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    Anna Louise Strong-pour réaliser le Socialisme en partant du terrible héritage du tsarisme, de la misèr…

    L’URSS: de la Révolution d’Octobre jusqu’en 2024 à la mort de LÉNINE: le travail immense qu’il restait à accomplir à STALINE, et aux autres dirigeants de l’ URSS, pour réaliser le Socialisme en partant du terrible héritage du tsarisme, de la misère, de l’ arriération féodale, …

    Publié le 24 Mai 2024 par Romain de Courcelles

    Les quelques pages ci-dessous sont exceptionnelles.

    Pourquoi ?

    Elles sont tirées d’ un ouvrage -intitulé « L’ère de STALINE »-, écrit par Anna Louise STRONG et elles donnent un aperçu, une idée, des analyses personnelles à propos de l’ héritage catastrophique, de misère, d’ arriération, dans lequel se trouvait la RUSSIE lorsque la Révolution de 1917 a éclaté, et même jusqu’à la mort de LÉNINE en janvier 1924:

    tout était encore à diriger, à construire d’une rapidité incroyable, compte tenu de 6 années de contre-révolution, d’ interventions militaires des pays capitalistes occidentaux, et de leur blocus, pour enfin construire une nouvelle société, qui devait être d’un type nouveau: le SOCIALISME,…

    Ce fut donc la tâche à édifier qui a échu à STALINE, et ses compagnons d’armes, pour construire l’ URSS dans cet immense territoire, peuplé de populations de cultures, d’origines et de traditions différentes, … Comment ? Ce sera l’objet d’ autres extraits et commentaires, …

    Exceptionnelles, oui: car il ne s’ agit pas de contre-vérités d’ après coups, mais il s’ agit d’ analyses, de récits datant de l’ époque de la part de Anna Louise STRONG, journaliste américaine qui a vécu à plusieurs moment en URSS. Elle était présente sur place au moment des faits, …

    Cette époque, pour la comprendre, il fallait d’abord LA VIVRE !

    RoRo-84 24 05 2024.

    Source : https://romaincourcelles.wordpress.com/2024/05/24/lurss-de-la-revolution-doctobre-jusquen-2024-a-la-mort-de-lenine-le-travail-immense-quil-restait-a-accomplir-a-staline-et-aux-autres-dirigeants-de-l-urss-pour-realiser-le-socialisme-en-p/

  • Liès El Bachir-Celui qui voulait partir et l’autre qui ne comprenait pas (sur les Harragas)

    Liès El Bachir-Celui qui voulait partir et l’autre qui ne comprenait pas (sur les Harragas)

    Now there’s a way and I know that I have to go away

    I know I have to go

              “Father and son“   Cat Stevens   1970

    (traduction libre : Comment l’expliquer, quand j’essaye, ça m’échappe

    C’est toujours la même rengaine

    Dès que j’ai pu m’exprimer, on m’a ordonné d’écouter

    Maintenant que c’est possible, je sais que je dois partir

    Je dois y aller)

    Qu’est-ce qu’être « Harrag » ? Être téméraire, rebelle, être inconscient ou au contraire éveillé, être démissionnaire, lâche, usé, courageux, désespéré, être un déserteur, ou prendre ses responsabilités…

    Voilà comment sont qualifiés ces nouveaux  aventuriers   du 21° siècle.

    Il faut en effet nuancer. Lâcheté est à retirer.  C’est quand même vrai, que quelque part, il faut une certaine dose d’audace, de culot, voire de folie pour prendre autant de risques. Mais de là, vouloir en faire un acte héroïque serait hâtif : car « harguer », ce n’est pas comme prendre le maquis.  Les comparer à de nouveaux résistants qui prennent le maquis contre l’oppression, l’arbitraire ou  la misère. C’est un acte de révolte contre un mal-être, la mal-vie, mais là, ne retrouve pas le sens du sacrifice. Ce n’est pas pour les autres, à savoir la population, la communauté, la famille, la patrie, la foi, etc. Il s’agit d’un acte avant tout individuel, même s’il relève d’une action collective, de groupe organisé, avec pour finalité solutionner une situation personnelle.

    Les « harragas » sont souvent présentés, considérés comme des héros. Parce qu’ils ont osé. Ils suscitent parfois une admiration sans borne. Partir, ils l’ont fait. Ils ont  affronté tous les risques et réussi à passer l’autre côté, là où l’herbe est plus verte.

    Qu’est-ce qui se passe dans la tête de ces gens jeunes ou moins jeunes qui  tentent l’aventure et «se cassent».                                              

    Garçon ou fille, instruit ou pas, démuni ou aisé… on voit de tout dans ces exilés volontaires. Tous les « harragas » se ressemblent quelque part. Qu’ils prennent le « boaty » (la barque), ou partent avec un visa sans retour, ou  optent pour une émigration officielle. Les moyens diffèrent, tout comme les risques, mais un seul objectif : ALLER là-bas ou plus  juste PARTIR D’ICI.

    Peu importe la destination. On va les retrouver dans les endroits les plus inattendus, sur tous les continents.

    Pour eux, l’essentiel est de sortir, de s’évader de cette PRISON. Prison, nom qu’ils attribuent au pays, pays dans lequel ils se sentent étouffés, opprimés. Vrai, faux, exagéré ? En tout cas, c’est ainsi qu’ils le ressentent, c’est comme ça qu’ils le vivent, Une sensation de mort imminente. Cette asphyxie les pousse à des efforts et une énergie désespérée, incroyable. C’est le noyé cherchant à s’extraire des eaux. Il s’accroche à n’importe quelle planche, n’importe quelle promesse, n’importe quel récit, n’importe quelle information… pourvu qu’elle indique une issue de secours. Ce sont des milliers d’histoires, de témoignages qui se racontent, des appels « vidéos » transmis de là-bas, relayés par la rumeur, les réseaux sociaux, partagés et repris à l’envi.

    La « harga » est devenu  banale, un passage obligé comme un parcours de vie : aller à l’école, travailler, se marier, etc. Il en est question partout et tout le temps. Dans les sketchs télévisés, le théâtre, les émissions, les chansons, en particulier dans les stades…

    Bien sûr, chacun y va de sa touche personnelle et ajoute ses propres aspirations et ses fantasmes.

    De nos jours,  il est difficile, sinon rare, de rencontrer des jeunes qui se projettent dans le pays, y voient leur avenir.

    Peut-être ceux que les conditions familiales contraignent à rester ? Parents vieux et malades. Et encore !

    Peut-être ceux qui ont un bizness et font de l’argent sur place ? Ce qui ne les empêche pas de prendre des dispositions sur l’autre rive par des transferts financiers, des investissements, des acquisitions immobilières, etc.

    C’est une épidémie de départs (pour ne pas dire pandémie puisque de nombreux pays sont concernés).  Et l,  pas de vaccin pour ça!!! 

    Tous n’ont qu’une idée en tête, la même, une obsession : comment partir ? Parce que partir ne se discute plus.

    Tous les moyens sont bons. Toutes les possibilités sont explorées. 

    Recouvrer la nationalité française en déterrant les archives de parents ou grands-parents citoyens ou anciens combattants.

    Organiser et concrétiser un regroupement familial.

    Pour ceux qui  y ont leurs entrées et les moyens, inscrire ses enfants au lycée international pour passer le bac français, facilitant ainsi leur départ et par la suite celui des parents.

    Partir faire des études ou des spécialisations, d’autant que les étudiants, dès la fin de leur cursus,  sont racolés (on dit « choisis ») par les chancelleries et instituts culturels (« campus France »).  D’ailleurs cette chasse aux têtes est de moins en moins offensive,  puisque les jeunes demandeurs se bousculent pour se présenter d’eux-mêmes.  Pas besoin de les chercher, ils se livrent à domicile, et  sans frais de transport.

    Opter carrément pour l’émigration et l’installation,  seul ou en famille,  comme pour le Canada qui ouvre largement ses portes à du « sang  neuf ». Accueil de plus en plus facilité, en termes de conditions, surtout pour des jeunes, manuels ou intellectuels. Jusqu’à faciliter l’accès à l’émigration à un touriste !  Canada présenté comme un El Dorado et bon nombre de résidents en font la promotion bénévolement et souvent avec  un enthousiasme « patriotique ».  « Venez. Le canada a besoin d’un besoin d’un million de migrants ». Sans parler du canadian dream. « Ici en quelques mois, tu auras ta voiture puis une maison, ce que tu n’auras pas toute ta vie au Bled ». Plus canadiens que les canadiens eux-mêmes. C’est à se demander s’il n’y a pas de conflit d’intérêt quelque part.

    Non seulement il y a des gens qui font la promotion du pays ou de la ville où ils se trouvent pour attirer d’autres compatriotes. Ils donnent parfois l’impression d’un acharnement, de vouloir régler le compte à leur pays qui leur a fait tant de mal, voulant en découdre à jamais. Peu importe les conséquences. C’est un peu comme ces couples séparés dans la violence et la haine  et qui balancent tout de l’intimité, tout ce qui peut faire mal à l’autre. Pour salir pour dévaloriser, pour détruire ce passé, pour justifier et faire comprendre que les torts sont de l’autre côté.

    Certains vont plus loin. Se sentant ou étant investis d’une mission, ils passent à l’opposition active au nom de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté.  Ils se font le relai et la boîte de résonnance de tout ce qui va mal. Ils vont rapporter, diffuser tous les déboires,  les échecs, scandales, amplifier les rumeurs. Corruption, injustice, détournent, trafic, abus de pouvoir, népotisme, rien n’est omis… Confortant ainsi leur prise de position, ils reprennent des informations réelles ou fausses, vérifiées ou ion. Leur impact est loin d’être négligeable, augmentant le sentiment de malaise que vivent les gens. Véritables influenceurs, ils alimentent les motifs et raisons de partir.

    L’essentiel est d’attirer ceux qui sont encore restés. Pourquoi ? Se sentir moins seul à l’étranger, se venger de ce pays, de ce peuple qui ne leur a pas donné ce qu’ils attendaient, ce qu’ils méritaient. D’un certain point de vue, ils ont brûlé leurs vaisseaux. Ils sont prêts à brûler leur terre d’origine.

    Il en est même qui se sont fait un devoir de proposer des « guides » et recommandations  pour les futurs partants. Où descendre ? Où manger ? Où dormir ?Qui contacter ? Comment éviter les contrôles ? Que dire, que faire en cas d’arrestation ? Comment traverser les frontières ? etc.

    Et aussi des petites ficelles éprouvées « si tu te déclares persécuté en tant qu’homosexuel ou chrétien, l’accueil sera autrement plus facile ». Pour les plus dégourdis, le mariage est une solution proposée. On dit que « des tas de femmes seules n’attendent que ça ».

    Partir pour un pays qui n’exige pas de visa ou dont la délivrance est relativement facile. De préférence un pays proche de l’Europe, comme la Turquie, à partir duquel peut s’organiser la traversée des frontières. Des organisations biens rodées de passeurs sont à l’œuvre.

    Opter pour un voyage organisé avec une agence de tourisme (parfois avec des visas collectifs) puis disparaître  dans la nature.

    Profiter d’un évènement international sportif (tournoi de judo, d’échecs, etc.),  ou culturel (festival de musique ou de théâtre) pour prendre la clef des champs.

    Moins fréquents mais réels, bien sûr, les faux papiers, par des réseaux de trafic de  passeports et de visas. Contre paiement, on obtient des rendez-vous de visa, la confection de dossier (hébergement, faux diplôme, fausse attestation de travail).

    Les formules sont multiples et à chaque période « sa mode », sa combine, en fonction des retours de ceux qui sont là-bas.

    Mais la solution la plus simple, la plus populaire, la plus accessible reste « le bateau ». Même si elle comporte des risques, elle reste la préférée par ceux qui n’ont pas d’autre possibilité.  Ni visa, ni papier à fournir, ni justificatif de compte devises, ni de réservation d’hôtel ou d’hébergement, ni billet retour, ni PAF, ni douanes, et  pas de justificatif de service national…. La seule condition payer le tarif exigé pour la traversée.

    Trouver l’argent en trimant dur (cas de ce chauffeur de taxi type Uber qui  bosse nuit et jour, le temps de rassembler la somme requise). Emprunter l’argent de la vieille qui vend ses bijoux pour aider son fils à monter son projet d’entreprise (ce qu’il lui a fait croire). Recourir à des moyens peu recommandables (trafics divers, larcins ou carrément prendre les économies des parents….). Les plus malins font prendre en charge le prix du voyage par l’Etat sous forme de prêt détourné (type ANSEJ et autres).

    La coquette somme demandée s’explique, du fait des risques encourus, par les améliorations apportées aux conditions de transport : hors-bords modernes, moteurs puissants, gilets de sauvetage,  système de guidage GPS…On parle de ces bateaux ultra-rapides qui font la traversée en 3 ou 4 heures, venant d’Espagne, récupérer leur cargaison (souvent de la main d’œuvre commandée).

    Ce qui réduit un tant soit peu les risques de naufrage, mais ne les empêche pas : surcharge de l’embarcation, du fait de la demande croissante, impatience des « harragas »  pour partir à l’occasion d’une fenêtre de beau temps…

    Si on sait pour l’essentiel, comment partir, la question du pourquoi reste ouverte.

    Et là, on tombe dans des discussions sans fin, difficiles, où les arguments sont multiples, où le rationnel  ne peut être invoqué.

    Les mêmes propos s’entendent « Walou ! ma kayen walou fi hadha leblad » (Rien, il n’y a rien dans ce pays). Pour lui,  le bateau-pays  coule. Sauve qui peut !

    Ne venez pas lui dire que ce qui l’attend là-bas.

    Ne lui racontez pas les désillusions et les difficultés de la vie qui est loin, très loin de ce qu’il imagine.

    Ne lui rappelez pas que ce qu’il laisse derrière lui (pour ceux qui ont un travail ou un logement) risque de ne pas être retrouvé.

    Ne lui parlez pas de ses vieux parents. Il rétorque qu’il n’y peut rien et que s’il reste, il va crever. De là-haut, il enverra un message vidéo pour demander pardon à la maman, et implorer sa bénédiction. Juste le temps d’assurer son avenir, sachant, même s’il refuse d’y croire, qu’il ne la reverra probablement plus.

    Ne lui parlez pas des risques qu’il fait courir à ses enfants pour ceux que leur famille accompagne. Sans appel, « c’est pour eux » qu’il le fait. Il veut les sauver.

    Ne lui conseillez pas de patienter. La discussion sera aussitôt close.

    Et n’allez surtout pas évoquer le nationalisme, la patrie, le sang  des martyrs, encore moins qu’avant l’indépendance, la situation était pire. Cela peut mal se terminer pour vous.

    Pour lui, c’est foutu. C’est vous qui faites pitié de ne pas avoir encore compris.

    Pour lui, il n’y a aucun avenir, aucun espoir. Les promesses d’un futur meilleur, d’un changement sont fausses. Pour eux, « ils » ont menti, « ils » ont trahi, « ils » ont même falsifié le passé. 

    Même si de votre temps c’était mieux, avec ce qu’il voit ici et maintenant, il ne sait qu’une chose : sauver sa peau et vivre sa vie.

    Avec toutes nos richesses, « ils » ne nous ont rien fait. « Ils » se sont servis. « Ils » ont tout pris, et rien laissé. Regarde ce qu’ils possèdent. Sans complexe et toute honte bue, « ils » déclarent  à qui veut l’entendre que tout ça, c’est grâce à Dieu  hadha bi fadhli Rabi.

    Les raisons de partir sont diverses, évidentes ou cachées, souvent  complexes et intriquées. Elles sont toutes bonnes. Fuir le terrorisme ou au contraire le contre-terrorisme. Celui-ci fuit une société où la religion prend de plus en plus de place, une position étouffante L’autre considère son identité et sa culture marginalisées, opprimées. Celui-là  fuit le virage moderniste et la dépravation progressive de la société,  perdant ses repères et oubliant  les traditions ancestrales.  Il y a celui ou celle qui veut profiter de la vie et de sa jeunesse, qui veut s’amuser, danser, nager, s’éclater… celui qui rêve de liberté d’expression, de culte… celui qui ne veut pas gâcher sa jeunesse au service militaire… Celui ou celle qui fuit la pression familiale,  éviter un mariage forcé, protéger d’un scandale à cause d’un comportement, de rumeurs,  d’une vidéo compromettante, d’une « bêtise », afin de préserver l’honneur. Celle ou celui qui rêve de posséder une voiture, une maison, un sac Vuitton, un foulard Hermès  ou simplement prendre une bière sur une terrasse de café…

    Sans oublier les medias, les films, les influenceurs qui, jour après jour, nuit après nuit, depuis des dizaines d’années ont occupé, habité les esprits de plusieurs générations.

    Et tous ces modèles de réussite qu’on vante. Ce médecin parti devenu chef de service dans un hôpital parisien, ce chercheur à la tête d’un grand Instruit aux USA, ce footballeur qui a percé dans un grand club européen, cet inventeur qui a vendu son brevet à Dubai,  alors qu’il était considéré moins que rien chez lui, ce professeur qui travaille à la NASA,  celui qui est devenu parlementaire,  conseiller, expert…. Reconnus, sollicités et respectés. La radio et la télévision nationale leur consacrent des émissions spéciales, Ils sont la fierté nationale,  parce qu’ils sont « nés chez nous ».  La preuve : ils ont obtenu le label et la norme ISO. Quoi de plus vrai puisque « vu à la télé ».

    Tout compte fait, on fait quand même de la bonne pâte.

    Et face à ce modèle de société présentée sur les écrans, les gens vont comparer, s’identifier, rêver. Oui voilà, c’est ça la vraie vie. Où tout est si net, si beau, si facile… où il n’y a pas de pénurie de lait ou de lentilles, de coupures d’eau et d’internet. Où les gens sont estimés et reconnus à leur mérite et à leur compétence, sans recourir au bakchich ou au piston. Où la justice est juste, sans passe-droit. Où tu es libre de bouger, de parler…

    C’est la belle vie, virtuelle certes, mais concrète pour lui. C’est celle qu’il voit, qu’il touche presque  et à laquelle il croit dur comme fer.

    En attendant, il suffoque, n’en peut plus. L’idée de suicide  l’a déjà effleuré,  acte généralement écarté du fait de la religion. Heureusement qu’il peut décharger ses tensions  sur des gradins,  parmi les supporters de son équipe, et aussi compter sur le recours « salvateur » aux stupéfiants, prenant de plus en plus de place dans le quotidien.  Mais il sait que c’est transitoire. Car le véritable  espoir réside dans cette lumière au bout du tunnel et qui l’appelle : aller là-bas.

    On ne peut discuter avec quelqu’un qui est en souffrance extrême. C’est lui qui a mal, qui ressent cette douleur dans son corps, dans sa tête. Il doit y  mettre un terme à tout prix. Il s’accroche à n’importe quoi. Or, aujourd’hui, partir se présente comme LA SOLUTION, la seule et unique solution, qui monopolise les esprits et les énergies.

    Et on n’y peut rien. Que ce soit pour les partants ou les encore restants, partants en sursis.

    Certes, ils ne fuient pas la famine, ni la guerre, ni une catastrophe naturelle.

    Mais ils partent. Et ceux qui sont partis, ont-ils trouvé leur paradis ?

    Beaucoup ne veulent plus ou ne peuvent plus revenir (situation irrégulière, problème de papiers, de passeport). On a encore l’image insupportable de ces « harragas » hurlant et se débattant alors qu’on les traîne de force pour les expulser.

    Certains, malgré des situations dramatiques s’acharnent à rester. Problème d’ego, non aveu d’échec ou encore « c’est toujours mieux ici ». On entend même ces « harragas » dénoncer ceux qui parlent de difficultés  à l’étranger : c’est parce qu’ils ne veulent pas partager leur chance, en tirant l’échelle à eux (hassadine).

    Très peu, à travers les médias et réseaux sociaux, reconnaissent et admettent regretter leur aventure.  Dans les faits, ils ne sont pas audibles… Le discours dominant est celui de ceux qui ont réussi à passer et ne sont pas prêts de revenir. Force est de reconnaitre que certains ont trouvé leur voie et ont construit leur nid.

    Mais combien sont-ils à dormir dehors, dans les parcs ? Combien sont-ils  entassés au Pas-de-Calais à attendre l’arche qui les mènera de l’autre côté ? Combien sont-ils, sans instruction, sans qualification à errer ? Et ceux qui survivent comme ils peuvent, avec des boulots précaires, au noir, sous-payés. Combien sont-ils à accepter n’importe quelles conditions pour n’importe quelle  tâche qu’il n’aurait jamais acceptée dans son propre pays ? Mais il paraît qu’un job dégradant effectué chez l’étranger est plus supportable que chez le compatriote. Ou à finir comme vendeur à la sauvette de cigarettes ou… Et il est des employeurs qui en profitent bien et même très bien.

    Combien sont-ils à se cacher, à raser les murs, à craindre un contrôle, à subir des regards de rejet, le racisme verbal ou physique ?

    Aucune idée : pas de statistiques !

    Pour l’heure, c’est le pessimisme qui règne.

    Pour l’heure,  il ne semble pas qu’il y ait grand-chose à faire. En tout cas, pas de formule clef en main. Cette  situation de crise est  à la fois grave, profonde et durable.

    Ce n’est pas la crise d’adolescence ou de croissance d’un pays qui cherche sa voie et qui finira par passer. Cela va au-delà. Elle découle d’actions délibérées, organisées, multiples, répétées,  qui remontent  dans le temps, que ce soit à travers la culture, les medias, les ONG, les universités, les bourses d’études, les formations et stages, les invitations, les salons etc., pour ne citer que cela. Elles vont s’inscrire dans une politique de domination néocoloniale visant au pillage des richesses de pays en développement, compromettant tous leurs efforts et les chances de s’en sortir. Et parmi ces richesses, tout le potentiel de jeunesse, de forces physiques et intellectuelles qui naissent, grandissent, se forment, et sont préparées dans leur pays d’origine pour être exportées, détournées, livrées et utilisées ailleurs. Au-delà du fait que certains d’entre eux y trouvent leur « bonheur », ils vont pout l’essentiel, tout en compensant leur crise démographique, constituer une masse de main d’œuvre taillable et corvéable à merci, une armée de réserve, moyen de pression et de chantage contre les population des pays d’accueil. D’où leur recul du niveau de vie, qui ne cesse de s’aggraver, en termes de droits sociaux, pouvoir d’achat, retraite, de prise en charge des soins etc.

    La solution s’insère dans le cadre de l’indépendance totale par le recouvrement des richesses nationales, y compris humaines, et comme toute tâche libératrice  et d’émancipation, la prise de conscience est incontournable.

    Pour l’heure, il faut croire et souhaiter des changements réels et sensibles  face… à cette hémorragie de forces vives qui sont en train de  quitter, de fuir le pays.

    Certains faits sont parlants.

    Dans ce cadre, l’expérience récente du Hirak avait soulevé un tel enthousiasme et de si grands espoirs de changements. Avec  les premiers résultats : adieu au 5° mandat,  premières sanctions contre des « intouchables », etc.  Qui aurait osé y croire quelques semaines auparavant.

    Et c’est pendant cette période que les candidats au départ se sont réduits à un niveau très bas. C’est pendant cette période que les gens ne parlaient plus de partir et déclaraient « c’est décidé, je reste ».

    Ce puissant mouvement unitaire, solidaire  a redonné la foi en un futur possible,  ici, sur place, a permis d’entrevoir qu’une société plus fraternelle,  plus respectueuse,  capable d’adhérer à des valeurs plus élevées de justice, de paix, de liberté. Et de dire que c’est possible.

                                                              

    Malheureusement, le cours en fut entravé par des manœuvres de détournement, d’infiltration,  des provocations, des tentatives de récupération. La déception fut d’autant plus grande et douloureuse qu’ils ont  presque touché du doigt cet avenir radieux.

    La fin et le reflux de cette vague d’espoir a fini par les  ramener au point de départ, sur une des plages d’où ils regardent à nouveau l’autre côté.

    Mais cela a révélé qu’un potentiel immense existe. L’engagement pour le travail, l’éducation, le partage était là réel, éprouvé. Et donc espérer que ce n’est qu’une mauvaise passe à traverser pour un mieux-être.

    Reste à retrouver, à redonner de véritables raisons de croire nouveau. Cela sera difficile. Face aux problèmes qui se sont accumulés, aux nouveaux problèmes apparus, reprendre confiance n’est pas une mince affaire. Même si des signes concrets de progrès, dans le sens d’une amélioration des conditions de vie, de travail, d’étude, se présentent, il faudra faire preuve d’une patience et d’une tolérance infinie.  Que de diversions, détournements, manipulations, trahisons auxquels ont été confrontés les citoyens.  Adhérer aux nouvelles perspectives demandera du temps, des garanties et une mise à l’épreuve.

    Nulle parole, ni montrer patte blanche  ne suffira. Les « juré, promis », même honnêtes, même par écrit, ne passent plus et sont l’objet de rejet. Tout sera jugé sur pièce. Etre patient, ouvert et tolérant envers ceux qui ont été trompés tant et tant de fois. Les gens mettent à l’épreuve  et savent distinguer la sincérité des engagements et des actes. Ils en ont l’expérience. Reconquérir la confiance sera long mais pas impossible.

    Les hommes sont capables de reconnaître quand on est de leur côté. Ils attendent des preuves. Et ça se comprend. Même si c’est compliqué et difficile, il ne leur reste qu’à compter sur eux-mêmes pour sortir de cette impasse, par une compréhension réelle de la situation, des enjeux, des forces qui agissent. Sans quoi, on s’enferme dans les solutions individualistes  qui profitent avant tout aux mêmes…

    Alger le 13 avril 2024 

    Liès El Bachir

  • Rene Naba-L’équation chiite dans la problématique du jeu des puissances régionales et internationales

    Rene Naba-L’équation chiite dans la problématique du jeu des puissances régionales et internationales

    En hommage à Abdel Mohsen Saadoune (1879-1929) ancien premier ministre d’Irak sous la monarchie, durant la période du mandat britannique, qui se suicidera après avoir ratifié, sur ordre du Roi, le traité anglo-irakien, qu’il jugeait contraire aux intérêts de son pays. « Saadoune street », l’artère populeuse et commerçante de Bagdad, a été baptisée de son nom en hommage à son patriotisme.

    « Les religieux chiites reçoivent une éducation beaucoup plus rigoureuse que les clercs sunnites. Ils ont une solide formation dans les sciences théologiques. Ils apprennent la logique aristotélicienne avant le Coran…. « La théologie est beaucoup plus vivante dans la communauté chiite.… Les Chiites sont plus théologiques, les sunnites sont légalistes. Et les chiites ont leur « histoire de passion » avec Hussein et Ali. C’est une invitation à réfléchir sur la nécessité de la justice », soutient un universitaire sunnite palestinien, Cheikh Tarif Al Khalidi (universitaire palestinien sunnite).

    Une nouvelle coalition internationale a été mise sur pied pour mener une nouvelle « guerre contre le terrorisme » en Syrie et en Irak, les anciens fiefs des régimes laïcs bassistes, contre les anciens pupilles du bloc atlantiste et de son relais régional, le syndicat des pétro-monarchies du Golfe.
    Cette coalition, mise sur pied le 11 septembre 2014, à la date anniversaire des raids djihadistes contre le symboles de l’hyperpuissance américaine est la 4me du genre en trois décennies. Elle pose, de manière sous jacente, le problème des relations conflictuelles entre l’alliance islamo-atlantiste et les Chiites, le segment minoritaire de l’Islam.
    La première armada occidental s’est déployée au Liban, en 1982, pour superviser le dégagement de l’OLP. La deuxième s’est constituée face à l’Irak, en 1990, à la suite de l’invasion irakienne du Koweït. La troisième, toujours contre l’Irak, en 2003, dommage collatéral des raids du 11 septembre 2001. La quatrième coalition, enfin, dix ans plus tard, en 2014, pour une nouvelle guerre contre les excroissances djihadistes de l’alliance entre le bloc Atlantique et les pétro-monarchies sunnites.

    Une analyse sommaire tendrait à attribuer au martyr d’Hussein la dynamique sinon vindicative, à tout le moins revendicative, en tout cas contestataire, du chiisme. Au-delà de cette approche rudimentaire, l’assassinat du petit-fils du prophète constitue un sacrilège absolu à nul autre pareil dans toute autre religion monothéiste. Au-delà aussi de sa faculté mobilisatrice, le « martyr d’Hussein » demeure l’acte fondateur d’un schisme porteur d’une dynamique centripète du Monde musulman, dont les conséquences se répercutent encore de nos jours. Plutôt que de s’appliquer à purger ce passif par son dépassement, la guerre des religions est entretenue, au mépris des enseignements des guerres de religion de l’Europe médiévale (Catholiques/protestants en France et en Irlande, Catholiques/Orthodoxes en Orient) pour des raisons de pérennité idéologique et de survie dynastique.

