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Jonathan Cook- Les chambres israéliennes de torture sont un modèle qui nous menace tous


L’installation 1391
Les «sites noirs» visent à rappeler à ceux qui ont été colonisés et asservis, une leçon simple : la résistance est futile. Il y a 21 ans, par un matin brumeux de novembre, j’essayais désespérément de me camoufler. Dissimulé dans le feuillage d’une orangeraie de la Galilée rurale d’Israël, je me suis empressé de prendre des photos d’un bâtiment en béton terne qui ne figurait sur aucune carte. Même le panneau routier identifiant le site comme l’installation 1391 avait été enlevé après qu’une enquête du journal local Haaretz eut révélé qu’il abritait une prison secrète. J’ai été le 1° journaliste étranger à retrouver l’installation 1391 , en grande partie cachée dans un complexe très fortifié construit dans les années 1930 pour réprimer la résistance à la domination britannique en Palestine. Pendant des décennies, Israël y a détenu secrètement des ressortissants étrangers, pour la plupart arabes, à l’insu des tribunaux israéliens, de la Croix-Rouge et des groupes de défense des droits de l’homme. Nombre d’entre eux étaient des citoyens libanais kidnappés au cours des 18 années d’occupation du Sud-Liban par Israël. Mais il y avait aussi des Jordaniens, des Syriens, des Égyptiens et des Iraniens. Ce site sera bientôt connu sous le nom de «site noir», terme popularisé par l’invasion de l’Irak par Washington, cette année-là. S’inspirant des techniques mises au point par Israël dans l’installation 1391, les États-Unis allaient, dans les années à venir, torturer des Irakiens et d’autres personnes à Abou Ghraib et au camp X-Ray de Guantanamo. Personne ne sait combien de captifs sont détenus dans l’installation israélienne 1391, combien de temps ils y sont restés et s’il existe d’autres prisons de ce type. Cependant, les 1° témoignages de détenus ont révélé des conditions horribles. La plupart du temps, ils étaient maintenus dans un état de privation sensorielle et devaient porter des lunettes noires, sauf lorsqu’ils étaient torturés. Dans une affaire qui a été portée devant les tribunaux, un prisonnier libanais a été sodomisé à l’aide d’une matraque par le «Major George», le tortionnaire en chef de l’établissement qui est devenu responsable des relations de la police israélienne avec la population palestinienne de Jérusalem.
Une autre prison secrète : Sde Teiman.
Il était difficile de ne pas se souvenir de l’installation 1391 ce mois-ci, lorsque CNN a publié une enquête sur une nouvelle prison secrète israélienne, Sde Teiman. Cette prison a été créée il y a plusieurs mois pour incarcérer non pas des ressortissants étrangers, mais des milliers d’hommes et de garçons palestiniens, victimes de l’occupation israélienne, kidnappés dans les rues de Gaza et de Cisjordanie depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre. 1150 Israéliens ont été tués et 250 ont été ramenés à Gaza en tant que captifs pour être échangés. Comme dans le cas de l’installation 1391, les révélations sur les horreurs commises sur le nouveau site noir d’Israël n’ont pas retenu l’attention des médias occidentaux. CNN, connue pour avoir supprimé les atrocités israéliennes de sa couverture sur ordre de ses commanditaires, devrait être applaudie pour avoir enfin fait ce que les médias occidentaux prétendent souvent à tort être leur rôle : demander des comptes aux pouvoirs en place. Intitulé «Strapped down, blindfolded, held in diapers» [Attachés, les yeux bandés, maintenus dans des couchettes], ce long article détaille les conditions dégradantes et brutales auxquelles sont soumis les Palestiniens kidnappés à Gaza et en Cisjordanie.
On ne connaît pas le nombre de Palestiniens qui passent par ce camp de détention secret, situé dans le désert du Néguev. Mais des photos satellites montrent que le site s’agrandit, sans doute pour accueillir toujours plus de «prisonniers». Certains Palestiniens qui sont sortis, complètement brisés, de ce système d’incarcération – où le monde a vu, en novembre et décembre, des hommes et des garçons exhibés ligotés, presque nus et les yeux bandés dans les rues et les stades de Gaza – ont commencé à raconter leur expérience il y a plusieurs mois. Comme on pouvait s’y attendre, les médias occidentaux ont largement ignoré ces témoignages. Même lorsque le personnel pénitentiaire lui-même de Sde Teiman a commencé à se manifester pour divulguer des histoires toutes plus horribles les unes que les autres, les médias occidentaux ont collectivement somnolé, à l’exception de CNN.

Comme toujours, des médias qui ne font pas leur travail
Ce modèle en échec pour les médias a été noté dans les pages de Middle East Eye depuis des mois. Par exemple, les médias occidentaux ont soigneusement détourné leur regard des rapports israéliens selon lesquels une partie des personnes tuées le 7 octobre n’étaient pas des victimes du Hamas mais de la fameuse «procédure Hannibal» de l’armée israélienne, qui consiste à tuer des compatriotes plutôt que de les laisser se faire capturer. Les journalistes occidentaux évitent encore de souligner qu’Israël prive activement de nourriture et d’eau l’ensemble de la population de Gaza, ce qui constitue un crime contre l’humanité incontestable. Au lieu de cela, les journalistes se font les porte-parole de leurs propres gouvernements en qualifiant cette famine provoquée par Israël de «crise humanitaire», comme s’il s’agissait d’une malheureuse catastrophe naturelle. Les médias occultent également que les puissances occidentales, les États-Unis et le Royaume-Uni en tête, aident directement Israël à affamer massivement la population de Gaza, en refusant de financer la principale agence de secours des Nations unies, l’UNRWA, et d’exercer une pression significative sur Israël pour qu’il autorise l’acheminement de l’aide. Faisant écho à l’administration Biden, les médias hésitent à qualifier les actions d’Israël à Gaza, préférant de temps à autre, une évaluation bâtarde selon laquelle Israël «risque» de commettre des crimes de guerre. Aucun ne souligne que tous ces crimes de guerre individuels «possibles» constituent indiscutablement un génocide.
Il est d’autant plus difficile de maintenir cette confusion que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a demandé des mandats d’arrêt pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité présumés commis par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Yoav Gallant, ainsi que par 3 dirigeants du Hamas [résistance islamique]. Néanmoins, les médias ont mis l’accent sur l’indignation d’Israël et de l’administration Biden à l’égard de la Cour plutôt que sur le fond des accusations, notamment l’accusation selon laquelle Israël extermine les Palestiniens de Gaza en les affamant de façon planifiée. Les médias évitent d’être clairs sur ces sujets parce que la clarté serait gênante. Pourquoi ? Parce que, comme nous le verrons, l’objectif des médias occidentaux est d’imposer un récit qui serve les gouvernements occidentaux dans la poursuite de leurs objectifs primordiaux de politique étrangère dans le Moyen-Orient riche en pétrole, et non de mettre fin aux souffrances illimitées à Gaza ou d’obliger Israël à rendre des comptes.
Conditions de détention inhumaines
Comme l’ont révélé une poignée de dénonciateurs à CNN, les Palestiniens sont incarcérés pendant des semaines à Sde Teiman où ils sont torturés, à la fois lors des interrogatoires et aussi par les conditions dans lesquelles ils sont détenus. Ils sont forcés de s’asseoir, les yeux bandés, sur un mince matelas dans la chaleur du désert pendant la journée et de dormir dans le froid de la nuit propre à cette région. Menottés en permanence, ils sont contraints de rester immobiles et silencieux. La nuit, des chiens sont lâchés sur eux. Quiconque parle ou bouge risque d’être sauvagement battu au point avoir des fractures. Les mains et les jambes des détenus sont étroitement attachées par des bracelets pendant si longtemps que, selon le rapport, certains d’entre eux ont dû être amputés. Comme l’a expliqué un dénonciateur israélien à CNN, ces abus n’ont rien à voir avec la collecte de renseignements. «Ils ont été commis par vengeance», a-t-il admis. Les détenus sont des punching-balls pour les soldats et les gardiens israéliens. Mais il ne s’agit pas d’une simple vengeance. Comprendre ce qui se passe à Sde Teiman permet de se faire une idée plus précise de ce qui se passe à Gaza, à une échelle bien plus grande et plus industrielle.
Utilisés comme animaux de laboratoire
Les conditions de vie dans l’hôpital de campagne du camp de détention, qui accueille les Palestiniens mutilés lors de la destruction sauvage de Gaza par Israël ou blessés par les coups des soldats israéliens, sont particulièrement révélatrices. Ils sont menottés à des brancards, rangée après rangée, les yeux bandés et nus à l’exception d’une couche pour adulte. Ils ne sont pas autorisés à parler. Ils restent là, jour après jour, nuit après nuit, dans un état de privation sensorielle totale, sans rien pour les distraire de leurs blessures et de leur douleur. Au milieu de tout cela, des internes en médecine israéliens peuvent utiliser leur chair exposée et vulnérable comme support d’expérimentation. Selon un dénonciateur, le centre de détention a rapidement acquis la réputation d’être «un paradis pour les internes». Ils y sont autorisés à utiliser les Palestiniens comme de simples rats de laboratoire et sont encouragés à pratiquer des actes médicaux pour lesquels ils ne sont pas qualifiés. Un dénonciateur a déclaré à CNN : «On m’a demandé d’apprendre à faire des actes sur les patients, en pratiquant des interventions médicales mineures qui ne relèvent absolument pas de mes compétences». Ces interventions étaient souvent effectuées sans anesthésie. Contrairement aux médecins de Gaza, les médecins israéliens ont facilement accès aux analgésiques. C’est un choix délibérée de ne pas les utiliser.

Le personnel médical a disparu
Les médias occidentaux étant si volontiers complices de la déshumanisation des Palestiniens, il est important de se rappeler qui sont ces «prisonniers». Israël veut nous faire croire qu’il cible le Hamas et que ceux qu’il «arrête» – euphémisme accepté, utilisé par CNN, pour désigner les personnes prises en otage – sont des Palestiniens soupçonnés d’avoir des liens avec le groupe militant. Toutefois, l’un des témoignages les plus significatifs de mauvais traitements infligés par le Sde Teiman est celui du Dr Mohammed al-Ran, aux cheveux grisonnants, chef du service de chirurgie à l’hôpital indonésien de Gaza, aujourd’hui détruit. Il a été «arrêté» – kidnappé – par Israël en décembre et emmené à Sde Teiman. Rien n’indique que M. al-Ran ait participé à des combats armés contre les troupes d’invasion israéliennes ou qu’il ait été associé au Hamas. Il a été enlevé, avec d’autres membres du personnel médical, alors qu’il effectuait une garde de 3 jours dans un autre centre médical, l’hôpital baptiste al-Ahli al-Arabi. Il avait été contraint de fuir l’hôpital indonésien après qu’il ait été bombardé par Israël et que le personnel ait été sévèrement battu. Un nombre incalculable de membres du personnel médical ont été assassinés ou ont disparu lors des attaques systématiques d’Israël contre les hôpitaux de Gaza. La destruction du secteur de la santé de l’enclave est un autre crime flagrant contre l’humanité que les médias occidentaux ont soigneusement évité de reconnaître. Le contraste avec leur certitude inébranlable concernant les crimes de guerre commis par la Russie en Ukraine il y a peu de temps, est saisissant.
Les groupes de défense des droits de l’homme tentent désespérément de retrouver ces otages palestiniens par le biais d’un habeas corpus, tout comme ils avaient tenté de retrouver les ressortissants étrangers détenus dans l’installation 1391. Les tribunaux israéliens ont fait preuve d’une obstruction délibérée. Dans un cas révélateur, le groupe israélien de défense des droits de l’homme Ha Moked, qui a joué un rôle central dans l’identification du bâtiment 1391, a demandé à la Cour suprême d’Israël – dont certains juges vivent dans des colonies juives illégales en Cisjordanie – de retrouver un technicien en radiologie palestinien disparu depuis février, qui a été enlevé par les troupes israéliennes à l’hôpital Nasser, dans le sud de la bande de Gaza. On soupçonne qu’il est détenu à Sde Teiman. Selon Ha Moked, plus de 1300 Palestiniens de Gaza sont portés disparus, présumés détenus par Israël, dont 29 femmes. Un autre chirurgien, le Dr Adnan al-Bursh, est connu pour faire partie des + 24 Palestiniens qui sont morts dans des circonstances mystérieuses en captivité israélienne. Il a probablement été torturé à mort ou tué lors d’une intervention médicale ratée.

Des abus «sans précédent»
Preuve supplémentaire que cette vague de violence à l’encontre des prisonniers n’a rien à voir avec les soupçons d’appartenance au Hamas ou de participation à l’attaque du 7 octobre, des détails ont été révélés le week-end dernier sur les sévices implacables et sauvages infligés au prisonnier palestinien le plus connu détenu par Israël. Marwan Barghouti, membre du Mouvement national de libération de la Palestine dirigé par le président palestinien Mahmoud Abbas (l’ennemi juré du Hamas) est enfermé depuis 22 ans. Parfois surnommé le «Mandela palestinien», Barghouti est considéré comme un futur leader potentiel du peuple palestinien. Selon des codétenus et des groupes de défense des droits de l’homme, Barghouti est à peine reconnaissable après une série de passages à tabac, dont l’un a condamné son œil droit. Il souffrirait en permanence d’une épaule disloquée à la suite d’une agression, blessure qui n’a pas été soignée. Selon son avocat israélien, il a été traîné sur le sol, menotté et nu, devant d’autres détenus de la prison d’Ayalon. Barghouti a perdu beaucoup de poids en raison des restrictions alimentaires sévères imposées à tous les prisonniers palestiniens depuis octobre et n’a pas accès aux livres, aux journaux et à la télévision.
Tal Steiner, de l’association israélienne de défense des droits de l’homme « Public Committee Against Torture in Israel », a déclaré au Guardian que Barghouti était soumis à des abus «sans précédent» et que ces tortures étaient devenues «la norme» pour les 8750 Palestiniens emprisonnés depuis octobre. Le ministre du gouvernement chargé de superviser les services pénitentiaires israéliens, Itamar Ben Gvir, appartient au parti fasciste «Puissance juive», dont les racines idéologiques dans le kahanisme considèrent les Palestiniens comme à peine plus que de la vermine.
Une précieuse monnaie d’échange
Les médias occidentaux se sont longuement apitoyés sur les souffrances de la centaine d’otages israéliens toujours détenus à Gaza, sans toutefois mentionner qu’une grande partie de ces souffrances découlent des actions d’Israël. Les otages, comme les Palestiniens de Gaza, sont sous la pluie de bombes israéliennes. Et comme eux, ils sont confrontés à des pénuries alimentaires durables causées par le blocus de l’aide. La violence aveugle contre Gaza touche aussi bien les otages que les Palestiniens. Mais d’après les rapports de CNN et des médias israéliens, il semble probable qu’une grande partie des milliers de Palestiniens enlevés par Israël depuis octobre connaissent un sort bien plus cruel que les otages israéliens à Gaza. Le Hamas a tout intérêt à ce que les otages israéliens soient le plus en sécurité possible, car ils constituent une monnaie d’échange précieuse pour faire sortir l’armée israélienne de Gaza et libérer les Palestiniens. Israël ne subit pas de telles pressions. En tant que puissance occupante et État Client de Washington, il peut infliger aux Palestiniens toutes les punitions qu’il souhaite sans grande répercussion. C’est un aspect des 7 derniers mois que les médias refusent de reconnaître.
La mémoire de l’Holocauste

Pendant ce temps, les opinions publiques occidentales sont diffamées si elles tentent de qualifier les crimes d’Israël de génocide ou d’expliquer comment le génocide se déroule. Cette situation fait écho aux soupçons exprimés en janvier par une écrasante majorité de juges de la Cour internationale de justice (CIJ) et est sous-entendue dans la demande de mandats d’arrêt présentée par le procureur général de la CPI. La redéfinition perverse et intéressée de l’antisémitisme par l’Occident (une victoire pour les groupes de pression pro-israéliens) assimile la critique d’Israël à une prétendue haine des juifs. Selon cette définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, il est antisémite d’établir un parallèle entre les actions d’Israël et le génocide que les Occidentaux connaissent le mieux: l’Holocauste. Il est commode pour Israël que les institutions occidentales puissent désormais renier une leçon trop évidente de l’histoire et de la psychologie humaine : les victimes d’abus sont capables de commettre de tels abus. La reconstitution par CNN de l’hôpital de campagne de Sde Teiman, montre des Palestiniens déshumanisés (ligotés, les yeux bandés et nus) dans des rangées de brancards prêts à subir des expériences. Pourquoi cela n’évoquerait-il pas, pour le public occidental, les souvenirs de Josef Mengele, le célèbre médecin nazi qui considérait les détenus des camps de concentration comme moins qu’humains, comme du bétail pour ses expériences ?

Destruction de l’aide humanitaire
Quels échos les Occidentaux devraient-ils ressentir en voyant des extrémistes juifs des colonies illégales d’Israël tendre des embuscades aux camions d’aide qui se rendent à Gaza, détruire les fournitures dont une population affamée a désespérément besoin, brûler les camions et battre les chauffeurs, pendant que la police et les soldats ne bougent pas, regardant les destructions se dérouler ? Comment pourrait-il être erroné, antisémite, de se demander si un racisme brutal et génocidaire similaire n’a pas animé les extrémistes en Allemagne en 1938 lorsqu’ils se sont déchaînés contre les juifs lors de la Nuit de Cristal ?Et que dire de ceux qui ont comparé la petite bande de Gaza à un camp de concentration pendant les 17 années de siège terrestre, aérien et maritime d’Israël, les Palestiniens encagés étant privés des libertés fondamentales et des éléments essentiels de la vie ? Ou ceux qui la qualifient aujourd’hui de camp de la mort alors qu’Israël affame la population ? De telles évaluations sont-elles vraiment la preuve de la haine des juifs ? Ou sont-elles la preuve que ces observateurs ont bien compris les leçons de l’histoire et de l’Holocauste ? La dégradation et l’abus systématiques d’un peuple devraient toujours être considérés comme un crime contre notre humanité commune. Le devoir moral qui nous incombe est de mettre fin à de telles atrocités, et non de refuser de juger et de regarder en silence leur déroulement jusqu’à leur conclusion logique.

L’«ordre fondé sur des règles»
Les horreurs qu’Israël inflige actuellement aux détenus de Sde Teiman et, à plus grande échelle encore, aux Palestiniens du camp de la mort de Gaza, sont bien plus qu’une simple vengeance pour le 7 octobre. Sde Teiman est la petite chambre de torture qui reflète la chambre de torture beaucoup plus grande de Gaza elle-même, où les bombes et la famine atteignent précisément les mêmes objectifs. Jusqu’à il y a 7 mois, l’objectif d’Israël était de maintenir les Palestiniens dans un état de soumission, d’esclavage et de désespoir, en les confinant dans une série de camps de concentration à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Ils devaient rester muets dans leurs souffrances et invisibles au monde extérieur. À long terme, on supposait que les Palestiniens préféreraient fuir leur condition d’immigrés dans ces terres colonisées et occupées en permanence. La révolte des esclaves du 7 octobre – brutale et laide comme toutes les révoltes au court de l’histoire – a été un choc dévastateur, non seulement pour un Israël fidèle à son projet raciste et colonial d’asservissement du peuple palestinien, et également pour le projet colonial plus large de l’Occident, dans lequel Israël est si étroitement intégré. Dans l’«ordre fondé sur des règles» de Washington, la seule qui vaille, est que Washington et ses clients obtiennent ce qu’ils veulent. La planète, ses ressources et ses peuples sont considérés comme des jouets par la superpuissance mondiale. Les révoltes contre cet ordre (celles du Hamas à Gaza, du Hezbollah au Liban, des Houthis au Yémen ou du Corps des gardiens de la révolution islamique en Iran) ne peuvent être érigées en modèle. L’«ordre fondé sur des règles» doit être remis en place avec la sauvagerie nécessaire pour rappeler aux colonisés et aux esclaves où est leur place.
Tel était le message des sites noirs dont Washington avait besoin dans sa vaine «guerre contre le terrorisme», d’Abu Ghraib à Guantanamo, des sites qui s’inspiraient de l’expérience israélienne consistant à «briser» les détenus de l’installation 1391. La complicité des institutions occidentales dans le génocide actuel d’Israël n’est pas une anomalie. Elle ne découle pas d’un malentendu ou d’une confusion. La classe politique et médiatique occidentale voit le génocide à Gaza aussi clairement que le reste d’entre nous. Mais pour eux, il est justifié, voire nécessaire. Il faut apprendre aux colonisés et aux opprimés que toute résistance est inutile. Sde Teiman, comme le camp de la mort de Gaza, remplit sa mission. Il est là pour briser l’esprit humain. Il est là pour transformer les Palestiniens en collaborateurs volontaires de leur propre destruction en tant que peuple, de leur nettoyage ethnique. Parallèlement, un message subliminal est adressé au public occidental: tel pourrait être votre sort aussi si vous n’applaudissez pas aux atrocités commises par Israël à Gaza.
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JORGE MAJFUD-Le mystère du peuple palestinien : il existe et en même temps, il n’existe pas


27/5/2024Traduit par , TlaxcalaFausto Giudice
Les Palestiniens n’ont jamais existé en tant que peuple lorsqu’ils revendiquent leurs droits humains. Ils ont existé en tant que peuple Amalek il y a trois mille ans, quand il faut les massacrer.
Les Palestiniens sont un peuple très étrange. Comme les particules subatomiques, selon la physique quantique et selon les sionistes, ils ont la capacité d’exister sous deux formes différentes et dans des lieux différents en même temps. Ils sont et ils ne sont pas.
Ils n’existent pas, mais « tuez-les tous », comme l’a dit la députée Andy Ogles à Washington. « Effacez tout Gaza de la surface de la terre », a insisté la députée israélienne Galit Distel Atbaryan, « toute autre chose est immorale ». Le ministre israélien de la Défense, Ben-Gvir, a été clair : « Pourquoi y a-t-il tant d’arrestations ? Ne pouvez-vous pas en tuer quelques-uns ? Qu’allons-nous faire de tant d’arrestations ? C’est dangereux pour les soldats ». Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré lors d’un téléconseil des ministres : « Rafah, Deir al-Balah, Nuseirat, tout doit être anéant », conformément à l’ordre de Dieu : « Vous effacerez la mémoire d’Amalek sous les cieux ». À plusieurs reprises, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répété, en parlant des Palestiniens : « Vous devez vous souvenir de ce qu’Amalek vous a fait, dit notre Sainte Bible ». Motti Inbari, professeur d’études juives, a précisé les propos de Netanyahou : « Le commandement biblique est de détruire complètement tout Amalek. Et quand je parle de détruire complètement, il s’agit de tuer chacun d’entre eux, y compris les bébés, leurs biens, les animaux, tout ». Danny Neumann, membre du Likoud, a déclaré à la télévision : « Tous les habitants de Gaza sont des terroristes. Nous aurions dû en tuer 100 000 le premier jour. Très peu d’habitants de Gaza sont des êtres humains ». Le ministre du Patrimoine, Amihai Eliyahu, a proposé de gagner du temps et de larguer une bombe atomique sur Gaza pour accomplir le mandat divin.
Au cours des sept premiers mois de bombardements, 40 000 hommes, femmes et enfants ont été détruits par les bombes, sans compter les disparus, les déplacés, les affamés, les malades, les mutilés et les traumatisés irréversibles. Mais de Netanyahou au président Joe Biden, « ce que fait Israël n’est pas un génocide, c’est de l’autodéfense ». Si un groupe armé répond par la violence (ce qui est reconnu comme un droit par le droit international), il s’agit alors de terroristes.
Ceux qui ne se laissent pas tuer sont des terroristes. Ceux qui critiquent le massacre, comme les étudiants usaméricains, sont des terroristes. C’est pourquoi, en Europe et aux USA, les manifestations contre le massacre de Gaza sont repoussées par la police militarisée, tandis que les violentes attaques sionistes et les défilés nazis sont observés avec respect. C’est parce que les puissants sont si lâches. Sans armes puissantes, sans médias dominants et sans capitaux saisis, ils ne sont personne. Un bras raide pour le salut fasciste et une main tremblante pour remettre en question un massacre contre l’humanité perpétré contre ceux qui ne peuvent pas se défendre.
Selon les sionistes, la Palestine n’a jamais existé et les Palestiniens n’ont jamais existé. Lorsque, par l’accord des sionistes avec Hitler, les Palestiniens inexistants devaient accueillir les réfugiés du nazisme en Europe, les inexistants constituaient l’écrasante majorité de la population, du fleuve à la mer. Les bateaux arrivant « avec du bon matériel génétique » selon les sionistes, arrivaient sur des navires battant pavillon nazi et britannique. Lorsqu’en 1947, l’Exodus, transportant 4 500 réfugiés, s’est approché de Haïfa, le capitaine britannique a averti ses passagers qu’ils seraient arrêtés à l’arrivée, car l’Empire britannique n’autorisait pas l’immigration illégale. « Si vous résistez à l’arrestation, nous devrons recourir à la force ». À leur arrivée en Palestine, les réfugiés déploient une pancarte sur laquelle on peut lire : « Les Allemands ont détruit nos familles. S’il vous plaît, ne détruisez pas nos espoirs ». De nombreux réfugiés restent en détention, mais un quart de million réussit à entrer en Palestine, dont au moins 70 000 illégalement et par la force.

