3: Colonisation et indépendance portugaises

A- L’Angola est le pays d’Afrique le plus dépeuplé par la traite.
Angola vient de ngola, titre porté dès le XIVe siècle par le souverain du royaume Ndongo. Les colons portugais qui s’ allient avec lui dans la lutte contre des seigneurs locaux, nommèrent le pays en son honneur. Diogo Cao était arrivé à l’embouchure du fleuve Congo.en 1482.
Les Portugais débarquent et gravent le blason du Portugal sur le rocher de Matadi (en RDC) et érigent une croix chrétienne sur la côte (padrão). Ils tirent profit de la stupeur des Africains voyant pour la 1° fois des hommes blancs ayant des armes à feu inconnues; le mani-kongo est alphabétisé et converti tandis que des collèges jésuites sont construits. Les Portugais forment des tailleurs de pierres (pour construire des églises), Mbanza Kongo est rebaptisé São Salvador (Saint-Sauveur) de Kongo. La majeure partie de la population voit le christianisme comme une magie supplémentaire des nobles.
Au Nord de l’Angola, une guerre civile entre africains pro et anti-Portugais éclate en 1506 et se termine avec la victoire des pros. Le royaume Kongo compte 4 M d’hab (+ que le Portugal avec 1 M 1/2). Pour réussir cette guerre, les Portugais apprennent aux Bakongos à fabriquer et utiliser des arquebuses et des mousquets à mèches. Le fleuve que les Bakongos appellent Nzere donne Zaïre en portugais.
Les relations entre Portugais et Kongos d’abord égalitaires (échange d’ivoire contre armes à feu) tournent à une mainmise des Portugais pour s’approprier les mines d’or , puis de se procurer des esclaves pour leurs colonies du Brésil Ils poussent plus tard les Bakongos à faire la guerre contre les ethnies voisines afin de capturer des esclaves et les échanger contre des produits manufacturés.
Ils s’intéressent d’abord à l’or, à l’ivoire puis aux esclaves qu’ ils déportent à Elmina au Ghana: “la mine” et sur les plantations de la canne à sucre à Madère (1452), aux îles Canaries (1484) puis à Sao Tome (1486) exigeant un nombre croissant d’esclaves. A partir de 1580, depuis l’Angola, viendront 3/4 du total des captifs déportés par les Portugais.

Au Brésil, découvert par Pedro Álvares Cabral en 1500, les 1° établissements permanents datent de 1530. A partir de 1548, des pionniers, les habitants des établissements côtiers (bandeirantes), souvent métis, liés à l’exploitation de la canne à sucre, de l’or, du café, du bétail, accompagnent l’expansion territoriale vers l’intérieur du pays. Avant 1580, l’offre mondiale du sucre était dominée par les îles: Madère, les Canaries, Hispaniola et Sao-Tomé. Les Espagnols au Pérou, qui ne disposent que d’esclaves amérindiens, commandent aux Portugais, des esclaves africains, pour l’immense mine d’argent du Potosi. Ainsi commence la « traite en droiture » (liaison directe Afrique-Amériques, sans passer par les ports d’Europe), est chiffrée à 45 % du total des esclaves africains déportés vers les colonies (5 M d’individus). Rio de Janeiro est le 1° port négrier de la traite. Elle domine la période des XVIe et XVIIe siècles, puis au XIXe siècle, après l’ abolition en Europe.
B- L’Angola est le 1° pays africain à connaître la colonisation européenne
La conquête du cours du fleuve Kwanza (Cuanza) pour chercher de métaux précieux (mines d’argent) s’avère infructueuse mais en remontant aux sources du fleuve, ils rejoignent l’Empire du Monomotapa et son or, acheminé par Sofala, au sud du delta du Zambèze, vers les commerçants indiens et leurs textiles du Gujarat. Les Portugais visaient l’empire depuis les côtes du Mozambique. Les commerçants portugais seront les 1° Européens à parcourir les ruines du Grand Zimbabwe, que Viçente Pegado, capitaine, garnison portugaise de Sofala, décrit en 1531:
« À proximité des mines d’or de l’intérieur, entre la Limpopo et le Zambèze, il existe une forteresse de pierre d’une taille extraordinaire, sans qu’il semble que du mortier ait été utilisé. »

Il n’atteindront qu’en 1629 cet Empire du Monomotapa, trop tard; l’or des rivières est épuisée après l’apogée de 1440.
