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  •  Pepe Escobar- L’Empire contre-attaque :

     Pepe Escobar- L’Empire contre-attaque :

    Les révolutions de couleur en Asie du Sud et du Sud-Est

    La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi s’est rendu au Myanmar et en Thaïlande pour 2 missions différentes.

    Au Myanmar, elle consistait en un nouvel effort de médiation concernant l’affrontement insoluble entre le gouvernement à majorité birmane de Naypyidaw et une alliance informelle de 10aines d’organisations rebelles de minorités ethniques, qui ont toutes sortes de griefs à faire valoir. La Chine entretient des relations avec certaines d’entre elles.

    La mission était géoéconomique : rencontre avec les États riverains du Mékong, présidence de la 9ème réunion des ministres des Affaires étrangères de la Coopération Lancang-Mékong (CLM) et discussions sur la géoéconomie avec des diplomates du Laos, du Myanmar, de la Thaïlande, du Cambodge et du Vietnam.

    La CLM est très ambitieuse : il s’agit d’un mécanisme de coopération régionale lancé en 2016, dans le cadre duquel la Chine s’efforce de relier la région du Lancang-Mékong à ce que Pékin définit comme une «coopération de grande qualité dans le cadre de la Ceinture et la Route». Il s’agit donc bien de la BRI et des nouvelles routes de la soie.

    Pendant que Wang Yi était en Asie du Sud-Est, la Thaïlande a connu des montagnes russes, avec un 1° ministre destitué par la Cour constitutionnelle et l’arrivée d’un tout nouveau : Paetongtarn Shinawatra, la fille de 37 ans du très controversé magnat milliardaire Thaksin Shinawatra, qui a non seulement bénéficié d’une grâce royale, mais qui fait également un retour en force sur la scène politique.

    Thaksin était de retour en Thaïlande depuis un certain temps, après 15 ans d’exil, car il avait fui le pays en affirmant qu’il ne pouvait bénéficier d’un procès équitable pour un tsunami d’accusations «politiquement motivées».

    La politique thaïlandaise – une danse hyper-convoluée – penche à nouveau vers le conservatisme, Thaksin menant son parti Peu Thai contre la réincarnation du parti théoriquement progressiste Move Forward, qui a été dissous début août.

    Toutes ces actions, du moins pour le moment, peuvent empêcher les tentatives de révolution de couleur. Tout dépendra de ce qui se passera lors des prochaines élections. Ce que les conservateurs et les monarchistes appellent les «libéraux» pourraient finir par contrôler le paysage politique, totalement alignés sur Washington et désireux de perturber les liens géopolitiques et géoéconomiques étroits entre la Chine et la Thaïlande.

    Dans le Myanmar voisin, la Chine avait réussi à parrainer un cessez-le-feu en juin. Mais le cessez-le-feu s’est effondré, des commandants militaires de haut rang ayant été «capturés par des insurgés terroristes» (selon la terminologie du gouvernement) dans l’État crucial de Shan. C’est la 1° fois que les rebelles parviennent à s’emparer d’un centre de commandement régional.

    Pour ne rien arranger, les militaires de cette région contestée sont les forces alliées Kokang, qui se trouvent être les forces armées des Chinois Han au Myanmar. La Chine est l’un des principaux fournisseurs d’armes de la junte militaire qui dirige le Myanmar.

    Il n’est donc pas étonnant que cette question ait été au cœur des débats lors de la réunion de l’ANASE du mois dernier. La situation est d’autant plus délicate que les États-Unis, qui distribuent gratuitement des kits Starlink aux rebelles, accusent en même temps Pékin de les soutenir.

    Le point essentiel est que les militaires de Naypyidaw ne peuvent tout simplement pas contrôler le nord du pays fracturé ; leur stratégie pourrait donc consister simplement à renforcer le sentiment anti-chinois. La relation avec la Chine est extrêmement complexe : un mélange de peur, de suspicion et d’aide indispensable au développement économique.

    Bien entendu, Pékin se montre très prudent lorsqu’il s’agit de son voisin géostratégiquement crucial, en respectant le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures qui lui est cher. La Chine considère toujours l’ANASE comme un tout – et elle a déjà fort à faire avec une série de provocations des Philippines en mer de Chine méridionale.

