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  • Michael Hudson- La défaite en Uraine et la perte de la bataille économique contre la Russie et la Chine

    Michael Hudson- La défaite en Uraine et la perte de la bataille économique contre la Russie et la Chine

    Mickaël Hudson est un économiste marxiste américain.

    Hai Phong: Les États-Unis qui disent que la situation en Ukraine est dans l’impasse. Ce qu’ils veulent dire, c’est l’Ukraine a perdu la guerre. La Russie essaie de prendre plus de terres parce que M.Zelensky jette tous les Ukrainiens hongrois, les Ukrainiens russophones et les Ukrainiens roumains, dans la compétition pour aller se faire tuer.

    La Russie a dit : « Nous avons déjà fixé les conditions de notre paix et nous pouvons négocier à tout moment. 1-. Nous allons nous débarrasser du nazisme. 2- Nous allons faire en sorte que l’Ukraine ne rejoigne jamais l’OTAN. 3- Nous allons faire en sorte que les régions russophones et la Crimée fassent partie de la Russie. En attendant, si vous voulez envoyer toujours plus de troupes, ce n’est pas un problème ».

    La politique de Biden (peut-être perdant aux élections de novembre), était la destruction de la Russie par des sanctions qui conduiraient à l’effondrement de son industrie. Le peuple russe sera si bouleversé par la guerre qu’il renversera M. Poutine et Biden pourra mettre un autre Boris Eltsine pour finir de détruire la Russie comme ses conseillers néolibéraux dans les années 1990.

    Cette politique est un échec alors les responsables des relations publiques du Parti démocrate (Biden) ont décidé qu’il fallait dire aux gens:  » Nous n’avons pas besoin de gagner en Ukraine; l’Amérique peut lutter avec le soft power. Nous avons d’autres moyens de dominer le monde et de maintenir l’Amérique au 1° rang, même si nous désindustrialisons notre économie, même si nous sommes le plus gros débiteur du monde ».

    Joseph Nye, partisan de Carter, puis ancien conseiller du président Clinton, est sous-secrétaire d’État et sous-secrétaire à la Défense, conseiller du National Intelligence Council. Malgrè le déclin des Américains, il a eu l’idée du Soft Power pour dire que les États-Unis peuvent encore exercer une influence, pas de type militaire, mais financier. Il a donné 5 raisons pour qu’ils ne soient pas éclipsés par la Chine, la Russie .

    • 1- La géographie et les voisins amicaux. Mais depuis les attaques israéliennes contre Gaza, l’opinion publique américaine a perdu. Blinken a déclaré que la lutte en Israël créait un antagonisme, que l’Amérique avait perdu sa domination morale en soutenant le génocide et en s’opposant à toute critique d’Israël au sein des Nations Unies. C’est donc une perte de soutien étranger. Il existe un anti-américanisme croissant, en Asie, en Afrique et dans les pays du Sud, mais aussi en Europe.
    • 2- L’approvisionnement en énergie domestique. L’Amérique contrôle le pétrole. Non seulement elle produit le sien, mais elle a réussi à empêcher le reste du monde d’importer du pétrole russe (elle a fait exploser le Nord Stream). Cela pousse Israël à agir comme une autre Ukraine, à inciter le Liban et l’Iran à une provocation par une réponse militaire, pour pouvoir faire une guerre avec l’Iran afin de s’emparer de ses réserves pétrolières (+ la Syrie, l’Irak et la Libye). Israël ferait ce que Biden et le leader républicain de la majorité au Sénat, ont préconisé, et ce que les néoconservateurs réclament depuis 20 ans.
    • 3- Et s’il peut contrôler les réserves pétrolières du Proche-Orient et bloquer ses exportations d’énergie vers tous les autres pays, tout comme il a pu les bloquer de la Russie vers l’Europe. Il peut donc contrôler leur industrialisation car elle fonctionne au pétrole et au gaz. L’industrie, c’est de l’énergie, et sans énergie, pas d’ industrialisation indépendamment des États-Unis. Ainsi, depuis 100 ans, les États-Unis ont utilisé le pétrole pour tenter de contrôler l’économie mondiale.
    • 4- Le système financier basé sur le dollar. Mais le monde entier essayait de dédollariser, non seulement la Russie et la Chine, mais aussi les pays du Sud et même au Proche-Orient. Les États-Unis ont déjà dit à l’Arabie Saoudite que s’ils ne retiraient pas leurs réserves internationales d’exportations de pétrole sous forme d’actions et d’obligations américaines, cela serait traité comme un acte de guerre. Ainsi, l’Arabie Saoudite et Bahreïn subissent une pression croissante pour soutenir les Arabes attaqués par Israël, et pourtant ils ont peur d’agir parce que les États-Unis tiennent leurs dollars en otage.Donc, d’autres pays se débarrassent du dollar aussi vite qu’ils le peuvent.
    • 5- Le leadership démographique et technologique. Son idée de leadership technologique est d’obtenir un pouvoir de monopole sur les technologies de l’information, les produits pharmaceutiques qu’il peut dominer en matière de propriété intellectuelle par le biais du droit d’auteur et en poursuivant en justice, les pays qui adopteront la technologie développée aux États-Unis.

    Joseph Nye a dit à propos du soft power américain : « Les États-Unis peuvent sembler impuissants. Ils n’ont pas réussi à convaincre leur allié, Israël, d’agir avec retenue. Est-ce que cela aurait pu être le cas dans le passé ? Georges W. Bush avait laissé entendre en 1991 que l’aide américaine pourrait être réduite et qu’elle aurait peut-être contribué à stimuler le processus d’Oslo, mais cela n’a pas abouti à la création de 2 États. Pour le moment, Israël nuit à son propre soft power et, par extension, au leur.

    Les États-Unis, à commencer par Clinton et par Carter, ont décidé d’aider les entreprises américaines à réaliser des profits plus élevés en délocalisant leur main-d’œuvre, en déplaçant l’industrie manufacturière d’abord vers le Mexique, le long des maquiladoras sous Carter, puis sous Clinton, vers la Chine et l’Asie. Et l’idée était de créer un chômage croissant pour empêcher les salaires d’augmenter. Et la théorie des économistes du Parti Démocrate est que si l’on parvient à réduire les salaires, les profits seront plus élevés ce qui conduira à plus de prospérité.

    L’Amérique a remplacé l’industrialisation par la financiarisation pour gagner de l’argent, en espérant que les entreprises qui se sont tournées vers la Chine, l’Asie, pourront réaliser des profits plus élevés et devenir plus prospères pour la classe du parti démocrate et républicain.

    Un exemple: Boeing était autrefois un leader technologique dans le domaine aéronautique, mais il a fusionné avec McDonnell Douglas, et est devenu une société financière. Elle a donc brisé le système de fabrication des avions de Boeing en commençant à sous-traiter toutes les pièces à diverses sociétés. Et Boeing se contente désormais d’assembler des pièces qu’il achète auprès de divers fournisseurs. La Russie et la Chine ont déjà commencé à produire leurs propres avions.

    L’Europe

    L’Europe s’enfonce dans une dépression provoquée la destruction de l’industrie allemande suite aux sanctions contre la Russie. Les États-Unis exigent de l’Europe qu’elle ne commerce qu’avec eux et leurs alliés de l’OTAN. La Chine a dit  » Nous aimerions importer de vous, Européens, les machines de fabrication de puces pour la gravure aux ultraviolets qui sont fabriquées par les Pays-Bas ». Et Borrell de l’UE répond : « les États-Unis ne nous laisseront pas vous vendre quoi que ce soit qui soit utilisé dans l’armée ». Et la Chine conclut que l’armée fait partie de l’économie.

    L’Europe s’isole volontairement, limitant ses échanges commerciaux et ses investissements avec les États-Unis et coupant ses échanges avec la Russie. Et sans le gaz et le pétrole russes, l’industrie manufacturière, l’industrie chimique, l’industrie des engrais et l’agriculture allemandes, françaises et italiennes continueront de décliner.Il y a une énorme stagnation en Europe. 48 économistes ont parlé de la croissance faible de la zone euro cette année.

    La Russie est devenue au 1er janvier le principal administrateur des BRICS+. Elle augmente sa production industrielle, militaire, d’avions et d’automobiles.  Vladimir Poutine, après sa rencontre avec des chefs d’entreprise d’Extrême-Orient, a affirmé que la Russie était la 1° économie d’Europe, malgré les pressions de toutes parts. » Nous avons laissé l’Allemagne derrière nous et nous sommes hissés au 5° rang mondial: Chine, États-Unis, Inde, Japon et Russie ». 

     La Chine est en croissance. Les nouvelles récentes annoncent qu’elle surpasse le Japon et est désormais leader mondial dans la construction automobile; sa production de véhicules électriques suscite beaucoup d’inquiétude.

    En Sibérie, la Russie et la Chine travaillent ensemble pour un énorme développement industriel en Sibérie orientale, qui est sous-peuplée mais qui se réchauffer. L’idée est d’intégrer l’industrie chinoise et la technologie russes et de concevoir des villes qui seront des complexes technologiques produisant toutes sortes de pièces interdépendantes, des pièces d’ordinateurs, des avions, des trains, des automobiles. La Chine est déjà le plus grand exportateur automobile au monde. Ils font un tout nouveau centre de croissance industrielle en Asie de l’Est.

    L’idée est que ce centre va entraîner une grande augmentation de la prospérité. En Russie en 1994, la ville de Togliatti allait commencer à produire des automobiles conçues par les Italiens. Elle avait été prévue pour combiner les usines et la production avec le logement, le divertissement, la santé des travailleurs, et toutes les formes d’approvisionnement en matériaux et pièces de voitures s’articulaient ensemble. La Russie et la Chine développent les villes qu’elles créent avec des universités et des systèmes de formation en Asie de l’Est et en Sibérie.

    Donc, Poutine dit au monde: « si vous êtes un pays du Sud ou un pays arabe et que vous voulez voir votre économie croître et commercer davantage, à qui allez-vous lier votre économie ? Le monde est divisé en 2 parties, le  » Jardin États-Unis-OTAN » et « 85 % de Jungle », le reste du monde. La jungle s’agrandit mais le jardin ne pousse pas parce que sa tactique n’est pas l’industrialisation; elle est de faire des rentes de monopole que l’on fait en dormant sans produire de valeur. Vous y avez le privilège du droit de collecter de l’argent sur une technologie monopolistique dont vous disposez. »

    De plus, la Chine et la Russie sont en avance sur les États-Unis dans la plupart des technologies en croissance, pas encore dans la gravure ultraviolette des puces informatiques, mais d’autres domaines. Ainsi, l’ensemble du progrès technologique s’éloigne des États-Unis (où il était depuis la 1° Guerre mondiale), vers la Russie et la Chine. La réalité est que la Russie et la Chine n’ont plus besoin de l’Europe, ni des États-Unis. 

    Le reste du monde considère l’Amérique comme inutile, et qu’elle et ses alliés de l’OTAN constituent la principale menace à leur propre prospérité. Ils s’organisent donc dans leur propre monde. Le groupe BRICS étend ses relations commerciales, d’investissement, et surtout ses opérations de compensation financière et monétaire pour être indépendant de l’euro et du dollar, dédollarisé, pour suivre leur propre chemin.

    La façon dont les États-Unis s’y prennent en Israël, est devenue un catalyseur pour amener, le reste du monde, l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud, à penser : « Attendez une minute, ce qui se passe en Israël et la Palestine d’aujourd’hui, c’est exactement ce qui nous est arrivé à nos débuts ».

    Aux États-Unis, les Anglo-Saxons et les autres Européens, sont venus et ils ont tué 90 % des Indiens, les ont mis dans des camps de concentration. Et lorsqu’ils ont découvert qu’il y avait du pétrole sous ces camps, ils les ont assassiné ou chassé pour s’emparer du pétrole.

    Même chose en Amérique latine. Lorsque les Espagnols sont arrivés, ils se sont emparés des terres, pour créer des latifundia , ce qui l’a empêché de cultiver sa propre nourriture au cours des 500 dernières années. La population indigène n’a pas pu se nourrir car ses terres ont été transformées en cultures d’exportation, en grande partie sous la direction de la Banque mondiale.

    Même chose en Afrique. Ils disent: » Ce qui se passe en Israël, c’est ce que l’Allemagne a fait en Namibie. C’est ce que les Néerlandais ont fait en Afrique du Sud, les Anglais à travers l’Afrique, et surtout les Français dans ses territoires ».

    Et tout d’un coup, les Américains vont au cinéma et pleurent davantage devant les westerns, ils encouragent les Indiens contre la cavalerie. Le reste du monde encourage l’opprimé parce que l’opprimé est ce qu’il était.

    Et cette idée se transforme en un sentiment : « Abattons toutes les barrières du colonialisme ».

    Commençons par l’Afrique française, dont nous rejetons les Français. Nous n’allons pas laisser les banques françaises, les sociétés minières françaises, les sociétés pétrolières françaises prendre toute notre richesse parce qu’elles l’ont conquise il y a 5 siècles. Nous pouvons nous identifier à… nous savons pourquoi les Palestiniens se battent., regardez ce que fait Israël.

    Israël dit : Dieu nous a donné cette terre. Nous l’avions quittée. Les Sud-Américains, les Africains et les Asiatiques disent : « C’est notre terre, mais nous ne l’avons jamais quittée. Nous sommes toujours sur terre. Et nous sommes toujours enfermés, comme Israël traite les Palestiniens. Nous ne sommes pas obligés. Nous pouvons décoloniser.

    La scission du monde et le tournant vers la Chine, la Russie, l’Iran, les BRICS, c’est une tentative d’inverser, d’annuler et de faire reculer toute l’expansion coloniale qui s’est produite au cours des 5 derniers siècles.

    Et ce changement de régime est étroitement lié au domaine économique, comme le professeur Hudson l’a souligné avec tant d’éloquence. Il y a tellement de liens à établir. Nous en avons beaucoup que je vais aborder avec le professeur Hudson, notamment sur la Russie, qui est désormais la plus grande économie d’Europe en termes de parité de pouvoir d’achat.

    Il y a aussi la théorie de l’effondrement de la Chine. Il y a eu des nouvelles récentes selon lesquelles la Chine surpasse le Japon et est désormais leader mondial dans la construction automobile et comment sa production de véhicules électriques suscite tant d’inquiétude.

    Je voulais maintenant vous poser une question sur une évolution, compte tenu de tout ce que vous avez décrit concernant l’évaluation et l’analyse de Joseph Nye sur le soft power des soi-disant avantages des États-Unis. Je voulais vous parler de cette histoire ici. Vladimir Poutine venait juste de rencontrer des chefs d’entreprise d’Extrême-Orient et il a affirmé que la Russie était désormais la plus grande économie d’Europe en termes de parité de pouvoir d’achat (PPA), devenant ainsi la première économie d’Europe, malgré les pressions de toutes parts.

    Et voici ce qu’il a dit. Il a déclaré : « Il semble que nous soyons étranglés et soumis à des pressions de toutes parts, mais nous restons néanmoins la plus grande économie d’Europe. Nous avons laissé l’Allemagne derrière nous et nous sommes hissés au cinquième rang mondial. Chine, États-Unis, Inde, Japon et Russie. Nous sommes numéro un en Europe. Ainsi, lors de cette conversation avec des chefs d’entreprise de la région, il ressort des rapports que la Russie devrait connaître une croissance de 3 pour cent par an, et qu’elle sera probablement encore plus élevée, peut-être de quatre à cinq pour cent.

    Maintenant, il y a aussi l’actualité, vous l’avez évoquée, mais il y a une énorme stagnation en Europe. Dans une analyse également publiée dans le Financial Times, 48 ​​économistes ont parlé de la croissance faible de la zone euro cette année. Et la prédiction de ces économistes était de zéro virgule six pour cent en moyenne, et beaucoup indiquaient moins que cela. Et bien sûr, certains en indiquent davantage. Mais la grande majorité a déclaré que ce serait moins d’un demi pour cent. Alors, Michael, vos pensées. Comment est-ce arrivé? Et peut-être pourriez-vous expliquer les subtilités économiques de la façon dont cela s’est produit.

    HUDSON : Eh bien, nous avons discuté dans le passé de la manière dont cela s’est produit. Les États-Unis, à commencer par le président Clinton et en fait par le président Carter, ont décidé d’aider les entreprises américaines à réaliser des profits plus élevés en délocalisant leur main-d’œuvre hors des États-Unis, en essayant de déplacer l’industrie manufacturière d’abord vers le Mexique, le long des maquiladoras sous Carter, puis sous Clinton, vers la Chine et l’Asie.

    Et l’idée était de créer un chômage industriel croissant aux États-Unis pour empêcher les salaires d’augmenter. Et la théorie qui a guidé les économistes du Parti démocrate est que si l’on parvient à réduire les salaires, il y aura des profits plus élevés et des profits plus élevés conduiront à plus de prospérité.

    Eh bien, la réalité est qu’on réduit les salaires en déplaçant son industrie à l’extérieur du pays, en désindustrialisant. Et c’est toujours la politique adoptée par l’Amérique. Et elle a remplacé l’industrialisation par la financiarisation pour gagner de l’argent financièrement, en espérant que les entreprises qui se sont désormais tournées vers la Chine, l’Asie et d’autres pays pourront réaliser des profits plus élevés et devenir essentiellement plus prospères pour la classe des donateurs du parti démocrate et américain. aussi les partis républicains.

    Mais ce dont parlait le président Poutine était bien plus que cela. La Russie et la Chine ont déjà commencé à produire leurs propres avions. Jetez un œil à l’actualité de la semaine dernière, consacrée à Boeing, qui a encore une fois d’autres accidents sur ses avions. Boeing était autrefois un leader technologique dans le domaine aéronautique, mais il a ensuite fusionné avec McDonnell Douglas et est devenu une société financière. Elle a donc brisé le système de fabrication des avions de Boeing et a commencé à sous-traiter toutes les petites pièces à diverses autres sociétés. Et Boeing se contente désormais d’assembler diverses pièces qu’il achète auprès de divers fournisseurs, un peu comme pour les téléviseurs. Vous achetez différentes pièces auprès de différents fournisseurs.

    En Sibérie

    Eh bien, la raison pour laquelle Poutine fait son discours au Proche-Orient est que la Russie et la Chine travaillent ensemble pour un énorme développement industriel en Sibérie orientale, qui est manifestement sous-peuplée en raison du mauvais temps depuis de nombreux siècles maintenant, mais qui commence maintenant à se réchauffer. Et l’idée est d’intégrer l’industrie chinoise et l’industrie et la technologie russes et de concevoir des villes entières qui seront des complexes technologiques produisant ensemble toutes sortes de pièces interdépendantes, des pièces d’ordinateurs, des avions, des trains, des automobiles. La Chine est déjà le plus grand exportateur automobile au monde. Et donc vous allez avoir ce tout nouveau centre de croissance industrielle en Asie de l’Est.

    Or donc, l’idée est que cela va entraîner une grande augmentation de la prospérité. Et quant à la façon dont ces villes se développent, lorsque je suis allé pour la première fois en Russie en 1994, j’ai séjourné chez le professeur qui avait conçu la ville de Togliatti, la ville où l’on allait commencer à produire des automobiles conçues par les Italiens. Et il a expliqué comment il avait conçu la ville entière pour combiner les usines et la production avec le logement des travailleurs, le divertissement des travailleurs, la santé des travailleurs, et toutes les différentes formes d’approvisionnement en matériaux et pièces de voitures s’articulaient ensemble. C’était essentiellement ingénieur industriel. Et c’est ainsi que la Russie et la Chine développent les villes qu’elles créent ainsi que les universités et les systèmes de formation en Asie de l’Est et en Sibérie.

    Donc, essentiellement, Poutine dit au monde : si vous êtes un pays du Sud ou un pays arabe et que vous voulez voir votre économie croître et commercer davantage, à qui allez-vous lier votre économie ? Le monde est divisé en deux parties, le « jardin » États-Unis-OTAN et le reste du monde, constitué à 85 % de jungle. La jungle s’agrandit. Le jardin ne pousse pas parce que sa philosophie n’est pas l’industrialisation. Sa philosophie est de faire des rentes de monopole, c’est-à-dire des rentes que l’on fait en dormant sans produire de valeur. Vous avez simplement le privilège du droit de collecter de l’argent sur une technologie monopolistique dont vous disposez.

    Mais la Chine et la Russie sont bien en avance sur les États-Unis dans la plupart des technologies en croissance dont nous parlons, pas encore dans la gravure ultraviolette des puces informatiques, mais dans de nombreux domaines.

    Ainsi, l’ensemble du progrès technologique s’éloigne de l’Amérique du Nord et des États-Unis, où il était depuis la Première Guerre mondiale, vers la Russie et la Chine.

    Comment les États-Unis vont-ils faire face au fait que le reste du monde s’industrialise et n’a plus besoin de tout contact avec les États-Unis ?

    Le président Biden ne cesse de dire que la Chine est notre ennemie. En fin de compte, nos militaires disent que nous allons avoir une guerre avec la Chine d’ici deux ou trois ans. Nous sommes actuellement en guerre contre la Russie en Ukraine. C’est notre objectif, la guerre.

    Mais la réponse du reste du monde, au fond, n’est pas le reflet de cette situation, elle ne veut pas dire que nous pouvons faire la guerre. Nous allons voir la Russie combattre l’Europe.

    Ces derniers jours encore, de nombreux magazines militaires américains et surtout des porte-parole européens ont déclaré que si nous perdons en Ukraine, la Russie traversera la Pologne et la Roumanie, jusqu’à reprendre l’Allemagne. Il va conquérir l’Europe, et peut-être même pas s’arrêter en Angleterre.

    Eh bien, c’est tout simplement absurde. La réalité est que la Russie et la Chine n’ont plus besoin de l’Europe.

    Ils n’ont pas besoin des États-Unis. Alors que sous l’administration Clinton, disait Madeleine Albright, l’Amérique était un pays unique. C’était le pays nécessaire.

    Le fait est que le reste du monde considère non seulement l’Amérique comme inutile, mais que l’Amérique et ses alliés de l’OTAN constituent la principale menace à leur propre prospérité. Ils se divisent donc essentiellement dans leur propre monde. Et le groupe BRICS étend ses relations commerciales, ses relations d’investissement, et surtout ses opérations de compensation financière et monétaires pour être indépendant du dollar, dédollarisé, et certainement indépendant de l’euro, qui ne semble avoir aucun moyen de soutien visible, désormais, et suivent leur propre chemin.

    Israël

    Or, c’est exactement ce qui a conduit les États-Unis à pousser Israël [essentiellement] à suivre le bellicisme de Netanyahu, parce que les États-Unis disent : « Nous réalisons que nous perdons le pouvoir.”

    Nous savons que nous ne sommes vraiment pas dans une impasse. Nous savons que nous avons perdu notre chance de dominer le monde. Nous pouvons être réélus en disant aux gens, vous savez, que cela n’a pas vraiment d’importance.

    Mais nous savons que cela compte. La dernière chance dont nous disposons pour affirmer la puissance américaine est militaire. Et le principal enjeu militaire est le Proche-Orient aujourd’hui, tout comme après le 11 septembre, lorsque Dick Cheney et Rumsfeld ont insisté pour une invasion de l’Irak afin de commencer à s’emparer de son sol et de créer essentiellement une légion étrangère américaine sous la forme d’ISIS et d’autres pays. (al-Qaida, l’Irak). L’Amérique dispose désormais de deux armées qu’elle utilise pour combattre au Proche-Orient : la légion étrangère ISIS/al-Qaïda (la légion étrangère arabophone) et les Israéliens. Le plan est – et l’Amérique est prête à se battre jusqu’au dernier Israélien, tout comme elle veut – essayer de se battre jusqu’au dernier Ukrainien afin de conquérir cette dernière prise du Proche-Orient dans la lutte contre l’Iran.

    C’est une idée folle, mais il semble que ce soit exactement ce qui est prévu.

    Le général Petraeus, qui a perdu la guerre en Afghanistan, a déclaré : nous devons conquérir l’Iran. Ce sera le cas : nous pourrons retrouver toute la puissance que nous avons perdue en attaquant l’Iran. Et maintenant, il semble que le président Biden espère faire un retour politique en disant : « Eh bien, nous n’avons peut-être pas bloqué la Russie en Ukraine, mais au moins nous avons conquis le Proche-Orient.

    Mais la façon dont il le conquiert est devenue un catalyseur pour amener la majorité mondiale, le reste du monde, en particulier l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud, à penser : Attendez une minute, ce qui se passe en Israël et la Palestine d’aujourd’hui c’est exactement ce qui nous est arrivé à nos débuts.

    Aux États-Unis, qu’ont fait les Américains ? Les Blancs sont venus, les Anglo-Saxons et les autres Européens, et ils ont tué 90 % des Indiens, les ont chassés, les ont isolés, les ont mis dans des camps de concentration. Et puis, lorsqu’ils ont découvert qu’il y avait du pétrole sous ces camps de concentration, ils ont essentiellement assassiné les Indiens ou les ont à nouveau chassés pour s’emparer du pétrole.

    Même chose en Amérique latine. Lorsque les Espagnols sont arrivés en Amérique latine, ils se sont emparés des terres, ont accordé des concessions de terres, et ces concessions de terres ont créé des latifundia , ce qui a été le grand problème de l’Amérique latine au cours des cinq derniers siècles, car cela a empêché l’Amérique latine de cultiver sa propre nourriture. Elle s’est battue pour empêcher la population indigène de se nourrir elle-même afin de transformer ses terres en cultures d’exportation, en grande partie sous la direction de la Banque mondiale.

    Même chose en Afrique. Ils disent, attendez une minute, ce qui se passe en Israël est ce qui nous est arrivé, avec les puissances colonisatrices. C’est ce que l’Allemagne a fait en Afrique. C’est ce que les Néerlandais ont fait en Afrique du Sud. C’est l’Allemagne en Namibie, les Néerlandais en Afrique du Sud, les Anglais à travers l’Afrique, et surtout les Français dans ses territoires. Tout cela s’est déjà produit.

    Et tout d’un coup, alors que les Américains vont au cinéma et pleurent davantage devant les westerns, ils encouragent les Indiens contre la cavalerie. Le reste du monde encourage l’opprimé parce que l’opprimé est ce qu’il était. Les outsiders, ce sont eux aujourd’hui.

    Et cette idée se transforme en un sentiment de : « Abattons toutes les barrières du colonialisme ».

    Commençons par l’Afrique française, dont nous rejetons les Français là-bas. Nous n’allons pas laisser les banques françaises, les sociétés minières françaises, les sociétés pétrolières françaises prendre toute notre richesse parce qu’elles l’ont conquise il y a cinq siècles. Nous pouvons nous identifier à… nous savons pourquoi les Palestiniens se battent.

    Et pourtant, d’une certaine manière, ils disent aussi : eh bien, attendez une minute, regardez ce que fait Israël.

    Israël dit : Dieu nous a donné cette terre. Nous l’avions. Eh bien, les Sud-Américains, les Africains et les Asiatiques disent : « Eh bien, c’est notre terre, mais nous ne l’avons jamais quittée. Nous sommes toujours sur terre. Et même si nous sommes sur terre, nous sommes toujours enfermés, comme Israël traite les Palestiniens. Nous ne sommes pas obligés de vivre de cette façon. Nous pouvons décoloniser.

    Et on a là toute la scission du monde et le tournant vers la Chine, la Russie, l’Iran, les BRICS, c’est une tentative d’inverser, d’annuler et de faire reculer toute l’expansion coloniale qui s’est produite au cours des cinq derniers siècles.

    L’Iran vient de lancer de nombreuses frappes à Erbil, en Irak, contre un quartier général du Mossad, ainsi que d’autres cibles localisant certains groupes terroristes soutenus par Israël. Il y a maintenant des rapports sur le Pakistan, également dans le nord du Pakistan.

    Il y a aussi la situation au Yémen, la crise de la mer Rouge qui perdure. Le mouvement Ansar Allah vient de percuter un navire américain. Il y a une activité constante là-bas. Et bien sûr, il y a toujours le conflit que vous avez mentionné, les combats en cours à Gaza, l’attaque brutale contre le peuple palestinien qui a été à juste titre qualifiée de génocide.

    Et voici ce que Joseph Nye avait à dire, et je vous réponds, Michael. Il a dit cela à propos du soft power américain. Dans cet article du Financial Times, il a déclaré : « Les États-Unis, malgré cela, peuvent sembler impuissants. Ils n’ont pas réussi à convaincre leur allié, Israël, d’agir avec retenue à Gaza. Est-ce que cela aurait pu être le cas dans le passé ? Il n’est pas clair qu’ils auraient pu le faire il y a 20 ans. Georges W.

    Bush a laissé entendre en 1991 que l’aide américaine aurait pu être réduite et qu’elle aurait peut-être contribué à stimuler le processus d’Oslo, mais cela n’a pas abouti à la création de deux États. Israël n’est pas le seul allié qui s’est révélé tout à fait capable de résister aux États-Unis, comme l’Arabie Saoudite et d’autres pays. Pour le moment, Israël nuit à son propre soft power et, par extension, au soft power américain.

    HUDSON : C’est le grand mensonge que l’Amérique tente de promouvoir. L’idée que lorsque Blinken ira parler à Netanyahu, il va lui dire : lorsque vous lâcherez les prochaines bombes et tuerez les 20 000 prochains Palestiniens de la bande de Gaza, soyez indulgents avec eux. S’il vous plaît, respectez les lois de la guerre et arrêtez de bombarder les ambulances, arrêtez de bombarder les hôpitaux.

    C’est un grand mensonge que l’Amérique tente de calmer Netanyahu, au contraire. Pendant que le monde a les yeux fixés sur Gaza, Israël peut éliminer les Arabes de Cisjordanie et avancer en Syrie sur les hauteurs du Golan., avec la promesse des États-Unis qu’elle pourra y prendre tout ce qu’elle veut, ce à quoi ils se sont toujours opposés.

    Les États-Unis disent:  » Nous réalisons que nous perdons le pouvoir. Nous savons que nous avons perdu notre chance de dominer le monde. Nous pouvons être réélus en disant aux gens que cela n’a pas d’importance. Mais nous savons que cela compte ».

    Donc ils poussent Israël à suivre le bellicisme de Netanyahu: « La dernière chance dont nous disposons pour affirmer la puissance américaine, est militaire. Et le principal enjeu militaire est le Proche-Orient aujourd’hui, comme après le 11 septembre, lorsque Dick Cheney et Rumsfeld ont insisté pour une invasion de l’Irak afin de commencer à s’emparer de son sol et de créer une légion étrangère américaine sous la forme d’ISIS (al-Qaida, l’Irak). L’Amérique dispose désormais de 2 armées: la légion étrangère ISIS/al-Qaïda (la légion étrangère arabophone) et les Israéliens. Elle est prête à se battre jusqu’au dernier Israélien,(comme jusqu’au dernier Ukrainien) afin de conquérir la dernière prise du Proche-Orient dans la lutte contre l’Iran. C’est une idée folle, mais il semble que ce soit exactement ce qui est prévu

    Le général Petraeus, qui a perdu la guerre en Afghanistan, a déclaré: « nous devons conquérir l’Iran; nous retrouverons la puissance que nous avons perdue en attaquant l’Iran ». Et le président Biden espère faire un retour politique en disant : « Nous n’avons pas bloqué la Russie en Ukraine, mais au moins nous avons conquis le Proche-Orient ».

     Toutes ces bombes qui sont larguées sont fabriquées en Amérique et envoyées en Israël pour être larguées. Chaque semaine, l’Amérique livre une nouvelle cargaison de bombes et ajoute: « Voici des milliards de dollars supplémentaires pour vous permettre de survivre pendant que vous enrôlez votre population active dans l’armée »

    Il y a 50 ans, je voyageais pour travailler avec le principal dirigeant du Mossad de Netanyahu et aujourd’hui conseiller à la sécurité nationale, Uzi Arad. Je me souviens, que nous allions au Japon et que nous nous sommes arrêtés à San Francisco. Un officier de l’armée s’est approché, a jeté ses bras autour d’Uzi et lui a dit : « vous, les Israéliens, êtes notre porte-avions débarqué au Proche-Orient ». Il y a 50 ans!

     Pour les États-Unis, Israël est l’Ukraine américaine au Proche-Orient. Les États-Unis poussent Israël à inciter le Liban, puis l’Iran, à faire quelque chose qui justifierait une attaque américaine massive, en essayant de faire à l’Iran ce qu’Hillary Clinton avait fait à la Libye, en la détruisant complètement et en détruisant sa population. Ils se sont emparée de ses réserves d’or, ont installé ISIS comme légion étrangère dans la plus grande partie possible de la Libye et volé des réserves de pétrole libyens.

