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Jonathan Cook-Seul un Empire américain en faillite est assez aveugle pour applaudir Netanyahou et son génocide


Jonathan Cook est un journaliste britannique primé. Il a vécu à Nazareth, en Israël, pendant 20 ans. Il est revenu au Royaume-Uni en 2021. Il est l’auteur de 3 livres sur le conflit israélo-palestinien. Il a publié cet article le 26 juillet 2024 dans la revue Middle East Eye.Il n’y a qu’un seul pays au monde, en ce moment même, au milieu du massacre israélien à Gaza, où le 1° ministre Benjamin Netanyahu est assuré de recevoir des dizaines d’ovations debout de la part de la grande majorité de ses représentants élus. Ce pays n’est pas Israël, où il est depuis de nombreuses années une figure extrêmement controversée. Il s’agit des États-Unis. Mercredi, Netanyahou a été tapé dans le dos, salué, applaudi et acclamé alors qu’il avançait lentement – salué à chaque pas comme un héros conquérant – vers le podium du Congrès américain.
C’est ce même Netanyahou qui a supervisé au cours des 10 derniers mois le massacre de 40 000 Palestiniens, dont la moitié sont des femmes et des enfants. Plus de 21 000 autres enfants sont portés disparus, la plupart probablement morts sous les décombres. C’est le même Netanyahou qui a rasé une bande de territoire – abritant à l’origine 2,3 millions de Palestiniens – dont la reconstruction devrait prendre 80 ans , pour un coût d’au moins 50 milliards de dollars. C’est le même Netanyahou qui a détruit tous les hôpitaux et toutes les universités de Gaza et qui a bombardé presque toutes les écoles qui servaient d’abris aux familles rendues sans abri par d’autres bombes israéliennes. C’est le même Netanyahou dont l’arrestation est demandée par le procureur général de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, accusé d’avoir utilisé la famine comme arme de guerre en imposant un blocus de l’aide qui a provoqué une famine à Gaza. C’est le même Netanyahou dont le gouvernement a été reconnu coupable la semaine dernière par la Cour internationale de justice (CIJ) d’avoir intensifié le régime d’apartheid d’Israël sur le peuple palestinien dans un acte d’agression à long terme. C’est le même Netanyahou dont le gouvernement est jugé pour avoir commis ce que la CIJ, la plus haute instance judiciaire du monde, a qualifié de « génocide plausible ».
Et pourtant, il n’y avait qu’une seule manifestante visible dans la salle du Congrès. Rashida Tlaib, la seule législatrice américaine d’origine palestinienne, était assise en silence, tenant un petit panneau noir. D’un côté, il était écrit : « Criminel de guerre » et de l’autre : « Coupable de génocide ». Une personne parmi des centaines essayant silencieusement de faire remarquer que l’empereur était nu.

Protégé de l’horreur
En effet, l’image était frappante. Cela ressemblait moins à la visite d’un dirigeant étranger qu’à un général décoré accueilli au Sénat dans la Rome antique, ou à un vice-roi britannique aux cheveux gris venu d’ Inde accueilli au parlement de la mère patrie, après avoir brutalement soumis les « barbares » aux confins de l’empire.
C’était une scène familière des livres d’histoire : la brutalité impériale et la sauvagerie coloniale, transformées par le siège de l’imperium en bravoure, honneur, civilisation. Et cela nous paraît tout aussi absurde et odieux que lorsque nous nous remémorons ce qui s’est passé il y a 200 ou 2 000 ans.
Cela nous rappelle que, malgré nos prétentions égoïstes de progrès et d’humanitarisme, notre monde n’est pas très différent de ce qu’il est depuis des milliers d’années. C’était un rappel que les élites au pouvoir aiment célébrer la démonstration de leur pouvoir, à l’abri à la fois des horreurs auxquelles sont confrontés ceux qui sont écrasés par leur puissance et des clameurs de protestation de ceux qui sont horrifiés par l’infliction de tant de souffrances. Cela nous rappelle qu’il ne s’agit pas d’une « guerre » entre Israël et le Hamas, et encore moins (comme Netanyahou voudrait nous le faire croire), d’une bataille pour la civilisation entre le monde judéo-chrétien et le monde islamique.
Il s’agit d’une guerre impériale américaine – qui s’inscrit dans le cadre de sa campagne militaire pour une « domination mondiale à large spectre » – menée par l’État client le plus favorisé de Washington. Le génocide est un génocide entièrement américain, armé par Washington, payé par Washington, couvert diplomatiquement par Washington et – comme le soulignent les scènes au Congrès – acclamé par Washington. Ou comme l’a déclaré Netanyahou dans un moment de franchise involontaire au Congrès : « Nos ennemis sont vos ennemis, notre combat est votre combat et notre victoire sera votre victoire. » Israël est le plus grand avant-poste militaire de Washington dans la région riche en pétrole du Moyen-Orient. L’armée israélienne est le principal bataillon du Pentagone dans cette région stratégiquement importante. Et Netanyahou est le commandant en chef de cet avant-poste. Ce qui est vital pour les élites de Washington, c’est que l’avant-poste soit soutenu à tout prix ; qu’il ne tombe pas aux mains des « barbares ».

Déversement de mensonges
Il y a eu un autre petit moment de vérité involontaire au milieu du flot de mensonges de Netanyahou. Il a déclaré que ce qui se passait à Gaza était « un affrontement entre la barbarie et la civilisation ». Il n’avait pas tort. D’un côté, il y a la barbarie du génocide israélo-américain actuel contre le peuple de Gaza, une escalade dramatique du siège israélien de l’enclave qui a duré 17 ans et des décennies de régime belliqueux sous un système israélien d’apartheid avant cela. Et de l’autre côté, il y a une poignée de personnes en difficulté qui tentent désespérément de sauvegarder les valeurs de « civilisation » professées par l’Occident, le droit international humanitaire, la protection des faibles et des vulnérables, les droits des enfants. Le Congrès américain a montré de manière décisive où il se situait : avec la barbarie.
Netanyahou est devenu le dirigeant étranger le plus célébré de l’histoire des États-Unis, invité à s’exprimer devant le Congrès à 4 reprises , surpassant même le dirigeant britannique en temps de guerre, Winston Churchill. Il est une créature de Washington. Sa sauvagerie, sa monstruosité sont entièrement américaines. Comme il l’a imploré auprès de ses supérieurs américains : « Donnez-nous les outils plus vite et nous finirons le travail plus vite. » Finissons le travail du génocide.
Dissidence performative
Certains démocrates ont préféré rester à l’écart, notamment Nancy Pelosi , l’une des personnalités influentes du parti . Elle a préféré rencontrer les familles des otages israéliens détenus à Gaza – et non pas, bien entendu, les familles palestiniennes dont les proches à Gaza ont été massacrés par Israël.
La vice-présidente Kamala Harris a expliqué son absence par un conflit d’horaire. Elle a rencontré le 1° ministre israélien, tout comme le président Joe Biden, mais jeudi. Elle a ensuite affirmé avoir fait pression sur Netanyahou au sujet de la situation humanitaire « désastreuse » à Gaza, mais a également souligné qu’Israël « avait le droit de se défendre » – un droit qu’Israël n’a précisément pas, comme l’ a souligné la CIJ la semaine dernière, car Israël est celui qui viole en permanence les droits des Palestiniens par son occupation prolongée, son régime d’apartheid et son nettoyage ethnique.
Mais la dissidence de Pelosi – et de Harris, si c’est bien de cela qu’il s’agit – n’était que pure performance. Certes, ils n’éprouvent aucun amour personnel pour Netanyahou, qui s’est si étroitement allié, lui et son gouvernement, à la droite républicaine américaine et à l’ancien président Donald Trump. Mais Netanyahou ne sert que d’alibi. Nancy Pelosi et Harris sont toutes 2 de ferventes partisanes d’Israël – un État qui, selon le jugement rendu la semaine dernière par la CIJ, a instauré il y a plusieurs décennies un régime d’apartheid dans les territoires palestiniens, en utilisant une occupation illégale comme couverture pour procéder à un nettoyage ethnique de la population. Leur programme politique n’a pas pour objectif de mettre un terme à l’anéantissement du peuple de Gaza. Il s’agit plutôt d’une soupape de sécurité pour le mécontentement populaire des électeurs démocrates traditionnels choqués par les scènes de Gaza. Il s’agit de les tromper en leur faisant croire qu’il y a derrière des portes closes une sorte de lutte politique autour de la gestion par Israël de la question palestinienne. Ce vote démocrate mènera un jour – très lointain – à une « paix » indéfinie, à une fameuse « solution à 2 États » où les enfants palestiniens ne continueront pas à mourir au nom de la sécurité des milices de colons illégaux d’Israël. La politique américaine envers Israël n’a pas changé de manière significative depuis des décennies, que le président soit rouge ou bleu, que Trump soit à la Maison Blanche ou Barack Obama. Et si Harris devient président – ce qui est un grand « si », il faut l’admettre – les armes et l’argent américains continueront d’affluer vers Israël, tandis qu’Israël décidera si l’aide américaine à Gaza sera un jour autorisée.
Pourquoi ? Parce qu’Israël est la clé de voûte du projet impérial américain de domination mondiale à grande échelle. Parce que pour que Washington change de cap sur Israël, il lui faudrait aussi accomplir d’autres actes impensables. Il lui faudrait commencer à démanteler ses 800 bases militaires à travers la planète, tout comme la CIJ a demandé à Israël la semaine dernière de démanteler ses dizaines de colonies illégales sur le territoire palestinien. Les États-Unis devraient convenir d’une architecture de sécurité mondiale partagée avec la Chine et la Russie, plutôt que de chercher à intimider et à soumettre ces grandes puissances par des guerres par procuration, sanglantes, comme celle en Ukraine.

L’automne à venir
N’oubliez pas que Nancy Pelosi a accusé les étudiants qui protestaient contre le génocide israélien à Gaza, d’être liés à la Russie. Elle a exhorté le FBI à enquêter sur eux pour avoir fait pression sur l’administration Biden afin qu’elle soutienne un cessez-le-feu. Dans son discours au Congrès, Netanyahou a également diabolisé les manifestants – en les accusant d’être des « idiots utiles » du principal ennemi d’Israël, l’Iran. Aucun des 2 ne peut se permettre de reconnaître que des millions de citoyens ordinaires à travers les États-Unis pensent qu’il est mal de bombarder et d’affamer des enfants – et d’utiliser une guerre avec un objectif irréalisable comme couverture.
Le Hamas ne peut pas être « éliminé » par la vague de violence effroyable que commet actuellement Israël, pour une raison très évidente : le groupe est le produit, le symptôme de précédentes vagues de violence effroyable d’Israël. Comme l’ont reconnu les experts occidentaux de la lutte contre le terrorisme, la politique génocidaire d’Israël à Gaza renforce le Hamas, au lieu de l’affaiblir. Les jeunes hommes et les garçons qui ont perdu leur famille sous les bombes israéliennes sont les nouvelles recrues les plus ferventes du Hamas .
C’est pourquoi Netanyahou a insisté sur le fait que l’offensive militaire israélienne – le génocide – à Gaza ne pouvait pas prendre fin de sitôt. Il a exigé des armes et de l’argent pour maintenir ses soldats dans l’enclave indéfiniment, dans une opération qu’il a qualifiée de « démilitarisation et déradicalisation ». Décrypté, cela signifie un spectacle d’horreur continu pour les Palestiniens là-bas, car ils sont obligés de continuer à vivre et à mourir avec le blocus de l’aide israélienne, la famine, les bombes et des « zones de mort » non signalées. Cela signifie également un risque indéfini de voir la guerre d’Israël contre Gaza se transformer en une guerre régionale, et potentiellement mondiale, alors que les déclencheurs d’une escalade continuent de se multiplier.
Le Congrès américain est cependant trop aveuglé par la défense de son petit État fortifié au Moyen-Orient pour réfléchir à de telles complexités. Ses membres hurlaient « USA ! » à leur satrape d’Israël, tout comme les sénateurs romains hurlaient autrefois « Gloire ! » à des généraux dont ils pensaient que les victoires se prolongeraient à jamais. Les dirigeants de l’Empire romain n’ont pas plus anticipé la chute à venir que leurs homologues modernes à Washington.
Tout empire s’effondre. Son effondrement devient inévitable dès que ses dirigeants perdent toute idée de l’absurdité et de l’horreur qu’ils infligent.
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Vijay Prashad- Terres & mers du Pacifique


Vijay Prashad est un historien, éditeur et journaliste indien. Il est chargé d’écriture et correspondant en chef de Globetrotter. Il est éditeur de LeftWord Books et directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il est chercheur principal non résident à l’Institut d’études financières de Chongyang, à l’université Renmin de Chine. Il a écrit + de 20 livres, dont The Darker Nations et The Poorer Nations. Ses derniers ouvrages sont Struggle Makes Us Human : Learning from Movements for Socialism et, avec Noam Chomsky, The Withdrawal : Iraq, Libya, Afghanistan and the Fragility of U.S. Power. Cet article est tiré de Tricontinental : Institute for Social Research.
Depuis le mois de mai,une lutte acharnée secoue la Kanaky (ou Nouvelle-Calédonie), un archipel situé dans le Pacifique, à 1 500 km à l’Est de l’Australie.
L’île, l’un des 5 territoires d’outre-mer de l’Asie-Pacifique gouvernés par la France, est sous domination coloniale française depuis 1853. Le peuple autochtone kanak a initié ce cycle de contestation après que le gouvernement français d’Emmanuel Macron a étendu le droit de vote aux élections provinciales à des milliers de colons français dans les îles. Les troubles ont conduit Macron à suspendre les nouvelles règles tout en soumettant les insulaires à une sévère répression. Ces derniers mois, le gouvernement français a imposé l’état d’urgence et le couvre-feu sur les îles et a déployé des milliers de soldats français qui , selon M. Macron , resteront en Nouvelle-Calédonie “aussi longtemps qu’il le faudra”.
Plus d’un millier de manifestants ont été arrêtés par les autorités françaises, y compris des militants indépendantistes kanaks comme Christian Tein, le chef de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), et certains d’entre eux ont été envoyés en France pour y être jugés. Les accusations portées contre Tein et d’autres, notamment pour crime organisé, seraient risibles si les conséquences n’étaient pas aussi dramatiques. Si la France a réprimé aussi sévèrement les manifestations en Nouvelle-Calédonie, c’est parce que la vieille nation impériale utilise ses colonies non seulement pour exploiter ses ressources (elle détient la 5° réserve mondiale de nickel), mais aussi pour étendre son influence politique à travers le monde – en l’occurrence, pour marquer de sa présence militaire aux abords de la Chine.
Cette histoire est loin d’être nouvelle : entre 1966 et 1996, la France a utilisé des îles du Pacifique Sud pour des essais nucléaires. L’un de ces essais, l’opération Centaure, en juillet 1974, a touché les 110 000 habitants de l’atoll de Mururoa, en Polynésie française. La lutte des peuples autochtones kanaks de Nouvelle-Calédonie ne concerne pas seulement la libération du colonialisme, mais aussi la terrible violence militaire infligée à ces terres et à ces eaux par le Nord global. La violence qui a sévi de 1966 à 1996 reflète le mépris des Français pour les insulaires, qu’ils traitent comme des rebuts, comme des naufragés sur ces terres. Les troubles actuels en Nouvelle-Calédonie ont pour corollaire la militarisation croissante du Pacifique par le Nord, sous la houlette des États-Unis. Actuellement, 25 000 militaires de 29 pays participent à Rim of the Pacific (RIMPAC), un exercice militaire qui s’étend de Hawaï aux confins du continent asiatique.
Les États-Unis et leurs alliés organisent des exercices RIMPAC depuis 1971. Les 1° partenaires de ce projet militaire sont l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis, également les 1° membres du réseau de renseignement Five Eyes (aujourd’hui Fourteen Eyes), créé pour partager des informations et mener des exercices de surveillance concertés. Ils sont également les principaux pays anglophones de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN, créée en 1949) et membres du traité stratégique Australie-Nouvelle-Zélande-États-Unis (ANZU.S.), signé en 1951. RIMPAC est devenu un exercice militaire biennal majeur attirant un certain nombre de pays présentant diverses formes d’allégeance au Nord (Allemagne, Belgique, Brésil, Brunei, Chili, Colombie, Équateur, France, Inde, Indonésie, Israël, Italie, Japon, Malaisie, Mexique, Pays-Bas, Pérou, Philippines, République de Corée, Singapour, Sri Lanka, Thaïlande et Tonga).
RIMPAC 2024 a débuté le 28 juin et se poursuivra jusqu’au 2 août. Il se déroule à Hawaï, un territoire illégalement occupé par les États-Unis. Le mouvement indépendantiste hawaïen a toujours résisté à RIMPAC, considéré comme une composante de l’occupation par les États-Unis de terres hawaïennes souveraines. L’exercice compte plus de 150 avions, 40 navires en surface, 3 sous-marins, 14 unités terrestres nationales et d’autres équipements militaires provenant de 29 pays, bien que le gros des effectifs provienne des États-Unis. L’objectif de l’exercice est l’“interopérabilité”, c’est-à-dire l’intégration des forces militaires (principalement navales) de différents pays à celles des États-Unis. Le commandement et le contrôle principaux de l’exercice sont gérés par les États-Unis, le cœur et l’âme de RIMPAC.

