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Alain Refalo-Un climat de guerre s’installe en France

Un climat de guerre s’installe en France par Alain Refalo
Au mois de juillet dernier, le Parlement adoptait la loi de programmation militaire 2024-2030, pour un montant de 413 milliards d’euros. Elle consacrait une hausse du budget militaire de 3 milliards d’euros par an jusqu’en 2027, puis de 4,3 milliards d’euros jusqu’en 2030, ce qui portera le budget de la défense nationale à 69 milliards d’euros en 2030, alors qu’il était de 32 milliards en 2017. Il est clairement affirmé dans cette loi de programmation militaire que la France s’engage désormais dans une « économie de guerre » afin d’augmenter significativement la production d’armement, pour le plus grand bonheur du complexe militaro-industriel. C’était le premier signal attestant que la France se préparait à la guerre.
Les dernières déclarations du Président de la République s’inscrivent dans la continuité de ce qu’il faut bien nommer la militarisation croissante du pays. En appelant au « réarmement civique et moral » de la jeunesse, après avoir au mois d’août annoncé sa volonté de la « re-civiliser » (après les émeutes), Macron-Jupiter veut aller encore plus loin dans son embrigadement idéologique afin de la préparer au climat de guerre qu’il cherche à imposer à la nation. La jeunesse, future chair à canon disponible, doit être prête, préparée, par l’école, par le SNU et sans doute bientôt par le service militaire qui effectue un retour en grâce chez de nombreux politiques et militaires.
Tous les discours officiels convergent en effet pour préparer la population française à l’idée que la « paix » est sans doute derrière nous ; ce qui signifie que, forcément, la guerre est devant nous. La guerre en Ukraine, le conflit israélo-palestinien, à la suite des attentats islamistes, sont désormais utilisés à des fins de propagande militariste. La perspective d’un conflit majeur sur notre sol et/ou d’une guerre en Europe dont la France serait partie prenante incitent le pouvoir politique à anticiper cette échéance. Pour que cette guerre soit acceptée par la population, il faut que les esprits soient prêts et qu’ils la considèrent comme une échéance inéluctable.
Tout ce qui peut contrarier cet objectif est réprimé. Depuis plusieurs années, le pouvoir lepénisé cherche à contenir et à vaincre les résistances civiques, sociales, écologiques qui se développent contre les inégalités et les discriminations, contre le dérèglement climatique, contre les lois iniques comme la loi immigration. Pour atteindre cet objectif, et justifier des mesures ultra-sécuritaires et militaristes, il agite des chiffons rouges qui détournent l’attention et il instiller de la peur. Parce que l’ennemi pour l’État, de tout temps, avant d’être extérieur, est d’abord intérieur. C’est pourquoi les libertés sont aujourd’hui attaquées, que le droit de manifester, de s’exprimer, de contester est réprimé, souvent avec une brutalité inouïe par une police largement gangrenée par les idées de l’extrême droite. Il s’agit de faire taire les voix dissidentes qui font obstacle à l’édification d’une pseudo unité nationale autour de son chef qui trouve dans la perspective d’une guerre à venir un moyen de sauver son deuxième quinquennat.
Pour tenter de mâter la jeunesse et de la remettre dans « le droit chemin », Macron a sorti de son chapeau en 2017 le Service National Universel (SNU). Dans une vision très paternaliste de la jeunesse, le SNU, dans son principe comme dans ses méthodes, ainsi que l’ont montré les phases test, n’est qu’une école de la soumission inconditionnelle à l’autorité, tout particulièrement à l’autorité militaire. Il s’agit d’inculquer à la jeunesse les valeurs et les méthodes militaires, mais aussi de lui faire accepter « les enjeux de la défense et de la sécurité nationale ». Le « réarmement civique et moral » de la jeunesse voulu par Macron trouve déjà dans le SNU un terrain d’application édifiant : garde à vous, lever du drapeau, Marseillaise, uniforme, discipline stricte, encadrement militaire, participation aux cérémonies militaires.
Lorsqu’il était secrétaire d’État responsable de la jeunesse, Gabriel Attal, avait annoncé la généralisation du Service national universel à tous les jeunes de 16 ans dès 2024. Cette idée n’a pas été abandonnée. Le 5 janvier dernier, Prisca Thevenot, secrétaire d’État à la jeunesse et au Service national universel, a fait savoir qu’elle souhaitait également sa généralisation afin qu’il « devienne un passage républicain pour chaque jeune de notre nation ». Le SNU obligatoire pour chaque génération sera d’ailleurs l’aboutissement d’un processus d’endoctrinement commencé dès l’école primaire (éducation civique et morale) et prolongé tout au long du secondaire avec les fameux « parcours citoyens ».
Dans ces « parcours », bien balisés dans les programmes, l’éducation à la défense nationale, aux valeurs patriotiques, au respect de l’armée et de ses missions, tient déjà une place non négligeable. Il n’est pas inutile de rappeler que le dernier protocole Défense – Éducation nationale, de juin 2016, valorise à l’école la place de l’armée dans la vie de la nation. Il est y écrit que « l‘enseignement de défense vise à améliorer la connaissance des missions des militaires et de la Défense par les élèves les plus jeunes. Il vise à leur faire comprendre que les militaires servent la Nation ». Autrement dit, les enseignants doivent se faire le relais de la propagande militaire au sein de leurs classes, ce qui implique aussi de mettre en valeur le rôle de l’armée dans les interventions militaires extérieures. On ne saurait dévoyer davantage la mission émancipatrice de l’école et des enseignants que de la mettre au service d’une institution qui incarne des valeurs aussi contraires à celles de l’éducation.
Mais cela ne suffit encore pas. Gabriel Attal, lors de son passage éclair à l’Éducation nationale, a annoncé, au mois de décembre dernier, l’expérimentation du port de l’uniforme à l’école, au collège et au lycée dans les collectivités locales volontaires. Outre le caractère rétrograde de cette mesure anti-éducative, elle flatte les relents autoritaristes dominants. Uniforme à l’école, uniforme pendant le SNU, l’uniforme devient un autre symbole de cette volonté de mettre la France au garde à vous, de gommer les différences et de marcher au pas.
Ainsi, tout converge pour davantage caporaliser, uniformiser et endoctriner la jeunesse. Il est fort probable, au rythme où vont les annonces militaristes, que dans les mois à venir la question du service militaire redevienne d’actualité. Déjà, le 5 novembre dernier, l’ancien premier ministre Edouard Philippe s’interrogeait sur un retour prochain du service militaire en France. « Est-ce qu’un jour, indique-t-il, pour préserver les intérêts de la France, sa sécurité, il ne faudra pas former – et former militairement, sinon ça n’a aucun sens – une partie de la jeunesse, voire toute la jeunesse, c’est une question qui sera peut-être posée ? » Il ajoutait que « comme nous vivons dans un monde dangereux, j’ai tendance à penser qu’elle sera posée bientôt ». Il y a fort à parier que le retour du service militaire sera à l’ordre du jour de la prochaine présidentielle, à moins que les événements s’accélèrent. Car certains aimeraient aller plus vite.
Ainsi, dans une récente tribune au Figaro, l’ancien numéro deux de l’armée de terre, le général Bertrand de la Chesnais (qui fut par ailleurs directeur de la campagne présidentielle d’Eric Zemmour) plaide pour la mise en place d’un « véritable service national opérationnel obligatoire pour l’ensemble d’une classe d’âge ». Par opérationnel, il entend « pour efficacité immédiate » au sein des armées. « A l’issue de son service, écrit-il, le contingent serait automatiquement affecté dans la Garde nationale pour une durée active de 5 ans, afin de servir comme réserviste rappelable 2 semaines par an quel que soit son emploi ». Pour ne pas être en reste, il souhaite « une grande politique de réarmement moral, militaire et civique » afin de « préparer sans tabou la guerre de demain »… Les mêmes mots que ceux de Macron quelques semaines plus tard.
Le réarmement moral et civique, expression empruntée à l’extrême droite, voulu par le président de la République, tout comme la généralisation du Service National Universel obligatoire, s’inscrivent dans un contexte de militarisation croissante de notre pays. Dans notre ouvrage Démilitariser la France (Chronique Sociale, 2022), nous avons montré toutes les facettes de cette militarisation et montré en quoi la France est l’un des pays les plus militarisés au monde : elle cumule de puissants symboles militaristes (histoire et mémoire guerrières, défilé militaire du 14 juillet, hymne national guerrier), une politique de défense coûteuse (dissuasion nucléaire), une industrie de défense qui alimente un important commerce des armes, de nombreuses interventions militaires extérieures, une militarisation croissante de la société (accords Défense-Education, SNU, armements des forces de l’ordre.) La France dite républicaine, par ses choix militaristes, a tourné le dos depuis longtemps aux valeurs affichées sur les frontons de nos mairies : Liberté, Égalité, Fraternité.
Un vent mauvais souffle dans ce pays. Un climat de guerre, peut-être de guerre civile, s’installe progressivement. Certains l’évoquent déjà et s’y préparent. C’est pourquoi les mobilisations à venir seront capitales. D’abord, pour faire abroger la loi immigration aux relents racistes et xénophobes ; ensuite, pour lutter massivement contre l’inaction climatique de ce gouvernement et imposer une véritable transition écologique ; puis pour résister à toutes les atteintes à notre modèle social désossé jusqu’à la moelle ; enfin, pour construire et porter une véritable alternative sociale et écologique qui offre enfin une espérance pour 2027.
Mais à tous ces combats, il faut ajouter désormais la lutte contre la militarisation de notre société. Il est temps que se lève un véritable mouvement en faveur de la paix, pour le désarmement nucléaire de la France, pour une autre politique de défense, pour une démilitarisation des forces de l’ordre. La dernière grande victoire contre le militarisme, dans ce pays, remonte à la lutte des paysans du Larzac contre l’extension du camp militaire. Depuis, notre pays est à la traîne des grands courants européens pour la paix, le désarmement et la non-violence.
Et dans ce climat militariste et guerrier, nous devons, plus que jamais, défendre et promouvoir l’objection de conscience. L’objection de conscience au SNU, au service militaire, à toute propagande militariste, à tout commerce des armes, à tout préparatif de guerre. Avec la disparition du service militaire obligatoire en 1997, les lois sur l’objection de conscience ont été suspendues. Elles permettaient à tout jeune qui en faisait la demande écrite d’effectuer un service civil alternatif de deux ans (au lieu d’un an pour le service militaire) dans une association de son choix. Certes, la durée du service civil était discriminatoire, mais la loi permettait de refuser « légalement » d’apprendre à utiliser des armes de guerre, d’apprendre à tuer, pour des motifs personnels ou autres, tout en effectuant une activité associative choisie. L’objection de conscience à la guerre et à ses préparatifs devient un impératif moral, non seulement pour ne pas être complice soi-même du mal que nous dénonçons, mais pour enrayer directement la machine à fabriquer du malheur sur cette terre.
La politique lepéno-macroniste peut se résumer en deux mots : se résigner et obéir. Se résigner à la fatalité de la guerre qui vient, obéir aux autorités et aux ordres, sans discuter. Nous y opposerons ce qui a toujours fait le sel de la vie : résister et désobéir. Résister aux lois scélérates qui déroulent le tapis rouge à l’extrême droite, résister à la liquidation de notre modèle social, résister à l’inaction climatique de ce pouvoir, résister à la militarisation de notre société. Désobéir enfin, car viendra un temps où les citoyens n’auront pas d’autre choix que d’entrer en dissidence civique pour préserver les valeurs essentielles qui fondent notre vivre ensemble.
Alain Refalo
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Révolution colorée : le cas de la Pologne et de Solidarnosc

Révolution colorée : le cas de la Pologne et de Solidarnosc
Pour ceux qui sont intéressés par le prototype des "révolutions colorées", à l'Est ou au Sud, voilà traduit un chapitre d'un livre qui vient de paraître à Minsk, Biélorussie, sur les révolutions colorées dans plus d'une vingtaine de pays. Ici le cas polonais écrit à partir du livre que j'ai écris sur le sujet et qui a été réactualisé par quelques données supplémentaires.
Bruno Drewski.Pologne : Principe social, ou jésuite QRHELPFUL
« Solidarité » (Solidarnosc) a été l’une des premières « révolutions de couleur » dans le sens où elle reposait sur un véritable mécontentement social exigeant plus de socialisme et de démocratie, sur des slogans qui ont cependant été rapidement repris et canalisés par des intellectuels liés aux puissances occidentales. Par leur culture politique, leurs relations personnelles, voire leur dépendance financière, et pour certains, sans doute, leur affiliation aux services secrets. L’assistance matérielle des agences d’espionnage ou des « organisations sociales » étrangères associées aux autorités des pays occidentaux a finalement influencé les choix stratégiques opérés par cette organisation entre la période de son émergence et les périodes où elle a connu la marginalisation, la clandestinité, puis la prise brutale du pouvoir.
Les États-Unis sont actifs en Pologne depuis longtemps. Ils entretiennent des contacts dans les cercles intellectuels d’opposition depuis au moins les années 1970, et les services secrets des puissances capitalistes sont en contact avec les dirigeants de « Solidarité » depuis sa création. Fin 1982, le président américain Ronald Reagan a approuvé la procédure d’assistance aux structures secrètes de « Solidarité », en signant un document intitulé QRHELPFUL.
Le prédécesseur de cette opération de la CIA était une autre action baptisée QRBERETTA, dont l’objet était initialement, dans les années 1940-1950, d’apporter une aide au mensuel culturel et politique polonais Kultura et à l’Institut littéraire de Maisons-Laffite qui le publiait. Le mensuel publiait des œuvres littéraires et des livres sur des sujets historiques et sociopolitiques, et l’institut était dirigé par un immigré et propriétaire foncier des « pays de l’Est » Jerzy Giedroyc.
Ce type d’aide, provenant directement des fonds de la CIA, est progressivement passé de plusieurs dizaines de milliers de dollars dans les premières années à plusieurs centaines de milliers dans les années 1970. Ils affluaient parallèlement à l’aide apportée par des organisations plus ou moins liées aux dirigeants américains.
Ceux-ci comprenaient des syndicats, des partis politiques, des associations, des organismes de collecte de fonds et finançaient également, au sens strict du terme, des agences gouvernementales telles que Radio Free Europe/Radio Liberty, dont le siège était à Munich.
Ainsi, on voit que la puissance mondiale n’a pas hésité à utiliser ses puissants moyens et méthodes, dont elle accusait systématiquement l’ennemi.
L’objectif principal de la directive QRHELPFUL était de dissimuler l’origine des fonds et des équipements envoyés en Pologne, afin que les membres du gouvernement américain puissent à tout moment garantir publiquement que leur pays ne se livrait pas à de telles activités, qui sont interdites au vu de la le droit international et les règles de la diplomatie. Il a donc fallu tout un réseau d’intermédiaires pour brouiller les traces et réfléchir aux itinéraires de transport, en s’appuyant notamment sur l’expérience acquise depuis le début de la guerre en Afghanistan. Et nous voyons que la position des médias des pays socialistes, en particulier de la « Pologne populaire », condamnant ce genre d’action, présentée en Occident comme une grossière propagande communiste, était en réalité vraie.
Canaux d’approvisionnement et de complot
Les agents de la CIA ont eu des contacts avec des immigrés polonais vivant dans divers pays occidentaux : France, Allemagne de l’Ouest, Angleterre, Belgique, Suède, Italie, mais principalement en France – à Paris, qui a joué un rôle clé dans l’histoire de Solidarnosc.
Le soutien de la CIA allait du financement d’œuvres littéraires en envoyant des photocopieurs ou des imprimantes à l’aide au maintien des contacts avec les internés polonais, leurs familles ou les émigrants.
Selon certaines estimations, plus de 30 employés de la CIA étaient constamment impliqués dans ce travail. Ils ont établi des contacts avec des migrants, des diplomates de différents pays, des hommes d’affaires associés à la Pologne, qui ont pu organiser le transport de marchandises vers ce pays. Mais aucun de ces agents n’a jamais rencontré personnellement les dirigeants de « Solidarité », qui ont ainsi pu ignorer ou faire semblant de ne pas remarquer les véritables sources de financement et de soutien de leurs actions. Cela prouve qu’à cette époque, un tel comportement était largement considéré comme honteux.
Les personnes contactées par les agents de la CIA avaient accès à des transporteurs, des chauffeurs routiers ou d’autres intermédiaires. Cela permettait d’importer des marchandises illégales (encre mignonne, photocopieurs, imprimantes, affiches, etc.), astucieusement cachées dans de gros camions, contournant ainsi les contrôles douaniers aux frontières de la Pologne ou d’autres pays socialistes par lesquels transitaient les véhicules. Tout a été fait pour que si un camion était arrêté à la frontière, son conducteur ne connaisse pas l’identité des personnes livrant des marchandises interdites. Il était donc impossible d’accéder à la source originale.
Même les dirigeants de l’organisation clandestine polonaise destinataires de ces biens ou fonds ne savaient pas exactement qui en était l’expéditeur. Les membres du mouvement clandestin préféraient généralement ne pas poser de questions sur l’origine de ce qu’ils utilisaient pour mener leurs activités contre le gouvernement polonais. Tout a été fait de manière à se limiter à des rumeurs sans aucune preuve.
Cela a permis à l’opposition polonaise de croire qu’elle disposait de partenaires fiables qui ne l’abandonneraient pas, mais de ne pas se poser de questions sur le sens moral et la justification de ce partenariat.
Les dirigeants de l’opposition polonaise pouvaient donc avoir l’impression qu’ils s’appuyaient sur un mouvement social large et universel réunissant tous les membres de la « famille démocratique ».
Le coup porté par « Solidarnosc » à la justice mondiale
Nous savons aujourd’hui que les processus de développement du néolibéralisme et du néoconservatisme, ainsi que la crise du socialisme réel en Europe de l’Est, avec la transformation des modèles socialistes en Asie et en Amérique latine, se sont produits parallèlement et dans une large mesure indépendamment de ce qui se passait. en Pologne. L’éclatement de la mobilisation qui a mené à la création « Solidarité » a joué un rôle important dans l’affaiblissement idéologique non seulement de la crédibilité du mouvement communiste, mais aussi des mouvements syndicaux et sociaux-démocrates du monde entier, ainsi que de la gauche en général.
Aujourd’hui, 30 ans après l’effondrement du camp socialiste et dans le contexte de domination quasi universelle de l’idéologie (néo)libérale sur la planète, il est difficile de ne pas reconnaître que le degré de polarisation du monde entre pays riches et pays pauvres et au sein des sociétés de presque tous les pays, a augmenté de manière significative par rapport à l’époque où existait un camp qui prétendait de manière plus ou moins convaincante agir dans l’intérêt de toutes les masses travailleuses du monde.
Après le réformisme des années d’après-guerre, les partisans de l’économie sociale de marché ont décidé de négocier pour obtenir les miettes de la table du Seigneur. Et « Solidarité » a soutenu cette évolution dès le début, mais avec une force croissante. Et dans cette situation, il est impossible de ne pas se poser la question du rôle des puissances de l’OTAN dans ce processus.
La transformation des défenseurs des travailleurs en esclavagistes
Il convient cependant de rappeler que Solidarnosc s’est néanmoins développée d’abord sur la vague de slogans qui proclamaient encore la subjectivité des travailleurs et cherchaient ainsi à construire une « République autogérée de Pologne » basée sur un système d’administration autonome des travailleurs. Tout en détruisant la légitimité des partis communistes trop centralisés et trop bureaucratiques et de leurs syndicats. Cependant, le syndicat « Solidarité » a finalement détruit les principes sur lesquels il s’est lui-même développé et qui sont issus du socialisme. Ce processus était d’une importance vitale dans le monde, car il coïncidait avec une tendance beaucoup plus forte vers une nouvelle vague d’hégémonie culturelle de la bourgeoisie mondiale, basée sur les idées néolibérales et le rôle militaire, policier et politique de premier plan des États-Unis en tant que noyau central du nouvel empire du capital mondial. Dans le même temps, dans les appareils des partis jusqu’alors considérés comme communistes ou socialistes, surgirent les forces d’une oligarchie émergente, c’est-à-dire une nouvelle bourgeoisie. Et puis le pouvoir du capital a été laissé presqu’entièrement seul sur le champ de bataille ces 30 dernières années.
Dès le début de sa fondation jusqu’en 1989 et par la suite, la direction du Syndicat autonome indépendant Solidarité (NSZZ “S”) n’a montré aucun intérêt pour les mouvements de libération, ouvriers, de gauche, de classe, de libération nationale, réformistes ou révolutionnaires dans les pays capitalistes de l’Ouest ou du Sud, et il limitait ses contacts avec des organisations syndicales plus riches ou des organisations politiques associées à des cercles occidentaux officiellement ou réellement conservateurs.
Big Brother te regarde
Il est impossible d’ignorer l’ampleur de l’ingérence des États-Unis et de leurs alliés dans les affaires intérieures de la Pologne. Outre les agences gouvernementales et les organisations de la société civile financées par des fonds publics et privés, la CIA américaine a été activement impliquée dans l’organisation et le financement de structures d’opposition illégales en Pologne.
Ceci permet de comprendre pourquoi, malgré le caractère incontestablement socialiste des grèves d’août 1980, les structures de « Solidarité » sont progressivement devenues dépendantes des propositions politiques, économiques et idéologiques de Washington.
Selon certaines estimations, la CIA elle-même a dépensé au moins 20 millions de dollars pour le mouvement clandestin « Solidarité » (aujourd’hui, on pense que la somme s’élèverait à environ 40 millions). Cette aide était organisée de telle sorte que l’argent voyageait très loin afin d’éviter que sa source d’origine ne soit identifiée.
Dans le même temps, il convient de noter le rôle des conseillers intellectuels dans la direction du syndicat ouvrier, qui entretenaient souvent des contacts étroits avec les élites occidentales et défendaient de moins en moins les intérêts des travailleurs. Carl Bernstein, l’un des journalistes américains les plus célèbres qui, avec Robert Woodward, a dénoncé l’affaire du Watergate en 1974, a publié dans l’hebdomadaire américain Time un article intitulé « La Sainte Alliance » sur les relations entre les États-Unis et le Vatican en matière de de la Pologne et la lutte contre le bloc de l’Est en général.
Il ressort de cet article que le 7 juin 1982, le président américain de l’époque, Ronald Reagan, et le pape Jean-Paul II ont conclu un accord visant à fournir une assistance maximale à Solidarnosc, alors interdite.
« Il a prospéré dans la clandestinité, approvisionné et nourri en grande partie par le réseau créé sous les auspices de Ronald Reagan et de Jean-Paul II, et recevant des conseils à travers ce réseau », a écrit Bernstein, en partie. — L’argent destiné au syndicat interdit provenait des fonds de la CIA, du National Endowment for Democracy et de comptes secrets du Vatican et des syndicats occidentaux.
Des tonnes de matériel ont été introduites clandestinement en Pologne : fax, imprimantes, émetteurs radio, téléphones, talkies-walkies, caméras vidéo, photocopieurs, ordinateurs. Les intellectuels, écrivains et économistes polonais qui publiaient leurs travaux dans la clandestinité recevaient des honoraires plus élevés que ceux qu’ils auraient reçus en les publiant sur le réseau officiel de l’État.
Tout cela prouve l’importance de l’intervention étrangère et que l’influence de « Solidarité », après la déclaration de la loi martiale, ne s’étendait plus tant aux travailleurs qu’aux intellectuels. Cependant, les auteurs de ces livres ont été amenés à croire que leurs redevances provenaient des activités marchandes commerciales lancées par la clandestinité, démontrant ainsi leur supériorité et leur rentabilité sur le secteur public prétendument inefficace et répressif.
Le prix de la renaissance
Interrogé lors d’une conférence de presse sur les sommes que le syndicat recevait de l’Occident, Janusz Palubicki, alors vice-président de NSZZ Solidarité et trésorier par intérim de l’organisation, a déclaré que « tout a commencé avec 110 000 dollars en 1982 et s’est terminé à 1,5 million de dollars en 1989. » Le montant précis a également été indiqué par Jerzy Milewski, l’ancien chef du bureau de représentation de « Solidarité » à Bruxelles, qui a admis qu’en sept ans, son bureau avait reçu environ 7 millions de dollars transférés vers la Pologne.
En revanche, en septembre 2004, Adam Grzesiak, employé de la maison d’édition clandestine Nowa, déclarait notamment dans une interview au quotidien Trybuna : « Il est vrai que nous vivions de l’argent de Reagan. Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne que l’argent et l’équipement provenaient de divers centres du monde. C’est vrai qu’on a gagné beaucoup, mais on a aussi beaucoup travaillé. » Peter Schweitzer a également mentionné Reagan, la CIA et l’argent de « Solidarité » dans son livre « Victory ».
Cependant, le coût de Solidarnosc ne se limite pas aux fonds dépensés. La part du lion des entreprises en activité à cette époque a tout simplement cessé d’exister aujourd’hui, ou du moins a été considérablement réduite, y compris les célèbres et emblématiques chantiers navals de Gdańsk, Gdynia et Szczecin.
Il n’est pas surprenant que si au sommet de son développement, au milieu de 1981, NSZZ Solidarnosc comptait près de 10 millions de membres, après 1989, le syndicat n’a pas réussi à réintégrer plus d’un cinquième de ses anciens membres. Dès la fin de 1981 et pendant la loi martiale, « Solidarité » perdait une partie importante de son ancienne base sociale et de son soutien. Elle n’a pas non plus été en mesure de proclamer un programme de « construction du capitalisme » en Pologne vu l’impopularité de ce slogan, de sorte que le terme vague « économie de marché » a été rapidement inventé. Cela a permis de ne pas aborder publiquement la question fondamentale de la propriété des moyens de production qui devraient fonctionner dans le cadre de ce « marché ».
C’est peut-être pour cette raison qu’aux slogans sociaux proclamés lors des grèves de 1980, les partisans de « Solidarité » préfèrent aujourd’hui proclamer des slogans nationaux, voire nationalistes, qui occupaient alors une place secondaire dans les déclarations, annonces et proclamations du syndicat. Et à la place des déclarations quasi socialistes qui faisaient alors référence à l’éthique chrétienne, un culte clérical des institutions de l’Église catholique a commencé à apparaître.
Le cynisme de choc de l’Occident kleptocratique
Le cynisme des élites polonaises qui ont décidé de succomber aux diktats de Soros et des conseillers occidentaux descendus en masse à Varsovie à l’été 1989 est clairement illustré par une interview que le ministre des Finances Leszek Balcerowicz a accordée au journal Sztandar Młodych il y a quelques mois. plus tard. Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait qu’il se passerait si les masses polonaises découvraient les objectifs de la « thérapie de choc » capitaliste et se rebellaient, le ministre a répondu :
« Le plan de changement systémique a été structuré de manière à ce que tout soit fait si rapidement, dans un délai de six mois, qu’au moment où les travailleurs prendront conscience de la réalité des changements, il n’y aura plus de retour en arrière possible ».
Il n’y a probablement plus rien à dire ici. En substance, les travailleurs polonais, ayant lancé le mouvement, en ont perdu le contrôle – et les agents des puissances occidentales ont pris les choses en main.
D’une part, l’Occident a imposé des sanctions économiques à l’État polonais et, d’autre part, une aide financière a été fournie à son opposition, qui devait encore brandir des slogans sur la démocratisation du socialisme, car le peuple polonais n’était pas encore prêt à accepter capitalisme.
Il s’agissait donc d’une manipulation externe massive, puis réussie, des masses politiquement et sans instruction de classe par les dirigeants du socialisme réel, qui eux-mêmes étaient souvent empoisonnés par les idées venant de l’Occident kleptocratique.
Bien entendu, il faut également tenir compte du fait que les structures clandestines de « Solidarité » ont été pénétrées par des agents des services de sécurité de l’État polonais. C’est pourquoi il était si important de garder les sources de l’aide américaine aussi opaques que possible. La CIA a joué un rôle clé dans la création de tout ce réseau, parfois avec la participation d’autres services comme le MI6 britannique ou le Mossad israélien.
Attention : si Paris constituait une base importante pour des actions visant la Pologne, alors les autorités et services secrets français auraient dû en être informées afin d’être sûres que de telles actions ne concernaient pas la France. Et de fait elles ont rendu la pareille, fermant les yeux sur les actions de leurs collègues américains. En outre, les Américains ont reçu l’accord tacite des États d’Europe occidentale sur le territoire desquels leur réseau a été construit, notamment la France, l’Allemagne de l’ouest et la Suède.
Selon le politologue américain S. Johnson, ancien membre du Commandement des opérations spéciales des États-Unis (USSOCOM) et aujourd’hui expert en terrorisme au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington, le Vatican était également au courant de ces actions, même si il n’a jamais été informé de leurs spécificités.
De seigneur à vassal dépendant
Le soutien officiel de la CIA aux structures de l’opposition polonaise clandestine s’est poursuivi de 1981 à 1990, date à la fin de laquelle il a pris fin de jure.
Cependant, de nombreux conseillers américains ont investi dans de nombreux ministères et départements supérieurs polonais, ainsi que dans certains dirigeants politiques, journalistes, hauts fonctionnaires, officiers militaires et agents des renseignements polonais formés aux États-Unis, notamment au siège de la CIA.
Selon Jones, les documents issus de ces transactions ont ensuite été brûlés. Les officiers en charge de ce secteur reçurent d’autres missions dans d’autres pays, où l’on peut supposer qu’ils mirent à profit l’expérience acquise sur le front polonais.
La CIA ne cherche plus, comme elle le faisait dans les années 1970 et 1980, à dissimuler son ingérence. Dans le même temps, les médias occidentaux mènent une campagne après l’autre sur les allégations d’ingérence russe, voire chinoise, dans la vie politique des puissances occidentales. On peut supposer que ces campagnes visent, au contraire, à justifier l’influence croissante de « l’État profond » sur la vie politique et à contribuer à la « militarisation » du moral de l’Occident.
Après 30 ans de campagnes médiatiques condamnant les anciens membres (avant 1989) de l’appareil de sécurité polonais au nom de la moralité, nous sommes obligés de poser la question de la moralité de ceux qui ont collaboré avec l’organisation. Les anticommunistes soulignent que la République populaire polonaise et ses services étaient également associés à une puissance étrangère – l’Union soviétique, mais ils oublient que les services secrets polonais n’ont jamais transmis les noms de leurs agents à leurs camarades soviétiques.
(graphique)
Dans le camp opposé, les Américains connaissaient parfaitement les actions de leurs pupilles, qui, après 1989, étaient également censés leur transmettre des informations sur tous les réseaux de renseignement de la Pologne populaire. Surtout lors de l’invasion américaine et polonaise de l’Irak en 2003. Les autorités de Varsovie ont alors fourni les noms des agents polonais ayant eu des contacts avec les services de renseignement irakiens, facilitant ainsi l’invasion de ce pays. Cela a été perçu par les Arabes comme une trahison qui a détruit l’image favorable de la Pologne en Irak et dans les pays voisins.