    Les journaux ne disent pas Hamas et Hezbollah. Ils parlent du « Hamas soutenu par l’Iran », du « Hezbollah soutenu par l’Iran ». Ils ne parlent pas de l’armée yéménite, ou des Houthis. Ils disent les « Houthis soutenus par l’Iran ». Il faut convaincre la population américaine que l’Iran est le grand ennemi comme le président Biden ne cesse de le répéter. Petraeus et les néoconservateurs ont déclaré dès le début que l’Irak et la Syrie n’étaient que la répétition générale pour l’endroit où aller vraiment, l’Iran.

    Leur haine de l’Iran vient du renversement de Mosaddegh dans les années 1950, avec l’aide britannique comme d’habitude. Et ils sont sûrs que, les Iraniens tellement blessé, doivent les détester.  » Nous avons fait de vous un ennemi en renversant votre gouvernement lorsque nous avons récupéré votre pétrole et mis en place le Shah qui dirigeait un régime meurtrier, un régime de torture pendant des décennies en Iran. Nous devons vous attaquer. » La politique américaine veut une guerre qui sera encore plus désastreuse pour les États-Unis que ne l’a été la guerre en Ukraine.

    Au Proche-Orient, ils perdront le rôle de porte-avions en Israël. Et, ils vont perdre une grande partie de leurs propres porte-avions flottants qui se trouvent à proximité. Ils ont déjà perdu le contrôle de la mer Rouge et du golfe pétrolier, entre l’Iran et l’Égypte. Et il est possible qu’ils perdent le soutien de l’Égypte et de l’Arabie saoudite.

    Car même si lors du « Printemps arabe », les Américains avaient remplacé le président égyptien détesté Moubarak par son propre protégé, Sissi est entièrement dans les poches des États-Unis. Et pourtant, la population égyptienne, en grande partie arabe, soutient Gaza.

    De même, en Arabie Saoudite. Elle et l’Ukraine étaient en train de réaliser une alliance avec Israël, comme la Grèce en avait conclu une avec Israël pour une force militaire méditerranéenne. Mais maintenant, une grande partie de la population saoudienne est palestinienne. Ils ont trouvé du travail en Arabie Saoudite, et ils sont scandalisés par le fait qu’elle tente de rester « assis sur la barrière » alors qu’elle rejoint les BRICS.

    L’Égypte, l’Arabie saoudite et Bahreïn, constituaient les principaux bastions américains au Proche-Orient. L’Amérique risque de les perdre si, en cas de guerre, ils sont soumis à une pression politique et à une instabilité énormes.

    Et plus à l’ouest, en Afrique, les anciennes colonies françaises sont elles aussi islamiques. Elles se séparent de la France et soutiennent l’Afrique centrale, dans leur rupture avec la France, et qu’ils s’orientent vers une alliance avec les pays des BRICS, avec la Russie et la Chine.

    De même que la décision américaine d’entrer en guerre contre la Russie en Ukraine après la guerre de 2015, le massacre de Maïdan et le changement de régime, l’intégration des néo-nazis, et celle d’ Israël parrainées par les États-Unis ont eu l’effet inverse à celui promis par les politiciens américains. Tout comme ils avaient promis que la Russie se briserait et que l’économie s’effondrerait sous les sanctions et sous le poids de la guerre, ils croyaient que l’armée israélienne était si forte qu’elle serait capable d’anéantir le Hamas.

    L’Iran vient de lancer des frappes à Erbil, en Irak, contre un quartier général du Mossad, ainsi que d’autres cibles localisant des groupes terroristes soutenus par Israël. Il y a des rapports dans le nord du Pakistan.

     Et bien sûr, il y a toujours les combats en cours à Gaza, l’attaque brutale contre le peuple palestinien qui a été à juste titre qualifiée de génocide par la CIJ sur l’initiative de l’Afrique du Sud.

    Il y a aussi la situation au Yémen, la crise de la mer Rouge qui perdure. Le mouvement Ansar Allah vient de percuter un navire américain. La Russie et la Chine sont restées silencieuses. La Chine a déplacé des navires de guerre parce qu’elle est très dépendante de la mer Rouge et des voies maritimes menant au pétrole d’Arabie Saoudite. Les États-Unis menacent : «Les Yéménites vont bombarder des navires et bloquer le commerce ». S’ils parviennent à inciter le Yémen et l’Iran à bloquer le détroit d’Ormuz et le Golfe, cela mettra fin au commerce du pétrole. Les voies maritimes vers l’Arabie Saoudite ont été fermées pendant des années après la guerre de 1967 et à plusieurs autres reprises. Et il n’est pas impensable qu’ils soient fermés à nouveau. Mais les temps ont changé. Désormais, si elles sont fermées, ce seront les principaux acheteurs d’énergie en Asie, en Chine qui en souffriront; cela donnera aux États-Unis, encore plus de pouvoir pour contrôler l’approvisionnement mondial en pétrole, une sorte de monnaie d’échange pour renégocier un nouvel ordre international.

    Les États-Unis adoptent la seule tactique qu’ils peuvent utiliser. Ils n’ont rien à offrir, si ce n’est la capacité de perturber le commerce extérieur et les systèmes monétaires et financiers étrangers. Ils acceptent de cesser de les perturber si d’autres pays les laissent prendre les décisions unipolaires.

    Les États-Unis et l’Europe ont privatisé le système d’infrastructures publiques. Depuis, ils gèrent des monopoles qui sous-investissent et utilisent un étranglement pour augmenter leurs rentes qu’ils déclarent comme bénéfices.

    Mais la Chine, la Russie et les pays asiatiques ont conservé les infrastructures de base – transports, éducation, soins de santé, communications – comme services publics. Et ils investissent, ils sont dirigés par des ingénieurs, des ingénieurs industriels, pas des ingénieurs financiers. Et non seulement ils sont gérés de manière beaucoup plus efficace, mais ils n’ont pas les frais financiers et les redevances aux monopoles qui pèsent sur les infrastructures privatisées. Ainsi, le coût de production dans le monde non néo-libéralisé (le monde en marche vers le socialisme?), est tellement plus efficace que celui de l’Occident financiarisé néolibéral que l’on peut voir l’attraction magnétique de l’Afrique et de l’Amérique du Sud.

    Et il se trouve que ce sont aussi les principaux fournisseurs de matières 1° au monde. Donc, si les États-Unis et l’Europe n’ont pas de matières 1°, ne produisent pas leur propre pétrole (en plus les Européens doivent payer d’énormes majorations aux producteurs américains), l’Europe ressemblera à la Lettonie post-soviétique. La population va émigrer, constituer une floraison d’interactions dans toute l’Eurasie et l’Afrique.

    Et les États-Unis peuvent tenter d’arrêter cette évolution en déclenchant une nouvelle guerre pétrolière au Proche-Orient. Mais c’est vraiment le dernier souffle. Il est très peu probable que Taïwan suivre l’Ukraine et Israël et décide de se battre jusqu’au dernier Taïwanais, comme le dernier Ukrainien, le dernier Israélien. Les États-Unis sont en train de créer une tourmente qui démontre au reste du monde la nécessité, de suivre sa propre voie et de rompre les systèmes économiques.

    Et comme le président Poutine l’a répété, il s’agit d’une guerre de civilisation. Est-ce que cela va aller vers le néo-féodalisme, ou revenir vers le féodalisme, qui est le 1% néolibéral en quête de rente ? Ou va-t-elle s’orienter vers le capitalisme industriel à l’origine, vers le socialisme et vers l’élévation du niveau de vie au lieu d’imposer l’austérité financière du FMI sur le bloc dollar?

    Les États-Unis ont une dynamique plus forte que tout autre pays du monde, et c’est la rage, sentiment très fort actuellement à Washington, comme pour la plupart des rages, elle est combinée à la peur. Les démocrates craignent de perdre les élections donc que Donald Trump vienne nettoyer l’État policier du FBI et se débarrasser de la CIA. C’est essentiellement ce qu’il s’est engagé à faire, avec l’État profond. L’État profond craint donc, non pas que les États-Unis stagnent, mais qu’eux-mêmes et leur contrôle sur les États-Unis, reculent. Et il est prêt à détruire l’économie américaine. Le Parti Démocrate, depuis Clinton, a pour objectif de détruire l’économie américaine pour profiter du contrôle des 1% sur les 99%. Et il est prêt à intensifier la guerre militaire, pour pouvoir dire: « Qui, chez nous, veut vivre dans un monde que les banques, le complexe militaro-industriel, le complexe pharmaceutique et le secteur financier monopolistique ne peuvent pas contrôler? Si la réponse est oui, nous sommes prêts à voir le pays tout entier sombrer. Et ils utilisent le contrôle de la presse pour tout cela. Et sur les réseaux sociaux, le blocage de toute critique d’Israël ou des États-Unis, est très similaire à celui qui existe en Ukraine.

    A Washington, de grandes manifestations ont eu lieu contre les attaques sur les Palestiniens. Pas un mot de cela dans le New York Times ni à la télévision. Pas un mot de ce qui se passe au Proche-Orient, ni de ce que disent les présidents Poutine et Xi dans les médias. C’est comme si le monde était déjà divisé en un monde visible, le monde selon le Deep state (état profond), et le monde invisible, la réalité, des 95 %.

    Le combat politique d’ici novembre est de savoir si les gens pourront croire que l’administration Biden aide l’économie ou bien défend la CIA, le FBI, l’État de sécurité nationale, le complexe militaro-industriel, le complexe pharmaceutique, l’immobilier, et Wall Street, contre la population, en désindustrialisant? Ce sera la question.

    HUDSON :Vous devriez dire le 2 octobre. C’était la tentative de destruction de la mosquée d’Al Aqsa qui a tout déclenché . L’attaque israélienne contre la mosquée disait : « Nous allons détruire la présence islamique en Palestine afin qu’elle soit entièrement non islamique ». C’était la déclaration de guerre. La guerre en Ukraine n’a pas commencé lorsque la Russie a pris des mesures pour protéger sa population, sa population russophone de Donetsk et de Louhansk. Elle a commencé non seulement avec Maidan, avec les bombardements d’immeubles d’habitation et de civils dans les territoires russophones par l’armée ukrainienne, le refus de payer la sécurité sociale ou les soins de santé dans les territoires russophones et l’interdiction de la langue russe. La Russie était attaquée.

    HUDSON :Il y a une dimension clé des véhicules électriques.

    D’abord, ils sont électriques. Vous avez besoin d’électricité. Comment allez-vous produire de l’électricité ? la réponse est que vous avez besoin de lithium  Et la Chine contrôle la plupart des gisements de lithium. Et il faut aussi disposer de véhicules informatisés. Vous avez besoin de toutes sortes de matériaux qui sont du cobalt, des terres rares qui sont aussi contrôlées par la Chine. Et elle a pris le contrôle de la majeure partie de la métallurgie, du raffinage des métaux clés nécessaires à la production automobile et à d’autres productions industrielles. La Chine est donc une économie intégrée qui produit tout cela. Et l’Occident devient dépendant de l’obtention de ces métaux. 

    Qu’est-ce qui aurait pu se passer en 1990? Supposons qu’il n’y ait pas eu de guerre froide, que lorsque l’Union soviétique s’est dissoute, l’Amérique ait dissous l’Otan et ait réellement connu une croissance mutuelle avec un commerce international ouvert et continu. Sans la division du monde en 2 parties, les autres pays n’auraient pas eu de motivation pour opérer une rupture civilisationnelle entre le néolibéralisme et le socialisme. Il y aurait eu une sorte de social-démocratie en Asie, oligarchique, comme c’est le cas en Suède, (qui est désormais le pays le plus inégalitaire d’Europe). Il y aurait eu un commerce mondial et n’importe qui aurait pu acheter les différents métaux ( le lithium). Il y aurait eu du pétrole. Les échanges commerciaux auraient pu se poursuivre et l’économie mondiale dans son ensemble aurait pu croître.

    Tout cela a été brisé par l’insistance américaine à vouloir contrôler le commerce mondial, la finance internationale mondiale et à obliger le monde entier à utiliser le dollar américain imprimé sur des ordinateurs, et l’émettre pour financer les dépenses militaires visant à encercler le reste du monde avec des bases militaires, seul système financier mondial. Les États-Unis pensaient qu’ il ne pourrait y avoir de dédollarisation parce qu’il n’y avait pas d’alternative.

    Ils croyaient que s’ils bombardaient un pays, la population de ce pays dirait :  » Nous ne voulons pas être bombardés. Nous allons renverser notre gouvernement et en soutenir un qui vous soutienne afin que vous ne puissiez plus nous attaquer ». Au lieu de cela, l’effet lorsque les États-Unis bombardent, cela rassemble la population pour s’y opposer et défendre son pays attaqué. 

    Pour les États-Unis, il n’y a qu’un seul acteur dans le monde, et c’est eux. Et si cela ne fonctionne pas, ils renverseront l’échiquier et ruineront tout le jeu. Les États-Unis jouent donc le rôle de démolisseur et les autres pays celui de constructeur. Et la majorité mondiale dit : « de quel côté voulez-vous être, les démolisseurs ou les constructeurs ? »

    Et vous pouvez considérer l’Ukraine comme un exemple de la façon dont les États-Unis aimeraient que la Russie, la Chine et les pays arabes existent. Vous suspendriez les élections une fois que vous aurez installé votre président . Vous deviendriez le pays le plus corrompu de votre région. Vous interdiriez les langues locales et les religions qui ne sont pas judéo-chrétiennes. Vous empêcheriez les grèves. Bref, la démocratie!

     L’Amérique a 2 modèles de démocratie : l’Ukraine et Israël. (La Lettonie, l’Estonie et la Lituanie applaudissent, et veulent la démocratie). Israël est le seul pays démocratique du Proche-Orient et doit être un modèle pour le Proche-Orient. Tous les Arabes au Proche-Orient seront Américains avec la double nationalité .

    Combien de temps est nécessaire pour convaincre les gens qu’ils ne vont pas bien parce que les 1 % vont bien ? Comment peut-on convaincre les gens que l’Amérique est un leader modèle alors qu’elle essaie de détruire le reste du monde au lieu de l’aider, comme elle pouvait prétendre le faire en 1945, à la fin de la 2° Guerre mondiale ?

    On assiste à un véritable bouleversement de l’ensemble du système mondial de la Banque mondiale, du FMI, des Nations Unies, de l’ensemble du système diplomatique mondial né en 1945. On peut constater l’incapacité des Nations Unies à faire face aux guerres. C’est le glas du vieux monde. Un nouveau monde se créer spontanément, pas idéologiquement, avec la Chine, la Russie et les 99 %.

    HUDSON :  Tout au long de l’histoire, l’utilité publique la plus importante a toujours été la capacité de créer de la monnaie et du crédit. Or la Chine possède sa banque centrale et a créé sa propre monnaie. Et lorsque le gouvernement crée de l’argent par le biais du Trésor, en investissant de l’argent dans l’économie, il dépense de l’argent pour réellement construire des choses, des biens immobiliers, pour loger les Chinois, des chemins de fer à grande vitesse, pour fournir un système éducatif. système, des universités dans toute la Chine, pour construire des communications.

    En l’Occident au contraire, le néolibéralisme est la privatisation des besoins et des services publics de base. L’argent est créé par les banques commerciales, qui ne l’utilisent pas pour financer de nouvelles constructions d’usines ou de nouveaux investissements  Les banques prêtent de l’argent contre des garanties déjà en place. On peut emprunter de l’argent pour acheter une entreprise entière, la conduire à la faillite et au licenciement des travailleurs. On peut acheter des entreprises et les piller, puis les fermer et transformer les usines en bâtiments gentrifiés pour les 1 % d’agents financiers qui se livrent au pillage.

    Les banques occidentales ne financent pas les services publics, et une fois que vous avez réduit les impôts et contraint un gouvernement au déficit, il finance le déficit en privatisant les routes (péages). Il privatise le système postal, de santé qui deviennent exsangues. L’ensemble de l’économie occidentale ressemble à l’Angleterre d’après Margaret Thatcher, ou à la France La Macron où les salariés ne peuvent plus se permettre de vivre à Londres ou à Paris, investies par les personnes qui travaillent dans le secteur financier. Ils doivent vivre loin en banlieue pour pouvoir utiliser le transport ferroviaire privatisé. Aux États-Unis, Greyhound, le système de bus, vient d’être racheté par des fonds privés comme Stagecoachen Angleterre. Ils ont vendu le terminal de bus qui se trouvait au centre de la ville en espérant qu’il ne pleuvra pas, qu’il ne fera pas trop froid !

     Le néolibéralisme occidental est contre la planification gouvernementale. C’est à Wall Street de le faire car c’est elle qui fournit le crédit, qui détermine à qui et ce qu’ils vont en faire. Mais elle ne planifie pas. Elle donne le crédit aux ingénieurs financiers qui gagnent de l’argent en augmentant les cours des actions, les gains en capital et en gagnant de l’argent financièrement.

    C’est le libertarisme. Les libertariens veulent une économie centralisée, non dirigée par le gouvernement mais dirigée par Wall Street et le secteur financier. Les libertariens sont les partisans de ce qu’on appelait le fascisme, une planification centrale du riche secteur financier et des monopoles contre la population.

    Vous avez le Parti Républicain et le Parti Démocrate qui soutiennent tous 2 le démantèlement du gouvernement avec une rhétorique différente: mêmes politiques, militaires et anti-industrielles. La Chine, la Russie et, désormais, de plus en plus de pays des BRICS rejettent toute cette voie de croissance néo-féodale, autodestructrice.

    La Chine, au contraire, en gardant le contrôle de la finance, va obtenir des crédits, utilisés comme planificateur économique.

    Il est vrai que la Chine a fait de nombreux milliardaires. Cela faisait partie du programme : « Laissez pousser 100 fleurs ». Mais après cette croissance spontanée, il s’agit de consolider l’économie pour créer du crédit pour financer une croissance industrielle tangible, et des infrastructures, une modernisation agricole tangible et une amélioration générale du niveau de vie.

    Le seul objectif de l’économie chinoise est la croissance. Il n’y a pas de raids d’entreprises en Chine. Il n’y aura aucun intérêt financier à acheter Huawei ou les autres développeurs chinois. Il n’y a pas la classe financière parasitaire, devenue la centrale des planificateurs économiques des États-Unis.





    La population, entre l’Égypte, l’Arabie saoudite et Bahreïn, constituait les principaux bastions américains au Proche-Orient. Et maintenant, l’Amérique risque de les perdre si, en cas de guerre, ils sont soumis à une pression politique et à une instabilité énormes.

    Et plus à l’ouest, en Afrique, vous avez les anciennes colonies françaises qui sont elles aussi islamiques.

    Vous pouvez imaginer, vous savez, qu’ils se séparent non seulement de la France et soutiennent le reste de l’Afrique, l’Afrique centrale, dans leur rupture avec la France, mais qu’ils s’orientent essentiellement vers une alliance avec les pays des BRICS, avec la Russie et la Chine.

    Et tout d’un coup, la décision américaine d’entrer en guerre contre la Russie en Ukraine après la guerre de 2015, le massacre de Maïdan et le changement de régime, l’intégration des néo-nazis, c’est ce qui se passe en Israël. Et ces deux attaques parrainées par les États-Unis ont eu l’effet exactement opposé à celui promis par les politiciens américains. Tout comme ils avaient promis que la Russie se briserait et que l’économie s’effondrerait sous les sanctions et sous le poids de la guerre, ils croyaient que l’armée israélienne était si forte qu’elle serait tout simplement capable d’anéantir le Hamas.

    Et les grands combats – il n’y en a pas un mot dans la presse américaine – mais les plus grands combats se déroulent en Cisjordanie. Netanyahou dit : eh bien, pendant qu’ils regardent tous ce que nous faisons, nous bombardons les civils, les hôpitaux et les ambulances et affamons Gaza, nous avons distrait le monde et nous pouvons maintenant éliminer les Arabes de Cisjordanie et avancer directement en Syrie sur les hauteurs du Golan. Et apparemment, les États-Unis ont promis à Israël qu’ils pourraient prendre tout ce qu’ils veulent de la Syrie, ce à quoi ils se sont toujours opposés.

    Nous ne savons pas ce que la Russie va faire dans tout cela. La Russie et la Chine sont restées complètement silencieuses sur tout cela. Et je peux comprendre qu’ils soient silencieux. La Chine a déplacé des navires de guerre dans la région parce qu’elle est elle-même très dépendante de la mer Rouge et des voies maritimes menant au pétrole d’Arabie Saoudite.

    Quand les États-Unis continuent de dire et de menacer : « Oh, les Yéménites vont bombarder des navires là-bas et bloquer le commerce », c’est ce qu’ils veulent. Les États-Unis réalisent que s’ils parviennent à inciter le Yémen et l’Iran à bloquer le détroit d’Ormuz et le Golfe, cela mettra effectivement fin au commerce du pétrole. Et il est vrai que, comme l’a souligné Yves Smith dans Naked Capitalism Today, les voies maritimes vers l’Arabie Saoudite ont été fermées pendant de nombreuses années après la guerre de 1967. Ils ont été fermés à plusieurs reprises pendant plusieurs mois. Et il n’est pas impensable qu’ils soient fermés. Mais les temps ont changé.

    Désormais, si vous les fermez, ce seront les principaux acheteurs d’énergie en Asie, en Chine et dans d’autres pays qui en souffriront. Et cela, du point de vue des États-Unis, leur donnera encore plus de pouvoir pour contrôler l’approvisionnement mondial en pétrole, comme monnaie d’échange pour tenter de renégocier ce nouvel ordre international.

    Les États-Unis adoptent donc essentiellement la seule tactique qu’ils peuvent réellement utiliser.

    Ils ne peuvent pas utiliser la tactique consistant à dire : « Nous sommes une économie en croissance et vous voulez commercer avec nous, pas avec la Chine et la Russie, car ces deux pays connaissent une croissance plus rapide que les États-Unis et l’Europe. Ils n’ont vraiment rien à offrir, si ce n’est la capacité de perturber le commerce extérieur et les systèmes monétaires et financiers étrangers et acceptent de cesser de le perturber si d’autres pays laissent simplement les États-Unis prendre les décisions unipolaires.

    Et j’aurais dû ajouter cette dimension plus tôt lorsque nous parlions de la Chine, de la Russie et du développement de la Sibérie. Les pays eurasiens ont un grand avantage sur les États-Unis et l’Europe. Les États-Unis et l’Europe ont pour l’essentiel privatisé l’ensemble du système d’infrastructures publiques. Et depuis leur privatisation, ils constituent désormais des monopoles naturels. Et ils sont gérés de la même manière que, par exemple, Thames Water est géré en Angleterre. Ils sont gérés comme des monopoles qui sous-investissent et utilisent simplement un étranglement pour augmenter leurs rentes de monopole, qu’ils déclarent comme bénéfices.

    Mais la Chine, la Russie et les pays asiatiques ont conservé les infrastructures de base – transports, éducation, soins de santé, communications – comme services publics. Et ils investissent, ils sont dirigés par des ingénieurs, des ingénieurs industriels, pas des ingénieurs financiers. Et non seulement ils sont gérés de manière beaucoup plus efficace, mais ils n’ont pas les frais financiers et les redevances aux monopoles qui pèsent sur les infrastructures privatisées. Ainsi, le coût de production dans le monde non néolibéralisé, je suppose que nous pouvons l’appeler le monde en marche vers le socialisme, est tellement plus efficace que celui de l’Occident financiarisé néolibéral que l’on peut voir l’attraction magnétique de l’Afrique et de l’Amérique du Sud.

    Et il se trouve que ce sont aussi les principaux fournisseurs de matières premières au monde. Donc, si les États-Unis et l’Europe n’ont pas de matières premières, ne produisent pas leur propre pétrole, sauf que les Européens doivent payer d’énormes majorations aux producteurs américains, l’Europe ressemblera à peu près à la Lettonie post-soviétique. et l’Estonie. La population va émigrer. Ils vont rétrécir. Vous allez avoir une floraison d’interactions dans toute l’Eurasie et l’Afrique.

    Et en substance, les États-Unis peuvent tenter d’arrêter cette évolution en déclenchant une nouvelle guerre pétrolière au Proche-Orient. Mais c’est vraiment le dernier souffle. Il est très peu probable que cela conduise Taïwan à dire : Eh bien, vous savez, nous allons suivre l’Ukraine et Israël et vous pourrez vous battre jusqu’au dernier Taïwanais, tout comme vous vous battez contre le dernier Ukrainien, le dernier Israélien. Je pense que les États-Unis sont en train de créer une tourmente qui démontre au reste du monde la nécessité, essentiellement, je ne dirai pas d’un rideau de fer, mais de suivre sa propre voie et de rompre les systèmes économiques.

    Et comme le président Poutine l’a répété à maintes reprises, il s’agit d’une guerre de civilisation. C’est une guerre pour dire dans quelle direction va la civilisation. Est-ce que cela va aller vers le néo-féodalisme, ou revenir vers le féodalisme, qui est le 1% néolibéral en quête de rente ? Ou va-t-il s’orienter vers la voie vers laquelle le capitalisme industriel évoluait à l’origine, vers le socialisme et vers l’élévation du niveau de vie au lieu d’imposer l’austérité financière du FMI sur le bloc dollar ? C’est donc le choix que l’Amérique voit actuellement au Proche-Orient et dans d’autres pays.

    Allez-vous avoir un avenir d’austérité ou essentiellement de prospérité et de croissance économique ?

    HAIPHONG : Je ne pense pas qu’il existe une meilleure façon de relier tous ces évènements, en particulier en ce qui concerne ce qui se passe au Proche-Orient, ou ce que certains appellent le Moyen-Orient, ou ce que d’autres appellent l’Asie occidentale. Je veux dire, les affrontements s’intensifient. Il y a même des affrontements entre l’Égypte et Israël, ce qui est presque du jamais vu.

    Avec tout ce que vous avez dit, vous dites que cela ne marchera pas du tout, que les États-Unis ne seront pas en mesure de lutter comme ils le cherchent dans la région. Comment voyez-vous la suite? Peut-être pouvons-nous conclure sur ce point, étant donné que cela ne fonctionnera pas.

    Et si cela ne fonctionne pas, quelles sont les autres options dont disposent les États-Unis et peut-être l’Occident dans son ensemble ? Parce que vous l’avez parfaitement décrit, c’est une guerre économique, c’est une guerre pour la domination et le contrôle économiques. Alors, l’Occident américain va-t-il s’effondrer tout seul, ou les États-Unis et tous ceux qu’ils peuvent entraîner avec eux, vous savez, vont-ils enclencher l’escalade et manœuvrer d’une manière dont nous devrions tous être conscients ?

    HUDSON : Les États-Unis ont une certaine dynamique plus forte que dans tout autre pays du monde, et c’est la rage. C’est le sentiment que vous ressentez actuellement à Washington. Non seulement la rage, mais comme pour la plupart des rages, elle est combinée à la peur. Les démocrates craignent de perdre les élections et que Donald Trump vienne nettoyer l’État policier du FBI et se débarrasser de la CIA. C’est essentiellement ce qu’il s’est engagé à faire, avec l’État profond.

    L’État profond craint donc que ce soit le cas, non pas que les États-Unis stagnent, mais qu’eux-mêmes, avec leur contrôle sur les États-Unis, reculent.

    Et l’État profond est prêt à détruire l’économie américaine. Le Parti Démocrate, depuis Clinton, a pour objectif de détruire l’économie américaine pour profiter du contrôle des 1% sur les 99%. Et il est prêt à utiliser la guerre militaire pour combattre, pour intensifier ses efforts au Proche-Orient, en Ukraine et, vraisemblablement, dans la mer de Chine, pour provoquer d’une manière ou d’une autre et, en substance, dire : « Eh bien, nous allons faire la guerre, car qui, chez nous, veut vivre dans un monde que nous ne contrôlons pas ?

    Eh bien, vous savez, c’est comme ce que la Russie a dit lorsque l’Amérique menaçait de la bombarder atomiquement en se retirant des accords sur les armements. La Russie a dit : « Ne pensez pas que nous ne riposterons pas. Qui voudrait vivre dans un monde sans Russie ? Eh bien, le gouvernement américain se demande : qui veut vivre dans une Amérique que nous ne pouvons pas contrôler ? Que les banques, le complexe militaro-industriel, le complexe pharmaceutique et, fondamentalement, le secteur financier monopolistique ne peuvent pas contrôler. Si nous ne pouvons pas le contrôler, nous sommes prêts à voir le pays tout entier sombrer. C’est vraiment ce qui se passe. Et ils utilisent le contrôle de la presse pour tout cela.

    Par exemple, samedi et dimanche à Washington, de grandes manifestations ont eu lieu contre les attaques contre les Palestiniens. Pas un mot de cela dans le New York Times ni à la télévision. Il n’y a pas un mot de ce qui se passe au Proche-Orient ni de ce que disent les présidents Poutine et Xi dans les médias. C’est comme si le monde était déjà divisé en un monde visible, le monde selon le Deep state, et le monde invisible, la réalité, des 95 ou 85 %.

    Le combat politique d’ici novembre est de savoir si les gens pourront vraiment croire que l’administration Biden aide l’économie au lieu de défendre la CIA, le FBI, l’État de sécurité nationale, le complexe militaro-industriel, le complexe pharmaceutique, l’immobilier, et Wall Street contre la population, en désindustrialisant ? Ou tout cela n’a-t-il été qu’un détour qui nous a appauvris ? Ce sera la question.

    Et le fait que vous ayez déjà sur les réseaux sociaux le blocage de toute critique d’Israël ou des États-Unis, vous avez ici une sorte de contrôle qui est très similaire à celui que vous avez en Ukraine.

    HAIPHONG : Il est vraiment époustouflant de voir avec quelle rapidité tous ces processus sont, à bien des égards, devenus incontrôlables. Même si nous pouvons envisager cela dans des années, mais même au cours des derniers mois seulement, bien sûr, le 7 octobre étant un autre point de rupture.

    HUDSON : Je pense que vous devriez dire le 2 octobre. C’était la tentative de destruction de la mosquée d’Al Aqsa. C’est le 2 octobre qui a déclenché tout cela. L’attaque israélienne contre la mosquée visait à dire : Nous allons détruire la présence islamique en Palestine afin qu’elle soit entièrement non islamique. C’était la déclaration de guerre. Alors ne vous laissez pas entraîner par le New York Times en disant que tout s’est passé le 7 octobre.

    Cela a commencé une semaine plus tôt, tout comme en Ukraine. La guerre en Ukraine n’a pas commencé lorsque la Russie a pris des mesures pour protéger sa population, sa population russophone de Donetsk et de Louhansk.

    Cela a commencé non seulement avec Maidan, mais aussi avec les bombardements de l’armée ukrainienne, les bombardements d’immeubles d’habitation et de civils dans les territoires russophones, le refus de payer la sécurité sociale ou les soins de santé dans les territoires russophones et l’interdiction de la langue russe. La Russie était le pays attaqué, pas l’attaquant.

    Encore une fois, vous devez être très prudent lorsque vous datez le début de cela. Et les Américains veulent dater toutes les guerres comme ripostes à des attaques et lorsque d’autres pays se protègent. Ils qualifient les autres pays qui se protègent d’attaque contre les États-Unis.

    HAIPHONG : 7 octobre, 22 février 2022. Je veux dire, c’est une tactique. C’est donc un excellent point que vous avez soulevé.

    Et peut-être, Michael, pourrions-nous clôturer notre conversation sur la Chine parce que la Chine, vous l’avez mentionnée plus tôt dans votre analyse. Et, vous savez, je crois que la Chine est le point final. Et il y a quelques nouveaux évènements. Vous avez mentionné que la Chine dépassait le Japon en termes d’exportations automobiles et de fabrication automobile et qu’elle devenait numéro un mondial.

    Il y a aussi les conseils d’administration des grands constructeurs automobiles, les monopoles en état de choc face à BYD, le constructeur automobile chinois qui a essentiellement conquis le marché mondial des véhicules électriques. Et il y a aussi des rapports selon lesquels la Chine va atteindre ses 5

    objectifs de croissance en pourcentage. Malgré le fait que je suis sûr que vous avez vu cela, Michael, il y a une théorie des effondrements en cascade qui est évoquée dans les médias grand public par l’État profond. « La Chine est sur le point de s’effondrer. L’économie chinoise est en difficulté. C’est en baisse. Ça s’écrase.