    Les prescriptions coraniques enjoignant l’unité des croyants sont nombreuses : « Cramponnez vous à la corde de Dieu et ne vous dispersez pas »/ « Ne distinguez pas entre un Perse et un Arabe que par la piété ». Elles paraissent de peu de poids face aux conflits de puissance. Depuis la fondation de l’Islam, quatre califats se sont succédés à la tête du Monde musulman : califat Omeyyade de Damas (exilé à Cordoue) ; califat Abbasside de Bagdad ; califat Fatimide du Caire, chiite, est il besoin de le rappeler, comme l’Université Al Azhar l’est aussi ; Enfin, califat Ottoman.
    Durant les trois premiers siècles de la conquête (VII au Xme), 39 califes se sont succédés à la direction du Monde musulman. Quatre Rachidoun, 14 omeyyades et 21 abbassides ont gouverné durant 308 ans, soit une durée moyenne de règne de 7,9 ans. Treize des 39 califes ont péri de mort violente. C’est dire l’âpreté de la lutte.

    La défense des opprimés ne relève toutefois pas exclusivement de l’imaginaire chiite, mais d’un vécu bien réel. Ainsi le statut de minoritaire du chiite tant dans le Monde arabe que dans le Monde musulman est un fait prégnant des rapports entre gouvernants et gouvernés. Un fait indubitable sous tendant un vecteur revendicatif, non du fait de l’imaginaire chiite que des analystes en mal de formule choc attribuent à sa nature tourmentée, mais généré par une situation de sujétion, qu’il importe de prendre en considération dans tout développement de la notion de « défense des opprimés ».
    Les chiites ont ainsi été la communauté la plus méprisée et la plus maltraitée au Liban. Longtemps désignés du terme « Moutawlé », ils étaient les véritables « déshérités » du Liban tant au niveau des investissements des pouvoirs publics sur le plan des infrastructures des zones chiites, que dans leur positionnement au sein de la fonction publique étatique libanaise. À la décharge des autres communautés libanaises, il conviendrait d’admettre que ce fait était partiellement imputable au leadership chiite féodal et narcotrafiquant, de surcroît discrédité par ses alliances contre nature avec les milices chrétiennes durant la guerre civile libanaise, le clan Sabri Hamadé-Kamel Al-Assad, lequel monopolisera le pouvoir chiite dans le quart de siècle qui a suivi l’indépendance, que le Hezbollah dégagera de la scène à son avènement, dans la décennie 1980.

    Dans le Monde arabe, quand bien même les Chiites étaient majoritaires en Irak et au Bahreïn, le pouvoir a été détenu par les Sunnites en ce que le pouvoir colonial britannique a préféré confier le pouvoir au courant majoritaire de l’Islam, en contradiction avec les règles de la démocratie démographique. En Irak, par la dynastie hachémite (Faysal II), puis le Baas avec Saddam Hussein. A Bahreïn, par la dynastie Al Khalifa. Les chiites ont pris le pouvoir à Bagdad, non de leur fait, mais par effet d’aubaine de l’invasion américaine de l’Irak qui a sapé les fondements sunnites du pouvoir Baasiste. En Arabie saoudite, ils ne sont pas considérés comme des citoyens de plein droit et de plein exercice. Leur accès aux grades supérieurs de l’armée, de même qu’au sein de la très haute administration et aux postes de direction des grands services publics leur est refusé. Un fait discriminatoire, contraire à la fonction universelle du Royaume, terre de la prophétie musulmane.

    Les Chiites représentent près de 15 pour cent de l’ensemble de la population musulmane, soit près de 200 millions de personnes, soit presque autant que la seule Indonésie, répartis dans quatorze pays, dont quatre où ses adeptes sont majoritaires : Iran (90% religion d’État), Azerbaïdjan (85%), Irak (64%), Bahreïn (75%) et dix pays dans lesquels les chiites sont minoritaires : Yémen (45%), Turquie (20%), Syrie (15%), Koweït (20%), Émirats Arabes Unis (13%), Afghanistan (20%), Qatar (5%), Égypte (1%), Arabie saoudite (5%), Pakistan (20%).

    Minoritaire, certes, mais de par son déploiement géographique et démographique, il constitue une minorité stratégique qui explique la focalisation israélo américaine. Le chiisme contrôle, en effet, par l’Iran la totalité d’une des deux rives du Golfe arabo-persique, la veine jugulaire du système énergétique internationale. De par son déploiement démographique, la branche rivale du sunnisme est présente dans toutes les zones pétrolifères du Moyen orient : Dans la région orientale du Royaume saoudien (Dhahran), dans le sud de l’Irak (Bassora) et le Nord du Koweït. Dernier et non le moindre des éléments : les Chiites sont en outre massivement déployés au Sud Liban, l’ultime zone de confrontation avec Israël, avec l’enclave palestinienne de Gaza, ainsi qu’en Afrique occidentale.

    La politique ségrégationniste de la France coloniale affectant à l’Afrique le trop plein chiite du Liban pour favoriser un duumvirat maronite sunnite sur le Liban a donné de surcroît du relief à cette communauté et une profondeur stratégique, au-delà des océans, au-delà de toute attente.

    En un curieux retournement de situation, le fief chiite constitué en Afrique, dans le pré carré français, ne résulte pas, là aussi, d’une décision souveraine d’une communauté encore moins d’un état dans une politique de grignotage, mais de l’effet conjugué d’un machiavélisme colonial et de contraintes économiques d’une population déshéritée, en déshérence à l’époque. À cela s’ajoute la politique de dépeuplement de la région frontalière israélo libanaise pratiquée par Israël par le pilonnage quasi quotidien du secteur en vue d’en faire un no-man’s land stratégique. Enfin le glacis pétro monarchique.

    Au-delà des clichés éculés et des effets de propagande, un fait demeure, incontestable. Si les pétro-monarchies ont été une source d’enrichissement de leurs coreligionnaires sunnites arabes, particulièrement la confrérie des Frères Musulmans, l’Afrique et dans un degré moindre l’Amérique latine, auront été celle des Chiites, une communauté généralement perçue par l’opinion occidentale comme hostile aux intérêts du camp atlantiste, contrairement aux sunnites, en dépit des coups de butoir répétitifs d’Al Qaida. Observée sinon avec condescendance à tout le moins avec une bienveillance paternaliste du temps où le Chah d’Iran présidait aux destinées de l’Iran, elle sera perçue avec suspicion sous le régime de la République Islamique.

    Le passage de l’immigré libanais en Afrique du statut de supplétif des rouages du pouvoir colonial à celui de concurrent des entreprises occidentales dans l’Afrique post indépendance, l’établissement de surcroît d’un partenariat entre les Libanais chiites avec les élites nationales africaines, notamment par le financement des campagnes électorales des décideurs politiques va exacerber les antagonismes sociaux, particulièrement à l’égard des Chiites, d’autant plus vivement qu’ils sous-tendent des objectifs économiques. L’assassinat de Laurent Désiré Kabila, en janvier 2001, passe ainsi pour avoir été financé par des libanais furieux que le président congolais ait confié à la société israélienne IDI, le monopole de l’achat des diamants.

    Par effet d’aubaine des erreurs de la stratégie israélo-occidentale, la militarisation des chiites libanais dans la foulée de la liquidation de leur chef charismatique, l’Imam Moussa Sadr, en 1978, en Libye, et du démantèlement du sanctuaire de l’OLP au Liban (1982), feront de cette communauté, jadis la plus méprisée du Liban, par l’effet magique de ses exploits guerriers contre Israël (2000, 2006), l’équation incontournable du Moyen-Orient. Sa nouvelle puissance économique sera alors perçue comme une source nuisance, une évolution amplifiée par l’exacerbation des antagonismes interconfessionnels au Moyen Orient, sur fond de bras de fer entre l’Iran et les Occidentaux à propos du nucléaire iranien et de guerre régionale sunnites chiites attisée par la dynastie wahhabite.

    Sa mutation sociologique modifiera la perception de son rôle, selon le processus classique de « la fabrication de l’ennemi ». http://www.diploweb.com/La-fabrication-de-l-ennemi-ou.html (1)
    Le basculement de l’Iran, l’ancien super gendarme américain dans le Golfe, dans le camp hostile au camp atlantiste sous l’égide de l’Imam Ruhollah Khomeiny (1979) et son rapprochement stratégique avec les pays latino-américains, contestataires de l’ordre américain (Cuba, Venezuela, Bolivie, Brésil, Chili) a achevé de criminaliser tant l’Iran que le Hezbollah que les Chiites d’une manière potentielle. La diaspora libanaise, atout pour le Liban, devient un traquenard tant pour les libanais que pour le pays d’origine. Les pays d’accueil, principalement l’Afrique et l’Amérique latine, deviennent le terrain privilégié de la guerre souterraine planétaire entre Israël et le Hezbollah. Les exemples abondent d’articles de la presse locale et internationale mentionnant « Le trésor des Libanais-Africains », son « opacité du fait de la déliquescence de l’administration fiscale nationale, de la fluidité du système bancaire et des innombrables tuyaux du circuit de blanchiment de l’ancienne « Suisse du Moyen-Orient »».

    L’imaginaire se nourrit des privations et des frustrations. Dans le cas d’espèce, l’agresseur à l’époque contemporaine a été le sunnite. Les années 1978 1979 constituent à cet égard des années charnières.
    1978 – La première fois, au Liban, avec l’assassinat de l’Imam Moussa Sadr, chef spirituel de la communauté chiite libanaise et artisan de son redressement, par le Colonel Mouammar Kadhafi de Libye en 1978, en pleine guerre civile libanaise alors que les chiites constituaient le gros des troupes de la coalition palestino progressiste. Pur acte gratuit s’il en est. Auparavant, il n’existait pas uns spécificité politique chiite propre. Les chiites constituaient le gros des troupes des Baasistes ou des Nassériens.
    1979 – La deuxième fois, un an après, en Irak : avec la guerre lancée par Saddam Hussein contre l’Iran Khomeiniste alors que l’irakien avait hébergé l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny pendant quinze ans dans le sanctuaire chiite de Nadjaf.

    Saddam Hussein y perdra ainsi le bénéfice de l’hospitalité accordée au guide de la révolution islamique, le tombeur de son ennemi déclaré, le chah d’Iran. Une guerre anti iranienne doublée, de surcroît, de l’assassinat des deux grands chefs religieux chiites de la famille Baqr al Hakim, dont Mouqtada Sadr en est l’héritier spirituel et politique, frappé de ce fait d’un double sceau de légitimité : La légitimité du martyrologe et la légitimité politique tirée de son opposition à un tyran (Saddam), en même temps qu’aux envahisseurs de son pays (les États Unis).
    Rétrospectivement, il n’est pas indifférent de noter que tant Mouammar Al-Kadhafi que Saddam Hussein ont été éliminés par des interventions du camp atlantiste. Au vu de cette double et tragique expérience, il est à espérer que les dirigeants arabes intégreront dans leur schéma mental qu’un certificat de bonne conduite américaine ne vaut jamais garantie de survie et que la sécurité du Monde arabe n’est pas réductible à la sécurité du ravitaillement énergétique des États Unis, encore moins à la sanctuarisation d’Israël.

    L’élimination subliminale de la dynastie chiite des Bhutto au Pakistan
    Le panorama serait moins incomplet avec la mention de l’élimination subliminale au Pakistan de la dynastie politique chiite des Bhutto, Zulficar Ali Bhutto et sa fille Benazir, deux des rares civils à avoir dirigé le gouvernement de l’unique puissance nucléaire d’un pays musulman qui plus est sunnite ; un pays qui fut par ailleurs le refuge d’Oussama Ben Laden, le fondateur d’Al Qaida. Deux farouches nationalistes certes, mais des chiites. Circonstance aggravante pour Zulficar, le fait d’avoir épousé une iranienne, la Béguin Nusrat, et pour Benazir, d’avoir eu pour interface Peter Galbraith, le sous-traitant pour l’Asie de la CIA, le concepteur de la théorie du « combat des chiens » (la théorie de la dissension sociale) et fils de l’économiste James Kenneth Galbraith, insupportables tares pour ce fief du wahhabisme en Asie.

    Sous couvert de lutte entre civils et militaires, de lutte contre la corruption et pour l’avènement de la démocratie, il était en effet difficile à un pays gagné par le rigorisme religieux de tolérer la présence d’un chiite à la tête de l’unique puissance militaire nucléaire musulmane, en charge pendant trois décennies de la protection de l’espace aérien saoudien. Un risque intolérable en ce qu’il portait également sur la fiabilité de la coopération souterraine nucléaire entre le Pakistan et les pays musulmans sunnites (Arabie Saoudite, Égypte, Libye) et les suspicions inhérentes que pouvait générer la présence d’un renégat (takfiriste) à la tête d’un état, qui constitue tout à la fois la base arrière des Talibans et le champ d’expérimentation du djihadisme erratique sous égide saoudienne.
    Au-delà de la caste militaire, l’Arabie saoudite dispose au Pakistan d’un homme lige, Nawaz Charif, rival de la famille Bhutto, qui assume une fonction identique au clan Hariri au Liban. C’est d’ailleurs Rafic Hariri, l’ancien premier ministre assassiné, qui a servi de caution à l’arrangement conclu entre Nawaz Charif et les militaires à son éviction du pouvoir et l’héritier Saad Hariri, qui remplira la même fonction pour son retour d’exil au Pakistan. Le sunnite Hariri aura droit à un tribunal spécial international pour le jugement de ses assassins présumés, la chiite Bhutto, pas, quand bien même les deux victimes disposaient du même statut, d’ancien premier ministre de leur pays respectif.

    Les impératifs stratégiques sont des faits incontournables qu’il importe de ne jamais occulter : L’idée même de « révolution islamique », surtout lorsqu’elle est le fait d’un pays chiite, l’Iran, porte en elle les germes de dépérissement des pétromonarchies de son environnement.
    Surtout s’il s’agit d’une révolution populaire, et non d’un coup d’état militaire, surtout si cette révolution islamique est d’essence chiite, et qu’elle constitue de ce fait une menace de bouleversement révolutionnaire pour le camp sunnite ; surtout enfin si elle fonctionne selon le principe de l’élection alors que les pétromonarchies fonctionnent selon le principe de la transmission héréditaire du pouvoir.

    Mohamad Morsi, en Égypte, premier président néo islamiste démocratiquement élu dans le plus grand pays arabe, en a payé le prix. Du fait même qu’il se réclame de l’idéologie islamiste, surtout sunnite, et qu’il ait été choisi par la voie de l’élection.

    L’accession de l’Iran au rang de « puissance du seuil nucléaire », en dépit d’un embargo de trente ans doublé d’une guerre de près de dix ans imposée à l’Iran par Irak interposé, a suscité l’admiration de larges fractions de l’opinion de l’hémisphère sud qui ont vu dans cet exploit technologique incontestable la preuve parfaite d’une politique d’indépendance, en ce qu’il débouche sur la possibilité pour l’Iran de se doter d’une dissuasion militaire en même temps que de maintenir son rôle de fer de lance de la révolution islamique.
    Par extension pour tout pays du tiers monde, musulman ou non, de pouvoir se doter de la technologie de pointe, hors imprimatur occidentale. Dans une zone de soumission à l’ordre israélo américain, le cas iranien est devenu de ce fait un cas d’école, une référence en la matière, et, l’Iran, depuis lors, est devenu le point de mire d’Israël, sa bête noire, dans la foulée de la destruction de l’Irak, en 2003 et de la destruction de la Syrie, dix ans plus tard. Depuis la venue au pouvoir du premier ministre israélien ultra droitier, Benyamin Netanyahu, il y a six ans, Israël a lancé trois attaques virus visant le champ informatique iranien en vue de neutraliser, sinon retarder le programme nucléaire de la République islamique. Doublée d’une campagne d’assassinats de savants iraniens, la triple campagne virale, Stuxnet, Duqu et Flame, a visé tout autant le système nucléaire iranien que le système bancaire libanais, supposé servir de plate forme de blanchiment au trésor de guerre du régime syrien et du Hezbollah libanais.

    Près de trente mille ordinateurs auraient été infectés par ce virus malicieux qui recherchait dans les ordinateurs le système de supervision de la firme allemande Siemens Win-CC, en charge du contrôle des oléoducs, des plate formes pétrolières et des centrales électriques.
    En pleine bataille de Syrie, à trois mois des élections présidentielles américaines, en septembre 2012, Israël a même envisagé de lancer contre l’Iran une impulsion électromagnétique (IEM), afin de paralyser l’ensemble des réseaux de transport et de communications, en vue de briser le développement de son programme nucléaire. L’impulsion devait prendre la forme d’une explosion nucléaire en haute altitude destinée à perturber le parc informatique du pays. L’explosion ne devait produire ni souffle, ni radiation au sol, mais provoquer une paralysie des communications et un tarissement du ravitaillement alimentaire, selon des indications fournies le 29 Août 2012 par Bill Gertz sur sa chronique vidéo sur le site conservateur américain « The Washington Beacon ».
    En contrepoint l’Iran a réussi a détourné, en décembre 2011, un drone ultra sophistiqué américain qui surveillait les sites nucléaires iraniens, via le Baloutchistan, atténuant quelque peu les contre-performances israéliennes.

    Drone furtif et secret, le RQ-170 se présente comme un butin inestimable en ce qu’il a démontré la capacité iranienne à prendre le contrôle du plus sophistiqué des drones d’observation américain, apportant la démonstration de la capacité d’électroniciens hors pairs de ses savants. En disposant désormais d’un prototype pour reproduire l’arme secrète, l’Iran parait avoir réussi à se prémunir des attaques de ce genre d’engins, se propulsant au 2ème rang mondial dans ce secteur d’armement.

    1 – L’Achoura est un événement religieux qui revêt une importance particulière pour les chiites, qui y commémore le massacre de l’imam Hossein et de 72 membres de sa famille et partisans par le califat omeyyade à Kerbala en Irak. L’Achoura symbolise la lutte contre l’oppression et les injustices dans le chiisme par référence à cet événement historique. La célébration a lieu le 10e jour du mois musulman de Mouharram et le deuil se poursuit pendant 40 jours jusqu’à l’Arbaïn (quarante).

    Pour se rappeler des douleurs subies par Hussein, certains pèlerins se flagellent collectivement L’Achoura est l’occasion pour les fidèles chiites d’expier les fautes de leurs ancêtres. En Irak, certains hommes se frappent le dos jusqu’au sang à l’aide de chaînes, au son des tambours et des chants religieux. Dans d’autres pays comme en Inde, ils se martèlent la poitrine. C’est à Kerbala en Irak qu’a lieu le pèlerinage principal.

    En initiant une dissuasion asymétrique, fondée sur une riposte balistique, le Hezbollah a modifié les règles du combat dans sa confrontation avec Israël, une puissance nucléaire créditée parmi les plus grandes armées de l’Hémisphère Sud. En obtenant le dégagement militaire israélien du Liban sans négociation ni traité de paix, en 2000, la formation chiite a propulsé le Liban à la fonction de curseur diplomatique régional, et, dans l’histoire du conflit israélo-arabe, le standard libanais au rang de valeur d’exemple, tant cet exploit a revêtu dans la mémoire collective arabe un impact psychologique d’une importance comparable à la destruction de la ligne Bar Lev, lors du franchissement du Canal de Suez, lors de la guerre d’octobre 1973. Récidiviste huit ans plus tard, le Hezbollah initiera, face à la puissance de feu de son ennemi et à l’hostilité quasi générale des monarchies arabes, une nouvelle méthode de combat, concevant un conflit mobile dans un champ clos, une novation dans la stratégie militaire contemporaine, doublée d’une audacieuse riposte balistique, à la grande consternation des pays occidentaux et de leurs alliés arabe.

    En 2006, la « divine surprise » du Hezbollah s’explique tant par le fait que la milice chiite se battait, alors que son arrière-plan stratégique, – son flanc occidental et son flanc oriental-, étaient tenus par ses adversaires, – le camp phalangiste à Beyrouth et le clan Hariri à Beyrouth Ouest – que par le fait que cette victoire s’est accompagnée d’une spectaculaire opération d’échange de prisonniers avec Israël. Un échange œcuménique dépassant les clivages traditionnels du Monde arabe, en ce qu’il comportait tan des Libanais que des Palestiniens, dont aucun n’appartenait au Hezbollah, notamment le druze Samir Kintar, le doyen des prisonniers politiques arabes en Israël, et près de 200 dépouilles, dont celle de la palestinienne, Dalal Moughrabi, membre d’un commando palestinien tuée en 1978. Un exploit qui pourrait éclairer le souci du camp islamo-atlantiste (la coalition des grands pays musulmans sunnites avec le bloc atlantiste) d’enserrer le Hezbollah dans un nœud coulant en vue de provoquer sinon son implosion, à tout le moins sa strangulation, via la justice internationale et la politique de criminalisation du Hezbollah (inculpation par le Tribunal Spécial sur le Liban, TSL Liban Hariri), inscription sur les liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

    Hasard ou préméditation ? Deux journalistes français se sont distingués, de manière synchrone, durant cette période. Le premier, Yves Mamou, un ancien du journal Le Monde, commettra un opus de moyenne facture, intronisant le Hezbollah comme le nouveau baron du narco trafic tri continental (Amérique latine, Afrique Moyen orient), l’égal de Pablo Escobar.
    La seconde, Annick Cojean, une ancienne journaliste au même journal qu’elle a réintégré, dissertera, elle, sur la sexualité débridée des combattants de la formation chiite, se fondant sur le témoignage des réfugiées syriennes du camp de Zaatari, un camp situé en Jordanie, placé sous haute surveillance de l’armée bédouine du Roi hachémite. Mais le fait est que Brookings Doha Center, – une institution nullement suspectée de sympathies ni pour l’Iran, ni pour le Hezbollah -, n’ait mentionné le moindre de ces méfaits dans son rapport paru en Mai 2014 a posé le problème la pertinence de ses articles.

    S’agissait-il de la part des deux confrères de l’ancien et du nouveau Monde de discréditer le Hezbollah pour mieux accréditer sa culpabilité en pleine phase accusatoire du procès des assassins présumés de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri (TSL) ? De faire contre feux au fait qu’Israël soit devenu l’un des premiers colonisateurs de la planète, une superficie 20 pour cent supérieure à la totalité de la Palestine, avec une colonisation de terres en Amérique latine et en Afrique ?
    http://www.renenaba.com/yves-mamou-et-le-phenomene-de-serendipite/

    Un symbole se flétrit de ses flétrissures. Il dépérit faute d’éléments contributifs à sa pérennisation. Il en est ainsi d’Achoura et de La Mecque. Achoura, la commémoration du martyr d’Hussein, se serait réduite à un exercice de flagellation et de lamentation, objet de dénigrement de la part des adversaires des chiites n’était-ce les exploits guerriers du Hezbollah et la résistivité de l’Iran. Achoura est ainsi devenue un temps fort du rituel symbolique de la révolution, comparable à la prise de la bastille en France ou au défilé de la place Rouge commémorative de la Révolution d’Octobre en Russie. En contrechamps, l’Arabie saoudite, elle, détient les symboles les plus incontournables de l’Islam en ce qu’elle est la terre de la prophétie, abritant la Mecque et Médine. Sans la puissance financière du Royaume et ses réserves pétrolières, l’Arabie aurait été un nain politique, objet d’une détestation généralisée.

    Hassan Nasrallah et Saad Hariri, les deux chefs de file des deux courants antagonistes de l’islam libanais, sont antinomiques. Le chiite, adossé à l’Iran, fait objet d’un rigoureux pistage des services israéliens et de la totalité des services occidentaux et pétro monarchiques, le sunnite, adossé sur l’Arabie saoudite, fait, lui, l’objet de la sollicitude de ces mêmes services.
    Une reproduction à l’identique du schéma irakien sous la monarchie hachémite. Abdel Mohsen Saadoune, premier ministre chiite d’Irak (1879-1929) se suicidera après avoir ratifié, sur ordre de son Roi, un traité anglo-irakien qu’il jugeait contraire aux intérêts de son pays, quand son successeur Noury Saïd (1958), de même que son compère de la branche jordanienne de la dynastie hachémite Wasfi Tall (1971), tous deux sunnites et agents attitrés de l’Intelligence service, périront lynchés par la foule, l’irakien pour avoir encouragé les Anglais à lancer une expédition contre l’Égypte nassérienne (1956), le jordanien pour avoir servi de bourreau aux palestiniens lors du septembre noir jordanien (1970).

    Noury Said est passé à la postérité pour avoir tenu ces propos au premier ministre britannique de l’époque, Anthony Eden, concernant Nasser : « Hit him, Hit him now, Hit him hard » (« Frappe le, Frappe le maintenant, Frappe le durement »), au diapason des suppliques de Youssef al Qaradawi, le Multi du Qatar, implorant l’Otan de bombarder la Syrie quand le Pape en personne mettait en garde contre un emballement belliciste.

    Au Liban, une menace permanente pèse sur les deux dirigeants libanais. Hassan Nasrallah a perdu deux de ses plus importants collaborateurs au niveau militaire, Imad Moughnieh, le fondateur de la branche militaire du Hezbollah et Hassan Lakiss, le chef de sa balistique, et l’un des dignitaires chiites a fait l’objet d’une tentative d’assassinat de la part de la CIA, Cheikh Hassan Fadlallah. Sans compter les opérations de déstabilisation du fief Hezbollah, l’été 2013, en relation avec la guerre de Syrie, dont le plus meurtrier aura été l’attentat contre la mission culturelle iranienne à Beyrouth. Saad Hariri, lui, a perdu son père Rafic Hariri, l’ancien premier ministre, dans un attentat en Février 2005, et le chef de sa garde rapprochée, Wissam Al Hassan, dans un attentat en octobre 2012, en pleine guerre de Syrie.

    Là s’arrête la similitude. Hassan Nasrallah n’a jamais déserté le champ de bataille, ni son fief du sud de Beyrouth, alors que son contrepoids sunnite Saad Hariri, le chef du clan saoudo américain au Liban a opté pour la fuite en avant comme mode de gouvernement.

    Député de Beyrouth, une ville reconstruite par son père, de surcroît chef de la majorité parlementaire à l’époque, il n’hésitera pas à fuir Beyrouth, au premier coup de feu tiré par les Israéliens en 2006. Il récidivera cinq ans plus tard en s’exilant en Arabie saoudite pendant la totalité de la guerre de Syrie, glanant au passage le sobriquet de « planqué de Beyrouth ».
    Il en a été de même des deux formations sunnites Fateh Al Islam et celle du prédicateur salafiste pro Qatar de Saïda, Cheikh Ahmad Al Assir, missionnées, tous les deux, par les pétromonarchies du Golfe pour y créer un abcès de fixation dans l’hinterland stratégique du Hezbollah. Tant Fateh Al Islam (Nord du Liban) que Cheikh Ahmad Al Assir (Sud du Liban) se sont attaqués à l’armée libanaise, agrégateur des diverses composantes de la mosaïque libanaise en ce qu’elle constitue l’unique matrice du brassage humain inter libanais. Les deux ont infligé de lourdes pertes à l’armée libanaise. Plus durement qu’elle n’en a subie depuis l’indépendance du Liban, il y a 70 ans. Et pas la moindre éraflure à l’armée israélienne. Les deux ont instrumentalisé des Palestiniens dans leur aventure, dévoyant le combat principal des Arabes de son champ de bataille principal la Palestine.

    Les chefs de ces deux formations ont déserté le champ de bataille. Chaker Absi, le nordiste, a été exfiltré vers l’Arabie saoudite par son ancien commanditaire Saad Hariri, (remembrer l’épisode de la Banque de la Méditerranée) et Ahmad Al Assir a disparu de la scène par phénomène d’évaporation théologique. Une baudruche dégonflée.

    Une différence de stature existe entre les deux organisations de lutte armée opérationnelles du Monde arabe, Al Qaida (sunnite) et le Hezbollah (chiite). Hezbollah recherche la dissuasion, une parité stratégique avec son ennemi, alors qu’Al Qaida pratique la nuisance. Dommage collatéral et subsidiaire, la destruction des Bouddhas de Bamyan a entraîne de surcroît un rapprochement entre Israël et l’Inde, jadis partenaire privilégiée de l’Égypte au sein du mouvement des non-alignés. De même les dérives djihadistes du conflit de Syrie ont accentué l’islamophobie dans le Monde occidental et massivement contribué à un retournement de l’opinion.

    Bénéficiant d’une audience certaine tant au sein de l’Islam asiatique (Afghanistan Pakistan) que de l’Islam africain (Sahel subsaharien), son mouvement opérant une spectaculaire percée en Syrie à la faveur des errements de la stratégie islamo atlantiste, Oussama Ben Laden a souffert toutefois d’un handicap majeur au sein du noyau historique de l’Islam – le Monde arabe – du fait de son passé d’agents de liaison des Américains dans la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1980-1990), détournant près de cinquante mille combattants arabes et musulmans du champ de bataille principal, la Palestine, alors que Yasser Arafat, chef de l’OLP, était assiégé à Beyrouth par les Israéliens avec le soutien américain (juin 1982).