D’un État qui avait activement participé au développement économique et culturel de l’Irak, de l’Algérie, de la Libye, de la Syrie et d’autres pays, la Pologne s’est soudainement transformée en un vassal au service des puissants.
Aux yeux du monde, la nouvelle Pologne est encore moins souveraine que celle qui s’est développée sous « souveraineté limitée » pendant l’existence du camp soviétique.
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Nouveau Parti Communiste Italien N(PCI) : Un siècle d’activités impérialistes

Un siècle d’activités impérialistes par Nouveau Parti Communiste Italien N(PCI)
Bulletin Comaguer 541–11 Janvier 2023
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Un siècle d’activités impérialistes
A la demande du nouveau parti communiste italien n(pci) nous avons relu et corrigé la traduction française d’un document qu’ils ont depuis diffusée à leurs contacts en France.
Cette liste sommaire comme ils le reconnaissent eux-mêmes malgré ses 39 pages constitue un bon outil de travail pour qui veut comprendre et bien mesurer ce qu’a été pendant un siècle l’inlassable activité de l’impérialisme pour imposer, par tous moyens, ses volontés au monde entier. Sur chaque sujet ou pays abordé ce texte a le mérite de proposer, en quelques lignes, un minimum de faits de noms et de dates qui permettent à chacun de mieux se situer. Nous saluons cette très utile synthèse et la publions aujourd’hui.
Avviso ai naviganti 132–29 octobre 2023
Les entreprises contre-révolutionnaires des groupes impérialistes américains promouvant la Troisième Guerre mondiale.
Une liste sommaire de leurs exploits criminels de 1917 à 2023.
Nous consacrons cet « Avviso ai naviganti » (Bulletin public d’information diffusé sur Internet) à un passage en revue certainement incomplet des interventions militaires ou en tout cas subversives, sans recours évident à des armes ni même à des secrets, menées à l’étranger par les groupes impérialistes américains, seuls ou en alliance avec d’autres puissances impérialistes (notamment le Royaume-Uni), envoyant directement ses propres troupes ou en embauchant des compagnies de mercenaires, entre 1917 et 2023. Ce sont des interventions pour lesquelles à partir de 1949 en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient (le reste de l’Asie et l’Amérique latine sont des cas distincts) ont également eu recours de l’OTAN, c’est-à-dire le réseau de bases militaires et d’agences (ouvertes et cachées) de manipulation et de manœuvres politiques avec lesquelles les États-Unis maintiennent sous contrôle un grand nombre de pays. Dans certains cas, ils ont également utilisé la couverture officielle de l’ONU.
Nous invitons tous ceux qui ont connaissance d’autres interventions américaines à les signaler au (nouveau)PCI – qui mettra à jour l’examen au fur et à mesure qu’il obtiendra de nouvelles informations – à l’adresse e-mail delegazione.npci@riseup.net.
Nous souhaitons à tous nos lecteurs une étude fructueuse de cette revue et que chacun en tire les conclusions pour sa propre activité, en réfléchissant soigneusement à ce que nous devons attendre de l’activité des groupes impérialistes américains si nous ne réalisons pas notre tâche : mettre fin à la participation de l’Italie à la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Fédération de Russie, expulser l’OTAN d’Italie et faire avancer la révolution socialiste dans notre pays !
Nous profitons également de cet « Avviso ai naviganti » pour affirmer que ce que Paolo Ferrero – dirigeant de Refondation Communiste et du Parti de la Gauche Européenne – affirme dans le misérable article « Toutes les erreurs américaines qui ont conduit au sommet de l’OTAN à Vilnius est complètement trompeur : je dis que la situation est dramatique ( Il Fatto Quotidiano , 11.07.2023) » est une erreur totale. Adepte de Fausto Bertinotti et de sa thèse selon laquelle la révolution socialiste dans l’ancien Empire tsariste et dans le reste du monde était « une combinaison d’erreurs et d’horreurs », Ferrero affirme qu’après la dissolution de l’URSS (26 décembre 1991) et de Démocraties Populaires d’Europe de l’Est (1989-1990), pour la bourgeoisie impérialiste « un ordre mondial de paix et de coopération était à sa portée, qui permettrait de surmonter positivement la guerre froide » et il regrette : « Au lieu de saisir l’opportunité de la paix, elle a profité de la situation pour construire le nouvel ordre mondial unipolaire sous la stricte domination américaine.
Les groupes impérialistes des États-Unis et de l’OTAN, après avoir éliminé l’URSS comme obstacle à leur expansion militaire, politique, financière et économique à travers le monde (en particulier dans les pays opprimés : colonies, semi-colonies et protectorats), ont fait ce qui était dans leur nature: ils ont cherché à intégrer dans leur espace les anciennes démocraties populaires d’Europe de l’Est (Bulgarie, Roumanie, Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie) et les anciens pays baltes soviétiques et ont ensuite cherché à s’étendre plus à l’est, en Ukraine et en Biélorussie et au-delà, dans le but de contrer la Fédération de Russie par une déstabilisation interne qui, dans leurs projets, qui ont jusqu’ici échoué, aurait conduit à son dépècement et à son asservissement. C’est comme ça qu’ils ont agi, contrairement aux pétitions des différents « conseillers du prince » d’hier et d’aujourd’hui, à la Ferrero.
Tant pendant la période 1917-1956 de construction du socialisme après la conquête du pouvoir par les bolcheviks dans une grande partie de la Russie tsariste, que pendant la période 1956-1991 de corruption et de putréfaction du socialisme en Union soviétique que dans les années suivantes, les ingérences des États-Unis dans les affaires intérieures d’autres États ont compris à la fois des actions explicites et secrètes (coups d’État « larvés », sanctions et restrictions commerciales, assassinats sélectifs de dirigeants politiques hostiles à Washington, liquidation de mouvements révolutionnaires par l’infiltration d’espions, recrutement d’agents secrets, corruption, massacres de civils, etc.), visant à remplacer des gouvernements non alignés sur les intérêts des groupes impérialistes américains ou à préserver ceux qui étaient déjà sous leur coupe. Après la Seconde Guerre mondiale, qui s’est terminée par l’affirmation de sa domination militaire et économique dans le camp impérialiste, le gouvernement américain a organisé de violentes opérations de changement de gouvernement, dans le contexte de la « guerre froide » avec l’Union soviétique et le reste du camp socialiste, pour étendre son influence et sa direction sur le cours des choses à l’échelle mondiale et éliminer le premier État socialiste de l’histoire et ses alliés. Selon les estimations prudentes de certains analystes américains, il y aurait eu au moins 200 interventions américaines de toutes sortes (certaines visibles , d’autres cachées) entre la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale et 2023.
Faire avancer la révolution socialiste jusqu’à instaurer le socialisme dans notre pays, l’un des principaux pays impérialistes, surtout parce qu’il est le siège du Vatican, qui avec ses tentacules manœuvre dans tous les pays du monde contre les masses populaires et les autorités non soumises à la communauté internationale des groupes impérialistes américains, sionistes et européens, est la plus grande contribution que nous, communistes italiens, pouvons apporter à ceux qui, aux quatre coins de la planète, luttent contre l’impérialisme.
Nous pouvons et devons le faire en créant les conditions pour que les organisations ouvrières et populaires constituent leur propre gouvernement d’urgence, l’imposent à la bourgeoisie impérialiste et au clergé et, face à la réaction de la bourgeoisie et du clergé aux mesures que les organisations ouvrières et populaires qu’ils amèneront avec eux (comme la fin de la participation de l’Italie aux guerres voulues par l’OTAN, l’expulsion des bases et installations USA-OTAN et sa sortie de l’Alliance atlantique), le défendront jusqu’à l’instauration du socialisme .
C’est l’engagement qu’a pris le (nouveau) Parti communiste italien. Nous appelons tous ceux qui veulent mettre fin au chaos dans lequel la bourgeoisie impérialiste a entraîné le monde après l’épuisement de la première vague mondiale de la révolution prolétarienne (1917-1976).à la guerre populaire révolutionnaire de longue durée que nous promouvons.
Chaque pas en avant dans le développement de la guerre lancée par les États-Unis et l’OTAN manifeste la nécessité et la possibilité d’avancer vers l’instauration du socialisme.
Sa réalisation dépend de la place que prennent les communistes dans ce combat !
L’OTAN affame et tue !
L’Italie hors de l’OTAN ! L’OTAN hors d’Italie !
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Opérations de guerre sales des groupes et États impérialistes États-Unis-OTAN 1917-2023
La période globale des interventions considérées (1917-2023 ) est divisée en trois sous-périodes :
1. 1917-1945. L’examen ne prend en considération que la participation des groupes impérialistes américains aux trois agressions contre l’Union soviétique. Il néglige toutes les autres interventions américaines à l’étranger réalisées dans la sous-période (Cuba, Mexique, Honduras, Panama, Haïti, Japon, Philippines, etc.) sur la base de la « Doctrine Monroe », une orientation de politique extérieure promue par le 5e président des États-Unis James Monroe (1817-1825) contenu dans le discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Congrès le 2 décembre 1823. Cette doctrine exprime l’idée de la suprématie et du caractère exceptionnel des États-Unis, avant tout sur le continent américain puis dans le reste du monde. Monroe a déclaré dans ce discours que les États-Unis ne toléreraient aucune ingérence dans les affaires de l’hémisphère occidental . Sous des formes renouvelées et adaptées à l’ère impérialiste – qui a débuté vers le dernier quart du XIXe siècle – cette doctrine est toujours en vigueur dans la gestion des relations extérieures des États-Unis, principalement avec le reste du continent américain.
2. Second après-guerre – Première phase (guerre froide : 4e agression des principales puissances impérialistes dirigées par les États-Unis contre l’Union soviétique, corrodée jusqu’à sa dissolution en 1991, principalement en raison de l’activité des révisionnistes modernes menés d’abord par Khrouchtchev, puis Brejnev et Gorbatchev) : 1945-1989.
3. Second après-Guerre – Deuxième phase (dissolution des Démocraties Populaires d’Europe de l’Est et de l’Union soviétique) : 1989-2023.
Première Guerre mondiale et période d’après-guerre
1ère agression contre la Russie bolchevique (1918-1922) : à travers « l’expédition sibérienne », les impérialistes américains – alliés du Japon, de l’Italie, du Royaume-Uni, de la France, de la Tchécoslovaquie, de la Pologne, de la Chine et de la Mongolie – ont attaqué le territoire de l’ancien Empire tsariste et combattu contre l’Armée rouge, qui a gagné la guerre civile.
2e (1922-1939) et 3e (1939-1945) agressions contre l’Union soviétique : après 1922, la bourgeoisie impérialiste, vaincue militairement, adopte une autre méthode de lutte pour atteindre l’objectif proclamé par Churchill
« Étouffer l’enfant jusqu’à dans le berceau. »)
Dans la deuxième agression, ils utilisent des méthodes non militaires de toutes sortes pour empêcher l’URSS de se relever des destructions de la guerre impérialiste et de la guerre civile: sanctions financières, blocus commercial, conspirations – voir l’activité des Jésuites, qui constituent à Rome un centre d’espionnage dédié appelé Russicum – et assassinats de dirigeants (Sergei Kirov, tué à Leningrad en 1934, fut la victime la plus célèbre). Mais dirigées par le parti communiste avec Staline à sa tête, les masses populaires soviétiques avec les trois plans quinquennaux (du premier commencé en 1928 avec la collectivisation conséquente de l’agriculture par la création des sovkhozes et des kolkhozes, jusqu’au troisième interrompu en 1941 en raison de la troisième agression impérialiste, cette fois encore militaire, dirigée par le Troisième Reich de Hitler) font de l’URSS une grande puissance mondiale sur le plan industriel, agricole, technologique, scientifique et culturel, ainsi que le seul pays qui n’a pas subi la grande crise mondiale de 1929 où, au contraire, s’est développée une large participation des masses populaires à la gestion politique et à d’autres activités spécifiquement humaines. Il s’agit d’activités créatives, récréatives et culturelles qui distinguent l’espèce humaine des autres espèces animales, telles que :
1. la capacité de connaître, de vérifier et d’utiliser des connaissances dans une action qui transforme le monde et l’homme lui-même et
2. la capacité d’élaborer des règles et des critères de comportement qui transforment la société et les individus à partir des relations avec la nature et des relations entre les groupes sociaux et les individus.
L’après-guerre
Première phase : Guerre froide (4e agression des principales puissances impérialistes dirigées par les États-Unis contre l’Union soviétique, rongée jusqu’à sa dissolution en 1991, principalement à cause de l’activité des révisionnistes modernes, dirigés d’abord par Khrouchtchev, puis par Brejnev et Gorbatchev)
1945-1949
Chine. Par l’Opération Beleaguer (11 septembre 1945 – juin 1949 ), les États-Unis sont intervenus dans la guerre civile chinoise (19 27 – 19 50 ), menée entre l’Armée populaire de libération dirigée par le Parti communiste chinois de MaoTse Tung et l’armée du Kuomintang (Parti nationaliste chinois) dirigée par Chiang Kai-shek. 50 000 marines ont occupé les provinces du Hebei et du Shandong avec pour objectif officiel de superviser le rapatriement de plus de 600 000 Japonais et Coréens restés en Chine après la fin de la Seconde Guerre mondiale. En réalité, les marines avaient pour fonction principale de contrer l’action militaire de l’Armée populaire de libération. Les troupes américaines abandonnèrent le territoire chinois en juin 1949, quelques mois avant la proclamation de la République populaire de Chine (1er octobre).
1946-1949
Grèce. Dans le cadre de la guerre civile (1946-1949), les États-Unis et la Grande-Bretagne ont soutenu militairement les armées réactionnaires du roi grec et de la bourgeoisie contre l’Armée démocratique grecque, dirigée par le Parti Communiste grec (KKE) a lutté pendant trois ans pour faire de la Grèce un pays socialiste jusqu’à sa défaite en Octobre 1949 survenue, face aux contradictions des partisans albanais dirigés par le Parti du travail d’Albanie dirigé par Enver Hoxha ,et seulement après l’intervention militaire américaine à partir de 1947,à laquelle s’ajoute la trahison des forces yougoslaves, dirigées par la Ligue des Communistes de Yougoslavie dominée par Tito.
1947-1970
Italie. En 1947, les Démocrates-Chrétiens (DC) dirigés par Alcide De Gasperi, soutenus par les États-Unis, perdent en popularité et le Parti communiste italien (PCI) grandit grâce à son soutien aux luttes paysannes en Sicile, en Toscane et en Ombrie pour la redistribution des terres et un travail décent pour tous. La DC planifie et procède à l’ expulsion de tous les ministres communistes et socialistes du gouvernement le 31 mai 1947 : le PCI n’aura plus de représentants au gouvernement pendant au moins quarante ans. De Gasperi a agi sous la pression du secrétaire d’État américain George Marshall, qui l’a averti que l’anticommunisme était l’une des conditions requises pour recevoir l’aide américaine ; l’ambassadeur américain en Italie, James Clement Dunn, demande même au Premier ministre de dissoudre le Parlement et d’interdire le PCI.
Lors des élections politiques italiennes de 1948, la Central Intelligence Agency (CIA) a fourni un soutien économique et du matériel militaire aux partis centristes italiens, principalement à la DC. En cas de victoire des communistes aux élections, la CIA a préconisé d’empêcher leur accès au pouvoir en falsifiant les résultats électoraux ou par la force (intervention des carabiniers ou de l’armée). La CIA a également publié de fausses lettres pour discréditer les dirigeants du Parti communiste italien.
Les agences d’espionnage américaines se sont lancées dans une campagne diffamatoire, en écrivant des millions de lettres adressées aux citoyens italiens (des représentants de la bourgeoisie impérialiste mais aussi des gens ordinaires), en diffusant de nombreuses émissions de radio sur ondes courtes, en finançant la publication de livres et d’articles qui mettaient en garde les Italiens contre les conséquences d’une victoire communiste, et en produisant des affiches de propagande anticommuniste, décrivant les communistes italiens comme des marionnettes aux mains du gouvernement soviétique.
Pendant ce temps, les États-Unis convainquent secrètement le parti travailliste britannique de faire pression sur le parti social-démocrate italien pour qu’il mette fin à son soutien au PCI et favorise la scission du parti socialiste italien.
La CIA dépense au moins 65 millions de dollars pour aider à élire des politiciens italiens. Naturellement, les renseignements américains s’opposent à la déclassification complète de tous les documents sur l’ingérence dans les élections italiennes de 1948.
Cette situation ouvre la voie aux gouvernements dirigés par la DC qui les ont conduit – après la naissance de l’OTAN (4 avril 1949) et l’accord entre les États membres du Traité de l’Atlantique Nord sur le statut des forces armées, signé à Londres le 19 juin. 1951 (NATO SOFA) – à la signature de l’Accord bilatéral sur les infrastructures (BIA) entre les États-Unis d’Amérique et l’Italie, signé le 20 octobre 1954, qui garantit aux États-Unis la présence de bases telles que Camp Darby, Camp Ederle et de nombreuses autres installations militaires sur le sol italien.
Les États-Unis ont joué un rôle clé dans la formation de la République papale. Avec ce terme, le (n)PCI désigne le régime établi en Italie sous le protectorat politico-militaire américain par la bourgeoisie impérialiste italienne, le Vatican, les organisations criminelles et d’autres secteurs de la classe dirigeante après la victoire de la Résistance (1943-1945). ) pour contenir le mouvement communiste et écraser la révolution socialiste. Ce régime politique est formellement régi par les institutions indiquées dans la Constitution de la République italienne de 1948, mais la Cour pontificale (le Vatican avec son Église) agit comme centre politique caché, sans aucune responsabilité officielle et comme dernier recours.
Enfin, les États-Unis ont également joué un rôle clé lors du soi-disant « coup d’État Borghese » de 1970, au cours duquel des groupes d’extrême droite appartenant au Front national ont planifié un coup d’État qui pour des raisons jamais éclaircies a cependant été annulé par son promoteur Junio Valerio. Borghese ( ancien commandant de la X MAS, corps militaire indépendant de la Marine Nationale Républicaine de la République Sociale Italienne) pendant qu’il était en cours de réalisation . Ensuite, Borghese s’est enfui en Espagne franquiste où il est mort quatre ans plus tard.
A travers l’OTAN, les États-Unis jouent un rôle important, aux côtés du Royaume-Uni, dans la construction de l’ organisation Gladio, une structure clandestine composée de groupes paramilitaires anticommunistes « stay Behind » (littéralement « rester en arrière ») installés en Italie et ailleurs dans les pays impérialistes européens dans le but de repousser l’Armée rouge en cas d’invasion soviétique. En réalité, ces groupes commettent des crimes odieux dans le cadre de la « stratégie de tension », visant à discréditer le mouvement ouvrier et révolutionnaire et à justifier les programmes de « sécurité nationale » des appareils répressifs des États impérialistes européens. Le principal organisme de sécurité italien qui a fait l’objet de l’attention de l’OTAN et des États-Unis était le SISDE (Service pour l’Information et la Sécurité Démocratique). L’existence de Gladio a été officiellement révélée en 1990 par Giulio Andreotti, alors premier ministre de la DC, lorsque son secret a cessé avec la fin de la « guerre froide » (quatrième agression contre l’Union soviétique).
1948-1967
Palestine. Les États-Unis contribuent à la reconnaissance internationale de l’État sioniste d’Israël – qui s’est auto-déclaré indépendant le 4 mai 1948 – en initiant des relations diplomatiques, économiques, commerciales et militaires qui se sont considérablement renforcées au fil des décennies. Depuis la guerre des Six Jours (5-10 juin 1967) jusqu’à la guerre du Kippour (6-25 octobre 1973), les États-Unis fournissent régulièrement environ 3 milliards de dollars d’aide militaire annuelle à Israël, ainsi que des renseignements de sécurité internes et externes grâce à la collaboration entre les services secrets étrangers respectifs, la CIA et le Mossad. Un exemple en est la répression du mouvement de libération nationale palestinien, à la fois spontanée et organisée (c’est-à-dire dans les différentes factions de la Résistance), objet d’une condamnation persistante de la part du système politique de la bourgeoisie impérialiste américaine, de celui des États alliés en Europe et leurs médias bourgeois respectifs.
1948-1950
République de Corée (Corée du Sud). En fournissant des armes au régime militaire sud-coréen sous leur contrôle, les impérialistes américains se sont rendus complices du massacre de Jeju ( 3 avril 1948 – mai 1949), perpétré par l’armée sud-coréenne sous les ordres du président fantoche Syngman Rhee. Pour dénoncer et bloquer les élections prévues le 10 mai 1948, le Parti des travailleurs de Corée du Sud, opposé à la division du pays, prévoit des manifestations pour le 1er mars qui n’auront jamais lieu en raison de la répression anticommuniste préventive et féroce qui a entraîné à l’arrestation d’environ 2 500 cadres du parti et à l’assassinat d’au moins trois d’entre eux. Un nombre indéterminé de personnes, allant de 14 mille pour l’estimation la plus basse jusqu’à 100 mille victimes pour l’estimation la plus élevée, ont perdu la vie à cause de la répression de l’armée sud-coréenne, qui a écrasé la révolte dans le sang et la violence contre les prisonniers et les civils. L’armée sud-coréenne n’a réussi à écraser les derniers foyers de révolte isolés qu’en 1953.
1949
Albanie. « L’Opération Valuable » est l’une des premières opérations paramilitaires subversives organisées par les services secrets anglo-américains dans les démocraties populaires d’Europe de l’Est. L’objectif principal de l’opération est de renverser le gouvernement de l’Albanie socialiste dirigé par le Parti du travail d’Enver Hoxha . Le MI6 et la CIA lancent une opération subversive conjointe, utilisant comme agents leurs contacts albanais locaux, tels que Balli Kombëtar du Front national, une organisation collaborationniste fasciste formée pendant la Seconde Guerre mondiale, et d’autres bandits issus de milieux royalistes regroupés au sein de l’organisation Legaliteti.
D’autres Albanais anticommunistes et de nombreux nationalistes de droite travaillent comme agents pour les services secrets grecs et italiens, certains soutenus par les services secrets anglo-américains. De nombreux agents sont capturés, jugés et abattus ou condamnés à de longues peines de prison dans des camps de travaux forcés albanais. « Opération Valuable » est un échec : la mobilisation et l’organisation militaire des masses populaires albanaises, promues par la Direction de la Sécurité de l’État (Sigurimi) et l’Armée populaire de libération, provoque la mort de 300 agents du MI6 et de la CIA au cours de l’opération .
1950-1954
Péninsule coréenne. Cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les impérialistes américains sont intervenus à titre anticommuniste dans la péninsule coréenne (5 juillet 1950) – où ils ont largué 177 000 tonnes de bombes – et se sont retirés le 18 août 1954, alimentant ainsi la guerre entre les communistes dirigés par Kim Il-Sung et le gouvernement fantoche de Séoul dirigé par Syngman Rhee, un homme politique catholique qui a grandi aux États-Unis.
La guérilla communiste coréenne est soutenue
– par la République Populaire de Chine à travers l’Armée populaire volontaire, composée de 3 millions d’hommes (militaires et civils) qui entre en action le 19 octobre 1950 et se retire en octobre 1958, fournissant un soutien logistique et médical même après la signature du cessez-le-feu, avec un total de 390 mille morts, blessés et prisonniers de guerre ;
– par l‘URSS qui perd 300 hommes et 335 avions.
La guerre est formellement toujours en cours : aucun traité de paix n’a été signé entre la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) et la République de Corée, mais seulement un cessez-le-feu négocié par l’ONU (27 juillet 1953).
Les États-Unis continuent de mener des provocations contre la RPDC au moyen d’exercices militaires conjoints avec le gouvernement de Séoul (qui héberge 23 bases militaires avec environ 23500 hommes, données du Pentagone de 2023) et avec le Japon (qui héberge 15 bases militaires avec environ 50 000 hommes – données du Pentagone de 2023), dans le but de l’intimider et de l’obliger à se retirer de son programme nucléaire (militaire et civil), développé pour dissuader d’éventuelles attaques des États-Unis et de ses alliés régionaux .
1953
L’Iran. Les États-Unis et le Royaume-Uni, à travers leurs services secrets respectifs CIA (Opération Ajax) et MI6 (Opération Boot), sont intervenus (15-19 août 1953) pour renverser le premier gouvernement exprimant la volonté populaire des masses iraniennes, celui de Muhammad Mossadeq, avocat et fondateur du Front National. La raison principale de cette opération de guerre sale est la nationalisation de l’industrie pétrolière iranienne : celle-ci a été construite grâce à l’ Anglo-Persian Oil Company, fondée en 1909 et rachetée à 51% en 1914 par le gouvernement britannique. A la nationalisation s’ajoutèrent l’adoption de mesures de sécurité sociale pour les ouvriers et les retraités, une réforme agraire et l’imposition d’une fiscalité élevée sur la rente foncière, donc sur les classes les plus riches et les plus parasitaires du pays. La conséquence immédiate de ce coup d’État est le renforcement des pouvoirs du Shah Reza Pahlevi et le déploiement de la persécution générale du mouvement ouvrier, communiste et étudiant iranien.
1954-1960
Guatemala. En 1954, les impérialistes américains fomentent un coup d’État au Guatemala (18-27 juin 1954) contre le gouvernement populaire du colonel Jacobo Árbenz Guzmán – soutenu par le Parti Guatémaltèque des Travailleurs (PGT) – et installent une dictature militaire qui, sous diverses formes, et sous divers uniformes durera jusqu’en 1983.
Parmi les principales intentions du gouvernement Árbenz figure la réforme agraire, à laquelle s’oppose fermement la multinationale américaine United Fruit Company (aujourd’hui Chiquita), résultat de la fusion de 21 sociétés bananières qui possède 70 % des terres cultivables guatémaltèque et est également présente dans d’autres pays d’Amérique du Sud (Équateur, Costa Rica, etc.). L’expression « république bananière », qui désigne un État corrompu, économiquement basé sur la dépendance à la monoculture agricole vouée à l’exportation, a été inventée précisément dans ce contexte.
Le 13 novembre 1960 commencent des révoltes contre la dictature militaire installée en 1954 par les États-Unis. De ces révoltes nait le Mouvement Révolutionnaire du 13 Novembre (MR-13), ensuite uni au PGT, qui, en coalition avec d’autres groupes de guérilla, donne naissance aux FAR (Forces Armées Révolutionnaires). Les États-Unis ont soutenu le gouvernement de Miguel Ydigoras Fuentes (1958-1963) dans les attentats contre le MR-13 et le PGT.
1954-1975
Viêt Nam. Après la bataille de Diên Biên Phu (13 mars – 7 mai 1954), la fuite des troupes d’occupation françaises et l’avènement du Premier ministre autoproclamé Ngô Dinh Diêm (1955-1963) promu par les USA, les communistes nord-vietnamiens commencent la guerre civile avec la naissance du Front de libération nationale vietnamien (1er novembre 1955), soutenu par Cuba, l’URSS, la République Populaire de Chine, la République Populaire Démocratique de Corée, le Pathet Lao et les Khmers rouges . Pour la première fois, les États-Unis testent la « stratégie de resserrement militaire » : en armant le gouvernement fantoche du Sud-Vietnam, les États-Unis multiplient les provocations militaires contre les guérilleros communistes, sur la base desquelles ils justifient l’ intervention armée en soutien au gouvernement Sud-Vietnamien et contre la République démocratique du Vietnam (Nord). Le prétexte pour la guerre contre la République démocratique du Vietnam est, un affrontement le 2 août 1964 entre un destroyer américain et des navires à moteur nord-vietnamiens dans le golfe du Tonkin. Le 7 août 1964, le président Johnson obtient du Congrès américain l’autorisation d’attaquer le Nord-Vietnam sans déclaration formelle de guerre. La guerre prend fin le 30 avril 1975 avec le retrait des troupes américaines, la victoire du Front de libération nationale vietnamien qui entre dans Saigon – la capitale du Sud-Vietnam, rebaptisée Hô Chi Minh Ville – et la réunification du pays dirigée par le Parti communiste du Vietnam (7 mai 1975). Le bilan des victimes s’élève à environ 2 millions de civils morts, 1 million 700 000 combattants nord-vietnamiens morts et blessés, ainsi qu’environ 46 000 soldats américains tués au combat (environ 11 000 autres meurent pour d’autres causes).
1954-1989
Paraguay. Le général Alfredo Stroessner destitue le président Tomás Romero Pereira lors d’un coup d’État (15 août 1954), dont le gouvernement était lui-même le résultat d’un coup d’État. Le soutien politique, financier et militaire ininterrompu des États-Unis lui a permis de devenir le putschiste resté le plus longtemps au pouvoir (35 ans) en Amérique latine. Il convient de noter le cas du centre de détention, d’interrogatoire et de torture pour prisonniers politiques de la police paraguayenne appelé « La Technica », construit en 1954 sous la direction de l’officier de l’armée américaine Robert Thierry.
La dictature prend fin le 3 février 1989, après un coup d’État militaire organisé par le général Andrés Rodríguez, qui convoque des élections présidentielles pour mai de la même année et contraint Stroessner à l’exil au Brésil. Il sera condamné par contumace en 1997 pour crimes contre l’humanité.
Les victimes de la dictature militaire s’élèvent à environ 500 opposants politiques portés disparus, ainsi qu’à plus de 100 000 personnes soumises à des procès politiques, torturées et déportées.
La dictature militaire a fait partie du célèbre Plan Condor, une opération multinationale dirigée par la CIA à partir de la présidence de Richard Nixon (1969-1974), visant à établir des dictatures militaires ou des États policiers dans de nombreux pays d’Amérique du Sud et qui avait pour objectif principal de contenir le mouvement communiste et populaire et de garantir la formation de gouvernements fidèles aux États-Unis dans ces pays.
1957-1967
Indonésie. En 1957, le KGB (service d’espionnage soviétique) rend public les projets de la CIA visant à renverser Sukarno (président de 1945 à 1965, contraint à la démission et remplacé par le général Suharto, qui gouvernera jusqu’en 1998) et donc à imposer un gouvernement anticommuniste. Malgré cela, les États-Unis ont autorisé l’opération de déstabilisation de l’Indonésie (à partir de 1957) en collaboration avec des groupes paramilitaires philippins et indonésiens armés par la CIA. Le plan prévoit également le financement de journaux et de radios « anti-Sukarno », à l’instar de Radio Liberty, créée par les États-Unis en 1949 sous le nom de Radio Free Europe, en tant que projet médiatique de la CIA visant à mener une propagande anticommuniste envers le L’URSS et les démocraties populaires d’Europe de l’Est. Le 21 février 1958, les bombardements de groupes paramilitaires armés par la CIA débutent sur plusieurs provinces indonésiennes avec pour objectif principal de frapper les bases et centres d’entraînement de la guérilla communiste. Le Parti Communiste Indonésien (PKI) compte 3 millions de membres et environ 17 millions de sympathisants, ce qui en fait le troisième parti communiste au monde. Dans la période 1965-1967, le PKI et toutes les organisations progressistes du pays (partis, syndicats, associations, etc.) ont été décimés par une persécution massive basée sur la dénonciation, la torture et l’exécution par balle de millions d’ individus : c’était le soi-disant « méthode de Jakarta », visant l’anéantissement total de l’ennemi.