    Alors, Michael, je vais rassembler les morceaux au fur et à mesure. Mais peut-être pouvez-vous donner votre point de vue, votre réaction à cette évolution et à l’idée selon laquelle la Chine serait le dernier coup pour les néoconservateurs et le système monopolistique du capitalisme post-industriel, le capitalisme financier sur lequel vous écrivez et analysez tant.

    HUDSON : Eh bien, il y a un certain nombre de raisons pour lesquelles la Chine est en train de devenir le principal producteur automobile. Cela est dû à la transition vers les véhicules électriques. Et il y a une dimension clé des véhicules électriques.

    Premièrement, ils sont électriques. Vous avez besoin d’électricité. Comment allez-vous produire de l’électricité : avec du pétrole américain, avec du pétrole russe ? Comment allez-vous y parvenir avec l’énergie atomique ? L’autre chose est qu’une fois que vous aurez l’électricité dans la voiture, comment allez-vous obtenir une batterie pour faire fonctionner la voiture sans avoir à vous arrêter à la station-service encore plus souvent que pour aller aux toilettes ?

    Eh bien, la réponse est que vous avez besoin de lithium pour cela. Et la Chine contrôle la plupart des gisements de lithium. Et il faut aussi disposer de véhicules informatisés. Vous avez besoin de toutes sortes de matériaux qui sont du cobalt, des terres rares qui sont également contrôlées par la Chine. Et la Chine a pris le contrôle de la majeure partie de la métallurgie, du raffinage des métaux clés nécessaires à la production automobile et à d’autres productions industrielles.

    La Chine est donc une économie intégrée qui produit tout cela. Et l’Occident devient dépendant de l’obtention de ces mêmes métaux. Voyons maintenant ce qui aurait pu se passer en 1990. Supposons qu’il n’y ait pas eu de guerre froide. Supposons qu’en 1990, lorsque l’Union soviétique s’est dissoute, l’Amérique ait dissous l’Otan et ait réellement connu une sorte de croissance mutuelle avec un commerce international ouvert et continu.

    Eh bien, sans la division du monde en deux parties, d’une manière ou d’une autre, les autres pays n’auraient pas eu suffisamment de motivation pour opérer explicitement une rupture civilisationnelle entre le néolibéralisme et le socialisme. Il y aurait eu une sorte de social-démocratie en Asie, mais cela aurait pu être une social-démocratie oligarchique, comme c’est le cas, par exemple, en Suède, que l’on appelait autrefois une grande social-démocratie. Et c’est désormais le pays le plus inégalitaire d’Europe. Cette évolution aurait pu se produire lentement, mais il y aurait eu un commerce mondial et n’importe qui aurait pu acheter les différents métaux, le lithium, les terres rares. Il y aurait eu du pétrole. Les échanges commerciaux auraient pu se poursuivre et l’économie mondiale dans son ensemble aurait pu croître.

    Tout cela a été brisé par l’insistance américaine selon laquelle si nous ne pouvons pas contrôler le commerce mondial, il n’y aura pas de commerce mondial. Si nous ne pouvons pas contrôler la finance internationale mondiale et obliger le monde entier à utiliser le dollar américain que nous pouvons imprimer sur des ordinateurs, imprimer et émettre pour financer toutes les dépenses militaires visant à encercler le reste du monde avec des bases militaires, si nous le pouvons. Si nous ne faisons pas cela, il n’y aura pas de système financier mondial parce que les États-Unis pensaient que sans le dollar, il ne pourrait y avoir de dédollarisation parce qu’il n’y avait pas d’alternative.

    Ils sont trompés par ce slogan type Margaret Thatcher : « il n’y a pas d’alternative ». Et ils croient sincèrement que le reste du monde ne pourrait pas prospérer sans le dollar. Ils ne pourraient pas prospérer sans brader et privatiser leurs services publics et sans créer des monopoles naturels qui seraient rachetés par des acheteurs américains en imprimant des dollars pour dire : nous imprimerons les dollars et nous achèterons votre système de transport, votre système de communication et vos usines. Ils ne pouvaient pas croire qu’il existait une alternative au néolibéralisme. Et pourtant, vous voyez cela. Ils ne pouvaient pas croire que s’ils bombardaient simplement un autre pays, la population de ce pays dirait : « Oh, nous ne voulons pas être bombardés ».

    Nous allons renverser notre gouvernement et soutenir un gouvernement qui vous soutienne afin que vous ne bombardiez plus notre pays.

    Au lieu de cela, l’effet du bombardement d’un pays lorsque les États-Unis le font est le même que celui du bombardement d’un pays lorsque n’importe quel autre pays le fait. Cela rassemble la population pour s’opposer au pays qui la bombarde et défendre le pays attaqué. L’image générale des États-Unis est donc la suivante : il n’y a qu’un seul acteur dans le monde, et c’est nous. Et nous pouvons détruire d’autres pays. Et si cela ne fonctionne pas, nous renverserons l’échiquier et ruinerons tout le jeu.

    Les États-Unis jouent donc le rôle de démolisseur et les autres pays celui de constructeur. Et l’ensemble de la majorité mondiale dit : de quel côté voulez-vous être, les démolisseurs ou les constructeurs ?

    Et vous pouvez considérer l’Ukraine comme un exemple de la façon dont les États-Unis aimeraient que la Russie, la Chine et les pays arabes existent. Vous suspendriez les élections une fois que vous aurez vos gars, votre président là-bas. Vous deviendriez le pays le plus corrompu de votre région, comme l’est l’Ukraine. Vous interdiriez les langues locales et les religions qui ne sont pas judéo-chrétiennes.

    Vous empêcheriez essentiellement les grèves.

    Et vous connaissez la blague sur les aristocrates. Un groupe d’acteurs sur scène parle d’une famille qui arrive et commet toutes sortes d’actes sexuels horriblement sournois et d’inceste, et cela continue encore et encore. Le producteur à qui on a proposé cet acte demande : comment appelez-vous cet acte ? Et la réponse est : les aristocrates.

    Eh bien, comment appelez-vous l’acte ukrainien consistant à suspendre les élections, à interdire les langues étrangères et à assassiner les critiques ? Nous appelons cela la démocratie. Eh bien, c’est hilarant. C’est effectivement ainsi que l’Amérique l’appelle. L’Amérique a deux modèles de démocratie : l’Ukraine et Israël. La presse affirme sans cesse que l’Ukraine est le modèle de démocratie que nous souhaitons pour ce qui était autrefois l’ensemble de l’Union soviétique. Et vous avez la Lettonie, l’Estonie et la Lituanie qui applaudissent, et nous voulons la démocratie en Israël : « Israël est le seul pays démocratique du Proche-Orient ». Nous voulons qu’Israël soit un modèle pour le Proche-Orient.

    Eh bien, que disent-ils ? Qu’il n’y aura plus d’Arabes au Proche-Orient ? Qu’ils seront tous Américains avec la double nationalité ? C’est à cela que tout aboutit. Nous vivons dans un monde orwellien qui essaie de dissuader la conscience des gens de prendre conscience de la réalité du travail et de la dynamique qui est à l’œuvre. Et combien de temps pouvez-vous convaincre les gens qu’ils ne vont vraiment pas bien simplement parce que les 1 % vont bien ? Comment pouvez-vous convaincre les gens que l’Amérique est vraiment un leader modèle alors qu’elle essaie de détruire le reste du monde au lieu de l’aider, comme elle pouvait du moins prétendre le faire en 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale ?

    Vous assistez à un véritable bouleversement de l’ensemble du système mondial de la Banque mondiale, du FMI, des Nations Unies, de l’ensemble du système diplomatique mondial qui a été mis en place en 1945, qui est désormais dépassé. Et on peut constater l’incapacité des Nations Unies à faire face à la guerre au Proche-Orient, à faire face à la guerre en Ukraine. C’est le glas du vieux monde. Et vous voyez un nouveau monde se créer spontanément, non pas idéologiquement, mais essentiellement spontanément et de manière ad hoc avec la Chine, la Russie et les 99 %.

    HAÏPHONG : Dernière chose, vous êtes allé en Chine et vous avez étudié très en profondeur l’économie chinoise. Pour conclure, aidez notre auditoire à comprendre pourquoi l’économie chinoise est capable de s’industrialiser comme elle l’est actuellement.

    L’Europe est sur le point de subir cette situation. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de cette enquête sur la construction automobile chinoise, en particulier sur les véhicules électriques, à cause de ces subventions néfastes de l’État. Pouvez-vous nous parler de cela, de l’économie chinoise, de son fonctionnement et de la raison pour laquelle l’Europe et les États-Unis, bien sûr, mènent également une guerre économique, pourquoi ils ont recours à ce qui semble être des mesures contre-productives ?

    HUDSON : Eh bien, la clé pour comprendre l’Occident est que le néolibéralisme est la privatisation des besoins et des services publics de base. Tout au long de l’histoire, l’utilité publique la plus importante a toujours été la capacité de créer de la monnaie et du crédit.

    Et ce que la Chine possède qu’aucun autre pays n’a, c’est que sa banque centrale a créé sa propre monnaie.

    Et lorsque le gouvernement crée de l’argent par le biais du Trésor, en investissant de l’argent dans l’économie, il dépense de l’argent pour réellement construire des choses, principalement pour construire des biens immobiliers, pour loger les Chinois, mais aussi pour construire des chemins de fer à grande vitesse, pour fournir un système éducatif. système, des universités dans toute la Chine, pour construire des communications.

    D’autres pays, comme les États-Unis, ne disposent pas de ce système. L’argent est créé, surtout aux États-Unis, par les banques commerciales, et elles ne créent pas de l’argent pour financer de nouvelles constructions d’usines ou de nouveaux investissements de quelque sorte que ce soit. Les banques prêtent de l’argent en Occident contre des garanties déjà en place. Vous pouvez vous adresser à une banque pour obtenir de l’argent afin d’acheter un immeuble qui existe, un immeuble de bureaux, même si les prix de ces immeubles de bureaux s’effondrent actuellement. Vous pouvez emprunter de l’argent pour acheter une entreprise entière. C’est ce que font les capitaux privés. On achète de l’argent pour acheter Sears. Cela le conduit à la faillite,à  l’effondrement et au licenciement des travailleurs.

    On peut acheter Toys R Us, le conduire à la faillite, le faire s’effondrer, et c’est parti. Vous pouvez acheter des entreprises et les piller, puis les fermer et transformer les usines en bâtiments gentrifiés pour les 1 % d’agents financiers qui se livrent au pillage.

    Mais les banques occidentales ne financent pas les services publics, et une fois que vous avez réduit les impôts et contraint un gouvernement au déficit, vous financez alors le déficit en privatisant vos routes, les transformant en routes à péage. Vous privatisez votre système postal. Vous privatisez votre système de santé de sorte qu’il n’y a plus beaucoup de soins de santé, comme c’est le cas en Angleterre, par exemple, avec la crise de la médecine et des hôpitaux anglais et la privatisation. Vous faites ressembler l’ensemble de l’économie occidentale à l’Angleterre d’après Margaret Thatcher, où les gens qui sont en fait des salariés ne peuvent plus se permettre de vivre à Londres. Cela s’adresse aux investisseurs étrangers ou aux personnes qui travaillent dans le secteur financier. Les salariés doivent vivre en banlieue pour pouvoir utiliser le transport ferroviaire privatisé.

    Aux États-Unis, par exemple, Greyhound, le système de bus, vient d’être racheté par des fonds privés. Ils ont fait exactement ce que Stagecoach, la plus grande compagnie de bus d’Angleterre, a fait en Angleterre. Ils ont vendu le terminal de bus qui se trouvait au centre de la ville où les gens allaient prendre les bus, et ils l’ont vendu pour un bien immobilier embourgeoisé. Puis ils ont dit aux gens qu’il y avait maintenant un parking à l’extérieur de la ville. Vous allez attendre sur le parking.

    Nous espérons qu’il ne pleut vra pas, qu’il ne fera pas trop froid ou qu’il ne neigera pas, mais nous n’avons plus de terminal. Eh bien, vous pouvez imaginer cette façon de faire les choses. Cela se transforme en une course vers le bas.

    Or la Chine, en gardant le contrôle de la finance, contrôle réellement qui va obtenir le crédit, et le crédit est en réalité le planificateur économique. Le néolibéralisme occidental dit que le gouvernement ne devrait pas planifier. Wall Street devrait faire la planification parce que c’est Wall Street qui fournit le crédit qui détermine qui obtiendra les ressources et ce qu’ils vont en faire.

    Eh bien, Wall Street donne le crédit aux ingénieurs financiers qui tentent de gagner de l’argent en augmentant les cours des actions, en augmentant les gains en capital et en gagnant de l’argent financièrement.

    Il est vrai que la Chine a fait de nombreux milliardaires. Cela faisait partie du programme Laissez pousser 100 fleurs, mais maintenant qu’il y a eu cette croissance spontanée, on voit maintenant quelles formes fonctionnent et quelles formes ne fonctionnent pas. Il s’agit désormais de consolider l’économie pour essentiellement créer du crédit pour financer une croissance industrielle tangible, une croissance tangible des infrastructures, une modernisation agricole tangible et une amélioration générale du niveau de vie.

    Le seul objectif de l’économie chinoise est la croissance, et non le pillage, la réduction des effectifs et la destruction des raids des entreprises. Il n’y a pas de raids d’entreprises en Chine. Il n’y aura aucun intérêt financier pour acheter Huawei ou les autres développeurs chinois. Il n’y a pas la classe financière parasitaire qui est devenue la centrale des planificateurs économiques des États-Unis.

    Parce que c’est ça le libertarisme. Les libertariens veulent une économie centralisée, non dirigée par le gouvernement mais dirigée par Wall Street et le secteur financier. Les libertariens sont essentiellement les partisans de ce qu’on appelait habituellement le fascisme, une planification centrale du riche secteur financier et des monopoles contre la population dans son ensemble.

  • Bruno Guigue-La révolution selon Lénine

    Bruno Guigue-La révolution selon Lénine

    Vladimir Illich Oulianov, dit Lénine, est mort il y a un siècle. Si son empreinte dans l’histoire fut aussi décisive, c’est parce qu’il a su démêler l’écheveau d’une situation historique inédite, riche de promesses révolutionnaires.

    Voir loin, très loin, n’est pas donné à tout le monde. Au lendemain de la révolution de 1905, Lénine comprend que la période de réaction politique qui a suivi l’écrasement de la Commune arrive à son terme. Conscient de l’inéluctabilité de la guerre impérialiste, il est l’un des rares à voir clair dans une brume crépusculaire : celle de l’époque où se consument les derniers feux de la civilisation bourgeoise. Il a la conviction que le grand carnage va ruiner le prestige d’une Europe qui a renié ses valeurs. Théoricien de l’impérialisme, il procure son intelligibilité à un processus qui est toujours à l’œuvre dans le monde qui est le nôtre. Ses analyses sur « la domination de l’oligarchie financière », sur « l’asphyxie financière » que subissent les pays pauvres de la part des créanciers internationaux, sur la « prépondérance croissante du capital financier dans l’économie mondiale », sur la formation de ces « puissants trusts internationaux ignorant les frontières », sur la division fondamentale de l’espace mondial entre les grandes nations développées à vocation « impérialiste » et les pays « coloniaux ou semi-coloniaux » assujettis à la domination économique des puissances prédatrices : autant de descriptions qui conservent un étrange parfum d’actualité.

    Le chef bolchevik a compris avant tout le monde que la Grande Guerre n’est pas une guerre comme les autres : c’est le chaudron bouillonnant dans lequel les apprentis-sorciers de l’impérialisme ont préparé la tragédie du XXe siècle. Avec le traité de Versailles, ils ont amorcé une bombe à retardement dont l’explosion embrasera les cinq continents. C’est pourquoi, dans le grand carnage de 14-18, Lénine voit une promesse tout autant qu’un accomplissement. Il y décèle les signes du futur en même temps que l’empreinte d’un passé révolu. Le rejet de la guerre impérialiste renvoie à l’Occident l’image repoussante de sa compromission avec la barbarie militariste. Mieux encore. Lénine convertit cette révolte contre la grande boucherie en stratégie révolutionnaire : en luttant contre la guerre, il agite le spectre de la fin imminente du régime bourgeois. Ce que la classe dominante ne lui pardonnera pas, ce n’est pas seulement d’avoir dit non à la guerre, c’est d’y avoir trouvé le moyen de son propre renversement.

    Car cette guerre est « une guerre impérialiste, réactionnaire et esclavagiste ». Elle est impérialiste, parce qu’elle a son origine dans l’affrontement des grandes puissances pour la conquête des marchés. Elle est réactionnaire, parce qu’elle vise à asservir toutes les nations du globe au capitalisme occidental. Elle est esclavagiste, en ce qu’elle veut étendre et consolider l’esclavage des colonies. En portant au paroxysme les contradictions du capitalisme mondial, la guerre impérialiste crée les conditions de son dépassement. « Nous avons le devoir de dire : la société capitaliste a toujours été et demeure en permanence une horreur sans fin. Et si maintenant la guerre actuelle, la plus réactionnaire de toutes les guerres, prépare à cette société une fin pleine d’horreur, nous n’avons aucune raison de tomber dans le désespoir ».

    Guerre mondiale, guerre totale, en effet, elle annonce le crépuscule de la civilisation bourgeoise. Elle en révèle crûment la part d’ombre en donnant libre cours au déchaînement mortifère des passions chauvines. Avec le crépuscule de la civilisation européenne, Lénine pronostique l’inéluctabilité de la tourmente révolutionnaire. Si elle inaugure la série des grands massacres du XXe siècle, c’est parce qu’elle allie, pour la première fois, la conscription universelle et la technologie industrielle. Si la Grande Guerre ouvre la voie à la révolution prolétarienne, c’est parce qu’elle prononce la déchéance de l’humanisme occidental. Parce qu’elle vaut confirmation de l’hypocrisie bourgeoise, elle annonce la disparition imminente de la civilisation dont elle est le ressort.

    Mais lorsque Lénine convertit son refus de la barbarie en stratégie révolutionnaire, peu nombreux sont ceux qui suivent son exemple. En Allemagne, en France et en Russie, dans leur immense majorité, les socialistes de la IIe Internationale ont voté les crédits militaires. Ils ont renié leur engagement du « Manifeste de Bâle », adopté en 1912 par le Congrès socialiste international contre la guerre. Adhérant à l’« Union sacrée », ils jouent leur partition dans le grand concert belliciste. Incapables de comprendre la nature du conflit, ils prennent la responsabilité devant l’histoire d’en faire avorter la promesse révolutionnaire. En se ralliant à l’impérialisme, ils pactisent avec le régime bourgeois au moment où l’horreur de la guerre révèle sa véritable nature.

    « Le caractère réactionnaire de cette guerre, le mensonge éhonté de la bourgeoisie de tous les pays, qui dissimule ses visées de brigandage sous le manteau de l’idéologie nationale, suscitent nécessairement des tendances révolutionnaires au sein des masses. Notre devoir est de les aider à prendre conscience de ces tendances, de les approfondir et de leur donner corps. Seul le mot d’ordre de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile exprime correctement cette tâche ». Écrit en 1915, ce texte fournit l’équation de la stratégie léniniste : la crise mondiale du capitalisme plus la volonté agissante du prolétariat. Mais le mot d’ordre de la guerre civile suggère aussi que l’acuité de la crise rend nécessaire le déclenchement immédiat des hostilités avec la bourgeoisie. La situation inédite créée par la guerre impérialiste, son prolongement inattendu, les signes avant-coureurs d’une révolte populaire, tout concourt à condamner le compromis avec les gouvernements bourgeois. .

    Le bolchevisme s’est adossé, dès l’origine, au refus obstiné de cette barbarie à l’âge industriel qu’inaugure la Grande Guerre. Il récuse d’un même élan la guerre impérialiste et ses justifications contradictoires. Il fustige la prétention à dire le droit au même titre que l’affirmation de la force brute. Il renvoie dos à dos les bellicistes de 1914, futures victimes ou futurs profiteurs du nouveau partage impérialiste de Versailles. A cet égard, il fait notablement exception dans son propre camp. Et ce refus de la barbarie moderne, à l’orée du siècle, marque la renaissance du communisme.

    Car la guerre impérialiste est l’électrochoc qui va faire vaciller la Russie des Tsars. Le vieil empire est une monarchie de droit divin où une caste de propriétaires fonciers règne en maître, avec la bénédiction des popes, sur une masse rurale analphabète. Mais il est aussi le théâtre d’une expansion capitaliste qui concentre dans les grandes villes un prolétariat surexploité. Butte témoin du Moyen Âge qui se dresse de façon anachronique à l’aube du XXe siècle, la Russie tsariste incarne aussi la pointe avancée du développement industriel moderne. L’asservissement colonial des nations allogènes, enfin, annonce l’éclatement de cette « prison des peuples ». C’est cette accumulation inouïe de contradictions, exaspérées par la guerre totale, qui fait de la Russie « le maillon le plus faible » de la chaîne des États impérialistes.

    Situation paroxystique qui contribue, face à la crise du régime, à désarmer les classes dominantes. La lutte des classes s’exaspère en leur sein avec autant de violence qu’entre les classes dominantes et les classes dominées. L’aristocratie terrienne se cramponne au régime de droit divin tandis que la bourgeoisie libérale réclame des garanties constitutionnelles. Hésitante et versatile, la petite bourgeoisie oscille entre le réformisme démocratique et le populisme révolutionnaire. Sur ce baril de poudre, le déchaînement de la guerre impérialiste fait l’effet d’une flammèche. En retard séculaire sur le reste du monde capitaliste, la Russie des Tsars est la caisse de résonance de la crise mondiale. Postée à son avant-garde, elle sera aussi l’épicentre du séisme révolutionnaire.

    Le développement du prolétariat urbain témoigne, à sa manière, de l’originalité de la situation russe parmi les États impérialistes. Le développement accéléré d’une industrie de pointe, en effet, y recourt à des capitaux à forte majorité étrangère. Financée par les banques occidentales, l’industrialisation de l’Empire des Tsars au début du siècle reflète l’inégalité de développement entre l’Europe développée et la Russie arriérée. Les capitalistes occidentaux y font main basse sur une économie en voie de développement qui, de ce fait, associe la technologie la plus avancée et l’état social le plus rétrograde. La profonde arriération de la Russie favorise alors la formation rapide d’une classe ouvrière que ses conditions d’existence, dramatiquement aggravées par la guerre, vont jeter dans les bras de la révolution. Prévue de longue date par les marxistes, l’apparition tardive du prolétariat urbain procure à la révolution sa masse de manœuvre. Mais le retard de la Russie lui offre aussi son état-major : condamnée par la répression tsariste à la déportation ou à l’exil, l’élite de l’opposition a eu l’occasion d’y mûrir sa conscience révolutionnaire.

    La conception léniniste du parti, en réalité, est la conséquence inévitable d’un régime absolutiste et policier. Le « centralisme démocratique » correspond aux conditions de fait de l’action politique, il est dicté par l’archaïsme de la Russie, imposé par la nature même du combat révolutionnaire dans un pays au retard séculaire. Par leur surgissement même, les soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats refléteront aussi le poids de cet archaïsme. Surgis des décombres d’un tsarisme agonisant, ils occupent l’espace laissé vacant par l’effondrement d’un régime d’oppression ancestral. Organisation spontanée des masses ouvrières et paysannes, leur apparition ne résulte nullement, en 1905 puis en 1917, d’un plan concerté des organisations révolutionnaires. Spontané, le phénomène soviétique manifeste l’irruption soudaine des couches populaires sur la scène politique. Il irrigue tous les domaines de la vie collective à la faveur de l’effondrement d’un système issu des ténèbres médiévales.

    L’opposition socialiste en Russie n’a pas le choix entre l’action à visage découvert et l’action clandestine : la première lui est tout simplement interdite par la police tsariste. Si Lénine préconise la création d’un parti clandestin, professionnel et centralisé, c’est parce que les conditions objectives de la lutte politique l’exigent. Aussi les traits de l’organisation révolutionnaire sont-ils fixés par l’instinct de survie, et non par la volonté de puissance. Il est frappant de voir que l’organe de la révolution, sous Lénine, applique une discipline de fer, mais répugne au dogmatisme idéologique. Il pratique la libre discussion interne, sans méconnaître pour autant les contraintes de l’action clandestine et les exigences de la lutte révolutionnaire.

    Le débat sur l’organisation politique, en réalité, révèle une opposition plus fondamentale : il oppose les deux tendances du marxisme russe à propos de la révolution à venir. La supériorité de Lénine sur ses rivaux révolutionnaires ne tient pas seulement à l’efficacité de l’organisation bolchevique, mais surtout à l’exactitude de son pronostic sur la révolution future. Car il a compris que la guerre impérialiste ne pouvait manquer de précipiter la crise du tsarisme. Dans l’embrasement d’août 14, il voit le signe avant-coureur d’une révolution inédite. Avec la guerre, dit-il, Nicolas II a fait son plus beau cadeau à la révolution. Mais c’est parce qu’elle exaspère ces contradictions dont Lénine a su déceler la formidable accumulation. Là où les mencheviks voient les prémices d’une révolution bourgeoise, Lénine entrevoit la promesse d’une révolution socialiste. Ils conçoivent les soviets comme un contre-pouvoir destiné à équilibrer l’influence de la bourgeoisie, tandis qu’il y discerne le poste avancé d’un prolétariat voué à conquérir le pouvoir.

    Quand les mencheviks se rallient à l’union sacrée, en août 1914, Lénine dénonce leur trahison : non seulement par aversion pour le chauvinisme, mais en vertu d’une prescience de l’avenir. Ses adversaires ont les yeux rivés sur l’immédiat, tandis qu’il voit loin. C’est pourquoi, face à la tourmente révolutionnaire de 1917, les mencheviks se contentent de suivre le mouvement, tandis qu’il l’anticipe. Au cœur de la mêlée d’Octobre, il est actif, tandis que ses adversaires sont réactifs. Le génie propre de Lénine, c’est cette longueur d’avance dont il bénéficie par intelligence politique. Au lendemain de la révolution avortée de 1905, les mencheviks affirment qu’il faut s’abstenir de toute initiative et se contenter d’aider la bourgeoisie à accomplir sa révolution. A l’inverse, Lénine dénie à la bourgeoisie russe la capacité de créer une république démocratique. Il assigne au prolétariat une tâche historique que les conditions exceptionnelles créées par la crise impérialiste rendront possible. Avec « la dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie », son mot d’ordre des années d’avant-guerre, Lénine suggère la nécessité d’une fusion entre les deux étapes du processus révolutionnaire : l’étape démocratique et l’étape socialiste.

    Ce pressentiment, la crise mondiale ouverte par la guerre impérialiste le confirme avec éclat. En soumettant à l’épreuve du feu les partis révolutionnaires, elle scelle le sort d’une démocratie bourgeoise incapable d’accomplir sa tâche. Car si la révolution démocratique ne dure que six mois, de février à octobre 1917, c’est d’abord parce que ses dirigeants l’ont condamnée. En poursuivant la guerre aux côtés des Alliés, le gouvernement provisoire s’est mis dans l’obligation suicidaire d’ajourner les réformes réclamées par les masses ouvrières et paysannes. Porté au pouvoir par une révolution populaire, il commet l’erreur de rejeter ses revendications les plus pressantes : le partage des terres pour les paysans, la fin de la répression pour les ouvriers, la paix immédiate pour les soldats. Ce retard de la bourgeoisie sur la conscience des masses lui sera d’autant plus fatal que les « Thèses d’avril » de Lénine, au même moment, mettent le bolchevisme au diapason des exigences populaires.

    Lors du sixième congrès du parti, qui se tient au mois d’août 1917 dans la clandestinité, en l’absence de Lénine, seul Staline ose défendre la thèse de la prise du pouvoir. Mais le putsch avorté du général Kornilov en septembre discrédite le gouvernement et réhabilite les bolcheviks dont la résistance au coup d’État militaire a sauvé la révolution. La bolchevisation des soviets d’ouvriers et de soldats progresse à grands pas, et Trotski est réélu président du soviet de Petrograd. Au sein du mouvement des comités d’usine, les militants adhèrent au radicalisme bolchevique. La révolte populaire gronde dans les campagnes où les paysans, en s’emparant des grands domaines, appliquent sans le savoir le programme des bolcheviks. Partout, dans l’Empire, les nationalités opprimées entrent en rébellion et répondent à l’appel de Lénine, seul dirigeant révolutionnaire à leur reconnaître le droit de sécession. Mis au ban de la société par la répression au lendemain des journées de juillet, les bolcheviks sont majoritaires, dès septembre, dans les soviets de Petrograd et de Moscou.

    La classe ouvrière a créé ses propres organisations dont les militants, obscurs sans-grade de la révolution, se battent pour les huit heures, pour le contrôle ouvrier, pour la fin de la guerre. Un mouvement spontané qui, depuis les grandes villes, fait écho à cette occupation des terres qui conduit à l’affrontement avec les grands propriétaires. Ce sont les soldats, pourtant, qui vont jouer le rôle décisif dans la phase finale de la révolution d’Octobre. Kerenski comptait sur le soutien de l’armée, mais les paysans-soldats basculent en masse dans le camp révolutionnaire. Ralliés à l’insurrection par la propagande bolchevique, les régiments de Petrograd prennent d’assaut le Palais d’hiver tandis que les Cosaques, indifférents au sort du gouvernement, se murent dans leurs casernes. Seul entre tous, Lénine a compris que le mouvement paysan se radicalisait à l’extrême et que l’exaspération des soldats, paysans sous l’uniforme, était parvenue à son paroxysme.

    C’est pourquoi il exige avec tant d’insistance que soit fixée à l’avance la date de l’insurrection. Là encore, sa lucidité politique vaut à Lénine une longueur d’avance sur ses camarades. Il sait que le parti est majoritaire dans la classe ouvrière, que les soldats sont prêts à le rejoindre, et que les paysans en réalisent déjà le programme. De son exil finlandais, il ne cesse d’envoyer au comité central lettres et articles appelant à l’insurrection. Il condamne le « légalisme révolutionnaire » des dirigeants bolcheviks échaudés par l’expérience des journées de juillet. Les 12 et 14 septembre, il adresse deux lettres explicites : « Les bolcheviks doivent prendre le pouvoir » et « Marxisme et insurrection ». A ses yeux, il n’y a pas l’ombre d’un doute : dès lors qu’ils ont la majorité dans les soviets de Moscou et Petrograd, « les bolcheviks peuvent et doivent prendre le pouvoir ». En proposant une paix immédiate et en donnant la terre aux paysans, « les bolcheviks établiront un gouvernement que personne ne renversera. Car il serait naïf d’attendre une majorité formelle, aucune révolution n’attend ça… L’Histoire ne nous le pardonnera pas si nous ne prenons pas maintenant le pouvoir ». Le comité central examine les lettres de Lénine le 15 septembre. Elles laissent sceptiques la majorité des dirigeants. Pourquoi brusquer les choses, puisque les soviets se bolchevisent rapidement ?

    Début octobre, déguisé en ouvrier, Lénine revient clandestinement à Petrograd. Sous le coup d’un double chef d’inculpation (complot et espionnage), il est recherché par la police. Le 10 octobre, il réunit douze des vingt et un membres du comité central du parti bolchevique. Après dix heures de discussion, il parvient à convaincre la majorité des présents de voter le principe d’une insurrection armée. Lorsque le congrès des soviets entame ses travaux, le 25 octobre 1917, c’est dans le tumulte de l’assaut donné au Palais d’hiver par les gardes rouges et les soldats révolutionnaires. Un dénouement qui répond aux visées du soviet de Petrograd, mais qui n’advient qu’après les injonctions répétées de Lénine. Entre la réunion du congrès pan-russe où les bolcheviks sont majoritaires, et la prise du pouvoir par les armes, cette simultanéité vaut légitimation populaire du coup de force. Minoritaires, avec 105 délégués sur 820, au premier congrès des soviets réuni en juin 1917, les bolcheviks obtiennent la majorité absolue au deuxième congrès qui se tient fin septembre, avec 343 délégués sur 675. Traduisant la poussée bolchevique au sein des organes de la représentation populaire entre l’été et l’automne 1917, ces résultats parlent d’eux-mêmes : les bolcheviks ont pris le pouvoir avec l’appui enthousiaste du prolétariat organisé.