Bientôt, une partie (nous ne savons pas quel pourcentage) des victimes de l’Europe deviendront les bourreaux du Moyen-Orient. Le plan sioniste a été soutenu par une campagne d’attentats terroristes en Palestine qui a fait sauter des hôtels, des postes de police et massacré des centaines de Palestiniens. Folke Bernadotte, le diplomate suédois qui a facilité la libération de plusieurs centaines de Juifs des camps de concentration nazis en 1945, a été assassiné à Jérusalem deux ans plus tard par le Lehi (bande Stern), un groupe sioniste qui se décrivait comme des terroristes et des « combattants de la liberté ». Le Lehi, une faction d’un autre groupe terroriste, l’Irgoun, avait négocié avec les nazis allemands la création d’Israël en tant qu’État totalitaire allié au Reich d’Hitler. Cette alliance ayant échoué, ils ont essayé Staline, avec le même résultat. L’un des (ex-)terroristes de l’Irgoun, le Biélorusse Menahem Begin, est devenu premier ministre d’Israël en 1977. L’un des (ex-)terroristes, également biélorusse, Isaac Shamir, lui a succédé et est devenu Premier ministre d’Israël en 1983. Naturellement, ils ont tous changé leurs noms et prénoms de naissance.
Dès avant la création de l’État d’Israël, les habitants inexistants de la Palestine ont commencé à être dépossédés de leurs maisons pour accueillir des réfugiés. Certains réfugiés juifs et certains Palestiniens inexistants ont résisté à la dépossession et à l’exil, si bien qu’il a fallu recourir à la force, forme particulière d’un droit à l’existence non reconnu par le reste de l’humanité, et à la colère d’un dieu impitoyable, redouté par le reste de l’humanité elle-même. Début 2024, la réalisatrice israélienne Hadar Morag se souvient: « Lorsque ma grand-mère est arrivée en Israël après l’Holocauste, l’Agence juive lui a promis une maison. Elle n’avait rien. Toute sa famille avait été exterminée. Elle a attendu longtemps, vivant dans une tente dans une situation très précaire. Puis ils l’ont emmenée à Ajami, à Jaffa, dans une magnifique maison sur la plage. Elle a vu que sur la table se trouvaient encore les plats des Palestiniens qui avaient vécu là et qui avaient été expulsés. Elle est retournée à l’agence et a dit : “Ramenez-moi à ma tente, je ne ferai jamais à personne ce qu’on m’a fait”. C’est mon héritage, mais tout le monde n’a pas pris cette décision ; comment pouvons-nous devenir ce qui nous a opprimés ? C’est une grande question ».
Certains des Palestiniens, qui n’existent pas, ont accueilli des réfugiés juifs alors que même les USA n’en voulaient pas, alors qu’un président comme Roosevelt avait renvoyé sur le Saint-Louis près d’un millier de réfugiés juifs pour qu’ils meurent dans des camps de concentration en Europe. Lorsqu’en 1948, les Nations unies ont créé deux États, Israël et la Palestine, Israël a décidé que ni la Palestine ni les Palestiniens n’existaient, même si, pour que le miracle quantique se produise, ils ont dû voler leurs maisons et leurs terres, les déplacer en masse et les tuer avec joie. En même temps, ils déploraient le sale boulot qu’ils avaient à faire. « Nous ne pardonnerons jamais aux Arabes de nous avoir forcés à tuer leurs enfants », a déclaré l’immigrante ukrainienne Golda Meir, qui deviendra plus tard Premier ministre. « Les Palestiniens n’ont jamais existé », a-t-elle déclaré en 1969. « J’ai été Palestinienne de 1921 à 1948 parce que j’avais un passeport palestinien », a-t-elle ajouté un an plus tard. C’est comme dire que l’Allemagne est une invention d’Hitler et de von Papen ou que la Grande-Bretagne est la Prusse parce que son hymne (“God save the Queen”) sonne de la même manière que l’hymne de la Prusse (“Gott mit uns”).
Les références aux Arabes et aux Palestiniens en tant qu’animaux ou sous-hommes n’ont rien de nouveau. Il s’agit d’un genre classique de racisme suprémaciste sioniste qui ne choque personne dans le monde impérial et civilisé. Ce même monde civilisé qui ne tolère pas d’entendre le mot “nègre” mais qui ne veut pas se souvenir ou reconnaître (et encore moins indemniser) les centaines de millions de Noirs massacrés pour la prospérité de ses peuples élus. Comme les nazis l’ont fait avec les Juifs, avant de les massacrer sans remords, il fallait déshumaniser l’autre.
En 1938, l’un des chefs du groupe terroriste sioniste Irgoun, le Biélorusse Yosef Katzenelson, déclarait : « Nous devons créer une situation où tuer un Arabe est comme tuer un rat. Qu’il soit bien entendu que les Arabes sont des déchets et que c’est nous, et non eux, qui gouvernerons la Palestine ». En 1967, le diplomate israélien David Hacohen a déclaré : « Ce ne sont pas des êtres humains, ce ne sont pas des gens, ce sont des Arabes ». En novembre 2023, l’ancien ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Dan Gillerman, a déclaré : « Je suis très perplexe quant à l’intérêt constant que le monde porte au peuple palestinien et, en fait, à ces animaux horribles et inhumains qui ont commis les pires atrocités que ce siècle ait connues ». Mais si quelqu’un remarque qu’il s’agit de racisme pur et simple, il est accusé d’être antisémite, c’est-à-dire raciste.
Les Palestiniens n’existent pas, mais s’ils se défendent, ce sont de mauvais terroristes. S’ils ne se défendent pas, ce sont de bons terroristes. S’ils se laissent massacrer, ce sont des terroristes inexistants. À Gaza, « toute personne âgée de plus de quatre ans est un partisan du Hamas » a déclaré Rami Igra, ancien agent du Mossad, à la télévision d’État. « Tous les civils de Gaza sont coupables et méritent d’être confrontés à la politique israélienne de punition collective, qui les empêche de recevoir de la nourriture, des médicaments et de l’aide humanitaire ». Il a laissé tomber la phrase concernant le bombardement systématique et aveugle qui, chaque jour, décapite et détruit des dizaines d’enfants, même âgés de moins de quatre ans, qui seraient des sous-hommes, des animaux, des rats, mais pas encore des terroristes diplômés.

Israël a le droit de se défendre, ce qui inclut tous les autres droits humains et divins : le droit de déplacer, le droit d’occuper, le droit d’enlever, le droit d’emprisonner et de torturer sans limites des mineurs d’un peuple qui n’existe pas.
Le droit à ce que personne ne critique leur droit.
Le droit de se considérer comme un peuple supérieur, par la grâce de Dieu et par la grâce de sa nature particulière, de son esprit supérieur, là jusqu’où les goys n’iront jamais.
Le droit de pleurer les victimes causées par cette supériorité ethnique et le droit de pleurer les victimes causées par les sous-hommes, les rats humains.
Le droit d’acheter des présidents, des sénateurs, des représentants et des rédacteurs en chef d’autres pays, comme les USA.
Le droit de ruiner la carrière et la vie de quiconque ose remettre en cause l’un de ces droits sous l’accusation d’antisémitisme.
Le droit de massacrer lorsqu’il le juge nécessaire.
Le droit de tuer même pour le plaisir lorsque les soldats s’ennuient.
Le droit de danser et de faire la fête lorsque dix tonnes de bombes massacrent des dizaines de réfugiés dans un camp rempli de gens affamés.
Tout cela parce que les Palestiniens sont et ne sont pas. Selon ce récit suprémaciste et messianique, les Palestiniens n’ont jamais existé en tant que peuple lorsqu’ils revendiquent leurs droits de l’homme. Ils ont existé en tant que peuple Amalek il y a trois mille ans, en tant qu’habitants d’un peuple qui devait être déplacé et exterminé « jusqu’à ce qu’il ne reste plus un seul » de ces êtres fictifs et inexistants.
Si vous ne croyez pas à cette histoire, il vous suffit de la répéter un nombre infini de fois pour comprendre qu’il s’agit de la vérité. Si vous osez remettre en question cette vérité, vous devenez un terroriste, comme la femme de Lot est devenue une colonne de sel pour avoir osé désobéir et regarder en arrière, là où, dit-on, Dieu massacrait un peuple à cause de l’orientation sexuelle de certains de ses membres.

La plus ancienne carte connue de Palestine figure dans le traité de Géographie du savant gréco-égyptien Claude Ptolémée (100-168 ap. J.-C.), qui fut traduit en arabe par Al-Khwarizmi entre 813 et 833 ap. J.-C., au sein de Beit El Hikma à Bagdad. La version ci-dessus est une copie grecque byzantine, sans doute retraduite de l’arabe en grec, et tirée du Codex Vaticanus Urbinas Graecus82, Constantinople vers 1300. L’ouvrage, produit par Maximus Planudes, fut plus tard en possession du banquier philosophe Palla Strozzi (1372-1462) puis de Federico da Montefeltro, duc d’Urbino. Encore une preuve, vieille de près de 2000 ans, de l’inexistence du peuple palestinien… [NdT
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Laure Lemaire- La Kanaky 2


1- Coca-Cola, chewing-gum
Durant la 2° Guerre mondiale, la Nouvelle-Calédonie se rallie à la France libre en1940. Un bataillon du Pacifique est recréé et se bat dans les Forces françaises libres aussi bien en Afrique du Nord qu’en Europe. Elle est surtout une importante base arrière américaine contre le Japon (1942 ). La flotte américaine avait déjà séjourné à Nouméa. La présence des « GI » oblige à la modernisation des infrastructures: routes goudronnées, construction de ponts métalliques, agrandissement des quais, création de pistes d’aviation à l’origine des futurs aéroports de La Tontouta ou de Magenta, électrification. Les GI marquent les modes des Caldoches avec les « dancings » et les « snack-bars »; une économie de loisirs les enrichit. Des idées nouvelles se diffusent « égalité raciale » parmi les Kanaks. Les Américains emploient une main d’œuvre importante pour l’entretien du matériel et du réseau routier qu’ils recrutent parmi les « engagés » indonésiens ou Chân Dăng ainsi que parmi les « Indigènes ». Pour travailler en tant que dockers sur le port de Nouméa, ils font venir de nombreux Kanaks des îles Loyauté, qu’ils logent dans le camp de Montravel, augmentant la présence mélanésienne en ville.. Les kanaks, encore soumis au code de l’indigénat, sont notamment surpris par la présence dans l’armée américaine de soldats noirs et blancs sur un pied d’égalité. Les salaires augmentent pour toutes les couches de la société.
Après la guerre, la France abandonne le terme de colonie et abolit le code de l’indigénat. Les Kanaks obtiennent la citoyenneté française, et donc le droit de vote: d’abord limité à 267 membres de l’élite mélanésienne (chefs coutumiers, anciens combattants ou religieux tels que curés, diacres ou pasteurs) en 1946 ; puis élargi à toute la population majeure en 1957.
À partir de 1943, le bar-restaurant de Jeanne Tunica à Nouméa devient le principal lieu de rassemblement des sympathisants communistes de l’archipel, soldats américains, Caldoches, engagés indochinois ou Kanaks. Elle cofonde le Parti communiste calédonien en1946 et en devient secrétaire générale. (Cette initiative va à l’encontre de la ligne du PCF qui est opposé à la création de sections coloniales). En même temps, un fort mouvement syndical apparait chez les travailleurs vietnamiens de l’industrie du nickel, inspirés par l’idéologie Viêt Minh. Ils sont syndiqués à la CGT. Jeanne Tunica soutient leurs mouvements de grève aux hauts fourneaux de Doniambo (décembre 1944) et à la mine de Thio (avril 1945). Parallèlement, elle soutient les revendications des Kanaks qui réclament le droit de vote et la fin de la tutelle du service des affaires indigènes. Ces revendications sont vigoureusement combattues par des personnalités caldoches. Le 22 mai 1946, la maison des Tunica, où Jeanne et son fils sont présents, est touchée par un attentat qui ne provoque que des dégâts matériels. Les coupables ne seront pas retrouvés. Immédiatement après l’attentat, le 25 mai, pour contrer l’influence grandissante du communisme auprès de ces nouveaux citoyens les missions chrétiennes s’accordent avec les représentants de l’État pour créer 2 organisations politiques visant à fédérer les électeurs kanaks : l’Union des indigènes calédoniens, amis de la liberté dans l’ordre (UICALO) du côté catholique, l’Association des indigènes calédoniens et loyaltiens français (AICLF) pour les protestants. Ils s’unissent en 1953 dans un parti, l’Union calédonienne (UC), qui va dominer la vie politique jusque dans les années 1970. Désormais Territoire d’outre-mer (TOM), elle obtient une assez forte autonomie, mais il faut payer ce formidable cadeau! Rapidement, on l’ envisage comme site d’essais nucléaires.

2- Le boom de « l’or vert » (1945-1983)
En parallèle, le Territoire connaît une croissance économique importante grâce à l’exploitation de « l’or vert » : c’est le « boom du nickel ». Il devient 3° producteur mondial de nickel (entre 20 % et 30 % des réserves mondiales) ce qui fait augmenter la population de 20% dans la 1° 1/2 des années 1970, grâce aux 20 000 immigrés, encouragées par les autorités françaises, en provenance des îles de .Wallis-et-Futuna. Cette bonne santé économique s’accompagne d’une urbanisation galopante à Nouméa ainsi que dans ce qui commence à être sa banlieue et de grands travaux : le barrage de Yaté construit entre 1955 et 1959, les infrastructures sportives des IIe Jeux du Pacifique Sud de 1966 dont le stade Numa-Daly ou la piscine olympique du Ouen Toro, le revêtement des routes et le développement du réseau électrique sur la Grande Terre, l’aménagement des remblais du port autonome de Nouméa, transformant l’ancienne île Nou en une presqu’île artificielle baptisée Nouville.
Le nickel est précieux car il entre dans la composition de plusieurs d’alliages métalliques: fer-nickel utilisé en cryogénie (cuve des navires méthaniers), en physique des lasers ou dans les écrans de téléviseurs cathodiques, il a des propriétés magnétiques et de de dilatation; cuivre-nickel est résistant à la corrosion en milieu acide ou marin; les alliages complexes, à base de nickel (ou de cobalt), présentent une excellente résistance à la corrosion sèche à haute température et des propriétés mécaniques (limite d’élasticité élevée). Ce sont des matériaux de choix pour les turboréacteurs (aéronautique) et chaudières. Ces alliages ont accompagné les moteurs d’avion depuis le milieu du xxe siècle. Le nickel est présent dans les aciers spéciaux. servent à fabriquer des plaques blindées, des coffres-forts et portes blindées, des chars d’assaut, Le nickel-chrome est utilisé comme résistance chauffante, pour les soins dentaires et comme matériau de soudure. En bijouterie, on associe le nickel à l’or afin d’obtenir une meilleure tenue mécanique et des couleurs originales: cuivre + nickel +or = l’or jaune ou rosé; or + nickel = l’or blanc. Les « bronzes au nickel » se retrouvent dans les profilés pour architecture et dans les couverts des services de table, dans les instruments de dessin industriels (compas, pointe sèche), les mécanismes d’horlogerie ( les ressorts), les pièces de précision de l’instrumentation scientifique et technique, divers composants de mécanique de précision et d’optique.
3-La Société Le Nickel (ou SLN)
est détenue par la multinationale minière française Eramet et les provinces de la Nouvelle-Calédonie à travers la Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI).a été est fondée en 1880. En 1883, la famille Rothschild rachète la société. Jusque dans les années 1930, le cœur des activités de l’entreprise est basé à ,Thio sur la côte Est de la Grande Terre, village minier que le Bulletin de Commerce appelle « Thio-lès-Rothschild »avec 2 fonderies successives et le siège social en 1921. La crise de 29 touche fortement le secteur et pousse la société Le Nickel à fusionner avec son principal concurrent en 1931, la société Caledonia (ancienne société des Hauts Fourneaux de Nouméa créée en 1909 par un Bordelais) : elle garde le nom de société Le Nickel, mais le principal centre de transformation est l’usine de l’autre à Doniambo, à Nouméa, toujours en activité de nos jours.
Le Nickel devient société-mère de l’ensemble de ses filiales minières dans les années 1960, pendant les années dites du « boom du Nickel ». En 1970, elle s’est associée au CNEXO pour l’exploration des nodules polymétalliques dans le Pacifique Sud. L’activité Nickel est filialisée en 1974, sous le nom de Société Métallurgique Le Nickel-SLN :Elf Aquitaine prend une participation de 50 % dans cette nouvelle société, qui est réunie avec Peñarroya et Mokta au sein de la holding Imétal qui détient les 50 % restants. Elle se joint aussi au CEA, aux Chantiers France Dunkerque, pour former l’Association Française d’Étude et de Recherche des NODules océaniques (AFERNOD).
En 1994, elle devient Eramet, puis en 2000, à la suite de négociations tant politiques que financières et industrielles, 30 % du capital de la SLN est cédé à la nouvelle Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI), une structure publique réunissant les provinces néo-calédoniennes. En 2007, les parts de cette STCPI dans la SLN montent à 34 % et jusqu’en 2012, le P-DG de la SLN était celui du groupe Eramet. La SLN en 2013 représente 2 200 emplois directs + 8 000 emplois indirects et induits sur l’ensemble du Pays, contribuant à un rééquilibrage Nord/Sud et Est/Ouest sur l’île principale, du fait de l’éclatement de ses activités minières et métallurgiques . La situation de l’usine en 2024 se détériore face à une forte concurrence étrangère (près de 25 % des emplois dépendent de la mine et de la métallurgie)
La Nouvelle-Calédonie est fortement atteinte par les inégalités sociales ; les 10 % les plus riches ont un niveau de vie 8 fois supérieur aux 10 % les plus pauvres. Son économie est l’une des plus fortes et des plus dynamiques de l’outre-mer français, avec un PIB estimé à 855,5 milliards de francs CFP (7,165 milliards d’euros ; 9,8 milliards de dollars US) en 2012, soit un PIB par habitant supérieur à celui de tous les États et territoires du Pacifique insulaire (dont la Nouvelle-Zélande) et comparable à celui des régions métropolitaines. La croissance économique a été de +3,9 % en 2010, +3 % en 2011 et +2,2 % en 2012. Le taux de chômage a reculé à 14,0 % au recensement de 2009, avec des écarts très marqués entre le Grand Nouméa (8,7 %) et les zones rurales à prédominance kanake (Province Nord : 27,8 % et Îles Loyauté : 32,4 %.

4-Le « grand remplacement »
Avec l’accroissement de la population blanche des années 1970, le 1° Ministre de Pompidou: Pierre Messmer explique en 1972 à son secrétaire d’État aux DOM-TOM: « La Nouvelle-Calédonie, colonie de peuplement, bien que vouée à la bigarrure multiraciale, est le dernier territoire tropical non indépendant au monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants. Il faut donc saisir cette chance ultime de créer un pays francophone supplémentaire. La présence française en Calédonie ne peut être menacée, que par une revendication nationaliste des populations autochtones appuyées par des alliés éventuels d’autres communautés ethniques venant du Pacifique. À court et moyen terme, l’immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des départements d’outre-mer (Réunion) devrait permettre d’éviter ce danger en améliorant le rapport numérique des communautés. À long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire avec femmes et enfants. » Mais les idées indépendantistes se formalisent. Des étudiants ayant participé à mai 68 reviennent en Nouvelle Calédonie. Nidoïsh Naisseline, militant d’extrême gauche, fonde les “Foulards Rouges” tandis que d’autres créent le “groupe 1878” (référence à l’insurrection). Ils demandent la restitution des terres et veulent préserver leur identité. Ils fusionnent pour créer le Parti de Libération Kanak en 1975. D’autres suivront comme le Parti indépendantiste en 1979. Ils préparent une nouvelle ère de révoltes anticoloniales dans les années 1980
5- Jean-Marie Tjibaou, figure politique du nationalisme kanak
Né en 1936, fils aîné d’un chef de la tribu , instituteur dans l’enseignement privé catholique, Jean-Marie est donné à la mission mariste à Hienghène. Entré en 1945, à 9 ans, au petit séminaire de Canala, il poursuit ses études au grand séminaire de Païta et effectue son noviciat auprès des Petits frères indigènes de l’Île des Pins jusqu’en 1955. Ordonné prêtre en 1965, il est d’abord envoyé à Bourail, comme aumônier de la base militaire, puis est nommé 2° vicaire à la cathédrale Saint-Joseph de Nouméa dès 1966.
A cette époque qu’il est initié aux problèmes politiques, au contact du père Jacob Kapéta, 1° vicaire et aumônier de l’Union calédonienne (UC), principale force politique de l’archipel depuis sa création en 1953, de tendance centriste, démocrate chrétienne, pluriethnique et autonomiste.
Il quitte le pays en 1968 pour suivre des cours à l’Institut de sociologie de la faculté catholique de Lyon, puis d’ethnologie à l’École pratique des hautes études en 1970. Il y suit les enseignements du remplaçant de Claude Lévi-Strauss, spécialiste du pays coutumier kanak de langue paicî. Il prépare une thèse portant sur les effets de l’adaptation de la société traditionnelle kanak au monde moderne. Le décès de son père en 1970 le pousse à revenir en Nouvelle-Calédonie, obtenant en 1971 sa réduction à l’état laïc, pour entreprendre une carrière militante. Toujours croyant, il estime qu’« il est impossible à un prêtre de prendre position, en faveur de la restitution des terres au peuple kanak. »
En 1971, il intègre l’administration territoriale, au service de l’éducation de base (où il rencontre sa future épouse, Marie-Claude Wetta), puis celui de la jeunesse et des sports. Militant associatif, il est à la tête d’un mouvement de renouveau culturel et organise la manifestation Mélanésia 2000 en 1975 à Nouméa, malgré l’opposition de l’ancien député Maurice Lenormand, de l’Union calédonienne et du Parti de libération kanak (Palika). Elle regroupe des représentants des aires coutumières, réveille chez les Kanak un sentiment de dignité, et reçoit l’appui de l’Église libre protestante, et de Jean Guiart, aux îles Loyauté. Pour la 1° fois, la culture kanak apparaît bien vivante. Pour Jean-Marie Tjibaou, l’objectif de ce festival est de « permettre au Kanak de se projeter face à lui-même pour qu’il découvre l’identité qui est la sienne en 1975 »
Il adhère en 1973 à l’Union des indigènes calédoniens amis de la liberté dans l’ordre (UICALO), organisation de Mélanésiens d’inspiration catholique au sein de l’UC. Sa carrière politique est lancée en 1977. Il est élu maire de Hienghène, sur une liste dissidente indépendantiste, baptisée « Maxha Hienghen », ou « Relever la tête », s’opposant au maire gaulliste sortant, officier de marine à la retraite, candidature officielle de l’UC. Puis, lors du congrès de Bourail, il devient vice-président de l’Union calédonienne, au moment où ce mouvement, jusqu’ici autonomiste, prend position en faveur de l’indépendance. Ayant le soutien au sein de la vieille garde du parti de son président, le député Rock Pidjot ( indépendantiste depuis 1976), il devient la figure de proue à la tête d’une nouvelle génération incarnée par les 4 autres membres entrés au bureau politique lors de ce congrès : le secrétaire général (d’origine métropolitaine) Pierre Declercq, Éloi Machoro, Yeiwéné Yeiwéné et le métis (européen et kanak) François Burck. Il fait le choix alors d’une lutte politique fondée sur le respect des institutions en place et les principes de la non-violence, entretenant des relations étroites avec les paysans du Larzac. Ce choix n’a pas toujours été partagé dans son propre camp, puisque les militants du FLNKS ont entretenu des liens militaires et financiers avec les services libyens du colonel Mouammar Kadhafi (stages de formation à la solidarité révolutionnaire internationale à Tripoli). Enfin, il devient conseiller territorial pour la 1° fois, tête de liste de son parti dans la circonscription Est.
En1979, à la veille de nouvelles élections territoriales, il crée une coalition de l’ensemble des forces séparatistes, appelée Front indépendantiste (FI). Il y obtient le meilleur score (62,74 % des suffrages exprimés et 5 des 7 sièges). Sur l’ensemble du Territoire, les indépendantistes arrivent en 2° position avec 34,43 % des voix et 14 sièges sur 36, derrière les 40,24 % et 15 élus anti-indépendantistes du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) du député Jacques Lafleur. En 1982, grâce à un changement de majorité à l’Assemblée territoriale, les centristes autonomistes de la Fédération pour une nouvelle société calédonienne (FNSC) retirant leur soutien au RPCR et s’alliant au FI, Jean-Marie Tjibaou devient vice-président (et donc chef effectif) du Conseil de gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, chargé de la Planification, des Finances, du Budget, de la Fonction publique, des Mines et de l’Énergie, ainsi que des Relations avec l’Assemblée territoriale, les Parlementaires du Territoire et la Commission du Pacifique Sud (CPS), et le reste jusqu’en novembre 1984, jour du « boycott actif » des élections territoriales par les indépendantistes. En cette qualité de chef de l’exécutif local, et en tant que représentant du Front indépendantiste, il participe du 8 au 12 juillet 1983 à la table ronde de Nainville-les-Roches, avec Jacques Lafleur. À cette occasion, le secrétaire d’État aux DOM-TOM Georges Lemoine reconnaît aux Kanak leur « droit inné et actif à l’indépendance » tandis que Jean-Marie Tjibaou et sa délégation, tout en reconnaissant les communautés non mélanésiennes de Nouvelle-Calédonie comme des « victimes de l’histoire », appellent à l’organisation d’un référendum d’autodétermination rapide (avant 1986) et que seuls les Kanaks et les non Kanak nés sur le Territoire ou ayant un ascendant né en Nouvelle-Calédonie puissent participer au scrutin. Ces conditions entraînent le rejet des conclusions de la table-ronde par le RPCR.
Considérant la quête de l’indépendance comme impossible à obtenir à l’intérieur des institutions territoriales, au congrès de Nouméa en septembre 1984, Jean-Marie Tjibaou transforme le FI en un Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) avec l’ Union Calédonienne ; le Parti de libération kanak, qui avait quitté le FI en 1981, de Paul Néaoutyine et Élie Poigoune ; le Front uni de libération kanak de Yann Céléné Uregeï ; l’Union progressiste en Mélanésie d’André Gopoea ; le Groupement des femmes kanak et exploitées en lutte fondées en 1983 ; l’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités créé en 1981 par Louis Kotra Uregei ; le Parti socialiste calédonien rebaptisé Parti socialiste de Kanaky de Jacques Violette.
Il décide d’un boycott actif des élections territoriales du 18 novembre 1984. Le 1er décembre 1984, lors du 1er Congrès du FLNKS organisé dans la tribu de La Conception au Mont-Dore, un Gouvernement provisoire de Kanaky (GPK) est institué, avec pour président Jean-Marie Tjibaou. Il lève le « Drapeau Kanaky ».