1957-1971
Haïti. Après avoir soutenu la dictature de François « Papa Doc » Duvalier (1957-1971), les États-Unis soutiennent dans les années 1980 la dictature de son fils Jean-Claude « Baby Doc » Duvalier (1971-1986). Malgré la propagande gouvernementale affirmant le contraire, la Constitution du pays garantit à « Baby Doc » Duvalier le pouvoir absolu : dans un premier temps, il lance quelques réformes libérales, comme la libération de certains ennemis politiques et l’assouplissement de la censure des médias, mais la base du régime n’est pas démantelée : l’opposition continue d’être interdite , tout comme la presse indépendante.
« Baby Doc » Duvalier devient extrêmement riche grâce surtout à la Régie du Tabac, une entreprise qui sous sa présidence bénéficie de nombreux privilèges comme l’exonération des taxes et le monopole du tabac. Par la suite, l’entreprise parvient également à contrôler d’autres secteurs de la production haïtienne ; le dictateur y avait des caisses noires, faciles à cacher étant donné que les budgets de la Régie du Tabac n’étaient pas publics. Peu à peu, une clique de partisans de la dictature des Duvalier appelée « dinosaures » émerge dans le pays, dilapidant l’argent public aux côtés du président . Malgré cela, le gouvernement de « Baby Doc » a reçu un meilleur accueil international que celui de son père et déjà en 1971, les États-Unis ont réintroduit le programme d’aide économique à Haïti, qui dans la plupart des cas a abouti presque exclusivement dans les poches des principaux représentants du régime .
1959-1963
Cuba. Après le triomphe de la Révolution cubaine (1er janvier 1959) menée par le Mouvement du 26 Juillet dirigé par Fidel Castro, le Congrès américain approuve le projet d’armer à des fins anticommunistes les exilés cubains – en grande partie hébergés dans des bases d’entraînement en Floride. – organiser dans un premier temps la contre-révolution à l’intérieur du pays, connue à Cuba sous le nom de « lutte contre les bandits », qui va durer jusqu’en 1963. Le 16 avril 1961, l’« Opération Mangosta » (ratée) commence à déstabiliser le gouvernement révolutionnaire avec le débarquement dans la Baie des Cochons d’exilés cubains, issus en partie des forces armées (dissoutes) du dictateur Fulgencio Batista, au pouvoir depuis 1952 et ayant entre-temps fui vers la Floride. Le 25 avril 1961, l’administration présidentielle américaine de JF Kennedy impose officiellement le blocus économique, commercial et financier des États-Unis contre Cuba, qui se poursuit aujourd’hui sous des formes de plus en plus sévères. Actuellement, les États-Unis maintiennent une présence militaire sur l’île de Cuba, à travers la base navale de Guantánamo (117 km2 ), concédée aux États-Unis en 1901 dans le cadre des accords pour la fin de la guerre hispano-américaine et la reconnaissance par l’Espagne de l’indépendance de Cuba. Les accords prévoyaient la possibilité accordée aux États-Unis de créer jusqu’à quatre bases navales sur l’île, la première d’entre elles étant la base de Guantánamo qui a aujourd’hui une double fonction : celle de base navale américaine et de camp de prisonniers, connu pour les violations répétées des droits de l’homme commises en son sein contre des individus accusés génériquement de « terrorisme », dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » déclenchée par le gouvernement Bush après le 11 septembre 2001 (attentat contre les Tours Jumelles à New York).
1959-1975
Laos. La guerre civile éclate le 23 mai 1959 entre les différentes factions de l’ aristocratie laotienne – qui se disputent le pouvoir depuis la fin du XVIIe siècle – et le Pathet Lao, organisation révolutionnaire armée dirigée par le Parti Révolutionnaire Populaire lao. Les États-Unis sont intervenus à partir de 1959 et ont également utilisé des agents chimiques, comme le napalm, pour stopper l’avancée de la guérilla.
Les États-Unis bombardent le Laos pour supprimer tout type de soutien aux guérilleros du Front de libération nationale du Vietnam, en particulier les centres d’entraînement et les bastions des guérilleros communistes du Pathet Lao et du Viet Cong. La CIA forme des guérilleros de l’ethnie Hmong qui, soutenus par l’armée de l’air américaine et les troupes de l’armée royale laotienne, ont pour fonction de réprimer le mouvement communiste laotien. Les États-Unis larguent 2 millions de tonnes de bombes sur le Laos lors d’environ 580 000 raids aériens. L’opération n’a jamais été autorisée par le Congrès américain et viole le Pacte de Genève de 1954 déclarant le Laos neutre. Le 2 décembre 1975, le Pathet Lao l’emporte et instaure une démocratie populaire socialiste.
Il reste encore environ 80 millions d’engins non explosés au Laos, ce qui représente environ un tiers des 270 millions d’armes à sous-munitions lancées par les États-Unis sur ce pays, dans le cadre de la féroce guerre anticommuniste en Asie du Sud-Est. Le Laos est considéré comme le pays le plus bombardé de l’histoire de l’humanité si l’on considère le rapport nombre de bombes/population. Depuis la fin officielle de la guerre en 1975, on estime que plus de 25 000 Laotiens, dont plus de 10 000 enfants, ont été victimes d’armes à sous-munitions non explosées.
1960
Union soviétique. Le 1er mai 1960, un avion espion américain U-2 piloté par Francis Gary Powers a été abattu par un missile soviétique au-dessus des installations de défense de Sverdlovsk (aujourd’hui Ekaterinbourg), entraînant une crise dans les relations soviéto-américaines. Powers, parachuté de l’avion, est arrêté et condamné par la Cour suprême soviétique à 10 ans de prison. En février 1962, il est échangé contre l’officier du renseignement soviétique William August Fisher.
1960-1968
Congo. Après la déclaration d’indépendance de la Belgique (30 juin 1960), les opérations militaires et d’espionnage menées par la CIA et les services secrets belges imposent une répression sanglante contre le mouvement naissant de libération nationale congolaise (MNCL), soutenu par l’URSS et dirigé par le révolutionnaire. Patrice Lumumba, qui entre-temps assumait la fonction de chef du gouvernement (juin 1960). Lumumba, capturé par les Belges avec le soutien de la CIA, est assassiné et dissous dans l’acide le 17 janvier 1961. Pour mettre fin au gouvernement souverain présidé par Lumumba, les États-Unis, la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni offrent leur soutien au général Mobutu Sese Seko (1961-1997), fervent anticommuniste, qui gouvernera le pays d’une main de fer (massacres, interdiction des partis d’opposition et de la presse, etc.) et videra les caisses de l’État d’environ 15 milliards dollars utilisés principalement pour son luxe et celui de sa famille (dépenses à l’étranger, achat de maisons, réceptions, bijoux, etc.).
Il est renversé le 16 mai 1997 à l’issue de la guerre déclenchée par le Front de libération nationale congolais dirigé par Laurent-Désiré Kabila, qui le contraint à l’exil au Maroc où il meurt des suites d’un cancer de la prostate. Après la chute du régime de Mobutu, la République démocratique du Congo est proclamée.
1962 – 1964
Ancienne Guyane britannique (aujourd’hui République Coopérative de Guyana). La CIA joue un rôle de premier plan, en remplacement des services secrets britanniques, pour empêcher Cheddi Berret Jagan – l’un des principaux représentants du Parti progressiste du peuple et sympathisant communiste – de remporter les élections du 7 décembre 1964. Concrètement, elle finance et organise avec 1 million de dollars les manifestations de masse de Février 1962 et la grève générale de 80 jours d’avril 1963. Cette grève fournit prétexte aux autorités américaines et britanniques pour dénoncer « l’incapacité » de Jagan à gouverner le pays , d’où la nécessité de placer le pays sous tutelle et d’en faire effectivement un protectorat militaire. Finalement, Cheddi Jagan réussit à devenir président en 1992 mais abandonne en 1999 en raison de problèmes de santé.
1962
Thaïlande. Le 17 mai 1962, 5 000 marines américains débarquent dans le pays pour soutenir la monarchie contre la « menace communiste » venue de l’extérieur (Vietnam, Laos, Cambodge). Ils furent retirés le 30 juillet de la même année.
1963-1966
République dominicaine. Le président progressiste Juan Bosch est destitué par un coup d’État militaire ( 25 septembre 1963) soutenu par les USA sous le couvert de l’Organisation des États Américains. Officiellement, les États-Unis condamnent le coup d’État, suspendent l’aide financière et humanitaire au pays, refusant de reconnaître le pouvoir de la junte militaire. Grâce à l’Opération Power Pack de 1965, les États-Unis ont envoyé 22 mille soldats pendant la guerre civile qui a éclaté entre-temps : ils ont occupé la capitale Saint-Domingue et y sont restés jusqu’en septembre 1966. L’opération a provoqué la mort de plusieurs centaines de citoyens dominicains et la succession de coups d’État militaires a plongé encore davantage le pays dans la crise économique et politique.
1964-1985
Brésil. Le gouvernement progressiste du général João Goulart est renversé par un coup d’État militaire ( 1er avril 1964) fomenté par les États-Unis. S’ensuit une dictature militaire, inscrite dans le plan Condor, qui ne sera supprimée que le 15 mars 1985 grâce à la mobilisation populaire qui s’articule autour de mouvements de guérilla (en partie liés au Parti communiste brésilien), de syndicats et de courants de rebelles militaires progressistes au sein du pays au sein des forces armées brésiliennes. En 2014, près de 30 ans après la chute du régime, l’armée brésilienne a reconnu pour la première fois les crimes commis par ses membres pendant les années de dictature, notamment la torture et l’assassinat de dissidents politiques. En mai 2018, le gouvernement américain a publié un mémorandum rédigé par Henry Kissinger et datant d’avril 1974, qui confirmait que l’état-major général de l’armée brésilienne était au courant de l’assassinat de dissidents. On estime que sous le régime, au moins 434 personnes ont été tuées ou ont disparu. Certains militants des droits de l’homme et d’autres estiment que le nombre réel de victimes pourrait être bien plus élevé, compte tenu également des plus de 8 000 indigènes brésiliens tués pendant la dictature.
1965-1983
Thaïlande. Le gouvernement de Washington estime nécessaire de retirer le pouvoir à la faction progressiste Banomyong et de soutenir le coup d’État militaire de novembre 1947 qui ramène Phibun sur le devant de la scène.
L’insurrection communiste en Thaïlande consiste en des opérations de guérilla perpétrées entre 1965 et 1983, principalement par le Parti Communiste Thaïlandais (PCT), contre le gouvernement national. Le conflit s’est atténué en 1980, suite à la déclaration d’amnistie nationale ; en 1983 le Parti communiste thaïlandais décide d’ abandonner la lutte armée .
Durant le conflit, les communistes se sont battus pour la libération du pays et ont rejoint d’autres groupes nationaux luttant contre les Japonais et la tyrannie du dictateur Phibun (1947-1957), notamment le mouvement Seri Thai (Thaïlande libre) dirigé par Pridi Banomyong et certains aristocrates pro-monarchistes. En 1946, après la défaite subie par le Japon lors de la Seconde Guerre mondiale, les progressistes de Banomyong prirent le pouvoir et le PCT put sortir de l’illégalité, menant une contre-information sur les politiques des gouvernements britannique et américain et rassemblant les travailleurs, femmes, étudiants, etc. dans les organisations de masse . En 1948, les services secrets britanniques estimaient que les militants du PCT étaient au nombre d’environ 3 000. À la fin des années 1940, les États-Unis étendirent leur influence en Thaïlande, préoccupés par le succès grandissant des communistes dans la région, notamment au Vietnam.
1965-1975
Cambodge. Après avoir soutenu le régime monarchiste du prince Norodom Sihanouk qui avait accepté fin 1968 de se rapprocher des USA , ces derniers décidèrent d’intervenir militairement au Cambodge avec « l’Opération Menu » (18 mars 1969 – 26 mai 1970), pour réprimer la résistance du Front de libération nationale vietnamien, qui avait ses bases militaires dans ce pays. Dans le cadre de la guerre contre le Nord-Vietnam et le Laos, les États-Unis ont poursuivi leur intervention au Cambodge, bombardant environ 130 000 villages et petites villes entre 1965 et 1975, dans le but d’empêcher la montée au pouvoir des Khmers rouges.
La guerre civile débute le 11 mars 1967, sous la monarchie de Sihanouk , lorsque le maréchal royaliste Lon Nol massacre des centaines de membres du Parti Communiste du Kampuchéa (PCK, fondé en 1951), dirigé par le camarade Pol Pot . En représailles à ce crime , le PCC organisa une guérilla en s’associant à ceux de Sihanouk, en exil à Pékin, créant le Front national uni du Kampuchéa (FUNK).
Les Khmers rouges parviennent à étendre leur influence et, en 1973, une grande partie du Cambodge est sous leur contrôle militaire, également grâce au soutien militaire chinois et nord-vietnamien. Dans les premiers mois de 1975, Phnom Penh était encerclée par la guérilla communiste, tandis que l’armée royaliste était réduite à contrôler uniquement les grands centres urbains.
Le 17 avril 1975, Phnom Penh capitule et Lon Nol s’enfuit : c’est le début du gouvernement révolutionnaire des Khmers rouges.
La ville est immédiatement évacuée et bientôt le même sort arrive aux autres villes. Sihanouk est désormais un président sans pouvoir et en 1976, il est arrêté pour vouloir restaurer la monarchie et s’opposer aux Khmers rouges ; il parvient à s’enfuir à Taiwan, échappant à l’exécution.
1966
Îles Chagos. Ces îles, avec d’autres petits archipels, forment depuis 1965 le Territoire Britannique de l’Océan Indien. Ces îles, séparées de Maurice peu avant leur indépendance du Royaume-Uni en 1965, sont revendiquées par Maurice comme faisant partie de son territoire. L’atoll de Diego Garcia (environ 4 000 habitants, y compris le personnel militaire américain et les sous-traitants) abrite depuis 1966 une base aéronavale américaine dont la construction – qui a eu lieu sur la base d’une concession du Royaume-Uni pour 50 années, entre-temps prolongées – génère un conflit juridique international entre les indigènes déportés vers Maurice (environ 2000 personnes) et l’administration britannique. Aujourd’hui encore, les indigènes à Maurice ainsi que ceux arrivés entre-temps au Royaume-Uni continuent de se mobiliser contre les autorités britanniques, afin que celles-ci permettent leur rapatriement dans leur pays d’origine.
La base américaine de Diego Garcia a été le point de départ de frappes aériennes contre l’Irak pendant la première guerre du Golfe (1991), contre l’Afghanistan (2001) et de nouveau contre l’Irak pendant la deuxième guerre du Golfe (2003).
Grâce également à l’accord avec les autorités américaines, l’administration britannique a établi en 2010 une réserve protégée dans une grande partie de l’archipel et de la zone marine compétente, pour un total de 545 000 km2 , avec accès et pêche interdits. En réalité, la création de la réserve marine est une tentative pour empêcher le retour de la population indigène déportée. Le 25 février 2019, la Cour internationale de Justice, dans un avis consultatif, réfute les titres de souveraineté exercés par le gouvernement britannique, légalement obligé de restituer les îles Chagos à la République de Maurice, transfert qui n’a pas encore eu lieu en 2023. L’occupation américano-britannique de ce territoire est toujours en cours.
1967-1974
Grèce. La dictature militaire des Colonels (21 avril 1967 – 24 juillet 1974) d’inspiration fasciste s’instaure à Athènes .
La justification officielle est que les conspirateurs communistes (avec le Parti Communiste Grec – KKE, interdit) ont infiltré la bureaucratie, les universités, les centres de communication et même l’ armée , rendant ainsi nécessaire une action drastique pour protéger la Grèce d’un bouleversement et garantir « l’ordre constitutionnel ». ».
Les éléments démocratiques présents dans la société grecque s’organisent presque immédiatement pour tenter d’entraver la politique réactionnaire de la junte. Déjà au début de 1968, de nombreux groupes se forment, pour réclamer le retour de la démocratie tant en exil que dans le pays, , parmi lesquels nous rappelons le Mouvement panhellénique de libération, la Défense démocratique, l’Union socialiste démocratique. Ce sont des groupes qui tirent leurs origines de tous les courants de la gauche grecque, dont une grande partie est désormais, comme le Parti communiste grec, clandestine.
Parmi les premières actions contre la junte figure la tentative d’assassinat du dictateur Georgios Papadopoulos le 13 août 1968. L’action a lieu lors de son transfert de sa résidence d’été de Lagonisi à Athènes.
Le plan échoue et le journaliste progressiste Alekos Panagulis est capturé quelques heures plus tard alors qu’il tentait de s’enfuir à bord d’un bateau. Panagulis est emmené au quartier général de la police militaire où il est battu et torturé. Le 17 novembre 1968, il est condamné à mort, mais sa peine n’a jamais été exécutée par crainte de réactions nationales et internationales. Après le début de la publication des dossiers relatifs aux agents de sécurité du régime des Colonels, Alekos Panagulis meurt en 1976, victime d’un mystérieux accident de voiture.
Le plan de libéralisation de Papadopoulos , auquel se sont opposés d’ éminents hommes politiques tels que Panagiotis Kanellopoulos et Stefanos Stefanopoulos est stoppé par la révolte massive de l’Université polytechnique d’Athènes (14-17 novembre 1973) contre la junte militaire, ouvre la voie à la fin de la dictature. Le contre-coup d’État du général Dimitrios Ioannides et son coup d’État manqué contre le président de Chypre, l’archevêque Makarios III, qui ont conduit à l’invasion turque de Chypre, renverse la dictature. Le « gouvernement d’unité nationale » intérimaire, dirigé par l’ancien Premier ministre Konstantinos Karamanlis, légalise le Parti communiste grec (KKE) et, au cours de son mandat est fondé le parti de centre-droit Nouvelle Démocratie, qui remporte les élections de 1974.
Le nouveau gouvernement convoque un référendum institutionnel le 8 novembre 1974 pour décider s’il faut restaurer la monarchie (responsable de l’avènement du régime militaire) ou maintenir la république : cette dernière obtient 69,2 % des voix, tandis que la monarchie en obtient 30,8 %. Ainsi nait la Troisième République hellénique . Les responsables de la dictature sont jugés et condamnés à de très lourdes peines. Le bilan de la dictature des colonels s’élève à quelques centaines de civils tués et 2 000 torturés.
1970
Oman. Dans le cadre de la guerre du Dhofar, les troupes impériales du Shah de Perse Mohammad Reza Pahlevi tentent d’envahir le sultanat d’Oman en soutien au sultan pour contrer l’insurrection communiste, en utilisant le soutien logistique de la CIA et la formation de conseillers militaires des États-Unis. La guerre a commencé avec la formation du Front de libération du Dhofar, un groupe qui visait à créer un État indépendant , libéré du règne du sultan Sa’id bin Taymur. Les rebelles ont également des objectifs plus larges, liés au nationalisme panarabe qui aspire à mettre fin à l’influence britannique dans la région du golfe Persique .
La guerre prend d’abord la forme d’une insurrection, avec des guérilleros combattant les forces omanaises et la présence étrangère dans le pays. De nombreux facteurs, tels que le retrait britannique d’Aden et le soutien de la Chine et de l’Union soviétique, apportent aux rebelles un plus grand succès. À la fin des années 1960, ils contrôlèrent toute la région de Jebel. Le coup d’État de 1970 à Oman a conduit au renversement du sultan Saïd par son fils réformateur Qabus, soutenu par une intervention militaire britannique majeure dans le conflit. Les Britanniques entament une campagne politico-militaire pour contrer les rebelles communistes et entament le processus de modernisation des forces armées omanaises , déployant simultanément le Special Air Service (unité militaire d’élite) pour mener des opérations anti-insurrectionnelles contre les rebelles. Cette approche conduit à une série de victoires contre la guérilla communiste. La guerre s’est terminée par la défaite définitive de la guérilla en 1976.
1971-1978
Bolivie. Le général Hugo Banzer devient président de la Bolivie à la suite d’un coup d’État (21 août 1971), soutenu politiquement par les États-Unis, contre le général Juan José Torres, assassiné ensuite en exil en Argentine. Banzer n’est que l’un des noms d’illustres diplômés de « l’École des Amériques » (Escuela de las Americas), une académie militaire de l’armée américaine actuellement située à Fort Benning (Géorgie, Etat fédéral américain ). L’école, de 1946 à 1984, était basée à Panama City, où ont été diplômés plus de 60 000 soldats et policiers de 23 pays d’Amérique latine. Banzer est à son tour destitué par un autre coup d’État le 21 juillet 1978 par le général Juan Peréda Asbun. A travers le plan Condor, la dictature de Banzer se consacre à la persécution, chez elle et à l’étranger, de nombreux opposants et mène une politique économique centrée sur un lourd endettement auprès des organisations internationales (le Fonds monétaire international en premier lieu) au profit d’un cercle restreint d’alliés politiques et de la bourgeoisie compradore locale. Le prix de cette gestion économique, caractérisée par la corruption et l’appropriation des biens publics, est payé par l’économie bolivienne dans les années suivantes avec des crises inflationnistes fréquentes et fortes et une pauvreté généralisée.
1973-1985 _
Uruguay. Le Département d’État américain , alors dirigé par Henry Kissinger, soutient la dictature militaire de Juan María Bordaberry, président de la République après sa victoire aux élections de 1971, et la dissolution du Parlement (27 juin 1973) : il s’agit donc d’un « auto-coup d’Etat ». Parmi les objectifs proclamés par la junte figure la suppression du Mouvement de libération nationale-Tupamaros, une organisation de guérilla d’inspiration marxiste-léniniste soutenue par Cuba et le Movimiento de la Izquierda Revolucionaria chilien. Les syndicats (interdits) font grève pendant deux semaines et les ouvriers occupent les usines ; des dirigeants syndicaux sont emprisonnés, tués ou exilés. La dictature militaire est supprimée le 1er mars 1985 grâce à une mobilisation populaire massive et prolongée (ouvriers et syndicats), au cours de laquelle le Parti communiste d’Uruguay joue le rôle de catalyseur des efforts militaires et politiques des organisations de guérilla, parmi lesquelles les Tupamaros. Le bilan est de 200 civils morts et plus de 5 000 détenus pour des raisons politiques ; parmi ces derniers, environ 192 sont victimes de disparitions forcées (d’où le terme « desaparecidos ») .
1973-1990
Chili. Trois ans après avoir remporté les élections, le gouvernement du président socialiste Salvador Allende est renversé par un coup d’État (11 septembre 1973) dirigé par le général Augusto Pinochet, qui donne vie à une dictature militaire qui prend fin en 1990 avec sa mort. Le Département d’État et la CIA ont promu le coup d’État parce qu’« il n’était pas tolérable que les Chiliens votent mal », qu’il fallait « faire crier l’économie » et mettre la population à genoux, ainsi que faciliter l’exploitation des énormes ressources minérales . (Le cuivre surtout) par les multinationales américaines et occidentales. La dictature de Pinochet a provoqué la mort et la disparition forcée de plusieurs dizaines de milliers d’opposants politiques (communistes, républicains, anarchistes, syndicalistes, prêtres liés à la théologie de la libération , etc.). Outre le Chili, d’autres gouvernements dictatoriaux comme ceux de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Pérou, du Paraguay et de l’Uruguay ont été impliqués dans le tristement célèbre Plan Condor. La complicité de Richard Nixon (président des États-Unis dans la période 1969-1974) et de Henry Kissinger, secrétaire d’État américain, avec Augusto Pinochet a été établie en termes judiciaires, politiques et historiques.
1974-1987
Sahara occidental (République arabe sahraouie démocratique). L’implication américaine dans la guerre au Sahara occidental varie en intensité au fil du temps. Les États-Unis apportent un soutien dans quatre domaines fondamentaux : diplomatique , politique , économique et militaire à la monarchie marocaine. Depuis que les ambitions expansionnistes du roi Hassan II envers l’ancienne colonie espagnole (cédée en 1975 par l’Espagne de Franco au Maroc) sont devenues évidentes, les administrations américaines, tant républicaines que démocrates, ont maintenu une ligne de soutien total au Maroc. Bien que les manœuvres colonialistes marocaines précèdent de quelques années l’implication américaine , la politique américaine dans la région a été décisive entre 1974 et 1987. Ces années marquent un moment crucial, au cours duquel tant le Front Polisario, organisation de guérilla menant la lutte de libération nationale du peuple sahraoui, depuis sa création en 1973, que les Forces armées royales marocaines disposent d’armes permettant de déclencher une guerre d’usure .
Les deux administrations républicaines de la période 1974-1987, celles de Gerald Ford et de Ronald Reagan, ont été interrompues par un intermède démocratique, la présidence d’un mandat de Jimmy Carter. Durant la dernière année de cette administration, en 1980, les États-Unis décident d’ apporter tout leur soutien au Maroc pour tenter de faire définitivement pencher la balance en faveur de leur allié.
1975-1991
Érythrée. Dans le cadre de la guerre menée par le Front populaire de libération de l’Érythrée contre l’Éthiopie du DERG – junte militaire socialiste de Menghistu (1er septembre 1961 – 29 mai 1991), les États-Unis participent à la guerre en fournissant au gouvernement éthiopien des armes d’une valeur estimée à environ 30 millions de dollars.
1975-2000
-Pérou. Le gouvernement progressiste du général Juan Velasco Alvarado est renversé ( 29 août 1975) par un coup d’État militaire. Le gouvernement de Velasco Alvarado avait promu la politique de non-alignement, suivant le slogan « ni avec le capitalisme ni avec le communisme ». Mais en réalité, il avait rompu avec les États-Unis et s’était allié aux pays du camp socialiste. Les États-Unis ont poursuivi leur guerre hybride (*) entre 1980 et 1992, dans les années de plus forte poussée de la longue guerre populaire révolutionnaire promue par le Parti communiste du Pérou-Sendero Luminoso, dirigé par le président Gonzalo, en fournissant aux gouvernements de Lima des armes, de l’aide pour l’armée et pour l’espionnage avec une fonction anticommuniste.
Les États-Unis soutiennent ouvertement la dictature d’Alberto Fujimori (président de 1992 à 2000), lancée après un auto-coup d’État ; il est responsable de centaines d’assassinats politiques, de disparitions forcées et de castrations massives d’hommes et de femmes, largement accusés d’être des partisans du Sentier lumineux.
(*) Il s’agit d’une stratégie militaire qui emploie et mélange des éléments de guerres conventionnelles et de guerres non conventionnelles : guerre politique, économique et psychologique et cyberattaques avec d’autres méthodes d’influence, comme la diffusion de fausses nouvelles , la diplomatie, les guerres « légales » ( c’est-à-dire approuvés par le Parlement des pays respectifs et/ou par l’ONU) et l’ingérence dans les processus électoraux. En combinant des opérations de mouvement militaire avec des efforts subversifs, dans le cadre d’un effort de guerre informel et non déclaré, l’agresseur entend éviter d’attribuer toute responsabilité tant pour les pertes civiles que pour les dégâts matériels causés .
1976-1998
Cuba. La CIA a mené plus de 620 tentatives d’assassinat du commandant en chef de la révolution cubaine Fidel Castro et, avec l’aide de contre-révolutionnaires cubains et américains, elle a commis des actes terroristes à travers le détournement d’avions (le plus célèbre étant le vol de la compagnie aérienne cubaine de Aviación d’octobre 1976 à destination de la Barbade), l’introduction de la dengue hémorragique (1981) qui infecte plus de 340 000 personnes et provoque la mort de 158 personnes, dont une majorité d’enfants, l’explosion de bombes dans quatre hôtels de La Havane (1997) dans le but de détruire l’industrie touristique naissante, assassinats sélectifs de citoyens cubains (l’un des plus célèbres est celui de Félix García, diplomate cubain à l’ONU tué de sang-froid par un terroriste cubain à New York le 11 septembre 1980) et plus encore. Au total, entre 1959 et 1998, 3 478 citoyens cubains et étrangers sont morts à cause d’actes terroristes perpétrés directement par des individus et des agences américaines et par la contre-révolution cubano-américaine, tandis que plus de 2 000 restent handicapés à vie. Le blocus économique, commercial et financier, la promotion de la subversion interne et le traitement de Cuba par les États-Unis comme un « État sponsor du terrorisme » se poursuivent encore aujourd’hui.
1976-1983
Argentine. Le chef de l’ Armée Jorge Videla, avec les commandants de l’Armée de l’Air et de la Marine, organise un coup d’État militaire (24 mars 1976) qui, dans le cadre du Plan Condor et avec le soutien des États-Unis, contribue à la mort et la disparition forcée d’environ 40 000 opposants politiques. Entre-temps, les putschistes encore en vie ont été jugés dans la seconde moitié des années 1980, certains reconnus coupables et emprisonnés.
Les États-Unis financent des organisations paramilitaires de la droite argentine (« escadrons de la mort » liés à l’Alliance Anticommuniste Argentine et autres acronymes) pour renverser le gouvernement démocratique d’Isabel Perón – les péronistes ont toujours été détestés par les États-Unis également parce qu’ils étaient systématiquement hostiles aux gouvernements américains – et ils ont favorisé l’instauration de la dictature, avec laquelle ils ont toujours entretenu d’excellentes relations économiques.
Mis sous pression par des mouvements comme les Mères et Grands-mères de la Place de Mai, par l’activité de la guérilla Montoneros, par le Parti communiste argentin et par la « communauté internationale », mais surtout par la grave défaite subie dans la guerre de Malvinas (2 avril – 14 juin 198 2 ) contre le Royaume-Uni, le régime militaire est contraint de convoquer des élections libres qui ont lieu le 30 octobre 1983. Le radical (libéral de gauche) Raúl Alfonsín est élu président prend ses fonctions le 10 décembre 1983 et gouverne le pays jusqu’en 1989, succédant au dernier coup d’État du général Reynaldo Bignone.
1976-1992
Angola. Pendant la guerre civile angolaise (11 novembre 1975 – 4 avril 2002), les États-Unis sont intervenus pendant environ 16 ans à partir de 1976, en finançant et en entraînant les troupes régulières et paramilitaires de leurs principaux alliés dans la région (notamment l’Afrique du Sud ségrégationniste et les troupes de Mobutu du Zaïre) pour lutter aux côtés de l’UNITA anticommuniste angolaise de Jonas Savimbi et des indépendantistes de la région nord du Cabinda, riche en ressources minières, contre le MPLA-PT (parti marxiste-léniniste) d’Agostinho Neto. Le MPLA-PT parvient à gagner la guerre civile (mémorandum d’accord de Luena, 4 avril 2002), également grâce au soutien des internationalistes cubains (environ 5 mille morts) et d’autres alliés qui approvisionnent les guérilleros des FAPLA (Forces armées populaires pour la Libération de l’Angola dirigé par le MPLA-PT) d’armes, d’instructeurs militaires et de renseignement tels que l’ Union Soviétique , la République Socialiste Fédérale de Yougoslavie, la République Démocratique Allemande, la République Socialiste de Roumanie, le Congrès National Africain de Nelson Mandela (Sud Afrique) et l’ Organisation du peuple du Sud-Ouest africain de Sam Nujoma (Namibie).
