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  •  JAMES RAY- Condamnez-vous le Hamas ?  

     JAMES RAY- Condamnez-vous le Hamas ?  

    La question que nous devons nous poser n’est pas de savoir si nous condamnons le Hamas, mais si nous condamnons un régime colonial de peuplement qui rend la lutte armée nécessaire à la survie.

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    Cette question est devenue omniprésente après le 7 octobre. Alors que les Palestiniens défiaient l’imagination, sortant de Gaza après plus d’une décennie et demie de blocus aérien, terrestre et maritime total, beaucoup se sont retrouvés à devoir faire face à cette question.

    À cette fin, la réponse à la question « Condamnez-vous le Hamas ? », en particulier pour ceux d’entre nous qui sont de gauche alors que nous analysons l’histoire de la Palestine et pourquoi la résistance se produit dans un contexte colonial, aurait toujours dû être claire.

    Un phénomène violent

    Comme l’a clairement indiqué la déclaration souvent citée de Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre, la libération nationale, le réveil national, la restauration de la nation dans le Commonwealth, quel que soit le nom utilisé, quelle que soit la dernière expression – la décolonisation est toujours un événement violent. La Palestine ne fait pas exception.

    La colonisation de la Palestine par les sionistes, comme tout colonialisme à travers l’histoire, a entraîné une violence généralisée et constante exercée sous toutes ses formes contre le peuple palestinien. C’était à dessein, car la nature même du colonialisme de peuplement est nécessairement brutale étant donné l’objectif final de l’élimination totale de la population autochtone sous toutes ses formes, sauf la nostalgie. Cette violence ne se manifeste pas simplement par les campagnes militaires menées par les colons sionistes et l’armée d’occupation israélienne, mais par chaque partie de l’entreprise coloniale elle-même – une entreprise qui ne peut être maintenue que par la souffrance, l’exploitation, la répression et la mort des Palestiniens et de tout ce que la colonie souhaite conquérir.

    Les Palestiniens, que ce soit en Palestine occupée, dans les camps de réfugiés des pays frontaliers ou dans la diaspora du monde entier, sont contraints chaque jour de lutter contre la réalité de cette violence coloniale de peuplement. L’existence même du projet sioniste constitue une menace existentielle pour la vie de millions de personnes, qui, dans une cruelle tournure de la réalité, ont été considérées comme des menaces existentielles par le projet pour la simple raison que leur existence sape sa légitimité.

    Cette violence ne se produit pas sans résistance. Tout au long de l’histoire, que ce soit en Algérie, en Afrique du Sud, en Irlande ou en Palestine, les peuples colonisés se sont soulevés face à la violence brutale pour se libérer des chaînes de leur propre oppression. Cette résistance ne commence généralement pas par une lutte armée, mais par la désobéissance civile, des manifestations, des grèves générales et des tactiques similaires. Pourtant, lorsque ces tactiques échouent, comme c’est souvent le cas, ou lorsque des violences exceptionnelles sont menées contre le peuple en réponse, la lutte armée devient une nécessité.

    La puissance coloniale, dont la légitimité ne doit qu’à la force qu’elle entreprend pour maintenir son existence, crée les conditions de la résistance qui s’élèvera contre elle. Plus les peuples colonisés sont confrontés à la violence et à la répression, plus ils résistent. La résistance violente devient courante par pure nécessité étant donné leurs conditions matérielles. Cela crée un cycle de violence, perpétué d’abord et avant tout par la violence de l’entité coloniale elle-même.

    Ces facteurs ont suscité des résistances de leur propre variété, notamment le soulèvement de Buraq de 1929, les efforts des Palestiniens pour mettre en commun leurs ressources pour acheter des terres, la violence sporadique, ainsi que les notables palestiniens faisant pression pour un meilleur traitement de la part de leurs suzerains britanniques. Ce mélange d’efforts violents et non violents serait tous supprimés ou finirait par rencontrer un succès limité.

    En 1936, lorsque les forces britanniques ont assassiné la figure révolutionnaire syrienne Shaykh ‘Izz al-Din al-Qassam, le ressentiment populaire palestinien s’est transformé en grève générale, et finalement en révolte populaire, qui a été brutalement réprimée par les forces sionistes et britanniques en 1939. Quelques années plus tard, les sionistes ont nettoyé ethniquement plus de 750 000 Palestiniens de plus de 530 villes et villages et en ont tué des milliers d’autres dans ce que les Palestiniens appellent la Nakba, ou la « catastrophe ». Ces campagnes de nettoyage ethnique se poursuivent jusqu’à nos jours.

    Les Palestiniens se soulèveraient à la suite de l’assujettissement auquel ils étaient confrontés, encore une fois par une combinaison de luttes violentes et non violentes qui se heurteraient à une oppression encore plus violente. Lorsque les Palestiniens ont mené des raids transfrontaliers dans les territoires occupés, ils ont été confrontés à une invasion sioniste au Liban et à des massacres à Sabra et Chatila. Lorsque les Palestiniens se sont soulevés pendant la première et la deuxième Intifada, ils ont été confrontés à des répressions violentes, des arrestations massives et une violence généralisée qui ont conduit à l’intensification de leurs propres efforts de résistance violente. Lorsque les Palestiniens de Gaza ont commencé à marcher vers le mur qui les entourait lors de la Marche du Grand Retour, des centaines de personnes ont été tuées et des milliers d’autres blessées par des soldats israéliens. Le cycle de violence s’est poursuivi et intensifié.

    Aujourd’hui, les Palestiniens continuent de vivre dans des bantoustans en Cisjordanie et dans ce qui pourrait être décrit comme un camp de concentration à Gaza, les Palestiniens des territoires de 1948 et 1967 vivant sous des structures de gestion brutales de l’apartheid. Ils ont résisté à chaque étape du chemin, voyant à chaque fois des milliers de personnes emprisonnées, assassinées, déplacées et des millions complètement subjuguées et exploitées alors que le projet sioniste se poursuit vers le but ultime de les éliminer sous toutes les formes, sauf la nostalgie.

    Quand la lutte armée devient une nécessité matérielle

    Face à toute cette violence, des organisations de résistance armée se sont levées et se sont établies parmi le peuple, qu’il s’agisse du Fatah, du FPLP, du FDLP, du Jihad islamique palestinien, du Hamas ou d’autres. Ces groupes, et la violence qu’ils emploient, n’ont pas existé dans le vide. Ils sont plutôt le résultat de décennies de violence coloniale brutale et le point culminant des efforts palestiniens pour s’en libérer.

    Les tactiques qu’ils emploient sur le terrain sont le point culminant de cette même lutte. Ces groupes ont choisi de subir des opérations qui, selon eux, pourraient faire avancer leur lutte de libération. Beaucoup en dehors de la Palestine, et même les Palestiniens eux-mêmes, peuvent avoir des désaccords avec ces tactiques, ou à plus grande échelle, des désaccords avec les principes fondamentaux et les idéologies d’un ou plusieurs des groupes qui les déploient. Pour ceux d’entre nous de la gauche occidentale, cependant, éloignés de la réalité de la lutte sur le terrain, cela ne peut pas signifier que nous sapons la légitimité même de la lutte armée elle-même.

    La résistance armée palestinienne a forcé le projet sioniste à mener une campagne de plus en plus violente qui aiguise les contradictions de manière à ce qu’il continue à s’effilocher. Alors que les masses du noyau impérial, en particulier celles des États-Unis, se rendent compte que leurs intérêts sont en contradiction avec les intérêts du projet sioniste et de leurs dirigeants gouvernementaux qui soutiennent le génocide en cours du projet, la base de soutien traditionnelle sur laquelle repose le projet s’est érodée. À sa place, une masse toujours croissante soutient fermement les Palestiniens, plutôt que leurs colonisateurs.

    Dépasser la question

    La question de savoir si nous condamnons le Hamas est plus qu’une simple question de condamnation. Au fond, on nous demande de désavouer complètement la violence dé coloniale – de ne soutenir les Palestiniens que lorsqu’ils sont de parfaites victimes ou seulement lorsque les groupes qui mènent une lutte de libération s’alignent sur les valeurs de nos idéologies et de nos partis frères. C’est une question qui agit comme un piège et passe complètement à côté de l’essentiel.

    Nous ne pouvons pas commettre l’erreur de nous engager sérieusement dans un tel obscurcissement. C’est à nous, en particulier à ceux d’entre nous qui sont de gauche, de comprendre que le moteur principal de la violence que nous voyons est et a toujours été le colonialisme sioniste. Ce cycle de violence n’est pas perpétué par les colonisés, qui cherchent à se libérer de l’état d’assujettissement total et de la réalité brutale de la liquidation génocidaire, mais par le projet sioniste et ceux qui défendent ses intérêts.

    La question que nous devons nous poser, et à laquelle nous devons répondre, n’est pas de savoir si nous condamnons le Hamas, mais si nous condamnons un régime colonial de peuplement qui rend la lutte armée nécessaire à sa survie.

  • Krimo Hammada – Contorsions cyniques dans les médias français sur le massacre à Gaza (un texte de 2018)

    Krimo Hammada – Contorsions cyniques dans les médias français sur le massacre à Gaza (un texte de 2018)

    La « Marche du retour » qui a rassemblé 30 000 Gazaouis à son premier jour, le vendredi 30 mars, a été réprimée dans le sang par l’armée israélienne : ses soldats ont assassiné 22 Palestiniens tandis que les blessés par balles se comptent par milliers. Ce massacre a fait l’objet d’un traitement médiatique qui, quoiqu’abondant, et parfois pertinent, n’en souffre pas moins des travers malheureusement « classiques » dès lors que les médias s’intéressent à la question palestinienne en général, et à la violence de l’État d’Israël en particulier. Si nous ne prétendons pas à l’exhaustivité, nous revenons ici sur un certain nombre de biais qui s’inscrivent dans une double continuité : celle d’une information internationale de plus en plus bâclée par les médias dominants d’une part et celle, plus spécifique, de la couverture médiatique du conflit opposant les Palestiniens à Israël

    « Depuis que nous avons écrit ces lignes, la manifestation du vendredi 6 avril a été réprimée dans le sang : les soldats israéliens ont tué 10 Palestiniens et blessé par balles des centaines d’entre eux. Force est de constater que les biais médiatiques identifiés dans cet article sont toujours de mise ».

    Le 2 avril sur France Inter, soit 3 jours après la répression et le meurtre des manifestants gazaouis, Bernard Guetta déclamait son éditorial géopolitique depuis Paris, confortablement assis dans un studio de la Maison ronde. « L’aveuglement de Monsieur Netanyahou » titrait-il, avant de commencer ainsi : « On peut en dire tout, le reste et son contraire de cette bataille de Gaza dont le bilan s’est élevé, vendredi soir, à 16 morts et quelques 1400 blessés, tous Palestiniens ».

    L’entrée en matière laisse d’abord dubitatif quant au fait de pouvoir dire « tout et son contraire » sur les événements d’une part, et de parler d’autre part d’une « bataille de Gaza » quand – et le géopolitologue médiatique le précise lui-même – des « tireurs d’élite » israéliens, couchés sur le haut d’une colline surplombante qui les séparait des manifestants de plus d’une centaine de mètres, ont abattu de sang-froid des Palestiniens désarmés. Ces ambiguïtés laissent toutefois place à un « constat pas contestable » : celui d’une « manifestation très majoritairement pacifique» et d’une « disproportion de la riposte [israélienne] d’autant plus choquante qu’aucun manifestant n’était en passe de franchir la frontière entre la Bande de Gaza et Israël ».

    Là était le « tout ». Et Bernard Guetta l’avait annoncé, « son contraire »  vient ensuite :

    “ Mais il est également vrai qu’il s’agissait-là de la 1° journée d’un mouvement conçu pour durer 6 semaines et que les autorités israéliennes n’avaient ainsi pas de bonne solution. Si elles se contentaient de lacrymogènes et de balles en caoutchouc, elles risquaient qu’il y ait beaucoup plus de gens qui s’approchent de la frontière et essayent même de la franchir, il n’y aurait alors pas eu 16 morts, mais un bain de sang d’une tout autre ampleur qui pouvait embraser la Palestine et placer Israël dans une position diplomatique encore bien plus difficile que celle qu’il affronte aujourd’hui”.

    Une sorte d’action humanitaire avec comme 1° objectif de sauver des vies en somme ? Et de poursuivre :

    “Le gouvernement israélien a, en un mot, tenté de tuer dans l’œuf un mouvement de levée en masse des Palestiniens qui, visiblement, l’inquiète. On verra dans les prochains jours s’il y est parvenu ; tout pronostic serait hasardeux, mais la certitude est que le bras de fer de vendredi dit toute l’impasse où en sont Israéliens et Palestiniens”.

    Cet éditorial a au moins un mérite : nous éclairer sur le cynisme et le caractère hors-sol du « journalisme géopolitique ». Car sous prétexte de « prendre de la hauteur » en nous révélant les stratégies des uns et des autres en bon porte-voix d’une géopolitique désincarnée, Bernard Guetta néglige toute réalité de terrain et méprise les vies humaines, ramenées à des variables négligeables dans le « grand jeu » que le « grand » journaliste prétend éclairer. Alignant son commentaire sur la communication de l’armée israélienne, le géo-politologue reprend à son compte l’idée que le meurtre de 17 manifestants (dont il faut comprendre qu’il ne s’agissait donc pas d’un « bain de sang ») aurait évité un « bain de sang ». Mais il affirme aussitôt que l’objectif de la fusillade était de « tuer dans l’œuf un mouvement de levée en masse des Palestiniens »… Comprenne qui pourra : fusillade humanitaire ou opération d’intimidation politique sanglante ?

    Cette chronique est également révélatrice de l’arrière-plan qui sous-tend les différents comptes rendus ou prises de position journalistiques : l’acceptation et la légitimation de l’ordre colonial tel qu’il est établi depuis des années par Israël – sans que cet ordre ne soit systématiquement rappelé. En s’abstenant de rappeler les raisons (légitimes) qui poussent les Palestiniens à se mobiliser, Bernard Guetta entérine ainsi la colonisation et l’occupation, tout comme il légitime la violence dont elle use systématiquement pour se maintenir en place. On comprend qu’un tel cadrage conduise à déduire que « les Israéliens n’avaient pas de bonne solution ».

    À lire « l’analyse » du correspondant à Jérusalem de Marianne, le cynisme de certains « spécialistes » de l’information internationale est une déformation professionnelle. 4 jours après les événements, Julien Lacorie publie en effet une « analyse » intitulée « Gaza : la poigne de fer israélienne contre la surenchère permanente du Hamas ». Où l’on peut lire dès le chapô :

    “Les acteurs du drame de Gaza du vendredi 30 mars se préparent d’ores et déjà à rejouer la scène. Il s’agit pour chaque camp d’aller au bout d’une stratégie sanglante.”

    En plus de négliger l’élan populaire ayant poussé des dizaines de milliers de Palestiniens à manifester et de réduire les événements à une pure et simple « stratégie » du Hamas – qualifiée de « surenchère » qui plus est – le journaliste met sur le même plan les « acteurs » de la « Marche du retour », non armés et dont certains furent assassinés, avec « l’autre camp ». Sous la plume du journaliste, les victimes et leurs bourreaux sont ainsi présentés comme les co-responsables d’une « stratégie sanglante ». Or, force est de constater que le bilan a été plus sanglant d’un côté que de l’autre… Le titre de l’article et son introduction condensent peut-être à eux seuls un biais récurrent du traitement de la question palestinienne par les grands médias : « l’obsession de la symétrie » au nom d’une « prétendue neutralité ». 

    “Israéliens et Palestiniens prennent un malin et cruel plaisir à confirmer les pires scénarios. Ils l’ont une nouvelle fois prouvé vendredi 30 mars, lorsque des dizaines de milliers de manifestants chauffés à blanc par les islamistes du Hamas ont marché vers la frontière entre la bande de Gaza et Israël. La centaine de tireurs d’élite israéliens qui les attendaient de pied ferme bien décidés à ne pas les laisser s’infiltrer, ont fait un « carton ». Bilan : 18 morts et des centaines de blessés par balles. Plus grave encore ; les acteurs du drame se préparent d’ores et déjà à des remakes sanglants”.

    On ne sait si des aspirations cinématographiques animent secrètement le journaliste, mais il aime vraisemblablement mettre la réalité en scène pour en faire des fables édifiantes. Au vu des événements, et malgré les guillemets, les mots et le ton dont use le correspondant de Marianne sont pour le moins inappropriés quand ils ne conduisent pas à la désinformation pure et simple : à moins d’assumer une servilité sans borne à l’égard de la propagande israélienne, nous sommes en effet plus que curieux de connaître quelles bases sourcées permettent au journaliste d’évoquer une menace de masse en sous-entendant que les « dizaines de milliers de manifestants » avaient pour but de « s’infiltrer » en territoire israélien. Mais les informations de terrain ne semblent pas l’intéresser. Après nous avoir expliqué combien les événements étaient un « succès » pour le Hamas car « Israël s’est de nouveau retrouvé en position d’accusé dans le monde, à la seule exception de Donald Trump », il conclut en citant une mesure à même de « désenclaver la bande de Gaza » selon lui :

    “Seul Israël Katz, le ministre des Transports et chargé des services de renseignements, a osé présenter une initiative un tant soit peu originale en proposant de créer une île artificielle à 5 km des côtes de Gaza qui pourrait abriter un port, un aéroport, des centrales électriques et de dessalement de l’eau de mer, le tout sous contrôle de sécurité israélien”.

    « Original » en effet…

    L’acceptation de fait de la colonisation et la banalisation des violences ont également conduit de nombreux médias à présenter les tirs israéliens comme des « répliques » – soit une quasi légitime défense, d’autant plus « naturelle », pour certains, que l’armée israélienne « avait prévenu », rendant le massacre « inéluctable ». Plus ou moins marqué selon les articles de presse ou reportages, ce bruit médiatique n’en reste pas moins omniprésent.

    Au 20h de France 2, le soir du 30 mars, l’« obsession de la symétrie », au mépris non seulement des rapports de forces, mais des faits eux-mêmes est poussée à l’extrême dès le titre du sujet : « Israël-Gaza : affrontements meurtriers ». Présentation du correspondant à Jérusalem:

    “Un bilan lourd qui pourrait même s’alourdir encore un peu plus dans les heures qui viennent puisque l’armée israélienne vient d’annoncer avoir bombardé 3 cibles à Gaza en réponse à une incursion d’hommes armés sur son territoire. Auparavant, + de 30 000 Palestiniens s’étaient massés le long de la frontière avec l’État hébreu pour dénoncer la politique israélienne. L’armée israélienne au cours de cette semaine avait tout fait pour dissuader les Palestiniens de se rendre à cette manifestation. Elle avait notamment bombardé euh… déployé, lâché des tracts sur l’enclave palestinienne et également annoncé le déploiement de tireurs d’élite pour faire face à ces manifestants mais les affrontements ont tout de même éclaté en début d’après-midi”.

    À nouveau, le message – toujours selon le même schéma de cause à effet – est le suivant : les Palestiniens se sont entêtés et n’ont pas écouté les recommandations qui leur ont pourtant été faites. Ça ne pouvait donc se passer que de la sorte. Autrement dit : n’ayant pas respecté les interdictions israéliennes de se rassembler sur leur propre territoire, les manifestants palestiniens tués ou blessés par balles sont responsables (coupables ?) de leur sort… Remarquable respect du droit à manifester et du droit à l’autodétermination des peuples.

    “- Connaissant le dispositif qui avait été déployé par Israël, est-ce que cela n’aurait pas dû dissuader les mouvements, y compris de la société civile gazaouie, d’envoyer ou de laisser disons, d’encourager des dizaines de milliers de personnes notamment beaucoup de femmes et d’enfants de se rendre sur ce qui allait devenir une ligne de front ?”

    “- Cette manifestation doit se poursuivre jusqu’au 15 mai, le jour de la Nakba. C’est aussi le moment, la mi-mai, où doit avoir lieu le début du transfert de l’ambassade des États-Unis en Israël à Jérusalem : est-ce que là on n’a pas une symbolique qui est particulièrement risquée en terme de dates ? On a pris un risque en choisissant de manifester à ces dates-là ?”

    On notera que ce journaliste du service public audiovisuel français ratifie, normalise et légitime les menaces sanglantes des autorités israéliennes, qui auraient dû « dissuader » les Palestiniens de se mobiliser, mais ne demande jamais ce qui pourrait « dissuader » l’armée israélienne de tirer sur des manifestants pacifiques, et si le respect du droit international, y compris la levée du blocus de Gaza, ne pourraient pas contribuer à « dissuader » les Palestiniens de manifester.