6- L’action clandestine et les « Événements »
Pierre Declercq, enseignant et membre du bureau politique du FI, est assassiné chez lui en septembre 1981. Ses assassins ne seront jamais retrouvés. Des manifestations éclatent et des barrages sont mis en place. La situation continue de se tendre en juillet 1983 où des gendarmes sont tués.
Un référendum d’autodétermination est prévu pour 1989 mais les indépendantistes souhaitent que le corps électoral soit limité afin que ce soit les peuples autochtones, et non les colons, qui y votent. Cette revendication est refusée. En 1984 des militants indépendantistes kanaks se rendent dans la Libye de Kadhafi pour y suivre une formation militaire. Le FLNKS qui appelle à boycotter les élections territoriales de 1984. La campagne et le jour du scrutin sont marqués par des violences et des barricades montées par ses militants . Le symbole du boycott et de l’action indépendantiste est incarné par Éloi Machoro, secrétaire général de l’Union calédonienne, qui brise une urne (vide) à coup de tamioc (appellation locale d’une hachette à fendre le bois) dans sa commune de Canala. Cette action, très médiatisée par le camp loyaliste, est présentée comme un paroxysme de sauvagerie. C’est le début d’une quasi-insurrection.
Dès le 5 décembre 1984, sur la route de la mairie de Hienghène, 10 Kanaks sont assassinés par des « Caldoches » (d’origine européenne) dans une embuscade. La Calédonie était coupée en zones imperméables par des barrages indépendantistes, de loyalistes et de gendarmerie. La maison de Tjibaou était entourée d’un double cercle, de police pour le protéger, et de loyalistes voulant « lui faire la peau ».Cette action a eu lieu dans un climat de quasi-guerre civile en brousse, soit-disant en représailles à des incendies de maisons de Caldoches par des militants Kanak indépendantistes, mais ces incendies n’ont commencé qu’après. Les 7 auteurs, membres des familles Mitride et Lapetite ont été relaxés par la cour d’assises de Nouméa en 1987 (jury exclusivement composé d’Européens), après que le juge d’instruction, un ancien militaire, eut conclu à un non-lieu. Jean-Marie Tjibaou réagit en déclarant : « La chasse au Kanak est ouverte ».

« Les Événements », soient de violents conflits politiques, sociaux et ethniques vont mettre la Nouvelle-Calédonie au bord d’une « guerre civile » jusqu’en 1988.
En novembre, des barrages sont dressés, le sous-préfet est séquestré, la gendarmerie est occupée dans la commune de Thio, 5 hélicoptères du GIGN sont désarmés. En décembre, des maisons d’européens sont pillées et incendiées. Le gouvernement socialiste français envoie l’armée et la gendarmerie, interdit toutes les manifestations et fait surveiller étroitement les tribus. En janvier 1985, le GIGN exécute Eloi Machoro, l’État d’urgence et le couvre-feu sont mis en place. Le gouvernement de Laurent Fabius cherche à calmer le jeu, met en place des réformes pour plus de démocratie. Mais avec le retour de la Droite (Jacques Chirac), le statut “Pons I” est voté qui vise à contrer les velléités indépendantistes, à réduire les compétences obtenues par les “conseils de région” et à organiser un référendum d’autodétermination.
Toujours sur la même ligne, le FLNKS ne participera pas au référendum si les colons peuvent y voter au même titre que les kanaks. Il est soutenu par le mouvement des non-alignés. L’Assemblée générale de l’ONU vote une résolution affirmant « le droit inaliénable du peuple de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et à l’indépendance » et inscrit la Nouvelle-Calédonie dans la liste des territoires non autonomes des Nations unies ( non-décolonisés) « dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes ».
Le référendum est donc boycotté par les indépendantistes et en septembre 1987, l’ “autodétermination” est donc rejetée. Ils boycottent aussi les élections présidentielles et régionales. En octobre, les auteurs d’une embuscade dans laquelle 10 indépendantistes avaient été tués en 1984, sont tous acquittés par un jury composé exclusivement d’Européens, ce qui déclenche la colère des kanaks. 2 jours avant la présidentielle de 1988, des militants du FLNKS lancent une nouvelle offensive :60 indépendantistes attaquent une gendarmerie à Ouvéa et prennent 20 gendarmes en otage (4 sont tués durant l’attaque). Une moitié des otages est rapidement libérée, les autres sont conduits dans une grotte. Le gouvernement français déclare qu’avec ce qu’il appelle la prise d’otages d’Ouvéa, l’île zone militaire et l’interdit aux journalistes. Les soldats français s’en donnent donc à cœur joie : des enfants sont attachés aux poteaux des cases, devant leurs familles. Par contre, les gendarmes sont bien traités par les ravisseurs, mais Chirac discute avec le général Vidal et ils décident de lancer une “intervention”.
De nouvelles violences ont lieu de part et d’autre au début de l’année 1985 : mort d’un jeune Caldoche, Yves Tual, en janvier, entraînant de lourdes émeutes anti-indépendantistes à Nouméa ; mort d’Éloi Machoro, abattu par un tireur d’élite du GIGN, lors de l’assaut de la maison d’un Européen occupée par les indépendantistes à La Foa. L’état d’urgence avec couvre-feu est instauré. Jean-Marie Tjibaou milite pour participer à nouveau aux institutions malgré les pressions de l’aile radicale du FLNKS pour continuer la lutte clandestine et armée. Si bien que, de 1985 à 1988, dans le cadre du « statut Fabius–Pisani », il est président du Conseil de la Région Nord, donc membre du Conseil exécutif (aux côtés du président RPCR et de ceux du Sud, ainsi que ceux FLNKS–UC du Centre et des Îles Loyauté). Il s’attache à obtenir des soutiens internationaux à son combat, dans la région Pacifique ( Vanuatu de Ham Lini) ou auprès du mouvement des non-alignés. En décembre 1986, il obtient le vote par l’Assemblée générale des Nations unies (à la majorité des 3/5e de ses membres) affirmant « le droit inaliénable du peuple de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et à l’indépendance ». Mais la droite au pouvoir en France en 1986, prend une position favorable à son maintien dans l’archipel. Un référendum sur l’indépendance est organisée en septembre 1987 avec pour seule condition, une durée de 3 ans de résidence pour pouvoir y participer ; les indépendantistes décident de le boycotter (donc rejet de l’accès à la souveraineté par 98,3 %, la participation n’étant que de 59,1 %). Un nouveau statut du ministre des DOM-TOM Bernard Pons, des élections régionales, le 1° tour des présidentielles vont suivre en avril 1988.
Le 5 mai 1988, l’assaut est lancé, les kanaks laissent les otages s’enfuir sans leur faire de mal. La version officielle est simple : 18 ravisseurs ont été tués au combat. Sauf que 12 d’entre eux sont retrouvés avec des balles dans la tête en plus de leurs autres blessures. Bref il s’agit d’exécutions sommaires. En juin, une loi d’amnistie s’applique à tous les faits de cette affaire ce qui permet de ne pas creuser ce qu’il s’est réellement passé. Michel Rocard confirmera d’ailleurs : “À la fin de l’épisode de la grotte d’Ouvea, il y a eu des blessés kanaks et 2 d’entre eux ont été achevés à coups de bottes par des militaires français, dont un officier. Il fallait prévoir que cela finisse par se savoir et prévoir que cela aussi soit garanti par l’amnistie”.
Pour ramener le calme, les Accords de Matignon sont signés, acceptés par le FLNKS. Ils sont ratifiés par un référendum sur l’autodétermination en Nouvelle-Calédonie qui donne le oui gagnant. II prévoit qu’un référendum sur l’indépendance soit organisé 10 ans plus tard.
Les 2 parties refusent le statut mis en place par la loi de1984 pour préparer l’archipel à la consultation d’autodétermination et lui donner une très large autonomie (la compétence du Territoire, de droit commun, n’exclut que les fonctions dites « régaliennes », les principes directeurs du droit du travail, l’enseignement du second cycle du second degré, l’enseignement supérieur et la communication audio-visuelle); le conseil de gouvernement est transformé en un gouvernement du Territoire dont le président est élu par l’Assemblée territoriale, tandis que les membres de l’exécutif, nommés par ce président et qui prennent le titre de « ministres », retrouvent des compétences individuelles, ce qui n’avait plus été le cas depuis l’abrogation du statut de la loi-cadre Defferre en 1963. Le RPCR, quoique favorable à un certain degré d’autonomie, rejette ce statut Lemoine qui ouvre la porte à une séparation de la République française. Le FI conteste l’échéance du référendum (fixée à 5 ans maximum à partir de l’application de la loi) et le fait que la question du corps électoral soit discutable (est créé un comité État-Territoire avec pour préparer les conditions du droit à l’autodétermination, alors qu’ils considèrent que leurs revendications sont non négociables).
Les accords de Matignon et l’assassinat
Après une nouvelle flambée de violence échappant au contrôle des dirigeants des 2 camps, et culminant avec la prise d’otages d’Ouvéa et son assaut final le 5 mai, Jean-Marie Tjibaou signe en juin 1988 avec Jacques Lafleur et le1° ministre Michel Rocard, les accords de Matignon, qui prévoient un référendum sur l’indépendance après 10 ans et ramène la paix après 4 années de quasi-guerre civile. Il est assassiné moins d’un an après, le 4 mai 1989, avec Yeiwéné Yeiwéné, son bras droit au FLNKS, lors de la commémoration de la prise d’otages d’Ouvéa, par Djubelly Wéa, un Kanak indépendantiste (dont le père avait été malmené par les militaires), ancien conseiller territorial et membre du FULK, opposé aux accords de Matignon de juin 1988.

Le référendum de 2021 contesté
Les gouvernements français successifs incitent à la construction d’usines et d’infrastructures pendant que les inégalités sur l’archipel restent majeures.
En 1998, les accords de Nouméa repoussent de 10 ans le référendum sur l’indépendance prévu ; donc il a lieu en 2018, seuls les kanaks et les “caldoches” installés depuis longtemps, votent. Le “non à l’Indépendance” l’emporte à 56,4%. La loi prévoit que les kanaks puissent organiser 2 autres référendums. Le 2° prévu en 2020 est reporté en raison de la pandémie de Covid-19. Puis, les indépendantiste progressent sans gagner: le “non” l’emporte à 53,2%. Le 3°, organisé en 2021, est boycotté par les indépendantistes (toujours la pandémie). Evidemment, c’est une très large victoire au refus de l’indépendance (96%)
« Le dégel du corps électoral » a mis le feu aux poudresDepuis une réforme constitutionnelle de 2007, les listes électorales pour les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie sont gelées à leur état de 1998 ; elles ne peuvent pas être révisées annuellement en fonction des arrivées et départs, comme c’est le cas pour les autres élections (présidentielle, législatives, européennes) ou dans l’Hexagone. Cette règle limite le droit de vote aux personnes qui vivaient dans l’archipel avant 1998, en excluant les arrivants récents, qui représentent aujourd’hui 20 % de la population.
En janvier 2024, le gouvernement a déposé un projet de loi constitutionnelle visant à dégeler le corps électoral au 1er juillet, en y intégrant les citoyens nés sur place ou y résidant depuis au moins 10 ans. Cette réforme aboutirait à réintégrer 25 000 personnes à ces listes électorales spéciales, sur un total de 42 596 résidents qui en sont aujourd’hui exclus. Approuvé par le Sénat le 2 avril et par l’Assemblée nationale le 13 mai, le texte doit encore recueillir l’approbation du Parlement réuni en Congrès à Versailles pour être définitivement adopté.
Cette réforme est vivement critiquée par les indépendantistes, qui craignent qu’elle ne marginalise les Kanak en diluant leur pouvoir électoral. Le sujet est très sensible puisque, des élections territoriales découlent la composition des 3 assemblées territoriales, du congrès et du gouvernement calédonien présidé depuis 2021 par les Indépendantistes. De plus, ils considèrent le gel du corps électoral comme un acquis de l’accord de Nouméa (1998).
A l’inverse, le gouvernement considère que cette promesse est caduque, puisque la période de transition ouverte par l’accord pour 20 ans s’est conclue avec le non au dernier référendum d’indépendance de 2021. En outre, le Conseil d’Etat rappelle les principes du suffrage universel, sous peine de voir les prochaines élections territoriales annulées.
Le mouvement d’opposition à cet élargissement du corps électoral a déclenché depuis quelques mois de nombreuses manifestations, qui ont laissé place à des émeutes .La situation dans l’archipel du Pacifique, a explosé le lundi 13 mai, faisant 5 morts et des dizaines de blessés.
En réponse: l’état d’urgence est décrété par le gouvernement
Darmanin prétend que ce sont les organisations indépendantistes kanaks qui sont « mafieuses ». Non, ce sont les 10 groupes familiaux de colons qui contrôlent 80% de l’économie de la Nouvelle-Calédonie
Au vu des commentaires actuels des politiciens LREM, LR et RN et des médias dominants, la mentalité n’a guère changé depuis les zoos humains du XIX° siècle.
Des milices de colons blancs, souvent cagoulés, équipés de fusils à lunette ou de fusils à pompe, sont les images effrayantes qui nous arrivent de Nouvelle Calédonie/Kanaky. Ils s’organisent par quartier, et certains ouvrent le feu.
DES MILICES DE COLONS ARMES TUENT PLUSIEURS HABITANTS
Ce territoire du Pacifique est surarmé. Selon les autorités, 64.000 armes sont déclarées et autant circulent illégalement, soit 130.000 armes pour 272 000 habitants. Cette situation folle est le fruit d’une décision des autorités locales en 2011, visant à faciliter, la possibilité de s’armer pour les « caldoches ». Seuls une carte d’identité ou un permis de chasse sont exigés pour se procurer une arme, et les quotas de munitions ont été supprimés, d’où l’explosion des achats dans les armureries.
3 Kanaks ont déjà été assassinés: 2 hommes de 19 et 36 ans et une adolescente de 17 ans. L’un des défunts s’appelait Djibril Saïko Salo et était en 1° année de BTS. Le CCAT explique qu’il a été « abandonné sur la route comme une vulgaire bête sauvage, ou un criminel récidiviste ». Il ajoute : « Le caractère ignoble et volontaire de cet acte, nous le qualifions sans ambiguïté de meurtre avec préméditation, avec volonté assumée de laisser son cadavre exposé sur la chaussée en guise de message à ceux qui veulent suivre son exemple ».
Une photo montre un colon braquer son fusil à lunette derrière un grillage prêt à tirer. Une vidéo, authentifiée par le journal Le Monde, montre un homme blanc tirant délibérément en direction de 2 jeunes Kanak marchant sur la route à Nouméa. D’autres témoignages évoquent des expéditions punitives.
Enfin, un gendarme a été tué par un tir qualifié “d’accidentel” par les médias. Les autorités disent pudiquement qu’il ne “s’agit pas d’un tir ennemi”. C’est donc la balle d’un autre gendarme ou d’un milicien qui lui a coûté la vie.
En parallèle à cette violence paramilitaire, l’état d’exception est décrété dans l’archipel. Le gouvernement vient d’assigner à résidence 5 indépendantistes du CCAT, et les autorités envisagent sa dissolution.
Gabriel Attal a annoncé le déploiement de l’armée en Nouvelle-Calédonie et interdit l’accès au réseau social Tiktok. Ainsi, les milices et les forces régulières de la République française assurent, ensemble, la répression coloniale. Par son mépris et sa violence, le gouvernement Macron a fait voler un lent et fragile processus de paix en Kanaky.

POUR RESUMER :
Population :
Les Kanak, descendants des 1° habitants de l’archipel, avant la colonisation française représentent 40 % des 270 000 hab (Insee). Les « Européens » représentent1/4 de la population (25%) et se répartissent en 2 catégories. les descendants des bagnards, blancs, bagne installé sur l’île depuis le XIXe siècle , surnommés « Caldoches ». Puis, les personnes arrivées plus récemment de France métropolitaine, pour coloniser l’île, souvent à titre temporaire dans le cadre de leur emploi professionnel, désignés péjorativement comme « Metro » ou « Zoreill ».Le métissage est de 11,3 % des résidents. Le reste des personnes est issu de l’immigration des îles alentours. La jeunesse kanak a vu l’arrivée des métropolitains progressivement prendre leurs emplois car 46 % d’entre-eux, n’ont pour seul diplôme que le brevet des collèges.
Les forces en présence– Le FLNKS
Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) est une coalition de partis politiques indépendantistes. Après avoir déclaré unilatéralement l’indépendance de l’archipel et boycotté plusieurs élections, le FLNKS s’est progressivement engagé sur la voie de la négociation avec Paris, en signant les accords de Matignon, en 1988, et de Nouméa 10 ans plus tard. Ses différents partis disposent aujourd’hui d’élus dans les assemblées parlementaires de l’archipel, dans le gouvernement local et même depuis peu d’un élu au Sénat français. Le FLNKS s’oppose aujourd’hui au dégel du corps électoral.
– La CCAT
La Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) est une organisation proche du FNLKS. Créée à la fin de 2023 pour coordonner la mobilisation contre la réforme du corps électoral, elle a organisé plusieurs manifestations au cours des derniers mois.
Le gouvernement pointe sa responsabilité dans la montée des violences sur l’archipel. Louis Le Franc, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, la décrit comme « une organisation de voyous qui se livre à des actes de violences caractérisés, avec la volonté de tuer ». Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, estime qu’il s’agit d’une organisation « mafieuse » qui « commet des pillages, des meurtres ». Niant le caractère politique de la CCAT, qu’il qualifie de « bras armé du FLNKS », M. Darmanin a annoncé le 15 mai l’assignation à résidence de 10 de ses « leaders mafieux ».
Le conseil national des chefs de Kanaky, représentant les chefs de tribus kanak, a apporté son soutien au CCAT, jugeant qu’elle « n’est pas un groupe terroriste ou un groupe mafieux ».
La Cellule appelle officiellement à poursuivre « les actions » de manière « pacifique ». Dans un communiqué, elle a estimé que les « exactions commises sur les commerces, les sociétés, les bâtiments et les équipements publics n’étaient pas nécessaires, mais sont l’expression des invisibles de la société ».
– Les loyalistes
Les « loyalistes » ou « non-indépendantistes » désignent les forces politiques qui s’opposent à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Situés à droite du spectre politique, pour certains proches du Rassemblement National, ils se sont structurés dans les années 1970 autour du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) de Jacques Lafleur, proche du RPR, à l’époque.
D’autres mouvements du centre et de la droite ont depuis pris de l’ampleur. La coalition, Les Loyalistes, dont la cheffe de file, Sonia Backès, était secrétaire d’Etat dans le gouvernement Borne (2022-2023), dispose de 12 élus au congrès de l’archipel.
Dans la crise actuelle, les loyalistes défendent l’ouverture du corps électoral proposée par le gouvernement. Mais leurs positions sont parfois contrastées. La ligne la plus dure, encore défendue lors des négociations en vue d’un « petit accord » entre indépendantistes et loyalistes au printemps 2023, portée par un ancien sénateur (Les Républicains), allait jusqu’à défendre une partition de la Nouvelle-Calédonie, avec un corps électoral par province. A l’inverse, les plus modérés défendaient « un consensus définitif, dans une Nouvelle-Calédonie une et indivisible », à l’instar d’un député, représentant du parti non indépendantiste Calédonie ensemble.

Mai 2024 : révolte contre la réforme constitutionnelle
Le gouvernement français tente de profiter de la défaite des Indépendantistes pour changer les règles constitutionnelles et limiter la possibilité d’une indépendance future. Il souhaite ouvrir le droit de vote à tous les résidents de Nouvelle-Calédonie habitant sur le territoire depuis au moins 10 ans, ce qui permettrait de mettre en minorité les kanaks.
Une révolte de très haute intensité se déroule en Nouvelle-Calédonie : incendies de véhicules, pillages de magasins, dizaines d’entreprises et d’usines incendiées, mise en place de barricades, mutinerie en prison, affrontements avec la police, (cocktails molotov, tirs à balles réelles). Dans n’importe quelle autre région française, cela ferait la une de tous les journaux. Oui mais voilà, la Nouvelle-Calédonie est une colonie, qui n’intéresse que peu la métropole.
La France Insoumise a demandé le retrait du projet de loi mais le vote est toujours prévu alors que le couvre feu vient d’être décrété, et que le gouvernement envoie 15 renforts du GIGN. Dans ce contexte de révolte de haute intensité, les affrontements avec les forces de l’ordre reflètent la frustration et la colère d’une population qui se sent trahie. Il est crucial de reconnaître les aspirations légitimes du peuple kanak à l’autodétermination.
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JOSUÉ FRANK-Vous ne pouvez pas revenir en arrière sur le génocide : » Facilement 200 000 morts à Gaza ».

JOSHUA FRANK est le rédacteur en chef de CounterPunch. Il est l’auteur du nouveau livre, Atomic Days: The Untold Story of the Most Toxic Place in America , publié par Haymarket Books. Cette pièce est apparue pour la première fois sur TomDispatch .Il peut être contacté à joshua@counterpunch.org.

Alors qu’Amal Nassar souffrait sur un lit de l’hôpital Al-Awda, dans le camp de réfugiés de Nuseirat, au nord de Gaza, les échos des explosions et des tirs d’artillerie pouvaient être entendus tout autour d’elle. C’était la mi-janvier et elle s’était rendue à l’hôpital en difficulté pour donner naissance à une petite fille qu’elle nommerait Mira. Alors qu’Amal aurait dû célébrer l’accouchement de son bébé, elle était plongée dans la peur, entourée par le cauchemar incessant de mort et de souffrance qu’elle et sa famille vivaient depuis des mois.
«Je me disais: J’espère que je mourrai », se souvient- elle .
Bien que déchirante, l’histoire d’Amal n’est pas sans rappeler celle de tant d’autres jeunes mères à Gaza aujourd’hui. L’Organisation mondiale de la santé estime que plus de 50 000 femmes enceintes y survivent à peine, tout en ayant des bébés au rythme de 180 naissances par jour. Beaucoup de ces femmes (surtout dans le nord) souffrent de malnutrition aiguë et peu d’entre elles ont reçu des soins médicaux avant le début des douleurs de l’accouchement, souvent des semaines avant la date prévue.
Selon un sombre rapport publié en mars par l’UNICEF, les milliers de nourrissons nés à Gaza au cours des deux mois précédents (et depuis) courent un grand risque de mourir. Beaucoup l’ont déjà fait, même s’il est difficile d’en obtenir des chiffres.
« Certains bébés sont morts dans le ventre de leur mère et des opérations chirurgicales ont été pratiquées pour retirer les fœtus morts », a déclaré le Dr Muhammad Salha, directeur par intérim de l’hôpital Al-Awda, où la situation ne pourrait être plus désastreuse. « Les mères ne mangent pas à cause des conditions dans lesquelles nous vivons, et cela affecte les nourrissons… De nombreux enfants souffrent de déshydratation et de malnutrition, entraînant la mort. »
Les prestataires de soins occidentaux revenus de Gaza décrivent des scènes véritablement épouvantables. Le Dr Nahreen Ahmed, médecin basé à Philadelphie et directeur médical du groupe d’aide humanitaire MedGlobal , a quitté Gaza fin mars, sa deuxième fois sur la ligne de front depuis qu’Israël a lancé son attaque il y a près de huit mois. Ce dont elle a été témoin l’a changée pour toujours.
« Nous n’avons pas assez d’espace pour travailler en étroite collaboration avec les mères et les aider à recommencer à allaiter. Nous ne pouvons même pas y accéder. Et pour pouvoir faire cela, il faut avoir des activités quotidiennes avec ces femmes, et ce n’est pas quelque chose qui nous est possible en ce moment. Ces enfants doivent être allaités. S’ils ne peuvent pas être allaités, ils ont besoin de lait maternisé », a déclaré le Dr Ahmed à Democracy Now ! animatrice Amy Goodman. « Nous parlons de femmes qui pressent des fruits, des dattes dans des mouchoirs, des mouchoirs et qui nourrissent leurs enfants, en les nourrissant au goutte-à-goutte, avec une sorte de substance sucrée. »
Naître au milieu des décombres, au milieu d’une horrible offensive, marquera sans aucun doute les générations futures – si, c’est-à-dire, elles ont la chance de survivre aux bombardements incessants et au refus des produits de première nécessité comme la nourriture, le carburant et l’aide médicale. Et jusqu’à présent, malgré la pression internationale croissante, les menaces d’accusations de crimes de guerre et les allégations de génocide, Israël n’a montré aucun signe de relâchement.
Assaut de vengeance
Dès le début, les dirigeants israéliens ont été remarquablement clairs quant à leurs intentions dans l’enclave palestinienne. Le colonel israélien Yogez BarSheshet, s’exprimant depuis Gaza fin 2023, l’a dit sans détour : “ Quiconque revient ici… trouvera la terre brûlée. Pas de maisons, pas d’agriculture, rien. Ils n’ont pas d’avenir”.
C’est comme si les dirigeants israéliens savaient que, même s’il était impossible de détruire le Hamas, ils pouvaient au moins anéantir l’infrastructure de Gaza et assassiner des civils sous couvert de traquer les terroristes. Après sept longs mois de vengeance d’Israël, il est clair qu’il n’a jamais été question de libérer les otages pris le 7 octobre. En cours de route, Israël aurait facilement pu accepter de multiples propositions en ce sens, y compris une résolution de cessez-le-feu négociée par l’Égypte, le Qatar et les États-Unis début mai. Au lieu de cela, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son équipe ont rejeté ce plan, dans lequel le Hamas avait accepté de libérer tous les otages vivants pris lors de son attaque du 7 octobre contre Israël en échange de Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes. Le point de friction, cependant, n’avait rien à voir avec la libération de ces captifs qui croupissent à Gaza dans on ne sait quelles conditions stressantes, mais avec le refus d’Israël d’accepter toute résolution incluant un cessez-le-feu permanent.
Immédiatement après avoir rejeté l’offre du Hamas de libérer les otages, Israël a commencé à bombarder Rafah, qui abrite plus d’un million de réfugiés. Depuis, des centaines de milliers d’entre eux ont fui la ville, une nouvelle fois déplacés. Et malgré l’affirmation désormais discréditée de Netanyahu selon laquelle il lui suffisait de détruire les quatre derniers « bataillons » du Hamas à Rafah, les Forces de défense israéliennes (FDI) se sont rapidement retrouvées à nouveau dans le nord également, attaquant des zones où le Hamas était une fois de plus censé être responsable. fonctionner.
En réponse aux protestations qui se sont rapidement propagées sur les campus universitaires aux États-Unis, le président Biden a exprimé son indignation du bout des lèvres et a suspendu les livraisons d’aide militaire américaine à Israël, pour ensuite faire marche arrière une semaine plus tard avec un nouvel accord d’armes d’un milliard de dollars pour ce pays. .
Selon la façon dont est évaluée l’incursion sanglante d’Israël à Gaza après le 7 octobre, l’opération militaire a été soit un désastre total, soit un succès monumental. Si l’intention était la destruction de Gaza et le massacre des Palestiniens, alors Israël a certainement réussi. Si le retour des otages et la destruction du Hamas étaient l’objectif, alors celui-ci a lamentablement échoué. Quoi qu’il en soit, Israël est rapidement devenu un paria de sa propre initiative, ce qui n’a jamais dû se produire et contre lequel il n’y aura peut-être pas de retour en arrière.