    Si la Révolution d’Octobre est d’abord une opération préventive contre la réaction (Kerenski projetait d’écraser les bolcheviks), elle est donc aussi la manifestation d’une majorité nouvelle dans le pays. La prédominance acquise par les bolcheviks aux soviets de Moscou et de Petrograd en septembre a fait basculer le rapport des forces. Lorsque le congrès pan-russe des soviets élit Kamenev à sa présidence, il signifie à son tour l’adhésion des délégués ouvriers, paysans et soldats de toute la Russie aux thèses bolcheviques. Ainsi Octobre 17 est à la fois un coup de force destiné à déjouer un complot militaire et une violente irruption des masses sur la scène politique. Avec un art consommé de l’insurrection, cette révolution victorieuse a traduit l’efficacité de l’organisation bolchevique tout en ralliant la majorité du prolétariat des villes et des campagnes.

    Impossible, par conséquent, de nier le caractère démocratique de la révolution d’Octobre : comment feindre d’ignorer que les bolcheviks ont conquis la majorité au sein des soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats de toute la Russie ? Et qu’une bonne partie des délégués socialistes-révolutionnaires au congrès pan-russe étaient favorables à l’insurrection, ce dont témoigne la participation active des SR de gauche au comité révolutionnaire de Petrograd ? C’est sur cette majorité ouvrière et paysanne que repose la légitimité de l’insurrection. C’est elle qui porte au pouvoir le Conseil des commissaires du peuple aussitôt créé et présidé par Lénine. C’est elle qui acclame, aussitôt après la prise du pouvoir, les décrets qui viennent honorer la promesse du bolchevisme : le décret sur la paix, le décret sur la terre, le décret sur le contrôle ouvrier.

    En débordant sur leur gauche les soviets eux-mêmes, la bolchevisation spontanée de l’avant-garde ouvrière, conjuguée à la profonde exaspération des soldats, a constitué le principal ressort de la révolution. Si Lénine appelle à l’insurrection dès septembre 1917, ce n’est donc pas en vertu d’un obscur privilège consenti au parti, mais parce qu’attendre davantage, dans de telles conditions, était fatal à la révolution ; parce que le complot militaire ourdi avec la complicité de Kerenski menaçait les conquêtes révolutionnaires ; parce que, compte tenu de la situation internationale, le sort de la révolution européenne aurait été compromis ; parce que l’occupation des terres aurait été privée de la consécration que le décret sur la terre allait lui donner ; parce que la bolchevisation des comités ouvriers aurait débouché sur une immense déception devant l’irrésolution du parti ; parce que l’exaspération de toutes les contradictions de la Russie exigeait d’agir sans tarder.

    Il n’est aucun exemple, avant Lénine, de dirigeant politique ayant fait succéder de la sorte l’acte révolutionnaire à l’analyse méthodique de ses conditions. Car, dans la conduite de la stratégie révolutionnaire, il a toujours suivi le fil rouge de la lutte des classes. Sans le mouvement paysan, les soldats révolutionnaires et les comités ouvriers, le bolchevisme serait resté un chapitre insolite de l’histoire des idées. Chez Lénine, le seul privilège consenti à l’intelligentsia est celui de l’antériorité dans la formulation de la théorie. S’il considère que les intellectuels apportent au prolétariat la conscience de son rôle historique, ils doivent impérativement s’identifier à sa cause. Sans cesse, il affirmera que les bolcheviks ont à apprendre leur tâche auprès de l’homme du peuple, car il sait vraiment ce que l’intellectuel croit savoir.

    La révolution, pour Lénine, est un affrontement armé, une guerre de classes. La révolution est « la guerre des travailleurs et des opprimés contre leurs oppresseurs, contre les tsars et les rois, contre les propriétaires fonciers et les capitalistes, pour délivrer complètement l’humanité des guerres, de la misère des masses, de l’oppression de l’homme par l’homme ! ». Certes, les adversaires de la révolution feront preuve d’indignation sélective : « La bourgeoisie impérialiste internationale a fait exterminer dix millions d’hommes et estropier vingt millions d’autres dans « sa » guerre, déchaînée pour savoir qui, des rapaces anglais ou allemands, dominera le monde. Si notre guerre, la guerre des opprimés et des exploités contre leurs oppresseurs et leurs exploiteurs, entraîne un demi-million ou un million de victimes dans tous les pays, la bourgeoisie dira que les premiers sacrifices étaient légitimes et les seconds criminels ».

    Celui qui n’admet la révolution du prolétariat qu’« à la condition qu’elle se déroule avec facilité et sans heurt ; que l’action commune des prolétaires des différents pays soit acquise d’emblée ; que la révolution suive une voie large, dégagée, bien droite ; qu’on n’ait pas, en marchant à la victoire, à faire parfois les plus grands sacrifices, celui-là n’est pas un révolutionnaire ». Impossible, donc, de se représenter la révolution elle-même « sous la forme d’un acte unique ». Cette « série de batailles » pour des réformes économiques et démocratiques dans tous les domaines, cette transition du capitalisme au socialisme ressemblera plutôt, pour reprendre la formule de Marx, à une « longue période d’enfantement douloureux ».

    C’et pourquoi les « mots d’ordre » ne doivent pas être considérés comme des « talismans » donnés une fois pour toutes. Pour les révolutionnaires, il ne suffit pas d’apprendre des mots d’ordre par cœur : « Il faut apprendre également à choisir le moment opportun pour les lancer ». L’heure de la révolution, autrement dit, n’est pas prévisible. Toutefois, en période révolutionnaire, « ce serait le plus grand des crimes » que de « laisser échapper le moment ». Car les dirigeants ouvriers ne sauraient se borner à reconnaître celle-ci une fois qu’elle a éclaté. C’est avant son avènement que les révolutionnaires en font comprendre la nécessité aux masses et leur en expliquent les voies et méthodes. Et lorsque les conditions objectives d’une crise politique profonde sont réunies, alors ils doivent savoir créer l’occasion ou, tout du moins, savoir la saisir.

    Celui qui « reconnaît uniquement la lutte des classes n’est pas pour autant un marxiste ». Celui-là seul mérite ce nom qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu’à la reconnaissance de la dictature du prolétariat. Pour le dire autrement, la question du pouvoir est la question « la plus importante de toute révolution ». Car le prolétariat a besoin du pouvoir d’État, d’une organisation centralisée de la force, aussi bien pour réprimer la résistance des exploiteurs que pour diriger la grande masse de la population dans la « mise en place » de l’économie socialiste. « Il est de règle que dans toute révolution profonde, les exploiteurs conservant durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée ».

    La « loi fondamentale de la révolution », écrit Lénine en 1920, « la voici : pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. C’est seulement lorsque « ceux d’en bas » ne veulent plus et que « ceux d’en haut » ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher ».

    Telle est la conception de la révolution chez Lénine : lucide et impitoyable. Précipitée par la crise impérialiste, la révolution victorieuse en octobre 1917 est aussi l’acte de naissance de cette fameuse « dictature du prolétariat » qui était annoncée par la théorie et qui passe désormais dans la pratique. Le nouveau pouvoir est un pouvoir révolutionnaire. Propulsé sur le devant de la scène par l’insurrection triomphante, il doit assumer des responsabilités colossales dans un pays dévasté. Face aux impératifs de la lutte contre la réaction, la jeune République des soviets ne reculera devant aucune mesure d’exception. Entraînée sur la pente d’une terrible guerre civile par la contre-révolution armée, elle va se doter d’une Armée rouge de trois millions d’hommes. Encerclée par quatorze puissances impérialistes, elle va se défendre avec acharnement jusqu’à la victoire finale, chèrement acquise au bout de trente mois d’une lutte à mort. Pour combattre un ennemi intérieur complice de l’agression étrangère, les bolcheviks vont se doter d’un appareil répressif. Car leur détermination est sans faille. Le pouvoir des soviets ne finira pas comme la Commune. Il ne fera pas de cadeau à l’adversaire de classe. La démocratie prolétarienne n’est pas la démocratie bourgeoise, et on ne va pas tarder à s’en rendre compte.

  • الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد 55، بتاريخ 20 من كانون الثاني/يناير 2024

    الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد 55، بتاريخ 20 من كانون الثاني/يناير 2024

    يحتوي العدد الخامس والخمسون من نشرة متابعات الأسبوعية على فقرات تُتابع بعض تداعيات العدوان الصهيوني على الشعب الفلسطيني في غزة، ومنها فقرة عن نفاق الحكومة التركية (عضو حلف شمال الأطلسي) والبَوْن الشاسع بين التّصريحات والأفعال، وفقرة عن اقتصاد تونس في ظل توتر العلاقات بين الحكومة وصندوق النقد الدولي وفقرة تُلَخّص تأثيرات الأزمة الإقتصادية على العاملين والفُقراء من الرّاشدين والأطفال وفقرة عن التّدمير والتّخريب الذي تُسبّبه الشركات العابرة للقارات على المجتمعات المحلية، وتتناول الفقرة نموذجًا من تدمير شركة "بولوريه" الفرنسية المَنْشَأ في نيجيريا وفقرة للتعريف بمنظمة شنغهاي للتعاون، في إطار التّعريف ببعض المنظمات الدّولية الإقليمية، وفقرة عن المنافسة بين الصين والدّول الأخرى مجتمعة في مجال صناعة السيارات العادية والكهربائية  

    اعترضت الولايات المتحدة وأوروبا بمجلس الأمن التابع للأمم المتحدة على مشروع قرار لوقف العدوان ولفك الحصار على فلسطينيي غزة، ولما قصفت المقاومة اليَمَنِيّة السفن الصهيونية أو التي تتعامل مع الكيان الصهيوني، والتي تعبر المياه الإقليمية لليمن، ثارت ثائرة الدّول الإمبريالية وصهاينة عرب النفط (عرب أمريكا) ودعت الأمم المتحدة، يوم الثالث من كانون الثاني/يناير 2024، إلى « تأمين خطوط التّجارة الدّولية بالبحر الأحمر »، وكانت القيادة المركزية للجيش الأمريكي (سنتكوم)، التي تشرف على العمليات العسكرية الأمريكية في الشرق الأوسط من قاعدتها العسكرية الضّخمة في البحرين، قد هددت المقاومة اليمنية. وتحدثت المنظمة البحرية الدولية عن الآثار السلبية لتعطيل هذا الممر الملاحي الذي يمثل 15% من التجارة العالمية. أوقفت 18 شركة شحن، بما في ذلك شركات الحاويات العملاقة ميرسك وهاباغ لويد ووان، عملياتها في البحر الأحمر عن طريق إعادة توجيه سفنها حول رأس الرجاء الصالح، مما أدى إلى مضاعفة تكاليف تعريفات الشحن للتجارة بين آسيا وأوروبا وتمديد في عشرة أيام على الأقل في أوقات التسليم.   

    أقرت حكومة الكيان الصهيوني قبل العدوان على فلسطينِيِّي غزة ميزانية العام 2024، وأعادت النظر فيها لتعديلها في بداية سنة 2024، كما أقرت حكومة العدو ميزانية حرب خاصة لعام 2023 بقيمة 30 مليار شيكل (8,33 مليارات دولار) لتمويل العدوان وتعويض المُستوطنين، وسبق أن نشرت وزارة المالية توقعات تفيد إن الحرب قد تستمر حتى شهر شباط/فبراير 2024، وستكلف ما لا يقل عن 50 مليار شيكل (14 مليار دولار) أخرى سنة 2024 مع تأزم الاقتصاد والركود وارتفاع عجز الميزانية إلى نحو 6% من الناتج المحلي الإجمالي، وفدّرت الأوساط غير الحكومية قيمة الإنفاق اليومي للعدو على الحرب بنحو 260 مليون دولارا، وقُدّر الإنفاق الإجمالي المُتَوقّع بنحو 51 مليار دولارا، وأدّى العدوان إلى انخفاض احتياطي النقد الأجنبي بنحو 7,3 مليارات دولارا خلال شهر واحد، وتُقدّر تكاليف استدعاء جنود الإحتياط بنحو 1,3 مليار دولارا، ودرست حكومة العدو هذا الوضع خلال جلسة يوم الخميس 11 كانون الثاني/يناير 2024، التي نظرت في ميزانية الحرب للعام 2024، بعد الإتفاق على دعم مالي بقيمة تسعة مليارات شيكل (أو ما يُعادل 2,5 مليار دولار) لجنود الاحتياط وأُسَرِهِمْ، فيما اقترحت وزارة المالية « إغلاق عشر مكاتب وزارية غير ضرورية… 

    أما عن الخسائر فهي متنوعة حيث انخفض الإستثمار الأجنبي وعائدات السياحة والزراعة وهاجر آلاف المستوطنين، وقد لا تعود نسبة منهم، وعلّقت العديد من شركات الطّيران رحلاتها من وإلى تل أبيب، وارتفعت أسعار تأمين الفضاء الذي تستخدمه وسائل النّقل البحري والجوي والبرّي من وإلى فلسطين المحتلة، حيث تمر نحو 98% من التجارة الخارجية للعدو وتصل نحو 70% من وارداته عبر البحر، وتَراجع نشاط ميناء أم الرشراش بنحو 85%، وارتفعت تكلفة الشحن البحري – من وإلى موانئ فلسطين المحتلة وبين آسيا وأوروبا وأمريكا – بنسبة 173% وفق موقع « فريتوس دوت كوم » وهي شركة متعددة الجنسيات مختصة في عمليات الشحن ورصد البيانات المتعلقة بالنقل البحري، بفعل هجمات المقاومة اليمنية على السُّفُن العابرة لباب المندب والبحر الأحمر، والتي تتعامل مع الكيان الصهيوني، منذ شهر تشرين الثاني/نوفمبر 2023، وارتفع سعر شحن البضائع في حاوية 40 قدما من آسيا إلى شمال أوروبا من 1600 دولارا إلى أكثر من أربعة آلاف دولارا، وعلقت أكبر شركتين للنقل البحري في العالم: « إم إس سي » و « ميرسك » رحلاتهما التجارية عبر البحر الأحمر منذ منتصف كانون الأول/ديسمبر 2023، لتمُرّ سفنهما عبر رأس الرجاء الصالح بجنوب أفريقيا، ما يؤدي إلى ارتفاع تكاليف الشحن، كما علّقت شركة « هاباغ لويد » رحلاتها عبر البحر الأحمر وقناة السّويس، وأعلنت « شركة كوسكو » الصينية العملاقة للشحن والمملوكة للدولة إنها عَلّقت رحلاتها إلى موانئ فلسطين المحتلة، وهي رابع أكبر خط ملاحي للحاويات في العالم، وتسهم بنحو 11% من التجارة العالمية، أما الولايات المتحدة فقد أعلنت على لسان وزير الحرب، يوم 18 كانون الأول/ديسمبر 2023، تشكيل قوة عمل بحرية باسم « حارس الازدهار » تضم 10 دول (بعدما أعلن نفس الوزير مشاركة 25 دولة)، بهدف مواجهة المقاومة اليَمَنية، لأن ثلثَيْ صادرات النفط الخليجي تمر عبر البحر الأحمر وقناة السويس وكذلك نحو 12% من تجارة النفط، و8% من تجارة الغاز المسال، و12% من إجمالي التجارة العالمية، كما تَمُرُّ ثُلُثُ حاويات الشحن في العالم يوميا عبر قناة السويس (193 كيلومترا)، ومن نتائج العدوان كذلك توقُّف رحلات شركة الطيران المجرية « ويز إير » من وإلى فلسطين المحتلة حتى شهر آذار/مارس 2024، وكانت رحلاتها تفوق مائة رحلة أسبوعيا، وألغت العديد من شركات الطيران منخفضة التكلفة رحلات الجوية من وإلى تل أبيب بسبب الحرب، ما اضطر إدارة مطار بن غوريون إلى خفض رواتب ألف موظف وإجبار 600 موظف على الخروج في إجازة غير مدفوعة…

    قدّرت صحيفة « يديعوت أحرونوت » -يوم الأحد 07 كانون الثاني/يناير 2024- تكلفة ثلاثة أشهر من العدوان بما يزيد عن ستِّين مليار دولار، وتشمل التكلفة نفقات الجيش والمساعدات الحكومية للقطاعات الإقتصادية وتعويضات الشركات المتضررة والمجالات الأخرى، وتستنتج الصحيفة إن جيش الاحتلال فشل في تحقيق أهداف الحرب التي دخلت شهرها الرابع… 

    أعلن الجيش الأمريكي تنفيذ عمليات عدوانية ضد اليمن يوم الثلاثاء 16 كانون الثاني/يناير 2024، إثْرَ إصابة سفينة ترفع العلم اليوناني وتُبْحر من فيتنام إلى موانئ فلسطين المحتلة، عبر البحر الأحمر، ويُدْرِج قادة وجيش أمريكا هذا العدوان – كما عشرات الإعتداءات الأخرى عبر العالم – ضمن « حماية الأمن القومي الأمريكي » الذي يُشبه في ضبابيته حدود الدّولة التي أنْشَأها الكيان الصهيوني على أرض شعب فلسطين، فلا أحد يعرف أين تبدأ حُدُود الأمن القومي الأمريكي وأين تنتهي، فهي على ما يبدو تشمل جميع أجواء العالم وبحاره وبَرَارِيه، وتدّعي الولايات المتحدة الدّفاع عن حرية الملاحة، تلك الملاحة التي تَحْظرها على السّفن التي تقترب من جزيرة كوبا أو من فنزويلا وكوريا الشمالية، وكانت صواريخ المقاومة مُوَجّهَة إلى السفن الصّهيونية أو المُتعاملة مع الكيان الصّهيوني، إلى أن أعلنت الحكومة الأمريكية الحرب – تضامنًا مع الكيان الصهيوني – من خلال إنشاء وقيادة قُوّة عسكرية دولية في البحر الأحمر، بعد عَجْزِ قوات السعودية والإمارات والمرتزقة والقوات الخاصة للولايات المتحدة وبريطانيا وفرنسا وغيرها عن إلحاق الهزيمة بالمقاومة اليمنية التي تُدافع عن أراضي اليمن وحدوده البحرية (البحر الأحمر) والبَرِّيّة، وأعلن مسؤولون أمريكيون إن حكومة بلادهم تُخَطّط لإعادة ترسيم المقاومة اليمنية ضمن قائمة المنظمات الإرهابية بعد أن شطبتها منها سنة 2021…

    لا يحظى إنشاء القوة العسكرية الدّولية – بقيادة الولايات المتحدة – بإجماع حلفاء أمريكا من حلف شمال الأطلسي، بينما تتردّد قيادات الإتحاد الأوروبي (رغم إعلانها الدّعم المبدئي للولايات المتحدة وبريطانيا) وتمتنع دول أخرى، مثل فرنسا – على سبيل المثال – عن المُشاركة، وأعلنت السعودية والإمارات ومصر عن المُشاركة (وهي التي شاركت في العدوان على العراق وسوريا وليبيا واليمن)، فيما أعلن بعض المديرين التنفيذيين للمجموعات المصرفية الدولية في منتدى دافوس عدم ارتياحهم للتصعيد الأمريكي في البحر الأحمر لأنه « قد يسبب ضغوطا تضخمية وقد يؤدي إلى تأخير أو عكس تخفيضات أسعار الفائدة وتعريض الآمال في هبوط اقتصادي ناعم في الولايات المتحدة للخطر… كما تؤدّي اضطرابات البحر الأحمر إلى تعطيل الواردات الأوروبية وارتفاع تكلفة البضائع القادمة من آسيا إلى أوروبا وإلحاق الضّرر بالمستهلكين الأوروبيين وبالاقتصادات المتقدمة فضلا عن ارتفاع أقساط التأمين على الشحنات العابرة للبحر الأحمر…

    أدّى التّأخير في تسليم المواد الخام إلى احتمال وقف الإنتاج في أربعة مصانع مملوكة لشركة صناعة الإطارات الفرنسية ميشلان، بأسبانيا، بسبب توقُّف سفن الحاويات مؤقتًا عن عبور البحر الأحمر، أو تغيير مسارها من البحر الأحمر المؤدي إلى قناة السويس، أسرع طريق شحن من آسيا إلى أوروبا (تمر حوالي 12% من حركة الشحن العالمية من هذه الطريق)، للإبحار حول رأس الرجاء الصالح في جنوب أفريقيا بدلاً من ذلك، مع تأخير بمعدل 12 يوما للرحلة الواحدة، وذكرت صحيفة وول ستريت جورنال يوم الثلاثاء 16 كانون الثاني/نوفمبر 2014، أن الولايات المتحدة أوقفت جميع الشحنات عبر البحر الأحمر إلى أجل غير مسمى، فيما أوردت وكالة رويترز، يوم الإربعاء 17 كانون الثاني/يناير 2024، تحذيرات الرأسماليين ورجال الأعمال المُشاركين في منتدى دافوس من تعطيل الشحن الذي قد يؤثر على سلاسل الإمداد لعدّة أشهر ويؤدي إلى نقص الناقلات اللازمة لنقل الوقود وإلى ارتفاع أسعار الشحن التي تضاعفت خلال شهر كانون الأول/ديسمبر 2023، وإلى تباطؤ التجارة بين آسيا وأوروبا عبر البحر الأحمر، أحد أهم شرايين التجارة وسلاسل الإمداد العالمية، وتتخوف السلطات الإيطالية من استمرار تعطيل الموانئ الإيطالية التي أثّرت على تدفق الإمدادات وعلى نشاط الشركات…  

    لم تُدِن الحكومة التركية العملية التي نفّذتها المقاومة الفلسطينية يوم السابع من تشرين الأول/اكتوبر 2023، وتُدِين الحكومة التّركية ظاهريًّا « الأعمال التي ترتكبها إسرائيل في غزة »، ويُصَرّح الرئيس التّركي وأعضاء حكومته وحزبه « العدالة والتنمية » (إخوان مسلمون) بضرورة إحالة ملف الإحتلال الصّهيوني إلى المحكمة الجنائية جرّاء الجرائم التي يرتكبها جيش الإحتلال في غزة (وليس في الأراضي الفلسطينية الأخرى؟)، وَشَّبَه الرئيس أردوغان علنًا « نتنياهو » بهتلر بسبب « جرائم الحرب الإسرائيلية المرتكبة في غزة »، غير إن الوقائع تُكَذِّبُ التّصريحات العَنْتَرِية لرجب طيب أردوغان وصَحْبه، فقد ارتفعت قيمة صادرات تركيا نحو الكيان الصهيوني، سنة 2023، بنسبة 34,8% من 319,5 مليون دولار خلال شهر تشرين الثاني/نوفمبر إلى 430,6 مليون دولار بنهاية كانون الأول/ديسمبر 2023،  وبينما دعا « بلال »، أحد أبناء أردوغان إلى مُقاطعة الكيان الصهيوني، كان شقيقه ( بوراك) يعقد الصفقات التجارية مع الصهاينة وكانت سُفُنُه تحمل السلع التركية إلى فلسطين المحتلة، بدون انقطاع، وتواصلت العلاقات التجارية والسياحية والعسكرية حيث شحنت السفن التركية، انطلاقًا من ميناء « جيهان »، أسلحة إلى الجيش الصهيوني، ودافع وزير الحرب التركي « هاكان فيدان » خلال تصريح علني يوم 01 كانون الأول/ديسمبر 2023، عن « فوائد التجارة الثنائية بين تركيا وإسرائيل، التي لا تضر بالقضية الفلسطينية »، وقَدَّرَ معهد الإحصاء التركي (TurkStat) صادرات الأسلحة التّركية  إلى الكيان الصهيوني، خلال شهر تشرين الأول/أكتوبر 2023، بقيمة 105 آلاف دولار، وبلغت القيمة المُعْلَنَة لهذه الصادرات الحربية طيلة سنة 2023، بأكثر من 823 ألف دولارا

    تميّزت العلاقات بين حكومة تونس وصندوق النّقد الدّولي بالإضطراب والتّوتُّر منذ الرّبع الأخير من سنة 2022، وطلبت السّلطات التُّونسية – التي أشارت إلى ضّغوط وشروط الصّندوق التي قد تُؤَدِّي إلى تهديد الأمن الإجتماعي للبلاد – إلغاء الزيارة التي كانت مُقَرَّرَة لبعثة صندوق النّقد الدّولي إلى تونس في كانون الأول/ديسمبر 2023، وتم تأجيلها إلى أجل غير مُحَدّد، وفي الخامس من كانون الثاني/يناير 2024، أدرج صندوق النقد الدولي تونس، لأول مرة، منذ أكثر من ستة عُقُود، ضمن قائمته السلبية المُحَيَّنَة، وهي قائمة الدّول التي طالت المفاوضات مع حكوماتها وتجاوزت 15 شهرًا، ومن بينها فينزويلا واليمن وبلاروسيا وتشاد وهايتي وميانمار وقد يُعَسِّرُ هذا التّصنيفُ الحصولَ على تمويلات خارجية،لأن الدّول الغنيّة تشترط التّوصّل إلى اتفاق مع صندوق النّقد الدّولي قبل الموافقة على القُروض في إطار الاتفاقات الثنائية،

    تُؤَدِّي بعثات صندوق النّقد الدّولي ما لا يقل عن أربع زيارات بالإضافة إلى « المشاورات » السّنوية التي تُتِيح لبعثة الصّندوق الإقامة بتونس على حساب قُوت الشّعب والإطلاع على كافة الوثائق الرسمية ولقاء الأحزاب والنقابات والجمعيات وموظفي الدّولة، بهدف « الاطلاع على الأداء الاقتصادي للبلاد »، ويُطالب الدّائنون، وفي طليعتهم صندوق النقد الدّولي وأخوه البنك العالمي كافة البلدان المُقْتَرِضَة بتنفيذ « برامج إصلاح هيكلي » أو « تَكَيُّف اقتصادي » يتضمن خفض الإنفاق الحكومي (باستثناء الإنفاق العسكري والأمْنِي) وإلغاء نظام الدعم لأسعار السلع والخدمات الأساسية، وإلغاء دعم قطاعات الفلاحة والنقل والسّكن، وإلغاء الوظائف وخفض الأجور وزيادة الضرائب غير المباشرة وخصخصة مؤسسات القطاع العام وخفض قيمة العُملة المَحلّيّة التي خسرت 52% من قيمتها (مقابل الدّولار) خلال عشر سنوات، أي منذ سنة 2013، سنة الإغتيالات السياسية للمُعارضين لأداء حكومات الإخوان المسلمين…

    استمر الوضع المالي هَشًّا وبقيت الدّولة التونسية مُهَدّدة بالتّخلّف عن سداد الدّيون التي حل أجل تسديدها، وعجزت الدّولة عن توريد الحبوب ومشتقاتها والأرز والحليب والسّكّر والقهوة، والأدوية، ولئن نجحت الحكومة في الخروج من هذا الوضع السّيّء للغاية وتخفيض العجز التجاري وعجز ميزانية سنة 2023، فإن ذلك كان على حساب المواطنين الذين لا يُمكّنهم دخلهم الضّعيف من مُواكبة الإرتفاع الجنوني للأسعار وشح العديد من السّلع والأدوية، وقَدّرت وزارة المالية – من خلال وثيقة موازنة 2024 – حجم القُروض التي تحتاجها الحكومة هذا العام (2024) بنحو 28,4 مليار دينارًا أو ما يُعادل 9,2 مليار دولارا، منها 5,3 مليار دولارا من القُروض بالعملات الأجنبية، وأعلن الرئيس قيس سعيد استبعاد اللجوء إلى صندوق النّقد الدّولي بسبب الشروط القاسية التي يفرضها بعنوان « الإصلاحات الإقتصادية والمالية » التي أدّت إلى تَغَوُّل المنظومة المصرفية التي أقرضت الدّولة بفائدة مرتفعة، ما جعل قطاع المصارف يُحقق أرباحًا بنسبة 13% سنة 2022، وقد تكون أعلى من ذلك سنة 2023…

    تضاعف حجم الدُّيُون الخارجية، بين سنتَيْ 2012 و 2021، وارتفع حجم التداين بنسبة 20% بسبب خفض قيمة العملة المحلية (الدينار) أما الدّيْن العام فقد ارتفع بنسبة 30,5% من الناتج المَحلِّي الإجمالي، خلال خمس سنوات ( من 2013 إلى 2018) – وردت معظم البيانات بموقع وكالة تونس إفريقيا للأنباء التي تم الإطلاع عليها يوم العاشر من كانون الثاني/يناير 2024

    حذرت منظمة العمل الدولية منذ بداية سنة 2023 من أن أصحاب العمل يستغلون الأزمات الأزمة الاقتصادية لإجبار المزيد من العمال على قبول وظائف غير مستقرة وذات جودة منخفضة وزهيدة الأجر دون حماية اجتماعية، مما يؤدي إلى تفاقم عدم المساواة، كما أشارت المنظمة إن تباطؤ النمو الاقتصادي وتراجع التَّوْظِيف وارتفاع تكاليف المعيشة يهدد بدفع المزيد من الناس إلى الفقر، في حين تزداد الحاجة إلى العمل اللائق والعدالة الاجتماعية، وتوقّعت أن لا يتجاوز النمو العالمي – سنة 2023 – نسبة 1% (مقارنة بـ 2% سنة 2022)، ومن المتوقع أن يرتفع مُعدّل البطالة العالمية إلى 5,8%، أي أكثر من 3 ملايين شخص في عام 2022، بتفاوتات كبيرة بين الدّول، علاوة على ذلك، بلغ عدد العاملين بالقطاع غير الرّسمي، سنة 2022 حوالي ملْيَارَيْ عامل ويعيش 214 مليون عامل في فقر مدقع (بدخل يَقِلُّ عن 1,90 دولار في اليوم)، أو حوالي 6,4% من عمال العالم، فيما يتجاوز معدل البطالة 8,5% في الدول العربية و7,4% في دول أفريقيا جنوب الصحراء الكبرى، وترتفع نسبة البطالة لدى فئات النساء والشباب.

    كما يستغل أصحاب العمل الفقر لتشغيل الأطفال، وقَدَّرَ تقرير مشترك لمنظمة العمل الدولية ومنظمة الأمم المتحدة للطفولة (يونيسف) في بداية العام 2020، إن أكثر من 160 مليون طفل – 63 مليون فتاة و97 مليون فتى – يضطرّون للعمل (168 مليونًا سنة 2021)، أو 8,4 مليون إضافِيّين بين سنتَيْ 2017 و 2020، أو واحد من كل عشرة أطفال تقريبًا في العالم، ويقوم ما يقرب من نصف هؤلاء الأطفال بأعمال خطيرة تهدد صحتهم الجسدية والعقلية، وأشار تقرير لمنظمة العمل الدولية نشر سنة 2022 إلى زيادة في عدد الأطفال الذين تتراوح أعمارهم بين 5 إلى 11 سنة الذين يقومون بأعمال خطرة، ولئن انخفض معدل انتشار عمالة الأطفال في آسيا وأمريكا الجنوبية، فإنه زاد في أفريقيا بين سَنَتَيْ 2012 و2021.