    Autre tare récurrente dès qu’il s’agit du conflit opposant les Palestiniens à Israël : présenter ce qui relève de massacre comme des « affrontements », voire de simples « tensions » contribue à invisibiliser les rapports de force en minimisant les violences d’une part et en considérant, de l’autre, que les 2 « camps » seraient à égalité. Ce vocabulaire culmine dans l’invisibilisation même de l’intervention meurtrière des militaires israéliens : « les affrontement ont causé la mort d’au moins 12 personnes», « affrontements et face-à-face meurtriers » ou encore « la manifestation a fait 16 morts ».

    Particulièrement ravageuses en titraille – mais pas seulement – de telles formulations témoignent au moins autant d’un réflexe journalistique résultant d’un travail « à la va-vite » et d’une profonde méconnaissance du sujet que du peu de considération qu’il voue à un territoire situé loin de l’hexagone. En d’autres termes, au moment de déplorer des morts – cérémonie que les médias savent jouer en grande pompe et des heures d’antenne durant – tous ne se valent pas.

    Vendredi dernier, on peut dire que les grands médias français ont redécouvert Gaza et le conflit. Un massacre : voilà ce qu’il faut aux grandes rédactions pour daigner traiter l’actualité de la région. Hormis une minorité de correspondants documentant régulièrement la vie sur place, on peut dire que les territoires palestiniens, au même titre que bien d’autres régions du monde, sont enfermés dans les oubliettes des rédactions. Et quand un événement semble digne d’attirer l’attention médiatique, il subit les travers d’une couverture bâclée, symptomatique d’une information internationale aux abois.

    Et comme la situation sur place ne bénéficie d’aucun suivi régulier, comment s’étonner que, dès lors que survient un « événement », la plupart des médias en soient réduits à le traiter sous forme de brève, à « bâtonner » des dépêches AFP et, ne disposant d’aucune source du côté palestinien (et encore moins dans la bande de Gaza dirigée par le Hamas), à reprendre sans précaution les « éléments de langage » proposés par la puissante propagande israélienne.

    Il n’en fallait visiblement guère plus à L’Express, au Parisien, au Figaro et à Capital entre autres pour publier une brève sans rien y ajouter, à quelques nuances près. Des brèves qui en disent peu aux lecteurs, et long sur la précipitation des rédactions à courir derrière l’information sans chercher à l’étayer et à l’étoffer davantage. Samedi 31 mars, au lendemain du massacre, les lecteurs du Parisien auront par exemple appris brièvement que la veille, à Gaza, « un face-à-face tendu […] a dégénéré en affrontement ». L’information (ou ce qu’il en reste) étant reléguée en page 6, dans une petite colonne où la brève qui suivait s’intitulait « Qui s’est fait passer pour Brigitte Macron ? ». Dans un court reportage se voulant « récapitualtif » intitulé « 16 Palestiniens tués : ce qu’il s’est passé lors d’affrontements à Gaza », BFM-TV s’illustre quant à elle, par sa capacité à délivrer des informations de qualité. Le téléspectateur chanceux a eu droit, en effet, à une mise en perspective replaçant l’événement dans des tendances de longue durée :

    “Pour rappel, Israël et le Hamas se sont livrés 3 guerres dans l’enclave palestinienne depuis 2008, et observent depuis 2014 un cessez-le-feu tendu”.

    En résumé donc : 2 lignes, « pour rappel », qui permettent au téléspectateur d’avoir un regard fort éclairé sur la situation… 2 lignes d’une platitude sans nom, qui ne disent rien, ou plutôt tout de la mal-information sur la situation dans les territoires palestiniens. Mais le temps pressait : Macron revenait sans doute d’un énième et coquet voyage au Taj Mahal ou faisait une déclaration depuis le Touquet : pour cela oui, BFM peut passer l’antenne en « édition spéciale » ou donner « la priorité au direct »…Pauline Perrenot

    Gaza : un journaliste palestinien tué de sang-froid, la liberté de la presse visée au cœur

    Notre confrère palestinien Yasser Mourtaja figure parmi les 9 Palestiniens tués vendredi à Gaza par les tirs à balle réelle de l’armée israélienne lors de la manifestation près de la barrière de sécurité. Yasser Mourtaja, un photographe âgé de 30 ans travaillant pour une société de production gazaouie, Ain Média, portait pourtant, au vu et au su de tous, un gilet « press ». Il a été atteint de plein fouet à l’abdomen. Il est décédé de ses blessures après avoir été hospitalisé. Bien que l’armée israélienne soutienne dans un communiqué « ne pas viser intentionnellement les journalistes », la question reste posée : s’agit-il d’un tir délibéré visant les journalistes pour faire barrage à l’information de terrain ? Pour y répondre, les syndicats de journalistes français réclament l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances de la mort de notre confrère Yasser. Ces neuf morts vendredi font suite aux tirs de la semaine dernière qui avaient fait 19 tués civils palestiniens et des centaines de blessés. Un des bilans les plus meurtriers dans l’enclave depuis la guerre de 2014.

    Les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, membres de la Fédération internationale des journalistes (600 000 adhérents dans le monde), affirment leur solidarité avec leurs confrères palestiniens et leur syndicat. Ils leur adressent leurs condoléances émues après ce nouvel acte de répression des forces israéliennes.

    Devant cette incessante vague de répression contre nos confrères, ils adressent aujourd’hui une lettre ouverte de protestation à l’ambassadrice d’Israël en France Mme Aliza Bin-Noun.


    Madame l’ambassadrice,

    Nous nous adressons à vous pour dénoncer un crime de sang-froid perpétré contre notre confrère palestinien Yasser Mourtaja tué par les tirs des snippers de votre armée alors qu’il portait un dossard PRESS bien visible. Ce jeune photographe couvrait la manifestation pacifique de vendredi à Gaza où 8 autres civils ont été tués.

    Avec la Fédération internationale, nous dénonçons une fois encore les violences perpétrées par les autorités israéliennes contre les civils et journalistes palestiniens.

    Nous vous demandons de transmettre à votre gouvernement nos protestations et qu’une enquête soit menée sur les circonstances de la mort de Yasser.

    Nous exigeons que cesse l’impunité pour les auteurs de ces tirs meurtriers contre des journalistes et les victimes civiles.

    Veuillez agréer, Madame l’Ambassadrice, nos salutations syndicales

    Paris, le 9 avril 2018

    SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes

  • Pr. Omar Aktouf-Webinaire n°3 : Définitions du néolibéralisme du néolibéralisme : incursion dans ses différentes composantes

    Pr. Omar Aktouf-Webinaire n°3 : Définitions du néolibéralisme du néolibéralisme : incursion dans ses différentes composantes

    Je vous demande de visionner ce webinaire sur You Tube pour aider l’école populaire (M.B)



    Mehdi Bouassa, universitaire et chercheur de l’université de Fès au Maroc, a réalisé un travail analytique des webinaires du Pr. Omar Aktouf. Il ne s’agit donc pas d’une transcription.
    Il a extrait du discours du Pr. Omar Aktouf sur l’économie politique, les moments les plus « parlants ». Ces moments sont plus éloquents que d’autres car, au hasard de leurs « surgissements » lors de ses plus grands efforts pédagogiques ou au bonheur de ses digressions, ils nous restituent les chemins qu’il s’est frayés pour arriver à cet objet de la connaissance théorique : l’Economie politique.

    Les jalons de ces chemins sont aussi multiples que les chemins de la vie, pas la vie en général, mais la sienne. Ils sont ces jalons, des lectures bien sûr; beaucoup, beaucoup, beaucoup de lectures attentionnées, notées et annotées, retenues par cœur. Ils sont aussi
    les concepts clés sur lesquels il s’appuie pour avancer dans le processus mental (et verbal, puisqu’il nous parle) de distinction de l’objet de l’économie politique au cœur du brouillard et des gangues dans lesquels l’a précipité la « science économique ».
    Mais, et tout aussi essentiel, les jalons peuvent être des émotions, des étonnements, des curiosités soudaines ou simplement des noms et des lieux.
    Le berger Omar Aktouf n’a jamais quitté le Pr. Omar Aktouf, veillant à identifier la chaine des signifiants des mots, des phrases, des concepts rencontrés en chemins, ceux tracés par d’autres et ceux qu’il ouverts dans les friches entre ce qu’on appelle les disciplines à l’Université. Bref, il les examine dans et à travers leurs écosystèmes, leur conditions de naissance et de variations ou transformations
    Personne ne sait mieux que les bergers, héritiers des savoirs des chasseurs, ce qu’est un écosystème et les multitudes de connexions, parfois visibles, le plus souvent perçues intuitivement, qui interagissent dans le processus de la vie.
    Tout ce qui dit ou écrit Omar Aktouf relève d’un examen de l’écosystème des idées et reflète ce rejet des frontières entre auteurs, entre disciplines, entre théorie et pratique etc.
    Son activité de berger s’apparentait encore dans le sud marocain à ce que nous pourrions appeler un travail d’artisan qui demandait un long apprentissage, sur l’environnement naturel rugueux dans lequel l’inattention se payait en pertes douloureuses. Le « comment faire » avec le bétail s’apprenait dans un processus qui mobilisait la totalité de l’attention et des affects de l’homme car aucun savoir partiel ne pouvait former l’homme au caractère multidimensionnel de cette activité.
    Et vous savez quoi sur la première question d’un artisan devant un produit ?
    C’est « comment il a été fait?, quels outils, quelles matières, quelle techniques.
    Cela vous marque pour la vie et Omar Aktouf dans ses cours même s’interroge sur comment telle théorie s’est construite ? Dans mon adolescence dans un milieu encore emprunt de la culture de l’artisanat et des corporations nos mères nous recommandaient de « capter », le savoir des « sachants », de ceux qui savaient, des « mââlims » (ceux qui ont été correctement et pleinement formés) au sens presque de « voler » son savoir, de le capter non pas à leur insu mais d’aller au delà de ce qu’ils disaient ou pouvaient dire à atteindre à leur style, leurs marques personnelles qui marquaient de leur personnalité l’excellence de leur « chefs d’oeuvres ».
    L’immersion dans l’écosystème de l’élevage artisanal qui permettaient le partage de la connaissance par une praxis ne permettaient pas seulement de comprendre que le choix de leurs lieux de sommeil qu’évoque Omar Aktouf, le relie nécessairement par le besoin de l’échange, voire d’une forme de troc, à un écosystème encore plus large, celui du souk de cette époque précapitaliste dans cette région précise. La fréquentation du souk au sens large, c’est à dire les lois de l’échange, lui révèle des lois non écrites du commerce dans ces sociétés. Engels parle de constitutions non-écrites des tribus à l’époque de le gens et Omar découvre ces lois que la valeur de la marchandise varie selon le statut social de l’acheteur. L’acheteur aisé ne marchande pas le prix car cela ne sied pas à son statut social et il posera invariablement la question « combien faut-il ? » qui communique au marchand qu’il n’a pas de souci du prix mais juste de la qualité du bien acquis. Pour d’autres moins fortunés le marchandage est une des modalités de l’existence du lien social : l’acheteur vient acquérir un bien nécessaire en rapport avec ses possibilités et non une marchandise. La culture de ce lien social est aussi vital pour le marchand que pour le client car il renforce le lien social qui garantit la survie de l’un et les gains de l’autre. De ce fait entre son père et le marchand s’établit non l’achat d’une marchandise mais de l’acquisition d’un bien et d’un bien socialement nécessaire que à la perpétuation du groupe, dans une culture de l’intérêt partagé, loi historique de la primauté du bien de la société sur celui des individus fussent-ils élevés au rang de Sachems.
    Dans ces commerces, le négoce d’où nous vient la négociation etc. c’est autre chose, ce n’est donc pas la valeur qui est prévalente mais l’usage, bien plus conforme au troc des origines.
    Ce clivage entre bien et marchandise, entre usage et consommation qui infirment la primauté de l’échange et donc de la centralité de la valeur et son incarnation fétichiste la monnaie et son accumulation en dehors de toute utilité sociale sous-tend toutes les observations et développements théoriques de Omar Aktouf.
    Il serait essentiellement périlleux dans ce long parcours d’homme de faire croire à Omar Aktouf une nature anhistorique, éternelle et immuable de l’homme tournée vers la recherche du profit individuel. Il s’est attaché pour le plus grand bien des révolutionnaires ou des révoltés de cet ordre social d’élargir leurs connaissances, pour mieux le combattre, sur le néolibéralisme, forme ultime de réanimation du capitalisme arrivé à son stade suprême, l’Impérialisme.

    Pourtant et curieusement, rien n’est plus transparent et visible que la « science économique » telle qu’elle a été « recueillie » et « formalisée » dans un incessant remaniement des textes des pères fondateurs a plus l’objectif d’améliorer une praxis que de connaitre un objet de pensée. Ce qui, justement, distingue la science de l’idéologie. L’idéologie a un objectif jamais un objet à penser, un objectif social, essentiellement à offrir, sans frais, les compensations aptes à faire accepter aux « damnés de la terre » leur condition misérable car déterminée par des forces incoercibles ou par leurs « inaptitudes ».
    Mehdi Bouassa, sur cette longue série de webinaires a fourni un remarquable et extraordinaire effort. Non seulement il nous rend dans leur singularité chacune des idées de Omar Aktouf mais aussi nous révèle, chemins faisant, des repères et stations importantes de ces chemins, que sont certains auteurs; certains faits, certains souvenirs sous la forme de « thèses » que chacun pourra approfondir.
    C’est un splendie canevas, très opérationnel, pour mieux organiser le travail individuel de révision des webinaires de Omar Aktouf ou pour approfondir la réfléxion et la connaissance.
    C’est un magnifique travail qui permettra à des chercheurs d’aller plus avant, à des étudiants de se situer cet écosystème idéologique du capitalisme dans lequel s’affrontent les récits et les perceptions.
    Il permettra aux « non-indifférents » dont parle Gramsci de mieux intervenir dans les débats publics ou dans leurs cercles d’amis.
    Les jeunes du monde entier, entrés dans la révolte et le rejet de l’ordre du capitalisme ultra-financiarisé qui a ajouté l’absurde et l’obscurantisme à son injustice, pourront organiser leurs débats dans leurs environnements universitaires ou mieux industriels et trouver les matériaux inestimables pour leur travail en direction des masses de travailleurs, de jeunes, des femmes dans les champs ou dans les usines.
    Rien ne sera plus conforme à la nécessité énoncé par Karl Marx: « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer  » (Thèses sur Feuerbach 1845)
    Merci infiniment à Omar Aktouf et à Mehdi Bouassa.

    – Hannah Arendt : livre : La crise de la culture, comment les mensonges peuvent être une arme politique. Ernst Cassirer aussi, Pierre Clastres dans son livre La société contre l’État et Michel Foucault dans ses cours de 1978. Tous ces gens-là ont aussi traité la question du fascisme.

    – L’une des dimensions mise en avant du fascisme, c’est notamment le mensonge et Hannah Arendt précise le mensonge comme arme politique.

    – La première victime d’une guerre, c’est la vérité. Qui dit la vérité ? Propagande sur propagande de tous les côtés.

    – Pour ce qui concerne l’économie management, le mensonge est une arme stratégique. Essayez de mesurer le nombre de mensonges par heure que peut faire un PDG d’une entreprise pour empêcher et affaiblir le syndicat, pour ne pas donner d’augmentation, pour ne pas améliorer les salaires, pour ne pas améliorer les conditions de travail, pour faire plus de profits. Juste avec la comptabilité, on peut vous enseigner plusieurs façons différentes pour faire vos états comptables pour établir des mensonges qui deviennent des armes avec lesquels vous vous servez. La comptabilité que vous faites vous permet de déclarer, si vous le voulez, des pertes ou des gains ou des profits ou pas et en fonction de la politique managériale que vous voulez appliquer. Autre mensonge, le dumping des Japonais, des Chinois et des Coréens. Le mensonge stratégique que l’économie management utilise pour que le capital maintienne sa domination et son renforcement par le détournement constant des gains de la production commune, parce que ce qui est produit dans une entreprise, ce n’est pas juste le patron qui l’a fait, les travailleurs et les ouvriers de base l’ont fait aussi donc c’est à eux aussi d’une certaine façon, pas juste aux patrons.

    – Cascades : quand elle embauche des comptables et des MBA, elle est obligée de les déformer donc elle les met sous tutorat avec un ouvrier ou un employé qui connaît bien Cascades, ses cultures, ses coutumes et ses mœurs. Ces gens-là, il faut que les employés de Cascades les forment pour qu’ils quittent de leurs cerveaux pour les déprogrammer de cette superpuissance et cette omnipotence qu’on leur a inculquée dans les écoles de gestion. Ils appellent ça “cascadiser” et ce n’est qu’après que l’employé le décide que cette nouvelle recrue est “cascadisé” qu’on peut le recruter et si l’ouvrier dit que Cascade ne peut pas l’embaucher et bien il ne sera pas embauché. Même les directeurs et les cadres ne sont pas désignés ni nommés par la direction, ce sont les ouvriers qui interviewent leur futur dirigeant et les choisissent en dernière instance. Pour Cascades, tout cela n’est pas du gaspillage mais elle investit dans leur confiance parce que si ce sont eux qui choisissent leurs directeurs, ils ne vont pas faire une grève dans un mois pour dire que leur directeur est mauvais. Si ce sont les employés qui ont choisi leur directeur, ils vont l’aider à appliquer ses décisions etc, parce que c’est eux qui l’ont choisi donc ils vont aider la haute direction à voir qu’ils ont fait le bon choix.

    – 935 mensonges pour attaquer l’Irak.

    – La FED : n’est pas une banque centrale qui dépend en dernière instance du gouvernement américain comme l’ancienne banque centrale française ou les autres banques avant le néolibéralisme.

    – Le libéralisme social, c’est celui qui va pondre plus tard l’État social et qu’on appelle aujourd’hui l’État providence.

    – La Banque centrale européenne : est une banque indépendante privée qui appartient à un consortium de banques privées international.

    – Adam Smith : a plusieurs fois corrigé dans son œuvre cette idée de son libéralisme classique, notamment dans une phrase où il laisse trois businessmen faire ce qu’ils veulent sans une instance qui surveille ce qu’ils font, c’est-à-dire l’État, et bien vous avez trois brigands. Adam Smith lui-même n’était pas à 100% pour la main invisible et pour le laisser-faire comme le chante le néolibéralisme.

    – Il y avait plusieurs sortes de banques et ces banques ont été annihilées par le néolibéralisme. En 1996, Bill Clinton a abrogé l’acte qu’on appelle Glass-Steagall Act qui compartimentait l’action des banques. Alors, vous aviez la banque centrale qui était à la disposition du budget des besoins de l’État, vous aviez les banques d’épargne, les banques de commerce, les banques d’affaires, les banques de crédit, les banques de risques, les banques d’opérations internationales, des banques qui pouvaient faire de l’assurance et les banques qui ne pouvaient pas faire des assurances, les banques de crédit domestique, etc. C’était un compartimentage très bien structuré pour empêcher que les banques dilapident l’argent, notamment des épargnants qui sont les travailleurs qui payent leurs impôts à 50% de ceux qui gagnent. L’abrogation de l’acte Glass-Steagall a marqué un des jalons énormes du néolibéralisme, c’est-à-dire de décloisonner complètement les activités des banques. Ce qui fait que les banques industrielles se sont mises à se comporter comme des banques d’affaires, les banques d’épargne se sont mises à se comporter comme des banques de risques et de capital, etc. Et donc tout ça a fait que ce capital amassé, notamment sur le dos des travailleurs par les retraites des banques d’épargne, comme l’un des fils de Bush qui était patron de la banque d’épargne de Denver au Colorado, a ruiné cette banque et après il a été condamné à se repentir. Et évidemment, les pauvres retraités qui ont mis leurs économies et leurs retraites dans cette banque ont été ruinés aussi. Et ce n’est pas les seuls parce que sous Reagan, tous les patrons et les actionnaires des banques d’épargne sont devenus des milliardaires et ceux qui ont fait cette épargne, les travailleurs qui ont mis leur retraite là-dedans, ont été ruinés. Voilà les premiers huit ans du néolibéralisme aux États-Unis. Donc c’était dans un esprit que chaque banque s’occupe de quelque chose de bien précis et ne pas mélanger les changes. Une banque qui est là pour garder l’épargne des travailleurs pour leurs vieux jours, ça ne doit pas servir à son capital du risque et du boursicotage des produits dérivés pour augmenter le rendement de 200%, comme la retraite est garantie par l’État donc votre capital reste stable et on ne va pas chercher à faire du risque avec comme ça s’est fait et qui a conduit à ruiner les banques d’épargne américaine et le summum, ça a été la crise de 2008.

    – 40 milliardaires ont écrit à Clinton et à Bush pour qu’ils les imposent parce que disaient-ils, nous payons moins d’impôts que nos domestiques alors s’il vous plaît, imposez-nous et le Congrès américain a répondu non à cause de la théorie de Arthur Laffer.