Fatu Feu’u, Samoa, “Mata Sogia”, 2009.
Pourquoi RIMPAC est si dangereux?
Les documents et déclarations officielles relatifs à RIMPAC indiquent que ces exercices permettent aux marines un entrainement “en vue d’un large spectre d’opérations potentielles à travers le monde”. Toutefois, il ressort clairement des documents stratégiques américains et du comportement de ses responsables à la tête de RIMPAC que la Chine est au centre de leurs préoccupations. Les documents stratégiques indiquent clairement que les États-Unis considèrent la Chine comme une menace majeure, voire comme la principale, pour la domination américaine et estiment qu’elle doit être jugulée. Ce contrôle se traduit par une guerre commerciale contre la Chine, mais surtout par un ensemble de manœuvres militaires de la part des États-Unis.
Ces manœuvres comprennent la création de nouvelles bases militaires américaines dans les territoires et pays entourant la Chine, l’utilisation de navires militaires américains et alliés pour provoquer la Chine par le biais d’exercices de “navigation libre”, la menace de positionner des missiles nucléaires américains à courte portée dans des pays et territoires alliés des États-Unis, y compris Taïwan, l’extension de la base aérienne de Taïwan, la mise en oeuvre d’un système de contrôle du trafic aérien et d’un système de contrôle de l’accès à l’espace aérien, y compris Taïwan, l’extension de l’aérodrome de Darwin, en Australie, pour y déployer des avions américains équipés de missiles nucléaires, le développement de la coopération militaire avec les alliés des États-Unis en Asie de l’Est dans des termes qui démontrent précisément leur intention d’intimider la Chine, et l’organisation des manœuvres RIMPAC, ces dernières années.
Bien que la Chine ait été invitée à participer aux exercices RIMPAC 2014 et 2016, lorsque les tensions n’étaient pas aussi vives, elle n’a plus été conviée depuis RIMPAC 2018. Bien que les documents RIMPAC suggèrent que ces manœuvres militaires sont menées à des fins humanitaires, elles ne sont qu’un cheval de Troie. On en a vu un exemple lors du RIMPAC 2000, lorsque les militaires ont organisé l’exercice international d’entraînement à la réponse humanitaire Strong Angel. En 2013, les États-Unis et les Philippines ont coopéré pour fournir une assistance humanitaire après le typhon dévastateur Haiyan. Peu après, les États-Unis et les Philippines ont signé l’accord de coopération renforcée en matière de défense (2014), qui permet aux États-Unis d’accéder aux bases de l’armée des Philippines pour entretenir leurs dépôts d’armes et leurs troupes. En d’autres termes, les opérations humanitaires ont ouvert la voie à une coopération militaire plus poussée. RIMPAC est un événement militaire à tirs réels. La partie la plus spectaculaire de l’exercice est le Sinking Exercise (SINKEX), un exercice qui consiste à couler des navires de guerre déclassés au large des côtes d’Hawaï. Le navire cible de RIMPAC 2024 sera l’U.S.S Tarawa, un navire d’assaut amphibie de 40 000 tonnes, l’un des plus imposants à l’époque où il était en service. Aucune étude d’impact environnemental n’a été réalisée sur le naufrage régulier de ces navires dans les eaux proches des nations insulaires, pas plus que l’on ne connaît l’impact environnemental de l’organisation de ces vastes exercices militaires, non seulement dans le Pacifique, mais partout ailleurs dans le monde. RIMPAC fait partie de la nouvelle guerre froide contre la Chine que les États-Unis imposent à la région. Il est conçu pour provoquer des conflits. Cela fait de RIMPAC un exercice très dangereux.

Kelcy Taratoa, Aotearoa, “Episode 0010 de la série Who Am I ? Episodes”, 2004.
Le rôle d’Israël dans RIMPAC
Israël, pays non riverain de l’océan Pacifique, a participé pour la 1° fois à RIMPAC 2018, puis 2022 et 2024. Bien qu’Israël ne dispose pas d’avions ou de navires dans l’exercice militaire, il participe néanmoins à sa composante “interopérabilité”, notamment en mettant en place un commandement et un contrôle coordonnés et en collaborant à la partie de l’exercice relative au renseignement et à la logistique. Israël participe à RIMPAC 2024 alors même qu’il se livre à un génocide contre les Palestiniens de Gaza. Bien que plusieurs des États observateurs de RIMPAC 2024 (comme le Chili et la Colombie) aient ouvertement condamné le génocide, ils continuent de participer à RIMPAC 2024 aux côtés de l’armée israélienne. Il n’y a eu aucune mention publique de leur réticence quant à l’implication d’Israël dans ces dangereux exercices militaires interarmées. Israël est un pays colonisateur qui poursuit son apartheid meurtrier et son génocide contre le peuple palestinien. Bien que la participation d’Israël ne soit pas surprenante, le problème ne réside pas tant dans sa participation à RIMPAC que dans l’existence même de RIMPAC. Israël est un État d’apartheid qui mène un génocide, et RIMPAC est un projet colonial qui fait planer la menace d’une guerre d’anéantissement contre les peuples du Pacifique et de la Chine.
Dans le Pacifique, les communautés indigènes d’Aotearoa (Nouvelle-Zélande) à Hawaï ont manifesté contre RIMPAC au cours des 50 dernières années, dénonçant des exercices se déroulant sur des terres et des eaux volées, indifférents à l’impact négatif pour les communautés indigènes, dont les terres et les eaux sont le théâtre d’exercices à tir réel (y compris des zones où des essais nucléaires atmosphériques ont été effectués par le passé), contribuant au désastre climatique qui fait monter le niveau des eaux et menace l’existence des communautés insulaires.Ce sont les noms d’îles déjà frappées par les essais nucléaires français. Il n’y a pas de ponctuation entre les noms, preuve, d’une part, que la disparition d’une île ou d’un pays ne signifie pas la fin de la contamination nucléaire, et que les eaux qui baignent les îles ne divisent pas les peuples vivant sur de vastes étendues océanes, mais les unissent contre l’impérialisme.
Te Kuaka (Aotearoa)
Red Ant (Australie)
Workers Party of Bangladesh (Bangladesh)
Coordinadora por Palestina (Chili)
Judíxs Antisionistas contra la Ocupación y el Apartheid (Chili)
Partido Comunes (Colombie)
Congreso de los Pueblos (Colombie)
Coordinación Política y Social, Marcha Patriótica (Colombie)
Partido Socialista de Timor (Timor Leste)
Hui Aloha ??ina (Hawai’i)
Communist Party of India (Marxist-Leninist) Liberation (Inde)
Federasi Serikat Buruh Demokratik Kerakyatan (Indonésie)
Federasi Serikat Buruh Militan (Indonésie)
Federasi Serikat Buruh Perkebunan Patriotik (Indonésie)
Pusat Perjuangan Mahasiswa untuk Pembebasan Nasional (Indonésie)
Solidaritas.net (Indonésie)
Gegar Amerika (Malaisie)
Parti Sosialis Malaysia (Malaisie)
Pas de guerre froide
Awami Workers Party (Pakistan)
Haqooq-e-Khalq Party (Pakistan)
Mazdoor Kissan Party (Pakistan)
Partido Manggagawa (Philippines)
Partido Sosyalista ng Pilipinas (Philippines)
The International Strategy Center (République de Corée)
Janatha Vimukthi Peramuna (Sri Lanka)
Tricontinental : Institut de recherche sociale
Parti communiste du Népal (socialiste unifié)
CODEPINK : Women for Peace (États-Unis)
Nodutdol (États-Unis)
Parti pour le socialisme et la libération (États-Unis)
Ralph Ako, Îles Salomon, “Toto Isu”, 2015.
Cet élan a poussé Déwé Gorodé à fonder le Groupe 1878 (du nom de la rébellion kanak de cette année-là), puis le Parti de libération kanak (PALIKA) en 1976, issu du Groupe 1878. Les autorités ont emprisonné Mme Gorodé à plusieurs reprises de 1974 à 1977 pour son rôle de leader dans la lutte du PALIKA pour l’indépendance vis-à-vis de la France. Pendant sa détention, Mme Gorodé a créé le Groupe de femmes Kanak exploitées en lutte avec Susanna Ounei. À leur sortie de prison, ces 2 femmes participent à la création du Front de libération nationale kanak et socialiste en 1984. Grâce à une lutte concertée, Déwé Gorodé a été élue vice-présidente de la Nouvelle-Calédonie en 2001. Lorsque les mobilisations populaires ont déferlé sur la Nouvelle-Calédonie au mois de mai, je me suis empressé de remettre la main sur un recueil de poèmes de l’indépendantiste kanak Déwé Gorodé (1949-2022) intitulé Sous les cendres des conques (1974). Dans ce livre, écrit l’année même où Déwé Gorodé rejoint le groupe politique marxiste des Foulards rouges, elle écrit le poème “Zoneinterdite”, qui se termine ainsi :
Reao Vahitahi Nukutavake
Pinaki Tematangi Vanavana
Tureia Maria Marutea
Mangareva MORUROA FANGATAUFA
Zone interdite
quelque part en Polynésie
Polynésie dite “française”.
Stéphane Foucaud, Nouvelle-Calédonie, “MAOW”, 2023.
En 1985, 13 pays du Pacifique Sud ont signé le traité de Rarotonga, qui instaure une zone dénucléarisée de la côte Est de l’Australie à la côte Ouest de l’Amérique du Sud. En tant que colonies françaises, ni la Nouvelle-Calédonie ni la Polynésie française ne l’ont signé, mais d’autres l’ont fait, notamment les Îles Salomon et Kki ‘Airani (Îles Cook). Déwé Gorodé est aujourd’hui morte, et les armes nucléaires américaines sont en passe de pénétrer le nord de l’Australie, en violation du traité. Mais la lutte ne faiblit pas pour autant.
Les routes sont toujours bloquées. Les cœurs sont toujours en éveil.
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Chen Ji et Pietro Fiocchi -Sur le IIIe plénum du PCC : entretien avec le secrétaire du comité central du parti communiste du Tadjikistan, Jamshed Sabirovich Yunusov (traduction de Marianne Dunlop)


Introduction de Danielle Bleitrach
Voici le3° interview envoyé pas notre correspondant en Chine. Il ne s’agit pas cette fois d’un parti européen mais d’un parti d’Asie centrale, le Tadjikistan que j’ai eu la chance de visiter dans un long séjour de 7 semaines avec 2 amies, une Russe qui me servait d’interprète et une magnifique militante Tadjike du nom de Mansour m’a permis de comprendre un peu ce Cuba d’Asie Centrale… Si l’amour (le mot n’est pas trop fort) pour la Russie qui avait permis la création en 1939 de cette république persophone dans un environnement turcophone, ( l’URSS y étant synonyme d’émancipation féminine), en revanche la réputation de la Chine malgré ou à cause d’une frontière commune, n’était pas dénuée de méfiance. Le rôle joué par la Russie dans l’avancée économique et technologique de la Chine, le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine comme la nostalgie de la pax sovietica, sont des facteurs importants et les partis communistes également .
Cher Secrétaire, M. Jamshed Sabirovich, la 3° session plénière du 20e Comité central du Parti communiste chinois (PCC), qui vient de s’achever, s’est concentrée sur l’approfondissement des réformes visant à faire progresser la modernisation de la Chine.
Selon vous, quel sera l’impact de cette session sur l’économie chinoise ?
Y aura-t-il davantage de possibilités de coopération économique entre la Chine et le Tadjikistan ?Il convient de souligner que la Chine joue actuellement un rôle politique et économique important dans le développement de notre région. Les liens entre nos 2 pays se renforcent de jour en jour. La récente visite d’État du président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, au Tadjikistan le 4 juillet dernier en est un exemple. Le président de la République du Tadjikistan, Emomali Rahmon, en signe de grand respect, a accueilli cet important invité avec tous les honneurs. Au cours de la visite d’État, de nombreuses réunions et entretiens de haut niveau ont eu lieu entre le Tadjikistan et la Chine, et de nombreux nouveaux documents sur la coopération bilatérale ont été signés. Ainsi, je pense que la question des nouvelles opportunités concernant le renforcement de la coopération économique entre nos États est déjà pleinement et concrètement réalisée. Nous espérons que cette coopération profitera aux populations et aux économies des 2 pays.

Comment évaluez-vous la modernisation chinoise et quelle influence pensez-vous qu’elle aura sur le reste du monde ?
La Chine est une superpuissance et la modernisation de l’économie chinoise peut avoir un effet bénéfique sur les pays voisins. À l’ère de la mondialisation et du développement des technologies numériques, toute société développée aspire à de meilleures conditions sociales et de travail. La Chine, qui est l’un des plus grands producteurs de technologies modernes dans divers secteurs de l’économie, est à la recherche de partenaires et de marchés. Bien entendu, les technologies chinoises sont désormais utilisées dans les pays développés modernes, tels que les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie, le Canada et les pays du continent européen.
Le Tadjikistan est limitrophe de la Chine et nous avons développé d’importants partenariats. Il semble tout à fait naturel que les technologies chinoises modernes soient introduites dans notre économie. Pour donner un exemple, au Tadjikistan, l’utilisation de véhicules électriques fabriqués en Chine dans les services de taxis urbains est actuellement en augmentation. Ces voitures sont présentes dans toutes les villes de la région d’Asie centrale. Ainsi, un service économique est offert et l’environnement n’est pas endommagé.
Dans le 4° volume du livre « Xi Jinping : Governer China », le président chinois a proposé de laisser la politique d’ouverture de la Chine, stimuler l’économie mondiale. La Chine continuera à atteindre un niveau élevé d’ouverture et à faciliter le libre-échange avec le reste du monde : comment pensez-vous que cette politique affectera l’économie mondiale ?
Je pense qu’en raison du développement rapide de l’économie chinoise depuis les réformes de Deng Xiaoping, les gens ont commencé à appeler l’économie de la République populaire « le miracle chinois », et c’est ce qu’elle est. Le président chinois Xi Jinping continue de diriger le miracle chinois avec confiance et fermeté à travers les turbulences de l’économie mondiale. Les économies de nombreux pays dépendent des fabricants chinois, et nous pouvons certainement affirmer que la production économique chinoise comprend des produits issus des industries de haute technologie. Il n’y a probablement aucun secteur aujourd’hui dans lequel les fabricants chinois ne disposent pas de technologies modernes.
Par conséquent, nous pouvons affirmer sans risque que la Chine a fait de grands progrès dans son développement dans tous les domaines de la production moderne, qu’elle a conquis les marchés mondiaux et que, grâce à ses biens et services, elle a un effet bénéfique sur l’économie mondiale.
Aujourd’hui, de nombreux pays utilisent des produits fabriqués en Chine, créant ainsi plus d’emplois, utilisant des technologies modernes qui ne polluent pas l’environnement, utilisant les réalisations scientifiques des scientifiques chinois dans divers domaines de la science, de la flore et de la faune.
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Marie-Claire Tellier -L’HOMME DERRIÈRE LE CHOIX DU VICE-PRÉSIDENT DE TRUMP :

C’EST PIRE QUE VOUS NE LE PENSEZ

Bien que J.D. Vance ait ses propres controverses, ses liens étroits avec le milliardaire Peter Thiel, qui est sur le point d’avoir une influence sans précédent dans une nouvelle administration Trump, devraient profondément déstabiliser tous les Américains qui se soucient de la liberté, de la protection de la vie privée et de la limitation de l’État de surveillance.
Après la récente révélation que Donald Trump avait choisi J.D. Vance comme vice-président, l’attention du public s’est portée non seulement sur Vance, mais aussi sur le milliardaire Peter Thiel. M. Vance est l’un des nombreux protégés de M. Thiel dont le profil a été rehaussé ces dernières années. Parmi les autres protégés du cofondateur de PayPal figurent Sam Altman, d’OpenAI, et Palmer Luckey, d’Anduril.
Des rapports récents ont également indiqué que Thiel a d’abord recruté Vance dans son cercle alors que ce dernier était encore étudiant à la faculté de droit de Yale. Peu après, Vance a rejoint la société d’investissement de Thiel, Mithril Capital, où il a travaillé pendant 2 ans avant de rejoindre Revolution Ventures. Vance a joué un rôle majeur dans le fonds d’amorçage « Rise of the Rest » de Revolution, dont les principaux investisseurs étaient Jeff Bezos d’Amazon et la famille Walton de WalMart, qui s’enorgueillit de liens profonds et de longue date avec la famille Clinton. M. Vance a ensuite lancé sa propre société de capital-risque, Narya Capital, en 2020, qui a été fortement financée par M. Thiel ainsi que par l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt.
M. Schmidt, un important donateur démocrate, a été la cheville ouvrière de la politique scientifique et technologique de l’administration Biden et a dominé le développement des politiques d’IA de l’armée américaine et des communautés du renseignement, en grande partie grâce à sa direction de la Commission de sécurité nationale sur l’IA (NSCAI). Comme Unlimited Hangout l’a précédemment rapporté, la NSCAI dirigée par Schmidt a encouragé des politiques telles que la fin de la possession de voitures privées et des achats en personne aux États-Unis pour favoriser l’adoption de l’IA par les Américains en tant que prétendu impératif de sécurité nationale dans la période précédant les fermetures de l’ère Covid. Schmidt et Thiel sont tous deux des membres clés du comité directeur de la conférence Bilderberg controversée, à huis clos et ouvertement mondialiste. Newsweek a qualifié Schmidt et Thiel de 2 des personnalités les plus influentes du Bilderberg.
Thiel a largement contribué à la carrière politique de Vance, en donnant 15 millions de dollars à la candidature de Vance au Sénat lors du cycle électoral de 2022, ce qui constituait alors le don le plus important jamais accordé à un candidat au Sénat. Thiel a également rejoint Vance, un ancien « Never Trumper », lors d’une visite au Mar-a-Lago de Trump où Vance a réussi à obtenir la bénédiction de l’ancien président. Thiel a également mis Vance en contact avec d’autres membres de la soi-disant mafia PayPal, comme David Sacks, qui a fait don d’un million de dollars à Vance et a organisé une collecte de fonds pour lui. Sacks et Elon Musk, cofondateur de PayPal, auraient joué un rôle clé dans la sélection de Vance comme vice-président par Trump, car ils ont mené « une campagne de lobbying secrète » pour Vance, à laquelle participait également le présentateur de médias Tucker Carlson.
Thiel a été l’un des principaux donateurs de la campagne présidentielle de Trump en 2016 et a fait partie de son équipe de transition. D’autres personnalités liées à Thiel, comme Trae Stephens, ont exercé une influence considérable sur les nominations de Trump au Pentagone. L’influence de Stephens au Pentagone de Trump a également contribué à développer les relations de l’armée avec la société Anduril, financée par Thiel et cofondée par Stephens et Palmer Luckey, un membre de Thiel. Avant Anduril, Luckey a développé le système de réalité virtuelle Oculus Rift, qui a ensuite été vendu à Facebook, où Thiel a siégé au conseil d’administration. Anduril construit actuellement un « mur frontalier virtuel » pour le gouvernement fédéral et M. Trump, qui a longtemps fait campagne sur la construction d’une barrière physique à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, a abandonné cette promesse au cours de son premier mandat et soutient désormais la solution exacte que vend Anduril.

