam (Hamas), le Jihad Islamique de même que les branches militaires du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) et du Front Démocratique pour la Libération de la Palestine (FDLP), comme pour symboliser l’unité du combat palestinien.

    En Écho, Hassan Nasrallah, le premier à avoir procédé au «pardon des offenses» à l’égard du Hamas, en 2018, en vue de maintenir la pression sur Israël sur ces deux fronts (le sud avec le Hamas à Gaza et le Nord avec le Hezbollah au sud Liban), a révélé que le Hezbollah avait livré au mouvement palestinien des missiles anti char russes Kornet, en vue de neutraliser les chars israéliens dans leur incursion dans l’enclave.

    «Ses missiles ont été prélevés sur nos stocks et livrés au Hamas avec l’autorisation préalable de la Syrie, qui en avait fait l’acquisition auprès de la Russie», a précisé M. Nasrallah dans une interview à la chaîne «Al Mayadeen», fin décembre 2020, confirmant que les pourparlers entre la Syrie et le Hamas était «en bonne voie pour parvenir à une réconciliation».

    Les manœuvres conjointes inter palestiniennes ont été suivies deux semaines plus tard par l’opération à grande échelle iranienne baptisée Payambar-e Azam 15 (Le Grand Prophète 15) dans le désert central d’Iran en mettant en œuvre une opération combinée de missiles et de drones. Un vaste exercice militaire comprenant le lancement d’un barrage de missiles balistiques sol-sol qui ont été suivis d’opérations par des drones bombardiers offensifs comme pour témoigner de la capacité balistique iranienne à détruire l’ensemble des bases américaines déployées au Moyen Orient.

    Source : https://www.madaniya.info/2021/02/02/la-confrerie-des-freres-musulmans-a-lepreuve-de-la-normalisation-israelo-arabe-1-2/

    «La folie des grandeurs d’Erdogan et les prémisses de la faillite des Frères Musulmans» de Mohamad Mathlouti, écrivain tunisien.

    9 février 2021 

    Le président Recep Tayyip Erdoğan a laissé entendre, fin décembre 2020, qu’il envisageait de renouer avec Israël, en vue de sortir de son isolement diplomatique, alors que la Turquie se trouve en phase de délitement de ses relations avec l’Otan; en concurrence directe avec la Russie tant en Syrie que dans le Caucase; en conflit frontal avec la France en Méditerranée; Et, sur le plan interne, en rupture avec ses anciens compagnons de route.

    Mais une éventuelle reprise des relations diplomatiques entre Israël et la Turquie, la principale puissance sunnite régionale, placerait les Frères Musulmans devant un véritable défi de leur crédibilité dans leur engagement dans la défense de la cause palestinienne en ce que la Turquie néo ottomane islamiste constitue le principal parrain de la confrérie, avec le Qatar.

    Sans retard, Israël a coupé court à toutes ses supputations en posant une condition dirimante à toute éventuelle réactivation des relations israélo-turques: La rupture des liens entre Ankara et le Hamas. Si une telle condition était satisfaite, elle pourrait saborder la crédibilité de diplomatie néo islamiste de la Turquie.

    Contrairement à l’Égypte, qui a fait la paix avec Israël, après avoir mené 4 guerres contre l’État Hébreu, détruit la ligne de défense Bar Lev sur le Canal de Suez et récupéré le Sinaï, les pétromonarchies se sont, elles, acharnées à détruire la Syrie, sans jamais tiré le moindre coup de feu contre Israël, concentrant leur répression contre leurs propres peuples. Il en a été de même de la Turquie, l’ancien allié stratégique d’Israël du temps de la guerre froide soviéto-américaine (1945-1990).

    L’alliance de l’unique pays musulman de l’OTAN avec Israël avait été présentée par les propagandistes occidentaux comme «l’alliance des grandes démocraties du Moyen Orient» pour masquer en fait l’alliance contre nature entre le premier état génocideur du XX me siècle (Turquie-Arméniens) et les descendants du génocide hitlérien (Israël). Et justifier une alliance de revers contre la Syrie, l’ultime pays du champ de bataille avec le Liban à ne pas souscrire à la pax americana sous égide israélienne dans la zone.

    En dépit de l’attaque par la marine israélienne du bateau humanitaire turc Navy Marmara, en 2010, qui avait fait dix morts parmi les activistes pro-palestiniens, les relations israélo turques n’avaient jamais cessé, particulièrement dans le domaine du renseignement.

    Israël a été un gros pourvoyeur d’armes à la Turquie, notamment lors de l’invasion turque du nord de Chypre et l’espace aérien turc a longtemps servi de terrain d’entraînement à l’aviation militaire israélienne. Avant la rupture, Turkish Airways assurait 60 vols hebdomadaires à destination de Tel Aviv et le volume des échanges économiques s’est élevé à 10 milliards de dollars en 2019.

    L’État hébreu disposait en outre d’un poste d’écoute en Turquie et les deux pays travaillaient main dans la main pour espionner leur ennemi commun, la Syrie. La Turquie a parfois reçu l’assistance du Mossad dans sa bataille contre les Kurdes turcs. La livraison du matériel israélien portait essentiellement sur du matériel de renseignement, des missiles, de l’avionique ainsi que des chars et avions de pointe.

    Par un curieuse ironie du sort, parmi les systèmes vendus à la Turquie figuraient des drones et technologies conçus par Israel Aerospace Industries (IAI), qui ont aidé Ankara à développer son propre secteur. Les drones turcs Bayraktar sont désormais utilisés sur les champs de bataille du Haut-Karabakh ainsi qu’en Irak, en Syrie et en Libye.

    Certes, M. Erdogan n’a pas hésité à traiter Israël d’ «état voyou et criminel» et accordé son plein soutien au Hamas, au point que les Frères Musulmans considéraient la Turquie comme un exemple.

    La donne a changé à l’automne 2020, avec la guerre du Haut Karabagh, la normalisation collective arabe avec Israël (Bahreïn, Émirats Arabes Unis, Maroc, Soudan) et l’arrivée de Joe Biden au pouvoir aux États Unis.

    La Turquie et Israël ont opéré leur nouvelle jonction stratégique à l’occasion du conflit du Haut Karabagh où les deux pseudo démocrates du Moyen Orient se sont acharnés sur l’enclave arménienne en soutien du président Ilham Alief, un autocrate ayant accédé à la présidence de l’Azerbaïdjan par hérédité en digne successeur de son paternel autocrate.

    Israël, qui se considère comme le rempart contre un nouvel Holocauste, refuse de reconnaître le génocide des Arméniens lors de la Première Guerre mondiale sous prétexte de ne pas contrarier la Turquie, au nom de la «centralité d’Israël».

    À la recherche d’un nouveau marché pour ses armements militaires et d’un nouvel allié musulman dans la région, Israël est tombé sur l’Azerbaïdjan. Depuis 2010 en particulier, les deux pays ont formé une alliance stratégique, soutenus par les États-Unis, contre leur ennemi mutuel l’Iran. Ce volume s’est accru et est estimé aujourd’hui à 7 milliards de dollars.

    Toutes les grandes entreprises de sécurité et militaires israéliennes tirent profit de la volonté de l’Azerbaïdjan de s’armer jusqu’aux dents. La quasi-totalité des sociétés israéliennes qui produisent des drones, y compris les drones d’attaque ou les «drones suicide» qui s’autodétruisent, ont vendu leur matériel à l’armée azérie.

    Pour couvrir et équilibrer le coût en hausse des armements, Israël achète du pétrole à l’Azerbaïdjan.

    La nouvelle convergence israélo-turque a été initiée par le Président Ilham Alief en vue concilier ses deux alliés. Le président Erdogan cherche à atténuer les rigueurs de la politique occidentale à son égard, notamment avec l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, connu pour son soutien aux Kurdes, en vue de neutraliser toute éventuelle instrumentalisation du dossier Fethullah Gûlen. Cet Intellectuel musulman turc est l’inspirateur du mouvement Gülen, aussi appelé le mouvement Hizme. Apatride vivant aux États Unis, il est accusé par M. Erdogan, dont il est le rival idéologique, d’avoir fomenté un coup d’état contre lui en 2015.
    Par ce rapprochement avec Israël, le président turc espère compter sur le soutien du lobby juif en Europe et aux États Unis en vue de neutraliser les effets des sanctions économiques de l’Union européenne et des États Unis.

    Jusqu’en 1999, la Turquie a été le troisième pays bénéficiaire de l’aide militaire américaine après Israël et l’Égypte. Rien qu’en 1997 l’aide américaine à la Turquie en guerre contre les autonomistes Kurdes a dépassé celle que ce pays a obtenue pendant la totalité de la période 1950-1983 de la guerre froide. cf. «Les États-Unis entre hyper puissance et hyper hégémonie, le terrorisme, l’arme des puissants» Noam Chomsky-Le Monde Diplomatique Décembre 2001.
    Au delà, la normalisation israélo-turque devrait, dans l’esprit d’Ankara, favoriser une normalisation entre la Turquie et les pétromonarchies du Golfe, notamment l’Arabie saoudite auquel un vif contentieux oppose à propos de l’équarrissage du journaliste Jamal Kashoggi au consulat saoudien à Istanbul, en octobre 2018, ainsi que l’Égypte, en guerre larvée avec la Turquie depuis la destitution du président néo islamiste Mohamad Morsi.

    Il n’est pas indifférent de noter à ce propos que la Turquie, habituellement en pointe dans la défense des Palestiniens, n’a pas pipé mot lors de la normalisation entre Israël et le Maroc.

    Les Frères Musulmans ont considéré jusqu’à présent la Turquie comme un guide, un exemple, un rempart à toute normalisation avec Israël.
    La réactivation des relations entre la Turquie et Israël paraît devoir mettre à rude épreuve la cohésion des Frères Musulmans… dans un remake comparable au débat qui a agité la confrérie lors de la conclusion des accords égypto-israéliens de Camp David, qui ont débouché sur le Traité de Washington en Mars 1979.

    A cette époque, les Frères musulmans avaient été secoués par un phénomène de scissiparité, enregistrant plusieurs scissions dans leurs rangs donnant naissance notamment au mouvement du Jihad islamique égyptien et au «Takfir wa Hojra». Fondé dans la décennie 1970, ce mouvement «Anathème et Exil» prône une idéologie violente. Le terme takfiri signifie littéralement «excommunication. Les takfiristes considèrent les musulmans ne partageant pas leur point de vue comme étant des apostats, donc des cibles légitimes pour leurs attaques.