    S’il a pu se targuer d’avoir contribué à précipiter l’implosion d’un « régime athée », l’Union soviétique, ses censeurs lui reprochent d’avoir privé de leur principal soutien militaire, les pays arabes du « Champ de bataille », l’Organisation de Libération de la Palestine, l’Égypte, la Syrie, l’Irak, ainsi que l’Algérie, le Sud Yémen, le Soudan et la Libye. Son autorité de ce fait se heurte sur la scène arabe au charisme d’authentiques dirigeants à la légitimité avérée aux yeux de larges factions du Monde arabo musulman, Cheikh Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, le mouvement chiite libanais, auteur de deux exploits militaires contre Israël (2000, 2006), dont l’incomparable avantage sur Oussama Ben Laden réside dans le fait qu’ils n’a jamais déserté, lui, le combat contre Israël, l’ennemi principal du monde arabe. Elle se heurte aussi à la concurrence du nouveau Calife de l’Islam, le calife Ibrahim.
    http://www.renenaba.com/yemen-le-pied-de-nez-de-ben-laden-a-ses-anciens-parrains/
    http://www.renenaba.com/yemen-le-pied-de-nez-de-ben-laden-a-ses-anciens-parrains-2/

    C – À propos du Hamas

    Cas unique dans les annales des guerres de libération nationale, la décision du Hamas d’installer son quartier général politique à Doha a constitué une aberration mentale équivalant, dans l‘ordre symbolique, à se placer sous la coupe de son bourreau, équivalant, pour bien le’souligner, à l’implantation du QG du FLN algérien à proximité de Taverny, le PC de la force stratégique aérienne française, ou du ViêtCong vietnamien à Pearl Harbour, la plus importante base américaine de la zone Asie Pacifique.

    Un mouvement de libération nationale qui renonce de facto à libérer son pays occupé pour privilégier un alignement sectaire, non sur sa religion, mais sur une école de pensée religieuse, cesse ipso facto d’être un mouvement de libération.Toutefois, le premier percement balistique de l’espace aérien israélien par sa trajectoire transnational de Gaza à Tel Aviv, opéré en riposte à « Bordure protectrice », a rompu la réclusion du Hamas consécutive à son alignement sectaire sur les pétromonarchies rigoristes. En replacant la revendication palestinienne au centre du débat international, il a renfloué du coup la branche palestinienne des Frères Musulmans en renouant ses relations avec ses anciens frères d’armes, le Hezbollah et l’Iran, le rangeant à nouveau parmi les principaux interlocuteurs de ce conflit. http://www.renenaba.com/qatar-hamas-un-an-apres-hamad-du-qatar-en-rade-et-le-hamas-en-panade/

    Au-delà des tentatives de déstabilisation, de criminalisation et des supputations, l’Iran et son allié libanais ont fait preuve de résistivité et de leur capacité à percer la défense anti aérienne israélienne.
    Le lancement le 2 octobre 2012 d’un avion sans pilote du Hezbollah en direction d’Israël a constitué la première incursion aérienne réussie de l’aviation arabe depuis la guerre d’octobre 1973, il y a 40 ans. Son survol du site nucléaire de Dimona, dans le Néguev, a démontré l’étanchéité du « dôme d’acier » israélien, édifié avec de coûteux moyens avec l’aide américaine en vue d’immuniser le ciel israélien de toute attaque hostile. Cet exploit militaire du Ayatollah, et par voie de conséquence de l’Iran, est apparu comme une spectaculaire démonstration de leur capacité technologique à forte portée psychologique tant à l’égard d’Israël et des États-Unis, qu’à l’encontre du groupement des pays sunnites gravitant dans l’orbite atlantiste.

    Le drone produit par l’Iran, sans doute un clonage du RQ-170, a été monté par le Hezbollah sur le sol libanais. Son nom de code « Ayoub » fait référence à l’un des combattants du Hezbollah, Hussein Ayoub, premier artisan de cette formation tué lors d’une attaque. Par extension au personnage biblique de Job et à sa légendaire patience, comme pour signifier que cette qualité anime aussi les contestataires à l’ordre hégémonique israélo-américain dans la sphère arabo musulmane. Au vu de ce bilan, bon nombre d’analystes occidentaux considèrent que le Hezbollah constituent le phénomène majeur sur le plan politique et militaire du dernier quart de siècle, un des plus prestigieux mouvements de libération du tiers monde, à l’égal des Barbudos cubains, du FLN vietnamien et du FLN algérien.
    Pour aller plus loin sur l’aspect militaire du Hezbollah, son leadership et les enjeux de la guerre de Syrie, sur ces liens : http://www.renenaba.com/hassan-nasrallah-lindomptable/
    http://www.renenaba.com/sous-la-syrie-le-hezbollah/
    http://www.renenaba.com/moqtada-sadr-un-scalp-ideal-pour-george-bush-en-fin-de-mandat/

    Alors que le grands pays arabes musulmans sunnites, notamment l’Arabie Saoudite, s’emploient, via la théologie, à provoquer une normalisation de facto avec Israël, l’Iran et le Hezbollah s’y refusent.
    Aucun dignitaire religieux chiite n’a participé au colloque des oulémas sunnites d’Amman, le 1 er mai 2014, rendant licite sous certaines conditions, le pèlerinage à Jérusalem pour les Musulmans, dégageant ainsi la responsabilité de la branche rivale du sunnisme dans cette forme de normalisation déguisée par la théologie avec Israël.

    L’Iran chiite et le Hezbollah libanais constituent les deux seules entités à proclamer leur attachement à la célébration de la journée mondiale d’« Al Qods », commémorée chaque année le dernier vendredi du mois de Ramadan, en l’absence de la moindre participation sunnite, alors que la Palestine est dans sa très grande majorité peuplée de sunnites et d’une minorité chrétienne arabe, dont la population ne comporte aucun chiite, et que la responsabilité de la défense des Lieux Saints Musulmans incombe aux vingt pays arabes qui se réclament du sunnisme, la branche majoritaire de l’Islam.

    Des islamophilistes, jamais avares d’explications apologétiques, soutiendront que le surge de l’ISIS en Irak, en juin 2014, visait, au premier chef, « l’expansionnisme iranien » et « l’impérialisme safavide », en référence à la dynastie des Safavides (1501-1736), qui se sont convertis au chiisme entraînant avec eux la majorité de la population iranienne.

    Sous le fatras des considérations historico théologiques de ces plumitifs besogneux, l’objectif sous-jacent viserait en fait « la fracture du croissant chiite, dont la continuité territoriale allait, depuis l’invasion américaine en Irak, en 2003, et la mise en place d’un régime chiite à Bagdad, de Téhéran à Beyrouth ».
    Cf : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/19/la-guerre-de-l-eiil-contre-l-iran-ne-concerne-ni-la-france-ni-l-occident_4441248_3232.html et la contre analyse du signataire de ce papier : http://www.renenaba.com/irak-la-proclamation-du-califat-et-ses-consequences-strategiques/

    Sauf que cette thèse pour séduisante qu’elle soit, ne résiste pas à l’analyse, en ce que le déclencheur du feu initial a bel et bien été le camp sunnite : Saddam Hussein, d’abord, contre la révolution islamique iranienne, en 1979, c’est-à-dire par un dirigeant nationaliste et non théocratique, animé d’une idéologie laïque pan arabe, pour le compte de pétromonarchies théocratiques, dont il apparaîtra ultérieurement comme le sous-traitant, gratifié de leur ingratitude par l’invasion de son pays et sa pendaison. Le colonel Mouammar Kadhafi, ensuite en décapitant sans raison apparente, en pleine guerre du Liban, (1975-1990), l’Imam Moussa Sadr, chef spirituel de la communauté chiite libanaise, le partenaire principal d’une coalition palestino-progressiste à très forte majorité sunnite et qui récoltera, à son tour l’ingratitude islamo-atlantiste.

    En contrepoint, la formation chiite libanaise a été l’alliée stratégique du sunnite Hamas dans son combat anti israélien, jusqu’à la défection sectaire de la branche palestinienne de la confrérie des Frères Musulmans, parallèlement au harcèlement des organisations takfiristes, Jobhat an Nosra et Dahe’ch, sur le Hezbollah plus intensément que sur leur supposé ennemi commun Israël.

    L’axe chiite de Téhéran à Beyrouth, généré par un effet d’aubaine des déboires de la stratégie saoudo américaine, visait par une alliance de revers à briser la triangulation constituée par le partenariat stratégique d’Israël et la Turquie, seul pays musulman qui plus est sunnite membre de l’Otan.

    Une alliance contre nature entre le premier état génocidaire du XXème siècle et les rescapés du génocide hitlérien. Prolongée par le chapelet des bases atlantistes des pétromonarchies du golfe, cette triangulation enserre le cœur du Monde arabe dans un étau et bride ses aspirations à l’autonomie.

    Durant la guerre de Syrie, un PC opérationnel de l’Otan et des pétromonarchies, incluant la Turquie, avait même été aménagé à Mafrak, à une 50 km de de la frontière syrienne de Dera’a, dans l’ancien PC mixte israélo jordanien de 1988, pour y synchroniser les opérations contre le pouvoir de Damas. Un pont aérien avait été établi de la Jordanie vers la Turquie pour consolider le Front Nord (Alep) où les djihadistes étaient en mauvaise posture. Le prince Salmane Ben Sultan, demi-frère du prince Bandar, était chargé de la gestion du flux djihadiste depuis la Jordanie vers la Syrie, et la coordination de l’intendance, leur ravitaillement en armes et munitions.
    http://www.al-akhbar.com/node/203853

    Le chef de l’ISIS, Abou Bakr al-Baghdadi, un Irakien de Samarra de son vrai nom Ibrahim Awad Al Badri, Al Sammarai, s’est battu contre les Américains. Ancien lieutenant d’Abou Mouss’ab Al Zarkaoui, capturé, détenu, il a été torturé dans la plus grande prison américaine en Irak, le camp Bucca pendant cinq ans.

    L’administration George Bush jr a réveillé le conflit entre sunnites et chiites enraciné dans plus de 14 siècles d’histoire en ce que l’ignorance délibérée par les États-Unis de l’oppression massive des Irakiens et des sunnites en particulier, au cours de la guerre de 2003 jusqu’à leur retrait, de même que l’éradication du Baas et le démantèlement de l’armée, ont été un facteur important dans la formation de l’ISIS et dans le déchaînement de violence dont il s’est illustré en Irak, depuis juin 2014. L’Iran a su exploiter la situation pour des raisons diverses dont de forts intérêts politiques et territoriaux, couplés avec l’espoir de prendre sa revanche sur ce que beaucoup de chiites perçoivent comme des injustices historiques.

    À noter que la résurgence de l’ISIS marque l’échec cuisant des idéologies, particulièrement baasiste, en ce que le pouvoir baasiste à Damas le plus important soutien à ses frères d’armes baasistes irakiens dans leur contre insurrection anti-américaine à Bagdad, en 2003, sera payé de retour, de bien curieuse façon par le résidu du Baas irakien, via son alliance avec l’ISIS, l’adversaire le plus coriace des baasistes syriens.
    CF. À ce propos l’une des rares interviews du successeur de Saddam Hussein à la tête du Baas irakien, Izzat Ibrahim ad Doury, l’artisan de l’alliance avec l’ISIS http://www.afrique-asie.fr/menu/moyen-orient/7796-irak-chaos-programme.html
    Le Monde musulman, particulièrement sa sphère arabe, est en pleine ébullition. Le terrorisme sous couvert du Djihad en propagation constante. Un mouvement pour l’instant resté essentiellement anthropophage en ce que les victimes sont dans leur très grande majorité des musulmans : un million de morts lors de la guerre Irak-Iran (1979-1989), 200 000 morts en Algérie durant la décennie 1990, 200 000 morts en Irak (2003-2008), davantage encore au Soudan (Darfour), en Somalie, en Libye, en Syrie et au Pakistan, sans compter l’Égypte et la Tunisie.

    La mutation de l’Islam sunnite en Islam wahhabite a, en fait, signé « l’adieu aux armes » des pays arabes et sa reddition à l’Imperium israélo-américain, dont le signe le plus manifeste aura été le ralliement aux pétromonarchies du mouvement palestinien Hamas, l’unique mouvement de guérilla sunnite au monde arabe, sinon l’excepte le djihadisme erratique d’Al Qaida et de l’ISIS, ainsi que la renonciation par Mahmoud Abbas au « Droit au retour » des Palestiniens, quêtant la faveur de visiter sa ville natale de Safad, avec promesse de ne pas s’y installer dans une pathétique prestation à l’occasion du 95eme anniversaire de la promesse Balfour.
    La verticale Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth constitue, dans ce contexte, l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-occidentale, – « Douwal Al Moumana’3a » -, un concept lancé par le président iranien Mohamad Khatami, en personne, en 2004, lors de son déplacement officiel à Beyrouth, haut lieu de la résistance arabe. Cette verticale a été désignée par le Roi de Jordanie d’« arc chiite ».

    Dans la prose occidentale, elle constitue « l’axe du mal », cher à George Bush jr, par opposition à « l’islam des lumières » incarné par la constellation des régimes les plus rétrogrades du monde (les pétromonarchies du golfe) et les plus répressifs (la Jordanie, Maroc). Un « Islam des Lumières » qui constitue par ses états de service, l’axe de la capitulation, célébré au sein du camp occidental par la mise en œuvre du pernicieux protocole de validation d’un islam domestiqué à l’ordre israélo américain, opérée, de manière subliminale, à la faveur du « printemps arabe ».

    L’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques est le fait de deux démiurges, les États Unis aux manettes, en tant que sorcier apprenti, et l’Arabie saoudite, copilote, en sa qualité d’apprenti sorcier. Sous l’égide de Gamal Abdel Nasser, l’islam sunnite, flamboyant dans le tiers monde, bien au-delà du Monde arabe, a été le point de ralliement des peuples en lutte pour l’indépendance. Sous les wahhabites, le centre de basculement vers la vassalisation à l’ordre israélo-américain. Ce n’est pas tant l’islam qui est en cause, mais l’usage qui en est fait.

    Au-delà de cette gesticulation guerrière, trois vérités s’imposent :

    Première vérité : Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’une part de sa culture et l’Islam d’une partie de son rayonnement, qu’il s’agisse du philosophe Al Fârâbî, du compilateur des propos du prophète, Al Boukhary, du linguiste Sibawayh, du théoricien du sunnisme Al Ghazali, des historiens Tabari et Shahrastani, du mathématicien Al Khawarizmi (Logarithmes), et naturellement du conteur du célèbre roman Kalila wa Doumna, Ibn al Mouqaffah ainsi qu’Avicenne (Ibn Sinna). De même, l’expansion de l’Islam en Asie centrale aux confins de la Chine n’a pu se faire sans le passage par la plate forme iranienne.

    Deuxième vérité : Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’un basculement stratégique qui a eu pour effet de neutraliser quelque peu les effets désastreux de la défaite arabe de juin 1967, en substituant un régime allié N’Israël, la dynastie Pahlévi, le meilleur allié musulman de l’état hébreu, par un régime islamique, qui a repris à son compte la position initiale arabe scellée par le sommet arabe de Khartoum (Août 1967) des « Trois NON » : Non à la reconnaissance, Non à la normalisation, Non à la négociation avec Israël. Il a ainsi offert à l’ensemble arabe une profondeur stratégique en le libérant de la tenaille israélo iranienne, qui l’enserrait dans une alliance de revers, compensant dans la foulée la mise à l’écart de l’Égypte du champ de bataille du fait de son traité de paix avec Israël. La Révolution Islamique en Iran a été proclamée le 9 Février 1979, un mois avant le traité de Washington entre Israël et l’Égypte, le 25 mars 1979.
    En retour, les Arabes, dans une démarche d’une rare ingratitude, vont mener contre l’Iran, déjà sous embargo, une guerre de dix ans, via l’Irak, éliminant au passage le chef charismatique de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr (Libye 1978), combattant dans le même temps l’Union soviétique en Afghanistan, le principal pourvoyeur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël.

    Troisième vérité : Le Monde arabe s’est lancé, au-delà de toute mesure, dans une politique d’équipements militaires, pendant un demi-siècle, payant rubis sur ongle de sommes colossales pour d’arsenal désuets, pour des livraisons subordonnées à des conditions politiques et militaires draconiennes, alors que, parallèlement, les États-Unis dotaient, gracieusement, Israël de son armement le plus sophistiqué.
    Israël a ainsi bénéficié, à ce titre, de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue « Counter punch » en date du 30 mars 2007. À cette somme, il convient d’ajouter 11,2 milliards de dollars de prêts pour des équipements militaires ainsi que 31 milliards de dollars de subventions économiques, sans compter la fourniture de l’ordre de trente milliards de dollars, dont des missiles à guidage laser, des bombes à fragmentation, des bombes à implosion, un dôme d’acier de protection anti balistique, en vue de préserver la suprématie militaire israélienne au Moyen Orient.

    À deux reprises au cours du dernier quart de siècle, les pays arabes ont participé à des guerres lointaines par complaisance à l’égard de leur allié américain, parfois au détriment des intérêts à long terme du Monde arabe, s’aliénant même un allié naturel, l’Iran, un voisin millénaire, dans la plus longue guerre conventionnelle de l’époque contemporaine, sans pour autant bénéficier de la considération de leur commanditaire américain.

    À l’apogée de sa puissance, au plus fort de son alliance avec l’Iran, l’Amérique n’a jamais réussi à faire restituer à leur propriétaire arabe légitime les trois îlots du golfe, propriété d’Abou Dhabi : Abou Moussa et les deux îles Tumb, occupés par le Chah d’Iran, dans la décennie 1970.

    En phase de puissance relative, l’Amérique saura-elle, à tout le moins protéger durablement ces relais régionaux, au moment où ses déboires en Irak, en Afghanistan et en Syrie la place sur la défensive, alors qu’en contrepoint, l’Iran, fort de sa maîtrise de la technologie nucléaire et des succès militaires de son allié libanais, le Hezbollah se pose en parfait contre-exemple de la servitude monarchique. Plus précisément, alors qu’elle se lance à la conquête de l’Asie pour y endiguer la Chine, l’Amérique pourra-t-elle protéger ses relais des turbulences internes attisées par les frasques monarchiques répétitives, en parfait décalage avec les dures conditions de la réalité quotidienne de la multitude de leurs concitoyens et qui gangrènent inexorablement les assises de leur pouvoir.
    Les Arabes ont trop souvent sacrifié la stratégie à des succès tactiques à court terme. Au point que l’un des plus actifs partisans de la diplomatie pétitionnaire, Leila Shahid, déléguée de l’autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, a admis l’échec de leur stratégie après la dernier offensive anti israélienne contre Gaza. Pour leur malheur et celui des peuples en lutte pour leur liberté.

    Au-delà de leur discours de légitimation respectif (Wilayat al Faqih pour les Iraniens, idéologie du Tawhid pour les Saoudiens), une analyse concrète d’une situation concrète tendrait à constater que l’Iran dispose d’une autonomie de décision, de par son statut de puissance du seuil nucléaire. L’Arabie saoudite, elle, est sous protectorat américain. Et le Clan Hariri au Liban, une excroissance de l’Islam wahhabite et sa délocalisation dans un pays à système pluraliste. Des faits indiscutables.
    Ni théologien ni linguiste, le signataire de ce texte laisse toutefois le mot de la fin à plus compétent que lui en la matière pour traiter de la différence entre chiites et sunnites : « Les religieux chiites reçoivent une éducation beaucoup plus rigoureuse que les clercs sunnites. Ils ont une solide formation dans les sciences théologiques. Ils apprennent la logique aristotélicienne avant le Coran….« La théologie est beaucoup plus vivante dans la communauté chiite. …Les Chiites sont plus théologiques, les sunnites sont légalistes. Et les chiites ont leur « histoire de passion » avec Hussein et Ali. C’est une invitation à réfléchir sur la nécessité de la justice », soutient un universitaire sunnite palestinien, Cheikh Tarif Al Khalidi, Professeur de civilisation musulmane à l’Université Américaine de Beyrouth. Paroles d’expert.

    Cheikh Tarif Al-Khalidi : Interview de Robert Fisk correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. http://www.independent.co.uk/biography/robert-fisk

    Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l’Association d’amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Editorialiste Radio Galère 88.4 FM Marseille Emissions Harragas, tous les jeudis 16-16H30, émission briseuse de tabous. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.

    Sources :

  • Professeur Omar Aktouf: Néolibéralisme et néocolonialisme – Quels liens ?

    Professeur Omar Aktouf: Néolibéralisme et néocolonialisme – Quels liens ?

    Nous recevons aujourd’hui sur notre chaîne You Tube alternative ATV, le Pr. Omar Aktouf. Avant de passer aux questions, nous lui avons demandé de faire une petite introduction pour revenir sur les notions de néo-libéralisme et de néo-colonialisme.

    Pr. Omar Aktouf- Tout d’abord merci infiniment de m’inviter et de me faire cet honneur de parler de ces sujets dans votre média. Nous essayerons de traiter de choses sérieuses sans trop se prendre au sérieux.

    Le néo-libéralisme est-il un néo-colonialisme et quels rapports avec le libéralisme ?J’ai écrit tout un livre sur ce vaste sujet qui s’intitule « La stratégie de l’autruche », dont je ne fais pas de publicité parce que je ne touche pas mes  droits qui sont versés à des œuvres et donc vendre mes livres ne change rien à ma vie. J’estime qu’eut  égard à Marx, Aristote, Socrate et des gens de ce gabarit-là, je ne veux pas faire de l’argent avec leurs pensées qui m’ont inspiré, alors qu’ils sont morts dans la misère.

    Sur la question du colonialisme et du néo-libéralisme, il faut d’abord définir ce qu’est le colonialisme alors que les gens ont tendance à croire que cela va de soi. On parle même de l’ère des Romains, des Grecs, des Perses, des musulmans, des empires donc, de celui de Justin, de l’empire Ottoman, pratiquement comme si c’était du colonialisme alors que ce n’est pas du tout la même chose.

    Le colonialisme est né avec le capitalisme et la pensée capitaliste, de la pratique économique capitaliste, c’est là que le colonialisme a vraiment commencé. Pour ceux que cela intéresse, vous trouverez cela dans le livre « Histoire de la violence » de  Jacques Attali.

    Dans l’histoire, il y a au moins 3 ou 4 types de guerres de conquête, et le colonialisme est une guerre et une conquête. Il y a d’abord les guerres de régulation : quand les peuplades en Afrique, les Amérindiens, ou encore en Asie Mineure, étaient des nomades, une tribu sort des lances et des flèches et pousse des cris pour intimider une autre tribu qui a dépassé son quota de temps d’occupation d’un point d’eau au Sahara ou pour les Amérindiens, d’un territoire de chasse. On menace, s’agite et on s’entretue peut-être un peu, on fait quelques blessés, pour faire comprendre à l’autre partie qu’il faut dégager, voilà la guerre de régulation.

    Ensuite il y a les guerres d’intimidation : quand des tribus ou des clans veulent signifier à l’autre clan ou tribu qu’ils empiètent sur leurs territoires qu’ils considèrent comme ancestral, on a une guerre d’intimidation: on s’affronte, on s’attaque un peu, on crie, on lance des lances et des flèches et puis on négocie et chacun reprend ce sur quoi ils se sont mis d’accord. On a aussi connu les guerres de razzia, qui sont aussi des sortes de guerre de régulation-intimidation où il n’y a pas d’occupation, ni d’extermination.

    Puis, il y a eu les guerres d’occupation: c’est occuper et éliminer d’une façon ou d’une autre, les premiers occupants du lieu, les indigènes, les autochtones; ce sont les premières tentatives de ce qu’on appellera la colonisation, pour s’accaparer les richesses et les ramener à la métropole. Suivent les guerres d’extermination dont le but est d’anéantir carrément l’ennemi et d’occuper son territoire.

    Ce qui caractérise le colonialisme est une guerre de conquête, d’occupation et d’exploitation de la population locale qu’on appelle les indigènes. La logique du capital donc l’essence du capitalisme et de la Révolution Industrielle à la fin du 18e siècle se caractérisent par des guerres de conquête, d’occupation, d’extermination partielle et d’exploitation des autochtones. Donc on extermine ceux qui sont trop réfractaires ou qui ne veulent pas se soumettre.

    Pourquoi le colonialisme? Dès la fin du milieu du XVIIIe siècle, l’Europe commençait la Révolution Industrielle, en Flandre, l’actuelle Hollande et une partie de la Belgique, le sud de l’Angleterre qui avait abandonné les céréales pour les moutons et le textile qui rapportaient beaucoup plus. L’ Angleterre avec environ 5 M d’habitants, au Sud qu’on appelle England, avait les enclosures où on enfermait les moutons; ils ne pouvaient pas en élever plus parce qu’ils manquaient d’espace. L’Angleterre et la Hollande ont commencé à manquer de matières premières pour le textile, qui pouvait se faire également avec le lin, le chanvre, le coton. C’est comme cela qu’ils ont conquis l ‘Egypte, introduit la monoculture du coton en Inde , et les Français, la monoculture de l’arachide au Sénégal et celle du vignoble et du blé en Algérie, grand producteur de céréales. Voilà comment le capitalisme a inauguré la phase colonialiste à la fin du 18es, voire même au milieu de 1700.

    Les théoriciens du colonialisme sont John Lewis, l’ancêtre de ce qu’a écrit Haddington, qui ce l’est approprié et qu’il appela « le choc des civilisations »; cela remonte à Alexis de Tocqueville, Ernest Renan, Rudyard Kipling qui ont combiné cette théorie du colonialisme, une espèce de greffe humaniste ou humanitaire comme l’a écrit Kipling qui était à sa façon, un humaniste, il a écrit « le fardeau de l’homme blanc ». On retrouve cela  aussi chez Chateaubriand, le bon sauvage, chez J.J Rousseau qui ne sont pas des théoriciens du colonialisme. C’est autre chose, cet espèce de sauvage qu’il faut aller améliorer, civiliser, évangéliser.

    Donc on a créé toute une théorie mais Alexis de Tocqueville était le plus explicite en disant par exemple que les Arabes d’Afrique du Nord et un peu du Moyen-Orient étaient des tribus et des êtres humains qui n’étaient pas du tout civilisés, ni humanisés, qui passaient leur temps à s’entretuer, à faire des razzias et qu’ils n’étaient bon qu’à cela, et il même écrit quelque chose du genre : « l’arabe ou le berbère (ou comme on disait à l’époque, les maures), ne sont bons qu’à être tués parce qu’ils ne comprennent que le langage des armes, parce que leur vie et leur mode de vie n’est que : razzias et vols ». Et je suis réduit à cela!

    Je terminerai avec la 1° grande expédition de type colonial qui va précéder ou lancer  l’idée de colonialisme, celle de Napoléon en 1778, l’expédition d’Egypte avec, dans 5 bateaux sur les 10, 600 scientifiques dont des anthropologues, des géologues, des géophysiciens, des agronomes, pour étudier la région de l’Egypte qu’il a conquise. On sait qu’il a même été jusqu’au Moyen Orient vers la Turquie et la Syrie. Il est revenu avec des milliers et des milliers de pages de rapports de scientifiques français qui établissaient comment, en métropole, on pouvait tirer profit des richesses, des minerais, des terres, et de sa culture.

    Pour résumer, l’expansion du capitalisme commençait à être limité par l’espace, sa main-d’œuvre et ses matières premières. Pour aller les chercher, ils ont inventé cette théorie d’aller civiliser, évangéliser, apporter le progrès à des sauvages. Auparavant, du temps de Louis XIV, ils ne s’étaient jamais aperçus qu’il y avait des sauvages dans le monde; mais du temps des capitalistes d’un coup, ils en ont pris conscience. Le colonialisme est justifiée par cette idée. Le néo-colonialisme, c’est une autre histoire

    Le néocolonialisme, pour les pays anciennement colonisés, ils sont encore toujours néo-colonisés. Pour l’Inde ou l’ex-Indochine (le Vietnam), ils ne sont pas néo-colonisées. Mais en Afrique, qu’on appelle la France-Afrique, la mainmise de la France sur ses anciennes colonies continue, notamment sur les 15 pays de la CDAO avec le Franc CFA. Le néo-colonialisme était déjà prévu avant les indépendances. De Gaulle avait annoncé dès 1958 que l’Algérie serait indépendante ainsi que ses autres colonies. Il disait que continuer à occuper et administrer autant de pays,  cela coûterait toujours plus cher. Mais s’ils étaient indépendants, l’exploitation pourrait continuer d’une autre façon.

    L’Algérie était un cas particulier avec le décret Crémieux de 1876 , avec un semblant d’assemblée à 2 collèges, les bons indigènes et les juifs qui avaient le droit d’être français. Le plan machiavélique de De Gaulle et son entourage ajoutait que si  on continuait à traiter l’Algérie comme un département français, on serait obligé d’arriver à un compromis entre, Algériens de souche et pied-noir, juifs, et Français de la métropole, dans une sorte d’interdépendance, même s’il a proposé une indépendance dans l’interdépendance. Et il a mis en garde en 1958-1959: « ils sont tellement plus nombreux que nous, leur taux de fécondité, le nombre des naissances, sont tellement plus  important que le nôtre que Colombey les deux églises s’appellera Colombey les deux mosquées. » .

    Pour les pays de la CEDAO, en Afrique de l’Ouest, il a été proposé une espèce d’accord en 12 points, conditionnant leurs indépendances. Le commandant Azzedine par ex. a reconnu devant le général Bigeard qu’il ne l’avait jamais vaincu militairement mais qu’il avait octroyé l’indépendance, même s’il a dit par ailleurs : « On a gagné la Révolution par le sang et par le sacrifice », mais devant le général Bigeard, il a reconnu: « avec votre puissance de feu, vous auriez pu nous exterminer en un mois ». Dans ces 12 conditions, on note qu’ aucune présence militaire autre que française sur le territoire de l’ancienne colonie, la France doit avoir le dernier mot. Lors des négociations des accords d’Evian, elle voulait garder le Sahara algérien pour le pétrole. Il y a eu finalement un demi-accord, puis Boumediene a nationalisé le pétrole en 1972 et a mis fin à cette demi-mesure.