    توسّعت مجموعة الملياردير الفرنسي « فانسنت بولوريه » في إفريقيا بفعل علاقاته مع السّلطة وبالأخص نيكولا ساركوزي ومن جاء بعده، وتمتلك إحدى شركاته (سوكفين –  Socfin ) في جنوب نيجيريا، مزرعة ضخمة للمطاط ونخيل الزيتفي جنوب نيجيريا، أكبر دولة إفريقية بعدد السّكّان ( 215 مليون نسمة) وبحجم الناتج المحلّي الإجمالي (441 مليار دولارا سنة 2021) وهي أكبر منتج إفريقي للمحروقات، وأدّى فساد السلطات المتتالية في نيجيريا إلى استغلال سُكّانها ( وكذلك سكان مصر والهند…) من قِبَل شركات الأدوية لإجراء التجارب السَّرِيرِيّة قبل الحصول على ترخيص لترويجها في الأسواق، ومن قِبَل الشركات العابرة للقارات في مجالات عديدة من بينها شركات المزارع الكُبرى مثل « سوكفين –   Socfin  » التي واجه السّكّان المحلِّيُّون تَوسُّعَها الذي أدّى إلى مُصادرة الأراضي والتهجير القَسْرِي للسّكّان وتلوث المياه والبطالة، وفق « مرصد الشركات متعدّدة الجنسيات »، وأنشأت مجموعة بولوريه شركة أخرى تحت إسم  (  Okomu Oil Palm Company PLC  ) تُدِير مزرعة مطاط شاسعة (ثمانية آلاف هكتار) ومزرعة نخيل الزيت بمساحة عشرين ألف هكتار جنوب غرب ولاية إيدو بنيجيريا، يتم تصدير إنتاجهما إلى أوروبا، وقُدِّرت أرباح المزرعَتَيْن بأكثر من أربعين مليون دولارا سنة 2021 وبنحو ستين مليون دولار سنة 2022، ولا يجني السّكّان الذين رَفَضُوا منذ سنة 2010 التوقيع  على مذكرة تفاهم، سوى التلوث والفقر، وتنص مذكرة التفاهم هذه أن يعترف السّكّان القرويون بأن أراضيهم مملوكة لشركة أوكومو لزيت النخيل وأنهم مجرد مستأجرين…

    يتهم السكان الشركة بتهديم ثلاث قرى وحرمان الأطفال من مدارسهم وتدمير الأراضي الزراعية، بين سنتَيْ 2005 و 2008، مما أدى إلى التهجير القسري للسكان الأصليين، وتدمير الأراضي الزراعية لتوسيع مزارع الشركة التي استحوذت على حوالي أَربعة آلاف هكتار إضافية لتُسيطر على أكثر من 33 ألف هكتار من الأراضي الزراعية على ضفاف النّهر الذي كان يستخدمه المُزارعون لرَيّ أراضيهم، كما استحوذت على مَحْمِيّة غابات أوكومو، بتواطؤ من السّلطات المَحلِّيّة والحكومة التي لم تَسْتَشِر السّكّان ولم تدفع لهم تعويضات وبقي سُكّان قُرى ومنطقة أوكومو معزولين لا يمكنهم التنقل سوى عبر الأراضي التي استحوذت عليها الشركة وأصبحت ملكًا لها، ما حَرَمَ السكان الصيادين والمزارعين من نقل منتجاتهم إلى سوق المدينة.والأطفال من الوصول إلى المدرسة البعيدة عن المُخَيّمات التي نُقِلُوا إليها، ثم حَفَرت شركة « سوكفين » خندقًا ضخمًا حول مزرعتها سنة 2022، ولم يعد بإمكان السكان الدخول أو الخروج.، خصوصًا خلال موسم الأمطار، حيث تُلَوِّثُ مياه الخنادق المحملة بالأسمدة نهر « أوكومو »، المصدر الوحيد لمياه الشرب، وتقتل الأسماك، ونظّم السّكّان احتجاجًا خلال شهر أيار/مايو 2022، عند مدخل الشركة، مطالبين بإغلاق الخندق وبإعادة فتح الطريق الوحيد المؤدي إلى قراهم وأطلقت مليشيات الشركة النّار على المتظاهرين وجرحت بعضهم، وفق بعض أشرطة الفيديو التي نشرتها منظمة حقوق البيئة النيجيرية ( ERA )  وبعد ستة أشهر من الإحتجاجات فتحت الشركة بوابة لعبور السّكّان، لكن الشركة لا تزال تضخ المياه المُلوثّة من المزرعة نحو نهر أوكومو الذي أصبحت مياهه تحتوي على مستويات عالية من المواد الصلبة الذائبة والكلور والأسمدة الكيماوية، فضلا عن مستويات عالية من الأكسجين المذاب الذي يمكن أن يضر الإنسان والحيوانات والأسماك والحياة البَرِّيّة والبحرية، وقَدّمَ السّكّان المحلّيّون شكاوى عديدة إلى رئاسة الجمهورية والمحافظ، دون نتيجة…

    أسست الصين وروسيا وكازاخستان وقيرغيستان وطاجيكستان وأوزباكستان منظمة شنغهاي للتعاون سنة 2001، لتحل محل “مجموعة شنغهاي” التي نشأت سنة 1996، وهي منظمة حكومية دولية أوروآسيوية ذات توجه سياسي واقتصادي وأمني. تستند المنظمة إلى ما يُسمّى بـ“روح شنغهاي”، وهي بذلك تركّز على بناء الثقة المتبادلة وحسن الجوار بين الدول الأعضاء، وعدم التدخل في شؤونها الداخلية. كانت المنظمة تعنى في بداياتها بالمسائل المتعلقة بالأمن بشكل أساسي، مثل مكافحة الإرهاب والنزعات الانفصالية والتطرف الديني وتجارة المخدرات، ثم توسعت تدريجيًا لتشمل الهند وباكستان ولتُصبحَ – في فترة قصيرة نسبيا – أكبر منظمة إقليمية في أوراسيا، حيث يمثّل الدول الأعضاء ما يقرب من 40% من سكان العالم، وثلث الناتج الاقتصادي العالمي، وتستعدّ للنظر في طلبات الإنضمام التي قدّمتها دول أخرى، بعد ضَمّ إيران ومُشاركة مصر وقَطَر كملاحِظَيْن خلال قمّة سمرقند (أيلول/سبتمبر 2022 ) قبل التحاق الإمارات والسعودية والبحرَيْن والكُوَيت، ما ساهم في تعزيز التبادل التّجاري بين مَشْيَخات الخليج ودول جنوب وشرق آسيا وبالخصوص مع الصّين، ثاني أكبر اقتصاد عالمي، وكانت الصّين قد طرحت ( بدعم من روسيا والهند وهي دول عضوة في مجموعة بريكس) تمويل مشاريع البنى التحتية في منطقة غربي وشرقي آسيا التي تحتاج إلى الطرقات البرّية والحديدية والموانئ البحرية والجوية وخطوط الإتصالات ونقل المحروقات والكهرباء، دون فَرْض شُرُوط سياسية، ما يُعَدُّ منفَذًا للدّول التي تستهدفها عُقوبات الولايات المتحدة، مثل روسيا وإيران، غير إن الصّين تبتَزُّ هذه الدّول (إيران وروسيا) من خلال فَرْض شراء المحروقات بأسعار مُتَدَنِّيَة ومن خلال زيادة صادراتها نحو هذه الدّول وغزْوِ أسواقها، كما استفادت الصّين من اهتمام دُوَيْلات الخليج بمنظمة شنغهاي لتصبح الصين أكبر شريك تجاري لها سنة 2021، بقيمة 230 مليار دولار، أو حوالي أربعة أضعاف حجم التجارة بين دويلات مجلس التعاون الخليجي والولايات المتحدة، فضلاً عن التعامل بالعملة الصينية “الرنمينبي”، في مجال الطاقة، واستفادت الصين من توسيع مبادرة الحزام والطريق (طرق الحرير الجديدة) وزيادة استثماراتها لتبلغ 140 مليار دولار في الخليج وتعمل الصين على توسيع نفوذها الإقتصادي ليشمل النقل والصناعة والإتصالات والطاقات المتجددة، في إطار استراتيجيتها من أجل الإطاحة بنظام « القُطب الواحد » الذي تُهيمن عليه الولايات المتحدة، وبناء « عالم مُتعدّد الأقطاب »…

    لا تزال منظمة شنغهاي للتعاون هَشّة لكنها نشأت وتمكّنت من التّوسُّع في منطقة كانت منطقة نفوذ أمريكي، وتتحول تدريجيًّا إلى منطقة نفوذ القوى المَحَلِّيّة، مثل روسيا والصّين

    ارتفعت مبيعات السيارات الصينية بنسبة 62% وارتفع حجم صادراتها بشكل ملحوظ، بفعل تَطَوُّر صناعة السيارات الكهربائية، ما جعل جمعية سيارات الركاب الصينية تتوقّع خلال مؤتمر صحفي يوم الثلاثاء 09 كانون الثاني/يناير 2024 أن تتفوق الصين على اليابان كأكبر مُصَدّر للسيارات في العالم سنة 2023، كما أصبحت الصين أكبر سوق للسيارات في العالم، ومن المتوقع أن يصل إجمالي صادرات الصين من السيارات إلى 5,26 مليون وحدة للعام 2023 بأكمله بقيمة حوالي 102 مليار دولار أمريكي، فيما لا يُتَوَقَّعُ أن تتجاوز صادرات اليابان للعام بأكمله حوالي 4,3 مليون وحدة، وفقًا للجمعية الصّينية، وتفوقت شركة « بي ي ودي » ( BYD) الصينية على شركة تسلا الأمريكية في مبيعات السيارات الكهربائية خلال الربع الرابع من سنة 2023، ما أثار خوف شركات صناعة السيارات الأمريكية والألمانية واليابانية، التي كانت تحتكر الأسواق العالمية، وحاولت السلطات الأمريكية والمفوضية الأوروبية ( الهيئة العُليا للإتحاد الأوروبي، والتي تُمثل الحكومات ) عرقلة التقدم الصيني، ففتحت تحقيقات خلال شهر أيلول/سبتمبر 2023، بشأن الدّعم الحكومي للسيارات الكهربائية الصينية، كمُقدّمة لرفع قيمة الرُّسُوم الجمركية على السلع الصينية، بما فيها الألواح الشمسية والحواسيب والهواتف المحمولة والسيارات الكهربائية، وبعضها تصنعه شركات أوروبية وأمريكية في الصّين التي غَيّرت توجهاتها الإقتصادية منذ أزمة 2008/2009 – دون الخروج عن مبادئ الإقتصاد الرأسمالي – فزادات الأُجُور وشجّعت الفئات الوسطى الصينية على شراء السيارات والتجهيزات المنزلية الجديدة، من خلال تقديم دعم مالي، وبذلك أصبحت برامج التنمية تعتمد على ارتفاع الطّلب الدّاخلي، بدل الإعتماد على التّصْدِير، ولذلك انتعشت سوق السيارات المحلية في الصين، وهي الأكبر في العالم، سنة 2023، حيث ارتفعت مبيعات السيارات بنسبة 5,3% إلى 21,93 مليون للعام الثالث على التوالي من النمو، وارتفعت مبيعات السيارات التي تعمل بالبطاريات النقية في الصين بنسبة 742% في عام 2022 وبنسبة 20,8% سنة 2023، ونمت مبيعات السيارات الهجينة، وهي بأسعار معقولة اقتصاديًا أكثر من السيارات الكهربائية النقية، بنسبة 160,5% سنة 2022 وبنسبة 82,5% سنة 2023، وبالمقابل انخفضت مبيعات السيارات الأجنبية في الصين، وأعلنت شركة الهواتف المحمولة « شوامي » ( Xiaomi ) دُخول سوق صناعة السيارات الكهربائية وتهدف أن تصبح واحدة من أكبر خمس شركات لصناعة السيارات في العالم، وفق ما أوردَتْهُ وكالة رويترز 09 كانون الثاني/يناير 2024 

    الطاهر المعز 

  • Amel.B-ANTISEMITISME ou ANTICOMMUNISME.

    Amel.B-ANTISEMITISME ou ANTICOMMUNISME.
    Le titre réel est ANTISEMITISME,  ANTICOMMUNISME. Mes lacunes en informatique ne m'ont pas permis de le reproduire en titre.(Mohamed Bouhamidi)

    Le « Nazisme » est la contraction de « national-socialisme » ou Nationalsozialismus en allemand.

    Mais en quoi consiste l’idéologie Nazie ? et son apparition en Europe au lendemain de la Grande Guerre était-elle spontanée ?

    Afin de comprendre l’avènement du nazisme, il faut remonter à la fin de la Première Guerre Mondiale. Les communistes viennent de prendre le pouvoir dans l’Empire Russe qui s’effondre suite à la Révolution d’octobre 1917. L’Empire d’Allemagne ne va pas tarder à s’effondre à son tour pour laisser place à la République de Weimar en 1919. La probabilité d’une Révolution de type marxiste apparaît de plus en plus concrète. Les soulèvements populaires et ouvriers se multiplient (Révolte des communistes Spartakistes, République insurrectionnelle soviétique de Bavière, l’Octobre allemand…etc.) malgré la répression violente de toute tentative communiste. Un mouvement anti-communiste se dessine à travers les putschs organisés par la droite et l’extrême-droite (le putsch avorté d’Adolf Hitler en 1923.) mais aussi des assassinats et des batailles de rue entre les communistes et des milices d’extrême droite, qu’on appelle les « corps-francs ».

    Avec la crise de 1929, la menace Révolutionnaire pointe à nouveau, ce qui suscite l’inquiétude du patronat allemand. Ils se lancent en quête d’un messie  en Allemagne qui les débarrasserait de la nuisance révolutionnaire, ce messie n’est nul autre que le fameux Adolf Hitler. L’avènement du Führer au pouvoir signifierait non seulement des politiques socialement régressives, le capitalisme allemand sera sauvé (et pour preuve, beaucoup de grandes marques allemandes encore célèbres ont vu le jour sous le nazisme) ainsi que d’impressionnantes conquêtes impérialistes. Hitler s’efforcerait également de réaliser le rêve le plus ambitieux non seulement de l’élite allemande, mais aussi de l’élite internationale: la destruction de l’Union soviétique. Cependant, ce projet s’est soldé par un échec lamentable.  

    Contrairement à ce qu’on nous dit trop souvent, le parti Nazi n’a jamais obtenu la majorité lors d’élections libres, ce n’est que grâce au soutien actif du capital industriel et du capital financier, notamment juif qu’Hitler a pu accéder au pouvoir. La fausse allégation selon laquelle Hitler a été élu par une majorité électorale sert strictement à responsabiliser le peuple de son arrivée au pouvoir, exonérant ainsi l’élite de toute responsabilité. Une quasi-majorité d’industriels allemands (Fritz Thyssen, Krupp, IG-Farben…) et étrangers (Louis Renault, General Motors, Henry Ford, Rockefeller…) et surtout du capital juif ont directement soutenu l’établissement de la dictature nazie.

    Sydney Warburg, copropriétaire de la banque juive Kuhn, Loeb and Cie, décrit dans un livre publié en 1933, trois conversations qu’il aurait eu avec Hitler à la demande de financiers américains, de la Banque d’Angleterre et de grandes compagnies pétrolières pour discuter des paiements au parti Nazi.

    Le livre indique qu’Hitler a reçu 10 millions de dollars de Kuhn, Loeb and Cie en 1929, puis 15 millions de dollars en 1931 et 7 millions de dollars lorsqu’il a pris le pouvoir en 1933. Ironie du sort, des juifs auraient financé eux-mêmes le massacre d’autres juifs (qui se trouvaient être également communistes : 80 % des membres du premier gouvernement soviétique étaient juifs.)

    Les Nazis ont en effet pris modèle sur leur aîné italien, le fascisme mussolinien. Les banquiers et industriels ont réussi à hisser Mussolini sur la scène du pouvoir politique pour qu’il fasse ce qu’on attendait de lui : baisser les salaires, se débarrasser du système démocratique en abolissant le suffrage universel et en faisant reculer les réformes sociales comme la journée de huit heures, apprendre aux travailleurs la « discipline » nécessaire et le respect de leurs supérieurs, et éliminer les syndicats ainsi que les partis socialistes et communistes. L’élite de toute l’Europe a été fortement impressionnée par les travaux antidémocratiques de Mussolini. En 1926, alors qu’une grève générale faisait rage en Grande-Bretagne, Churchill fut extrêmement contrarié, il proposa de pulvériser les mineurs en grève avec des mitrailleuses et déclara dans ce contexte que Mussolini, « le génie romain, le plus grand législateur parmi les hommes », « avait rendu service au monde entier » en montrant comment il fallait lutter contre les forces subversives.

    L’Espagne a connu un scénario très similaire par le biais d’une guerre civile visant à remplacer la démocratie naissante par un régime semi-militaire et semi-fasciste dirigé par Francisco Franco. Des systèmes plus ou moins démocratiques avaient émergé à la fin de la Grande Guerre au Portugal, en Hongrie, en Finlande et en Pologne. Mais au cours des années 1920 et 1930, ces démocraties ont été démantelées par les grands propriétaires terriens, les industriels et les banquiers, généralement avec la bénédiction de l’Église et l’aide de l’armée. L’une après l’autre, elles ont été remplacées par des systèmes autoritaires hostiles à la démocratie et surtout à la Révolution. À la fin des années 1930, il ne restait plus en Europe qu’une poignée de pays formellement démocratiques. Mais dans ces pays aussi, les élites se sont efforcées de liquider les systèmes « parlementaires » présumés inefficaces et de les remplacer par des systèmes autoritaires dirigés par des « hommes forts » comme Hitler, Horthy, Mussolini, Mannerheim, Pilsudksi, Franco et d’autres.

    Sources :

    -Mohamed Taleb_Palestine, Le plus grand hold-up du 20eme Siècle.

    -Jacques Pauwels, The Great Class War.

  • Un entretien avec Bruno Guigue [vidéo]-L’OTAN VEUT CASSER DES BRICS – Vers une guerre mondiale ?

    Un entretien avec Bruno Guigue [vidéo]-L’OTAN VEUT CASSER DES BRICS – Vers une guerre mondiale ?


    Bruno GUIGUE est diplômé de l’ENS Ulm et de l’ENA, titulaire d’un master de philosophie et d’un master de géopolitique. Il a fait une carrière de haut-fonctionnaire avant d’être limogé en 2008 par la ministre Alliot-Marie, alors qu’il était sous-préfet, pour avoir dénoncé les meurtres de l’armée israélienne. Aujourd’hui, il est professeur en philosophie politique et analyste géopolitique.

    Il a notamment publié aux éditions Delga :

    – Chroniques de l’impérialisme (2017)

    – La Fable du libéralisme qui sauve le monde (2019)

    ******

    > Présentation

    > Fin de la domination de l’Occident sur le monde ?

    > Quelle réaction de l’impérialisme étasunien ?

    > Guerre en Syrie : un tournant ?

    > Guerre en Ukraine : échec de l’OTAN ou bourbier pour la Russie ?

    > Le rapprochement Russie/Chine et la montée de la Chine

    > Le conflit israélo-palestinien

    > L’Iran et l’Arabie Saoudite

    > L’enjeu des élections présidentielles étasuniennes de fin 2024

    > L’action des Houthis du Yémen en soutien à la Palestine

    > La situation en Afrique

    > La situation en Amérique latine et notamment au Brésil

    > Nouvelles routes de la soie et développement des forces productives

    > Un impérialisme chinois ?

    > Vers une nouvelle guerre mondiale ?

    > Quelles opportunités pour les révolutionnaires ?

  • Mohamed Bouhamidi-Sur la Constitution Laraba, l’identité imaginaire, le climat des affaires, le 1er novembre, la Société Civile et autres questions….

    Dans un post, j'ai critiqué les positions d'un groupe anonyme que se fait appeler "écho des gens d'en bas". Abdelatif Rebah et Ali Bendris s'en pris à moi, révélant leur leadership de ce groupe me dédiant de débattre avec faits et arguments sur les grandes questions que doit affronter notre pays. Je ne leur répond pas spécialement, car exposant mes points de vue publiquement, je donne droit à tous et à chacun d'exprimer leurs désaccords dans les formes qui leur conviennent.
    La question la plus urgente et importante, la question décisive, est celle de la nature de l'Etat. En attendant de questionner si l'Etat algérien est un Etat-nation, un Etat national ou un Etat de classe, je vous propose la lecture ou la relecture de ma critique de la Constitution Laraba écrite sans la moindre consultation citoyenne effective et rendue effective avec le taux d'approbation que chacun connait.
    Cette critique de la constitution pointe toutes les faiblesses qui entraveront une véritable activé souveraine de notre Etat.
    Les prochains textes que je dois écrire seront dans l'ordre
    1/ L'Etat algérien est-il un Etat-nation ?
    2/ L'Etat algérien est-il encore l'Etat national de l'époque de Boumediene ou a-t-muté définitivement en Etat de classe
    Bonne lecture

       Le 12 septembre 2019, des amis m’ont demandé de réagir dans l’urgence à l’irruption du néologisme « Tamazgha » dans les rumeurs sur le projet de la Constitution Laraba. Je n’avais pas à ma disposition ce texte. Je m’étais intéressé à comprendre comment ce néologisme a pu séduire tant de personnes adultes ou jeunes. Comment une fabrication d’une identité pouvait ainsi obtenir tant de succès ? J’ai donc parlé de ce néologisme et de ce qu’il actualisait de  nos complexes de colonisés. Bien sûr, les outils de Franz Fanon me furent précieux. C’est donc un essai de compréhension du contexte culturel et historique de ce phénomène d’adhésion à une fabrication identitaire si clairement opposée à notre identité algérienne, et si clairement revendicatrice d’un Etat ethnique et ethniciste comme le préconisent et le mettent en œuvre partout où ils peuvent les milieux de l’Impérialisme, du Sionisme et de Néo-colonialisme.

        J’ai ajouté une autre vidéo :  » Entre zoologie et anthropologie : naissance d’un ethnicisme et d’un racisme algériens », pour débattre du recours obsessionnel à la génétique afin de prouver une pureté raciale des populations d’origine de notre pays. Les recours à la pureté raciale portent en eux les marques du nazisme et du fascisme. Ces recours à la biologie ont été en usage au  19ème siècle pour prouver notre infériorité à tous, noirs, juifs mais aussi arabes ET berbères confondus dans la même dénomination d’Arabes. Faut-il rappeler à tous ces nouveaux racistes que selon toutes les religions, tous les mythes, toutes les croyances ancestrales,  l’humanité naît en entrant dans la culture et donc en sortant de la nature ? Les hommes en général et chaque groupe d’hommes ne peuvent être identifiés en tant que tels que par leur culture, pas par leur biologie.

       Ces deux vidéos ne répondaient pas à la Constitution Laraba dont on ignorait le contenu. Mais toute constitution comme toute législation, toute forme du droit en réalité, traduit en termes juridiques  une philosophie du Droit et toute philosophie du Droit repose sur une philosophie de l’Homme et de la société. Ces deux vidéos contribuaient au débat sur la philosophie sous-jacente de ce néologisme « Tamazgha », et le glissement du sens de Tamazight dans le  travail de l’Académie Bebère et du Congrès Mondial Amazigh.

        Ces deux ONG promotrices de cette identité ont porté ce processus à son terme. Ils en ont fait une question inscrite aux travaux du Comité des Nations Unies pour les droits économiques sociaux et culturels. Dans sa 44ème session en mai 2010, ce comité  a recommandé à l’Etat algérien  de reconnaître le Tamazight comme langue officielle, d’en assurer l’enseignement, de proscrire la polygamie et  le tutorat des femmes et d’autoriser le mariage d’une musulmane avec un non musulman. Ce Comité ne débat pas des Droits de l’Homme mais des droits des ethnies et des peuples opprimés, peuples natifs et indigènes ou sous occupation. Polygamie, tutorat et mixité religieuse dans le mariage sont la couverture moderniste du pri

    Cette recommandation avec ses arrières plans philosophique et politique est désormais inscrite dans notre constitution. L’Etat algérien s’inscrit désormais comme Etat distinct des populations et donc de leurs territoires comme l’ont été les Etats mandataires. Ceux qui formulent ces recommandations entravent le développement de notre Etat-nation et de notre conscience nationale, pour les maintenir dans des phases qu’eux-mêmes ont dépassées, y compris lorsque leurs relais locaux cherchent à nous vendre la panacée fédéraliste.

     Cette recommandation a été inscrite une première fois dans la Constitution Bouteflika.  La constitution Laraba la reconduit. Cette disposition nous ramène à l’Ethnie, à un niveau aggravé, en englobant  dans un seul signifiant, Tamazight, la diversité des dialectes algériens, affectant ainsi cette diversité par la visée sous-jacente d’une harmonie/unicité de la grammaire, résultant en vérité de l’hégémonie d’un dialecte et de sa grammaire sur tous les autres[1]. C’est une source certaine de divisions de notre peuple déjà travaillé de mille façons à cultiver ses particularismes.  Alors que la modernité s’énonce comme prescriptions et principes universels – et l’Universel de notre époque, ce sont les concepts de Nation et d’Etat national, seuls sujets des relations internationales – la Constitution Laraba nous ramène aux particularismes ethniques. Cette ethnicisation de l’identité – ardemment combattue par les Lumières – est conforme à la pensée impériale « correcte » actuelle, celle qui, depuis 1990, détruit les Etats-nations et promeut les Darfour, Kurdistan et sunnistans, les Azawad, etc., afin d’empêcher la périphérie dominée d’accéder à la modernité du centre dominant, ne lui offrant comme modèle – et injonction – qu’une modernité factice de la promotion des « minorités » et des particularismes.

       Elle déclasse aussi, à un rang second, notre appartenance à l’aire de la civilisation arabo-islamique, autre élément important de l’universalisme, auquel se réfèrent explicitement les grandes puissances occidentales qui se disent toutes appartenir à la civilisation occidentale ou chrétienne d’inspiration gréco-romaine ou depuis peu judéo-chrétienne. Par ce déclassement, la Constitution Laraba prête le flanc à toutes stratégies de récupération et de manipulation de la compréhension de notre religion orchestrées depuis l’Angleterre Impériale et son succès wahhabite aux  actuels USA et leurs pépinières des métamorphoses djihadistes des « Afghans » à « Daesh » en passant par la France et ses jeux de Zaouïas. Leurs innombrables faux-drapeaux sous masques intégristes, pourront ainsi se poser comme tuteurs de la foi face à un Etat empressé de s’aligner sur les diktats « modernistes » et laïcistes. Donner la prééminence de l’Ethnie sur la Civilisation, est un désarmement culturel total de  notre Etat national face à ces portes d’entrée de la subversion impérialiste. Si notre Etat ne défend pas l’interprétation religieuse libératrice de la Nation et des hommes inscrite dans la philosophie du 1er  novembre, le champ des manœuvres et subversions de la reconquête néocoloniale par la culture et la religion sera largement découvert. Inscrire que  l’Islam est religion de l’Etat en le séparant de la civilisation est une réduction à un formalisme de  la foi, alors que nous avons besoin d’un idéal de civilisation à opposer à la barbarie coloniale et impérialiste.          

    M’hamed Boukhobza avait mis en garde contre ce danger : « Dans la plupart des constitutions  des pays arabes, l’Islam est posé comme religion d’Etat, ce qui signifie qu’incarnant les intérêts de toute la société, l’Etat est responsable de son respect, de sa diffusion, de sa défense, de l’harmonisation du système d’organisation et du mode de développement socio-économique et institutionnel avec l’esprit de cette religion. De ce fait, l’Etat ne peut logiquement et sans se renier, accepter l’existence d’autres instances qui viendraient la concurrencer dans l’exercice de ses attributions. Bien évidemment cela signifierait aussi que l’Etat moderne est tenu d’associer les citoyens et les institutions à la prise en charge de la culture religieuse et de son développement en harmonie avec les intérêts et aspirations de la société et de sa nécessaire émancipation.

        Si telle est la compréhension du rapport Etat-Islam, on pourrait comprendre qu’en dehors des règles édictées, toute acceptation d’appropriation ou d’exploitation par des groupements ou individus de cette religion, sous prétexte de la défendre, signifie pour l’Etat qu’il n’est pas en mesure d’assumer les prérogatives que lui fixe sa Constitution. Un tel constat porterait un préjudice certain à la perception et à la crédibilité du système institutionnel dont les attributions sur d’autres sujets peuvent aussi être remises en cause, à l’initiative d’associations ou de clans d’intérêts. C’est pourquoi d’ailleurs et afin d’éviter tout dérapage, il est important que l’Etat définisse par des dispositions légales et réglementaires ce qui est de sa compétence et ce qui est de la compétence des partis ou des associations en matière religieuse. » 

       Partout, depuis les luttes de libérations nationales, qu’ils soient d’inspiration socialiste ou capitaliste, les développements économiques se sont réalisés sur les grandes aires de civilisations car elles sont les aires des développements précédents de l’humanité et les premiers universalismes. Partout renaît la science, la culture, d’autres options économiques sur ces aires qui furent celles des routes commerciales protégées. Cette pensée « correcte » aux standards de l’Empire et de l’auto-proclamée « Communauté internationale » est l’officialisation de notre assimilation au monde qui nous a colonisés.  Nous sommes sortis ainsi de la Proclamation du 1er novembre qui parlait de la Nation algérienne.

      Cette proclamation affirmait aussi que l’Etat algérien devait être social, c’est-à-dire au profit de tout le peuple en tant qu’ensemble sans distinction de classes. Ben M’hidi dans son texte « Les buts fondamentaux  de notre révolution » (El Moudjahed, 1956) parlait même de réforme agraire et de socialisme :


      « Le peuple algérien reprend une autre fois les armes pour chasser l’occupant impérialiste, pour se donner comme forme de gouvernement une République démocratique et sociale, pour un système socialiste comportant notamment des réformes agraires profondes et révolutionnaires, pour une vie morale et matérielle décente, pour la paix au Maghreb. »

    Or, l’article 43, qui reconduit aussi une disposition de la Constitution Bouteflika, énonce que :

     » La liberté d’investissement et de commerce est reconnue. Elle s’exerce dans le cadre de la loi.« 

    La loi interdit le monopole et la concurrence déloyale. »

      La loi interdit le monopole et la concurrence déloyale. »

    L’Etat régule le marché. La loi protège les droits des consommateurs.

    La liberté d’entreprendre, c’est l’euphémisme qui adoucit la rapine capitaliste : la liberté du renard dans le poulailler. En aucun cas un Etat qui inscrit cette devise dans son fronton ne peut être un Etat social. Aucun  intérêt collectif, celui de la Nation compris, ne peut plus être opposé à ce principe du droit, qui plus est énoncé sous la forme idéologique et philosophique directe qui a légitimé la primauté de la propriété et  l’intérêt individuels sur les intérêts et besoins collectifs. La traduction de ce choix pour le capitalisme dans la constitution et dans cette forme idéologique nous prévient qu’il est irréversible. Cette brutalité idéologique devient carrément politique quand le texte assure une garantie par l’Etat du « climat des affaires ». Le bon « climat  des affaires » est une exigence politique du FMI, de la Banque Mondiale,  des multinationales et des « investisseurs » pour que les Etats assouplissent, modifient ou ajustent leurs lois et règlementations aux besoins des acteurs mondiaux du commerce et de l’industrie. Ce n’est plus le droit pérenne qui encadre les entreprises mais les entrepreneurs qui dictent aux administrations les arrangements nécessaires. Affirmer dans la même formulation que ce privilège est accordé « sans discrimination »  revient à l’accorder à toute entreprise étrangère aussi. Cette redondance est une garantie donnée aux institutions financières internationales que notre pays se « normalise », devient conformes aux standards et aux normes. Il se trouve que cette formulation ne renvoie pas au capitalisme en général, comme procès de production et d’échange ou comme phénomène historique, mais à une phase particulière du capitalisme, et la pire de toutes : le néolibéralisme. Même dans le système capitaliste développé, le néo-libéralisme est objet de critiques comme phase du capitalisme entrée en crise. Quant au supposé garde-fou que représente la formule « au service du développement économique national », l’on peut se demander quand sera évaluée la réalisation de cette condition : après le pillage des ressources, le rapatriement de dividendes plusieurs fois supérieures à « l’investissement » de départ, l’assèchement des nappes phréatiques, etc. ? Et comment résilier alors les arrangements pris ? Sous quel arbitrage ? Auront-nous gain de cause comme l’Australie, qui ne s’en est sortie qu’in extremis[2] ?

       La constitution Laraba est celle de l’ambition des oligarchies de sortir de leur réalité de gangs sous la gouvernance du président Bouteflika et de devenir une classe sociale au sens moderne du terme. Cela veut dire que chaque fortune constituée, chaque groupe d’oligarques admettent qu’il doivent se penser comme classe dont l’intérêt commun est supérieur à l’intérêt de chacun de ses membres et la somme de leurs intérêts réunis. Cela est la grande leçon des procès actuels et du séisme de la mobilisation populaire de février à mai 2019 qui a failli emporter et les oligarques qui avaient accaparé les appareils d’Etat et les commis complices et corrompus de cet Etat. Ce capitalisme assisté, capitalisme de la mamelle, s’est enrichi par la monopolisation des ressources de l’Etat. Cet article 43 promet que l’Etat annulera tout monopole, entendez tout monopole sur le commerce et l’industrie, règle actuelle pour beaucoup de produits importés. Mais il faut entendre surtout tout monopole sur les ressources de l’Etat. Pour  que ce projet de capitalisme « civilisé » soit possible, cette ambition de classe projetée par la Constitution Laraba doit faire admettre que les intérêts particuliers de cette classe sont les intérêts de toute la société. Ces groupes oligarchiques viennent de perdre toute chance de se constituer comme classe. Devenir une classe est un long processus par lequel une classe se pense par elle-même sur la base de son expérience historique concrète et réelle. Or, dans cette constitution, c’est une pensée standard, une pensée « clés en main » dont la fonction politique réelle est de normaliser notre Etat dans le cadre de sa réintégration depuis l’Infitah de Chadli, dans l’économie de marché mondialisée. Aucune Nation, ni aucune classe dominante ne peut se réaliser par l’emprunt des idées, le mimétisme n’est pas une quête de soi mais un anéantissement de soi. Pour les Etats nationaux c’est encore pire : ils ne peuvent être sur le plan international qu’en représentant la volonté d’une nation, pas en exécutant la volonté des autres.