    Par radicalisation successive, ces groupements ont rejoint, dans la décennie 1980 la grande centrale d’Al Qaida, dont la branche égyptienne constituait le volet politique (Aymane Al Zawahiri) et la branche syrienne, la branche militaire (Mohamad Al Joulani).

    Rétrospectivement, la confrérie des Frères Musulmans apparaît comme la roue dentée de la stratégie atlantiste dans la sphère arabo-musulmane. D’abord contre les républiques progressistes arabes (Égypte-Syrie), à l’apogée du nassérisme, dans les décennies 1950-1970, puis comme mercenaires des pétro monarchies dans l’implosion de l’Union soviétique, lors de la guerre d’Afghanistan, dans la décennie 1980;
    Enfin comme «chairs à canon» dans la destruction des régimes arabes à structure républicaine (Libye, Syrie, Égypte, Yémen), dans la séquence dite du «printemps arabe»……avant d’être criminalisé par l’Arabie saoudite, leur premier incubateur, pour solde de tout compte des turpitudes wahhabites. Renvoyer tel de vulgaires laquais.

    Un parfait contre exemple d’un mouvement de libération national qui signe dans l’ordre subliminal la désertion du leadership sunnite du champ de bataille contre Israël , à la notable exception de l’Algérie, de la Tunisie et du Koweît, au profit des chiites: l’Iran, le Hezbollah libanais, le Hached As Chaabi, la milice chiite irakienne et les Houthistes du Yémen. Et naturellement le Liban, seul pays au monde à voir abrogé un traité de paix avec Israël par un soulèvement populaire de la frange progressiste de la population de Beyrouth, en 1983, fait unique dans les annales diplomatiques internationales.
    Épilogue: A propos de l’Islamisme, en guise de théologie de Libération

    La fable selon laquelle l’islamisme est la version musulmane de la théologie de libération du Monde occidentale est une imposture

    La théologie de la Libération chez les Catholiques a été une «alliance de classe». Une «alliance horizontale», c’est à dire une alliance des paysans ouvriers, croyants ou non croyants, chrétiens ou non chrétiens, des civils et des prêtres contre la hiérarchie religieuse, la hiérarchie militaire, la junte au pouvoir en Amérique Latine, de même que les capitalistes.

    Quiconque ne participait pas à au combat de libération était contourné, mis de côté. Pas de viols, ni de profanation encore moins la destruction des symboles religieux à l’instar des Bouddhas de Bamyan ou des stèles de Tombouctou de l’Islam noir. L’objectif était la Libération du peuple de toute forme d’oppression.

    L’Islamisme, présentée comme étant la théologie de libération dans l’Islam, est une «alliance verticale». Une «alliance sectaire» regroupant EXCLUSIVEMENT BIEN EXCLUSIVEMENT des musulmans sunnites de la mouvance salafiste takfiriste.
    L’objectif est le primat sunnite de rite wahhabite et sa soumission à l’imperium américain, le principal protecteur d’Israël, et non le renversement de l’ordre social. Quiconque ne relevait de l’Islam sunnite wahhabite subissait le contrecoup, décapitation ou conversion forcée au wahhabisme
    La théologie de Libération en Amérique s’est appuyée sur le peuple pour lutter à la libération du peuple.

    L’Islamisme s’est appuyé sur les ennemis du peuple arabe et musulman pour faite triompher leurs anciens colonisateurs; Youssef al Qaradawi, le Mufti du Qatar et de l’Otan, qui supplie l’Otan de bombarder la Syrie, un pays qui a mené 4 guerres contre Israël demeurera une souillure morale indélébile.
    Ce milliardaire polygame avait lancé son appel depuis Doha où il était à l’abri d’une attaque israélienne protégé par l’imposante base d’Aydid, la plus importante base américaine du tiers monde, dont le rayon d’action couvre une zone s’étendant de l’Afghanistan au Maroc.

    Au terme d’une lutte quasi centenaire, l’objectif initial des Frères Musulmans, la restauration du Califat en vue d’impulser une renaissance de la nation islamique (Oumma) se fracasse sur les dures réalités d’une balkanisation du monde arabe, foyer historique de l’Islam, sous les fourches caudines israélo-américaines. Drôle de «frérots». Des charlots plutôt

    Pour le locuteur arabophone, la réactivation des relations Turquie-Israël sur ce lien:

    Source : https://www.madaniya.info/2021/02/09/la-confrerie-des-freres-musulmans-a-lepreuve-de-la-normalisation-israelo-arabe-2-2/

    René Naba

    Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l’Association d’amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Editorialiste Radio Galère 88.4 FM Marseille Emissions Harragas, tous les jeudis 16-16H30, émission briseuse de tabous. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.

  • Pepe Escobar- «Karbala est le chemin vers Al-Aqsa»

    Pepe Escobar- «Karbala est le chemin vers Al-Aqsa»

    Le Premier ministre irakien a organisé une conférence exceptionnelle à Bagdad lors de la marche d’Arbaïn, qui a rassemblé 21 millions de personnes. Il a établi un lien entre le meurtre de l’imam Hussein à Karbala, au VIIe siècle, et le génocide actuel des Palestiniens par Israël.

    L’arrivée à Bagdad aujourd’hui est un choc électrique pour tout visiteur qui se souvient de l’histoire récente et sombre de l’Irak.

    Il n’y a pratiquement pas de points de contrôle, à l’exception des zones gouvernementales sensibles. Il n’y a plus ces affreux blocs de ciment datant de l’époque de l’occupation américaine, qui obligent à un lent slalom toutes les quelques minutes. Aucun sentiment de danger imprévisible susceptible de frapper à tout moment. La verdure est omniprésente dans la capitale. La rue Haïfa a été reconstruite pratiquement à partir de zéro. Le commerce est en pleine effervescence, qu’il s’agisse de l’action ininterrompue de Karrada ou d’un complexe de restaurants au bord du Tigre appelé (de façon très appropriée) Mille et une nuits.

    Après plus de 30 ans d’horreurs indicibles infligées au berceau de la civilisation, Bagdad dégage pour la 1° fois un sentiment de normalité. Cela est dû en grande partie à la nouvelle administration, dirigée par le 1° ministre Mohammed Chia al-Soudani, qui est au pouvoir depuis un peu + de 2 ans.

    La semaine dernière, le bureau du Premier ministre a parrainé une conférence unique intitulée La route vers le déluge d’Al-Aqsa, invitant des blogueurs populaires et des influenceurs du monde arabe – Palestine, Koweït, Jordanie, Soudan et Liban, entre autres – et seulement quelques occidentaux. Les blogueurs étaient tous jeunes ; la plupart d’entre eux n’étaient jamais allés en Irak et n’avaient donc aucun souvenir de l’opération «Choc et Effroi» et de l’occupation – au mieux, ils se souvenaient vaguement des années d’ISIS. Ils ont tous été stupéfaits par l’hospitalité, le dynamisme et, surtout, l’espoir désormais fermement ancré dans la vie à Bagdad.

    Le gouvernement irakien a en fait imaginé un concept séduisant, en liant une discussion sérieuse sur tous les aspects de la tragédie palestinienne actuelle non seulement à Bagdad, mais aussi à l’ Arbaïn à Karbala.

    L’ Arbaïn marque le 40ème jour après l’Achoura, le rite chiite qui honore le martyre de Hussein Ibn Ali, le petit-fils du prophète Mahomet, qui a été brutalement assassiné avec toute sa famille par le calife omeyyade Yazid Ibn Muawiya. Pour les musulmans chiites, ce massacre déshonorant, représente l’incarnation ultime de l’injustice et de la trahison, considérées comme des maux fondamentaux par la secte religieuse.

    Tout tourne autour de la résistance – sans mentionner explicitement l’Axe de la Résistance. Le martyre de l’imam Hussein à la bataille de Karbala était – à Bagdad aujourd’hui – directement lié au génocide israélien en cours de dizaines de milliers de Palestiniens, dans un «Karbala du XXIe siècle».

    Voler juste avant le coucher du soleil à bord d’un hélicoptère soviétique depuis une base militaire au bord du Tigre à Bagdad jusqu’à une mini-base à Karbala, à une dizaine de km du magnifique sanctuaire de Hazrat Abbas, est une expérience étonnante.

    L’irrépressible commandant Tahsin, à Karbala, avait ordonné au pilote de suivre la route du pèlerinage de l’Arbaïn, l’un des multiples axes qui traversent l’Irak et mènent au sanctuaire.

    On a l’impression d’un long travelling cinématographique. Des rangées et des rangées de pèlerins, pour la plupart vêtus de noir, avec leurs sacs à dos, portant des bannières, marchant à un rythme régulier, traversant une collection d’échoppes, de lieux de repos et de mini-restaurants, se mêlant aux bénévoles offrant des bouteilles d’eau et des boissons gratuites pour étancher la soif au cours de ce voyage spirituel, mais ardu, pendant un été irakien brûlant.

    À mesure que nous approchons de Karbala, la foule se fait plus dense. C’est une sorte de fête mobile de l’esprit communautaire. Des chants spontanés surgissent, ponctués par un rythme contagieux, et surtout, il y a cette volonté implacable de continuer à marcher, d’essayer de s’approcher le plus possible du sanctuaire.

    On nous dit qu’il est absolument hors de question de s’en approcher – la route est bondée, les corps se pressent les uns contre les autres. La meilleure option est donc quelque part à 5 km de là : une sorte de mini-complexe palestinien comprenant une exposition d’exploits militaires de Gaza, un espace pour des conférences, une mini-mosquée, une petite réplique d’Al-Aqsa et même un panneau de signalisation : «Mosquée Al-Aqsa, 833 km».

    On ne saurait mieux dire : la connexion Karbala-Al-Aqsa, au cœur de l’Arbaïn. C’est comme si l’esprit de l’imam Hussein se voilait au-dessus de chaque âme le long de ces 833 km.

    Cette enceinte a été l’un des points centraux de la commémoration de cette année. Le flux de pèlerins venus de tout le monde musulman est incessant – et beaucoup s’arrêtent pour se recueillir. Non loin de là, le commandant Tahsin nous présente un combattant anti-ISIS de la province d’Anbar, qui supervise désormais un stand de kebab irakien, préparant gratuitement de délicieux plats, «dans l’esprit de l’imam Hussein».

    De retour à Bagdad de nuit, le pilote tourne autour des lumières éblouissantes du sanctuaire Hazrat Abbas – un spectacle digne d’un remix des Mille et une nuits. Plus tard, la direction du sanctuaire confirmera qu’un nombre étonnant de 21,4 millions de pèlerins se sont rendus à Karbala pour l’ Arbaïn.

