-
Caitlin Johnstone – Le sionisme est ce qu’il fait

Le sionisme est ce qu’il fait par Caitlin Johnstone
Le sionisme signifie exactement ce que nous voyons aujourd’hui. Génocide. Nettoyage ethnique. Apartheid. Violence et abus incessants. Voilà ce que signifie le sionisme. Et l’antisionisme signifie s’opposer à ces choses.
Les apologistes d’Israël attaquent toujours les antisionistes en disant : «Le sionisme signifie simplement l’autodétermination des juifs ! Si vous détestez le sionisme, alors vous détestez les juifs !»
Non, ce n’est pas ce que signifie le sionisme. Le sionisme signifie exactement ce que nous voyons aujourd’hui. Génocide. Nettoyage ethnique. Apartheid. Violence et abus incessants. Voilà ce que signifie le sionisme. Et l’antisionisme signifie s’opposer à ces choses.
Il n’y a tout simplement aucun argument qui puisse démontrer le contraire. C’est incontestablement à cela que ressemble le sionisme. Il n’existe aucune autre réalité alternative du sionisme où le génocide, le nettoyage ethnique, l’apartheid et la violence et les abus incessants n’existent pas. C’est la seule forme que prend le sionisme. L’expérience sioniste a été menée, et voici les résultats.
Essayer de prétendre que le sionisme ne signifie pas génocide, nettoyage ethnique, apartheid, violence et abus incessants revient exactement à prétendre que le nazisme ne signifie pas tout ce qui s’est passé lorsque l’expérience nazie a été menée. Le nazisme signifie tout ce qui s’est passé sous le nazisme. Vous ne pouvez pas légitimement me dire : «Non, en fait, le nazisme signifie simplement une patrie sûre et prospère pour le peuple allemand». Nous avons vu à quoi ressemble le nazisme, et nous avons vu à quoi ressemble le sionisme. Prétendre le contraire, c’est nier la réalité.
C’est tellement odieux d’entendre les partisans d’Israël dire : «Le sionisme, c’est toutes ces belles choses et ces beaux mots, donc si vous êtes contre le sionisme, vous êtes contre les belles choses et les beaux mots !» Non, connards, ça ne marche pas comme ça. Vous avez droit à votre opinion, mais pas à votre propre réalité.
Israël est ce qu’il fait. Le sionisme est ce qu’il fait. Vous ne pouvez pas les séparer de leurs actions. Le débat sur la véritable nature de ces choses a été tranché par la réalité de ce qui se passe.
Peu importe que vous croyiez qu’Israël veut simplement vivre en paix. Peu importe que vous croyiez que le sionisme est simplement l’idée que les juifs méritent l’autodétermination. La réalité dit que vous avez tort. La réalité dit qu’Israël et le sionisme sont synonymes de violence et d’abus incessants. La réalité dit qu’Israël et le sionisme impliquent nécessairement le génocide, l’apartheid et le nettoyage ethnique. Parce que c’est la réalité sur le terrain.
Ce sont les faits. Si vous n’êtes pas d’accord avec eux, vous avez objectivement tort.
*
J’ai vu un extrait de l’émission de Patricia Karvelas sur ABC, dans lequel elle mettait sur la sellette Ophir Falk, conseiller politique de Netanyahou, pour son déni des atrocités commises par Israël à Gaza, et je me suis dit qu’Israël avait vraiment perdu les gens normaux. Tous les partisans de l’empire occidental qui, en temps normal, suivent docilement la ligne impériale, sont en train de se désolidariser, un par un.
Le fait qu’Israël ait réussi à s’aliéner les libéraux occidentaux est tellement drôle, car ils seraient les plus fervents supporters d’Israël si on leur donnait la moindre justification pour adopter cette position.
Israël correspond en effet parfaitement à la mythologie libérale occidentale. Une démocratie capitaliste alignée sur les États-Unis, dirigée par une minorité religieuse courageuse qui a survécu à d’horribles persécutions, qui embrasse les valeurs progressistes laïques et renforce le discours dominant occidental sur les merveilles que l’ordre mondial dirigé par les États-Unis a accomplies depuis sa victoire triomphale et glorieuse lors de la Seconde Guerre mondiale. Tout ce qu’Israël avait à faire, c’était de leur donner quelque chose, n’importe quoi, et ils continueraient à penser qu’Israël est la meilleure chose au monde. Ils avaient juste besoin d’une excuse, même très mince.
Mais Israël n’a même pas pu leur donner cela. Le génocide, le racisme, l’apartheid, le nettoyage ethnique et l’expansionnisme étaient tout simplement trop importants pour son idéologie motrice. Le projet sioniste ne pouvait tout simplement pas se poursuivre sans tomber un jour le masque, et maintenant, ils ont perdu tous les libéraux modérés du courant dominant et pratiquement tout le monde, à l’exception des extrémistes d’extrême droite qui pensent que «tuer des musulmans, c’est bien» et des sionistes chrétiens qui pensent qu’«il faut soutenir Israël parce que Dieu le commande».
Finalement, toutes les contradictions ont dû être révélées au grand jour.
*
La presse israélienne avance l’argument selon lequel si les habitants de Gaza souffrent tant, ils n’ont qu’à partir, ce qui est précisément le discours que j’avais prédit qu’Israël tiendrait bientôt pour faciliter son programme de nettoyage ethnique de longue date.
Le mois dernier, j’ai écrit ce qui suit dans un article intitulé «Ils affament des civils pour voler un territoire palestinien, et ils mentent à ce sujet» :
«Les gouvernements occidentaux commencent à dénoncer les atrocités commises à Gaza, mais c’est beaucoup trop peu et beaucoup trop tard. On peut s’attendre à ce qu’Israël et les États-Unis répondent à ce tollé en affirmant que les Palestiniens doivent être évacués de Gaza le plus rapidement possible afin de les sauver de cette crise humanitaire délibérément provoquée. On peut s’attendre à ce qu’ils dénoncent tous ceux qui s’opposent à cette opération de nettoyage ethnique comme des monstres maléfiques qui veulent affamer les pauvres Palestiniens».
Le Jerusalem Post vient de publier un article d’opinion intitulé «La crise humanitaire à Gaza devrait accélérer le plan de relocalisation de Trump», sous-titré «Maintenant que le public est conscient de la crise humanitaire à Gaza, il faut en tirer parti pour rallier le soutien à la proposition de relocalisation de Gaza avancée par Trump».
L’auteur de l’article, Gol Kalev, se plaint que «les Gazaouis» se voient «refuser le droit humain fondamental de fuir une guerre» par les Européens méchants et malveillants qui ne veulent qu’accuser Israël de crimes de guerre et d’atrocités.
«Ils sont nécessaires sous les décombres de Gaza, non seulement pour le Hamas, qui les utilise comme boucliers humains, mais aussi pour l’Europe et ses mandataires, qui les utilisent comme pions dans leur opposition séculaire à l’État juif et comme moyen de s’attaquer par procuration aux États-Unis», écrit Kalev, affirmant que la frustration du public «ne devrait pas être dirigée contre Israël, mais contre ceux qui font obstacle au plan de relocalisation de Trump, notamment les dirigeants européens». «Maintenant que le public est conscient de la crise humanitaire à Gaza, il faut en tirer parti pour rallier le soutien à la proposition de relocalisation de Trump, qui pourrait apporter sécurité et prospérité aux Gazaouis et la paix à toute la région», écrit Kalev. «Le message public doit être clair : libérez les Gazaouis, laissez-les fuir».
Comme je l’avais prédit, ils déguisent une opération de nettoyage ethnique en humanitaire et dénoncent comme des monstres sans cœur tous ceux qui veulent apporter une aide massive aux Palestiniens dans leur patrie historique. Nous pouvons nous attendre à voir davantage de messages de ce type à l’avenir.
*
Quiconque vous dit soutenir Israël pour des raisons religieuses vous dit de cesser d’essayer de le raisonner. Ils disent que leur position n’est pas fondée sur des faits, des preuves, la logique ou la moralité, mais sur leur foi aveugle en un ensemble d’histoires inventées. Vous ne pouvez donc rien leur dire qui puisse les faire changer d’avis ou les convaincre qu’ils ont tort.
Essayer de débattre ou de raisonner avec une telle personne reviendrait à essayer de convaincre quelqu’un que Dieu n’existe pas. C’est une position totalement infalsifiable, contre laquelle aucun argument fondé sur des faits et des preuves ne peut être avancé.
Quelqu’un comme Mike Huckabee ne dit jamais la vérité ou ce qu’il pense vraiment lorsqu’il s’agit d’Israël et des Palestiniens, il se contente de dire tout ce qu’il faut pour aider à accomplir une prophétie biblique et s’assurer sa récompense éternelle. De telles personnes n’ont pas leur place dans la conversation. Elles devraient être complètement exclues du débat, car elles n’y participent pas réellement. Elles ne font que mentir et manipuler pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la vérité ou la moralité.
Caitlin Johnstone
source : Caitlin Johnstone
-
الطاهر المعز – الذّكرى الثلاثون للتطهير العرقي في البَلْقَان – من منطقة « كريينا » الصربية 1995 إلى غزة 2025