Les dégâts causés
Le spectre de la mort à Gaza est difficile, voire impossible, à appréhender. À distance, notre compréhension de la situation repose souvent sur de sombres statistiques, notamment celles des médias établis. Le décompte officiel, constamment cité par les grands médias , s’élève à environ 35 000 décès.
En mai, le New York Times et d’autres médias se sont emparés d’un rapport des Nations Unies, qui avait apparemment révisé le décompte des morts à Gaza. Mais l’ONU n’a pas, en fait, réduit de moitié le nombre total de femmes et d’enfants décédés, comme le prétend le Jerusalem Post . Il a simplement modifié son système de classification en fonction des personnes estimées décédées et de celles dont il pouvait confirmer définitivement le décès. Les totaux sont cependant restés les mêmes. Néanmoins, même ces chiffres, basés sur les informations fournies par le ministère de la Santé de Gaza, finissent par brouiller la cruelle réalité sur le terrain. Les responsables de l’ONU craignent également qu’au moins 10 000 Gazaouis supplémentaires ne soient enterrés sous les décombres de cette bande de terre de 40 kilomètres.
Mais les chiffres des décès peuvent aussi donner du sens, comme l’a récemment souligné Ralph Nader, militant de longue date des droits des consommateurs. Il pense qu’Israël aurait pu tuer au moins 200 000 Palestiniens à Gaza, un chiffre ahurissant, mais qui mérite d’être examiné. Je lui ai donc demandé de développer.
« Le sous-dénombrement est stupéfiant », a déclaré Nader, dont les parents libanais ont émigré aux États-Unis avant sa naissance. « Les États-Unis et Israël veulent un chiffre faible, alors ils regardent autour d’eux. Au lieu d’évaluer eux-mêmes – ce qu’ils ne veulent pas faire – ils s’accrochent aux [chiffres] du Hamas, et le Hamas ne veut pas de chiffres réalistes parce qu’il ne veut pas être considéré comme incapable de protéger son propre peuple. Alors, ils ont développé ces critères : pour être comptés, les morts doivent d’abord être certifiés par les hôpitaux et les morgues [qui existent à peine].”
Il a pris l’habitude de s’adresser aux écrivains et aux éditeurs. Comme tant d’autres, j’ai une petite liaison téléphonique avec ce penseur et activiste de 90 ans. Nous discutons du déclin rapide et insidieux de la politique, du baseball et du journalisme. Je l’ai certainement entendu animé dans le passé, mais jamais plus indigné que lorsqu’il aborde la situation à Gaza. « Tout cela n’est plus qu’un camp de la mort. Cela représente facilement 200 000 morts à Gaza », a-t-il insisté, citant le nombre de bombes larguées qui, selon certaines estimations, dépassait les 100 000 . Nous savons qu’au moins 45 000 missiles et bombes ont été utilisés à Gaza dans les trois mois suivant le début de la campagne militaire israélienne. En conséquence, pas moins de 175 000 bâtiments ont été endommagés ou détruits par Israël. Donc, il semble être sur quelque chose.
« Finalement, [le nombre réel des morts] sera connu », ajoute-t-il. « Ils feront un recensement, quel que soit celui qui prendra le relais. La seule chose que savent les familles élargies de Gaza, c’est qui a été tué dans leur famille.»
Bien sûr, son affirmation est circonstancielle et il le sait, mais il fait valoir un point. Avec une grande partie de la bande de Gaza confrontée à une famine imminente, presque tous les hôpitaux hors service, presque plus de médicaments et très peu d’eau potable ou de nourriture, 35 000 décès risquent, en fin de compte, de s’avérer être un sous-estimation drastique.

« Pas en notre nom »
L’Holocauste, au cours duquel les nazis ont assassiné 11 millions de personnes, dont six millions de Juifs, était littéralement un génocide classique. Pourtant, aussi horrible et systématique soit-il, au moins un autre génocide aurait pu faire un plus grand nombre de morts. Dans son dernier livre, Doppelganger , Naomi Klein explique que le plus grand génocide a été infligé aux peuples autochtones des Amériques par les colons européens. L’Holocauste d’Hitler, écrit Klein, s’inspire en fait des colonialistes des Amériques et a été profondément influencé par le mythe de la frontière occidentale.
« Je pense qu’il est important de dire que chaque génocide est différent », a déclaré Klein à Arielle Angel du podcast On the Nose de Jewish Currents . « Il y a des particularités dans chaque holocauste, et il y avait absolument des particularités dans l’Holocauste nazi. C’était un holocauste fordiste. Cela a été plus rapide, à une échelle beaucoup plus grande et plus industrialisée que jamais auparavant ou depuis.
Klein a raison de dire que l’Holocauste nazi est né des aspirations colonialistes d’Hitler et devrait être présenté comme tel. Il convient également de noter que la Convention sur le génocide de 1948, qui était une réponse à cette atrocité, indique clairement que la qualification d’un événement comme génocide ne dépend ni du nombre de victimes tuées, ni même du pourcentage d’une population donnée massacrée. Cela signifie que le nombre de personnes tuées à Gaza n’a que peu d’importance devant la Cour du droit international ; légalement parlant, c’est-à-dire qu’Israël commet déjà un génocide .
Dans l’un des rebondissements les plus tristes de l’histoire moderne, à la suite de l’attaque du Hamas du 7 octobre, le traumatisme de l’Holocauste est utilisé pour exploiter la souffrance des Juifs et leur peur pour leur sécurité et ainsi justifier la lente éviscération des Palestiniens. C’est cette ironie tragique qui a poussé tant de jeunes Juifs américains à s’opposer à la politique d’Israël.
Au milieu d’une réaction internationale croissante , le soutien à Israël parmi les Juifs américains n’a jamais été confronté à une division aussi intense . De nombreuses manifestations contre la guerre à Gaza ont en fait été menées par de jeunes Juifs lassés des revendications d’Israël sur leur judaïsme et leur histoire culturelle. En réponse, les rangs du mouvement juif IfNotNow et de la Voix juive pour la paix ont grossi, contribuant ainsi à donner naissance à un mouvement anti-guerre nouvellement revigoré dans ce pays.
La menace que cela représente pour l’avenir du sionisme ne ressemble à rien de ce que le mouvement a dû affronter depuis la guerre des Six Jours , selon la Ligue anti-diffamation (ADL) pro-israélienne. « Nous avons un problème générationnel majeur, majeur, majeur », a déclaré le directeur de l’ADL, Jonathan Greenblatt , lors d’un appel paniqué aux donateurs en novembre dernier. « Tous les sondages que j’ai vus… suggèrent qu’il ne s’agit pas d’un écart gauche/droite, les amis. La question du soutien des États-Unis à Israël n’est pas une question de gauche ou de droite. Il y a des jeunes et des vieux.

Greenblatt a raison. La génération Z et les Millenials, juifs ou non, sont beaucoup moins susceptibles d’accepter les justifications d’Israël pour l’anéantissement des Palestiniens que les générations qui les ont précédés. Les sondages montrent après sondages qu’aux États-Unis, de plus en plus de jeunes Juifs s’éloignent des principes du sionisme. Pourquoi ne le feraient-ils pas ? Ils ont vu les cadavres sur les réseaux sociaux, les cris, les effusions de sang, les villes rasées, et ils ne veulent pas y participer. Le soutien à Israël parmi les jeunes est désormais au plus bas.
Et cela, comme le suggèrent déjà les sondages , pourrait affecter les prochaines élections. « Biden va perdre les élections simplement si les gens restent chez eux », a prédit Ralph Nader. «Il pense à juste titre que Trump est pire sur cette question et sur tout le reste, donc il a cette attitude, tout comme l’ensemble du Parti démocrate, ‘Hé, vous les manifestants, grandissez, vous n’avez nulle part où aller.’ Ouais, ils ont quelque part où aller. Ils peuvent simplement rester à la maison.
Nous sommes encore à quelques mois des élections de novembre et les choses pourraient changer radicalement, mais on ne peut pas ressusciter les morts ni revenir en arrière sur le génocide. Grâce, en partie, aux bombes et aux missiles américains, le mal est déjà fait. La punition collective d’Israël est désormais simplement une réalité et le président Biden reste également coupable de ces morts à Gaza, que le bilan humain soit désormais de 35 000 ou de 200 000. Le déni persistant de la Maison Blanche selon lequel Israël commet un génocide ne signifie pas grand-chose quand il existe une montagne de preuves du contraire.
De retour dans le camp de réfugiés désespéré et surpeuplé de Nuseirat, Amal Nassar a tenu son bébé de trois mois dans ses bras alors que le printemps d’avril arrivait tôt à Gaza. Elle se demandait ce que l’avenir réserverait à sa petite fille.
« J’ai regardé Mira et j’ai pensé : ai-je pris la bonne décision d’avoir ce bébé pendant une guerre ? «
C’est une question douloureuse sans réponse, mais les perspectives restent sombres. À la mi-mai, un avion de combat israélien a lancé des missiles sur des immeubles résidentiels à Nuseirat, tuant 40 Palestiniens , dont des femmes et des enfants. De nombreux autres ont été blessés. Cette fois, les roquettes ont raté la famille d’Amal, mais plus l’insensibilité d’Israël perdure, plus la mort se rapproche.

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Laure Lemaire- La Kanaky 1

1- La Nouvelle-Calédonie, c’est où?

Comme le montre la carte, c’est vraiment très loin. On verra plus tard, ce que sont allés faire les Français dans cette galère. Pour l’instant, on présente cette partie du globe plutôt méconnue. C’est un ensemble d’îles et d’archipels français faisant partie de la Mélanésie et de l’Océanie lointaine, situé en mer de Corail, dans l’océan Pacifique sud. Son île principale est La Grande Terre. Son chef-lieu ou capitale est Nouméa, seule grande ville de l’archipel qui compte 182 341 habitants, soit les 2/3 des 300 000 personnes peuplant l’archipel.
Le continent Océanie est divisé entre Océanie proche qui comprend la Nouvelle-Guinée, les archipels (les îles de l’Amirauté, les îles Salomon) et l’Australie; le peuplement humain est ancien, de l’ordre de -35 000 ans. Elle s’oppose à l’Océanie lointaine, dont le peuplement humain ne date que de – 3 200. Ces 2 notions tentent de remplacer les subdivisions traditionnelles (Mélanésie, Micronésie et Polynésie) , héritées de Dumont d’Urville (19° siècle) dont la pertinence scientifique n’est plus d’actualité.

2- Son statut: oubliez le vilain mot de ”colonie”!
Les Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM) sont des collectivités territoriales françaises soumises au régime juridique d’assimilation législative tel que défini par l’article 73 de la Constitution de la V° République.
En Martinique, en Guyane, à Mayotte, les compétences départementales et régionales sont exercées par des collectivités territoriales uniques, remplacant départements et régions. En Guadeloupe et à La Réunion , elles sont dévolues aux collectivités départementales et régionales.domaniale de l’État français. La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, lesTerres australes et antarctiques françaises,Wallis-et-Futun, sont encore considérés comme “Français”, mais on ne parle plus de colonies depuis 1946.
Les lois et règlements en vigueur en France y sont y applicables de plein droit, mais des adaptations existent. La Nouvelle-Calédonie dispose d’un statut sui generis (inclassable); Elle relève de la souveraineté française depuis 1853. Ce territoire regroupe 3 provinces ayant chacune le statut de collectivités territoriales de la République française. C’est une région ultrapériphérique de l’Union européenne, qui ne fait pas partie de l’espace Schengen. Son statut institutionnel actuel lui reconnaît un degré fort d’autonomie et le droit à l’autodétermination, suivant un processus original de décolonisation et de construction d’un destin commun entre le peuple autochtone, les Kanaks qui représentent 41% de la population, et les autres communautés de l’archipel tels les européens anciennement établis dits « Caldoches », les métis, et les habitants d’origine polynésienne, métropolitaine ou encore asiatique. La Nouvelle-Calédonie est inscrite sur la liste des territoires non autonomes selon l’Organisation des Nations unies (donc considérée comme non-décolonisés), depuis 1947
Elle dispose de signes identitaires, aux côtés des emblèmes nationaux français (un hymne, une devise et une graphie spécifique des billets de banque), les indépendantistes utilisent l’appellation de « Kanaky » et disposant de leur propre drapeau depuis 1984.

3- Vous avez dit “Barbares”, comme c’est bizarre
Les Kanaks, peuple autochtone de la Nouvelle-Calédonie, font partie des populations austronésiennes. Une étude génétique suggère que les racines profondes des locuteurs austronésiens, sont originaires des populations néolithiques du sud de la Chine et datent de 8 400 ans. Une recherche interdisciplinaire a permis de reconstituer une diffusion géographique des langues austronésiennes et de leurs techniques agricoles. Selon cette théorie, en –4000, des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s’installer à Taïwan. Vers –2500, ces langues et ces techniques se diffusent de Taïwan vers les Philippines, puis vers Sulawesi et Timor et de là, les autres îles de l’archipel indonésien. Vers –1500, un autre mouvement les mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au-delà, les îles du Pacifique. Les Austronésiens sont les 1° navigateurs de l’histoire de l’humanité.
Dès – 1200, les populations Lapita sortent de l’archipel de nouvelle Guinée et, vers – 850, ils ont déjà visité tous les archipels jusqu’aux îles Samoa et le nord-est de Nouvelle-Guinée. On appelle Lapita, la culture des 1° habitants de la Nouvelle-Calédonie. Les rescapés du naufrage des bateaux de l’expédition La Pérouse en 1788 échouèrent près du Vanuatu, aux abords de lapita (qui donne son nom au site archéologique). Les scientifiques français survivants furent les 1° découvreurs de cette culture. A Koné sur la côte ouest de la Grande Terre, ont été découverts ses 1° vestiges, des fragments de poterie.
Le parallèle avec l’île de Laputa, inventée par Jonathan Swift pour Les Voyages de Gulliver publié en 1721, n’est qu’une coïncidence puisque les 1° Européens n’arrivent qu’en 1774.
Les sites Lapita voient le jour vers -1300 avec les 1° apparitions dans le Pacifique, de poterie aux décors de motifs pointillés complexes, incisée à engobe rouge, Les décorations des poteries lapita sont très riches et variées. Les dessins sont géométriques (imprimés en pointillés), pourtant des visages humains sont souvent représentés. Des modelages en argile pouvaient être appliqués (têtes humaines, oiseaux, animaux).
Les décors montrent le monde vu par les lapita : « monde d’en haut », celui des dieux ou des ancêtres divinisés, monde des vivants au milieu, et « monde d’en bas », celui des morts. Les astres (Soleil, Lune) semblent revêtir une importance particulière dans les croyances de ces navigateurs. Des marques décorées caractéristiques permettent de déterminer quelle famille ou quel clan a réalisé la poterie ; il est ainsi possible de retracer finement le parcours de la colonisation de cette partie du Pacifique entre –1300 et –800.
Ils utilisent des outils d’obsidienne provenant des volcans mélanésiens, des ornements et outils façonnés dans des coquillages (hameçons, bracelets)..Les Lapita sont des horticulteurs. Ils emploient des herminettes de pierre et cultivent des tubercules (igname, taro: genre de patate), des fruits (noix de coco, artocarpe, banane). Ils élèvent des cochons et des pintades, peut-être des chiens, On trouve des animaux importés d’îles de l’Asie du Sud-Est :poule, chien et porc. Des traces de plantes cultivées ont été relevées sur la poterie : le taro. Le complément alimentaire est assuré par la ressource maritime, poissons, des membres des Scaridae ou poissons perroquets, et des Diodontidae. , de –1300 à –200.
Ils fabriquent des pirogues et des catamarans avec le niaouli , un arbre originaire de la côte orientale de l’Australie et de Nouvelle-Calédonie. Il est recherché pour l’exploitation de son bois, de ses fleurs pour la production de miel. Des traces d’habitations sur pilotis ont été découvertes en Papouasie-Nouvelle-Guinée, aux îles Salomon, et aux îles Fidji.
De -1000 à -500, les groupes Lapita de chaque île, continuent leur évolution en relative autonomie, tout en conservant des contacts sur de plus longues distances. Chaque archipel commence à se différencier. Durant la période suivante, la culture kanak se différencie des autres mélanésiens, eux aussi issus de cette migration austronésiennes. Ils maîtrisent l’art de la pierre polie, et fondent leur civilisation sur la culture de la terre avec une organisation sociale clanique. Lors de rituels guerriers, ils pratiquent l’anthropophagie. À partir du début du IIe millénaire et jusqu’à l’arrivée des 1° Européens, les clans se sédentarisent, les langues kanak se singularisent et de grandes entités sociolinguistiques distinctes plus ou moins territorialisées, à l’origine des actuels « aires coutumières », apparaissent. Malgré cela, les échanges et alliances, matrimoniales, restent importants d’une île à l’autre, tandis que des apports extérieurs réguliers (de Wallis, dans le cadre des « voyages » d’exploration réalisés par ses habitants, ou des archipels du Vanuatu ou des Fidji) les influencent grandement.
L’extension géographique exceptionnelle des lapita ( 4 500 km) et leur rôle primordial dans la genèse des cultures océaniennes postérieures (polynésiens, mélanésiens) fournit un aperçu incomparable sur une migration par voie maritime. Les recherches récentes permettent d’affirmer que leur régime alimentaire a joué un rôle dans leurs possibilités de navigation et de colonisation.
4 – Et alors… Alors, les Européens (1774-1853) sont arrivés
En 1774, le navigateur et explorateur anglais James Cook, baptise cette terre inconnue New Caledonia en l’honneur de l’Écosse, dont son père est originaire (Caledonia est son nom latin). Le 1° contact avec des Kanaks a lieu le lendemain au nord-est de la Grande Terre, puis l’expédition britannique longe la côte Est et arrive jusqu’à l’île des Pins en 1774.
En 1788, l‘expédition française conduite par La Pérouse sombre dans un naufrage aux Îles Salomon. En juin 1792, un amiral français, part à la demande de Louis XVI pour le retrouver; il passe au large de l’île des Pins et de la côte Sud de la Grande Terre, longe sa côte Ouest et s’arrête aux Îles Loyauté. Mais on en attribue la découverte à l’explorateur français Jules Dumont d’Urville en 1827 puis 1840, car il a su les situer sur une carte.
Tout de suite, l’essor de la chasse à la baleine et de l’exploitation du bois de santal ou d’autres ressources insulaires (nacre, coprah, écailles de tortues marines) amènent régulièrement des navires anglo-saxons, sur les côtes. Des marins, aventuriers naufragés ou négociants, s’installent, fondent des familles avec des femmes mélanésiennes et créent des comptoirs pour assurer les échanges entre populations autochtones et les bateaux européens. On connait l’anglais James Paddon à l’île des Pins et à l’île Nou.
Un 1° déclin démographique entre 1774 et 1853, dû au choc épidémiologique né des 1° contacts avec les baleiniers et missionnaires, décime jusqu’à 80 à 90 % de la population comme dans beaucoup d’îles du Pacifique mieux connus (Fidji, Polynésie)). D’autres estimant la densité déjà faible avant l’arrivée des Européens, mettent en évidence les facteurs épidémiologiques (malaria) ou humains (cannibalisme, infanticide, guerres), et une forte mobilité des Mélanésiens
Ils sont évidemment accompagnés des acteurs de l’évangélisation de l’Océanie. La London Missionary Society décident, à partir de 1797, de christianiser le Pacifique. L’archipel néo-calédonien est atteint en 1840. Fin 1843, un navire de guerre français amène à Balade via Wallis un évêque et 4 missionnaires, qui, comme les protestants, réprouvent l’anthropophagie. Ils luttent contre la polygamie ou l’usage d’abandonner les malades. Mais les Kanak attaquent, en 1847, la mission de Balade et tue le prêtre. Ils s’implantent, avec succès cette fois, à l’île des Pins en 1848, qui va leur servir de base à l’évangélisation. Ces 1° contacts avec les Européens transforment rapidement et profondément les sociétés mélanésiennes, sur le plan technologique (l’outillage en fer remplaçant celui en pierre), alimentaire (introduction de nouvelles espèces, dont le cochon, ou l’alcool), religieux, social et démographique (abandon de la polygamie, de l’anthropophagie, des pratiques de régulation de la natalité, « choc microbien » et alcoolisme entraînant le début d’un déclin démographique.

5- Attention! Un Napoléon en cache un autre
Les Européens s’étaient partagés la planète à Vienne en 1815. Les Néerlandais et surtout les Britanniques sont déjà présents dans le Pacifique. La France de Napoléon III, celle de la Révolution Industrielle, souhaite leur faire face. La Nouvelle-Calédonie, proclamée colonie française en 1853, devient une colonie à part entière, affranchie de la tutelle de Tahiti en 1860. Rapidement, les militaires fondent au S-O de la Grande Terre, Port-de-France comme chef-lieu à la colonie, qui devient en 1866, une petite ville au nom de Nouméa
Napoléon III cherchait par ailleurs, une terre nouvelle, “libre de toute occupation”, pour y fonder une colonie pénitentiaire. Son 1° gouverneur Charles Guillain met en place le bagne. Il doit trouver des terres, non seulement pour garder les bagnards purgeant leur peine, mais aussi pour les confier aux libérés qui ont l’obligation de doubler leur peine dans la colonie en étant « libres »; le but est de les pousser à s’installer définitivement pour peupler la colonie. Il va aussi jeter les bases du statut de l’indigénat (formalisé en 1887), imposant une politique de cantonnement, fondée sur l’idée de « propriété collective » et de « réserves d’autochtones » pour les Mélanésiens dont les terres sont organisées en « tribus » ou « chefferies ». Il s’agit de la mise en réserve des kanaks.
6- Le bagne: que diable allaient-ils faire dans cette galère?
Le 1° convoi pénitentiaire arrive début 1864 (250 délinquants et criminels de droit commun, ou auteurs de délits ou petits crimes récidivistes). Bref, on se débarrasse des pauvres. Après la Commune de Paris, en 1871, la Nouvelle-Calédonie sert de lieu de déportation pour de très nombreux anciens communards, réchappés de la semaine sanglante, condamnés par les conseils de guerre, mis en place par le gouvernement d’Adolphe Thiers. Là, on se débarrasse des Révolutionnaires. Louise Michel qui y fut déportée pendant 7 ans, assista aux émeutes de 1878 et prit le parti des KanaKs. “Elle avait ouvert des écoles pour les enfants Kanaks, et elle avait recueilli des légendes et des poèmes publiés une 1° fois en 1875, 2 ans après son arrivée au bagne puis à son retour à Paris, en 1885 avec des illustrations de sa main dont une gravure qui représente Numbo où elle fut internée”.
De même, + de 2 000 condamnés d’Afrique du Nord, des résistants algériens civils à l’occupation française dès 1830, y furent envoyés. Le ”monstre Biribiri” avec ses tentacules dans toute l’Afrique du Nord, a accueilli 600 000 « mauvais » soldats dans ses centres disciplinaires de l’armée.
A partir de 1883, la colonie française, “protectorat”, en Indochine comprend du nord au sud du futur Vietnam, le Annam, le Tonkin et la Cochinchine. Les Chân Đăng désigne les « engagés sous contrat » vietnamiens, arrivés à partir de 1891, pour travailler en Nouvelle-Calédonie (et, pour une partie, aux Nouvelles-Hébrides–Vanuatu). L’expression dont ils se désignent eux-mêmes, se rapporte à la nature de leur contrat d’embauche. Dès 1895, le recrutement s’effectue directement au port de Hải Phòng, des travailleurs libres originaires du Tonkin, dans le delta du Fleuve Rouge au Nord Vietnam, des zones surpeuplées au niveau de vie très faible et où la famine sévit. Cette main d’œuvre est engagée pour 5 ans renouvelables, période à l’issue de laquelle elle est rapatriée. Leur arrivée se poursuit jusque dans les années 1930. Le 1° convoi est composé de 768 Vietnamiens dont 479 prisonniers du bagne de Poulo Condor. (La France avait des bagnes dans toutes ses colonies) 93 d’entre eux décèdent alors qu’ils sont encore au dépôt et les employeurs sont réticents à les engager en raison de leur provenance. Ceux qui arrivent, travaillent dans les mines de chrome et de nickel (ceux des Nouvelles-Hébrides, dans des plantations de cacaoyers et de caféiers). Les Vietnamiens comme d’autres travailleurs engagés (Indonésiens, Néo-Hébridais) sont soumis au régime de l’indigénat. Confinés à leurs baraquements, ils ne peuvent se déplacer librement, leur séjour à Nouméa est réglementé. De par la nature de leur engagement, ils ne peuvent rompre leur contrat. Chacun a un matricule par lequel il est nommé, y compris dans les documents officiels, leurs noms étant jugés trop difficiles à prononcer.