1978-1987
Tchad. Les États-Unis interviennent dans ce pays en fournissant des fournitures militaires, d’abord au gouvernement central tchadien du président François Tombalbaye, puis à la faction anti-libyenne du chef de guerre Hissène Habré.
Le conflit trouve son origine dans l’intervention libyenne lors de la première guerre civile tchadienne qui dure depuis 1965 et qui oppose les populations du nord du Tchad, majoritairement arabisées et musulmanes, à celles du sud du Tchad , africaines et chrétiennes-animistes.
Les Libyens soutiennent le Front de Libération Nationale du Tchad (FROLINAT) composé de l’union hétéroclite de plusieurs groupes puis le soi-disant « Gouvernement d’Union Nationale de Transition » (GUNT), qui a pris ses fonctions à la tête du Tchad après la fin du la guerre civile de 1979 : les Libyens fournissent aux rebelles des armements modernes et un appui-feu avec artillerie, chars et avions de combat. Divers pays africains comme l’Egypte, le Soudan et le Zaïre, mais aussi les États-Unis et surtout l’ancienne puissance coloniale la France , soutiennent le gouvernement central tchadien du président François Tombalbaye puis la faction anti-libyenne d’ Hissène Habré (Forces armées du Nord) , devenues Forces armées nationales tchadiennes en 1983 après avoir fusionné avec d’autres groupes rebelles) : la France notamment a envoyé à plusieurs reprises des contingents de troupes au Tchad pour soutenir ses protégés.
Le 8 août 1983, le président américain Reagan ordonne le déploiement d’avions de télésurveillance, de 8 chasseurs F-15 pour patrouiller le ciel et un soutien logistique pour assister les factions anti-libyennes (également soutenues par le gouvernement français) contre les troupes rebelles libyennes et forces rebelles tchadiennes armées dans le cadre de la guerre libyenne-tchadienne (1978-1987), qui se solde par la victoire des factions anti-libyennes. En fin de compte, l’objectif de l’administration Reagan est d’agir sur la guerre libyenne-tchadienne pour destituer le colonel Kadhafi et faire de la Libye un État vassal des États-Unis et de la France.
Le conflit atteint un tournant en 1986, lorsque le GUNT se dissout en raison de conflits internes entre ses différentes composantes, permettant à Habré de rassembler les différents groupes tchadiens pour former un front commun contre les Libyens ; une série d’offensives rapides des FANT en 1987 provoquent l’effondrement rapide des positions libyennes dans le nord du Tchad, obligeant Kadhafi à signer un accord de cessez-le-feu le 11 septembre 1987. Les relations entre la Libye et le Tchad s’améliorent alors progressivement : les deux pays décident de soumettre le cas de la bande d’Aouzou – réputée riche en gisements d’uranium – à la Cour internationale de Justice qui décide , le 3 février 1994, d’attribuer le territoire au Tchad.
1979-1988
L’Iran. Après le triomphe de la Révolution islamique en février 1979 – promue à caractère anti-impérialiste par le clergé chiite dirigé par l’ayatollah Ruhollah Khomeini – les États-Unis poursuivent leur œuvre de déstabilisation du pays en alimentant la guerre entre l’Iran et l’Irak (ce dernier étant militairement équipé et financé par les États-Unis) au cours de la période 1980-1988, au cours de laquelle aucune des deux parties ne s’est imposée et avec des pertes de part et d’autre s’élevant à plusieurs dizaines de milliers.
En outre, les États-Unis, les Pays-Bas et l’Allemagne fournissent au gouvernement de Saddam Hussein des agents chimiques utilisés lors des bombardements contre les civils et contre l’ armée iranienne.
1979-1989
_Afghanistan. A travers « l’Opération Cyclone » (3 juillet 1979) et avec le soutien des services secrets pakistanais , la CIA finance et arme les combattants islamistes (« moudjahidines »), dirigés par le cheikh saoudien Oussama ben Laden, pour renverser le gouvernement démocrate-progressiste du Parti démocratique populaire d’Afghanistan (PDPA), issu de la révolution Saur (27-28 avril 1978). La guerre civile entre les forces loyales à la République Démocratique d’Afghanistan (RDA) et les combattants islamistes connaît un saut qualitatif, avec l’intervention de l’ Armée Rouge , qui entend destituer le président de la RDA Hafizullah Amin pour le remplacer par Babrak Karmal. , un représentant de la faction modérée Parcham du PDPA. Depuis quelques années, la guérilla islamiste contre le gouvernement démocratique populaire du RDA s’est répandue dans le pays : les moudjahidines, divisés en plusieurs factions et groupes qui n’ont jamais eu de direction unie pendant le conflit, entreprennent donc une longue guérilla contre les forces soviéto-afghanes, soutenues en ce sens par les armements, les approvisionnements et le soutien logistique qui leur sont fournis (officieusement) par des pays comme les États-Unis, le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Iran, le Royaume-Uni, Israël, l’Égypte et la Chine.
La faiblesse de la direction du PDPA, le manque de détermination de l’Armée rouge (qui est intervenue à la demande du gouvernement afghan le 24 décembre 1979 et s’est retirée le 15 février 1989 ) pour vaincre l’ennemi, la réduction progressive du soutien de la direction du PCUS aux autorités afghanes, le soutien croissant des États-Unis aux islamistes conduisent à l’effondrement du RDA (15 février 1989) et à la percée ultérieure du mouvement taliban qui a gouverné le pays pendant la période 1996-2001, avant une nouvelle intervention américaine. (7 octobre 2001 – 31 août 202 1 ). Le bilan soviétique s’élève à environ 26 000 soldats morts et plus de 53 000 blessés, environ 5 millions de réfugiés qui ont fui le pays et environ 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays .
1979-1990
Nicaragua. Les États-Unis sont intervenus au Nicaragua dès 1934, lorsqu’ils ont poussé la Garde nationale nicaraguayenne à tuer le leader révolutionnaire Augusto César Sandino en 1934 et ont favorisé l’installation de la dictature de la famille Somoza (1936-1979). Après la victoire du Front sandiniste de libération nationale (19 juillet 1979) sur la dictature – soutenu par les États-Unis jusqu’au début de l’année 1979 – la CIA lance des opérations militaires secrètes pour armer les contras (diminutif de « contre-révolutionnaires » en castillan), les groupes paramilitaires d’extrême droite financés, entraînés et armés par les USA (gouvernement Reagan) avec une fonction anticommuniste. Au lieu de cela, l’URSS a garanti aux sandinistes le financement et les approvisionnements militaires et logistiques via le Honduras. Les Contras sont finalement vaincus en 1990.
1979-1992
Le Salvador. Après un coup d’État militaire ( 15 octobre 1979), une junte est installée dans la capitale San Salvador.
La junte militaire salvadorienne , dirigée dans la période 1980-1982 par José Duarte Fuentes, est considérée comme un allié des États-Unis d’Amérique en Amérique centrale dans le contexte de la guerre froide contre l’URSS. Les administrations Carter (1977-1981) et Reagan (1981-1989) ont fourni environ 2 millions de dollars par jour d’aide économique à la junte, ainsi que du matériel militaire et des formateurs pour les forces armées salvadoriennes . Depuis 1983, les officiers américains travaillent avec le haut commandement militaire salvadorien et prennent d’importantes décisions tactiques et stratégiques.
Pour réprimer le mouvement communiste, le dictateur José Duarte Fuentes demande l’intervention des États-Unis contre l’organisation de guérilla d’inspiration marxiste Front Farabundo Martí de Libération Nationale (FMLN, fondée en 1980, au gouvernement dans la période 2009-2019 avec les présidents Mauricio Funes et Salvador Sánchez Cerén) dans le contexte de la guerre civile salvadorienne (15 octobre 1979 – 16 janvier 1992). Le nombre de victimes de cette guerre est estimé à environ 75 mille morts et environ 8 mille disparus. Les violations des droits humains les plus fondamentaux, à travers les enlèvements, la torture et les meurtres de sympathisants présumés du FMLN par les forces gouvernementales, sont monnaie courante .
Parmi les illustres victimes de la répression de la junte figure Mgr Óscar Arnulfo Romero, représentant de la théologie de la libération, assassiné le 11 mars 1980 par des escadrons de la mort dirigés par le major Roberto D’Aubuisson, futur chef des services secrets salvadoriens et fondateur du parti d’extrême droite. ARENA (Alianza Républicaine Nationaliste).
1980-1989
Pologne. Dans les années 1980, la Pologne était la démocratie populaire d’Europe de l’Est la plus pénétrée par l’influence des groupes impérialistes américains et de l’Église catholique de Rome, à travers des réseaux d’espionnage ouverts et secrets et des agences de « soutien à la démocratie et au développement » telles que, par exemple, le National Endowment for Democracy, étroitement lié à la CIA.
La création et le développement du parti syndical Solidarność – fondé en septembre 1980 et dirigé par le syndicaliste catholique et anticommuniste Lech Walesa – a donné lieu à une lutte acharnée contre le gouvernement de la République populaire de Pologne, à partir des chantiers navals de Gdańsk. Le gouvernement dirigé par le général Wojciech Jaruzelski, secrétaire général du Parti Unifié des Travailleurs Polonais (PUTP), impose la loi martiale (décembre 1981) et réprime le soulèvement promu par Solidarność incité par le Département d’État américain à travers son ambassade à Varsovie et alimenté par le mécontentement généralisé des masses populaires polonaises en raison de l’insécurité, de la pauvreté et du chômage qui sévissent dans le pays. La solidarité vise la déstabilisation et le démantèlement du système démocratique populaire dirigé par le PULP .
En 1989, le mouvement catholique est officiellement reconnu et peut participer aux élections parlementaires, remportant une victoire écrasante. Fin août 1989, il commence à diriger un gouvernement de coalition et Lech Walesa, devenu chef de l’État l’année suivante (1990-1995), démissionne de la direction de Solidarność .
1981-1990
Panama. Intervenant constamment dans les affaires intérieures panaméennes tout au long du XXe siècle (favorisant la sécession du Panama de la Colombie en 1903), les États-Unis ont tenté par tous les moyens d’influencer favorablement la politique du général progressiste Omar Torrijos, auteur du coup d’État du 11 octobre 1968 contre le président pro-américain Arnulfo Arias Madrid.
Torrijos est célèbre pour sa politique populaire (réforme agraire, nationalisation de secteurs économiques stratégiques, etc.) et pour les traités Torrijos-Carter (7 septembre 1977), qui établissent le droit de contrôle du canal de Panama pour le gouvernement panaméen à partir de 2000. Il est mort en 1981 à la suite d’un accident d’avion, très probablement orchestré par la CIA, causé par le fait que Torrijos s’est révélé être un personnage trop gênant et difficile à contrôler pour les États-Unis.
Avec « l’Opération Just Cause » (20 décembre 1989 – 31 janvier 1990), les États-Unis envoient 27 mille soldats au Panama pour renverser le gouvernement de Manuel Noriega – président de facto du pays depuis 1982, jusqu’alors allié des États-Unis, accusé de trafic international de drogue et d’extorsion de fonds , extradé vers la Floride peu après la fin de « l’Opération Just Cause » – et installent leur propre gouvernement fantoche qui a continué à accorder aux États-Unis le contrôle du canal de Panama.
Avec cette opération, ils occupent le canal depuis 1989, le restituant définitivement au gouvernement du pays d’Amérique centrale en 2000.
1982-1983
Guatemala. Les États-Unis soutiennent la dictature militaire d’Efraín Ríos Montt (23 mars 1982 – 8 août 1983), qui a également participé au plan Condor. Les deux dictatures militaires qui ont suivi le coup d’État contre Árbenz (1954) ont causé au total environ 200 000 morts et victimes de disparitions forcées.
1983
Liban. Le 23 octobre 1983, les États-Unis bombardent plusieurs villes libanaises à la suite de deux attaques contre les forces armées américaines au Liban et revendiquées par le groupe du « Jihad islamique » (environ 300 morts parmi le personnel militaire et diplomatique franco-américain ainsi que 150 blessés). Les bombardements se poursuivent tout au long de l’année 1984 et servent à réduire la présence des forces de sécurité syriennes au Liban, l’influence et les capacités de manœuvre des forces anti-impérialistes d’origine islamique présentes dans la région comme le Hezbollah, les factions de la Résistance palestinienne (Front Populaire pour libération de la Palestine, Hamas, Jihad islamique palestinien), groupes paramilitaires irakiens liés à la République islamique d’Iran, etc.
1983
Grenade. Avec « l’opération Urgent Fury » (25-29 octobre 1983) et avec environ 20 000 soldats, les États-Unis envahissent « de manière préventive » la petite île au large des côtes du Venezuela, officiellement pour mettre fin à la guerre civile en cours dans le pays, mais, en réalité, pour éviter que les Soviétiques soient les premiers à installer des structures militaires (même crainte retrouvée pour Cuba, voir la « crise des missiles » d’octobre 1962).
En quatre jours, les États-Unis occupent l’île, après que le gouvernement révolutionnaire (en place depuis 1979) de l’organisation d’inspiration marxiste-léniniste New Jewel Movement soit renversé par un coup d’État militaire mené par l’ancien vice-premier ministre Bernard Coard, qui émet un mandat d’arrêt et d’exécution contre le chef du gouvernement révolutionnaire Maurice Bishop. Son gouvernement était soutenu politiquement et militairement par l’URSS (qui fait état de 2 blessés parmi 49 soldats et quelques milliers de systèmes d’armes et de munitions capturés lors de l’intervention américaine ), de Cuba (700 capturés, morts et blessés sur 784 soldats et ouvriers du bâtiment envoyés) ,de Libye (4 soldats tous sains et saufs), de République démocratique allemande (16 soldats tous sains et saufs) et de République populaire démocratique de Corée (24 soldats tous sains et saufs).
1985-1995
Haïti. En 1985, sous la pression de la « communauté internationale », « Baby Doc » Duvalier fait adopter une nouvelle Constitution établissant la fonction de Premier ministre. En février 1986, en raison de sa politique autoritaire et des difficultés économiques du pays, une révolte populaire éclate qui le contraint à fuir.
Huit mois après les premières élections « libres », le président nouvellement élu Jean-Bertrand Aristide – prêtre représentant de la théologie de la libération et opposant à la dictature du « Baby Doc » – est destitué par l’ armée haïtienne (28-29 septembre 1991). Les dirigeants du coup d’État, le général Joseph Raoul Cédras, le chef de la police Michel François et le commandant en chef des forces armées Philippe Biamby, reçoivent une formation militaire aux États-Unis et la CIA les rémunère pour obtenir des informations sur la moitié des années 80. Les troupes américaines interviennent à nouveau, mais cette fois militairement avec « l’Opération Uphold Democracy » (19 septembre 1994 – 31 mars 1995), autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU par la résolution 940, tandis qu’Aristide est contraint à l’exil. Il revient dans la capitale Port-au-Prince en octobre 1994, termine son premier mandat en 1996 en exerce un deuxième entre 2001 et 2003 ,et est renversé par un coup d’État militaire fomenté par les États-Unis .
1986
Libye. Les États-Unis accusent les services secrets libyens et le colonel Mouammar Kadhafi d’avoir planifié et armé l’attentat qui a eu lieu le 5 avril 1986 à Berlin-Ouest, dans un lieu fréquenté par les soldats américains (le « Canyon El Dorado ») et bombardent avec plus de 100 avions des objectifs civils et des militaires à Tripoli et Benghazi le 15 avril, entraînant la mort de 40 civils et militaires.
Kadhafi, sa famille et ses plus proches collaborateurs réussissent à se sauver après avoir appris du premier ministre maltais de l’époque Karmenu Mifsud Bonnici (à son tour informé par Bettino Craxi, premier ministre du Parti socialiste italien) que les avions de combat américains étaient transférés d’ Italie vers La Libye pour attaquer le pays en représailles à l’attaque en Allemagne.
1987
Burkina Faso. Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara, président et chef du Parti de l’indépendance africaine , est assassiné par le vice-président Blaise Compaoré lors d’un coup d’État militaire soutenu par la France, les États-Unis et le Royaume-Uni.
Son refus de payer la dette extérieure de l’époque coloniale, ainsi que la tentative de rendre le Burkina Faso autosuffisant et libre des importations forcées, suscitent l’antipathie des trois pays mentionnés ci-dessus ainsi que d’autres pays africains voisins , qui agissent pour se débarrasser du Révolution burkinabè commencée en 1983.
1987-1988
L’Iran. Avec « l’Opération Nimble Archer » (19 octobre 1987), les États-Unis attaquent deux plates-formes pétrolières iraniennes dans le golfe Persique dans le cadre de l’« Opération Earnest Will » plus large (24 juillet 1987 – 26 septembre 1988) pour « protéger » le Koweït du conflit entre l’Irak et l’Iran (1980-1988), également fomenté par les USA avec un soutien militaire et financier au gouvernement de Saddam Hussein. L’attaque des deux plateformes pétrolières ne provoque que des dégâts matériels.
Le 3 juillet 1988, l’USS Vincennes tire un missile et abat un A-300 d’Iran Air alors qu’il se dirigeait vers le golfe Persique, tuant 290 personnes à bord, dont 16 membres d’équipage et 66 enfants.
1989
Philippines. Constants dans leur ingérence dans les affaires intérieures du pays depuis la fin du XIXe siècle (à l’époque dans le but de contrecarrer et de supplanter l’Empire espagnol décadent dans le Pacifique), les États-Unis à travers « l’Opération Classic Resolve » (1-9 décembre 1989 ) soutiennent la présidente Corazon Aquino contre la tentative de coup d’État menée par le courant réformiste au sein des forces armées philippines, qui, trois ans plus tôt, avait mis fin au régime de Ferdinand Marcos (1965-1989), également soutenu par les États-Unis. Ceux-ci déploient 120 marines – faisant partie d’un contingent de 800 soldats stationnés à la base navale de Subic – devant leur ambassade à Manille et, entre-temps, envoient leurs propres chasseurs pour détruire les avions de l’armée de l’air rebelle et, ainsi , mettre fin à la mutinerie.
Deuxième phase : dissolution des démocraties populaires d’Europe de l’Est et de l’Union soviétique
1990-1991
Irak. Prenant comme prétexte l’intervention irakienne au Koweït (l’émirat considéré par le gouvernement de Bagdad comme une province nationale irakienne, sur le plan administratif, historique et culturel), les troupes américaines et OTAN attaquent les infrastructures civiles et militaires de Bagdad et d’autres villes dans le cadre de la première guerre du Golfe (2 août 1990 – 10 janvier 1991), impliquant 35 pays sous l’égide de l’ONU, dont tous ceux appartenant à l’OTAN.
En quelques heures , les chars irakiens conquièrent l’ensemble du territoire du Koweït, mettant ainsi fin à leur intervention rapide dans la capitale Koweït City. Le président américain George Bush (père) ordonne à ses chefs militaires de préparer un plan détaillé pour l’envoi d’importantes forces militaires dans le golfe Persique . Peu de temps après, il parvient à obtenir une demande formelle d’aide de l’Arabie Saoudite. A ce moment-là et après avoir examiné les propositions du Pentagone , Bush ordonne l’ envoi de forces militaires dans la péninsule arabique. Le 7 août 1990, « l’opération Desert Shield » commence officiellement . La guerre se termine avec le retrait des troupes irakiennes du Koweït, 20 mille victimes civiles et militaires, réparties respectivement entre 8 500 et 11 500 , plus de 75 mille blessés.
1993-1995
Somalie. Dans le cadre de la guerre civile en Somalie (1991 – en cours), le 12 juillet 1993, les forces spéciales américaines tuent 50 civils en tentant de capturer le rebelle islamiste Abdi Hassan Keybold. De nombreux raids aériens ont lieu en Somalie, qui entraînent le massacre d’ un grand nombre de civils. Dans ce conflit, les chefs de guerre locaux s’ affrontent et, dans sa phase la plus sanglante (1991-1996), a comme principaux adversaires le président par intérim Ali Mahdi et le général Aidid .La période de transition qui suit, conduit d’abord à un gouvernement national de transition puis à un gouvernement fédéral, elle se termine en 2012 avec la mise en place d’un nouveau gouvernement fédéral. En 1992, la grave crise humanitaire qui secoue la Somalie conduit les Nations Unies à une intervention armée dans la région, qui se concrétise avec les missions ONUSOM I (1992), UNITAF (1992-1993) et ONUSOM II (1993-1995) ; les soldats de la paix de l’ONU n’ont cependant pas atteint leur objectif de réconcilier le pays, qui est effectivement devenu un « État en faillite ».
Le 3 octobre 1993 a lieu la « bataille de Mogadiscio » : les forces américaines tentent d’attaquer certaines cellules rebelles, mais « l’opération spéciale » se transforme en bataille rangée et les États-Unis sont vaincus par les forces rebelles du Front national somalien (opposition au gouvernement populaire du général Mohammad Siad Barre, président de 1969 à 1991) et contraints de se retirer le 25 mars 1994, non sans avoir donné l’ordre à l’artillerie lourde et aux hélicoptères de tirer sans discernement sur les bâtiments civils pour débusquer les « terroristes ». Les missions des États-Unis et de l’OTAN sont toujours actives en Somalie aujourd’hui et le pays est plongé dans un chaos politique, économique et social total.
D’autres raisons de conflit concernent ensuite des conflits territoriaux entre entités étatiques non reconnues : tout d’abord le différend entre le Somaliland et le Puntland, impliqués dans une guerre entre les terroristes islamistes d’Al-Shabaab (liés à Al-Qaïda) et le gouvernement de Mogadiscio reconnu par l’ONU.
1995 -1999
Ancienne Yougoslavie (Bosnie-Herzégovine et Serbie). Le 25 juin 1991, la Slovénie dirigée par le chef du Parti communiste slovène Milan Kučan et la Croatie dirigée par le président de l’ Union démocratique croate Franjo Tudjman déclarent leur indépendance de la République fédérative socialiste de Yougoslavie , suivies quelques mois plus tard (le 8 septembre 1991) par la Macédoine dirigé par Kiro Gligorov.
Le 5 avril 1992, la Bosnie-Herzégovine déclare son indépendance à la suite d’un référendum boycotté par une grande partie de la population serbe, résidant pour l’essentiel dans la République serbe de Bosnie-Herzégovine , une entité fédérale qui, avec la Fédération de Bosnie-Herzégovine (de langue croate et à majorité musulmane) constituent l’actuelle Bosnie-Herzégovine.
À ce stade, les deux républiques socialistes restantes , la Serbie et le Monténégro, créent la République Fédérale de Yougoslavie le 27 avril 1992, mettant ainsi fin à l’expérience socialiste .
La Slovénie et la Croatie se sont reconnues le 26 juin 1991.
La dissolution de la Yougoslavie entraîne les guerres yougoslaves (1991-1999) la mort d’environ 250 000 personnes et un nettoyage ethnique dans le pays, entraînant l’ expulsion de centaines de milliers de personnes de leurs terres.
Dans le contexte de la guerre entre les États-Unis et l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, l ‘ « Opération IFOR » dirigée par l’OTAN (20 décembre 1995 – 20 décembre 1996) a commencé. Utilisant 54 mille soldats sur le terrain, l’opération a officiellement pour objectif de « mettre en œuvre les accords de Dayton » (1-21 novembre 1995) qui ont mis fin à la guerre en Bosnie-Herzégovine (1er mars 1992 – 14 décembre 1995). Les forces aériennes des États-Unis et de l’OTAN bombardent la capitale bosniaque Sarajevo avec quelques milliers de tonnes de bombes à l’uranium appauvri, un agent hautement cancérigène dont plusieurs milliers de soldats italiens – exposés lors de l’attaque contre la Yougoslavie – ont subi les conséquences.
Par la suite, l’OTAN commence à bombarder massivement Belgrade, pendant 78 jours (24 mars – 10 juin 1999). Des avions de l’OTAN décollent des bases italiennes de Ghedi (Brescia) et d’Aviano (Pordenone), toutes deux hébergeant des bombes nucléaires B-61. Ils lachent plus de 2 500 tonnes de bombes à l’uranium appauvri sur la capitale serbe ; ils bombardent également l’ ambassade de Chine , officiellement « par erreur », provoquant la mort de 3 journalistes chinois et une vingtaine de blessés. Il s’agit de la seule attaque coordonnée directement par la CIA pendant toute la campagne militaire. Le 12 juin 1999, l’OTAN crée la Force pour le Kosovo (KFOR) dans la province serbe sécessionniste du Kosovo-Metohija, dans le but de rendre la province « indépendante » et stable par rapport à la Serbie. L’occupation militaire du Kosovo par l’intermédiaire de la KFOR est toujours active aujourd’hui, après la prise du pouvoir par l’organisation terroriste albanaise UCK (Armée de libération du Kosovo) en 1999. En 1999, en effet, a éclaté la guerre au Kosovo , entre l’UCK et la République fédérale de Yougoslavie par le président Slobodan Milošević, désormais réduit aux seules républiques de Serbie (incluant les deux provinces autonomes du Kosovo et de Voïvodine) et du Monténégro. L’armée serbe lance une offensive massive contre l’UCK, cette dernière soutenue par le bloc occidental.
Toujours en 1999, une fois la guerre terminée, l’UCK est officiellement dissoute mais ses membres, malgré les accords internationaux prévoyant son désarmement complet, constituent un nouveau groupe armé, appelé Corps de protection du Kosovo . En 2014, l’acquisition de preuves largement suffisantes est annoncée pour poursuivre les dirigeants de l’organisation pour de graves violations du droit international humanitaire, notamment des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. L’UCK s’est rendue responsable, sous la protection de l’OTAN et des États-Unis, d’un nettoyage ethnique contre la population serbe de la région du Kosovo-Metohija, ainsi que d’un trafic d’organes et d’armes.
L’UCK assume la responsabilité du meurtre de citoyens kosovars d’origine albanaise considérés comme des « collaborateurs » des autorités de l’État yougoslave alors que le Kosovo est à toutes fins pratiques et légitimement une province yougoslave. La Serbie revendique toujours sa souveraineté sur le territoire du Kosovo-Metohija. Plusieurs dirigeants de l’UCK, dont Hashim Thaçi, sont accusés d’avoir accédé au pouvoir au sein de l’organisation et de la politique kosovare grâce à l’assassinat de rivaux potentiels et au blanchiment de l’argent sale issu du trafic de drogue.
1997 – en cours
Chine. Les États-Unis, à travers des « organisations non gouvernementales » comme le National Endowment for Democracy (NED), financent le mouvement séparatiste ouïghour d’origine islamiste, représenté par l’organisation terroriste Parti Islamique du Turkestan, fondée au Pakistan en 1997 et active dans la province occidentale du Xinjiang, qui provoque quelques dizaines de morts tant parmi la population ouïghoure favorable à Pékin que parmi le reste de la population chinoise résidant au Xinjiang (25,85 millions d’ habitants au total en 2023).
1998
Soudan et Afghanistan. Le président Bill Clinton lance « l’opération Infinite Reach » (20 août 1998). En réponse à certaines attaques au Kenya et en Tanzanie, il donne l’autorisation à la marine américaine de bombarder le Soudan et l’Afghanistan (à l’époque gouvernés par les talibans) avec des missiles de croisière , coupables selon Clinton d’héberger les cellules terroristes responsables des attaques. Au Soudan, une usine pharmaceutique est bombardée qui produisait, selon la CIA, du gaz neurotoxique pour Al-Qaïda et d’autres armes chimiques, une accusation démentie par les États-Unis eux-mêmes quelques mois plus tard.
1999-2001
Timor oriental. Un nombre limité de soldats américains, sous l’égide de la Force internationale pour le Timor oriental ( 20 septembre 1999 – 20 février 2000), organisée et dirigée par l’Australie, intervient dans ce petit pays d’Asie du Sud-Est frontalier de l’Indonésie, officiellement pour « rétablir l’ordre » . Entre-temps, la guerre civile fait rage dans le pays, promue par le Front révolutionnaire pour un Timor oriental indépendant (organisation de guérilla marxiste-léniniste), qui a été décisive dans la libération d’abord de l’occupation coloniale du Portugal (1702-1975) et puis d’ Indonésie (1975-1999) .
2001 – en cours
Érythrée. Depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis demandent à l’Érythrée de mettre à jour ses passeports, ce que le pays africain ne fait pas ; le bureau consulaire américain a souligné en 2006 que la nationalité du titulaire n’apparaît pas sur les passeports érythréens, par exemple. Depuis janvier 2020, les autorités américaines imposent des restrictions sur les visas délivrés aux étudiants et à leurs familles. Début février 2020, les États-Unis ont imposé de nouvelles restrictions temporaires à l’accès au territoire américain des citoyens érythréens dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Cette restriction s’applique à environ 1 000 demandes de visa par an dans les catégories de regroupement familial, d’emploi chez un employeur américain, de service à la nation et de visa de carte verte, qui permettent la résidence permanente aux États-Unis conformément aux lois régissant l’immigration dans le pays.
Depuis 2009, les Nations Unies imposent un embargo à l’Érythrée pour soutien présumé au terrorisme djihadiste, bloquant ainsi le commerce bilatéral entre les États-Unis et ce pays africain . L’embargo a été levé en 2018 et la diplomatie américaine a exprimé sa volonté de renouer ses liens avec l’Érythrée. En mai 2019, les États-Unis ont officiellement retiré l’Érythrée de la liste des pays soutenant le terrorisme. En 2021, les États-Unis recommencent à imposer des sanctions ciblées contre certaines entités et individus érythréens, notamment les forces de défense érythréennes, invoquant l’implication continue de l’Érythrée dans la guerre dans la région séparatiste éthiopienne du Tigré. Actuellement, le gouvernement érythréen entretient des relations diplomatiques avec les États-Unis, mais principalement sur des questions humanitaires, compte tenu de la participation américaine à la politique de sanctions contre ce pays africain.
2001-2021
Afghanistan. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis envahissent le pays avec « l’Opération Crescent Wind » (7 octobre 2001). Le 20 décembre 2001, l’OTAN a participé à la création de la force de « maintien de la paix » de la FIAS, qui a pris fin en 2014.
Les troupes américano-OTAN, comprenant des contingents italiens, britanniques, espagnols et allemands, parviennent à renverser le gouvernement taliban , installant un régime fantoche maintenu à flot grâce au financement des États-Unis et de l’ONU, qui n’a aucune capacité de décision sur les affaires stratégiques de l’État (économie, défense, affaires étrangères). Cela a été démontré en août 2021 , lorsque les troupes américaines se sont définitivement retirées d’Afghanistan et que les talibans ont formé le nouveau gouvernement, toujours en place.