الذّكرى الثلاثون للتطهير العرقي في البَلْقَان – من منطقة « كريينا » الصربية 1995 إلى غزة 2025 : الطاهر المعزصادف الرابع من أغسطس الذكرى الثلاثين لعملية العاصفة ( 04 آب/أغسطس 1995)، وهي حملة عسكرية نفّذتها قوات كرُواتيا ضد المدنِيِّين الصِّرْب ( كانت صربيا وكرواتيا أهم مكونات يوغسلافيا الإتحادية السابقة وكان السّكّان يستقرون في أي منطقة من مناطق يوغسلافيا الإتحادية، يختارونها أو يجدون بها عملا، وكان الزواج مختلطا بين جميع مكونات البلاد)، وكانت هذه العملية هجومًا خطّط له حلف شمال الأطلسي، ونفّذته قواتٌ كرُواتية مُسلّحةٌ ومدربةٌ أمريكيًا، بتنسيقٍ مباشرٍ مع قوى « غربيةٍ » أخرى، أدّى إلى إحدى أكبر عمليات التّطهير العرقي وقتل مئات الآلاف من الصّرب خلال أيام قليلة، بزعامة قائد فاشي كرواتي مدعوم من الولايات المتحدة، وفق الوثائق التي رُفِعت عنها السِّرِّيّة مُؤَخّرًا، وبينما أيّدت واشنطن علنًا السلامَ التفاوضي، شجعت المليشيات الفاشية الكرواتية سرًا على إظهار أقصى درجات العدوانية، ولو أدّى ذلك إلى اختفاء جميع السكان الصِّرْب للبلاد، وبعد المجازر التي نفّذتها قوات تتبنّى الإيديولوجية الفاشية علنًا – وهي وريثة المليشيات التي تعاونت مع الإحتلال الفاشي خلال الحرب العالمية الثانية – أكد الدّبلوماسي الأمريكي ريتشارد هولبروك، وكيل وزارة الخارجية في إدارة الرئيس وليام كلينتون، مُخاطبا الرئيس الكرواتي ( الذي تعاون مع ألمانيا النازية في شبابه وأسس مليشيا أعاد إحياءها خلال تلك الحرب الأطلسية لقتل المواطنين الصرب والمسلمين) : « لقد أعلنا في وسائل الإعلام وفي الإجتماعات الدّولية[…] أننا نشعر بالقلق، ولكن في الخفاء، كنتم تعلمون ما نريده » ( أي القضاء على الصّرب الذين عارضوا المخططات الأمريكية والأطلسية في أوروبا الشرقية)، وكتب أحد مستشاري هولبروك في مذكرة حجبها الدبلوماسي لاحقًا: « قد استُخْدِمَت القوات الكرواتية كحراس أمن لواشنطن لتدمير يوغوسلافيا » وانطلقت الحملة العسكرية التي أفضت إلى إبادة جماعية بِطَرْد جميع السكان الصرب من كرواتيا، بقوة السلاح ووصف السياسي السويدي كارل بيلت هذه العملية بأنها « أكثر عمليات التطهير العرقي فعالية التي شهدناها في البلقان »، حيث اجتاحت القوات الكرواتية المناطق المحمية من قبل الأمم المتحدة في جمهورية كرايينا الصربية المعلنة من جانب واحد، نهبًا وحرقًا واغتصابًا وقتلًا أثناء تقدمها عبر الإقليم، وفَرّ ما حوالي 350 ألفًا من السكان، غالبًا سيرًا على الأقدام، ولم يعودوا أبدًا، كما تم إعدام الآلاف بإجراءات موجزة، تحت أنظار « قوات حفظ السلام » التابعة للأمم المتحدة، المكلفة بحماية كرايينا، وأنكر قادة الولايات المتحدة أن تكون هذه المجازر والنزوح الجماعي بمثابة جرائم حرب أو تطهير عرقي، وأعلن عقيد بريطاني من قادة قوات الأمم المتحدة: » إن الخطة العسكرية الكرواتية كانت من تصميم خرّيجي الكُلِّيّات العسكرية لحلف شمال الأطلسي في أمريكا الشمالية أو أوروبا الغربية « ، وأظهرت الوثائق التي تم رفع السّرّيّة عنها إن الجيش الأمريكي خطّط للحرب الخاطفة لقتل أكثر ما يمكن من السكان الصّرب وترويع النّاجِين من المجازر لكي يفرّوا بأسرع وقت ممكن، مثلما حصل في فلسطين إبّان النّكبة، وتباهى قادة كرواتيا بسفك الدماء والقضاء على السكان الصرب في كرواتيا تمامًا، بدعم أمريكي وأطلسي مباشر، وأعلنوا اجتماع المسؤولين الكرواتيين مع مسؤولين أمريكيين للاحتفال بانتصارهم.
بعد طرد السكان الصرب من كرواتيا وانفصالها عن يوغسلافيا، اعتمد النظام الكرواتي حديث التأسيس على هذا النظام لفرض الهيمنة الأمريكية والألمانية، ليس فقط على البلقان، بل على جميع أنحاء أوروبا، ولا تزال التوترات العرقية التي يغذيها حلف شمال الأطلسي (الناتو) في المنطقة مُسْتَعِرَة، وتم استغلالها لتبرير احتلال دائم، ولا تزال يوغوسلافيا السابقة تعاني من ندوب عميقة جراء عمليات القتل الجماعي والتّطهير العرقي، فيما اعتبر حلف شمال الأطلسي هذه العملية ( التي سُمِّيت « عملية العاصفة ») نموذجًا لحروب الوكالة والهجمات العسكرية اللاحقة، وقد كررت الولايات المتحدة استراتيجية استخدام المقاتلين الأجانب المتطرفين كقوات ضاربة في مختلف مسارح العمليات، من سوريا إلى أوكرانيا.
الدّعم الإمبريالي للفاشيين الكرواتييين ومخطط « النّقاء العِرْقي » المزعوم
كانت يوغسلافيا جمهورية اتّحادية بعد تحريرها من الإحتلال الفاشي ( الإيطالي والألماني) خلال الحرب العالمية الثانية، وكانت صربيا وكرواتيا أهم إقْلِيمَيْن بها، وسَرّعَت وضاعفت القوى « الغربية، بزعامة الولايات المتحدة وألمانيا وبريطانيا والفاتيكان، طوال ثمانينيات القرن العشرين، دعمها الفكر القومي الشوفيني، وخصوصا من مُخلّفات الفكر الفاشي الذي كان سائدًا في كرواتيا قبل تأسيس يوغوسلافيا الإتحادية، وتمكنت القوى « الغربية » من تأجيج تفكك الاتحاد متعدد الأعراق، وكان ممثلها في كرواتيا، فرانيو تودجمان، أصوليًا كاثوليكيًا وعضوًا في جماعات انفصالية متطرفة، تمتد أصولها إلى النّازية، وشنت هذه الفصائل الفاشية حملة إرهابية في أوائل السبعينيات من القرن العشرين، ومن بينها اختطاف وتفجير طائرات تجارية، ومهاجمة البعثات الدبلوماسية اليوغوسلافية في الخارج، واغتيال فلاديمير رولوفيتش، سفير بلغراد في السويد، سنة 1971…
بعد تجدد العنف الانفصالي الكرواتي في يوغوسلافيا، سُجن تودجمان ( آذار/مارس 1972) مع شريكه المقرب ستيبان ميسيتش بسبب البروباغندا والمُمارسات الفاشية، وبعد ثمانية عشر عامًا، عندما أجرت أول انتخابات متعددة الأحزاب منذ الحرب العالمية الثانية، فاز الاتحاد الديمقراطي الكرواتي (HDZ)وهو الحرب الفاشي الذي يتزعمه تودجمان وميسيتش، بأغلبية الأصوات والمقاعد في البرلمان، وبذلك أصبح تودجمان رئيسًا، وميسيتش رئيسًا للوزراء، ومع صعود الفاشية الكرواتية، تم طَرْد المواطنين من أصُول صربية من كافة المؤسسات العامة، ولم يتنكّر فرانيو تودجمان وستيبان ميسيتش لماضيهما الفاشي، بل تم إحياؤه وتحديثه، وأبْدى توجمان، خلال الحملة الانتخابية « احترامه الكبير لدولة كرواتيا المستقلة »، الكيان الدمية الذي أنشأه النازيون وحكمه المتعاونون المحليون بوحشية من نيسان/ابريل 1941 إلى أيار/مايو 1945، واصفًا هذا الكيان الفاشي بأنه « تعبير عن التَّطَلُّعَات التاريخية للشعب الكرواتي »، وفي سياق آخر، أعلن صراحةً: « الحمد لله، زوجتي ليست صربية ولا يهودية ».
عكست هذه التصريحات استراتيجيةً وحشيةً رسمها فرانيو تودجمان خلال شهر شباط/فبراير 1990 في اجتماعٍ عامٍّ عُقد في كليفلاند، أوهايو ( الولايات المتحدة)، عندما تولّى الاتحاد الديمقراطي الكرواتي السلطة، وأوضح تودجمان أن « هدفنا الأساسي […] هو فصل كرواتيا عن يوغوسلافيا إذا وصلنا إلى السلطة، ففي غضون 48 ساعةً الأولى، وبينما لا تزال النشوة تسود، من الضروري أن نُحاسب جميع من يعارضون كرواتيا (…) لقد وُضعت قوائم بأسماء هؤلاء الأشخاص بالفعل، يجب إلغاء الكنيسة الأرثوذكسية الصربية… »، ورغم هذه التصريحات والإفتخار بالإنتماء الفاشي، اعترف الإتحاد الأوروبي، الذي كان يسمى آنذاك الجماعة الاقتصادية الأوروبية، بكرواتيا الإنفصالية والفاشية بعد عامين من الدّعم شبه السّرِّي من قِبل ألمانيا والفاتيكان والولايات المتحدة وبريطانيا…
أَسّس الفاشيون من عُملاء ألمانيا النازية ميليشيا « الأوستاشا » وكان العديد من أنصار تودجمان يُقدّسون الأوستاشا الفاشيين الذين حكموا دولة كرواتيا المستقلة خلال الحرب العالمية الثانية ( وهي دُوَيْلة عميلة لألمانيا النازية التي تحتل مجمل بُلدان أوروبا) وتراوحت جرائمهم بين إعدام مئات النساء وكبار السن بقطع الرؤوس أو الغرق، وإدارة شبكة من معسكرات الإبادة في يوغوسلافيا التي احتلتها دول المحور ( إيطاليا وألمانيا)، مع وحدات متخصصة باختطاف الأطفال، وأثارت وحشية مليشيات الأوستاش تجاه الصّرب والغجر والمسلمين واليهود استياء حتى من قِبَل رُعَاتِهِم النازيين، بعد قَتْلِ مئات الآلاف على يد الأوستاشا، الذين كان من بين ضباطهم شقيق ووالد وزير دفاع تودجمان، غويكو سوساك ( في حكومة 1990)
ظلت هذه الأحداث المُرَوِّعَة محفورة في ذاكرة سكان إقليم كرايينا الصربي التاريخي، المُلحق إداريًا بجمهورية كرواتيا اليوغوسلافية الاشتراكية بعد الحرب العالمية الثانية، وتلقى حزب الاتحاد الديمقراطي الكرواتي تمويلًا من منفيي حركة أوستاشا في الدول الغربية، وعند وصوله إلى السلطة، أعاد تسمية ساحة ضحايا الفاشية الشهيرة في العاصمة زغرب باسم « ساحة النبلاء الكروات »، بينما كانت الوحدات شبه العسكرية الكرواتية تلوح بفخر بشعارات ورموز حركة أوستاشا، وأجّجَت حكومة تودجمان الكراهية العرقية علنًا، وبدأ الصرب في الدولة الناشئة يستعِدُّون لحرب أهلية.
في أعقاب اندلاع الاشتباكات العرقية في كرواتيا خلال شهر آذار/مارس 1991، نُشرت وحدات من جيش الشعب اليوغوسلافي لحماية كرايينا، حيث أعلن السكان قيام جمهورية صربية مستقلة إلى حين التوصل إلى اتفاق سلام دولي، وصرّح الرئيس اليوغوسلافي آنذاك، بوريسلاف يوفيتش، قبل وفاته بأن الهدف هو « حماية الأراضي الصربية حتى التوصل إلى حل سياسي »، ودامت المفاوضات من أجل التّوصّل إلى حل سياسي أربع سنوات، وبحلول شهر آب/أغسطس 1995، بدا أن « الحل السياسي » على وشك التحقق، وعقدت مجموعة اتصال خاصة تابعة للأمم المتحدة مفاوضات سلام في جنيف بين سلطات كرايينا ( منطقة صربية داخل كرواتيا) وزغرب (عاصمة كرواتيا) واتفق الاتحاد الأوروبي وروسيا والولايات المتحدة على مقترح مُشترك لإنهاء الصراع في كرواتيا، وأَقَر الإتفاق بين جميع الأطراف ( يوم الثالث من آب/أغسطس 1995) بقاء المناطق ذات الأغلبية الصربية في كرواتيا جزءًا من البلاد، مع قدرٍ من الحكم الذاتي، وفي اليوم نفسه، أكد غالبريث على التلفزيون المحلي الاتفاق على إعادة دمج المناطق الصربية في كرواتيا، وفي الوقت نفسه، أعلن الوسطاء الأمريكيون في جنيف أنه، نظرًا للتنازلات الكبيرة التي قدّمها الصرب تمهيدًا لسلام تفاوضي، « لم يكن هناك سببٌ لدخول كرواتيا في حرب »، وأعلن قادة صرب كرايينا المتفائلون أنهم تلقوا ضمانات من واشنطن بالتدخل لمنع أي عمل عسكري كرواتي ضد كرايينا إذا قبلوا بنودتلك الخطّة، لكن قبل نهاية اليوم، رفض القادة الكروات الخطّة وتخلوا عن المفاوضات، وبدأت عملية التطهير العرقي المُسمّاة « العاصفة » صباح اليوم التالي، تحت شعار « اضربوا الصّرب حتى يختفوا عمليا » مشاركة كرواتيا في مفاوضات جنيف كانت خدعة صُممت لخلق وهم بأن كرواتيا تسعى إلى تسوية دبلوماسية، بينما تُطوّر سرًا خططًا « لهزيمة العدو تمامًا »، وفق وثائق محضر اجتماع عُقد يوم 31 تموز/يوليو 1995 بين تودجمان وكبار قادته العسكريين في القصر الرئاسي بجزر بريوني، وأبلغ تودجمان الحاضرين: « يجب أن نوجه ضربات قاضية تُجبر الصرب على الاختفاء عمليًا… سأذهب إلى جنيف للتّظاهر باهتمامنا بالسلام، ولدحض جميع الحجج التي تُشير إلى أننا نُشعل حربا أثنية وعرقية ودينية، ولإخفاء خططنا التي سوف ننفذها قريبًا… »
لم تقتصر هذه التصريحات، التي تُشكل دليلاً واضحاً لا لبس فيه على نية الإبادة الجماعية، على الرئيس وحده، فقد أقرّ أنتي غوتوفينا، وهو جنرال رفيع المستوى عاد إلى يوغوسلافيا لإدارة عملية العاصفة بعد فراره في أوائل سبعينيات القرن العشرين، بحتمية التطهير العرقي. وأعلن غوتوفينا أن الهجوم الحاسم والمستمر على كرايينا سيعني لاحقاً « أنه لن يكون هناك الكثير من المدنيين، بل فقط أولئك الذين سيضطرون للبقاء، أولئك الذين لا يملكون إمكانية المغادرة »، ومن الغريب إن محكمة دولية يهيمن عليها الغرب قد بَرَّأت القائد السابق للفيلق الأجنبي الفرنسي، الذي عمل سابقاً مرافقاً للفاشي الفرنسي جان ماري لوبان، وقاد مليشيات هاجمت المُضْرِبِين من عمال ينتمون إلى الإتحاد العام للعمالفي فرنسا (CGT)، من دوره القيادي في عملية « العاصفة » بكرواتيا…
اقترح تودجمان شن حملة دعائية ضخمة تستهدف الصرب المحاصرين في جيب عرقي معادٍ، مع توزيع منشورات تُعلن « انتصار الجيش الكرواتي، بدعم من المجتمع الدولي »، وتحث الصرب على عدم الفرار، في محاولة واضحة لإضفاء طابع شامل على اقتراحه بتهجير السكان المدنيين قسرًا، قال: « هذا يعني توفير مخرج لهم، مع التظاهر بضمان حقوقهم المدنية… باستخدام الإذاعة والتلفزيون، ولكن أيضًا المنشورات »، وناقش القادة العسكريون استراتيجيات دعائية أخرى لتبرير الهجوم، بما في ذلك عمليات « الراية الكاذبة »، وبما أن « كل عملية عسكرية لا بد أن يكون لها مبرر سياسي »، أكد تودجمان أن الصرب « كان عليهم أن يقدموا لنا ذريعة ويستفزونا » قبل بدء الهجوم، واقترح أحد المسؤولين « اتهامهم بشن هجوم تخريبي ضدنا… ولهذا السبب اضطررنا للتدخل »، واقترح جنرال آخر التسبب في « انفجار كما لو أنهم هاجمونا بقواتهم الجوية » ( الوَهْمِيّة)…
الضوء الأخضر الأمريكي للمذبحة
صوّر جهاز المخابرات اليوغوسلافي سرًا وزير الدفاع الكرواتي مارتن سبيغلج وهو يتآمر لطرد السكان الصرب من كرواتيا وقال لزميله في أحد التسجيلات ( أواخر سنة 1990) « إن أي شخص يعارض استقلال كرواتيا يجب قتله على الفور، في الشارع، في المصنع، في الثكنات، في أي مكان … »، وتوقع « حربًا أهلية بلا رحمة على أحد، لا نساء ولا أطفال، وسَتُدَمَّرُ منازل الصرب بقنابل يدوية بسيطة »، وذلك قبل أن يدعو سبيغلج علنًا إلى « مذبحة لحل » مشكلة كنين، عاصمة كرايينا، بإزالتها نهائيا » وتباهى قائلًا: « لدينا اعتراف دولي بهذا »، في إشارة إلى الولايات المتحدة التي كانت قد « عرضت كل المساعدة الممكنة، وتقديم آلاف المركبات العسكرية القتالية والتسليح الكامل لنحو مائة ألف جندي كرواتي مجانًا لكي لا يعود الصرب إلى كرواتيا أبدًا (… )سننشئ دولة مهما كلف الأمر، حتى لو لزم إراقة الكثير من الدماء ».
قال توجمان خلال اجتماع مع قادته العسكريين يوم 31 تموز/يوليو 1995 بشأن الدعم « الغربي » لخُططات التصفيات والإبادة والتّطهير العرقي: « إن ألمانيا صديق يدعمنا دون قيد، شرط إبلاغها وإبلاغ حلف شمال الأطلسي مسبقًا بالهجمات وبأهدافنا كما نَحْظَى بدَعم الولايات المتحدة »، كما ورَد في مجلة دير شبيغل الألمانية سنة 2006، حيث كتبت: » إن المجازر تحمل بصمات واشنطن »، وأكّدت مصادر عسكرية كرواتية تلقيها « دعمًا مباشرًا، وإن كان سريًا، من وزارة الحرب الأمريكية ومن وكالة المخابرات المركزية في تخطيط وتنفيذ هجوم العاصفة »، وتلَقّى جنود وضُبّاط كرواتيون تدريبًا في قاعدة فورت إروين بولاية كاليفورنيا، وساعد البنتاغون في التخطيط للعملية، وفقًا لما ذكرته المجلة، وتجاوز الدعم الأمريكي بكثير ما تم الإقرار به علنًا، أي أن القوات الكرواتية شاركت ببساطة في تدريبات أجرتها شركة إم بي آر آي العسكرية الأمريكية الخاصة، » التقى نائب مدير وكالة المخابرات المركزية الأمريكية، جورج تينيت، بنجل غوتوفينا وتودجمان، الذي كان آنذاك رئيسًا للمخابرات الكرواتية، لإجراء مشاورات أخيرة، قبل الهجوم بمشاركة الطائرات الأمريكية التي دمرت مراكز دفاع جوي واتصالات صربية، ونقل البنتاغون المعلومات التي جُمعت عبر الأقمار الصناعية إلى القوات الكرواتية »، وفق نفس المصدر…
وجب التّذكير إن التّدخلات العسكرية الأمريكية تتم في ظل الإدارات الديمقراطية والجمهورية على حدّ السواء، فقد احتفلت الإدارة الدّيمقراطية لوليام كلينتون سنة 1995 بانتصار المليشيات الفاشية الكرواتية التي نفّذت عمليات الإبادة الجماعية، حيث عُقدت قمة رفيعة المستوى يوم 18 آب/أغسطس 1995، في القصر الرئاسي بزغرب ( عاصمة كرواتيا) بين زعماء كروات ودبلوماسيين أمريكيين يقودهم ريتشارد هولبروك، أحد أركان مؤسسة السياسة الخارجية الأمريكية، المهووس بالتدخل في يوغسلافيا وتفكيكها ووصف التذهير العرقي ب »العمل المَشْرُوع »، وفق موقع « ذا غراي زون » ( 04 آب/أغسطس 2025) الذي كتب « لقد أقرّ هولبروك علنا بدعم الإدارة الأمريكية عمليات الإبادة الجماعية »…
استمر الدّعم الأمريكي والأوروبي لجمهورية كرواتيا واستمرت قوات حلف شمال الأطلسي في تدمير البلاد وتفتيتها إلى دويلات غير قابلة للعيش ( الجبل الأسود وكوسوفو والبوسنة…) لتسهيل السيطرة عليها وتحويلها إلى قواعد أطلسية، ورغم وجود أدلة دامغة على ارتكاب جرائم حرب خطيرة، وفق الوثائق المُفْرج عنها مؤخرا، لم تُوجّه المحكمة الجنائية الدولية ليوغوسلافيا السابقة، الممولة من حلف شمال الأطلسي (الناتو)، أي اتهام لأي مسؤول عن عملية العاصفة حتى سنة 2008، بينما لاحقت الإستخبارات الأمريكية الزعماء الصّرب واتهمتهم بالفاشية وألقت القبض عليهم، وتم محاكمتهم وسجنهم ظُلما، فيما انتظرت الولايات المتحدة وفاة العديد من الضباط المذنبين من كبار السّن، بمن فيهم تودجمان، ولم تتم محاكمة سوى ثلاثة قادة عسكريين كروات سنة 2011، تم تبرئة أحدهم وأُدِين إثنان قبل إلغاء القرار خلال جلسات محكمة الإستئناف سنة 2012، ولم تتم إدانة الحكومة الكرواتية ولا جيشها المُشبع بالإيديولوجيات العنصرية والفاشية الذي طرد بالقوة كافة الصّرْب من كرواتيا.
خاتمة
يهدف التّذكير بهذه المذبحة، بعد ثلاثة عُقُود من تنفيذها إلى تزامنها مع انهيار الإتحاد السوفييتي ومع العدوان الثّلاثيني على العراق (بداية سنة 1991) والتّذكير بأن ما يحدث اليوم في فلسطين هو جزء من مخطط صهيوني بدأ تنفيذه منذ أكثر من قَرْن، وإن الولايات المتحدة – رأس حرْبَة الإمبريالية والعدوان على الشعوب – خطّطت العديد من المجازر والإنقلابات الدّموية وعمليات الإبادة التي تنفذها القوات الأمريكية مباشرة، أو قوات وكيلة (مُتعاقدة من الباطن) وإن ما يقوله ويكتبه بعضنا اليوم يُصنف ضمن « نظريات المؤامرة » في حين أظهرت الوثائق المُفرج عنها صحّة ما كان يقوله الصّرب منذ سنة 1990 بشأن إحياء الفكر الفاشي والمليشيات الفاشية في كرواتيا بدعم أمريكي وألماني وبريطاني ( وأطلسي بشكل عام) فضلا عن دعم علني من قِبَل الفاتيكان…
هناك أوجه شبه بين ما حدث في يوغسلافيا وما يحدث في أوكرانيا من إحياء المليشيات الفاشية التي ساعدت الجيش الألماني لاحتلال أراضي الإتحاد السوفييتي ( من بينها أراضي أوكرانيا نفسها) خلال الحرب العالمية الثانية، وأشارت صحيفة « كييف بوست » ( أيلول سبتمبر 2022) : » يُعَدّ الهجوم المضاد غير المتوقع لجيش أوكرانيا في خاركوف ضدّ الجيش الروسي بمثابة عملية العاصفة (الكرواتية) التي تُبشِّرُ باستسلام روسيا الوشيك ». وللتذكير فإن هذا الهجوم المُضاد الذي خطط له وأشرف على تنفيذه حلف شمال الأطلسي، حظِيَ بتبجيل كبير من قِبَل الأوساط العسكرية الأطلسية، مع الحديث عن تنفيذ مثل هذه الخطط في مناطق صراع أخرى، بتحالف بين المليشيات الفاشية والإستخبارات الأمريكية وقوات حلف شمال الأطلسي، مثلما يحدث في غزة حيث تُشارك شركات التكنولوجيا والإتصالات في المجازر بدعم من الجيش والكونغرس والرئيس الأمريكييين…
لا غرابة إذًا أن ينفّذ الكيان الصهيوني عمليات الإبادة في ظل الحصار والتّجويع مع توسيع رقعة العدوان إلى سوريا ولبنان واليمن وإيران، بدعم أمريكي مُطلق وأوروبي مَشْرُوط، ولا غرابة في قَمْع أي حركة احتجاج على عمليات الإبادة، ولا يجب أن ننتظر ثلاثة عقود لاكتشاف الوثائق التي تثبت مُشاركة كافة القوى الإمبريالية والسلطات العربية في هذه الحلقة الجديدة من النّكبة، بل وجب التّصدّي لها الآن قبل فوات الأوان…
وردت المعلومات بموقع « المنطقة الرمادية » ( The Gray Zone ) بتاريخ الرابع من آب/أغسطس 2025، بعنوان:
(leader US backed cleaning of serbs , top diplomat secretly tol croat )
الطاهر المع
-
Laure Lemaire- Les Chicago-Boys au Chili


Quand on pense au Chili, on pleure encore à cause des milliers de morts et de disparus, on chante encore avec Victor Jarra. Mais on connait moins l’acharnement macabre des USA pour y installer le néolibéralisme.Président du Chili sous le gouvernement d’Unité populaire, Salvador Allende (1908-1973) restera dans l’histoire comme le premier leader politique ayant dirigé une tentative de « transition pacifique » et dans la légalité vers le socialisme.
Issu d’une famille de la bourgeoisie de Valparaiso , il adhère à la franc-maçonnerie. Étudiant en médecine, il découvre de la misère dans les bidonvilles. En 1933, il est cofondateur du Parti socialiste chilien ; en 1938, élu député, il dirige la campagne du radical Aguirre Cerda, 1° président du Front populaire ; en 1942, ministre de la Santé, il administre la sécurité sociale ouvrière. À 3 reprises, il est candidat à la présidence de la République (1952, 1958 et 1964), avant de l’emporter le 4 septembre 1970 avec 36,3 % des voix, devant le conservateur Jorge Alessandri (34,98 %) et le démocrate-chrétien Radomiro Tomic (27,84 %). Soutenu par une coalition d’Unité populaire allant des communistes aux radicaux et aux chrétiens de gauche, Salvador Allende doit aussi son élection à son prestige auprès des masses populaires.
Son gouvernement se proposait de transformer dans la légalité les structures économiques et sociales du Chili et de le libérer de l’emprise économique des États-Unis.
La vigueur avec laquelle Allende soutint certaines mesures, comme la nationalisation des mines de cuivre en juillet 1971, ne l’empêcha pas d’adopter, sur le plan intérieur comme sur le plan international, une attitude modérée. Son propre parti qui prônait des mesures plus radicales, mais il s’appuyait sur les sociaux-démocrates et les communistes qui voulaient « consolider » les acquis avant « d’avancer ». Lorsque les difficultés économiques se multiplièrent à partir de 1972, Salvador Allende accorda une importance à l’armée. Malgré sa réputation de professionnalisme et d’apolitisme, un secteur militaire avait tenté, en 1970, d’empêcher soninstallation à la tête de l’État. Le président comptait sur ses relations personnelles avec des officiers, par le biais de la franc-maçonnerie. Après la démission, le 23 août 1973, du général Prats, son soutien le plus ferme à l’intérieur de l’armée, il fit une entière confiance au général Augusto Pinochet qui le remplaça comme commandant en chef.
Les désordres s’aggravèrent durant l’hiver 1973 (inflation galopante, émeutes, pressions du M.I.R.(Mouvement de la gauche révolutionnaire), du mouvement fasciste (Patrie et Liberté) et les partis de l’Unité populaire ne parvinrent pas à s’accorder ; Salvador Allende s’apprêtait à annoncer le 11 septembre un référendum concernant la politique de son gouvernement quand il fut pris de vitesse. L’armée entra en dissidence et il s’enferma avec une poignée de fidèles dans le palais présidentiel de la Moneda. Refusant les offres de la junte de quitter le pays, il en dirigea lui-même la défense pendant des heures. Le gouvernement militaire annonça le 12 septembre qu’il s’était suicidé.
Ce coup d’État eut lieu dans un contexte international marqué par la guerre froide. Sur le plan international, la politique chilienne du gouvernement de l’Unidad Popular a été marquée par le rapprochement avec Cuba et l’ouverture vers l’URSS provoquant le mécontentement des États-Unis.