    Rencontre avec al-Soudani

    Le 1° ministre Soudani reçoit les invités étrangers pour une réunion spéciale dans l’un de ces palais de marbre proverbialement monumentaux datant de l’époque de Saddam, à l’intérieur de la zone verte protégée de Bagdad.

    Froid, calme, posé, il parle avec autorité non seulement du sort des Palestiniens, mais aussi de sa vision d’un pays stable, en détaillant sa politique «l’Irak d’abord». Il s’agit de développement durable, d’investissements dans l’éducation et les nouvelles technologies, d’affirmation de souveraineté et, en matière de politique étrangère, d’un exercice d’équilibre extrêmement minutieux, jonglant avec les États-Unis, l’Union européenne, la Russie, la Chine et les partenaires arabes/musulmans.

    Il est suggéré que l’Irak passe à l’étape suivante et envisage de se porter candidat à l’adhésion aux BRICS. Le 1° ministre Soudani prend bonne note.

    Le message est clair : l’Irak est enfin sur la voie de la stabilité et de la normalité. Un peu plus tôt, un représentant du gouvernement avait fait remarquer que «Daech [ISIS] nous a fait reculer de nombreuses années. Sinon, nous aurions fait encore plus de progrès».

    Selon le Dr Hussein Allawi, l’un des principaux conseillers du 1° ministre, ISIS a été réduit, au mieux, à quelques centaines de combattants aux confins du désert syro-irakien, protégés par des tribus locales. La menace semble enfin contenue, malgré les efforts des États-Unis pour l’exagérer.

    Mais ce qui enthousiasme vraiment Allawi, ce sont les ramifications de la politique de «l’Irak d’abord» et les nombreuses possibilités d’investissement qui s’offrent à lui. Dans le domaine de l’énergie, par exemple, la Chine achète près de la moitié de la production pétrolière de l’Irak ; elle est l’un des principaux exploitants de plusieurs champs pétrolifères et se diversifie même dans des projets tels que le «pétrole pour les écoles», qui aident Bagdad dans le domaine de l’éducation.

    L’Irak est en 1° ligne de l’ambitieuse Initiative ceinture et route (BRI) de la Chine en Asie du Moyen-Orient, qui représente plusieurs milliards de dollars. L’accent est mis sur la route de développement stratégique, d’une valeur de 17 milliards de dollars : un corridor de transport reliant Bassorah à l’Europe occidentale, qui doit être achevé d’ici 2028 et qui sera éventuellement connecté à la BRI – une route qui s’avérera en fin de compte beaucoup moins chère et plus rapide que l’actuelle route de Suez.

    Une visite à la mosquée Abu Hanifa scelle l’avènement du nouveau Bagdad. C’est ici qu’a débuté la 1° marche massive des sunnites et des chiites contre l’occupation en 2003, 9 jours seulement après la chute de la statue de Saddam Hussein sur la place Tahrir, provoquée par les États-Unis. Le minaret bombardé a été reconstruit, la mosquée est aujourd’hui dans un état impeccable et une annexe présentant des objets soufis précieux a été parrainée par une fondation culturelle turque.

    Le berceau de la civilisation renaît lentement mais sûrement.

  • Hanna Alshaykh-Comment fonctionne la direction du Hamas ? Il faut en finir avec les bobards des médias dominants

    Hanna Alshaykh-Comment fonctionne la direction du Hamas ? Il faut en finir avec les bobards des médias dominants


    Les médias et leurs sources ont mal compris le fonctionnement de la direction du Hamas, en établissant des schémas binaires simplistes entre le « modéré » Ismail Haniyeh et l’« extrémiste » Yahya Sinwar. En réalité, le processus décisionnel du Hamas est beaucoup plus institutionnalisé.

    Hanna AlshaikhMondoweiss, 30/8/2024
    Traduit par  
    Fausto GiudiceTlaxcala

    Hanna Alshaikh (1993), est née à Chicago dans une famille originaire du village palestinien de Yalu, près de Latroun, nettoyé ethniquement partiellement en 1948 et entièrement en 1967, les sionistes le rasant entièrement. Elle est chercheuse en histoire intellectuelle arabe et palestinienne dans le cadre du programme de doctorat conjoint d’histoire et d’études du Moyen-Orient de l’Université de Harvard (Cambridge, USA). Ses recherches portent sur le rôle de la diaspora palestinienne dans le discours politique du monde arabe, et plus particulièrement sur les Palestiniens des USA et leur participation transnationale à la formation du mouvement national palestinien. Son travail se situe à l’intersection de l’histoire intellectuelle arabe et palestinienne, de l’histoire des activistes, des études sur la diaspora, des études arabo-usaméricaines et de l’histoire des mouvements sociaux usaméricains. Hanna est titulaire d’une maîtrise du Center for Middle Eastern Studies de l’université de Chicago, où elle a rédigé un mémoire sur l’histoire sociale palestinienne à la fin de la période ottomane. Auparavant, Hanna était professeure adjoint d’études religieuses à l’université DePaul (Chicago), où elle a donné un cours sur l’islam et un cours sur la religion et la politique au Moyen-Orient. Elle est aussi la coordinatrice du projet Palestine à l’Arab Center Washington DC. @yalawiya

    Après l’assassinat à Téhéran d’Ismail Haniyeh, chef du bureau politique du Hamas, l’organe consultatif suprême du mouvement, le conseil de la Choura, a rapidement et unanimement choisi Yahya Sinwar pour lui succéder. Au moment de son assassinat, Haniyeh dirigeait les efforts du Hamas dans les négociations de cessez-le-feu avec les médiateurs, et de nombreux analystes ont affirmé que l’ascension de Sinwar marquait une rupture totale avec les politiques de Haniyeh et d’autres membres importants du bureau politique.

    Une grande partie de cette analyse est mal informée.

    Elle trahit une compréhension superficielle non seulement des dirigeants du Mouvement de résistance islamique (Hamas), mais aussi du Mouvement plus large dans son ensemble. L’hypothèse selon laquelle le leadership de Sinwar constitue une rupture avec le passé suit une tendance de l’analyse occidentale à considérer les dirigeants palestiniens à travers des couples binaires vagues et simplistes tels que « faucon contre colombe » ou « modéré contre partisan de la ligne dure ». Ces étiquettes cachent plus qu’elles ne révèlent.

    Yahya Sinwar (à droite) et Ismail Haniyeh (à gauche) assistant aux funérailles d’un responsable du Hamas, Mazen Foqaha, dans la ville de Gaza, le 25 mars 2017. Photo : Ashraf Amra/APA Images

    La fixation sensationnaliste sur la psychologie de Yahya Sinwar ne fait qu’aggraver ce défaut d’analyse. Cette approche réduit la complexité de la politique à des personnalités et suppose que la prise de décision du Hamas est largement dictée par la personnalité plutôt que le produit de débats internes et d’élections robustes, de délibérations et de consultations complexes et d’une responsabilité institutionnelle.

    Malgré ces failles dans la conversation générale, il est néanmoins intéressant d’explorer la mesure dans laquelle le mandat de Sinwar sera différent de celui de Haniyeh à la tête du Bureau politique. S’agit-il d’un signe de rupture ?

    Pour évaluer la question de la rupture, il convient d’examiner certains parallèles dans les trajectoires de Haniyeh et de Sinwar. Au niveau le plus évident, chacun d’entre eux a fini par devenir le chef de la direction de Gaza, puis le chef du bureau politique du Hamas. Nés dans les camps de réfugiés de la bande de Gaza au début des années 1960, Haniyeh et Sinwar sont entrés dans le monde en tant que réfugiés, ce qui impliquait une existence fondée sur l’exclusion, la dépossession et la marginalisation. Au mépris de ces conditions, les deux dirigeants ont rejoint le mouvement islamique à Gaza et se sont retrouvés encore plus isolés et disloqués : Haniyeh a été exilé dans la ville libanaise de Marj al-Zouhour en 1992, et Sinwar a été emprisonné en 1988 et condamné à une quadruple peine de prison à vie l’année suivante. Ces difficultés n’ont pas empêché ces deux dirigeants de développer non seulement leurs propres connaissances politiques, mais aussi de jouer un rôle dans le développement du Hamas lui-même.

    Dans les conditions difficiles de son exil à Marj al-Zouhour, Haniyeh a acquis de l’expérience dans la coordination des efforts avec les Palestiniens en dehors du Hamas, dans le renforcement des liens avec le Hezbollah et dans l’engagement avec les États arabes et la communauté internationale – ce qui a abouti à l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies demandant leur retour, qu’ils ont pu obtenir un an plus tard. Cette expérience de la diplomatie et de la négociation avec les groupes palestiniens suivra Haniyeh plus tard dans sa carrière. En 2006, Haniyeh est devenu le premier Premier ministre palestinien démocratiquement élu. Alors que la mise en échec de ce gouvernement d’unité palestinienne a conduit à des combats brutaux entre factions et au début du blocus israélien de Gaza, il a passé des années à travailler à la réconciliation et à l’unité nationales, en plus de ses efforts sur le plan diplomatique.

    Yahya Sinwar (à gauche), Ismail Haniyeh (au milieu) et Khalil al-Hayya (à droite) arrivent du côté palestinien du poste-frontière de Rafah, le 19 septembre 2017, avant de recevoir un gouvernement d’unité palestinienne. Photo : Yasser Qudih/APA Images

    Depuis sa prison, Sinwar a continué à développer les capacités de contre-espionnage du Mouvement, un processus qu’il a entamé avec la création de l’« Organisation de sécurité et de sensibilisation » connue sous le nom de « Majd » en 1985, dans le but de fournir une formation en matière de sécurité et de contre-espionnage et d’identifier les collaborateurs présumés. Lorsque Sinwar est arrêté en 1988, un mois seulement après le début de la première Intifada, il est accusé d’avoir exécuté douze collaborateurs. En tant que prisonnier, Sinwar a poursuivi ses efforts pour renforcer le contre-espionnage du mouvement et investir dans les capacités des prisonniers palestiniens. Il parle couramment l’hébreu et est un lecteur passionné. Cette expertise a eu un impact sur le développement du Mouvement au fil du temps et a contribué à consolider la place de Sinwar en tant qu’autorité du Mouvement en prison.

    Un chapitre important et plus connu de l’expérience politique de Sinwar est le rôle clé qu’il a joué dans les négociations qui ont conduit à la libération de plus de 1 000 prisonniers palestiniens en 2011, dont Sinwar lui-même, en échange de Gilad Shalit, un soldat israélien capturé par des combattants des Brigades Ezzeddine Al Qassam en 2006. Un aspect moins connu du temps passé par Sinwar en prison est l’habileté avec laquelle il s’est engagé et a rallié les Palestiniens au-delà des lignes de faction dans le cadre des grèves et des manifestations dans les prisons. Immédiatement après sa libération, il a été en mesure d’utiliser ces compétences pour créer un effet de levier auprès d’Israël et trouver des points d’unité avec les Palestiniens d’autres factions.