    La 3° condition était l’exclusivité de la coopération avec la France (pas d’Américains ni de russes). Une autre allait jusqu’à l’aval dans la définition du régime politique et de la nomination des candidats et des responsables depuis le ministre jusqu’au chef d’Etat. La dynastie Bongo a été maintenue au pouvoir par les français manu-militari, la dynastie des présidents du Tchad, celle du Cameroun et compagnie. Là, la fin des dinosaures de la France-Afrique commence: ce qui se passe au Niger, au  Tchad et au Mali montre que c’est un peu la fin du règne  de la France-Afrique et des conditions que la France a posé pour octroyer les indépendances, de bon et de plein gré car elle n’avait plus vraiment le choix. Le néo-colonialisme est déjà inscrit dans ces conditions d’ accès à l’indépendance. Donc on peut donner une définition du néocolonialisme, avant d’arriver au néo-libéralisme et montrer comment le néo-libéralisme et le libéralisme sont aussi des colonialismes.

    Si on prend les 2 mots néo-libéralisme et néo-colonialisme, à la fin il y a un suffixe ISME qui est très péjoratif et qui s’apparente à un courant politique, religieux ou philosophique d’origine allemande, qui part d’une dérive doctrinaire qui peut être une menace pour la liberté. Le sociologue Français Christian Laval dit que la majorité des gens confondent le néo-libéralisme et l’ultra-libéralisme et le libéralisme. La raison est très simple: le néo-libéralisme n’est pas une continuité ou une variante du libéralisme. Que faut-il entendre par néo-libéralisme et en quoi est-il distinct du libéralisme (ultra ou non)?

    Pour définir le libéralisme économique, Adam Smith part de la division du travail et de la main invisible, celle de l’individu libre de choisir son métier s’il en est capable. La main invisible, c’est l’individu qui participe de manière implicite à la richesse collective. Le libéralisme classique est le courant de pensée dont sont issus John Locke et Charles de Montesquieu c’est-à-dire que l’Etat peut intervenir à condition qu’il y ait une séparation de pouvoir, ( très important surtout dans les missions de contrôle et de régulation) et que l’Etat doit rester garant des libertés. Quand on parle de libéralisme économique, il y a quelque chose en dehors du capitalisme sauvage, en dehors de la marchandisation des choses. Ils disent que l’Etat doit intervenir ou qu’il doit réguler à tout moment ou qu’il doit laisser réguler le marché dans l’intérêt collectif. L’Etat en tant qu’entité morale, ne le peut pas toujours.

    Ceci pour la 1° question, la distinction entre néo-libéralisme, ultralibéralisme et libéralisme économique.  Mais pour le néo-colonialisme, il y avait un grand homme d’Etat Tanzanien, Julius Nyerere qui disait :  » les chaines de commandement ne se brisent pas d’un coup, elles se desserrent dans le temps et très lentement et au rythme de ce pas vers la liberté, le néo-colonialisme nous a été imposé ».

    Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, j’ai entendu certains militants qui disaient: « Maintenant, comment libérer le pays? » C’est la bonne question! L’Algérie de 1962 restait tributaire de la France, c’est ce qu’on appelle le néo-colonialisme. Mais est-ce qu’il nous a été imposé, n’y a-t-il pas une autre façon ? Malheureusement, il y a plusieurs angles d’attaque pour ce problème, beaucoup plus large que ce dont on va traiter dans le temps qui nous est imparti.

    Toujours sur la 1° question, oui, il y a eu une trahison linguistique ou sémantique: on a parlé de néo-libéralisme avec le mot « Néo » comme si c’était quelque chose de nouveau, donc un nouveau libéralisme. C’est un mensonge historique, il n’y a rien de nouveau par rapport au libéralisme économique qu’on subissait avant, même si Adam Smith préconise que les affaires, le bisness et l’économie, avec la main invisible, ne doivent pas être laissé complètement à eux-mêmes, il faut que le jeu soit fair-play et pour que les gens jouent fair-play, pour que la concurrence pure et parfaite joue le jeu, que l’information pure et parfaite joue le jeu, Il faut une entité qui surveille ce qui se passe dans le marché. C’est ce que fait le businessman. Sa fameuse phrase dit :  » Laissez 3 businessmen faire du business sans les surveiller et vous aurez 3 brigands ». A. Smith a développé l’idée du libéralisme économique qui s’est transposée aux Etats-Unis.

    Mais pour les Etats-Unis , il faut lire  » Les grands économistes » de Robert Hilbronner décédé, qui enseignait à l’Université New School of New York, où il y a 1 ou 2 chapitres sur la Révolution Industrielle et sur la naissance de ce qu’il appelait « les barons voleurs » du libéralisme à l’américaine. Mais le néo-libéralisme, sa racine va sortir du fameux livre de Milton Friedman  » Economie et liberté économique ». Je vais essayer d’être le plus simple et le plus clair possible; le libéralisme c’est une combinaison entre une main invisible et un certain contrôle, soit par la suite le contrôle des citoyens, une sorte de décentralisation dans les villes et villages, avec les citoyens entre eux qui équilibrent leurs produits pour que chacun satisfasse l’égoïsme des autres, puis une forme de régulation économique de l’Etat auquel Adam Smith va octroyer un minimum de rôle dans la surveillance pour éviter que les barons ne se transforment pas en brigands qui vont finir par ruiner l’économie. C’est ce qui s’est passé sous Thatcher. En 5 ou 7 ans de son règne ou de celui de Reagan aux Etats-Unis, les businessmen ont tout raflé, si bien qu’ aujourd’hui 200 familles possèdent les Etats-Unis et 20 ou 30 familles possèdent l’Angleterre. Le néo-libéralisme est venu avec la mondialisation. Je vais revenir sur la mondialisation mais Milton Friedman paradoxalement dans son livre de 2015, émettait des idées sur le rôle de l’État comme régulateur de la concurrence, comme surveillant d’une espèce de liberté où on paierait moins d’impôts, où les économies privées seraient privilégiées à l’économie étatisée, où les monopoles  et les cartels seraient démantelés. Pourquoi démanteler les cartels et les monopoles? Ce n’est pas pour appauvrir les super riches mais pour faire en sorte qu’ il y ait des entités de taille suffisamment optimales, mais pas des super géants comme les cartels, comme l’empire de  Rockefeller qui était un empire dans l’empire américain. Il s’est reconstitué après avoir été démonté fin du XIX° début du XX° siècle, avec les autres trust. Ce que voulait Milton Friedman, c’est que tout soit déconcentré  pour permettre cette fameuse concurrence que voulait Adam Smith. Ces idées sont plus ou moins louables mais ce qu’on en a fait dans la réalité, s’est combiné à la mondialisation, qui est tout simplement la crise de la décennie 80, dès le début quand on a commencé à parler de crise mondiale. Il faut la mondialisation! Qu’est-ce que cette crise mondiale ?

    Cette crise mondiale était le fait qu’avec l’économie réelle, le capitalisme dans le monde ne pouvait plus continuer à survivre ou à vivre sur le même rythme d’accumulation et de croissance. L’économie réelle est celle qu’on fait avec ce qui est matériel, réel sur cette terre (les arbres,  les poissons,  le fer, l’acier,  le bétail et les céréales, les plantes, les immeubles, les meubles); on l’appelle le capital fixe ou le capital immobilisé. L’économie virtuelle doit se transformer en économie réelle pour servir à quelque chose; par exemple, il ne sert à rien d’accumuler à l’infini des informations via internet sur la façon d’élever le poulet. Il faut transformer cette information en hangar, en matériel, en médicaments, en antibiotiques, en soja, en maïs, en poussins et seulement quand cette information deviendra poulet, ce sera l’économie réelle, ce n’est pas l’économie de l’information que donne internet. L’économie réelle a commencé à rétrécir parce que le capital veut le profit maximum. Comme Marx l’a écrit dans les 2 premières phrases du 1° livre du Capital : « La logique du capital qui est mortel, c’est le maximalisme;  le capital veut le maximum de tout et l’accumulation à l’infini et cela, c’est impossible ».

     Dans ma réflexion, je suis arrivé au même résultat, avec la même intuition, qu’un autre économiste a qui on a donné le prix Nobel alternatif d’économie, le Chilien Manfred MAX-NEEF: la décennie 80 était celle de la séparation entre l’augmentation continuelle du PNB et l’amélioration de la qualité de vie et de la nature; les 2 courbes se sont séparées donc disons en 1985, le PNB continue à croître car il augmente avec les guerres,  ou les épidémies (le Covid a fait augmenter le PNB du monde entier), mais cela ne veut pas dire qu’on est plus heureux, cela n’a rien à voir, il peut même nous rendre encore plus malheureux qu’avant. L’Angleterre, la France, les États-Unis où le capital était un capital libéral (à la façon dont Smith le concevait) est devenu un capital « prédateur » comme le dit l’un des patrons de la Faculté d’économie de Chicago dans les années 40, et un capitalisme destructeur, dit Schumpeter; le capitalisme mafieux, ce sont les Rockefeller, les Morgan, les Vanderbilt et les Kennedy: des fortunes qui se sont construites sur du trafic d’alcool, sur les dettes de l’Angleterre, de la France, de la vieille Europe qui n’ont jamais été remboursées, comme celles des États-Unis, l’un des pays du monde qui n’a jamais remboursé ses dettes alors pour les rembourser, ont été créées des guerres: la 1° Guerre mondiale puis la 2° guerre mondiale, une manière de dire à  l’Europe :  « Vous n’arrêtez pas de me mettre la pression pour vous rembourser les dettes que j’ai faites donc avec une guerre,  je vous affaiblis ». On parlera un jour de la phase fasciste du capitalisme .

     Je reviens à ce gâteau mondial qui a arrêté l’économie réelle, qui a arrêté de grossir; ce capitalisme libéral ne pouvait plus faire autant d’argent avec les arbres qu’auparavant parce parce qu’il y avait moins d’arbres, pareil avec les poissons parce qu’ il n’y avait plus autant de poissons… La Terre ne donne pas de poissons, d’arbres, de pétrole ou de charbon à l’infini, tout est limité. Or ce capital veut de l’infini. Que va t’il faire? Qu’est-ce que le néolibéralisme ?

    1° point: ouvrir les frontières à tout le monde ! Liberté du commerce, il est stipulé dans le chapitre 11 de l’O.M.C (Organisation Mondiale du Commerce) que si vous n’ouvrez pas vos frontières, on vous punit, vous payez des pénalités, vous ne recevrez pas de crédit du FMI ou de la Banque Mondiale.

    On peut donner l’exemple de l’ALENA, le libre-échange, tout circule, sauf les hommes!  Suite à un accord entre les pays de l’Amérique du Nord et le Mexique, l’Alena a été créée car le Canada et les Etats-Unis  manquaient de bois parce qu’on y construit essentiellement avec le bois; il aurait fallu  aller chercher du bois au Pôle Nord mais celui de la calotte glacière est un bois mou qui ne peut servir à la construction. Donc le président mexicain, (toujours désigné par Washington), a permis cet accord de libre-échange pour son bois. Aujourd’hui le Mexique a un problème de déforestation et d’érosion des sols donc de pénurie de maïs à cause des dégâts fait à la forêt par son exploitation maximum par les États-Unis et le Canada. En Amazonie, on a fait faire à Bolsonaro la même chose parce que ce capitalisme financier en Europe, au Canada, et aux  États-Unis a besoin de son bois. Ouvrez vos frontières! On vient chercher ce qu’on veut, quand on veut !

    On nous a trompé avec le mot néolibéralisme car ce mot « libéral » en anglais dans son sens premier, est plutôt de gauche, celle d’Adam Smith soit le Parti Démocrate américain alors que « néo-libéralisme » est plutôt de l’ultra libéralisme. Le libéralisme, c’est la liberté de faire de l’économie mais avec les conditions, mais avec l’ultra-libéralisme, il n’y a plus de conditions: « Faites de l’argent comme le renard dans le poulailler qui fait ce qu’il veut avec les poules ! » Voilà donc ce que veut dire l’ultralibéralisme que nous avons vu comme étant du néolibéralisme.

     Dans ce néolibéralisme le plus pur, il y a aussi les conditions de validités du Consensus de Washington, soit:-1-démonter l’État -2- privatiser -3- vérité des prix -4- vérité des salaires -5- liberté de circulation des capitaux

     1- Démonter l’Etat, c’est démonter tout ce qu’ Adam Smith ou même Milton Friedman voulaient: déréguler, privatiser (vous êtes propriétaire de vos économies). Si nous avons déjà le pouvoir économique dans le monde et que nous avons aussi le pouvoir politique sans Etat digne de ce nom (qui défendent les intérêts du pays), on va faire ce qu’on veut. On va le démonter complètement et le transformer en ce qu’on appelle des spinnings d’or c’est-à-dire mélanger le privé et le public.

     2-Privatiser c’est ce qui est arrivé à l’Argentine,  qui jusqu’en 2001, était traitée comme le meilleur élève du FMI, le peso argentin était à parité égal avec le dollar américain, maintenu artificiellement parce que toute son économie appartenait à d’autres, alors privatiser? Dans n’importe quelles anciennes colonies ou pays émergents ( Argentine, Algérie, Congo, Gabon), quelle personne physique a accumulé suffisamment des capitaux primitifs pour acheter le service des eaux ou le service des chemins de fer ou l’électricité ?  Il y en a pas, donc celui qui va acheter le Service des Eaux d’Argentine, c’est  Vivendi, celui qui va acheter le Service des Eaux d’Algérie, c’est la Lyonnaise des eaux, qui va acheter le service des chemins de fer du Panama ou d’Indonésie, c’est Westinghouse. L’Argentine s’est donc trouvée à la fin des années 90, propriétaire de rien,  tout ce qui avait été argentin, était propriété d’étrangers, la compagnie du  téléphone,  propriété de l’Espagne,  le cuivre, propriété d’ ITT, les chemins de fer, de Westingrav, de Thomson. En 2001, elle se trouve ruinée. Voilà le néocolonialisme: on nous enlève en privatisant, par la « politique de réajustement structurel » pour notre bien, pour nous faire rentrer dans l’économie moderne,  on nous achète  le peu d’outil d’industrialisation et de production économique que nous avions

    4- la vérité des salaires, c’est que, dans le même secteur, les salaires les plus hauts doivent  glisser vers les salaires les plus bas. Aujourd’hui au Canada, il y a des gens qui travaillent dans l’agriculture, dans l’informatique, sur les autoroutes, dans le bâtiment, qui viennent du Mexique, du Guatemala par dizaines de milliers (pour le Québec seulement) parce qu’il faut que le salaire du Canadien ou de l’Américain du même secteur, glisse vers celui que le Mexicain accepte. Ce qui fait que le capital est toujours gagnant comme dit Samir Amine.

    3- La vérité des prix, c’est les pays du Nord qui ont les 2 plus fortes monnaies, le dollar et l’euro.  Partout où l’on va dans le monde, les produits et les services doivent avoir le même prix que dans les pays d’origine de ces devises, avec l’agence de coopération française et allemandes, notamment en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Afrique. Je voyage en dollars et paie avec mes dollars dans le Halliday où je vais dormir ou le Sheraton ou le Hilton où j’ai mangé. La chambre, le repas me coûtent le même prix qu’à Montréal en dollars. Au Bénin à Cotonou, au Sheraton ou au Novotel , une nuitée d’hôtel coûtait le même prix qu’un Sheraton à Montréal mais pour les Béninois c’est un mois de salaire de fonctionnaire moyen, une nuit un repas, c’est 3 jours de travail d’un ouvrier. Du même coup, avec le néolibéralisme, ils ont accentué le néocolonialisme mais ils l’ont transformé en nouvelle occupation par appropriation indirecte de notre économie et de notre monnaie qui ne valent plus rien sinon comparé aux monnaies étrangères. C’est un scandale, dans un hôtel,  un restaurant à Alger ( je parle pas de gargote ou de hammam), vous payez, en équivalent euro, plus cher qu’à Paris, à chambre égale et le repas, c’est le prix d’un festin, pour un rouget, c’est plus cher qu’un repas complet dans un restaurant 4 étoiles de l’Opéra.

      Question: La fin des années 80, c’est aussi la disparition du bloc de l’Est qui faisait contre poids au bloc de l’Occident. Est-ce une coïncidence qu’avec la disparition de l’URSS et le discrédit qui frappa les idées de gauche et leurs idéologies, le capitalisme, la loi du marché va devenir le maître, avec le libéralisme qui est finalement un juste retour aux sources du capitalisme, d’un capitalisme qui a pu être réformé grâce aux luttes sociales des pays occidentaux dans les années 50-60?

    Je vous dirais tout de suite que le capitalisme aujourd’hui est en train de se saborder lui-même et je dirais même, heureusement que les pays d’Afrique, d’Asie n’ont pas rattrapé ni la France, ni la Belgique, ni le Canada parce que sinon, cela fait longtemps qu’on n’aurait plus de planète, donc hamdoullah, je remercie Dieu de les avoir maintenu à ce niveau. Ces jours-ci, on vient d’annoncer le jour du dépassement qui est calculé à partir de 1970, par des savants, des spécialistes du climat comme le Club de Rome. C’est le jour de l’année où on a déjà épuisé tout ce que la planète  peut nous donner jusqu’au 31 décembre de la même année. En 1970, c’était le 14 décembre où l’ont commencé à vivre à crédit sur 1971 de  17 jours; chaque année, il a reculé et cette année, alors il y a l’over shooting global de la planète, ils ont trouvé le jour du dépassement par pays.  Pour l’année 2023, le monde l’a atteint le 2 août; depuis, toute la planète vit sur 5 mois de crédit sur 2024, on a déjà pris 5 mois de ce que la terre donnera. Quand ce jour arrivera au 1er janvier, on n’aura plus de planète. Alors, le Sénégal, l’Algérie, l’Afrique étaient en négatif en février 2022, l’Europe en avril-mai, mais par contre le Canada et les États-Unis, c’est le 13 mars,  qu’ils ont atteint leur over shotting; ils ont épuisé le pétrole, le  blé, tout ce que la planète nous donne comme ressources, c’est-à-dire qu’ils vivent avec 8 mois de crédit sur 2024.

     Il faudra faire une conférence ou un  webinaire pour démontrer pourquoi et comment l’explication officielle donnée  de la chute des pays de l’Est est fausse, de A à Z.  Il n’y a jamais eu de chute des pays de l’Est à cause du communisme, d’abord parce qu’ils n’ont jamais fait de communisme; ils ont chuté parce qu’on les a asphyxiés avec la doctrine de l’endiguement, de l’isolement, de l’étouffement de l’après 2° guerre mondiale, élaborée par Truman. Churchill a été le premier, le 5 mars 1946 à Philadelphie, à prononcer les formules « rideau de fer » et de « guerre froide ». Le fameux rideau de fer, c’est le mur de Berlin, rebaptisé par les Occidentaux, les plus intéressés à l’avoir avec les Américains et les Canadiens, pas les Russes. Le « communisme » n’y est pour rien. Cette doctrine de l’endiguement qui a commencé avec le Mac Carthysme, a continué avec l’assassinat au sens propre du terme, des pays non alignés (tous les leaders de ces pays de 1962 à 1973, du premier Lumumba, au dernier Allende).  Les 100 pays non alignés faisaient des échanges avec les pays de l’Est sans passer par le dollar, ni par la livre sterling, ni par le franc français, ni par le mark allemand. Le rouble s’échangeait  à parité égale avec le dollar! Mais, il y a eu cette politique de l’endiguement et qui s’est terminée avec le fameux livre de Fukuyama, « l’histoire s’arrête à Washington ».

     Finalement, heureusement pour ces pays-là car aujourd’hui, il y a les BRICS.  Les pays occidentaux ont perdu toute forme de capital fixe immobilisé, il y a plus, comme l’a dit Jacques Chirac, d’usine avec des ouvriers en France. Macron pendant le covid, n’arrêtait pas de répéter que la France n’avait plus rien et qu’il fallait tout aller chercher en Russie, en Chine. On a vu l’extraordinaire: des Antonov fabriqués par l’Union soviétique qui atterrissaient à Washington avec des masques fabriqués en Chine! Le monde capitaliste a arrêté de produire et d’installer des unités de production parce qu’il profitait, comme le dit Samir Amin, des fruits ou de l’usufruit des produits de la périphérie, donc il n’a plus besoin de produire; même les t-shirts, les jeans que portent un Américain ou un Canadien, un Français, sont fabriqués aux Philippines, au Pakistan, en Inde, en Tunisie, avec des petites mains d’enfants. Le prix de revient d’un t-shirt par exemple, produit aux Philippines ou au Pakistan, c’est 85 centimes (la corruption du président des Philippines comprise).  A New York, il se vend 30 dollars. Les Philippines viennent de faire un cadeau de 29 dollars 15 centimes aux États-Unis. On l’appelle « l’efficacité américaine ». Sans les produits chinois, philippins, pakistanais, du Bangladesh et il n’y a plus d’Occident. Aujourd’hui, les unités de fabrication et de production d’économie réelle se trouvent au Brésil, en Indonésie, en Corée, en Chine, en  Russie, mais ils dépassent l’over shoot, le jour du dépassement 5 mois avant les autres.

    Il faudrait arrêter immédiatement le système capitaliste, c’est lui qu’il faut bloquer tout de suite et laisser l’autre système, chinois, russe, les BRICS soient 25 ou 30 pays dont l’Arabie Saoudite, ( l’Algérie est en train de frapper à leur porte). Ce n’est pas pour rien qu’on a provoqué la guerre d’Ukraine mais pour faire diversion, et diversion avec le gaz, ouvrir l’Algérie, appauvrir la Russie, l’Allemagne ( les Etats Unis ont une peur bleue de l’Allemagne). Pour essayer de maintenir à flot ce capitalisme qui ne le peut plus lui-même, sinon en occupant et en exploitant des pays de la périphérie, il ne pourra jamais faire de la Chine, de la Russie, de l’Inde, des périphéries; il pourra le faire avec le Mexique, avec l’Algérie mais pas avec la Chine et l’Inde et encore moins avec le Brésil .

     Question–  J’ai suivi une émission entre un économiste de gauche et un autre de droite à propos du néo-libéralisme, 2 économistes  de qualité: le néolibéralisme, ce n’est pas le laisser faire car il introduit un système de normes, un système de performances pour pouvoir exister. On a reproché à la Gauche d’appliquer un programme de Droite néo-libéral, ce que l’économiste de gauche a réaffirmé en disant qu’elle n’est pas libérale, elle n’est pas partisan de l’ultra-libéralisme, mais elle évoque le critère de compétitivité, elle n’est pas partisane de la privatisation des services publics, mais depuis 2012 avec le président  François Hollande, la Gauche a toujours appliquée un programme de Droite néolibéral parce qu’ elle a trouvé une faille en disant qu’il faut introduire le critère de compétitivité qui est neutre. Sans critères de compétitivité, on ne  peut pas créer de richesse.

     Les Allemands, même s’ils contribuent à la richesse de l’Europe ne veulent pas sortir de l’Union Européenne, ils continuent  à financer la dette des pays du Sud parce que l’Euro les arrange,  il est plus faible que l’ancien Deutsch Marc, l’Inde est économiquement mieux classée que l’Allemagne.  Est-ce qu’il ne faut pas le formater le capitalisme, est-ce qu’il faut lui trouver une solution, c’est-à-dire le faire vivre de façon à ce qu’il n’altère pas, qu’il ne crée pas « l’ensauvagement »  de l’économie? On voit qui la Chine a réussi, est-ce parce qu’elle a su se mettre sur les  lois de marché, quand on voit que la France sombre, il y a quelque chose qui ne va, et les États-Unis, pourquoi ils ne veulent pas payer leur dette colossale? Certains pays  pratiquent le dumping social; quels sont les critères qui rentrent en jeu?

    Alors,  comment rendre l’économie (ou le capital) au service de l’humain? Tout simplement comme vient de dire Poutine suite à une réunion avec les pays africains: « Nous ne sommes pas  pour  le libéralisme, ni pour l’affreux néolibéralisme, nous sommes pour un nouvel ordre mondial multipolaire, sans néo-colonialisme non plus ».

    Mais comment dans toute cette mondialisation, trouver le juste équilibre, et surtout pour l’Algérie qui est complètement rentière? Comment sortir de l’ère de Bouteflika qui a fait naître  cette oligarchie, qui n’a créé que des hommes d’affaires et qui a complètement pourri l’économie algérienne en créant un fossé entre la population et une certaine élite économique, même s’il y a un professeur actif qui fait des conférences [Rires]?

    Les choses de ce monde sont d’une extrême complexité et ce qui se passe, ce dont nous parlons et la façon dont nous en parlons est extrêmement réductrice et simplificatrice mais je vais m’expliquer en 2 mots sinon cela  prendrait des binaires et des binaires que je fais par ailleurs, sans faire de publicité, dans un autre forum tous les jeudis.

    L’économie, les transactions humaines de  complexité inouï, c’est  inatteignable. Le fameux livre d’un grand biophysicien Henri Atlan (d’autres aussi, Marie Labori, Albert Jacquard avec qui j’ai eu la chance d’écrire un livre « la rupture entre l’entreprise et les hommes »). Henri Atlan, qui est encore vivant mais assez âgé, comme Edgar Morin ou moi, a écrit « Entre le cristal et la fumée » qui mérite vraiment d’être lu.   La 1° anecdote qu’il cite, parle du rapport entre la physique et l’économie, la thermodynamique, et des rapports entre toutes les sciences. Ce sont 2 philosophes chinois qui sont sur un pont et observent un ruisseau où il y a des poissons; l’un dit à l’autre: « Regarde comme les poissons sont heureux ! « ; le 2° lui répond:  » Comment peux-tu dire que les poissons sont heureux puisque tu n’es pas un poisson ? » Et le 1° « Comment peux-tu dire, si moi je peux dire ou non, que les poissons sont heureux puisque toi, tu ne l’es pas non plus? »
    Alors, la façon dont vous parlez du capitalisme et celle dont je parle du capitalisme. Vous, vous en parlez avec vos conviction, votre vie, vos expériences de vie, votre vécu et moi, c’est la même chose. Donc, où est le point où nos convictions vont se rencontrer? Ce point est considéré comme étant un discours objectif, scientifique, logique, démontrable, l’objet de raisonnements, d’arguments, que ni l’un, ni l’autre ne peuvent rejeter. Nous en sommes très loin ! Cette anecdote chinoise n’en est pas une, mais de l’épistémologie. « Tu ne peux pas dire que moi, je sais si les poissons sont heureux ou non, parce que tu n’es pas moi »:  en terme épistémologique, on écrirait 5 livres là-dessus!

    L’autre anecdote, c’est un juge, toujours chinois, aux Aigles, culture multimillénaire! (L’Occident s’amuse à donner de leçons de science, de connaissance et de sagesse aux Chinois et à l’Inde, il faudrait d’abord qu’il revienne quelques milliers d’années en arrière). Un juge qui donne la justice face à ses étudiants, ses disciples; il y a 2 plaignants A et B qui se plaignent l’un de l’autre. A dit que B lui a fait ceci, qu’il est menteur, hypocrite, voleur; le juge, sage philosophe, lui dit qu’il a raison puis donne la parole à B qui dit exactement le contraire de A, que c’est l’autre le menteur, le voleur et le sage juge lui dit qu’il a raison. Les disciples se lèvent scandalisée et leur maître leur dit qu’ils ont raison. Qui a tort, qui a raison, la Chine, les USA, le dollar, le yen?  Pour faciliter la façon de parler de ces choses extrêmement complexes entre êtres humains, pour expliquer ce qui se passe sur le marché par exemple, on pourra faire un binaire sur la comparaison entre le marché traditionnel, le souk, la vente par adjudication. Comment expliquer ce qui se passe entre 2 personnes qui sont en transaction et qui fixent un prix sur ce qu’ils vont échanger : j’ai des chaussures et toi des biftecks, on discute et on se met d’accord sur combien de paires de chaussures contre combien de biftecks . Ce que montre Henri Atlan à travers ces 2 anecdotes, c’est que, ce qui se passe entre les êtres humains, est quelque chose qui nous échappe à 99%, et donc le petit 1% dont nous pouvons parler, c’est de façon réductrice et simplifiée. Pour pouvoir en parler, une anecdote en épistémologie bien connue. C’est l’histoire de quelqu’un qui est sous d’un lampadaire la nuit et qui cherche quelque chose à la lumière. Une personne passe et lui demande ce qu’il cherche. Mes clés, répond-il. l’autre continue: « vous les avez perdu ici ? » « Non, là-bas ». « Mais alors pourquoi vous les cherchez ici ? » « Parce qu’il y a la lumière, je peux voir! » Pour nous, il y a la lampe d’Adam Smith, celle de Milton Freeman, de Thatcher, ou de Raymond Barre. Alors, en enlevant toutes ces lampes, essayons de parler .