       La constitutionnalisation et l’institutionnalisation de la notion de Société Civile est une autre importation d’une notion idéologique. La Société Civile telle que définie par Hegel est le système des besoins et de l’arbitraire, le champ dans lequel se contractent les relations entre individus selon les règles du marché. Concrètement c’est l’espace qui échappe à une législation d’Etat, celui dans lequel le travailleur, censé être un homme libre, vend sa force de travail au capitaliste, selon les conditions aléatoires et changeantes du marché du travail. Cette notion a été reprise dans ce sens très exactement, celui d’un espace de liberté qui soustrait au contrôle de l’Etat les rapports économiques et sociaux, l’Etat ne garantissant que les droits politiques du vote et de la représentation. La notion de société civile inclut celle des ONG mais exclut l’idée que les travailleurs puissent intervenir en tant que catégorie sociale unie par les intérêts communs de ses membres. Cette institutionnalisation de la Société Civile va déclasser la représentation des différentes catégories sociales via des organisations syndicales et politiques, reflet des besoins et revendications sociales, et les remplacer par des ONG qui envahiront les champs médiatiques et idéologiques au nom des « valeurs » auxquelles chacun devra se plier. Société Civile et ONG sont un des coups les plus durs jamais portés aux peuples du monde entier et l’appareillage par excellence de la  propagande du  néolibéralisme.  Ces ONG n’ont pas seulement vocation à se soustraire au contrôle de l’Etat, mais à le concurrencer jusque dans ses fonctions régaliennes, minant ainsi progressivement sa raison d’être.

    La Constitution de Laraba n’est finalement que la mise de notre pays aux normes de la pensée impériale actuellement dominante.

        Ces deux vidéos réalisées en septembre 2019 se voulaient une contribution au débat philosophique. Elles ne sont donc pas une critique de la Constitution Laraba. Elles peuvent cependant être utiles pour une réflexion sur nous-mêmes et sur notre histoire.

    Mohamed Bouhamidi. Alger. le 22 octobre 2020.

    Liens vers les vidéos

    Le fantasme Tamazgha contre l’identité algérienne et son socle numide.

    Entre zoologie et anthropologie naissance d’un ethnicisme et d’un racisme algériens

    [1] https://collectifnovembrepourlesocialisme.family.blog/2020/09/08/sur-lhegemonie-linguistique-et-la-visee-de-hegemonie-politique-un-texte-de-gramsci-spour-comprendre-notre-propre-cas-algerien/?fbclid=IwAR1f9Q9bc7eoSqN5J-zq2F4A7YCplqmDGTfvHLoj8NPtsLGIOcNC7CzFG24

    [2] https://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/11/21/97001-20111121FILWWW00348-plainte-de-philip-morris-contre-l-australie.php?fbclid=IwAR34g_ycamj6A-II_YTnORXYmtwAUXPpAFCO5wL_uuqrssOdplWXWxQ9DCE

  • « Hégémonie linguistique et hégémonie politique »: un texte de Gramsci à verser dans notre débat algérien.

    Dans cette vidéo qui date d'environ quatre mois ce jeune Targui se plaint qu'à Tamanrasset le dialecte kabyle remplace le Tifinagh. D'autres jeunes algériens d'autres zones du Sahara ont identifié la même dynamique. Le remplacement des dialectes berbères actuels par une forme dominante qui imposerait aux autres sa grammaire ne sont pas que source de frictions et de futures divisions. Il réalise le contraire des motivations  et des buts  premiers de préservation de notre patrimoine linguistique populaire y compris la darija. Il est essentiel pour notre cohésion nationale que ces germes de dissensions ou divisions soient combattus ainsi que la "concurrence à l'authenticité". Comme pour toute hégémonie culturelle, l'hégémonie d'un dialecte est le premier d'une hégémonie sociale, politique et économique.  Cet texte d'Antiono Gramsci peut éclairer notre propre débat national sur cette question. 




    https://www.facebook.com/v2.3/plugins/video.php?allowfullscreen=true&app_id=249643311490&channel=https%3A%2F%2Fstaticxx.facebook.com%2Fx%2Fconnect%2Fxd_arbiter%2F%3Fversion%3D46%23cb%3Df7dac7bf631044%26domain%3Dcollectifnovembrepourlesocialisme.family.blog%26is_canvas%3Dfalse%26origin%3Dhttps%253A%252F%252Fcollectifnovembrepourlesocialisme.family.blog%252Ff34a5ff905001dc%26relation%3Dparent.parent&container_width=540&href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FVoice.of.Renaissance%2Fvideos%2F544001746507352%2F&locale=fr_FR&sdk=joey

    « Il est évident que celui qui écrit une grammaire normative ne peut pas ignorer l’histoire de la langue dont il veut proposer une « phase exemplaire » comme la « seule » digne de devenir de façon « organique » et « totalitaire » la langue « commune » d’une nation, en lutte et en concurrence avec d’autres « phases » , avec d’autres types ou d’autres schémas qui existent déjà (liés à des développements traditionnels ou à des tentatives inorganiques et incohérentes des forces qui, comme on l’a vu, agissent continuellement sur les « grammaires » spontanées et immanentes au langage). La grammaire historique ne peut pas ne pas être « comparative « : expression qui analysée à fond, indique la conscience intime que le fait linguistique, comme tout autre fait historique, ne peut pas avoir de frontières nationales strictement définies, mais que l’histoire est toujours « histoire mondiale » et que les histoires particulières ne vivent que dans le cadre de l’histoire mondiale. La grammaire normative a d’autres buts, même si elle ne peut pas imaginer la langue nationale hors du cadre des autres langues, qui influent par des voies innombrables et souvent difficiles à contrôler sur cette langue (qui peut contrôler l’apport des innovations linguistiques dû aux émigrants rapatriés, aux voyageurs, aux lecteurs de journaux en langues étrangères, aux traducteurs, etc.).

    La grammaire normative écrite présuppose donc toujours un e choix » , une orientation culturelle, c’est-à-dire qu’elle est toujours un acte de politique culturelle nationale. On pourra discuter sur la meilleure façon de présenter le « choix » et l’ « orientation » pour les faire accepter de bon gré, autrement dit on pourra discuter des moyens les plus opportuns pour obtenir le but; il n’y a pas de doute qu’il y ait un but à atteindre, qui a besoin de moyens appropriés et conformes, c’est-à-dire qu’il s’agisse d’un acte politique.

    Problèmes : quelle est la nature de cet acte politique et doit-il soulever des oppositions de « principe « , une collaboration de fait, des oppositions de détail, etc. Si l’on part du présupposé qu’il faut centraliser ce qui existe déjà à l’état diffus, disséminé mais inorganique et incohérent, il semble évident qu’une opposition de principe n’est pas rationnelle; il faut au contraire une collaboration de fait et une acceptation volontaire de tout ce qui peut servir à créer une langue nationale commune, dont la non-existence provoque des frictions surtout dans les masses populaires où les particularismes locaux et les phénomènes de psychologie étroite et provinciale sont plus tenaces qu’on ne le croit; il s’agit en somme d’une intensification de la lutte contre l’analphabétisme, etc. L’opposition de fait existe déjà dans la résistance des masses à se dépouiller d’habitudes et de psychologies particularistes. Résistance stupide provoquée par les adeptes fanatiques des langues internationales [3]. Il est clair que dans cet ordre de problèmes, on ne peut pas discuter la question de la lutte nationale d’une culture hégémonique contre d’autres nationalités ou restes de nationalités. »

    Antonio Gramsci.

    Lien vers la totalité du texte : https://www.marxists.org/francais/gramsci/intell/intell4.htm?fbclid=IwAR0e3X8sUsU8yFROHUm02IXq2ndBEez3LSS0bjJWbcVwy3dGolwdzWofa88

  • Gennady Zyuganov-L’héritage idéologique de Lénine et la lutte des travailleurs pour le socialisme au XXIe siècle

    Gennady Zyuganov-L’héritage idéologique de Lénine et la lutte des travailleurs pour le socialisme au XXIe siècle

    Il me semble que ce rapport du jubilé par le KPRF constitue une contribution d’une grande valeur pour l’avancement du socialisme et du communisme.

    Hervé Fuyet

    La durée de vie des grandes idées se mesure en siècles et en millénaires. Répondant aux aspirations des gens ordinaires, elles se perpétuent parmi les masses et les inspirent dans la lutte pour la construction d’un monde nouveau et juste. C’est pourquoi les idées de Lénine continuent à vivre et à triompher.

    Bientôt 150 ans se seront écoulés depuis la naissance de Vladimir Lénine. Il nous incombe de nous souvenir de son héritage, de l’étudier en profondeur et de l’appliquer énergiquement et correctement dans les conditions modernes.

    Dans les heures les plus sombres de l’histoire, avant l’aube, le génie de Lénine a brillé pour éclairer la nouvelle voie de développement de l’humanité. C’est arrivé lorsque le capitalisme s’est étendu au monde entier. Il a divisé les continents en colonies et a établi un système sophistiqué d’exploitation des personnes et des ressources. Les défenseurs zélés du capitalisme le saluaient déjà comme le triomphe de la raison, le proclamant comme la seule voie possible de développement. Mais les bienfaits de ce système n’ont profité qu’à une poignée de capitalistes. Cherchant à s’enrichir, il a condamné les masses populaires à la pauvreté et à la privation de droits, et les a utilisées comme chair à canon.

    Au tournant des XIXème et XXème siècles, le capitalisme entrait dans la phase de l’impérialisme. Les grandes puissances ont commencé à rediviser la planète. Elles n’ont pas seulement déclenché des conflits locaux. Des millions de personnes sont mortes pendant la Première Guerre mondiale, sacrifiées au Moloch de l’avidité et de la soif de gain.

    C’est à cette époque que le monde a entendu parler de Lénine. Ses slogans immortels – Paix aux peuples ! Du pain pour les affamés ! La terre aux paysans ! Les usines aux travailleurs ! Le pouvoir aux Soviétiques ! sonnent comme un clairon pour les ouvriers qui transpirent et se fatiguent dans les champs, les usines et les mines. Le léninisme leur a donné l’espoir de se débarrasser de la souffrance, d’avoir une vie décente et heureuse.

    Le génie de Lénine n’était pas un accident. Le fondateur du bolchevisme n’était ni un philosophe solitaire, ni un surhomme debout sur un piédestal au-dessus de la foule. Bien au contraire, il a consacré sa vie à servir les travailleurs, les libérant des chaînes de l’oppression, de l’ignorance et du manque de foi en leur force. Comme l’a écrit Vladimir Maïakovski,

    « Il s’est montré tendre envers ses camarades.
    Il était dur comme le fer envers ses ennemis
    . »

    Profondément convaincu du vaste potentiel des masses populaires, Lénine ne s’est jamais éloigné des travailleurs ordinaires. Il entretenait des liens étroits avec eux, s’inspirant de leur lutte et de leurs efforts créatifs.

    Lénine étudia en profondeur et développa le grand héritage théorique de Marx et Engels. En même temps, il était un organisateur de talent, un révolutionnaire et le fondateur d’un nouveau type d’État, le premier État socialiste du monde. Comme l’a écrit l’éminent révolutionnaire chinois Sun Yatsen, « au cours des siècles de l’histoire du monde, il y a eu des milliers de dirigeants et d’érudits avec de belles paroles sur les lèvres, des paroles qui n’ont jamais été mises en pratique. Vous, Lénine, êtes une exception. Vous n’avez pas seulement parlé et enseigné, mais vous avez mis vos paroles en pratique, vous avez créé un nouveau pays. Vous nous avez montré la voie ».

    Ces mots ont un noyau particulièrement important. Le marxisme-léninisme n’est pas un ensemble de dogmes et de prescriptions pour toutes les situations de la vie. Penser ainsi, c’est commettre une erreur, c’est transformer un enseignement de génie en une sorte de culte religieux. Lénine lui-même a souligné que la doctrine communiste n’est pas tant un ensemble de dispositions qu’une méthode d’analyse de la réalité. Le marxisme est un système scientifique cohérent. Il combine des points de vue philosophiques, économiques, sociopolitiques qui servent d’instruments de connaissance et de transformation du monde. « Appliquer la dialectique matérialiste pour retravailler toute l’économie politique, de ses fondements à l’histoire, aux sciences naturelles, à la philosophie, à la politique et aux tactiques de la classe ouvrière – c’est ce qui intéresse le plus Marx et Engels, c’est leur contribution la plus essentielle et la plus récente, c’est leur trait de génie dans l’histoire de la pensée révolutionnaire ». C’est ainsi que Lénine a défini l’essence du marxisme. Il a été guidé par cela toute sa vie. Pendant la lutte contre le marxisme légal, l’économisme et le menchevisme ; lors de la création du parti de la classe ouvrière, le RSDLP ; en exposant les révisionnistes de la Seconde Internationale ; en avril 1917, lorsqu’il soulève la question de la révolution socialiste en Russie.

    Comprendre le marxisme comme un guide d’action est ce qui a fait de Lénine un grand penseur et un leader populaire. Le résultat de son approche créative fut le bolchevisme. « Nous ne considérons nullement la théorie de Marx comme quelque chose de complet et d’intouchable, a-t-il souligné, au contraire, nous sommes convaincus qu’elle n’a fait que poser les pierres angulaires de la science que les socialistes doivent faire avancer dans toutes les directions s’ils veulent se tenir au courant de la vie ».

    Lénine nous donne l’exemple d’une approche approfondie de chaque sujet. Pour s’attaquer à n’importe quel problème, Lénine a commencé par étudier toutes les sources disponibles. Lors de la rédaction de son ouvrage “Le développement du capitalisme en Russie“, il a fait 583 références à diverses sources. Les notes préparatoires à “L’impérialisme, stade suprême du capitalisme“, comptent près de 800 pages.

    Nadezhda Krupskaya s’en souvient : « Lorsque nous vivions à Londres en 1902-1903, Vladimir Ilyich (Lénine) passait la moitié de son temps au British Museum qui possède une très grande bibliothèque ». Dans une lettre de 1916 à sa mère, Lénine écrit : « Nous vivons actuellement à Zurich. Nous sommes venus ici pour étudier dans les bibliothèques locales ».

    La sphère d’intérêt de Lénine ne se limitait pas aux problèmes sociaux. Ainsi, les découvertes dans le domaine de la physique l’ont incité à écrire son livre Matérialisme et empirio-criticisme. Lénine considérait les réalisations des sciences naturelles comme le début d’une révolution scientifique grandiose. Il leur fournit une base philosophique et développa la doctrine du matérialisme dialectique, démolit les théories bourgeoises du machisme, du pragmatisme et donna un brillant exemple du développement créatif de Marx.

    Un communiste doit être un fervent adepte du matérialisme dialectique et historique. C’est pourquoi les congrès du KPRF et les sessions plénières de son Comité central procèdent à une analyse approfondie des tendances modernes, étudient leur dynamique et l’alignement des forces de classe. Si nous voulons réussir et diriger les masses, nous devons déployer des efforts laborieux. Notre tâche immédiate est de suivre la méthode dialectique, de développer le marxisme-léninisme et, sur cette base, d’arriver à des conclusions pratiques. Sans cela, nous ne pouvons pas assurer la victoire des travailleurs.

    Nombreux sont ceux qui, dans le mouvement de gauche, rejettent le bagage théorique et pratique des précédents combattants du socialisme. Nous entendons toutes sortes de choses de la part des adeptes de divers pseudo-socialismes. C’est souvent le résultat d’une incapacité ou d’une réticence à maîtriser notre théorie dans toute sa profondeur. C’est à ces personnes que Lénine s’est adressé en 1920 lors du troisième congrès de la Ligue de la jeunesse communiste de Russie : « Vous ne pouvez devenir communiste que lorsque vous avez enrichi votre mémoire de la connaissance de toutes les richesses élaborées par l’humanité ». Aujourd’hui, les propres idées de Lénine font partie du trésor intellectuel de l’humanité. Elles occupent une place centrale dans la vie politique du monde moderne.

    Le mondialisme : forme moderne d’impérialisme

    Alors que nous célébrons le 150ème anniversaire de la naissance de Lénine, nous devons mettre en lumière les éléments les plus importants de son grand héritage idéologique.

    Tout d’abord, l’enseignement sur l’impérialisme. Joseph Staline l’a formulé de manière très précise : « Le léninisme est le marxisme de l’époque de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne ». En analysant les tendances du développement du capitalisme, Lénine est arrivé à la conclusion que celui-ci était entré dans sa plus haute et dernière étape. Il a identifié les principales caractéristiques de l’impérialisme :

    - l’émergence de monopoles qui jouent le rôle clé dans l’économie ;

    - l’émergence du capital financier et de l’oligarchie financière ;

    - la priorité de l’exportation des capitaux sur l’exportation des marchandises ;

    - la formation d’alliances monopolistiques de capitalistes qui divisent le monde ;

    -la division territoriale finale du monde entre les plus grandes puissances.

    Comme le soulignait Lénine, la concentration de la production sociale entre les mains des monopoles ne supprime pas les contradictions capitalistes. Des conflits apparaissent à l’intérieur des États et sur la scène mondiale. Les crises économiques deviennent de plus en plus profondes et destructrices. Les contradictions entre le travail et le capital se font plus aiguës. Les monopoles exploitent et ruinent non seulement les travailleurs, mais aussi les paysans et la petite bourgeoisie.

    La thèse de Lénine sur la réaction croissante sous l’impérialisme est très pertinente aujourd’hui. Le capitalisme monopoliste établit sa dictature. Il opprime le mouvement ouvrier et démocratique et supprime les droits et les libertés. Les patrons des monopoles cherchent des annexions et contestent l’indépendance nationale. Lénine l’a appelé le pivot « de la démocratie à la réaction politique » et a souligné que dans la politique étrangère comme dans la politique intérieure, l’impérialisme cherche à violer la démocratie et à promouvoir la réaction. En ce sens, il est incontestable que l’impérialisme est une négation de la démocratie en général.

    Tout aussi pertinentes sont les paroles de Lénine selon lesquelles l’impérialisme apporte à la classe ouvrière une intensification sans précédent de la lutte des classes, de la pauvreté, du chômage, des prix élevés, de l’oppression par les trusts, du militarisme et de la réaction politique qui se manifeste dans tous les pays, même les plus libres.

    Dans ces conditions, tout discours sur la “liberté” et la “démocratie” n’a qu’un seul but : distraire et tromper les masses populaires. En réalité, comme Lénine ne se lassait pas de le souligner, le capital financier et les monopoles « apportent partout la domination et non la liberté ».

    La recherche du profit par les oligarques et l’approfondissement des contradictions sous l’impérialisme conduisent à des conflits militaires dévastateurs et à des guerres mondiales. Affaiblies et divisées par la réaction, les couches démocratiques sont souvent incapables d’arrêter les agissements des bellicistes criminels. Pour parvenir à l’unité, il faut une force prolétarienne de base.

    La découverte de Lénine n’a rien perdu de sa pertinence aujourd’hui : les caractéristiques de l’impérialisme n’ont pas disparu et la mondialisation a mis en évidence toutes les contradictions. Ainsi, la concentration, entre les mains des monopoles, des moyens de production, des sources de matières premières, des transports, des communications, des découvertes scientifiques et techniques et des travailleurs qualifiés et des ingénieurs a atteint un niveau sans précédent. Cinq cents entreprises dominent l’économie américaine, dont la moitié possède des actifs dans cinq secteurs ou plus. Elles emploient 20 % de la main-d’œuvre totale et réalisent 60 % des bénéfices.

    En 2020, les fusions et les rachats représentent 4.000 milliards de dollars. Le groupe pétrolier et gazier américain Chevron a racheté la société Anadarco pour devenir le deuxième plus grand groupe mondial après Exxon Mobil. La fusion du conglomérat américain United Technologies avec la société Raytheon a créé un géant industriel militaire qui contrôle la production de moteurs d’avion, d’hélicoptères, de missiles de croisière, de systèmes de défense aérienne et d’autres armements.

    En Russie aussi, les fusions et les rachats représentent des milliards de dollars. Ainsi, la banque VTB a racheté la chaîne de magasins Magnit. La société gazière de Leonid Mikhelson, NOVATEK, a racheté Severneft-Urengoy Geotransgas, Urengoy Gas Company et plusieurs autres.

    L’impérialisme mondial renforce le rôle des sociétés transnationales. Une grande entreprise est aujourd’hui un complexe multisectoriel complexe de structures de production, de commerce, de finance et d’investissement. Grâce à un réseau d’entrepreneurs et de sous-traitants, elle est liée à une multitude de petites et moyennes entreprises qui ne peuvent être qualifiées d’indépendantes que de loin. En étendant la production à différents pays, la société mère fait naître une multitude de succursales. Mais le centre de décision de ce conglomérat international reste le siège principal.

    Les STN sont bien plus efficaces que les autres entreprises. Elles sont en mesure d’éviter les barrières douanières, d’accumuler des capitaux dans les zones les plus rentables et d’allouer des ressources massives à la R/D.

    La capitalisation des principales STN dépasse le PNB de la plupart des pays. Elles contrôlent plus de la moitié de la production industrielle mondiale, plus de 60 % du commerce mondial, plus de 80 % de l’ensemble des brevets et licences de nouvelles technologies.

    Comme le soulignait Lénine, la domination des STN dans le monde est assurée par l’exportation de capitaux. Les investissements étrangers directs ont été multipliés par 20 entre 1982 et 2006, 90 % d’entre eux provenant des STN. Un pour cent des plus grandes entreprises contrôlent 50 % de tous les investissements étrangers.

    Seule une petite partie de l’économie mondiale fonctionne dans un environnement de marché libre. Les prix de transfert interne sont fixés par les entreprises. En général, les STN fonctionnent strictement selon un plan, ce qui garantit le succès. C’est d’ailleurs la planification qui a offert des avantages concurrentiels à l’Union soviétique. Le fondateur de la société japonaise THK Hirosi Teramachi a écrit : « En 1939, vous les Russes étiez intelligents et nous les Japonais étions stupides. En 1949, vous êtes devenus plus intelligents alors que nous étions encore des imbéciles. En 1955, nous sommes devenus plus intelligents et vous êtes devenus des enfants de cinq ans. Tout notre système économique est une copie conforme du vôtre. Toutes nos entreprises affichent vos slogans de l’ère stalinienne. ».

    Contrairement à ce que disent les démagogues, la mondialisation n’a pas changé la nature du capitalisme. L’ouvrage de Lénine qui a fait date, “L’impérialisme, stade suprême du capitalisme“, est prophétique. Il explique le monde moderne encore plus qu’il n’explique le monde de 1916.

    Les meilleurs cerveaux de notre temps arrivent à la conclusion que le colonialisme économique et politique n’a pas disparu. Il est plus sophistiqué et plus dur qu’au XXème siècle. L’attaque contre la souveraineté des États se poursuit. Le mouvement de libération nationale est réprimé. La diversité culturelle est supplantée par la culture de l’ersatz de consommation. Comme l’écrit William Robinson, la mondialisation supplante l’État-nation comme principe essentiel de la vie sociale sous le capitalisme.

    L’économie mondiale devient une économie transnationale. Les idéologues libéraux voudraient nous faire croire que ce processus n’est pas lié au capitalisme et parlent d’une réalité “post-capitaliste”. Mais, comme le fait remarquer le chercheur britannique Barry Jones, la mondialisation est le stade le plus élevé de l’intégration capitaliste de l’économie mondiale. Et ses collègues ajoutent que les relations capitalistes s’étendent et s’approfondissent pour englober les domaines toujours plus nombreux de l’activité humaine.

    Soyons clairs : si la mondialisation reflète des processus objectifs d’intégration des pays et des peuples, le mondialisme est la forme moderne de l’impérialisme qui étouffe le monde dans son étreinte.

    Les fraudeurs et les voleurs

    La base idéologique du mondialisme est le néo-libéralisme. Lors de la 9ème session plénière du CC du KPRF en octobre 2019, nous avons rappelé que son père fondateur est considéré comme étant Friedrich Hayek, économiste et philosophe autrichien et un anticommuniste farouche. Ses idées sont un croisement entre le fascisme, le racisme social et la théorie colonialiste de l’expansion mondiale du capital. L’élève de Hayek, Freedman, a transformé l’université de Chicago en une usine de néo-libéraux. Ses diplômés étaient des collègues et des conseillers de l’homme fort indonésien Suharto, du général chilien Pinochet et de l’usurpateur russe Eltsine.

    L’école de Chicago a donné la forme finale au programme néo-libéral. Ses principes clés sont le retrait de l’État de l’économie, une privatisation totale, la liberté totale du commerce, une réduction des dépenses sociales et la saisie de tous les secteurs par l’économie privée. En politique, le néo-libéralisme cherche à détruire la souveraineté nationale et à consolider le pouvoir du capital mondial pour semer le “chaos géré” comme moyen d’établir un nouvel ordre mondial, le tout sous le couvert d’une “société ouverte”. L’État se voit confier le rôle de gardien des intérêts du capital contre ceux du peuple. Comme nous l’avons souligné dans les documents du dernier plénum du CC, « Tout en héritant formellement des slogans de la liberté d’expression et des élections démocratiques, le néolibéralisme exclut l’expression d’une réelle volonté populaire. Il ne reconnaît que le pouvoir total du capital, le droit pour les riches de s’enrichir et de tous les autres de s’appauvrir et de mener une maigre existence ».

    La nature du néo-libéralisme écrase en mille morceaux les théories lénifiantes de “l’humanisation du capitalisme”. L’appauvrissement des travailleurs, les inégalités et les injustices croissantes, la violence et la réaction dans tous les domaines – tout cela correspond à la description du capitalisme de Lénine. Le philosophe marxiste occidental David Harvey note des méthodes du capitalisme telles que l’usage de la force, la fraude, les pratiques prédatrices et le pillage.

    Il existe une multitude d’exemples qui justifient son évaluation. Le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde ne cesse d’augmenter. Selon le rapport des Nations unies sur la sécurité alimentaire de juillet 2019, 821 millions de personnes souffrent de la faim et le nombre de personnes sous-alimentées a atteint deux milliards. La pauvreté, la faim et le manque de soins de santé accessibles portent leurs fruits. Cinq millions d’enfants meurent chaque année avant d’atteindre l’âge de cinq ans. Deux milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. L’ONU admet que l’objectif d’élimination de l’extrême pauvreté ne sera pas atteint d’ici 2030.

    Le rapport sur l’inégalité dans le monde, présenté par une équipe dirigée par Thomas Picketty et Facundo Alvaredo, indique qu’au cours des 30 dernières années, les inégalités de revenus ont augmenté dans presque tous les pays. C’est en Russie, aux États-Unis et dans les pays asiatiques que la croissance a été la plus rapide. La raison en est l’effondrement de l’URSS et l’avènement du néo-libéralisme. Les grandes entreprises, bien sûr, en ont profité. La privatisation à grande échelle, la modification du système fiscal, l’accès plus difficile à l’éducation et la réduction des programmes sociaux ont fait leur travail. Cinquante pour cent des pauvres du monde gagnent la moitié du revenu de 1 % des riches du monde. Et le fossé ne cesse de se creuser.

    L’ancienne communauté socialiste connaît un clivage dramatique. En Russie, la part des revenus des dix pour cent les plus riches est passée de 20 à 55 pour cent, ce qui est l’un des indicateurs les plus élevés au monde.

    Dans les années 1990, le prix Nobel Joseph Stieglitz a attesté : « Peu après mon arrivée à la Banque mondiale, j’ai commencé à me pencher sur ce qui se passait et sur les stratégies. Lorsque j’ai fait part de mes préoccupations sur l’état des choses, un économiste de la Banque mondiale qui a joué un rôle clé dans la privatisation s’y est opposé avec véhémence. Il a cité des voitures Mercedes bloquées dans la circulation à Moscou et des magasins remplis de produits de luxe. J’ai concédé que de nombreux Russes étaient devenus si riches qu’ils provoquaient des embouteillages et créaient une demande pour les chaussures Gucci. Mais les embouteillages causés par les voitures Mercedes dans un pays où le revenu par habitant est de 4730 dollars (1997) sont un signe de malaise et non de santé. ». Cela montre clairement que la richesse de la société est concentrée dans les mains de quelques-uns et non pas répartie entre la majorité.

    Le tableau est encore plus frappant si l’on considère non pas les revenus, mais la propriété de la richesse nationale. Selon le rapport annuel du Credit Suisse sur la richesse mondiale, la moitié de la richesse de la planète est détenue par 1 % de super-riches.

    Cela n’est pas surprenant si l’on considère qu’après 2010, la richesse totale des milliardaires a augmenté au rythme de 13 % par an, soit six fois plus vite que les revenus des salariés. Après 1980, presque tous les pays, qu’ils soient riches ou en développement, ont connu un flux massif de propriété de l’État vers le secteur privé, expliquent les auteurs du rapport sur l’inégalité dans le monde. Ainsi, la pratique néo-libérale fait des grandes entreprises les bénéficiaires.

    En Russie, les 10 % de personnes aisées ont capté 83 % de la richesse totale de l’ensemble des ménages. En 2019, le nombre de milliardaires dans le pays est passé de 74 à 110 et celui des millionnaires, de 172.000 à 246.000. Vingt-trois des oligarques russes les plus riches se sont enrichis de 53 milliards de dollars.

    Contrairement à ceux qui figurent sur la liste de Forbes, les Russes ordinaires continuent de s’appauvrir. Leurs revenus réels n’ont cessé de diminuer. Aujourd’hui, l’aggravation de la crise du capitalisme est aggravée par la chute des prix du pétrole, la dévaluation du rouble et l’épidémie de coronavirus.

    L’opposition au capital s’accroît. Des études montrent que près de 60 % des habitants de la planète pensent que le système capitaliste fait plus de mal que de bien à l’humanité. Dans certains pays, les trois quarts de la population partagent ce point de vue. La désaffection massive pour le capitalisme et le déplacement à gauche des sentiments publics se produisent sur tous les continents. Aux États-Unis, Bernie Sanders a obtenu un soutien sans précédent lors des élections primaires du candidat à la présidence. Ces dernières années, des rassemblements de masse ont balayé la France, l’Inde, le Chili et la Colombie. Des millions de manifestants dans le monde entier descendent dans la rue pour dire “Non” à la pauvreté et à l’absence de droit. Les gouvernements capitalistes ont plus d’une fois utilisé la police et l’armée contre les travailleurs. Cependant, les luttes de classes vont s’intensifier.

    La pandémie de coronavirus a aggravé les contradictions. Le monde est confronté à de formidables défis. Seul le socialisme garantit une réponse à ces défis. C’était le cas de l’URSS qui pouvait résoudre les problèmes les plus aigus. La Chine en a fait la démonstration et a réussi à stopper la dangereuse épidémie par la mobilisation et les actions collectives concertées.

    Le fait est que la principale menace pour l’humanité est le virus du capitalisme. Les diverses manifestations de la crise mondiale sont les signes avant-coureurs de l’effondrement du système scientifiquement prédit par Lénine. L’effondrement inévitable se manifeste déjà dans la conscience des personnes qui se rebellent contre le système d’exploitation, d’injustice et de mensonges généralisés.

    La Russie aussi est amenée à une confrontation accrue entre les classes. La lutte contre la réforme des retraites et pour la défense des entreprises populaires démontre le potentiel unificateur du KPRF. De temps en temps, la bourgeoisie fait des concessions. Mais elle n’abandonnera pas volontairement les politiques néo-libérales. Le capital préfère noyer le monde dans le sang plutôt que de régenter son appétit. Craignant la protestation populaire, il se rabat sur les idées les plus barbares. Il encourage le fascisme en Ukraine et dans les pays baltes. Il fomente l’extrémisme religieux en dressant les sunnites contre les chiites au Moyen-Orient, les musulmans et les hindous en Inde. Son racisme se manifeste par la persécution des Indiens au Brésil et en Bolivie. Un exemple d’anticommunisme viscéral est la résolution du Parlement européen qui met sur le même pied le communisme et le fascisme et qui accuse l’URSS d’avoir déclenché la Seconde Guerre mondiale. Pour aider tous ceux qui luttent contre les mensonges cyniques, j’ai écrit un article intitulé “La grande victoire de la civilisation soviétique : Mythes calomnieux et vérité de l’histoire“. Je vous encourage à utiliser activement les faits et les arguments qui y sont exposés.

    A la veille de la révolution socialiste

    Le mondialisme a encore une autre caractéristique de l’impérialisme notée par Lénine. Il s’agit de la redivision des marchés par les “grandes” puissances et les monopoles qui les soutiennent. La destruction traître de l’Union soviétique a éliminé un ennemi dangereux et a donné aux sociétés transnationales un marché énorme. Pendant une courte période, cela a stabilisé le système capitaliste. Mais les appétits des prédateurs du marché exigeaient davantage de victimes. Leurs bouches sanguinolentes et avides ont déchiré la Yougoslavie, l’Irak, la Libye et ont tenté de dévorer la Syrie.