En 1567, le comptoir de Luanda est ébauché, sur une île de l’embouchure du Kwenza, à 300 km au sud de l’embouchure du fleuve, épicentre du Royaume du Kongo. En 1575, la Couronne accorde à Paulo Dias de Novais une charte pour bâtir 3 forts entre le Bengo et le Kwenza, fleuve au sud du Congo, navigable jusqu’à 200 km dans l’intérieur. Pendant 3 ans, accompagné de 550 trafiquants, il vit en paix avec le roi d’Angola, puis reçoit, de 1578 à 1587, 5 renforts en hommes et matériel, mais quand il fait tuer 30 Portugais en 1580 et saisit leurs marchandises, ils renoncent à s’emparer des mines pacifiquement et décident de « les passer tous au fil de l’épée »Un missionnaire écrit en 1583 :
« cette année, les Portugais ont conquis la ½ du royaume d’Angola et battu 4 armées du roi. Des milliers de [ses] vassaux ont été tués et on s’est emparé des mines de sel, ce qui est le plus grave pour eux, car le sel leur sert de monnaie. D’innombrables esclaves ont été capturés ».
Entre 1583 et 1618, ils bâtissent un réseau de forteresses, structuré sur l’axe fluvial majeur, le fleuve Kwanza. Celle d’Ango, en 1610, bien que difficile à ravitailler car éloignée des fleuves, permet de maintenir une pression militaire sur le roi du Ndongo. Ces forteresses deviennent aussi un point de départ pour les missions d’évangélisation.
En 1589, la Couronne reprend en mains l’Angola, y nomme des gouverneurs et installe le système d’Encomienda ( proche du servage, du travail forcé des peuples autochtones, comme les Espagnols en Amérique); les abus font polémique et en 1601 Philippe II d’Espagne en ordonne la suppression, les tributs devant désormais être versés au gouverneur. Les découvertes de richesses (cuivre) restent modestes. Lisbonne décide de mettre fin à la conquête, en nommant gouverneur Manuel Pereira Forjaz,en 1606. Mais dans les faits, la progression territoriale continue jusqu’à la fin des années 1620, sous la pression des officiers portugais, mal payés, qui lancent attaques et actions punitives pour capturer des esclaves, au moment où la culture du sucre prend son essor au Brésil. De 1603 à 1623, les gouverneurs pour capturer des esclaves, recrutent, d’abord comme supplétifs militaires puis comme courtiers d’esclaves, une bande de mercenaires nomades, les « Jagas cannibales », qui fonderont dans l’Est du pays, le petit royaume de Cassange, dont la notoriété sera énorme. Les habitants du Dong fuient au Nord, y font des raids au Congo avec l’approbation ouverte du gouverneur de l’Angola.

C- Attaques des Néerlandais
En 1624, les Néerlandais échouent à s’emparer de Luanda, après la prise de Salvador de Bahia, au Brésil, puis s’emparent d’une flotte espagnole remplie d’argent du Pérou, au large de Cuba. En 1630, ils expulsent les Portugais de Luanda et São Tomé, des comptoirs négriers angolais, principaux fournisseurs en esclaves. Un de ses dirigeants écrit : « sans esclaves, il n’y pas de Pernambouc, et sans Angola, il n’y pas de Portugal ».
Avec la Restauration portugaise (1668), après 10 ans de Loango-Angola néerlandais, colonie gérée par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, se déroule la rapide reconquête de l’Angola, sous la direction de Salvador Correia de Sá e Benevides. Puis en 1650, les colons du Brésil parviennent à les chasser.
En 1657, Mwene Nzinga Mbandi (1582-1663), dite Njinga du Ndongo et du Matamba(ou Anna Xinga et Ana de Souza), signe un traité où elle se reconnait vassale.