    Peu après son retour à Gaza, Sinwar a été élu au bureau politique du Hamas en 2012. En 2017, il a été élu à la tête de la direction du Hamas à Gaza, succédant à Ismail Haniyeh. Les premières années de Sinwar à Gaza sont souvent évoquées comme une période au cours de laquelle le Hamas a resserré les rangs en interne et s’est engagé dans des campagnes publiques contre la collaboration avec Israël, bien que sous une forme assez différente des premiers jours du Majd.

    Moins sensationnel et moins propice aux histoires dramatiques, Sinwar s’est également engagé dans plusieurs négociations complexes qui ont changé la trajectoire du mouvement en tant que chef de la direction basée à Gaza.

    Dix ans après le début du blocus israélien sur Gaza, les luttes quotidiennes de deux millions de Palestiniens étaient sur le point d’empirer en 2017, lorsqu’une série de décisions de Mahmoud Abbas a intensifié l’impact économique de l’isolement de Gaza. En mars 2017, l’Autorité palestinienne (AP) basée à Ramallah a réduit les salaires des employés de l’AP à Gaza jusqu’à 30 %, et en juin, les salaires des prisonniers palestiniens « déportés » à Gaza en 2011 ont été complètement supprimés. Ensuite, dans un geste controversé considéré comme une mesure de punition collective, Abbas a effectivement coupé l’approvisionnement en carburant de Gaza en annulant une exonération fiscale, provoquant une crise énergétique qui a réduit l’approvisionnement en électricité disponible pour les Palestiniens de Gaza d’environ huit à quatre heures par jour. Par la suite, la seule centrale électrique de Gaza a été contrainte de fermer.

    Dans un geste qui a pris de nombreux observateurs par surprise, Sinwar a conclu un accord avec l’ancien chef des forces de sécurité préventive de l’Autorité palestinienne, Mohamed Dahlan, pour faire face aux crises provoquées par les changements de politique de Ramallah. Dahlan, comme Sinwar, est né dans le camp de réfugiés de Khan Younès, est devenu un dirigeant clé du Fatah jusqu’à ce qu’il se brouille avec la direction du parti en 2011, et s’est ensuite installé aux Émirats arabes unis. L’idée d’un accord entre le Hamas et l’homme qui a mis en œuvre les souhaits de l’administration Bush de perturber le gouvernement d’unité palestinienne dirigé par le Premier ministre récemment élu, Haniyeh, était inconcevable au début de la scission entre Gaza et la Cisjordanie, il y a dix ans. Les questions intérieures et régionales exigeaient cependant que les dirigeants du Mouvement s’adaptent, et Sinwar était prêt à discuter.

    L’accord Hamas-Dahlan a connu un succès limité, mais il a mis en évidence deux aspects essentiels du mandat de Sinwar à la tête de la bande de Gaza : aplanir les divergences avec d’autres segments de la politique et de la société palestiniennes et équilibrer les relations extérieures dans un nouveau paysage régional. Plus précisément, grâce à ses liens étroits avec les gouvernements des Émirats arabes unis et de l’Égypte, Dahlan a obtenu l’entrée de carburant par le point de passage de Rafah. Ce point est important, car les relations entre l’Égypte et le Hamas étaient les plus tendues au début du premier mandat de Sinwar à la tête de la bande de Gaza.

    Yahya Sinwar avec des partisans alors qu’il visite le quartier d’Al Rimal dans la ville de Gaza, le 26 mai 2021. Photo : Ashraf Amra/APA Images

    Au fil du temps, Sinwar a pu continuer à apaiser les tensions avec l’Égypte dans les mois et les années qui ont suivi. En s’appuyant sur les mobilisations populaires palestiniennes indépendantes connues sous le nom de Grande Marche du retour (2018-19) et sur une tentative ratée du Mossad d’infiltrer et de placer des équipements de surveillance à Gaza en novembre 2018, la direction du Hamas a obtenu un certain nombre de concessions qui ont atténué l’impact du blocus israélien sur Gaza, notamment l’assouplissement des restrictions sur les déplacements au point de passage de Rafah avec l’Égypte, l’augmentation du nombre de camions transportant des marchandises et de l’aide entrant quotidiennement à Gaza, et de l’argent liquide pour payer les salaires des fonctionnaires.

    Il est largement reconnu que Sinwar a joué un rôle majeur dans l’amélioration des relations du Hamas avec les autres composantes de l’« axe de la résistance » après que la direction du Hamas a quitté Damas en 2012 au milieu du soulèvement et de la guerre civile en Syrie. Le rôle de Sinwar dans l’amélioration et la renégociation des conditions des relations du Hamas avec d’autres acteurs régionaux en dehors de ses alliances étroites n’est pas aussi largement reconnu. L’accent mis sur ses liens avec l’« axe » limite la discussion sur le leadership de Sinwar à l’intérieur d’un certain courant idéologique, mais sa volonté de négocier signale une approche plus sophistiquée de l’équilibre des pouvoirs régionaux que ces étiquettes arbitraires ne le permettent.

    Deux concepts opérationnels du lexique politique du Hamas – l’accumulation et la consultation – sont essentiels pour comprendre le fonctionnement du mouvement et de ses dirigeants. Toute compréhension du Mouvement en général, ou du règne de Sinwar sur Gaza en particulier, doit prendre en compte ces composantes indispensables du dynamisme institutionnel et du pouvoir en constante évolution du Hamas.

    L’accumulation est couramment utilisée pour décrire les avancées militaires au fil du temps. Il est également utile de considérer l’accumulation en termes de compétences et d’expérience politiques que les dirigeants du Hamas apportent à la table pour gérer les questions difficiles de la gouvernance sous blocus, de la satisfaction des besoins humanitaires sous le siège, des moments d’isolement régional, des moments de construction et d’étalonnage d’alliances régionales et de la réconciliation nationale avec d’autres factions palestiniennes. Poser les bases des succès politiques et de l’accumulation militaire se prête plus souvent à la continuité qu’à la rupture.

    La consultation décrit les meilleures pratiques et structures au sein du Hamas. Le mouvement dispose d’organes consultatifs à différents niveaux qui fonctionnent comme des structures de responsabilité et de conseil pour la direction politique. Les membres sont élus et représentent les Palestiniens de Cisjordanie, de Gaza, de la diaspora et des prisons. L’organe consultatif de haut niveau, le Conseil général de la Choura, nomme les membres d’un organe indépendant qui coordonne et supervise les élections du Bureau politique afin de garantir la transparence. Bien que peu d’informations sur ces structures soient rendues publiques, un scénario d’urgence comme l’assassinat d’Ismail Haniyeh a révélé que le Conseil général de la Choura pouvait nommer un successeur dans des circonstances exceptionnelles (Sinwar a été choisi à l’unanimité).

    La pratique et la structure de la consultation ne se limitent pas à l’aile politique du Hamas. L’aile militaire du mouvement, les Brigades Al Qassam, dispose également de procédures de consultation – en fait, Sinwar a joué le rôle de coordinateur entre l’aile militaire et l’aile politique après avoir rejoint le Bureau politique. Zaher Jabareen, qui a créé les Brigades Qassam dans le nord de la Cisjordanie, a expliqué que les récits sur la centralisation de l’appareil Majd sont inexacts, car les décisions concernant les suspects ne sont pas entre les mains d’une seule personne – elles font l’objet de procédures en plusieurs étapes, ainsi que d’enquêtes supplémentaires menées par un « appareil professionnel » distinct. Jabareen a fait remarquer qu’il existe de sérieuses mesures de responsabilisation en cas de mauvaise gestion d’une affaire par le personnel de sécurité.

    Suivant cette même dynamique, lorsqu’un dirigeant comme Sinwar ou Haniyeh prend une décision majeure, non seulement il y parvient après avoir consulté des personnalités expérimentées, mais il est également responsable devant les groupes d’intérêt au sein du mouvement ou de la société en général qui font pression sur lui pour qu’il prenne des mesures. En tant que chefs de la direction et du bureau politique de Gaza, Sinwar et Haniyeh ont travaillé ensemble et ont souvent participé à des réunions publiques avec divers groupes d’intérêt afin de les rallier à la réconciliation nationale. Pour eux, la réconciliation nationale ne consistait pas seulement à faire amende honorable auprès du Fatah et à unir le corps politique palestinien, mais aussi à combler d’autres formes de fossés politiques, ainsi qu’à résoudre les problèmes sociaux et socio-économiques de la bande de Gaza. Tout cela pour se préparer à la bataille à venir, pour accumuler la force militaire nécessaire, le soutien populaire et l’unité politique. Il semble que la consultation se fasse à la fois du haut vers le bas et du bas vers le haut.

    Les déclarations de Sinwar et de deux de ses prédécesseurs montrent comment l’accumulation de forces et de réalisations a favorisé la continuité entre chaque nouvelle ère. Khaled Meshaal a exposé les priorités de son dernier mandat lors d’une interview en mai 2013 : la résistance ; le centrage de Jérusalem comme cœur de la cause palestinienne ; la libération des prisonniers ; la lutte pour le droit au retour et la promotion du rôle de la diaspora dans la lutte ; la réconciliation nationale entre les factions palestiniennes qui unit et rassemble le corps politique palestinien autour de la résistance ; l’engagement de la nation arabe et islamique ; l’engagement de la communauté internationale aux niveaux populaire et officiel ; et le renforcement des institutions internes du Hamas, l’extension de son pouvoir et l’ouverture du mouvement vers d’autres formations palestiniennes, et vers d’autres Arabes et Musulmans en général.

    La remarque de Meshaal concernant les prisonniers est remarquable. Il les a décrits comme la « fierté de notre peuple ». Lorsqu’on lui a demandé des détails sur le plan visant à garantir leur liberté et s’il impliquait la capture d’autres soldats israéliens, Meshaal a refusé de s’étendre sur le sujet. Deux mois plus tard, le renversement du gouvernement Morsi en Égypte allait complètement changer la formule des opérations du Hamas, ce qui a probablement entraîné un recalibrage de la direction du Bureau politique. Malgré les défis que cela représentait pour le Hamas, juste un an plus tard, lors de la guerre israélienne de 51 jours contre Gaza en 2014, des combattants de Qassam ont pénétré en Israël, visant ses bases militaires à au moins cinq reprises, et ont capturé les corps de deux soldats au cours de la guerre. Aujourd’hui, cette accumulation et cette continuité se retrouvent dans les déclarations des dirigeants du Hamas qui expliquent que l’objectif de l’opération du 7 octobre était de capturer des soldats israéliens en vue d’un échange de prisonniers.