À partir de 1945, mécontents de leurs conditions de travail et du fait que les autorités françaises sont dans l’impossibilité d’effectuer leur rapatriement (partition du Vietman), ils s’engagent dans de violentes luttes sociales au cours desquelles ils affichent leur allégeance au Việt Minh engagé dans une lutte anticoloniale contre l’armée française. Plus tard (1960-64), la majorité est rentrée ( 4109 Vietnamiens); ceux qui restent (2000), s’intègreront à la société caldoche, par mariage. Leurs descendants continueront à transmettre leur héritage vietnamien au travers de manifestations culturelles bien qu’ils soient catholiques..
La présence des bagnards constitue un apport de main d’œuvre considérable, à l’origine des principaux grands travaux menés dans la 2° 1/2 du 19° siècle à Nouméa (aménagement du plan urbain avec remblaiement, construction de la cathédrale ou du temple protestant) et en « Brousse » (routes, ponts, tunnels…). Leur nombre est monté jusqu’à 11 110 en 1877, soit les 2/3 des “Européens” présents dans la colonie, et en 1897, date de l’arrêt des convois, ils sont encore 82 30, 2 300 en 1921, contestés par les colons libres qui subissent la concurrence de la main-d’œuvre des bagnards et de l’administration pénitentiaire qui accapare les meilleures terres.
Un nouveau gouverneur nommé en 1894, Paul Feillet, veut couper « robinet d’eau sale ». La « transportation » (les peines de – 8 ans), sera interrompue, mais la déportation de prisonniers politiques continue jusqu’en 1931. Le dernier détenu a été Cheikou Cissé, tirailleur sénégalais condamné en 1918 à la déportation à perpétuité, jusqu’à son transfert en Guyane. En effet, Cayenne sera désormais choisi comme le meilleur endroit.
Fin du 19°- début du 20°siècle, plusieurs tentatives de peuplement libre ou pénale sont des semi-échecs. En plus du « doublement » de la peine par l’installation forcée des bagnards sur des terres agricoles qu’ils doivent mettre en valeur, des femmes de la région bordelaise, condamnées par la justice, ont été embarquer vers la Nouvelle-Calédonie afin de s’y marier avec d’anciens bagnards; regroupées au « couvent » de Bourail, 600 mariages ont été célébrés entre 1870 et 1895. L’installation durable de populations européennes libres sur des terres de l’île principale commence pour y pratiquer la culture du café ( la canne à sucre et le coton sont des échecs) ou l’élevage. Leur implantation avec la politique foncière et celle de l’indigénat qui en découle, menée par l’administration coloniale, provoquent des révoltes kanakes, en 1878 menée par le grand-chef Ataï.

7- On parque les animaux mais
Jamais les kanaks n’accepteront passivement la colonisation française.
Comme les Indiens d’Amérique, la population autochtone de Nouvelle-Calédonie a été cantonnée au sein de zones délimitées par le pouvoir colonial français jusqu’en 1946, dans une période où les spoliations foncières s’étendaient sur des parties toujours plus grandes du territoire. Une exception dans les pratiques coloniales françaises! C’est le besoin de terres, qui ont conduit à son adoption . La représentation coloniale de Kanaks « primitifs », qui ne pourraient pas être assimilables, a contribué à justifier la séparation des populations kanaks et françaises.
Les réserves en 1868-L’objectif de l’administration est de peupler la colonie de Français, des détenus qui auraient été « régénérés » par des années de travail au bagne. Des terres, les concessions, leur sont octroyées, une fois parvenus au terme de leur peine. L’administration favorise aussi la colonisation libre, des colons volontaires. Le gouverneur Guillain, dans une 1° étape, constitue une liste de « tribus » kanakes. Puis, par arrêté, il crée des « réserves tribales », auxquelles elles sont rattachées à tel ou tel territoire. Mais il se garde la possibilité de les réduire « en cas de nécessité ».
La superficie des réserves ne forme que 7 % du territoire de l’île principale, la
Grande Terre, Seules les îles Loyauté (plus petites) où la terre est ingrate, sont une réserve intégrale, où les colons ne peuvent s’établir.
La terre a une dimension symbolique forte pour les Kanaks, qui l’associent aux ancêtres et attribuent à certains lieux, comme les sentiers ou les creux des rochers, des significations spirituelles. La colonisation a déstructuré le territoire kanak, elle « lui a confisqué sa force vitale et a rompu les sentiers coutumiers entre les différents clans. ». Les réserves constituent, selon le géographe Alain Saussol, un «faux espace coutumier». La mise en réserves représente une «catastrophe économique» pour les Kanaks, dont l’activité principale est l’agriculture.
Les réserves «insuffisantes en sols et en espace ont gêné l’extension des cultures commercialisables». De plus, les Kanaks sont tenus malgré eux hors de la
modernité économique, sans échanges monétaires avec le reste du monde.
Le cantonnement a créé de véritables ghettos, du fait de l’assignation à résidence, et de la séparation des groupes, auparavant en relations. Des zones ont été attribuées à des groupes qui n’y vivaient pas et des clans ennemis ont été obligés de cohabiter dans le même périmètre.
En conséquences, la ségrégation entre Kanaks et Européens était très prononcée: un enfant issu d’une couple mixte ne pouvait être que européen ou kanak; soit, reconnu par le père européen, il était élevé parmi les Blancs ; soit, il était relégué dans une réserve . L’isolement des Kanaks dure jusqu’à la 2° guerre mondiale et laisse une société coupée en 2 qui en garde des séquelles.
Si les Français peuvent accéder à la propriété privée, les Kanaks se voient attribuer la propriété collective inaliénable des réserves. L’administration coloniale prêtait aux populations mélanésiennes un fonctionnement collectiviste, à tort ; les Kanaks connaissaient la propriété privée
. Selon Isabelle Merle, «la réserve est pensée comme un espace placé hors des transactions monétaires, hors de l’économie coloniale ; les Kanak y vivront avec leurs coutumes sous l’emprise directe des seuls missionnaires». Les Kanaks se voient
interdire la circulation hors de ces zones, sauf exception, comme 15 jours par an où ils doivent s’acquitter d’un travail obligatoire pour de payer l’impôt de capitation.
Mis en réserves, les Kanaks sont placés sous l’autorité de «chefs de tribus» servant d’intermédiaires entre le pouvoir français et la population. Or selon l’anthropologue Michel Naepels, «les chefs de village ne pouvaient en aucun cas parler au nom de tous». L’administration coloniale attribue un pouvoir exorbitant à ces chefs, celui de désigner les personnes chargées du travail obligatoire et ils ont donc toute latitude d’exercer des vengeances ou de favoriser leurs alliés.
Délimitations- Pendant plusieurs années, les délimitations des zones ne sont pas effectuées par l’administration, ce qui a conduit à des accaparements de terres de la part des colons
Ainsi en 1871, le gouverneur promulgue un « Permis d’occupation » des terrains domaniaux, mais des colons en profitent pour occuper indûment des terres, couvertes en principe par le statut de « propriété collective inaliénable » des Kanaks. Une 1° délimitation a lieu en 1876. Le pouvoir colonial accorde aux Kanaks ce qu’il considère comme étant leurs terres cultivées, et garde le reste. Mais toujours selon notre anthropologue: «le modèle horticole kanak repose sur un système de jachères à rotation très longue (20 ans), qui mobilise des étendues bien plus vastes. Ces territoires étant jugés inoccupés, les Kanaks ne font l’objet d’aucune compensation financière ou matérielle». L’impossibilité de pratiquer la jachère et la faible fertilité des sols qui leur étaient alloués, les ont obligé à transformer leurs techniques horticoles. La grande révolte de 1878 s’explique dans une large mesure par le rétrécissement de l’espace dont disposent les Kanaks.8- Ataï mène l’insurrection kanak contre les colonisateurs français.
C’est le « grand chef » kanak de Komalé, près de La Foa. (côte S-O de la Grande Terre). La colonisation l’en chasse. Il trouve refuge du côté du pénitencier de Pwero, (renommé La-Barrière-d’Ataï).
En 1878, Ataï déclare au gouverneur français, en déversant d’abord un sac de terre : « Voilà ce que nous avions », et ensuite déversant un sac de pierres : « Voici ce que tu nous as laissé ». Au gouverneur qui lui conseille de construire des barrières pour protéger ses cultures des dégâts commis par le bétail des colons, il répond : « Quand mes taros [des tubercules] iront manger ton bétail, je construirais des barrières. » Ses efforts pour s’entendre avec les Blancs ayant été vains, il choisit la lutte armée.
Le pouvoir colonial réussit à s’assurer le soutien d’autres tribus kanakes (les Baxéa de Canala, ceux qui iront à l’exposition coloniale à Paris) contre Ataï et ses partisans. Sans ces auxiliaires, il ne pouvait poursuivre un ennemi qui se fondait dans la nature. L’insurrection met à feu et à sang le Centre-Ouest de la Grande Terre. Après des victoires importantes qui inquiètent l’administration coloniale de la 3° République, il est tué le 1er septembre 1878 à Fonimoulou par le Canala Segou, de la colonne Le Golleur-Gallet formée de Kanaks, de francs-tireurs (des déportés politiques), de Mercury (un surveillant du bagne, déporté de droit commun).Ataï se battra jusqu’à la mort. Louise Michel, déportée sur la presqu’île de Ducos l’évoque:
« Ataï lui-même fut frappé par un traître. Suivant la loi canaque, un chef ne peut être frappé que par un chef ou par procuration. Nondo, chef vendu aux blancs, donna sa procuration à Segou, en lui remettant les armes qui devaient frapper Ataï. Entre les cases nègres et Amboa, Ataï, avec quelques-uns des siens, regagnait son campement, quand, se détachant des colonnes des blancs, Segou indiqua le grand chef, reconnaissable à la blancheur de neige de ses cheveux. Sa fronde roulée autour de sa tête, tenant de la main droite un sabre de gendarmerie, de la gauche un tomahawk, ayant autour de lui ses 3 fils et le barde Andja, qui se servait d’une sagaie comme d’une lance, Ataï fit face à la colonne des blancs. Il aperçut Segou. Ah ! dit-il, te voilà ! Le traître chancela un instant sous le regard du vieux chef ; mais, voulant en finir, il lui lance une sagaie qui lui traverse le bras droit. Ataï, alors, lève le tomahawk qu’il tenait du bras gauche ; ses fils tombent, l’un mort, les autres blessés ; Andja s’élance, criant : tango ! tango ! (maudit ! maudit !) et tombe frappé à mort. Alors, à coups de hache, comme on abat un arbre, Segou frappe Ataï ; il porte la main à sa tête à demi détachée et ce n’est qu’après plusieurs coups encore qu’Ataï est mort. Le cri de mort fut alors poussé par les Canaques, allant comme un écho par les montagnes. […] Que sur leur mémoire tombe ce chant d’Andja : Le Takata, dans la forêt, a cueilli l’adouéke, l’herbe bouclier, au clair de lune, l’adouéke, l’herbe de guerre, la plante des spectres. Les guerriers se partagent l’adouéke qui rend terrible et charme les blessures. Les esprits soufflent la tempête, les esprits des pères ; ils attendent les braves ; amis ou ennemis, les braves sont les bienvenus par delà [sic] la vie. Que ceux qui veulent vivre s’en aillent. Voilà la guerre ; le sang va couler comme l’eau sur la terre ; il faut que l’adouéke soit aussi de sang. »

En 1878, sa tête qui avait été mise à prix 200 Francs est achetée, ainsi que celle de Sandja (Takata, c’est-à-dire sorcier-guérisseur d’Ataï) par Navarre, un médecin de marine. Conservée dans un bocal de formol et montrée à Nouméa, elle est expédiée en métropole en 1878 au musée d’ethnographie du Trocadéro. Navarre en fait don à la Société d’anthropologie de Paris fondée par Paul Broca qui, dans le cadre d’une étude, fait exécuter un moulage de plâtre de la tête par le préparateur Félix Flandinette avant de la décharner et de découper la boîte crânienne pour en extraire le cerveau, faisant graver à même l’os « Ataï, chef des Néo-calédoniens révoltés, tué en 1879 ». La pratique qui consiste à extraire le cerveau du défunt était courante dans la France, puisqu’en 1883, le père fondateur de la 3° République, Léon Gambetta, avait subi le même sort. Son cerveau a été pesé, son cœur enveloppé dans du papier journal avec sa tête, le tout conservé par des proches.
Les crânes d’Ataï et d’Andja sont étudiés en 1882, entreposée au musée Broca (musée de la société d’anthropologie de Paris) qui se trouvait dans l’ancien couvent des Cordeliers, le musée parisien des « monstruosités ». En 1951, les crânes d’Ataï et de Sandja rejoignent les collections du Musée de l’homme. Il devient une figure emblématique à partir d’un écrit du prêtre kanak Apollinaire Anova (1929-1966), texte pratiquement inconnu jusqu’à une publication partielle en 1969, mais dont l’essentiel a été transmis oralement. Il devient alors une référence du nationalisme kanak
Durant les années 2000, alors que les Kanaks continuent de revendiquer sa restitution, promise lors des accords de Matignon, une rumeur la déclare perdue. Un roman de Didier Daeninckx, Le Retour d’Ataï évoque cette quête et propose une explication romanesque du devenir des restes d’Ataï. En 1983, « les gens des côtes est et ouest se sont réconciliés à l’occasion d’un échange coutumier… Les gens de Thio-Canala ont demandé pardon à leurs frères pour leur responsabilité dans la mort du chef Ataï à la fin de l’insurrection de 1878 »Le 28 août 2014, les crânes d’Ataï et d’Andja ont été remis officiellement , aux clans de l’aire coutumière concernée (Xaracuu), représentés par Bergé Kawa, grand chef du district de La Foa.
9- Petit à petit, l’oiseau fait son nid
La colonie française, avec une législation de conquête, est favorable à toute alliance, adversaire de toute résistance. Les oppositions coutumières, rivalités, rancœurs, dissensions intertribales sont les bienvenues. En 1858, à part les commerçants de Nouméa (bois de Santal), il n’y a qu’une centaine de civils à Nouméa. L’implantation de colons reste restreinte, à proximité des places fortes. Pourtant de 1853 à 1868, elle doit faire face à des soulèvements fréquents, mais ponctuels et localisés: 25 révoltes ont pourtant failli mettre fin à la colonisation. En effet, en 1858, le Gouverneur décrète propriété du gouvernement français toutes les terres non occupées (souvent en simple jachère), par les Mélanésiens .
Les avancées européennes ne se font pas sans résistance. Le grand-chef Bouarate de Hienghène, après l’attaque de la Mission de Pouébo en 1857, est arrêté et exilé à Tahiti. En 1858, le Grand Chef Kuindo, de la chefferie de Païta (la grande région S-O dont Nouméa, est condamné et exécuté par sa tribu, pour s’être rallié aux Français et avoir vendu des terrains. En 1868, la pacification de la Grande Terre semble accomplie avec la mort du chef Gondou Poala.
En 1867, sans se soucier du mode de fonctionnement des clans, un arrêté administratif crée la notion de tribu, afin d’affirmer la responsabilité solidaire des habitants d’un même espace physique, en cas d’exaction. « Chacune d’elles représente un être moral collectif, administrativement et civilement responsable des attentats commis sur son territoire, soit envers les personnes, soit envers les propriétés. », accompagné de l’instauration des chefferies, avec ‘’petits chefs’’ et ‘’grands chefs’’. Dans les réserves, « la propriété indigène ne peut être ni louée, ni vendue ni cédée gratuitement; la tribu demeure autant que possible sur le Territoire dont elle a la jouissance traditionnelle». Le front pionnier (d’accaparement des terres) remonte vers le nord, à partir de Nouméa, l’État se réservant « la propriété des mines, minières, cours d’eau de toutes sortes et sources », et la bande littorale, et le droit perpétuel d’expropriation. En 1871, l’administration crée le permis d’occupation des terrains domaniaux, pour éviter d’attendre que toutes les délimitations soient établies. Dans les faits, les colons sont autorisés à délimiter eux-mêmes leurs concessions et les réserves autochtones se restreignent, à l’exception des îles Loyauté, déclarées réserves mélanésiennes intégrales parce que les terres y sont incultivables.
Le recensement officiel donne 40 000 autochtones. Un autre comptabilise, au 01/01/1877, 2 752 colons ou assimilables (dont 1 424 à Nouméa, 800 hommes et 624 femmes), 3 082 militaires et employés civils, 3 836 déportés et 6 000 transportés, soit environ 16 000 non kanak. Nouméa a été un village de 200 civils et 100 militaires, mais la population est de 1 200 habitants en 1864, de 2 340 (dont 706 militaires) en 1866, et d’environ 8 000 en 1887.
10- Les Kanaks l’appellent la guerre d’Ataï
Le mécontentement profond des Mélanésiens s’est déjà exprimé. En 16 ans, 72 blancs sont recensés comme tués, victimes d’indigènes. En 1857, l’assassinat des Bérard est marquant : 13 occidentaux et 20 employés non canaques. Le nombre de kanak tués est difficile à renseigner. Les affrontements entre indigènes sont peu coûteux en vies humaines.
En 1878, Ataï, grand chef de Komalé, rencontre le gouverneur; les chefferies se sont concertées, avec des messages de guerre, en de longues négociations, par des alliances. Ataï, paraît en être le symbole, avec comme second Baptiste. Les promoteurs seraient d’autres chefs, dont Cavio, chef de Nékou et Dionno, chef de guerre à Bourail. Sont concernés les chefs Bouarate (de Hienghène), Watton, Poindi-Patchili, Kaké, Gélina. Les tribus du Sud sont restées neutres, car plus en mesure d’agir ; des individus kanak ont pu participer. Les tribus côtières du Nord ont peu participé, globalement (à part Koumac, au début). Le projet est d’attaquer Nouméa par surprise : cela serait le meilleur moyen de déstabiliser la colonisation, voire la présence française. La date est fixée à la fin de la récolte des ignames, en juillet. Elle est repoussée au 24 septembre. Mais, le 19 juin précédent, à Ouaménie (Boulouparis), un groupe kanak attaque violemment la propriété Dézarnauld, de la famille du gardien Chêne, ancien forçat, marié à Medon, une indigène de Poquereux. La réaction de l’administration est l’incarcération de 10 chefs.
L’objectif de Nouméa est abandonné, et remplacé par une série d’attaques sur l’ensemble du front pionnier, de Poya (côte ouest), Baie Saint-Vincent, à Canala (côte est). On cible d’abord La Foa, point important de colonisation, et centre de clans mélanésiens virulents. Fin juin, une troupe de 3.000 révoltés investit La Foa, assassine 4 gendarmes, libère le chef emprisonné Touatté (de Dogny) et massacre des colons, éleveurs isolés des savanes boisées. Puis, c’est le tour de Boulouparis : massacre de gendarmes, de forçats, de colons, avec femmes et enfants. Enfin, la vallée de Thio est occupée. Le centre minier est évacué ( le nickel a vu son cours baisser énormément). Les Européens cèdent du terrain, laissent les révoltés piller et incendier. Certains peuvent être évacués par mer vers Nouméa. D’autres se regroupent au poste de Téremba (La Foa). Le commandant Rivière arrive en bateau, et empêche qu’il soit pris.
Nouméa panique, et interne sur l’île Nou les 130 Mélanésiens qui y vivent et y travaillent . Un groupe de gentlemen se constitue spontanément, et, au bac de la Dumbéa, fusille tous les kanak qui se présentent. La réaction se veut énergique, avec le commandant du lieutenant-colonel Gally-Passebosc. Dans cette contre-offensive inadaptée, il est tué et remplacé par Rivière. Les troupes kanak remportent des succès militaires, comme au Cap Goulvain, aux Roches d’Adio (nord de Bourail), ou à Poya.Le fort Teremba, qui accompagne le pénitencier de La Foa, est réaménagé et renforcé pour servir de place-forte et de refuge éventuel, avec une garnison de 80 militaires. Les travaux sont achevés en août. Les révoltés, estimés à 500 guerriers mélanésiens, échouent devant le fort, surpris par l’efficacité des chassepots. Et des renforts d’infanterie de marine arrivent d’Indochine et resteront sur l’île jusqu’en 1879. Ouégoa (Nord de la côte Est) se voit doté d’un fort à Ouamali. Le lieutenant-de-vaisseau Senan parvient à rallier le chef Gélima, le chef Kaké, le chef de guerre Nondo, et part seul avec eux, à la recherche des responsables du massacre, à partir de Ciu. Le 1er septembre, Ataï, son fils, et son takata Andia sont tués à coups de sagaies, et décapités par Segou et ses hommes, les kanak de Canala. Un bambou gravé provenant de Ni ou de la vallée de Bouirou, apporte un témoignage de l’exhibition de 7 têtes, de bras coupés, et de corps décapités surveillés par un guerrier kanak nu-pieds avec fusil. Le chef Baptiste aussi est tué, entre La Foa et Moindou.

C’est le tournant de la révolte : l’initiative est désormais à l’armée, aux auxiliaires kanaks, aux corps-francs broussards (déportés et transportés), et aux Algériensdont Boumezrag El Mokrani, leader de l’insurrection kabyle de 1871, qui se joignent au mouvement car ils ont été attaqués par les kanak à Bourail, en septembre. Naïna remplace Ataï, Kaupa remplace Baptiste, et le chef François dirige les tribus autour d’Ourail.
Pour lutter contre cette guerre d’embuscades, la tactique est la réduction des sources de ravitaillement des insurgés : incendies de villages et de cocoteraies, destruction de plantations, de récoltes. L’insurrection reprend en septembre, plus au Nord, à Poya et à Bourail, se poursuit en octobre, puis, le soulèvement se renforce à l’Ouest. La forteresse kanak d’Adio tombe en décembre. « On donnait, 5 francs pour une paire d’oreilles coupées, ce qui sera transformé en une prime par tête coupée pour éviter de payer pour les femmes et les enfants.» (Jean Guiart)
Fin 1878, les territoires des alliés et ralliés (engagement réel, ou simple neutralisation) sont sur la côte Est ; les insurgés sont sur la côte Ouest. L’armée s’y transporte et promet la vie sauve aux tribus qui se rendent. La reddition des tribus commence au Sud, et se poursuit, par ratissage systématique. A partir de janvier 1879, les chefs sont tués; Naïna, Daouï (Népoui), Cham ( Owi), Judano « Djeuda » ( Owi). En juin, l’état de siège est levé. Les opérations a causé 1 800 morts, soit 200 européens et 1 600 kanaks. Rivière a été l’artisan efficace de la victoire française, assisté par les chefs de poste: le capitaine de Joux (Païta, Bouloupari), le lieutenant Vanauld (Ouraïl), le lieutenant Maréchal (Moindou), le capitaine Lambinet (Koné), le capitaine Merlaud (Houaïlou), le lieutenant Garcin (Thio), le lieutenant de vaisseau Merlan (Canala).
1000 à 1500 kanak sont déportés dans les îles proches, île des Pins (600), Lifou, ou lointaines, Bélep (extrême nord, 200), et plus tard, Tahiti, et même Obock. Les chefs rebelles sont exécutés, sans jugement, sauf un, condamné en cour martiale, Areki (tribu des Oua-Tom, La Foa, province sud). Le général Arthur de Trentinian (1822-1885) reconnaît, dans son enquête sur les causes de l’insurrection de 1878, que « les spoliations de terres indigènes, les dégradations subies par le bétail, les réquisitions abusives de main-d’œuvre ont fait naître un sentiment d’injustice chez les indigènes. ».
Les conséquences de la grande révolte sont désastreuses pour les Kanak. Les tribus rebelles qui se sont rendues sont déplacées (dont celle de Farino). Dès 1879, sont promulguées les lois d’amnistie pour une partie des bagnards, mais astreints à rester sur le territoire. Vers 1899, la Nouvelle-Calédonie compte 20 000 habitants d’origine européenne, dont la 1/2 d’anciens bagnards. Le code de l’indigénat de 1874 est totalement appliqué à partir de 1887 : privation pour les ‘’sujets français’’ de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques ; conservation sur le plan civil de leur seul statut personnel, d’origine religieuse ou coutumière. L’espace autochtone est restreint, par confiscation des terres des rebelles, et accaparement des terres par la colonie. La spoliation signifie le cantonnement des mélanésiens dans des réserves étriquées. De 1891 à 1912, en Grande Terre, les réserves descendent à 13 % de la superficie initiale.
L’expansion coloniale reprend. En 1883, il n’y a pas de propriété inférieure à 600 ha, la moyenne est de 1000 ha, la maximale de 10.000. La découverte de la garniérite, minerai à forte concentration de nickel date de 1870 et provoque une « ruée vers le nickel ». Thio, capitale du nickel à partir de 1875. L’exploitation minière se développe, avec la création en 1880 de la Société Le Nickel (SLN). L’immigration reprend, javanaise, vanuataise….
Les structures sociales kanak sont disloquées : perte de terres coutumières, perte de grottes où reposent les restes des ancêtres, déracinement, perte d’identité, asthénie durable, dénatalité, abandon de pans entiers de la coutume. Le 1° recensement officiel donne 42 519 kanak en 1887, 27 768 en 1901, (ce qui constitue une saignée de 5 % de la population mélanésienne) dont 17 000 sur la Grande Terre entre 1900 et 1920. La décroissance démographique des peuples mélanésiens et polynésiens est générale à la fin du 19° siècle: Nouvelle-Zélande, Hawaï, Tahiti, Marquises, Vanuatu, et s’accompagne de résistances à la colonisation et à l’expropriation. Des événements similaires et contempororains ont lieu de la part des Nord-Amérindiens (dont la bataille de Little Bighorn de 1876), les guerres cafres en Afrique du Sud, les aborigènes d’Australie, et les Maoris de Nouvelle-Zélande.
La mémoire collective kanak se manifeste, une dernière fois sans doute, dans les bambous gravés, dont témoigne la collection de Gustave Glaumont, commissaire de l’administration pénitentiaire, en poste à l’Île des Pins de 1880 à 1891. Et pendant ce temps à Paris, l’Exposition universelle de 1889 a son village nègre et son village canaque, avec sa grande case, avec une délégation menée par Pita, fils du grand chef Gélima, de Canala.