La guerre entre Kongos et Portugais reprend et se termine en 1668. Le mani-kongo est décapité durant une bataille et le royaume du Kongo se décompose. Les Européens ont la maîtrise de l’armement ; ils possèdent des arquebuses à rouet qui leur permettent de tirer plusieurs coups de suite, des armures et des canons, alors que les Africains, plus nombreux, n’ont que des fusils à mèche, des lances, des flèches, des machettes, des boucliers, des haches et des massues.
Les Kongos de l’actuelle RDC ont été moins touchés par la traite, car les négriers avaient peur des rapides sur le fleuve. Mais au XVIe siècle, les Kwanyamas venus du Sud s’y installent, alors en 1671, les Portugais avec les armées Ovimbundu, leur imposent, à l’issue des combats, un quota d’esclaves à fournir. Le pays devient un vaste territoire de chasse aux esclaves à destination du Brésil et de Cuba pour les plantations et les mines.. On estime que, du XVIe au XIXe siècle, 4 M ont survécu au voyage.
En retour le Brésil envoie ses trafiquants, ses fonctionnaires pour «portugaiser» le pays. Les colons portugais et brésiliens s’installent sur les côtes et se mélangent à la population noire. Ils fondent des villes avec prisons, Luanda (1575) pour garder les esclaves jusqu’à leur embarquement. Une importante communauté métissée se développe, mêlant les coutumes africaines et portugaises.
D- La République, Salazar et l’industrialisation

En 1836, les Portugais interdisent la Traite des Noirs. Les Tchokwés, proches des Lundas, leur fournissent de l’ivoire par l’intermédiaire des ethnies côtières. Ils développent lentement l’intérieur du pays, mais en 1910, la proclamation de la République portugaise modifie la situation: Après + de 174 campagnes militaires, elle contrôle tout le pays, en utilisant des guerres interethniques. Elles construit le chemin de fer de Luanda vers l’intérieur et développent la culture du café, du sucre, la sylviculture et l’extraction du fer et du diamant. Ces matières 1° exportées par la côte, alimentent à des prix imbattables, la révolution industrielle.
Des expéditions cherchent à traverser le contient entre Angola et Mozambique, à la manière de la carte rose (zone transafricaine portugaise), avant l’ultimatum britannique de 1890 et le traité anglo-portugais de 1891.
À partir de 1933, António de Oliveira Salazar durcit considérablement le régime colonial en instaurant le « régime de l’indigénat ».3 catégories d’individus sont instituées :
- les civilizados, les Portugais ;
- les assimilados : les métis et des Noirs qui ont accès à l’instruction en portugais;
- les indígenas, les Noirs (98 % de la population), souvent soumis aux travaux forcés, à l’interdiction de circuler la nuit, aux réquisitions, aux impôts sur les « réserves » et d’autres mesures telles que les châtiments corporels Ce système colonial perdure jusqu’en 1954,où il est allégé, et aboli en 1962. L’extraction pétrolière commencera en 1954.
Mozambique
A- la traite négrière

Vasco de Gama, en 1498, reconnaît la côte orientale de l’Afrique, établit des contacts avec le sultan Mussa Mbiki , dirigeant une petite île qui donnera son nom au Moçambique Sa prise en 1507 permet l’implantation portugaise avec la construction d’un fort carré et d’une ville, São Sebastião, placés sous l’autorité du vice-roi des Indes résidant à Goa (portugais).
Les Portugais se livrent à de très rentables trafics d’ivoire et développent la traite des Noirs. Ils achètent des êtres humains pour les revendre vers la traite orientale ou la traite atlantique. L’esclavage n’était pas pratiqué en Afrique australe avant la colonisation européenne, contrairement à Madagascar ou Zanzibar qui achètaient des Hommes pour les revendre via la traite orientale à la péninsule Arabique et l’Empire ottoman.