    – La banque fédérale est privée, derrière la propriété de ce qu’est la banque fédérale américaine, il y a un peu près 13 banques privées dont en premier lieu Rothschild et Goldman Sachs, c’est-à-dire la banque qui a contribué à provoquer la crise de 2008, Lehman Brothers, c’est-à-dire celle qui a été la première à faire faillite en 2008. Vous trouverez JP Morgan, Stanley Morgan, Bank of New York, etc. Toutes ces grandes banques ont été citées dans le cataclysme de 2007-2008. Bush et après lui Obama ont imprimé 15 mille milliards de dollars pour sauver ces bandits qui ont dilapidé l’argent des épargnants américains et internationaux puisque évidemment 7/8ème du dollar mondial est prêté gratuitement aux États-Unis parce que 7/8ème du dollar mondial est hors des États-Unis parce que les pays sont obligés de conserver l’équivalent de leurs déficits commerciaux en devises étrangères, notamment en dollars puisque la plupart des transactions et des achats internationaux se font en dollar américain, lequel dollar américain aujourd’hui est appuyé sur l’étalon pétrole, cela explique ce qui se passe depuis la première guerre d’Irak. En effet, il avait perdu en 1971 l’étalon Or à cause de la guerre du Vietnam et de la déclaration unilatérale de Nixon, et donc il s’est appuyé sur l’étalon pétrole. Ce qui se passe aujourd’hui avec la Russie, l’Ukraine et les autres guerres, c’est pour maintenir et augmenter le prix du gaz de schiste et du pétrole, et donc tout bénéfice pour les États-Unis parce que leur dollar restera basé sur l’étalon pétrole et hydrocarbures et gaz tant qu’ils font ce qu’il faut par la guerre si nécessaire pour maintenir cette relation étalon hydrocarbures/dollar. Et la FED n’est pas totalement étrangère à ça non plus parce qu’elle agit sur les taux d’intérêt et elle contrôle une monnaie mondialisée.

    – La FED n’est pas une banque centrale publique au service du gouvernement et de l’État comme ça l’était jusqu’à la deuxième guerre mondiale. L’argument néolibéral, c’est que si l’État domine et contrôle la banque centrale, on ne peut pas lui faire confiance car c’est un budgetivore, il ne sait que consommer les budgets, il ne sait pas les produire. L’État ne crée pas de l’argent, ne crée pas le revenu, ni le PIB, etc. Alors que dans le PIB et le PNB, il y a les investissements de l’État et sous Giscard d’Estaing, c’étaient les investissements de l’État qui maintenaient pendant dix ans l’économie française, ce n’étaient pas les investissements privés.

    On a cet argument complètement fallacieux qui dit que l’État ne fait que consommer des budgets, mais c’est pour les écoles publiques, les infrastructures pour former les ouvriers, les ingénieurs, etc., tout ce qui va servir l’entreprise à faire les profits qu’elle fait. Cet argent-là n’est pas jeté par la fenêtre ou enfermé dans un placard.

    – Obamacare : l’assurance maladie universelle que voulait installer Obama, et bien même les Américains pauvres, victimes du fait qu’il n’y a pas cette assurance universelle, ils étaient contre. Parce qu’on leur a mis dans la tête définitivement que s’ils acceptent vis-à-vis de leurs voisins, etc., ils vont passer pour des losers parce qu’ils ne veulent pas travailler et faire ce qu’il faut pour payer leur propre assurance. Donc cette mentalité-là est bien inscrite dans la mentalité américaine et après ça, c’est répondu avec le néolibéralisme. Regardons ce que sont devenus les filets sociaux en Europe et dans nos pays, les coupures sur le dos de qui ? Toujours sur le dos des plus pauvres et des plus vulnérables.

    – John Steinbeck : livre “Les Raisins de la Colère” : jamais les idées sociale-démocrate ou social-socialiste ne rentreront dans la mentalité américaine parce que le système a tout fait pour que chaque Américain ait bien profondément inscrit dans le fin fond de son inconscient et de sa tête que s’il est pauvre et qu’il est en train de crever de faim et d’autres à côté, ce n’est pas parce qu’il y a de l’exploitation qui crée de la pauvreté aux États-Unis, pas du tout, c’est juste parce qu’il est un millionnaire momentanément dans l’embarras. Alors voilà ce que pense le pauvre Américain : je ne suis pas exploité, le patron qui fait des milliards et des millions, c’est un winner, il travaille fort. C’est pour ça qu’ils acceptent des salaires mille fois supérieurs à celui de l’employé en France ou ailleurs, ça ne serait pas accepté. Mais eux, ils acceptent parce que ce sont des winners et ils ont les salaires qu’ils méritent. Et puis de toute façon, les États-Unis sont le meilleur pays au monde où on peut tout faire, il suffit de vouloir, il suffit d’être motivé. D’ailleurs, c’est ce qu’on enseigne dans les écoles de gestion : soyez motivés et vous aurez tout ce que vous voudrez. Vous n’avez pas de Mercedes ? Eh bien, levez-vous tous les matins avec la motivation “Je suis motivé pour avoir une Mercedes” et vous finirez par l’avoir. C’est ça qu’ils ont dans la tête.

    Être motivé pour améliorer son sort, et bien sinon ce n’est pas grave, l’Amérique est un pays fait de telle façon qu’un jour ou l’autre je serai millionnaire. Pour l’instant, je suis simplement un millionnaire momentanément dans l’embarras.

    – L’État est considéré comme un budgetivore, il consomme des budgets et il ne produit rien. Il consomme le budget de qui ? Des riches, parce que ce sont les riches qui produisent. Donc, il faut arrêter de les imposer parce qu’eux vont faire un meilleur usage de cet argent que l’État. Pourquoi ? Parce que l’État le donne à un pauvre. Comme cette phrase de Reagan : donner un dollar à un riche, il va l’investir et donner un dollar à un pauvre, il va courir s’acheter un sandwich et le manger. Donc, il vaut mieux donner ce dollar aux riches qu’aux pauvres.

    – Les États-Unis, avec leur système, ont besoin de dirigeants de moins en moins intelligents, de moins en moins savants ou sachants. Et puis d’ailleurs, c’est dans le monde entier, la politique nécessite aujourd’hui des gens de moins en moins instruits, de moins en moins cultivés, et même les citoyens d’ailleurs. Puisque l’on ferme les facultés de philosophie, de littérature, de mathématiques pures, d’histoire, d’histoire universelle, d’anthropologie, toutes les disciplines qui servent à donner de la pensée, de la conscience, de la capacité de discernement aux citoyens et de la capacité de participation à la vie politique, on les supprime. C’est ce qu’on appelle l’employabilité, c’est une catastrophe. L’employabilité, c’est-à-dire fabriquer juste le mécanicien que veut l’entreprise, l’électricien que veut l’entreprise, le comptable que veut l’entreprise. Et bien, je suis désolé, mais un comptable, il sait compter, point. Un mécanicien, il sait boulonner des boulons, point. Un électricien sait rafistoler les fils, point. Alors, où sont les citoyens qui vont penser le pays dans l’histoire, dans la philosophie politique ? Ce concept d’employabilité, l’université, l’école publique est là pour former ce qui sert à l’entreprise pour faire de l’argent.

    – Normalement, la banque centrale dans l’histoire, c’était la banque qui imprimait la monnaie sur demande de l’État. Donc, c’est l’État qui emprunte lui-même à la banque centrale avec un taux d’intérêt qui arrange l’État. Alors, l’argument des néolibéraux, c’est que si l’État contrôle la banque centrale, il peut emprunter à 0% et si il emprunte à 0%, il va gaspiller sans limite. Mais gaspiller quoi ? Si l’État gaspille pour éduquer les citoyens, ce n’est pas du gaspillage. Si il gaspille pour améliorer les infrastructures du pays, ce n’est pas du gaspillage. On a refusé trois mille milliards de dollars à Biden pour améliorer les infrastructures américaines qui sont en train de tomber en ruines, sous prétexte que cet argent va être de la redistribution de richesse et qui va aller dans la poche des pauvres qui vont ruiner les riches et l’économie américaine. Alors, si l’État peut emprunter à 0% ou 1% pour avoir de l’argent disponible pas cher, il va avoir tendance à dépenser sans limite. Par contre, si la BCE est privatisée ou se comporte comme une banque privée, elle va dire à l’État : “Écoutez, moi je vous prête de l’argent, mais je vous prête au taux d’intérêt du marché, ou même plus, parce que prêter à l’État, c’est peut-être risqué si l’État met cet argent dans des programmes de guerre ou pour améliorer la condition des pauvres et de toute la nation. Pour eux, cet argent va dans des ruisseaux, c’est des puits sans fond et le tonneau des Danaïdes, donc pas question.” On a pondu cette théorie qui veut que la banque centrale se comporte comme une banque privée ou devient une banque privée, propriété de X autre banque privée, et puis à partir de là, prête à l’État comme si c’était un emprunteur privé et lui impose un taux d’intérêt élevé en fonction du risque qu’on calcule et qu’on évalue.

    – Mario Draghi, ex-président de la BCE, vient de Goldman Sachs.

    – L’État américain imprime à la demande du secrétariat du Trésor. Donc le ministre des Finances, qui est Hank Paulson, demande à la FED d’imprimer la monnaie. C’est le ministère des Finances qui demande d’imprimer la monnaie dont l’État a besoin, et il demande qu’on imprime 10 mille ou 15 mille milliards de dollars. Mais la FED lui dit : “Attention, moi je suis une banque privée, même si je suis constituée de toutes ces banques qui ont créé la crise et qui se sont mises plein les poches et qui ont mis cet argent Dieu sait où. Et bien, désolé, mais on vous impose un taux d’intérêt.” Alors ce qui fait que maintenant, l’État américain, qui a imprimé 10 mille ou 15 mille milliards de dollars pour sauver le système financier américain, se trouve dans l’obligation maintenant de rembourser à la FED, qui est une banque privée, ces 10 mille ou 15 mille milliards de dollars qui l’a pris et qui l’a mis dans leurs poches, dans la poche de Goldman Sachs, dans la poche de Rothschild, dans la poche de Stanley Morgan, dans la poche de JP Morgan, etc. Et cet argent, maintenant, l’État doit encore le redonner à ces mêmes banques via la FED avec intérêt. Alors, regardez un peu la folie. Donc, il faut comprendre comment le système financier est un système qui n’est pas du tout au service des peuples et des États comme représentants des peuples, mais le système financier mondial est strictement au service des intérêts privés et des intérêts privés à court terme. Dire qu’il faut former que des employables et pas du tout des philosophes, des anthropologues, de la recherche fondamentale, non, on ne veut pas de ça, on veut des étudiants qui nous donnent tout de suite ce qu’on peut vendre et mettre sur les marchés et faire de l’argent avec. Et bien, ça, c’est une conception du système financier comme étant un système qui a ses propres valeurs, qui a ses propres objectifs et qui a ses propres politiques qui sont essentiellement comment augmenter la masse financière dont le système financier peut se prévaloir et les accumuler et les utiliser pour faire plus de finance avec de la finance.

    – Les banques et le système financier : c’est quelque chose dans cet esprit-là qui a été déjà vu, notamment par Aristote, 4ème siècle avant Jésus-Christ, dans l’Éthique à Nicomaque. Il mettait en garde sur les deux mauvais côtés de la monnaie parce que la monnaie est née deux siècles avant Aristote. (Marx et Ricardo ont traité cela et Maynard Keynes dans la Théorie générale de la monnaie.) Aristote dit : “Attention, la monnaie a deux côtés.” Alors, il dit le bon côté, c’est que la monnaie permet d’échanger plus facilement, de voyager avec quelques pièces ou des parchemins coupés en deux, ce qu’on appelait le rôle et le contre-rôle, qui a donné le mot contrôle, plutôt que de voyager avec des tas de bidons d’huile ou du blé, etc. Donc, ça facilite les échanges, alors ça va. Mais il dit : “Attention, la monnaie est la première chose dans l’histoire de l’humanité, depuis que l’humanité existe, c’est la première chose qui naît et qui donne à l’être humain, depuis qu’il existe, qu’il y a quelque chose dans ce monde qui peut s’accumuler à l’infini.” Et il a appelé ça la chrématistique, qui vient de khrema atos, donc argent et accumulation, que aujourd’hui on appelle ça la finance. Il n’y a personne qui avait l’idée, avant la naissance et l’introduction de la monnaie, aucun être humain n’avait l’idée de quoi que ce soit qui peut s’accumuler à l’infini sans limite, ce qui nous donne la crise d’aujourd’hui qui est une crise énième de l’idée qu’il peut y avoir une croissance infinie pour tout le monde, que tous les pays du tiers monde peuvent croître et rattraper l’Amérique, etc. Or, personne dans l’humanité jusque-là ne serait venu à l’idée d’accumuler des chaussures à l’infini ou des pelles à l’infini ou de l’huile à l’infini, il faut être malade, mais l’argent, oui, on peut l’accumuler.

    Le système capitaliste qui se transforme en système financier, et voilà, la finance est l’ennemie de l’économie. Ce qui s’est passé en 2008, c’est la crise de la finance, pas de l’économie, mais évidemment, indirectement de l’économie aussi puisque la finance domine l’économie.

    – La crise de 1929 : c’est la première crise qui va conduire à des comportements néolibéraux et des comportements, notamment de mise en avant de l’importance primordiale et vitale de la finance plutôt que de l’économie, ce qu’on appelle aujourd’hui l’économie réelle. Depuis la crise de 2008, soudain on parle d’économie réelle et d’économie non réelle, alors laquelle ? Personne ne précise trop, on dit virtuelle de la connaissance, mais en fait c’est de la spéculation. Vous avez l’économie réelle qui est de faire de l’économie avec du poisson, du blé, de la viande, du bois et du pétrole, l’économie qui donne des utilités et des commodités qui servent à l’être humain avant de penser à faire de l’argent avec, comme disait Marx, échanger des objets humanisés. Et bien ça a donné place à plutôt faire de l’argent pour faire de l’argent, ce que Aristote a appelé le Tokos, la bâtardise, parce qu’un mulet ne fait pas un mulet, puisque l’argent n’est pas un produit naturel en soi, et bien il ne peut pas se reproduire en soi. Ceux qui produisent de l’argent à partir de l’argent font quelque chose de bâtard, donc quelque chose contre nature. La crise de 1929, John Kenneth Galbraith, livre “The Great Crash 1929”. Il faut savoir que les premiers grands barons de l’économie, comme Trump, qui ne payait jamais ses ouvriers, a fait éliminer même physiquement les syndicats dans les années 1940 et il ne payait jamais ses fournisseurs. Pourquoi il n’a jamais publié ses déclarations d’impôts alors que depuis que la loi existe, tous les présidents l’ont rendues publiques sauf lui ? Et bien parce qu’il a volé des tas de gens et il a mis en faillite beaucoup de petites entreprises. Le grand-père de Trump a commencé à faire sa fortune avec des maisons closes (house en anglais signifie maison close, exemple de la célèbre chanson “There is a house in New Orleans they call the Rising Sun”). Le grand-père de Trump a construit un peu partout lors de la dernière ruée vers l’or dans le Yukon notamment et le nord-ouest plus ou moins canadien, des bordels avec des Amérindiennes comme esclaves. Et aujourd’hui encore, dans des villages fantômes, des baraques dans le nord-ouest américain et le nord du Manitoba, des maisons qui existent encore et c’est écrit dessus “Trump House” comme “Rising Sun House” exactement. Alors maintenant, ces territoires sont sous contrôle de nations amérindiennes en partie et puis des Blancs évidemment qui essayent d’organiser des tours touristiques pour aller visiter les lieux et les “Trump Houses” avec lesquelles le grand-père de Donald Trump a fait la fortune qui a permis à son fils d’acheter les immeubles à New York et ailleurs et qui a permis à son petit-fils d’en acheter encore et d’en faire en ne payant pas ses employés, etc. Il y a une fameuse spéculation qui est connue pour le 17ème ou le 18ème siècle sur les bulbes de tulipes et ça a commencé en Hollande. Les tulipes étaient des fleurs extrêmement cotées, ça valait des prix de diamant et d’émeraude et donc il y avait des bulbes de tulipes sur lesquels on spéculait, qui pouvaient valoir la moitié d’un pays, c’était inouï. Robert Heilbroner raconte l’histoire dans son livre “Les Grands Économistes”. Donc c’est un spéculateur de ces bulbes qui avait deux ou trois sur lui et qui valaient toute sa vie une fortune hyper colossale et qui était dans un bar et il avait mis ses tulipes sur le bar et quelqu’un d’autre à côté a pensé que c’était des oignons et il les a mangées. Et bien, le type qui s’est fait manger ses tulipes s’est suicidé après, c’est pour vous dire la folie humaine de la spéculation jusqu’où ça peut aller. Après, il y a eu la spéculation sur le sucre, il y a eu la spéculation sur le café et maintenant sur le blé et les céréales et le pétrole et tous les produits de première nécessité.

    En 1929, on spéculait sur les terrains et dans la bourse. À l’époque, Monsieur et Madame Tout-le-monde, qui avaient fait des économies de 200 ou 300 dollars en faisant nourrir leurs enfants avec des pâtes bouillies à l’eau pendant 15 ans, et bien ces 200 ou 300 dollars, en se privant et privant leur famille, parce qu’ils imaginaient, comme on le dit encore aujourd’hui, “vous placez votre argent à la bourse, il suffit de le mettre à la bourse, 300, et par miracle vous revenez dans deux mois, ça devient 2000 dollars”, c’est ce que Monsieur et Madame Tout-le-monde avaient dans la tête. Ils rentrent à la bourse avec leurs 300 dollars et qu’est-ce qu’ils font ? Ils sont là et ils regardent qui achète quoi, quels sont les produits les plus côtés et les produits les plus côtés, ce sont ceux dont parlent le journal de Wall Street, dont parlent les journaux spécialisés pour chercher à attirer l’argent là où ils veulent, et les surenchères sur le parterre même de la bourse. Alors ces gens-là arrivent et entendent crier “terrain en Virginie, terrain en Virginie, Vanderbilt achète des terrains en Virginie”. Alors ils voient que tout le monde est apparemment en train de vouloir acheter des terrains en Virginie, alors ils achètent. Et dans le prospectus de ce qu’on leur dit sur qu’est-ce que c’est ces terrains en Virginie ? C’est soi-disant des plages luxuriantes où on va faire des millions avec le tourisme, il suffit de construire une cabane, etc. Mais dans les faits, dans le cadastre, ça se trouve que c’était des marécages en Virginie ou des marais en Caroline du Sud qui ne valaient strictement rien. Mais les gens achètent et quand ces marécages en Virginie ont rapporté 5 ou 10 millions de dollars de l’époque à ceux qui les ont mis en vente comme étant des plages, et bien du jour au lendemain, ils sont ruinés. Mais ceux qui ont vendu ces terrains comme étant des plages, ils sont super millionnaires. Voilà ! Alors tout cet argent de ces super millionnaires, c’est de l’argent ponctionné sur l’économie réelle américaine et qui empêche en fait l’économie réelle américaine et l’Amérique et le citoyen américain d’aller de l’avant puisque pour que ces gens-là fassent ces 10 millions avec des terrains qui sont des marécages en Virginie prétendus des plages magnifiques en Virginie de l’Est ou ailleurs, et bien ces gens-là deviennent des super pauvres américains qui ne peuvent même pas instruire leurs enfants, qui vont mendier, qui ont volé, etc. Alors voilà ce que ça donne. Deuxième exemple, David Rockefeller et JP Morgan. Tous les deux créent une entreprise fictive pour acheter une compagnie de cuivre, donc d’exploitation du cuivre, qui s’appelait Anaconda Copper Company. Donc ils créent une entreprise fictive qui s’appelle Amalgamated. Et qui est le PDG de cette Amalgamated ? C’est le chauffeur de Rockefeller. Qui est le trésorier ? C’est le cuisinier de Vanderbilt. Et là, Monsieur et Madame Tout-le-monde, avec 300 dollars, 200 dollars, 500 dollars d’économie sur 10 ans, 15 ans, 20 ans, rentrent à la Bourse. Et ils entendent les traders de Rockefeller et de JP Morgan, de tous ces gens-là qui réclament et crient “Amalgamated”. Monsieur Tout-le-monde, Madame Tout-le-monde, et bien ils achètent Amalgamated. En trois jours, ils ont émis et vendu pour 75 millions de dollars. Ils ont émis des actions de Amalgamated qui n’existait pas. Et ils ont fait 75 millions de dollars sur les actions qu’ils ont vendues. Avec ce qu’ils ont eu comme 75 millions, ils ont acheté Anaconda Copper Company qui se vendait pour 40 millions de dollars. Donc 40 millions moins 75 millions, ils ont fait 35 millions de dollars de bénéfices nets qui ne correspondent à rien dans l’économie réelle. Et ils ont en plus acquis Anaconda Copper Company. Voilà deux exemples que donne John Kenneth Galbraith de spéculation d’économie financière qui va commencer à faire pousser les bourses et la finance à travers le monde et donc finir par ruiner le monde avec le néolibéralisme parce que je suis désolé, mais aujourd’hui notre monde n’a jamais été aussi ruiné depuis qu’il existe.