La dictature militaire d’Augusto Pinochet gouverna le Chili pendant 16 ans, du coup d’État du 11 septembre 1973 jusqu’au référendum révocatoire qui permit la restauration d’une certaine démocratie en mars 1990.
Ce régime autoritaire et conservateur est connu pour ses multiples atteintes aux droits de l’homme (+ de 3 200 morts et « disparus », 38 000 personnes torturées, plusieurs centaines de milliers d’exilés)
Sa politique économique de privatisations – qualifiée de néolibérale – est menée par les « Chicago Boys », inspirés par les conceptions économiques développées par .Milton Friedman qui fut conseiller du président Richard Nixon à la fin des années 1960 puis dans les années 1980, conseiller officieux du candidat républicain Ronald Reagan, et rejoint son comité économique quand il est élu à la Maison-Blanche jusqu’en 1988.
Le régime militaire brésilien accorde d’importants prêts à la Banque centrale chilienne pour développer ses exportations. À partir de 1973–1975, pour relancer l’économie, les Chicago Boys maîtrisent relativement l’inflation et re-privatisent les industries (à l’exception des mines de cuivre), ce qui entraînent un fort accroissement du chômage, qui passe de 4,8 % en 1973 à 31 % en 1983, et une récession. Les salaires réels baissent très fortement et les inégalités s’accroissent significativement. La part du budget de la défense passe de 10 % en 1973 à 32 % en 1986 et la dette explose, passant de 5,6 milliards de dollars en 1977 à 15,6 milliards en 1981.

Pendant 5 ans, la croissance atteint 8 % par an alors que le taux d’analphabétisme régresse et que l’espérance de vie passe de 63,6 ans en 1975 à 74,4 ans en 1990 bien que la mortalité infantile ait fortement augmenté durant les 1° années du régime et que la malnutrition affecte 1/2 des enfants chiliens.
En 1981, les 1° symptômes d’une nouvelle crise économique commencent à se faire sentir. La balance des paiements atteignit un déficit de 20 % et les cours du cuivre chutèrent rapidement. Les banques étrangères cessèrent d’investir, mais le gouvernement déclare que tout cela faisait partie de la récession économique mondiale. La banque nationale et les entreprises chiliennes avaient approuvé plusieurs emprunts, basés un taux de change fixe du dollar américain pour 39 pesos chiliens.
L’État doit donc se monter plus dirigiste. En juin 1982, il dévalue le peso. Les emprunts atteignirent alors des intérêts exorbitants et de nombreuses banques et entreprises firent faillite. Le chômage s’éleva à 28,5 %. L’inflation atteignit 20 % et le PNB chuta de 14,3 % en 1982. Il s’agit de la pire récession au Chili depuis les années 1930. Les coupes drastiques dans les budgets sociaux et le programme de privatisations massives provoquent une hausse importante des inégalités. De nombreux employés du secteur public perdent leur emploi.
Face à cette situation les 1° protestations, pacifiques mais interdites furent violemment réprimées par les carabiniers et par l’armée. Le gouvernement déclara l’état de siège, et le moment fut mis à profit par diverses organisations, comme le Front Patriotique Manuel Rodríguez, qui décida de mettre sur pied l’« Operación Retorno » (opération Retour), nom donné à la tentative de mettre fin au Régime par la voie armée.
En 1980, la dictature militaire privatise le système de retraites. Elle favorise l’enseignement privé au détriment du public. En 1981, le régime réforme le système universitaire et élimine l’éducation supérieure gratuite. En 1990, la Loi réduit encore le rôle de l’État dans l’éducation au bénéfice des écoles privées qui reçoivent 60 % des élèves dans le primaire et le secondaire. L’État se désengage du financement des universités, qui se financent à 75 % par le biais des frais universitaires versés par les étudiants, rendant difficile leur accès aux jeunes issues des milieux modestes
À partir de 1985, le ministre des Finances, Hernán Büchi, allait arriver à produire le « Second Miracle », grâce à une embellie du prix du cuivre. Il met en œuvre un profond processus de privatisations d’entreprises publiques :LAN Chile, ENTEL (entreprise nationale de télécommunications), CTC (télécommunications), CAP (sidérurgie), et la réimplantation du modèle néolibéral qui avait été remplacé par le keynésianisme durant la crise. La réduction des dépenses sociales augmenta le fossé entre les riches et les pauvres, faisant du Chili un des pays ayant la plus grande inégalité de revenus, et les pensions de retraite allaient se réduire à des limites minimales, entre autres. D’autre part, le tremblement de terre de mars 1985, provoque de graves dommages aux immeubles de Santagio, Valparaíso et San Antonio. À partir de 1987, le pays repart pour 12 années de croissance économique ininterrompue mais les manifestations se poursuivent.
Si les classes aisées ont bénéficié de l’expansion économique, ce ne fut pas le cas des classes populaires. Ainsi, entre 1974 et 1989, les revenus des 10 % des ménages les plus riches ont augmenté 28 fois plus vite que les 10 % les plus pauvres. À la fin de la dictature, en 1990, la pauvreté touche 39 % des chiliens. Ce chiffre sera réduit de moitié durant les 13 années suivantes de gouvernement démocratique, mais le pays reste très inégalitaire : « la tranche des 20 % les plus pauvres de la population reçoit seulement 3,3 % des revenus totaux du pays, tandis que celle des 20 % les plus riches en reçoivent 62,6 % »
L’armée chilienne, qui s’était assurée le monopole de l’exploitation du cuivre, sources de revenus importants pour le pays, conservera ce privilège, à hauteur de 10 %, après le retour de la « démocratie ». Le mal est fait.
-
Laure Lemaire- Vous avez dit “Fascisme”?


Le fascisme se situe au stade impérialiste du capitalisme. Il est né dans les années 1920, en même temps que le communisme. Dans chacun des pays où il s’est installé, il a pris en compte son histoire, sa situation économique si bien que les régimes politiques paraissent différents, mais le but est le même: empêcher les victimes de la misère de se révolter et de prendre le pouvoir politique.
Etymologie : de l’italien fasci, (faisceau: emblème de l’autorité de la Rome antique, utilisé par les milices de Mussolini), avec le suffixe -isme , pour qualifier une attitude, un comportement, une doctrine, un dogme, une idéologie.
Au sens strict, le fascisme est le régime politique né de la crise qui a suivi la 1° Guerre Mondiale, établit par Benito Mussolini en Italie de 1922 à 1945, fondé sur la dictature d’un parti unique anticommuniste., l’exaltation nationaliste et le corporatisme. On trouve aussi: doctrine visant à installer un régime autoritaire qui affirme la supériorité de l’État sur l’individu et l’extension illimitée de son pouvoir. « Pour le fascisme, tout est dans l’État et rien d’humain ou de spirituel n’existe ou n’a de valeur en dehors de lui ».
Le régime fasciste entend faire de la nation une communauté unique, rassemblée derrière un seul homme (culte de la personnalité et importance de la hiérarchie), les individus devant s’effacer devant l’Etat. Ignorant les Droits de l’Homme, il s’accompagne d’un Etat policier fort et sécuritaire, d’une organisation verticale des métiers en corporation, d’une méfiance envers les étrangers et d’une politique réactionnaire.
Au-delà du régime mussolinien, le terme « fasciste » sert souvent à qualifier des régimes autoritaires, Outre les nationaux-socialistes (Nazis), le fascisme de Mussolini a influencé d’autres mouvements en Europe :Phalange en Espagne, Garde de fer de Codreanu en Roumanie, Oustachi de Pavelitch en Croatie, Croix-Fléchées de Szalasi en Hongrie..
A partir de la définition très simple du fascisme italien, on va reprendre les mots qui sont des « synonymes » ou qui sont en rapport étroit avec le concept.Le lexique autour du « fascisme »
- La dictature est un régime politique dans lequel une personne ou un groupe exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu’aucune
loi ou institution ne les limitent ; Au contraire, un régime autoritaire peut avoir des lois, des institutions, voire un parlement avec des
députés élus, mais pas librement donc pas de contre-pouvoir.
L’origine du terme remonte à Rome.
Le terme apparaît pour la 1° fois chez Cicéron dans De Republica, sous le terme de dictator, dérivé du verbe dictare « dire en répétant souvent, ordonner, commander » avec le suffixe d’agent -tor, pour désigner un magistrat par un mot au sens non-défini pour les formes spéciales de gouvernance de certaines villes du Latium.
A Rome, la dictature était un moment de la République où un magistrat (le dictateur) se voyait confier de manière temporaire et légale les pleins pouvoirs en cas de troubles graves, d’une situation de crise, nommé par le Sénat, et investi par les Consuls pour les remplacer. Il était muni des pleins pouvoirs, excepté le pouvoir financier qui demeurait sous la coupe du Sénat, pendant un mandat, qui ne pouvait, à l’origine excéder 6 mois, mais évoluera. 4 dictateurs se distinguent : Marius, Sylla, Pompée et César. Cette 1° forme de dictature tombe en désuétude à la fin du –iiie siècle; elle est abolie à la mort de César. Cette « magistrature républicaine extraordinaire » n’ est pas péjorative, au contraire, elle est valorisé par Tite-Live et Cicéron.
Le mot dictateur désigne pour la période contemporaine, ce que l’on appelait tyran dans l’Antiquité ou despote dans l’Ancien Régime.

La tyrannie est un régime où seul l’intérêt du tyran compte. Il se sert des sujets de façon abusive afin de satisfaire son propre intérêt, et non pour le bien commun, par la force, servitude, autocratie, absolutisme, despotisme, domination, oppression, hégémonie. Etymologie: : du grec turannos, maître, dominateur..Dans l’Antiquité grecque, la tyrannie est un pouvoir absolu conquis par la force et illégalement, après un coup d’Etat, usurpant l’autorité légale, souvent grâce à la faveur, la sympathie populaire.
Les historiens distinguent les tyrannies;- Des -VIIe et -VIe siècles, le tyran disposa du soutien des classes populaires qui cherchent à limiter la domination des riches propriétaires terriens. La tyrannie a pour but de lutter contre les excès de l’aristocratie, de l’oligarchie, Exemples : Phidon à Argos, Cypsélos à Corinthe et Pisistrate ( -600 à -527) à Athènes. Ayant souvent favorisé l’activité économique, ces tyrannies préparent la transition de la royauté vers la démocratie.
- Du -IVe siècle avec Denys l’Ancien (-430 à -367) et son fils Denys le Jeune à Syracuse qui établissent leur pouvoir par la menace des armes contre toute forme d’opposition démocratique. Par extension de celle-ci, la tyrannie désigne de nos jours, tout pouvoir injuste, cruel, ne respectant pas les lois.
Il est repris au xx° siècle, durant l’entre-deux-guerres, pour forger un nouveau concept avec l’apparition concomitante des régimes nazi et stalinien. Il signifie que le système s’exerce dans les sphères privées, quadrillant toute la société et tout le territoire, en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis.
Les caractéristiques retenues pour le définir sont :
* un monopole idéologique, une vérité qui ne tolère aucune critique, est imposée à tous et lutte contre les ennemis du régime,
* un parti unique qui contrôle la totalité de l’appareil étatique, qui dispose de tous les moyens de communication de masse utilisés comme des instruments de propagande,
*Ce parti crée des structures d’embrigadement de chaque catégorie de la société et dispose d’une direction centrale de l’économie. Le parti unique est dirigé par un chef charismatique, un guide autour duquel est formé un « culte».
* Un monopole de la force armée, un système policier qui a recours à la terreur avec un réseau omniprésent d’agents de surveillance des individus, basé sur la suspicion, la dénonciation et la délation ; et concentrationnaire afin de pouvoir se prémunir contre tout individu « suspect ». Il a recours à l’emprisonnement, la torture et l’élimination physique des opposants et à la déportation des groupes de citoyens jugés « inutiles » ou « nuisibles ».

Le potentat (du latin potentatus puissant) est un Souverain (roi) qui, dans un État, détient le pouvoir absolu. Il dispose de toute l’autorité importante en raison desa richesse et en use de façon despotique.
Le despote (du grec maître) est un chef d’État qui rassemble tous les pouvoirs pourgouverner entre ses mains. Il s’appuie sur la contrainte policière et la terreur. Aristote jugeait le despotisme comme une forme de gouvernement propre aux « sociétés serviles», où l’autorité règne avec le concours et la crainte de la loi religieuse. Dans sa forme classique, le despote est pour ses sujets, tel le père de famille pour ses enfants. Il œuvre pour leur bien. Despote était un titre légitime dans l’Empire byzantin, transmis à la descendance mâle de l’empereur, et à partir du xiiie siècle à des princes étrangers. Ils régnaient sur des parties de l’empire.
Le despotisme éclairé, dans l’Europe du xviiie siècle, désigne des chefs d’État qui passent outre les droits de débat, d’opposition ou de remontrance des pouvoirs constitués, pour imposer des réformes sur le système politique et/ou la société de leur pays. Frédéric II de Prusse, aidé par Voltaire, rédigea un ouvrage, inspiré par les idéaux des “Lumières”
Le mot « totalitarisme » a été inventé par Mussolini, qui lui donnait un sens positif. Il visait l’unité de la nation. Le totalitarisme est un régime et système politique dans lequel existe un parti unique, n’admettant aucune opposition organisée, et où l’ État tend à exercer une mainmise sur la totalité des activités de la société. Un tel système restreint l’opposition à l’État qui exerce un contrôle important sur la vie publique et privée. Dans les États totalitaires, le pouvoir politique est souvent détenu par des autocrates (dictateurs, monarques) qui utilisent la propagande, diffusée par les médias de masse contrôlés, incarnée dans l’État.
Le terme de « totalitarisme » désigne aussi l’utilisation de « tous les moyens » pour parvenir au but que s’est assigné l’État. Dès lors, il implique d’assurer un despotisme politique, de contraindre des intérêts divergents à une politique économique définie par l’État, d’imposer des normes idéologiques uniformes. Il concerne tous les aspects de la vie, l’État et son idéologie, exerçant sa mainmise sur les individus.
Il est repris au xx° siècle, durant l’ entre-deux-guerres, pour forger un nouveau concept avec l’apparition concomitante des régimes nazi et « stalinien« . Il signifie que le système s’exerçe dans les sphères privées, quadrillant toute la société et tout le territoire, en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une
idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis.
Les caractéristiques retenues pour le définir sont :*un monopole idéologique, une vérité qui ne tolère aucune critique, est imposée à tous et lutte contre les ennemis du régime,
*un parti unique qui contrôle la totalité de l’appareil étatique, qui dispose de tous les moyens de communication de masse utilisés comme des instruments de propagande,
*Ce parti crée des structures d’embrigadement de chaque catégorie de la société et dispose d’une direction centrale de l’économie. Le parti unique est dirigé par un chef charismatique, un guide autour duquel est formé un « culte».
*Un monopole de la force armée, un système policier qui a recours à la
terreur avec un réseau omniprésent d’agents de surveillance des individus, basé sur la suspicion, la dénonciation et la délation ; et concentrationnaire afin de pouvoir se prémunir contre tout individu « suspect ». Il a recours à l’
emprisonnement, la torture et l’élimination physique des opposants et à la
déportation des groupes de citoyens jugés « inutiles » ou « nuisibles ».5- L’autocratie est un régime politique où un seul individu détient le pouvoir, alors qualifié de pouvoir personnel et absolu, « qui tire son pouvoir (cratie) de lui-même (auto) ». L’autocrate n’a d’autre justification et légitimité que lui-même. Sans caractère officiel, une dictature peut être décrit comme une « dérive autocratique ». Ce mot est utilisé pour qualifier certains régimes africains: « la démesure autocratique et la cruauté d’un Idi Amin Dada en Ouganda (1971-1980), d’un Bokassa en Centrafrique (1965-1979). En Afrique « depuis le début des années 1990, 24 chefs d’État ont tenté de modifier les constitutions afin de se maintenir au pouvoir au-delà de leur double mandat ». Il s’agit de “coups d’État constitutionnels, qui s’accompagnent d’une répression contre ceux qui s’y opposent “.