En 1544, Lourenço Marques crée des comptoirs. Mais pendant l’occupationespagnole (1580-1640) du Portugal, ils sont abandonnés au profit de ceux d’Inde et d’Extrême-Orient, bien plus rentables. Mais la vente d’esclaves à destination de l’Orient se poursuit.
Des aventuriers portugais instituent les prazos (plantations) qui proviennent de dons de terres que les chefs africains leur accordent en échange de services. Le gouvernement à son tour, distribue des prazos da Coroa (plantations de la Couronne) à ses serviteurs les plus loyaux, qu’il charge de pacifier le pays, sur lesquels ils payent des taxes. En 1752, le territoire du Mozambique est doté d’une administration coloniale autonome qui demeure liée à une structure d’occupation militaire abandonnée à son arbitraire.Puis les descendants des prazeiros, tous métissés, vivent sur leurs terres en potentats, reconnaissant à peine l’autorité de l’administration coloniale. Ils obligent les chefs noirs à payer un tribut en ivoire et en esclaves, alors les Africains fuient leurs villages, augmentant l’insécurité. À partir de 1840 et jusque la fin, l’administration coloniale portugaise lutte contre euxmais les prazos subistent comme unités fiscales et administratives.

B- Des voisins britanniques
L’expansion vers l’intérieur des terres de la Colonie du Capprovoque la réaction des Zoulous, et la création de 1824 à 1895 du royaume de Gaza, dans le sud du Mozambique actuel.
En 1885, les puissances coloniales européennes divisent l’Afrique en « sphères d’influence » lors de la conférence de Berlin; le Mozambique revient aux Portugais qui mettent fin au royaume de Gaza mais les Britanniques (qui lorgnent les terres) émettent des doutes sur la réalité de l’administration locale, qui en dépit de l’abolition de la traite en 1836, laisse faire; elle continue. Lisbonne organise des expéditions à partir de 1845 pour démontrer sa présence et affirmer son autorité.
En 1877, la ruée vers l’or au Transvaal encourage les colons à s’y aventurer. São Sebastião perd sa prédominance au profit du port de Lourenço Marques, reliée en 1890 au Transvaal par la 1° voie ferrée, qui devient le débouché naturel de l’exportation des minerais. Le Mozambique est une « dépendance occulte » de l’Afrique anglophone.
C- La conférence de Berlin 1885

À l’initiative du Portugal, le chancelier Bismarck convoque les jeunes Allemagne et Italie l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Empire ottoman, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Russie, la Suède-Norvège ainsi que les États-Unis pour se partager l’Afrique.durablement :
- Portugal – Royaume-Uni : le Portugal présente un projet, la « Carte rose », qui réunit les colonies de l’Angola et du Mozambique sur un axe est-ouest. Tous les pays, à l’exception du R-U, sont prêts à l’entériner. En 1890, les Britanniques en violation du traité de Windsor et du traité de Berlin, lance un ultimatum demandant aux Portugais de se retirer de la zone située entre les 2 colonies pour l’occuper par la Rhodésie de la BSCA .
- France – Royaume-Uni : Le bassin du Nil reste la propriété des Britanniques. De plus, la frontière passera entre le royaume du Ouaddaï, français, et le Darfour au Soudan, britannique ce qui entraine en 1898 la crise de Fachoda
Le pays du Congo fut divisé en 3 parties: le Congo Léopoldville pris par les Belges, le Congo Brazzaville pris par la France et l’Angola qui appartenait au Portugal. Ces 3 pays formaient l’ex-royaume de Kongo.La tension monte entre les Britanniques et les Portugais qui ont “perdu” le Brésil en 1822. Ils rêvent d’une colonie allant de l’Océan Atlantique (Angola) à l’Océan Indien, englobant des terres sous domination britannique, la Zambézie du Sud (Botswana). En 1890, l’intervention militaire britannique, entraîne le retrait partiel de troupes portugaises. Cette reculade de la monarchie va conduire à la proclamation de la République portugaise. La nouvelle frontière orientale du Mozambique avec la Zambézie du Sud permet aux Britanniques de récupèrer le Manicaland.