11- En 1917, la guerre est bien mondiale!
Paul Feillet, gouverneur entre 1894-1902, veut favoriser la colonisation rurale. Il s’empare des terres les plus fertiles des Kanaks pour les attribuer à de nouveaux colons paysans. Son travail est facilité par la diminution spectaculaire de la démographie kanake, causée par le choc bactériologique (les maladies des Européens sont mortelles pour eux). Notre anthropologue explique que “Feillet regroupe des villages en déplaçant les populations, désaffecte des réserves, violant leur inaliénabilité”. Ces évolutions sont une des causes de la révolte kanak de 1917,
En 1916, puis en 1917, 2 cyclones très violents causent de sérieux dommages. Pour comprendre cette révolte, il faut prendre en compte que les tribus kanak sont loin d’être unies contre l’adversaire colonial. Il y a les animistes, les protestantes, les catholiques, à l’intérieur desquelles il a des rivalités ou des amitiés. Ajoutons à cela, les divisions entre loyalistes au pouvoir colonial, les proches des colons et les indépendantistes. Il existe donc des guerres coutumières ( de chefferies), ou des solidarités claniques. Les guerres tribales diminuent mais on note encore: la guerre de Hienghène (1897), la guerre de Poyes (1901). Elles sont durement réprimées par l’admnistration coloniale.
La révolte kanak de 1917 est un soulèvement de tribus kanaks contre l’administration coloniale en pleine guerre mondiale. Le statut de l’indigénat (1887-1946) fait des Kanaks, des « sujets français » , et non pas « citoyens français ». Il les soustraie donc à la conscription dans les armées françaises. La France a déjà beaucoup de bons guerriers, et n’a donc pas besoin des “redoutables guerriers kanaks.” Mais ils sont invités à participer à la victoire finale, d’autant que le lot commun (pécule, logement, uniforme, armement, nourriture, soins médicaux, hospitalisation, transport, rapatriement) leur est promis, plus des avantages ( médaille(s), suppression de l’impôt de capitation, emploi réservé, citoyenneté, lot de terres en toute propriété). Et des menaces sont également proférées pour les tribus qui n’enverraient pas de volontaires qui sont en fait, des requis.

Elles organisent un pilou (fête avec danse guerrière traditionnelle) à Tiamou en avril pour désamorcer les tensions grandissantes entre les tribus animistes et les catholiques. Le chef de Tiamou, Noël Néa Ma Pwatiba, se ravise le jour de la cérémonie et brûle sa case en signe de révolte contre l’autorité française. Après l’arrestation de membres de sa tribu, il se réfugie dans la brousse et entame avec d’autres membres de tribus animistes, dont Cavéat, chef de Ouen-Kout, une forme de guérilla contre l’administration française qui les traque dans les montagnes jusqu’en mai 1918.
Le départ de 2 000 hommes à la guerre, perturbe la tenue des exploitations et la vie des villages. Les conditions de vie des de toutes les communautés se dégradent. Mais les rebelles attaquent (arc, casse-tête, hache, lance/sagaie, fronde, fusil contre Chassepot, Lebel, Remington, Winchester) des stations (habitations, exploitations, ranchs, fermes) : brutalités, exactions, destructions de biens, spoliations, incendies, crimes, massacres. C’est la guerre à Konè, Tipindjé et Hienghène. L ’ensemble des troubles aurait été le fait de 300 guerriers, partiellement soutenus par les populations. La répression suit : harcèlement, mitrailleuse, incendie de village sympathisant des rebelles, destruction de cultures…
Le désarroi kanak s’accompagne de méfiance entre clans rebelles et clans loyaux, d’échanges de réconciliation, d’un appel kanak au dialogue avec les colonisateurs. Les Mélanésiens connaissent l’aggravation de l’impôt de capitation (1923, 1933), l’accroissement des prestations exigées pour participer à « l’effort de colonisation » (réquisition, travail obligatoire pour les services publics, en 1925 et 1929 ( 3 mois/an )
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الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد 71، بتاريخ 11 من أيار/مايو 2024

متابعات، نشرة أسبوعية – العدد 71، بتاريخ 11 من أيار/مايو 2024 : الطاهر المعز
يتضمن العدد الواحد والسبعون من نشرة « متابعات » الأسبوعية أخبارًا عن جبهة الأعداء، وتعليقًا عن الدّيمقراطية في البلدان الرأسمالية المتطورة، خصوصًا منذ انتشار وباء « كوفيد-19 » وفقرة عن بعض الوضع في الدّول الإفريقية التي تدهورت علاقاتها مع فرنسا والولايات المتحدة، وفقرة عن أساليب استغلال العُمّال وأساليب الإحتيال التي تتوخّاها مجموعة ماكدونالدز، كنموذج للشركات العابرة للقارات، وفقرة عن إقرار « عُقُوبات » جديدة على بعض المعادن الروسية وفقرة عن الحرب التجارية والإقتصادية والتكنولوجية التي تشنها الولايات المتحدة وحلفاؤها على الصّين وفقرة عن التّشدّد الأوروبي تجاه المُهاجرين من العرب والأفارقة، رغم حاجة الشركات الأوروبية للعمالة الأجنبية، وأدّت القوانين الأوروبية الجديدة إلى تعزيز صفوف الأحزاب اليمينية المتطرفة…
في جبهة الأعداء – 1
نَقَلت الصحف الصهيونية قبل بضعة أشهر خَبَرَ حُصول النظام المغربي على 150 طائرة آلية من الكيان الصهيوني (أكد النظام المغربي صِحّة الخبر)، وأكدت شركة بلوبيرد الصهيونية يوم 20 نيسان/ابريل 2024، افتتاح مصنع لتصنيع الطائرات بدون طيار قريبًا في المغرب، مقابل استخدام الجيش المغربي لهذه الطائرات الآلية ضد الجبهة الشعبية لتحرير الساقية الحمراء ووادي الذّهب (بوليساريو) ولتهديد الجزائر، واعلن الطّرفان المغربي والصّهيوني إن هذا التعاون العسكري يُشكّل علامة أخرى على التقارب بينهما، وسوف يتم استخدام المصنع الذي تم بناؤه في المغرب لتطوير طائرات آلية من نوع « سباي إكس كميكاز » يبلغ مدى تشغيلها حوالي 50 كيلومترًا وتتمتع باستقلالية إجمالية تبلغ 90 دقيقة، وهي قادرة على حَمْلِ 2,5 كيلوغرامًا من الأسلحة التي يتم تثبيتها مباشرة بواسطة نظام تتبع فيديو…
يمتلك المغرب ثاني أكبر ترسانة من الطائرات العسكرية الآلية في إفريقيا بإجمالي 233 طائرة بدون طيار، بعد مصر التي يمتلك جيشها 267 طائرة وقبل نيجيريا بإجمالي 177 طائرة، والجزائر بنحو 121 طائرة آلية، ويدعم الكيان الصهيوني والولايات المتحدة حليفهما الرئيسي في شمال إفريقيا من خلال المصنع الجديد للطائرات الآلية…
في جبهة الأعداء – 2
لم تهتم وسائل الإعلام الأمريكي والأوروبي بعشرات الآلاف من الضحايا الفلسطينيين بمن فيهم حوالي 15 ألف طفل، ولكنها نشرت في صفحاتها الأولى (بخط متوسط وليس بخط عريض) خبر قتل الكيان الصهيوني – بصورة مُتعمّدة – سبعة أعضاء من منظمة المطبخ المركزي العالمي ( World Central Kitchen – WCK ) وهي منظمة غير الحكومية يُديرها الطباخ خوسيه أندريس ( أمريكي من أصل إسباني) لأن هذه المنظمة هي غطاء لوكالات التجسس الأمريكية والبريطانية، ومن بين الأعضاء السبعة المقتولين كان ثلاثة منهم جواسيس بريطانيين قاتلوا في أفغانستان والعراق ويوغسلافيا وغيرها، وكانوا يعملون لدى شركة المرتزقة البريطانية (Solace Global ) المرتبطة بالمخابرات البريطانية، وتُشغّل هذه الشركة قَنّاصة وجنود وضُبأط البحرية أوعضاء سابقين في القوات الخاصة البريطانية، ولم يسافروا لإطعام الفلسطينيين الجائعين في غزة، بل أرسلتهم وكالات التجسس البريطانية ضمن صفوف منظمة إنسانية للتّجسّس على المنظمات الفلسطينية وتحديد مكان الرهائن، وتُعدّ هذه المنظمة الإنسانية المُزَيّفة (المطبخ المركزي العالمي) جزءًا من أصابع اخطبوط التّجسس التابع للحكومة الأمريكية والبريطانية، ضمن سياسات مُحاصرة الشعب الفلسطيني وتفكيك منظمة غوث وتشغيل اللاجئين التابعة للأمم المتحدة (أنروا)، والتي قتل الجيش الصهيوني حوالي 180 من موظفيها ودَمَّر نحو 165 من مُنْشآتها – ولم يبق سوى تسعة مراكز صحية من أصل 24 مركزا – في غزة بين السابع من تشرين الأول/اكتوبر 2023 والعشرين من نيسان/ابريل 2024، وأوقفت معظم الدّول الإمبريالية تمويل المنظمة (بما فيها سويسرا والدّول التي تَدّعي الحياد) لأنها أحد الشواهد على النكبة ( 1948) وتهجير الشعب الفلسطيني من وطنه، ويرغب الكيان الصهيوني بدعم أمريكي وأوروبي وبتواطؤ من الأنظمة العربية القضاء على « أنروا » وحرمان الشعب الفلسطيني من الخدمات الأساسية التي يحتاجون إليها لدَفْعهم نحو الهجرة القَسْرِية بعيدًا عن وطنهم وعن البلدان المُحيطة بفلسطين
حقيقة الدّيمقراطية في عصر النّيوليبرالية
تَميّزت الدّيمقراطية البرجوازية بالتّمسّك بإجراء الإنتخابات في أوانها، وبطُغيان الشّكل مع إهْمال أو مُخالفة جَوْهَر الدّيمقراطية، وكان التّسلّط والقرارات الفَوْقِيّة ومظاهر الدّكتاتورية واضحة خلال جائحة كوفيد 19، حيث فرضت الدّول التي تتبجّح بتطبيق الدّيمقراطية قوانين الطوارئ وإلغاء دور مُؤسسات التّشريع والمُحاسبة وتضخيم دور المُؤسسات العسكرية والأمنية، كما في حالة الحرب، والتّدابير القَسْرِية – مثل الحَبْس المنزلي وحظر التّجول- بهدف السيطرة على حركة المواطنين وتعميم الرقابة الإلكترونية بواسطة الطائرات الآلية والأقمار الصناعية، وفَرْض الطّاعة العمياء على جميع فئات السّكّان، وكشفت الأخبار فساد العديد من المُؤسسات السيادية والمسؤولين – مثل رئيسة المفوضية الأوروبية وزوجها –عند توقيع عُقُود شراء الأقنعة واللقاحات والمواد المُطَهِّرَة من الشركات الأمريكية التي قَدّمت رشاوى، واستبعاد اللقاحات الكوبية أو الروسية والصينية ( ويتشدّقون بضرورة المُنافَسَة والتجارة الحرة)، ووزّعت حكومات الدّول الغنية المال العام على المصارف والشركات الكبيرة والأثرياء، بينما فقَد ملايين الكادحين وذوي الوضعيات الهَشّة وظائفَهُم ودخْلهم، وتمت تجربة العمل عن بُعد الذي يُمكّن الشركات من زيادة أرباحها من خلال زيادة إنتاجية العاملين وخَفْض الإنفاق على كراء المحلات والكهرباء وما إلى ذلك.
يُفْتَرَضُ إن وسائل الإعلام حُرّة ولا تخضع لقيود، لكنها مملوكة للدّولة – أي سُلْطة الرّأسمالية – أو للأثرياء، ولذلك تُساهم في تَخْدِير الرأي العام ونَشْر الإيديولوجية البرجوازية، وتفادي نقد قرارات السّلطة الإستبدادية، بل دَعَت وسائل الإعلام ( وخصوصًا شبكات التلفزيون) عُلماء وخُبراء يدعمون خطاب وقرارات السّلطات التنفيذية (الحكومات) ويَسْخَرُون من المعارضين لقرارات الحكومة ولطريقة إدارة « الأزمة الصّحّيّة »، وينتقدون إلزامية التطعيم أو تسليط عقوبات وغرامات على المُشكّكين في جدوى الخطاب الرّسمي، أو يعترضون على احتكار اللقاح من قِبَل الدّول الغنية، بل رفضت الولايات المتحدة دُوَل الاتحاد الأوروبي الطّلب الذي قدّمته حكومة إيران للحصول على قَرْض طارئ من صندوق النقد الدّولي لإدارة أزمة « كوفيد-19 » وللحصول على معدات طبية مثل أجهزة التنفس.
شكل انتشار الوباء فُرْصَةً لتغيير العلاقات بين العاملين وأرباب العمل، وبالأخص في قطاعات التجارة والخدمات، حيث أصبح الموظفون يعملون بدون ضمانات وبرواتب ضعيفة، في بيئة « افتراضية » ( غير مادّيّة) لا تُناسب العمل النقابي لأن هذه الشركات – مثل أمازون وشركات التجارة والتّوصيل والإتصالات والخدمات عن بُعْد – تستغل ملايين العاملين المَعْزُولين في بلدان عديدة، حيث لا علاقة لهم بزملائهم، وتم توظيفهم جميعًا بواسطة « تطبيقات » إلكترونية، ما يُؤَدِّي إلى إِضْعاف العمل النّقابي وإلى عدم قُدْرَة العُمال على التّفاوض الجماعي من أجل تحسين ظروف عملهم وأُجُورِهم
تُظهر بيانات البنك العالمي والمُؤسسات المُماثلة اتّساع الفَجْوة الطّبقية وعدم المساواة على المستوى العالمي، منذ انتشار جائحة « كوفيد 19 » وازدات معها ثروة الأثرياء وزادت حِدّة المَيْز الطّبقي والعُنصري والقمع الوحشي للإحتجاجات، بالتوازي مع زيادة حصة اليمين المتطرف في البرلمانات ومؤسسات السّلطة، في الدّول الرأسمالية المتقدّمة التي تَدّعي تطبيق الدّيمقراطية، وتنقد روسيا والصين وإيران وفنزويلا وغيرها بذريعة التّسلّط وعدم تطبيق الدّيمقراطية…
أدّى انحسار الديمقراطية في الدّول الرأسمالية المتقدمة إلى عَزْل الأقليات الدينية والعرقية وإلى توجيه الغضب الشعبي نحو « العدو الداخلي » (العمال المُهاجرين أو السّود في الولايات المتحدة أو المسلمين في أوروبا) وبذلك يتم إشعال نار الخصومات والنزاعات بين العاملين والفُقراء ومن هم في أسفل درجات السُّلَّم الاجتماعي، لتتمكّن الرأسمالية من استغلالهم واضطهادهم جميعًا دون مُعارضة أو إزعاج، وينطبق ذلك على المستوى الدّولي حيث تُوَجِّهُ وسائل الإعلام الرأي العام الدّولي لدعم الكيان الصهيوني الذي يُمارس الإبادة والتّهجير ضد الشعب الفلسطيني منذ أكثر من خمس وسبعين سنة، لأن الكيان الصهيوني جُزْءٌ من الرأسمالية العالمية (الإمبريالية) ومن القُوى الإستعمارية التي تَضْطَهِدُ شُعوب العالم…
هناك مُفارقة قَويّة بين عَوْلَمَة القوى الرأسمالية والإمبريالية وتَشَتُّت القوى العاملة والطّبقات المُسْتَغَلّة والشُّعُوب المُضْطَهَدَة، ووجب العمَل على توحيد عُمال العالم والشعوب الواقعة تحت الإستعمار والإضطهاد ضد الإستغلال والإضطهاد الإمبريالي…
إفريقيا الغربية
تدهْورت علاقات الإمبريالية الفرنسية مع بعض مستعمراتها السابقة في المنطقة المُحيطة بالصحراء الكُبرى التي تُسميها منطقة « السّاحل »، خصوصًا بعد الإنقلابات التي نفذتها جُيُوش مالي والنّيجر وبوركينا فاسو، وأعلنت السلطات العسكرية في بوركينا فاسو مُؤخرا طَرْد ثلاثة دبلوماسيين فرنسيين للاشتباه في قيامهم « بالتجسس وبأنشطة تخريبية »، مما يرفع عدد الدبلوماسيين الفرنسيين المطرودين من البلاد إلى سبعة منذ كانون الأول/ديسمبر 2023 وفق مذكرة رسمية مؤرخة يوم الثلاثاء السادس عشر من نيسان/ابريل 2024، تطلب من هؤلاء الدبلوماسيين « مغادرة أراضي بوركينا فاسو خلال الـ 48 ساعة القادمة »، وسبق أن أعلنت حكومة بوركينا فاسو يوم الأول من كانون الأول/ديسمبر 2023 /كانون الأول، إلقاء القبض على أربعة مسؤولين فرنسيين وسجنهم واتهامهم بالتجسس ولا يزالون تحت الإقامة الجبرية، كما طردت حكومة بوركينا فاسو، خلال كانون الأول/ديسمبر 2022، إثنين من الفرنسيين اللذَيْن كانا يعملان في شركة محلية، للاشتباه في كونهما جواسيس.
طلبت الحكومة العسكرية لبوركينا فاسو، خلال شهر أيلول/سبتمبر 2022، إنهاء العمل بالاتفاقية العسكرية لسنة 1961 مع فرنسا، وانسحاب القوات الفرنسية، وتدهورت العلاقات إلى درجة عدم استبدال السفير الفرنسي في واغادوغو، الذي تم إبعاده بعد الانقلاب الذي طَوَّرَ علاقات البلاد مع مالي والنيجر وروسيا، وأشارت وكالة رويترز ( 20 نيسان/ابريل 2024) إلى وُصول جنود وضباط من روسيا إلى النيجر في بداية شهر نيسان/ابريل 2024، مع مُعدّات لتعزيز الدفاعات الجوية للبلاد وتدريب جيش النيجير على استخدام المعدات الجديدة، بعد احتجاج آلاف المواطنين النيجريين ضد الوُجُود العسكري الأمريكي، وإعلان الحكومة إنهاء العمل باتفاق التعاون العسكري مع الولايات المتحدة التي تمتلك ثلاث قواعد عسكرية، من بينها قاعدة هامة للطائرات الآلية بمدينة أغاديز، ما اضطر وزارة الخارجية الأمريكية إلى الإعلان يوم 20 نيسان/ابريل 2024 عن « انسحاب أكثر من ألف جُندي أمريكي من النيجر (من إجمالي حوالي 1500 جندي) خلال الأشهر المقبلة »، في أعقاب التوجه الأمني الجديد للنيجر تجاه روسيا وإيران، غير إن المفاوضات مُتسمرة بشأن مستقبل القاعدة الجوية الأمريكية في صحراء النيجر، والتي تبلغ تكلفتها 110 ملايين دولار، وكانت الولايات المتحدة قد أقرّت منذ 2006 تعزيز وجودها العسكري في إفريقيا من خلال إنشاء القيادة العسكرية الأمريكية في إفريقيا « أفريكوم »، والتركيز على المنطقة المحيطة بالصحراء الكُبرى…
تُنتج النيجر اليورانيوم الذي تستغله شركة أريفا الفرنسية، وبعض الشركات الأخرى، ومنها شركة اليورانيوم الكندية (GoviEx ) التي تستغل منجم « ماداويلا » منذ 2015، ولكنها لم تنفذ البرنامج المتفق عليه والذي يُلزم الشركة ببدء العمل في غضون عامين من تاريخ الحصول على تصريح التّشغيل، وفَوّتت الشركة الكندية على حكومة النيجر فرصة الحصول على موارد إضافية فيس ظل ارتفاع سعر اليورانيوم إلى أعلى مستوياته على الإطلاق، وهو المورد الأكثر أهمية في قطاع التعدين في النيجر ويمثل 6,7% من الناتج المحلي الإجمالي وتريد حكومة النيجر الإستفادة من ارتفاع أسعاره.
ماكدونالدز نموذج الشركات العابرة للقارات
تُمثل مجموعة « ماكدونالدز » إمبراطورية عالمية تمتلك أكثر من أربعين ألف مطعم ولا يُظهر الإعلان الإشهاري الكاذب لهذه الشركة متعددة الجنسيات الاستغلال المفرط وظروف العمل السيئة التي يعاني منها أكثر من 2,5 مليون موظف، حيث يتعرض الموظفون ومديرو المطاعم لضغوط مستمرة من رؤسائهم كل يوم وكل دقيقة، ويضطر الموظفون للعمل عشرات الساعات الإضافية غير مدفوعة الأجر كل شهر، ويُعتَبَرُ أي مطعم ماكدونالدز مصنعًا لا تُحْتَرَمُ داخله إجراءات النظافة وسلامة الغذاء، حيث يصبح العمل ميكانيكيًا، يرتكز على السُّرعة ويتم تنفيذه « على خط التجميع » ويتم تحضير المنتجات مسبقًا، لتكون جاهزة في أوقات الذروة، حيث تكتسب كل ثانية أهميتها، لأن الهدف الرسمي هو عدم تجاوز 90 ثانية لكل طلبيّة، رغم نقص الموظفين، الذين يضطرون في وقت الإغلاق إلى التوفيق بين خدمة آخر الزبائن وتنظيف الأجهزة، خلال فترة زمنية محدودة للغاية، ومعظم هؤلاء العاملين من الشباب أو الطلاب من ذوي الخبرة القليلة والتدريب الضعيف، وتُجبرهم شركة ماكدونالدز على الإحتيال وخَرْق القانون وقواعد السّلامة الغذائية، من خلال وَضْعِ ملصقات جديدة لتمديد تواريخ الاستخدام على المنتجات والمكونات غير المباعة والتي فات أجَلُ استهلاكها، وخلال الليل بعد انتهاء فترة الدّوام الرّسمي، من الساعةالتّاسعة مساءً إلى الثّامنة صباحًا، يأتي دَوْرُ العمال غير المستقرين أو غيرال نظاميين، الذين يُشَغِّلُهم مُقاولون من الباطن برواتب زهيدة لتنظيف المطاعم يوميًا، دون أي يوم عطلة، وظروف عملهم مزرية جدّا ويضطرون إلى العمل لساعات إضافية مجانية.
يعتمد نموذج عمل ماكدونالدز على قاعدتين: الأولى هي المنافسة الدائمة بين العمال، مما يؤدي إلى تدهور ظروف العمل والعلاقات بين الموظفين، والثانية هي الاحتيال الضريبي، حيث تقوم مجموعة ماكدونالدز بتحويل رسوم الامتياز إلى الشركة الأم في كل قارة أو إقليم، ويقع مَقَرُّها عادَةً في ملاذ ضريبي، مما يسمح للشركة بتخفيض التزاماتها الضريبية، وفي العام 2022، اعترفت الشركة جزئيًا بهذه الممارسات في فرنسا ووافقت على دفع غرامة قياسية قدرها 1,25 مليار يورو لتَجَنُّبِ المحاكمة.
تنظم ماكدونالدز عمل المطاعم من خلال عزل كل مطعم عن غيره مع تعزيز معدل دوران الموظفين الشباب بدوام جزئي، بين المطاعم، وتهدف هذه الاستراتيجية إلى منع تشكيل النقابات التي تناضل من أجل تحسين ظروف العمل، وتستخدم الشركة جميع الوسائل الممكنة لتعزيز النزعة الفردية والمنافسة بين الأفراد، وإلغاء مبدأ التضامن والمساعدة المتبادلة بين العاملين.
سَبَقَ أن نجحت مجموعات صغيرة من الموظفين، من خلال الإضرابات، في تحسين ظروف العمل والأجور في بعض البلدان، وقد تُشكّل نضالات العاملين وتأسيس نقابات تُمثلهم في شركتي أمازون وستاربكس في الولايات المتحدة خطوة مهمة ونموذجاً لعمال ماكدونالدز وكوكاكولا وولمارت وغيرها من المجموعات التي تُحارب العمل النقابي…
معادن
أقرّت الولايات المتحدة وحلفاؤها من حلف شمال الأطلسي حظْرَ استيراد الغاز الطبيعي والنّفط والفحم من روسيا، منذ شباط/فبراير 2022، تاريخ بداية الحرب في أوكرانيا، ثم أقرت عقوبات أخرى وآخرها على بعض المعادن فارتفعت أسعار الألومنيوم والنيكل والنّحاس بنسبة 10% تقريبًا وبلغت أعلى مستوياتها على الإطلاق بعد الإعلان عن العقوبات الأمريكية والبريطانية الأخيرة ضد المعادن الروسية، وتحظر القيود الجديدة المفروضة على الأسواق توريد المعادن الثلاثة من روسيا إلى بورصة لندن، وهي المنصة التي يتم فيها تحديد الأسعار المرجعية العالمية، وكذلك إلى بورصة شيكاغو التجارية وقد تُؤَدّي هذه العقوبات إلى تقلبات في الإمدادات من روسيا إلى الأسواق الغربية، لأن روسيا من أهم المُصدِّرِين العالميين للمواد الخام وتبلغ حصتها في الأسواق العالمية نحو 6% من النيكل، و5% من الألومنيوم، و4% من النحاس، ولذلك سوف تُؤَثِّرُ الإجراءات الجديدة بشكل كبير على التجارة العالمية في المواد الخام، رغم تَسْويق جزء كبير منها خارج مستودعات بورصة لندن للمعادن…
الحرب التجارية والتكنولوجية
تحتكر الشركة التايوانية « تي إس إم سي » ( TSMC ) تصنيع أشباه المواصلات والمُعالجات الدّقيقة، وتايوان حليف أساسي للإمبريالية الأمريكية التي تُريد خَنْقَ اقتصاد الصّين ومَنْعها من تطوير التكنولوجيا وقطاع الإتصالات، ما يضطر الصين إلى اللُّجُوء إلى شركاتها الكبرى، مثل هواوي، لكسر الحصار الاقتصادي، من خلال تحقيق الاكتفاء الذاتي في مجال تطوير الرقائق الإلكترونية، خصوصًا وإن الجيش الأمريكي يراقب عن كثب شركة تي إس إم سي ويُشرف على نشاطها، وأعلنت شركة هواوي عن بناء مجمع للبحث والتطوير في شنغهاي باستثمارات قدرها 1,66 مليار دولار، بهدف تقليل اعتمادها على الشركات الأجنبية رغم الحصار الاقتصادي الأمريكي.
تتمثل استراتيجية شركة هواوي في إنشاء بنية تحتية جديدة، وفي إغراء ذوي الخبرات والمؤهلات في قطاع الإتصالات والتقنيات الحديثة برواتب مرتفعة وحوافز مُغْرِيَة وتمكّنت من اجتذاب مُهندسين كانوا يعملون في شركات عالمية رائدة بهدف تسريع إنجاز مشروع الاكتفاء الذاتي التكنولوجي، وتطوير تقنيات متقدمة لم يعد بإمكانها استيرادها من دول أخرى بفعل الحصار الأمريكي، وشجعت الحكومة الصينية شركة هواوي على التّعاون مع شركات محلّيّة أخرى في مجال تصنيع أشباه الموصلات واتفقت هذه الشركات على استثمارات مشتركة لتلبية احتياجات السوق المحلية، فيما تسعى شركة هواوي، من خلال استثمارها الضخم في مُجَمَّع شنغهاي الجديد إلى تحقيق الاكتفاء الذاتي في تكنولوجيا أشباه الموصلات، وتأمين سلسلة توريد التكنولوجيا الخاصة بها وتعزيز مكانتها في السوق العالمية…
الإتحاد الأوروبي
اتفق البرلمان الأوروبي والدول الأعضاء الـ 27، خلال شهر تشرين الأول/اكتوبر ثم منتصف كانون الأول/ديسمبر 2023، على « إصلاح سياسة الهجرة » وإقرار قوانين جديدة مُتشدّدة مُعادية للمهاجرين وطالبي اللجوء، تتضمن حَبْس طالبي اللجوء في مركز الاحتجاز، وتمويل سُجون كبيرة جديدة وتجهيزات رقابة في بلدان المغرب العربي ( دُول عُبُور المهاجرين) لاعتقال كل من يعتزم الهجرة إلى أوروبا بشكل غير نظامي، واستقبال المتقدمين المرفوضين الذي يتم ترحيلهم من أوروبا…
يدعم هذا التّشدّد الأوروبي أحزاب اليمين المتطرف التي تحكم عددًا من بلدان أوروبا وارتفع عدد نوابها في البرلمانات الوطنية والمحلية والبرلمان الأوروبي، رغم اقتصار برامجها على كراهية الأجانب وخُلُوّها من أي حلول للأزمة الإقتصادية وللتضخم وعجز الميزانية وأزمة البطالة والفقر وشُح السكن اللائق.
يأتي المهاجرون غير النظاميين إلى أوروبا من البلدان التي دَمّرها حلف شمال الأطلسي، أي الدّول الأعضاء بالإتحاد الأوروبي، ومن جهة أخرى تستغل الشركات الأوروبية المهاجرين في مجالات عديدة كالرعاية الصحية والإتصالات والتقنيات الحديثة وغيرها، وتُشغل المهاجرين غير النظاميين برواتب منخفضة جدًّا بدون تسديد أي ضرائب أو رُسُوم أو اشتراكات في مؤسسات التّأمين الإجتماعي، وأعلن اتحاد أرباب العمل بألمانيا حاجته إلى 1,8 مليون عامل مهاجر، وتحتاج النمسا ما لا يقل عن نصف مليون عامل أجنبي، فيما أعلن العديد من مُديري الشركات حاجتهم إلى المهاجرين « لتعزيز القدرة التنافسية للشركات الأوروبية في الأسواق الدولية »
الطاهر المعز
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الطاهر المعز – فيتنام من النّصر التاريخي إلى الرّكوع : فيتنام من النّصر التاريخي إلى الرّكوع