6- Le populisme – Formé sur le radical populus ( peuple) , ce substantif est apparu, en français en 1912. Il désigne des mouvements politiques du xixe siècle, promus par les petits fermiers et ouvriers agricoles américains. Le Parti populiste voulait que le peuple se réapproprie ce que lui avait volé Wall Street et le capitalisme. En 2020, 5 éléments constituent le populisme :- une conception du peuple (le peuple-Uni) ;
- une théorie de la démocratie (préférence pour la démocratie directe, rejet des corps intermédiaires et expression spontanée de la volonté générale;
- une modalité de la représentation (mise en avant d’un homme-peuple) ;
- une politique et une philosophie de l’économie (national-protectionnisme dans une vision souverainiste attentive à la sécurité de la population) ;
- un régime de passions et d’émotions (sentiment d’abandon, d’invisibilité, besoin d’un monde plus lisible comblé par des récits complotistes, volonté d’agir par le dégagisme).
En 1995, Umberto Eco publiait dans la New York Review of Books un essai intitulé Ur-Fascism ( fascisme éternel )
Adapté d’un discours qu’il avait tenu à la Columbia University, il revenait sur son expérience personnelle du fascisme italien, et avançait une grille d’analyse des signes avant-coureurs du basculement d’un régime politique vers le fascisme.
Dans l’esprit d’Eco, ces attributs ne peuvent s’organiser en système, beaucoup sont contradictoires entre eux et sont aussi typiques d’autres formes de despotisme. Mais il suffit d’un seul pour que le fascisme puisse se concrétiser. Voici les 14 points
- La première caractéristique du fascisme éternel est le culte de la tradition. Il ne peut y avoir de progrès dans la connaissance. La vérité a été posée une fois pour toutes, et on se limite à interpréter toujours plus son message obscur.
- Le conservatisme implique le rejet du modernisme. Le rejet du monde moderne se dissimule sous un refus du mode de vie capitaliste, mais il a principalement consisté en un rejet de l’esprit de 1789 (et de 1776, bien évidemment [Déclaration d’indépendance des États-Unis]). La Renaissance, l’Âge de Raison sonnent le début de la dépravation moderne.
- Le fascisme éternel entretient le culte de l’action pour l’action. Réfléchir est une forme d’émasculation. En conséquence, la culture est suspecte en cela qu’elle est synonyme d’esprit critique. Les penseurs officiels fascistes ont consacré beaucoup d’énergie à attaquer la culture moderne et l’intelligentsia libérale coupables d’avoir trahi ces valeurs traditionnelles.
- Le fascisme éternel ne peut supporter une critique analytique. L’esprit critique opère des distinctions, et c’est un signe de modernité. Dans la culture moderne, c’est sur le désaccord que la communauté scientifique fonde les progrès de la connaissance. Pour le fascisme éternel, le désaccord est trahison.
- En outre, le désaccord est synonyme de diversité. Le fascisme éternel se déploie et recherche le consensus en exploitant la peur innée de la différence et en l’exacerbant. Le fascisme éternel est raciste par définition.
- Le fascisme éternel puise dans la frustration individuelle ou sociale. C’est pourquoi l’un des critères les plus typiques du fascisme historique a été la mobilisation d’une classe moyenne frustrée, une classe souffrant de la crise économique ou d’un sentiment d’humiliation politique, et effrayée par la pression qu’exerceraient des groupes sociaux inférieurs.
- Aux personnes privées d’une identité sociale claire, le fascisme éternel répond qu’elles ont pour seul privilège, plutôt commun, d’être nées dans un même pays. C’est l’origine du nationalisme. En outre, ceux qui vont absolument donner corps à l’identité de la nation sont ses ennemis. Ainsi y a-t-il à l’origine de la psychologie du fascisme éternel une obsession du complot, potentiellement international. Et ses auteurs doivent être poursuivis. La meilleure façon de contrer le complot est d’en appeler à la xénophobie. Mais le complot doit pouvoir aussi venir de l’intérieur.
- Les partisans du fascisme doivent se sentir humiliés par la richesse ostentatoire et la puissance de leurs ennemis. Les gouvernements fascistes se condamnent à perdre les guerres entreprises car ils sont foncièrement incapables d’évaluer objectivement les forces ennemies.
- Pour le fascisme éternel, il n’y a pas de lutte pour la vie mais plutôt une vie vouée à la lutte. Le pacifisme est une compromission avec l’ennemi et il est mauvais à partir du moment où la vie est un combat permanent.
- L’élitisme est un aspect caractéristique de toutes les idéologies réactionnaires. Le fascisme éternel ne peut promouvoir qu’un élitisme populaire. Chaque citoyen appartient au meilleur peuple du monde; les membres du parti comptent parmi les meilleurs citoyens; chaque citoyen peut ou doit devenir un membre du parti.
- Dans une telle perspective, chacun est invité à devenir un héros. Le héros du fascisme éternel rêve de mort héroïque, qui lui est vendue comme l’ultime récompense d’une vie héroïque.
- Le fasciste éternel transporte sa volonté de puissance sur le terrain sexuel. Il est machiste (ce qui implique à la fois le mépris des femmes et l’intolérance et la condamnation des mœurs sexuelles hors normes: chasteté comme homosexualité).
- Le fascisme éternel se fonde sur un populisme sélectif, ou populisme qualitatif pourrait-on dire. Le Peuple est perçu comme une qualité, une entité monolithique exprimant la Volonté Commune. Étant donné que des êtres humains en grand nombre ne peuvent porter une Volonté Commune, c’est le Chef qui peut alors se prétendre leur interprète. Ayant perdu leurs pouvoirs délégataires, les citoyens n’agissent pas; ils sont appelés à jouer le rôle du Peuple.
- Le fascisme éternel parle la Novlangue. La Novlangue, inventée par Orwell dans 1984, est la langue officielle de l’Angsoc, ou socialisme anglais. Elle se caractérise par un vocabulaire pauvre et une syntaxe rudimentaire de façon à limiter les instruments d’une raison critique et d’une pensée complexe.

Synthèse d’un siècle d’expérimentation du fascisme
Du premier fascisme en Italie en Europe à celui du Chili en Amérique du Sud, ces régimes ont les mêmes caractéristiques, plus ou moins marquées en fonction des circonstances qui les a instaurés.
- Des mesures draconiennes prises par une bourgeoisie effrayée par une potentielle révolution populaire “communiste”
- La Nation dénonce avec violence un ou des ennemis intérieurs et/ou extérieurs. Une propagande médiatique incite à la délation, voire aux passages à l’acte.
- Un peuple uni qui est guidé par un Etat fort de sa police et de son armée, avec à sa tête, un Chef. Le contrôle et la répressions sont sanguinaires.
- Le travail est divisé en corporations de métiers, comprenant les patrons jusqu’aux apprentis. Les richesses produites sont gérés par les patrons et l’état. Le mode de production suit les grandes phases du capitalisme par l’implantation du modèle américain.
- L’Eglise catholique est une aide précieuse. L’école lui est confiée. Les gouvernements des USA ferment les yeux officiellement, mais les soutiennent indirectement
- Des groupes armés font règner la terreur dans les rues.
Dans les articles suivants, nous examinerons les spécificités de quelques uns

- La dictature est un régime politique dans lequel une personne ou un groupe exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu’aucune
-
Philippe Tancelin – Ne nous laissons pas taire, (Pour la Palestine)

Ne nous laissons pas taire ,ce serait le naufrage…par le silence par Philippe Tancelin
Ne nous laissons pas taire,
ce serait le naufrage…par le silence
Tandis que les gouvernants « pantins » d’Europe, se bousculent pour grignoter quelques reliefs du banquet Pouti-Trumpien, espérant sauver leur crédibilité plutôt que la vie de jeunes générations soldatesques Russo-Ukrainiennes, ces mêmes « pantins » reconnaissent sans précipitation ni aucune définition territoriale un hypothétique état Palestinien, improbable voire impossible, compte-tenu de l’État colon qui le côtoie lequel,ne cesse de se déployer au mépris radical du droit international et laisse libre cours à sa politique d’extermination du peuple de Gaza et de Cisjordanie.
Qui ose encore suggérer qu’il faudrait peut-être ici juger de tout par les même règles et sans partialité ?
Les morts eux-mêmes n’ont pas le même poids semble-t-il… Et on peut fort bien le comprendre lorsqu’un vivant Gazaoui meurt de faim et,ou, de balles tirées sur lui par ce que c’est affamé par l’occupant et ventre vide, qu’il va vers les quelques rares sources de ravitaillement.
N’entend-on pas de plus en plus que tout ceci est tellement : « injuste et horrible qu’il n’y a pas de mots pour en parler et qu’il ne reste plus que le silence dans lequel se réfugier » ? Réfugier sa sale et petite mauvaise conscience si bien abritée par « la discrétion, voire la sidération devant l’horreur, la peine et se sentir déchiré de toutes parts… »
Le carnage qui se déroule à Gaza, les victimes et témoins directs peuvent et savent courageusement le décrire aussi longtemps qu’on ne les assassine pas. Leurs témoignages évoquent la cruauté, la persécution qui conduisent la mise à faim et la mise à mort de milliers d’êtres humains tous âges et sexes confondus.
Mais l’horreur, elle, n’est pas descriptible. Elle est un sentiment.
Il est inspiré par la connaissance et la reconnaissance d’actes monstrueux avérés et prouvés qui depuis très longtemps, sont accessibles à quiconque le veut bien.
Aux habités par un tel sentiment d’horreur, nous vous rappelons sœurs, frères humains que jamais les mots ne peuvent manquer pour exprimer notre ressenti, le crier, le hurler, en faire entendre la puissance de révolte, seuls ou à plusieurs, comme les manifestations à travers le monde en témoignent.
Qu’on ne nous réplique pas qu’« on ne sait pas bien écrire ou parler, exprimer ses sentiments. » Se rassembler peut exprimer un NON catégorique devant « l’horreur.»
Ce n’est pas le vocabulaire qui manque, ce n’est pas la langue qui serait lacunaire, et paraîtrait désuète, incapable de dominer « l’indicible, l’inexprimable.» Ce n’est pas non plus l’écriture y compris de la poésie qui serait devenue impossible devant les barbaries, mais ce sont la conscience, la connaissance qui font faillite, une faillite dont la déclaration souvent n’est pas sans intérêt idéologique, à moyen terme.
Nous le savons fort bien, c’est le nombre qui manque, le courage, la volonté, mais aussi et surtout l’amour pour y contribuer qui sont absents, soit en raison d’une complicité objective avec les assassins, soit encore au nom de certaines leçons critiques de l’histoire qui justifieraient une adhésion sourde au laisser-faire le temps, les autres, ne pas s’engager, ne pas se déplacer, se déranger,ne pas sortir sous peine de se perdre.
Le ressenti d’impuissance si largement partagé au regard des événements ici comme ailleurs, est souvent le fruit d’un propre manquement à soi-même, à la nourriture de son espérance, autant de manquements qui précipitent une humanité en sa perdition.
Comment autrement expliquer que confrontées à la violation, négation du droit international,toutes ces nombreuses consciences, ces belles connaissances civilisationnelles, fières des « Lumières », héritées par transmission directe ou importées, n’en appellent pas aux devoirs et obligations de l’Homme vis à vis de valeurs essentielles qui font que la vie fait sens et que nous lui donnons sens.
Lorsque l’Usurpateur détruit par des actes de barbarie ces valeurs qui ne sont pas seulement celles de la culture occidentale mais de la culture mondiale, humaine et du dialogue des cultures, il est impératif que chacun.e s’empare de sa langue et en elle, par elle, réalise les conditions sous lesquelles un appel universel à son obligation, son devoir, est de nouveau possible.
Si à cette fin, la langue poétique est satisfaisante et peut être suffisante, elle ne saurait s’affirmer comme indispensable. Le cri de l’affamé(e) de Gaza, ses lèvres figées dans l’in-prononcé du dernier souffle, parlent non pas l’impossible, mais l’interdit, le perdu : la nourriture, la vie…
Ce qui doit être entendu ce jour, c’est que toute langue qu’on appelle et prononce depuis le refus de l’inéluctable, de l’invincible, le combat qu’elle porte contre l’indicible, est non seulement possible mais indispensable par « ces temps de Gaza », pour neutraliser les bourreaux et leur langue massacrière.
On peut, on doit écrire nos ressentis profonds devant ce qui se déroule d’horrible. Il faut, on doit écrire de la poésie « pendant Gaza ». On pourra, il faudra écrire de la poésie « après Gaza ». Ces langues, ces écritures en seront d’autant plus différentes qu’elles auront mené la bataille du langage contre l’odieux.
Les poètes palestiniens de la diaspora comme ceux sur le terrain en témoignent quotidiennement.
Si le peuple Palestinien a urgemment besoin de pain, il n’a pas moins besoin d’espérance exprimée en sa langue comme en les nôtres, ici, ailleurs à travers la terre, ne serait-ce que pour contenir une heure, un jour de plus sa faim avant de s’éteindre, sans perdre son lumineux de vie et de résistance.
Le regard aimant de la mère se réfléchit dans les yeux de l’enfant de Gaza mourant par manque de nourriture et de soins, sa fin de vie en est différente, éclairée par l’amour.
Face à la négation du droit et des valeurs essentielles, fondatrices du sens universel de vivre,toutes langues portant refus d’abandon au silence, face aux affirmations d’un « indicible », ou d’un « innommable », doivent occuper maintenant toute la place de notre expression, que celle-ci soit poétique, ou non poétique, pourvu que toutes portent notre engagement à recouvrer pleinement le sens du devenir Homme qui nous est ôté par pantins et bourreaux associés.
A qui hésite au nom de son petit doigt… Qu’il y aille de toute son âme, l’amour l’y aidera
Philippe Tancelin
17 août 2025
-
Salvatore Bravo-La Chine peut-elle être notre modèle ?