    La crise financière mondiale de 2008 a été la crise la plus grave depuis la Grande Dépression. Elle a révélé les failles des fondements mêmes du capitalisme mondial. La réduction des marges bénéficiaires exacerbe la rivalité pour les ressources et les marchés. Aux États-Unis, elle est devenue particulièrement évidente après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Pour garantir les profits des entreprises américaines, il a abandonné les tactiques des alliances impérialistes et a choisi la voie du protectionnisme et de la pression sur ses rivaux. Cela a accru les tensions avec l’Union européenne, la Turquie, le Japon et a provoqué une guerre commerciale avec la Chine.

    Les coups économiques sont souvent suivis de frappes militaires. Telle est la logique de l’impérialisme si brillamment mise à jour par Lénine. Cependant, le capitalisme n’est pas éternel. Après avoir examiné ses contradictions, Lénine a conclu que l’impérialisme est la veille de la révolution socialiste.

    À mesure que l’impérialisme se développe, le capital financier est concentré et les entreprises fusionnent avec l’État. Les oligarques ont largement recours aux mécanismes d’aide du gouvernement. Cela a été mis en évidence en 2008 lorsque les gouvernements ont utilisé tous les leviers pour renflouer les faiseurs de bulles financières en faillite. Le même scénario est utilisé pour les événements de cette année.

    La socialisation de la production dans le cadre des STN est en contradiction flagrante avec les rapports de production capitalistes. Ces rapports, selon Lénine, sont une coquille qui ne correspond plus au contenu. Elle va inévitablement pourrir si son élimination est artificiellement retardée.

    Les membres de l’oligarchie financière sont de plus en plus conscients des vents de changement historique. Ils sont de plus en plus préoccupés par la perspective de l’effondrement du capitalisme. Le financier Ray Dalio, dont la valeur nette, selon Forbes, s’élève à 17 milliards de dollars, a récemment déclaré que l’inégalité croissante crée une situation révolutionnaire, de sorte que le système a un besoin urgent de réforme.

    Cependant, il est impossible de guérir les plaies du capitalisme. Elles ne peuvent être camouflées que temporairement. La vraie réponse est de renverser ce système inhumain. Le premier coup a été porté par la grande révolution d’octobre 1917. La formation de l’Union soviétique, la création du système socialiste mondial et l’effondrement du colonialisme ont ébranlé, mais pas détruit, l’hégémonie capitaliste. La destruction de l’URSS a apporté un répit et a injecté du sang neuf dans le corps vieillissant.

    Cependant, le cours de l’histoire ne peut être inversé. La crise systémique s’est à nouveau aggravée. C’est la tâche de tous les opprimés et des personnes de bonne volonté de s’unir dans la lutte pour détruire le capitalisme. Cette perspective seule garantit un avenir décent et même la survie de l’humanité. La pensée académique insiste de plus en plus sur ce point. Le message est exprimé de plus en plus fort par des autorités telles que le prix Nobel Joseph Stieglitz et l’économiste le plus lu, Thomas Picketty.

    Telles sont les principales conclusions auxquelles Stieglitz est parvenu : la situation échappe à tout contrôle, l’injustice sociale est devenue une menace pour le monde entier. Ses paroles sont également en accord avec le marxisme : la domination du système de crédit financier sur l’économie réelle n’augmente pas seulement l’inégalité et la pauvreté, mais constitue un frein à l’économie mondiale dans son ensemble.

    Thomas Picketty va encore plus loin. Il appelle à une redistribution massive de la richesse mondiale. Il préconise l’introduction de limites légales sur le montant du capital qu’une personne peut posséder. Envisageant l’élimination totale de l’oligarchie en tant que classe, il propose des mesures socialement révolutionnaires.

    Il faut souligner que ce ne sont pas des gens que la communauté scientifique considère comme des excentriques et des marginaux. Leurs idées sont au centre de l’attention des économistes et des sociologues. Elles sont discutées dans les cercles politiques. Elles sont étudiées dans des institutions de premier plan en Europe et en Amérique. Elles trouvent même un écho chez les millionnaires qui comprennent que si le mécontentement croissant se transforme en un bouleversement social, le vent de l’histoire les balayera impitoyablement, eux et leurs fortunes. Ce n’est pas un hasard si le milliardaire Ray Dalio a déclaré lors d’une conférence en Arabie Saoudite que dans les dix prochaines années, l’économie mondiale connaîtra des processus susceptibles de déboucher sur des conflits et des révolutions. Les affrontements internes dans les principaux pays vont changer l’ensemble de l’ordre mondial dans les années à venir. Cette position a été publiquement partagée par le président de Goldman Sachs, John Waldron.

    La faillite totale du capitalisme approche. Les processus en cours dans le monde justifient les idées de Lénine et démontrent la grande puissance de son appel au socialisme. Son appel à l’humanité renforce notre foi dans la victoire des idées d’égalité et de justice sociale.

    Parmi les idées les plus importantes de Lénine figure la définition du rôle du prolétariat dans le renversement du pouvoir du capitalisme. À la suite de Marx et Engels, il a défendu l’idée que la mission historique de la classe ouvrière est de devenir le fossoyeur du capitalisme et de créer une société communiste. Il a écrit que les conditions mêmes de la vie des travailleurs les rendent capables de lutter et les incitent à lutter. Le capital rassemble les travailleurs en grandes masses dans les grandes villes, les unit et leur apprend à agir ensemble. À chaque étape, les travailleurs se retrouvent face à leur principal ennemi, la classe capitaliste. En luttant contre cet ennemi, le travailleur devient socialiste, réalise la nécessité d’une restructuration totale de toute la société, d’une destruction totale de toute pauvreté et de toute oppression.

    Aujourd’hui, cet argument est l’une des principales cibles des idéologues bourgeois et des opportunistes de toutes tendances. Ils déclarent que la classe ouvrière en tant que telle n’existe plus et qu’elle a été remplacée par des propriétaires, si petits soient-ils. Ils ont quelque chose à perdre et ils ne veulent pas de bouleversements. Mais il faut être réaliste. Oui, les réformes libérales et la désindustrialisation ont porté un coup puissant à la classe ouvrière russe. Elle a diminué numériquement, s’est fragmentée et est devenue moins qualifiée. Cependant, elle forme toujours la majorité de la population active. Selon l’agence statistique russe Rosstat, il y a 67 millions de travailleurs salariés pour un million d’employeurs. Le nombre de travailleurs qualifiés dans l’industrie, la construction, le transport et les emplois connexes est proche de 19 millions. Ils constituent le noyau de la classe ouvrière.

    Si l’on ajoute les travailleurs engagés dans le commerce de détail, la pêche et les spécialistes de diverses industries, décrits par Engels comme des prolétaires du travail intellectuel, il devient clair que la classe ouvrière est la plus grande force sociale en Russie.

    Il en va de même dans la plupart des pays du monde. Le nombre total de travailleurs embauchés sur la planète est de plus de 2 milliards. Dont 760 millions sont employés par l’industrie, soit 200 millions de plus qu’il y a vingt ans, et beaucoup plus qu’au début du XXème siècle.

    Cependant, il ne s’agit pas seulement de chiffres. Lénine a souligné que la force du prolétariat dans le développement historique est incommensurablement plus grande que sa part dans la population totale. Mais si la classe ouvrière doit devenir le moteur du changement révolutionnaire, elle doit être consciente de ses intérêts de classe. Le prolétariat doit comprendre pleinement et clairement que tant que la bourgeoisie existera, elle sera inévitablement exploitée, car le capitaliste ne peut réaliser des profits qu’en exploitant la main-d’œuvre salariée.

    Tant que la propriété privée et le marché capitaliste seront en place, le pouvoir de la bourgeoisie perdurera. Tant que les forces productives seront entre les mains du capital, le prolétaire vendra son travail pour survivre. Il ne peut être question de justice dans ces conditions.

    Marx et Engels soulignaient en leur temps que pour se libérer de l’exploitation, le prolétariat doit devenir “une classe pour elle-même”, prendre conscience de ses intérêts particuliers, créer sa propre organisation et mettre en avant son programme. « Le prolétariat doit avant tout acquérir une domination politique, s’élever à la position de la classe nationale, se constituer en nation », comme ils l’ont écrit dans Le Manifeste Communiste.

    Ce n’est que la lutte acharnée pour ses intérêts qui fait de la classe ouvrière “une classe pour elle-même”. La politisation du mouvement ouvrier commence par la lutte économique sur le lieu de travail. La lutte des syndicats contre les employeurs est une école nécessaire pour le prolétariat. Elle permet d’acquérir les habitudes d’organisation, et de comprendre le lien entre l’économie et la politique.

    Dans son ouvrage “Que faire”, Lénine a souligné que la lutte des travailleurs contre les propriétaires d’usines pour leurs besoins quotidiens confronte inévitablement les entreprises à des questions d’État, à des questions politiques, à des questions sur la façon dont l’État russe gère, sur la façon dont les lois et les règles sont élaborées et sur les intérêts qu’elles servent. Lénine a mis en avant le principe fondamental selon lequel la conscience socialiste n’apparaît pas spontanément. Elle est introduite dans les masses prolétariennes par le parti révolutionnaire. Il a ainsi brisé les constructions cérébrales de “l’économisme” qui adoraient la spontanéité dans le mouvement ouvrier et donnaient la priorité à la lutte pour des améliorations économiques partielles.

    Au lieu de cela, Lénine a souligné l’importance d’une théorie révolutionnaire. Il a montré l’interconnexion inséparable de toutes les formes de lutte de classe du prolétariat – politique, économique et idéologique. Seul un parti marxiste peut être la force directrice du mouvement ouvrier de masse. Le parti doit être son organisateur et montrer le chemin sur la base d’une théorie.

    Le nouveau type de parti

    Le génie de Lénine s’est manifesté par rapport aux questions de la construction du parti. « Il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire sans une théorie révolutionnaire », a-t-il écrit. « Le rôle du combattant avancé ne peut être joué que par un parti guidé par une théorie avancée ». Il a fait un travail brillant en créant un tel parti.

    Une organisation efficace et une discipline stricte dans le parti prolétarien impliquaient une rupture avec les pratiques groupusculaires. Lénine fit remarquer que si « toutes les couches sociales saines et en développement du peuple tout entier étaient favorables à la démocratie et au socialisme, pour mener une lutte systématique contre le gouvernement, nous devons amener l’organisation révolutionnaire, la discipline et la technique de conspiration au plus haut degré de perfection ».

    L’organisation marxiste des travailleurs doit être intolérante envers l’opportunisme, le révisionnisme et l’apaisement. Lénine a justement créé un tel parti, le parti des Bolcheviks. Il a formulé le principe du centralisme démocratique qui est obligatoire pour un parti authentiquement communiste. Il s’agit aujourd’hui d’une disposition fondamentale de la Charte du KPRF.

    Le parti bolchevique est devenu un parti prolétarien d’un nouveau type. En ce qui concerne ses principes, ses formes et ses méthodes de travail, il correspondait pleinement aux conditions de l’époque de l’impérialisme et de la révolution socialiste. La charte du POSDR élaborée par Lénine envisageait un parti qui était une unité de combat révolutionnaire dans laquelle chacun est un combattant dévoué. C’était une différence fondamentale par rapport aux partis d’Europe occidentale de la Deuxième Internationale. Engagés dans un travail parlementaire légal, ils ont perdu leur caractère révolutionnaire et ont glissé vers la voie de l’apaisement de la bourgeoisie. Nous avons toujours gardé cela à l’esprit, en mettant en garde le parti contre le risque d’être emporté par le parlementarisme.

    Les partisans de Lénine ont rejeté les méthodes des Narodniki (populistes) révolutionnaires et des socialistes-révolutionnaires comme menant à une impasse. La conséquence des tactiques de conspiration et de terreur est l’aliénation des masses. Mais le parti marxiste ne peut pas exister sans un lien étroit avec les masses et un travail constant avec les masses. L’unification de la classe ouvrière autour d’un parti marxiste est une condition essentielle pour rassembler tous les travailleurs et créer une alliance pour une révolution socialiste réussie. Cette alliance, a souligné Lénine, n’est possible que sous la forme d’une dictature prolétarienne, c’est-à-dire le pouvoir de la majorité ouvrière.

    Les anticommunistes utilisent le terme “dictature du prolétariat” comme un épouvantail. Cependant, Lénine a constamment souligné que sa signification principale n’est pas la violence mais l’unification de la majorité des travailleurs pour détruire la dictature du capital. C’est pourquoi la dictature du prolétariat est « un million de fois plus démocratique que la plus démocratique des républiques bourgeoises ».

    L’histoire a donné raison à Lénine. Le développement créatif du marxisme, l’idée de l’alliance entre le prolétariat et la paysannerie ouvrière, la découverte des Soviets comme la meilleure forme d’État prolétarien ont rendu possible la Grande Révolution socialiste d’Octobre. L’émergence de l’État soviétique a marqué un grand pas en avant. Le rêve séculaire de justice de l’humanité commence à être mis en pratique. L’effondrement du système de classes qui divisait le peuple en maîtres et en esclaves a libéré les forces qui sommeillaient dans le peuple. La discipline bolchevique était une condition préalable à la Grande Révolution d’Octobre et à la victoire sur l’Intervention et les Gardes Blancs.

    L’industrialisation, la révolution culturelle, la défaite du fascisme, la conquête de l’espace extra-atmosphérique ont été les jalons de la progression de la société socialiste vers l’avenir. La Grande Révolution d’Octobre a donné une impulsion au réveil des peuples dans les colonies et les dépendances. Lénine s’attribue le mérite de l’idée d’un front révolutionnaire-démocratique uni contre l’impérialisme. Ces tactiques ont entraîné l’effondrement des empires coloniaux et les victoires des forces révolutionnaires en Chine, au Vietnam, en Corée, au Laos et à Cuba.

    Ni la contre-révolution du début des années 1990, ni l’effondrement de l’URSS, ni les complications qui s’ensuivirent dans le mouvement communiste mondial n’ont dévalorisé l’héritage de Lénine. La crise du capitalisme, l’appauvrissement des masses, la réticence des peuples à croupir dans un état d’injustice rendent le socialisme de plus en plus attrayant. Nous avons le droit d’en dire plus : seules nos idées peuvent éloigner l’humanité de l’abîme dans lequel la folle politique du capitalisme pousse le monde. Comme dans les années de la lutte contre le fascisme, seuls les communistes sont capables de protéger la civilisation de la réaction la plus folle.

    Pour atteindre notre objectif, nous avons besoin d’un parti qui soit fort sur le plan idéologique, organisationnel et moral. Nous avons besoin d’une discipline stricte et consciente de la lutte de classe du prolétariat pour le pouvoir des travailleurs. Staline l’appelait “la discipline de fer”. Les règles de la charte sont contraignantes pour tous. Le statut de membre du CC ou de secrétaire du comité régional du parti n’est pas un document qui donne droit à des privilèges. On doit gagner la confiance des camarades en travaillant avec une énergie redoublée. Il faut se conformer aux normes les plus élevées.

    L’exemple de Lénine en matière de discipline

    Le parti d’un nouveau type ne pourrait pas être formé sans une discipline stricte. Pour en apprécier l’essence, Lénine insiste sur la nécessité d’examiner le problème de l’antagonisme entre l’intelligentsia et le prolétariat. Comme d’autres marxistes, il décrivit l’intelligentsia philistine comme “flasque” et donna une définition de la philosophie de l’élu “se tenant au-dessus des masses”. Les élus considèrent que la discipline de parti est quelque chose d’obligatoire pour les autres, mais pas pour eux.

    Certes, l’antagonisme entre l’intelligentsia et le prolétariat est d’un autre ordre que celui entre le travail et le capital. Un membre de l’intelligentsia n’est pas un capitaliste. Il doit vendre le produit de son travail et souvent sa force de travail. Il souffre souvent de l’exploitation par le capitaliste et de l’humiliation sociale. L’intellectuel ne ressent aucune hostilité économique envers le prolétariat. Mais sa position non prolétarienne dans la vie et les conditions de travail lui dicte une autre mentalité. Ces caractéristiques ont été relevées par Karl Kautsky que Lénine a soutenu sans réserve sur ce point.

    Dans son article de 1904 “Un pas en avant, deux pas en arrière“, Lénine, à la suite de Karl Kautsky qui était encore à l’époque un marxiste convaincu, souligne que le prolétariat tire toute sa force de l’organisation. Il se sent grand quand il fait partie d’un organisme fort. Le prolétarien mène sa lutte en faisant partie d’une grande masse de compagnons d’armes. Il ne recherche pas les avantages personnels ou la gloire, il se soumet volontairement à la discipline et remplit son devoir dans n’importe quelle fonction.

    Il n’en est pas de même pour un membre de l’intelligentsia. Son arme n’est pas le pouvoir de l’action collective, mais les qualités, les connaissances et les capacités personnelles. Il reconnaît la nécessité de la discipline pour la masse, mais pas pour “quelques privilégiés”. Une telle attitude est évidemment une entrave à la lutte des classes qui exige que tous les participants se consacrent à l’objectif commun, l’instauration de la dictature du prolétariat.

    Bien sûr, de nombreux sociaux-démocrates et bolcheviks sont issus de milieux intellectuels. Mais ils se sont imprégnés de l’esprit prolétarien et ont marché au même rythme que les autres personnes travaillant à quelque titre que ce soit pour la cause de la classe ouvrière. Les auteurs du “Manifeste communiste“, Karl Marx et Friedrich Engels, ont donné l’exemple d’un respect strict de la discipline. La vie a toujours divisé l’intelligentsia en révolutionnaires, prêts à accepter une discipline rigoureuse, et en bourgeois, qui ont évité la lutte des classes. Lénine a distingué l’intelligentsia ouvrière. Étant l’unité de première ligne de la révolution, elle a ouvert la voie au prolétariat dans la lutte contre le tsarisme et la bourgeoisie. Les barricades héroïques de la première révolution russe ont produit une galaxie d’intellectuels ouvriers : Ivan Babouchkine, Kliment Vorochilov, Mikhail Kalinin, Alexandre Shotman, Innokenty Dubrovsky, Grigory Petrovsky, Alexandre Artyukhin, Anatoly Vanin et Pyotr Zaporozhets.

    De nombreux intellectuels ouvriers sont morts sur les champs de bataille de la Grande guerre patriotique. Avant la guerre contre le fascisme, ils ont réussi à maîtriser les sciences à temps partiel et à former le noyau des bâtisseurs du socialisme.

    La mère patrie n’oubliera pas les représentants éminents de l’intelligentsia prérévolutionnaire, les académiciens Pavlov, Fersman, Vernadsky, les géants littéraires Gorky, Alexey Tolstoy et les metteurs en scène Stanislavsky et Nemirovich-Danchenko.

    Le panthéon du pays multinational soviétique comprend les principaux représentants de l’intelligentsia ouvrière Kurchatov et Korolyov, Semyonov et Kapitsa, Khariton et Landau, Keldysh et Paton, Koptyug et Alfyorov. Ils ont donné des exemples brillants de discipline exceptionnelle et d’efforts créatifs inlassables, perpétuant la tradition des grands intellectuels de type prolétarien, Lénine et Staline.

    L’histoire a donné au KPRF une noble mission, celle d’unir tous les penseurs et les honnêtes gens. À la fin du XIXème siècle, Lénine a noté que la Russie avait une “intelligentsia travailleuse” et a insisté sur le fait que « nous devrions appliquer nos efforts pour élargir constamment ses rangs, pour répondre à leurs hautes ambitions intellectuelles afin que ses rangs produisent des dirigeants du parti travailleur social-démocrate russe ».

    Pour devenir un véritable travailleur-intellectuel, il faut surmonter l’attitude bourgeoise en matière de discipline. Pour le parti, il ne s’agit pas d’une question bureaucratique formelle divisée des aspirations nobles et des sentiments moraux. Le leader du prolétariat a écrit en 1904 : le “bureaucratisme“, qui peut être exprimé en langage simple par “esprit de clocher”. Le bureaucratisme signifie soumettre les intérêts de la cause aux intérêts de sa carrière, accorder une attention particulière aux intérêts locaux et ignorer le travail…

    Lénine a souligné qu’en politique, l’individualisme de l’intellectuel conduisait à l’opportunisme. Il a travaillé sans relâche pour l’unité du parti. La discipline de parti a élevé les bolcheviks au rang historique d’avant-garde prolétarienne et son absence a plongé les mencheviks dans le bourbier de l’opportunisme.

    Le bolchevisme a été trempé dans la lutte contre le menchevisme, qui était enclin à faire des concessions au capital, contre les révolutionnaires petit-bourgeois (les SR) et contre le nihilisme intellectuel des anarchistes. Il a affiné son approche de classe dans l’analyse des faits et des phénomènes en évitant les extrêmes du révolutionnisme “de gauche” et les compromis avec la bourgeoisie.

    Le bolchevisme a cultivé la discipline du respect et de la confiance mutuels, une attitude exigeante les uns envers les autres, l’ouverture et la “glasnost”. Sa condition indispensable est le collectivisme dans le travail et la prise de décision collégiale. C’est le genre de discipline pour laquelle Lénine a appelé les mencheviks lorsque le POSDR était encore uni, jusqu’en 1912. Il appelait à une critique ouverte du parti et pensait qu’il était inadmissible de « dissimuler au parti les raisons émergentes et croissantes d’une scission ». Cependant, selon Lénine, la critique amicale était possible « tant que la lutte ne mène pas à l’anarchie et à la division ».

    En 1921, le parti est confronté à une crise liée au débat sur les syndicats. Lénine propose des mesures pour mettre fin à l’individualisme de l’intelligentsia et à l’anarchisme. Il fustige « l’unilatéralisme, la tendance à l’emportement, l’exagération et l’obstination » de Trotsky et la discipline de groupe de « l’opposition ouvrière, distincte de la discipline commune ».

    L’approche de Lénine envisageait la critique du fond tout en ne permettant pas le fractionnisme. Une telle critique est appelée à tenir compte de la position du parti et à éviter ses formes qui pourraient aider les ennemis de classe du prolétariat. Il est inadmissible d’utiliser la critique de manière spéculative en la remplaçant par une critique caricaturale dans le but de faire avancer sa carrière.

    Les rebondissements de l’histoire du PCUS ont donné des leçons importantes et tragiques au mouvement communiste. Une chose qui les rend pertinentes pour nous est que la majorité des membres du KPRF ne sont pas des membres de la classe ouvrière. Ce sont des intellectuels travailleurs, des cols blancs et des membres de la petite bourgeoisie. Le travail individuel et le travail dans de petits collectifs de travail rendent ces personnes vulnérables à l’influence de l’individualisme et de l’égoïsme de groupe. Ceci est couplé au changement de générations au sein de la KPRF dans le contexte de l’anticommunisme, qui est devenu une partie de la politique de l’État dans la Russie actuelle.

    La situation exige de nous que nous soyons stricts et rigoureux dans nos efforts pour parvenir à des évaluations communes et à l’unité d’action. Il est essentiel d’accorder une plus grande attention aux questions d’idéologie, de théorie et de formation idéologique de nos camarades. La dure confrontation entre le parti et le régime au pouvoir dicte une fois de plus l’impératif incontournable : se conformer sans relâche aux normes du centralisme démocratique.

    La génération qui rejoint le parti aujourd’hui n’a pas toujours une attitude ferme en matière de vision du monde. Elle a rejoint nos rangs en raison de sentiments de protestation. Ces nouveaux membres ne sont pas à l’abri de sentiments d’optimisme facile, de carriérisme et de flou idéologique. Parfois, nos jeunes camarades sont sujets à l’agitation et à la panique petites-bourgeoises, aux sautes d’humeur, aux poussées d’activité et à la dépression. Le monde virtuel des réseaux sociaux tend à masquer l’état réel de la société et le sens de l’équilibre des forces politiques. Le bagage théorique de nombreux membres fait défaut.

    La cause que nous servons a grand besoin de la fermeté idéologique léniniste. Nous comprenons que les jeunes communistes ont besoin d’une base solide. À cette fin, le parti a créé le Centre d’éducation politique qui fait un excellent travail. Nous avons toutes les raisons de remercier ses organisateurs et ses conférenciers. Nous pouvons et devons maintenant aller de l’avant. Nous devons tout faire pour renforcer et déployer les programmes éducatifs du parti.

    Le grand Lénine et la Grande Victoire

    Nous célébrons deux dates avec un court intervalle entre elles : Le jubilé de Lénine et les 75 ans de la Victoire du peuple soviétique dans la Grande Guerre Patriotique.

    La statue de bronze de Lénine,
    Le pollen de peuplier,
    Ruines d’une gare bombardée.
    Les Allemands sont entrés dans la ville dans la soirée.
    Et ont fait tomber la statue de son piédestal…
    L’Oberst nazi dormait vite la nuit
    Et le matin, il a failli devenir fou de peur :
    Le bronze de Lénine était debout comme avant,
    Soulevé de la poussière par une force invisible.

    Ce poème de Stepan Schipachev a été publié dans les premiers jours de la Grande Guerre patriotique. Il ne reflète pas seulement un grand et émouvant épisode du conflit avec le nazisme. Aujourd’hui, le message symbolique de cette histoire poétique s’est renforcé. C’est un rappel vivant de la lutte constante entre les partisans de la vérité de Lénine et ses ennemis.

    Au début de la lutte acharnée contre le nazisme, le grand écrivain Cholokhov a envoyé un télégramme à Moscou depuis le village de Veshenskaya : « Cher camarade Timochenko, Veuillez accepter le prix Staline de première classe qui m’a été décerné pour le Fonds de défense de l’URSS. Je suis prêt, à votre appel, à tout moment à rejoindre les rangs de l’Armée rouge des ouvriers et des paysans. Pour défendre la Mère Patrie socialiste, la grande cause de Lénine et de Staline jusqu’à la dernière goutte de mon sang. Signé : Commissaire de régiment (retraité) de l’Armée rouge des ouvriers et paysans, auteur Mikhaïl Cholokhov ». La signature est d’une importance fondamentale.

    Au début du mois de juin 1941, le commandement de la Wehrmacht a envoyé un ordre spécial à ses troupes. Il prescrit que les commissaires et les travailleurs politiques ne doivent pas être faits prisonniers mais doivent être fusillés sur place. C’était une revanche pour les principes, les idées, la détermination de Lénine. Son parti, cependant, ne pouvait pas céder, ne pouvait que vaincre l’horrible bête fasciste.

    Vladimir Maïakovski, un poète de génie, a trouvé une formule poétique importante : « Nous disons le Parti et nous voulons dire Lénine, nous disons Lénine et nous voulons dire le Parti ». En identifiant ces deux images, Maïakovski a souligné la pureté des sources spirituelles de l’idéologie du parti. Lénine n’était pas seulement un stratège et un organisateur, un révolutionnaire et un homme d’État. Lénine était le dirigeant politique le plus éclairé de son temps.

    Ses goûts et ses convictions ont été formés par Nekrasov, Herzen, Belinsky, Saltykov-Schedrin et Tchernychevsky. En 1902, il parle de “l’importance mondiale” que la littérature russe acquiert. Lénine était fier de la culture russe et appelait l’œuvre de Léon Tolstoï “le miroir de la révolution russe”. Dans la difficile année 1918, il avait sur son bureau un volume de vers de Fiodor Tutchev et, en 1919, dans son article “Sur les tâches de la Troisième Internationale“, il attira l’attention sur le roman “Le Feu” d’Henri Barbusse, le décrivant comme un roman artistiquement convaincant et extrêmement utile pour la formation de la conscience révolutionnaire d’un individu.

    La révolution russe a donné naissance à des personnages littéraires uniques. Comme les portraits de commissaires créés par Furmanov dans “Tchapayev“, Vishnevsky dans “La tragédie optimiste” et Cholokhov dans “LesTerres vierges “.

    Les écrivains russes sont sensibles à la marche triomphale du socialisme. Les écrivains progressistes hors de Russie étaient très conscients de cette sincérité. Ils réagissent au chant retentissant de la Révolution russe. Ils ont contribué à colorer le XXème siècle de l’écho de la percée du socialisme. Cette grande percée a donné naissance à des générations de Soviétiques qui n’ont pas cédé à la peste nazie, qui ont tenu bon et qui ont gagné.

    L’exemple personnel des travailleurs politiques soviétiques a inspiré l’héroïsme de masse des soldats soviétiques. Les noms du commissaire de régiment Efim Fomin dans la forteresse de Brest, de l’instructeur politique Alexandre Pankratov qui a copié l’exploit héroïque d’Alexandre Matrosov, de l’instructeur politique d’une compagnie de mitrailleuses Alexandra Nozadze qui est mort en sauvant des soldats sous une grêle de balles sont inscrits dans l’histoire. L’instructeur politique principal d’un escadron aérien, Andreï Danilov, qui a abattu et éperonné trois avions Messerschmitt en juin 1941.

    Les envahisseurs allemands considéraient les travailleurs politiques de l’Armée rouge comme la force de frappe du parti bolchevique. L’Académie politique de Lénine a été marquée comme la cible principale sur la carte de Moscou trouvée sur un aviateur allemand abattu.

    L’un des historiens allemands qui a écrit sur la guerre était Paul Karel, le pseudonyme du SS Obersturmfuhrer Schmidt. Il réfléchit sur le rôle des commissaires rouges dans son livre Le front de l’Est : « Depuis la bataille de Koursk, le commissaire soviétique est de plus en plus considéré comme un auxiliaire dans la lutte contre les commandants myopes et les bureaucrates stupides… En réalité, les commissaires étaient des soldats politiquement actifs et fiables, mieux formés que la majorité des officiers soviétiques. Ils pouvaient être impitoyables, mais dans la plupart des cas, ils ne s’épargnaient pas non plus ». Venant de la bouche de notre ennemi, c’est le plus grand éloge de la force de notre idéologie.

    Dans la lutte contre le fascisme, le parti a beaucoup compté sur le pouvoir de la parole. L’appel de Staline aux “frères et sœurs” a atteint la profondeur de l’âme du peuple. Il était galvanisé par les vers poignants des poètes soviétiques. Les cœurs qui ne sont pas devenus insensibles sont encore émus jusqu’aux larmes par le poème de Konstantin Simonov “Toi, souviens-toi, Aliocha, les routes de la province de Smolensk“, “Lève-toi, vaste pays“, cet hymne de la Grande guerre patriotique, a un formidable pouvoir d’évocation.

    La parole du parti léniniste a combattu avec les soldats de l’Armée rouge. Après la guerre, les radios ont diffusé dans toute l’Union soviétique la merveilleuse chanson de Mikhail Matusovsky “Commissaires” :

    Vous envoyiez les hommes au combat corps à corps,
    Vous frappiez l’ennemi, vous, instructeurs politiques,
    Anciennement appelés commissaires.
    Dans une hutte brûlée,
    Ayant tenu bon durant cinq jours,
    Vous avez gardé la dernière balle pour vous
    Comme récompense.
    Le matin, retour au feu.
    Et la route sans fin qui s’ouvre devant nous.
    Vaincre ou mourir,
    C’est votre principal travail politique.

    La grande guerre patriotique a montré que l’idéologie de la justice et de l’éducation dans la vision du monde soviétique a permis à nos pères et à nos grands-pères de survivre dans des conditions insupportables. Sous la direction du parti bolchevique, le peuple soviétique a réussi à se rallier à la lutte et à la victoire. Le pouvoir socialiste fondé par Lénine a offert au monde des exemples incroyables d’héroïsme. Son Armée rouge, commandée par le généralissime Staline, a apporté la liberté aux peuples d’Europe et a hissé le drapeau rouge au-dessus du Reichstag. Nous avons protégé la bannière de la victoire avec un marteau et une faucille pour éviter qu’elle ne soit barbarement coupée par le parti au pouvoir. Aujourd’hui, elle flotte avec défi au-dessus du vaste pays et des colonnes du Régiment des Immortels.

    Le médicament contre la peste

    Trente ans de néo-libéralisme ont assuré le recul de la Russie sur tous les fronts. La restauration des voies capitalistes a entraîné une régression tragique, une désindustrialisation, une profonde crise socio-économique et sociale. En quête de profits, la classe dirigeante n’a pas pu adopter la grande image de l’avenir qui a propulsé le peuple soviétique, l’a inspiré pour des actes héroïques, des découvertes et des réalisations.