Alors, le gouvernement portugais décide de confier l’exploitation de la majeure partie du pays, pour 50 ans, à 3 compagnies privées qui se voient attribuer les mêmes pouvoirs qu’un État et le monopole de l’exploitation en échange d’une redevance versée au Portugal:
- la Companhia de Moçambique basée à Beira, qui contrôle les districts de Manica et Sofala soit 135 000 km2. Ses capitaux sont français, britanniques et sud-africains ;
- la Compagnie de Zambézie sur les districts de Tete et Quélimane soit 155 000 km2. Ses capitaux sont portugais, allemands, français, sud-africains et britanniques ;
- la Compagnie de Niassa, détenue par des capitaux britanniques et qui contrôle tout le Nord du territoire.
Leur bilan est décevant. Les politiques, visant à l’enrichissement de la métropole portugaise et des colons négligent le développement des infrastructures sociales (dispensaires, écoles) et de l’équipement du pays (urbanisation, routes). Un accord est conclu entre le Portugal et l’union d’Afrique du Sud, pour recruter des travailleurs migrants mozambicains dans les mines du Transvaal. Seule la compagnie de Mozambique développe des infrastructures, la ligne de chemin de fer reliant Beira àSalisbury, achevée en 1900 et la culture commerciale de la ,canne à sucre, le sucre devenant sa principale exportation.
En 1929, à la fin de leur mandat, le Mozambique est très pauvre.

D- Le Mozambique sous le régime de Salazar (1933-1974)
L’arrivée au pouvoir de Salazar se manifeste par l’idée qu’il faut intégrer du territoire mozambicain à sa métropole sur le principe de l’indivisibilité de l’État, les gouvernements coloniaux étant son émanation. Aucune représentation des populations indigènes n’est prévue, dont le statut est rédigé afin de réglementer leur circulation, leur accès aux lieux publics, la répartition territoriale et l’accès à l’emploi. Il encourage à l’émigration qui serait censée développer des activités productrices ( mines et industries). Des Africains assimilés « au mérite », peuvent intégrer la nation portugaise. Alors qu’en 1930, les colons n’étaient que de 30 000, ils sont 200 000 début 1970. C’est peu, les Portugais préférant s’établir au Brésil.
Après la 2° Guerre mondiale, en 1951, le Mozambique deviennent donc province ultramarine. Mais l’absence de moyens financiers pour la mise en valeur des ressources naturelles est patent sauf au niveau agricole, avec d’un côté les plantations de canne à sucre, de thé, de coprah et de sisal et celle du coton pour l’exportation, peu tournées vers les besoins de la population. La réalisation d’ampleur du régime est l’exploitation de gisements charbonniers et le début de la construction du barrage de Cahora Bassa.
Longues luttes pour l’Indépendance

Mais les mouvements d’opposition grandissent, des partis politiques tels que le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) d’orientation marxiste, expression des métis et des citadins et l’UNPA sont créés en 1956. Le MPLA est la fusion du parti communiste angolais et du Partido da Luta Unida dos Africanos de Angola (PLUA) pour lutter en faveur de la libération nationale, par des jeunes intellectuels formés à Lisbonne : Agostinho Neto, Lúcio Lara, Mário Pinto de Andrade (angolais), Marcelino dos Santos (mozambicain) et Amílcar Cabral (bissau-guinéen et capverdien).
En1961, des membres du MPLA attaquent la prison de Luanda afin de libérer les prisonniers politiques et massacrent 2 000 colons portugais. Les représailles de l’armée portugaise font 10 000 victimes dans la communauté noire et des centaines de milliers d’Angolais doivent fuir vers le Congo-Léopoldville. Cette « insurrection de Luanda » déclenche la guerre d’indépendance.
Le Portugal est présent avec un contingent d’environ 200 000 hommes venus de métropole et des corps de colons volontaires, avec le soutien logistique de l’OTAN. 3 groupes armés se constituent en face :
le MPLA d’Agostinho Neto ;
le FNLA d’Holden Roberto ;
l’UNITA de Jonas Savimbi.