La Chine peut-elle être notre modèle ? par Salvatore Bravo
17 août 2025

L’Occident, terme désignant une zone géographique qui s’étend des États-Unis à Israël, montre sans équivoque la « vérité » de son système. C’est une zone géographique, où les différences sociales et culturelles ont presque disparu, à leur place l’américanisme prévaut. Ce dernier se caractérise par un économisme fanatique qui met tout en vente afin de récolter de la plus-value. L’individualisme est le modèle qui règne et dévore l’histoire et l’être avec sa hiérarchie de valeurs. Le multi-nullisme est l’essence de l’américanisme.
Le génocide des Palestiniens a lieu en mondovision et, pendant que tout cela se produit, les commérages dominent et règnent. Israël n’est pas soumis à de véritables sanctions, au contraire, on demande à la puissance qui défend les intérêts occidentaux au Moyen-Orient de faire preuve de « retenue » en matière de trêves et on l’invite à laisser passer l’aide humanitaire. Une esthétique funéraire qui voudrait masquer la complicité substantielle de l’Occident. Dans ce climat de monstruosité pourrissante devenue banale et ordinaire, poser le problème de l’alternative à un système qui semble invincible et éternel, mais qui est en réalité assiégé par un monde qui change rapidement, est essentiel pour redonner espoir au désert du désespoir. On se dirige vers une révolution également en Occident, puisque les technologies et les ressources minières sont maintenant en pleine possession des peuples non occidentaux. Les siècles de parasitisme et de pillage sont terminés ou sont en train de se terminer. La population de l’Ouest diminue et vieillit fortement ; la culture des seuls droits individuels montre son vrai visage, c’est-à-dire que la famille disparaît et avec elle l’avenir, ne laissant que des individus consommateurs qui ne laissent aucune trace derrière eux. Il n’y a pas de souci de l’autre (de la famille au sens propre et étendu), donc l’Occidental moyen finit ses jours en appauvrissant ce qui l’humanise. Dans ce contexte, rechercher et la fonder l’alternative est inévitable.
Les colonisés sont ceux qui défendent le modèle américain. Ce sont les athées fervents qui, afin de renforcer le système, s’engagent à soutenir des réformes purement esthétiques qui peuvent fortement le légitimer.
La lutte contre les racismes sert à masquer la violence ordinaire d’un modèle capitaliste fondé sur la concurrence et le nihilisme de l’argent. Le nouveau racisme qui émerge est basé sur la distinction entre les gagnants (propriétaires de grands patrimoines) et les perdants (socialement non pertinents). L’américanisme, tel que l’a défini Costanzo Preve, est le serviteur qui défend le maître et contribue à son pouvoir :
« L’américanisme ne signifie absolument pas toujours soutenir servilement tout ce que les gouvernements américains décident de faire à chaque fois. Le véritable américanisme, au contraire, consiste à conseiller l’empereur sur ce qu’il doit faire pour être plus aimé de ses sujets, plus multilatéral, moins unilatéral, et généralement plus porteur de soft power. Le véritable américaniste conseille de fermer Guantanamo, de décourager le Ku Klux Klan, d’élire autant de Noirs, de femmes, d’homosexuels que possible à la direction, etc. Le véritable américaniste veut pouvoir se reconnaître dans la puissance impériale qui occupe son pays avec des bases militaires et des dépôts de bombes atomiques des décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945) et la dissolution de tout pacte militaire « communiste » (1991). Le véritable américaniste veut être le sujet d’un bon empire, et c’est pourquoi il regrette que l’empire soit parfois mauvais et exagère. En massacrant l’Irak, l’empire n’a pas commis un crime, mais une erreur. L’américaniste utilise deux registres linguistiques et axiologiques différents, le code du crime et le code de l’erreur. Nous pouvons tous faire des erreurs, que diable ! Hitler, Mussolini, les Japonais, les communistes, Milosevic, Mugabe, la junte militaire du Myanmar, les talibans, etc., ont commis et commettent des crimes. Churchill massacrant les Kurdes et les Indiens, Truman larguant la bombe atomique sur Hiroshima, Bush envahissant l’Irak en 2003, ils ne font que des erreurs désagréables. L’américaniste accuse d’anti-américanisme tous ceux qui prétendent que les États-Unis se comportent comme un empire, et ne devraient pas le faire, mais se comportent plutôt comme un État-nation normal, confiant le monde à un équilibre entre les puissances, sans ambitions messianiques impériales. Ici, l’américaniste atteint le comble de l’imposture, parce qu’il accuse paradoxalement la culture américaine elle-même d’anti-américanisme, qui affirme clairement qu’elle est un empire, qu’elle veut être un empire et qu’elle veut continuer à être un empire, et qu’elle n’est pas du tout disposée à renoncer à cet exceptionnalisme messianique. L’américanisme ne consiste donc pas en un ensemble variable d’opinions sur tel ou tel acte spécifique des États-Unis, mais en un présupposé d’une intériorité illimitée à ce monde, dans laquelle il faut ensuite négocier les modalités de l’adhésion spécifique1”.
L’américanisme occidental est le symptôme de la décadence. Si les identités des peuples européens sont annihilées par des décennies de colonialisme linguistique, culturel et économique, il ne reste plus que l’américanisme avec son économisme pour donner un «habit du néant» qui se cache derrière le rideau idéologique des seuls droits individuels, lesquels proclament le marché comme lieu et espace de liberté. Le marché est bien plus qu’une institution économique, c’est le sens pervers de l’Occident. La liberté s’achète et se vend sur le marché, c’est une valeur d’échange, donc la liberté est une image miroir de la marchandisation. Dans ce climat de crépuscule, les tensions ne peuvent que s’aiguiser. Il est inévitable, dans un état suffocant, de chercher un autre modèle au-delà des frontières de l’Occident que rien ne semble pouvoir céder dans un tel état.
La Chine, avec ses succès et sa politique de défense des intérêts souverains, semble être « le modèle » dont il faut s’inspirer, d’autant plus qu’elle est une « puissance communiste » qui submerge aujourd’hui les États-Unis. Maintenant, le vrai problème est de savoir si le communisme est en vigueur en Chine. Pour pouvoir évaluer, nous avons besoin d’un modèle objectif, d’un paradigme, même s’il est partiellement défini, et le paradigme nous est donné par Marx. Le communisme est la participation radicale des travailleurs à la planification politique et économique. La nationalisation des banques et des grandes industries ne qualifie pas un État de communiste, ce qui le définit est la participation et le renversement de chaque oligarchie. En Chine, le pouvoir est fermement entre les mains d’une nomenclature d’hommes et de femmes qui utilisent le capitalisme à des fins sociales, pour augmenter la richesse nationale et pour satisfaire les besoins fondamentaux et maintenant même les superflus. Tout cela est grand, d’autant plus que cela s’est produit en quelques décennies, mais ce n’est pas du communisme, puisque les ouvriers restent des sujets gardés de la nomenclature. Ce qui manque, comme l’affirme Costanzo Preve, c’est la réflexion théorique sur la Chine, sans cette praxis de pensée on se limite à admirer les résultats, mais on n’évalue pas les processus et les fins :
Il est dit qu’une « longue marche vers la prospérité » est en cours en Chine. Je n’ai aucun doute à ce sujet. Je suis d’accord qu’il n’est pratiquement pas important qu’un chat soit rouge ou noir, tant qu’il attrape des souris, mais ce sage dicton n’aide pas à clarifier la nature sociale de la Chine d’aujourd’hui. On parle de la diaspora chinoise (Casati), de l’affrontement autour des terres rares (Giannuli), de la Chine qui est maintenant au centre du monde (Ricaldone). D’accord, il ne manque qu’une réflexion inspirée de la théorie de Marx. Maintenant, je ne dis pas que c’est nécessaire, en fait c’est peut-être trompeur. Mais alors il faut le dire, et ne pas se déclarer à la fois « communistes » et admirateurs du « dépassement » sino-américain. Giovanni Arrighi, dans sa précieuse étude sur la succession des cycles d’accumulation Gênes-Hollande-Angleterre-USA-Chine (Adam Smith à Pékin), dit des choses très similaires, mais il ne rêve même pas de parler d’un modèle socialiste qui l’emporte sur un modèle capitaliste.
Le livre suggère que l’élément principal pour caractériser la Chine comme une « nation souveraine d’origine principalement socialiste » réside dans la prépondérance macroéconomique de la propriété étatique et coopérative sur la propriété privée. Mais s’il en est ainsi, il faut avoir le courage de dire que Lassalle avait raison contre Marx. Je n’ai rien contre, mais qu’on le dise. Si le socialisme est l’ IRI[1] écrit en idéogrammes chinois, c’est très bien. Dans son introduction, Losurdo parle de son voyage en Chine (j’imagine honoré en tant qu’invité étranger de marque) et parle de bien-être partout visible. Je le crois, même si de temps en temps nous lisons des articles sur les révoltes paysannes et ouvrières, mais même les visiteurs des États-Unis du passé l’ont dit2”.
L’intervention de l’État dans l’économie ne garantit pas le communisme ou les formes de socialisme. Le dirigisme et la propriété étatique de la terre ne sont pas une garantie du socialisme ou du communisme, mais c’est une forme de capitalisme contrôlé. La Chine semble avoir renoncé aux objectifs idéaux du communisme : la participation politique, l’égalité formelle et matérielle, le soutien aux associations de travailleurs auxquelles devraient appartenir les moyens de production, au lieu de tels idéaux politiques règnent en Chine. Les hommes et les femmes vivent dans une réalité dans laquelle les inégalités économiques sont de plus en plus évidentes et dans laquelle l’argent a un poids de plus en plus important, il est donc difficile d’émettre l’hypothèse que les Chinois puissent au fil du temps concevoir des formes de communisme ou de socialisme plus harmonieuses et conformes à la définition marxiste du communisme. Si la nature humaine est éthique et rationnelle et que la pratique de la solidarité est donc ce qui humanise, la Chine répond-elle à cette vérité ? La Chine fait également partie d’un développement historique et productif très différent de celui de l’Europe, de sorte que les catégories chinoises et son modèle ne sont pas applicables en Europe. La stabilité chinoise est certainement l’une des forces de la Chine, et après les décennies de maoïsme, elle peut atteindre des objectifs impensables d’un point de vue productif et assiéger l’Occident, ou plutôt ses oligarchies, mais ce n’est pas le communisme :
« Je vais maintenant résumer brièvement mon essai engagé sur « l’Eurasie », 1/2006. La Chine est issue d’un mode de production asiatique, et donc les catégories sociopolitiques occidentales, qui se sont plutôt développées à travers le processus esclavagiste-féodalisme-capitalisme jusqu’à nos jours, ne lui sont pas applicables. Tout chevauchement de catégories créées pour comprendre la Grèce, Rome, le Moyen Âge, l’État absolutiste moderne, les Lumières, etc., est trompeur. Philosophiquement parlant (p. 113), l’objet historique traditionnel de la philosophie chinoise n’a jamais été la vérité (théorique), mais l’harmonie (pratique). Platon n’est donc pas superposable à Confucius. L’approche maoïste de la théorie de la contradiction (l’un est toujours divisé en deux) remonte à une tradition anti-confucéenne vieille de deux mille ans, principalement légiste et taoïste. Je suis redevable à mon ami le sinologue allemand (oriental) Ralf Moritz. Après la mort de Mao, certes hostile à Confucius (pensons à la campagne contre Confucius-Lin Piao), le retour à Confucius marque la mise au premier plan de la « recherche de l’harmonie » après les bouleversements de la période de trente ans 1946-1976.
Personnellement, je vois cela très favorablement. Je n’ai jamais conçu le socialisme à la manière de Sartre (révolution permanente des groupes-en-fusion contre les pratiques-inertes sous l’emprise du paroxysme du projet-finalité), mais je l’ai toujours conçu à la manière de Lukacs (stabilisation d’une vie quotidienne non pas au sens de Bakounine, mais d’Aristote et de Hegel). Je n’ai donc aucune objection. Mais je ne vois pas pourquoi le développement capitaliste de la Chine, même avec la présence bénéfique d’un contrôle macroéconomique de l’État que les dissidents pro-américains imprudents voudraient abolir, devrait être considéré comme le socialisme du XXIe siècle. Si vous voulez le considérer comme une correction de cap bénéfique par rapport à l’extrémisme stalinien et/ou trotskyste, je suis d’accord. Mais je pense qu’en Italie, en Italie et en Occident, cela n’a plus de sens de retomber dans « l’État dirigeant », même si ce n’est que symbolique, sans le Komintern et le Kominform, mais il est beaucoup plus utile de reprendre une discussion sensée sur le socialisme, impossible tant que cette discussion est « détournée » par la jet-set de gauche comme « Manifesto », « Liberazione » et d’autres journaux sédimentés par la tradition anarchiste de 1968.
Mais c’est une autre histoire. La vraie histoire3”.
Nous ne pouvons comprendre la Chine que si nous considérons qu’elle fait partie d’une histoire qui a son fondement dans la propriété de la terre qui, dans le mode de production asiatique, appartenait à l’empereur et appartient maintenant à l’État, et c’est bien sûr le katechon aux formes d’individualisme propriétaire sans limites ni frontières :
Le mode de production asiatique, dont Marx parle longuement (cf. K. Marx – F. Engels, Inde Chine Russie, Il Saggiatore, Milan 1960), implique d’une part la propriété de l’État despotique sur la terre, et d’autre part l’autonomie productive réelle des collectivités paysannes subalternes. Comme nous pouvons le voir, cela n’a rien à voir avec l’esclavage gréco-romain antique et le féodalisme d’Europe occidentale, deux modèles historiques qui ont servi à Marx pour élaborer les deux types respectifs d’esclavage et de mode de production féodal. La propriété exclusive de l’État despotique sur la terre, combinée à l’autonomie productive réelle des collectivités majoritairement paysannes, configure un modèle social, économique, politique et culturel absolument non occidental (pour le meilleur ou pour le pire, c’est une autre question à discuter séparément), que l’on retrouve sous des formes différentes et spécifiques en Chine, en Inde, chez les Incas du Pérou, et ainsi de suite. Ce modèle, dit asiatique, ne doit pas être confondu avec deux autres modèles qui ne sont pas non plus occidentaux, mais qualitativement différents, tels que l’antique-oriental (l’Égypte ancienne, l’ancienne Mésopotamie, la Chine et l’Inde anciennes des premières civilisations fluviales et hydrauliques, etc.) et comme l’africain, basé sur le rôle productif et structurel des langues des familles élargies et la division du travail social entre les sexes et les générations qui s’organisent toutes deux de manière autonome dans un sens de culturel et politique. La Chine a été le plus grand modèle historique du mode de production asiatique. C’est pourquoi ceux qui veulent parler de Mao comme d’un simple admirateur de Staline et d’un ennemi de Khrouchtchev doivent être invités, poliment mais aussi résolument, à approfondir l’étude4.
Le fait inévitable est le suivant : un dirigisme fort n’implique pas le socialisme. L’IRI n’a pas conduit au socialisme en Italie. L’intervention de l’État dans l’économie n’est pas une garantie du socialisme, au contraire, l’État a souvent été et est sous les ordres des oligarchies. L’argent a un pouvoir d’infiltration et de corruption remarquable. Ceux qui détiennent les moyens de production et l’argent peuvent percer les filtres et les limites institutionnelles.
Le socialisme et le communisme ne sont pas réductibles à des succès matériels et à des stratégies de contrôle de l’économie pour mettre en œuvre la production. Le socialisme et le communisme avec des densités différentes ont pour but de fonder et de concevoir une communauté d’État conforme à la nature humaine. Les critiques de Costanzo Preve ont eu pour but d’éclaircir avec l’art de la définition, qui ne doit jamais manquer à tout philosophe de race, le communisme à partir de ce qui peut sembler tel pour ne pas tomber dans des erreurs qui ont souvent leur cause dans le vide politique de nos terribles années. Il n’en reste pas moins un fait, la Chine nous enseigne l’autonomie et la défense des intérêts souverains, donc nous, Européens aussi, si nous retrouvons notre identité et notre indépendance, nous pourrions développer un modèle économique et social cohérent avec notre histoire et avec la tradition communiste européenne et, peut-être, si nous nous engagions sur cette voie difficile, nous pourrions être les catalyseurs populaires d’un nouveau projet sur mesure. On reste colonisé dans l’esprit, si pour échapper à un État colonialiste (les États-Unis), on cherche la solution dans un autre État. Se débarrasser des toxines du colonialisme est un chemin long et difficile. L’habitude de la dépendance est le mal qui sévit en Europe, et en particulier en Italie, occupée par plus d’une centaine de bases de l’OTAN et encline à imiter le monde anglo-saxon dans tous les domaines et toujours prête à détruire la langue, la culture, l’histoire et son paysage pour se transformer en une copie sinistre du dirigeant. Peut-être, de manière inconsciente, cette attitude répandue cache-t-elle le désir de cacher l’humiliation quotidienne en se démarquant de son identité et en s’identifiant aux dominateurs. Nous devons sortir de ce piège.
Salvatore Bravo
Notes
1 Costanzo Preve, Elements of Political Correctness Étude préliminaire d’un phénomène idéologique destiné à devenir de plus en plus envahissant et important à l’avenir, paragraphe XVII
2 Costanzo Preve, Lettre ouverte à Domenico Losurdo, dans Communisme et communauté, paragraphe VIII, oct. 2011
3 Ibid., paragraphe X
4 Costanzo Preve, Sur le maoïsme et Mao, Kelebek, paragraphe IV
[1] – IRI (Institut de Reconstruction Industrielle) Institution créée en 1933 et liquidée en 2002. Elle a été fondée pour acquérir les propriétés industrielles déjà détenues par les 3 grandes banques italiennes, Banca Commerciale Italiana, Credito Italiano et Banco di Roma, qui ont fait faillite à la suite de la grande crise de 1929 et ont ensuite été définies comme des banques d’intérêt national.
Après la 2ème Guerre mondiale, l’IRI a joué un rôle central dans le miracle économique italien. -
الطّاهر المعز – الفقر في أوروبا: نماذج من فرنسا وألمانيا