فيتنام من النّصر التاريخي إلى الرّكوع : فيتنام من النّصر التاريخي إلى الرّكوع : الطاهر المعز
السياق التاريخي
بعد استعمار فرنسي لفترة ثماني سنوات، ثار الشعب الفيتنامي بقيادة الحزب الشيوعي، وألحق هزيمة عسكرية حاسمة بفرنسا، القوة الاستعمارية الكبرى، في موقعة « ديان بيان فو » التي دارت بين قوات اتحاد تحرير فيتنام والجيش الفرنسي الذي كان مدعومًا من قوات من حلف شمال الأطلسي (الناتو)، لفترة 57 يوما، من 13 آذار/مارس إلى السابع من أيار/مايو 1954، ومَكَّنت هذه المعركة الشعب الفيتنامي من الإنتصار العسكري وإلحاق هزيمة نكراء بالجيش الفرنسي، رغم دعم الإمبريالية الأمريكية لفرنسا ورغم تفجيرات النابالم والتعذيب ومقتل مليون فيتنامي، وشنّ 50 ألف مقاتل من الفيتناميين، بقيادة الجنرال فونغوين جياب هجومًا كبيرًا ومفاجئًا على الحامية الفرنسية البالغ عددها نحو 16 آلف جندي مُسلّح بالمدفعية الثقيلة في قاعدة ديان بيان فو وَوضعت هذه الهزيمة حداً لقرن من الاحتلال الفرنسي لدول الجوار (لاوس وكمبوديا)، وتم نقل ضباط الجيش الفرنسي المهزوم من « الهند الصينية » إلى الجزائر (الجنرال راؤول سالان 1899 – 1984 أو العقيد مارسيل بيجارد 1916 – 2010…) حيث انتقموا من الشعب الجزائري، ثأْرًا لهزيمتهم في فيتنام، وتُعْتَبَرُ هذه الهزيمة حدثًا ذا أهمية كبيرة في تاريخ الشعوب المستعمَرة آنذاك، إذ انطلقت حرب الاستقلال الجزائرية بعد أقل من سبعة أشهر، في الأول من تشرين الثاني/نوفمبر 1954، وانعقد مؤتمر باندونغ لدول عدم الإنحياز خلال شهر نيسان/ابريل 1955…
اختار الجيش الفرنسي موقع قاعدة ديان بيان فو بسبب تضاريس المنطقة المتكونة من سهول تحيط به تلال صغيرة بنيت عليها نقاط دعم تحمل أسماء نساء فرنسيات، مثل غابرييل وبياتريس ودومينيك وإليان وكلودين، وحاصر الجيش الفرنسي هذه القاعدة بشكل يُعَسِّرُ على القوات الفيتنامية التراجع أو تلقي الإمدادات والتّعزيزات، ولم يكن قادة الجيش الفرنسي على دراية بعبقرية الجنرال جياب، الاستراتيجي البارع الذي كان قد خطط لكل شيء، واستعد مسبقا لخوض المعركة من خلال حفر خنادق تمتد على عدة كيلومترات لتبلغ الجبال المحيطة بمنطقة ديان بيان فو، مما سمح للجنود الفيتناميين بنصب أسلحتهم المدفعية حتى فوق الصخور وضمان تموين الجنود من قِبَلِ السكان. لقد كانت معركة عسكرية وشعبية أدّت إلى هزيمة مُذِلّة للجيش الفرنسي، وإلى اعتراف الحكومة الفرنسية رسميا خلال ندوة جنيف (20-21 تموز/يوليو 1954) باستقلال فيتنام.
كان الجيش الثوري الفيتنامي يعتبر إلى القاعدة العسكرية فخًّا يستطيع من خلاله سحق القوات النظامية الفرنسية التي تتفاخر جنرالاتها بقوة النيران التي يملكونها للقضاء على قوة أكبر منهم بأضعاف، وقبل المعركة، جاء نائب الرئيس الأميركي ريتشارد نيكسون، الذي أصبح فيما بعد رئيساً للولايات المتحدة، لتفقد بناء هذه القاعدة العسكرية وللتأكد من استخدام الاستثمار الأميركي في الهند الصينية بشكل فعال، وأعرب عن ارتياحه وثقته بقدرة القاعدة المذكورة على تأمين المصالح الغربية في الهند الصينية لفترة طويلة الأمد.
تُعتبر معركة ديان بيان فو – شمال غربي فيتنام، على الحدود مع لاوس – انتصارًا للثوار الفيتناميين، بقيادة الزعيم هوشي منه ( 1890 – 1969 ) والجنرال فون غويان جياب ( 1911 – 2013 ) ومسمارًا في نعش الإستعمار الفرنسي، ولكنه ليس أول انتصار للشعوب التي استعمرتها الإمبريالية الفرنسية، فقد سبقه انتصار ثوار هايتي ضد العبودية والإستعمار، خلال معركة « فرتيار » ( Vertières – تشرين الثاني/نوفمبر 1803) وتأسيس أول دولة يحكمها السُّود بداية من الأول من كانون الثاني/يناير 1804، لكن تحالف القوى الإستعمارية جعل شعب هايتي يُسدّد ثمن انعتاقه غاليا، ولا تزال البلاد في حالة فوضى وتَفَتّت تحت الإحتلال الأمريكي والأطلسي بغطاء الأمم المتحدة، كما شكّلت معركة ديان بيان فو أطول المعارك دموية في فترة ما بعد الحرب العالمية الثانية، وآخر معركة كبيرة في حرب الهند الصينية (1946-1954)، ونهاية الوجود الاستعماري الفرنسي في آسيا.
كانت الخسائر فادحة، إذ لم ينْجُ سوى 3300 من بين 16200 جندي فرنسي من القتل والأسْر، حيث أسّر الفيتناميون نحو عشرة آلاف جندي، وفُقد نحو ثلاثة آلاف فيما قُتِلَ نحو ثمانية آلاف وأصيب نحو 15 ألفا من الفيتناميين.
شاركت في معركة ديان بيان فو حوالي 15 كتيبة من قوات الاتحاد الفرنسي ( المُسْتَعْمَرات الفرنسية)، بما في ذلك فيلق المظليين والرماة المغاربة والجزائريون والوحدات التايلاندية وكتيبة من الجيش الوطني الفيتنامي المُوالي للإستعمار، وأحصت مدينة ديان بيان فو حوالى 13 ألف قتيل أو مفقود وشكّل الانتصار الفيتنامي تحولا تاريخيا ولكن البلاد لم تتوحد إلا بعد سقوط سايغون يوم الثلاثين من نيسان/ أبريل 1975، الذي وضع حدا للحرب الثانية في الهند الصينية مكرسا انتصار الشمال على الجنوب بالرغم من الانخراط العسكري الأميركي في هذه الحرب بفيتنام.
أعلن الرئيس الفيتنامي هوشي منه الاستقلال سنة 1945، بعد هزيمة الجيش الياباني، ومنذ ذلك الحين، خاضت فيتنام مقاومة طويلة ضد المستعمر الفرنسي، وقبل معركة ديان بيان فو بنحو عام، قام المستعمرون الفرنسيون بدعم وتدخل أميركي، بتبني خطة « نافار » لتحويل ديان بيان فو إلى أقوى قاعدة عسكرية في الهند الصينية من أجل السيطرة على كامل شمال غرب فيتنام ولاوس العليا وتدمير القوات الوطنية الفيتنامية وبسط النفوذ الاستعماري على مجمل أقاليم المنطقة، وقبل نحو ستة أشهر من المعركة، قرر المكتب السياسي للحزب الشيوعي الفيتنامي في أوائل كانون الأول/ديسمبر 1953، إطلاق حملة عسكرية تستهدف القاعدة الفرنسية، واعتمد الإستراتيجية القتالية المتمثلة في « هجوم سريع/نصر سريع »، لكن الجنرال فو نغوين جياب عدل من الإستراتيجية بعد النظر في توازن القوى بين الجانبين، واتخذ القرار الأصعب في حياته المهنية بالانتقال إلى مفهوم « هجوم ثابت/ تقدم ثابت »، وبدأ حَفْرُ الخنادق العميقة ووضع الكمائن المتقدمة قرب القاعدة الفرنسية، وتنظيم خطوط الإمدادات اللوجستية والتواصل بين الكتائب العسكرية المختلفة وتنسيق النيران بمشاركة عشرات الآلاف من الفيتناميين استعداداً للقضاء على أكبر معقل فرنسي في الهند الصينية، وتم تعيين الجنرال فو نغوين جياب قائداً أعلى لأكبر حملة لقوات فيات مينه بمشاركة آلاف الجنود والمتطوعين المدنيين وتنظيم الخطوط الأمامية المكلفة بنقل الأسلحة والمدفعية عبر الغابات والجبال، وتُشير البيانات الرسمية الفيتنامية إلى مُشاركة نحو 55 ألف شخص، معظمهم من قوات النخبة في فيتنام، مباشرة في القتال، بمساعدة أكثر من 260 ألف آخرين لتنفيذ المهام اللوجستية في الخطوط الأمامية، ومعهم 21 ألف دراجة محملة بالأسلحة وبالأرز والمواد الغذائية الضرورية، ولم تكن قوات اتحاد تحرير فيتنام ( فيت مينه) تمتلك طعاما كافيا ولا ملابس دافئة، ولا بطانيات، ما جعل الجنود ينامون على قش الأرز، خلافًا للجنود الفرنسيين الذين كانت ظروفهم أحسن بكثير ولا يمكن مقارنتها بظروف المُقاومين المحليين الذين خاضوا ملحمة أدت إلى انتصار تاريخي للشعب الفيتنامي، وإلى توقيع اتفاقيات جنيف لإنهاء الاحتلال.
شارك سُكّان جميع المُقاطعات في إرسال الأموال والمتطوعين والأرز واللحوم والخضروات والخيول وعربات النقل والأخشاب لبناء الطرق والجسور، وأعلن الرئيس هو شي مينه في رسالته ا إلى الجنود يوم 11 آذار/مارس 1954: « إن المهمة صعبة للغاية » ولكنه أعرب عن إيمانه الراسخ بأن « الجنود قادرون على الإنتصار والتّغَلُّب على كل العقبات والمشقات من أجل تحرير البلاد »…ولما انطلقت معركة السبع والخمسين يوما، وخلال شهر من المعارك شدّد الجيش الثوري الحصار وهاجم التحصينات بشكل متزامن، تحت شعار « عازمون على القتال، مُصمّمون على الفَوْز » واستولى الجنود الثوريون على مطار مونغ ثانه، وأجبر العدو على الانسحاب والتقهقر، وسيطرت القوات الفيتنامية في الفترة من 1 إلى 7 أيار/مايو 1954، على كل المواقع في الشرق وشنت هجوماً عاماً لتدمير قاعدة ديان بيان فو العسكرية بأكملها، بحلول منتصف ليل 7 أيار/مايو 1954، وتم القبض على جميع جنود وضباط القوات الفرنسية، وتردّد صدى هذا الإنتصار بسرعة عبر القارات الخمس…
كان الجيش الإستعماري الفرنسي يعتمد – خصوصًا بداية من سنة 1947 – على الكتائب الاستعمارية التي أصبحت تُشكّل أغلبية الجنود المُحاربة في المُستعمَرات الأخرى، وكان جنود إفريقيا جنوب الصحراء في المغرب العربي وجنود المغرب العربي في آسيا، وجميعهم من الفُقراء والأُمِّيِّين الذين يُؤَمّنون الرّزق لأُسَرهم، ولذلك التحق بالكتائب الإستعمارية بين سنتيْ 1947 و 1954، ما لا يقل عن 120 ألف من أبناء المغرب العربي، نصفهم من المغرب، بصفوف الجيش الفرنسي في الهند الصينية، وكان الجيش الثوري الفيتنامي يدعوهم إلى الفرار من جيش الإستعمار، وعندما يقعون في الأسْر، يفصلهم عن الجنود الفرنسيين ويقوم بتوعيتهم وبشرع وَضْعِهِم كمُستعْمَرين يجب أن يُحرّروا بلادهم، وأن يدعموا نضال الشعوب الأخرى، ومنها الشعب الفيتنامي، ومحاربة جيش الإستعمار بدل محاربة الشعوب الأخرى، وكانت هذه الخطة مثمرة حيث التحق العديد من العائدين إلى بلدانهم في حركات التحرر، وبقي بعضهم في فيتنام، ويعتبرهم الحزب الشيوعي الفيتنامي « رفاق نضال »، ومن بينهم نحو 300 جندي أفريقي وأوروبي فَرّوا من الجُندية أو تم أسْرهم خلال معركة ديان بيان فو، واختاروا العيش في فيتنام، ويوجد نصب تذكاري على شكل بوابة بارتفاع عدّة أمتار مستوحاة من العمارة المغاربية، تخليداً لذكرى الجنود المغاربة من « الكتائب الاستعمارية » في الهند الصينية، وبقيت حرب الهند الصينية متجذرة في الذاكرة الجماعية المغاربية بشكل عام، والذاكرة المغربية بشكل خاص، بسبب التحاق عشرات الآلاف ( ما لا يقل عن 120 ألف بين 1947 و 1954 ) من أبناء المغرب العربي بجبهات القتال إلى جانب الجيش الفرنسي في الهند الصينية.
من حرب إلى أخرى
كانت الإمبريالية الأمريكية تدعم العدوان والإحتلال الفرنسيّيْن، « لمقاومة المَدّ الشيوعي » واحتواء الصّين التي يحكمها حزب شيوعي منذ انتصار الثورة سنة 1949، وتريد الولايات المتحدة إلحاق الهزيمة بالمقاومة الفيتنامية التي يقودها الحزب الشيوعي، لذلك وتحملت قرابة 80% من تكلفة الحرب – وفق أوراق البنتاغون ( 1971)- قدّمت دَعْما عسكريا ولوجستيا لفرنسا، ولما بدأت هزيمة الجيش الفرنسي تتضح في ديان بيان فو، طلبت فرنسا غطاء جويا أمريكيا، لكن وزير الخارجية الأمريكي جون فوستر دالاس اقترح على زميله وزير الخارجية الفرنسي جورج بيدو، خلال اجتماع حلف شمال الأطلسي ( باريس 22 نيسان/ابريل 1954) قُنْبُلَتَيْن درِّيّتَيْن لاستخدامهما في فيتنام بهدف وضع حدّ لورطة الجيش الفرنسي التي انتهت باستيلاء الثوار الفيتناميين على حامية وتحصينات القاعدة الفرنسية وإلحاق هزيمة تاريخية بالقوات الفرنسية في « الهند الصّينية » (فيتنام ولاوس وكمبوديا)، ورفضت حكومة فرنسا لأن القنبلة الذرية لن تقضي على قوات فيت منه لوحدها، بل تقضي كذلك على الجنود الفرنسيين، وفق المؤرخ الفرنسي لوران سيزاري، ووفق الكتاب الذي نشره وزير الخارجية الفرنسي آنذاك جورج بيدو بعنوان « من مقاومة إلى أخرى » (منشورات مطبعة القرن باريس 1965) ووفق مذكرات رئيس هيئة الأركان الفرنسية المشتركة (آنذاك) الجنرال بول إيلي، واقترحت الحكومة الأمريكية خلال فترة حكم الرئيس دوايت آيزنهاور ( 1890 – 1969 وكان رئيسًا من 1953 إلى 1961) خطة عسكرية واسعة ودعمًا إضافيا للجيش الفرنسي، يتضمّن قَصْفًا جويا كثيفًا قد يؤدّي إلى التّصادم مع الصّين، ونفذ الجيش الأمريكي بالفعل عمليات قصف مركزة ومكثفة، لكنه غير مُعْلَنة في فيتنام سنة 1954 وفق الكاتب « جون برادوس » ( John Prados ) الذي كتب كثيرًا عن حرب فيتنام وعن « المُهمّات القَذِرة » التي نَفّذَتْها وكالة الإستخبارات الأمريكية في العديد من مناطق العالم، اعتمادًا على الوثائق التي رُفِعَتْ عنها السرية، وكشفت هذه الوثائق عن تواجد حاملات الطائرات الأميركية في خليج تونكين (الواقع بين الصين وفيتنام) وعن تنفيذ رحلات استطلاعية فوق منطقة ديان بيان فو، وعن تعزيز الأسطول السابع (وبه حاملة طائرات) في سواحل اليابان، ومناقشة « عملية النّسر » المُتمثّلَة في إلقاء ثلاث قنابل ذرية صغيرة بواسطة الطائرات العسكرية « بي « 29 و »بي 36″ و »بي 47″، وكانت هذه الخطط مُقدّمة لتورّط الولايات المتحدة في فيتنام، بعد حرب كوريا ( من 1950 إلى 1953) بهدف احتواء الصين التي تقع منطقة ديان بيان فو الأمريكية قُرب حدودها والتي تعتبر – على حَقّ – تواجد القوات العسكرية الأمريكية في كوريا أو في فيتنام تهديدًا لأمْنِها، وكان القادة العسكريون الأمريكيون منقسمين حول التدخل المباشر في فيتنام (عملية النّسر)، بينما كانت صفوف المُؤيّدين تضمّ نائب الرئيس ريتشارد نيكسون ووزير الخارجية جون فوستر دالاس وقادة آخرون، مؤيدين لعملية النسر بحجة « وقف المد الشيوعي » في فيتنام، وعملوا على تشكيل تحالف يضم قوات من بريطانيا وأستراليا ونيوزيلندا (فضلا عن فرنسا) والفلبين وتايلند، مع الإشارة إلى اعتراض الولايات المتحدة على مفاوضات جنيف التي كانت جارية بين فرنسا وفيتنام، وتم توقيع اتفاقية جنيف للسلام في تموز/يوليو 1954، غير إن هذه الإتفاقية قسمت البلاد إلى دولَتَيْن، واحدة شيوعية في الشمال، وعاصمتها هانوي، والثانية في الجنوب وهي مَحْمِيّة « غربية » وعاصمتها سايغون (هو شي مينه حاليا، بعد إعادة التوحيد سنة 1975)، ويخضع هذا التقسيم إلى مقومات الحرب الباردة…
كانت الهزيمة الفرنسية صادمة لفرنسا وللدّول الإمبريالية الأخرى، لأنها أول هزيمة لجيش أوروبي استعماري مُحترف أمام جيش شعبي في المستعمرات، وأدّت الهزيمة إلى تقليص النفوذ الفرنسي في آسيا وإلى تحفيز المُقاومة في المُستعمَرات الفرنسية في إفريقيا، غير إن تلك الهزيمة لم تردع الإمبريالية الأمريكية التي لم تنفذ « عملية النسر » سنة 1954، بفعل اعتراض الكونغرس، لكنها دخلت فيتنام بواسطة دولة فيتنام الجنوبية، قبل أن تتدخل عسكريا بشكل مباشر بعد حوالي ثماني سنوات من هزيمة الجيش الفرنسي في ديان بيان فو، واستمر العدوان الأمريكي على فيتنام وكمبوديا ولاوس من بداية الستينيات إلى نيسان/ابريل 1975 وانتهى بهزيمة عسكرية للجيش الأمريكي بقيادة نفس الجنرال فو نغوين جياب الذي خطط وقاد الغارة التي هزمت فرنسا وفقد الجيش الأمريكي خلال حوالي عشر سنوات من العدوان ( من 1964 إلى 1973) أكثر من 58 ألف جندي…
ديان بيان فو، رمز الكرامة للشعوب المُضْطَهَدَة
هزم الجيش الشعبي الفيتنامي الجيش الفرنسي، أحد أقوى الجيوش الإمبريالية المدعوم من قِبَل الجيش الأمريكي الحليف، وأصبحت فيتنام نموذجا، واكتسب هو تشي مينه – هذا الرجل المتواضع والمتحفظ – مكانة هائلة في أعين الوطنيين من المستعمرات الأخرى، وأصبح فو نغوين جياب رمزًا للصمود ولانتصار الشعوب…
تشكلت الحكومة الفرنسية في فترة ما بعد الحرب العالمية الثانية من مقاتلين سابقين ومقاومين للاحتلال الألماني النّازي، لكن تلك الحكومات المتعاقبة واصلت الحرب في الهند الصينية (فيتنام ولاوس وكمبوديا)، وقمعت بشكل دموي الشعب الجزائري في الثمن من أيار/مايو 1945 وشعب مدغشقر سنة 1947، ومارست تلك الحكومات الرقابة والقمع، وكتب الكاتب الفرنسي « موريس جينفْوا » سنة 1949، أي قبل خمس سنوات من هزيمة ( أـو انتصار) ديان بيان فو : «في كل مكان ذهبت إليه، في تونس أو الجزائر أو المغرب أو السنغال أو السودان أو غينيا أو ساحل العاج أو النيجر، يعتبر الناس أن أحداث الهند الصينية مهمة وحاسمة… »، وفي بلدان المغرب العربي، وخاصة في الجزائر، أجمعت القوى السياسية المحلية على الترحيب بالنجاحات التي حققها الجيش الشعبي في فيتنام تحت قيادة الزعيم هوشي مينه والجنرال فو نغوين جياب، ورغم الرقابة والقمع تضامن عمال الرصيف في فرنسا والجزائر مع الشعب الفيتنامي ورفضوا تحميل المعدات العسكرية المتجهة إلى الهند الصينية، لكن لا تذكر الوثائق التاريخية حركة تضامن واسعة في فرنسا ضد الحروب الإستعمارية، باستثناء مظاهرة الجزائريين في باريس يوم 17 تشرين الأول/اكتوبر 1961 والتي أسفرت عن مجزرة قابلتها الصحف والقوى السياسية ونواب البرلمان بعدم مبالاة مُخيفة، ومُظاهرة أخرى ( شباط/فبراير 1962) بعد توقيع اتفاقيات وقف إطلاق النار، رغم محاولات الحزب الشيوعي الفيتنامي الهادفة تحسيس القوى التقدمية الفرنسية بخطورة الوضع في فيتنام والهند الصينية، وتوجهت الحكومة الفيتنامية بقيادة هوشي منه إلى الشّعوب الواقعة تحت الإستعمار الفرنسي، وكتبت سنة 1949 إلى عبد الكريم الخطابي الذي أسّسَ مكتب تحرير المغرب العربي في المنفى في القاهرة، لتطلب منه إطلاق نداء إلى جنود شمال إفريقيا الموجودين في الهند الصينية ضمن الجيش الفرنسي، واستجاب عبد الكريم فكتب خلال شهر نيسان/أبريل 1949: “إن انتصار الاستعمار، حتى على الجانب الآخر من العالم، هو هزيمتنا وفشل قضيتنا، وإن انتصار الحرية في أي جزء من العالم هو انتصارنا، ويُمثل إشارة إلى اقتراب استقلالنا »، وأرسل الحزب الشيوعي المغربي العضو القيادي محمد بن عمر لحرش، إلى مدينة فيتنام، واشتهر لدى جنود المغرب العربي (بالجيش الفرنسي) باسم « الجنرال معروف »، وكانت مهمته توجيه دعوات الفرار من الخدمة والإلتحاق بقوات المقاومة الفيتنامية، واستجاب العديد من الجنود لندائه.
زادت سلسلة النكسات التي تعرض لها الجيش الفرنسي في الهند الصينية من حدة الوعي بالتضامن بين المستعمرين، في كل مكان تقريبًا في المستعمرات الفرنسية.
تم تصميم Dien Bien Phu كمعسكر راسخ لمنع تقدم الجيش الشعبي الفيتنامي. لكن هزيمة الجيش الفرنسي كانت نقطة تحول أعطت الشجاعة والأمل للشعوب المُسْتَعْمَرَة، وقد تم الاحتفال بهذا النصر الفيتنامي في الأحياء الشعبية للمدن المغاربية حيث تم تقديم طبق مصمم خصيصا لهذه المناسبة، يسمى طبق ديان بيان فو أو طاجين ديان بيان فو، بحسب النائب الديغولي كريستيان فوشيه وجان فوجور، مدير الأمن العام للحكومة الفرنسية آنذاك، وكتب رئيس الحكومة المؤقتة للجمهورية الجزائرية بن يوسف بن خدة ما يلي في مُذَكّراته: “في السابع من أيار/مايو 1954، ألحق جيش هوشي منه هزيمة نكراء بالقوة الإستعمارية الفرنسية في فيتنام… إن كارثة ديان بيان فو مُهِينَة لفرنسا ومُحفّزة لنا (…). هذه الهزيمة المريرة بالنسبة لفرنسا كانت بمثابة صاعق قوي لكل أولئك الذين يعتقدون أن خيار الانتفاضة قصيرة المدى هو الحل الوحيد المُتاح، وهي الاستراتيجية الوحيدة الممكنة (…). ويمكن أن نُجْزم الآن إن العمل المباشر يصبح أوْلوِيّةً تسبق كل الاعتبارات الأخرى، بل يصبح أولوية الأولويات ».
أصبحت معركة ديان بيان فو رمزا لاستعادة الاستقلال الوطني، الذي عبر عنه « معذبو الأرض » في مؤتمر باندوينغ، في الفترة من 18 إلى 24 نيسان/أبريل 1955.
كتب الزعيم الوطني الجزائري فرحات عباس، سنة 1962، في مقدمة كتابه «ليل الإستعمار»: «لم يكن ديان بيان فو نصرًا عسكريًا فحسب، بل تبقى هذه المعركة رمزا للشعوب المستعمَرَة، وتأكيدًا لضرورة مواجهة أهالي آسيا وإفريقيا للجيوش والمُسْتَعْمِرِين الأوروبّيّين. إنه تأكيد لحقوق الإنسان على نطاق عالمي، وفي ديان بيان فو، فقدت فرنسا الشرعية الوحيدة لوجودها، أي منطق القُوّة… »، وبمناسبة الاحتفال بالذكرى العشرين للمعركة، كتب جان بوجيه، الضابط الفرنسي السابق في فيتنام: « إن سقوط ديان بيان فو يمثل نهاية زمن الاستعمار وافتتاح عصر استقلال الدول المُسْتَعْمَرَة… لم يعد هناك، في آسيا أو أفريقيا أو أمريكا الجنوبية، ثورة أو تمرد لا يشير إلى انتصار الجنرال جياب. لقد أصبح إسم ديان بيان فو رمزا لإنهاء الاستعمار ».
من قدوة الشعوب إلى وكيل الإمبريالية
تداولت وسائل إعلام أمريكية وعالمية، منتصف آب/أغسطس 2023، أخبارا حول إمكانية توقيع اتفاقيات شراكة استراتيجية بين الولايات المتحدة وفيتنام خلال زيارة الرئيس الأمريكي جوزيف بايدن إلى هانوي في أيلول/سبتمبر 2023، وتزايدت وتيرة التقارب بين سلطات الحكم في الدّولَتَيْن، منذ سنة 2013، عندما أعلنت الولايات المتحدة حصار الصين عسكريا، وعندما ردّت الصين بإطلاق مبادرة الحزام والطّريق للإلتفاف على الحصار، وجاء تطور العلاقات الفيتنامية الأمريكية رغم العدوان الأمريكي الذي انتهى بهزيمة أعْتَى قُوّة امبريالية سنة 1975 لتتحول العلاقة من حرب تاريخية إلى تحالف ضدّ الصين (جارة فيتنام) خدمة لمصالح الإمبريالية الأمريكية التي تشن حربا اقتصادية وتجارية وإعلامية ضد الصّين، لكن الأجيال الجديدة لم تعد تهتم بالتاريخ (لأن الإعلام الرسمي أهمل تلك الحقبة) حيث انتشر نمط الحياة الأمريكي بين بعض فئات المجتمعن وانتشرت مقاهي ستاربكس ومطاعم ماكدونالدز في هانوي – التي استمرت تسميتها « سايغون » لدى فئات عديدة من السكان – والمدن الرئيسية، ولاقى القادة الفيتناميون الرئيس دونالد ترامب بترحاب كبير في آذار/مارس 2019، في بلد تمكن من إلحاق الهزيمة بجيش الإمبريالية الأمريكية، ثم انتشرت بمدنه مقاهي ستاربكس ومطاعم ماكدونالدز…
أعادت الدولتان العلاقات الدبلوماسية الرسمية بينهما سنة 1995، بعد 20 عاما من انتهاء حرب فيتنام، وكان الرئيس الأمريكي « جوزيف بايدن » خامس رئيس أمريكي يزور فيتنام، لفترة يَوْمَيْن إلى فيتنام (10 أيلول/سبتمبر 2023) بعد حضوره قمة مجموعة العشرين « G-20 » التي انعقدت في العاصمة الهندية نيودلهي، وأسفرت زيارته عن توقيع اتفاقية شراكة استراتيجية شاملة، مُكمّلة لاتفاقية الشراكة الشاملة لسنة 2013 بهدف مُحاصرة الصين وحرمانها من توريد أشباه المواصلات، واتفقت الولايات المتحدة وفيتنام على ترقية علاقاتهما الثنائية إلى شراكة استراتيجية شاملة، ووقعتا اتفاقية بشأن سلاسل توريد أشباه الموصلات وتصنيعها في فيتنام، « لدعم الصناعة الأمريكية »، وفق بيان البيت الأبيض الذي أشاد « بالعلاقات التجارية الوثيقة مع فيتنام » والتي تُمكّن الولايات المتحدة من « تعزيز وجودها في منطقة آسيا والمحيط الهادئ لمواجهة النفوذ الاقتصادي والعسكري الصيني المتزايد » وبلغ حجم التجارة بين البلدين أكثر من 123,86 مليار دولار، سنة 2022، بزيادة قدرها 11%عن سنة 2021…
تسارعت وتيرة التقارب العسكري بين فيتنام والولايات المتحدة واستقبلت فيتنام لحاملة الطائرات الأمريكية يو أس أس رونالد ريغن، مباشرة بعد التوتر حول جزيرة تريتون، ويعني ذلك تقاربا عسكريا قد يؤدي إلى تعاون عسكري وثيق بين سُلُطات الدّوْلَتَيْن ضدّ الصين التي تريد بسْط سيادتها على بحر الصين الشرقي والجنوبي، ما أدّى إلى توسع دائرة خلافاتها مع جيرانها، وخصوصًا من حُلفاء الولايات المتحدة، ومن بينها فيتنام وبروناي والفلبين وأندونيسيا وماليزيا، فضلا عن تايوان واليابان وكوريا الجنوبية، وبررت حكومة فيتنام تقاربها مع الإمبريالية الأمريكية (عَدُوّ الأمس) بالخطر الصيني وبالنزاع حول جزيرة تريتون وجُزُر باراسيل وسبراتلي في بحر الصين الجنوبي، حيث بدأت الصين التنقيب عن النفط وصيد الأسماك وبناء جزر صناعية لإقامة قواعد عسكرية والسيطرة على المجال البحري، رغم احتجاجات الجيران، وخصوصًا قيتنام، وبلغ التقارب الأمريكي/الفيتنامي حدّ عودة البحرية الأمريكية إلى ميناء دانَنْغ الذي يرمز إلى هزيمتها قبل خمس وأربعين سنة…
فيتنام جَنّة الشركات العابرة للقارات:
بعد أزمة الرّهان العقاري بالولايات المتحدة، التي ولّدت أزمة رأسمالية حادّة، غَيّرت الصين برنامجها الإقتصادي الذي كان يعتمد على تصدير السّلع من أجل تحقيق التنمية، إلى الإعتماد على تحقيق التنمية عبر نمو الإستهلاك الدّاخلي، ولذلك قررت الدّولة زيادة الرواتب واستبدال صناعة السّلع الرّخيصة بالتكنولوجيا والسلع التي تتطلب مهارات وخبرات لتحقيق قيمة زائدة عالية، وأدّى هذا القرار الصيني إلى انتقال العديد من مصانع الشركات العابرة للقارات من الصين إلى فيتنام أو بنغلادش وغيرها، وشهد اقتصاد فيتنام نمواً اقتصادياً كبيراً خلال السنوات الماضية، وأصبح اقتصاد فيتنام، سنة 2020، رابع أكبر اقتصاد في مجموعة رابطة دول جنوب شرق آسيا (آسيان) بعد إندونيسيا وتايلاند والفلبين، لكن لا تزال الصين ثاني أكبر سوق لصادرات فيتنام، وتُعدّ فيتنام سادس أكبر سوق لصادرات بكين، سنة 2021، حيث قدر حجم التجارة البينية بين البلدين بنحو 186 مليار دولار، وضخّ الرأسماليون الصينيون والشركات الصينية، خلال النصف الأول من سنة 2023، أكثر من 2,33 مليار دولار في فيتنام ( أكثر من استثمارات اليابان)، وفق وكالة الاستثمار الأجنبي التابعة لوزارة التخطيط والاستثمار الفيتنامية، ولذلك فإن زيادة التّوتّر في بحر الصين الجنوبي مُضِرّة باقتصاد فيتنام، حيث تمر أكثر من 30% من التجارة البحرية الدّولية و 21% من إجمالي حجم التجارة العالمية، أو ما قيمته 3,37 تريليون دولار من البضائع، وقد تُؤَدِّي عَسْكَرَة المنطقة إلى تهديد خطوط التجارة الدّولية وإلى إلحاق الضّرر باقتصاد دُول المنطقة، فضلا عن التحذيرات الصينية من تعزيز التعاون العسكري الذي تجسّم في شراء فيتنام أسلحة أمريكية، من بينها طائرات إف-16، إلى جانب التدريب العسكري والاستخباراتي، لرَدْع الصّين، ورُسُو حاملة الطائرات يو إس إس رونالد ريغان وطرادات الصواريخ الموجهة في ميناء « دان أنغ » الفيتنامي لمدة ستة أيام، بداية من 25 حزيران/يونيو 2023، وهي السفينة الحربية الأمريكية الثالثة التي تزور فيتنام منذ سنة 2018، وكان ميناء « دان أنغ » قاعدة عسكرية أمريكية ضخمة تنطلق منها الطائرات لقصف مناطق عديدة بفيتنام، وفق وكالة رويترز بتاريخ 25/06/2023
خاتمة:
دعمت واشنطن الإحتلال الفرنسي لفيتنام، ولما انهزمت فرنسا، أرسلت الولايات المتحدة مستشارين عسكريين لدعم حكومة جنوب فيتنام الموالية لها، وفاق عدد المستشارين الأمريكيين 17 ألف مستشار عسكري، وبلغ عدد الجنود 600 ألف سنة ، وأدّت الحرب، حتى سنة 1973، إلى قتل 1969 أكثر من 58 ألف جندي أمريكي، وجُرح أكثر من 150 ألفا آخرين، وقتْل ثلاثة ملايين فيتنامي، ثُلُثاهم من المَدَنيِّين، واستخدم الجيش الأمريكي عددا هاما من الأسلحة الفتاكة والمحرمة، والألغام الأرضية والمواد المشعة والكيميائية التي لا تزال آثارها باقية، وقدّرت دراسة نشرتها جامعة هارفارد، إن الحرب خلّفت عشرة ملايين لاجئ فيتنامي ومليون أرملة و880 ألف طفل يتيم، وثلاثة ملايين عاطل، وبلغت نسبة التضخم عند انتهاء المعارك 900%، ولم تَفِي الولايات المتحدة بتعهداتها عند توقيع اتفاقيات السلام بجنيف 1973 واتفاقيات باريس سنة 1975، وتتمثل في تقديم 3,5 مليارات دولار للتعويض عن تدمير للبنية التحتية الأساسية وتعويضات بقيمة مليارَيْ دولار عن استخدام مواد كيميائية أضرت بمليونيْ فيتنامي…
بعد عشرين سنة من انتهاء الحرب، تطورت العلاقات العسكرية وتطورت العلاقات الإقتصادية والتجارية وأصبحت تمثل تحالفا ضد الصين، ووقع البَلَدَان اتفاقية تجارية ثنائية منذ سنة 2000 وسهّلت أمريكا دخول فيتنام منظمة التجارة العالمية سنة 2007، بهدف إدماجها في الإقتصاد الرأسمالي العالمي، وأقامت الشركات الأمريكية العابرة للقارات مصانع بفيتنام، بعد رفع الصين أجور العُمال، وأصبحت فيتنام جنة الشركات العابرة للقارات بفعل انخفاض تكلفة العمالة مقارنة مع الصين وإندونيسيا وماليزيا، في إطار جهود حكومة فيتنام « الشيوعية » ( شيوعية بالإسم ورأسمالية تابعة في الواقع) لجذب الإستثمارات الخارجية لتصبح الولايات المتحدة أكبر الشركاء التجاريين لفيتنام وأصبحت فيتنام مركزا سياحيا للأميركيين ومركز جذب استثماري وتبادل ثقافي، وانتشرت إعلانات شركات ماكدونالدز وستاربكس وفروع مصرف « إتش أس بي سي » والمصارف الدّولية الكبرى، ومراكز التسوق الضخمة، غير بعيد من الحديقة التي يوجد بها تمثال فلاديمير لينين وهوشي مينه…
تضاعفت واردات الولايات المتحدة من السلع الفيتنامية تقريباً منذ سنة 2019 لتصل إلى 127 مليار دولار سنوياً، وفقاً لمكتب الإحصاء الأمريكي، وأجرت الولايات المتحدة، خلال زيارة جوزيف بايدن إلى هانوي، محادثات مع فيتنام بشأن اتفاق لتنفيذ عملية ضخمة لنَقْل الأسلحة، بهدف « تحقيق التوازن » مع الصين، في منطقة بحر الصين والمحيط الهادئ، وتجري مفاوضات لشراء فيتنام أسلحة ثقيلة وأنظمة مراقبة المجال البحري والجَوِّي وطائرات النقل وأسلحة متطورة أخرى…
تعتبر الصين إن التعاون الأمني والعسكري بين فيتنام والولايات المتحدة تعزيز للنفوذ الأمريكي في منطقة آسيا والمحيط الهادئ ومحاولة أمريكية لتَحَدِّي الصين ولإضعاف نفوذ روسيا التي تُزَوِّدُ الجيش الفيتنامي بالسلاح الروسي، وتشرف على تدريبه، وعمومًا لم يكن النضال ضد الإستعمار والهيمنة يهدف إخضاع البلاد ومواطنيها، بعد التحرير، إلى النفوذ الإمبريالي الأمريكي، ويُمثل الإتجاه الحالي لسلطات فيتنام المُوحّد انحرافًا عن أهداف التحرير وعن أهداف الحزب الشيوعي وقادته ومُؤَسِّسِيه، وخضوعًا للإمبريالية الأمريكية…
الطاهر المعز
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الطاهر المعز-محاولة تبسيط مفاهيم الإقتصاد السياسي : دَوْر صندوق النقد الدّولي