2002 – en cours
Venezuela. Fedecámaras (la patronale locale, alors dirigée par Pedro Carmona Estanga), soutenue par les partis réactionnaires de droite et le gouvernement américain, promeut un coup d’État (11-13 avril 2002) contre le président légitime Hugo Chávez, enlevé par quelques putschistes militaires et libéré grâce au soutien majoritaire dont il bénéficiait au sein des Forces armées nationales bolivariennes et de la mobilisation ouvrière et populaire. Les tentatives de coup d’État promues par les États-Unis à travers des opérations de guerre hybrides (déstabilisation interne, imposition de blocus économiques, commerciaux et financiers, guérilla urbaine, attaques terroristes contre de hauts responsables civils et militaires, contre des membres d’organisations soutenant la révolution bolivarienne, etc.) durent encore contre la révolution bolivarienne.
La dernière de ces tentatives spectaculaires et ratées s’est produite :
– entre le 31 mars et le 12 août 2017 (violences de rue avec armes de guerre, cocktails Molotov, barbelés attachés d’un bout à l’autre des rues pour tuer les partisans de la Révolution, assassinats sélectifs de dirigeants populaires, etc.) ;
– 4 août 2018 (attaque de drone explosif contre le président Nicolas Maduro) ;
– le 23 janvier 2019 avec l’auto-proclamation du député d’extrême droite Juan Guaidó comme « président en charge par intérim » du Venezuela, une farce qui durera jusqu’au 5 janvier 2023, date à laquelle les députés d’opposition de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire y a officiellement mis fin et le Département d’État américain lui-même déclare son soutien à cette opération conclue. Guaidó est actuellement en « exil volontaire » en Floride.
2002 – en cours
Yémen. Avec l’autorisation du président de l’époque, Ali Abdullah Saleh, les États-Unis ont commencé le 5 novembre 2002 à tester des drones (véhicules sans pilote télécommandés) sur les théâtres de guerre au Yémen, pour lutter contre le terrorisme islamique et plus particulièrement contre Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP). de la « guerre contre le terrorisme » . Entre 2002 et 2015, les États-Unis ont mené plus de 100 attaques de drones ciblant des cibles terroristes (Al-Qaïda + État islamique), poursuivant ensuite leurs attaques sur des cibles majoritairement civiles (mariages, anniversaires, rassemblements divers). À partir de mars 2015, le gouvernement américain présidé par Barack Obama (2009-2017 ) intervient dans la guerre civile yéménite (16 septembre 2014 – en cours), en soutenant la coalition dirigée par l’Arabie saoudite (composée des Émirats arabes unis, du Koweït, Bahreïn, Égypte, Soudan, Oman et autres pays) pour renverser le gouvernement du mouvement populaire Houthi, lié à l’Iran, au Hezbollah et à la Résistance palestinienne. Le 19 mars 2015, les guérilleros Houthis ont lancé une offensive pour étendre leur contrôle aux provinces du sud. Le 25 mars, l’ offensive des Houthis arrive aux portes d’Aden et le président Abd Rabb ou Mansur Hadi est contraint de fuir vers l’Arabie Saoudite le même jour. AQPA et les filiales yéménites de l’État islamique (EI) mènent également des attaques, et AQPA contrôle des portions de territoire dans la partie centrale du pays et le long de la côte. Jusqu’à présent, le conflit a causé la mort d’environ 15 000 personnes, le développement d’une faim et d’une malnutrition généralisées, la famine , des épidémies de choléra et d’autres maladies infectieuses graves, notamment chez les enfants, la destruction des infrastructures civiles, le pillage du pétrole et du gaz naturel par les forces saoudiennes et leurs alliés, des dizaines de milliers de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur du pays.
2003
São Tomé et Príncipe. En juillet 2003, l’armée a pris le pouvoir pendant une semaine dans l’ancienne colonie portugaise, indépendante depuis juillet 1975, pour protester contre la corruption politique et l’iniquité qui en résulte dans la répartition des bénéfices de l’extraction pétrolière devenue une des principales richesses de l’archipel. Après une période de négociations, le président Fradique de Menezes, déjà renversé par le coup d’État, a été remis au pouvoir après l’ intervention militaire américaine . Menezes a de nouveau remporté les élections en 2006.
2003 – en cours
Irak. L’invasion de l’Irak par les États-Unis et l’OTAN marque le début de la Seconde Guerre du Golfe (20 mars 2003 – 18 décembre 2011).
Afin d’ouvrir la voie à l’invasion planifiée, le 5 février 2003, l’ambassadeur américain Colin Powell a montré au Conseil de sécurité de l’ ONU une fiole déclarant qu’elle contenait de l’anthrax – produit par le gouvernement de Saddam Hussein pour préparer des armes chimiques – une déclaration qui s’est révélée complètement fausse de l’aveu même des représentants de l’administration américaine de l’époque. Après trois ans d’emprisonnement, d’abus et de procès simulé, Saddam Hussein a été pendu le 30 décembre 2006 sur décision des nouvelles autorités mises en place par les troupes d’occupation américaines. Viennent ensuite les gouvernements fantoches des États-Unis qui, dans le contexte de contradictions régionales et internationales , construisent et/ou renforcent progressivement des liens importants aux niveaux militaire, diplomatique et économique avec l’Iran, la Syrie, le Liban et la Fédération de Russie.
En 2011, les États-Unis ont procédé au transfert définitif des pouvoirs politiques aux autorités irakiennes installées par l’ armée américaine .
Cependant, l’ occupation militaire de l’Irak a officiellement duré jusqu’en 2015. Différents pays de l’OTAN, dont la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, y ont participé avec différents contingents.
Le 2 janvier 2020, sur ordre du président Donald Trump, les États-Unis ont bombardé un convoi à l’aéroport de Bagdad dans lequel voyageaient Qassem Suleimani – commandant des forces d’élite Qods, appartenant au Corps des Gardiens de la révolution islamique iranienne – et Abou Mahdi al-Muhandis, chef adjoint des Forces de mobilisation populaire irakiennes. Les deux forces (para)militaires étaient engagées depuis cinq ans dans une lutte acharnée contre le terrorisme en Irak.
Cette attaque terroriste a été suivie quelques jours plus tard par la réaction des groupes paramilitaires irakiens, qui ont attaqué le complexe militaro-politique américain à Bagdad (la soi-disant « Zone verte », qui comprend également l’ambassade américaine dans son rayon de 10 km2) et d’autres positions d’occupant dans tout l’Irak. En réalité, l’occupation de l’Irak se poursuit sous la forme de la participation américaine aux opérations militaires de la soi-disant « coalition internationale », officiellement formée en septembre 2014 pour combattre l’État islamique.
En fin de compte , les troupes d’occupation américaines utilisent le territoire irakien pour extraire illégalement du pétrole à proximité de leurs bases militaires comme en Syrie, l’introduisant clandestinement dans les pays de la région (Jordanie, Oman, Bahreïn, Émirats arabes unis, etc.) et l’exportant vers les États-Unis, puis , comme soutien logistique à l’occupation d’une grande partie du territoire du nord-est de la Syrie, dans le but d’éradiquer les garnisons de l’armée arabe syrienne, du Hezbollah et, plus généralement, des groupes paramilitaires pro-iraniens.
L’occupation militaire américaine de l’Irak est connue dans l’actualité, ainsi que par le nombre de victimes – selon des sources américaines, environ un demi-million d’Irakiens ont perdu la vie , dont plus de 60 % ont été tués dans des affrontements armés et les 30 autres -40% sont morts de causes indirectes dues à l’effondrement des infrastructures médicales et sociales – y compris à la suite de scandales tels que les violences à la prison d’Abou Ghraib, où des membres de l’armée américaine et de la CIA ont torturé, violé et tué plusieurs prisonniers entre 2003 et 2014.
2003 – en cours
Géorgie. Après avoir soutenu Edouard Chevarnadze – ancien bras droit de Mikhaïl Gorbatchev et ministre soviétique des Affaires étrangères de 1985 à 1990 – à la présidence de la Géorgie post-soviétique (1991-2003) , les Etats-Unis soutiennent la première « révolution de couleur » dans l’une des anciennes républiques soviétiques. Républiques socialistes. La « Révolution des roses » (3-23 novembre 2003) a donné naissance au gouvernement de l’opposant Mikhaïl Saakachvili (20 janvier 2004 – 17 novembre 2013), ensuite jugé pour corruption et détournement de fonds dans son pays natal, exilé en Ukraine, où il est devenu gouverneur de la région d’Odessa (mai 2015 – novembre 2016) et obtient la nationalité ukrainienne. Il est retourné en Géorgie en 2021 où il a été arrêté et jugé et reste incarcéré. Le rôle de l’ambassade américaine locale a été décisif dans le succès du coup d’État « doux » de 2003.
Durant le mandat de Saakachvili, le Congrès américain approuve plusieurs centaines de millions de dollars d’aide financière, militaire et humanitaire à la Géorgie, pays de moins de 4 millions d’habitants, convainquant également les autorités israéliennes d’envoyer des conseillers pour soutenir le développement des forces armées géorgiennes .
En 2008, Saakachvili a ordonné à ses troupes d’envahir l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie – cette dernière de facto indépendante depuis 1992 –, deux régions soutenues militairement par la Fédération de Russie et politiquement soutenues au niveau international par la Biélorussie, la République Populaire Démocratique de Corée , le Venezuela et l’Iran. S’ensuit la guerre russo-géorgienne (7-16 août 2008), qui consacre de facto l’indépendance de l’Ossétie du Sud, la reconnaissance officielle de cette dernière et de l’Abkhazie comme États indépendants par la Fédération de Russie , l’accord de paix entre les gouvernements géorgiens et russes a été suivi par la rupture ultérieure des relations diplomatiques entre les deux pays. Les victimes de ce conflit des deux côtés étaient au nombre d’environ 3 000.
Actuellement, les États-Unis exercent leur influence sur les autorités gouvernementales, en particulier sur la présidente Salomé Zourabichvili, alimentant les conflits à tous les niveaux avec la Fédération de Russie et ses alliés comme la Biélorussie et conformant de plus en plus l’ armée géorgienne aux normes de l’OTAN .
2006 – en cours
Somalie. En 2006, l’Union africaine, afin de promouvoir la réconciliation entre les différentes factions belligérantes, a créé la mission AMISOM. Par la suite, les forces armées somaliennes en collaboration avec les forces multinationales de l’ONU ont lancé « l’opération Linda Nchi » (16 octobre 2011 – juin 2012), tandis qu’en août 2014 le gouvernement de Mogadiscio a lancé l’opération « Océan Indien » dans le but de reconquérir les derniers territoires contrôlés par les rebelles.
Le 8 février 2017, Mohamed Abdullahi Mohamed a été élu président de la République, qui a nommé Hassan Ali Khayre Premier ministre le 1er mars . Le 30 mars 2017, le président américain Donald Trump a signé un décret déclarant la Somalie « zone d’hostilités actives », autorisant ainsi le Commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) à mener des opérations antiterroristes au mépris total de la sécurité des civils. L’ US Air Force intervient pour « réduire la capacité opérationnelle » de l’organisation jihadiste Al-Shabaab à mener de nouvelles attaques, même si une attaque le 17 octobre à Mogadiscio a fait plus de 300 victimes civiles. Les États-Unis participent encore aujourd’hui aux missions de l’ONU par l’intermédiaire de l’AFRICOM. Selon certaines estimations, environ 500 000 personnes sont mortes à cause du conflit depuis 1991.
2009-2022
Honduras. Coïncidant avec le référendum consultatif (non contraignant) pour l’élection d’une assemblée constituante, le 28 juin 2009, le leader progressiste Manuel Zelaya (2006-2009) a été arrêté par les forces armées et le Honduras est devenu le théâtre d’un coup d’État militaire ordonné par la Cour suprême , qui qualifie officiellement le coup d’État d’« acte de défense de la Constitution ». Aux petites heures du matin, Zelaya a été arrêté à son domicile à Tegucigalpa par des soldats et a ensuite été emmené par avion militaire à San José, la capitale du Costa Rica. Dans les mêmes heures, les ambassadeurs du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua en République du Honduras , ont été enlevés et libérés quelques heures plus tard. Entre 2009 et 2022, trois présidents se sont succédé , dont deux putschistes – Roberto Micheletti (2009-2010) et Juan Orlando Hernández (2014-2022) – et un élu , Porfirio Lobo (2010-2014), tous liés dans certaines mesures au trafic international de drogue et le paramilitarisme, activités dont le gouvernement américain est bien conscient .
Le 27 janvier 2022 , Xiomara Castro, membre du parti Libertad y Refundación (LIBRE) et épouse de l’ancien président Zelaya, remporte les élections. Les États-Unis continuent leur ingérence 1. en publiant par l’intermédiaire du Département d’État et du Département du Trésor (notamment par l’intermédiaire de l’Office for Foreign Assets Control) des listes d’agents publics prétendument corrompus, impliqués dans le trafic de drogue ou encore dans les violations des droits de l’homme pendant la dictature installée en 2009 et 2. En exerçant des pressions sur les groupes de droite au Parlement, sur les groupes de la « société civile » qui s’opposent au gouvernement progressiste de Castro et sur l’Église catholique locale.
2009 – en cours
Guatemala. Actuellement, les États-Unis interviennent dans ce pays à travers le financement de candidats des Ententes Larges, à prédominance de droite, les investissements de multinationales actives dans les secteurs de l’énergie et des télécommunications (civiles et militaires), ainsi que l’utilisation d’installations militaires et d’opérations militaires conjointes avec les forces armées guatémaltèques.
2011 – en cours
Libye. A travers l’opération « Aube de l’Odyssée » (19-31 mars 2011), les États-Unis et l’OTAN participent au bombardement de la Libye initié par la France. La CIA soutient et coordonne l’opération de capture de Mouammar Kadhafi, qui après avoir été fait prisonnier est tué par les jihadistes du CNT (Conseil national de transition, organisation soutenue par les États-Unis, la France, les sionistes israéliens et le reste des pays de l’OTAN) le 20 octobre 2011. Les victimes civiles et militaires libyennes de cette opération USA-OTAN sont au nombre d’environ 400, alors que le pays est encore aujourd’hui plongé dans le trafic d’êtres humains, d’armes et de drogue, dans l’instabilité (deux gouvernements revendiquent une légitimité politique, celui de Tobrouk-Benghazi en Cyrénaïque et l’autre à Tripoli en Tripolitaine), dans une pauvreté généralisée, dans l’absence de services publics et dans le terrorisme. Actuellement, les États-Unis soutiennent le gouvernement d’unité nationale de Tripoli, également reconnu par l’Italie, responsable de l’esclavage de dizaines de milliers de migrants subsahariens et du pillage des ressources énergétiques et financières du peuple libyen.
2011-2018
Ouganda. En avril 2011, les États-Unis, en collaboration avec une mission militaire de l’ Union africaine , ont envoyé officiellement 100 soldats pour combattre le mouvement extrémiste chrétien Armée de résistance du Seigneur , avec des bases de soutien également au Soudan du Sud, en République centrafricaine et en République démocratique du Congo
Les troupes américaines ne se sont retirées qu’en 2018, après avoir fourni une assistance militaire (armes, entraîneurs, etc.) d’un montant total de 104 millions de dollars en 2016 et de 80,5 millions de dollars en 2018.
2011 – en cours
Syrie. Depuis 2011, les États-Unis aspirent ouvertement à renverser le président légitime Bachar Al-Assad, secrétaire général du commandement central de la faction syrienne du Parti Baas arabe socialiste , en utilisant les nombreuses manifestations populaires (mars-juillet 2011) et la formation de groupes djihadistes financés par la CIA, le Mossad , le MI6 et le MIT. Dans la guerre terroriste imposée à la Syrie, les États-Unis n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs – renverser le président et le remplacer par des représentants politiques des « rebelles modérés », c’est-à-dire des djihadistes – malgré des milliards de dollars dépensés, également utilisés dans la lutte contre le terrorisme et contre la présence militaire russe depuis 2015, année où le gouvernement syrien a demandé l’assistance militaire de Moscou dans la lutte antiterroriste. Actuellement, les États-Unis occupent de grandes parties de la région nord-est d’Al-Hasakah (« Rojava » pour les Kurdes), pillant du pétrole, du gaz, du blé et divers minéraux, avec la complicité de certaines formations politico-militaires kurdes – réunies dans les Forces démocratiques Syriennes – et des terroristes financés par la Turquie. Sous la présidence Trump, dans la nuit du 6 au 7 avril 2017, l’armée de l’air américaine a bombardé la base aérienne syrienne d’Al-Shayrat, en « représailles » aux prétendues attaques chimiques perpétrées deux jours plus tôt par le gouvernement syrien contre des civils de la petite ville de Khan Cheikhoun.
La guerre américaine en Syrie a jusqu’à présent provoqué la mort d’environ 500 000 civils et soldats, des millions de réfugiés entre le Liban, la Turquie et la Jordanie et des personnes déplacées à l’intérieur du pays, la prolifération de dizaines de groupes djihadistes qui agressent les masses populaires locales par des pillages ,des enlèvements, des extorsions, des destruction des infrastructures civiles (écoles, hôpitaux, dépôts de trains et de bus, routes, autoroutes, ports, aéroports, etc.),provoquant chômage et faim endémiques dans les zones contrôlées par les jihadistes, notamment dans la province d’Idlib, et mécontentement socio-économique croissant dans les zones contrôlées par le gouvernement de Damas.
2012 – en cours
Hong Kong. Avec une importance accrue depuis 2012 (année de l’élection de Xi Jinping au poste de secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois) par rapport à la décennie précédente, les États-Unis ont financé et formé les dirigeants des manifestations qui entrent dans la catégorie des » révolutions de couleur », avec la collaboration du Royaume-Uni. Systématiquement, les leaders de ces révoltes sont des individus étroitement liés à l’ambassade américaine locale, qui possèdent par ailleurs la nationalité britannique (basée sur le passé colonial de Hong Kong, restitué à la Chine seulement en 1999) et qui, dans une certaine mesure, sont en attente de poursuites devant les tribunaux locaux (propagande subversive, trafic d’armes, corruption, etc.).
2012 – en cours
Taïwan. Dans la province séparatiste chinoise de Taïwan (« République de Chine »), les États-Unis ont exercé une énorme influence pendant au moins trois décennies à travers les partis au pouvoir successifs, le Kuomintang et le Parti démocrate progressiste ; les forces armées de ce territoire reçoivent une formation des États-Unis et des fonds de développement de l’agence américaine USAID. En cas d’intervention militaire chinoise à Taïwan, les États-Unis seraient les premiers à intervenir, malgré la reconnaissance du principe « une seule Chine » adopté en 1979 par Washington.
2012 – en cours
Paraguay. Le 21 juin 2012, la Chambre des députés, fomentée par la droite pro- américaine, a approuvé l’exécution d’un procès politique contre le président progressiste Fernando Lugo (2008-2012), accusé de mauvaise exécution de ses fonctions. Lugo refuse de démissionner et affirme que pour honorer les votes obtenus en 2008, il doit défendre sa position, mais le 22 juin, avec 39 voix pour et 4 contre, Lugo est démis de ses fonctions. La destitution est décrite comme un « effondrement de l’ordre démocratique » par la plupart des gouvernements latino-américains et a conduit à la suspension du Paraguay en tant que membre des organisations continentales Mercosur et Unasur. Les partisans de Lugo affirment que la « communauté internationale » a affirmé qu’un coup d’État et une violation de l’ordre constitutionnel étaient en cours dans le pays . Il s’agit du premier cas de persécution judiciaire menée avec succès, sur le continent américain et dans la première décennie des années 2000, contre un leader politique du camp progressiste.
2013 – en cours
Niger. L’ intervention américaine au Niger débute le 5 février 2013 et consiste, dans la version officielle, au déploiement de forces d’opérations spéciales et de drones en soutien au gouvernement nigérien et aux forces armées françaises dans des opérations « antiterroristes » contre les groupes terroristes au Niger dans le cadre de « l’Opération Juniper Shield ». Les États-Unis déploient des drones de l’armée de l’air et de la CIA pour assister leurs soldats sur le terrain et les troupes nigériennes dans les opérations antiterroristes, pour surveiller les itinéraires empruntés par les jihadistes du Niger vers les pays voisins et pour assister les opérations en cours en Libye.
Le déploiement de troupes américaines au Niger n’a été officiellement annoncé qu’en 2018, lorsqu’une embuscade tendue par des membres de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) à l’extérieur du village de Tongo Tongo a fait quatre morts parmi les soldats américains et quatre soldats nigériens.
En 2018, l’administration Trump et l’ US Africa Command (AFRICOM) ont présenté un plan visant à retirer 25 % de toutes les forces militaires américaines stationnées en Afrique, dont environ 10 % se retireraient d’ Afrique de l’Ouest, afin de pouvoir se concentrer sur la lutte contre l’influence de la Russie et de la Chine dans la région.
Les États-Unis sont en train d’installer la base aérienne 201 au Niger – d’un coût d’environ 110 millions de dollars – dans la ville d’Agadez dont le gouvernement nigérien a approuvé la création en 2014. Après plusieurs années de construction, la base entre en service en 2019 et est depuis devenue le centre des opérations américaines au Niger, en s’éloignant de la capitale Niamey. La base permet aux drones américains d’effectuer des missions au-dessus de la région et conserve la capacité d’accueillir de gros avions de transport tels que le C-17 Globemaster.
2014 – en cours
Ukraine. En février 2014, le coup d’État d’Euromaïdan (par association au nom de la place de Kiev où se sont déroulées les manifestations à partir du 21 novembre 2013 et de l’influence de l’UE dans l’exécution de l’opération ) a destitué le président élu Viktor. Ianoukovitch (2010-2014) et installé une junte – dirigée par les impérialistes US-OTAN, qui comprend en son sein des continuateurs du nazisme hitlérien – qui déclenche une sale guerre faite de persécutions politiques contre les antifascistes, les communistes, les syndicalistes, les progressistes et de meurtres de civils et de militaires dans le Donbass, une macro-région historique du sud-est du pays. La raison de l’attaque du Donbass par les troupes fidèles au nouveau régime fantoche de Kiev est le fait que la population locale est culturellement, ethniquement et linguistiquement russe et qu’elle rejette l’inspiration fasciste de la nouvelle orientation politique du gouvernement : elle souhaite devenir indépendante du gouvernement central pour des raisons politiques, économiques et culturelles. Les bombardements contre les villes des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk (parmi lesquels les plus connus depuis le début sont les massacres de Gorlovka, Altchevsk, Debaltsevo, Lougansk) qui, lors d’un référendum organisé en 2022, décident de l’annexion à la Fédération de Russie, se poursuivent depuis et ont causé la mort de plus de 15 000 personnes. Il convient également de noter le massacre de la Maison des syndicats d’Odessa (2 mai 2014), au cours duquel des représentants des formations réactionnaires ukrainiennes Pravij Sektor (Secteur droit) et Svoboda (Liberté) ont incendié le bâtiment abritant syndicalistes, communistes et antifascistes : près de 50 personnes y ont été tuées.
L’OTAN, avec la plus grande contribution fournie par les États-Unis, réarme l’armée ukrainienne avec des munitions (y compris de l’uranium appauvri) et des systèmes d’armes avancés, utilisés à la fois contre les masses populaires du Donbass et contre les régions de la Fédération de Russie (Bryansk, Belgorod, Pskov, Moscou, Crimée…), cibles de plusieurs attentats terroristes entre mars 2022 et juillet 2023, en même temps que se poursuit l’opération militaire spéciale russe en Ukraine.
2016 – en cours
Brésil. Après la chute de la dictature militaire (1985), les États-Unis continuent d’exercer une grande influence sur les représentants et les parlementaires de centre-droit et d’extrême droite, à travers leur ambassade à Brasilia, liée aux congrégations chrétiennes évangéliques et fondamentalistes, aux grands propriétaires fonciers (actifs dans les secteurs du cacao, du café, de la canne à sucre, de la banane et du bois ), aux propriétaires de conglomérats médiatiques (O Globo, Folha de São Paulo , etc.).
En effet, le Département d’État a soutenu le coup d’État parlementaire (17 avril 2016) contre la présidente Dilma Rousseff – guérillera pendant la dictature militaire, membre du Parti des Travailleurs et actuelle présidente de la Nouvelle Banque de Développement du groupe BRICS – qui a été mise en accusation par le Parlement (avec le soutien de son ancien vice-président Michel Temer, qui lui a succédé jusqu’en décembre 2019) pour des manipulations présumées des comptes nationaux. En 2022, le procès contre lui a été déclaré terminé car les faits n’existent pas. A noter également le soutien de Trump à l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro (1er janvier 2019 – 31 décembre 2022), accusé d’avoir incité des centaines de ses partisans à attaquer le palais présidentiel de Brasilia et d’autres structures étatiques de la capitale. Actuellement, l’administration Biden tente de placer le président Lula da Silva (1er janvier 2023 – en cours) sur son orbite en le détachant des BRICS.
2016 – en cours
Mexique. Après environ deux siècles d’interventions politiques et de guerres prédatrices déclenchées contre le Mexique, les États-Unis sont intervenus dans ce pays avec une attention particulière depuis 2016, lorsque le Fonds national pour la démocratie a alloué plus de 8 millions de dollars à des programmes axés sur la démocratie, la violence de genre, l’immigration, les élections et « l’émancipation politique » de la population. Parmi les organisations soutenues par le Fonds National pour la Démocratie figure l’Institut Démocratique National, créé à l’époque du président Reagan, dans le cadre de la « guerre froide » et de la lutte contre les mouvements de guérilla en Amérique centrale, qui a reçu plus de 3 millions de dollars pour ses opérations en Mexique.
Les organisations de ce type (y compris les journaux et télévisions privés, qui constituent la majorité des médias au Mexique) sont principalement utilisées contre le gouvernement du président progressiste Andrés Manuel Lopez Obrador (2018 – au pouvoir) du parti MORENA (Mouvement de régénération nationale) et sont également financés par des capitalistes mexicains et cubains.
2017 – en cours
Philippines. Les troupes américaines soutiennent les forces armées philippines lors de la bataille de Marawi (23 mai – 23 octobre 2017), au cours de laquelle l’armée nationale affronte des insurgés islamistes.
D’une manière générale, les États-Unis continuent de soutenir leurs régimes clients (caractérisés par la domination de la bourgeoisie comprador au pouvoir ), qui se sont succédés notamment depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui – voir le soutien à Ferdinand « Bongbong » Marcos Jr., président depuis le 30 juin 2022 – participation au terrorisme d’État contre des civils non armés mais surtout à la guerre réactionnaire contre les guérilleros maoïstes du Parti communiste des Philippines ( PKP ), fondé par le camarade José Maria Sison en 1968 en scission du Parti communiste des Philippines-1930. Depuis 1969, le PKP mène une guerre populaire révolutionnaire prolongée à travers sa branche armée – la Nouvelle Armée populaire (BHB) – et sa branche politique, le Front national démocratique (PDHP) .
2017 – en cours
Équateur. Le Département d’État américain, par l’intermédiaire de son ambassade à Quito, exerce une ingérence dans la politique intérieure équatorienne, dictant au président de l’époque, Lenin Moreno (2017-2022), la nomination de généraux, de hauts fonctionnaires civils et la persécution contre des représentants de haut niveau de la Révolution Citoyenne – processus populaire mené par l’ancien président Rafael Correa (2006-2017) – utilisant le pouvoir judiciaire à des fins politiques (un des cas exemplaires est celui de l’ancien vice-président Jorge Glas, un éminent leader de la Révolution citoyenne).
La situation est restée quasiment inchangée avec la présidence de Guillermo Lasso (2022 – en cours ), un banquier lié à l’oligarchie locale, qui dans toutes les décisions gouvernementales a toujours suivi les diktats de Washington, notamment sur le plan militaire (voir militarisation des îles Galápagos, où les travaux sur une base aérienne américaine débutent en 2019).
2018 – en cours
Cuba. En plus de maintenir intact le blocus économique, commercial et financier en vigueur depuis 1962, les États-Unis financent, à travers les programmes de la Fondation Nationale pour la Démocratie, des groupes contre-révolutionnaires internes (Damas de Blanco, Movimiento San Isidro, etc.) et externes actifs en Floride (la Fondation Cubano-Américaine est la plus connue).
2018 – en cours
Nicaragua. Le financement et la formation par les États-Unis des groupes contre-révolutionnaires et de la Conférence épiscopale locale se poursuivent : l’exemple le plus frappant de l’ingérence américaine ces derniers temps a été la tentative (ratée) de coup d’État en 2018 contre le président Daniel Ortega, ainsi que contre le président du parti Front Sandiniste de Libération Nationale., à travers des manifestations de rue menées par des mouvements de la droite réactionnaire nicaraguayenne, héritiers de la dictature de la famille Somoza.
2019 – en cours
Bolivie. Les États-Unis continuent de promouvoir la déstabilisation interne de la Bolivie, en soutenant les organisations d’extrême droite (voir les Comités civiques de Santa Cruz de la Sierra, dirigés par Fernando Camacho, aujourd’hui en prison), l’activité de la Conférence épiscopale bolivienne et les courants subversifs au sein des. Forces Armées Boliviennes.
Après des années de tentatives pour renverser le président Evo Morales (26 janvier 2006 – 10 novembre 2019), un groupe de putschistes boliviens soutenus par les États-Unis organise un coup d’État (10-20 novembre 2019). Le gouvernement issu du coup d’État présidé par Jeanine Añez dure jusqu’en novembre 2020 ; actuellement ses exécutants matériels (hommes politiques, entrepreneurs, responsables militaires et civils) sont emprisonnés et certains ont déjà été jugés pour les massacres de Sacaba et Senkata (15-19 novembre 2019), au cours desquels 22 personnes et près de 200 autres ont été assassinées par la police et ont été blessées après les protestations populaires qui ont suivi le coup d’État. Cependant, un coup d’État rampant se poursuit contre l’actuel président Luis Arce Catacora, représentant du Mouvement pour le Socialisme – Instrument Politique pour la Souveraineté des peuples, par les secteurs terroristes de la droite réactionnaire: propriétaires fonciers, trafiquants d’armes et de drogue, banquiers, hauts fonctionnaires civils et militaires liés à l’oligarchie locale, financés par les États-Unis et la Conférence Episcopale Bolivienne.
2019 – en cours
Le Salvador. Actuellement, les États-Unis observent avec une plus grande attention la nouvelle orientation politique donnée au pays par le président Najib Bukele, en poste depuis 2019 et globalement allié de Washington, qui exprime fréquemment des impulsions autonomes en matière de politique étrangère et surtout intérieure. Bukele reçoit périodiquement des critiques de la part de l’administration présidentielle, d’abord de Trump puis de Biden, pour violations des droits de l’homme concernant le traitement judiciaire des membres des gangs (les soi-disant « pandillas », comme la Mara Salvatrucha), qui dominent le crime organisé et sont directement liés aux malversations organisées aux USA (en Californie notamment).