En Ukraine
Les drones d’Anduril ont également joué un rôle majeur dans les opérations militaires ukrainiennes pendant le conflit russo-ukrainien, tout comme d’autres entreprises controversées financées par Thiel, telles que Palantir (un contractant de la CIA) et ClearView AI, qui a utilisé principalement des photos postées sur Facebook (une autre entreprise soutenue par Thiel) pour développer sa base de données de reconnaissance faciale orwellienne. Les liens étroits de ces entreprises avec l’armée ukrainienne pourraient avoir un impact sur les politiques d’une seconde administration Trump en ce qui concerne le soutien américain à l’Ukraine, en particulier si Thiel est appelé à exercer une influence significative. Au-delà de l’Ukraine, ce réseau d’entreprises de défense financées par Thiel est en train de redessiner le visage de la guerre et de remplacer lentement mais sûrement la prise de décision humaine par l’IA.
Alors que ces liens devraient être troublants en soi, l’influence potentielle de Thiel sur la future administration Trump devrait inquiéter tous les Américains, quelle que soit leur position sur l’échiquier politique, en raison des efforts de Thiel pour réhabiliter et refaire certains des efforts les plus orwelliens et anticonstitutionnels des communautés du renseignement pour cibler la dissidence nationale.
Sensibilisation à l’information de Thiel
Alors que Peter Thiel s’est longtemps présenté comme un libertaire, son parcours depuis PayPal a révélé qu’il était plutôt un architecte de l’État de surveillance moderne et un successeur de la cabale néoconservatrice qui avait déjà essayé (mais sans succès) de faire la même chose. Dans les 1° temps de PayPal, Thiel et ses collègues se sont rendus dans diverses agences gouvernementales, y compris des agences de renseignement, pour voir comment ils pouvaient le mieux adapter leur produit afin d’obtenir le soutien du gouvernement (et des contrats) pour leurs produits et services. Après avoir quitté PayPal, Thiel a suivi une voie similaire en créant une autre entreprise, Palantir. Palantir est le moteur de l’État de surveillance et, peu après l’annonce de la nomination de Vance à la vice-présidence de Trump, on a appris que Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, ainsi que Palantir elle-même, soutenaient un super PAC Trump-Vance appelé America PAC.
Unlimited Hangout a fait de nombreux reportages sur Thiel et Palantir depuis plusieurs années. Comme indiqué dans les rapports précédents, la société a été créée pour être la version privatisée d’un programme de surveillance post-11 septembre qui avait été imaginé par les criminels de l’Iran-Contra responsables de la base de données anticonstitutionnelle Main Core. Sous l’administration Reagan, les individus au cœur du scandale Iran-Contra ont développé une base de données appelée Main Core, qui a fermement placé l’État américain de sécurité nationale sur la voie actuelle, alimentée par la technologie, de l’écrasement de la dissidence. Un haut fonctionnaire ayant une habilitation de sécurité de haut niveau et ayant servi dans 5 administrations présidentielles, a déclaré à Radar en 2008 que Main Core était « une base de données d’Américains qui, souvent pour la plus petite et la plus insignifiante des raisons, sont considérés comme inamicaux et qui, dans un moment de panique, pourraient être incarcérés ». Cette base de données permet d’identifier et de localiser presque instantanément les « ennemis de l’État ».
Main Core a été expressément développé pour être utilisé dans les protocoles de « continuité du gouvernement » (COG) par Oliver North, personnage clé de la campagne Iran-Contra, et ses alliés qui géraient un appareil de renseignement « clandestin » avec l’implication directe de la CIA, connu sous le nom de « The Enterprise » (l’Entreprise). North et ses associés ont utilisé les protocoles COG et Main Core pour dresser une liste de dissidents américains et de « fauteurs de troubles potentiels » à traiter si le protocole de continuité du gouvernement devait être invoqué. Fait troublant, ces protocoles pouvaient être invoqués pour diverses raisons, notamment une opposition publique et non violente généralisée à une intervention militaire américaine à l’étranger, une dissidence interne généralisée ou un moment vaguement défini de « crise nationale » ou de « période de panique ». North s’est ensuite heurté à l’administration Trump, rejoignant l’ancien fondateur de Blackwater, Erik Prince, dans un effort de lobbying auprès de l’administration pour créer une CIA privée « non déclarée ».
Main Core a utilisé le logiciel PROMIS, qui a été volé à ses propriétaires chez Inslaw Inc. par de hauts responsables du renseignement de Reagan et des États-Unis ainsi que par le maître-espion israélien Rafi Eitan. Le baron des médias et « super espion » israélien Robert Maxwell, le père de Ghislaine Maxwell et qui serait l’homme qui a amené Jeffrey Epstein dans l’orbite du renseignement israélien, était également intimement impliqué dans le scandale PROMIS. Comme PROMIS, Main Core impliquait à la fois les services de renseignement américains et israéliens et constituait une approche big data pour la surveillance des dissidents nationaux perçus.
Les attentats du 11 septembre
Les scandales Iran-Contra et PROMIS ont été révélés, mais ont ensuite été dissimulés, en grande partie par le procureur général américain de l’époque, William Barr, qui reviendra occuper ce même poste sous l’administration Trump. L’utilisation du Main Core par le gouvernement fédéral a persisté et a continué à amasser des données. Ces données n’ont pu être pleinement exploitées et utilisées par la communauté du renseignement qu’après les événements du 11 septembre 2001, qui ont offert une opportunité en or pour l’utilisation de tels outils contre la population américaine, le tout sous couvert de lutte contre le « terrorisme ». » Par exemple, immédiatement après les attentats du 11 septembre, des responsables gouvernementaux auraient vu les ordinateurs de la Maison Blanche accéder au Main Core.
Le 11 septembre a également été utilisé comme prétexte pour supprimer les « pare-feu » d’information au sein de l’État de sécurité nationale, en élargissant le « partage d’informations » entre les bases de données des agences et, par extension, en augmentant également la quantité de données pouvant être consultées et analysées par Main Core et ses analogues. Comme l’a souligné Alan Wade, alors directeur de l’information de la CIA, peu après le 11 septembre : « L’un des thèmes de l’après-11 septembre est la collaboration et le partage d’informations. Nous recherchons des outils qui facilitent la communication d’une manière que nous n’avons pas aujourd’hui.
Dans une tentative de s’appuyer simultanément sur ces 2 objectifs post-11 septembre, l’État américain de sécurité nationale a tenté de créer un programme de surveillance « public-privé » si invasif que le Congrès a annulé son financement quelques mois seulement après sa création, craignant qu’il ne soit complètement éliminer le droit à la vie privée aux États-Unis. Baptisé Total Information Awareness (TIA), le programme visait à développer un appareil de surveillance « omnivoyant » géré par la DARPA du Pentagone. Les partisans de la TIA ont fait valoir qu’une surveillance invasive de l’ensemble de la population américaine était nécessaire pour prévenir les attaques terroristes, les événements de bioterrorisme et même les épidémies naturelles (telles que les pandémies) avant qu’elles ne surviennent.
L’architecte du TIA, et l’homme qui l’a dirigé au cours de son existence relativement brève, était John Poindexter, surtout connu pour avoir été le conseiller à la sécurité nationale de Reagan lors de l’Iran-Contra et pour avoir été reconnu coupable de cinq crimes liés à ce scandale. Poindexter, lors des audiences Iran-Contra, avait déclaré qu’il était de son devoir de cacher des informations au Congrès.
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En ce qui concerne la TIA, l’un des principaux alliés de Poindexter était le directeur de l’information de la CIA, Alan Wade. Wade a rencontré Poindexter à plusieurs reprises à propos de TIA et a géré la participation non seulement de la CIA mais de toutes les agences de renseignement américaines qui avaient signé pour ajouter leurs données en tant que « nœuds » à TIA et, en échange, ont eu accès à ses outils. Wade, alors qu’il était à la CIA, s’était auparavant associé à la fille de Robert Maxwell, Christine Maxwell, sur un logiciel de sécurité nationale appelé Chiliad, qui présentait des similitudes avec TIA (ainsi qu’avec Palantir), mais ne correspondait pas à la portée et à l’ambition du programme proposé. Christine avait déjà participé aux efforts de son père pour commercialiser le logiciel PROMIS buggé auprès des laboratoires nationaux américains.
Le programme TIA, malgré les efforts de Poindexter et de ses alliés tels que Wade, a finalement été contraint de fermer ses portes après de nombreuses critiques et l’indignation du public. Bien que le programme ait été annulé, il est apparu plus tard que TIA n’avait jamais été arrêté, ses différents programmes ayant été secrètement répartis entre le réseau d’agences militaires et de renseignement qui composent l’État de sécurité nationale des États-Unis. Alors que certains de ces programmes TIA sont devenus clandestins, le logiciel panoptique de base que TIA espérait utiliser a commencé à être développé par la société désormais connue sous le nom de Palantir, avec l’aide considérable de la CIA et d’Alan Wade, ainsi que de Poindexter.
Au moment de son lancement officiel en février 2003, le programme TIA a immédiatement suscité la controverse, ce qui l’a amené à changer son nom en mai 2003 pour devenir Terrorism Information Awareness, dans une tentative apparente de ressembler moins à un système de surveillance national global qu’à un système de surveillance. outil spécifiquement destiné aux « terroristes ». Le programme TIA a été fermé fin 2003.
Le même mois que le changement de nom de TIA, Peter Thiel a incorporé Palantir. Thiel, cependant, avait commencé à créer le logiciel derrière Palantir des mois à l’avance, bien qu’il affirme ne pas se rappeler exactement quand. Certains rapports indiquent que Palantir a commencé comme un algorithme anti-fraude chez PayPal de Thiel. Thiel, Karp et d’autres cofondateurs de Palantir ont affirmé pendant des années que la société avait été fondée en 2004, malgré les documents relatifs à la constitution de Palantir par Thiel contredisant directement cette affirmation.
De plus, en 2003, apparemment peu de temps après que Thiel ait officiellement créé Palantir, l’architecte de la guerre en Irak et néoconservateur de l’ère Bush, Richard Perle, a appelé Poindexter, disant qu’il voulait présenter l’architecte de TIA à deux entrepreneurs de la Silicon Valley, Peter Thiel et Alex Karp. Selon un article du New York Magazine, Poindexter « était précisément la personne » que Thiel et Karp voulaient rencontrer, principalement parce que « leur nouvelle entreprise avait une ambition similaire à celle que Poindexter avait tenté de créer au Pentagone », à savoir TIA. . Au cours de cette réunion, Thiel et Karp ont cherché « à choisir le cerveau de l’homme désormais largement considéré comme le parrain de la surveillance moderne », faisant de Palantir un équivalent de la TIA.
Peu de temps après la constitution de Palantir, bien que le calendrier exact et les détails de l’investissement restent cachés au public, In-Q-Tel de la CIA est devenu le premier bailleur de fonds de l’entreprise, en dehors de Thiel lui-même, en lui accordant un montant estimé à 2 millions de dollars. La participation d’In-Q-Tel dans Palantir ne sera rendue publique qu’à la mi-2006. En outre, Alex Karp a récemment déclaré au New York Times que « la véritable valeur de l’investissement d’In-Q-Tel était qu’il donnait à Palantir un accès aux analystes de la CIA qui étaient ses clients visés ». Une figure clé dans la réalisation des investissements d’In-Q-Tel au cours de cette période, y compris Palantir, était le directeur de l’information de la CIA de l’époque, Alan Wade.
Après l’investissement dans In-Q-Tel, la CIA a occupé la position unique d’être le seul client de Palantir jusqu’en 2008. Pendant cette période, les deux meilleurs ingénieurs de Palantir – Aki Jain et Stephen Cohen – se sont rendus au siège de la CIA à Langley, en Virginie, toutes les 2 semaines. Jain se souvient avoir effectué au moins deux cents voyages au siège de la CIA entre 2005 et 2009. Au cours de ces visites régulières, les analystes de la CIA « testaient [le logiciel de Palantir] et offraient leurs commentaires, puis Cohen et Jain retournaient en Californie pour le peaufiner ». Comme pour la décision d’In-Q-Tel d’investir dans Palantir, le directeur de l’information de la CIA de l’époque, Alan Wade, a joué un rôle clé dans nombre de ces réunions et par la suite dans la « mise au point » des produits de Palantir. Il n’est donc pas surprenant qu’il y ait un chevauchement entre les produits de Palantir et la vision que Wade et Poindexter avaient de l’échec du programme TIA. Le chevauchement important entre les 2 a été détaillé dans les précédentes enquêtes sur Unlimited Hangout.
Les avantages de la reconversion de la TIA « public-privé » en une entité entièrement privée après le démantèlement public de la TIA sont évidents. Par exemple, étant donné que Palantir est une entreprise privée et non un programme gouvernemental, la manière dont ses logiciels sont utilisés par ses clients gouvernementaux et corporatifs bénéficie d’un « déni plausible » et libère Palantir et ses logiciels des contraintes qui seraient présentes s’il avait est resté un projet public.
Un profil du New York Times de 2020 sur Palantir notait :
Les données, qui sont stockées dans divers services cloud ou chez les clients, sont contrôlées par le client, et Palantir affirme ne pas contrôler l’utilisation de ses produits. Les contrôles de confidentialité ne sont pas non plus infaillibles ; c’est aux clients de décider qui peut voir quoi et dans quelle mesure ils souhaitent être vigilants.
Le panoptique des médias sociaux
Peu de temps après que Thiel ait aidé à ressusciter TIA sous le nom de Palantir, un autre programme de la DARPA post-11 septembre cherchait également à se relooker dans le secteur privé. Développé par Douglas Gage, un ami proche de Poindexter et responsable du programme DARPA, LifeLog cherchait à « construire une base de données retraçant toute l’existence d’une personne » qui incluait les relations et les communications d’un individu (appels téléphoniques, courrier, etc.), sa consommation médiatique. leurs habitudes, leurs achats et bien plus encore afin de créer un enregistrement numérique de « tout ce qu’un individu dit, voit ou fait ». LifeLog prendrait ensuite ces données non structurées et les organiserait en « épisodes discrets » ou instantanés tout en « cartographiant les relations, les souvenirs, les événements et les expériences ».
LifeLog, selon Gage et les partisans du programme, créerait un journal électronique permanent et consultable de la vie entière d’une personne, qui, selon la DARPA, pourrait être utilisé pour créer des « assistants numériques » de nouvelle génération et offrir aux utilisateurs une « mémoire numérique presque parfaite ». » Gage a insisté, même après la fermeture du programme, sur le fait que les individus auraient eu « un contrôle total sur leurs propres efforts de collecte de données » puisqu’ils pourraient « décider quand allumer ou éteindre les capteurs et décider qui partagera les données ». Dans les années qui ont suivi, des promesses analogues de contrôle des utilisateurs ont été faites par les géants de la technologie de la Silicon Valley, mais elles ont été rompues à plusieurs reprises dans un but lucratif et pour alimenter l’appareil de surveillance intérieure du gouvernement.
Les informations que LifeLog glanait à partir de chaque interaction d’un individu avec la technologie devaient être combinées avec les informations obtenues à partir d’un émetteur GPS qui suivait et documentait l’emplacement de la personne, des capteurs audiovisuels qui enregistraient ce que la personne voyait et disait, ainsi que des moniteurs biomédicaux qui évalué l’état de santé de la personne. Comme TIA, LifeLog a été promu par la DARPA comme soutenant potentiellement « la recherche médicale et la détection précoce d’une épidémie émergente ».
Les critiques dans les grands médias et ailleurs n’ont pas tardé à souligner que le programme serait inévitablement utilisé pour créer des profils sur des dissidents ainsi que sur des terroristes présumés. Combiné avec la surveillance des individus par TIA à plusieurs niveaux, LifeLog est allé plus loin en « ajoutant des informations physiques (comme ce que nous ressentons) et des données médiatiques (comme ce que nous lisons) à ces données transactionnelles ». Un critique, Lee Tien de l’Electronic Frontier Foundation, avait averti à l’époque que les programmes poursuivis par la DARPA, y compris LifeLog, « offraient des voies évidentes et faciles vers des déploiements de sécurité intérieure ».
À l’époque, la DARPA avait publiquement insisté sur le fait que LifeLog et TIA n’étaient pas connectés, malgré leurs parallèles évidents, et que LifeLog ne serait pas utilisé à des fins de « surveillance clandestine ». Cependant, la propre documentation de la DARPA sur LifeLog indique que le projet « pourra... ». . . déduire les routines, les habitudes et les relations de l’utilisateur avec d’autres personnes, organisations, lieux et objets, et exploiter ces modèles pour faciliter sa tâche », ce qui reconnaît son utilisation potentielle comme outil de surveillance de masse.
Cependant, malgré tous les efforts de ses partisans, LifeLog a été fermé, tout comme TIA. Compte tenu de ce qui s’était passé avec TIA, certains soupçonnaient que le programme se poursuivrait sous un nom différent. Par exemple, Lee Tien de l’Electronic Frontier Foundation a déclaré à VICE au moment de l’annulation de LifeLog : « Cela ne me surprendrait pas d’apprendre que le gouvernement a continué à financer la recherche qui a fait avancer ce domaine sans l’appeler LifeLog. » Aux côtés de ses critiques, l’un des chercheurs potentiels travaillant sur LifeLog, David Karger du MIT, était également certain que le projet DARPA se poursuivrait sous une forme reconditionnée. Il a déclaré à Wired : « Je suis sûr que de telles recherches continueront à être financées sous un autre titre. . . Je ne peux pas imaginer que la DARPA « abandonne » un domaine de recherche aussi clé. La réponse à ces spéculations semble appartenir à la société qui a été lancée exactement le jour même où LifeLog a été fermé par le Pentagone : Facebook.