    Au début du dernier mandat de Meshaal, lui et Haniyeh ont publiquement rejeté les rumeurs de tensions entre eux. Ces rumeurs ont persisté tout au long des années, sans que l’on accorde suffisamment d’attention aux messages cohérents de chaque dirigeant, qui indiquent des priorités communes.

    La vision, les messages et les priorités partagés se sont poursuivis avec Haniyeh à la tête du Bureau politique. Après la guerre israélienne de 2021 contre Gaza, surnommée « la bataille de l’épée de Jérusalem » par les Palestiniens – qui a coïncidé avec un soulèvement palestinien connu sous le nom d’« Intifada de l’unité », qui s’est étendu de Jérusalem à la Cisjordanie, aux citoyens palestiniens d’Israël et aux communautés de réfugiés palestiniens au Liban et en Jordanie – Ismail Haniyeh a prononcé un discours de victoire qui souligne le rôle central de la continuité et de l’accumulation au sein du Mouvement.

    Haniyeh a qualifié la bataille de « victoire stratégique » et a déclaré que la suite « ne ressemblera pas à ce qui l’a précédée », ajoutant qu’il s’agit d’une « victoire divine, d’une victoire stratégique, d’une victoire complexe » au niveau de la scène nationale palestinienne, de la nation arabe et islamique, au niveau des masses mondiales et au niveau de la communauté internationale. Le discours a mis l’accent sur l’accumulation des forces et l’engagement envers les priorités et les efforts des époques précédentes du Mouvement qui ont permis d’aboutir à cette victoire. Il préfigurait également les changements majeurs à venir.

    Dans la période précédant le 7 octobre, Sinwar a prononcé un discours dans lequel il déclarait :

    « Dans une période limitée de quelques mois, que j’estime ne pas devoir dépasser un an, nous forcerons l’occupation à faire face à deux options : soit nous la forçons à appliquer le droit international, à respecter les résolutions internationales, à se retirer de la Cisjordanie et de Jérusalem, à démanteler les colonies, à libérer les prisonniers et à assurer le retour des réfugiés, pour parvenir à la création d’un État palestinien sur les terres occupées en 1967, y compris Jérusalem ; soit nous plaçons cette occupation dans un état de contradiction et de collision avec l’ensemble de l’ordre international, nous l’isolons de manière extrême et puissante, et nous mettons fin à son intégration dans la région et dans le monde entier, en nous attaquant à l’état d’effondrement qui s’est produit sur tous les fronts de la résistance au cours des dernières années ». »

    Dans ce contexte, il convient de se demander si Sinwar est vraiment aussi imprévisible que le prétendent les experts. Ses déclarations remettent également en question la présentation de l’ascension de Sinwar comme une rupture totale avec le passé du mouvement.

    Yahya Sinwar (à droite) et Ismail Haniyeh (à gauche) assistent à un service commémoratif pour le représentant du Hamas Mazen Foqaha, qui a été abattu par des tireurs inconnus, dans la ville de Gaza, le 27 mars 2017. Photo : Ashraf Amra/APA Images

    La personnalité de Yahya Sinwar a fait l’objet d’un sensationnalisme dans les médias occidentaux (et même arabes). D’une manière générale, ces discussions sur le Hamas ont souvent été basées sur des rumeurs, des insinuations et des affirmations non fondées qui tendent à souligner les désaccords entre les segments de sa direction, étiquetant les dirigeants selon des lignes telles que « les modérés qui favorisent la diplomatie et les négociations » par rapport aux « faucons militants ». En examinant certains aspects des carrières de Sinwar et de Haniyeh, il devrait apparaître plus clairement que si les personnalités et les spécificités du parcours de chaque dirigeant ont un impact sur leur prise de décision, ce n’est qu’une partie de la manière dont ces dirigeants, et le Mouvement dans son ensemble, prennent des décisions.

    Au fil des ans, le Hamas a démontré sa capacité à tirer parti de la diversité des parcours de ses dirigeants pour renforcer ses capacités sur les fronts militaire, politique, diplomatique et populaire. Enraciné dans les principes de consultation et d’accumulation, le Hamas est à la fois un mouvement horizontal et un mouvement d’institutions. Des institutions efficaces telles que le Conseil de la Choura ont aidé le mouvement à traverser des moments d’incertitude, comme l’assassinat d’Ismail Haniyeh.

    Il s’agit là du dernier exemple en date de la démonstration par le Hamas de niveaux inégalés de dynamisme et de flexibilité institutionnels par rapport à l’histoire du renforcement des institutions au sein des factions palestiniennes.

    Dans ce contexte, ce qui pourrait apparaître comme des différences importantes entre les dirigeants peut devenir une source de force pour le mouvement, lui permettant de trouver un équilibre entre les demandes parfois contradictoires de divers groupes, en particulier lorsqu’il prend des décisions dans un contexte de haute surveillance, de menace constante d’assassinat et d’emprisonnement de ses dirigeants, et d’attaques permanentes contre ses structures et ses institutions.

    Il ne s’agit pas de nier qu’il existe parfois des désaccords entre les dirigeants du mouvement. Ce facteur est en jeu depuis la fondation de l’organisation en 1987. Cependant, le Hamas est aussi un mouvement d’institutions, de procédures et de mécanismes de responsabilité. La règle générale a été la consultation, l’accumulation et l’équilibre entre les besoins des différents groupes d’intérêt. La preuve en a été donnée publiquement et de manière cohérente dans les messages des dirigeants de l’organisation, non seulement tout au long de la guerre génocidaire en cours, mais tout au long de ses 37 ans d’histoire.

    À la suite de l’opération « Déluge d’Al Aqsa » du 7 octobre 2023 et du génocide qui s’en est suivi à Gaza, de nouvelles questions ont été soulevées au sujet du Hamas en général et de la personnalité de Yahya Sinwar en particulier. Nombreux sont ceux qui considèrent encore Sinwar comme le cerveau imprévisible de l’opération, insistant sur un récit dans lequel Sinwar aurait eu à lui seul le pouvoir de mener une opération sans précédent contre Israël, avec toutes les implications locales, régionales et internationales complexes qui résulteraient d’un tel événement. Il ne s’agit pas de rendre service au Hamas, ni de rejeter la faute sur une « pomme pourrie » pour permettre le retour d’un Hamas « démilitarisé » à la tête de l’État. Pour certains experts autoproclamés, l’utilisation de cette explication découle d’une compréhension superficielle du mouvement. Pour d’autres, il s’agit de couvrir Israël pour ses échecs militaires au cas où il capturerait Sinwar et de substituer cela à la « victoire totale ». Si Sinwar est le Hamas et si le Hamas est Sinwar, l’élimination de l’un mettrait fin à l’autre.

    En réalité, ce que nous pensons savoir de la planification et de l’exécution de l’offensive du 7 octobre – et des opérations ultérieures du Hamas face à la guerre génocidaire d’Israël – n’est probablement qu’une goutte d’eau dans l’océan. Mais les éléments accessibles au public dont nous disposons nous indiquent que Yahya Sinwar n’est pas si imprévisible que cela. À l’instar de ses prédécesseurs, il s’est montré très ouvert et clair sur la direction que prenait l’organisation. Les signes étaient partout depuis au moins deux ans, tant au niveau officiel qu’au niveau de la base. Les grandes puissances ont été choquées parce qu’elles ont sous-estimé et ignoré le mouvement, et non parce qu’elles ont été trompées. Le récit autour de Sinwar fournit également une couverture aux « experts » pour expliquer leur connaissance superficielle du mouvement, au mieux, ou leur analyse fallacieuse, au pire.

    Ce que les analystes auraient dû savoir, c’est que le Hamas est un mouvement d’institutions et que, comme tout autre mouvement de masse, il rassemble différents courants et orientations politiques qui peuvent être en désaccord sur la tactique, mais pas sur la stratégie. La règle de l’organisation a été celle de la continuité malgré la fragmentation géographique et les différentes écoles de pensée sur la façon d’aller de l’avant. Il y a eu des moments de débats acharnés et de désaccords publics, mais ils ne sont pas secrets et se déroulent parfois dans des lieux publics. Cela correspond à la dynamique d’une organisation dont les élections internes sont robustes et concurrentielles.

    Ismail Haniyeh assiste aux funérailles du prisonnier libéré Majdi Hammad dans le nord de la bande de Gaza, le 19 mars 2014. Majdi, le frère du ministre palestinien de l’intérieur de la bande de Gaza, Fathi Hammad, était l’un des prisonniers libérés dans le cadre de l’accord d’échange de prisonniers Gilad Shalit entre le Hamas et Israël. Photo : Mohammed Asad/APA Images

    Les informations attribuées à des « sources anonymes proches du Hamas » sur les désaccords internes au sein du Hamas ou sur la restructuration du mouvement par Sinwar sont très peu étayées. Il est possible que les opérations du mouvement changent en raison de la guerre en cours et que ses institutions se transforment en conséquence. Toutefois, tant que des preuves tangibles ne seront pas disponibles, les analystes seraient bien avisés de fonder leurs réflexions sur les nombreux écrits, discours et interviews qui mettent en lumière des aspects inutilement mystifiés du Hamas et de ses dirigeants. Il n’existe aucune preuve crédible suggérant que Sinwar ait totalement remanié la structure du mouvement et centralisé le pouvoir autour de sa personne. Cependant, de nombreux éléments montrent que Sinwar n’est pas seulement un produit du mouvement, mais quelqu’un qui a passé des décennies à le construire et qu’il est peu probable qu’il ait négligé les personnes avec lesquelles il a grandi politiquement et les processus qu’il a contribué à mettre en place.

    Un jour, après la fin de cette guerre génocidaire, il est possible que de nouveaux détails apparaissent qui modifieront la compréhension du Hamas et contrediront les hypothèses qui circulent actuellement. Dans ce cas, il sera judicieux de replacer les nouveaux éléments dans leur contexte historique et d’exiger des « experts » qui n’ont pas fait leur boulot qu’ils respectent des normes plus strictes.




    Publié par TlaxNet sur TLAXCALA ΤΛΑΞΚΑΛΑ ТЛАКСКАЛА تلاكسكالا le 31 août 2024, 15:25


  • Mohamed Bouhamidi- Éthique et politique (à propos de G. Labica et de Camus)

    Mohamed Bouhamidi- Éthique et politique (à propos de G. Labica et de Camus)

     la mère contre la justice.