2020 – en cours
Ancienne Guyane britannique (aujourd’hui République coopérative de Guyane). Actuellement, les États-Unis interviennent dans la politique intérieure de ce pays, en exerçant des pressions sur le gouvernement national (aux mains d’Irfaan Ali du Parti populaire progressiste depuis janvier 2020) principalement avec une fonction anti-vénézuélienne, c’est-à-dire pour empêcher le gouvernement de Caracas de reconquérir la possession souveraine de l’Essequibo : c’est un territoire contesté de 159 mille km2, avec une population locale majoritairement hispanophone et une culture espagnole mêlée à la culture indigène, d’abord colonisée par les Hollandais, puis à partir de 1814 par les Britanniques, profitant des querelles au sein des structures politiques postcoloniales vénézuéliennes.
Les autorités internationales dirigées par les États-Unis ont créé un tribunal arbitral en 1899, dont la décision a façonné l’Accord de Paris de la même année. Le traité établit la cession du territoire à l’ouest de la rivière Essequibo à la Grande-Bretagne. Cependant, le Venezuela n’était pas directement représenté, car ses deux représentants avaient été nommés par les États-Unis et ne représentaient pas réellement l’État vénézuélien à ce moment-là. Ces derniers ont déclaré l’accord nul et non avenu dans les décennies suivantes. Plus tard, le Venezuela et la Guyane, cette dernière étant entre-temps devenue indépendante de la Grande-Bretagne (26 mai 1966), signèrent les Accords de Genève (17 février 1966) dans lesquels les parties conviennent de créer une commission mixte chargée de trouver un moyen de mettre fin au conflit, qui continue toujours.
2020 – en cours
Sahara occidental (République arabe sahraouie démocratique). Le déclenchement de nouvelles hostilités entre le Front Polisario et la monarchie marocaine en novembre 2020 s’accompagne d’un soutien militaire et diplomatique massif des États-Unis au Maroc. Entre autres choses, sous la présidence Trump, les États-Unis ont reconnu la pleine souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Des exercices militaires sont organisés dans la zone avec la participation des armées des États-Unis et du Maroc. Les manœuvres dites «Lion Africain 21 » de mai 2021 – conçues par l’administration Trump mais exécutées sous son successeur démocrate Joe Biden – démontrent une fois de plus le rôle central des États-Unis dans ce conflit.
2021 – en cours
Haïti. Actuellement, les États-Unis entretiennent l’instabilité politique, économique et sociale en Haïti par le biais du trafic d’armes et de drogue qui alimente les gangs locaux de trafiquants d’êtres humains. Il s’agit d’une pratique visant à aggraver encore davantage les relations d’Haïti avec la République dominicaine, le Mexique et les États-Unis eux-mêmes, pays d’accueil de l’immigration haïtienne, exacerbant le sentiment raciste déjà répandu contre les Haïtiens en Amérique centrale et favorisé par les classes dominantes des pays d’accueil des flux migratoires. . L’assassinat de Jovenel Moïse, président de 2017 jusqu’à sa mort en 2021, s’inscrit dans le cadre de la déstabilisation menée par des gangs paramilitaires locaux et étrangers (colombiens-vénézuéliens) fomentés par les États-Unis.
2022 – en cours
Pérou. Après la destitution du président Pedro Castillo (28 juillet 2021 – 7 décembre 2022) et son limogeage ultérieur, l’ambassade des États-Unis à Lima s’empresse de soutenir le gouvernement de Dina Boluarte (ancienne vice-présidente de Castillo), fruit du coup d’État parlementaire qui a eu lieu en décembre 2022, grâce au soutien de la reconnaissance internationale et de l’assistance financière, militaire et humanitaire à ce gouvernement. Des manifestations populaires (voir la « prise de Lima » de juillet 2023) ont lieu périodiquement, dans le but de faire pression pour la destitution du gouvernement Boluarte, la tenue d’élections pour l’Assemblée constituante et pour un nouveau président. La répression de ces manifestations a jusqu’à présent entraîné la mort de 70 civils.
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Léon Landini, résistant communiste , répond à Michel Onfray (ainsi qu’à Macron et Ruffin)
Réponse à Michel Onfray (ainsi qu’à Macron et Ruffin) par « Léon Landini, résistant communiste
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Michael Hudson, prédictions pour 2024

prédictions pour 2024 par Michael Hudson
ANIA : Bonjour à tous, bienvenue sur ma chaîne. On dirait que nous sommes en direct et nous sommes quelques secondes en avance, donc un peu mieux que la précision suisse. Aujourd’hui, j’ai pour la deuxième fois un invité très, très spécial. Beaucoup d’entre vous attendaient cette conversation avec le professeur Michael Hudson, analyste financier et professeur-chercheur très distingué en économie. Quelqu’un dont j’apprécie beaucoup l’expertise, l’opinion et les connaissances. Et je pense que, alors que nous approchons de la fin de 2023, cela pourrait être une discussion très importante ici, une information très importante de la part du professeur Hudson. Alors bon retour, professeur Hudson. Merci beaucoup d’avoir trouvé du temps pour notre conversation.
MICHAEL HUDSON : Eh bien, c’est bon d’être de retour, Ania.
ANIA : Merci. Et juste pour que vous le sachiez, tous les liens pour trouver le professeur Hudson se trouvent déjà sous cette diffusion en direct. Vous pouvez soutenir son travail via Patreon, tous les livres, il y a aussi un lien, ainsi que son site Internet. Tous les liens sont en bas. J’apprécie également que vous vous abonniez, aimiez, partagiez et souteniez ma chaîne. Et commençons par le fait que le professeur Hudson m’a envoyé un e-mail très, très informatif. Et je tiens à vous remercier officiellement maintenant de m’avoir envoyé ceci, car grâce à cet e-mail, j’ai pu en quelque sorte limiter ma question à vous. Et si le public a des questions, n’hésitez pas à les poser dans les Super Chats.
Ainsi, dans votre courrier électronique, vous avez mentionné que l’État d’apartheid en Ukraine était un État d’apartheid. Et j’aimerais commencer par ceci. Pouvez-vous expliquer au public ce que signifie réellement être un État d’apartheid ? Et Israël est aussi un État d’apartheid.
MICHAEL HUDSON : Un État d’apartheid. Eh bien, cela remonte à l’Allemagne nazie des années 1930. Un État d’apartheid dit qu’une seule ethnie doit dominer l’État et que toutes les autres ethnies doivent en être exclues. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine et les services de renseignement recrutèrent dans le cadre de l’OTAN les nationalistes et les nazis qui travaillaient pour les Allemands contre les Russes en tant que gestionnaires et commencèrent à se préparer à une lutte à long terme contre les Soviétiques. Syndicat. D’une manière ou d’une autre, la fin de la Seconde Guerre mondiale s’est progressivement métamorphosée en un véritable renouveau de ce qui a suivi la Première Guerre mondiale, la lutte contre l’Union soviétique. Et depuis le tout début, au cours des 80 dernières années, les États-Unis ont cherché à combattre la Russie. Même lorsque la Russie a cessé d’être l’Union soviétique, elle a été considérée comme ayant une caractéristique indépendante, une politique indépendante. Ainsi, il a utilisé les nazis pour susciter un sentiment nationaliste et anti-russe consistant à traiter les Russes comme des sous-humains, refusant à la population russophone le revenu de retraite, la sécurité sociale, les soins de santé et les services publics. Et fondamentalement, les Ukrainiens traitaient les Russes comme les Allemands avaient traité les nazis.
Eh bien, vous vivez le même combat maintenant en Israël lorsque Netanyahu et le président Biden disent qu’il ne peut y avoir qu’une seule ethnie en Israël. Il ne peut y avoir qu’un seul État. Il est possible d’avoir une solution à deux États. Vous pouvez avoir Israël et la Palestine, mais seuls les Juifs occuperont Israël ou la Palestine.
La mentalité des États-Unis, non seulement pour l’Ukraine et pour Israël, mais pour l’ensemble de l’économie mondiale, est qu’il ne peut y avoir qu’une seule économie et un seul État favorisant un groupe de personnes. Et ce que vous voyez dans l’État d’apartheid en Ukraine, avec son attitude anti-russe, l’interdiction de la langue russe, l’interdiction des livres russes, la destruction des romans et de la littérature russes dans les bibliothèques, l’interdiction de jouer de la musique russe. Tout cela est suivi par les États-Unis qui font pression, par exemple, sur le Comité olympique pour qu’il ne permette pas aux athlètes russes de participer aux Jeux olympiques sous le drapeau. L’apartheid que vous voyez en Ukraine est suivi par les États-Unis eux-mêmes, stimulant ainsi l’État d’apartheid. Pour les États-Unis, l’Ukraine et Israël sont en quelque sorte des modèles de ce que les États-Unis aimeraient faire à l’échelle mondiale pour l’ensemble de l’économie mondiale. Il ne peut y avoir qu’une seule économie. Et fondamentalement, il s’agit d’une économie centrée sur les États-Unis et l’OTAN, à laquelle les autres pays sont censés soit obéir et accepter les règles, soit être combattus. Vous pouvez donc considérer ce qui se passe actuellement en Israël et en Ukraine comme une répétition générale à petite échelle du même type de combat qui se déroule dans l’économie mondiale. Y aura-t-il deux économies différentes ? Et ces économies seront-elles démocratiquement égales ? Ou bien l’économie mondiale va-t-elle, d’une manière ou d’une autre, être elle-même un État d’apartheid entre les États-Unis et l’OTAN d’un côté et les BRICS Plus et le Sud global de l’autre, le tout dans une unité centrale ? C’est véritablement le but de tous ces combats et manœuvres en ce moment en Méditerranée, dans la mer Rouge et dans le golfe pétrolier. Il ne s’agit pas seulement d’un apartheid ethnique, c’est aussi d’un apartheid des systèmes économiques, tant en Ukraine qu’en Israël, ainsi que dans le type d’ordre que les États-Unis tentent de créer.
ANIA : Merci beaucoup d’avoir répondu à cette question. Et sur ce point, j’aimerais vous poser deux questions à la suite de cela. Premièrement, pensez-vous que les États-Unis seront capables de réussir ce plan, seront capables de réussir ce plan ? Et les États-Unis seront-ils capables de conserver l’Europe occidentale comme satellite économique, politique et militaire des États-Unis ? Oui ou non? Et si non, que va-t-il se passer ?
MICHAEL HUDSON : Eh bien, il y a en réalité deux questions. Pour votre première question, qu’est-ce que le succès ? La lutte actuelle en Israël est en réalité un processus qui dure depuis 20 ans. Les États-Unis soutiennent Israël. Et vous pouvez considérer Israël comme étant aux États-Unis ce qu’est l’Ukraine. Les États-Unis sont prêts à se battre jusqu’au dernier Ukrainien contre la Russie. Il est prêt à se battre jusqu’au dernier Israélien contre les Etats musulmans. Depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis veulent conquérir l’Irak, la Syrie et surtout l’Iran, ainsi que la Libye. Dans la presse américaine, dans toutes les discussions sur ce qui se passe aujourd’hui à Gaza et en Israël, chaque fois qu’ils parlent du Hezbollah ou du Hamas, les journaux utilisent tous l’adjectif qualificatif Hamas soutenu par l’Iran, Hezbollah soutenu par l’Iran. Et si les Irakiens tentent de se battre pour chasser les Américains qui volent le pétrole de l’Irak, ce sont les Irakiens soutenus par l’Iran.
Tous ces combats que vous voyez actuellement en Israël, qui en apparence semblent être un combat pour purifier l’État israélien de la population non juive, font partie de la tentative américaine de véritablement conquérir l’ensemble du Proche-Orient et sa production pétrolière. . Pour l’Amérique, le Proche-Orient est important parce que la domination américaine sur l’économie mondiale au cours des cent dernières années repose sur son contrôle du pétrole, aux côtés de British Petroleum et des compagnies pétrolières françaises. Les États-Unis ont utilisé le pétrole pour contrôler l’énergie et, en contrôlant l’énergie et ses prix, ils ont contrôlé la productivité industrielle et le PIB. Le PIB, la productivité du travail, l’industrie sont tous fonction de l’énergie.
Ce que font donc les États-Unis, c’est inciter Netanyahu à tenter de provoquer des représailles du Hezbollah libanais, afin que les États-Unis puissent attaquer le Liban, et tenter de provoquer l’Iran. Il a récemment assassiné un dirigeant iranien en Syrie, tentant d’inciter l’Iran à agir.
Eh bien, dans des circonstances normales, lorsque le Liban ou l’Iran sont attaqués de la même manière que les Israéliens le font actuellement, vous riposteriez. C’est la tendance naturelle. Si vous recevez un coup, vous allez riposter. Mais c’est tellement évident que c’est ce que les États-Unis veulent que le Liban et l’Iran fassent, qu’ils ont reculé il y a un mois et ont dit, attendez une minute, nous n’allons pas riposter, tout comme les États-Unis essayaient d’inciter les Ukrainiens à provoquer une attaque russe afin que nous puissions commencer à saigner la Russie, les États-Unis essayaient de provoquer une attaque afin qu’ils puissent enfin attaquer l’Iran avec tout ce qu’ils ont.
Eh bien, ce qui s’est passé le mois dernier, c’est que l’Iran, le Hezbollah et d’autres groupes musulmans se sont entretenus pour essayer de coordonner ce que nous faisons et se sont dit : écoutez, nous sommes tous attaqués. Nous n’allons pas laisser les États-Unis nous éliminer un par un. Ne laissons pas les États-Unis nous diviser et nous conquérir, et conquérir d’abord le Liban, puis la Syrie, puis reconquérir l’Irak, chasser l’opposition et la lutte de libération en Irak, puis conquérir l’Iran. Nous devons avoir un front uni, et c’est pourquoi les navires russes et chinois se sont déplacés dans la région, et on s’est rendu compte que ce combat qui semble en surface être un combat entre Netanyahu et les Palestiniens, n’est en réalité qu’un catalyseur. un détonateur, un déclencheur de la guerre au Proche-Orient que les États-Unis préparent.
Et cela nous amène à la deuxième partie de votre question. Les États-Unis parviendront-ils à maintenir le contrôle de l’Europe ? Eh bien, la lutte au Proche-Orient est très similaire à la logique que les États-Unis menaient avec leur politique étrangère en Europe à partir de 2022. Leur crainte était qu’en regardant la situation mondiale du point de vue allemand et français, la politique logique de l’Europe occidentale consisterait à entretenir des relations commerciales et d’investissement symbiotiques avec la Russie et la Chine. Et dans cette relation, l’Allemagne importerait du pétrole, du gaz et d’autres matières premières russes, et paierait ces importations en exportant des produits industriels.
Eh bien, si ce scénario s’était produit, les États-Unis seraient vraiment laissés pour compte. Qu’avait-elle réellement à offrir à l’Europe ? Eh bien, la seule chose qu’il avait à offrir était de s’abstenir de faire chanter les dirigeants politiques allemands et français qui avaient été essentiellement nourris et préparés par le Département d’État américain, la CIA et les organisations non gouvernementales, le National Endowment for Democracy, le tout pour en quelque sorte représentent les intérêts des États-Unis et de l’OTAN, et non ceux de leur propre pays.
Du point de vue des États-Unis, comment faire pour que l’Europe fasse partie de l’économie américaine, et non de l’économie des BRICS, ou de l’économie eurasienne ? Eh bien, Nord Stream s’en est occupé, ainsi que les sanctions commerciales que les États-Unis ont confiées aux dirigeants allemands, en particulier aux dirigeants de l’OTAN, pour qu’ils les imposent à l’ensemble de l’économie européenne. Eh bien, en ce moment, on assiste à l’effondrement de l’industrie allemande. BASF, la grande entreprise chimique allemande, a déjà annoncé que ses nouvelles usines seraient situées en Chine, car c’est là qu’elle pourra obtenir le gaz naturel et le pétrole, en grande partie de Russie, dont elle a besoin technologiquement pour ses opérations. Pas plus tard que la semaine dernière, l’une des grandes entreprises métallurgiques allemandes a annoncé qu’elle fermait ses portes, qu’elle licenciait sa main-d’œuvre et qu’elle ne pouvait plus produire en Europe. Les entreprises européennes ferment toutes leurs portes et leur choix est soit de suivre les directives américaines et de dire : pourquoi ne pas déménager aux États-Unis et installer vos usines aux États-Unis ?
Eh bien, ils ne peuvent pas vraiment installer leurs usines aux États-Unis parce que le coût de la vie et des affaires est si élevé aux États-Unis, parce que c’est une économie financiarisée, qu’ils ne peuvent pas faire de profits. Alors ils se demandent : où allons-nous aller ? Nous ne pouvons pas aller en Russie parce qu’ils ont des sanctions. Devons-nous déménager en Chine ? Devons-nous déménager en Inde ? Devons-nous déménager en Asie? Ou allons-nous simplement continuer à fermer nos portes, et où ira notre main-d’œuvre ? L’Allemagne dispose d’une main-d’œuvre technique très productive, hautement qualifiée et hautement qualifiée. Il n’y a pas d’emplois pour cela actuellement. Ils sont en train d’être fermés.
La question est : l’Allemagne finira-t-elle par ressembler à la Lettonie, en perdant sa population ? Cette main-d’œuvre recherche certains pays qui ont besoin de machinistes qualifiés, de designers industriels qualifiés, d’ouvriers industriels qualifiés. Eh bien, tout cela se passe en Asie. Cela ne se produit pas aux États-Unis. Cela ne se produit pas en Europe.
La question est donc de savoir jusqu’à quel moment le gouvernement européen agira-t-il dans l’intérêt de sa population ? Eh bien, vous voyez déjà la population européenne rejeter le gouvernement européen, parce que le gouvernement européen s’avère être l’OTAN. Il s’avère que cela n’agit pas dans l’intérêt de l’Allemagne, de la France ou d’autres pays européens, mais dans l’intérêt de l’OTAN, qui est essentiellement contrôlée par une branche du Département d’État.
Et la question est : comment apporter la démocratie en Europe ? Cela n’a pas vraiment été démocratique au sens de l’ingérence des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale. Depuis 80 ans, les États-Unis financent la droite politique. Vous avez tous vu l’histoire de l’opération terroriste Gladio en Italie, organisée par les États-Unis pour s’opposer au Premier ministre de gauche Moro, qui s’est terminée par l’assassinat de Moro par une façade de la CIA. Les États-Unis ont déclaré qu’ils traiteraient l’Europe occidentale de la même manière qu’ils traitaient le Chili sous Allende. Si l’Europe vote pour quelqu’un comme Allende, nous allons mettre en place un Pinochet européen et un homme comme Macron, qui est complètement anti-travailliste et ne représente pas sa circonscription, ou des dirigeants comme Angelina Baerbock, la leader des Verts en Allemagne, pro -le chef militaire Olaf Scholz, le leader chrétien-démocrate. Ils vont nommer des dirigeants qui reflètent la doctrine néolibérale américaine.
Et le vrai combat est le suivant : allez-vous, d’une manière ou d’une autre, faire en sorte que toute l’Europe continentale soit chérie, reaganisée et financiarisée pour privatiser ses infrastructures publiques à l’instar de ce qui s’est produit en Angleterre, aux États-Unis et au Chili sous Pinochet ? C’est la grande question.
Eh bien, que peut faire la population européenne lorsque le système politique lui permet, fondamentalement, de voter uniquement pour les trois principaux partis, et non pour une véritable alternative qui tente de dire : eh bien, pourquoi ne rejoignons-nous pas la majorité mondiale et ne sommes-nous pas dans un système économique de gain mutuel, de commerce mutuel, d’investissement mutuel ? C’est la question. Votre question est : est-ce que cela peut réussir ? Elle peut réussir tant que les États-Unis peuvent empêcher la démocratie en Europe en faisant de l’OTAN le bras politique de l’Europe au lieu d’une politique démocratiquement élue représentant les intérêts des électeurs.
ANIA : Merci, professeur. Alors, quelle issue pour les citoyens ? Pensez-vous qu’il s’agit d’un soulèvement des citoyens ? Comment? Parce que je vois ça. Je crois que de nombreux pays finiront par se retirer du système de l’Union européenne. Vous savez, en Pologne maintenant, ils viennent de signer cet accord parce qu’ils y étaient opposés au début. Nous avons désormais un nouveau gouvernement qui est vraiment dans le même esprit… Une longue histoire. Quoi qu’il en soit, nous devrons accueillir les migrants, car si nous ne le faisons pas, j’ai oublié le montant exact, le montant de la pénalité que le pays devra payer. Est-ce quotidien, je crois ? 50 000 euros par jour, je crois ? Quelque chose de cette nature. Comment voyez-vous cette fin ? Parce que si ceux-là, et nous connaissons ces dirigeants, les soi-disant dirigeants, sont déjà affectés à certains postes, ils sont la plupart du temps préparés pour occuper ces postes. Il y a une certaine idéologie qui doit être mise en œuvre. Comment ces pays, comment ces citoyens en sortent-ils finalement ?
MICHAEL HUDSON : Je ne pense pas qu’ils vont s’en sortir. Je pense que l’Europe sera certainement un continent perdu pour la prochaine décennie. Cela va prendre beaucoup de temps. Je ne pense pas que l’Europe puisse se sauver, car elle n’a fait aucune tentative pour se sauver. Les dirigeants européens estiment qu’ils doivent dépendre du soutien personnel des États-Unis, mais aussi de leur fortune personnelle, voire de leur liberté personnelle. Je ne pense donc pas que l’Europe puisse se sauver.
Je pense qu’à long terme, le reste du 21e siècle, ils sont en voie de salut, mais cela ne viendra pas d’Europe. Elle viendra de la Chine, de la Russie, des BRICS Plus et de l’Eurasie, ainsi que des pays du Sud, poursuivant un programme économique et politique totalement différent. Le monde va se diviser en deux parties, et nous en avons discuté, je pense, lors de notre dernière émission. Vous aurez l’économie néolibérale, financiarisée, privatisée, de l’OTAN, européenne et américaine. D’une part, ce que Joseph Borrell appelle le jardin fleuri, c’est-à-dire en réalité, les fleurs sont toutes fanées, mais les fleurs ont été cueillies. Ce n’est plus vraiment un jardin en pleine croissance. Ils ont été cueillis et gisent par terre.
ANIA : Fleurs vénéneuses.
MICHAEL HUDSON : C’est vrai. Et d’un autre côté, vous avez la jungle. C’est la jungle qui grandit. C’est ce que fait une jungle. Ça grandit. La jungle sera donc l’Asie, l’Asie de l’Est, l’Asie du Sud et ses liens avec l’Afrique et le Brésil. Et la question imprévisible est, bien sûr, de savoir qui va contrôler le Proche-Orient. Aujourd’hui, l’alternative au modèle néolibéral américain est un modèle d’économies mixtes. Je vois la Chine et la Russie suivre à peu près le même modèle que celui que suivait le monde entier avant la Première Guerre mondiale.
Au début du XXe siècle, il y avait le capitalisme industriel américain. Il y avait le capitalisme industriel allemand, le tout avec un secteur public très actif. Les deux pays comptaient sur les investissements publics dans les routes, les chemins de fer, les canaux, les systèmes scolaires et les systèmes de santé, pour minimiser le coût de la vie, minimiser le coût des affaires et empêcher le développement de monopoles qui rapporteraient de l’argent sans vraiment produire quoi que ce soit.
Tout cela a pris fin avec la Première Guerre mondiale. La lutte contre l’Union soviétique est devenue une lutte globale non seulement contre le socialisme, mais aussi contre l’idée même du capitalisme industriel selon laquelle les infrastructures publiques sont le principal moteur des économies. Eh bien, à l’heure actuelle, vous avez vu la Chine prendre les devants dans un pays qui utilise son excédent économique non pas pour créer de la richesse financière, mais pour créer de véritables moyens de production tangibles. Les chemins de fer, les trains à grande vitesse, les routes sur lesquelles circuler, la production automobile, la production industrielle. Et vous avez une économie mixte, dans laquelle l’argent lui-même est avant tout traité comme un service public, afin que le gouvernement puisse décider : pourquoi allons-nous créer de l’argent ? Nous allons créer de l’argent pour financer les investissements en capital corporel et l’emploi dans les biens et services réels. Construire des maisons, construire des immeubles de bureaux, construire des infrastructures, construire des ports, des navires, des trains et des chemins de fer. C’est pour cela qu’ils créent de l’argent.
Aux États-Unis, la Réserve fédérale et en Europe avec ses banques centrales créent de l’argent essentiellement pour les intérêts financiers afin d’acheter des entreprises industrielles et des infrastructures existantes et de les fermer. Le modèle pour l’Europe occidentale est celui de Thames Water en Angleterre, une société qui a été privatisée et, au lieu de fournir de l’eau potable et de stopper la pollution du système d’égouts, elle utilise simplement l’argent qu’elle obtient pour verser des dividendes aux investisseurs sans investir, et finit par polluer l’eau et perdre beaucoup d’eau à cause des fuites, ce qui constitue simplement le désastre que vous voyez en Angleterre. Des histoires similaires pourraient être racontées aux États-Unis.
Regardons dans 10 ans, plus probablement 20 ans dans le futur. Que va-t-il se passer lorsque l’Europe occidentale et les États-Unis verront comment la Chine, la Russie, l’Iran et le reste des 10 pays BRICS améliorent leur niveau de vie et augmentent leur productivité ? Ils seront à l’Ouest ce que l’Amérique fut à l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, la situation est inversée. Désormais, ce sont les États-Unis et l’Europe qui se tourneront vers la Russie et la Chine pour déterminer comment les imiter ? Comment obtenir des produits de luxe russes et chinois ? Au lieu d’acheter des jeans, des jeans américains et des cigarettes comme ils le faisaient après la Seconde Guerre mondiale, ils voudront acheter des produits chinois, russes, asiatiques et, je l’espère, du Proche-Orient également.
Évidemment, à un moment donné, non seulement la population mais aussi les intérêts économiques diront : eh bien, si nous voulons gagner de l’argent, nous allons devoir rejoindre cet ordre économique en expansion au lieu de rester dans l’ordre économique en déclin que nous connaissons. voir aux États-Unis et en Europe. Normalement, on pourrait penser que les pays agiraient toujours dans l’intérêt de leurs principales classes d’affaires, mais cela ne s’est pas produit en Europe. Cela ne s’est pas produit aux États-Unis, et cela se produit en Asie en raison de la manière dont les gouvernements créent un marché permettant aux entreprises de réaliser des profits en développant l’économie plutôt qu’en la fermant et en la gentrifiant.
ANIA : Wow, vous m’avez donc littéralement amené à la question que j’avais pour vous : l’Europe occidentale se réunira-t-elle un jour avec la Russie dans le commerce ? Et vous y répondiez déjà, mais j’aimerais savoir à quel moment, à votre avis, cela va arriver ?
MICHAEL HUDSON : C’est impossible à dire car les États-Unis font tout ce qu’ils peuvent pour lutter contre ce phénomène. Et les États-Unis ne peuvent pas rivaliser économiquement avec l’Europe et l’Asie. Il ne peut pas fournir un modèle économique ou un système économique qui fonctionne mieux.
Ce qu’il a, c’est le pouvoir de détruire. Non pas le pouvoir de commercer, mais le pouvoir de détruire. Il peut monter des révolutions de couleur. Vous avez assisté la semaine dernière à une tentative de révolution de couleur en Serbie. Et on assiste à de plus en plus de tentatives de révolutions de couleur au Kazakhstan parce que cela produit du pétrole. Le Kazakhstan a donc la malédiction du pétrole, tout comme le Proche-Orient a la malédiction d’attirer les attaques militaires américaines. La politique américaine n’est pas une rivalité économique. Il s’agit d’un changement de régime, de révolutions de couleur et, en fin de compte, du genre de guerre que l’on voit actuellement en Méditerranée et en mer Rouge. Les États-Unis disposent de 800 bases militaires dans le monde, et elles ont été mises en place justement pour une telle occasion. C’est le moment où les États-Unis disent enfin : utilisons toutes les armes dont nous disposons, car nous n’en avons presque plus. Nous n’avons plus de chars. Nous sommes à court de munitions. Nous n’avons plus de balles. Nous n’avons plus de missiles. C’est notre dernière chance de nous battre, car si nous pouvons contrôler l’Iran et le pétrole du Proche-Orient, nous pouvons affamer d’autres pays et les amener à dépendre du contrôle américain de l’énergie, et à condition qu’ils ne rejoignent pas les 10 BRICS, qu’ils le fassent. les États-Unis au lieu de la Chine et de la Russie, qu’ils rompent leurs relations avec l’Est et s’enferment dans la même dépendance à l’égard de la diplomatie américaine dans laquelle l’Europe s’est enfermée.
L’Europe est donc une sorte de répétition générale. Ce qui est arrivé à l’Allemagne est une répétition générale de ce que les États-Unis tentent de faire à d’autres pays. Et bien sûr, le modèle américain est ce qui est arrivé à la Russie sous le président Eltsine, qui était l’instrument des néolibéraux dans les années 1990. Privatisez toutes ces infrastructures que les pays socialistes ont mises en place. Si vous pouvez le privatiser et le vendre, vous pouvez alors remplacer les infrastructures à bas prix par des monopoles naturels facturant des prix très élevés. Et si les Américains sont autorisés à créer de l’argent en dollars sur leurs ordinateurs, à racheter ces entreprises et à les transformer en monopoles, alors l’Amérique pourra d’une manière ou d’une autre vivre des rentes de monopole qu’elle extrait des pays BRICS et utiliser ces rentes pour payer les produits manufacturés. et les biens produits par le travail que ces pays sont censés fournir aux économies des États-Unis et de l’OTAN constituent une sorte de guerre de classes qui est remise dans les affaires de l’économie rentière à l’Ouest et de l’économie du travail, des économies socialistes à l’Est.
La question sera de savoir si les BRICS en Afrique, au Brésil et dans d’autres pays d’Amérique du Sud seront prêts à se soumettre au colonialisme financier et au colonialisme militaire de la même manière que le colonialisme militaire européen des XVIIIe et XIXe siècles s’est produit ? Il s’agit en réalité du même combat, mais sur un échiquier différent, un échiquier financier, diplomatique et secret au lieu d’un conflit militaire ouvert.
ANIA : Merci, professeur. Voici une question du spectateur et j’aimerais vous poser cette question. Dr Hudson, je suis relativement jeune, avec peu d’ambition et d’intelligence. Dois-je rester aux États-Unis ou sinon, où dois-je déménager ? Très appréciée. Pourriez-vous répondre à cela, s’il vous plaît ?