    Rachid, un auditeur, a écrit que la Chine a réussi parce qu’elle a introduit le capitalisme ! Non, j’ai le regret de dire que c’est l’inverse, c’est la Chine qui a sauvé le capitalisme! Parce que sans ses extrêmement bas prix, le capitalisme serait mort depuis 20 ou 30 ans. C’est grâce aux prix vietnamiens hyper bas, chinois d’abord, japonais ensuite, puis les pakistanais, philippins (mais surtout chinois car leurs produits sont de meilleure qualité). L’ Américain, le Canadien moyen, le Français, le Suisse, le Belge et tous les pays occidentaux, depuis leurs chaussures, leurs chaussettes jusqu’à leurs casquettes, tout est fait en Chine et au Pakistan. Si les jeans étaient faits aux Etats-Unis avec les salaires américains de 150 dollars par jour, personne ne pourrait les acheter. Les produits de luxe français (LVMH, Hermès) qui n’ont jamais délocalisé, préférant payer la main-d’œuvre à des salaires beaucoup plus élevés que si c’était fabriqué en Chine, se trouvent implantés à Pantin en Seine Saint-Denis dans le 93. Hugo Boss qui appartient à un groupe allemand, n’a jamais délocalisé, ni les grandes marques italiennes Valentino. Mais ils sont arriver à engranger beaucoup d’argent et leurs entreprises sont florissantes.

    La Chine a pris le secteur du moyenne gamme, et a tué économiquement le textile algérien. j’ai une amie dans le Sud algérien qui une petite formation de désigner. Elle a dû fermer, elle n’arrivait plus à faire face à cette concurrence.

    La Chine se définit comme un socialisme de marché, mais la Belgique a une constitution « socialiste ». On me dit que les pays socialistes ont échoué, alors donc marché socialiste ou socialisme de marché, ce n’est pas le capitalisme.

    Comparons le niveau et la qualité de vie des ouvriers Chinois d’aujourd’hui. Que veut dire capitalisme chinois ? La Chine se définit comme Socialisme de marché. On parle souvent que les ouvriers Chinois souffrent, qu’ils sont dans la misère ! Il faut les comparer aux ouvriers américains, canadiens,  français du XIX° siècle même si la Chine est aujourd’hui dans XXI° siècle. L’ouvrier de 1960 à Montréal, (j’ai commencé à y venir début des années 70), qui habitait les quartiers pauvres, s’est organisé en un mouvement de libération du Québec, le Front de Libération du Québec, qui voulait faire un Québec à l’image de Cuba. Imaginez les Etats-Unis qui se retrouvent avec un Cuba au Québec ! Ils auraient massacré tous les Québécois, il n’aurait jamais laissé faire. Dans les années 60, les ouvriers québécois, comme les frères Rose,  vivaient dans un bidonville d’une insalubrité, d’une pauvreté incroyable qui s’appelle le faubourg à mélasse; on fabriquait le sucre, il y avait des tanneries. Comparez à l’ouvrier Chinois d’aujourd’hui !

    Je pose cette question fondamentale , celle d’ Umberto Maturana, un grand biologiste Chilien, spécialiste du cerveau. (Il a écrit avec Francisco Varela un livre extraordinaire d’intelligence et de pouvoir scientifique) : est-ce que lorsque, en économie et en gestion, quand les stratèges construisent des éléments de description de l’environnement mondial, pour constituer leur théorie ou leur stratégie de comment agir sur la compétitivité, sur les prix, sur les échanges, est que c’est un environnement que leur cerveau décrit de façon extérieure ?

    A partir de leurs travaux en biologie, Ils ont cherché comment le cerveau fabrique ce que nous percevons et si c’est objectif et indépendant de notre cerveau. C’est la très vieille question que pose Diogène : la fleur que je suis en train d’admirer, si je n’étais pas là pour la voir, est-ce qu’elle existerait? Autrement dit, est-ce que c’est   seulement parce que je suis là et que je vois la fleur, qu’elle existe? Si je me tourne, mon cerveau ne la voit plus et elle n’existe plus.  C’est comme dans la mécanique quantique, c’est défini , c’est une boule là, je la regarde elle est là, je regarde ici et là, qu’est-ce qui s’est passé? Alors, ma Tournade extrapole,  c’est pour ça que je parlais d’ Atlan et des sciences; je suis un fervent partisan et si on continue, Inchallah, à échanger, on verra que je ne suis partisan d’aucun raccourci dans les connaissances, dans le savoir. Dans le fast-food de la pensée où on ne pense pas, s’il faut penser, il faut penser comme il faut et complètement, et pas avec des petits bouts de ficelle. Or toutes les théories économiques néolibérales, managériales, ce sont des bouts de ficelle qu’on attache les uns aux autres pour comprendre des choses auxquelles on ne comprend rien. 

    Pour  vous donner un exemple rapidement, Jacques Welch,  celui qu’on enseigne dans les MBA comme le grand champion des machins de l’économie, il a pris Haïti NT, il a vidé 30% des gens et il a gonflé ses actions; il est parti avec 8000 ans de revenus moyens américains en prime de retraite, on appelle cela du génie managérial capitaliste;  même chose pour ELVMH de Bernard Arnaud, il n’a gardé que Dior, la branche la plus rentable en France; tout le reste il l’a délocalisé en Pologne; l’industrie du luxe, ce n’est qu’un iota de 1 centième de epsilon de ce qui fait l’économie. Un ami économiste Michel Soski , professeur distingué d’économie universelle d’Ottawa a écrit un livre qui s’intitule « l’économie du luxe ». J’ai vu place Vendôme à Paris, un chromé cellulaire à 5000 €! Est-ce que cela sert l’économie réelle, l’économie des Parisiens et des Parisiennes,  les étudiants pour se loger, pour manger ? A Paris, ils sont obligés de s’entasser à 6 et 7 par chambre, ici ils s’entassent par 10. A quoi cela leur sert qu’ELVMH vende des cellulaires à 5000€? L’économie du luxe est l’ennemi  de l’économie réelle, comme l’économie virtuelle, comme la bourse.

    En Argentine, j’étais dans un grand congrès international dont l’ouverture était confiée évidemment à un  grand ponte de la Banque Mondiale de Washington. Ce Monsieur nous saoule pendant une heure avec les théories de compétitivité, de compétition, déréguler, enlever l’Etat, qu’on connaissait tous par coeur. Aujourd’hui encore, dans n’importe quel congrès d’économie, on parle de Dumig, le discours interuniversitaire garantie, soit : marché, compétitivité, chaîne de valeur.  Je suis intervenu pour lui dire d’ arrêter de répéter les mêmes choses et je lui demande s’il n’a pas autre chose à dire, puis je lui pose la question: si nous faisions l’hypothèse que l’être humain est une créature qui désire vivre en collaboration et pas en compétitivité, qu’ils désirent vivre en état d’amitié et d’entraide et non pas en état de chacun pour soi, où chacun prend à l’autre ce qu’il a, que deviendrait votre théorie ?  Cette hypothèse vient du fait que des êtres humains, les Pygmées dans la Jungle du Cameroun ou les habitants de l’Amazonie vivent en collaboration, en entraide.

    Pour répondre à Rachid sur la Chine, la Chine a sauvé le capitalisme avec ses prix bas, comprenez bien, la Chine applique un socialisme de marché, mâtiné de procédure technique qui vient de l’économie (non pas particulièrement du capitalisme) centralisée et avec toujours une idéologie et une façon de fonctionner qui maintient le centralisme démocratique qui était l’un des piliers de l’organisation de l’Etat de l’Union Soviétique et de la Chine. On ne peut pas dire que les sociétés d’Etat chinoises, c’est du capitalisme; elles appartiennent à l’Etat et dépendent du bureau central du Parti communiste et du centralisme démocratique; elles sont arrivés aujourd’hui à dépasser les Américains sur la lune. Les Américains vont lancer une fusée vers le pôle Sud car il suppose qu’il y a de l’eau; la NASA pense que les Chinois sont en train de les dépasser parce qu’ils ont adapté des éléments d’une forme d’économie dite sociale de marché ou le bien-être, l’entraide, la coopération, l’intégration du citoyen dans la société n’est pas oublié. En France, en chiffres relatifs, il y a plus de gens qui dorment dans la rue qu’en Chine aujourd’hui.

    Question – Sur les politiques économiques en Algérie, mais avant cela je profite agréablement de cette puissante Master Class algérienne de très haut niveau intellectuel, Merci, Choukrane ! Les réformes économiques introduites depuis le milieu des années 80 sont-elles néo-libérales ? Ce n’est pas de la politique, la rente est distribuée par un pouvoir autoritaire. Comment qualifiez-vous les réformes introduites depuis la présidence de Chadli jusqu’à Bouteflika ?

    J’ai déjà parlé de bricolage, beaucoup plus que de l’élaboration et de la modélisation. Le modèle pose des problèmes. Avant peut-être, la fabrication de Jean faisait un très long voyage pour un produit fini à cause de la matière ramené d’un peu partout pour obtenir une qualité supérieure. Maintenant, il en vient quand même de Chine, mais il y a des gens qui hurlent: « Ne nous enlevez pas les Etats-Unis, la France, on veut garder Washington, Hollywood, on veut garder l’espoir de devenir Bill Gates! » Oui, mais en l’Algérie, il y a « l’encadrement de la réflexion », la réflexion est partielle donc j’essaie de mettre en contexte, les choses dans leurs perspectives.

    L’Asie, la Chine et tout autour les dragons, sont en train de dépasser l’Occident et donc l’Algérie quel que soit les bricolages économiques qu’elle peut faire; il y a des causes endogènes comme le contrôle de la monnaie, le contrôle des termes de l’échange, de la coopération, de l’exportation, toutes ces choses qui empêchent d’aller aussi loin qu’on voudrait dans une réforme, dans un sens ou dans un autre.

    On voulait se mettre à fabriquer des automobiles, des camions, des bateaux, des éléments d’aviation, de pétrochimie. Les fonds de compensation, les espèces de PPP la coopération publique-privée, le fond de régulation, tous ces éléments-là ont fait partie de cette réforme qui a duré jusqu’à récemment. C’est toujours du bricolage à partir d’éléments de la pensée économique impossible, qui dépasse largement les capacités même de nos propres penseurs à élaborer des stratégies économiques aussi géniales qu’on puisse rêver. L’économie ne peut pas être en croissance indéfiniment et pour tout le monde. Par exemple sans pétrole, c’est quasiment impossible d’envisager un vrai décollage; le pétrole c’est 33000 produits, pas juste du liquide qu’on brûle. Sur la quantité mondiale, 70% qui est accaparé par les pays nantis, 15-20% par la Chine, l’Inde, le Brésil, les BRICS et les autres pays afro-asiatiques d’Amérique Latine du même niveau que l’Algérie. Qu’est-ce qu’on peut développer? Toute l’Afrique, à part l’Afrique du Sud ( pour les Blancs parce que pour les Noirs, rien n’a changé), a eu le pouvoir symbolique de la présidence mais pas le pouvoir économique. Comment se fait-il que sur les 55 pays d’Afrique, il n’y en ait pas un seul qui a pondu une politique économique qui le sorte de l’état de non développement? Il n’y a pas que l’Algérie pourtant avec la particularité de disposer du pétrole et du gaz, qui ont, un certain moment, rapporté énormément de ressources. Au début, l’industrie industrialisante, a commencé avec des usines clé en main, à crédit le plus souvent. Puis on a eu, surtout après la nationalisation, des rentrées d’argent énormes avec laquelle on aurait pu développer 3 choses que j’ai toujours martelé depuis 40 ans, de la même façon que je martèle que la mondialisation serait une catastrophe pour toute la planète

    -1- l’éducation– L’Inde est en train de devenir le principal fournisseur de matières grises des Etats-Unis,  grâce à l’éducation et à la qualité de leur université, une bonne partie de la très haute technologie américaine fonctionne avec des ingénieurs qui travaillent à partir de Bombay.

    En 80 années, les Chinois sont passés de la préhistoire (en 1920-24 du temps de Mao, en Chine, c’était la préhistoire: pas d’école, même dans les petites villes), aux années 80 pour l’instruction. En Algérie, il y avait des écoles de formation professionnelle qui formaient des plombiers, des électriciens, des mécaniciens, j’ai moi-même envoyé des gens  se former dans ces centres. Maintenant, elle est en difficulté à cause du système d’éducation qui est une des composantes fondamentales de toute théorie ou stratégie économique, la connaissance, la capacité de penser les choses, on ne l’a plus. Premièrement, le système de d’enseignement et de formation en Algérie est  complètement Kaput. Deuxièmement, pour les infrastructures, il faut se tourner vers les industries d’exportation, il faut sortir du monopole du pétrole et des hydrocarbures exportés , mais exporter quoi? Qu’est-ce qu’elle a appris à fabriquer et où sont les techniciens supérieurs, les spécialistes, les ouvriers capables d’usiner une pièce d’acier, de cuivre, de nickel pour fabriquer quelque-chose d’exportable ? Qu’est-ce qu’on va exporter vers l’Espagne, vers l’Italie qu’ils n’ont déjà, quoi ? Des dattes, du miel,  même pour le miel, il n’y a plus d’abeilles !

    Donc 2° chose, déjà l’éducation et les infrastructures de fabrication, et l’acheminement, dans le Sahara, je sais car il y a de l’eau dans la nappe phréatique; imaginons qu’on puisse faire des choses exportables, des agrumes jusqu’à des produits lyophilisés, où sont les capacités de transport suffisantes pour aller depuis le Grand Sud jusqu’aux aéroports, et aux ports ? Tout fonctionne encore avec les infrastructures vers l’étranger qui datent du colonialisme. On aurait pu avec les 250 milliards qu’on avait en réserve du temps de Sellal, en mettre une grande partie dans la valorisation non pas de l’agriculture du Sahara car il y a beaucoup d’eau mais dans l’instruction et les infrastructures.

    Question- Le problème est tout autre donc difficile de développer , il faut mettre le paquet sur l’éducation mais en Algérie, il y a beaucoup d’universités mais pas de grandes écoles comme en France où on forme des ingénieurs d’élite, le président d’AXA est sorti de HEC , Fleur Pèlerin est sorti de d’ESSEC, celui qui a fait le pont de Normandie, Michel  Virlogeux est sorti de l’école nationale des Ponts et Chaussés. Il y a 2 manières de former un ingénieur: soit il reçoit une formation générale qu’ il valide à la fin de sa formation et il a un diplôme scolaire suite à un cursus bien défini, soit il est formé par une grande école d’ingénieur.

    Ensuite, l’Algérie a beaucoup de problèmes concernant les sols accentogènes, avec le stress hydrique, et le manque d’ingénieurs en agronomie, de géologues, de géotechniciens, d’ingénieurs en mécanique des sols, on forme des ingénieurs généralistes, polyvalents qui ne sont pas spécialisés.

    Autre chose, Monsieur Ouyahia a pris la décision de fermer les entreprises. On vient dans le bureau des gestionnaires pour leur dire que l’entreprise est défaillante, elle est en déficit. La solution est la relocalisation, trouver un emploi pour les ouvriers, pour les salariés, mais il faut fermer les entreprises. Est-ce qu’il n’y a pas des contrôleurs de gestion opérationnels, au moins des auditeurs? La Sonatrach elle, a des auditeurs, des contrôleurs de gestion, de grands ingénieurs, des économistes, parce que c’est la vache à lait et il faut y mettre tout le paquet pour nourrir le peuple. Par exemple la SNLB, la société nationale du liège et du bois ( je rends hommage à M. Garba, qui l’a sauvé, il est à la retraite) qui a été vendu pour un dinar symbolique, il a restructuré l’entreprise.

    Sur le plan de la gestion, il y avait des économistes de haute stratégie, quand il y avait Monsieur Joudy, ministre des Finances; il était contre les grosses industries. Déjà sous Boumediene, des économistes ont alerté : « Attention il faut mettre fin à cette grosse industrie » et paraît-il, même l’URSS  a déconseillé à l’Algérie d’investir massivement dans les usines fournies clé en main, qu’on appelle des usines de fabrication par endettement. Et tout cela est un échec d’économistes. Pourtant il y avait des planificateurs, il y avait des penseurs, il y avait une équipe qui travaillait au secrétariat au plan, qui étaient d’un haut niveau intellectuel. Pourquoi ils n’ont pas sauvé cette économie algérienne ? Que proposez-vous concrètement pour amener les gouvernants à écouter des spécialistes sur l’Algérie ?

    Bon, allons à l’essentiel.  Les 3 piliers à partir desquels on peut commencer à penser une politique économique qui peut marcher, c’est une autosuffisance alimentaire mais si on est obligé d’aller acheter à l’extérieur alors qu’on exporte rien sinon les hydrocarbures et que le reste on l’a à crédit et qu’on a des dettes et qu’on est même pas capable de produire les oignons que nous mangeons nous-mêmes et les tomates, comment voulez-vous qu’on commence à produire des freins,  des gentes,  des pneus, des bicyclettes des motos, à exporter?

    Il faut d’abord commencer par être autosuffisant pour manger et cet argent qu’on met pour acheter ce qu’on mange et bien, on le mettrait dans la fabrication et l’achat de machines-outils, avant de les fabriquer nous-mêmes et avec ces machines-outils, réaliser la formation donc l’éducation dont je parlais le 2° pilier et le 3° pilier les infrastructures dont la connectivité, Internet et tout ce qui suit.

     Parlons des grandes écoles. Napoléon les a créé en France autour de 1805, au tout début du XIX°s, soit à l’apogée de la Révolution Industrielle. ( je parlerai de ces facteurs dans un autre forum, dont on a convenu avec Si Rabah sur l’évolution du capitalisme, du  néolibéralisme vers le fascisme). Napoléon a très bien vu que cette révolution industrielle basée sur une main d’œuvre à plus-value absolue, soit une valeur ajoutée, obtenue par la force; les ouvriers en Angleterre, en Flandre, un peu après, en France et en Allemagne étaient conduits de force manu-militari par les militaires baïonnettes dans les côtes, pour rentrer travailler dans les manufactures. Ils ne voulaient pas y travailler parce qu’ils y souffraient trop à faire ce capitalisme. Pour dépasser ce stade-là, les Allemands avec Bismarck à partir de 1870, ont commencé à élaborer le système dual et de cogestion qui va permettre un décollage à la révolution industrielle allemande qui va faire des bons, qui va très vite atteindre et dépasser ceux de l’Angleterre et de la Flandre. Donc, Napoléon a créé ces grandes écoles car il a compris que la connaissance avancée est nécessaire pour faire fructifier les facteurs de production de base que sont la matière première et l’ouvrier exploitable par son surtravail. Napoléon a été aussi à l’origine de toutes les réformes depuis l’éducation nationale jusqu’aux sous-préfectures et de l’administration française et donc des infrastructures, les  grandes écoles seules n’étant pas suffisantes, il faut les 2 et entre les deux, il faut l’intermédiaire, des écoles de formation professionnelle. Napoléon avait le souci de faire avancer son pays natal, la Corse, très en retard par rapport au continent; il a mis au point toute une série de filières intermédiaires entre le primaire et les grandes écoles.  Si on faisait cela en Algérie, ce serait extraordinaire. Mais non! Ceux qui sortent des grandes écoles comme moi, sont allés au Canada, aux États-Unis (moi je n’y suis pas allé, on m’a mis à la porte!).

     Question-Vous avez déclaré qu’il faut dissoudre les grandes écoles de gestion il y a quelques années; ça a été même publié dans les journaux ici !

     J’ai dit qu’il fallait fermer les écoles d’économie néolibérale et de gestion,  grandes ou pas grandes, peu importe, parce que l’économie néolibérale et la gestion c’est blanc bonnet et bonnet blanc.  La gestion, c’est le bras armé qui applique la pensée néolibérale économique, qui est le bras armé qui transforme ce que fait l’entreprise en théorie économique appliquée.  Oui et j’ai même écrit de les fermer « le temps de repenser ce qu’on y enseigne », autre chose que le néolibéralisme, le maximalisme et le profit maximum. C’est d’ailleurs ce que vous voulez faire Sarkozy en 2008 pendant la crise; il voulait réformer, refonder le capitalisme et François Hollande l’a repris, ils voulaient moraliser le capital. Aux États-Unis, même chose, l’université Columbia l’immense université de New York a fermé et Harvard également; ils ont fermé John Hopkins, notamment le département de comptabilité et des finances le temps de revoir complètement le système financier et comptable tel qu’il est enseigné à cause de ce qui s’est produit en 2008. Mais évidemment ils ont tout de suite été rattrapés car, comme l’a dit Obama, c’est Wall Street qui a le pouvoir non seulement à Washington mais aussi à Paris, via les Rothschild. D’autre part, moraliser ou adapter le capital, c’est impossible !

    Le capitalisme ne peut durer sans  ces 3 piliers fondamentaux.  Les 2 premiers piliers fondamentaux sont l’appât du gain,  de la cupidité et l’accumulation infinie.  Or la cupidité et l’appât du gain c’est le contraire de la morale. Adam Smith voulait la même chose d’ailleurs Marx s’en est inspiré à 80% . Une entreprise privée oui, mais pas exploiteuse au maximum, ça existe en Chine où le patron fait de l’argent oui, mais il ne fait pas ce qu’il veut, il y a des balises qui sont fixés par le Comité central du Parti communiste, par les cellules du Parti communiste du lieu de production et qui font partie des comités de comptabilité et de vigilance et d’audit.

     Question- Bismarck a établi la loi de la cogestion; depuis l’atelier, il y a des comités paritaires ouvriers syndicalistes, le patron et les actionnaires à parité égale où chacun a la même voie de l’atelier jusqu’au directoire, jusqu’à la stratégie, pour aboutir à une espèce d’auto-contrôle qui fait que le capitaliste perd ces éléments qui le dévoient, l’excès de cupidité, l’excès d’appât du gain. Alors, comment justifier que Bernard Arnaud gagne 410.000 ans d’équivalent de son ouvrier Polonais, qui devrait travailler depuis la première heure glaciaire jusqu’à aujourd’hui pour y arriver?

    J’ai écrit aussi dans des articles non publiés, que dans les écoles d’économie néo libérale et de gestion, on enseigne les 7 péchés capitaux et les péchés mortels. La finance, c’est la gourmandise. La comptabilité, c’est l’avarice. La stratégie, l’ambition de la direction, c’est l’orgueil. La production, c’est le vol, le vol de la nature, du salaire de l’employé; c’est profiter de la faiblesse d’autrui pour sa satisfaction personnelle et c’est un péché mortel. Voilà ce qu’on enseigne dans les écoles d’économie et de gestion. Alors pendant 3 ans, on met dans leur tête que c’est de la science ( ce qui est faux) et tous les péchés capitaux et on veut qu’ils sortent le bien de ce monde, avec des gens qui sont formés à penser et appliquer le péché.

    Vous m’avez demandé tout à l’heure ce que je pensai de la demande d’adhésion de l’Algérie aux BRICS, de la présence de plus en plus important de la Chine en Afrique. Ces derniers jours, j’ai lu un article sur les manifestations populaires au Niger. L’auteur écrivait, qu’il était désolé de constater que les Africains voulaient remplacer un néo-colonialisme par un autre. Je pense du bien de la candidature de l’Algérie aux BRICS, bien entendu.

    J’ai énormément travaillé au Brésil et je parle couramment le Portugais. J’ouvre une parenthèse pour détendre l’atmosphère. Figurez-vous que j’ai étudié en arabe, même si j’étais berger jusqu’à l’âge de 11 ans. Pour commencer l’école, mon père m’a inscrit dans une école française; comme on était au Maroc, on était obligé d’être inscrit dans une école française, mais le FLN avait déclaré la grève des études la même année, donc il m’a enlevé de l’école française et m’a mis à l’école coranique. Mon frère qui avait 14 ans, est monté au maquis, mais moi j’étais trop jeune. Donc j’ai fait une année d’Arabe à l’école coranique puis, à la fin de la grève, je suis retourné à l’école française et je suis tombé sur un professeur d’Arabe Libanais, pour l’heure d’arabe obligatoire depuis l’école primaire. J’ai terminé l’école primaire en 2 ans grâce à des gens extraordinaires qui m’ont énormément aidé, des instituteurs  communistes anticolonialistes qui ont sorti mon cerveau de l’herbe de mes moutons. J’ai terminé 1° de la classe et 1° de la promotion au Certificat d’Etudes.

    Je parle couramment le Portugais, l’Espagnol et l’Arabe. J’ai eu un professeur Libanais extraordinaire, plusieurs années de suite, depuis la 1° année de lycée, une ou deux heures par semaine, qui nous a hissé en trois ou quatre ans, du niveau arabe primaire à quasiment à celui de la licence; incroyables les lectures et les poésies qu’ils nous donnaient à étudier, à tel point que j’ai été professeur d’Arabe en donnant des cours privés à des enfants faibles et même à des lycéens de première ou terminale. Le jour de l’examen d’Arabe, je faisais mon devoir et celui de 5 ou 6 copains en même temps; j’avais 20/20 et les autres, cela dépendait de ce qu’ils me donnaient ( chocolat, cigarettes).

    Une autre parenthèse: depuis que je suis au Canada, + de 40 ans, aucun pays arabe n’a traduit un seul mot de ce que j’ai écrit, alors que les Espagnols, les Portugais, même les Anglais m’ont traduit immédiatement et m’ont invité, alors je leur promettais parler leur langue s’ils continuaient à m’inviter, ce qui fait que maintenant je parle portugais, espagnol mais je ne peux plus faire une phrase complète en arabe classique. Je voudrais m’y remettre.

    Pour les BRICS, oui bien sûr l’adhésion de l’Algérie je suis pour, c’est une excellente initiative, c’est l’avenir car tout simplement; elles ont les capacités à installer la production industrielle et de survie économique dans les 15, 20, 30 pays où elles se trouvent, en Amérique latine, au Brésil, en Afrique du Sud au moins et particulièrement la Chine, la Russie et l’Inde. Tout le reste de l’Occident n’a plus rien, le Canada et les États-Unis n’ont plus de capacités pour quoi que ce soit. Le Canada n’a pas de marque de voiture; il fait du montage de voiture américaine, il dépend à  95% de l’économie américaine.  Les États-Unis ont tout délocalisé partout; pendant son mandat Donald Trump a crié qu’il fallait rapatrier, (Jacques Chirac aussi d’ailleurs et Dominique de Villepin; François Hollande voulait rapatrier toute la main d’œuvre),  en vain! Il leur reste le dollar et l’euro, c’est tout, qu’ils essaient de maintenir le plus acceptable possible par rapport au rouble et au yen en jouant sur les taux de réserve et d’obligation, en dollars et en euros depuis le Tiers-Monde pour se maintenir à flots.  Mais ça ne suffit pas car la monnaie doit être assise sur un étalon or, le dollar ne l’a plus depuis Nixon.  Il a l’étalon-pétrole, ce qui reste à voir avec les aléas des gazoducs et des oléoducs.  C’est l’une des raisons de la guerre d’Ukraine; la Russie, la Chine découvrant du pétrole et du gaz un peu partout dans le monde, il faut essayer de maintenir l’étalon pétrole-hydrocarbures qu’ils sont en train de perdre. En ce moment, ils vendent massivement à l’Europe qui n’a pas le choix, à des prix exorbitants, leur gaz de schiste, après avoir saboté le gazoduc russe.  Cela ne va pas durer.

     Imaginons que l’Algérie rentre dans le BRICS et réalise le gazoduc Nigéria Algérie; de la frontière avec le Nigéria, il traverse le Niger jusqu’en Algérie qui devient distributeur mondial de gaz, en plus du sien. Mais il faut rentrer au BRICS,  j’insiste. 30 pays frappent à la porte et ils ont raison car la puissance uniquement de taux de change, de valeur de monnaie basée sur une provisoire puissance militaire et puissance de domination idéologique par le capitalisme, cela ne suffit pas.  Oui, il faut rentrer aux BRICS et on va basculer inch’Allah vers le camp des vraies capacités à installer des productions d’économies réelles et non pas de spéculation et de capitalisme financiers basés sur les 7 péchés capitaux ou l’industrie de  luxe qui ne sert à rien.

    Et la question sur la Chine ?

    La Chine ne joue pas du tout de même jeu, elle n’a jamais été colonialiste, n’a jamais cherché à l’être. Elle va là où on l’invite ou bien elle propose,  mais c’est tout: « vous voulez cela ? Non, vous n’en  voulez pas ? Alors, on s’en va ! » La Chine n’a pas de base militaire partout dans le monde comme les États-Unis ou la France.

    Le Bénin est l’un des 1° pays où la Chine est rentré sérieusement en Afrique.  Elle a construit gratuitement le siège du Parlement du Bénin, toujours gratuitement le siège du gouvernement et le siège de la plus grande université (il y en a 2 à Cotonou), et ils ont installé une capacité de production de motocyclettes,  car au Bénin, au Togo, au Burkina Faso, en Guinée, en Guinée-Bissau, une mobylette c’est une PME!  Les gens font de la livraison d’électroménager, j’ai vu un type sur une mobylette avec un énorme frigo attaché sur sa tête, pour le livrer. Il y a aussi des motos-taxi en Afrique subsaharienne. Et les Chinois ont tout de suite mis côte à côte un ouvrier chinois et un apprenti béninois. Maintenant les motocyclettes qui circulent au Bénin sont toutes fabriquées au Bénin et les Chinois n’ont touché totalement que les royalties des 1° productions: la première 100% chinoise, la deuxième 50%, la troisième 25%, la quatrième 100% béninoise et c’est fini! Et les Russes s’ils veulent s’installer comme les Chinois, ils sont obligés de faire pareil, en laissant les pays africains dépasser le stade du simple fournisseur de produits et de travail de base.