Le gouvernement n’envisage pas du tout de décoloniser l’Angola mais prévoit de l’intégrer comme une « province ultramarine » où les Angolais peuvent devenir des « citoyens portugais » moyennant certaines conditions. Ce « Brésil avorté »avait un rôle clé dans l’économie portugaise : fournir des devises fortes (diamant, pétrole), des matières 1° bon marché pour l’industrie (coton, sucre, café, bois), la politique du président Salazar étant basée sur une substitution des importations. Il constituait également un réservoir de travailleurs forcés.
Dès 1962, le FNLA forme un gouvernement angolais en exil à Léopoldville et l’ONU condamne les massacres portugais et reconnaît le droit du peuple angolais à l’indépendance. Pour calmer les mouvements indépendantistes, le Portugal abolit le travail forcé en 1962, et accepte d’investir plus d’argent en Angola donc l’effectif des enseignants quadruple de 1961 à 1974 mais les élèves du secondaire sont tous blancs. La citoyenneté portugaise aux Angolais leur permet d’ émigrer au Portugal à la recherche d’un meilleur niveau de vie, mais beaucoup la rejettent par conviction nationaliste. Lisbonne chercha un soutien étranger en ouvrant sa colonie aux capitaux étrangers, l’exploitation du pétrole fut confiée aux entreprises française et américaines, celle du diamant aux Belges ( maîtres du Congo voisin) et aux Sud-Africains, ce qui marque un tournant dans l’histoire africaine. Les puissances coloniales perdent petit à petit pied sur le continent, mais pa au profit des Africains mais à celui de nouvelles puissances impérialistes.
Le Portugal impose un service militaire et envoie des centaines de milliers de jeunes soldats en Angola ; 3 300 soldats portugais mourront en 14 ans de guerre tandis que dans d’autres provinces ultramarines, au Mozambique et en Guinée, se déclenchent des guerres du même type. L’effort de guerre absorbera 40 % du budget de l’État. Il devient pays d’émigration et doit faire venir de la main-d’œuvre africaine.
Le 25 avril 1974, la « révolution des Œillets », permet la fin de la guerre coloniale En janvier 1975, les nouvelles autorités portugaises réunissent les représentants des 3 mouvements indépendantistes pour établir le partage du pouvoir. Malgré les accords d’Alvor, les troupes des 3 mouvements se battent pour le contrôle de la capitale..Les troupes portugaises repartent précipitamment vers Lisbonne, avec 300 000 colons. Au cours de l’été 1975, le MPLA remporte la guerre des villes et expulse les 2 autres mouvements (FNLA et UNITA) de la capitale et des principales villes.

Agostinho Neto proclame l’indépendance de la république populaire d’Angola (communiste), au son des combats à quelques km de Luanda. Le pays est déjà entré dans la guerre civile qui ne se terminera qu’avec les accords de Bicesse, le 31 mai 1991.
En 1975, John Vorster envisagent une implication des forces armées sud-africaines pour installer un gouvernement pro-occidental en Angola. (Pieter Willem Botha est convaincu de l’existence d’un plan global soviétique pour prendre le pouvoir en Afrique du Sud) Finalement, en août 1975, avec le soutien du gouvernement américain du président Gerald Ford, les troupes sud-africaines envahissent le sud de l’Angola jusqu’à la banlieue de Luanda.
De leur côté, les troupes zaïroises, sous le gouvernement de l’autocrate Mobutu Sese Seko, soutenu par la Belgique et les États-Unis, entrent aussi en Angola où ils soutiennent le FNLA. Cette coalition menaçant de prendre Luanda, des milliers de soldats cubains affluent et défont les troupes zaïroises qui se retirent et le FNLA perd toute importance. Mais le MPLA ne parviennent pas à vaincre la guérilla de l’UNITA.
Le congrès des États-Unis retire son aide financière aux troupes hostiles au MPLA alors que l’armée sud-africaine est aux portes de la capitale angolaise (les activités de la CIA en Angola persisteront jusqu’en 2000). Furieux et humiliés, les sud-africains sont obligés de se retirer. Ils apporteront dorénavant une aide logistique à l’UNITA de Jonas Savimbi afin de protéger la frontière nord de leur colonie du Sud-Ouest africain contre les infiltrations de la SWAPO, le mouvement de libération nationale de la Namibie.