MICHAEL HUDSON : Cela dépend de la manière dont vous souhaitez orienter votre ambition. Qu’est-ce que tu veux faire ? Voulez-vous simplement gagner de l’argent ? Voulez-vous survivre ? Voulez-vous être créatif? Y a-t-il un talent qui vous intéresse ? Les gens sont les meilleurs dans ce qui les intéresse naturellement et ils y donnent suite, qu’ils soient musiciens, danseurs, industriels, inventeurs, auteurs, analystes. Chacun a ses propres talents et quels que soient vos talents, vous décidez, dans quel domaine je veux aller ? Et puis vous dites, eh bien, d’accord, si c’est ce que je veux faire, ce domaine, où et dans quelle partie du monde ce domaine est-il le plus prometteur ?
Eh bien, il est très probable que les Américains posent des questions comme celle-là. Et tout comme les Européens ont posé cette question il y a 200 ans et ont décidé que s’ils veulent être innovants et gagner de l’argent, ils quitteront l’Europe et s’installeront aux États-Unis. Eh bien, beaucoup d’Américains vont penser : eh bien, si nous voulons être innovants, nous ferions mieux de nous tourner vers la Chine, la Russie, l’Iran et l’un des pays BRICS qui suivent la croissance économique.
Parce que peu importe ce que vous voulez faire, qu’il s’agisse d’art, d’industrie ou même de finance, vous réussirez mieux dans une économie en croissance que dans une économie en déclin. Vous allez donc examiner où sera centrée la croissance économique mondiale. Vous pouvez considérer l’économie américaine comme une économie en faillite. Et les États-Unis sont un État en faillite. Et vous pouvez considérer l’Europe comme un État en faillite parce qu’elle s’est laissée diriger par des planificateurs néolibéraux américains qui traitent l’Europe de la même manière qu’ils ont traité la Russie dans les années 1990. Donc, partout où vous voyez se produire la croissance de ce qui vous intéresse, c’est là que vous voulez aller. Et vous pourriez très bien assister à un renversement du mouvement d’immigration mondial vers le nouveau monde. Et maintenant, ils se dirigent vers le nouveau Nouveau Monde, qui est l’Asie de l’Est et la Russie, le nord.
ANIA : Merci beaucoup d’avoir répondu à cette question. Je voudrais maintenant vous poser une question sur les Nations Unies. Quel est désormais le but de l’existence de l’ONU ?
MICHAEL HUDSON : Le but est de servir la politique étrangère des États-Unis. Cela a été intégré au sein des Nations Unies au début en donnant aux États-Unis un droit de veto. Le but des Nations Unies n’est pas de prendre des mesures ni de soutenir une politique à laquelle les États-Unis opposent leur veto au Conseil de sécurité.
Eh bien, cela signifie que les Nations Unies sont une institution en faillite. C’est un État défaillant. Je me souviens de l’époque où elle a été créée en 1945 et où l’on parlait uniquement des procès de Nuremberg et que le but des Nations Unies était apparemment de prévenir la guerre et de créer une alliance de pays pour agir contre tout pays qui était nazi, c’est-à-dire le nazisme ethnique. , supériorité ethnique ou guerre.
Eh bien, à partir de 1950, les Nations Unies sont devenues le premier déclarant officiel d’une guerre, à savoir la guerre de Corée. La Russie n’a pas utilisé son veto pour cela parce que Staline voulait voir la guerre en Asie de l’Est, craignant que les États-Unis combattent la Russie à l’ouest depuis l’Europe. Staline était paranoïaque à l’idée d’une nouvelle invasion de la Russie par l’Allemagne et des vieux pays nazis sous l’égide de l’OTAN américaine qui se dirigeaient contre eux-mêmes. La Russie a donc laissé les Nations Unies poursuivre la guerre en Corée, et Staline a en quelque sorte intimidé Mao pour qu’il accepte de soutenir les Nord-Coréens dans ce domaine.
Eh bien, l’idée selon laquelle les Nations Unies ont un rôle à jouer a pris fin il y a deux mois, en octobre de cette année. Si les Nations Unies ne peuvent pas empêcher les attaques ethniques non seulement en Ukraine, mais aussi en Israël, la tentative de génocide de l’ensemble de la population de Gaza, comme l’a expliqué le président Netanyahu, l’objectif est d’avoir un Israël pour les Israéliens sans Palestiniens.
Ici, vous avez tout un pays qui est en contradiction avec le but apparent des Nations Unies et qui enfreint toutes les règles de guerre qui étaient censées être les règles des Nations Unies. Ce qui manque aux Nations Unies, c’est une tentative d’imposer des sanctions aux pays qui violent la Charte des Nations Unies. Vous avez vu le chef des Nations Unies, Gutierrez, à juste titre, dénoncer Israël pour le génocide et dénoncer ce qui se passe comme un génocide. Il a refusé de le faire contre l’Ukraine, mais c’était la même politique. Et le Pape fait la même chose, dénonçant le génocide qui est en train de se produire.
Mais Staline a dit à Churchill lors des réunions de Yalta en 1944-45 : combien de divisions le Pape a-t-il ? Et Churchill a dit à Staline, eh bien, vous savez, vous voulez vraiment le… Il y a beaucoup de pays catholiques, vous voulez l’Église de votre côté. Staline a dit : « Sans armée, que peut faire l’Église ? Eh bien, vous pouvez dire, sans armée, que peuvent faire les Nations Unies ? Sans la capacité d’imposer des sanctions économiques et politiques aux États-Unis et à Israël, nous parlons ici d’un partenariat. Il ne s’agit pas seulement d’Israël. Ce sont les États-Unis et Israël en tandem. Ce sont les États-Unis qui fournissent toutes les bombes, tous les armements, tout l’argent pour soutenir Israël. Israël ressemble vraiment beaucoup à l’Ukraine dans sa dépendance à l’égard des États-Unis et aussi dans la corruption de ses dirigeants, la corruption politique personnelle, c’est pourquoi Netanyahu serait envoyé en prison dès la fin de la guerre parce qu’il était déjà accusé de autant de criminels que Zelensky en Ukraine. Vous pouvez considérer Netanyahu comme le Zelensky d’Israël.
Eh bien, si les Nations Unies sont impuissantes à faire quelque chose ici, alors ce dont vous avez besoin, c’est d’une organisation internationale entièrement nouvelle, indépendante des Nations Unies. Il faut encore, officiellement, je suppose que les Russes et les Chinois doivent laisser quelqu’un dans une chambre d’hôtel à New York juste pour s’assurer qu’ils peuvent opposer leur veto à toute tentative de déclencher une nouvelle guerre de Corée contre l’ennemi du moment de l’Amérique. Mais vous avez besoin d’une nouvelle institution habilitée à engager réellement ses membres à imposer des sanctions militaires, économiques et politiques aux pays qui violent les règles juridiques fondamentales de la guerre et qui violent toutes les lois de Nuremberg qui ont vu le jour. Si vous n’y parvenez pas, alors les Nations Unies n’auront aucune fonction et vous pourriez tout aussi bien les dissoudre. Il est évident que même si vous essayez de réformer les Nations Unies, et je ne crois pas qu’elles puissent l’être, elles ne pourront pas continuer d’exister aux États-Unis.
Le plateau du Golan serait un endroit idéal pour cela. S’il ne peut pas résoudre le problème du plateau du Golan, à quoi sert-il d’exister ? Ou cela pourrait être à Odessa. Ce serait un bel endroit pour les Nations Unies. Si cela ne peut pas résoudre le problème, à quoi ça sert ?
Cela ne sert à rien étant donné le droit de veto américain, tout comme l’Amérique a insisté sur le droit de veto au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et à toute organisation internationale à laquelle elle adhère. S’il n’avait pas de droit de veto ni le pouvoir d’empêcher une organisation de poursuivre une politique avec laquelle les États-Unis ne sont pas d’accord, alors il n’y adhérerait pas. La Cour pénale internationale, l’Organisation du commerce international, vous pouvez aller jusqu’au bout.
ANIA : Merci, professeur. Même si je vous ai dit avant de commencer la diffusion en direct que nous durerions environ 30 à 40 minutes, j’ai encore deux questions, si cela vous convient.
MICHAEL HUDSON : Bien sûr.
ANIA : Merci. Je veux maintenant vous demander, pour l’année 2024, quel sera, selon vous, le plus grand changement du point de vue monétaire et financier ? À quoi peut-on s’attendre ?
MICHAEL HUDSON : Eh bien, vous essayez de donner à d’autres pays une alternative à la détention de leurs réserves monétaires internationales en dehors du dollar. Les BRICS vont créer une sorte de monnaie spéciale et une sorte de banque BRICS. Cet argent ne sera pas des dollars ni des euros. Ce ne sera pas une monnaie que vous pourrez échanger ou acheter, comme la livre sterling, le dollar ou l’euro. Ce sera un moyen pour les banques centrales de détenir des créances mutuelles.
Pour avoir un système monétaire, il faut un système fiscal différent, car l’argent et les impôts vont de pair. Ce qui donne à l’argent sa valeur, c’est la capacité de cet argent [à être utilisé pour payer] des impôts. Vous allez devoir avoir un synchronisme des membres des BRICS, de la politique monétaire et fiscale, et vous devrez également avoir leur propre alternative au Fonds monétaire international, car le rôle du Fonds monétaire international est de promouvoir l’austérité dans d’autres pays. pays et forcer d’autres pays à payer leurs dettes en dollars.
Le grand choc financier sera l’arrêt du paiement de leurs dettes en dollars par les pays BRICS et les pays du Sud. Ils vont se rendre compte qu’il y a une guerre et que dans une guerre, on ne paie pas de dettes au pays qui nous attaque. S’il s’agit d’une guerre coloniale de libération ou d’une guerre postcoloniale de libération financière du péonage de dettes, de la colonisation de la dette et de la dépendance à la dette, alors vous aurez essentiellement une table rase effaçant les dettes envers le Fonds monétaire international et le dollar en général. des dettes qui ont toutes été imposées sous la direction du FMI et sous la direction des États-Unis comme un phénomène purement exploiteur.
Ces pays diront que ce sont des dettes irrécouvrables. Lorsqu’une banque contracte une créance irrécouvrable, elle perd de l’argent. Je crains que la banque américaine doive absorber la perte. Ils n’auraient jamais dû accorder des prêts à des pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie qu’ils ne pouvaient pas rembourser.
Depuis que les États-Unis ont conseillé, encore une fois hier, le 28 décembre, à l’Europe de s’emparer de tout l’argent étranger de la Russie, il s’agit en réalité d’un avertissement adressé à l’Arabie Saoudite. Cela dit à l’Arabie Saoudite : voulez-vous vraiment vous joindre aux autres pays musulmans avec tout l’argent que vous avez économisé depuis 1974, depuis la crise pétrolière ? Tout cet argent, nous vous l’avons dit, ce serait un acte de guerre si vous ne déteniez pas cet argent aux États-Unis. Eh bien, maintenant nous avons votre argent et nous allons tout récupérer tout comme nous avons saisi l’argent de la Russie, tout comme nous avons saisi l’argent du Venezuela, tout comme nous avons saisi l’argent de l’Iran, à moins que vous n’agissiez comme un bras des États-Unis. L’Arabie Saoudite va donc devoir travailler avec les pays BRICS pour déplacer ses dollars aussi rapidement que possible des États-Unis et de l’Europe vers un refuge sûr. Le sort des réserves monétaires des pays pétroliers sera la crise monétaire clé de 2024. Parviendront-ils à se libérer de la grabitisation des États-Unis ?
ANIA : Merci beaucoup pour cela. Je veux vous demander maintenant, en regardant en arrière dans l’histoire, comme il y a un dicton selon lequel l’histoire se répète, si vous regardez la réalité actuelle dans laquelle nous vivons, à quelle époque de l’histoire la compareriez-vous ? Et pensez-vous que le résultat sera le même ?
MICHAEL HUDSON : Je ne vois aucune comparaison réelle qui serait une répétition aujourd’hui. Je ne peux penser à aucun autre conflit entre une économie florissante et un système économique mort en dehors de l’épanouissement de l’économie politique classique au XIXe siècle. Des physiocrates français à Adam Smith, John Stuart Mill, en passant par Marx et les socialistes, ils ont mené le même combat. Comment allaient-ils libérer leurs économies d’un héritage parasitaire et inutile du féodalisme, à savoir la classe des propriétaires fonciers qui surchargeait l’ensemble de l’économie de rentes foncières ? Comment se débarrasser des propriétaires ? En taxant le loyer. Comment se débarrasser des monopoles ? Essentiellement, en les faisant entrer dans le domaine public et en socialisant les besoins fondamentaux. Et comment se débarrasser du pire monopole, le monopole financier de la création de crédit, en faisant de l’argent un service public ?
C’est le combat que l’Amérique et l’Allemagne ont mené avec tant de succès de la fin du 19ème siècle jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Et c’est le même combat qui se déroule aujourd’hui, sauf qu’au lieu de lutter contre le féodalisme pour créer un capitalisme industriel qui évolue vers le socialisme. , nous menons une lutte géopolitique entre l’Eurasie, la Russie, la Chine et le Sud global pour être indépendants du néo-féodalisme de l’économie néolibérale pratiqué par les États-Unis et l’OTAN.
ANIA : Alors, vous ne pensez pas que nous allons nous retrouver dans une guerre mondiale ?
MICHAEL HUDSON : Les États-Unis menacent de le faire. C’est le seul pouvoir dont il dispose. Il peut dire que si nous ne pouvons pas contrôler le monde, il ne vaut pas la peine de survivre. C’est l’attitude des États-Unis. Comme l’a dit le président russe Poutine, si l’Amérique détruit la Russie dans une guerre atomique, qui veut vivre dans un monde sans Russie ? Certainement pas les Russes qui ont été détruits.
Donc oui, il y a un risque de guerre et il n’a jamais été aussi élevé. Ce sont les États-Unis qui tentent de provoquer la guerre parce qu’ils disposent de 800 bases militaires. Aucun autre pays au monde, aucune autre région du monde n’a le genre de bases militaires ou la mentalité de guerre qui pousse à vouloir faire la guerre, à vouloir une guerre atomique, comme le font les dirigeants des États-Unis.
C’est ce qui devrait choquer les pays BRICS Plus et les pays du Proche-Orient, les faire comprendre que les États-Unis les menacent non seulement de parasitisme économique, mais aussi de destruction atomique et militaire. C’est là le véritable objectif de la guerre en Israël, à Gaza et au Liban. Il s’agit des États-Unis qui envahissent le Proche-Orient jusqu’à l’Iran et prennent le contrôle de tout le pétrole ou, dans le pire des cas, le détruisent tout simplement, bombardant simplement l’Arabie Saoudite, laissant ainsi le monde entièrement dépendant du pétrole provenant d’approvisionnements contrôlés par l’Iran. États-Unis.
Alors oui, comme le disait Rosa Luxemburg il y a un siècle, le choix est entre la barbarie et le socialisme. Et la barbarie, c’est l’OTAN américaine aujourd’hui. Le socialisme est l’espoir de ce que les BRICS 10 peuvent devenir.
ANIA : Professeur Hudson, merci beaucoup d’être venu avec moi aujourd’hui. Je suis vraiment, vraiment reconnaissant pour votre temps, honneur pour votre temps. Et je veux vous demander, que pouvons-nous vous souhaiter pour 2024 ? Quel serait votre souhait pour 2024 ?
MICHAEL HUDSON : Que les gens comprennent ce qu’est la vraie guerre et qu’il s’agit du genre de monde que nous aurons et de la direction réelle que prend la civilisation. C’est vraiment une guerre de civilisation. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit militaire. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit ethnique. Il ne s’agit pas seulement de rivalité financière. Il s’agit vraiment de choisir la direction que prend la civilisation.
Et c’est pourquoi j’ai écrit mon livre, Le Destin de la Civilisation, pour expliquer en quoi consiste ce combat.
ANIA : Merci beaucoup. Et ce livre et bien d’autres livres, vous les trouverez sous la diffusion en direct. Il y a déjà le lien ci-joint. Et le site Internet du professeur Hudson, également son Patreon, où vous pouvez soutenir son travail. Merci beaucoup d’être venus nous rejoindre aujourd’hui, à tous. Merci pour vos commentaires. Merci pour vos likes. Merci d’avoir partagé cette vidéo. Je vous apprécie beaucoup. Et merci, professeur Hudson. J’espère jusqu’à la prochaine fois, l’année prochaine.
MICHAEL HUDSON : Eh bien, merci beaucoup, Ania.
Photo de Philip Oroni sur Unsplash
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Mohamed Taleb-Israël : Avant-poste de la barbarie occidentale

Israël : Avant-poste de la barbarie occidentale par Mohamed Taleb

En 1896, le père fondateur du sionisme politique, Théodore Herzl1, dans son livre «l’Etat juif » (premier chapitre), s’exprimait en ces termes à propos de la Palestine:
« … La Palestine est notre inoubliable patrie historique. Ce nom seul serait un cri de ralliement puissamment empoignant pour notre peuple. Si Sa Majesté le Sultan nous donnait la Palestine, nous pourrions nous faire forts de régler complètement les finances de la Turquie. Pour l’Europe, nous constituerions là-bas un morceau du rempart contre l’Asie, nous serions la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie.
Nous demeurerions, comme État neutre, en rapports constants avec toute l’Europe, qui devrait garantir notre existence. En ce qui concerne les Saints Lieux de la chrétienté, on pourrait trouver une forme d’exterritorialité en harmonie avec le droit international. Nous formerions la garde d’honneur autour des Saints Lieux et garantirions de notre existence l’accomplissement de ce devoir. Cette garde d’honneur serait pour nous le grand symbole de la solution de la question juive, après dix-huit siècles de cruelles souffrances… ».
En 1897, sous son impulsion , se tient à Bâle (Suisse) le Premier Congrès sioniste mondial (avec plus de deux cent participants) à l’issue duquel est fondée l’Organisation Sioniste mondiale et le projet de fondation d’un État juif en Palestine, bien que controversé par le sioniste Ahad Ha’am2. L’objectif herzlien se veut ainsi conforme aux lignes directrices fixées lors de la Conférence de Berlin de 1884/85 : le partage de l’Afrique entre les puissances coloniales et l’apport civilisationnel de l’entreprise coloniale aux populations considérées comme barbares et qui, au besoin, pouvaient ou devaient être exterminées.
L’illustre écrivain Victor Hugo, «proche» des classes démunies en France, déclarait en 1879 :
« …Que serait l’Afrique sans les blancs ? Rien ; un bloc de sable ; la nuit ; la paralysie ; des paysages lunaires. L’Afrique n’existe que parce que l’homme blanc l’a touchée…Cette Afrique farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie ; déserte, c’est la sauvagerie…
Au dix-neuvième siècle, le Blanc a fait du Noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde… ».
Nous sommes au XXI siècle et nous avons le résultat du colonialisme européen en Afrique sous nos yeux : un néocolonialisme abject et la civilisation promise n’est que barbarie.
L’idéologie sioniste politique, sa phase de gestation accomplie, fait sienne la vision coloniale européenne de cette fin de XIX siècle. Son projet se base sur la négation et la destruction d’une histoire palestinienne ainsi que d’un socle civilisationnel, culturel, social et religieux millénaires.
Théodore Herzl s’adresse aussi bien au Sultan ottoman, Abdelhamid II, qu’à l’Empereur allemand, Guillaume II, pour trouver un appui au projet d’installation de l’État juif en Palestine. Devant une fin de non-recevoir de la part des deux souverains, il s’adresse aux Impérialistes britanniques lesquels ont des objectifs bien définis pour tout le Moyen-Orient, dans le cadre d’une politique collusive(3) avec le « rival » français, après l’effondrement de l’empire ottoman. Les pogromes en Russie tzariste, après l’assassinat du Tzar Alexandre II, vont bouleverser la situation des Palestiniens. Les premières Aliyas, à partir de 1881, financées par le clan des Rothschild, vont déverser en Palestine des milliers de Juifs, victimes de discrimination, d’antijudaïsme et d’antisémitisme européens pendant plusieurs siècles (nous remarquons qu’après la Reconquista de 1492, les Juifs expulsés de la péninsule ibérique ont trouvé refuge en terre d’Islam). Cette émigration connait un arrêt avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914. Elle reprendra dès la fin du conflit mondial (Traité de l’Armistice de Compiègne en novembre 1918), avant même que le Traité de Versailles ne soit ratifié en juin 1919, un traité qui portait en soi les germes de la Seconde Guerre mondiale.
L’empire britannique, au mépris du droit international existant de l’époque, prendra en charge le projet de colonisation de la Palestine par les sionistes. Ce projet infâme nous est présenté le 2 novembre 1917, sous une version édulcorée, dans la fameuse Déclaration Lord Arthur Balfour(4) (sympathisant du sionisme chrétien), celle de la promesse de création d’un Foyer national juif en Palestine faite au Baron Lionel Rothschild, membre de la fédération sioniste en Grande Bretagne. Cette dernière s’arroge le droit d’octroyer un territoire, qui ne lui appartient pas et sous tutelle ottomane, à une organisation sioniste dotée d’un projet de colonisation.
La Conférence de San Remo(5), en avril 1920 et à laquelle participent la Grande Bretagne, la France, l’Italie, les USA, la Belgique, la Grèce et le Japon, sera l’instance officielle pour l’introduction du concept de mandat : un concept nouveau, élaboré ad hoc par les officines impérialistes et suprémacistes et qui consiste en la prise en charge des populations du Moyen- Orient, considérées à l’état infantile et jugées inaptes à la gestion de leurs propres affaires.
Les puissances occidentales présentes à la conférence, avalisent, concomitamment à l’institution de mandats, le projet sioniste.
L’omission volontaire des promesses de création d’un Royaume (6) arabe et le non-respect de la Charte de la Société des Nations (Article 22), nouvellement créée pour assurer entre autres et selon les principes wilsoniens, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Aussi bien la Déclaration Balfour que le mandat britannique en Palestine sont juridiquement invalides.
La Société des Nations n’avait aucune compétence pour entériner la création d’un État juif en Palestine et se discréditait elle-même par le non-respect des principes wilsoniens

Voir lien :
L’empire britannique, en tant que commanditaire et sponsor principal du projet sioniste d’implantation d’un État juif en Palestine, participe directement à la volonté de liquidation de l’histoire des Palestiniens (toutes ethnies et religions confondues) de la part des sionistes.
Le slogan « une terre sans peuple pour un peuple sans terre» représente symboliquement un génocide. Et si jamais ils auraient existé, les Palestiniens seraient d’une race inférieure sans valeur humaine, des êtres irrationnels et fanatiques aux yeux des sionistes.
Une série d’institutions et d’organisations sionistes (partis, milices, syndicats, banques, Agence juive pour les Aliyas (émigrations juives), Fonds national juif pour l’acquisition des terres (KKL)
apparaissent dans la première décennie du mandat et vont contribuer, moyennant le soutien et la bienveillance britanniques ainsi que l’apport considérable de l’Organisation sioniste mondiale, à la formation d’une structure étatique sioniste qui sera dotée d’une armée, la Haganah, au finir des années Trente.
La puissance mandataire britannique assure certainement le respect des droits civils et religieux aux Palestiniens, mais leur nie tous les droits politiques bien qu’ils soient représentés au sein des administrations locales. Parallèlement, ils installent en 1924 au pouvoir le clan des Ibn Saoud en Arabie au détriment des descendants hachémites du Prophète, permettant ainsi d’une part, à l’idéologie wahhabite de s’épanouir et d’autre part à la naissance de la mouvance islamiste avec l’organisation des Frères musulmans en Egypte, fondée en 1929 par Hassan El Banna, ainsi que d’endiguer toute velléité nationaliste. En Palestine, ils nomment l’imam Hadj Amin el Husseini Grand Mufti de Jérusalem tout en créant une rivalité entre les familles notables, les Husseini et les Nashashibi, selon la devise « diviser pour régner ».
Les Palestiniens refusent les deux colonialismes, le britannique et le sioniste. Les nouveaux Juifs, essentiellement des européens ashkénazes, un corpus ayant, soi-disant vécu auparavant sous des conditions discriminatoires, ont révélé leur véritable nature, soit vider le plus possible la Palestine de sa population autochtone dans un climat de violence créé par les organisations terroristes sionistes (Haganah dont faisait partie le Prix Nobel de la paix Yitzhak Rabin, Irgoun et Stern).
La révolte palestinienne de 1936-1939 est réprimée aussi bien par les Britanniques que par les sionistes qui disposaient déjà d’une certaine puissance militaire. Ces derniers se sentent gênés par les Britanniques eux-mêmes qui, nonobstant leur appui aux sionistes, vont devoir déposer le mandat en 1947 auprès des Nations Unies, instance créée en 1945 à l’issue de la 2eme Guerre mondiale.
D’innommables atrocités ont été commises lors de ce conflit qui a causé des millions de victimes, dont 27 millions pour l’Union soviétique (le plus lourd tribut à la guerre).
Près de 6 millions de Juifs, auparavant victimes d’antijudaïsme et d’antisémitisme, ont été intentionnellement éliminés par la violence et la barbarie nazies.
C’est l’holocauste, solution finale nazie pour les Juifs. Mais les pays occidentaux, en premier chef les États-Unis, interviennent tardivement pour mettre fin au massacre : affaiblir l’URSS en lui faisant supporter seule la férocité et la violence destructive nazies était aussi un objectif des occidentaux, la guerre froide ayant démarré avant la fin du conflit. L’ouverture du front Ouest ne s’est faite qu’avec le débarquement des Alliés, le 6 juin 1944, alors que le sort du conflit a été décidé déjà en 1943 après la bataille de Stalingrad.
Le tribut des Soviétiques et des populations slaves en général, bien que de loin plus important que celui de la Shoa, n’a jamais été pris en considération par les puissances européennes et fut totalement ignoré. Alors que l’hostilité pathologique du Führer Hitler ne faisait aucune différence entre les Juifs et les Slaves.
Pendant que se déroulait l’enfer pour les Juifs en Europe, les mêmes Juifs ashkénazes, présents depuis relativement peu de temps en Palestine, faisaient subir aux Palestiniens les violences et humiliations subies autrefois par leurs ancêtres. Par ailleurs ni réprobation ni condamnation ont été soulevées par les pays européens après les massacres coloniaux en Algérie le 8 mai 1945, pendant que l’Europe fêtait la défaite du régime nazi.
Les pays occidentaux, courbant l’échine sous le poids accablant de leur culpabilité, s’attellent à tout entreprendre pour la création d’un État sioniste après la décision, en novembre 1947, des Nations Unies de la partition de la Palestine. Une partition qui survient après le dépôt de mandat de la part des Britanniques, ces derniers en prise avec d’énormes difficultés avec le mouvement indépendantiste en Inde. Il faut souligner que, comme pour la Société des Nations en 1919, l’Assemblée Générale des Nations Unies n’avait aucune compétence légale pour décider de la partition de la Palestine. Tout au plus, cela représentait une proposition dont la validité nécessitait l’approbation des deux parties. L’entité sioniste a été créée avec le soutien des puissances occidentales et de l’URSS (soucieuse d’avoir un pied-à-terre socialiste au Moyen-Orient).
Après avoir immédiatement accepté la décision de l’ONU au regard de la partition, les sionistes ont entamé un nettoyage ethnique, suivi de massacres de la population et de destruction de villages palestiniens (plus de 500 ont été recensés), préparés depuis longtemps (voir Plan Daleth). Le massacre de Deir Yassine est connu de tous. 800.000 Palestiniens sont expulsés.

Le savant Albert Einstein() avait mis en évidence, dans une missive adressée le 10 avril 1948 au sioniste Shepard Rifkin, directeur de l’organisation « Amis américains des combattants pour la liberté d’Israël », les responsables de la catastrophe après le massacre de Deir Yassine du 9 avril 1948:
« Cher Monsieur,
Lorsqu’ une catastrophe réelle et finale nous surprendra en Palestine, les premiers responsables seront les Britanniques et les seconds seront les organisations terroristes nées de nos rangs. Je ne veux voir personne qui soit associé à ces gens qui font fausse route et sont des criminels ». Cordialement – Albert EinsteinDans une autre lettre, cosignée avec d’autres coreligionnaires (27 personnalités dont Hannah Arendt), adressée au journal New York Times, Albert Einstein(8) dénonce les méthodes nazies du parti sioniste « Tnuat Haherut » sous Menahem Begin (futur Premier ministre) avec le texte ci- après:
« A l’éditeur du New-York Times. –
New York, 2 Déc. 1948Parmi les phénomènes politiques les plus inquiétants de notre époque, il y a dans l’état nouvellement créé d’Israël l’apparition du « Parti de la Liberté » (Tnuat Haherut), un parti politique étroitement apparenté dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son appel social aux partis Nazi et fascistes. Il a été formé par les membres et partisans de l’ancien Irgun Zvai Leumi, une organisation terroriste d’Extrême-Droite et nationaliste en Palestine…».Le soutien américain est accordé à Begin qui se trouvait en visite aux USA en cette période.
Les puissances européennes, étourdies par leur complexe de culpabilité, font la sourde oreille devant les horreurs perpétrées par l’entité sioniste nouvellement créée.
À la fin du mois d’octobre 1956, Israël est la tête de pont de l’agression impérialiste franco- britannique contre l’Egypte de Nasser. Le président égyptien décide de mettre fin à l’exploitation coloniale franco-britannique du Canal de Suez qu’il nationalise en 1956. Les sionistes, sous prétexte que leurs navires se trouveraient menacés mais aussi hostiles à toute tentative d’un pays arabe d’émerger ou de se développer, attaquent en premier l’Égypte qui est loin d’avoir les capacités militaires de ses adversaires. Français et Britanniques, évoquant de nouveau la Shoa, interviennent militairement, soi-disant pour défendre Israël. Seule l’injonction soviétique contraindra les troupes étrangères au retrait en fin décembre 1956. Le président Nasser en sortira vainqueur sur le plan politique.
Toutes les guerres successives, 1967, Sabra et Chatila au Liban en 1982, la répression de l’Intifada de 1987ont été conduites par Israël avec le consentement sinon le soutien militaire des puissances occidentales, sous le prétexte du droit israélien à se défendre. La guerre de 1973 (offensive égypto-syrienne) a eu lieu en raison du refus de l’entité sioniste de restituer les territoires occupés depuis 1967 et du rejet du Plan Rogers, plan de paix américain (saboté également par Henry Kissinger).
Les agressions de 2005, 2009, 2014, 2021 faisant des centaines sinon des milliers de victimes palestiniennes sont tolérées voire soutenues par les puissances occidentales.
Le génocide de Ghaza
La Résolution 2621(9) (XXV) du 12 octobre 1970 portant sur le Programme d’action pour l’application intégrale de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux (A/8086) stipule :
9 Déclare que la persistance du colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations représente un crime qui constitue une violation de la Charte des Nations Unies, de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux et des principes du droit international;
10 Réaffirme le droit inhérent des peuples coloniaux de lutter, par tous les moyens nécessaires dont ils peuvent disposer (en gras par l’auteur), contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance;La Résolution 3103(10) des Nations Unies du 12.12.1973 :
« La lutte des peuples soumis à la domination coloniale et étrangère et à des régimes racistes pour la réalisation de leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance est légitime et entièrement conforme aux principes du droit international ».