Le rôle croissant de Facebook dans la surveillance de l’État exige un nouvel examen des origines de l’entreprise et de ses produits en ce qui concerne un ancien programme de surveillance controversé géré par la DARPAQuelques mois après le lancement de Facebook, en juin 2004, les cofondateurs de Facebook, Mark Zuckerberg et Dustin Moskovitz, ont intégré Sean Parker à l’équipe de direction de Facebook. Parker, auparavant connu pour avoir co-fondé Napster, a ensuite mis Facebook en contact avec son premier investisseur extérieur, Peter Thiel. Comme indiqué, Thiel, à cette époque, en coordination avec la CIA, essayait activement de ressusciter au moins un programme controversé de la DARPA qui avait été démantelé l’année précédente. Sean Parker, qui est devenu le premier président de Facebook, avait également des antécédents avec la CIA, qui avait cherché à le recruter à l’âge de seize ans, peu après qu’il ait été arrêté par le FBI pour avoir piraté des bases de données d’entreprises et militaires. Grâce à Parker, en septembre 2004, Thiel a officiellement acquis pour 500 000 $ d’actions Facebook et a été ajouté à son conseil d’administration. Parker a entretenu des liens étroits avec Facebook ainsi qu’avec Thiel, Parker ayant été embauché en tant qu’associé directeur du Fonds des fondateurs de Thiel en 2006. Thiel a quitté le conseil d’administration de Facebook, qu’il avait rejoint en 2005, en 2022 pour se concentrer sur le soutien aux « projets alignés sur Trump ». candidats », dont J.D. Vance.
Thiel et le co-fondateur de Facebook, Mosokvitz, se sont impliqués en dehors du réseau social longtemps après la montée en puissance de Facebook, le fonds fondateur de Thiel étant devenu un investisseur important dans la société Asana de Moskovitz en 2012. La relation symbiotique de longue date de Thiel avec les co-fondateurs de Facebook s’étend à sa société Palantir, car les données que les utilisateurs de Facebook rendent publiques se retrouvent invariablement dans les bases de données de Palantir et contribuent à piloter le moteur de surveillance que Palantir utilise pour les services de police américains, l’armée et la communauté du renseignement. Les données de Facebook alimentent également une autre société soutenue par Thiel, Clearview AI.
Notamment, même l’architecte de LifeLog, Douglas Gage, a publiquement commenté les similitudes de Facebook avec le programme qu’il avait autrefois espéré diriger. En 2015, il a déclaré à VICE que « Facebook est actuellement le véritable visage du pseudo-LifeLog ». Il a ajouté de manière révélatrice : « Nous avons fini par fournir le même type d’informations personnelles détaillées aux annonceurs et aux courtiers en données et sans susciter le genre d’opposition que LifeLog a provoqué », précisément parce qu’il s’agit désormais d’une entreprise privée et non d’un projet hébergé au Pentagone. DARPA.
Palantir et le programme de surveillance sous Trump
Sous l’administration Trump, Palantir jouissait d’un statut encore plus privilégié que sous les administrations précédentes, Palantir ayant remporté de nombreux nouveaux contrats lucratifs, principalement avec l’armée et le renseignement, au cours du 1° mandat de Trump. Cela a probablement été influencé par la présence de Thiel dans les équipes de transition de Trump et par le rôle des proches collaborateurs de Thiel dans le choix des personnes clés nommées au Pentagone.
Non seulement cela, mais le programme plus large derrière Palantir – l’effort de plusieurs décennies visant à créer aux États-Unis un système de surveillance pré-criminelle alimenté par l’IA – a également reçu un élan significatif au cours du premier mandat de Trump. Par exemple, le procureur général de Trump, William Barr, a discrètement légalisé le pré-crime aux États-Unis sous prétexte de détecter les tireurs de masse potentiels avant qu’ils ne commettent un crime. Le programme, appelé DEEP, permet au DOJ et au FBI de travailler avec des « partenaires du secteur privé » pour surveiller les personnes d’intérêt qui n’ont commis aucun crime, mais qui se « mobilisent contre la violence ». À peu près au même moment où le programme était annoncé, Barr faisait également fortement pression en faveur d’une porte dérobée du gouvernement vers les applications et les appareils grand public, en particulier ceux qui utilisent le cryptage. Il a également signé un accord d’accès aux données avec Priti Patel, alors ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni, qui permettait aux deux pays de « demander des données électroniques sur les consommateurs aux entreprises technologiques basées dans l’autre pays sans restrictions légales ».
Également sous l’administration Trump, une société liée au renseignement israélien appelée Carbyne911 a commencé à être installée partout aux États-Unis dans des centres d’appels d’urgence et s’est depuis répandue dans tout le pays. Carbyne911 a été largement financé par le Fonds des fondateurs de Peter Thiel et Trae Stephens siège à son conseil consultatif aux côtés de Michael Chertoff (responsable du DHS sous George W. Bush) et Kirstjen Nielsen (responsable du DHS sous Trump). Carbyne a également été largement financé par Jeffrey Epstein et Leslie Wexner et, pendant une grande partie de ses débuts, a été étroitement associé à l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, lui-même un associé intime d’Epstein.

Carbyne911 et des sociétés similaires extraient toutes les données des smartphones grand public pour simplement passer des appels d’urgence, puis les utilisent pour « analyser le comportement passé et présent de leurs appelants, réagir en conséquence et prédire à temps les tendances futures », dans le but ultime d’être intelligent. des appareils – tels que des lampadaires « intelligents » – qui lancent des appels d’urgence aux autorités, et non aux êtres humains.
Les données obtenues à partir de ces produits logiciels, qui devraient être adoptés à l’échelle nationale dans le cadre d’un nouveau système national 911 de « nouvelle génération », sont partagées avec les mêmes organismes d’application de la loi qui mettent actuellement en œuvre le « programme national de perturbation et d’engagement précoce » conçu par Barr pour cibler les individus signalés comme potentiellement violents sur la base de critères vagues. Combinée au cadre de « terrorisme intérieur » publié sous l’administration Biden, la définition des « terroristes intérieurs » englobe désormais ceux qui s’opposent aux excès du gouvernement américain et ceux qui s’opposent à toute forme de capitalisme, y compris le « capitalisme des parties prenantes » favorisé par le Forum économique mondial. et/ou « mondialisation des entreprises ».
L’administration Trump, au cours de la même période, a également envisagé la création d’une nouvelle agence axée sur la santé, sur le modèle de la DARPA. Le projet « HARPA », qui a été largement promu auprès de Trump par son gendre Jared Kushner et sa fille Ivanka ainsi que par l’ami proche de Trump et ancien président de NBCUniversal, Bob Wright. Le programme phare proposé par HARPA – « SAFE HOME » (Stopping Aberrant Fatal Events by Helping Overcome Mental Extremes) – utiliserait « des technologies révolutionnaires avec une spécificité et une sensibilité élevées pour le diagnostic précoce de la violence neuropsychiatrique », plus précisément «des outils analytiques avancés basés sur l’intelligence artificielle et la machine » apprentissage. Le programme aurait coûté environ 60 millions de dollars sur 4 ans et utiliserait les données des comptes de réseaux sociaux des Américains ainsi que des « Apple Watches, Fitbits, Amazon Echo et Google Home » et d’autres appareils électroniques grand public. Le programme recueillerait également des informations fournies par les prestataires de soins de santé pour identifier qui pourrait constituer une « menace ».
Bien que la HARPA n’ait pas été créée sous l’administration Trump, celui-ci aurait réagi « très positivement » à la proposition et aurait été « convaincu par le concept ». De plus, avant que la proposition ne soit connue publiquement, Trump avait appelé les grandes technologies, et en particulier les médias sociaux, à collaborer avec le DOJ pour créer un logiciel qui arrête les meurtres de masse avant qu’ils ne se produisent en détectant les tireurs de masse potentiels avant qu’ils ne puissent agir. Cependant, Trump a finalement renoncé à créer la HARPA, qui a finalement été créée sous l’administration Biden sous le nom d’ARPA-H, soulignant la nature bipartite de ce programme.
Les entrepreneurs en renseignement soutenus par P. Thiel sont-ils des « MAGA » ?
Bien que de nombreuses entreprises soutenues ou fondées par Thiel se décrivent comme « l’Amérique d’abord » et comme des défenseurs des « valeurs occidentales », un examen plus approfondi de ces entreprises suggère que ce n’est pas le cas. Un exemple moins connu est le rôle précoce joué par Palantir dans l’élaboration d’un moyen permettant au gouvernement américain de cibler Julian Assange, le journalisme fondé sur des fuites dans l’intérêt public et ce qu’il a appelé « la menace WikiLeaks ». En examinant d’autres sociétés liées à Thiel, il est clair qu’au moins certaines sont plus que disposées à cibler les Américains des 2 côtés de la fracture politique au nom de leur plus gros client, le soi-disant « État profond » que les partisans de Trump injurient. Prenez, par exemple, Clearview AI, soutenu par Thiel, qui prétend désormais être capable d’identifier chaque personne dans le monde à l’aide de son système avancé de reconnaissance faciale. Comme l’a noté Stavroula Pabst, contributrice d’Unlimited Hangout, dans un rapport récent :
Interrogé lors d’une interview sur NBC sur les éventuelles ramifications négatives de Clearview AI pour la société, le PDG de l’entreprise, Hoan Ton-That, a déclaré : “Beaucoup de gens ont changé d’avis sur la technologie de reconnaissance faciale autour du 6 janvier, lorsque l’insurrection a eu lieu. au Capitole des États-Unis. Cela a été très utile pour pouvoir procéder à des identifications rapides”.
Comme l’a déclaré son propre PDG, Clearview AI a été largement utilisée le 6 janvier et s’est ensuite vantée de son « potentiel pour identifier les émeutiers lors de l’attaque du 6 janvier contre le Capitole ». Dans une interview de 2023, le journaliste du New York Times, Kashmir Hill, a ajouté que Clearview AI avait non seulement été utilisée au Capitole ce jour-là, mais aussi dans les jours et les semaines qui ont suivi pour identifier les émeutiers présumés :
Le FBI avait des photos de toutes ces personnes parce que beaucoup d’entre elles se filmaient sur les réseaux sociaux et publiaient des photos en ligne, et elles ne portaient pas de masques. Et de nombreux services de police ont commencé à transmettre leurs photos via Clearview AI pour les identifier.
Après les événements du 6 janvier 2021, Clearview AI a signalé une utilisation de 26 % de ses services par les forces de l’ordre, après avoir utilisé son rôle de ciblage des partisans de Trump comme argument de vente.
Clearview AI n’est pas la seule entreprise liée à Thiel à vouloir cibler la base de Trump, car le co-fondateur et actuel PDG de Palantir, Alex Karp, est obsédé par sa peur de longue date que « l’extrême droite » ne l’assassine à cause de son origine ethnique. Cette peur, selon Karp, « propulse un grand nombre de décisions » prises à Palantir. « Je n’arrive toujours pas à croire que je n’ai pas été abattu et poussé par la fenêtre », a déclaré Karp au journaliste du New York Times Michael Steinberger en 2020. Steinberger a ajouté que « si l’extrême droite arrivait au pouvoir, a déclaré Karp, il le ferait. certainement parmi ses victimes. » Qui est la première personne qui va se faire pendre ? Vous faites une liste et je vous montrerai qui ils auront en premier. C’est moi. Il n’y a pas une case que je ne coche ».

Puis, en 2023, Karp a déclaré lors d’une interview lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial : « Nous avons construit PG [logiciel propriétaire], qui à lui seul a stoppé la montée de l’extrême droite en Europe.» Étant donné que les étiquettes « extrême droite » et « extrême gauche » sont souvent utilisées à mauvais escient pour décrire ceux des 2 côtés du spectre politique qui ne souscrivent pas ou ne soutiennent pas les récits officiels, il convient de se demander si « l’extrême droite » Karp prétend ont cessé de faire référence à des personnes qui méritent réellement l’étiquette, ou au populisme de droite, étant donné que le populisme, quelle qu’en soit la saveur, constitue une menace pour les bienfaiteurs de Palantir dans le monde des affaires et dans la communauté de la sécurité nationale américaine.
Le Covid-19
En outre, les partisans de Trump qui n’ont pas souscrit aux discours officiels sur les politiques de l’ère Covid-19, devraient être conscients du rôle de Palantir dans la réponse Covid de l’administration Trump ainsi que dans le déploiement de la vaccination Covid. Pendant Covid, Palantir a développé Tiberius, qui a été utilisé par le HHS pour « aider le gouvernement fédéral à allouer la quantité de vaccin que chaque État recevra » et également pour « décider où ira chaque dose allouée – des cabinets de médecins locaux aux grands centres médicaux ». » Tiberius, et par extension Palantir, ont collecté toutes les données sur le Covid-19 et les soins de santé auprès des agences gouvernementales américaines, des gouvernements locaux et étatiques, des sociétés pharmaceutiques, des fabricants de vaccins et des entreprises engagées pour agir en tant que distributeurs de vaccins. Palantir a également reçu des informations sensibles sur la santé des Américains par le HHS de l’ère Trump ainsi que « un large éventail d’ensembles de données démographiques, d’emploi et de santé publique » afin «d’aider à identifier les populations hautement prioritaires» pour recevoir le vaccin en premier. Pendant Covid, Palantir était également membre de la Covid-19 Health Coalition, dont les autres membres comprenaient In-Q-Tel de la CIA, qui fut le 1° bailleur de fonds de Palantir, ainsi qu’Amazon, Microsoft et Google.
Palantir gérait également la base de données HHS Protect, une base de données secrète qui stockait (et accumule toujours) des informations liées à la propagation du Covid-19 recueillies à partir de « plus de 225 ensembles de données, y compris des statistiques démographiques, des tests communautaires et un large éventail de données ». données fournies par l’État. À l’époque, HHS Protect avait été critiqué par plusieurs experts en santé publique et épidémiologistes, entre autres, en raison de la décision soudaine du HHS de l’ère Trump d’obliger les hôpitaux américains à fournir toutes les données sur les cas de COVID-19 et les informations sur les patients directement au HHS Protect. et donc à Palantir. Les hôpitaux étaient menacés de perdre le financement de Medicare ou Medicaid s’ils refusaient de fournir régulièrement toutes les données de leurs patients COVID-19 et les résultats de leurs tests dans la base de données HHS Protect. Palantir a refusé de fournir des informations sur les garanties mises en place pour protéger les données de santé des Américains dans l’un de ses programmes liés au HHS, malgré les demandes en ce sens des sénateurs et des membres du Congrès. HHS Protect a également intégré plus tard HHS Vision, un composant « prédictif » basé sur l’intelligence artificielle, qui « utilise des algorithmes pré-écrits pour simuler les comportements et prévoir les résultats possibles ». Certains aspects de HHS Protect partagent des similitudes remarquables avec le sous-programme abandonné de TIA connu sous le nom de « Bio-surveillance ».
Tibère, la race et le panoptique de la santé publique de Palantir La société controversée d’exploration de données, dont l’histoire et l’essor ont longtemps été inextricablement liés à la CIA et à l’État de sécurité nationale, va désormais utiliser son logiciel pour identifier et donner la priorité aux mêmes groupes minoritaires qu’elle a longtemps opprimés au nom de l’armée américaine et des États-Unis. Intelligence.
Non seulement cela, mais une consultante de longue date de Palantir, Avril Haines, a joué un rôle clé lors de la « simulation » controversée de la pandémie fin 2019, liée à des événements de biosécurité antérieurs liés au renseignement, comme les attaques à l’anthrax de 2001. Haines, ancienne directrice adjointe de la CIA, a travaillé en très étroite collaboration avec son supérieur, John Brennan, à la CIA, notamment lorsque Brennan a surveillé illégalement les associés de Trump pendant le cycle électoral de 2016 et a contribué à propager et à développer le récit du « Russiagate », que Haines est en train de faire. maintenant ressuscité commodément. Haines, peu de temps après avoir participé à l’événement 201, a rejoint l’administration Biden et occupe le poste de plus haut responsable du renseignement de l’administration – le directeur du renseignement national – depuis que Biden a pris ses fonctions en janvier 2021.
Palantir est également controversé au sein de la gauche américaine pour son rôle dans l’utilisation du big data pour faciliter les raids de l’ICE sur les migrants et pour sa décision de piloter sa « police prédictive », c’est-à-dire sa fonctionnalité pré-criminelle, dans les communautés minoritaires à faible revenu. En fin de compte, Palantir – comme beaucoup d’autres sous-traitants de l’armée et du renseignement ayant des liens étroits avec Peter Thiel – est un outil de l’État de sécurité nationale, qui a intensifié son appareil de « guerre contre le terrorisme intérieur » qui – selon les documents gouvernementaux – ciblera la dissidence à gauche comme à droite et essentiellement quiconque tente de s’opposer, ou même de s’exprimer, contre les excès et la criminalité du gouvernement.
Avec Thiel, Palantir et le co-fondateur de Palantir, Joe Lonsdale, qui injectent désormais des millions dans la campagne Trump-Vance après l’annonce récente du vice-président, il semble presque inévitable que Palantir et les autres entrepreneurs militaires liés à Thiel auront encore plus d’influence dans une seconde administration Trump, que lors de son premier mandat
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Dmitri Kossyrev- L’OTAN lance un défi à Pékin,

la Chine apporte une réponse inattendue
(traduction de Marianne Dunlop )