محاولة تبسيط مفاهيم الإقتصاد السياسي -دَوْر صندوق النقد الدّولي : الطاهر المعز
تأسَّسَ صندوق النّقد الدّولي في «مؤتمر بريتون وودز» سنة 1944، أي لمّا تأكّدت الولايات المتحدة من هزيمة ألمانيا النّازية، خلال الهجوم السوفييتي المُضاد، الذي انطلق من ستالينغراد، بعد تحريرها، ولم يتوقف سوى في برلين، لما رغبت الولايات المتحدة في وضع حدّ لتقدّم الجيش الأحمر السوفييتي، وكان هدف تأسيس صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي (كان يُسمّى « البنك الدّولي لإعادة الإعمار والتنمية ») « تنظيم النظام المالي الدولي… والإشراف على نظام أسعار الصرف وإقراض البلدان التي تواجه مشاكل في تمويل الواردات الضرورية… »
يُعتبر صندوق النقد الدّولي من المنظمات الدّولية الأكثر نفوذا، ويفوق نفوذها منظمة الأمم المتحدة، ويُضاهي نفوذ حلف شمال الأطلسي، مع إن الصندوق لا يمتلك جيشا وأسلحة دمار شامل، ويتمثل دور الصندوق في إقْراض البلدان التي تمر بأزمات اقتصادية، وزاد نفوذه بعد ندوته في مراكش (المغرب – تشرين الأول/اكتوبر 2023) حيث « اتفقت الدول الأعضاء في الصندوق على زيادة قدرته الإقراضية، مع الحفاظ على التخصيص الحالي للأصوات، الذي يُفضِّل بغالبية ساحقة الاقتصادات الكبرى في الشمال » وفق برقية وكالة رويترز بتاريخ 10 تشرين الأول/اكتوبر 2023، وشدّدت الدّول النافذة على « ضرورة التزام الدّول المُقْتَرِضَة بتنفيذ إصلاحات اقتصادية بعيدة المدى » وهذا سرّ قُوّة صندوق النقد الدّولي ( والدّول النافذة التي يُمثّل مصالحها) الذي يفرض معايير النيوليبرالية على الدّول الفقيرة المُقتَرِضَة
كانت قُرُوض السنوات الأولى مُوجّهة نحو الدّول الأوروبية لأن معظم البلدان الفقيرة كانت مُسْتَعْمَرَة، وكانت القُرُوض غير مشروطة، وبعد استقلال البلدان المُسْتَعْمَرة استقلالاً شكْلِيّا، من الإستعمار العسكري إلى الإستقلال الإقتصادي ( الإنتقال من الإستعمار إلى الإستعمار الجديد) كانت هذه البلدان في حالة دمار، تفتقر إلى البُنْيَة التّحتية والكهرباء والمياه الجارية والصّرف الصّحّي وإلى مؤسسات الصحة والتعليم، ولم تكن تمتلك التمويلات لاستغلال مواردها (التي استمرت شركات الدّول الإستعمارية في استغلالها) أو لإطلاق أشغال البنية التحتية وتوفير الخدمات الأساسية، واضطرت إلى الإقتراض من البنك العالمي ومن صندوق النقد الدّولي ومن الدّول الغنية، وشكلت تلك الفترة بداية فرض تنفيذ « إصلاحات مقابل القروض » التي تُسميها الإمبريالية « مساعدة »، وتهدف الشُّرُوط ضمان استرجاع القروض وفوائدها والسيطرة على ثروات تلك البلدان، خصوصًا خلال العقود الخمسة الأخيرة، من خلال الخصخصة وفَرْض مَعايير الدّول الرأسمالية المتقدّمة في بلدان لا تتوفر فيها مقومات الإقتصاد الرأسمالي ولم تبلغ مستوى التطور التكنولوجي للدول الرأسمالية المهيمنة، ومن هذه الشروط والمعايير: زيادة احتياطي النقد الأجنبي، ما يفترض التوجه نحو إنتاج سلع مُعدّة للتصدير وتلبية احتياجات أسواق البلدان الغنية (وليس لتلبية احتياجات المواطنين) وفتح البلاد أمام الإستثمار الأجنبي ( أي الشركات العابرة للقارات) والسياحة الرخيصة، والحد من الإقتراض الدّاخلي، أي توجيه الإدخار المحلي نحو الإستهلاك، وتتضمن الشروط كذلك خفض قيمة العملة المحلية – بذريعة زيادة الصادرات – ورفع القُيُود، أو « تحرير » عمليات الصّرف وخفض الإنفاق الحكومي (أي رواتب الموظفين وتوقف الدّولة عن توظيف العاملين وذوي المؤهلات والفنّيّين) وما إلى ذلك من شروط تُفقِد الدّولة سيادتها وقرارها المُستقل، وزادت الشروط لما سادت النيوليبرالية في بريطانيا والولايات المتحدة وغيرها، تحت عنوان « برامج الإصلاح الهيكلي » ( أو التّكَيُّف الهيْكلي)، بداية من عقد الثمانينيات من القرن العشرين، وتضمنت هذه الشروط خصخصة الموارد الطبيعية والأراضي الزراعية والمؤسسات العمومية ( الشركات والخدمات)، ما يُؤَدِّي إلى تقليص دور الدّولة في الإقتصاد، وإعادة تشكيل الإقتصاد بتعميم اقتصاد السّوق واندماجه الكامل في الإقتصاد المُعَوْلَم، مع الإشارة إن هذه الشروط لا تُطبّق على الدول الغنية التي تحتاج أحيانًا إلى قُروض استثنائية وقصيرة المدى.
نَسَف صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي، من خلال شروطه، الشركات الحكومية التي كان هدفها رعاية الأسواق وخلق توازن بين العرض والطلب وبين الأسعار والدّخل الحقيقي للمواطنين (تحديد الأسعار)، وشراء إنتاج الفلاحين وإعادة توزيعه على مختلف مناطق البلاد، وإعادة استثمار الأرباح التي تُحقّقها الشركات العمومية التي تستغل الموارد الطبيعية، بدل توزيع الأرباح على المساهمين، كما تفعل الشركات الرأسمالية الخاصّة، وفَرَضَ صندوق النقد الدّولي إلغاء القُيُود التنظيمية، وانسحاب الدّولة من عملية تعديل العرض والطلب وسعر الصرف وبَيْع شركات القطاع العام إلى « المُستثمرين » (أي القطاع الخاص) والشركات الأجنبية، بسعر منخفض، وبضمانات حكومية، وبذلك يتبَيَنُ إن إلغاء القيود التنظيمية لا يخدم سوى مصلحة الشركات العابرة للقارات، من خلال تعديل قانون الضرائب و »تحرير أسواق العمل » أو ما يُسمى « مُرُونة التّشغيل » (أي إلغاء قوانين العمل والمفاوضات الجماعية والحد الأدنى للرواتب وعدم إلزام الشركات بتسديد حصة الحماية الإجتماعية للعاملين، أو تسديد حصة أرباب العمل بواسطة المال العام، ضمن « الحوافز » والتسهيلات المُقدّمة للقطاع الخاص الخ) ويؤدّي ذلك إلى تدهور ظروف العمل وإلغاء (أو خفض) تعويضات التوظيف والفصل والطرد من العمل وجرايات المعاش… كما يفرض الدّائنون وفي مقدّمتهم صندوق النّقد الدّولي والبنك العالمي، « تحرير التجارة »، وتُترجم هذه العبارة إلى إلغاء الحواجز وخفض التعريفات الجمركية على السلع المُستوردة ( التي تدعمها الدّول الغنية، مثل الحبوب والمواد الغذائية) وفرض « الإندماج في الاقتصاد العالمي »، وتؤدّي هذه القرارات (المَفْرُوضة) إلى انهيار الصناعات المحلية لأنها غير قادرة على منافسة الشركات الدّولية التي تتمتع بدعم حكومات الدّول الغنية…
يمكن تلخيص مساوئ شروط صندوق النقد الدّولي والدّائنين الخارجيين في النتائج السلبية لما يُسمّى « تحرير سوق العمل » على العاملين، ونتائج سلبية كثيرة على الإقتصاد وعلى الحياة اليومية للمواطنين، من بينها خفض الضرائب على الثروات وأرباح المصارف والشركات الكبرى التي تُحَوّل أرباحها (من عَرق العاملين المَحلِّيّين) إلى الخارج، بدل إعادة استثمارها في الدّاخل…
إن « الإصلاحات الإقتصادية » المفروضة تستوجب تغييرات سياسية، وتفرض على الحكومات ونواب البرلمان إقرار هذه الشروط التي لم يُكلّفهم المواطنون بإقرارها، وبذلك يكون الدّائنون أعداء للديمقراطية، يفرضون إجراءات ضدّ إرادة المواطنين، كما حصل في بعض البلدان، خلال السنوات القليلة الماضية (منذ سنة 2020) في أوغندا وبنغلاديش وسريلانكا وباكستان ومصر وتونس وغانا والكامرون وغيرها، مما زاد من نسبة البطالة والفقر في هذه البلدان، وفق موقع « فينومينال وورلد » بتاريخ 18 نيسان/أبريل 2024. ووفق ألكساندروس كينتيكيلينيس وتوماس ستابس اللذَيْن نشرا كتابا بعنوان « أَلْف تخفيض: الحماية الإجتماعية في عصر التّقشّف » – نشر مطبعة جامعة أوكسفورد 2024
الطاهر المعز
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