    Cet article a été publié dans le journal La Tribune le 20 – 02 – 2010. Un colloque avait été organisé à l’occasion de l’anniversaire de la mort  de Georges Labica, par ses anciens élèves dont Mohamed Bouhamidi. En même temps, Alger s’apprêtait à accueillir la Caravane Camus pour expliquer la grandeur de cet écrivain-philosophe.

     Georges Labica ( 1930, Toulon –  2009, Suresnes) est un philosophe français, professeur émérite des universités (Paris-X Nanterre), directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et professeur honoraire de l'université du Peuple à Pékin. Intellectuel engagé, Labica est également militant anticolonialiste et anti-impérialiste, président honoraire du Comité de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient (CVPR-PO), président de Résistance démocratique internationale, membre de l'Appel franco-arabe, du Forum des alternatives et de En Defensa de la Humanidad. Auteur de nombreux ouvrages, Labica s'est d'abord intéressé à la pensée de Ibn Khaldoun, mais aussi à celle de Lénine, Robespierre ou Antonio Labriola. Ses dernières contributions portèrent sur la violence (Théorie de la violence) en 2007.
    Ecoutons Mohamed:      
    Laure Lemaire   

                             

    Un colloque sur Georges Labica  a clos ses débats, mardi dernier.

    Ceux qui y ont assisté, ont découvert ou redécouvert l’immense aura qui illumine ce professeur de philosophie de l’Espagne ou du Portugal à l’Afrique ou l’Amérique Latine jusqu’en la Chine lointaine ou la Corée.

    Il ne nous sera pas seulement un soutien résolu dans notre lutte de libération. Cela seul devrait nous rappeler au devoir de reconnaissance à l’endroit de son amitié.

    Mais Labica a épousé en plus de notre cause, bien des côtés humains et culturels de notre peuple. Il a aimé notre terre, les extravagances imprévisibles de notre lumière et de nos plages, l’infinie variation de notre sol et cette atmosphère faite pour le souvenir au fond des yeux ou pour la peinture et la photo.

    Mais il l’a d’abord aimé comme terre d’un peuple et il en a aimé la nourriture, les boissons, l’architecture, l’art de vivre, les savoirs faire. C’est l’amour de ce peuple qui a nourri son amour pour cette terre et il voyait dans sa beauté, la main des hommes qui l’ont configurée. 

    Et il a porté une attention soutenue à ces mains et pas seulement sur le plan de la vie quotidienne et de l’engagement politique.

    Il a porté cette attention à la profondeur historique de notre pays et de notre peuple en reprenant la lecture d’un des plus grands intellectuels de l’histoire de l’humanité : Ibn Khaldoun.

    Cette terre portait un peuple et une histoire intellectuelle et culturelle du plus haut intérêt. Cela fait une singulière différence entre chanter Tipaza ou interroger Ibn Khaldoun. Lire Ibn Khaldoun, lui consacrer une thèse novatrice, la soutenir à Alger pour en souligner le poids symbolique au regard d’un intellectuel français de haut vol, montre suffisamment la conséquence de l’homme et la qualité de ses rapports aux autres peuples. Son dernier livre “ Théorie de la violence ” a occupé une place centrale au cours de ce colloque sans diminuer le poids des autres centres d’intérêts.

    Mais le fil qui s’est révélé puissamment conducteur dans ce colloque fut la relation à l’idée de justice car dans ce livre de Labica, il apparaît bien que la première violence faite à l’homme reste l’injustice, et la légitimité de la résistance à cette condition partout, aujourd’hui comme hier, imposée aux hommes. Avec de surcroît, le matraquage idéologique pour la faire passer comme une situation de nature, voire comme le une condition méritée. 

    Il reste de ce colloque aussi la leçon de méthode.

    Labica a été professeur de philosophie à Alger dans ces premières années de l’indépendance pendant lesquelles nous avions tant besoin d’une assistance technique étrangère. Encore que dans son cas, le mot étranger résonne comme une contradiction. Sa présence était dans la cohérence de son engagement dans notre guerre de libération et toujours à l’ami qui a partagé nos souffrances nous devons lui dire : « tu es chez toi ».  Et seul l’ami de grande qualité, celui qui a donné sans calcul et sans aucune demande de retour, vous rappellera qu’il est heureux de votre accueil mais qu’il est chez vous.

    C’est bien pour cela qu’il s’est battu à vos côtés : pour être non l’intrus mais l’invité de votre demeure à partir de quoi il partage votre humanité et le bonheur d’être reçu avec émotion et partage.   Il fut en Algérie et dans l’université, cet invité chantant notre demeure.

    Mais ce n’est pas pour cela qu’il reste le maître de ses anciens élèves. Le professeur vous transmet une connaissance. Le maître vous arme d’une méthode. Il ne vous apprend pas ce qui est écrit. Il vous apprend comment le lire. C’est par là qu’il vous arme et vous invite à l’indépendance, à l’auto-prise en charge. Les choses n’ont pas été dites comme cela pendant ce colloque mais dans chacune des interventions chacun l’a décliné à sa façon et chacun a répété qu’il fut un maître. 

    Ce colloque s’est quand même déroulé dans des circonstances particulières. Les organisateurs ne l’ont pas fait délibérément mais leur hommage a aussi honoré une figure diamétralement opposée à une autre figure française qu’un battage médiatique sans précédent nous impose : celle de Camus(1). Ils s’intéressaient à Labica et à son poids spécifique et pour beaucoup d’entre eux, il aurait été malvenu de mettre sur une même balance un géant de la philosophie et un bricoleur de l’absurde.

    Mais le hasard des circonstances l’aura voulu au-delà même de la simultanéité des deux hommages. Il se trouve que dans « Théorie de la violence », Labica s’arrête longuement sur la mythologie, la philosophie et le théâtre grec et que Camus a puisé dans cette sphère hellénique que les pieds noirs sont une race prométhéenne porteuse d’une promesse du feu dérobée aux dieux pour la mettre au service des hommes.

    Il s’agit bien sûr d’une version moins brutale et moins éculée de la mission civilisatrice du colonialisme que celle de Gsell et de la continuité française du travail déjà réalisé par les Romains sur une terre vacante de son peuple. La lecture de Labica va, si immédiatement, au plus profond des enjeux essentiels de ces mythologies et de ces représentations esthétiques, que les prétentions hellénistes de Camus en deviennent risibles. 

    C’est pour cela que pendant les interventions et les débats, j’ai dérivé vers cette notion de justice que Labica met au cœur de l’approche de toute violence. Le contexte se prêtait certainement au souvenir de la célèbre phrase de Camus :

     « entre la justice et ma mère, je choisis ma mère ». 

    Cela m’a toujours intrigué que personne ne se demande ce qu’il entendait pas justice.

    Car au fond des intellectuels français ou algériens d’origine juive ou pied-noire n’ont jamais trahi leur mère, biologique ou symbolique, en défendant la justice. C’était même pour eux, une fidélité à la mère que de rejoindre notre combat en devenant carrément algériens ou en restant français comme les militants du réseau Jeanson.

    Jeanson affirme qu’il a agit aussi par fidélité aux principes proclamés par la République Française et qu’il défendait la France républicaine contre le fascisme spontané des colonialistes.

    Et si nous continuons à nous étonner de cette formule, c’est bien parce que le mot justice dans la bouche de Camus, ne signifie pas ce que nous croyons : l’égalité pour tous.  

    Le mot a un tout autre sens chez Camus.

    Déjà avant la deuxième guerre mondiale, il mettait l’accent sur la misère des « arabes » – c’est comme cela qu’il nous appelait, le terme algériens étant, chez lui, réservé aux pieds noirs – en soulignant qu’elle pouvait être un puissant motif de succès des nationalistes. Il demandait plus de justice pour les « arabes » pour préserver la colonie. Cette justice devait se traduire par plus d’écoles, moins de chômage, quelques améliorations sociales, la fin de l’abus des communes mixtes qui livraient les Algériens à l’arbitraire des administrateurs civils.

    Il jouait ainsi le rôle de pompier du colonialisme. Un rôle d’alerte! A trop tirer sur la corde, les colons risqueraient de soulever la tempête. Pas un mot de Camus sur le Code de l’Indigénat et il n’était pas question d’égalité de statut entre Arabes et Pieds-Noirs. Ce rôle d’alerte  prouvait-il quelque « humanisme » chez lui? Pas du tout.

    On a souvent parlé de son silence à propos du 08 mai 1945.

    Ce n’est pas tout à fait le cas. Dans un article paru dans le journal Combat le 23 mai 1945, juste après la répression,  il écrit « la civilisation matérielle que nous poussons sans arrêt devant nous, ne nous sauvera que si elle parvient un jour à libérer plus profondément tous ceux qu’elle asservit. Nous obtiendrons alors l’amitié des hommes qui dépendent de nous. Mais en dehors de cela nous récolterons la haine, comme tous les vainqueurs incapables  de surmonter leur victoire. De malheureuses et innocentes victimes françaises viennent de tomber et ce crime lui-même est inexcusable. Mais je voudrais que nous répondions au meurtre par la seule justice, pour éviter un avenir irréparable. ».

    Vous avez bien lu : « l’amitié des hommes qui dépendent de nous. » ; «De malheureuses et innocentes victimes françaises viennent de tomber et ce crime lui-même est inexcusable. » ; « Mais je voudrais que nous répondions au meurtre par la seule justice, pour éviter un avenir irréparable. ». 

    Les victimes arabes, c’était quoi ? Si vous n’êtes pas convaincus que la « justice » pour Camus c’était la charité qui lui aurait juste attaché les « arabes » et induit leur amitié pour mieux préserver l’ordre colonial ( Kateb Yacine avait raison d’écrire que Camus était un colonialiste de bonne volonté !) 

     Lisez cette phrase :  « Je vous donne la paix pour dix ans, à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés. Une politique constructive est nécessaire pour rétablir la paix et la confiance. » Elle est du général Duval,  chargé de rétablir l’ordre en mai 1945.  Quelle est la différence de fond entre ses positions et celles de Camus ? Quelle différence quand Camus tout comme le général, mesurant le fossé créé par la répression, alerte son opinion en lui disant  « l’Algérie est à conquérir une seconde fois ».

    Entre la charité pour contenir les révoltes indigènes et sa mère, Camus avait choisi depuis longtemps. La justice n’avait rien à voir là dedans. L’équation est plus simple. Un « colonialiste de bonne volonté » restera un colonialiste. Le reste relève de la contorsion. 