    – Professeur Bouhamidi : Platon considérait déjà que la véritable source de crises dans la cité et la véritable source d’absence d’harmonie dans la cité, c’était la recherche du gain. Selon lui, les écarts de fortune entre l’homme libre (les esclaves sont exclus de cette question) le plus riche d’entre eux ne devaient pas dépasser quatre fois le niveau de fortune du moins fortuné. Ainsi, la classe dangereuse pour la société était l’existence des marchands, poussés par ce qu’il appelait l’instinct de l’appât du gain et la recherche du gain.

    – Les marchands avaient pour dieu Hermès, qui était le dieu des menteurs et des voleurs.

    Pr. Omar Aktouf

  • الطاهر المعز-نيجيريا، دولة غنية وشعب فقير

    الطاهر المعز-نيجيريا، دولة غنية وشعب فقير

    تقع نيجيريا في غرب افريقيا على مساحة 924 ألف كيلومتر مربع وتشترك في منطقة حدودية بطول 4000 كيلومتر مع أربع دول أخرى وساحل طويل في خليج غينيا بالمحيط الأطلسي، وتحدها النيجر من الشمال وتشاد والكامرون من الشرق وبنين من الغرب وخليج غينيا الواقع على المحيط الأطلسي من الجنوب، ويحتوي باطن الأرض على النفط والغاز وخام الحديد وحجر الكلس والرصاص والزنك، ويُساعد تنوع مناخها على تنوع الإنتاج الزراعي وتربية الحيوانات، ويعتبر هذا الموقع الجغرافي على مفترق الطرق بين غرب أفريقيا ومنطقة الصحراء الكبرى (منطقة الساحل ) من عوامل عدم الإستقرار بفعل فساد النظام السياسي وعمالة السّلطات، ويوفر عدم الاستقرار الناجم عن التدخل الإمبريالي في المنطقة أرضا خصبة للمليشيات الإرهابية والشبكات الإجرامية التي تنفذ عمليات التهريب عبر المنطقة أو تعبرها باتجاه قارات أخرى، ويرتبط التهريب بتجارة البشر والهجرة غير النظامية وغسيل الأموال وجرائم العنف.

    يتميز القطاع الفلاحي بتوفّر الظروف الموضوعية لازدهاره، حيث توجد أراضي خصبة على ضفاف نَهْرَيْ النيجر و بينوي  وعلى  شريط ساحل  المحيط الأطلسي، وتنتج هذه المناطق الفلاحية القطن و » الفول السوداني » والتبغ و الكاكاو ونخيل الزيت والارز والفواكه، فضلا عن الثروة السّمكية وقطاع الصيد البحري على السواحل وفي الأنهار، وهي أنشطة مُكمّلة لقطاع المعادن كالحديد والزنك، فضلا عن الطاقة كالنفط ( حوالي مليونَيْ برميل يوميا) والغاز في دلتا نهر النيجر، والفحم، والثروات المعدنية الأخرى، ومع ذلك لا تزال التنمية ضعيفة في نيجيريا رغم الإيجابيات العديدة، ورغم تعدّد الموارد الطبيعية والأراضي الخصبة، على طول نهرَيْ النيجر و بينوي ، ولا تزال البلاد ( رغم ارتفاع الناتج المحلي الإجمالي) متخلفة، وعلى سبيل المثال، لا يوجد سوى 27 طبيبا لكل  مائة ألف نسمة، فضلا عن ارتفاع نسبة الفقر وعن ضُعْف البُنْيَة التّحتِيّة وغياب التجهيزات الأساسية، بفعل ارتفاع حجم الفساد وتبديد ونهب الثروة العمومية، وتدهور قيمة العُملة المحلية (النايرا)، وهيمنة الشركات متعددة الجنسيات على القطاعات الأساسية لاقتصاد البلاد، ومنها المحروقات والفلاحة، وتميزت البلاد كذلك بارتفاع حجم الدّيُون الخارجية، رغم ارتفاع أسعار النفط، ولئن كانت نيجيريا من أهم الدّول « المُسْلمة » (غير العربية) في إفريقيا جنوب الصّحراء، فإنها حافظت على علاقات وطيدة مع الكيان الصهيوني، في العلن وفي السّرّ…

    كانت نيجيريا – بحكم موقعها على ساحل المحيط الأطلسي – من البلدان التي اصطاد فيها الأوروبيون (وبالأخص البرتغاليون ) منذ منتصف القرن الخامس عشر، ملايين البشر لإرسالهم إلى أوروبا والأمريكِيّتَيْن وجزر بحر الكاريبي ليستعْبِدَهُم المُتسعمرون المُسْتَوْطِنون الأوروبيون، إلى أن استعمر البريطانيون البلاد من منتصف القرن التاسع عشر إلى سنة 1960، غير إن 64 سنة من الإستقلال لم تُحسّن وضع النيجيريين ( كما العديد من البلدان الواقعة تحت الإستعمار الجديد) رغم الثروات، حيث يعتمد الاقتصاد على المحروقات (النّفط والغاز)، مثل الجزائر أو أنغولا، ويمثل النفط ثلث الناتج المحلي الإجمالي ونحو 90 % من صادرات البلاد،
    وقُدٍّرت إيرادات الدّولة من النفط والغاز بنحو 593 مليار دولارا خلال الفترة 1999 – 2014، وفق بيانات نشرتها المنظمة غير الحكومية « مبادرة ﺍﻟﺸﻔﺎﻓﻴﺔ ﻓﻲ ﻣﺠﺎﻝ ﺍﻟﺼﻨﺎﻋﺎﺕ ﺍلاستخراجية بنيجيريا »، ولم تستثمر الحكومات المتعاقبة عائدات النّفط في القطاعات المنتجة، أو لتنمية البلاد وخفض نسبة الفقر والبطالة، بل تَمّ تبديد هذه العائدات، وكلما انخفض سعر المحروقات تَدَهْوَرَ وضع الإقتصاد، وبقيت البُنية التّحتية مُتدَهْوِرَة، ويمكن للسلطات في نيجيريا التّخطيط لاستغلال احتياطي النفط الضخم ( 37 مليار برميل) والغاز ( 5,2 تريليونات متر مكعّب) بحكمة وتحسين البنية التحتية والقضاء على الفقر والبطالة، فضلا عن استغلال المعادن الأخرى مثل الرصاص والحديد والقصدير والزنك، وتجدر الإشارة إن نيجيريا تصدّر النفط الخام، ولم تُطَوِّر صناعة التّكرير، بل تستورد النفط المُكَرَّر، ويُعاني المواطنون من الفقر ومن الإنقطاعات المتكررة للتيار الكهربائي، فضلا عن النسبة المرتفعة من السكان غير المُرتبطين بالشبكة الكهربائية ( حوالي 45% من السكان سنة 2022، كما يُعاني السّكّان من الأمراض والأوبئة مثل الملاريا والتيفؤيد، ولا يتجاوز مُعدّل العُمر 53 سنة.

    أعلنت الحكومة زيادة استثماراتها في الغاز الطبيعي والمسال، بهدف زيادة الصادرات وتلبية الطلب المَحَلِّي، وأطْلَقَتْ خلال شهر حزيران/يونيو 2020، مشروع إنجاز خط « AKK » لنقل الغاز من دلتا النيجر في الجنوب إلى مدينة كانو في الشمال، باتجاه النيجر والجزائر، كجزءٍ من الأنبوب العابر للصحراء (نيغال) باتجاه إيطاليا، بَوّابة أوروبا، مع خط ثاني يمر عبر المغرب نحو إسبانيا، غير إن الولايات المتحدة تمكّنت من إحباط المشروع الأول، خصوصًا منذ الحرب في أوكرانيا وحَظْر استيراد الغاز الرّوسي، واستبداله بالغاز الصّخري الأمريكي الذي يتم نقله عبر السّفن، من خلال عُقُود قصيرة الأجل، بدل الغاز الروسي أو النيجيري أو الجزائري الذي يتم نقله عبر أنابيب، ما يتطلب استثمارات كبيرة وعُقُود طويلة الأجل ( بمعدّل 25 سنة)، وتعمل الولايات المتحدة وأوروبا على إنجاز أنبوب الغاز العابر للمحيط الأطلسي الذي يُتوقّع أن يكون ناجزا سنة 2046،

    تتوقع حكومة نيجيريا أن يبلغ حجم إنتاج الغاز سنة 2030 نحو 57 مليار متر مكعب سنويا، غير إن بلوغ هذا الهدف يتطلّب استثمارات كبيرة في البنية التحتية للإنتاج والمُعالجة والنّقل، غير إن البيانات تُفيد انخفاض إنتاج الغاز النيجيري بنسبة 11% خلال فترة قصيرة جدا، من قرابة خمسين مليار متر مكعب سنويا سنة 2020 إلى اقل من 41 مليار متر مُكَعّب سنة 2022

    أصبح اقتصاد نيجيريا، منذ سنة 2013، أكبر اقصاد إفريقي، مُتجاوزًا جنوب إفريقيا، وبلغ الناتج المحلي الإجمالي سنة 2023، نحو 510 مليار دولارا، غير إن نصيب الفرد ضعيف ولا يتجاوز 2162 دولارا، سنة 2022، بفعل ارتفاع عدد السكان إلى حوالي 220 مليون نسمة، ويعاني السكان من التضخم الذي يعادل 21,5% سنويا، أي أنها ليست من الدول الغنية بل يمكن اعتبارها من الدول الفقيرة، حيث يُعاني نحو 71 مليون نسمة، أو حوالي 33% من السّكّان من الفقر المدقع وفق البيانات الرسمية ( وقدرت بعض البيانات ارتفاع نسبة السكان الذين يعيشون تحت خط الفقر – أي أقل من دولارَيْن في اليوم – إلى ما بين 40% و 60% بنهاية سنة 2022) ويعاني نحو 33% من البالغين من البطالة، ومن بينهم 42,5% من الشّباب، ولا يحصل حوالي 45% من السكان على الكهرباء (سنة 2021) ويحرم 70% من السكان من الصّرف الصّحّي (سنة 2022)، ولهذه الأسباب مجتمعة، ونظرًا للضعف الهيكلي للإقتصاد، هاجر ستون مليون نيجيري يعيشون خارج البلاد، وفق بيانات البنك العالمي  سنة 2023.  

    تعيش البلاد وضعًا غير مُستقر، منذ الإستقلال، لكن وتيرة الصراعات تخف أحيانا وتتزايد أحيانًا أخرى، وخرجت بعض مناطق الشمال والجنوب الشرقي للبلاد عن سيطرة الحكومة، منذ بداية القرن الواحد والعشرين (منذ سنة 2002)، وأصبح السّكّان يتعرّضون باستمرار لهجمات المليشيات الإرهابية وللقتل والخطف، ويُمثل انعدام الأمن عائقًا مُهِمًّا لتوحيد البلاد ولتنمية قُدراتها واقتصادها، فضلا عن ارتفاع معدلات الفقر والبطالة والتضخم والأمراض المُعْدِية، وتَفَشِّي الفساد الذي أدّى إلى تبديد موارد الدّولة وارتفاع حجم الديون الخارجية وتدهور قيمة العملة المحلية، واﻧﺨﻔﺎض ﻣﺨﺰون اﻟﻨﻘﺪ الأجنبى وارتفاع حجم اﻟﺪﻳﻮن اﻟﺨﺎرﺟﻴﺔ وأعبائها وﻋﺠﺰ اﻟﻤﻴﺰان اﻟﺘﺠﺎرى…

    شجّعت الشركات النفطية العابرة للقارات، وأهمها شركة « إلف » الفرنسية التي استحوذت عليها لاحقًا شركة « توتال » التي أصبحت تُسمّى اليوم « توتال-إينرجي » المليشيات الإنفصالية على فَصْل مناطق إنتاج النفط وإعلان دولة (إيبو) جمهورية بمنطقة (بيافرا) فى وسط وجنوب نيجيريا، واستمرت الحرب بين 1967 و1970، ودعم الكيان الصهيوني والقوى الإستعمارية الأوروبية والولايات المتحدة، وكذلك جنوب إفريقيا – زمن سلطة المَيْز العنصري، والبرتغال الذي كان يستعمر أنغولا وموزمبين وغينيا بيساو وجزر الرأس الأخضر، القوات الإنفصالية، قبل أن تتمكن القوات العسكرية من ضبط المنطقة واسترجاعها، بدعم من الجزائر ومصر، ولا تزال القوى الإستعمارية والرجعية المَحَلِّيّة تستخدم التنوّع الأثني والدّيني واللُّغَوي لتغذية الإنقسامات والصراعات، حيث تستمر الأزمة في شمال البلاد وفي منطقة إنتاج النّفط بدلتا النيجر حول استغلال الثروات النفطية التي تُهْدَرُ نحو 40% من الحجم المُسْتَخْرَج بسبب عدم صيانة البُنْيَة التّحتية وتخريبها وسرقة النّفط الخام، وامتدّ الصراع المُسلّح إلى العديد من بلدان إفريقيا الغربية المُجاورة…

    أقَرّت سُلُطات نيجيريا خطة خَمْسِيّة (مُتواضعة) للتنمية تشمل الفترة من 2021 إلى 2025 تهدف إلى تنويع النشاط لاقتصادي والإستثمار فى البنية التحتية والابتكار وقطاعات الصحة والتعليم والتخفيف من حدة الفقر (وليس القضاء على الفقر) ومن الفوارق الطبقية وبين المناطق والأقاليم، ورغم تواضُع هذه الأهداف، فإن البينات المنشورة بنهاية سنة 2023 لا تُشير إلى أي تقدّم أو تغْيِير، بل واجه الإقتصاد سنتَيْ 2022 و 2023 ( سنة الإنتخابات) مصاعب جَمّة وأهمها انخفاض إنتاج النفط وارتفاع نسبة التضخم والبطالة ونقص السلع الأساسية في الأسواق بسبب شح العملات الأجنبية الضرورية للتوريد، في ظل ارتفاع عبء الدَّيْن الخارجي وعجز الدّولة على الوفاء بالتزاماتها، وفي صفوف الشعب، تسبب ارتفاع نسبة التضخم ( بمعدّل 22% سنويا) في ارتفاع تكلفة المعيشة وعجز أغلبية المواطنين على تغطية نفقاتهم، إضافة إلى المشاغل القديمة مثل الفقر والحرمان من الرعاية الصحية والتعليم والكهرباء ومياه الشرب والصرف الصحي، بحسب تقرير البنك العالمي بنهاية سنة 2023.

    تُشكل الدّيون ( خصوصًا الدّيون الخارجية) مأزقا كبيرًا، وقدّرت المُفوضية الإقتصادية للأمم المتحدة إن الدّول التي تقترض 15 مليار دولارا، تُسدّد بالنهاية 35 مليار دولارا، فيما تُؤَدِّي شروط الدّائنين الخارجيين إلى تقييد استخدام مبالغ الدّيون، ما يُؤَدِّي إلى دَوّامة لا تنتهي، من قبيل اقتراض مبالغ جديدة لتسديد الدّيُون القديمة، فيرتفع حجم الدّيُون وفوائدها، وهلم جَرًّا، ولذلك ارتفعت الدُّيُون الخارجية لنيجيريا المُستحقّة لنادي باريس، خلال 17 سنة، من 18 مليار دولارا إلى 43 مليار دولارا، وزادت دُيُون البلاد بنسبة 658% خلال الفترة من 1999 إلى 2021، وانخفضت قيمة العُملة المحلّية من 197 نايرة مقابل الدولار سنة 2015، إلى 790 نايرة مقابل الدولار سنة 2023…

    قُدِّرت دُيُون قارة إفريقيا بنحو تريليُونَيْ دولار ( ألفَيْ مليار دولار)، وبدأت الدّيُون منذ استقلال البُلدان (لأن الإستعمار ينهب ولا يبني ويُدَمِّرُ البلدان قبل أن يخرج جنوده، لتأتي الشركات العابرة للقارات مكان الجيوش) وتسارع تراكمها خلال العقدين الأولين من القرن الواحد والعشرين، في ظل تضاعف « خدمة الدُّيُون، وتعاني حوالي نصف دول القارة من تداعيات تراكم الدُّيُون، وتأثيراتها على الحياة اليومية للناس، فضلا عن تأثيرات ضُعف الأداء الإقتصادي، ولئن كان اقتصاد نيجيريا ( الناتج المحلي الإجمالي) هو الأكبر إفريقيا بنحو 477 مليار دولارا سنة 2022 وحوالي 510 مليار دولارا سنة 2023، فإن البلاد تواجه أزمة دُيُون حادّة، رغم ترتيبها كأكبر منتج إفريقي للنفط ورغم أهمية احتياطيات النفط والغاز.  

    قَدَّر المكتب المركزي للإحصاء الوطني حجم الدَّيْن العام بحوالي 113 مليار دولار، سنة 2023، وتفيد بيانات رسمية أخرى (مكتب إدارة الديون، أو وزارة المالية) إلى 152 مليار دولارا، منها أكثر من 43 مليار دولارا من الدّيون الخارجية، وفق المصرف المركزي، وأعلنت الحكومة بنهاية سنة 2022 عجزها عن تسديد متأخرات تصل إلى 50 مليار دولار، مع الإشارة إلى رَفْضِ حكومة نيجيريا (خلال فترة رئاسة محمد بوخاري) إلغاء دعم الوقود، وخالفت بذلك « نصائح » البنك العالمي وصندوق النّقد الدّولي، واتجهت إلى الإقتراض من الصين وشراء الأسلحة من روسيا، وبعد انتخابات 2023، أقر الرئيس أحمد تينوبو إلغاء دعم الوقود وألغى ضوابط صرف العُملة، ما أدى إلى ارتفاع أسعار البنزين ثلاث مرات وزيادة تكاليف المعيشة مع انخفاض قيمة العملة المحلية (النايرا ) بنحو 70% مقابل الدولار منذ أصبح تينوبو رئيساً، وفق وكالة بلومبرغ، ولذلك تظاهر المواطنون بكثافة، منتصف شباط/فبراير 2024، ضد ارتفاع أسعار المواد الغذائية ( الأرز والحبوب ودقيق الذرة والذرة الرفيعة ) الذي أجْبَرَ المواطنين على  التخلي عن تناول وجبات أو الاكتفاء بأرُز ذي نَوْعِيّته رديئة يستخدم عادة لإطعام السمك والتّخلّي عن اللحوم والبيض والحليب والبطاطا، وأدّى ارتفاع أسعار الغذاء والوقود إلى ارتفاع معدّل التّضخم إلى أكثر من 28% وإلى ارتفاع نسبة الفقر المدقع إلى نحو 63% بنهاية سنة 2023، وفق بيانات المكتب الوطني للإحصاء الواردة بموقع (إستاتيستا) الذي أشار إلى « الصعوبات الإقتصادية الكبيرة وإلى حالة الجوع السائدة في بعض الولايات »، فيما حذّر البنك العالمي من « نقص حاد في الغذاء في سبع ولايات بسبب أعمال العنف »، وأقرت الحكومة بارتفاع نسبة الفقر لكنها تُقدّرها بنحو 40% من السّكّان ( وأكثر من 60% وفق عدة تقارير اقتصادية)، ويُشكّل الفساد أحد أمراض اقتصاد نيجيريا، وقُدٍّر حجم خسائر البلاد بسبب الفساد بحوالي 400 مليار دولار بين سنة الاستقلال ( 1960) و 2022، وارتفع حجم الفساد بفعل عقود استخراج واستغلال المحروقات، وأدّى الفساد والتوزيع غير العادل للثروات بين الطبقات وبين مناطق البلاد إلى بروز حركات الاحتجاج السياسي، كما هدّدت النقابات العمالية بالدّخول في إضراب مفتوح من أجل زيادة الحد الأدنى للأجور، من أربعين دولارا إلى 255 دولارا، لمواجهة ارتفاع الأسعار، وسارع الرئيس أحمد بولا تينوبو إلى إعلان زيادة ترفع الحد الأدنى للرواتب إلى ما يعادل سبعين دولارا، وفق وكالة رويترز يوم الثاني من تشرين الأول/اكتوبر 2023…    

    تظاهرت فئات عديدة من شعب نيجيريا ضد العدوان الصهيوني على فلسطينيي غزة، وأعلن وزير خارجية نيجيريا يوسف ميتما توغار ( بداية آذار/مارس 2024) « إن نيجيريا تعارض العنف غير المسوّغ في قطاع غزة، وتشجب المجزرة التي تستهدف الفلسطينيين »، وهو موقف مائع وغير حازم يعتبر الإبادة الجماعية « عُنْفًا غير مُسوّغ »، أما عن قطع العلاقات مع الكيان الصهيوني، أو حتى مُجَرّد تجميدها، اكتفى الوزير بالقول: « إن هذا الأمر مطروح للنقاش، ولكن نيجيريا تود القيام بالأمور بطريقة منظمة، وتحتاج للتشاور في اتخاذ القرارات ».