    Mais les autres pays veulent maintenir le reste du monde, dans « la théorie des archipels », surtout la périphérie, avec 2 conditions fondamentales. 1- en tant que simple fournisseur de matière de base 2- en simple fournisseur de  main-d’œuvre bon marché.

    Merci Lyes pour la dernière question de Madame Malika Chabanis disait tout à l’heure que, si on ne produit que du pétrole, on va se découvrir, on va se livrer, on va être écrasé peut-être. Vont-ils nous intégrer comme ce fut le cas de l’Afrique du Sud en 2010, (d’ailleurs plus pour une approche politique que pour une approche économique). Je souhaiterais si on nous en donne l’occasion, être en tant qu’observateur, en attendant de restructurer, de faire des réformes vraiment fortes parce qu’il faut être réaliste. Et pour finir: est-ce qu’on doit rester un État providence si on ne produit rien ?  

     Une autre question m’a interpellé. Quelqu’un a demandé pourquoi l’Arabe, ne servait que pour la poésie ! Je voulais dire que si les pays arabes m’avaient invité, avaient traduit mes livres,  ils en auraient profité comme le Mexique, la Colombie, le Brésil, ce sont des pays qui m’ont donné des médailles, des récompenses, il y a même des écrits qui ont été faits par le Brésil sur l’importance de l’apport des connaissances de Omar Aktouf; j’aurais voulu donner cela aux pays arabes, et puis j’adore la langue arabe, j’adore la poésie.

    Pour les BRICS, on y entre « en apprenti » , j’allais dire qu’on arrive aux BRICS, je suis d’accord avec la vision de Lyès.  On y arrive en faisant table rase de toutes les illusions et tous les bricolages sur lesquels on s’est assis jusqu’à maintenant avec la rente des hydrocarbures. On rentre aux BRICS en apprenti, en faisant pour l’éducation comme les Chinois, les Brésiliens. J’ai même contribué à un programme brésilien qui s’intitule « les cent mille cerveaux », cela ressemble à un programme qu’ont fait les Japonais il y a 20 ans. Il faut prendre les majors de promotion dans tous les domaines, (sauf l’économie et la gestion), toutes les filières, surtout techniques, de très haute technologie. Les 100.000 majors de promotion des 5 universités publiques ( les meilleures au Brésil, en Chine et en Russie sont publiques), les universités privées payantes et de mauvaises qualité sont pour les faibles, qui n’ont pas réussi à l’examen d’entrée à l’université publique, très difficile autant en Chine qu’en Russie.

    Donc les majeurs de promotion du public et les meilleurs du privé, 100.000 à envoyer chaque année partout dans le monde pour apprendre. L’Algérie pourrait le faire et en même temps avec les pays des BRICS, elle peut les envoyer en Chine, au Brésil et en Russie et mettre en place les 2 autres conditions soient l’autosuffisance alimentaire et un système d’éducation de gens qui savent produire les choses élémentaires : plombiers, électriciens, technicisation supérieur, machiniste. L’Algérie n’a aucune école qui forme cela. Chaque fois que j’arrivais à Alger, je voyais quatre fois plus d’école de gestion; j’en avais laissé 1 à Hydra je retrouve 5, 1 à Kouba j’en trouve 6 et un jour j’ai dit dans une conférence : « J’ai fait le compte, si vous continuez comme cela d’ici 20 ans, tous les Algérois seront titulaires d’un MBA! » Avec l’ école de gestion à Kouba, construisez 4 écoles de plomberie; au moins les MBA ils auront des plombiers à gérer! Si on forme des économistes et des gestionnaires, on aura automatiquement une bonne économie et une bonne gestion, mais non, non.

    Merci Professeur pour vos interventions, merci à Agnès pour ta disponibilité que ce soit sur notre chaîne You Tube alternative ATV , ou sur notre page Facebook, n’hésitez pas à la partager, je vous suggère de vous abonner aussi, c’est gratuit, Abonnez-vous aussi à la chaîne You Tube sur la page altalternews de notre ami, le journaliste Zoé Aberkane. 

    On retrouvera le Professeur Aktouf dans 2 semaines inch’Allah, vous aurez l’occasion aussi peut-être de le solliciter avant pour poser vos questions. Jeudi prochain, on accueille Ali Bounouari, l’ancien ministre du Trésor des 2 gouvernements Ghozali sur la question de l’adhésion de l’Algérie aux BRICS; le Professeur Aktouf y est favorable on verra ce que dit Si Ali Benouari,  sans oublier d’annoncer le nom d’un autre invité, Abdelaziz ministre, avec qui on parlera de géopolitique et des enjeux régionaux.

    Merci encore professeur AKTOUF et bonne soirée à tout le monde ! Demain à Montréal, il y aura 3 conférences au Centre communautaire de Saint Michel, cela durera toute la journée avec la participation de Bachir Halimi pour la conférence sur la diaspora et du sociologue Hedi el houari,  sur la sociologie.

    Merci bonne soirée à tout le monde et au plaisir. Merci, merci et à vous à bientôt !

  • Ali Farid Belkadi- Il était une fois l’ethnocide de Sétif (Algérie) le 8 mai 1945 et les jours suivants

    Ali Farid Belkadi- Il était une fois l’ethnocide de Sétif (Algérie) le 8 mai 1945 et les jours suivants

    Le 8 mai 1945, l’Algérie alors française fêtait la victoire sur l’Allemagne nazie, à laquelle des milliers de soldats «indigènes» Algériens avaient participé. Ils étaient 150 000 au cours de la 2°Guerre mondiale parmi lesquels, 16 000 ont été tués ou portés disparus. Au cours au 1° conflit mondial de 14-18, leur nombre s’élevait à 175 000 soldats, 26 000 avaient été tués ou portés disparus. 

    Il y a 69 ans, eut lieu l’ethnocide du 8 mai 1945 à Sétif, de même qu’à Guelma et à Kherrata les jours suivants. Ce massacre de populations civiles algériennes innocentes, c’est un peu l’histoire, un an plus tôt, du village d’Oradour-sur-Glane. Rappelons qu’Oradour-sur-Glane est un village dans le Limousin (Haute-Vienne en France) dont la population fut massacrée par les soldats allemands le 10 juillet 1944. Il y eut 642 victimes, dont 443 femmes ainsi que des enfants qui furent brûlés vifs dans une église.

    Sauf qu’à Sétif, Guelma, Kherrata et leur région la sinistre besogne s’est répétée une bonne centaine de fois, avec en prime les bombardements de l’aviation et de la marine de guerre françaises, durant 15 jours, pratiquement sans interruption. Une extermination systématique à caractère ethnique de tout ce qui vivait dans l’arrière-pays de vastes régions de l’Est algérien s’ensuivit, à l’abri du regard des troupes alliées (anglaises, américaines, canadiennes) qui venaient de sauver la France et les Français de la barbarie nazie.

    Le tort des Algériens : ils voulurent fêter la fin de la 2° Guerre mondiale en insérant des slogans qui exigeaient l’indépendance de leur pays. Bilan : plusieurs milliers de morts. La France, qui venait d’être délivrée du joug nazi, au nom du slogan Liberté-Egalité-Fraternité, n’admettait pas le droit pour les Algériens de disposer d’eux-mêmes.

    Parmi les soldats alliés figuraient des dizaines de milliers de combattants algériens qui participèrent de leur chair et de leur sang à la libération de la France. Jusqu’à nos jours, des tombes jonchent par centaines, les carrés des cimetières militaires de France. Ce sont celles des soldats algériens morts au champ d’honneur français pour la défense des valeurs de ce pays. Le soldat inconnu, dont on ravive si souvent la flamme sous l’Arc de triomphe des Champs-Elysées, à Paris, est peut-être l’un d’entre eux.

    Jamais il n’y eut aucun procès pour punir les auteurs du génocide de Sétif. Par contre, 25 Allemands furent accusés, le 12 janvier 1953, pour leur participation à l’incendie d’Oradour-sur-Glane et au massacre des villageois français. Il y eut plusieurs condamnations à mort le 15 février 1953, des peines de travaux forcés furent prononcées pour «crimes contre l’humanité». L’intention valorisante contenue dans un entretien qu’il accorda en 1984 à l’auteur Boucif Mekhaled se souvient : «Très jeune, je sentais déjà, à partir de 1940, la montée du nationalisme et un changement dans nos rapports avec les Européens. Avant cette date, on craignait ces Européens qui nous paraissaient supérieurs mais la haine allait nous donner du courage et on arrivait même à les insulter. J’ai été frappé par cette attitude et ce changement dans notre état d’esprit».

    Les soldats musulmans avaient appris à se battre dans un contexte international, avec des armes performantes et ils se rendaient enfin compte qu’ils avaient la même valeur et la même bravoure que les soldats canadiens ou américains. La guerre d’Indochine sera également une très bonne école de guerre pour les soldats algériens qui firent partie du corps expéditionnaire français en Asie. Au lieu de la reconnaissance de leurs droits, ils ne récoltèrent que le mépris ordinaire. La Charte de l’Atlantique, promulguée le 14 août 1941 par F. Roosevelt et W. Churchill, qui stipulait, entre autres, «le droit à l’autodétermination pour tous les peuples, ainsi que la libération de la peur et de la faim» fut ignorée par les Français. Le fruit était mûr, l’esprit du 1er novembre 1954 aussi.

    L’exemple de l’ex-président Ahmed Ben Bella – qui est aussi celui d’autres soldats musulmans de l’armée française – est assez édifiant; il met en lumière l’engagement des soldats algériens dans la guerre qui opposa les Européens entre eux, avant de déchanter et d’engager la lutte contre le colonialisme, avec armes et bagages pour la libération de l’Algérie. Ben Bella fut rappelé par l’armée française à Tlemcen. C’est au côté d’un groupe d’engagés marocains qu’il commandait que l’ancien président algérien mena plusieurs batailles contre les soldats allemands en Italie, à Montano, à la Silva ou à Santa Croce.

    C’est Ahmed Ben Bella et son groupe qui attaquèrent la colline stratégique de Monte Cassino, en Italie, à 11 h, un certain soir de l’hiver 1944, pour couper la retraite aux soldats allemands. Il eut même le rare courage d’aller chercher à 3 reprises consécutives plusieurs fusils-mitrailleurs abandonnés par des soldats français dans un no man’s land infesté de soldats allemands. En rampant comme les héros des films d’Otto Preminger ou de R. Brooks. De Gaulle, dit-on, lui accrocha une médaille à la poitrine pour hauts faits de guerre.

    620 866 millions de francs de frais d’occupation. La France affaiblie par une autre guerre, celle de 1914-18 voyait, impuissante, les Allemands envahir ses terres. L’idéologie conquérante allemande et la volonté d’Hitler de prendre sa revanche sur le Traité de Versailles avaient, en très peu de temps, accaparé 45% du territoire français. Au nord et au nord-ouest de la France, les Allemands avaient expulsé quelque 2500 propriétaires terriens et 110 000 ha furent confisqués. 620 866 millions de francs de frais d’occupation furent exigés de la France par les Allemands. L’Allemagne accorda le droit à l’armée française, dite d’armistice, de fabriquer 600 avions, à la condition d’en faire 3000 pour eux en zone nord. Outre Paris, un grand nombre de villes françaises étaient occupées par les forces allemandes, dont Lyon, Le Havre, Rennes, Metz, Strasbourg, Orléans, Cherbourg, Alençon, Bayeux. Les Algériens virent avec étonnement l’installation à Alger du Comité français de libération nationale dont la double présidence revint aux généraux de Gaulle et Giraud. Ce comité sera remplacé, le 3 juin 1944, par le gouvernement provisoire de la République française.

    C’est ainsi qu’Alger devint, dès lors, la capitale de la France libre, dans un pays occupé par la France depuis plus d’un siècle. Ce paradoxe de nouveaux vaincus colonisant d’anciens vaincus, n’échappera pas aux nationalistes algériens qui voulaient rétablir l’identité nationale. D’abord, au travers de revendications élémentaires légitimes. Les alliés algériens venaient de participer à la libération de la France et ils s’attendaient à un changement de comportement à leur égard de la part des Français, ne serait-ce qu’en souvenir des bienfaits reçus, confortés en cela par la situation humiliante faite aux Français par les Allemands qui rejoignait la leur.

    Sur fond d’occupation étrangère retentissait en France l’hymne «Maréchal, nous voilà !». Jean Anouilh créait «Le rendez-vous de Senlis», Jean ; Cocteau «La Machine à écrire» ; Albert Camus «L’Étranger» ; Henry de Montherlant «La Reine morte» ; Sacha Guitry «N’écoutez pas mesdames» ; Saint Exupéry «Le Petit Prince» et Colette «Gigi». En 1944, Albert Camus récidivait avec «Le Malentendu» et Yves Montand donnait un récital à Paris pendant 7 semaines. Les musulmans, eux, se battaient pour l’honneur et la liberté de la France et des Français.

    Le maréchal Pétain écrivait : «Nous nous attacherons à détruire le funeste prestige d’une pseudo-culture purement livresque, conseillère de paresse et génératrice d’inutilités».

    Le maréchal Herman Goering, successeur désigné d’ Hitler et qui se suicida après sa condamnation à mort au Procès de Nuremberg, disait : «Je considère comme territoire conquis toute la France que nous avons occupée. J’ai l’intention de piller et de piller largement (…) pour moi, la collaboration n’a qu’un seul sens : s’ils (les Français) fournissent tout et de bon gré, jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus, dans ce cas je collabore». Les journaux de l’époque, en Algérie, consacraient des colonnes entières au retour au pays des tirailleurs algériens qui allaient se battre en lieu et place des Français d’Algérie et de ceux de France. On pouvait y lire: «Les glorieux tirailleurs algériens qui, de l’Italie au Rhin, se sont illustrés dans cent combats, accumulant les faits d’armes et les citations, rentrent maintenant au pays dans l’euphorie de la victoire. Sous une pluie de fleurs, l’héroïque 7e RTÀ a fait ce matin à Alger une rentrée triomphale». Déjà, des dirigeants du bureau clandestin du PPÀ (Parti populaire algérien) de Messali Hadj – ce dernier, emprisonné, venait d’être transféré quelques jours plus tôt d’EI-Goléa, au cœur du Sahara, à Brazzaville au Congo (23 avril 1945) – décidèrent d’organiser des manifestations pacifiques, le 1er mai 1945, «afin de montrer aux autorités françaises et à l’opinion internationale la volonté des Algériens de vivre libres et indépendants».

    Au niveau de la rue d’Isly – actuelle rue Larbi-Ben-M’hidi, au centre d’Alger –, les pieds-noirs se mirent à tirer sur les manifestants de leurs balcons, le plus naturellement du monde, sans être inquiétés. Yacef Saâdi, qui deviendra le chef de la Zone autonome d’Alger durant la Guerre de libération nationale (1954-62), faisait partie de la manifestation. Il écrit dans ses Mémoires : «L’une des processions empruntant la rue d’lsly fut prise à partie par la police qui se mit à tirer sans sommations. Un porte-drapeau s’écroula à côté de moi, tué sur le coup. On dénombra plusieurs morts et blessés». Mohamed Belhefaf, le 1° martyr de Mai 1945, dit à son voisin : «Je suis touché, frère, reprends l’étendard».

    Un autre militant, Benali Boukort, parle de soldats français qui avaient mitraillé les manifestants : ceux de Sétif allaient suivre quelques jours plus tard. Il y eut plusieurs morts et sur les 9 blessés graves transportés à l’hôpital Mustapha, aucun ne survivra. Plusieurs dizaines d’arrestations furent opérées. À Oran, on releva un mort et plusieurs blessés parmi les Algériens ce même jour.

    Le Parti communiste algérien (PCA), dans un tract daté du 3 mai 1945, et intitulé «À bas les provocateurs hitlériens», rejeta la responsabilité des incidents sur les dirigeants nationalistes algériens qui furent assimilés à des nazis : «La provocation vient du PPA qui prend ses mots d’ordre à Berlin, chez Hitler, celui qui massacre et torture sans distinction les vaillants soldats de l’armée française, européens et musulmans (…) le PPA développant en Algérie ses mots d’ordre d’indépendance, de création du maquis algérien et semant la haine entre Algériens, en organisant des troubles, est le parti qui applique en Algérie les mots d’ordre que donnent les hitlériens à la radio nazie».

    La CGT, alliée au Parti communiste algérien, dénonça «cette attitude criminelle des musulmans algériens», en proclamant à nouveau «l’union contre le fascisme». De jeunes appelés algériens du service militaire organiseront le 2 mai 1945 une manifestation politique au cours de laquelle ils entonnèrent l’hymne algérien Min djibalina (De nos montagnes), créé en 1933 par le poète Moufdi Zakariya (1908-77). On doit à ce dernier la création de l’hymne national algérien, qui sera mis en musique par Mohamed Triki en 1956, avant d’être arrangé par le compositeur égyptien Mohamed Fawzi. «Ô France ! Le temps des palabres est révolu. Nous l’avons clos comme on ferme un livre», aucun dialogue tenté avec les Français n’ayant abouti. D’autres manifestations musulmanes algériennes en faveur de l’indépendance seront encore réprimées d’année en année dont celle qui eut lieu lors du défilé populaire du 14 juillet 1953 à Paris, au cours de laquelle on releva plusieurs morts. Le 17 octobre 1961, des manifestants algériens furent jetés à la Seine.

    Yalla Abdelkader, le chef du groupe scout AI-Hayat, qui vécut les événements de Sétif, contacta les autorités locales pour obtenir la permission d’organiser une cérémonie de recueillement : «Nous voulons faire une prière à la mosquée pour remercier Dieu d’avoir mis fin à la guerre et de nous avoir donné la victoire. Ensuite, nous irons déposer une gerbe de fleurs au Monument aux morts». Tel fut, semble-t-il, le point de départ de la terrible répression de Sétif. Ce jour-là, qui était jour de marché, permettait aux paysans algériens de venir vendre leurs produits en ville. En outre, il correspondait à la fin du conflit mondial, à la grande joie de tous ceux qui avaient un membre de leur famille engagé dans la guerre. C’est donc par milliers que les Algériens s’étaient regroupés en ville. Ferhat Abbas s’associa également à la victoire remportée par les troupes alliées en faisant remettre au gouverneur général de l’Algérie, ce 8 mai 1945, une lettre qui disait, entre autres, «le rassemblement des Amis du manifeste et de la liberté qui groupe tous les musulmans, sans distinction d’opinion, fidèle interprète des masses musulmanes, s’associe, en ce jour solennel de la victoire et de la démocratie, à la joie et à la fierté des armées alliées et des peuples libres.

    Conscient d’avoir contribué à cette victoire par l’effort et le sang de ses enfants, le peuple algérien assure le peuple français, le gouvernement de la République et les gouvernements des Nations unies de sa solidarité inébranlable dans la marche vers la conquête des libertés humaines». Les Amis du manifeste et de la liberté (AML) regroupaient des Algériens de tous bords, les oulémas, le PPA de Messali Hadj, les intellectuels, les marabouts, les socialistes, les communistes…

    Le nombre des adhérents aux AML s’élevait à 500 000. Le 8 mai 1945, le cortège devait partir de la mosquée, vers 9 h 15, pour se rendre au Monument aux morts. L’autorisation avait été accordée par les autorités administratives françaises. Le service d’ordre des Algériens veillait au désarmement des manifestants. Le drapeau algérien figurait parmi ceux des pays alliés anglais, américain et russe. La manifestation devait être distincte de celle des Européens qui devait avoir lieu l’après-midi. 200 scouts en tenue ouvraient la marche en chantant des hymnes patriotiques. Les pancartes et les banderoles furent déployées qui disaient : «À bas le colonialisme ! Vive l’Algérie libre et indépendante !» «Libérez Messali !» La police française a tenté de s’emparer de l’étendard algérien, ainsi que des banderoles brandies par les manifestants. Une marée humaine les en empêcha.

    Le porteur du drapeau Saal Bouzid fut abattu par un policier. Les noms des responsables du massacre des Algériens sont connus. Le commandant Rouire, chef d’état-major, assisté des commandants Biraben, Bobillon et Mazuca. Les Zerkowitch et Boissenot, Lestrade-Carbonnel, le préfet de Constantine et le sous-préfet Achiary. Les commissaires Tort, Valere, Chauveau et Oliveri.

    Pour la milice, Champ, président des anciens combattants, Garivet, Cheylan Gabriel, Trazirini, Jean Alexandre, ainsi qu’un Algérien d’origine juive : Attali. Les juifs prirent une part active à la curée. Quelques années auparavant, le 7 octobre 1940, une ordonnance signée par le maréchal Petain, par son garde des Sceaux Raphaël Albert ainsi que par le ministre de l’Intérieur, Marcel Peyrouton, abrogea le décret Crémieux qui accordait depuis 1870 la nationalité française aux juifs d’Algérie. Considérés comme indigènes de second ordre, les juifs algériens perdaient ainsi tous les droits acquis depuis 1870. Autrement dit, l’Edit d’expulsion d’Espagne, revu et corrigé par le gouvernement de Vichy. Des fetwas émises par les religieux musulmans circulèrent parmi les populations, qui interdisaient aux Arabes et aux Kabyles d’acheter les biens confisqués des juifs par solidarité.

    Sachez que nous avons été informés qu’il existe et qu’il existait dans notre royaume de très mauvais chrétiens qui judaïsaient de notre sainte foi catholique et, certes, très préjudiciable pour les chrétiens que cette communication avec les juifs. Déjà, dans les Cortès que nous avons tenus l’année dernière à Tolède, nous avions ordonné d’accorder aux juifs des juiveries dans toutes les villes où ils pussent vivre dans leur péché. En outre, nous avions ordonné d’établir dans nos royaumes et seigneuries d’inquisition, laquelle existe comme vous le savez depuis douze ans, durant lesquels elle a trouvé beaucoup de coupables, ainsi que nous en avons été informés par les inquisiteurs et par d’autres personnes religieuses, qui, par leurs relations, leurs entretiens et leur communication avec les juifs, se sont laissé entraîner par ces derniers.

    Ceux-ci usent de plusieurs moyens et manières pour soustraire les fidèles à notre sainte foi catholique et les instruire dans leur dangereuse croyance et les cérémonies de leur foi (loi juive), les invitant à des réunions où ils leur expliquent les fêtes juives qu’il est d’usage d’observer, essayant de les circoncire eux et leurs enfants, leur donnant des livres de prières, les avertissant des jeûnes importants, leur enseignant à transcrire des copies de la foi, leur annonçant les Pâques avant qu’elles arrivent, leur expliquant la façon de les célébrer et de les faire, leur donnant et leur portant de leurs pains azymes et de leurs viandes égorgées suivant leurs rites, les mettant en garde contre les choses prohibées par leur foi, les persuadant de la supériorité de la loi de Moïse, leur expliquant qu’il n’y a point d’autre loi, ni d’autre vérité que celle-là ; ce qui porte préjudice, détriment et opprobre à notre sainte foi catholique. Pour obvier et remédier à cet état de chose, pour faire cesser cet opprobre et cette offense à la religion catholique, nous avons convoqué en conseil les prélats, les grands et les chevaliers de nos royaumes et autres personnes de sciences et conscience. Après mûre délibération, nous ordonnons de renvoyer de nos royaumes tous les juifs, et que jamais ils n’y reviennent. C’est pourquoi, par les présents édits, nous ordonnons à tous les juifs et juives, quel que soit leur âge, qui vivent, demeurent et sont dans les royaumes et seigneuries susmentionnés d’en sortir au plus tard jusqu’à la fin de juillet prochain, année courante, eux, leurs fils et leurs filles, serviteurs, servantes et familiers juifs, petits et grands, quel soit leur âge.

    Il ne leur sera pas permis de revenir dans nos États soit délibérément, soit de passage, soit de n’importe quelle manière. En cas de contravention au présent édit, si l’on trouve des juifs dans nos royaumes, au cas où ils y reviendraient d’une manière quelconque, ils encourent la peine de mort et la confiscation de tous leurs biens pour notre chambre de fisc. Nous mandons et ordonnons qu’aucun, ni personne dans nos royaumes susmentionnés, quelles que soient sa condition et sa dignité, n’ait l’audace de recevoir, ni accueille ni défende publiquement ni secrètement juif et juive, passé la date de fin de juillet et au-delà, à jamais, à perpétuité dans ses terres, ni dans ses maisons ni sur aucun de ses points des susdits royaumes et seigneuries. Toute contravention à cet ordre entraînera pour le coupable la perte de tous ses biens, vaisseaux, forteresses et autres héritages.

    Et que pour que lesdits juifs puissent prendre leurs mesures durant ce délai qui leur est accordé jusqu’à la fin juillet, nous leur accordons dès à présent notre protection royale à eux et à leurs biens pour que, durant cet intervalle et jusqu’au jour fixé, ils puissent vaquer à leurs affaires en toute sécurité, vendre, échanger et se défaire de tous leurs biens, meubles et immeubles et en disposer à leur volonté.

    Nous permettons donc et accordons pleine faculté auxdits juifs et juives pour qu’ils fassent sortir desdits royaumes et seigneuries leurs biens et trésors par la mer et par la terre, à l’exception de l’or, de l’argent et de toute espèce de monnaie monnayée et de toutes les choses défendues par les lois de nos royaumes, sauf aussi les denrées dont l’exportation est prohibée. Nous faisons savoir à tous les conseils, tribunaux, regidors et chevaliers ainsi qu’aux hommes bons de nos dits royaumes et seigneuries et à nos vassaux de mettre en exécution notre mandement et son contenu et d’y prêter aide et assistance en cas de besoin. Tout contrevenant encourra la peine de confiscation de ses biens par notre fisc.

    Et pour que nos ordres parviennent à la connaissance de tout le monde et pour que personne ne prétende les ignorer, nous mandons que la présente lettre soit annoncée publiquement dans les places, marchés et autres endroits par le crieur public et par-devant l’écrivain public. Enfin, nous ordonnons à tous ceux dont on aura requis services de le faire, sous peine d’être traduits devant notre cour dans les quinze premiers jours et d’encourir la peine susmentionnée. Tout écrivain public invité à témoigner en cas de contravention à nos ordres le fera sous seing privé ; de la sorte, nous saurons comment nos ordres sont exécutés.

    Fait dans la ville de Grenade, le trente et unième jour du mois de mars, l’an mille quatre cent quatre-vingt-douze de N.-S. Jésus-Christ».

    Le journal communiste Liberté du jeudi 7 mars 1946, citant les propos du parlementaire Fernand Grenier écrit : «La plupart de ces miliciens sont français de fraîche date, ils s’appellent Gremona Paupol, Grémona Antoine, Grima Loulou, Paoulo di Malta, Alfred Luset père et fils, Emest Colin, tous volontaires, pour la fusillade et fascistes, bien entendu».

    C’est à la suite de l’assassinat de sang-froid de Saal Bouzid que débuta l’émeute de Sétif. Les Algériens qui fuyaient sous les coups de feu des policiers agressaient à leur tour tous les Européens qu’ils rencontraient. Partout résonnait l’appel à la révolte et au djihad. À 13 h, le couvre-feu était instauré et l’état de siège décrété à 20 h. L’armée, la police et la gendarmerie sillonnaient les quartiers arabes de Sétif. La loi martiale fut proclamée et en même temps on distribuait des armes aux Européens.

    L’écrivain Kateb Yacine, collégien à l’époque, qui fut le témoin oculaire des événements de Sétif, écrit : «Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. À Guelma, ma mère a perdu la mémoire (…) On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre. J’ai vu les Sénégalais qui tuaient, violaient, volaient».

    À Guelma, où avait également eu lieu une manifestation pacifique, la milice européenne s’est livrée à un véritable pogrom contre la population musulmane. Tout Arabe rencontré en ville était tué ou arrêté. Ferhat Abbas évoque dans un discours prononcé le 26 mai 1946, à Tizi Ouzou, les 800 musulmans de Guelma qui furent fusillés sans jugement. Tous les hommes âgés entre 18 et 30 ans seront arrêtés à leur domicile puis fusillés. À EI-Eulma (Saint Arnaud) près de Sétif, à Ouled Zenati, à Constantine, à Annaba, à Jijel, à Skikda (Philippeville), la chasse à l’homme est également ouverte. La Marine s’y met aussi.

    Près de 50 mechtas sont détruites. Le comble de l’horreur est atteint lorsque les automitrailleuses font leur apparition dans les villages et qu’elles tirent à distance sur les populations qui fuient vers les montagnes. Les blindés sont relayés par les militaires arrivés en convois sur les lieux, cependant que les villages musulmans situés en bordure de la mer sont pris sous le feu des bâtiments de guerre français. Le soulèvement se généralisa à d’autres régions de l’Algérie. À Saïda, dans la région d’Oran, la mairie fut incendiée et tous les circuits téléphoniques coupés. L’état de siège fut décrété et la ville fut encerclée par l’armée et la police. 47 membres du PPA furent arrêtés et traduits devant les tribunaux. 6 d’entre eux furent condamnés à mort.

    Les rapports des journalistes de l’époque sont accablants. Les légionnaires se saisissaient des nourrissons par les pieds avant de les fracasser contre les murs ou sur les rochers. Le lieutenant Bermont déclare : «Dans un douar de la région de Guelma, 17 musulmans nous ont été présentés par la sûreté afin que nous les exécutions et nous nous avons été déchargés de cette corvée». Un grand blessé de la Seconde Guerre mondiale, qui venait à peine d’être démobilisé et se trouvait sur la liste des personnes destinées à être fusillées, Aïssaoui Abdallah d’Héliopolis (région de Guelma), raconte : «J’ai vu des militaires et des miliciens parier sur des femmes enceintes pour savoir si elles portaient un mâle ou une femelle pour l’éventrer ensuite».