    Mohamed Bouhamidi

    1-L’arrivée ( finalement avortée) d’une caravane censée expliquer au algériens la grandeur de Camus emplissait tout l’espace médiatique

    Ci-dessous, portrait d’Ibn Khaldoun

  • ENTRETIEN AVEC MATTHIEU RENAULT: Lénine et les musulmans de l’empire russe.

    ENTRETIEN AVEC MATTHIEU RENAULT: Lénine et les musulmans de l’empire russe.

    Publié le 30 janvier 2018 par Selim Nadi, membre du PIR

    Matthieu Renault est Maître de conférences en philosophie à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, membre du Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie (LLCP). Il est l’auteur de : Frantz Fanon. De l’anticolonialisme à la critique postcoloniale (Éditions Amsterdam, 2011) ; L’Amérique de John Locke : L’expansion coloniale de la philosophie européenne (Paris : Éditions Amsterdam, 2014) ; C .L. R. James : La vie révolutionnaire d’un « Platon noir » (La Découverte, 2016) et de L’Empire de la révolution (Syllepse, 2017).

    Matthieu Renault : Ce livre a une double origine. La première, c’est une petite enquête que j’ai menée il y a 3-4 ans sur le théoricien russe-tatar du communisme national musulman Mirsaid Sultan Galiev[1] qui, dès le lendemain de la Révolution de 1917, en avait appelé à traduire cette révolution pour les minorités musulmanes opprimées de l’Empire russe (représentant environ 10 % de sa population totale) et, au-delà, pour les peuples colonisés de l’ « Orient ». La seconde, c’est le travail que j’ai réalisé sur l’historien et militant marxiste caribéen C.L.R. James, auteur en 1938 des Jacobins noirs, une histoire de la Révolution haïtienne (1791-1804)[2]. James a largement pris appui sur les écrits de Lénine sur la « question nationale et coloniale » afin de problématiser les luttes noires aux États-Unis ; il s’est également inspiré de ses dernières réflexions sur la Russie post-révolutionnaire, encore « arriérée », pour penser les conditions et les dilemmes de l’émancipation en Afrique (post)coloniale, dans le Ghana de Nkrumah tout particulièrement… et je passe sur d’autres formes d’influence de Lénine sur James, elles sont innombrables. Mais, ayant étudié la trajectoire et la pensée de Sultan Galiev, j’étais frappé par le fait que James, habituellement si sensible aux formes de domination nationale-raciale-coloniale, considérait essentiellement la Révolution de 1917 comme une Révolution russe, une révolution « blanche », passant ainsi sous silence le fait qu’elle avait, dès l’origine, été traversée par une prolifération, aux marges de l’Empire tsariste, de mouvements d’émancipation nationale, et pour certains, comme en Asie centrale (Turkestan), proprement anticoloniaux. C’était là quelque chose qu’il me semblait nécessaire de creuser.

    MR : Je dois avouer que Lénine décolonial devait initialement être le titre de l’ouvrage lui-même. Si je l’ai abandonné, c’est parce qu’on serait bien en peine de trouver chez Lénine ce à quoi je crois on reconnaît aujourd’hui une pensée décoloniale, à savoir une volonté de rupture radicale, à la fois politique et épistémique, avec l’Occident, de quelque manière que l’on conçoive celui-ci. Il me semblait malgré tout que le cas de Lénine, et plus généralement celui de la Révolution de 1917, était susceptible de rouvrir, salutairement, le débat sur la signification même du terme « décolonial », sur sa portée théorique et stratégique, et pour ainsi dire sur sa géographie politique. Ne serait-ce que parce que le bolchevisme avait lui-même procédé d’un formidable décentrement du marxisme ouest-européen, la Révolution soviétique s’offrant indissociablement comme l’apogée du mouvement révolutionnaire occidental et comme l’origine d’un cycle de luttes anti-impérialistes en Asie, en Amérique latine et en Afrique, qui n’allait s’achever qu’à la toute fin des années 1970. Preuve s’il en est qu’il y a des situations où les frontières entre l’Occident et le monde non-occidental sont particulièrement poreuses.

    Or, je crois qu’il en va similairement des frontières entre « pensée marxiste » et « pensée décoloniale ». Il n’est pas question d’ignorer leurs différences et leurs différends, de nier l’eurocentrisme qui a grevé et grève encore la pensée marxiste, y compris dans ses formes par ailleurs les plus hétérodoxes, « révolutionnaires », mais de penser des formes d’alliance, de branchement, qui soient synonymes non de compromis au mauvais sens du terme, mais de renforcement mutuel, et s’il est encore permis d’utiliser ce mot, de radicalisation réciproque. C’est dans cette perspective qu’ont œuvré les grandes figures du marxisme non-européen du XXe siècle (José Carlos Mariátegui, C.L.R. James, Jacques Roumain, Che Guevara et d’autres) et que s’inscrivaient encore ceux que l’on considère généralement comme les « pères » de la pensée décoloniale, Enrique Dussel et Aníbal Quijano. Ce n’est que plus tard, et dans la perspective de la construction d’un authentique « paradigme » décolonial, d’abord dans le champ académique, que l’opposition, parfois caricaturale comme tu le dis à juste titre, s’est sédimentée, s’est figée d’une manière qui me semble peu productive.

    MR : En un sens, on pourrait dire que ce problème a retenu l’attention de Lénine dès ses premiers écrits, notamment dans son grand livre de 1899, Le Développement du capitalisme en Russie. Mais c’est alors sous un jour peu flatteur. Il y thématise en effet la « colonisation intérieure » des périphéries de l’Empire russe, une expansion du capitalisme qu’il conçoit, de manière tout à fait orthodoxe, comme la condition de sa future abolition, le prélude à la transition au socialisme. Dans cette perspective, les minorités de l’ « Orient russe » n’ont pas voix au chapitre, elles demeurent quasi invisibles aux yeux de Lénine. Néanmoins, la Révolution de 1905 et ses répercussions à travers le Moyen-Orient et l’Asie vont radicalement changer la donne. Lénine prend peu à peu conscience que le destin de la révolution ne se décidera pas seulement à l’ « ouest », mais aussi à l’ « est » et que les musulmans de Russie sont appelés à jouer un rôle décisif dans ces processus de circulation révolutionnaire, une fonction si l’on veut de proxy. Il sait, ses textes sur l’autodétermination nationale en témoignent avec éloquence, que dans le monde non-occidental, la révolution endossera d’abord, et par nécessité, la forme de luttes de libération nationale contre les oppresseurs étrangers. Mais c’est le déclenchement de la Première Guerre mondiale, guerre impérialiste par excellence, qui va définitivement convaincre Lénine de la fondamentale interdépendance de la révolution socialiste et des révolutions nationales-anticoloniales, y compris à l’intérieur même de cette « prison des peuples » qu’était l’Empire russe.

    MR : Dans ses écrits de « jeunesse » sur le capitalisme agraire, Lénine opère en effet des parallèles saisissants entre la Russie et les États-Unis. Il se moque des marxistes russes, obsédés, dit-il, par l’Europe occidentale et qui voudraient voir leur pays en copier scrupuleusement le modèle, alors même que d’un point de vue historique et géographique, économique et politique, la Russie partage à ses yeux plus d’affinités avec les États-Unis. On peut identifier là une proto-critique de l’eurocentrisme, à condition de ne pas confondre ce dernier avec un occidentalo-centrisme, au sens où les États-Unis jouent ici au contraire le rôle de vecteur de décentrement. En 1915, en dépit de ses critiques féroces du jeune impérialisme américain, Lénine, évoquant les États-Unis, écrira encore : « Les temps sont révolus où l’œuvre de la démocratie et celle du socialisme étaient liés uniquement à l’Europe[3]. » Cela peut nous paraître bien étrange aujourd’hui, mais notons que vingt ans après Lénine, c’est à la suite de sa « découverte de l’Amérique » que C.L.R. James ressentira à son tour la nécessité, pour reprendre les termes de Dipesh Chakrabarty, de « provincialiser l’Europe ».

    Le nœud de la comparaison opérée par Lénine a trait au rapport entre les institutions du servage en Russie et de l’esclavage aux États-Unis, respectivement abolis en 1861 et en 1865. S’il déclare que les ex-esclaves noirs ont somme toute connu un meilleur sort après l’abolition que les ex-serfs russes, il n’en condamne pas moins la reproduction dans le Sud des États-Unis de formes d’asservissement des Noirs directement héritées de l’esclavage, sous la forme du métayage (sharecropping), et s’exclame : « Honte à l’Amérique pour la situation qu’elle fait aux Nègres ![4] ». Mais qu’est-ce que tout cela, en effet, a à voir avec les musulmans et plus généralement avec les minorités musulmanes de Russie ? Ceci qu’aux yeux de Lénine l’émancipation réelle des ex-serfs russes implique la destruction des grandes propriétés féodales (latifundias) au centre du pays et la « libre circulation » des travailleurs, paysans, elle-même condition pour mener à son terme le projet de colonisation intérieure, capitaliste, des périphéries de la Russie, notamment de la Sibérie et de l’Asie centrale. Qu’est-ce à dire sinon que les ex-serfs, encore opprimés, sont appelés à devenir des colons, à peupler les terres supposément libres, inhabitées ou du moins inexploitées, du « Grand-Est » russe. Autrement dit, la mise en avant de la figure de l’esclave noir est corrélative de l’effacement d’une autre figure, celle de l’indigène musulman. Si Lénine adoptera plus tard des positions anti-impérialistes radicales, il n’est pas certain qu’il se soit jamais entièrement départi d’un tel imaginaire colonial hérité, via les socialistes russes du milieu du XIXe siècle, de l’exemple de la conquête de l’Ouest aux États-Unis.