    لما انطلقت حرب الإنفصال التي كان يقودها الجنرال أوجوكيو في بيافرا، سنة 1967، دعمت مصر والجزائر الحكومة الإتحادية النيجيرية والجيش الحكومي بقيادة يعقوب غوون، ودعم الكيان الصهيوني ( ونظم الميز العنصري بجنوب إفريقيا وسلطات الإستعمار البرتغالي والدّول الإمبريالية…) الإنفصاليين بالسلاح والعتاد والمستشارين والتّدريب…  

    أما اليوم، فلنيجيريا علاقات وطيدة مع الكيان الصهيوني، خصوصًا منذ توقيع اتفاقيات أوسلو، حيث كان اعتراف قيادات منظمة التحرير الفلسطينية بالكيان الصهيوني، تِعِلّةً « وَجِيهَة » لتعزيز العلاقات النيجيرية – الصهيونية التي توطّدت في المجال الإقتصادي ثم توسّعت إلى مجالات أخرى، حيث تعمل عدة شركات إسرائيلية في مجالات البنية التحتية والاتصالات والزراعة بنيجيريا، كما يعيش مئات الإسرائيليين هناك. وتقوم بعض السفن الإسرائيلية باستخدام المواني النيجيرية بانتظام، وسبق لشركات إسرائيلية أن باعت أسلحة للشرطة وللجيش ودوائر المخابرات النيجيرية، بل وقّع الطرفان اتفاقيات أمنية ( في مجالات « التدريب » و « الحماية الشخصية ») منذ سنة 2004، تُعتبر سابقة في مسار العلاقات التي كانت اقتصادية قبل كل شيء، وقد يفتح هذا الإتفاق الباب أمام توسّع النفوذ الصهيوني في أكبر دولة إفريقية يسكنها المسلمون، ,اكبر دولة إفريقية منتجة للمحروقات، وكانت قد انطلقت احتجاجات خلال شهر نيسان/ابريل 2013 فضيحة أسفرت عن انطلاق موجة من الغضب ضد الرئيس النيجيري جودلاك جوناثان الذي وقّع عقدًا أمنيا بقيمة أربعين مليون دولارا مع شركة « ألبيت سيسامز » ( Elbit Systems ) الصهيونية للتّجسّس وصناعة الأسلحة، بهدف دعم جهود الحكومة النيجيرية لمراقبة نشاط المواطنين على الشبكة الإلكترونية…

    تُزَوِّدُ شركات السلاح الصهيونية منذ عُقُود الشرطة والجيش ودوائر المخابرات النيجيرية بالأسلحة والمعدّات، فضلا عن خدمات الإستشارة والتّدريب، وكشفت وسائل الإعلام الصهيونية منذ سنة 2006 ( من بينها صحيفة « هاآرتس » 01 أيار/مايو 2006) إبرام حكومة نيجيريا، خلال شهر آذار/مارس 2006، صفقة شراء أسلحة وطائرات آلية حربية من شركة «يافنيه» الصهيونية المتخصصة في صناعة الطائرات بدون طيار وأجهزتها المتطورة، وتتضمن الصفقة صناعة وتركيب ثلاث أنظمة استخبارات للطائرات الآلية المُجهّزة بأنظمة استشعار عن بُعد وآلات تصوير قادرة على التقاط صور دقيقة في الليل والنهار، وطلب سلاح البحرية النيجيري شراء هذه الأسلحة لاستخدامها في منطقة دلتا النيجر وخليج غينيا حيث تَوَسَّعَ نشاط شركات النّفط الأجنبية الأمريكية والبريطانية والفرنسية والروسية والصينية والكورية في المنطقة، وهي أغنى مناطق النفط النيجيرية، وذلك بعد تكرار هجومات الميليشيات الإرهابية المُسلحة، كما تتضمن الصفقة شراء نيجيريا 15 طائرة حربية أخرى وتدريب طيارين نيجيريين وإعدادهم من قِبَل الجيش الصهيوني، بقيمة إجمالية تصل إلى 250 مليون دولار، مع الإشارة إلى عمل شركات أخرى وإقامة مئات المُستوطنين الصهاينة في نيجيريا للعمل في مجالات أخرى، مثل البنية التحتية والاتصالات والزراعة، فيما تستخدم سُفُن العدُو الصهيوني موانئ نيجيريا بانتظام…

    أقامت نيجيريا علاقات دبلوماسية وثقافية واقتصادية مع الكيان الصهيوني منذ الإستقلال سنة 1960 وأرسل الكيان الصهيوني « العديد من الخبراء والمتطوعين لتحديث الزراعة في أفريقيا وتعليم المزارعين الأفارقة تقنيات الزراعة المستدامة »، فضلا عن المُستشارين والمهندسين « لتطوير النظام التعليمي والقطاع الطبي والتكنولوجي في نيجيريا »، وبعد قطع العلاقات ( على مستوى شكلي) سنة 1973، وعادت العلاقات بكل قوة سنة توقيع اتفاقيات أوسلو (بعد قطعها شكليا إثر حرب 1973)، حيث تستثمر أكثر من 50 شركة صهيونية في قطاعات مختلفة، كالبُنْيَة التّحتية والبناء والإتصالات والتكنولوجيا والاتصالات والزراعة وغيرها، غير إن الكشف عن فضائح عديدة أدّى إلى احتجاجات بين سنتي 2004 و 2013، فيما أكّدت ممثلة نيجيريا في مجلس الأمن التابع للأمم المتحدة، جوي أوجوو، يوم الثلاثين من أيلول/سبتمبر 2024: « التزام نيجيريا بسلامة وأمن إسرائيل » وامتنعت عن التصويت لأدانة العدوان الصهيوني على فلسطينيي غزة آنذاك و »إنهاء احتلال الأراضي الفلسطينية التي تم الإستيلاء عليها منذ حرب 1967″ مع الإشارة إلى تصويت الصين وفرنسا وروسيا والأرجنتين وتشاد وتشيلي والأردن ولوكسمبورغ لصالح مشروع القرار وتصويت أستراليا والولايات المتحدة ضده، بينما امتنعت نيجيريا وبريطانيا وليتوانيا وجمهورية كوريا الجنوبية ورواندا عن التصويت…

    تُعاني نصف دول إفريقيا من تداعيات تراكم الدُّيُون التي تفاقمت، خصوصًا خلال العقدَيْن الأَوَّلَيْن من القرن الواحد والعشرين، لتصل إلى نحو تريليوني دولار، ما يُؤَثِّرُ سَلْبًا على حياة الإنسان الأفريقي ومستقبله، في ظل تضاعف قيمة خدمة الديون، والتراجع الاقتصادي في الدّول الأشدّ فقرا، كما في البلدان النّفْطِيّة، ذات الدّخل المُتوسّط، وأهمها نيجيريا، أكبر منتج ومُصَدّر للنفط والغاز في القارة وسادس أكبر احتياطي عالمي للنفط، وأكبر اقتصاد إفريقي ( أي حجم الناتج المحلي الإجمالي البالغ 510 مليارات دولارا سنة 2023)، منذ سنة 2013، مُتجاوزًا اقتصاد جنوب إفريقيا، وتتميز نيجيريا بضخامة احتياطيات النفط والغاز، وكذلك بخصوبة الأراضي في العديد من مناطق البلاد، غير إنه اقتصاد هَشّ، يعتمد على صادرات النفط التي تُشكّل نحو 90% من صادرات البلاد، ولا يصل نصيب الفرد من الناتج المحلي الإجمالي 2350 دولارا سنة 2023، في ظل انخفاض قيمة العُمْلَة المَحَلِّيّة (النّايرا) بنسبة 70% مقابل الدّولار سنة 2023، ما أدّى إلى ارتفاع الأسعار وارتفاع نسبة التّضخّم إلى مستوى قياسي لم تبلغه خلال ثلاثة عقود، وارتفاع نسبة الفقر التي تتراوح بين 40% وفق مصادر الحكومة، و 63% وفق دراسات اقتصادية محلّية وتفوق 80% وفق بعض المصادر الأجنبية، وأدى إلغاء دعم الوقود إلى ارتفاع أسعاره بنسبة 300%، في بلد حُرمَ 40% من سُكّانه من الكهرباء، فضلا عن ارتفاع أسعار السّلع الأساسية مما يُهَدّد الأمن الغذائي، حيث بلغت نسبة التضخم 30% خلال الربع الأول من سنة 2024، وفق وكالة بلومبرغ ( تم الإطلاع يوم 31 آذار/مارس 2024)، وأَدّى ارتفاع نسبة البطالة ( 33% سنة 2023) والفقر وظروف المعيشة والحرمان من الكهرباء والصرف الصحي وسوء البُنية التحتية، إلى انتشار المنظمات الإرهابية التي تُسيطر على جزء من البلاد، في عدة مناطق، وإلى انتشار الفساد ونهب الثروات العمومية، وفي مقدّمتها النفط وتهريب الأموال إلى الخارج، فيما تُخصّص الحكومة نسبة تفوق 90% من إيراداتها النفطية لتسديد أقساط الدُّيُون…

    كانت نيجيريا من الدول الإفريقية التي اعترضت، سنة 2007، على إقامة قواعد عسكرية أمريكية في إطار البرنامج العسكري الأمريكي « أفريكوم » (إلى جانب جنوب إفريقيا والجزائر) غير إن حكومات نيجيريا المتعاقبة تتجاهل حقوق الشعب الفلسطيني، وتقف إلى جانب الكيان الصهيوني، بالتوازي مع تطوير العلاقات في كافة المجالات، كالأمن والسياحة والزراعة والتجسس والإتصالات والتعليم الخ، وهي ليست الدّولة الوحيدة، ذات الأغلبية المُسلمة التي تطعن العرب، فتركيا عضو حلف شمال الأطلسي تُساهم في تدمير البلدان العربية، وخصوصًا المُجاورة، وتحتل أجزاء من سوريا والعراق، وأذربيجان « المسلمة » تمد الكيان الصهيوني بنحو 40% من حاجياته إلى المحروقات، ولا غرابة في ذلك ما دام آل سعود وأبناء زايد يتحالفون مع الكيان الصهيوني ضد الشعب الفلسطيني وضد شعب اليمن…

    من المؤسف أن تكون سلطات نيجيريا – أكبر اقتصاد إفريقي – أداةً امبريالية لطَعْن جيرانها ( النيجر ومالي وبوركينا فاسو) الذين يريدون الخروج عن طاعة الإمبريالية، وأداة صهيونية لطعن العرب الإفريقيين، في شمال القارة، ونحن نتضامن مع شعب نيجيريا في نضاله ضد الشركات العابرة للقارات وضد السّلطة الموالية للإمبريالية وللصهيونية وللشركات العابرة للقارات وفي نضاله ضد المليشيات الإرهابية، ونضاله من أجل توزيع عادل للثروة ومن أجل حقه في حياة أفْضَل…

     الطاهر المعز  

  • الطاهر المعز-عدم المساواة و دَوْر صندوق النّقد الدّولي: محاولة تبسيط مفاهيم الإقتصاد السياسي

    الطاهر المعز-عدم المساواة و دَوْر صندوق النّقد الدّولي: محاولة تبسيط مفاهيم الإقتصاد السياسي

    هيمنت الرأسمالية النيوليبرالية على الاقتصاد العالمي منذ العقد الأخير من القرن العشرين، أي منذ انهيار الإتحاد السوفييتي، وتوسّعت معها ظاهرة عدم المساواة بين أقلية صغيرة من الناس الذين ارتفعت ثرواتهم إلى مستويات قياسية وأغلبية السكان الذين أصبحوا أكثر فقرا، ويُعَدّ انخفاض حجم الإنفاق الحكومي وخصخصة القطاع العام والخدمات (الصحة والتعليم والنقل والكهرباء والمياه وغيرها) من العوامل التي تزيد من عدم المساواة ومن انتشار الفقر المدقع والجوع، وعلى سبيل الذّكر، كان أغنى 1% من سكان العالم يملكون 38% من ثروة العالم سنة 2021، أي فاقت ثروتهم 90% من سكان العالم الأقل ثراءً، وبعبارة أخرى، فإن 80 مليون شخص يمتلكون ثروات أكبر بكثير مما يملكه 7,2 مليار شخص، وتتركز ثلاثة أرباع الثروة العالمية لدى 10% من سُكّان العالم، ويُتوقّع أن تستمر هذه الفجوة في الإتّساع لأن الإيديولوجية النيوليبرالية السائدة تحُثُّ على انسحاب الدولة التي غالبًا ما تكون خط الدفاع الأخير ضد الفجوة الآخذة في الاتساع بين أغنى 1% وبقية السكان، وهناك اتجاه واضح نحو تفكيك الدور الوقائي للدولة منذ حوالي أربعة عقود، ما يزيد ويعزز عدم المساواة في الثروة والدخل ومن التمييز الطّبقي والعُنصري، كما تؤدي السياسة النيوليبرالية إلى إفقار الدولة وإثراء القطاع الخاص، أي تحويل الثروة العمومية إلى القطاع الخاص، ولاحظنا على مدى أكثر من خمسين عاماً، تراجعاً في الثروة العامة (أُصُول وإيرادات الدّولة) مقابل زيادة الثروات الخاصة في كافة الدّول الرأسمالية المتطورة مثل بريطانيا واليابان وفرنسا وألمانيا والولايات المتحدة وغيرها، وزادت سياسات التقشف من تسريع هذا الاتجاه، خصوصًا منذ  العقد الثاني من القرن الحادي والعشرين، بعد أزمة 2007/2008، حيث زاد حجم وقيمة الخصخصة وبيع الأصول العامة، بالتوازي مع منح المصارف والشركات الكبرى مبالغ هامة من المال العام (أي من عَرَق الكادحين والأُجَراء) وتخفيض الضرائب على أغنى الأثرياء والمصارف والشركات الكبرى، مما يقلل موارد الدولة ويزيد من قيمة الثروات الخاصة.

    أمّا في البلدان الفقيرة، فإن المؤسسات الدّولية، مثل صندوق النقد الدولي والبنك العالمي ومنظمة التجارة العالمية، تتكفّل بإجبار الحكومات على خفض الضرائب المفروضة على الشركات الكبيرة، وفي الوقت نفسه زيادة ضريبة القيمة المضافة (الضريبة غير المباشرة) وهي غير عادلة إلى حد كبير لأنها لا تتناسب مع الدخل، وتُؤثّر كثيرًا في ميزانيات الأُسَر الفقيرة…

    تُشكل الولايات المتحدة، زعيمة الدّول الرأسمالية الإحتكارية (الإمبريالية) نموذجا: في ثلاثينيات القرن العشرين، تم فرض ضريبة على أغنى 0,01% من الأثرياء بنسبة 80% تقريبا من دخلهم، وانخفضت النسبة إلى 30% فقط سنة 2020، وكانت نسبة الضريبة تُعادل 50% على دخل أغنى 1% من ساكني الولايات المتحدة، في أوائل الخمسينيات من القرن العشرين، وانخفضت النسبة سنة 2020 إلى 30%، وانخفض معدل ضريبة الدخل لأغنى 10% بين سنتَيْ 1942 و2021 بنحو 5%، وعلى العكس من ذلك، ارتفع معدل ضريبة الدخل على أفقر 50% من 8% إلى حوالي 25%، وهو نفس الاتجاه إذا تم تطبيقه على 90% من المواطنين الأشدّ فقرًا، وتدل هذه الأرقام إن ضريبة الدخل لم تعد تَصاعُدِية ( أي تتماشى نسبتها مع ارتفاع الدّخل) بل تخضع جميع فئات الدخل للضريبة بمعدلات متشابهة للغاية، ولا يتعلق الأمر بالولايات المتحدة فحسب، بل بجميع دول العالم.

    انخفضت الضرائب المفروضة على أصحاب الدخول الأعلى بشكل كبير منذ منتصف سبعينيات القرن العشرين، في البلدان الغنية، في اليابان وفرنسا وبريطانيا وألمانيا والولايات المتحدة، ولكن في الهند أيضاً، ويؤدي هذا التراجع لإيرادات الدولة إلى زيادة الدَّيْن الخاص، لأن الأشخاص الذين كانت الدولة تدعمهم سابقًا اضطرّوا إلى تعويض انسحاب الدّولة من المجال الإجتماعي والرعاية الصحية من خلال التّوَرُّط في الحلقة المُفْرَغَة للديون بمعدلات مرتفعة تتراوح بين 20% ( قروض الإستهلاك) و 200% (القروض العقارية حيث يُسدّد المُقترضون ضِعْف قيمة القروض)، وتُعْتَبَرُ المزايا الاجتماعية وسيلةً لإعادة توزيع جزء من إيرادات الدولة التي تُمثّل ضرائبُ الأثرياءِ جزءًا منها، تستخدمها الدّولة لمساعدة الفقراء من خلال المزايا الاجتماعية وتمويل الخدمات العامة، وأدّى تراجع إيرادات الدّولة وتراجع دورها إلى إرساء نظام تتزايد فيه الفوارق لأنه يثري الأغنياء ويحكم على الطبقات الكادحة باقتراض الأموال منهم ودفع الفوائد لهم وبذلك يؤدي تراجع الدولة إلى تفاقم أوجه عدم المساواة الهائلة.

    ولد البنك العالمي وصندوق النقد الدولي في تموز/يوليو 1944، في « بريتن وودز، قرب واشنطن، ولذلك سُمِّيت « مُؤسّسات بريتن وودز »، وهما رمزان للاستعمار المالي الجديد وفرض سياسة التقشف باسم متابعة عملية سداد الديون، وقد تسبب هذا الاستعمار المالي الجديد في الكثير من الضرر، وهي مؤسسات صممتها وتُديرها الدّول الإمبريالية التي تتقاسم السيطرة عليها، فالولايات المتحدة تعين رئيس البنك العالمي، وتُعيّن أوروبا المُدير التنفيذي لصندوق النقد الدولي، ويختص البنك العالمي في القروض طويلة المدى، فيما يختص صندوق النقد الدّولي في القروض قصيرة ومتوسطة الأجل، ويعترض الدّيون خطر العجز عن السّداد، لذلك تراقب مؤسسات « بريتن وودز » وضع الدّول بشكل دقيق ومُستمر، وما ينطبق على الدّول ينطبق على الشركات والمصارف، وعلى مدى أربعة عقود، تعرضت المصارف الأمريكية الكبرى لمخاطر عدم سداد ديون الدول النامية، لكن البنك العالمي قرر ضمان سداد القروض (رأس المال والفائدة) التي حصلت عليها الدّول الفقيرة من المصارف الخاصّة، وعتَزّز هذا الإلتزام منذ أصبح الرئيس السابق لبنك أوف أمريكا، ألدن دبليو كلاوسن، الذي فرضه رونالد ريغان رئيسًا للبنك العالمي، سنة 1981، وكانت المصارف الأمريكية أكثر عرضة من المصارف الأوروبية أو اليابانية لأزمة سنة 1982 التي أثَّرت بشكل خاص على أمريكا الجنوبية التي تعتبرها المصارف الأمريكية بقرتها الحلوب، وخصوصًا البرازيل والأرجنتين والمكسيك، أكبر اقتصادات أمريكا الجنوبية، وكانت مبالغ القروض مقارنة برؤوس أموال المصارف هائلة ومتهورة، وكانت أكبر تسعة مصارف أميركية، بما في ذلك بنك أوف أميركا، قد أقْرَضَتْ ما يعادل 229% من رأسمالها، وعندما أعلنت المكسيك، في آب/أغسطس 1982 أنها لم تعد قادرة على السداد، اجتمعت المصارف المركزية والحكومية الكبرى وصندوق النقد الدولي والبنك العالمي لإنقاذ المصارف الخاصة، وقرر المدير الإداري لصندوق النقد الدولي ورئيس الاحتياطي الفيدرالي للولايات المتحدة ورئيس بنك إنجلترا ورئيس بنك التسويات الدولية (أحد الشركات التابعة لمجموعة البنك الدولي) تحويل ديون القطاع الخاص إلى الدين العام للدول المَدِينَة، خاصة البرازيل والمكسيك والأرجنتين، ووضع المجتمعون خطة للتعامل مع الدّول المَدِينَة بشكل منفصل، ورفض أي جبهة مُشتركة للدّول الفقيرة المُقْتَرِضة من المصارف الخاصة أو من مؤسسات بريتن وودز، بناء على مبدأ « فَرِّقْ تَسُدْ »، كما يجب على البلدان المدينة أن تستمر بأي ثمن في دفع الفائدة على الدين ويجب على الدائنين ألا يمنحوا أي إلغاء أو تخفيض لسعر فائدة، أو إعادة جدولة الدّيُون وحصص التّسديد، ولن يتم منح القروض الجديدة من قبل المصارف الخاصة إلا بشرط أن تلتزم البلدان المَدِينَة المعنية بتنفيذ سياسات التقشف في إطار اتفاق مع صندوق النقد الدولي، وإثر هذا اللقاء، أوقفت المصارف الخاصة جميع القُروض واكتفت بتحصيل أقساط القُروض السابقة، ما أدّى إلى مضاعفة أرباحها في غضون سنوات قليلة.