Ces deux résolutions des Nations Unies placent toutes les actions des Palestiniens en conformité avec le droit international et légitiment le combat des Palestiniens contre l’entité sioniste occupante et son régime d’apartheid.
Le sociologue Dr. Liess Boukra(11) (décédé en 2022), dans une étude approfondie du phénomène du terrorisme, nous en donne une définition :
« Par terrorisme, nous entendons toute forme de violence, légale ou illégale, qui vise à restreindre ou à abolir les libertés collectives et individuelles. Cette violence peut être le fait d’un Etat ou d’une organisation clandestine. À contrario, nous qualifierons de violence politique armée, toute forme de violence, qui vise à défendre, à conquérir ou à reconquérir les libertés individuelles et collectives… ».
Norman Finkelstein (12), politologue juif de parents survécus à l’Holocauste et auteur en autres de l’ouvrage « Industrie de l’Holocauste », déclarait dans une interview à TRT World: « …Ce qui s’est passé en Israël le 7 octobre était une révolte d’esclaves qui vivaient dans un camp de concentration…un camp de concentration qui est en train de devenir un camp de la mort… ».
Citant l’exemple de Nat Turner, un esclave noir américain meneur d’une révolte contre les Blancs aux États-Unis en 1831, il souligne que Nat Turner est célébré dans l’histoire américaine.
La révolte du Ghetto de Varsovie, en mai 1943 contre l’occupant nazi, également célébrée dans les pays occidentaux, est considérée comme un acte d’héroïsme. Le Hamas est déclaré organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne mais pas par les Nations Unies. La bande de Ghaza, un territoire de 365 km², avec la plus haute densité de population au monde (plus de 5.000 au km²) et où vivent 2,3 millions de personnes, a été mise sous blocus par l’entité sioniste depuis 2006 devenant une authentique prison à ciel ouvert.
En proie à un besoin de réhabilitation permanente et une quête d’absolution qui se déclinent dans la protection de l’entité sioniste, quels que soient les actes innommables qu’elle commet, les puissances occidentales, ex-coloniales ou impérialistes, offrent un soutien inconditionnel au génocide actuel à Ghaza. Un soutien qui a lieu sous plusieurs formes :
– Politique :
Tous les gouvernements européens tiennent le même discours : l’attaque terroriste du Hamas et le droit à sa défense d’Israël. Ce dernier a été attaqué par l’organisation « terroriste » du Hamas, une attaque provoquant la mort de 1.400 israéliens et une prise d’otages de 240 personnes. La réponse d’Israël est légitime. Tout éloignement de cette thèse est considéré comme un acte antisémite. Les manifestations de soutien au Palestiniens sont au début interdites. Elles sont juste tolérées par la suite et tout acte « déplacé » est jugé hostile à l’État d’Israël, un État par ailleurs sans frontières.
En Allemagne, il serait même question de faire reconnaitre aux étrangers désireux d’acquérir la nationalité allemande, en plus de répondre à d’autres critères1, celui du droit à l’existence d’Israël (l’Allemagne en fait une raison d’État).
Dans son discours de fin d’année, le président allemand, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, se montrant très affecté en raison des événements d’actualité déclarait en autres :
«…Et depuis l’automne, nous assistons avec horreur aux atrocités du Hamas et aux victimes de la guerre au Moyen-Orient… ». Après trois mois de bombardements israéliens sur Ghaza, causant la mort de plus de 22.000 personnes et de plus de 50.000 blessés, le nom d’Israël, auteur de ces crimes destructifs, n’a jamais été évoqué dans son discours.
De rares personnages politiques ont condamné le génocide, à l’instar de J.L. Mélenchon, de Dominique de Villepin, de la députée irlandaise Claire Daly, de Michèle Sibony, et d’autres encore qui réfutent la thèse selon laquelle le 7 octobre serait le début du conflit israélo-palestinien mais plutôt un problème de colonialisme et d’apartheid qui dure depuis au moins 1948.
– Militaire :
Les USA sont le principal fournisseur en armements et parrain de l’entité sioniste. Porte-avions et autres navires de guerre sont sur place. Il n’est nullement question d’un conflit asymétrique, mais d’un conflit entre deux États, Israël, État juif et démocratique (notons l’oxymore!) et l’autre fanatique-religieux (le Hamas), deux États qui «s’équivalent » militairement en raison de l’appui supposé ou réel du second par les « forces du mal » (Iran, Hezbollah…). Le rapport de force nous est illustré dans le tableau ci-dessous.

Passons outre sur le très haut niveau technologique de l’armée de terre, de l’air et de la marine sionistes qui existe depuis plus de 50 ans. Le traitement inhumain et humiliant des prisonniers palestiniens dont des enfants, est, avec une intensité décuplée, nous rappelle celui de la prison d’Abou Ghraib en Irak en 2008, signe d’une idéologie suprémaciste, une représentation basée sur une classification raciale apte à justifier un système de domination coloniale présenté sous sa forme édulcorée d’apport civilisationnel et de progrès aux populations dites «inférieures et barbares»


En bas à gauche, prison Abou Ghraib – Irak 2008
Le statut victimaire de l’entité sioniste, toujours invoqué pour justifier sa réaction brutale, ne tolère pas de concurrence victimaire, surtout celle relative à l’Holocauste qu’il est en train de discréditer par ses méfaits de son propre chef sous nos yeux.
L’exécution par l’armée israélienne de trois otages israéliens torses-nus, arborant drapeau blanc et invoquant de l’aide en hébreu, n’a pas été faite au hasard ou par inadvertance. Les otages, pris pour des Palestiniens, ont tout simplement été exécutés sans vérification aucune de leur identité, une pure manifestation du racisme sioniste envers les Palestiniens. Les « cafards » (dixit Golda Meier) ou les « animaux humains » (Yoav Gallant) n’ont pas le droit d’exister. L’armée sioniste classe l’évènement comme un incident de parcours regrettable.
– Médiatique
La hasbara occidentale déclare à l’unisson le droit à sa défense d’Israël face au terrorisme du Hamas. La presse, écrite et audio-visuelle occidentale, est la courroie de transmission des informations données par les autorités israéliennes sur les « horreurs » du Hamas (viols, bébés décapités, corps déchiquetés …) sans le minimum de vérification ou l’apport de preuves ou d’images. Ces informations mensongères ont été dénoncées par la suite dans le New York Times et le Washington Post.
Le quotidien Haaretz a porté plusieurs éclairages quant aux informations israéliennes sur l’attaque du Hamas : le nombre de victimes a été revu à la baisse, de 1400 à 1200. Plusieurs victimes ont été tuées par les soldats israéliens. La rave-party Nova1 n’était probablement pas connu du Hamas.
Le journaliste Serge July, cofondateur de « Libération » (journal gauchiste puis libéral-libertaire), dans son article « la fuite en avant de Benjamin Netanyahou (B.N.) » dans « Libération » du mardi 2 janvier 2024, écrit entre autres: « L’attentat monstrueux commis par le Hamas le 7 octobre aura tué près de 1200 personnes, fait des milliers de blessés tandis près de 140 otages resteraient détenus…Le choix de la guerre à outrance à Gaza de la part de B.N., une guerre faisant des milliers de morts dans la population palestinienne, est lui aussi stratégique…à Broocklyn, le 21 octobre, une grande manifestation pro-palestinienne a lieu pour « stopper le génocide parrainé par les États-Unis à Gaza »…La guerre de Gaza avec son caractère radical et destructeur nourrit une nouvelle vague antisémite, jusqu’à l’Afrique du Sud qui a souffert de l’Apartheid et qui dénonce le « génocide » en cours à gaza. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » comme le disait Albert Camus. ».
Tout en condamnant la politique de Netanyahou, opposée à la solution à deux États, soutenue par Biden et l’Europe, et faisant part de ses ennuis avec la justice pour corruption, fraude et abus de confiance, Serge July non seulement passe sous silence le caractère génocidaire de l’intervention sioniste a Ghaza, mais accuse les manifestants pro-palestiniens d’antisémitisme, en particulier ceux de Brooklyn durant la manifestation du 21 octobre 2023, à laquelle participaient des Juifs newyorkais. Assimilant l’antisionisme à de l’antisémitisme, il condamne en même temps la position assumée par l’Afrique du Sud de dénoncer auprès de la Cour pénale internationale, l’entité sioniste pour Génocide et pour clôturer, cite l’écrivain colonialiste et raciste Albert Camus.
Serge July, lance une critique acerbe envers Netanyahou et sa coalition au plan de la politique intérieure mais s’abstient de toute condamnation du génocide en cours.
Nous rappelons ce que dit la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1948) :
Art. II – Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel:
a) meurtre de membres du groupe;
b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Des prises de position comme celles de July sont communes au sein de la gauche européenne. Les violences que subissent les Ghazaouis sont, pour la gauche, le résultat de la terreur islamiste du Hamas et de son antisémitisme déclaré, soutenu d’autant plus par l’ « axe(15) du mal » (Iran, Hezbollah, Houthis…) « notoirement antisémites ». Soit la dissolution d’un problème d’occupation coloniale et d’apartheid, datant depuis un siècle, dans une dimension religieuse, voire civilisationnelle.
Nous rappelons le rôle essentiel de l’impérialisme britannique dans la mise en place au pouvoir en Arabie du clan des Ibn Saoud, imprégnés de Wahhabisme rigoriste, et le soutien à la création du parti des Frères musulmans de Hassan Al Banna en 1929. L’impérialisme américain, détrônant en quelque sorte l’impérialisme britannique, a poursuivi cette politique après la signature de l’accord de Quincy en 1945,qui stipulait « pétrole pour les USA contre sécurité et stabilité pour les Saoudiens », mais avec également pour objectif de contrecarrer, via l’islamisation, le nationalisme arabe syrien puis égyptien (sous le président Nasser), et pouvoir ériger un rempart anticommuniste et antisoviétique au sein du monde arabe. Les Wahhabites saoudiens vont accroitre leur influence, surtout à l’issue de l’embargo pétrolier de 1973, et la diriger plus tard vers l’Afghanistan, le Pakistan, la Malaisie etc… Les USA confortent militairement les moudjahidines afghans contre les soviétiques une décennie durant et engagent au sein d’une coalition préfabriquée, en 1990, dans la première Guerre du Golfe. Les islamistes n’acceptent pas le fait que des troupes étrangères foulent le sol de la terre sacrée et se retournent contre leur ancien patron avec des actions terroristes. C’est le 11 septembre 2001 entre autres. Mais l’ouverture de ce nouveau chapitre ne constituera pas un obstacle pour les USA et l’Europe à persévérer dans le soutien aux islamistes « modérés ». Rappelons-nous de la fameuse phrase du socialiste Laurent Fabius « ils font du bon boulot » au sujet des islamistes de Djebhat Al Nosra en Syrie dont les blessés se faisaient soigner à Tel Aviv. Par ailleurs Bernard Henri-Levy faisait, en Libye, lui aussi du bon boulot (destruction de la Libye) pour Israël.
À trois mois du début du conflit à Ghaza, le bilan est, sur le plan humain, de 22.438 morts dont 70% sont des enfants et des femmes et près de 60.000 blessés, sans compter ceux qui se trouvent encore sous les décombres. 326 morts parmi le personnel de santé, 121 ambulances détruites, ciblage de 150 établissements de santé, 30 hôpitaux et 53 centres de santé mis hors de service, plus de 100 journalistes tués (Tiens ! on se demanderait pourquoi des journalistes ? serait-ce pour entraver toutes informations en dehors de celles des Hasbaras sioniste et occidentale)… Une population de 2,3 millions de personnes en mouvement ou sous les tentes. Vie sociale détruite, vies familiales détruites, maisons et écoles détruites.
Les gouvernements occidentaux, l’Union européenne, si actifs pour venir en aide aux Ukrainiens, appellent tout juste à des pauses humanitaires pour Ghaza (dixit Borrell, chef de la diplomatie européenne), histoire de prendre un café et sandwich et faire reprendre le massacre génocidaire. Les populations de la majorité des pays de la planète se sont prononcées et ont condamné le génocide sioniste, assumant une position contraire à celle de leur propre gouvernement.
Les gouvernements des pays arabes ne vont pas au-delà des déclarations officielles et entretiennent sans ambages des relations avec les parrains (USA, GB…) de la barbarie sioniste. Les sorties du président turc, Recep Tayyip Erdogan, ne vont pas au-delà de la gesticulation : il aurait été plus efficace s’il bloquait la livraison de gaz vers Israël qui importe près de 40 % de son gaz d’Azerbaïdjan, l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan passant par la Turquie.
A contrario, l’action des Houthis yéménites sont d’une extrême efficacité en bloquant, à Bal al Mandab (Mer rouge), le transit des navires uniquement à destination du port israélien d’Eilat.
Là aussi la Hasbara occidentale crie au scandale en dénonçant une atteinte à la sécurité maritime internationale à laquelle les États-Unis et une coalition de pays tentent une réponse mais peinent à la mettre en place au vu de la complexité des faits et l’enchevêtrement des divers intérêts.
Le résultat de l’action des Houthi est probant dans la mesure où les navires des grandes compagnies maritimes en provenance du Golfe persique ne transitent plus par le Canal de Suez mais font le tour par Cap de Bonne Espérance (voir carte ci-dessous) pour atteindre l’Europe ou vice-versa. Les retombées négatives pour les économies occidentales et autres sont énormes. 10 jours de trajet et 9.000 km de différence entre les deux alternatives pour chaque trajet vont causer des dommages substantiels.

Le projet du Canal Ben Gourion, à partir d’Eilat vers la Méditerrannée, en traversant la Bande de Ghaza, comme alternative sioniste au Canal de Suez, deviendrait, dans de telles conditions, obsolète, à moins d’embraser tout le Moyen-Orient.

L’existence d’un réseau de câbles de fibres optiques sous-marins (Internet, espionnage…) reliant les pays asiatiques, africains et européens et passant justement par Bab Al Mandab (en Mer rouge où la profondeur des eaux ne dépasse pas les 200 mètres), amplifie la complexité de la situation et les risques de dérapages voire de déstabilisation de toute la région si le génocide des Palestiniens continue. Ce qui porterait un coup sérieux aux BRICS, un objectif convoité et à atteindre pour les États-Unis.
Les récents attentats au Liban et en Iran, soi-disant revendiqués par l’ISIS (organisation islamiste), portent à croire que ce sont bien les USA et Israël à en être les mandants, du moment que l’entité sioniste ne parvient pas à vaincre le Hamas après trois mois d’atrocités pour lesquelles Israël et ses parrains occidentaux seront jugés par le Tribunal de l’Histoire.
Mohamed Taleb 05.01.2024
Notes :
1 – Juif d’origine hongroise, (1860-1904), installé à Vienne, avocat de formation et de profession journaliste. Assimilationniste convaincu au départ, change diamétralement de position après sa couverture du procès à paris, en 1895 contre le capitaine Alfred Dreyfus, accusé d’intelligence avec l’ennemi (Allemagne). Herzl est le fondateur du sionisme politique.
2 – Partisan du sionisme spirituel et leader au sein de l’organisation « Amants de Sion » (Hibbat Sion).
3- Voir Accords Sykes-Picot de 1916
4- La Déclaration Balfour a été faite en contrepartie à l’apport essentiel des sionistes à l’empire britannique en particulier. En effet, à la fin de l’année 1916, la Grande Bretagne et la France se trouvaient en très mauvaise posture sur le terrain face à l’Allemagne. La Russie tzariste connaissait les premiers troubles internes et sa contribution aux coté des alliés devenait moindre jusqu’à disparaitre totalement avec la Révolution d’Octobre de 1917. Le Chancelier allemand, Dr. von Bethmann-Hollweg, et son homologue autrichien, proposent un plan de paix à leurs adversaires et un retour à un statu quo « ante bellum » (d’avant-guerre). Les sionistes, voyant leur projet colonial menacé si l’empire ottoman devait rester sur place, font intervenir le chef de la Cour Suprême aux États-Unis, le sioniste Louis Brandeis, ami et conseiller du président Woodrow Wilson, pour faire intervenir les USA dans le conflit, jusque-là entres puissances européennes seulement. En 1917, les États-Unis entrent en guerre et le conflit devient mondial. Voir livre : Palestine, le plus grand hold-up du XX siècle – Mohamed Taleb – 2019 Éditions APIC
5- Sont présents avec la Grande Bretagne, la France, l’Italie, les USA, la Belgique, la Grèce et le Japon.
6 – Voir Link : Correspondance McMahon-Hussein — Wikipédia (wikipedia.org)
7 – Voir Link: https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/090413/devoir-de-memoire-9-avril-1948-le-massacre- de-deir-yassin
Voir aussi : https://the-bing-bang-blog.blogspot.com/2018/05/une-lettre-dalbert-einstein.html
8 – Voir Link: https://www.madaniya.info/2023/09/25/lettre-adressee-par-albert-einstein-et-hannah- arendt-au-new-york-times-02-12-1948/
9 – Voir Link : https://documents-dds- ny.un.org/doc/RESOLUTION/GEN/NR0/786/65/PDF/NR078665.pdf?OpenElement
10 – Voir Link : https://www.refworld.org/docid/3b00f1c955.html
11 – Boukra Liess, Le terrorisme : Définition, histoire, idéologie et passage à l’acte. Chihab Éditions, 2006, p. 204.
12 – Voir Link: https://www.trtworld.com/middle-east/qanda-what-happened-in-israel-on-october-7-was-a-slave- revolt-15361808
13 – Entre autres : Reconnaissance de l’ordre fondamental libéral et démocratique de la Loi fondamentale (Constitution allemande)… Connaissance de l’ordre juridique et social et des conditions de vie en Allemagne (test de naturalisation) fanatique-religieux (le Hamas), deux États qui «s’équivalent » militairement en raison de l’appui supposé ou réel du second par les « forces du mal » (Iran, Hezbollah…). Le rapport de force nous est illustré dans le tableau ci-dessous. Passons outre sur le très haut niveau technologique de l’armée de terre, de l’air et de la marine sionistes qui existe depuis plus de 50 ans. Le traitement inhumain et humiliant des prisonniers palestiniens dont des enfants, est, avec une intensité décuplée, nous rappelle celui de la prison d’Abou Ghraib en Irak en 2008, signe d’une idéologie suprémaciste, une représentation basée sur une classification raciale apte à justifier un système de domination coloniale présenté sous sa forme édulcorée d’apport civilisationnel et de progrès aux populations dites «inférieures et barbares»
14 – Voir Link: https://www.haaretz.com/israel-news/2023-11-18/ty-article/.premium/israeli-security-establishment- hamas-likely-didnt-have-prior-knowledge-of-nova-festival/0000018b-e2ee-d168-a3ef- f7fe8ca20000?v=1700343130361
15- Expression inventée par le messianiste et criminel de guerre G.W. Bush, ex-président des USA.
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Philippe Tancelin-De l’innommé…Ou : comment penser pendant. après Gaza ?

De l’innommé…Ou : comment penser pendant. .après Gaza ? par Philippe Tancelin
Cette question ne s’adresse pas seulement à l’intellectuel, l’artiste, l’écrivain, le poète,
le philosophe mais à tout humble et responsable penseur de sa vie.
Ne nous fermons ni la bouche ni les yeux, ni les oreilles et même si nous le faisions,
n’en monterait pas moins des profondeurs de la mémoire postérieure à la seconde
guerre mondiale, ce strident cri d’alerte à ce qu’il faut bien nommer, une
« persécution »;la persécution de tout un peuple que depuis 1948, on a déplacé voire
chassé de la terre de Palestine, à qui on a refusé la création d’un état démocratique
souverain, qu’on a leurré, trompé tout au long des quatre dernières décennies, en
spoliant ses terres, asséchant ou souillant ses puits, en emprisonnant arbitrairement ses
résistants, en séquestrant leurs cadavres, en créant des embargos.
A la persécution s’ajoute ce jour la cruauté à laquelle se livrent une grande partie de
l’Occident et de l’Europe en soutenant militairement et accompagnant
d’encouragement, la guerre poursuivie par l’occupant contre non plus une faction
armée mais une communauté de deux millions et demi d’âmes que depuis trois mois
on a amputé de 9000 de ses enfants, vingt deux mille de ses mères et pères, des
dizaines de milliers d’enfouis sous les décombres…
TOUT CELA SANS CESSE….On continue de bombarder, déplacer, repousser vers le Sud de Gaza, coloniser, traquer,
persécuter car comment nommer autrement lorsqu’on affame, altère, prive d’eau et de
lumière une population entière, qu’on détruit ses infrastructures sanitaires,
administratives, culturelles, cultuelles…
Comment qualifier les tirs sur les ambulances, les rares convois humanitaires filtrés ?
Nous ne sommes pas témoins plus ou moins acteurs de l’agression d’un Etat par unautre, d’une famine due à des facteurs économiques, d’une épuration, d’un conflit-
massacre interethnique, tous circonstanciels. Nous sommes devant la répétitionordonnée de mesures discriminatoires, de privations calculées de ces besoins
fondamentaux pour la survie de plus de deux millions d’êtres. Nous voilà au minimum
engagés dans une participation silencieuse quand ce n’est pas le soutien moral et armé
d’Etats censés représenter près d’un milliard d’âmes en Occident.
Face à cet effondrement d’humanité, il n’en va pas seulement d’un respect des
consciences morales et intellectuelles mais de ce qui de fait, nous place soit dans la
communauté des tortionnaires, soit dans celle des torturés car il ne saurait y avoir de
demi-mesure dans l’évaluation de la cruauté.A quoi se livrent ce jour, les prétendus « civilisés des Lumières » et leurs adeptes ?
Dans quels yeux se trouve la poutre du bois de supplice ?
Qu’on ne nous qualifie pas de lyrique voire de pathétique quand le vocabulaire n’atteint
pas même l’ombre de la nudité des faits.
Qu’on ne nous rétorque pas que « la guerre c’est la guerre » lorsque la haine et la fureur
déchirent la respiration des mondes, obscurcissent les chants originaires…
Nous voici rendus dans les soubassements de la conscience où l’Homme est confronté
à l’habitat de sa vie en le monde.
Je ne crois plus ce jour en une parole qui se voudrait poétique et nous sauverait demain
de la honte quand déjà, elle ne le peut plus de nos impuissances.
Je ne crois plus en l’humanisme qui sut un temps offrir rivage aux présences naufragées
je ne crois plus en ces mots errant sur les lignes d’incommensurable mansuétudeJe ne crois qu’en l’AUTRE digne, debout sous le fléau, sublimant par sa lumière la
hauteur de chacun de ses pas dans les décombres.Comment écrire où tremblent les ruines
sous le silence des mots !Philippe Tancelin
4 janvier 2024 -
Ronnie Kasrils (ministre sud-Africain du renseignement)-Où se situe la morale ?

Où se situe la morale ? par Ronnie Kasrils |
27 décembre 2023
L’ancien ministre affirme qu’il ne s’excuse pas de soutenir le droit des Palestiniens à résister à l’oppression israélienne par la force armée.
Le flux constant d’articles alléguant qu’il est immoral de prendre le parti des opprimés en Palestine devient lassant. Tous ces articles ignorent tout simplement l’oppression de longue date du peuple palestinien et la dévastation permanente et inadmissible du ghetto de Gaza. Ils présentent tous Israël comme la victime de ceux qui refusent son oppression coloniale et qualifient d’antisémites tous ceux qui s’opposent à la répression vicieuse exercée par l’État israélien, y compris les nombreux critiques juifs d’Israël.
L’article de Milton Shain (PoliticsWeb 21 décembre 2023) est aussi puéril que les articles récents de Greg Mills, Tony Leon, Frans Cronje et d’autres. Shain ne dit pas un mot sur la violente oppression des Palestiniens qui remonte à avant même 1948, ni sur le crime de guerre qui se déroule actuellement à Gaza. Son silence est un soutien tacite à cette oppression et au génocide qui est en train d’être perpétré en direct à la télévision au moment où il écrit son article.
Shain a si peu à dire qu’il a recours à une longue référence aux infâmes Protocoles des Sages de Sion, le fameux faux de 1903 de la police tsariste produit à une époque où les empires européens étaient paranoïaques quant au rôle des Juifs non sionistes dans les causes de gauche. Ces États répressifs cherchaient à détourner l’attention des questions de démocratie et de liberté au profit d’une théorie de la conspiration antisémite.
Shain, à l’instar de nombreux commentateurs de droite aux États-Unis et en Israël, utilise les Protocoles des Sages de Sion exactement dans le même but. Il détourne cyniquement l’attention de la question urgente du massacre permanent de civils à Gaza et en Cisjordanie aux mains de l’État israélien.
Personne ne conteste que la charte du Hamas de 1988 contenait des déclarations antisémites, déclarant que « le jour du jugement dernier n’arrivera pas tant que les musulmans n’auront pas combattu les juifs et ne les auront pas tués ». Il est à noter que les dirigeants d’Israël prônent la même chose en sens inverse, à savoir que les Juifs tuent les Musulmans et, en fait, tous les Palestiniens, y compris les victimes chrétiennes. Le Hamas a le mérite d’avoir supprimé ces déclarations de sa nouvelle charte, alors que les dirigeants israéliens les ont réitérées.
Contrairement aux commentateurs de droite plus grossiers, Shain reconnaît la Charte révisée du Hamas de 2017, qui désavoue l’antisémitisme et indique clairement que le Hamas lutte contre le sionisme et l’État sioniste, et non contre le peuple juif. Cependant, Shain ne prend pas le contenu de la Charte révisée au sérieux et se contente de répéter l’idée erronée selon laquelle l’antisionisme est inévitablement de l’antisémitisme, une position aussi ridicule que de supposer qu’être anti-apartheid, c’est être antiblanc. Il écrit que dans la Charte, « le projet sioniste » fonctionne simplement comme un code pour « les Juifs ». Il ne fournit aucune preuve à l’appui de cette affirmation.
En fin de compte, tout ce que Shain, historien de formation, propose est le même non-sens anhistorique qui sanctionne implicitement une terrible oppression et des meurtres de masse continus en calomniant les victimes de cette oppression et de ces meurtres de masse. Ce qu’il dit, en fait, c’est que les Palestiniens méritent d’être opprimés et massacrés. Il ne fait que reprendre les déclarations de Netanyahou, des politiciens et des militaires israéliens. Son article n’est rien d’autre qu’un alibi pour l’oppression, et l’oppression la plus grave.
Pour Shain et ses semblables, les Palestiniens sont des personnes sans droits, des Untermensch, qui peuvent être ouvertement et librement opprimés et assassinés. C’est totalement et grossièrement contraire à l’éthique. Comme je l’ai déjà expliqué, la seule position éthique crédible consiste à affirmer et à défendre les mêmes droits et libertés pour tous, indépendamment de la race, de la religion, de la nationalité ou de l’appartenance ethnique. C’est la position que je défends.
Prendre au sérieux les droits de tous signifie que tous les individus ont le même droit de résister à l’oppression et, lorsque cette oppression est violente, de résister par la lutte armée. L’application impartiale de toutes les théories de la guerre juste accorde clairement ce droit aux Palestiniens. Je ne m’excuse pas de soutenir le droit des Palestiniens à résister à l’oppression israélienne par la force armée.
Je déteste la guerre, mais je comprends que la défaite ou du moins l’affaiblissement des forces de défense israéliennes est un moyen de mettre fin aux brutalités infligées à des innocents par l’oppression israélienne. Cette situation n’est pas différente de celle de l’Afrique du Sud sous l’apartheid, où la défaite des forces de défense sud-africaines était impérative. Je ne m’en excuse pas et j’applaudis à chaque défaite militaire de l’FDI, une armée d’oppression.
Les peuples épris de liberté dans le monde entier, y compris de nombreux Juifs, partagent cette position. Si l’on applaudit à l’élimination des soldats d’une force d’occupation, comme nous l’avons fait dans la lutte contre l’apartheid, on n’est pas insensible à la perte d’un être humain ou à la souffrance de sa famille.
Même si l’on déteste la mort et le chagrin qu’elle provoque, c’est un acte qui annule le pouvoir de l’État répressif et qui contribue aux lois supérieures du changement historique. Bien sûr, il y a des supporters pro-israéliens qui vont devenir apoplectiques face à une telle déclaration, tout en applaudissant les délires du gouvernement israélien et de ses partisans qui encouragent l’armée à « abattre les bâtiments ». Il y a une légitimité mondiale. «Aplatissez Gaza sans pitié ! » (Revital Gotlieb, membre du Likoud à la Knesset).
Le fait que la charte du Hamas de 1988 contienne des idées antisémites ne change en rien le fait qu’Israël est un État colonial brutal et oppressif ; tout comme le slogan du PAC « Un colon, une balle » n’a pas changé le fait que le régime d’apartheid était un État colonial brutal.
En tant qu’historien, Shain devrait comprendre cela. Il devrait également reconnaître que des personnalités de premier plan de la société israélienne font régulièrement des déclarations sur les Palestiniens qui ont un caractère préjudiciable effroyable et souvent génocidaire, comme je l’ai souligné. Lorsque Benjamin Netanyahou qualifie les Palestiniens d’Amalécites, il utilise le type de langage utilisé pour justifier un génocide, un langage biblique dans lequel une injonction est donnée d’« attaquer les Amalécites et de détruire totalement tout ce qui leur appartient. Ne les épargnez pas ; mettez à mort les hommes et les femmes, les enfants et les nourrissons, le bétail et les moutons, les chameaux et les ânes ».
À mon avis, la seule raison logique pour laquelle Shain n’a aucun problème avec ce type de langage est que les Palestiniens n’existent pas en tant qu’êtres humains dans son univers moral. Il s’ensuit que pour Shain, ils sont des Untermensch. Pour Shain, ceux d’entre nous qui insistent sur le fait qu’il n’y a pas d’Untermensch, que chaque être humain a les mêmes droits à la liberté et à l’autodétermination, sont « mauvais ». Cependant, l’histoire nous montre que le véritable « mal » historique réside toujours dans le fait de considérer un peuple, n’importe quel peuple, comme Untermensch. C’est Shain qui n’a pas de boussole morale.
Je suis fier d’être aux côtés d’Illan Pappe, d’Avi Shlaim, d’Amira Hass, de Jeff Halper, de Miko Peled et de nombreux autres citoyens israéliens, ainsi que d’un nombre croissant de Juifs antisionistes dans le monde, qui rejettent le fascisme de Netanyahou et de nombreuses autres figures puissantes de la société israélienne, y compris ses dirigeants militaires et politiques. Je m’inscris fièrement dans la tradition radicale qui s’oppose à toute tentative de faire d’un peuple un Untermensch et qui soutient le droit de tous les peuples opprimés à résister à l’oppression, et à le faire par la force armée si nécessaire.
Ronnie Kasrils
Ancien ministre des services de renseignement
Johannesburg, 26 décembre 2023Ronnie Kasrils
« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »
– Keiko, Londres
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