    MR : Vaste question, dont la réponse dépend étroitement de la conjoncture considérée. Pour le dire le plus simplement possible, Lénine n’était évidemment pas sans savoir qu’une majeure partie du Moyen-Orient et de l’Asie, sous domination coloniale, était de culture et de confession musulmanes, et qu’il aurait été absurde d’imaginer qu’une révolution puisse y éclater sans que ces peuples y jouent une part active, en tant que sujets politiques à part entière défendant leurs propres intérêts. Lorsque s’annonça le déclin de l’élan révolutionnaire en Europe occidentale et centrale, avec la défaite de la révolution allemande et la chute de la République des conseils de Hongrie, il devint impératif de forger une théorie et une stratégie pour la « Révolution en Orient ». Ce travail fut réellement amorcé au deuxième congrès de l’Internationale communiste en juillet-août 1920 et au congrès des peuples de l’Orient à Bakou, en Azerbaïdjan, le mois suivant. Mais Lénine n’avait pas attendu cette date pour comprendre qu’afin que l’exportation de la révolution soit couronnée de succès, il fallait que la Russie soviétique, elle-même héritière d’un immense empire, donne l’exemple, qu’elle œuvre le plus vite possible à sa propre décolonisation. En 1919 fut fondé, non sans heurts, la République socialiste soviétique autonome du Bachkortostan, à majorité musulmane. Mais c’est indubitablement au Turkestan russe, conquis dans la deuxième moitié du XIXe siècle et soumis à un régime colonial au sens le plus strict, que Lénine accorda en la matière la plus grande attention, le qualifiant à l’occasion d’ « Algérie russe ». Concevant le Turkestan comme, en quelque sorte, un laboratoire où étaient d’ores et déjà réunies les conditions de l’expérimentation d’une combinaison des luttes du prolétariat des nations oppressives et des masses exploitées des nations opprimées, il ne cessa de souligner la « portée historique mondiale » de la tâche incombant aux bolcheviks dans la région, dont les répercussions devaient s’étendre à tout l’Orient, et même au-delà ; la politique menée par les bolcheviks en Asie centrale devait selon lui « prouver dans les faits la sincérité de notre désir d’extirper tous les vestiges de l’impérialisme grand-russe en vue de lutter sans réserve contre l’impérialisme mondial[5]. »

    MR : En réalité, à rebours des perceptions courantes, il me semble que le problème de l’autonomie politique des non-Blancs a été un invariant des grands épisodes révolutionnaires des derniers siècles, et pourrait-on même dire de toute la modernité, qu’on ne peut pour cette raison dire occidentale qu’entre guillemets. Outre donc à la Révolution de 1917, que l’on ne songe qu’au diptyque tragique de la Révolution française et de la Révolution haïtienne ou encore à l’ (auto) émancipation des esclaves noirs pendant la guerre de Sécession et au cours de la décennie suivante, comme l’a magistralement montré W.E.B. Du Bois dans Black Reconstruction, une somme qu’il faudra bien un jour ou l’autre se résoudre à traduire en français. L’étonnement répétitivement manifesté face aux revendications d’autonomie des mouvements non-blancs contemporains, accompagné de l’idée qu’on serait là en face d’un phénomène inédit, ne me semble pas tant relever d’une ignorance contingente que d’un aveuglement entretenu par la volonté forcenée de croire qu’ « avant », les luttes sociales étaient pures de toute « politique identitaire » et, par conséquent, qu’elles pourraient le redevenir. Cette posture elle-même n’est pas neuve, Lénine, dans un tout autre contexte certes, avait déjà dû la combattre dans ses interventions sur la question nationale et coloniale : « Quiconque attend une révolution sociale “pure” ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution[6]. »

    Lénine défendait fermement l’indépendance des mouvements de libération nationale, la nécessité de ne pas leur imposer des mots d’ordre et des objectifs voués à leurs rester étrangers. Certes, à ses yeux, tous les peuples s’acheminaient vers le socialisme, mais cela à différents rythmes et en suivant différents chemins, leurs propres chemins. Dans un discours au deuxième congrès de Russie des organisations communistes des peuples de l’Orient fin 1919, il exhorta ses auditeurs à s’engager dans la révolution en cours, non en subordonnant la « guerre nationale contre l’impérialisme » à la « guerre civile des travailleurs » mais en contribuant, en tant que « force révolutionnaire indépendante » et sur un pied d’égalité, à la révolution mondiale, à la « créat[ion] d’une vie nouvelle »[7]. Ne cachons pas que, dans la pratique, les choses furent autrement plus complexes  : d’une part parce que tous les bolcheviks ne partageaient pas les vues de Lénine en la matière, loin de là, beaucoup ne voyant dans le mot d’ordre d’autodétermination nationale qu’une concession faite à la bourgeoisie, quelle que soit la « couleur » de cette dernière ; d’autre part, parce que l’impératif de décentrement ou de décolonisation de la révolution elle-même, bien que pleinement reconnu par Lénine, se heurtait chez lui à une autre exigence, celle de la propagation et de la consolidation du socialisme, ou ne serait-ce que de la survie d’un régime soviétique assailli de toute part. Or celles-ci requerraient à ses yeux une étroite centralisation de l’économie et des affaires militaires, et plus généralement du pouvoir. De cette centralisation, les communistes musulmans du Turkestan, au premier rang desquels Tourar Ryskoulov, firent les frais, leurs initiatives se voyant presque systématiquement rejetées, et cela alors même que Lénine était en train de livrer une guerre impitoyable à ceux qui, au sein du camp communiste, se révélaient soucieux de maintenir le privilège national-racial des colons russes sur les indigènes musulmans.

    MR : Ce concept est absolument central dans mes travaux. Mon intérêt à cet égard puise ses racines dans les recherches que j’ai menées sur Frantz Fanon qui, dans Les Damnés de la terre, déclarait que les « analyses marxistes doivent toujours être légèrement distendues chaque fois qu’on aborde le problème colonial ». Puis, j’ai étudié l’œuvre de C.L.R. James qui, lors de son premier séjour aux États-Unis, en avait appelé à « américaniser le bolchevisme » avant d’étendre ce mot d’ordre aux espaces coloniaux caribéens et africains. Mon attention avait été attirée par le fait que James créditait Lénine d’avoir été le premier à avoir opéré un tel décentrement en « tradui[sant] le marxisme dans des termes russes pour le peuple russe[8] ». Or, en lisant Lénine de plus près, je me suis aperçu que, répétant une deuxième fois ce geste, ce dernier enjoignait les communistes d’Orient à « adapter » le bolchevisme « aux conditions spécifiques inexistantes dans les pays d’Europe » en fonction de leur « expérience propre », à ne pas copier la « doctrine communiste » mais à la « traduire dans la langue de chaque peuple[9] ». C’est cette stratégie de la traduction, devant assurer une circulation de la théorie et de la pratique révolutionnaires sans reproduction de logiques de domination, en instaurant pour ainsi dire une nouvelle dialectique de l’universel et du particulier, que j’étudie dans le cinquième chapitre de mon livre.

    On pourrait aller plus loin en montrant que peu ou prou tous les marxistes non-occidentaux du XXe siècle, du moins ceux qui n’auront pas été infectées par le développementalisme stalinien, ont d’une manière ou d’une autre soulevé la question des modalités de la circulation et de la traduction et, partant, de la réinvention du marxisme hors de l’espace où il était né et avait mûri, l’Europe occidentale. Pensons par exemple au théoricien marxiste péruvien José Carlos Mariátegui qui dès les années 1920, déclarait que ce qu’il nommait le « socialisme andin » devait être « ni calque, ni copie, mais création héroïque ». Et il me semble non moins significatif qu’inversement, et à une exception notable près, Antonio Gramsci, aucun des grands penseurs marxistes ouest-européens du siècle passé, ne se soit soucié de ce genre de problème. Cela en dit long sur l’identification continuée, fût-elle implicite, de l’Occident à l’universel, au sein même des théories critiques et révolutionnaires.

    MR : Je ne saurais te répondre avec certitude, mais je peux me risquer à quelques hypothèses. Il y aurait tout d’abord le fait que les bolcheviks se sont saisis de manière très précoce, dès le deuxième congrès de l’Internationale communiste, de la « question noire » aux États-Unis en l’assimilant stratégiquement à la « question nationale » telle qu’elle pouvait se poser ailleurs. C’est dans cette perspective, impliquant le droit à l’autodétermination, qu’a plus tard été émise et débattue l’idée de la création d’un État noir dans le sud des États-Unis, à l’intérieur des frontières de la Centure noire (Black Belt). Quoique ce projet, farfelu à bien des égards, n’ait reçu qu’un soutien modéré au sein de la population africaine-américaine, qui pour une large part se sentait et se revendiquait « américaine », la stratégie du Comintern n’en fut pas moins payante dans la mesure où elle légitimait l’auto-identification des Noir·es à des « colonisé·es de l’intérieur » et, partant, leur identification à leurs frères et sœurs opprimés sur le continent africain. En outre, McKay, Hughes, Robeson et d’autres avaient eu l’occasion de voyager en Union soviétique et l’accueil chaleureux qu’ils y avaient reçu ne pouvait que les inciter à accorder une confiance, qu’on peut bien sûr a posteriori considéré comme excessive, dans le régime communiste, renforcée par le constat de l’émancipation, fût-elle seulement apparente, des minorités nationales de l’ex-empire, qui leur offrait une image de leur propre futur radieux dans une Amérique communiste. Ajoutez à cela qu’ils ne se trompaient guère quand ils voyaient dans l’URSS un impitoyable adversaire de l’impérialisme américain, à leurs yeux indissociable du « pouvoir blanc » s’exerçant à l’intérieur du pays. Peut-être peut-on soutenir pour conclure que l’énorme avantage dont disposaient les organisations communistes, et dans une moindre mesure trotskystes, sur la « gauche » américaine, reposait sur leur volonté et leur capacité à intégrer immédiatement les Africains-Américains dans l’arène de la politique mondiale, et non seulement nationale, en s’inscrivant ainsi dans la longue et riche tradition des révoltes panafricaines ; car comme le disait C.L.R. James lui encore : « Dès ses débuts, à la fin du XVIIIe siècle, la lutte des Noirs pour la liberté et l’égalité a été une question internationale[10]. »

    Entretien réalisé par Selim Nadi, membre du PIR.

    [1]Voir Matthieu Renault, « L’idée du communisme musulman : à propos de Mirsaid Sultan Galiev (1892-1940) », Revue Période

    [2]Voir Matthieu Renault, C.L.R. James. La vie révolutionnaire d’un “Platon noir”, Paris, La Découverte, 2016.

    [3]Lénine, « Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe » (1915)

    [4]Lénine, « Russes et nègres » (1913)

    [5]Lénine, « Aux camarades communistes du Turkestan » [1919], Œuvres, t. 30, p. 134-135.

    [6]Lénine, « Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes » [1916]

    [7]Lénine, « Rapport présenté au 2e congrès de Russie des organisations communistes des peuples d’Orient, 22 novembre 1919 », Œuvres, tome 30, p. 157-159.

    [8]C. L. R. James, « The Americanization of Bolshevism » [1944], in Martin Glaberman (dir.), Marxism for our Times. C. L. R. James on Revolutionary Organization, Jackson, University Press of Mississippi, 1999, p. 19-20.

    [9]Ibid., p. 159-161.

    [10]C.L.R. James, « Les Nègres dans la guerre civile » (1943) in Sur la question noire. La question noire aux États‐Unis, 1935‐1967, Paris, Syllepse, 2012 p. 174 

    Source : http://indigenes-republique.fr/lempire-de-revolution-entretien-matthieu-renault/

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