    يتبنى صندوق النقد الدولي وغيره من الممولين الدّوليين استراتيجية صارمة في التعامل مع البلدان المُقْتَرِضَة من أجل حماية المصارف الخاصة، وأصبح الصندوق والبنك العالمي يتصرّفان كممثلين للتمويل الخاص الدولي الضخم، أو خَفَر أو مأمورين (Bailiff ) في خدمة المصارف الخاصة ورأس المال الخاص، ضدّ الدّول المُسْتَدِينة، لتجنب التخلف عن السداد.

    تتحمل سلطات الدول المُقْتَرِضَة مسؤولية الخزانة العامة والمال العام ( أموال المواطنين) ولكن صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي يُجبران سُلطات الدّول على ضَمان تسديد الديون الخارجية للشركات الخاصة في بلادهم، بما فيها فُروع الشركات العابرة للقارات التي تطلب قرضًا من الشركة الأم، وتفتعل العجز عن السّداد، لتتحمل حكومة الدّولة المُضَيّفة لها سداد ديونها من الخزانة العامة، وهي عملية تحويل أموال من « الأطراف » إلى « المَرْكز »، كما حَلَّ صندوق النقد الدولي والبنك العالمي تدريجياً محل المصارف الخاصة باعتبارهما دائِنَيْن للبلدان الأكثر معاناة من الصعوبات، وبالتالي يتم نقل المخاطر والتكاليف من القطاع الخاص إلى القطاع العام، وأدّى انسحاب المصارف الخاصة إلى ارتفاع دُيُون صندوق النقد الدولي والبنك العالمي من 115 مليار دولار سنة 1982 إلى 252 مليار دولار سنة 1992، أي بزيادة قدرها 120%.

    « خلال عقد الثمانينيات من القرن العشرين، بينما كان سعر الفائدة 4% في البلدان الصناعية، كانت البلدان النامية تتحمل سعر فائدة فعلي يبلغ 17%، على دَيْنٍ قائم يزيد على ألف مليار دولار، يمثل ذلك زيادة في التكلفة قدرها 120 مليار دولار تضاف إلى صافي التحويلات للديون والتي بلغت 50 مليار دولار سنة 1989 » وفقا لتقرير برنامج الأمم المتحدة الإنمائي عن التنمية البشرية – 1992

    يتضمن سداد الديون سداد الفائدة على الدَّيْن التي تضاف إلى سداد رأس المال، وفي نهاية أجل استحقاق الدين، تسدد البلدان المدينة مبالغ أكبر من مبالغ القروض، تصل إلى الضّعف، وهذا ما نسميه « صافي التحويل السلبي » الذي تزايدت أهميته منذ ثمانينات القرن العشرين، وكانت التحويلات من أمريكا الجنوبية إلى الدائنين، بين سَنَتَيْ 1982 و1985، تمثل 5,3% من الناتج المحلي الإجمالي للجزء الجنوبي من القارة الأمريكية، وفق بيانات البنك العالمي الذي تعكس تحليلاته المنشورة ( يمارس البنك والصندوق رقابة صارمة ويرفضان نشر العديد من الوثائق التي يُعِدُّها خبراؤهما) المصالح السياسية والإقتصادية لمساهميهما الرئيسيين، وخاصة الولايات المتحدة، وتعكس مصالح المصارف الخاصة، بتواطؤ زعماء الدول المُقْتَرِضَة الذين يسهلون عملية الفساد وهروب رؤوس الأموال نحو الملاذات الضريبية، في نفس المصارف التي لديها مطالبات على هذه البلدان.

    نشرت الخبيرة الاقتصادية الأمريكية شيريل باير في كانون الثاني/يناير 1974 كتابها الذي ينتقد صندوق النقد الدولي والبنك العالمي تحت عنوان « فخ الديون: صندوق النقد الدولي والعالم الثالث – مجلة المراجعة الشهرية » ( انظر قائمة المراجع أسفل المقال)، وقد قامت بتحليل سياسة صندوق النقد الدولي المطبقة في ستينيات القرن العشرين في الفلبين وإندونيسيا والبرازيل وتشيلي والهند ويوغوسلافيا وغانا، ويُلخّص الكتاب وهو التدابير التي يفرضها صندوق النقد الدولي على « الدول النامية » التي تطلب دُيُونًا، ومن بين الشروط: إلغاء أو تحرير الضوابط على التبادل التجاري والواردات، تخفيض قيمة العملة، تقييد السياسات النقدية للسيطرة على التضخم مما يؤدي إلى زيادة أسعار الفائدة، وفي بعض الحالات، زيادة في احتياطيات النقد الأجنبي، والسيطرة على العجز العام (خفض الإنفاق؛ زيادة الضرائب وأسعار الخدمات العامة والمؤسسات؛ وإلغاء دعم المنتجات الاستهلاكية)، والحد من زيادات الرواتب في القطاع العام، وتفكيك الضوابط على الأسعار، وفتح السّوق والمشاريع الإقتصادية أمام الإستثمارات الأجنبية…

    حدّد إجماع واشنطن، أو « وِفاق واشنطن » (منتصف سنة 1989، ( قبل خمسة أشهر من سقوط جدار برلين ومن ثم الاتحاد السوفييتي)، في خطوة استباقية لانهيار المنافس السوفييتي، السياسات التي يجب اتباعها في إطار التكيف الهيكلي من خلال إضافة بُعد الخصخصة الضخمة إلى التدابير السابقة، وخفض الإنفاق في قطاعات مثل التعليم والصحة وتوزيع الطاقة والمياه وتحويل المبالغ المَخْصُومة لدعم القطاع الخاص بهدف هزيمة القطاع العام، فضلا عن تقويض مشاريع السيادة الغذائية وتدمير مشاريع الإنتاج الزراعي الذي يهدف إلى تلبية احتياجات السوق الداخلية، بدل إنتاج وتصدير منتجات غذائية تُلبي حاجة أسواق الدّول الغنية…  

    يشعر جميعنا بتدهور الوضع، وأصبح دَور صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي واضحًا لنسبة كبيرة من المواطنين، غير إن القليل يُدْرِك آلية عمل هاتين المُؤسّسَتَيْن، وتنقص العديد منا الحُجَج لإبراز هذا الدّور التخريبي الذي يندرج ضمن آليات الهيمنة الإمبريالية، فالصندوق والبنك يُمثّلان مصالح النّافذين من ممثلي الدّول الأعضاء في مجالس إدارَتَيْهما…

    الطاهر المعز  

    وليامسون، جون. « ما تعنيه واشنطن بإصلاح السياسات. » 1989. في التكيف في أمريكا اللاتينية: كم حدث؟، واشنطن، معهد الاقتصاد الدولي.)

    Williamson, John. « What Washington means by policy reform ». 1989. in Latin American Ajustment : How much has happened ?, Washington, Institute of International Economics.)

    شيريل باير «فخ الديون: صندوق النقد الدولي والعالم الثالث – المراجعة الشهرية للصحافة – يناير 1974

    Cheryl Payer « The Debt Trap: International Monetary Fund And The Third World – Monthly Review Press  – January 1974

    جون بيركنز – اعترافات قاتل اقتصادي – 2004

    John Perkins – Confessions of an economic hit man – Berett-Koehler Publishers – 2004

  •  René Naba-Flux migratoire: L’Europe, fossoyeur de sa propre cause, victime de ses propres turpitudes passées et présentes

     René Naba-Flux migratoire: L’Europe, fossoyeur de sa propre cause, victime de ses propres turpitudes passées et présentes


      La focalisation d’Emmanuel Macron sur l’immigration, imputant ce phénomène à la gauche française, trahit la panique de Jupiter de France face ce qui apparait comme la chronique d’une fin annoncée du Macronisme.

      Retour sur cette mystification

      Depuis le début des printemps arabes, en 2011, 11.132 ont disparu sur l’une des trois routes méditerranéennes menant vers l’Europe, consécutif à la dislocation de la Libye du fait occidental et de la déstabilisation du Mali, du fait de leurs alliés pétromonarchiques, via leurs affidés Ansar Eddine. Le chiffre est sans appel et pointe du doigt la responsabilité occidentale dans ce drame humain de grande ampleur.

      L’accord conclu vendredi 18 mars 2016 à Bruxelles entre l’Union Européenne et la Turquie en permettant à l’ensemble européen de renvoyer vers la Turquie les migrants débarqués en Grèce s’apprête à un «accord de la honte», en ce qu’il foule au pied les principes élémentaires du Droit International et du Droit européen.

      L’objectif était, certes, louable : Éviter que la Grèce ne se transforme en un gigantesque camp de réfugiés sur le territoire de l’Europe, sur le modèle de la Cisjordanie et de Gaza en Palestine, après la fermeture de la «Route des Balkans». Mais la promotion du principal pourvoyeur de djihadistes vers la Syrie et de réfugiés vers l’Europe au rang de vigile de la forteresse Europe face à une nouvelle invasion barbare, constitue tout à la fois une prime à la fourberie turque et une concession au populisme rampant de l’opinion d’un continent en crise systémique.

      En contrepartie de son rôle de garde frontière, le président Recep Tayyib Erdogan obtient de considérables avantages à l’effet de consolider sa posture autocratique et liberticide.

      Une aide financière importante (environ 6 milliards d’euros d’ici à la fin 2018), une levée de l’obligation de visa pour les Turcs et une reprise des négociations d’adhésion à l’Union Européenne. Un satisfecit en dépit du fait que la Turquie continue d’occuper la partie nord de Chypre et que le sultan d’Ankara bafoue les libertés de la presse et la justice de son pays.

      L’arrivée de plus d’un million de migrants et de réfugiés en Europe a eu raison des grands principes. Cinq ans après le printemps arabe, l’Europe paie ainsi le prix de démagogie et de son bellicisme. Un nouveau rideau de fer s’est abattu sur l’Europe, pour reprendre l’expression de l’ancien premier ministre brittannique Winston Churchill.

      Une lecture diachronique de l’actualité, conjuguant une analyse englobant l’espace et le temps de cette séquence, aboutirait à cette surprenante conclusion que l’Europe a été le fossoyeur de sa propre cause, victime de ses turpitudes passées et présentes en ce que le flux migratoire du XXI siècle de l’hémisphère sud, particulièrement le flanc méridional de l’Europe, apparaîtra rétrospectivement comme le lointain et ultime avatar du «fardeau de l’homme blanc»

      Il fut un temps, pas très loin, où le «seuil de tolérance» ne faisait pas poids face à la furie colonisatrice de l’Europe, son besoin incompressible d’assumer «le Fardeau de l’Homme blanc» et sa «chargé d’ainesse», en vue d’accomplir sa mission civilisatrice.

      52 millions de personnes se sont ainsi expatriés du «Vieux Monde», en un peu plus d’un siècle (1820-1945), à la découverte des nouveaux mondes, lointains précurseurs des travailleurs immigrés de l’époque moderne. Au rythme de 500 000 expatriés par an en moyenne pendant 40 ans, de 1881 à 1920, 28 millions d’Européens auront ainsi déserté l’Europe pour peupler l’Amérique, dont 02 millions aux États-Unis, 8 millions en Amérique latine, sans compter l’Océanie (Australie, Nouvelle Zélande), le Canada, le continent noir, le Maghreb et l’Afrique du sud ainsi que les confins de l’Asie, les comptoirs enclaves de Hong Kong, Pondichéry et Macao.

      Curieux cheminement. Curieux croisement : alors que l’Africain était extirpé de ses racines par les colonisateurs de la Sénégambie pour se projeter au-delà des océans en vue de contribuer à la prospérité du Nouveau Monde, les Français et Anglais, Espagnols et portugais, d’abord, au XVIII me -XIX me siècle, puis les Libanais et les Syriens, ensuite au XX me siècle, étaient conduit à l’exode sous l’effet des contraintes économiques.

      Un mouvement parallèle… Le Noir allait peupler l’Amérique, quand le blanc se substituait à lui sur son continent, comme intermédiaire entre colonisateurs et colonisés. 52 millions d’expatriés, soit le double de la totalité de la population étrangère résidant dans l’Union Européenne à la fin du XX me siècle, un chiffre sensiblement équivalent à la population française. Principal pourvoyeur démographique de la planète pendant 120 ans, l’Europe réussira le tour de force de façonner à son image deux autres continents, l’Amérique dans ses deux versants ainsi que l’Océanie et d’imposer la marque de sa civilisation à l’Asie et l’Afrique.

      «Maître du monde» jusqu’à la fin du XXe siècle, elle fera de la planète son polygone de tir permanent, sa propre soupape de sécurité, le tremplin de son rayonnement et de son expansion, le déversoir de tous ses maux, une décharge pour son surplus de population, un bagne idéal pour ses trublions, sans limitation que celle imposée par la rivalité intra européenne pour la conquête des matières premières.

      L’indépendance des pays d’Afrique neutralisera le rôle du continent noir dans sa fonction de volant régulateur du chômage français.

      Mais la France, jamais à court d’imagination lorsqu’il s’agit de faire «suer le burnous» substituera à la colonisation la communauté franco-africaine, matérialisée par la Françafrique, le plus extraordinaire pacte de corruption des élites françaises et africaines à l’échelle continental. Djembés, malettes : Jamais la Françafrique n’a autant mérité son nom de «France à fric», une structure ad hoc pour pomper le fric par la vampirisation des Africains pour la satisfaction de la veulerie française. Aberrant et Odieux.

      Cinq siècles d’esclavage pour un tel résultat. Pour continuer à entretenir à grands frais l’un de ses colonisateurs les plus implacables, la France. Sans la moindre pudeur pour les victimes de la traité négrière, de l’esclavage, des zoos ethnologiques… les bougnoules, les dogues noirs de la République ? Gabon, Congo, Cote d’Ivoire, Sénégal, Guinée équatoriale… Honte à l’Afrique de nourrir ses bourreaux. Vénalité française et corruption africaine, combinaison corrosive, dégradante pour le donateur, avilissante pour le bénéficiaire : 400 milliards de dollars évaporés en 35 ans du continent africain vers des lieux paradisiaques, de 1970 à 2005, selon les estimations de la CNUCED.
      Et Pourquoi n’avoir pas songé à déduire ces gracieusetés de la dette, cette nouvelle forme de traite négrière, qui saigne l’Afrique, autant que la précédente ? Et pourquoi ne pas compenser par des infrastructures à l’effet de réduire la dépendance africaine à l’égard du vieux continent ?

      Les avoirs bloqués des dictateurs arabes et africains, s’ils constituent une manne pour l’économie occidentale en crise systémique, elles sont une panne pour le développement de l’hémisphère sud. Voire une calamité.

      1.500 milliards de dollars, tel est le montant des sommes en provenance d’Afrique et du Moyen Orient dans les places financières occidentales, dont 15% de provenance illégale. La fortune cumulée de Hosni Moubarak (Egypte), Zine el Abidine Ben Ali (Tunisie), Sani Abacha (Nigeria), Moussa Traore (Mali), Joseph Desiré Mobutu (République Démocratique du Congo ex Zaire) notamment est, elle, estimée à près de 40 milliards de dollars. Des miettes en ont été restituées.

      Selon le Boston Consulting Group, la Suisse accueille près de 30 % des avoirs privés offshore, la plupart non déclarés. La revue professionnelle de gestion d’actifs «My Private Banking» estime que sur les 1.500 milliards de dollars que représentent les fortunes privées d’Afrique et du Moyen-Orient à l’étranger, 33 % sont localisées en terre suisse, et dont 15 % environ seraient d’origine illégale, soit 74 milliards de dollars.

      Selon la Banque mondiale et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), la Libye bénéficie début 2011 de «l’indice de développement humain le plus élevé du continent africain», avec une croissance du PIB de 7,5 % par an, un revenu par habitant record (10 000 dollars américains par an), l’instruction primaire et secondaire pour tous et l’accès d’un élève sur deux à l’enseignement supérieur.

      Plus de 2 millions d’immigrés africains trouvent du travail dans la Jamahiriya. Facteur de stabilité et de développement en Afrique du Nord, la Libye a multiplié les investissements visant à doter l’Union africaine de l’autonomie financière et d’une monnaie indépendante.

      Quant aux «500 milliards de Kadhafi» répertoriés en mars 2011, il s’agit tout simplement 500 milliards d’avoirs libyens investis dans le monde (250 en Amérique, 250 en Europe et dans le reste du monde occidental) entre banques et entreprises. Sans même parler des investissements (50 milliards) effectués par le Guide sur le continent africain, et du pillage à venir du pétrole libyen. Ils ne réapparaîtront jamais, à l’exception de 11 à 34 milliards restitués au Conseil national de transition (CNT) par l’Otan et les Occidentaux (enquête de Pascal Henry : Pièces à conviction sur France 3, le 29/01/2014).

      Chaque année, entre 20 et 40 milliards de dollars d’argent illégal échappent aux pays en développement. Sur les quinze dernières années, seuls 5 milliards de dollars ont été restitués. C’est dire l’ampleur de la tâche.

      L’hémorragie est substantielle, infiniment supérieure au budget affecté aux dépenses d’infrastructure en Afrique. 90 milliards de dollars quittent, en fraude, chaque année l’Afrique pour enrichir les riches pays occidentaux ou se nicher dans les paradis fiscaux, appauvrissant d’autant le continent, dont le déficit annuel de financement de l’infrastructure s’élève à 31 milliards de dollars par an. En surcroît aux nombreux maux dont pâtit l’Afrique, un mal est plus que tout autre corrosif et ravageur : l’incivisme en ce que l’Afrique, plus que tout autre continent, a subi de plein fouet les effets pervers de la colonisation, la dépossession et l’exploitation.

      La situation est si alarmante que l’Union Africaine a invité les états membres de l’organisation continentale à prendre les mesures appropriées pour freiner la fuite des capitaux qui prennent la dimension d’une hémorragie. La somme exportée au titre de flux financiers non déclarés par les pays en développement, chaque année, est «près de dix fois les flux d’aide internationale annuelle et deux fois le montant de la dette annuelle des pays en développement», indique un rapport du Consortium pour la recherche économique en Afrique (CREA), publié par la revue «Afrique Asie», en date de Mai 2014.

      Par un rebond de l’histoire, dont elle connaît seule le secret, l’effet boomerang interviendra au XXe siècle, s’accentuant eau XXIe siècle au point de menacer la blancheur immaculée de la population européenne.

      La France devra suppléer à ses défaillances en faisant appel aux troupes d’outre mer, avec l’enrôlement de près de 1,2 millions des soldats pour sa défense lors des deux guerres mondiales (1914-1918/1939-1945) et la reconstruction du pays sinistré.

      Au point que par transposition du schéma colonial à la métropole, les Français, par définition les véritables indigènes de France, désigneront de ce terme les nouveaux migrants, qui sont en fait des exogènes ; indice indiscutable d’une grave confusion mentale accentué par les conséquences économiques que cette mutation impliquait. Il en a été de même pour le Royaume-Uni avec l’enrôlement des sherpa ghurkas indo pakistanais, du Bengladesh et de Sri Lanka.

      Socle principal de la population immigrée malgré son hétérogénéité linguistique et ethnique, avec près de 20 millions de personnes, dont 5 millions en France, la communauté arabo-musulmane d’Europe occidentale apparaît en raison de son bouillonnement -boutade qui masque néanmoins une réalité- comme le 29e État de l’Union européenne. En s’y greffant, l’admission de la Turquie, de l’Albanie et du Kosovo au sein de l’Union européenne porterait le nombre des musulmans à près de 100 millions de personnes, représentant 5 % de la population de l’ensemble européen, une évolution qui fait redouter à la droite radicale européenne la perte de l’homogénéité démographique de l’Europe, la blancheur immaculée de sa population et aux «racines chrétiennes de l’Europe». Pour un observateur non averti, le décompte est impressionnant : 2,6 % de la population d’Europe occidentale est d’origine musulmane, concentrée principalement dans les agglomérations urbaines.