    Pour masquer leurs crimes, les miliciens, parmi eux des éléments juifs, oublieux de l’ignominie dans laquelle les plongèrent les nazis et le régime de Vichy, brûlaient les cadavres dans des fours à chaux. L’opération dura une semaine. Un témoignage est rapporté par Benhamla Saci, qui habitait à quelques centaines de mètres du four à chaux d’Héliopolis. Celui-ci décrit l’insupportable odeur de chair brûlée et l’incessant va-et-vient des camions qui venaient décharger les cadavres, qui brûlaient ensuite en dégageant une fumée bleuâtre.

    L’hebdomadaire Liberté sous la plume de Louis Rives, écrivait : «200 victimes ? Nous sommes loin du compte ! Et la milice, M. Tixier ?»

    Une note adressée au général Tubert au lendemain des massacres par Roger Esplaas dit : «(…) L’armée a complètement rasé un douar… À Sétif, on m’a confirmé le caractère impitoyable de la répression qui a été exercée sur la région. On m’a cité les chiffres : 20 000 musulmans auraient été massacrés. La région nord de Sétif n’est plus qu’un vaste cimetière». Selon le général Weiss, 20 actions répressives auraient été menées dans la seule région de Guelma par 28 avions durant 15 jours.

    Les croiseurs Duguay Trouin et le Triomphant ne cessaient pas de bombarder la région de Bougie, de Kherrata et de Jijel. À la tribune de l’Assemblée consultative, le ministre de l’Intérieur, Tixier, déclarait le 18 juillet 1945 : «D’après des rumeurs persistantes, systématiquement propagées en Algérie, en France métropolitaine, à l’étranger et particulièrement aux États-Unis, la répression civile et la répression militaire auraient causé la mort de 5000, 10 000, 20 000 et même 30 000 victimes musulmanes. Fort heureusement, les victimes de la répression sont beaucoup moins nombreuses. Après des enquêtes sommaires dans les villes, les villages et les douars, les autorités civiles affirment que le total des victimes musulmanes ne doit pas dépasser 1200 à 1500».

    Dans son rapport sur les massacres de Sétif, le général Tubert écrit : «La raison d’État, la commodité d’une répression aveugle et massive permettant de châtier quelques coupables parmi les milliers d’innocents massacrés, l’immunité administrative de fait couvrant, par exemple, le sous-préfet de Guelma, fit délibérément et sans excuse arrêter et fusiller, sans autre forme de procès, des musulmans de la ville dont les familles réclament encore, en vain, une enquête, un jugement ou même une simple explication».

    Le chiffre de 45 000 morts semble avoir été adopté par le PPA à la suite du recensement minutieux établi par ses militants à l’époque.

    Le consul général américain à Alger, selon ses propres investigations, citera le chiffre de 40 000 morts. Les oulémas, plus proches du terrain, avanceront le chiffre de 80 000 morts. C’est ce dernier chiffre que retiendra Rey-Goldzeiguer. Le fruit était mûr, l’esprit du 1er novembre 1954 aussi. Les Allemands ont reconnu leur culpabilité dans les crimes et les forfaits nazis, à l’inverse des Français.

    Le 27 février 2005, l’ambassadeur de France en Algérie, Hubert Colin de Verdiére, en visite à Sétif, rend hommage aux victimes des massacres du 8 mai 1945 perpétrés par l’armée française. Il emploie les termes de «tragédie inexcusable» pour qualifier ces crimes contre l’humanité. Sans regrets, ni contritions, la République de la France et ses ministres, toujours imbus de leur empire colonial défunt, récusent évasivement les atrocités commises en Algérie au nom des valeurs françaises de Liberté-Egalité-Fraternité. Liberté pour les uns, asservissement pour les autres ; Egalité : dissemblance et disparité ; Fraternité : haine et hostilité. Aujourd’hui, les Algériens parlent des sauvageries massives commises par la France et les Français dans son ex-colonie. Un ministre français en vogue, qui ne compte aucun aïeul mort pour la France, ni pour la délivrance des Français, leur répond en termes statistiques de bâtis, d’échafaudages et de béton, laissés sur place par les Français. Il y a soixante-dix-huit ans, eut lieu l’ethnocide du 8 mai 1945 à Sétif. De même qu’à Guelma et à Kherrata les jours suivants. Ce massacre de populations civiles algériennes innocentes, c’est un peu l’histoire, un an plus tôt, du village d’Oradour-sur-Glane dans le Limousin (France). Sauf qu’à Sétif, Guelma, Kherrata et leur région, la sinistre besogne s’est répétée une bonne centaine de fois. Avec en prime les bombardements de l’aviation et de la Marine de guerre françaises, durant quinze jours et pratiquement sans discontinuité. Si cela n’est pas une extermination à caractère racial, un ethnocide, il s’agit de quoi ?

  • Vijay Prashad-Les étudiants ne toléreront pas l’hypocrisie

    Vijay Prashad-Les étudiants ne toléreront pas l’hypocrisie

    Chers amis,

    Salutations du bureau de l’Institut Tricontinental de recherche sociale.

    Il était inévitable que le soutien sans réserve des gouvernements du Nord au génocide perpétré par Israël contre les Palestiniens entraîne des réactions furieuses de la part de leurs citoyens. Que ces réactions aient débuté aux États-Unis n’est pas non plus une surprise, compte tenu du cycle continu de manifestations qui, depuis octobre 2023, ont dénoncé le chèque en blanc du gouvernement étasunien au gouvernement israélien. Le financement étasunien de la campagne d’extermination d’Israël contre les Palestiniens inclut plus d’une centaine de livraisons d’armes depuis le 7 octobre et une aide de milliards de dollars.

    Depuis longtemps, les jeunes aux États-Unis – comme dans d’autres pays du Nord – constatent la faillite des promesses de leur société. Un travail précaire permanent les attend, même pour ceux qui ont des diplômes supérieurs, et s’est développée en eux une attache plus précieuse à la moralité en raison de leurs propres expériences pour devenir des êtres humains meilleurs dans ce monde. Les cruautés de l’austérité et des normes patriarcales les ont forcés à se retourner contre leur classe dirigeante. Ils veulent quelque chose de mieux. L’agression contre les Palestiniens a provoqué une rupture. Reste à savoir jusqu’où iront ces jeunes.

    Eng Hwee Chu (Malaysia), Lost in Mind, 2008.

    Eng Hwee Chu (Malaisie), Lost in mind, 2008.

    À travers les États-Unis, les étudiants ont établi des campements sur plus d’une centaine de campus universitaires, y compris au sein des institutions les plus prestigieuses du pays telles que Columbia, le Massachusetts Institute of Technology, Stanford, Emory, l’Université Washington à St. Louis, Vanderbilt et Yale. Les étudiants font partie de divers groupes locaux sur les campus et d’organisations nationales, parmi lesquelles Students for Justice in PalestinePalestinian Youth MovementJewish Voice for PeaceCodePinkDemocratic Socialists of America et Party for Socialism and Liberation. Dans ces campements, les élèves chantent et étudient, prient et discutent. Ces universités ont investi leurs vastes dotations dans des fonds liés à l’industrie de l’armement et des entreprises israéliennes. Aux États-Unis, le total des dotations dans les établissements d’enseignement supérieur atteint environ 840 milliards de dollars. Pour ces étudiants, voir leurs frais de scolarité, toujours plus élevés, être versés à des institutions complices de ce génocide et qui en tirent profit est vraiment insupportable. D’où leur détermination à résister avec leur corps.

    La démocratie est minée lorsque des actions civiles de base comme celle-ci sont confrontées à toute la force de l’appareil répressif de l’État. Les administrateurs des établissements et les autorités municipales locales ont envoyé des forces de police lourdement armées et pouvant employer tous les moyens pour démanteler les campements, avec le renfort de tireurs d’élite sur les toits des campus de plusieurs universités. Les réseaux sociaux ont propagé des scènes d’étudiants et de membres du corps professoral vulnérables, arrachés à leurs campus, tasés, brutalisés et arrêtés par la police en tenue anti-émeute. Mais plutôt que de décourager la jeunesse, ces mesures violentes ont simplement suscité la formation de nouveaux campements dans les universités, non seulement aux États-Unis, mais dans des pays aussi éloignés que l’Australie, le Canada, la France, l’Italie et le Royaume-Uni. Les administrateurs ont beau étayer leurs décisions par des prétextes tels les risques d’incendie des campements, cela est sans valeur pour les étudiants, les membres du corps professoral venus les défendre et les personnes concernées partout dans le monde. Les images de cette violence rappellent les photos des massacres d’étudiants étasuniens protestant contre la guerre du Vietnam et des chiens policiers lâchés sur de jeunes enfants noirs lors du mouvement des droits civiques aux États-Unis.

    Liang Yulong (China), Mouvement du 4 mai, 1976.

    Ce n’est pas la première fois que des jeunes, en particulier des étudiants, tentent d’imposer de la lucidité dans un monde pétri de compromis. Aux États-Unis, les générations précédentes se sont battues pour que leurs universités se désengagent de l’apartheid en Afrique du Sud et des horribles guerres menées par les États-Unis en Asie du Sud-Est et en Amérique centrale. En 1968, les jeunes, de la France à l’Inde, des États-Unis au Japon, ont éclaté de colère contre les guerres impérialistes en Algérie, en Palestine et au Vietnam, les yeux rivés sur Paris, Tel-Aviv et Washington pour leur culture meurtrière. Le poète pakistanais Habib Jalib, a transcrit leur attitude, chantant devant la porte Mochi de Lahore kyun darate ho zindan ki divar se (pourquoi me faites-vous peur avec la porte de la prison ?), puis zulm ki baat ko jahl ki raat ko, main nahin manta main nahin jaanta (les mots de l’oppression, la nuit de l’ignorance, je refuse de les admettre, je refuse de les accepter).

    Puisque nous sommes au début du mois de mai, il peut être utile de rappeler le courage des jeunes Chinois qui sont descendus dans la rue le 4 mai 1919 pour condamner les humiliations infligées au peuple chinois lors de la Conférence de paix de Paris (qui a abouti au Traité de Versailles). Au cours de la conférence, les puissances impérialistes ont décidé de donner au Japon une grande partie de la province du Shandong, dont l’Allemagne s’était emparée en 1898. Cette passation de pouvoir a révélé à la jeunesse chinoise la faiblesse de la république chinoise, mise en place en 1911. Plus de quatre mille étudiants de treize universités de Pékin sont descendus dans la rue derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Luttez pour la souveraineté à l’extérieur, éliminez les traîtres de la nation à l’intérieur ». Ils étaient en colère contre les puissances impérialistes et contre les soixante membres de leur délégation à la conférence de Paris, délégation dirigée par le ministre des Affaires étrangères Lu Zhengxiang. Liang Qichao, membre de la délégation, était tellement frustré par le traité que, le 2 mai, il a envoyé en Chine un communiqué, qui a été publié et a stimulé les étudiants chinois. Les manifestations étudiantes ont fait pression sur le gouvernement chinois pour qu’il limoge des responsables pro-japonais tels que Cao Rulin, Zhang Zongxiang et Lu Zongyu. Le 28 juin, la délégation chinoise à Paris a refusé de signer le traité.

    Nidhal Chamekh (Tunisia), Dessin 8, 2012.

    Nidhal Chamekh (Tunisie), Dessin 8, 2012.

    Les actions des étudiants chinois ont été puissantes et d’une grande portée, leur mouvement du 4 mai ne se contentant pas de protester contre le traité de Versailles, déployant une critique plus large de la pourriture de la culture républicaine de l’élite chinoise. Les étudiants en voulaient plus, leur patriotisme trouvant refuge dans des courants de pensée de gauche comme l’anarchisme et plus profondément dans le marxisme. À peine deux ans plus tard, plusieurs des jeunes intellectuels masculins importants qui avaient été formés par ce soulèvement, comme Li Dazhao, Chen Duxiu et Mao Zedong, ont fondé le Parti communiste chinois en 1921. Des femmes dirigeantes ont constitué des organisations qui ont amené des millions de femmes à la vie politique et intellectuelle, devenant plus tard des éléments centraux du Parti communiste. Par exemple, Cheng Junying a fondé la Fédération académique des femmes de Pékin et Xu Zonghan a créé la Fédération des femmes de Shanghai. Quant à Guo Longzhen, Liu Qingyang, Deng Yingchao et Zhang Ruoming, elles ont créé l’Association des femmes camarades patriotes de Tianjin. Enfin, Ding Ling est devenue l’un des principaux écrivains, produisant des récits du monde rural chinois. Trente ans après le Mouvement du 4 mai, beaucoup de ces hommes et femmes ont renversé leur système politique pourri et établi la République populaire de Chine.

    Qui sait jusqu’où iront les protestations des étudiants du Nord aujourd’hui. Le refus des étudiants d’accepter les prétextes de leur classe dirigeante et d’accepter sa politique est plus profondément enraciné dans le sol que leurs tentes. La police peut les arrêter, les brutaliser et déplacer leurs campements, mais cela ne fera que rendre la radicalisation plus difficile à stopper.

    Au milieu de la chaleur blanche du mouvement du 4 mai, le poète Zhu Ziqing (1898-1948) a écrit « Luminosité ». Ses mots résonnent de 1919 à nos jours, d’une génération d’étudiants à une autre :

    Dans la nuit profonde et orageuse,
    Devant nous s’étend un désert aride.
    Une fois passé ce désert aride,
    Il y a le chemin du peuple.
    Ah ! Dans l’obscurité, d’innombrables chemins,
    Comment puis-je les fouler avec justesse ?
    Dieu ! Donne-moi vite de la lumière,
    Que j’aille de l’avant !
    Dieu s’empresse de répondre, De la lumière ?
    Il m’est impossible d’en trouver pour toi.
    Tu veux de la lumière ?
    Tu dois la créer toi-même !

    C’est ce que font les jeunes : ils créent cette lumière, et, même si beaucoup de leurs aînés tentent de l’atténuer, l’éclat de leur âme continue d’illuminer la misère de notre système – dont le cœur est la guerre horrible d’Israël – et la promesse de l’humanité.

    Chaleureusement,

    Vijay

    Traduction, Chris & Dine

  • Rene Naba- Les Médias comme véhicule d’une idéologie dominante

    Rene Naba- Les Médias comme véhicule d’une idéologie dominante

    Le développement de la diffusion satellitaire, la multiplication des chaînes transfrontières et d’autres canaux de diffusion tels l’Internet (Web), le courrier électronique, le blog ou encore le fax ou le mobile (téléphone portable) ont porté les sociologues et analystes politiques à célébrer l’avènement d’une « société de l’information » comme la marque caractéristique du XXI° siècle, l’échec du totalitarisme et le terme ultime de la démocratie néo-libérale.

    Toutefois, le contrôle accru des grands conglomérats industriels sur les vecteurs d’information, l’importance prise par les stratégies de communication, au détriment de l’information proprement dite, l’endogamie croissante au sein du couple médias et politique de même que l’interactivité des divers acteurs au sein de ce même couple, tendent à relativiser ce premier constat au point que se pose la question de la viabilité d’un débat démocratique dans une société où les principaux vecteurs d’information sont dominés par les puissances d’argent et la promotion des intérêts privés.

    Dans ce contexte, le langage, moyen de communication et d’échange par excellence, devient un marqueur d’identité culturelle, de par la terminologie empruntée ou l’accent utilisé par le locuteur. L’effondrement d’une idéologie à dimension humaniste, utile contrepoids à l’hégémonie capitaliste, a accéléré cette évolution au point que le langage apparaît désormais comme un redoutable instrument de sélection et de discrimination, de domination et d’exclusion.

    Jamais dans l’histoire de l’humanité, l’information n’a été si abondante et si instantanée, mondialisée, abolissant les frontières physiques et linguistiques, qui ont transformé la planète en un «village planétaire»

    Tous les grands évènements mondiaux se vivent dans une quasi communion universelle :Mondial du foot, Jeux olympiques, les grandes catastrophes naturelles, telles le Tsunami en Asie en Décembre 2004, l’ouragan Katrina durant l’été 2005 au sud des Etats-Unis, de même que les deux guerres d’Irak en 1990 et 2003, ainsi que la destitution de la statue du président irakien Saddam Hussein, en avril 2003.

    Depuis la révolution technologique opérée il y a vingt ans, des chaînes d’information continue ont supplanté les chaînes généralistes (CNN aux Etats-Unis, LCI et France info, en France) développant des programmes interactifs avec interventions des auditeurs-téléspectateurs dans les débats politiques, induisant avant le terme un débat participatif. L’exemple le plus manifeste, en France, s’est déroulé sur TF1 à l’occasion du débat sur le referendum constitutionnel, en avril 2005, entre le président Jacques Chirac et un panel de jeunes, ainsi qu’à l’occasion de la campagne présidentielle de 2007 toujours sur TF1 dans l’émission «j’ai une question à vous poser», où le candidat à l’élection était confronté pendant 90 minutes à un échantillon représentatif de la population française.

    Même la presse écrite a opéré une mutation, couplant son édition papier par une édition électronique donnant ainsi la possibilité à un plus large lectorat, au delà les océans, d’accéder aux informations du journal.

    En France, par exemple, les grands quotidiens parisiens peuvent être consultés électroniquement depuis l’Afrique ou l’Asie, contournant la censure généralement en vigueur dans les pays autoritaires. Dans le Monde arabe, où la censure est la norme, le quotidien «Al-Qods Al-Arabi »journal critique trans-arabe, offre quotidiennement l’hospitalité de ses colonnes à certains des principaux proscrits intellectuels arabes et contourne ainsi depuis Londres les restrictions édictées par les gouvernements arabes.

    A coté de la presse payante, une presse gratuite s’est développée dans les pays occidentaux accentuant l’offre d’information. Un service de messagerie “à la carte” a été aménagé pour les usagers des téléphones portables.

    Toutefois, la concertation médiatique, la profusion de l’information contribue-t-elle pour autant à une meilleure connaissance des problèmes? A une meilleure diffusion du savoir ? Contribue-t-elle à une amélioration du débat démocratique ? La surinformation favorise-t-elle l’information ou débouche-t-elle sur une désinformation. ?

    Dans les années 1980, 50 méga-compagnies dominaient le paysage médiatique aux Etats-Unis, mais, moins de 10 ans plus tard, il n’en restait plus que 23 pour une domination comparable. «La vague des énormes marchés conclus dans les années 1990 et la mondialisation rapide ont laissé l’industrie médiatique centralisée en 9 conglomérats internationaux: AOL-TimeWarner, Viacom CBS) News corporation, Bertelsman (Allemagne), General Electric (NBC), Sony, ATT-LIBERTY Media et Vivendi Universal France). 4 d’entre eux (Disney, AOL Time Warner, Viacom et News corporation) contrôlent tout le cycle de la production (films, livres, magazine, journaux, programmes de télévision, musique vidéo, jeux) ainsi que la distribution (radio, câble, grandes surfaces, salles de cinéma multiplex) (1).

    Mais cette concentration médiatique, pour impressionnante qu’elle soit avec les immenses possibilités de diffusion qu’elle recèle, contribue-t-elle à une amélioration de l’information du citoyen et du débat démocratique ? La réponse ne saurait être tranchée à en juger par les déboires enregistrés tant par les Etats-Unis que par la France dans deux moments clés de leur histoire contemporaine: la guerre d’Irak pour les Etats-Unis et le referendum sur le traité constitutionnel par la France.

    Les Etats-Unis ont baigné dans une ferveur nationaliste cimentée par l’horreur des attentats anti-américains du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyper puissance américaine, les tours jumelles (Twin Tower) de New York et le Pentagone à Washington. Cette ferveur a d’ailleurs été attisée par les médias avec leur longue évocation des scènes d’horreur et leurs commentaires conséquents.

    Cette unanimité nationale a atteint son paroxysme lors de la guerre d’Afghanistan, en Octobre-Novembre 2001, engagée par les Etats-Unis avec la caution de l’ONU et perçue dans l’opinion américaine et internationale comme des représailles aux attentats du 11 septembre. Même unanimité fervente lors de la guerre d’Irak, engagée deux ans plus tard, en mars 2003, grâce notamment au travail de mobilisation de la presse américaine, même si la guerre d’Irak a été engagée sans la caution des Nations-Unies. Les grands médias américains ont longtemps relayé les thèses de l’administration néoconservatrice américaine avant de reconsidérer leurs positions avec les déboires militaires américains sur le terrain, le pillage du Musée de Bagdad, les tortures de la prison d’Abou Ghraib et les révélations sur les mensonges de la guerre (absence d’armes de destruction massive, lien du régime de Saddam Hussein avec l’organisation Al-Qaîda)

    Une journaliste vedette du New York Times, Judith Miller, l’une des plus actives propagatrices de la thèse mensongère des armes de destruction massive en Irak, a été licenciée de son journal et de grands journaux tels le Washington Post et le New York Times ont publiquement reconnu leurs erreurs. Il n’empêche les médias américains dans la guerre d’Irak ont été complices de la plus grande mystification de l’opinion publique relayant sans la moindre retenue et sur une longue période, la propagande de guerre du président George Bush jr.

    La guerre d’Irak a démontré au grand jour la connivence entre le pouvoir politique et le monde médiatique, au détriment de la Démocratie.

    Les dirigeants des principales formations politiques et la quasi totalité des commentateurs des grands médias se sont prononcés en faveur du Traité européen, stigmatisant l’archaïsme de ses opposants, quand bien même le texte soumis à référendum était long, touffu, confus et inaccessible au lecteur de base. Les partisans du Oui (grands patrons de presse et grands dirigeants politiques) ont été désavoués d’une manière manifeste, sans que soient remis en cause leur mode de fonctionnement.

    Dans le cas de la France, si la connivence est aussi manifeste qu’aux Etats-Unis, le désaveu est plus marqué. Contrairement aux Etats-Unis, les grands médias français, tels Le Monde ou TFI, n’ont jamais formulé la moindre autocritique, pas plus pour la guerre d’Irak que pour la campagne référendaire européenne ou la couverture de la campagne présidentielle française de 2002, où déjouant tous les pronostics, le chef de l’extrême droite française, Jean Marie Le Pen, chef du Front National, avait supplanté, au premier tour des élections, le premier ministre Lionel Jospin, candidat du parti socialiste, éliminant la gauche de la première compétition majeure du XXI° siècle.

    Jamais le Journal «Le Monde» ne s’est expliqué sur cette emphatique sentence décrétée par son ambitieux directeur selon laquelle «Nous sommes tous Américains» après les attentats anti-américains du 11 septembre. Nul non plus ne l’a interpellé sur ce pouvoir prescripteur qu’il s’est arrogé de se faire le porte-parole des Français, sans le moindre mandat électif.

    Six ans après cette profession de foi, alors que l’Amérique s’enlise dans le bourbier irakien, M. Colombani a été déchargé de ses responsabilités, en juin 2007, par un vote de défiance des journalistes de son établissement s’opposant à la reconduction de son mandat. Auparavant, Patrick Poivre d’Arvor, présentateur vedette de TFI, la plus importante chaîne télévisuelle d’Europe, a été convaincu de «bidouillage», manipulation de l’information, sans que cela n’entraîne le moindre discrédit. Poivre d’Arvor s’était abusivement attribué une interview du dirigeant cubain Fidel Castro, en substituant son image à celle de l’interview et en reformulant les questions afin de donner à l’entretien un cachet personnel. Jean Marie Colombani et Patrick Poivre d’Arvor ont été cités dans des procès en relation avec l’affaire Pierre Botton, le gendre de l’ancien député chiraquien de Lyon, Michel Noir, sans que cela, non plus, n’entrave leur fulgurante carrière. PPDA a même été décoré, en mars 2007, de l’ordre du mérite, au rang de chevalier, par le ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres, sans doute à titre de reconnaissance pour sa contribution à la déontologique journalistique.

    De son côté Serge July, fondateur de l’ancien journal de gauche «Libération», plutôt que de s’interroger sur sa fausse perception de la société française, a laissé percé son dépit après l’échec du referendum constitutionnel européen, en Mai 2005, fustigeant ses compatriotes de tous les maux, sans la moindre critique à l’égard de l‘élite dirigeante qui avait établi un texte long et complexe. Sans chercher à faire œuvre de pédagogie politique sur la portée et la signification de la construction européenne, ou même à mettre en cause le président Jacques Chirac pour sa manœuvre démagogique qui avait instrumentalisé l’enjeu européen et le référendum constitutionnel pour rebondir sur la scène politique locale après ses déboires électoraux.

    Ainsi donc, deux fois, en cinq ans, la classe politico-médiatique française a été désavouée, sans que cela n’entraîne une réforme des rapports entre le Pouvoir politique et les Médias au point qu’une tendance à l’endogamie paraît se développer à en juger par le nombre de mariages croisés entre politiciens et journalistes.

    Les Médias français se proclament et se vivent comme un «contre pouvoir». Mais «la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence ( … ) Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices, les services réciproques ( … ) un petit groupe de journalistes omniprésents – et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence- impose sa définition de l’information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l’ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique».Ce constat, féroce, s’apparente, par moments, à la réalité. Il a été dressé par un journaliste du mensuel Le Monde diplomatique» Serge Halimi, dans un opuscule au titre ravageur, «Les Nouveaux Chiens de Garde », Editions «Raisons d’agir», 2me édition-2005.

    La forme la plus achevée de l’imbrication du journalisme au pouvoir politique a été le journalisme  «embedded », littéralement dans le même lit, durant la Guerre d’Irak. Cette proximité a été jugée malsaine par bon nombre des membres de la profession car elle faussait l’esprit critique dans la mesure où le journaliste était littéralement incorporé au sujet de son observation, sans la moindre distanciation. En immersion totale avec son sujet dans le combat de son colocataire du char, sa capacité d’appréciation était immanquablement biaisée. Cette technique a réussi à retarder, sans totalement l’annuler, l’appréciation objective d’une politique, comme ce fut le cas lors de l’invasion américaine de l’Irak, en mars 2003. (Pour la France, voir à ce propos l’article du même auteur, «Média et Démocratie I De la consanguinité entre Politique et Média en France ou «l’embedded à la française».

    La communication tend à se substituer à l’information et ses dérives nous renvoient à la propagande de base des régimes totalitaires que les pays démocratiques sont censés combattre. «Spin doctor’s», c’est le nom que l’on donne aux Etats-Unis et au Royaume uni à ses «maîtres de l’embobine» chargés de gérer l’opinion publique.

    A la fin des années 1990, le budget américain de l’industrie des relations publiques a dépassé celui de la publicité. Selon une étude de John Stauber et Sheldon Rampton, qui passent pour être les meilleurs spécialistes de la profession et co-auteurs d’un remarquable ouvrage sur la question (Toxic sludge is good for you- Common Courage presse 1995), les 150.000 salariés des agences des relations publiques dépassent les 130.000 journalistes.

    Aux Etats-Unis, 40 % de ce qui est publié dans la presse est directement reproduit, sans altération, des communiqués des «Public relations» (3) soutient Paul Moreira, producteur de l’émission de référence de Canal + et auteur d’un ouvrage documenté sur «Les nouvelles censures- dans les coulisses de la manipulation de l’information» (Editions Robert Laffont février 2007).

    Deux chiffres suffisent à caractériser l’Empire des Médias: il vit aux 2/3 de la publicité, et il dépense chaque année deux fois le budget de l’état français. Au niveau mondial, le chiffre d’affaires mondial de la télévision, hors subventions, est voisin de 220 milliards de dollars en 2006, dont 160 milliards financés par la publicité, soit 70%. Le chiffre d’affaires mondial des journaux et magazines est voisin en 2006 de 275 milliards de dollars, dont environ 175 milliards financés par la publicité, soit 65%, en augmentation, avec un maximum de 88% aux Etats-Unis. En ajoutant les radios, cela fait environ 540 milliards de dollars par an, soit presque deux fois les dépenses annuelles de l’état français.

    «Entertainment» (divertissement) comme outil et «advertising» (publicité) comme finalité. Le but n’est pas d’informer, mais d’attirer assez l’attention pour faire passer le vrai produit : la publicité. L’«information» est un excipient comme un autre, dont le but n’est pas d’informer mais d’attirer l’attention et de véhiculer des messages publicitaires. Elle devient « infotainement », une information de divertissement. Ce qui explique en France que les grandes émissions politiques des précédentes décennies, comme l’ «Heure de vérité» sur France 2, faite par des journalistes, a depuis longtemps cédé la place aux émissions de divertissement. Les hommes politiques préfèrent passer chez les animateurs Michel Drucker ou Marc Olivier Fogiel pour promouvoir leurs idées

    Le temps de cerveau disponible du lecteur ou téléspectateur humain ingurgite chaque année pour 400 milliards de dollars américains de messages intéressés. Emis par qui? Sur les 360 milliards fournis aux anciens médias par la publicité, selon ce document du groupe Lagardère, 160 milliards, soit 44%, sont «attribués» par les sept premiers groupes de publicité, qui font un chiffre d’affaires direct d’environ 50 milliards.