La guerre civile continue jusqu’aux accords de Bicesse en 1991 aboutissant à un cessez-le-feu et à l’organisation d’élections générales supervisées par les Nations-Unies. Le 26 août 1992, une révision de la constitution fait disparaître les dernières traces d’idéologie marxiste-léniniste et le nom officiel du pays devient république d’Angola. Le 4 avril 2002, un nouvel accord de cessez-le-feu est signé, mettant officiellement et définitivement fin à 27 ans d’une guerre civile (1975-2002) qui a fait 500 000 morts, entraîné le déplacement de 4 M de personnes et a laissé des millions de mines anti-personnels, qui tuent encore.
À la mort d’Agostinho Neto en 1979, José Eduardo dos Santos prend le pouvoir, même si une guerre civile limite son contrôle sur le pays. Cette guerre, attisée par le contexte de la guerre froide et par les rivalités autour des ressources minières du pays.
Après le cessez-le-feu de 1992, le MPLA remporte toutes les élections ; Dos Santos reste donc président de l’Angola pendant 38 ans. Les identités sociales ethniques se maintiennent, mais, depuis la paix, un sentiment national s’est développé. Des élections générales se tiennent en 2017. La victoire du MPLA amène à la présidence son successeur désigné, João Lourenço qui est aussi élu chef du parti MPLA.
Mozambique
Le FRELIMO se constitue en 1962, par la fusion de petits partis nationalistes à base régionale constitués en 1960 en Rhodésie du Sud : l’Union nationale africaine du Mozambique indépendant (UNAMI), l’union démocratique nationale du Mozambique (UDENAMO) et la Mozambique African National Union (MANU), né au Tanganyika et appuyé par la tribu des Makondés (dont le leader est le chef coutumier Kavandame).
Guerre d’indépendance (1964-1974)
En 1962, au Tanganyika (Tanzanie), des groupes anticoloniaux fondent le Front de libération du Mozambique (FRELIMO) qui prône le rejet global du système colonial-capitaliste dans un contexte de lutte des classes révolutionnaires. Le FRELIMO opte pour placer l’insurrection armée au centre de la lutte politique, afin de mobiliser les populations rurales, amenées à constituer la base sociale et politique du mouvement, sur le chemin tracé par Amilcar Cabral. Il engage ses 1° actions de guérilla à partir de septembre 1964.
Le COREMO, pourtant soutenu par le président zambien Kenneth Kaunda, allié à l’UNITA angolais et au Congrès panafricain d’Azanie, n’arrive pas à s’imposer face au FRELIMO.
En 1968, un 1° gouverneur civil du Mozambique est nommé, l’armée ayant fourni jusque-là la majorité des gouverneurs. En dépit de l’assassinat en 1969 de son chef historique, Eduardo Mondlane, le FRELINO reste le mouvement nationaliste de guérilla le plus actif contre le pouvoir colonial. Il est reconnu internationalement comme mouvement de libération nationale. Sa direction tricéphale est composée de Samora Machel, du poète Marcelino dos Santos et du révérend Uria Simango (qui rejoint le COREMO), Samora Machel prend l’ascendant sur le mouvement car Dos Santos (un métis) s’efface devant un Noir pour représenter la classe ouvrière, mais en demeure l’idéologue.
Le Frelimo n’attend pas le retrait des troupes portugaises pour développer sa propre administration dans les régions « libérées » perçues comme un « contre-État » : création d’écoles, de centres de santé, développement de cultures agricoles, 1° « comités du parti », création d’une « École du parti », pour former ses cadres.