    Le régime en place a des objectifs très différents. Ils sont tout à fait utilitaires et sont axés sur les intérêts d’une poignée d’oligarques. Alors que leurs profits augmentent, la science s’effondre, la production de haute technologie est anéantie, l’éducation et les soins de santé se détériorent et les inégalités sociales battent tous les records. La bourgeoisie russe n’hésite pas à mettre la main dans la poche des personnes âgées. Le mépris du peuple s’est traduit par la réforme des retraites et le refus du parti Russie Unie d’adopter une loi fédérale sur les enfants de la guerre.

    Vingt millions de nos concitoyens vivent dans l’extrême pauvreté. Mais les chiffres officiels sont sous-estimés, comme même Rosstat l’a admis. Selon ses données, déjà la moitié des familles russes n’ont pas les moyens d’acheter des biens de consommation durables. Seuls 2,7 % des Russes peuvent acheter ce qu’ils veulent.

    La baisse des revenus réels, les prestations misérables, la diminution de l’accessibilité et de la qualité des services de santé et d’éducation ont déclenché une nouvelle vague de dépeuplement. L’année dernière, le déclin naturel de la population a atteint un niveau record au cours des 11 dernières années. L’afflux de migrants n’a pas compensé ces pertes. La population se réduit à nouveau. La principale cause de dépeuplement est la baisse du taux de natalité qui a touché 80 des 85 régions. À Ivanov, Novgorod et dans certaines autres régions, le taux de natalité a chuté de 18 à 23 %. Le caractère catastrophique de ce qui se passe est évident.

    Les autorités, cependant, maintiennent le cap libéral. Dans le cadre du plan de privatisation des biens de l’État pour 2020-2022, la banque VTB, la Sovkomflot, les ports maritimes de Novorossiisk et de Makhachkala et Almazyuvelireksport – des centaines de biens de l’État en tout – vont passer sous le marteau.

    La survie de la Russie en tant qu’État indépendant est en jeu. Le capital mondial a hâte de s’emparer des ressources de notre pays. Notre bourgeoisie nationale finira tôt ou tard par céder aux assauts de prédateurs plus puissants. Seule la puissance des travailleurs peut sauver la Russie. Cela aussi justifie les ordres de Lénine. Reprenez et relisez le brillant ouvrage du leader bolchevique “La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer”. Vous verrez que chaque mot sonne comme un tocsin et montre la voie à suivre pour sortir de l’impasse. Aujourd’hui encore, le système de mesures qu’il a mis en place est le seul qui puisse sauver la Russie.

    Le programme du KPRF a assimilé les ordres de Lénine. Il les a adaptés aux exigences du moment pour devenir notre programme anti-crise. Les idées créatives du parti ont été renforcées par ses activités législatives. Le deuxième Forum économique d’Oryol a résumé nos propositions comme le point de départ d’une lutte significative au Parlement et dans la rue, dans les collectifs de travail et avec nos alliés.

    L’équipe du KPRF défend les intérêts des travailleurs avec honnêteté, compétence et énergie. I.I Melnikov, V.I.Kashin, Yu.C. Afonin, D.G.Novikov, N.C.Kolomeytsev, S.E.Savitskaya, N.M.Kharitonov, N.N. Ivanov, L.I.Kalashnikov, V.S.Shurchanov, K.K.Taysayev, V.V.Chikin, N.O.Komotskaya, O.N.Smolin, A.A.Kravets, N. I.Osadchiy, T.V.Pletneva, S.A.Gavrilov, A.C.Kurinniy, N.A.Octanina, A.A.Ponomaryov, S.I.Kazxaankov, L.G.Paranova, L.N.Shvets, L.N.Dobrokhotov et bien d’autres travaillent chacun dans leur domaine de responsabilité.

    La KPRF a été le parti qui a réagi immédiatement à la proposition de modification de la constitution. La loi principale actuelle est héritée de l’époque d’Eltsine, marquée par l’ivresse et le sang. Pour faire court, elle doit être remplacée dans son intégralité. Il va sans dire que les autorités n’y sont pas parvenues. Mais après avoir “déverrouillé” le texte de la Constitution, le régime au pouvoir a indirectement admis qu’il ne répondait pas aux exigences de la société.

    En tant que force politique, il nous incombe de tirer le meilleur parti possible du débat public qui s’est ouvert. Oui, les autorités s’efforcent de le “modérer”. Mais nous sommes habitués à nous heurter au poids de la propagande administrative.

    Le KPRF a une position bien réfléchie sur laquelle il peut s’appuyer. Cette position répond pleinement aux intérêts des travailleurs. Elle doit être promue avec vigueur. Permettez-moi de vous rappeler nos quinze idées principales pour la réforme de la Constitution :

    1. Les ressources naturelles du pays appartiennent au peuple russe.

    2. Le peuple russe joue le rôle de formateur d’État dans la famille des peuples égaux.

    3. L’âge de la retraite doit être fixé à 60 ans pour les hommes et à 55 ans pour les femmes.

    4. Indexation annuelle des pensions, des prestations sociales et des allocations en fonction de la croissance de l’indice des prix à la consommation.

    5. Les salaires et pensions minimums ne doivent pas être inférieurs au minimum vital.

    6. Les tarifs des services publics ne doivent pas dépasser 10 % du revenu familial.

    7. Contrôle du travail des bureaucrates, en fixant les concepts “interrogation parlementaire”, “enquête parlementaire”.

    8. Le droit de la Douma d’État de décider de ne pas faire confiance au gouvernement, à ses ministres, vice-premiers ministres et aux chefs des organes exécutifs fédéraux

    9. Élection du Conseil de la Fédération, des gouverneurs et des maires par la population au scrutin secret direct sans “filtre”.

    10. Élection des juges de paix, des juges régionaux et municipaux.

    11. Sanctions sévères pour le trucage des votes comme empiètement sur les fondements du système constitutionnel.

    12. Détermination de la croissance économique et du bien-être des citoyens en tant que tâches de la Banque de Russie.

    13. Le droit de l’autonomie locale à une part des recettes fiscales qui garantit l’exercice de ses pouvoirs.

    14. Une réforme profonde de la Constitution dans l’intérêt du peuple. La formation d’une Assemblée constitutionnelle.

    15. L’adoption d’une nouvelle loi sur le référendum. L’approbation des amendements proposés par l’Assemblée constitutionnelle par référendum.

    La tâche qui nous attend aujourd’hui est de poursuivre la campagne d’agitation et d’expliquer activement notre position. Si le travail est mené avec compétence, notre position bénéficie du plus large soutien. Pour le parti et ses alliés, c’est un élément important de mobilisation à l’approche d’une grande campagne électorale. Leur préparation est déjà au centre de l’attention de tout le Comité central, en particulier du quartier général des élections du KPRF dirigé par I.I.Melnikov.

    Dans l’ensemble, la “réparation” de la Constitution répond à la demande de changement de la société. Mais les cercles dirigeants passent largement à l’acte et leur “réforme” est en partie devenue une couverture pour “mettre les mandats présidentiels à zéro”. Seul le KPRF a voté contre. Ce fait devrait être au centre du travail de propagande de nos sections. C’est un tournant important dans l’évaluation de principe du comportement des partis politiques, en particulier ceux qui sont représentés au Parlement.

    Notre parti est appelé à unir toutes les forces saines du pays dans un véritable Front Populaire de résistance et de victoire. Nous appelons à l’unité tous ceux qui lient leur avenir à la Russie plutôt que de préparer des “terrains d’atterrissage sûrs” sous la forme de domaines étrangers et de comptes bancaires offshore.

    Seul le prolétariat dirigé par son parti peut être le noyau de l’unité victorieuse du peuple travailleur. Le plénum d’octobre 2014 du CC a été consacré à la position de la classe ouvrière. Augmenter l’influence du KPRF dans le milieu prolétarien est notre tâche principale. Le Comité central a réaffirmé à plusieurs reprises l’importance d’attirer les masses ouvrières à rejoindre les rangs du KPRF et à sauvegarder son esprit prolétarien. Il ne s’agit pas d’un salut à la tradition, mais d’un besoin pressant. Seul un noyau prolétarien fort peut tenir à distance la dégénérescence de la petite bourgeoisie, les apaisements opportunistes, les illusions parlementaires et la peur de travailler au milieu des masses. Lénine a mis en garde contre cette menace en disant que « l’essence de l’opportunisme est de sacrifier les intérêts solides et durables du prolétariat à ses intérêts éphémères ».

    Le caractère prolétarien du parti implique son influence croissante sur les travailleurs et sur les syndicats. Il est vrai qu’il y a peu de syndicats actifs. Il est d’autant plus important de renforcer notre présence en leur sein. Lénine a écrit que « nulle part dans le monde le prolétariat ne s’est développé ou ne pourrait se développer autrement que par les syndicats, par leur interaction avec le parti des travailleurs ».

    Ce n’est qu’en devenant l’avant-garde du mouvement ouvrier et en y introduisant la conscience socialiste que nous pourrons former un véritable poing de combat. C’est particulièrement important pour le large front populaire. Le parti ne peut éviter d’être dilué par ses compagnons de route et devenir le centre des forces patriotiques de gauche qu’en assurant son influence sur les travailleurs. Rappelons-nous le principe de Lénine : « à travers tous les compromis, dans la mesure où ils sont inévitables, nous devons rester fidèles à nos principes, à notre classe et à notre tâche révolutionnaire ».

    Il est impossible d’avancer sans aller vers le socialisme. C’est notre principal objectif. Tout doit être orienté vers cet objectif : alliances, compromis, agitation, travail dans les organes du pouvoir, participation aux élections et activités de rue. C’est ce que Lénine nous a demandé, à nous, communistes du XXIe siècle : « En éduquant le parti ouvrier, le marxisme éduque l’avant-garde du prolétariat capable de prendre le pouvoir et de conduire tout le monde vers le socialisme, de diriger et d’organiser le nouveau système, d’être un enseignant et un dirigeant de tous les travailleurs et de tous les exploités en organisant leur vie sociale sans la bourgeoisie et contre la bourgeoisie ».

    Renforcer la solidarité

    En développant son enseignement sur l’impérialisme, Lénine a découvert la loi du développement économique et politique inégal du capitalisme. Dans de telles conditions, les révolutions socialistes mûrissent à des moments différents dans des pays différents. Il en découle une conclusion extrêmement importante : « Le socialisme ne peut pas triompher dans tous les pays simultanément. Il triomphera d’abord dans un ou plusieurs pays tandis que les autres resteront bourgeois ou pré-bourgeois pendant un certain temps ».

    Lénine a également souligné la diversité des formes de la transition des nations vers le socialisme. Il a souligné : « Toutes les nations arriveront au socialisme, c’est inévitable, mais elles ne le feront pas de la même manière, chacune apportera ses caractéristiques à telle ou telle forme de démocratie, telle ou telle variété de dictature prolétarienne, tel ou tel rythme de transformations socialistes des divers aspects de la vie sociale ».

    Malgré les différences de vitesse, de forces motrices et de formes concrètes de la lutte des travailleurs pour le socialisme, leur solidarité internationale est vitale. Lénine a accordé une attention particulière à l’internationalisme. La trahison des dirigeants de la Seconde Internationale qui ont soutenu le massacre mondial a confirmé la nécessité pour les travailleurs de tous les pays de s’unir. On ne peut s’empêcher de rappeler la campagne massive de solidarité avec la Russie soviétique dans les pays occidentaux. Elle a joué un rôle majeur pour mettre fin à l’intervention étrangère contre la Terre des Soviétiques.

    Lénine s’attribue le mérite d’avoir découvert la solidarité des mouvements prolétariens et de libération nationale comme une forme d’internationalisme. « Nous sommes maintenant non seulement les représentants des prolétaires de tous les pays, mais aussi les représentants des peuples opprimés », disait Lénine en 1920. La même idée sera formulée par Staline lors du 19ème Congrès du PCUS.

    L’agressivité croissante des mondialistes rend nécessaire le renforcement du front international contre la toute-puissance du capital. Des réunions internationales des partis communistes et ouvriers se tiennent régulièrement. La dernière en date, qui s’est tenue en Turquie, a réuni des délégations de 74 partis de 58 pays. Des résolutions et des déclarations communes aident à déterminer les tactiques communes de la lutte anticapitaliste.

    L’Union des partis communistes – Parti communiste de l’Union soviétique compte 18 membres à part entière et trois partis observateurs. Nous préparons actuellement un congrès de notre Union qui permettra de synchroniser les veilles et d’établir des plans d’activités communes.

    Avec nos camarades du monde entier, nous avons organisé des événements de grande envergure pour marquer le centenaire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre. Cette année est consacrée au 150ème anniversaire de la naissance de Lénine et au 75ème anniversaire de la victoire du peuple soviétique dans la Grande Guerre patriotique. Nous sommes déterminés à organiser le forum international, les conférences scientifico-pratiques et les manifestations du jubilé.

    Le développement des relations bilatérales entre les partis est très important. Les liens entre la KPRF et le Parti communiste chinois se renforcent. Les résultats du voyage de notre délégation en RPC en décembre dernier ont permis la signature d’un mémorandum de coopération. Il fait suite à l’accord précédent et durera jusqu’en 2024.

    La solidarité avec les mouvements de libération nationale est extrêmement importante. Les partis communistes et ouvriers soutiennent les peuples d’Amérique latine, d’Afrique et du Moyen-Orient dans leur lutte contre l’impérialisme. Nous continuerons à dénoncer les intrigues du capital qui se fait le champion des “droits de l’homme” et des minorités nationales pour cacher sa véritable nature de conquérant et de pilleur.

    En dépit des tentatives de la propagande bourgeoise pour enterrer le communisme, le ridiculiser et le reléguer aux oubliettes, des millions de personnes à travers le monde refusent d’accepter le “paradis capitaliste”. La Chine et le Vietnam font des progrès spectaculaires. La RPDC et le Laos suivent avec confiance leur cours. Sans aucun doute, malgré les “guerres commerciales”, la crise économique mondiale et le défi du coronavirus, la RPC atteindra bientôt son objectif de mettre fin à la pauvreté et de construire une “société à revenus moyens”.

    Cuba, le Venezuela et le Nicaragua mènent une lutte héroïque contre l’impérialisme. Malgré une forte pression extérieure, ils mettent en œuvre d’importants programmes sociaux pour sortir les gens de la pauvreté et garantir l’accès aux soins de santé et à l’éducation.

    Les partis communistes de l’Inde, du Brésil, de la RSA, du Japon, du Portugal, de la Grèce et d’autres pays jouissent d’une grande confiance. Dans les rues et les places, dans les quartiers industriels et les villages isolés, dans les parlements et dans les pages des journaux, ils défendent les intérêts des travailleurs, exposent les maux du capitalisme, du néolibéralisme et œuvrent pour un avenir socialiste de la planète.

    « La destruction du capitalisme et de ses vestiges, l’introduction de l’ordre communiste forment la substance de la nouvelle ère de l’histoire du monde qui a commencé ». Ces paroles de Lénine n’ont pas été recouvertes de la poussière du siècle dernier. Ils figurent en bonne place sur notre bannière rouge sous laquelle nous marchons vers de nouvelles victoires de la cause socialiste.

    De nouveaux efforts

    La montée des sentiments de gauche dans la société russe renforce logiquement l’autorité de Lénine et de Staline. Les réactionnaires réagissent en intensifiant la propagande antisoviétique.

    Les opposants à Lénine voudraient nous faire croire que Lénine était strictement un révolutionnaire, ce qui est pour eux un terme péjoratif. Eh bien, bonne chance à eux pour essayer de faire une percée révolutionnaire dans la vie de la société, dans la science et la culture. C’est l’énergie révolutionnaire de Lénine couplée à la profondeur intellectuelle qui lui a permis d’apporter une contribution gigantesque au développement de la science de la société, aux contradictions de classe, à la nature des crises capitalistes, à l’inévitabilité de la lutte des opprimés pour la justice sociale. Érudit de génie, il a utilisé dans ses travaux de manière convaincante la méthode du matérialisme historique. Grâce à ses travaux scientifiques, il a accompli la plus grande révolution sociopolitique de l’histoire de l’humanité.

    Il y a encore un autre aspect du génie de Lénine. Les opposants au bolchevisme versent des larmes de crocodile sur la disparition de l’empire russe, mais oublient miraculeusement un fait simple : il s’est éteint de lui-même, c’est pourquoi il est arrivé au bout du chemin au début de 1917. Alors que le gouvernement tsariste plongeait le pays dans une horrible crise globale, le gouvernement provisoire, en l’espace de huit mois, provoquait l’effondrement territorial du pays. Lénine a reçu des ministres capitalistes un pays impitoyablement dévasté.

    En parlant péjorativement de Lénine le révolutionnaire, ses critiques dressent le portrait d’un démolisseur, dans le style de Soljenitsyne. Ils gardent délibérément le silence sur les réalisations colossales du premier président du Conseil des commissaires du peuple en matière de construction de l’État. Ces messieurs refusent de reconnaître Lénine comme un bâtisseur d’État exceptionnel. Cependant, le prix Nobel et philosophe et mathématicien britannique Bertrand Russel a noté que les hommes d’État de la stature de Lénine n’apparaissent pas plus d’une fois par siècle dans le monde et que beaucoup d’entre nous ne vivront probablement pas assez longtemps pour voir quelqu’un qui lui ressemble. Notre siècle passera sans doute à l’histoire comme celui de Lénine et d’Einstein.

    Aujourd’hui, le monde est témoin d’une résurgence de l’effroyable ignorance. Cependant, le démantèlement des monuments de Lénine en Ukraine et d’autres actes de vandalisme ne font que confirmer la grandeur du génie et la pertinence de son héritage. La lutte à grande échelle dans le monde s’intensifie et Lénine reste un homme exemplaire sur les barricades de notre époque. Les nombreux volumes de ses œuvres, son héritage idéologique et théorique, et les succès pratiques du socialisme aux XXe et XXIe siècles continuent à lutter pour une vie juste, pour les intérêts des travailleurs et la dignité humaine.

    Les héritiers spirituels des fascistes s’en donnent à cœur joie non seulement en Ukraine, en Pologne et dans les pays baltes. En Russie aussi, ils encouragent l’antisoviétisme et la russophobie, érigent des centres Eltsine et demandent que les personnes enterrées sur la Place Rouge soient exhumées. Des anticommunistes de divers degrés d’agressivité persistent. Ils font l’éloge de Mannerheim, Kolchak et Krasnov. Cédant à leur pression, le mausolée de Lénine est caché par du contreplaqué lors des parades de la Victoire. Leurs adeptes tentent d’effacer l’héritage universel de Lénine : idéologique, théorique, révolutionnaire-transformateur et créatif soviétique.

    Les tentatives des antisoviétiques de rabaisser la stature de Lénine nous rappellent une vérité séculaire : ceux qui tentent de falsifier et de dévaloriser les génies sont généralement ceux qui sont incapables de créer quelque chose de grand par eux-mêmes. Les personnalités exceptionnelles disent la vérité de manière articulée et convaincante. L’éminent scientifique Albert Einstein a fait une évaluation approfondie de Lénine. Il a déclaré qu’il respectait Lénine qui avait engagé toutes ses forces dans une abnégation totale pour mettre en œuvre la justice sociale. Les gens comme lui sont les gardiens et les rénovateurs de la conscience de l’humanité.

    Ce sont des mots à méditer. Aujourd’hui, ils aident les communistes à prendre conscience de leur responsabilité dans la défense du nom de Lénine et nous donnent la force de lutter pour mettre ses idéaux en pratique.

    Nous voyons l’anticommunisme et la russophobie fusionner dans leur ferveur destructrice. Leur opposition commune à l’héritage de Lénine n’est pas accidentelle. En dénigrant le grand enseignement, en déformant l’histoire, ils cherchent à priver le peuple de sa volonté de liberté et de justice, à le dépouiller des qualités que lui a inculquées la mission d’être le pionnier d’une nouvelle société. Leur rêve le plus cher est de faire disparaître l’héritage de Lénine. Mais leur bataille est perdue d’avance. Ceux qui font reculer le monde sont condamnés.

    Même parmi les ennemis idéologiques de Lénine, nombreux sont ceux qui ont eu le courage de reconnaître sa justice et sa grandeur historiques. Le philosophe religieux russe Nikolas Berdiaev, après avoir repensé dans l’émigration l’expérience de la révolution d’Octobre, a écrit ceci sur Lénine : « Son caractère incarnait les traits du peuple russe : simplicité, intégrité, aversion pour les embellissements et la rhétorique, sens pratique. Personnellement, il n’était pas cruel. La Russie était menacée par l’anarchie, la désintégration, qui a été arrêtée par la dictature communiste qui a trouvé les slogans auxquels le peuple a accepté de se soumettre ».

    Les petits détracteurs de Lénine ont utilisé toutes les astuces imaginables pour le décrier. En fouillant dans ses origines, certains “patriotes” n’ont pas compris que Lénine incarnait les meilleurs traits de l’âme russe. C’est ce qui l’a rendu universel. Il est tout aussi large et illimité que les espaces sans limites développés par le peuple russe. Seule une telle âme pouvait aimer tout le monde, quelle que soit la couleur de la peau et la forme des yeux. C’est pourquoi il a été écouté, compris et loué dans différentes parties de notre planète.

    Lénine était sur les lèvres d’Ernst Thalmann quand il est mort dans la prison d’Hitler, Lénine a inspiré Mao Zedong et Ho Chi Minh qui ont arraché leurs peuples à l’enfer colonial. Lénine a appelé Fidel Castro et Ernesto Che Guevara à mener une révolution héroïque à Cuba. Lénine a donné de la force à Nelson Mandela dans la lutte contre l’apartheid. Lénine a aidé Hugo Chavez à faire renaître l’espoir de la victoire du socialisme au XXIe siècle.

    Lénine est devenu le symbole d’une lutte résolue et d’un effort créatif grandiose. Son nom était sur les lèvres de Korolyov et de Gagarine qui ont inauguré l’ère spatiale. Les personnes qui ont accompli un vol vers l’avenir” se sont tenues sur les épaules” du plan GOELRO de Lénine. Pour la puissance soviétique, c’était plus qu’un grand projet économique. La “lampe d’Ilyich” a éclairé le chemin pour les siècles à venir. Elle a rendu possible l’éducation universelle. Elle a ouvert les portes à l’épanouissement créatif de millions de personnes.

    « L’homme – cela sonne fier »

    Staline a repris la ligne de Lénine non seulement par le rythme grandiose des plans quinquennaux et par la construction d’une industrie puissante. Il a tout fait pour que la révolution culturelle transforme le pays afin de permettre à son peuple de dire : « L’homme – cela sonne fier ».

    « Je ne suis qu’un humble élève de Lénine », disait Joseph Staline. Il était fidèle à son maître lorsqu’il se souciait de la croissance intellectuelle, spirituelle et culturelle constante des masses populaires. Il glorifiait les grandes actions de ses ancêtres. Il rappelait aux gens les grandes réalisations de l’histoire nationale. Il a parlé haut et fort de l’importance mondiale de la littérature russe en célébrant le centenaire de la naissance de Pouchkine en 1937.

    Les autorités actuelles ont mis de côté la tendance révolutionnaire-démocratique des classiques russes. Cela a rendu l’enseignement de la littérature au lycée et à l’université, non historique. Plus que cela. Un tel processus d’éducation déforme grossièrement la conscience de la jeune génération dans la période de formation. Léon Tolstoï n’est plus qu’un philosophe religieux et moraliste et non plus « le miroir de la révolution russe ». Dostoïevski n’est plus un réaliste qui exposait les maux sociaux, mais seulement un chercheur de Dieu. Sergey Essenine n’est qu’un poète lyrique et non un homme qui a fait l’éloge de Lénine dans Anna Sneguina.

    Et qu’en est-il de Maïakovski ? Et Cholokhov ? Ils ne peuvent être séparés du communisme. Les bureaucrates anti-soviétiques ont trouvé une issue. Tant pis pour eux, ils ont décidé et ont jeté leurs noms hors des programmes scolaires.

    En conséquence, une génération de sauvageons issus des examens d’État unifiés a vu le jour. Ils ne sont pas seulement ignorants de Nikolay Ostrovsky. Ils ne peuvent même pas reconnaître Pouchkine et Lermontov. Ce n’est pas seulement un sujet de plaisanteries caustiques. Il s’agit d’une tragédie nationale. La tragédie a sa cause, sa source. C’est la lutte contre l’idéologie communiste. En toute logique, elle a été couronnée par le triomphe de l’idéologie néo-libérale. Les tentatives visant à maquiller les faits et à dissimuler la situation, à revêtir les dogmes libéraux de l’habit du “patriotisme” battant du tambour ont échoué. Leur essence destructrice fait son travail.

    Mais le vent de l’histoire peut emporter les déchets de la falsification. Aujourd’hui, 46 % des jeunes de 18 à 25 ans choisissent le socialisme et 81 % ont une attitude positive à l’égard des idées socialistes. Ces chiffres nous ouvrent d’énormes possibilités. Nous n’avons pas encore pu les exploiter pleinement.

    Joseph Staline a déclaré : « La jeunesse est notre avenir, notre espoir… elle doit porter notre bannière jusqu’à une fin victorieuse ». Mais si les jeunes veulent poursuivre notre cause avec confiance, ils doivent passer par une école d’éducation communiste. La tâche d’un communiste et d’un jeune communiste est d’étudier le marxisme, de comprendre les lois du développement social, d’apprendre les faits et les phénomènes de notre époque et de se faire une idée de la réalité actuelle et des tendances de son développement. Il faut être capable de choisir dans le corpus de connaissances ce qui est nécessaire pour la victoire.

    Lénine a appelé les jeunes à s’imprégner des connaissances acquises par l’humanité. Il pensait qu’il était important de les compléter par l’éducation : « Notre école doit donner aux jeunes les bases de la connaissance, la capacité d’élaborer eux-mêmes la vision communiste, d’en faire des personnes instruites… des participants à la lutte pour la libération des exploiteurs ».

    Les réformateurs d’Eltsine ont fait un effort concerté pour éliminer ce caractère de l’éducation à l’université et à l’école. Ils ont dit qu’il était nécessaire de nettoyer l’éducation des caractéristiques qui ne lui sont pas inhérentes. Cela a été fait afin d’épuiser l’esprit soviétique, ses valeurs d’honneur, de vérité, de justice, de respect pour l’armée et l’exploit de travail des héros populaires. L’éducation soviétique était imprégnée de nobles sentiments civiques et patriotiques. Cela a été un grand obstacle aux réformes destructrices, à l’accaparement des biens nationaux et à la déclaration selon laquelle « le patriotisme est le refuge des scélérats ».

    Lénine a souligné que l’Union des jeunes communistes doit combiner son éducation avec « le travail des ouvriers et des paysans » : « Chacun doit veiller, a-t-il insisté, à ce que chaque membre de l’Union des jeunes communistes est alphabétisé et en même temps capable de travailler… L’Union des jeunes communistes doit élever tous ses membres par un travail consciencieux et discipliné… ». « Ne pas attendre que les jeunes viennent à vous, mais sortir et travailler avec eux là où se trouve la jeunesse » : ce sont les mots de Molotov s’adressant aux jeunes à l’occasion du 15ème anniversaire de la Ligue des jeunes communistes. Ils constituent toujours un guide d’action pour les Komsomols d’aujourd’hui.

    En cette année qui voit les jubilés de la naissance de Lénine et de la Grande Victoire, chaque communiste et notre jeunesse ont toutes les chances de faire leurs preuves. L’appel spécial au parti et à la jeunesse communiste devrait renforcer nos rangs. Nous devons accélérer ce travail.

    Dans le cadre de la célébration du 75ème anniversaire de la Victoire sur l’Allemagne nazie, nous attendons une réponse énergique à l’action “Jardin de la Mémoire – Jardin de la Vie“, le soutien à la marche de relais socio-patriotique “Notre Grande Victoire” et la participation au travail massif du Parti pour soutenir les forces antifascistes qui sont cruciales pour l’émergence de l’État des Républiques populaires de Donetsk et de Lugansk.

    Le régiment de Staline est devenu une partie importante de l’action du régiment Immortel. Nos militants porteront les portraits du généralissime Staline, des maréchaux de la Victoire et des héros antifascistes. Cela devient une bonne tradition qui doit être consolidée.

    Le KPRF à la Douma d’Etat a soulevé la question du financement systématique des unités de recherche, le mouvement qui cherche à récupérer les noms des héros morts dans la Grande Guerre Patriotique. Nos jeunes camarades et leurs instructeurs mènent activement ce travail à Sébastopol et à Belgorod, Moscou et la région de Moscou.

    La cause de la jeunesse éclairée a été servie par l’action de la Bannière de notre victoire. Les conférences “Les jeunes héros de la nation, Nous étions les premiers, Commandants de la victoire, Leçons de courage” ont connu un grand succès. Dans le cadre du projet “Terre des Talents“, les membres de la JC de Crimée, des régions d’Astrakhan, de Belgorod, de Samara et de Sverdlovsk ont été les plus actifs.

    Nous accordons une grande attention à la santé de notre nation. Nous donnons la priorité aux sports les plus populaires. Le club sportif du KPRF progresse constamment. Nous attendons avec impatience un match de mini-football difficile contre l’équipe de Barcelone en demi-finale des champions de l’UEFA. Nous organisons des tournois pour les enfants et les jeunes dans différents sports dans la capitale et les provinces.

    Le mouvement des Jeunes Pionniers au Foulard Rouge compte plus de 200.000 membres. Ces garçons et ces filles ont prêté serment de servir leur mère patrie et les idéaux de justice et se sont engagés à aider les vétérans. Les régions de Moscou, Irkoutsk, Oryol, Volgograd et la République de l’Altaï ont accumulé une expérience utile dans le développement du mouvement des Jeunes Pionniers. Des milliers de jeunes garçons et filles ont participé à la cérémonie d’adhésion aux Jeunes Pionniers sur la Place Rouge.

    Une initiative de première ligne vise à impliquer les jeunes dans la lutte pour les droits socio-économiques et politiques. Après les actions anticapitalistes et la formation du syndicat étudiant Discours, d’autres mesures sont nécessaires pour renforcer notre influence sur les jeunes dans la société russe.

    * * *

    La lutte idéologique se poursuit jour après jour. Beaucoup de mensonges circulent dans le monde au sujet de Lénine, de Staline et du pouvoir soviétique. Cependant, il est surprenant qu’ils aient tous été dénoncés comme des mensonges avant même leur apparition. Ils l’ont été par toute une galaxie d’hommes politiques, de scientifiques et de personnalités culturelles d’envergure mondiale. Ils ont attesté de manière vivante et convaincante de la grandeur de Lénine, de l’ampleur de sa personnalité, de l’influence de son génie, de son impact sur ses contemporains et ses descendants, et de son rôle historique mondial colossal.

    L’écrivain français Romain Rolland, prix Nobel, a ainsi réagi à la mort de Lénine : « Je ne connais pas d’individualité plus puissante dans l’Europe moderne. Sa volonté a si profondément sillonné l’océan chaotique d’une humanité flasque que sa trace reste longtemps dans l’eau et désormais son navire, bravant les tempêtes, avance à pleine voile vers un monde nouveau ».

    Le pionnier de l’exploration spatiale Konstantin Tsiolkovsky a écrit : « Lénine a initié une cause qui, avec le temps, embrassera toute la Terre, toute sa population. Au fil du temps, la stature de Lénine grandira. Personne n’avait autant foi dans le pouvoir créatif des masses, et personne n’a exprimé les pensées et les aspirations chères au peuple de manière aussi précise et complète. Il est pur de cœur, profond de raison, infiniment juste et clairvoyant. Lénine est le plus grand génie qui ait jamais vécu et je l’appelle grand sans réserve ».

    Le cœur de Lénine, qui répondait si facilement à la souffrance des masses opprimées, a cessé de battre il y a près d’un siècle. Mais ses grandes idées continuent de vivre. Tout comme son exemple de service dévoué et désintéressé à la cause de la libération de l’humanité. Ce grand exemple nous inspire pour de nouvelles batailles. Il nous conduit à la victoire du travail honnête, du pouvoir du peuple et de la justice sociale.

    Il est du devoir des communistes au XXIème siècle d’en faire un siècle de triomphe du socialisme. Que l’exemple de Lénine nous donne la force, la confiance et la présence des vainqueurs.

    Traduction Hervé Fuyet, relue par Marianne Dunlop

    Source : https://histoireetsociete.com/2020/04/14/lheritage-ideologique-de-lenine-et-la-lutte-des-travailleurs-pour-le-socialisme-au-xxie-siecle/

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

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– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

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– Olivia, Paris