      Son importance numérique et son implantation européenne au sein des principaux pays industriels lui confèrent une valeur stratégique faisant de la communauté arabo-musulmane d’Europe le champ privilégié de la lutte d’influence que se livrent les divers courants du monde islamique et partant le baromètre des convulsions politiques du monde musulman. Fait désormais irréversible, l’ancrage durable des populations musulmanes en Europe au delà du débat cyclique sur la compatibilité de l’Islam et de la République avec sa variante L’Islam soluble dans la République.

      Au seuil du XXIe siècle, l’Europe est mimée par la montée des corporatismes, du communautarisme et de la xénophobie exacerbées par la précarité économique et la marginalisation croissante d’un pan de la population, à l’arrière plan de la lutte contre le terrorisme. Sur fond des guerres de prédation des économies de la rive sud de la Méditerranée (Libye, Syrie), se superposant au conflit israélo-palestinien, dont elle en assume la responsabilité originelle, et l’antagonisme judéo arabe y afférent, l’Europe paraît à la recherche d’un second souffle alors que les digues de Schengen, la plus belle réalisation de l’Europe, cédent sous le flux migratoire de l’hémisphère sud.

      L’Europe et sa frénésie belliciste

      6 ans après la chute de Kadhafi, 5 ans après la guerre de destruction de la Syrie, la Libye et la Syrie apparaissent comme des zones de non-droit, déversant vers l’Europe un flux migratoire constant, lointaine réplique d’une colonisation intensive de l’Occident de l’ensemble de la planète provoquant un bouleversement radicale de la démographie et de l’écologie politique et économique de quatre continents (Afrique, Amérique, Asie, Océanie), sans la moindre considération pour le mode de vie indigène, sans la moindre préoccupation pour un développement durable de l’univers. Sans le moindre motif que la cupidité.

      «La Méditerranée : un cimetière marin

      30 000 personnes ont péri en dix ans entre 1995 et 2015 aux portes de l’Europe dont 3.500 en 2014 et 2.000 pour le premier semestre 2015. Un nombre record de 137 000 migrants ont traversé la Méditerranée dans des conditions périlleuses au cours du premier semestre 2015, soit une hausse de 83% par rapport au premier semestre 2014. La situation empire avec l’été en raison des conditions climatiques : le nombre de migrants en Méditerranée était passé en 2014 de 75 000 au premier semestre à 219 000 à la fin de l’année, selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés.

      L’Allemagne pâtit d’un déficit démographique qui risque de la reléguer au 2e rang européen derrière la France à l’horizon 2050. La France, elle même, ne maintient son rang qu’aux capacités de reproduction de sa composante basanée. Dans la confusion et l’improvisation, la Turquie est tour à tour célébrée comme le vigile de la forteresse Europe ou un Maître chanteur du drame migratoire en ce que l’impulsion de départ provient d’Ankara, l’éternel candidat à l’Union Européenne.

      Le nouveau flux migratoire en provenance de l’hémisphère sud paraît devoir irriguer le marche de travail européen par une main d’oeuvre abondante, bon marché, et sans doute docile. Un avantage appréciable pour le capitalisme européen car il maintiendrait la pression sur les bas salaires et découragerait toute velléité contestataire ouvrière ou syndicale.

      Le flux constitue en fait une forme de délocalisation en amont, sur le sol européen, à l’effet de maintenir la compétitivité de l’Europe. Avec sa contrepartie inévitable, le brassage de la population sur son sol. Le métissage.

      Deux des grands pays du Brics, le Brésil et l’Afrique du sud, sont des pays de métissage. Du fait européen. Les États-Unis, la 1ere puissance militaire de tous les temps, l’est aussi. Du fait européen aussi. Tel sera le prix à payer ou la chance à saisir.

      Les cargaisons migratoires basanées projetées navalement par la Libye et la Syrie vers la rive occidentale de la Méditerranée, au-delà du risque qu’elles font planer selon les puristes européens sur la blancheur immaculée de la population européenne, résonne dans la mémoire des peuples suppliciés comme la marque des stigmates antérieures que l’Europe a infligées des siècles durant aux «damnés de la terre» et qu’elle renvoie désormais à sa propre image. Une image de damnation.

      «Si une France de 45 millions d’habitants s’ouvrait largement, sur la base de l’égalité des droits, pour admettre 25 millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon», prophétisait, déjà, en 1955, l’anthorpologue Claude Lévi-Strauss, dans son ouvrage «tristes tropiques», en un saisissant résumé de la problématique post-coloniale dans laquelle se débat la société européenne, particulièrement la société française depuis un demi-siècle.

      L’histoire est impitoyable avec les perdants. Elle est tout aussi impitoyable avec ceux qui l’insultent. Croquemitaine, le brassage est capable du pire comme du meilleur.

      Ainsi aux États-Unis, le métissage a généré les suprématistes du Ku Klux Klan (KKK), mais aussi Alex Haley (The Roots), James Baldwin, Toni Morison, et William Kelly Brown (The Nig), Louis Armstrong, Charlie Parker et Mahalia Jackson, Jesse Owen, C0arl Lewis et Wilma Rudolph, Michael Jackson et Denzel Washington, enfin Martin Luther King, voire même Barack Obama. À l’Europe de choisir et se doter des moyens de sa politique, faute d’être réduite à la politique de ses moyens. De se ressaisir sans abandonner à leur sort le combat des démocrates turcs, ni des démocrates syriens, ni aucun démocrate quelque soit sa nationalité. Un acte de grande lâcheté morale.

      Rene Naba

      Source : https://www.madaniya.info/2016/06/02/flux-migratoire-l-europe-fossoyeur-de-sa-propre-cause-victime-de-ses-propres-turpitudes-passees-presentes/

      POUR ALLER PLUS LOIN SUR LA PROBLÉMATIQUE DE L’ISLAM EN EUROPE
      POUR ALLER PLUS LOIN SUR CETTE THÉMATIQUE

      «Méditerranée : Les rives de l’espoir», aux éditions aixoises Landogne, de l’universitaire Alain Cabras, Chargé de Conférences à Aix Marseille Université; Référent en Intelligence Interculturelle à l’Institut Supérieur en Intelligence Sociale (http//:www.isdis.fr. L’ouvrage, paru en mai 2016, se présente comme un recueil de textes et de notes stratégiques rédigées depuis les révolutions arabes de 2011 pour comprendre et mettre en perspectives la Méditerranée de demain avec des propositions concrètes.

      ILLUSTRATION

      René Naba au Palais des Nations-Genève le 16 Mars 2016 salle XXIV.

      • Vladimiro Giacche*-La gauche néolibérale et la vision de Sara Wagenknecht

        Vladimiro Giacche*-La gauche néolibérale et la vision de Sara Wagenknecht

        « Gauche » était autrefois synonyme de recherche de justice et de sécurité sociale, de résistance, de révolte contre la classe moyenne supérieure et d’engagement envers ceux qui ne sont pas nés dans des familles riches et qui ont dû subvenir à leurs besoins avec des emplois difficiles et souvent peu inspirants. Être à gauche signifiait poursuivre l’objectif de protéger ces personnes de la pauvreté, de l’humiliation et de l’exploitation, en leur ouvrant des opportunités d’éducation et d’ascension sociale, en leur rendant la vie plus facile, plus organisée et plus prévisible.

        Ceux qui étaient de gauche croyaient en la capacité de la politique à façonner la société au sein d’un État-nation démocratique, et que cet État pouvait et devait corriger les résultats du marché. […] Bien sûr, il y a toujours eu de grandes différences, même parmi les partisans de la gauche. […] Mais dans l’ensemble, une chose était claire : les partis de gauche, qu’ils soient sociaux-démocrates, socialistes ou, dans de nombreux pays d’Europe occidentale, communistes, ne représentaient pas les élites, mais les plus défavorisés.

        Je crois que les lecteurs n’auront aucune difficulté à partager cette description proposée par Sahra Wagenknecht dans le premier chapitre de son livre. Cette description est également le meilleur point de départ pour introduire ce que je crois être les principales thèses de ce texte, celles qui en font un livre important et scandaleux à juste titre.

        Il était une fois, la gauche était cela, en fait. Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé. Si autrefois au centre des intérêts de ceux qui se disaient de gauche, il y avait des problèmes sociaux et économiques, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

        Or, observe l’auteur, « l’imaginaire public de la gauche sociale est dominé par une typologie que nous appellerons désormais la gauche à la mode [l’original allemand est Lifestyle-Linke, littéralement « gauche lifestyle »], en ce sens que ceux qui la soutiennent ne placent plus les problèmes sociaux et politico-économiques au centre de la politique de gauche, mais des questions concernant le mode de vie, habitudes de consommation et jugements moraux sur le comportement. […] Le représentant de la gauche à la mode […] est cosmopolite et évidemment pro-européen […]. Elle est préoccupée par le climat et s’engage pour l’émancipation, l’immigration et les minorités sexuelles. Il est convaincu que l’Etat-nation est un modèle en danger et se considère comme un citoyen du monde sans trop de liens avec son propre pays. » Le représentant de la gauche à la mode ne peut pas – et ne veut pas – être qualifié de « socialiste », pas même au sens social-démocrate du terme : au contraire, de libéral de gauche.

        La conception même de la politique et de ses objectifs semble avoir profondément changé : « Il ne s’agit plus de changer la société, mais de trouver une confirmation de soi-même, à tel point que même la participation à des manifestations devient un acte d’accomplissement personnel : on se sent à l’aise avec sa conscience pour manifester pour le bien avec des personnes qui le voient de la même manière ». En fait, je crois que nous avons tous vécu des manifestations qui ressemblaient plus à des représentations théâtrales ludiques qu’à des manifestations de la volonté de se battre sur des questions spécifiques.

        Bien sûr, on ne peut pas dire que cette nouvelle gauche à la mode fuit le conflit en tant que tel. Le problème est qu’il vise souvent le mauvais objectif. Comme l’observe Wagenknecht, en effet, « la gauche à la mode n’est pas très sympathique aussi parce que, bien qu’elle soutienne une société ouverte et tolérante, elle fait généralement preuve d’une incroyable intolérance envers les opinions différentes des siennes, qui n’a rien à envier à celle de l’extrême droite.

        Ce manque d’ouverture provient du fait que le libéralisme de gauche, selon la conception de ses partisans, n’est pas une opinion, mais une question de décorum. Quiconque s’écarte du canon de leurs préceptes apparaît aux yeux des libéraux de gauche non seulement comme un individu qui pense différemment, mais comme une mauvaise personne, peut-être même un ennemi de l’humanité ou même un nazi.

        Wagenknecht elle-même offre plusieurs exemples de cette attitude intolérante et présomptueuse (ce n’est pas une coïncidence si le titre original du livre est Die Selbstgerechten, ou « Les Présomptueux »). J’aimerais en proposer un que je considère comme important.

        En 2019, les jeunes de Fridays for Future qui s’étaient rassemblés dans une marche à Lausitz (dans l’est de l’Allemagne) pour réclamer la sortie du charbon ont été vus en train de marcher contre les quelques 1 000 habitants du village, qui chantaient les chansons des mineurs. Et ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’insulter ces gens – dont les moyens de subsistance dépendaient de la mine de charbon – en les traitant de « nazis du charbon ».

        Les étiquettes péjoratives que la gauche libérale et à la mode aime à appliquer à ses opposants couvrent un large éventail de positions : « Ceux qui attendent de leur gouvernement qu’il s’occupe avant tout du bien-être de la population nationale et qu’il la protège du dumping international et d’autres conséquences négatives de la mondialisation – un principe, ceci, ce qui aurait été évident pour la gauche traditionnelle – il est maintenant étiqueté comme national-social, parfois même avec le suffixe -zsta » (d’où « national-socialiste », c’est-à-dire nazi). Et bien sûr, « quiconque ne pense pas qu’il soit juste de transférer de plus en plus de compétences des parlements et des gouvernements de son choix à un lobby impénétrable à Bruxelles est certainement anti-européen ».

        Même en Italie, comme nous le savons, quiconque veut que l’immigration soit réglementée est raciste, quiconque croit que le traité de Maastricht et la monnaie unique ont fait beaucoup de mal aux travailleurs et à notre économie est un « nostalgique de la liretta » et probablement un « rouge-brun », quiconque doute de la sagesse de la conversion forcée des moteurs à combustion interne à l’électrique est un « climato-négationniste ». Quiconque croit que l’État doit récupérer certaines de ses prérogatives fondamentales est une personne hors du temps, sinon directement un fasciste.

        En fait, deux métamorphoses distinctes qui ont eu lieu au sein des partis de gauche en Europe convergent vers cette approche des problèmes : d’une part, le détournement de la question des droits sociaux vers celle des droits civils (et, plus récemment, de la protection de l’environnement) ; d’autre part – du moins en ce qui concerne les partis sociaux-démocrates – l’adhésion substantielle à la vision néolibérale de la « modernisation » économique.

        L’auteur identifie correctement le tournant, à cet égard, dans la soi-disant « troisième voie » de Clinton, Blair et Schroeder, qui a initié la deuxième vague de réformes économiques néolibérales après celle de Reagan et Thatcher, trouvant d’illustres émules même dans la gauche italienne.

        Cette combinaison de libéralisme de gauche et de libéralisme économique a engendré le modèle politique que la philosophe américaine Nancy Fraser a appelé « néolibéralisme progressiste ».

        Selon Wagenknecht, c’est précisément l’émergence de ce modèle à gauche qui a ouvert la voie aux victoires de la droite, qui ont commencé ces dernières années à caractériser les élections dans de nombreux pays occidentaux. De toute évidence, la réponse de la gauche libérale à la question de savoir pourquoi la droite gagne les élections sera que « les électeurs de droite sont des gens qui rejettent la société libérale, qui préfèrent les solutions autoritaires » et qui se caractérisent par des attitudes hostiles envers les immigrants, les minorités et les homosexuels.

        Mais il y a une deuxième réponse à cette question. Cette réponse, observe-t-elle, « nous dira que le libéralisme économique, la mondialisation et le démantèlement de l’État-providence ont aggravé la vie de beaucoup, ou du moins ont forcé beaucoup d’entre eux à faire face à une plus grande incertitude et à une plus grande peur de l’avenir. Et il nous dira que l’orientation libérale de gauche, celle qui domine la presse, leur a aussi donné le sentiment que leurs valeurs et leur mode de vie n’étaient plus respectés, mais moralement répréhensibles.

        En bref, la deuxième réponse part de l’hypothèse « que les électeurs votent à droite parce qu’ils ont été abandonnés par toutes les autres forces politiques et ne se sentent plus appréciés d’un point de vue culturel ». Ces électeurs voient le libéralisme de gauche comme une attaque sur deux fronts contre eux-mêmes : « une attaque contre leurs droits sociaux, en ce sens qu’ils décrivent comme des modernisations progressistes précisément les changements qui les ont privés de leur bien-être et de leur sécurité » ; Mais en même temps, « une attaque contre leurs valeurs et leur mode de vie, qui, dans le récit libéral de gauche, est moralement dévalué et disqualifié comme rétrograde ».

        Ici, en vérité, deux séries de problèmes se croisent : la première concerne la représentation de classe effective du libéralisme de gauche actuel, la seconde ses valeurs. Sur les deux, le jugement de Wagenknecht est tranchant.

        Sur la représentation de classe : « Aujourd’hui, lorsque nous parlons de gauche, nous faisons référence à une politique qui prend soin des intérêts de la classe moyenne diplômée, organisée et dirigée par ceux qui en font partie. Parce que c’est cette classe sociale, avec la classe supérieure, qui est sortie victorieuse de tous les changements des dernières décennies : elle a bénéficié de la mondialisation et de l’intégration européenne », ainsi que, « au moins en partie, aussi du statu quo de l’économie libérale ».

        En fait, « ce sont précisément les développements qui ont rendu la vie des anciens électeurs des partis de gauche plus difficile qui ont créé les conditions pour l’ascension et la position privilégiée de la classe sociale qui a une éducation universitaire et vit en ville ». Et en fait, même dans nos grandes villes, ce sont principalement les habitants du centre historique et des quartiers aisés qui votent pour la gauche (la soi-disant « gauche de la ZTL »).

        Quant aux valeurs : ce qu’on appelle aujourd’hui le libéralisme de gauche est le « grand récit » de la classe moyenne des diplômés et des universitaires, dont il reflète les valeurs et les intérêts. En fin de compte, « le libéralisme de gauche voit l’histoire des dernières décennies du point de vue des vainqueurs : une histoire de progrès et d’émancipation », au centre de laquelle se trouvent « des valeurs individualistes et cosmopolites ».

        L’un des aspects importants de ce livre est le courage de remettre directement en question des valeurs telles que l’individualisme et le cosmopolitisme. Wagenknecht observe qu’« avec ces valeurs, il est possible de soustraire la légitimité à la fois à une conception de l’État-providence élaborée dans les limites de l’État-nation et à une conception républicaine de la démocratie.

        En recourant à ce canon de valeurs, il est possible d’insérer le libéralisme économique, la mondialisation et le démantèlement des infrastructures sociales dans un récit qui les fait apparaître comme des changements progressistes : un récit qui parle de surmonter l’isolement nationaliste, l’obtus provincial et un sens oppressif de la communauté, un récit en faveur de l’ouverture au monde, un récit en faveur de l’ouverture au monde, un récit en faveur de l’ouverture au monde, de l’émancipation individuelle et de la réalisation de soi.

        Par conséquent, dans la deuxième partie du livre, consacrée à un programme politique alternatif aux idées du libéralisme de gauche, la revendication de l’importance des liens communautaires joue un rôle clé, combinée à l’observation que ces liens ne conservent leur valeur en tant que ciment social que dans des contextes circonscrits et délimités.

        « Sans les liens de la communauté, observe l’auteur, il n’y a pas de res publica. » La communauté, la politique et la démocratie sont étroitement liées. Ce n’est donc pas une coïncidence si le concept moderne de la nation en tant que communauté de citoyens d’un pays a été formulé pour la première fois consciemment pendant la Révolution française et mis en relation directe avec la revendication d’une configuration démocratique des affaires communes. Avec la dissolution de ce sens de la communauté […] la condition préalable essentielle à une politique qui peut au moins freiner le capitalisme et, à long terme, même le surmonter, disparaît. Le contraire de la « communauté » n’est donc pas la liberté individuelle, mais la liberté du pouvoir économique de délocaliser les entreprises, d’arbitrer entre les systèmes fiscaux, de contourner – au profit de quelques-uns – les protections sociales construites au fil des décennies pour la majorité des gens.

        Mais la véritable cible de l’attaque contre la communauté est en fait autre chose : c’est l’État. Et c’est précisément sur ce terrain que la continuité entre le récit néolibéral et sa variante de gauche émerge avec une évidence particulière.

        « L’État », observe Wagenknecht, « a toujours eu sa place en tant qu’ennemi dans le récit néolibéral. Il est cupide et inefficace, trop envahissant avec ses propres règles et présomptueux dans sa façon de s’organiser. On voit bien où va ce récit : il faut dissoudre l’État-providence, devenu trop cher pour les élites économiques, privatiser au maximum les services publics et réduire les coûts de l’administration, jusqu’à ce que, désespérée, elle se soumette à l’économie privée et s’appuie de plus en plus sur ses conseils et son professionnalisme (évidemment jamais désintéressés !).

        Or, la variante de gauche de cette attaque contre l’État consiste à dépeindre l’État-nation « non seulement comme obsolète, mais même comme dangereux, c’est-à-dire potentiellement agressif et belliciste. Pour cette raison, les contributions du libéralisme de gauche sur le sujet culminent presque toujours dans l’avertissement qu’il ne doit pas y avoir de retour à l’État-nation, comme s’il faisait partie du passé et que nous vivions déjà dans un monde transnational. En Italie, comme on le sait, les variantes de « l’État incapable/corrompu/gaspilleur » sont également très en vogue à gauche (évidemment en raison des limites ontologiques de nos compatriotes), qui doit donc céder un maximum de pouvoirs et de prérogatives à une Union européenne certes bienveillante mais en tout cas plus « sérieuse » que les citoyens de ce pays et ceux qui les représentent.

        Aussi caractéristique de notre pays soit-elle, cette position a quelque chose en commun avec le libéralisme de gauche tel que décrit par Wagenknecht dans son livre. Ce dernier, en effet, diffère du néolibéralisme aussi parce qu’il « n’est pas en faveur d’un transfert du pouvoir gouvernemental des États directement aux multinationales. Son idée est plutôt le déplacement des structures démocratiques vers un niveau transnational.

        C’est pourquoi, en ce qui concerne l’Union européenne, il propose une intégration plus poussée qui, espérons-le, aboutira à un État fédéral européen doté d’un Parlement pleinement opérationnel et d’un gouvernement européen. À ce sujet, on dit souvent que les États-nations d’aujourd’hui ne sont plus en mesure de mener une politique sociale et économique souveraine. La nécessité des structures décisionnelles transnationales souhaitées est donc justifiée par le fait que ce n’est qu’ainsi que la politique pourra redevenir véritablement démocratique.