Note de Danielle BleitrachIl est utile de méditer comme le font les Russes aujourd’hui sur la capacité d’innovation dans les rapports de force des Chinois : face au bellicisme, au défi de l’hégémonie occidentale, ils répondent en matière de puissance “il est difficile de savoir qui est le plus fort mais nous nous sommes plus intelligents alors nous allons vaincre”. Les Russes qui ont conscience d’avoir porté à bout de bras toute la volonté d’émancipation du prolétariat et des pays
colonisés durant tout le XX° siècle, ont d’autant plus de mérite à reconnaitre cette stratégie qu’ils se considèrent avec raison comme ayant subi et subissant une injustice historique et
l’appréciation de leur rôle. Mais les USA, l’OTAN, les vassaux européens en les traitant comme ils l’ont fait, les ont forcés à un partenariat stratégique qui découvre l’art de la guerre des
Chinois. Nous devrions en faire autant et perdre un peu de temps pour en gagner avec la considération de l’adversaire, du contexte géopolitique et donc le retour à une stratégie qui ne soit pas seulement la course à l’échalote de la conservation d’un portefeuille d’élus. Rien de plus utile que la compréhension de ce destin commun qui se joue et conditionne les luttes des classes et la bataille pour les souverainetés nationales.
Si vous êtes l’une des 2 superpuissances mondiales et que vous recevez un défi clair et précis de la part de l’autre puissance, essentiellement une menace pour votre existence, comment réagissez-vous ? La Chine l’a fait d’une manière inattendue et très chinoise. En gros : lequel de nous 2 est le plus fort, difficile à dire, mais nous sommes plus intelligents et donc nous gagnerons. C’est ce qui s’est passé lors du récent sommet de l’OTAN à Washington. Et du « troisième plénum » du Comité central du PCC qui s’est achevé jeudi, annoncé à l’avance par la quasi-totalité des médias mondiaux comme un événement capital pour le monde entier, et pas seulement pour la Chine.Les Occidentaux, rappelons-le, ont placé pour la 1° fois Pékin devant Moscou, affirmant dans la déclaration finale que la puissance asiatique « remet en cause les intérêts, la sécurité et les valeurs de l’OTAN » et exposant plusieurs mesures pour éliminer cette « menace ». Naturellement, les diplomates chinois ont trouvé des mots pour répondre. Mais la communauté mondiale des experts attendait une réponse différente, c’est-à-dire les résultats de ce même plénum, traditionnellement consacré à l’économie. Le fait est que les mots sont des mots, mais que les mesures concrètes, ça c’est du sérieux.
Certains auraient pu s’attendre à ce que l’économie chinoise soit mise sur le pied de guerre, avec la nationalisation de tout ce qui est imaginable et la concentration des efforts pour repousser les menaces militaires. Mais pour la plupart, les attentes étaient différentes : qu’en est-il des finances, des investissements? Le fait est que, depuis des mois, une guerre de l’information s’est engagée autour de l’idée que « la Chine ralentit et meurt ». Elle est en train de mourir à cause de la quarantaine insensée de 3 ans imposée par le virus, et parce que c’est au cours de cette période que la guerre économique des États-Unis contre un concurrent mondial s’est intensifiée, avec une restriction totale de toute exportation de haute technologie de la Chine vers les pays occidentaux.
Il faut dire ici que le sommet de l’OTAN et le plénum de Pékin ne sont que de nouveaux épisodes de la lutte pour le leadership mondial qui a commencé en 2018, avec les 1° restrictions de l’administration de Donald Trump à l’encontre des systèmes de communication de ses rivaux. Depuis lors, le monde entier observe les moindres détails de cette bataille acharnée. Ce qui est compréhensible : l’existence de pratiquement tous les pays en dépend. Peu importe qui est la première économie ici et qui est la deuxième (la réponse dépend du système de comptage), ce qui compte, c’est qu’elles représentent chacune environ 18 % du PIB mondial. Ainsi, même des mesures apparemment purement nationales sur l’économie, en RPC ou aux États-Unis, affectent littéralement tout le monde. C’est important.
Et ce qui l’est encore plus, c’est qu’aujourd’hui, chacune des parties opposées met en avant sa propre idéologie clairement établie sur la façon dont le monde de demain devrait être construit. En outre, chaque camp s’efforce activement de faire en sorte que ce soit son idéologie et sa vision de l’avenir qui l’emportent.On ne peut pas faire plus sérieux que la gravité des intentions et des enjeux. La partie attaquante ( les États-Unis) estime qu’il ne s’agit pas de savoir qui est le premier ou le second, mais de la crise systémique de l’ensemble du projet américain. Cette vérité ne concerne pas seulement l’effondrement et la dégradation du système politique, la confrontation entre les 2 moitiés de la société, et tout le reste. Le fait est que les 18 % du PIB mondial mentionnés chez les 2 puissances, est d’une nature différente. Un exemple récent : nous avons appris que la Russie était entrée dans le top 10 des pays ayant un excédent commercial. Ce leader du monde est la 1° puissance en termes de commerce extérieur. La Chine et les États-Unis ne sont pas deuxièmes ou troisièmes, ils sont également premiers, mais dans une liste complètement différente, celle des pays déficitaires. Et n’oublions pas qui est le premier producteur mondial (de biens, pas de services) et bien d’autres choses.

La réponse à la question « que doit faire l’Amérique » est donnée aujourd’hui, par J.D. Vance, candidat à la vice-présidence sous Trump. Sa recette stratégique consiste à sortir les États-Unis de la crise ukrainienne et des affaires européennes, et à se concentrer sur l’écrasement de la Chine, y compris militairement (avec l’aide de Taïwan), faute de quoi elle ne pourra pas retrouver son avantage manufacturier et technologique. En réalité, M. Vance ne fait que répéter ce que la moitié républicaine du pays dit depuis des années, tandis que les démocrates ont, en paroles et en actes, une version édulcorée de la même doctrine qui est simple : pour sauver les États-Unis, nous devons écraser la Chine. Économiquement, politiquement, peu importe. Déployer tous les membres de l’alliance occidentale pour ce combat, et forcer même ceux qui ne font pas partie de l’alliance à se joindre à la lutte. Il s’agit d’une tâche de plusieurs décennies, qui nécessite la mobilisation totale de toutes les forces de la nation, et d’autres nations.
Voici la réponse chinoise à ce défi. Tout ici est subtil et nécessite, comme toujours, un décryptage. Il est à noter que le « troisième plénum », qui s’est déroulé à huis clos, n’a fait aucune déclaration spectaculaire et s’est contenté, dans son document final, de confirmer la poursuite de la démarche entamée il y a plusieurs mois. Mais avant même le plénum, la communauté des experts chinois a tenté d’expliquer l’importance de l’événement.

D’abord, pas de mobilisations et de nationalisations, pas d’économie militaire en vase clos, pas de « retour à Mao Zedong ». Le cap du soutien aux entreprises privées et de la revitalisation de l’initiative privée est confirmé. Ensuite, sur le plan purement interne, le système fiscal sera modifié pour empêcher les gouvernements provinciaux de se livrer à la spéculation et de s’endetter. Et enfin, le plus important, c’est que les dirigeants chinois confirment qu’ils conçoivent leur monde idéal exactement à l’opposé de celui des États-Unis. Et ils le construiront. Il ne s’agit pas de leurs affaires internes, mais des nôtres.
La version américaine de l’économie mondiale, et avec elle de la politique, implique un camp assiégé pour les États-Unis et leurs alliés. Dans ce camp, les décisions sont prises non pas sur la base de leur rentabilité, mais dans le but d’empêcher la Chine (et, naturellement, la Russie et bien d’autres) d’accéder à leurs marchés. En d’autres termes, ce camp doit gagner la compétition avec les autres sur la base de l’opportunisme politique et idéologique.La Chine, comme la Russie, parle d’ouverture du monde. Là, il y a une innovation idéologique, qui date déjà de plusieurs mois, mais c’est le « Troisième Plénum » qui s’en est emparé pour de bon. L’idée est que la Chine a fait un saut historique de la « coexistence pacifique » à un monde de « destin commun ». Ajoutons que nous tous, sur cette planète, avons également fait un tel saut; c’est ainsi que les dirigeants chinois voient la situation.
Peu importe qui, du commissaire du peuple aux affaires étrangères Gueorgui Tchicherine en 1922 ou de Mao Zedong négociant avec l’Inde en 1954, a été le premier à imaginer le principe de la coexistence pacifique. Ce qui est important, c’est qu’à l’époque précédente, il était possible de parler de 2 systèmes économiques, voire plus, qui pouvaient plus ou moins vivre leur vie derrière une barrière infranchissable, se rapprocher ou s’ouvrir l’un à l’autre, avoir des discussions idéologiques, se concurrencer dans le domaine de la technologie et dans tout autre domaine….. Mais maintenant, l’économie a changé, elle ne peut fonctionner correctement que si les marchés sont aussi ouverts que possible. Car même un marché d’un milliard et demi de personnes (Inde, Chine) n’est plus adapté à de nombreux nouveaux biens et services, il doit être plus grand.Le monde de la destinée commune est un monde qui commerce ouvertement selon des règles communes et sans sanctions, et qui est multipolaire, c’est-à-dire qui respecte la différence des civilisations et des systèmes politiques, où personne ne menace l’autre. En fait, il s’agit de notre monde, et le concept chinois de « destin commun » est, à certains endroits, textuellement similaire aux documents de politique étrangère russes. Cela n’a rien de surprenant.
Ce qui sera surprenant, c’est la suite des événements, lorsque le bloc occidental et le reste du monde créeront leur propre destin commun ou privé. Et cette compétition prendra plus d’un an.
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Thierry Deronne-Venezuela : 12 points sur les « i » d’élections présidentielles.

1 avril 2024 -Caracas.

J’ajoute une petite introduction pour présenter ce grand pays mal connu des Occidentaux et des Africains.( Note de l’éditeur)
Le Venezuela ou la république bolivarienne du Venezuela, en l’honneur de Simón Bolívar, est une république fédérale située au Nord de l’Amérique du Sud, bordé par la mer des Caraïbes, à l’est-sud-est par le Guyana, au sud par le Brésil, au sud-ouest et à l’ouest par la Colombie.La langue nationale du Venezuela est l’espagnol et sa capitale et principale métropole est Caracas. Le pays est majoritairement de religion catholique. Sa population est composée essentiellement de métis. Le Venezuela est une puissance énergétique majeure avec des réserves prouvées de 302 milliards de barils de pétrole, ce qui en fait le 1° pays au monde dans le classement par réserves de pétrole prouvées devant l’Arabie saoudite, mais 3/4 de ces réserves sont des sables bitumineux, dont l’exploitation est malaisée et très polluante.
Le pays est riche de bien d’autres matières premières – gaz, ressources hydrauliques avec le barrage de Guri, le 4e plus important au monde, d’une importante diversité géographique et d’une méga diversité remarquable. Son économie est essentiellement tournée autour du pétrole et du gaz naturel, secteur qui représente 95 % des exportations et 25 % du PIB. Il est un membre fondateur de l’OPEP. Mais la production pétrolière s’est effondrée à partir de 2016, à la suite du renforcement des sanctions américaines, qui ont engendré 57 milliards de dollars de pertes financières pour la compagnie PDVSA entre 2015 et 2020.
Caracas est le centre économique, financier et industriel du Venezuela. Près de 60 % des habitants de Caracas s’entassent dans des quartiers pauvres, alors que de 10 % à 20 % des Vénézuéliens n’auraient pas accès à l’eau potable et que, dans le même temps, le Venezuela est le pays ayant le plus de millionnaires en Amérique latine.
Hormis le pétrole, le pays est un producteur d’acier, d’aluminium, de ciment et de pneus. L’industrie automobile y est présente depuis les années 1960, avec l’usine d’assemblage de Valencia de la société américaine Ford qui y assemble la Ford Mustang. Le secteur privé détient 70 % de l’économie. Il possède une économie de marché. Malgré les exportations d’or noir, les comptes de l’État accusent un déficit important financé par la monétisation de la dette et induisant une très forte inflation. Les prix de certaines denrées de base sont fixés par l’État; la grave pénurie de lait, de sucre et d’œufs est due à un rachat de ces denrées par des multinationales.
L’actuelle constitution vénézuélienne est amplement inspirée par les principes et idées de Simón Bolívar. Elle a été approuvée par référendum le 15 décembre 1999 La république du Venezuela est aussi un État fédéral, constituée en 23 entités politiques. Chaque Etat est dirigé par un gouverneur élu lors d’élections au suffrage universel, tous les 4 ans, à la différence du président qui lui l’est tous les 6 ans. La « Révolution bolivarienne » impulsée par Hugo Chávez et poursuivie par Nicolás Maduro a conduit l’opposition internationale, à qualifier le Venezuela de dictature
12 points sur les « i » d’élections présidentielles