الفقر في أوروبا: نماذج من فرنسا وألمانيا : الطّاهر المعز
واقع الفقر
تكشف البيانات الرسمية الواردة في دراسة نشرتها منصّة « كل أوروبا » ( تموز/يوليو 2024) إن نحو 20% من سكان الإتحاد الأوروبي مهددون بالفقر أو الإقصاء الاجتماعي، ونشرت شركة ستاتيستا الألمانية المتخصصة في بيانات السوق والمستهلكين تقريرًا قَدَّرَ « إن نحو مائة مليون شخص أو 20% من سُكّان دول الإتحاد الأوروبي معرضون لخطر الفقر أو الاستبعاد الاجتماعي »، بفعل انحسار دَوْر الدّولة أو انسحابها من احتواء التفاوتات بواسطة أنظمة الدّعم الإجتماعي، مما رَفَعَ من عدد الأفراد الذين يعيشون على هامش المجتمعات الأوروبية، أو العاجزين عن مواجهة مصاريف الحياة الأساسية كالسكن والطّاقة والرعاية الصحية والتعليم والنّقل، وتُخفي هذه النسب تفاوتًا بين فنلندا التي بلغ معدّل الفقر بها أقل من 6%، وفرنسا ( 9,2% ) وبلغاريا (16% ) وإسبانيا ( 13,7% ) وإيطاليا ( 13% ) في إسبانيا، ولم يعد العمل يُمثل حماية أو « تأمينًا » ضدّ الفَقْر، إذْ قدّرت البيانات الرسمية للإتحاد الأوروبي ( يوروستات) إن نحو 10% من العاملين في الاتحاد الأوروبي يعيشون تحت خط الفقر، سنة 2023.
خلل هيكلي
تعتمد الدّوَل والمُؤسسات الدّولية على حجم الناتج المحلي الإجمالي لقياس قوة الإقتصاد وعلى نسبة نمو الناتج المحلي الإجمالي، وهي معايير كَمِّيّة، ومعدّلات ( مثل حصّة الفرد من الناتج المحلّي الإجمالي) لا شأنَ لها بالتّنمية ولا بتوزيع الثروات، ولذلك فإن ارتفاع حجم الإقتصاد ( الناتج المحلي الإجمالي) لا يعني تحسُّنًا في ظروف عيش الأغلبية أو انخفاض نسبة الفقر أو ارتفاع الرواتب وقد يعني ارتفاع ثروة الأثرياء بشكل غير متناسب مع عددهم ومع الجُهْد الذي قد يبذلونه لتعظيم ثرواتهم، وأظهرت البيانات في أمريكا الشمالية والإتحاد الأوروبي ارتفاع عدد العقود والوظائف الهشّة مقابل انخفاض الوظائف الثابتة، وازدياد احتمالات التّهديد بالفقر لفئة كبيرة من السّكّان العاملين ( في المناطق الحَضَرية أو في الأرياف) وغير العاملين، بسبب خفض الإنفاق الإجتماعي وبسبب سوء توزيع الثروة، مما جعل فئات عديدة من السّكّان عاجزة عن توفير الضّروريات، وارتفع عدد الفُقراء والمُهمّشين – بمن فيهم العاملون – بشكل لافت في ألمانيا وفرنسا، أكبر اقتِصادَيْن أوروبِّيّيْن، إذا اعتبرنا الفقير هو من لا يحصل على دخل يكفي لتلبية الحاجيات الأساسية كإيجار السّكن والطاقة والدّواء وتعليم الأبناء، ولو كان عاملا بدوام كامل، وفق مؤشّر الإتحاد الأوروبي للفقر ومرصد اللّامُساواة (فرنسا 2024 ) الذي يُركّز على ارتفاع عدد العاملين الفقراء (وهي ظاهرة تتجاوز فرنسا وتُؤَشِّرُ إلى خلل هيكلي في الرأسمالية النيوليبرالية) وعلى اتساع الفجوة في الدّخل والرواتب، بين المدير التنفيذي والعامل أو الموظف في أدنى درجات السّلّم الوظيفي، مما يُعرقل طموح أغلبية العاملين في تحسين مستوى عيشهم، ولذا وجب دراسة الجوانب المُتعدّدة ( أو الأبْعاد المتعدّدة) لمسألة الفَقْر في أوروبا التي تتضمن فُرص العمل المحدودة وهشاشة عُقود العمل وانخفاض قيمة الدّخل الحقيقي وانزلاق بعض الفئات الوُسْطى نحو الأسفل، وإلغاء منظومة الدّعم الإجتماعي، ويُشير المرصد الفرنسي إلى « الفَقْر غيْر الظاهر » للمواطنين الفُقراء الذين لا تشملهم عمليات الإحصاءات الرّسمية وهذا حال الكثير من فقراء أوروبا الذين لا يُحسبون ضمن الإحصاءات الرسمية، ويُشير موقع « يوروستات » ( مكتب الإحصاء الأوروبي) بنهاية حزيران/يونيو 2025 إلى ارتفاع حجم دُيُون الأفراد والأُسَر، مما يُشير إلى اتّساع دائرة الفَقْر غير المَرْئي أو المُقَنّع في بلدان الإتحاد الأوروبي، بسبب تضخم أسعار السكن والطاقة والغذاء، وثبات أو ضعف نمو الأجور التي أصبحت لا تكفي لتغطية النفقات الأساسية،وبسبب انعدام الأمان الوظيفي، وتجميد التوظيف الحكومي ( باستثناء قطاع الأمن) ونشرت شبكة يورونيوز تقريرًا يوم 13 حزيران/يونيو 2025 يُشير إلى ارتفاع نسبة الأطفال المعرّضين لخطر الفقر أو الإقصاء الاجتماعي داخل الاتحاد الأوروبي بنهاية سنة 2024، ليصل عدد هؤلاء الأطفال إلى نحو 19,5 مليونًا، أي ما يُعادِلُ 24,2% من مجموع الأطفال، مقابل 20,3% من الأوروبيين البالغين، وتُظهر بيانات مكتب الإحصاء الأوروبي (يوروستات) ارتفاع فَقْر الأطفال في العديد من بلدان أوروبا ( فرنسا وبلجيكا وإسبانيا ورومانيا ومالطا ) فيما تتصدر بلغاريا الدول الأوروبية من حيث خطر الفقر والإقصاء الاجتماعي لدى الأطفال بنسبة 35,1%، تليها إسبانيا (34,6%) ورومانيا (33,8%)، إلى جانب الدول التي سجلت انخفاض أو ضُعْفَ الحماية الاجتماعية، مقابل حُصُول الأُسَر الثّرية على إعفاءات ضريبية هامّة…
فرنسا – نموذج أزمة الفئات الوُسْطى
تُعد فرنسا نموذجا معبّرا عن أزمة الفئة الوسطى من المجتمعات الأوروبية التي فقدت « نعمة الإستقرار » الذي كان يُميّزها، وفق دراسة نشرها « معهد مونتين » (Institut Montaigne ) سنة 2024، تحت عنوان « الطبقة الوسطى: التوازن المفقود »، وفي الواقع تُعدّ عبارة « الفئات الوسطى » ( أو الطّبقة الوُسطى كما يُشاع) فضفاضة وغير دقيقة، وتفتقد إلى التّجانس لأن أفرادها غير مُتساوِين في الدّخل والوضع الاجتماعي وأنماط الاستهلاك، ولكن العديد من الأُجَراء والتّجّار والفلاحين يَشْعرون اليوم بعدم الأمان بفعل تراجع مستوى عيشهم وتدهور ظروف حياتهم وضبابية مُستقبل أبنائهم، لأن التعليم لم يعد يُشكل ضمانًا للوظيفة والدّخل المُحْتَرَمَيْن، واقتصر الإرتقاء في درجات السُّلّم الإجتماعي على أبناء الأثرياء، وأصبحت هذه الفئة تُعاني من جمود أو انخفاض الدّخل الحقيقي ومن تقلبات السوق وسياسات التقشف أو الضرائب غير المتوازنة، ومن تدهور مكانتها في المجتمع الذي تخلّى عن اعتماد الكفاءة كمقياس للترقِّي الإجتماعي، ومن ارتفاع احتمال التّعرّض للهشاشة والإقصاء، ولا يقتصر هذا التّوْصِيف على فرنسا لوحدها، بل يشمل العديد من دول الاتحاد الأوروبي، حيث تتجلّى ظاهرة ارتفاع ثروة الأثرياء ليزدادوا ثراءً بشكل استفزازي، وازدياد فقر الفُقراء، مما أحدث خلَلا في بُنية المجتمعات الأوروبية ( وكافة الدّول الرأسمالية المتطورة)، مما يُقوّض « النموذج الديمقراطي » الذي تبجّحت به أوروبا، حيث استفاد اليمين المتطرف من تراجع ثقة المواطنين في المؤسسات التقليدية، وفق دراسة معهد مونتاني المذكورة التي لاحظ مُعِدُّوها « انهيار العقد الإجتماعي ومفهوم المُواطنة الذي ساد منذ نهاية الحرب العالمية الثانية »، مما يُهَدّد المجتمعات الأوروبية بفقدان توازنها الداخلي، جراء انهيار الفئات الوسطى، وإقصاء الفقراء والمُهَمَّشِين والكادحين نحو الأحياء الطَّرَفِيّة وضواحي المُدن الكبرى التي أصبحت رمزًا حيًّا لسوء الخدمات وغياب التنمية الإجتماعية وصعوبة الحصول على سَكَن لائق وفُرص عمل ورعاية صحية ملائمة، ورمزًا للتفاوت الاجتماعي وفق تقرير أصدرته المفوضية الأوروبية سنة 2024، يُشير ( استنادًا إلى البيانات الرسمية للدول الأعضاء في الإتحاد الأوروبي) إلى ارتفاع معدلات الفقر والإقصاء وصعوبة الخروج من دائرة الفقر في هذه الأحياء الطَّرَفِيّة التي لم يعد يُؤمن سكانها ب »تكافؤ الفُرَص »، ولا تقتصر آثار هذا التهميش على المؤشرات الاقتصادية، بل تمتد إلى البنية النفسية والاجتماعية للسكان، إذ يولّد الفقر المتوارث شعورا باللاجدوى، ويُعزز من ضعف الثقة في الدولة ومؤسساتها مما يُشكّل مُؤشّرًا للخلل الاجتماعي البنيوي. (تقرير المفوضية الأوروبية بعنوان « شروط الحياة في أوروبا.. الفقر والإقصاء الاجتماعي » – 2024 )
ألمانيا
تُعَدّ ألمانيا قاطرة الإقتصاد الأوروبي، غير إن هذه القُوّة الظّاهرة تُخفي تفاوتات مُجحفة وأقَّرت الحكومة الألمانية ( بداية شهر نيسان/ابريل 2025) إنشاء صندوق استثماري بقيمة 1,1 تريليون يورو لتحديث البنية التحتية، وتعزيز قطاعات الصحة والتعليم، ودعم الاقتصاد الذي يواجه تحديات متزايدة، وقد اضطر البرلمان الألماني لتعديل الدّستور وإقرار الخطة، المناقضة لسياسة (كبح الديون)، ما أتاح للحكومة إمكانية الاقتراض الضخم، بعد أن حظي القرار بموافقة أكثر من ثلثي أعضاء البوندستاغ ( البرلمان الإتحادي) كشرط دستوري…
يأتي الاستثمار في ظل ظروف اقتصادية وسياسية صعبة؛ فمنذ اندلاع الحرب الروسية الأوكرانية، تكبد الاقتصاد الألماني خسائر فاقت 280 مليار يورو (310 مليارات دولار) خلال السنوات الثلاث الماضية، إلى جانب تقديم أكثر من 40 مليار يورو (44,27 مليار دولار) كمساعدات عسكرية لأوكرانيا، كما شهدت ألمانيا ركودًا اقتصاديًا للعام الثالث على التوالي، مما دفع أكثر من 55 ألف شركة إلى إعلان إفلاسها منذ بدء الحرب الأوكرانية، وفق معهد إيفو لأبحاث الاقتصاد الذي يُشير إلى تراجع « تَنافُسِيّة » اقتصاد ألمانيا وتراجع دورها الذي كان جاذبًا للإستثمارات واعتبرت حكومة الإئتلاف بزعامة الحزب الدّيمقراطي الإجتماعي ( مع الخُضْر) أو بزعامة الحزب الدّيمقراطي المسيحي إن حل معضلة تراجع القوة الاقتصادية الألمانية يتمثل في « تنفيذ إصلاحات تشمل تخفيض الضرائب عن الشركات وتقليص البيروقراطية، و زيادة الاستثمار في البنية التحتية العامة وتعزيز أمن الطاقة وتقديم حوافز أكبر للعمالة، والتّركيز على مجالات التكنولوجيا المتقدمة كالرقمنة والأقمار الصناعية للاستطلاع، والاتصالات الآمنة والطائرات من دون طيار وتعزيز الصناعات الدفاعية الأوروبية ( بقيادة ألمانيا)، وتقليل الاعتماد على سلاسل التوريد الخارجية، خاصة في مجالات المواد الخام والطاقة، وتقليل التبعية الأوروبية للولايات المتحدة… » وفق معهد إيفو لأبحاث الاقتصاد…
رحبت اتحادات الصناعة والمستثمرون بخطة الحكومة الألمانية إنشاء صندوق استثماري وتشمل الخطّة استثمارات ضخمة مثل 500 مليار يورو (553,5 مليار دولار ) لتطوير البنية التحتية ( الطرقات والسكك الحديدية ) ومائة مليار يورو (110 مليارات دولار) لدعم البيئة والمناخ، وأصْدَرَ اتحاد الصناعات الألمانية بيانًا يُثَمِّنُ « أهمّيّة دعم الإبتكار والشّركات النّاشئة (…) إن هذه الاستثمارات ستكون حاسمة في تحفيز النمو، ومن الضروري تعزيز رقمنة الدولة لتكون أكثر دعمًا للشركات، إذ يجب أن تصبح البنية التحتية الرقمية والتنظيم المشجع للابتكار ودعم الصناعات الإستراتيجية مثل أشباه المواصلات والبطاريات، في صدارة الأولويات لتبقى ألمانيا رائدة الإقتصاد الأوروبي… «
تُشير هذه التّعليقات إلى ضرورة دعم رأس المال من قِبَل الدّولة ( أي من المال العام والدُّيُون) « وتقديم إعفاءات ضريبية لدعم الاستثمار وتعزيز التوظيف »، فيما تُشير بعض الدّراسات الأكاديمية إلى « توجيه الأموال نحو تطوير البُنْيَة التّحتيّة والمدارس والجامعات وتحسين مستوى الرعاية الصحية ودعم الرَّقْمَنَة والتكنولوجيا، لإعادة إحياء الاقتصاد المتباطئ… » وأهملت هذه الدّراسات رواتب العاملين وتحسين ظروف عيش السّكّان، وخصوصًا المُتقاعدين، وارتفاع نِسب الفقر…
ارتفاع الإنفاق العسكري زمن الأزمة
أدّى قرار رصد ميزانية مفتوحة للجيش والصناعات العسكرية واستثمار مبالغ ضخمة لتطوير الجيش وقوات الأمن، إلى صفرة غير مسبوقة لقطاع صناعة الأسلحة، وتهدف الحكومة الألمانية جعل الجيش الألماني الأقوى في أوروبا، وانتعاش الإقتصاد بواسطة عَسْكَرَتِهِ، بعد عامين من الركود، واقتراض 465 مليار دولار ( 400 مليار يورو) لتحسين البنية التحتية المتهالكة والتعليم والصحة، و116 مليار دولارا ( مائة مليار يورو) لحماية المناخ، وتمثل الميزانية المفتوحة ( بدون سَقَف) للصناعات العسكرية عودة إلى فترة الحكومة النّازية التي جعلت من القوة العسكرية والأمن ( القمع ) أساسًا لسياستها، وبرّر معهد أبحاث الاقتصاد الألماني زيادة الإستثمار العسكري بدَوْرِه في « الخروج من فترة الرُّكُود لأن المكاسب الإنتاجية الناجمة عن الإنتاج العسكري قد تكون كبيرة، خاصة تلك المرتبطة بالبحث والتطوير… »، ورحّبت ولاية بافاريا (جنوب ألمانيا) بزيادة الإنفاق العسكري، لأن الولاية تضم أهم مواقع التجهيز العسكري والمركبات والطائرات وغيرها من المعدات، حيث يعمل حوالي 45 ألف شخص في قطاع الدفاع والأمن في الولاية، وأدى رفع الميزانية الدفاعية في ألمانيا إلى ارتفاع أسهم الشركات المصنعة للأسلحة، وفق اتحاد الصناعة البافاري، غير إن الولايات المتحدة ربطت زيادة الإنفاق العسكري لأعضاء حلف شمال الأطلسي إلى 5% من الناتج المحلي الإجمالي بشراء السلاح والمعدّات من الولايات المتحدة الأميركية والكيان الصهيوني…
الوجه الخفي للقُوة الألمانية
تُعدّ ألمانيا أكبر اقتصاد أوروبي وثالث أكبر اقتصاد عالمي، ومع ذلك أعلن مكتب الإحصاء الاتحادي يوم الأربعاء العاشر من نيسان/ أبريل 2024، استنادًا إلى النتائج الأولية لمسح حول الدخل والظروف المعيشية، أن 17,7 مليون شخص في ألمانيا كانوا تحت خط الفقر أو الإقصاء الاجتماعي خلال العام 2023، ما يعادل 21,2% من السكان، وبالمقارنة مع العام السابق ( 2022)، فقد بقيت النسبة تقريبًا دون تغيير، ويُعتَبَرُ الفرد مُعرّضًا لخطر الفقر أو الإقصاء الاجتماعي، وفق معايير الإتحاد الأوروبي، إذا كان دخله أقل من خط الفقر، أو أن تعاني أسرته من حرمان مادي واجتماعي شديد، أو أن يعيش في أسرة تشارك بشكل محدود في سوق العمل ويمكن تحديد نسبة المتضررين بناءً على كل من هذه الحالات، وتنطبق هذه المعايير على 20% من المتقاعدين أو حوالي 3,4 مليون شخص فقير تفوق أعمارهم 65 سنة، من إجمالي حوالي 17 مليون مواطن مُسِنّ في ألمانيا، من أجمالي 83,5 مليون نسمة، وبدأ فقر المُسِنِّين يطول الفئات المتوسطة، فيما تعاني ألمانيا من احتمال انخفاض عدد سُكّانها وانخفاض حجم الفئة القادرة على العمل، بينما ارتفع عدد المُشرّدين وعدد المُصْطَفِّين في الطوابير للحصول على مواد غذائية مجانية، وعدد المتقاعدين الذين يبحثون عن زجاجات فارغة لإعادتها إلى المتاجر مقابل بعض السّنْتَات، في العاصمة برلين كما في معظم المدن الألمانية، وهذا هو الوجه الآخر الخَفِي لارتفاع الثروة وارتفاع أجور الكوادر والمُديرين خلال السنوات القليلة الماضية، وتشير الإحصائيات إلى أن أكثر من 21,3% من السكان (أكثر من 25,5 مليون شخص) يعيشون تحت خط الفقر أو مهددون بالإقصاء الاجتماعي سنة 2024، وفقا للمكتب الاتحادي الألماني للإحصاء الذي تُشير بياناته إن 14,4% من سكان ألمانيا مهددون بخطر الفقر ( فضلا عَمّن يعيشون تحت خط الفقر أو هم فُقراء حاليا)، ويتم تعريف الشخص كفقير في الاتحاد الأوروبي إذا كان دخله أقل من 60% من متوسط الدخل الشهري للفرد في بلده، ويُقاس مستوى الفقر في ألمانيا بدخل شهري صافي يقل عن 1200 يورو (1250 دولارا) شهريا للفرد أو أقل من 2410 يورو (2510 دولارات) لعائلة مكونة من أبوين وطفلين، وتتمثل زيادة الفقر الظّاهر في ألمانيا بطول الطوابير أمام بنوك الطعام، وخصوصًا من المُسنّين، أما ما هو غير ظاهر فيتمثل في التفاوت في توزيع الثروة ووجود فئات تعاني من صعوبات اقتصادية، وأخرى متخمة، في ظل غياب سياسات اجتماعية واقتصادية تعزز تكافؤ الفرص وتقديم الدعم للفئات المحتاجة، وصرّح متحدث باسم بنك الطعام « تافل » ( قرابة أَلْف فَرع في ألمانيا)، إن التضخم وارتفاع الأسعار جعلا معاشات التقاعد غير كافية لتغطية الاحتياجات الأساسية، وإن الناس يواجهون أوضاعا صعبة أكثر من أي وقت مضى، لتفسير ارتفاع أعداد المتقاعدين المترددين على بنوك الطعام للحصول على مواد غذائية، جمعتها بنوك الطعام من المتاجر الكبرى والمخابز، واضطرت بنوك الطعام إلى تقليص كميات الطعام الموزعة لكل شخص لضمان استفادة أكبر عدد ممكن، بسبب ارتفاع أعداد المحتاجين منذ ثلاث أو أربع سنوات…
يُمثّل الفَقْرُ في ألمانيا مشكلة تعود بعض أسبابها إلى الارتفاع المستمر في تكاليف المعيشة، مقابل ثبات الأجور وعدم كفاية معاشات التقاعد، رغم النظام الاجتماعي الذي يوفر الحد الأدنى من الحماية، لكنه لا يكفي للقضاء على الفقر ( لأن) مكافحة الفقر مسؤولية سياسية ولا يمكن تركها بالكامل للمنظمات الخيرية مثل « تافل أو كاريتاس الخَيْرِية، وأشار المتحدّثان باسم هاتَيْن المُؤسّسَتَيْن « إن الفقراء غالبا ما يعيشون في شقق غير ملائمة أو صغيرة، بعيدا عن مواقع العمل والمدارس، وينفق معظمهم أكثر من نصف دخلهم على تكاليف السكن، ومن المؤسف إن نحو 70% من الأشخاص الذين عانوا من الفقر خلال السنوات الخمس الماضية سيستمرون في هذه الحالة خلال السنوات الخمس المقبلة، ما يعكس قلة الفرص المتاحة وندرة الوظائف ذات الأجر الكافي لتأمين حياة كريمة، حيث يحتاج الفرد في ألمانيا إلى ما لا يقل عن 650 يورو (677 دولارا) شهريا للحصول على غذاء صحي، في ظل ارتفاع نسبة البطالة إلى 6% وفق المكتب الاتحادي للإحصاء، ولا يتجاوز الدّخل الشهري للعاطلين عن العمل 560 يورو، وبشكل عام لا يحمي نظام الضمان الاجتماعي الأساسي من الفقر، ولم تُقدّم برامج الأحزاب المُمثّلة في البرلمان الإتحادي حلولا جذرية لمشكلة الفقر في ألمانيا…
بين خطاب « تكافؤ الفُرَص » وممارسة الإقصاء
وُلِدت الثورة الصّناعية والرّأسمالية في أوروبا، واستعمرت الدّوَلُ الأوروبية العالم، منذ القرن الخامس عشر، ولا تزال أوروبا تنهب ثروات البلدان الفقيرة التي تُهيمن عليها وُطْلق الحروب من أجل السيطرة على الأرض والموارد، وترفض هجرة ضحايا هذه الحروب وهذا النّهب من المُعَطّلين عن العمل والمُفَقَّرِين من إفريقيا وآسيا، الذين لازالوا يحملون أوهامًا عن أوروبا بعد تغْيِير شكل الإستعمار من عَسْكَرِي مُباشر إلى استعمار اقتصادي وثقافي وأشكال أخرى من الهيمنة « النّاعمة » و »الخشنة » ( كالإنقلابات)، وتتم هذه الهيمنة بتواطؤ من الأنظمة الوَكِيلة للإمبريالية التي تُفرّط في الثروات المعدنية والأرض والبشر…
لا زال ملايين البشر من بلدان « الأطراف » يعتبرون دول الإتحاد الأوروبي ملاذًا ومعقلا لحقوق الإنسان ورَمْزًا « للّرّفاه والحضارة والرُّقِي »، لكن مبدأ الرأسمالية يتلخّص في التّوزيع غير المتكافئ للثروات، في أي بلد رأسمالي، بل إن الفجوة الطّبقية ما فتِئَتْ تتوسّع وتتعمّق بين رأس المال والعَمل أو بين الأثرياء ( الذين لا يحصلون على المال من كَدّهم وعَرقِهم، بل بالوراثة أو بالمُضاربة واستغلال البشر فضلا عن الدّعم الحكومي) والكادحين الذي لا ثروة لهم سوى جُهْدِهم أو قُوّة عملهم، وكذلك الفُقراء الذين تم تهميشهم أو تشغيلهم بدوام جُزْئي مَفْرُوض وبعقود قصيرة الأمد وغير ثابتة، واتّسعت رُقعة الفقر بعد خصخصة المرافق العامة وخفض الإنفاق الحكومي في المجالات الحيوية كالرعاية الصحية والتعليم والنقل والسّكن، بموازاة ارتفاع حجم البطالة الكُلِّيّة أو الجُزْئِيّة، فارتفعت نسبة المُشرّدين وفاقدي المأْوَى جراء ارتفاع إيجار المَسْكن وزادت نسبة من يُعانون من سوء التغذية بسبب ارتفاع أسعار الغذاء، كما تخلّى ملايين المواطنين في الدّول الرأسمالية الغنية عن العلاج بسبب خصخصة قطاع الصحة وارتفاع أسعار الدواء وارتفاع أسعار الطّاقة، رغم انخفاضها في الأسواق العالمية، وتُساهم مجمل هذه العوامل وغيرها في تقويض أُسُسَ الدّيمقراطية التّمثيلية وانخفاض عدد المُشاركين في التصويت في الإنتخابات الدّوْرِية بسبب عدم تمثيل القوى السياسية لمصلحة أغلبية المواطنين…
لذا فإن الصُّورة البَرّاقة لأوروبا ( أو أمريكا الشّمالية) هي مُجرّد قِناع أو غلاف أو مَظْهَر خارجي يُخْفِي الفوارق الطّبقية المُجْحِفَة ويَطْمس الواقع اليومي للكادحين ومَحْدُودِي الدّخل والمُهاجرين الذين يتم استغلالهم بشكل فاحش وتشغيلهم في المِهن الشاقة وغير المُجْزِيَة، وتُخفي الفوارق بين المناطق وأحياء المدن الغنية والضواحي التي يسمنها الفقراء، وبين السكان الأصليين والمهاجرين، كما تدهورَ وضع الفئات الوُسطى التي كان أفرادها يطمحون الإرتقاء في درجات السُّلَّم الطبقي ليلتحقوا بطبقة الأثرياء…
وردت أهم المعلومات من وكالة رويترز 15 شباط/فبراير و 20 تموز/يوليو 2025 + أسوشيتد برس 16 تشرين الثاني/نوفمبر 2024 + مرصد اللاّمُساواة (فرنسا) أرقام سنة 2024، بالإضافة إلى مكاتب الإحصاء الوطنية والأوروبية.
الطّاهر المعز
-
Benoît Pelopidas -Armes nucléaires 2025 : parier sur la chance pour la survie de l’humanité