En avril 1974, le FRELIMO contrôle le nord du pays et la région de Tete (1/3 du pays) La révolution des Œillets met fin à la dictature salazariste. Le FRELIMO devient l’interlocuteur privilégié des Portugais mais 30 partis politiques voient le jour au Mozambique. En septembre, un accord est signé à Lusaka entre le Portugal et le FRELIMO, pour un cessez-le-feu et l’établissement d’un gouvernement provisoire en vue de la proclamation de l’indépendance. Il négocie avec le Portugal l’indépendance du Mozambique, à travers les Accords de Lusaka conclus le 7 septembre 1974. Le FRELIMO prend le pouvoir de façon constitutionnelle.
Une partie des colons est ulcérée de l’abandon de la colonie mais doit se résigner . Certains brûlent leurs propriétés en partant, la majorité vers l’Afrique du Sud et le Portugal; ils .tombent de 200 000 à 80 000. Au début des années 1990, il ne sont plus que 7 000 Mozambicains d’origine portugaise vivant, principalement à Maputo.
Le 25 juin 1975, l’indépendance du Mozambique est proclamée

Présidences Samora Machel (1975-1986)
Samora Machel (1933-1986) devient président de la République. Le FRELIMO met en place un État socialiste. La nouvelle constitution proclame l’établissement d’une démocratie populaire, fondée sur un système de parti unique et d’élections indirectes. L’état économique et social du pays est déplorable mais le nouveau gouvernement compte sur l’aide économique et politique de l’Union soviétique et de Cuba relayant alors celles qui étaient apportées jusque-là par le Portugal et l’Afrique du Sud. Mais, le pays s’enfonce dans une guerre civile, attisée par des intérêts qui le dépassent.
Le Frelimo, s’appuyant sur sa légitimité au sein de la population, nationalise les industries et les fermes. Il tente de regrouper les villageois dans des villages communautaires, inspirés des villages tanzaniens d’Ujamaa, dans le but de favoriser l’accès aux services et à l’éducation de la population mais aussi pour remplacer les anciennes plantations coloniales par des fermes d’État.
Juste avant son indépendance, le Mozambique est abandonné par les 4 500 propriétaires d’entreprises agricoles et le réseau de milliers de commerces est totalement démantelé. L’économie, surtout l’agriculture, est complètement désorganisée. Mais la reconstruction de la production et de la commercialisation, lent et conflictuel, est progressif jusqu’en 1981, date du début des actions de banditisme armé, soutenu par l’Afrique du Sud et les États-Unis, qui l’entraînent dans une nouvelle période de régression économique. Ces actions, localisées pour la plupart dans les zones rurales, sabotent la production des entreprises, causent la destruction des infrastructures commerciales et des voies de communication, ciblent les paysans. Des migrations forcées aggravent les famines.
Sur le plan international, le Mozambique est conformé aux sanctions économiques internationales contre la Rhodésie du Sud et l’Afrique du Sud (contre l’apartheid), ce qui accentue la désorganisation économique, politique et sociale du pays. Il accueille des mouvements nationalistes en lutte contre leurs systèmes ségrégationnistes, donc ces 2 pays veulent sa peau. Le sabotage systématique menée par leur création, a Résistance nationale du Mozambique (RENAMO) plonge le pays dans une guerre civile qui dura 16 ans. En moins de 2 ans, à la suite du départ massif des cadres portugais, de l’échec rapide des fermes d’État et de l’effondrement du trafic portuaire et ferroviaire, le pays est au bord de la banqueroute.

En 1979, André Matsangaíssa, chef de la RENAMO, est abattu, mais la guérilla se maintient. Afonso Dhlakama lui succède. Après l’indépendance du Zimbabwe en 1980, l’Afrique du Sud prend la relève de la Rhodésie dans le soutien à la RENAMO. Le pays est coupé en 2. La RENAMO est groupement mafieux adepte du banditisme et du sabotage. Toutes les voies de communication sont coupées, les lignes de transport d’énergies sabotées et les aménagements ruraux détruits. Le port de Maputo sombre dans le marasme alors qu’une sècheresse dévastatrice s’abat sur le pays, causant famine et déplacement de la population. Il devient pendant 15 ans, l’un des 3 pays les plus pauvres au monde et est tributaire de l’aide internationale (celle des pays scandinaves).