1. Depuis la victoire électorale de Hugo Chávez en 1999, le Venezuela a organisé 35 élections en 24 ans, dont un référendum sur la nouvelle Constitution. Le chavisme a perdu 2 élections nationales. La droite a fait élire des gouverneurs, des députés, des maires et des conseillers municipaux. La transparence du système électoral vénézuélien a fait dire dès 2012 à Jimmy Carter: «en le comparant aux 92 processus électoraux que j’ai observés dans le monde entier, le système électoral vénézuélien est le meilleur du monde». Dans l’isoloir, l’écran numérique permet à l’électeur/trice de voter sur écran puis de lancer l’impression de son vote, qu’il ou elle vérifie et plie avant de le déposer dans l’urne à proximité. Tous les partis et observateurs peuvent ainsi comparer les résultats obtenus rapidement par voie électronique avec les votes imprimés qu’ils peuvent recompter là où ils le souhaitent. Les élections les plus récentes ont été organisées en 2021 et ont été validées par l’ensemble des observateurs internationaux.
2. A la suite de l’«Accord des Barbades», cosigné par le gouvernement du Venezuela et l’opposition de droite en octobre 2023, 40 partis d’opposition ou pro-chavistes – soit 97% des partis politiques -, et 155 délégué(e)s des principaux secteurs économiques, culturels, religieux et sociaux du Venezuela, se sont réunis pendant plusieurs jours à Caracas pour définir une feuille de route électorale. Cet accord, relu et signé par toutes les parties le 4 mars 2024, a permis au Centre National Électoral (CNE) de fixer la date des présidentielles au 28 juillet .Seule à refuser de prendre part à ces réunions : l’oligarque d’extrême droite Maria Corina Machado, admiratrice du Likoud, qui a participé à tous les coups d’État contre Chávez et Maduro, avant d’être déclarée inéligible par la justice (comme la justice brésilienne pour le putschiste Bolsonaro) pour son implication dans le réseau de corruption de Juan Guaido, sa participation à l’organisation des violences et ses appels à l’invasion armée du Venezuela par les États-Unis. Ces dernières semaines, son parti «Vente Venezuela» a renoué avec les méthodes insurrectionnelles pratiquées en 2014 et en 2017 (attentats contre le président Maduro, violences de rue, destructions de services publics). Plusieurs militants du 1°cercle de la dirigeante ont été arrêtés alors qu’ils préparaient des violences et un attentat contre le président . Ils ont aussitôt été présentés par Machado, Washington et les grands médias comme des «prisonniers politiques». Comme l’explique Ignacio Ramonet, «depuis des années, les dénonciations du gouvernement bolivarien sur les déstabilisations et les attentats terroristes sont occultées ou traitées avec les guillemets de l’ironie par les grands médias».
3. Sur les 13 candidats en lice pour la présidentielle, 12 appartiennent à l’opposition (en majorité de droite,et de l’évangélisme ou de la social-démocratie). Ces partis vont d’«Acción Democrática» et «Copei», venus de l’ancien régime bipartisan qui a gouverné le pays pendant 40 ans, à «Fuerza Vecinal», récemment issu d’une dissidence de l’extrême droite. Le président sortant, Nicolás Maduro, a été choisi comme candidat par les 11 organisations politiques du «Gran Polo Patriótico Simón Bolívar». Dans cette coalition de la gauche, le principal parti chaviste – le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) -, est le seul à avoir organisé des primaires avec plus de 4 ½ millions de sympathisant(e)s, militant(e)s et dirigeant(e)s de base qui ont tenu des assemblées dans près de 50.000 communautés populaires de tout le pays.
Nicolás Maduro, accueilli par des milliers de personnes dans la ville de Maturín. Mars 2024
4. Actuellement, les sondages de la firme privée Hinterlaces donnent une
majorité à Nicolas Maduro. Son directeur Oscar Schémel explique: « A peine 9 % des Vénézuéliens sympathisent avec un parti d’opposition. C’est le niveau le plus bas jamais atteint. La plupart de ses dirigeants sont rejetés par l’opinion publique à plus de 80 % – Juan Guaidó, Capriles, Henry Ramos et d’autres, à cause de leurs conflits internes mais aussi des sanctions occidentales qu’ils ont promues et des souffrances sociales générées. Pendant 25 ans, nous n’avons vu de la part de l’opposition aucun programme structurel (à part renverser le gouvernement bolivarien), aucune présence massive dans les rues. L’opposition a perdu la capacité de diriger un meeting dans un quartier populaire, elle «a perdu la rue». Une bonne partie de ses victoires est due au vote des mécontents des mauvaises gestions gouvernementales. Par contre, le chavisme est la seule force politique qui, en 25 ans, a proposé un plan à long terme. Une sorte de «culture chaviste» s’est installée, mettant au cœur de la politique les thèmes de l’égalité, de l’inclusion de celles et ceux qu’une sorte d’apartheid avait écarté de la participation politique.» Les agences de renseignement des États-Unis sont arrivées à la même conclusion qu’Hinterlaces: le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro remporterait les prochaines élections présidentielles de la nation sud-américaine en juillet.5. Après les années les plus dures d’un blocus occidental dénoncé par les rapporteurs de l’ONU, et qui a entraîné la mort de 100.000 personnes, Hinterlaces note aussi que « 81% des électeurs vénézuéliens retrouvent l’espoir. » L’ex-Président et économiste Rafael Correa a expliqué récemment que malgré le blocus et les 926 sanctions renouvelées en mars 2024 par l’administration de Joe Biden, les chiffres de la CEPAL (ONU) indiquent que les politiques du gouvernement révolutionnaire (stimulation de la production nationale, alliances multipolaires..) permettront d’atteindre de nouveau cette année la croissance la plus élevée d’Amérique du Sud. L’hyper-inflation a été freinée: l’inflation du 3° trimestre 2023 fut la plus basse depuis 2012. Ce qui explique le retour progressif des migrant(e)s qui avait fui le pays massivement à partir du blocus occidental.
6. Pour s’inscrire aux présidentielles, toutes les organisations politiques qui le voulaient se sont enregistrées auprès du Centre National Électoral (sans le moindre obstacle, en respectant la législation électorale). Mais «Vente Venezuela», le «parti» d’extrême droite de Maria Corina Machado, n’a jamais demandé à être inscrit, et n’a jamais participé à une élection. Plus que d’un parti, il s’agit d’une ONG (financée par les États-Unis) qui s’est fait connaître en 2023 par le biais d’une «primaire de l’opposition» controversée, menée avec un énorme battage médiatique international mais sans inscription sur les listes électorales et avec pour seul arbitre l’ONG «Súmate», dont María Machado est membre fondatrice. Les cahiers de vote ont été détruits après le scrutin.
7. Comme en Espagne par exemple, la loi électorale vénézuélienne prévoit que chaque parti qui souhaite inscrire une candidature, nomme un représentant légal auprès du Conseil électoral. Seul, il dispose du mot de passe pour introduire les données dans le système. Ne s’étant jamais inscrite et n’ayant aucun représentant légal, Maria Corina Machado n’a pas pu entrer dans le système, tout en affirmant devant les caméras que la page était «bloquée pour elle par la dictature». En réalité, la dirigeante savait dès le départ qu’elle ne pourrait pas participer aux élections.Pourquoi, dès lors, cette mise en scène ? Explications.
8. L’an passé, Washington avait accepté de lever temporairement plusieurs des 926 sanctions contre le Venezuela, tout en menaçant de les reconduire en 2024 si Maria Corina Machado ne figurait pas parmi les candidats. En clair, les États-Unis veulent imposer la raison du plus fort contre la loi électorale du Venezuela. C’est ce sentiment de puissance que lui donne l’appui de Washington et de l’internationale médiatique, qui permet à Machado d’affirmer que la «dictature l’empêche de se présenter».
9. Les médias occultent que la majorité de la gauche et des mouvements sociaux latino-américains appuient la démocratie vénézuélienne face à cette manœuvre. La Présidente du Honduras (également présidente de la CELAC) Xiomara Castro a répondu favorablement au Venezuela qui a demandé aux observateurs internationaux d’accompagner le processus électoral. Elle enverra une délégation sur place et demande que cessent les «ingérences extérieures dans les élections vénézuéliennes». Comme le Honduras, le Nicaragua ou Cuba, la Bolivie de Lucho Arce exprime sa solidarité avec «la République bolivarienne du Venezuela, son peuple et notre frère le président Nicolas Maduro face aux menaces et aux actions de certaines organisations d’extrême droite qui, au lieu de se joindre à la compétition électorale comme l’ont décidé d’autres organisations d’opposition, s’emploient à déstabiliser les élections et le système politique vénézuélien. Les États-Unis doivent respecter l’autodétermination du Venezuela et abandonner leurs plans d’ingérence et d’intervention.» Position semblable du «Groupe de Puebla» qui regroupe des (ex-) présidents et leaders latino-américains progressistes : «Nous sommes témoins que le gouvernement et l’opposition se sont engagés dans un dialogue intensif ces derniers temps. Cette étape doit garantir que la voie électorale pacifique est le moyen de régler les différends, de légitimer pleinement le processus électoral et de mettre fin aux voies déstabilisatrices, aux interventions, aux actions militaires, aux sanctions économiques ou à d’autres actions de force, toutes incompatibles avec la voie démocratique.» Le monde multipolaire manifeste également son appui. Le porte-parole des Affaires étrangères de la Chine a déclaré: «Nous soutenons le Venezuela dans l’organisation des élections conformément à sa constitution et à ses lois, lui souhaitons plein succès dans ce scrutin et nous nous opposons à toute ingérence extérieure dans ses affaires intérieures. La Chine appelle la communauté internationale à jouer un rôle positif et constructif à cette fin.»

10. Lorsque des fonctionnaires des affaires étrangères de Colombie et du Brésil, dont les présidents sont des alliés du Venezuela, ont émis des communiqués en phase avec les médias dominants et critiqué la non-inscription de Maria Corina Machado, les grands médias ont aussitôt annoncé «la rupture de Lula et de Petro avec Maduro». C’est faux. Les relations bilatérales se poursuivent sans obstacles. Le Coordinateur National du Mouvement des Sans Terre du Brésil, Joao Pedro Stedile, les analystes de People’s Dispatch Walter Smolarek de Libération News, Zoe Alexandra de People’s Dispatch, le journaliste brésilien Breno Altman d’Opera Mundi, l’historien Vijay Prashad du Tricontinental Institute, ont démonté la fake news diffusée par l’extrême droite vénézuélienne.
Une réponse particulièrement intéressante est venue du politologue espagnol Juan Carlos Monedero, ex-dirigeant de Podemos: “Je crains que Lula et Petro n’aient pas été informés par ces fonctionnaires sur ce qui s’est passé au Venezuela. Ne soyons pas dupes. Les États-Unis ne veulent pas que Nicolas Maduro gagne les élections et recommencent à les saboter. Le problème de l’opposition vénézuélienne, ce sont ses divisions. L’inéligibilité de Maria Corina Machado n’a constitué une surprise pour personne au Venezuela. Pourquoi? Tout simplement parce qu’elle n’a tenu aucun compte de la législation vénézuélienne, ni de ce que dit l’ Accord des Barbades signé par le gouvernement et l’opposition. Les milieux d’affaires vénézuéliens ne veulent pas de Machado au pouvoir car ils savent qu’elle déclencherait une guerre civile.
La population déteste le mentor de Machado, Juan Guaido, pour les milliards de dollars qu’il a volés et pour les sanctions qui ont causé tant de souffrances. Machado a été jugée et condamnée pour exiger une intervention militaire des États-Unis. C’est comme si les juges espagnols déclaraient inéligible un politicien qui demande par exemple qu’on bombarde l’Espagne ou qui promeut la violence ou la désobéissance à la Constitution espagnole. Pour beaucoup moins que ça, en Espagne, nous avons jugé inéligibles beaucoup de personnes”.
Monedero conclut : «Restons humbles: ce qu’on ne veut pas pour son pays, on ne peut le vouloir pour un autre pays. Comme l’avait d’ailleurs dit Lula, la droite vénézuélienne devrait cesser de pleurer et se chercher un autre candidat. Machado a préféré jouer à la victimisation. Le reste de la droite le sait, et a refusé d’inscrire sous sa bannière. La droite lui a fait savoir qu’elle n’acceptait pas qu’elle prenne des décisions sans les consulter, puis lui a joué un bon tour en nommant par surprise, in extremis, son propre candidat: Manuel Rosales, le gouverneur du Zulia, qui s’était déjà présenté contre Chávez. Bref, quand Machado crie à la «dictature», ou quand elle dit que la page électronique du Centre national Électoral est «bloquée pour elle», la réalité est tout simplement qu’elle n’a pas de base légale pour présenter sa candidature et que les partis de droite lui ont préféré un autre candidat.»
11. Maria Corina Machado est la fille d’un magnat de l’acier vénézuélien, Henrique Machado Zuloaga, dirigeant de Sivensa, une des plus grandes entreprises sidérurgiques du Venezuela , nationalisée en 2008 par Hugo Chávez lorsqu’il commença une politique de redistribution en faveur des plus pauvres. Machado en a gardé une soif de vengeance et incarne parfaitement l’oligarchie raciste du Venezuela pressée d’effacer la révolution bolivarienne et l’inclusion de la population métisse. Son projet est de replacer le Venezuela sur orbite états-unienne, et en faire «un pays de propriétaires et d’entrepreneurs» en privatisant tout ce qui peut l’être ( un programme ultra-libéral proche de celui de Milei en Argentine). Privatiser l’entreprise pétrolière mais aussi les millions de logements sociaux que le «régime» comme elle dit, construit gratuitement pour les secteurs populaires.
À l’extrême-droite de l’échiquier politique, elle a longtemps occupé une position marginale. En 2010, elle est élue députée. En 2012, elle se présente aux primaires de la droite mais n’obtient que 3% des voix. Sa «base» sont des ONGs comme «Sumate» ou «Vente Venezuela», financées par les États-Unis. Son admiration pour le Likoud est la sublimation de ce qu’elle ferait au pouvoir, après avoir appuyé en vain les coups d’État contre Chávez puis contre Maduro. Elle a signé un accord «stratégique» de coopération avec ce parti pour, en cas de victoire, compter sur le savoir-faire contre-insurrectionnel dont les israéliens sont spécialistes (voir les massacres commis par leurs « élèves » en Colombie, au Guatemala, etc…). Cette répression de la rébellion populaire a déjà eu lieu pendant les 48 heures du coup d’État contre Chávez en 2002. Maria Corina était des signataires du décret putschiste qui supprima toutes les autorités démocratiques du pays et intronisa le chef du patronat Pedro Carmona comme président. En 2005, elle a rencontré l’ancien président américain George W. Bush à la Maison-Blanche pour discuter du « retour à la démocratie », c’est-à-dire du renversement du gouvernement bolivarien.
En 2014, on la retrouve à l’origine de l’opération « La Salida” (la sortie) qui consistait à déchaîner la violence pour renverser par la force Nicolas Maduro. Le bilan s’élève à plusieurs dizaines de morts parmi les policiers et les manifestants. En 2017, lors d’autres émeutes d’extrême droite, un jeune homme noir de 22 ans est lynché, poignardé puis brûlé vif parce que «noir donc chaviste». La même année, des bombes sont utilisées pour attaquer des policiers et des câbles de fer sont tendus dans les rues pour décapiter les motards de la police. En 2019, elle participe activement à l’instauration du président fantoche, non élu mais nommé par Donald Trump, Juan Guaido. Les 31 tonnes d’or du Venezuela au Royaume-Uni, la filiale pétrolière états-unienne CITGO et beaucoup d’autres actifs de l’État vénézuélien sont volés par un fake-président adoubé avec empressement par des présidents comme Emmanuel Macron. Machado fait partie de son clan. Elle applaudit le blocus occidental des aliments et des médicaments, et se prononce publiquement en faveur d’une intervention militaire menée par les États-Unis, en invoquant l’activation du traité TIAR.
Accord de « partenariat opérationnel » sur des thèmes comme « géopolitique et sécurité » entre 2 partis d’extrême droite, le «Vente Venezuela» de Maria Corina Machado, et le Likoud
12. 25 ans après l’élection d’Hugo Chávez et le début de la révolution bolivarienne, les États-Unis n’ont pas renoncé à la détruire, en raison de son opposition au néolibéralisme et à l’impérialisme, de ses alliances multipolaires et de ses politiques visant à mettre les ressources du pays, notamment pétroliers, au service des majorités historiquement exclues. Le gouvernement vénézuélien a maintenu un principe simple : les forces politiques de toute idéologie peuvent participer aux élections tant qu’elles ne conspirent pas avec des puissances étrangères pour porter atteinte à l’indépendance du Venezuela. Ce principe est pratiqué dans le monde entier. Aux États-Unis par exemple, où le 14ème amendement interdit aux coupables d’insurrection d’exercer une fonction publique.
La méthode de Washington est bien connue : faire campagne pour jeter le doute sur l’intégrité du processus électoral de manière à présenter le résultat comme frauduleux, quelles que soient les preuves réelles le jour de l’élection. Le rôle des grands médias est de renforcer l’idée qu’une élection sans Machado ne peut être considérée comme légitime. Le 30 janvier, quelques jours après le rejet de son appel par la Cour suprême du Venezuela, Machado est passée sur la chaîne de télévision CNN, présentée comme « la principale dirigeante de l’opposition vénézuélienne ». Un article du Washington Post a titré: «Elle est la tête de liste dans la course pour chasser Maduro. Mais il veut la bloquer». En avril, la commandante générale du Southern Command Laura Richardson visitera Buenos Aires, comme l’a déjà fait le directeur de la CIA, William J. Burns, pour y organiser avec le président d’extrême droite Javier Milei, une nouvelle base avancée contre l’axe du mal: Cuba-Venezuela-Nicaragua et bien sûr « l’influence des BRICS ».

Ses voisins Le président français Emmanuel Macron s’était fourvoyé en recevant le putschiste d’extrême droite Juan Guaido à l’Élysée comme “ président du Venezuela”, avant de devoir reconnaître en 2023 le président élu, Nicolas Maduro. Dénoncé par ses alliés de droite pour sa corruption, Guaido a fui la justice du Venezuela et vit un exil doré aux États-Unis. Après ce désastre diplomatique, le mandataire français vient de retomber dans l’ornière états-unienne en déclarant au Brésil, le 28 avril : «Nous condamnons très fermement l’exclusion d’une candidate très sérieuse et crédible de l’élection présidentielle au Venezuela, nous demandons sa réintégration. Nous ne devons pas désespérer aujourd’hui, si je puis dire, mais la situation est grave et s’est détériorée avec la décision qui a été prise.»
Le gouvernement bolivarien a répondu au porte-parole du département d’État américain Matthew Miller qui avait critiqué en termes identiques le processus électoral : «Votre communiqué montre le vrai visage du propriétaire du cirque qui tente de dé-légitimer les prochaines élections présidentielles.» Les autorités du Conseil National Électoral du Venezuela ont également condamné le département d’État états-unien pour l’«audace» dont il fait preuve en essayant de diriger les processus électoraux du Venezuela: «Le CNE ne peut pas assumer la responsabilité de l’inéligibilité de certains individus qui placent leurs intérêts au-dessus de la légalité nationale, se croyant oints par une puissance extérieure ».
La cible prioritaire des médias sont les militants de gauche. Les menaces occidentales contre les élections présidentielles de juillet 2024 nous rappellent qu’on n’attaque pas le Venezuela parce qu’il est une «dictature» mais parce qu’il faut endiguer l’exemple contagieux de la démocratie de gauche la plus avancée des Amériques, celle où le record d’élections côtoie le progrès constant de la démocratie participative et des auto gouvernements populaires. De même que l’Occident n’a jamais pardonné aux Jacobins noirs d’Haïti de fonder la 1° république libre des Amériques et fait tout, à la faveur du narco-chaos, pour y renforcer son emprise, les vénézuéliens savent que les États-Unis et l’Europe ne leur pardonneront jamais leurs racines : l’armée de Bolivar servit à libérer de l’esclavage et du joug impérial les peuples latino-américains, jamais à les asservir.
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Entretien avec Bana Abu Zuluf : Génocide à Gaza. Inefficacité et partialité du droit international

Génocide à Gaza. Inefficacité et partialité du droit international. Entretien avec Bana Abu Zuluf
par Pasquale Liguori le 15 juillet 2024