    La captation de l’imaginaire et le conditionnement psychologique des consommateurs se fait à un âge de plus en plus précoce. Selon une étude d’une équipe de chercheurs de l’Université de Stanford (Californie), 48 % des enfants âgés entre 3 et 5 ans sont conditionnés par la publicité dans leur goût alimentaire. Le directeur de l’équipe, le Docteur Thomas Robinson, chef du département de pédiatrie à la Faculté de médecine de Stanford, dont les conclusions ont été publiées, en Août 2007, dans la revue «The Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine, préconise de «réguler voire de bannir la publicité et le marketing des produits hautes-calories et à faible valeur nutritionnelle, ou d’interdire tout marketing visant directement les jeunes enfants». D’autant, estiment les chercheurs, qu’une telle pub est «par essence déloyale» (inherently unfair), parce que «les moins de 7/8 ans sont incapables de comprendre les visées persuasives de la publicité».

    Avec le lancement de la campagne présidentielle française, en 2007, les publicitaires ont affiné leurs recherches et leur ciblage. Ils se livrent désormais au «Neuromarketing», une technique qui permet de déterminer la combinaison média idéale qui permettre la meilleure pénétration du message. En gros, quels médias choisir pour que ma publicité rentre bien la tête du consommateur.
    Dans le jargon professionnel, l’étude peut déterminer l’impact d’un message publicitaire sur la «mémoire explicite»(consciente) et sur la «mémoire implicite», ce que le cerveau enregistre à l’insu de la personne.

    Certes, la multiplication des sources d’information est la garantie de la démocratie car elle permet la formation d’une opinion libre par recoupement des connaissances. Mais la profusion des vecteurs hégémoniques dans leur approche globalisante, (avec le contrôle du contenant et du contenu, la production et la distribution), porte en elle le risque d’un dévoiement de la démocratie, par les manipulations que les opérateurs du champ médiatique sont tentés de procéder en vue de la satisfaction d’objectifs personnels qui peuvent se révéler, par contrecoup, fatal tant pour la liberté de pensée que pour la démocratie.

    Le langage est un marqueur d’identité culturelle de la manière que les empreintes digitales, le code génétique, les mesures anthropométriques sont des marqueurs biologiques et physiques. L’accent, l’usage des termes, le ton révèlent l’identité culturelle de l’être.

    Sous une apparence trompeuse, (des termes généraux, lisses et impersonnels,) le langage est codifié et pacifié. Il devient un redoutable instrument de sélection et de discrimination. Un “plan social” renvoie à une réalité immatérielle contrairement au terme douloureux de “licenciement massif”. De même qu’ «externalisation et sous traitance» à des opérateurs fonctionnant en dehors des normes de la législation sociale ou encore «Délocalisation» et “Optimiser le rendement” en exploitant une main d’œuvre bon marché et surexploitée des pays pauvres et souvent dictatoriaux, sans la moindre protection sociale, ou enfin «Privatisation » opération qui consiste à transférer à des capitalistes d’entreprises, le service public renflouées par les deniers publics, ceux des contribuables.

    Même au niveau du discours politique, le langage est aseptisé au point que l’ancien premier ministre socialiste Pierre Mauroy avait reproché au candidat socialiste aux présidentielles de 2002, Lionel Jospin, d’avoir gommé dans son discours le terme de «travailleurs». Dans le langage convenu, on préfère «Gens de condition modeste» à «pauvres» de même pour le tandem «Exclus et «exploités». Ou Classes qui suggère idée de lutte et Couches sociales, comme couches de peinture.

    Le langage est connoté. Le seul licite est le LQR «Lingua Quintae Respublicae» (4), le langage en vogue sous la V° République Française, homologué, estampillé. Gare à quiconque recourt à un langage personnalisé, forgé dans un vocabulaire qui lui est propre. L’homme risque l’ostracisme, aussitôt mis à l’index, affublé d’une tare absolue, irrémédiable: «ringard», «tricard», etc…..

    La Langue substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion, ceux de la conformité et de la soumission. L’on prône la flexibilité au lieu de la précarité, dans un pays qui a érigé la rente de situation en un privilège à vie au sein de la haute fonction publique. Les Enarques ont une rente de situation à vie, quiconque ose relever cette incongruité est accusé de faire le lit du « populisme».

    Pour un problème, la réponse est unique, il ouvre la voie à des experts qui doivent techniquement apporter la solution. Mais la question d’Orient est plus floue. Une question suggère des réponses multiples, et induit l’absence de solution immédiate. Selon que vous utilisez un terme ou l’autre vous serez classé « moderne et dynamique » ou «ringard».

    Un exemple «Le Figaro » du 28 Août 2004 titre en manchettes «L’aveu du président Bush», sans que le journal ne précise en quoi consistait cet aveu, à propos de quoi. Dix ans auparavant, tout autre journal complaisant aurait titré: «Le président Bush admet son échec dans ses prévision sur l’Irak». Mais si par malheur un journaliste audacieux avait titré la stricte vérité « Bush, le grand perdant de la guerre d’Irak », vous serez aussitôt accusé d’«anti-américanisme primaire».

    La «Novlangue» résulte de la présence de plus en plus manifeste de décideurs (économistes et publicitaires) dans le circuit de la communication, assurant une installation en douceur de la pensée néo-libérale. Guerre psychologique autant que guerre sémantique, la guerre médiatique, vise à soumettre l’auditeur récepteur à la propre dialectique de l’émetteur (la puissance émettrice) en lui imposant son propre vocabulaire, et, au delà, sa propre conception du monde.

    Si la diffusion hertzienne est la moins polluante des armes sur le plan de l’écologie, elle est, en revanche, la plus corrosive sur le plan de l’esprit. Son effet est à long terme. Le phénomène d’interférence opère un lent conditionnement pour finir par subvertir et façonner le mode de vie et l’imaginaire créatif de la collectivité humaine ciblée. Nulle trace d’un dégât immédiat ou d’un dommage collatéral. Point besoin d’une frappe chirurgicale ou d’un choc frontal. Dans la guerre des ondes règne le domaine de l’imperceptible, de l’insidieux, du captieux et du subliminal. Qui se souvient encore de «Tal Ar-Rabih» (La colline du printemps)? Près d’un siècle d’émissions successives et répétitives a dissipé ce nom mélodieux, synonyme de douceur de vivre, pour lui substituer dans la mémoire collective une réalité nouvelle. “Tal AR-Rabih” est mondialement connu, y compris au sein des nouvelles générations arabes, par sa nouvelle désignation hébraïque, Tel Aviv, la grande métropole israélienne. Le travail de sape est permanent et le combat inégal.

    Il en est de même des expressions connotées. L’extermination d’une population en raison de ses origines s’appelle en français «génocide». (génocide arménien en Turquie, génocide des Tutsis au Rwanda). Lui préférer l’expression hébraïque du terme biblique de «Shoah» (holocauste) signe son appartenance au camp pro-israélien. Israël n’a jamais reconnu le caractère de «génocide» aux massacres des Arméniens en Turquie au début du XX° siècle, sans doute pour marquer le caractère unique des persécutions dont les Juifs ont été victimes d’’abord en Russie, les «pogroms» de la fin du XIX° siècle, puis en Allemagne et en France durant la Seconde Guerre mondiale (1939-45).

    Il en est aussi des termes antisémitisme et antiracisme. Arabes et Juifs sont des sémites, mais l’antisémitisme ne concerne que les Juifs, pour se distinguer des autres, alors que l’antiracisme englobe Arabes, Noirs, Musulmans, Asiatiques etc.). Le Président Jacques Chirac, lui-même, en fustigeant «l’antisémitisme et le racisme» dans son discours d’adieu, le 27 mars dernier, a consacré dans l’ordre subliminal un racisme institutionnel.

    Jusqu’à présent, les pays occidentaux en général, les Etats-Unis en particulier, auront exercé le monopole du récit médiatique, considérablement propice aux manipulations de l’esprit, qui sera toutefois brisé à deux reprises avec fracas avec des conséquences dommageables pour la politique occidentale: la première fois en Iran, en 1978-79, lors de la «Révolution des cassettes» du nom de ces bandes enregistrées des sermons de l’Imam Ruhollah Khomeiny du temps de son exil en France et commercialisées depuis l’Allemagne pour soulever la population iranienne contre le Chah d’Iran. La deuxième fois à l’occasion de l’Irangate en 1986, le scandale des ventes d’armes américaines à l’Iran pour le financement de la subversion contre le Nicaragua, qui a éclaté au grand jour par suite d’une fuite dans un quotidien de Beyrouth «As-Shirah», mettant sérieusement à mal l’administration républicaine du président Ronald Reagan.

    Hormis ces deux cas, les Etats-Unis auront constamment cherché à rendre leurs ennemis inaudibles, au besoin en les discréditant avec des puissants relais locaux ou internationaux, tout en amplifiant leur offensive médiatique, noyant les auditeurs sous un flot d’informations, pratiquant la désinformation par une perte de repères due à la surinformation en vue de faire des auditeurs lecteurs de parfaits «analphabètes secondaires», pour reprendre l’expression de l’allemand Hans Magnus Einsensberger (5). Non des illettrés, ou des incultes, mais des êtres étymologiquement en phase de processus de «désorientation», psychologiquement conditionné et réorienté dans le sens souhaité. Pur produit de la phase de l’industrialisation, de l’hégémonie culturelle du Nord sur le Sud, de l’imposition culturelle comme un préalable à l’envahissement et à l’enrichissement des marchés, «l’analphabète secondaire n’est pas à plaindre. La perte de mémoire dont il est affligé ne le fait point souffrir. Son manque d’obstination lui rend les choses faciles.

    Une inversion radicale du schéma économique se produit et la loi de l’offre et de la demande se décline désormais selon un mode radicalement différent: la fabrication du désir de consommation détermine désormais l’activité d’une entreprise. Ce n’est plus le consommateur qui commande le rythme de la production mais le producteur qui orchestre désormais le désir de consommation. Le contrôle de l’appareil de production parait compter désormais moins que la maîtrise de la demande de consommation. Le citoyen actif cède ainsi le pas au consommateur passif, l’aventurier de l’esprit au téléphage, le journaliste à l’animateur de divertissement, le patron de presse au capitaliste, entraînant du coup le glissement du journalisme vers le règne de l’«infotainement» néologisme provenant de la contraction de l’information et de l’entertainement (terme américain pour divertissement). La mondialisation des flux d’information permet ainsi la mise sous perfusion éditoriale d’un organe de presse et par voie de conséquence la sédentarisation professionnelle de l’information, stade ultime de l’anaphabétisme secondaire.

    Toutefois ce viol du monde par la publicité et la propagande, par la profusion des sons et des images, dans le paysage urbain, sur les écrans dans la presse, au sein même des foyers, se heurte à des résistances éparses mais fermes. De même que le monopole du savoir par la technocratie est battu en brèche, sur le plan international, par des contrepouvoirs notamment les acteurs paraétatiques (Greenpeace, Médecins sans frontières, Confédération paysanne), démultipliant les sources d’information non contrôlées, de même l’informatique a développé au niveau de l’information une sphère d’autonomie contestataire à l’ordre mondial américain.

    Chaque percée technologique s’est accompagnée d’une parade. A la cassette du temps de la révolution khomeyniste, a succédé le fax puis les sites Internet, enfin le blog, le journal électronique en ligne, dont le développement s’est accéléré depuis la guerre d’Irak et la dernière campagne présidentielle de George Bush jr (2004), des parades qui retentissent comme la marque d’une revanche de l’esprit contestataire et de la sphère de la liberté individuelle, en réaction au matraquage de la propagande et la concentration capitalistique des médias.

    Bibliographie 1– Noam Chomsky et Edward Herman «The manufacturing consent–La Fabrique de l’Opinion publique, la politique économique des médias américains » Ed. Le Serpent à plumes (2003) ».2– Serge Halimi «Les Nouveaux Chiens de Garde», éditions «Raisons d’agir», 2me édition-2005.3– Paul Moreira, producteur de l’émission de référence de Canal + et auteur d’un ouvrage documenté sur « Les nouvelles censures- dans les coulisses de la manipulation de l’information» (Editions Robert Laffont février 2007).Nota Bene: l’ouvrage de John Stauber et Sheldon Rampton (Toxic sludge is good for you- Common Courage presse 1995) est cité dans le livre de Paul Moreira .4- LQR «Lingua Quintae Respublicae», par Eric Hazan, éditions « raisons d’agir »-2006 5- «Analphabètes secondaires», l’expression est de l’allemand Hans Magnus Enzensberger, auteur de «Médiocrité et folie» Editions Gallimard-1991. cf à ce propos «Aux ordres du Nord, l’ordre de l’information» de Jacques Decornoy dans le bimestriel du journal Le Monde «Manière de voir» N°74 «les 50 ans qui ont changé notre Monde».

  • Haytham Manna- Manifeste pour un tribunal international sur la Palestine.

    Haytham Manna- Manifeste pour un tribunal international sur la Palestine.

    Une conférence internationale se tiendra les 6,7 et 8 juin 2024, à Genève, en vue d’examiner les modalités de la mise sur pied d’un Tribunal International sur la Palestine, sur le modèle du tribunal Russell sur le Vietnam.

    Cette conférence se tiendra à l’initiative du président de l’Institut scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), Haytham Manna, doyen des opposants démocratiques de Syrie, et des organisations suivantes : Center for Democracy and Human Right, One Justice, International Jurists Union (Geneva), International Institute for peace, justice and Human Rights.

    Dès la prise de fonction de António Guterres, secrétaire général des Nations unies, l‘organisme qui relève de son autorité – le secrétariat des Nations unies – donnait ordre de retenir la publication d’un rapport intitulé «L’injustice dans le monde arabe et la voie vers la justice», à la rédaction duquel j’avais participé en collaboration avec un groupe d’intellectuels et de chercheurs arabes, sous la supervision du Dr Rima Khalaf, secrétaire générale adjointe et Directrice exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO).

    Comme si ce scandale ne suffisait pas, un deuxième rapport, œuvre de Richard Falk et Virginia Tilley, intitulé «Les pratiques israéliennes envers le peuple palestinien et la question de l’apartheid» a également été retiré du site Internet de la CESAO, à la suite de la demande faite par Guterres auprès du Dr. Khalaf. Sur ces faits, Dr Rima Khalifa a démissionné le 17 mars 2017

    Les 2 rapports ont été imprimés à des milliers d’exemplaires et traduits dans de nombreuses langues internationales. Ils sont devenus l’une des références les plus importantes sur le sujet. La société civile mondiale et les défenseurs des droits et de la justice n’ont plus besoin du label onusien pour faire entendre leur voix. Un rapport de force défavorable imposé par le parti des criminels et des meurtriers ne saurait nous réduire à l’inactivité.

    L’absence d’une initiative visant à la mise sur pied d’un tribunal civil international de conscience se fait sentir de nos jours. Non seulement pour enregistrer des témoignages et documenter les tragédies de «l’Holocauste du siècle», mais aussi pour ester en justice tous ceux qui se sont rendus coupables, par négligence et complicité du système juridictionnel international.

    Le 7 octobre 2023 est entré dans l’histoire plus rapidement que ne l’avaient prévu ses initiateurs. Le choix de l’occupant de répliquer par des représailles massives et indiscriminées et des punitions collectives a marqué la fin d’une séquence historique.

    Une époque où Jean-Paul Sartre manifestait pour éviter de «jeter les juifs à la mer», comme le soutenait le philosophe français avant la guerre de 1967… une époque où les grands journaux étaient bombardés par des publicités payantes, refusant même à François Mitterrand le droit de recevoir le président Yasser Arafat, en ce que «les mains (du dirigeant palestinien) sont tachées du sang juif». Claude Lanzmann, compagnon de route de Jean Paul Sartre et rédacteur en chef des «Temps modernes» a consacré le reste de sa vie à réaliser un film sur la Shoah, à titre de documentation historique de l’holocauste. Un holocauste, est-il besoin de le rappeler, auquel aucun Arabe ou Kurde n’a participé, ni aucun musulman, pas plus qu’aucun ressortissant du tiers monde. Claude Lanzmann réalisera, le film «Tsahal», à la gloire de l’armée israélienne, vantée comme étant «la plus morale du monde», ainsi qu’il l’a qualifié dans plusieurs interviews dans la foulée de sa sortie.

    De nos jours, les gens redécouvrent «Sous Israël-la Palestine», le livre de Ilan Halevi, l’israélien qui a opté pour la citoyenneté palestinienne, dont il sera d’ailleurs le représentant de l’OLP auprès de l’Internationale socialiste. À la lecture de ce livre, ils s’interrogent sur la plus grande altération de la conscience publique mondiale dont le peuple palestinien a pâti et en a été la grande victime. Le lobby sioniste international est désormais contraint d’intervenir de manière flagrante et ouverte auprès des grandes agences de presse internationales afin de bannir du vocabulaire des qualificatifs proscrits à tout un peuple, tels que «liberté», «libération nationale», «droit à l’autodétermination», etc..

    Au-delà de notre douleur immense devant le spectacle de cette tragédie, force est d’admettre un éveil de conscience et un désir de justice en Palestine parmi la jeunesse et les peuples libres du monde sur différents continents. Qui aurait pu imaginer il y a quelques mois que celui qui prendra le relai du moine bouddhiste s’immolant pour protester contre la carbonisation des Vietnamiens au napalm, ou du tunisien Mohamad Bouazizi qui a fait voler en éclat la dictature tunisienne, serait cette fois un aviateur militaire américain s’immolant devant l’ambassade israélienne à Washington ?

    Nous vivons la fin d’une époque ; la fin d’une séquence où l’histoire a été écrite par les vainqueurs, dans la pure logique du vainqueur d’une guerre mondiale ; victorieux non seulement au sens militaire et économique, mais également au sens moral et éthique, s’arrogeant la définition du bien et du mal, désignant les gentils et des méchants, particulièrement les méchants terroristes. Il est de notre devoir de reconsidérer tout le corpus doctrinal et juridique international. Tout ce qui a été imposé, par la force, aux peuples du Monde, de la part du Conseil de sécurité de l’ONU ; de l’usage du droit de veto, de même que de la part de l’OTAN, de ses objectifs déclarés et latents.

    La question palestinienne, dans ce contexte, constitue un exemple frappant des injustices et des crimes commis, particulièrement de la façon dont ils ont été dissimulés par un système mondial qui considérait la dernière expression du système d’apartheid sur notre planète, devant s’imposer comme une nécessité : «S’il n’existait pas, il serait de notre devoir de le créer». (Joe Biden)

    Le terme «justice internationale» a été largement utilisé au XXe siècle, d’abord à partir de la «Cour permanente de justice internationale», qui accompagnait la Société des Nations. Depuis sa création en 1920 et le début de ses travaux en 1922, cette instance était composée des juges d’États membres et d’États non-membres de la Société des Nations. Restructurée en 1945, elle a reçu le nom de «Cour internationale de Justice», son statut étant considéré comme faisant partie de la Charte des Nations unies.

    Les tribunaux internationaux créés par les Alliés après la fin de la Seconde Guerre mondiale (les Tribunaux de Nuremberg et de Tokyo) n’étaient pas soumis aux règles de fonctionnement de la Cour permanente de Justice internationale ou de son successeur, la CIJ, mais plutôt à la logique des pays victorieux de la guerre. Ils constituaient dans tous les sens du terme des tribunaux militaires, des tribunaux d’exception, exclusivement au service des pays alliés. Ce comportement unilatéral des «gagnants» a constitué le péché originel de la justice mondiale d’après la Seconde Guerre mondiale. Avec la création du Conseil de sécurité et l’octroi à ses États membres permanents de ce qu’on appelle le «droit de veto». Le Conseil de sécurité a fait dépendre les pouvoirs judiciaires, exécutifs et législatifs de l’autorité des puissances détentrices de droit, autrement dit les membres permanents du Conseil de Sécurité (États-Unis, URSS, Chine, Royaume-Uni et France)

    Cette anomalie était manifeste. L’un des cas les plus évidents et des plus significatifs a été l’affaire des Contras : le gouvernement du Nicaragua avait accusé les États-Unis d’avoir enfreint le droit international en soutenant une violente rébellion et en exploitant les ports nicaraguayens pendant la guerre des Contras dans la décennie 1980. La CIJ a jugé dans son verdict de juin 1986 que les États-Unis avaient «manqué à leurs obligations en vertu du droit international coutumier de ne pas recourir à la force contre un autre État», de «ne pas intervenir dans ses affaires», de «ne pas violer sa souveraineté», et «ne pas interrompre le commerce maritime pacifique». Les États-Unis ont refusé de participer à la plupart des procédures. En toute logique, ils ont refusé de reconnaître la décision de la juridiction internationale ; refusant en conséquence de régler les compensations et les sanctions.Le gouvernement du Nicaragua a ensuite saisi le Conseil de sécurité de la décision de la juridiction, demandant une réparation. En juillet puis en octobre 1986, le Conseil a tenu 2 débats sur la question du Nicaragua et a approuvé 2 résolutions mettant en œuvre la décision de la Cour. Les résolutions ont toutes 2 été soutenues par 11 voix, soit une solide majorité. Il y a eu 3 abstentions, dont le Royaume-Uni et la France, qui ne voulaient visiblement pas voter contre leur allié en chef. Les États-Unis ont émis le seul vote négatif : un veto. Le veto a rappelé à la Cour qu’elle a un statut subsidiaire dans le cadre du régime de veto du Conseil et surtout qu’elle est soumise à la volonté du membre le plus puissant du Conseil. L’existence du droit de veto limitait les pouvoirs de la Cour internationale de Justice, en particulier dans les affaires importantes et sensibles affectant l’un des 5 membres permanents (P5).

    Dans la décennie 1990, un vaste mouvement civil et judiciaire s’est développé sur le plan international en faveur de la création d’une Cour pénale internationale indépendante. Le Conseil de sécurité a tenté de placer ce mouvement sous son contrôle en créant des tribunaux ad hoc en ex-Yougoslavie et au Rwanda. Cependant, les marches en faveur d’une Cour pénale internationale ont pris le dessus sur ces systèmes judiciaires ad hoc.

    Après des années de négociations visant à établir un tribunal international permanent chargé de poursuivre les individus accusés de génocide et d’autres crimes internationaux graves – tels que les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les crimes d’agression -, l’Assemblée générale des Nations unies a convoqué une conférence diplomatique à Rome en juin 1998 «pour finaliser et adopter une convention portant création d’une Cour pénale internationale». La formulation finale du préambule du Traité de Rome ne pouvait que refléter les rapports de force internes à la conférence, de même que les manœuvres des délégations, d’une part, et la nécessité, d’autre part, pour les partisans – pourtant majoritaires – de la Cour pénale internationale, de faire des concessions afin de parvenir à un consensus qui permettrait à la cour de voir le jour.

    Cela ressort clairement de la formulation du texte créateur du traité qui se situe dans une zone médiane entre ceux, partisans d’un tribunal faible, soumis au contrôle du Conseil de sécurité et aux réalités du système multilatéral et à l’équilibre des pouvoirs qui y opère, y compris le «droit» de veto, et, les partisans d’un tribunal fort, doté de larges pouvoirs et d’un haut degré d’indépendance ; Cette dernière position est également celle des organisations non gouvernementales.

    Il donne à l’État/nation, et à son principe de souveraineté, la primauté sur les individus et leurs droits humains. À l’analyse, il ressort que ceux qui ont plaidé pour la primauté de l’État/de la nation, qu’ils ont placé au cœur de leurs arguments et objections, s’opposaient en fait à l’idée de créer un tribunal international promu au rang de plus haute autorité judiciaire dans les affaires liées aux crimes majeurs et œuvraient pour un tribunal dépourvu de tout contenu pratique. Cependant, le désaccord portait sur deux conceptions divergentes de l’ordre international: d’une part, les partisans de la démocratisation du système des relations internationales, qui souhaitaient réformer l’ONU, par l’élargissement du nombre des membres permanents du conseil de sécurité), qui considèrent l’humanité comme une entité suprême supérieure aux États et aux superpuissances, antérieure même à eux et les adeptes de la théorie de l’État-nation.

    Ce n’est que dans les derniers jours de la Conférence diplomatique de Rome en 1998 que les rédacteurs ont admis que le Conseil de sécurité de l’ONU serait autorisé à intervenir positivement et négativement dans l’exercice de la compétence de la Cour. Essentiellement, le Conseil de sécurité a reçu un pouvoir discrétionnaire :

    1- Transférer les situations au procureur de la CPI pour enquête également ;

    2- Demander à la Cour de ne pas ouvrir ou poursuivre une enquête ou des poursuites pendant une période renouvelable de 12 mois. La manière dont cette relation conçue entre le Conseil de sécurité de l’ONU et la CPI s’est concrétisée dans la pratique a suscité de vives inquiétudes parmi de nombreux États parties à la CPI et a récemment suscité des propositions de réforme institutionnelle.

    Malgré le refus de 3 États membres du Conseil de sécurité de rejoindre la Cour pénale internationale, le Conseil a joué un rôle majeur dans la politique de la Cour à travers son «droit» d’ouvrir des procès majeurs et d’en arrêter d’autres. Mieux, après la confrontation ouverte entre l’ancien président américain Donald Trump et la CPI, en juin 2020, l’ancien président américain, alors en fonction, a publié un décret autorisant les États-Unis à bloquer les avoirs de ce qu’il a qualifié de «tribunal kangourou» des employés de la CPI, les empêchant et leurs familles immédiates d’entrer aux États-Unis. En septembre 2020, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré : Fatou Bensouda et un autre haut responsable de la CPI, Phakisa Mochochoko, seront sanctionnés en vertu de cette ordonnance, et ceux qui «soutiennent financièrement ces individus risquent également d’être sanctionnés». Message reçu, le nouveau procureur général de la CPI connaît très bien les lignes rouges de son métier.

    Cette revue rapide est très nécessaire pour comprendre la nécessité d’un tribunal indépendant, impartial et souverain sur la question palestinienne qui soit non seulement une question populaire et civile en soi, mais aussi un véritable Tribunal de Surveillance pour la CPI, la CIJ, mais aussi l’oligarchie et le pouvoir mondial au Conseil de sécurité de l’ONU.

    En 1966, un grand philosophe britannique a lancé un appel en faveur d’un tribunal international contre les criminels de guerre au Vietnam. De nombreux philosophes, juristes et personnalités publiques se sont joints à cet appel justifié par Russell en quelques mots : «Si certains actes et violations des traités sont des crimes, ce sont des crimes, que les États-Unis les commettent ou que l’Allemagne les fasse. Une règle de conduite criminelle contre autrui que nous ne serions pas disposés à invoquer contre nous». Russell, Sartre, Lelio Basso, Deutscher Dedijer, Günther Anders et d’autres voulaient «ressusciter le jus contra bellum mort-né à Nuremberg – la substitution de règles éthiques et juridiques à la loi de la jungle».Les tribunaux symboliques ont prospéré au cours de ce siècle, et pour cause : des événements intolérables se déroulent partout dans le monde et les institutions chargées d’agir – les tribunaux, les États, l’ONU – ne réagissent pas ou peu. Il appartient donc aux philosophes, aux acteurs de la société civile, aux juristes indépendants et aux militants politiques, à surmonter leur impuissance face à cette situation, de mettre en scène leurs propres interventions sous la forme de tribunaux populaires.

    Le Tribunal international sur la Palestine est un tribunal international de conscience citoyenne qui doit être créé en réponse aux demandes de la société civile mondiale (ONG, organisations caritatives, syndicats, organisations confessionnelles, philosophes, avocats et défenseurs des droits de l’homme) pour enquêter, informer et mobiliser l’opinion publique ainsi que les institutions et décideurs concernés à la lumière des échecs persistants à faire respecter le droit international dans le contexte des droits des Palestiniens. Ce Tribunal examinera toutes les preuves qui pourront lui être soumises par toute source ou partie. Les preuves peuvent être orales ou sous forme de documents matériels ou audiovisuels.

    Aucune preuve pertinente à nos objectifs ne sera refusée. Notre objectif est d’établir, sans crainte ni faveur, la pleine vérité sur toutes les violations des droits de l’homme et les crimes massifs commis en Palestine depuis 1948, la violation de toutes les résolutions de l’ONU concernant le peuple palestinien. Nous espérons sincèrement que nos efforts contribueront à ouvrir les yeux sur l’établissement, au cours des dernières décennies, d’un système d’apartheid soutenu et couvert par le système mondial dominant en déclin.

    Aujourd’hui, nous avons cruellement besoin de construire des stratégies d’action dynamiques capables d’affronter les baleines des puissances politiques et économiques mondiales retranchées sur le front de l’agresseur israélien. Il est nécessaire de rechercher un point de rassemblement de têtes véritablement réfléchies et d’esprits véritablement libres, avec de vifs défenseurs des droits de l’homme et des énergies juridiques, afin de placer la Palestine au cœur des défis que nous vivons aujourd’hui. Que nous soyons historiens ou philosophes, que nous soyons juges ou avocats, que nous soyons juristes ou non. Citoyens de ce monde… C’est le moment de choisir entre la valeur de la Justice et les vices de la Sauvagerie. Aussi dur que soit le rapport de force, il est nécessaire de se rappeler que nous sommes à la fin d’une époque et que la construction de l’avenir commence aujourd’hui.

    Il est possible de construire un autre monde, un monde de justice, de paix et de libération des peuples opprimés.

    source : Madaniya via Mondialisation

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Olivia, Paris