D’ après la lecture d’ Olivier Berruyer pour Élucid publié le 01/03/2025
Benoît Pelopidas est docteur en science politique, fondateur du programme d’étude des savoirs nucléaires de Sciences-Po et auteur de « Repenser les choix nucléaires ». Il est un des grands spécialistes mondiaux des armes nucléaires, des catastrophes potentielles qu’elles peuvent causer.
Il dévoile la triste vérité de ce sujet étrangement très peu abordé dans les grands médias, en dépit de son importance vitale : les armes nucléaires, loin de contribuer à notre sécurité, sont un danger à tous les niveaux. Leur existence fait peser sur l’humanité une menace hors de contrôle, a fortiori dans les temps troublés que nous traversons.
La première bombe atomique a rasé Hiroshima il y a 80 ans, tuant près de 150 000 personnes. Depuis lors, l’arme nucléaire est largement présentée par les gouvernements et la propagande médiatique comme une invention magique qui « dissuaderait » les grandes puissances de recourir à la guerre. En réalité, ce véritable « démon », a simplement reporté les guerres sur des pays secondaires où elle est réalisée depuis lors par procuration. Et durant tout ce temps, les dangers se sont accumulés : accroissement délirant du nombre de têtes nucléaires par les États-Unis et l’URSS, accidents dramatiques qui auraient pu dégénérer, mauvaises informations qui auraient pu conduire à des lancements d’ogives… L’arme nucléaire reste une menace existentielle pour l’Humanité, mais elle a pourtant disparu des écrans radars des médias.
La guerre est aussi vieille que les sociétés humaines. Elle a connu 2 révolutions historiques, qui ont démultiplié son pouvoir destructeur. La première a été l’invention des explosifs chimiques qui ont permis l’industrialisation de la mort, depuis la poudre noire découverte en Chine durant le 1° millénaire jusqu’au fameux TNT (trinitrotoluène découvert en 1863) devenu l’explosif standard de la 1° Guerre mondiale. La deuxième a été le passage à une échelle de destruction sans commune mesure, avec la découverte des explosifs nucléaires au début du XXe siècle, qui ont été utilisés sous la forme de bombes atomiques sur les villes d’Hiroshima et Nagasaki, tuant plus de 200 000 personnes.
La course à l’atome : la prolifération horizontale est tout sauf inéluctable
Ignorant les appels à la paix, les États se sont lancés dans une véritable course aux armements, dés la fin de la 2° Guerre mondiale avec les États-Unis : mi-1946, ils détenaient déjà 9 bombes atomiques et ils n’ont cessé de faire croître leur arsenal durant les 4 années de leur monopole atomique. Le mouvement s’est accéléré avec l’explosion de la 1° bombe A soviétique en 1949.
Durant la Guerre froide, les pays dotés de la bombe se sont multipliés : Royaume-Uni (1952), France (1960), Chine (1964), Israël (vers 1967), Inde (1974), Afrique du Sud (vers 1979) et Pakistan (1990), la Corée du Nord (vers 2005). On parle de « prolifération (horizontale) ». Il s’agit d’un terme de propagande, pour mettre l’accent sur le nouveau pays qui se dote de l’arme, malgré la responsabilité écrasante des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU déjà équipés qui ont aidé d’autres pays dans leurs recherches.
Ces dernières décennies, le rythme de dissémination s’est considérablement ralenti. Et en 1993, l’Afrique du Sud a été le premier et seul pays à ce jour à renoncer à l’arme nucléaire. Il y a donc actuellement 9 pays dotés de l’arme nucléaire. On dénombre également 6 pays qui hébergent des bombes américaines (Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Turquie) ou russes (Biélorussie), sans en avoir le contrôle. Ce nombre est à un niveau historiquement bas. Désormais, seul un pays, l’Iran, est suspecté de chercher à obtenir cette arme. La prolifération horizontale reste donc un danger potentiel, atténué avec la fin de la Guerre froide.Paradoxe : posséder l’arme nucléaire diminue souvent à long terme sa sécurité
En 2009, la secrétaire d’État Hillary Clinton déclarait : « Nous allons nous retrouver dans un monde avec un nombre croissant d’États dotés d’armes nucléaires ». C’est un exemple classique de la propagande tenace qui présente la prolifération comme une « fatalité » savamment entretenue par les dirigeants politiques, mais, 80 % des pays soit 154 n’ont jamais entamé de programme nucléaire et ne souhaite pas s’en doter.
Mais 40 pays ont entamé des recherches nucléaires militaires dont la Suisse, dont les chefs militaires ont demandé dès le 15 août 1945, soit 10 jours après Hiroshima, « que l’on étudie sans tarder la possibilité d’utiliser l’arme atomique pour la défense de la Suisse ». En 1958, le gouvernement suisse a confirmé sa volonté d’obtenir l’arme atomique « pour préserver [son] indépendance et protéger [sa] neutralité ». Puis le programme fut abandonné comme dans 75 % des cas. Ainsi, au moins 40 États sont aujourd’hui parfaitement capables de se doter de l’arme nucléaire (Italie, Égypte, Brésil, Turquie…). Cependant, ils ont choisi de ne pas le faire. La méconnaissance de ces quelques faits s’inscrit dans un mode de pensée dépourvu de toute vision politique de l’Histoire nucléaire, alors que celle-ci est évidemment centrale.Plusieurs raisons expliquent ce manque d’intérêt des États pour l’arme nucléaire, en 1° lieu, le manque de moyens financiers et/ou de compétences scientifiques; ou bien, l’absence de perception d’un danger qui pourrait le justifier. Dans d’autres cas, les militaires (qui, contrairement à une idée reçue, ne défendent pas tous l’arme nucléaire) ont pu estimer que le coût de développement de la Bombe allait détourner des moyens qui seraient beaucoup plus utiles pour des matériels conventionnels. Ce fut par exemple le cas en Suède ou en Afrique du Sud.
D’autre part, les « parapluies » nucléaires peuvent également constituer un danger, avec un risque pour les États alliés d’être pris dans un engrenage. La Norvège a combattu tout déploiement américain sur son sol, ses responsables militaires ayant considéré que « la menace prioritaire pour la sécurité de la Norvège venait du risque d’être entraîné dans un conflit nucléaire entre les 2 grands », car « l’offre d’aide militaire américaine consistait davantage à établir une tête de pont pour menacer l’Union soviétique qu’à protéger la Norvège, ce qui mettait cette dernière en danger ». Enfin, des questions de sécurité nationale conduisent à l’abandon des recherches en matière nucléaire. Contrairement à ce qu’affirme la propagande, l’arme nucléaire n’est pas « la garantie ultime de sécurité des États ». Bien au contraire, plus un État accroît sa puissance militaire pour garantir sa sécurité, et plus sa sécurité diminue, car cela incite ses adversaires à augmenter la leur.
C’est l’un des nombreux paradoxes de l’arme nucléaire. Prenons l’exemple de l’Inde. Craignant des conflits avec la Chine et le Pakistan, elle obtient la bombe en 1974. En conséquence, le Pakistan lance un programme et acquiert la sienne. Le fait que l’Inde ait la Bombe ne dissuade en rien le Pakistan d’attaquer l’Inde en 1999. Résultat pour l’Inde : non seulement les conflits limités sont toujours possibles, mais elle risque d’être détruite par des bombes nucléaires. Au final, sa sécurité a diminué.
Si un jour le pire advenait et que les États-Unis se retrouvaient vitrifiés par des centaines de bombes thermonucléaires, cela serait la preuve définitive que leurs armes nucléaires ne garantissaient pas du tout leur sécurité, et qu’ils auraient mieux fait d’abandonner les leurs et de réaliser d’énormes pressions pour que les autres pays en fassent autant. Hélas, le gouvernement américain et le Pentagone ont fait exactement le contraire.
Des bombes toujours plus puissantes : le danger de la délirante prolifération verticale
« Toujours plus gros » : c’est ainsi que les États-Unis ont répondu à la bombe A soviétique de 1949. L’explosion de Ivy Mike, la1° bombe à hydrogène, en 1952, avait pourtant été combattue par Oppenheimer au motif qu’elle ne pouvait être qu’un « gigantesque désastre humain ».
Ces bombes nucléaires de 2° génération, appelées bombes thermonucléaires ou bombes H, fonctionnent sur un principe inverse aux bombes A : si les premières libèrent leur terrifiante énergie en cassant de gros atomes par fission, les bombes H libèrent la leur en fusionnant de tout petits atomes, exactement comme dans le soleil. Ce phénomène nécessite cependant une énorme température de 300 millions de degrés pour s’enclencher, cette dernière étant atteinte par l’explosion préalable d’une bombe A, placée à l’intérieur de la bombe H.
L’explosion d’une bombe H se déroule dans un temps très court : 600 ns (1 nanoseconde = 1 milliardième de seconde) pour la réaction de fission et seulement 50 ns pour la fusion. Ces bombes disposent d’une puissance terrifiante, au moins 1 000 fois celle de la bombe à fission de 15 kt larguée sur Hiroshima. Par exemple, Ivy Mike, la première bombe à fusion américaine, a dégagé une énergie d’environ 10 000 kt (soit 10 Mt) et l’explosion la plus puissante de l’Histoire est celle de la Tsar bomba soviétique de 57 000 kt de puissance (pour un poids de 27 tonnes et 8 m de longueur, c’est la plus grosse bombe de l’histoire nucléaire), qui devait servir de test à des bombes de 100 000 kt. La France a emboîté le pas en développant des bombes thermonucléaires dès 1968.
Signalons enfin que d’autres types de bombes découlent de ces grands types d’armes nucléaires. La bombe à neutrons ou Bombe N, une toute petite bombe H rendue 10 fois moins efficiente, de façon à maximiser, au lieu de minimiser, les émissions de neutrons (x 10). Le résultat est une bombe de 1 à 10 kt, qui fait de gros dégâts explosifs sur quelques centaines de mètres, mais émet surtout un flux de rayonnements mortels sur un bon km. Le but principal était de disposer d’une arme nucléaire tactique destinée à tuer les équipages de chars (soviétiques), en limitant les contaminations locales des retombées radioactives. A contrario, la bombe salée est une bombe H dont l’enveloppe est choisie pour créer des isotopes radioactifs dans le but de maximiser la pollution radioactive du site et le rendre inhabitable pour au moins un siècle (contre quelques mois pour une bombe à fission type Hiroshima). La bombe au cobalt ou « Bombe de l’apocalypse » est une bombe salée. Il ne faut pas les confondre avec ce qu’on appelle une « bombe sale », qui a des explosifs classiques contenant des substances radioactives, qui n’entraine aucune réaction nucléaire ; l’explosion, classique, se contente de disperser ces substances sur la zone, la rendant inhabitable. Ainsi, on a assisté à une prolifération verticale : les États-Unis et l’URSS ont construit des armes de plus en plus puissantes, jusqu’à la démesure. Une tendance naturelle a poussé à améliorer la conception et l’efficacité de ces bombes, pour les rendre plus petites. Les bombes de la puissance d’Hiroshima sont passées de 4 000 kg à 90 kg. Les « améliorations » ont aussi concerné la partie nucléaire, et elles ont pu devenir beaucoup plus puissantes.
Le poids des têtes nucléaires a tellement diminué qu’il est devenu possible de les insérer dans des missiles, plutôt que dans de gros avions, ce qui facilite les frappes en territoire ennemi. Il est désormais possible de mettre plusieurs bombes H dans la tête d’un seul missile balistique pour les délivrer à l’autre bout de la Planète, où elles suivront des trajectoires indépendantes lors de leur entrée dans l’atmosphère ( le « mirvage », de MIRV : Multiple Independently targeted Reentry Vehicle) Les « progrès » techniques ont permis aux missiles nucléaires d’aller toujours plus loin (4 000 km pour les missiles de croisière, 25 000 pour les balistiques), toujours plus vite et en emportant toujours plus de têtes. Le missile balistique « Satan 2 », (200 tonnes), peut délivrer 15 têtes MIRV, soit 50 Mt au total, à 18 000 km de distance et à 25 000 km/h (soit 7 km /seconde).
Cette prolifération verticale est donc un immense danger pour l’Humanité. Malgré tout, les États-Unis prévoient de dépenser environ 1 700 Md$ entre 2020 et 2050 pour moderniser leur arsenal nucléaire, excédant les prévisions ; et la situation est identique dans tous les pays nucléarisés.
Cette autre prolifération est peu traitée par la grande presse, si on compare avec la prolifération horizontale de l’Iran, sujet traité par des experts à la fiabilité douteuse. Comme le rappelait en 2020 un ancien analyste sur le Moyen-Orient du ministère de la Défense, « à partir de 2003, chaque année au ministère de la Défense, on nous a annoncé une bombe iranienne dans les 2 ans ».La folie de la course aux armements nucléaires
Les limites du « toujours plus gros » ayant été atteintes dans les années 1960, les 2 « Grands » sont alors passés au simple « toujours plus », et ce jusqu’au pur délire, avec un stock mondial de près de 70 000 têtes nucléaires en 1986. Au total, ces États ont construit plus de 120 000 têtes nucléaires.
La taille actuelle des grands arsenaux est bien trop importante pour répondre à une seule logique de dissuasion. Que faut-il en déduire ? Que ces arsenaux démentiels incluent la possibilité de mener des frappes préventives. La fabrication d’armes tactiques de faible puissance est un signe de préparation de la « bataille nucléaire », qui n’est nulle part strictement prohibée.
Les essais nucléaires
On croit que la Bombe atomique a été utilisée 2 fois. C’est vrai sur des cibles civiles, mais en réalité, depuis 1945, il y a eu + 2 400 explosions nucléaires lors d’essais nucléaires, dont 543 dans l’atmosphère, tous les pays nucléarisés ayant procédé à des essais partout : dans l’atmosphère, dans le sol, dans l’eau et même dans l’espace. Les tests non souterrains ont largement contaminé l’environnement. Il y a même eu des accidents dramatiques, comme le test atmosphérique Castle Bravo de la plus grosse bombe H américaine, qui a détonné au sol en 1954 dans l’atoll de Bikini. Avec 1 000 fois Hiroshima, de très larges retombées ont fortement irradié et tué des pêcheurs à 130 km du point zéro. Le mois suivant, les retombées ont contaminé, certes faiblement, l’ensemble de la Planète. Ce désastre a entraîné de fortes protestations internationales (il est cité dans le manifeste pacifiste Russell-Einstein), qui ont abouti aux Traités d’interdiction de tous les essais nucléaires non souterrains en 1963 et de tous les essais en 1996. Il a également mis fin à la course à la puissance des armes américaines.
Signalons l’essai français Centaure, en Polynésie en juillet 1974, qui a contaminé plus de 90 000 Polynésiens au delà de ce qui leur donnerait droit à indemnités selon la loi Morin de 2010, comme le montre le livre Toxique (PUF, 2021) de Sébastien Philippe et Tomas Statius.Dévastation apocalyptique
S’il reste quelques doutes sur l’irresponsabilité totale des gouvernements, le travail obstiné de chercheurs américainsa mis à jour depuis quelques années,’un document déclassifié : un plan de guerre nucléaire américain datant de 1956. Il prévoyait l’utilisation de bombes et missiles nucléaires pour frapper 1 100 sites regroupant 4 500 cibles à détruire dans le bloc de l’Est et en Chine. Le plan identifiait 179 sites à détruire à Moscou, 145 à Saint-Pétersbourg, 91 à Berlin-Est, 23 à Pékin, et 12 à Varsovie. Les détails restent encore secrets, mais on parle d’au moins 5 000 bombes nucléaires de 50 à 10 000 kt. 8 ans auparavant, le 1° plan de guerre nucléaire américain de 1948, baptisé Halfmoon, prévoyait de « seulement » larguer 50 bombes atomiques sur l’Union soviétique soit 100 fois moins.
Au final ce « plan de protection de l’Europe de l’Ouest » aurait certainement entraîné au moins 100 millions de morts sur les 150 millions d’habitants « protégés » à l’Ouest du continent. Pourtant, comme le rappellent les universitaires américains, « les attaques contre des populations civiles violaient les normes juridiques internationales ».
Pour bien mesurer l’incroyable folie de tels bombardements, on peut représenter les dégâts d’une seule tête nucléaire lancée sur Paris, en fonction de sa puissance. Un seule bombe H standard actuelle tuerait entre 1 et 3 M de Franciliens, et brulerait tout sur un rayon de 3 à 8 km.
Hiver nucléaire : l’irresponsabilité de nos dirigeants
Le manifeste Russell-Einstein indiquait dès 1955 que « les personnalités les plus autorisées sont unanimes à dire qu’une guerre au cours de laquelle seraient utilisées des bombes H pourrait marquer la fin de la race humaine ». Les bombes H tuerait directement quantités de personnes dans les territoires visés, immédiatement ou suite aux radiations et les retombées radioactives se mettraient à circuler sur tout le globe, entraînant une contamination dont l’intensité dépendrait du nombre de bombes. Mais il y a pire. Toutes ces bombes vont déclencher de gigantesques incendies, dont la puissance va propulser d’énormes quantité de suies dans l’atmosphère, qui pourraient former un écran bloquant une grande partie des rayons solaires, pendant plusieurs trimestres ou années, soit une baisse des températures de -1°C à -16 °C et des récoltes de -10 % à -90 %. ( L’intensité et la durée d’un tel hiver nucléaire font l’objet de vifs débats scientifiques. Ce phénomène n’a rien de spécifiquement nucléaire, il se passe la même chose lors de chaque grosse éruption volcanique.)
Des dirigeants irresponsables
La guerre nucléaire est le risque majeur auquel on pense en premier. Un autre est celui d’ une explosion accidentelle. Le sujet fait partie des tabous, car il révulserait la population et mettrait à mal la dissuasion nucléaire. Le spécialiste Éric Schlosser explique:
« Le secret justifié par la nécessité d’empêcher l’espionnage étranger a été systématiquement utilisé pour dissimuler des problèmes de sécurité, dissimuler des accidents liés aux armes nucléaires et protéger les bureaucraties de la Défense de tout reproche. » En 1981, le ministère de la Défense américain a publié une liste très incomplète de 32 cas d’accidents graves liés aux armes nucléaires entre 1950 et 1980, dont certains auraient pu déclencher une explosion.
Une étude réalisée en 1970 par l’un des laboratoires américains d’armes nucléaires montrait que 1 200 armes nucléaires avaient été impliquées dans des accidents entre 1950 et 1968, dans l’immense majorité des cas, sans gravité. On ne connaît pas les accidents équivalents en URSS où le secret est resté absolu.
Enfin, dans certains pays, on peut craindre qu’un accident dégénère. Un gouvernement apprendrait qu’une de ses propres bombes a explosé en tuant ses citoyens. Responsables, témoins, preuves : tout est alors vaporisé. Il n’y aurait qu’une raison possible : un sabotage/attentat « de l’ennemi » car dans l’hypothèse de l’accident, on le tiendrait pour responsable, alors que le sabotage ne causerait qu’ une grave crise internationale…La crise de Cuba en 1962.
On salue souvent, à raison, la relative bonne gestion de la crise de Cuba par Kennedy (mais sans Arkhipov, cela se serait très mal fini), qui a résisté avec courage à son entourage qui le poussait à la guerre. Mais au tout début, il avait décidé l’escalade du conflit. Benoît Pelopidas explique pourquoi.
« Le Président a délibérément menti à sa population sur son évaluation de la menace lors de son allocution télévisée du 22 octobre, dans laquelle il affirme que les missiles soviétiques constituaient « une menace explicite pour la paix et la sécurité de toutes les Amériques ». Martin Sherwin conclut dans son étude magistrale : « le Président a choisi de risquer la guerre avec l’Union soviétique même si, ni lui ni son secrétaire à la Défense ne croyaient que les missiles de Khrouchtchev allaient altérer l’équilibre nucléaire ou mettre sérieusement en danger les États-Unis d’Amérique ».
La présence de missiles soviétiques à Cuba est détectée par un avion U2 le 14 octobre, le Secrétaire à la Défense McNamara affirme, dès le 16 au soir, que ces missiles soviétiques ne modifiaient pas significativement l’équilibre international. Le Président approuve, mais dira le contraire au peuple américain et au monde 6 jours plus tard. JFK a couru le risque, sciemment, le problème n’étant pas sécuritaire, mais politique, relatif à la gestion des alliances et aux élections du Congrès américain de novembre 1962. » En Allemagne, le chancelier allemand Adenauer, encourage les Américains, la sur-réaction et l’escalade emportant sur la prudence.
Propagande et tabous sur les armes nucléaires
Ce sujet du nucléaire militaire, eu égard aux risques démesurés qu’il fait courir, génère des tabous très puissants. Il y a celui du questionnement sur la moralité de posséder des armes aussi destructrices, puisque des experts prétendent qu’« en France, poser le débat moral, ce serait déjà perdre la foi dans l’efficacité de la dissuasion » ou encore « manifester notre scepticisme sur la crédibilité de la dissuasion, c’est faire le jeu de l’adversaire ». Le secret et le silence sont les 2 mamelles du nucléaire militaire en France.
Le bon « expert » ne parlera jamais « d’arsenal nucléaire » français, mais seulement de « notre force de dissuasion », ou du « nucléaire de défense ». Le remplacement du terme apparaît même (en 2025) sur Wikipédia, qui titrait depuis 20 ans la page « Force de dissuasion nucléaire », mais qui, pour les autres pays, emploie le terme de « Arsenal nucléaire ». Ce genre de questionnements vaudra à son auteur le qualificatif de « militant anti-nucléaire », les autres n’étant jamais des « militants pro-nucléaires ».
La propagande vise à convaincre la population de l’ efficacité des armes nucléaires. Et quoi de mieux que d’inventer une « efficacité démontrée » avec la fréquente affirmation officielle selon laquelle « les armes nucléaires ont empêché une guerre majeure pendant la guerre froide ». Mais la peur du nucléaire n’a pas incité à la prudence et à l’abandon de plans d’attaques. L’URSS déclenche le blocus de Berlin en 1950 face aux États-Unis, la Chine intervient en Corée face aux États-Unis, l’Égypte attaque Israël en 1973, le Vietnam attaque la Chine en 1979, l’Argentine envahit les îles Malouines britanniques en 1982. On a frôlé la guerre nucléaire en 2017 entre les États-Unis et la Corée du Nord. Le plan américain OPLAN 5027 prévoyait d’y déverser 80 armes nucléaires de 100 kilotonnes chacune si Pyongyang lançait un missile supplémentaire. Au plus fort de la crise, le Secrétaire américain à la Défense James Mattis dormit en tenue de sport pour être prêt en cas d’alerte.Le nucléaire est un business juteux
Les 9 pays dotés ont dépensé, entre 2010 et 2020, 1 000 Md$ pour leurs armes nucléaires. La France a prévu 37 Md€ entre 2019 et 2025. Évidemment, un lobby s’est organisé, rassemblant des militaires, des industriels de la défense. Des think tanks ont été créés, financés par le ministère des armées ou par des industriels. Ils œuvrent, à la diffusion de la « dissuasion-sans-risque-indispensable-à-notre-sécurité ». Cela rend donc nécessaire le soutien à la recherche indépendante, puisque les « experts » de plateaux ont des discours fortement biaisés. De plus, ces experts ne réalisent aucune évaluation critique de la (non) performance des systèmes d’armes. L’équipe du courageux Benoît Pelopidas a découvert dans ses recherches que le système d’armes nucléaires français déployé, n’était pas crédible au moins jusqu’en 1974, puisque les Mirage IV français n’avaient physiquement pas la capacité d’atteindre ses cibles en URSS, et les autres systèmes d’armes ne pouvaient y causer que de faibles dégâts. Bref, nous n’avions aucune dissuasion nucléaire jusqu’en 1974, et les Soviétiques le savaient bien. Cet élément fondamental n’a pas été communiqué aux Français ni à leurs représentants au cours des 30 dernières années, ce qui pose un grave problème démocratique.
Démocratie, désarmement et abolition
Pour arriver à ses fins, la propagande invente ainsi un « consensus » imaginaire de la population ce qui finit par poser un grave problème démocratique. Des sondages, réalisés par Benoît Pelopidas, nous éclairent sur ce que pensent les Français. Les responsables politiques le savent bien ; Christian Cambon, rapporte au Sénat sur la loi de programmation militaire en 2018 :
« Il ne me paraît pas forcément judicieux de le relancer [le débat], au risque de mettre ainsi à nouveau en lumière toutes les oppositions sur le sujet et de donner la parole à tous ceux qui souhaitent se manifester contre le nucléaire d’une manière générale. »
Bien plus grave : la 1/2 des gens pensent que leur avis n’a pas d’importance puisque seuls 39% des Français soutenaient la construction d’une bombe nucléaire, en 1964, 40 % étant contre. On n’a pas tenu compte de leur avis.
Enfin, près de 60 % des Français s’estiment mal informés. La chape de plomb qui recouvre le sujet prive les citoyens d’informations – d’où cet article. La chercheuse Isabelle Miclot rappelle :
« En 1950, une circulaire fut émise par le ministère de l’Éducation nationale portant « interdiction d’inspirer aux élèves l’horreur de la guerre atomique à l’aide de lecture, de dictées, d’énoncés de problèmes, de modèles de dessins, de démonstrations scientifiques, de cours d’instruction civique et de manifestations diverses ». Pris à partie, le ministre de l’Éducation nationale répondit : « Si l’on permettait aux maîtres de parler de la guerre atomique, certains ne manqueraient pas de faire la propagande communiste que l’on sait ».
Pendant ce temps, les États-Unis se souciaient plutôt de protéger leur population en sensibilisant les écoliers aux attaques nucléaires.
Pour 44 % de Français, « une fois qu’un pays a des armes nucléaires, il n’y renonce jamais » alors que l’Afrique du Sud l’a fait en 1993.
L’être humain a beaucoup de mal à concevoir la réalité d’une guerre nucléaire tellement cauchemardesque alors notre cerveau finit par se convaincre qu’elle ne pourra jamais arriver. Il préfère oublier ce risque. Durant la guerre froide, la culture populaire audiovisuelle jouait un rôle de sensibilisation de la population, avec la fin des « essais » qui avait rendu les armes nucléaires invisibles. Dans les films, les armes nucléaires étaient un grave danger, qui faisait très peur.
Ce phénomène s’est renversé depuis 20 ans. Aujourd’hui, les armes nucléaires sont LA solution à nos problèmes les plus graves ( contrer un astéroïde nous menaçant). Ainsi, on continue à invisibiliser 2 choses qui finissent par sembler impensables: les explosions non désirées, et le désarmement nucléaire.
Désarmement et abolition
Les États-Unis et l’URSS sont revenus ( pas complètement) de leur folie des grandeurs. La crise de Cuba en 1962 entraîne le Discours sur la Paix de Kennedy du 10 juin 1963:
« Les 2 pays partagent une humanité commune et un intérêt commun à éviter une catastrophe nucléaire et à construire une paix sincère ». Pour 15 ans, une détente dans la Guerre froide, se matérialise par la signature de plusieurs traités de désarmement.
Le plus fondamental est celui de Non-Prolifération (TNP) de 1968, qui prévoit un objectif de désarmement des États dotés : « chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace » (article 6).
De ce TNP découlent les Traités SALT, qui limitent les missiles les plus dangereux. Avec Gorbatchev, ils conduisent à une très forte réduction des armements, en fixant un plafond au nombre de têtes nucléaires déployées (beaucoup restant stockées). Ce plafond est abaissé de 6 000 à 1 500 au fil des accords. Le nombre total de têtes nucléaires sur la Planète a donc diminué de 85 % depuis 1986.La nouvelle guerre froide démarre crescendo depuis 2001