Au cours des plus de neuf mois de guerre génocidaire à Gaza, l’inutilité de l’application du droit international a été révélée. Israël a ponctuellement snobé, en toute impunité, les appels à un cessez-le-feu permanent, malgré des ordres répétés qui ne sont qu’apparemment péremptoires et un moralisme de façade exprimé par les dirigeants des Nations Unies. Les dirigeants et l’armée sionistes ont pu poursuivre leur agression coloniale criminelle sans se décourager, sans être dérangés par des méthodes et des objectifs sanglants et destructeurs. Les interventions des tribunaux internationaux et de l’ONU ont démontré leur inadéquation totale et leur incapacité à mettre un terme, même faible, à l’extermination des Palestiniens dans les territoires occupés.
Ces institutions, qui devraient en quelque sorte réguler et établir les espaces de légitimité de l’action politique et géopolitique dans le monde, sont apparues pour la plupart comme constituant un appareil dispensant des options juridiques à la carte, utiles uniquement aux puissances occidentales, selon des convenances contingentes.
Malgré la faible fonction normative qu’il exprime, le droit international génère encore, notamment en Europe et aux États-Unis, des impulsions pour une opinion publique favorable à son autorité présumée et à son équité irréprochable : de nombreux savants ou partisans du droit international actuel n’hésitent pas à magnifier ses actes et ses procédures alors qu’en réalité, les résultats des mesures juridiques qui en ont résulté se sont impitoyablement révélés moins que nuls. Même injustes.
En bref, le gigantesque appareil de normes et d’institutions du droit international ne s’est pas distingué par une équité éclairée. Il ne semble bien fonctionner que lorsqu’il est utilisé pour protéger les intérêts impérialistes et unipolaires : son rôle n’apparaît fructueux que lorsqu’il est appelé à défendre les privilèges des puissants et aux dépens des pays et des peuples défavorisés.
Depuis de nombreuses décennies, les conséquences graves et irréparables pour la Palestine et Gaza sont des exemples clairs de l’échec d’un tel système juridique international, aussi pachydermique qu’inefficace. Une grande partie des maux perpétrés dans le génocide des habitants de la bande de Gaza sont nourris par l’ineptie et la partialité d’un système asymétrique et dépassé qui est censé rendre justice, et non son exact contraire.
À cet égard, suit une longue conversation avec le Dr Bana Abu Zuluf, spécialiste palestinien du droit international à l’Université de Maynooth en Irlande et militante du Good Shepherd Collective en Cisjordanie occupée.
Dr. Bana Abu Zuluf, l’attaque palestinienne du 7 octobre a été traitée par la presse et les médias occidentaux comme un événement chirurgicalement séparé d’une longue histoire de près d’un siècle d’oppression. Dans quelle mesure les événements de ce jour-là peuvent-ils être considérés comme un acte de résistance au regard du droit international ? À cet égard, pouvez-vous expliquer quels droits sont protégés par une force de résistance opposée à une situation d’occupation territoriale ?
Le droit à la résistance, le droit à l’autodétermination, le droit au statut de prisonnier de guerre : aucun de ces droits n’est protégé et respecté dans le cas de la Palestine. Tous les groupes armés palestiniens sont considérés comme des terroristes et des illégaux et l’appartenance à ces groupes est donc condamnée. La résolution 37/43 de l’Assemblée générale des Nations Unies a établi le droit des Palestiniens à la résistance et à l’autodétermination « par tous les moyens nécessaires ». Le problème est que « tous les moyens nécessaires » en droit international impliquent le respect des principes de proportionnalité, d’imminence et de nécessité. Ce sont des concepts vagues et discutables. Dans le cas de la Palestine, il est immédiatement évident que la colonisation, définie comme une « occupation » en droit international, est inscrite dans des critères qui répondent aux trois principes mentionnés ci-dessus.
En d’autres termes, soutenez-vous que le colonisateur et le colonisé sont soumis aux mêmes critères d’évaluation du point de vue du droit international ?
C’est précisément là que le droit international se révèle réactionnaire. Qu’y a-t-il à protéger dans le colonialisme de peuplement ? Les colons qui prennent violemment la place des indigènes ? Des sionistes libéraux s’accrochant aux illusions d’un sionisme réformé ? La société militarisée qui se réjouit des morts palestiniens ?
Nous ne pouvons pas parler du 7 octobre en dehors des 76 années de nettoyage ethnique et d’expulsion forcée des Palestiniens. Nous ne pouvons pas non plus écouter les récits sur le 7 octobre sans souligner le refus généralisé de comprendre la stratégie, les intentions et les objectifs des forces de résistance dans la conduite de cette opération. Des arguments, en outre, explicitement divulgués dans leurs déclarations publiques. C’est bien sûr fondamental car cela permet de démystifier l’opération, en l’ancrant sur une vision de libération.
La controverse se concentre sur l’attaque aveugle présumée contre des civils, qui est considérée comme un crime de guerre en vertu du droit international : eh bien, par qui cela a-t-il été confirmé, si ce n’est par le témoignage des colons eux-mêmes ? De nombreuses enquêtes, dont celle du journal israélien Haaretz, montrent qu’à cette occasion, la doctrine dite Hannibal a été appliquée par l’armée, selon laquelle l’armée israélienne est autorisée à tuer ses propres civils pour éviter leur capture comme otage.
Par conséquent, les allégations invérifiables ne peuvent pas être produites comme preuves factuelles par les institutions internationales elles-mêmes. Quelle est l’opinion des professionnels du droit international sur cette énième injustice de témoin au détriment des Palestiniens ? Un peuple opprimé qui vit depuis 76 ans sous une colonisation génocidaire brutale doit-il moduler (contenir) sa résistance en adhérant à des limites absurdes de respect du droit international qui, en même temps, lui refuse le droit de témoigner ? Si le droit international ne peut pas être émancipateur pour les Palestiniens mais que les Palestiniens désirent leur propre émancipation, le droit international ne peut plus être le prisme à travers lequel encadrer la décolonisation de la Palestine.
Les Palestiniens qui émergent des décombres doivent-ils quelque chose au monde ? Rien de tout cela n’a d’importance pour eux. Notre boussole morale est guidée par l’idée d’une Palestine libre et libérée, le démantèlement du sionisme et de ses structures, et le droit au retour sur notre terre. Tels étaient les principes directeurs de la résistance du 7 octobre. La propagation de la désinformation sur le 7 octobre, même lorsqu’elle est démystifiée, a contribué à renforcer la rhétorique islamophobe et raciste contre les Palestiniens considérés comme génétiquement violents.
Comme le chante à juste titre la chanson : la résistance est une obligation face à l’occupation. En un mot, la décolonisation pour les Palestiniens signifie non seulement la réorganisation territoriale et métaphorique de la Palestine, mais aussi la réorganisation du monde, y compris le droit international.
Parallèlement, la réponse d’Israël au déluge d’Al-Aqsa du 7 octobre, qui a en outre violé les principes de proportionnalité et de distinction, peut-elle être définie comme un acte de légitime défense au regard du droit international, Israël étant la force d’occupation ? Toutes les puissances occidentales se sont empressées de définir la réponse armée sanglante de Tel-Aviv comme légitime : n’est-ce pas, au contraire, un contexte plein d’illégalité ?
En vertu du droit international, si nous devons analyser les faits à travers ce prisme, Israël n’a pas le droit à la légitime défense, en tant que puissance occupante.
Au contraire, elle aurait des devoirs de protection envers les personnes et les choses. Dans tous les cas, commettre un génocide n’est certainement pas un acte de légitime défense. Les puissances occidentales se réfèrent au droit international lorsqu’elles parlent de légitime défense non pas pour défendre un droit de l’entité sioniste, mais pour sanctionner et justifier les crimes de guerre et le génocide. Croyez-moi, la légalité ou l’illégalité d’un acte commis n’a pas d’importance : en vertu du droit international, l’impunité de l’entité sioniste est une pratique établie.
Selon la coutume des puissances occidentales, tout est très simple : les violations du droit international humanitaire sont récompensées en toute impunité lorsqu’elles sont commises par des amis et, au contraire, punies par des sanctions lorsqu’elles sont commises – ou supposées avoir été commises – par des ennemis. Il ne peut être question d’un double standard : c’est le standard colonial-impérialiste typique.
Peut-être, jamais auparavant, les institutions, les organes, les procédures du droit international n’ont-ils été aussi continuellement exposés au niveau mondial par une série d’actes officiels, puis largement ignorés. Dans quelle mesure cela est-il dû à des défauts constitutifs, internes à la genèse des institutions et des lois, et dans quelle mesure à l’inefficacité avérée des instruments universalistes ?
Nous pouvons énumérer d’innombrables défauts inhérents au droit international et à ses institutions. D’un point de vue procédural, par exemple, des problèmes importants sont évidents (a posteriori, longueur des délais de traitement des affaires, coûts élevés) avec une efficacité et une dissuasion vraiment discutables et une application fictive de la règle. En ce qui concerne les Palestiniens, les plus percutants sont les défauts intrinsèques du droit international, enracinés dans son histoire en tant qu’instrument que les États et les empires puissants utilisent à volonté pour des intérêts hégémoniques. Il existe de nombreuses critiques du droit international, certaines tirées des traditions du Sud, d’autres plus réformistes. Des recherches approfondies ont été menées sur ces lacunes et je n’entrerai pas dans les détails ici. Ce qu’il est important de souligner, c’est comment concilier la connaissance de ces défauts intrinsèques avec la défense implacable du langage du droit international.
Depuis que j’ai fait mes premiers pas dans l’étude du droit international, je me suis toujours demandé, sans pouvoir trouver de réponse concrète : « si le droit international est inapplicable, comment fonctionne-t-il ? » Encore une fois, « le droit international a-t-il été créé pour vraiment fonctionner ? » Et, enfin, « quelle est la nature politique du droit international ? » Voir les États-Unis promouvoir des sanctions contre la Cour pénale internationale pour avoir simplement fait leur travail (un mauvais travail, remarquez) ne devrait pas être surprenant : ils ont agi de leur propre chef, en tant qu’empire. Les puissances occidentales se sont toujours considérées au-dessus des lois.
Ce qui se passe en Palestine montre que le respect du droit international est une exigence imposée uniquement aux ennemis des États-Unis et de l’OTAN. Je pense que c’est précisément le vrai dilemme : les États les plus faibles ayant peu d’influence politique doivent respecter le droit international parce qu’ils sont les destinataires cibles des mérites des instruments juridiques utilisés par les États les plus puissants. C’est cette « verticalité » du droit international qui est sa faiblesse et, pour ces raisons, la résistance palestinienne sera toujours poursuivie par le droit international.
Il vaut la peine, maintenant, de rappeler certains événements récents. Par exemple, les remarques apparemment explosives du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, sur le génocide se sont avérées insignifiantes dans la pratique. Que pensez-vous de cette déclaration ?
Les sionistes crieraient au scandale si leur récit hégémonique n’était pas repris à la lettre : ils réclament une impunité totale. Bien que la déclaration de Guterres ne menace pas leur impunité, la demande qu’ils font est de ne pas interférer. Nous, Palestiniens, en revanche, nous nous réjouissons des plus petites déclarations qui peuvent nous apparaître en faveur de la normale humanité. Et c’est vraiment dommage ! Nous devrions exiger plus : Guterres n’a rien dit qui mérite un tonnerre d’applaudissements.
Dire que le 7 octobre ne s’est pas produit dans le vide n’est pas du tout un acte héroïque. L’ONU est complice de l’histoire de l’oppression dont le Secrétaire général lui-même admet qu’elle n’est pas un vide. Ardi Imseis a beaucoup écrit sur l’histoire de la complicité contextuelle de l’ONU.
Ce n’est que lorsque l’ONU reconnaîtra que le plan de partage territorial était une erreur, qu’Israël a été fondé sur le colonialisme de peuplement et le génocide de la Nakba, et que les Palestiniens sont un peuple autochtone colonisé avec tous les droits à l’autodétermination et au retour sur leurs terres, que ce n’est qu’alors, comme je l’ai dit, que nous pourrons penser à nous rapporter à une institution de bonne foi. Sur un plan naïf, nous pouvons espérer que cela se produira, mais tant qu’il y aura des membres permanents du Conseil de sécurité qui auront un droit de veto, aucun de ces espoirs ne se réalisera. La direction de l’ONU reste insignifiante.
Le vote de l’Assemblée générale sur un cessez-le-feu ou la reconnaissance d’un État palestinien semble hors de propos, puisque tout est entre les mains du Conseil de sécurité où l’arme du veto américain donne le feu vert aux actions et politiques atroces d’Israël. Que pensez-vous de ces parcours procéduraux, souvent pathologiques, typiques des Nations Unies ?
Je le répète, tant qu’il y aura un droit de veto au Conseil de sécurité, aucun vote de l’Assemblée générale n’aura d’importance. Ou, plus précisément, tant que l’empire américain est hégémonique, l’ONU reste inutile : c’est la pathologie. Certains se font des illusions sur le pouvoir de l’ONU et son autorité. La première chose que nous apprenons dans les relations internationales est que les États ont le monopole de la violence. Eh bien, l’ONU est composée d’États membres et ils poursuivent leurs propres intérêts. C’est pourquoi le maintien de la paix n’est pas dans l’équation : les États ne sont pas intéressés par le maintien de la paix. Ils sont intéressés à maintenir le statu quo.
Parfois, la paix peut être fonctionnelle au statu quo : ce n’est qu’alors, à l’Assemblée des Nations Unies, que les États sont sensibles aux initiatives non belligérantes. C’est pourquoi je considère le processus de paix comme un processus de nature coercitive, un processus fondamentalement conçu pour saper l’autodétermination. La solution à deux États dégrade l’autodétermination palestinienne. En approuvant et en imposant cette solution, l’ONU a donné une continuité à ce qu’elle avait commencé avec le plan de partition. Et la reconnaissance de l’État palestinien doit également être considérée sous cet angle.
Pourquoi l’UNRWA a-t-il fait l’objet de représailles de la part des gouvernements occidentaux qui le financent, décidant de cesser d’envoyer des fonds ?
L’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a été créé le 8 décembre 1949. À l’époque, cependant, la protection des réfugiés n’était pas de la responsabilité de l’UNRWA, mais du HCR, qui est responsable de l’assistance humanitaire et de la protection des réfugiés, des apatrides et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. L’Office devait être de nature temporaire, les pays voisins accueillant des réfugiés étant chargés de les aider. Comme cela ne s’est pas produit dans la plupart des pays, les réfugiés palestiniens continuent de recevoir une éducation, de la nourriture et un abri de l’UNRWA.
Ce mode d’assistance détourne l’attention du monde de la question principale du retour des réfugiés dans leurs foyers d’où ils ont été évacués. De nombreux employés de l’UNRWA sont palestiniens, et comme les Palestiniens se voient refuser le droit au retour par de nombreuses lois et réglementations israéliennes, notamment la « loi sur les biens des absents » et la « loi administrative », il semble clair que l’UNRWA facilite et paie par inadvertance les conséquences du déplacement.
Les représailles contre l’UNRWA étaient basées sur le prétexte d’allégations infondées selon lesquelles ses travailleurs sont affiliés à des groupes de résistance classifiés – par coïncidence ! – comme des organisations terroristes par les gouvernements occidentaux. La vraie raison est que l’UNRWA existe pour légitimer les justes aspirations des Palestiniens à rentrer en documentant leur statut de réfugiés déplacés. Une autre raison terrible est que la tactique de l’entité sioniste consistant à affamer et à affliger les Palestiniens, selon la doctrine Dahiya, ne pouvait pas être réalisée avec la présence de services de l’UNRWA opérationnels.
Mais l’existence même et la fonction persistante de l’UNRWA n’aident-elles pas d’une manière ou d’une autre les prérogatives coloniales d’Israël en Palestine ?
L’UNRWA est un pansement et cela est très clair pour les Palestiniens. Mais c’est la seule source d’espoir pour des millions de réfugiés. Ni moi, ni personne qui critique les institutions « humanitaires », ne pouvons nier qu’en l’état actuel des choses, il n’y a pas d’autre source de protection pour les réfugiés et les personnes déplacées palestiniens. La seule alternative est le démantèlement du colonialisme sioniste. Et c’est la limite de la critique. Nous pouvons exercer la critique jusqu’à la fin des temps, mais si nous n’imaginons pas ou ne commençons pas à créer le monde que nous méritons, la critique est inutile. Les sionistes veulent démanteler l’UNRWA parce qu’ils visent à démanteler les Palestiniens et leur droit au retour, tandis que les Palestiniens veulent voir l’UNRWA démantelée parce que, enfin libérés du colonialisme sioniste, il leur est possible de retourner chez eux.
Que pensez-vous des activités menées par le Rapporteur spécial sur les territoires occupés ? On a le sentiment que le travail de ce profil est aussi utile et intéressant qu’il est ignoré et, par conséquent, dépourvu d’effets concrets. Qu’en penses-tu?
Il est important de noter que les rapporteurs spéciaux ont une capacité limitée d’influencer le processus de changement. Cependant, ils jouent un rôle important dans l’implication formelle de l’ONU dans un discours sérieux sur ce qui se passe dans les territoires occupés. Il est important de noter que le langage faisant référence au colonialisme de peuplement n’avait jamais été utilisé avant l’actuel Rapporteur spécial. Il est important de s’en souvenir car ce cadre est crucial pour les Palestiniens.
La négation du colonialisme est généralement prononcée dans les institutions internationales, et il est agréable de voir une telle analyse dans un rapport officiel. Cependant, un plan de non-convergence avec l’analyse de Francesca Albanese, actuelle Rapporteuse spéciale, est que pour les Palestiniens, le colonialisme de peuplement n’est pas vaincu par la loi mais par un processus de décolonisation avec tous les moyens nécessaires pour démanteler le sionisme, avec la restitution conséquente de la terre et la réalisation du droit au retour.