        L’auteur conteste ce point de vue de deux points de vue. En attendant, cela n’a aucun sens de parler d’une « incapacité d’agir » des États-nations. Dans toutes les crises majeures de ces dernières décennies, « que ce soit l’effondrement des banques ou le coronavirus qui a mis l’économie à genoux, les États-nations qui ont maintenant été déclarés morts ont montré qu’ils étaient les seuls acteurs vraiment capables d’agir ». En fait, ce sont les États qui ont sauvé le système financier « avec d’énormes plans de sauvetage » (ce que l’on appelle sans surprise des « aides d’État ») ou, « lors de la crise du CovID-19, qui ont mobilisé des centaines de milliards d’aide pour leur économie ».

        Et ce n’est pas tout : « Les États-nations sont également le seul organisme qui, à l’heure actuelle, corrige de manière significative les résultats du marché, distribue les revenus et garantit la sécurité sociale. »

        Mais c’est surtout l’idée que l’UE peut être le moteur d’une revitalisation de la démocratie qui représente une illusion dangereuse. C’est l’inverse qui est vrai : « Le glissement progressif des pouvoirs décisionnels du niveau national, plus contrôlable et exposé à la surveillance publique, au niveau international, peu transparent et facilement manipulable par les banques et les grandes entreprises, signifie avant tout une chose : la politique perd son fondement démocratique. »

        De ce point de vue, les droits mêmes attribués au Parlement européen sont non seulement très peu pertinents, mais représentent finalement la feuille de vigne qui recouvre mal une déterritorialisation des décisions politiques au profit de pouvoirs supranationaux opaques et essentiellement dépourvus de légitimité démocratique.

        Wagenknecht oppose à cette dangereuse illusion « européiste » un réalisme solide : « Le plus haut niveau auquel les institutions peuvent exister, traitant du commerce et de la solution de problèmes communs et étant contrôlées démocratiquement, ne sera pas l’Europe ou le monde à court terme. Au lieu de cela, ce sera l’État-nation tant décrié et trop prématurément abandonné pour mort. C’est actuellement le seul instrument disponible pour contrôler les marchés, assurer l’égalité sociale et libérer certains domaines de la logique du commerce. Il est donc possible d’obtenir plus de démocratie et de sécurité sociale en ne restreignant pas mais en augmentant la souveraineté des États-nations.

        Par conséquent, non seulement nous ne devons pas céder plus de pouvoirs à Bruxelles, mais nous devons renationaliser certains de ceux qui ont déjà été cédés : l’auteure se déclare en faveur d’une « Europe d’États démocratiques souverains ». Ces États sont les seuls acteurs possibles de ce renforcement du secteur

        La « démondialisation raisonnable de notre économie » et la « démondialisation radicale des marchés financiers » sont des aspects essentiels du programme politique que Wagenknecht propose dans la deuxième partie de son livre.

        Il ne m’est pas possible d’entrer dans les mérites de ce programme, que je peux largement soutenir. Je voudrais plutôt citer un passage des conclusions du livre de Sahra Wagenknecht : « Au cours des dernières décennies, dans les sociétés occidentales, la façon dont les gens vivent et travaillent a considérablement changé, tout comme la façon dont ils partagent les fruits de leur travail. Ces changements ne sont pas le résultat particulier d’innovations technologiques, mais le résultat de choix stratégiques faits au niveau politique.

        Dans de nombreux domaines, cela s’est avéré être le contraire de ce qui nous avait été promis. Le credo néolibéral de la compétitivité, sur lequel la mondialisation, le libéralisme économique et la privatisation ont été fondés, a chassé la concurrence loyale. La foi aveugle dans la sagesse des marchés a conduit à l’émergence d’énormes entreprises qui dominent le marché et à des monopoles numériques très puissants, qui imposent aujourd’hui leur tribut à tous les autres opérateurs et détruisent la démocratie. Au lieu d’une économie dynamique, une économie à peine innovante a émergé, qui investit beaucoup d’argent dans des modèles commerciaux qui nuisent à la communauté et qui nous rendent presque impossibles de résoudre les problèmes vraiment importants.

        Je crois que ces lignes nous permettent de mettre en évidence de manière concluante le principal mérite de ce livre : qui consiste à mettre à nu les promesses non tenues du monde néolibéral et à indiquer courageusement une voie différente. Sans craindre d’aller à contre-courant et de s’opposer aux dogmes de la gauche libérale et à la mode. Toute éventuelle renaissance de l’esprit critique et d’une politique qui entend changer notre société pour le mieux ne peut passer que par une confrontation sérieuse avec les problèmes soulevés dans ce texte.

        *Préface au livre « Contre la gauche néolibérale » de Sara Wagenknecht (Fazi editore)

        a effectué ses études universitaires à Pise et Bochum (Allemagne), obtenant un diplôme et un doctorat en philosophie à l’École Normale de Pise.

        Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur des sujets philosophiques, historiques et économiques. En plus du présent volume, il a consacré la monographie Finalità e subjecticità à la pensée de Hegel. Formes de finalisme dans la Science de la logique de Hegel (1990) et divers essais. Parmi ses livres les plus récents figurent Anschluss – L’annessione. L’unification de l’Allemagne et l’avenir de l’Europe (2019, traduit en plusieurs langues) et la philosophie du XIXe siècle. De l’idéalisme au positivisme (2022), tous deux publiés par Diarkos. Il est responsable de la direction Communication, Études et Innovation

      • VLADIMIR VLADIMIROVITCH POUTINE- SA RÉPONSE À JULIAN MACFARLANE

        VLADIMIR VLADIMIROVITCH POUTINE- SA RÉPONSE À JULIAN MACFARLANE

        17 JUIN 2024– D’après la publication de Régis de Castelnau :

        « Le courrier portait sur le discours du chef de l’État russe devant l’administration des Affaires étrangères de son pays et la « proposition de paix » qu’il contenait. Poutine vient de répondre à Julian Macfarlane par un e-mail. Il contient des précisions permettant d’évaluer à leur juste valeur les rodomontades ineptes de Madame Meloni au sommet du G7. »

        Mais je (Laure Lemaire) me suis posée la question de savoir qui est ce Julian Macfarlane . J’ai donc repris le début de l’e-mail où il se présente :

        « Cher Vladimir Vladimirovitch,

        Je vous considère comme un ami, puisque nous partageons des intérêts similaires comme le judo, les arts martiaux, l’amour des animaux et d’autres choses. Nous apprécions tous les 2, l’honnêteté.

        Je sais que vous êtes occupé – alors je vous pardonne de ne pas écrire, appeler ou même publier des photos de votre petit-déjeuner sur Facebook pour moi comme mes autres amis le font ( ou le feraient) si j avais d’autres amis.

        Pourtant, je sens que je peux vous parler honnêtement, et vous adresser une petite plainte. Comme vous le savez, je suis un écrivain vieillissant à Tokyo, un étranger dans un pays étranger – ou des pays étranges, dont le mien, le Canada. Le monde m’a permis de vivre alors que beaucoup de mes amis, beaucoup de ceux que j’aime, sont partis. J’essaie donc d’utiliser le temps qu’il me reste pour faire quelque chose de significatif comme décrire une analyse. C’est la meilleure forme de souvenir.

        Et surtout parce que ce que racontent les médias n’a aucun rapport avec la réalité ».

        Voici le texte de V. Poutine

        Cher Julian.

        Merci pour votre e-mail .

        « Vlad » n’est pas une forme amicale et diminutive de « Vladimir ». « Vlad » est un diminutif amical du nom Vladislav. Les formes amicales de Vladimir sont Volodia et ses variantes avec des suffixes diminutifs : Volodka, Volodyenka, Vova et ses suffixes diminutifs : Vovka, Vovochka, Vovchik et Vovan. Les Russes me demandent souvent pourquoi les Américains appellent toujours Poutine « Vlad ». Outre le fait que « Vlad » ne signifie pas « Vladimir », à moins qu’il ne soit un ami proche et qu’il ne lui parle en privé, un Russe ne ferait jamais publiquement référence au chef de l’État russe en utilisant le diminutif de son nom, comme le font les Américains lorsqu’ils appellent leur président « Joe ».

        Mais je sais que vous êtes occidental et que vous ne parlez pas russe ( j’ai l’habitude qu’on m’appelle Vlad’ en Occident, mais puisque vous et moi sommes amis, appelez-moi « Volodia » ( ou Vovochka) mais en privé, s’il vous plaît. Comme vous le savez puisque vous vivez au Japon, chaque culture a des règles différentes en matière de noms et elles sont importantes. Je sais que les Japonais vous appellent « Julian », mais qu’ils ne sont pas censés utiliser votre prénom, sauf si vous êtes des amis proches. Le respect exige qu’ils vous appellent « Macfarlane-san », mais ils pensent que les étrangers veulent être appelés par leur prénom.

        C’est l’un de mes principaux points politiques : le respect des différences de culture et de tradition. On dit que de nombreux Occidentaux ne pensent pas que de telles choses aient de l’importance. Mais le respect, même dans les petites choses, est la base de la société civile.

        Pas seulement une proposition de paix

        « Le monde change rapidement. La politique mondiale, l’économie et la concurrence technologique ne seront plus jamais les mêmes qu’avant.

        De plus en plus de pays s’efforcent de renforcer leur souveraineté, leur autosuffisance et leur identité nationale et culturelle. Les pays du Sud et de l’Est gagnent en importance, et le rôle de l’Afrique et de l’Amérique latine s’accroît….

        Cette nouvelle réalité politique et économique sert désormais de fondement à l’ordre mondial multipolaire et multilatéral émergent, et il s’agit d’un processus inévitable. Il reflète la diversité culturelle et civilisationnelle qui fait intrinsèquement partie de l’humanité, malgré toutes les tentatives d’unification artificielle.

        Ces changements profonds à l’échelle du système inspirent certainement optimisme et espoir, car l’établissement de la multipolarité et du multilatéralisme dans les affaires internationales, y compris le respect du droit international et une large représentation, permet de résoudre ensemble les problèmes les plus complexes pour le bénéfice commun et de construire relations mutuellement bénéfiques et coopération entre États souverains pour le bien-être et la sécurité des peuples.

        Une telle vision de l’avenir correspond aux aspirations de la grande majorité des pays. Cela se reflète, entre autre, dans l’intérêt croissant porté au travail d’une association universelle telle que les BRICS, fondée sur une culture de dialogue fondé sur la confiance, l’égalité souveraine de ses membres et le respect mutuel. Cette année, sous la présidence russe, nous faciliterons l’inclusion harmonieuse des nouveaux membres des BRICS dans les organes de travail de l’association ». C’est le contexte – l’arrière-plan – de tant de choses qui se produisent dans le monde.

        Conflit avec les États-Unis

        Franchement, la question de l’avenir de l’Ukraine a déjà été tranchée :le rejet immédiat de notre proposition, fait qu’elle n’a plus d’autre choix que de se rendre sans conditions. Mais ils ne se rendront pas tant que Zelinsky sera au pouvoir, ce qui signifie que les États-Unis resteront aux commandes. À la demande de ses maîtres, Zelensky doit essayer de maintenir la guerre. Mais il ne le pourra pas. Il devra s’enfuir. Et ce sera juste une autre tache sur les pages de l’Histoire de l’Amérique.

        Rappelons que Russie dispose désormais de 700 000 soldats en Ukraine. Nous recevons 30 000 volontaires par mois, que nous récompensons après leur service avec des programmes éducatifs spéciaux afin de les orienter rapidement vers la fonction publique, en améliorant l’administration de notre pays avec des personnes qui ont prouvé leur patriotisme et leur capacité d’adaptation.

        Les États-Unis reçoivent désormais 37 000 recrues en un an pour leur armée,. Mais les emplois dans la fonction publique sont réservés à des personnes dont les parents ont les moyens de payer de « bonnes » universités ou de « bonnes » relations politiques. Ainsi, le nombre de jeunes hommes qui se retirent du marché du travail a considérablement augmenté.

        Dans la nouvelle Russie qui se développe, le mérite doit compter plus que la connaissance des « bonnes » personnes. De plus en plus de jeunes hommes cherchent à contribuer, non seulement dans l’armée mais aussi dans l’industrie, les affaires et la fonction publique. En Russie, avec notre diversité, nous mettons l’accent sur les valeurs culturelles et respectons les différences. C’est cela qui signifie être russe.

        D’ici 2025, nous aurons un million d’hommes sur le terrain en Ukraine. Des bénévoles pour la plupart. Mais nous ne voulons pas dominer par la force des armes. Nous devons plutôt convaincre nos frères ukrainiens que nous ne sommes pas les monstres que les néonazis prétendent. Ce n’est pas nous qui les tuons, ce sont les monstres de Berlin, de Paris, de Londres et de Washington.

        Je sais que vous comprenez cela puisque vous avez dit essentiellement la même chose à plusieurs reprises en soulignant que le véritable agresseur dans ce conflit n’est pas la Russie mais les États-Unis d’Amérique. Encore une fois, cela prouve qu’on ne peut pas lui faire confiance et qu’ils ne cherchent qu’à dominer.

        La Russie est aujourd’hui l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde, et chaque nouvelle attaque économique de l’Occident nous rend plus forts et meilleurs. Perdre la guerre pourrait être la meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’Ukraine, car elle pourra alors rejoindre l’Eurasie multiculturelle en développement rapide et qui a un brillant avenir. Ironiquement, la défaite de l’Ukraine pourrait aussi être bénéfique pour l’Europe, qui est de plus en plus vandalisée et spoliée par les financiers américains. L’OTAN est un gaspillage d’hommes et d’argent qui serait beaucoup mieux employé pour relever les défis auxquels le monde, dans son ensemble, est confronté.

        Capital et capitalisme

        Dans votre article spécial, vous écrivez beaucoup sur le capital et le capitalisme.

        Le capitalisme fonctionne mieux avec la concurrence et le libre marché , contraint là où cela est nécessaire par l’intérêt public et les objectifs nationaux, qui définissent sa conscience. La forme du capitalisme américain est cependant prédatrice et monopolistique. Il est psychopathique parce qu’il n’a d’autres valeurs que l’avarice, la cupidité et l’accumulation de richesses, aux dépens des autres, y compris des citoyens américains. Il ne peut y avoir de sécurité lorsque règnent de telles formes aberrantes de capitalisme.

        « Une partie importante du système eurasien de sécurité et de développement doit, bien entendu, inclure les questions d’économie, de protection sociale, d’intégration et de coopération mutuellement bénéfique, en abordant des problèmes communs tels que la lutte contre la pauvreté, les inégalités, le climat, l’écologie et le développement de mécanismes pour répondre aux menaces de pandémie et aux crises de l’économie mondiale : tout est important.

        L’Occident, par ses actions, a non seulement miné la stabilité militaro-politique dans le monde, mais a également discrédité et affaibli les principales institutions du marché par des sanctions et des guerres commerciales. En utilisant le FMI et la Banque mondiale et en manipulant l’agenda climatique, il freine le développement du Sud global. Perdant dans la concurrence, même selon les règles que l’Occident lui-même a écrites, il a recours à des barrières prohibitives et à toutes sortes de protectionnisme. Aux États-Unis, ils ont pratiquement abandonné l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en tant que régulateur du commerce international. De plus, ils exercent une pression non seulement sur leurs concurrents mais aussi sur leurs satellites. Il suffit de voir comment ils « extraient désormais le jus » des économies européennes, qui sont au bord de la récession. »

        Je sais que vous avez déjà écrit à ce sujet.

        Les États-Unis sont en effet en train de « tirer le meilleur parti » – non seulement des économies européennes – mais de toutes les économies où ils disposent du levier conféré par la domination des institutions financières transnationales, extraterritoriales américaines et britanniques.

        Que faire du citron quand il n’y a plus de jus ?

        Heureusement pour nous, les sanctions et l’animosité américaines ne peuvent affecter notre développement et notre croissance que pour les pousser vers de plus grands accomplissements. Le monde a vu les récentes tentatives d’attaque financière contre l’économie russe se terminer par un échec. Nous donnons l’exemple au monde. Que disent les Américains ? « Nous vaincrons »

        « Il devient clair pour tous les pays, entreprises et fonds souverains que leurs actifs et réserves sont loin d’être sûrs, tant sur le plan juridique qu’économique. Et le prochain à être exproprié par les États-Unis et l’Occident pourrait être n’importe qui – ces fonds d’État étrangers pourraient en faire partie.

        La méfiance à l’égard du système financier basé sur les monnaies de réserve occidentales s’accroît déjà. Il y a eu une sortie de fonds des titres et des titres de créance des États occidentaux, ainsi que de certaines banques européennes, qui, jusqu’à récemment, étaient considérées comme des lieux absolument fiables pour stocker des capitaux. Aujourd’hui, même l’or leur est retiré. Et ils ont raison de le faire.

        Je crois que nous devons sérieusement intensifier la formation de mécanismes économiques étrangers bilatéraux et multilatéraux efficaces et sûrs, alternatifs à ceux contrôlés par l’Occident. Cela implique d’étendre les règlements en monnaies nationales, de créer des systèmes de paiement indépendants et de construire des chaînes de production et de distribution contournant les canaux bloqués ou compromis par l’Occident. Bien entendu, les efforts visant à développer des corridors de transport internationaux en Eurasie dont le noyau géographique naturel est la Russie, doivent se poursuivre.

        Je charge le ministère des Affaires étrangères de soutenir pleinement le développement d’accords internationaux dans tous ces domaines. Ils sont importants pour renforcer la coopération économique entre notre pays et nos partenaires. Cela donnera un nouvel élan à la construction d’un grand partenariat eurasien, qui pourra devenir la base socio-économique d’un nouveau système de sécurité indivisible en Europe. »

        L’Eurasie est vraiment un meilleur des mondes ! Et des choses étonnantes se produisent !

        Il y a toujours une solution de contournement

        Par exemple, Huawei en Chine a récemment vendu des produits électroniques à l’Argentine, acceptant le paiement en viande de bœuf, qu’ils pourront revendre en Chine. Les États-Unis veulent sanctionner les assurances des pétroliers russes afin d’empêcher leurs expéditions de pétrole vers la Chine et l’Inde. Mais ils veulent du pétrole russe bon marché et ne vont pas coopérer. En 2022, nous disposions d’une « flotte fantôme » de 100 pétroliers. Depuis, nous en avons bien d’autres. Et nous développons des réseaux de transports alternatifs, maritimes et terrestres.

        En revanche, les principaux assureurs et compagnies maritimes occidentaux ont subi de lourdes pertes à cause des attaques des Houthis, qui favorisent notre route beaucoup moins coûteuse vers le nord de l’Arctique. Bien entendu, le dollar américain ne va pas disparaître. Pour que le monde multipolaire affirme son indépendance et se développe, le dollar n’a aucune importance, tant que nous innovons dans nos propres mécanismes d’échange et de paiement avec des roubles ou des yuans ….. ou de la viande de bœuf.

        La guerre nucléaire ?

        Beaucoup de gens en Occident, en parlent comme du seul moyen pour les États-Unis de maintenir sa domination, même si ce serait un suicide pour elle puisque la Russie et la Chine ont la supériorité nucléaire. Ça ne va pas se produire.

        Ils ont perdu la guerre du Vietnam parce que leur population ne voulait pas voir leurs fils mourir pour leurs ambitions impériales. Aujourd’hui, alors que la base industrielle américaine s’est affaiblie (et que sa culture est de plus en plus superficielle), le goût pour la guerre est encore moins grand. S’ils ne peuvent pas vaincre les paysans afghans, comment pourraient-ils gagner contre l’armée russe ?

        Nous n’avons pas peur de nous battre. Les Américains n’ont plus les moyens de se battre.

        Tous les empires sont territoriaux par nature. C’est pourquoi, lorsqu’ils déclinent, ils s’étendent au-delà des limites de tout contrôle, donc les provinces passent en premier. Les États-Unis constituent un nouveau type d’empire, territorial et extraterritorial , cherchant à imposer sa volonté au-delà de ses propres domaines. Ce genre de dépassement affaiblit encore davantage les États-Unis. Nous le constatons dans tous les domaines. C’est la fin triste et laide de cet Empire, qui entraîne avec elle, des hommes, des femmes et des enfants innocents.

        J’ai essayé d’exposer tout cela de la manière la plus complète possible dans mon discours, car le seul antidote au poison du mensonge est la raison et la vérité.

        Bon courage pour votre article spécial ! J’espère que mon discours vous sera utile.

        Votre ami,

        Volodia

      Note : 5 sur 5.

      « Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

      – Keiko, Londres

      Note : 4 sur 5.

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      – Sarah, New York

      Note : 5 sur 5.

      « Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

      – Olivia, Paris