Elle a entraîné de graves reculs du désarmement. En 1972, en même temps que SALT, avait été signé le Traité ABM qui interdisait le déploiement d’un système de défense antimissile, Les États-Unis s’en sont retirés fin 2001, après le 11 Septembre, et ont développé des missiles, pour se protéger d’attaques « d’États-voyous ».
En 1987 a été signé le Traité sur les Forces Nucléaires à portée Intermédiaire (FNI) soit l’élimination de tous les missiles, à charge conventionnelle ou nucléaire, américains et soviétiques, lancés depuis le sol et ayant une portée se situant entre 500 et 5 500 km. C’est le1° traité à avoir éliminé une catégorie entière d’armement. Mais les États-Unis s’en sont retirés en 2019, en accusant la Russie de le violer. Comme l’indique le spécialiste Theodore Postol, c’est possible, mais ils le violaient aussi en développant leur système de missiles anti-missile.
En réaction à la fin de ces traités, la Russie a relancé une course technologique aux armements, pour disposer de missiles hypersoniques difficilement interceptables. Et en février 2023, elle a annoncé qu’elle suspendait, sans s’en retirer, sa participation au traité New START, le dernier de limitation des armes nucléaires avec les États-Unis, en vigueur. Elle a supprimé les autorisations d’inspection de ses installations nucléaires, tout en indiquant qu’elle continuerait à respecter les limites convenues. Le prétexte était le contexte de la guerre d’Ukraine et la non-participation de la France et du Royaume-Uni qui perfectionnent leurs arsenaux. Le 13 février 2025, le Président Trump a déclaré vouloir relancer les négociations sur le contrôle des armes nucléaires avec la Russie et la Chine :
« Il n’y a aucune raison pour que nous construisions de nouvelles armes nucléaires. Nous en avons déjà tellement que nous pourrions détruire le monde 50 fois, 100 fois. Et voilà que nous construisons de nouvelles armes nucléaires et que [la Russie et la Chine] construisent de nouvelles armes nucléaires, et dans 5 ou 6 ans la Chine nous aura rattrapés. Nous dépensons tous beaucoup d’argent que nous pourrions consacrer à d’autres choses qui sont en réalité, beaucoup plus productives. »
L’avenir nous dira si c’était une promesse en l’air ou si elle aura été suivie d’effets. Ce n’est pas impossible car on oublie de rappeler que les armes conventionnelles progressent beaucoup en précision et en vitesse, ce qui pourrait produire un effet dissuasif. Par ailleurs, la France et le Royaume-Uni ont également diminué leur arsenal, et, au final, il apparaît que le renoncement à la Bombe nucléaire constitue la stratégie de sécurité nationale volontairement choisie par la plupart des États.
Alors, pourquoi ne pas aller plus loin ? 94 États ont déjà signé le Traité d’interdiction des armes nucléaires de 2017. Le général Lee Butler, ancien commandant en chef du Strategic Air Command, a écrit dans ses mémoires en 2000 :
« J’en suis venu à une série de jugements profondément dérangeants. Depuis les tout premiers jours de l’ère nucléaire, les risques et conséquences de la guerre nucléaire n’ont jamais été adéquatement pesés par ceux qui les brandissaient. Les enjeux de la guerre nucléaire n’engagent pas seulement la survie des antagonistes, mais le sort de l’Humanité. […] Les conséquences probables de la guerre nucléaire n’ont pas de justification acceptable sur le plan politique, militaire, ou moral. […] Et dès lors, la menace d’emploi d’armes nucléaires est indéfendable. […] En tant que nation, nous n’avons pas de responsabilité plus grande que de mettre un terme à l’ère nucléaire. »
En 1996, 61 généraux à la retraite issus de 17 pays, dont 6 États dotés, ont exprimé ce message :
« Nous, militaires professionnels, qui avons voué nos vies à la sécurité nationale de nos pays et de nos peuples, sommes convaincus que l’existence continue d’armes nucléaires dans les arsenaux des puissances nucléaires […] constitue un péril pour la paix et la sécurité globale et pour la sûreté et la survie des peuples que nous nous sommes consacrés à protéger. […] La fin de la guerre froide rend [la création d’un monde exempt d’armes nucléaires] possible. Les dangers de la prolifération, du terrorisme, et d’une nouvelle course aux armements la rendent nécessaire. »
Enfin, en 2012, les rapporteurs de la Commission de la défense et de celle des Affaires étrangères ont écrit que : « S’il nous fallait dessiner aujourd’hui un format d’armées partant de zéro, il est fort probable que la nécessité d’acquérir une force de frappe nucléaire, avec de surcroît 2 composantes, ne ferait pas partie de nos ambitions de défense ». Si on n’avait pas la Bombe, on ne chercherait probablement pas à l’acquérir aujourd’hui et le chemin vers une très forte diminution des armes nucléaires est donc ouvert. L’emprunteront – ils ? Le « désarmement nucléaire général et complet », auquel les États dotés se sont engagés en signant le Traité de Non-Prolifération en 1968 (article VI) ? Tel est l’enjeu du XXIe siècle, pour qu’il y en ait un XXIIe.
« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »
– Keiko, Londres
« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »
– Sarah, New York
« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »
– Olivia, Paris