L’affaire portée devant la Cour internationale de Justice par l’Afrique du Sud, un pays dit du Sud, était d’une grande importance historique, mais avec peu d’implications pratiques. Pour quelles raisons ? Pourquoi la Cour n’a-t-elle émis que des mesures conservatoires, qui ont été confirmées par deux autres arrêts, qui ont été complètement contournés par Israël, qui a même réagi en augmentant la mise en œuvre de crimes encore plus graves?
L’équipe juridique sud-africaine a présenté un dossier très structuré. Quiconque a regardé l’audience peut dire avec fierté qu’un travail juridique important a été fait. Cependant, c’est ainsi que fonctionne la Cour internationale de Justice : sa première étape est une évaluation qui conduit à des mesures conservatoires, plutôt inutiles. Si l’enjeu concerne la mise en œuvre du génocide, il semble vraiment ridicule d’établir qu’un État doit respecter la loi pour une raison jugée « plausible » pour laquelle il ne l’aurait pas respectée : certes, les procédures et le calendrier ne sont pas plus importants que 40 000 vies assassinées.
Honnêtement, cela peut sembler absurde à ceux qui ne sont pas des experts et qui sont loin de comprendre ces procédures, mais c’est encore plus absurde lorsque cette procédure est effectuée en même temps que vous êtes un témoin direct d’un génocide en cours. Les mesures provisoires de la Cour internationale de Justice aboutissent à l’exigence d’Israël pour le respect du droit. Alors que le procès est toujours en cours, le génocide a dépassé son neuvième mois : la Cour internationale de Justice aboie mais ne mord pas.
Il y a également eu un vide procédural important avec les plus hautes instances de l’ONU lorsque l’Iran, conformément aux procédures du droit international, a officiellement annoncé aux autorités compétentes l’action imminente de légitime défense contre Tel-Aviv, à la suite de l’attaque israélienne contre son siège consulaire à Damas. Personne à l’ONU n’a pris de mesures spécifiquement techniques et diplomatiques. Après cela, les institutions occidentales et de nombreux juristes ont qualifié le geste de l’Iran de représailles illicites, de représailles plutôt que de légitime défense. Par rapport à ce qu’Israël a fait à plusieurs reprises, même dans ce cas, un double standard semble se matérialiser. Qu’en dites-vous ?
En un mot, ce sont des récits hégémoniques, racistes et impérialistes confirmés. Depuis quand les États du Sud ont-ils le droit à l’autodéfense ou leurs actions sont-elles présentées comme telles par les médias grand public ? On suppose que les États du Sud ou décrits comme ennemis de l’Occident n’ont aucun droit. Ce sont des hors-la-loi parce qu’ils sont ennemis de l’Occident, ils ne détiennent pas de souveraineté territoriale, ni d’intérêts de sécurité ou de droits sur leurs ressources naturelles. C’est la base de l’ordre mondial actuel. Comme je l’ai déjà dit, c’est la norme impérialiste unique.
L’action de la Cour pénale internationale, avec les mandats d’arrêt émis par le procureur Kharim Khan, a reçu un écho médiatique qui en a souligné des aspects d’autorité et d’équité. Même dans certains cercles pro-palestiniens, il y a eu une certaine appréciation alors qu’en fait, le dispositif contient des incohérences évidentes. Certains ont parlé d’ambivalence de la part de Khan avec l’adoption d’une équidistance salomonique et instrumentale des parties adverses. Il s’agit d’une procédure, qui est intervenue après un long silence et suite à des pressions américaines et israéliennes influentes, qui prévoit le mandat d’arrêt contre deux dirigeants israéliens et trois dirigeants du Hamas. Les premiers ne sont pas ouvertement accusés de génocide et les seconds sont également accusés de viols ordonnés mais non fondés. Dans quelle mesure l’euphorie pour ce dispositif né de la Cour de La Haye est-elle justifiée?
Le droit pénal international soutient la responsabilité individuelle et considère le génocide, par exemple, comme un acte d’individus plutôt que d’État. Cela contredit fondamentalement la compréhension du colonialisme de peuplement, qui est un processus consistant à chasser de force les peuples autochtones de leurs terres et à les remplacer par des colons.
Un tel processus n’est pas produit par des individus mais par l’État colonisateur, en l’occurrence « Israël ». C’est un mécanisme assez simple : pour s’étendre, l’État colonisateur doit englober autant de terres que possible, en se débarrassant des indigènes. Pour la Palestine, ce processus a commencé avec le génocide de 1948, la Nakba. Le génocide est au cœur du processus de construction de l’État du colonisateur.
Maintenant, comment pouvons-nous nous limiter à poursuivre des individus, depuis 2002 (année de la création de la Cour), pour de tels crimes ? La Cour pénale internationale a certainement un point de vue aveugle sur le colonialisme. Accepter cette prémisse signifie que les Palestiniens doivent renoncer au crime de colonisation, de déplacement et de génocide qui dure depuis 76 ans.
Vous dites, c’est-à-dire que la Cour criminelle n’aurait pas compétence pour agir. Mais, entre-temps, le procureur a pris l’initiative…
Venons-en aux événements récents. Le procureur Karim Khan prétend savoir exactement ce qui s’est passé le 7 octobre. Eh bien, que s’est-il passé ? Quelqu’un peut-il dire avec certitude ce qui s’est passé ? Certes, le récit hégémonique et officiel est basé sur des témoignages diffusés par les cercles sionistes. Eh bien, la plupart, sinon la totalité, de ces témoignages ont été discrédités. Alors, comment pouvez-vous prétendre savoir ce qui s’est passé exactement ? L’enquête a commencé par présenter le 7 octobre comme l’acte initial, à part entière, tandis que l’attaque sur Gaza a été qualifiée de réponse à cet acte. C’est simplement un cadre en dehors de l’histoire.
La négation des crimes de guerre commis au fil des années à Gaza, malgré diverses plaintes déposées auprès de la Cour pénale internationale par l’Organisation palestinienne des droits de l’homme et des groupes juridiques internationaux, semble être une déclaration politique. Des dizaines de juristes internationaux qui ont couvert les événements à Gaza depuis 2014 seront amèrement surpris que les fruits de leur travail aient été complètement ignorés dans la reconstruction menée par le procureur, qui s’est concentré uniquement sur le 7 octobre et ses conséquences.
L’ambivalence de Khan est intentionnelle. Alors que le droit international assimile la violence de l’occupant à celle de l’occupé, la décision de Khan d’émettre des mandats d’arrêt contre Yahya Sinwar, Ismail Haniyeh et Mohammed Deif et seulement deux mandats d’arrêt contre les Israéliens Netanyahu et Gallant est épouvantable. En substance, il a réaffirmé le droit d’Israël à se défendre, contrairement à sa position d’occupant. Il a également fait un usage intensif de termes tels que « inouï » et « dévastateur » en référence aux crimes présumés commis par les dirigeants du Hamas, tout en confirmant le droit d’Israël à la légitime défense.
Le procureur de la Cour pénale internationale ne s’est pas rendu à Gaza, ni confronté directement les victimes palestiniennes, mais il a rendu visite aux victimes israéliennes, recueillant leurs témoignages. Son approche montre une indifférence à la souffrance des Palestiniens et démontre l’existence d’un racisme anti-palestinien profondément ancré inhérent à la Cour pénale internationale. Ce que Khan ne témoigne pas, ou choisit d’ignorer et de déformer, c’est qu’Israël n’a jamais montré de respect pour le droit international dans l’histoire, attaquant à plusieurs reprises la Cour pénale internationale et contestant sa compétence.
Au contraire, le Hamas a salué l’enquête, tant qu’elle était impartiale. C’est ce qui s’est passé : Khan a écouté les demandes d’Israël qui ne reconnaît pas la juridiction de la Cour pénale internationale tout en refusant de se rendre à Gaza malgré le fait que la Palestine soit plutôt signataire du Statut de Rome qui a établi la Cour qu’il préside. En outre, le Hamas est considéré par Khan comme l’auteur de viols et de tortures, malgré le fait que l’enquête de l’ONU ait nié de telles circonstances.
Il n’est pas nécessaire de souligner que ce sont les Palestiniens qui ont systématiquement subi de tels crimes avant le début du génocide. En fin de compte, le témoignage palestinien est ignoré parce qu’il est jugé non crédible en raison de l’islamophobie et du racisme anti-palestinien qui restent le statu quo.
Comme déjà mentionné, la Cour pénale internationale est un organe qui n’a même pas été ratifié par les États-Unis et Israël. Quel genre de pouvoir réel peut-il avoir ? Pourtant, lorsque les mandats d’arrêt ont été émis contre Poutine, les États-Unis ont salué cette action. Les mêmes États-Unis qui ont plutôt répudié la mesure similaire pour Netanyahu, sous la menace de sanctions et de représailles. Démonstration classique et arrogante de deux poids, deux mesures. Comment le droit international peut-il survivre à cela et devenir quelque chose de différent et de meilleur ?
Il n’y a pas deux poids, deux mesures. Je répète qu’il n’y a qu’une seule norme qui distingue les amis et les ennemis des États-Unis. Peut-être ne voulons-nous pas entrer dans des terminologies totalitaires et schmidtiennes, mais il est indéniable qu’une fois que c’est clair, tout se remet en place. Le droit international, un instrument controversé lorsque le mandat d’arrêt a été émis contre Poutine ? Il est clair que dans ce cas, il est devenu de manière inattendue un outil puissant et les États-Unis et l’Occident l’ont tous applaudi, le liant à l’adoption de sanctions et de boycotts.
Soudain, toutes les institutions ont abandonné la neutralité. Lorsque, en revanche, les mécanismes du droit international protègent les intérêts des opprimés, ils sont inacceptables pour l’Occident et déclenchent même des sanctions contre la Cour pénale internationale. C’est un scénario théâtral parce que les États-Unis ne considèrent pas le mandat d’arrêt contre Netanyahu et Gallant comme un problème en soi.
Au contraire, cela pourrait être le moyen de sauver l’entité sioniste, avec Netanyahu comme bouc émissaire car il n’est plus utile à l’empire et à ses intérêts. Le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale fonctionne comme il se doit : réduire la justice à la poursuite d’individus. Si nous devions entrer dans le débat sur la responsabilité individuelle, nous pourrions mentionner divers problèmes de dissuasion, des critères obscurs d’identification des personnes, et bien plus encore. Ce n’est pas la première fois que le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, agit en tant qu’agent des États-Unis. Comme cette fois.
Vous continuez à décrire un cadre juridique international décourageant fortement conditionné par des intérêts sinistres, l’arrogance et le pouvoir. Mais il y a aussi une conscience et une culture critique juridique développée en Palestine : quelles actions ont été entreprises ?
Cela me rappelle la théorie de l’hégémonie de Gramsci et la façon dont l’hégémonie s’exerce par la coercition et le consentement. Le récit sioniste hégémonique du 7 octobre a été exercé en donnant au mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale un semblant d’objectivité d’enquête impartiale qui a recueilli le consensus de ceux qui se sont réjouis du mandat d’arrêt contre Netanyahu et Gallant.
Bien que de nombreux Palestiniens se soient réjouis de voir enfin une lueur d’action de la part des institutions et de la Cour pénale internationale en particulier, après plus de 76 ans de colonialisme, je voudrais réaffirmer que la Cour pénale internationale n’était pas en mesure de comprendre les exigences de l’émancipation palestinienne. Ces sentiments de joie observés, cependant, peuvent être compris selon deux lignes : le pessimisme sédimenté sur le dépassement réel de l’ordre mondial impérialiste américain avec l’injustice infligée aux Palestiniens, et l’esprit des ONG de défense des droits de l’homme créées après les accords d’Oslo qui absorbent le langage du droit international comme instrument de justice.
Les ONG palestiniennes et les avocats internationaux qui se sont réjouis après avoir assisté à l’audience de la Cour internationale de justice ou écouté la lecture du mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale, connaissent peut-être l’une ou l’autre des directions symptomatiques que j’ai mentionnées. C’est du pragmatisme ou, mieux et plus simplement, du nihilisme.
Refuser d’imaginer une Palestine libre et décolonisée du fleuve à la mer, ou regarder la justice pour les Palestiniens à travers le prisme de la décolonisation, est du nihilisme.
Pour ces acteurs, le droit international est crédible et respectable. C’est peut-être imparfait à leurs yeux, mais c’est le prisme à travers lequel définir leur humanité. Il est déshumanisant de croire que le même outil qui refuse de défendre efficacement son droit de résister est utile. La politique « respectable » en ce sens est du nihilisme. Croire en l’État de droit sous l’ordre impérialiste unipolaire est du nihilisme. Il semble contradictoire d’appeler nihilisme la foi dans le droit international et ses institutions, mais nous parlons de la négation de toute impulsion légitime à changer ce monde injuste et cruel, à combattre l’impérialisme et à unir les forces qui le font activement. Y renoncer ou le nier, c’est abandonner son intégrité : que reste-t-il après ? Pour les Palestiniens, leur intégrité est au-dessus de l’ordre mondial.
Dr. Abu Zuluf, peut-on soutenir que les institutions juridiques internationales jouent un rôle fonctionnel dans le maintien d’un ordre mondial unipolaire et impérialiste ?
En tant que Palestinienne, c’est comme ça que je le vois. Une fois de plus, les institutions du droit international ne « mordent pas ». Les États ont le pouvoir de faire respecter le droit international humanitaire. Les États-Unis l’appliquent en fonction de leur convenance. En fin de compte, le droit international est un outil utile entre les mains des puissants. Si l’on est faible, et en pratique tous les États sont plus faibles que l’empire américain dans leur capacité à créer et à appliquer des normes en toute impunité, le droit international est interprété sans ses propres contributions et appliqué uniquement lorsqu’il est stratégiquement nécessaire pour l’empire et ses alliés.
Pour être cynique, le mandat de la CPI n’aurait jamais été émis si les États-Unis n’avaient pas voulu se débarrasser de Netanyahu et de Gallant. Netanyahu est maintenant considéré comme impopulaire et imprudent, et le blâmer est le moyen de sauver l’entité sioniste et les intérêts américains à un moment où des millions de personnes défilent dans les rues pour réclamer une Palestine libre du fleuve à la mer.
Y a-t-il un débat, un plan, au sein des instances qui s’occupent du droit international pour sa réforme et sa réorganisation profonde ?
En dehors des organes institutionnels, divers groupes critiques du droit international émergent. Par exemple, les approches du droit international du tiers monde (Twail) et divers autres courants qui apportent une comparaison diversement critique par rapport à la situation actuelle. Certains considèrent que le droit international a de la valeur malgré ses défauts, d’autres le considèrent comme impliqué dans l’ordre mondial capitaliste impérialiste et totalement inutile dans les luttes indigènes pour la décolonisation.
La réforme du droit international est controversée et il existe diverses propositions pour la rendre plus utile. Certains sont doctrinaux, d’autres sont procéduraux et d’autres visent à renforcer l’État de droit international. Une douzaine d’institutions visent à réformer le droit, et certaines s’occupent de domaines spécifiques, tels que le droit international de l’investissement, etc.
L’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) promet de soutenir les revendications d’un droit international fondé sur la solidarité, qui s’éloigne du droit international eurocentrique pour ensuite passer au droit international émancipateur. En ce sens, un droit international différent est envisageable, une fois que les prémisses de la fausse « neutralité, équité et universalité » ont été éliminées (voir les travaux d’Al Attar et Miller, 2010). Ceux-ci sont remplacés par l’autonomie, la solidarité et l’équité.
Le mot clé est, en fait, substitution, précisément pour suggérer une renaissance, quelque chose initié par les principes de la révolution bolivarienne. Cela semble prometteur dans un monde postcolonial, où la décolonisation est complémentaire et non enracinée dans une lutte existentielle pour la terre contre un colonialisme de peuplement ininterrompu.
En ce qui concerne la Palestine, nous n’avons pas besoin du droit international pour lubrifier les rouages de la décolonisation ou justifier la nécessité de libérer notre terre, du fleuve à la mer, du sionisme. La moralité de l’anti-impérialisme, de l’anticapitalisme et de l’antiracisme est inscrite dans la résistance indigène et la réinvention d’une Palestine libre et du Sud global, et non dans les notions théoriques de gouvernance alternative. Mohsen al Attar a également écrit sur la façon dont la « double conscience » de W.E.B. Du Bois peut être vue chez ceux qui critiquent férocement le droit international et, en même temps, en sont les défenseurs réticents. Il en va de même pour les praticiens palestiniens du droit international qui voient l’horizontalité du droit international malgré les preuves abondantes de sa verticalité.
L’une d’entre elles est la dichotomie entre colonisateur et colonisé ou, en termes stricts de droit international, entre « occupant et occupé ». Pour les Palestiniens sous les décombres, la réputation du droit international est brisée. Si le droit international ne peut pas arrêter le génocide, à quoi bon ? Devons-nous nous battre pour créer de meilleures façons de « réguler » le monde alors qu’un système à plusieurs niveaux a été structuré qui prévoit que certaines sciences humaines soient protégées par opposition à des peuples « jetables » ? Y a-t-il quelque chose de plus urgent et de plus pertinent que de faire tout son possible pour arrêter un génocide ? Certes, la Cour internationale de Justice ne ressent pas cette urgence, alors qu’un génocide irréfutable se déroule autour d’elle. Pouvons-nous réformer le racisme anti-palestinien inhérent au droit international, la diabolisation de la résistance, l’islamophobie ?
C’est une tâche ardue alors qu’elle devrait être simple. Le colonialisme de peuplement exige la décolonisation, et non la protection limitée et la pseudo-justice du droit international.
Original publié par Al Mayadeen English le 11 juillet 2024. https://english.almayadeen.net/articles/features/ineffectiveness-asymétrie-et-partialité-de-l’internationalBana Abu Zuluf est doctorante palestinienne en droit international à l’Université de Maynooth en Irlande et membre du Good Shepherd Collective (Collectif d
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