    La Chine – tout comme la Russie – considère également l’ANASE (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est ou ASEAN en Anglais) du point de vue de l’OCS, en se concentrant sur le processus évolutif à long terme d’une matrice d’organisations multilatérales façonnant l’émergence d’un monde multinœudal.

    Et cela nous amène à la rencontre cruciale entre Wang Yi et Sergueï Lavrov lors du sommet de l’Asie de l’Est au Laos fin juillet – où ils ont réitéré avec force leur volonté commune d’établir la paix et la stabilité dans toute l’Asie de l’Est.

    Le TAC est vraiment important, car il reconnaît «l’importance de la centralité et de l’unité de l’ANASE dans l’architecture régionale évolutive de l’Asie-Pacifique, fondée sur des mécanismes dirigés par l’ANASE, avec l’ANASE comme force motrice, et basée sur le droit international».

    Tout cela inclut une coopération plus étroite entre l’ANASE, l’OCS et l’Union économique eurasiatique (UEEA). L’ANASE a signé des protocoles d’accord avec l’OCS et l’UEEA.

    Et cette interpolation de nœuds clés dans la matrice de fusion s’étend bien sûr aussi aux BRICS.

    La Thaïlande souhaite vivement rejoindre les BRICS. Les cercles diplomatiques ont confirmé le mois dernier que la «suggestion» émanait directement de la monarchie thaïlandaise. La Malaisie, quant à elle, a déjà déposé une demande officielle d’adhésion aux BRICS. L’Indonésie et le Vietnam sont également sur la liste d’attente.

    Il n’est donc pas étonnant que Lavrov ait déclaré à Wang Yi que le partenariat stratégique Russie-Chine devait collaborer pour «contrer conjointement l’ingérence de forces extérieures à cette région dans les affaires de l’Asie du Sud-Est».

    Wang Yi et Lavrov ont également discuté en détail de la coopération au sein de l’ANASE, considérant que, selon le ministère des Affaires étrangères chinois, «certains pays sont devenus de plus en plus proactifs dans la mise en place de mécanismes militaires et politiques basés sur des blocs restreints qui sont conçus pour saper le cadre de sécurité et de stabilité centré sur l’ANASE pour la région Asie-Pacifique».

    En bref, comme l’a souligné Wang Yi : Russie-Chine et ANASE sont pleinement engagées dans la «coordination sur la coopération en Asie de l’Est». Il est toujours crucial de se rappeler que pendant la guerre froide, Moscou a activement soutenu les mouvements nationalistes et anticolonialistes en Asie du Sud-Est, notamment au Vietnam et au Laos.

    L’Asie du Sud-Est continuera d’être la cible de plusieurs tentatives de révolution de couleur, et le foyer du soutien aux 5èmes colonnes, comme dans le cas des Philippines. En Asie du Sud, le scénario pourrait être encore plus aigu – si l’on considère qu’une révolution de couleur vient d’être réussie, avec un minimum d’efforts.

    Ce qui s’est passé au Bangladesh est directement lié à la déstabilisation de l’Asie du Sud-Est et à l’obsession américaine pour l’Indo-Pacifique (la véritable dénomination acceptée par tous, sur le continent est Asie-Pacifique). Et surtout, il s’agit d’une révolution de couleur déclenchée simultanément contre 2 BRICS : l’Inde et la Chine.

    Le fait est que le BNP et le Jamaat-e-Islami – considéré comme une organisation terroriste par plusieurs pays, notamment la Russie – ont été les principaux facteurs de déstabilisation. Il n’est pas étonnant que le département d’État américain ait qualifié préventivement le Jammat-e-Islami de victime d’«abus» du gouvernement.

    Personne ne peut rivaliser avec le formidable appareil de soft power américain lorsqu’il s’agit d’organiser des «manifestations» mêlant des groupes crypto-terroristes et des groupes inoffensifs de la société civile. Au Bangladesh, il a été très facile de fabriquer une «avant-garde» : une bande d’étudiants du département de sciences politiques de l’université de Dacca, en particulier Nahid Islam.

    Le département universitaire est truffé de professeurs financés par l’organisation louche «Confronting Misinformation in Bangladesh» (CMIB). 2 d’entre eux ont dirigé le projet, avec de somptueuses subventions de la NED.

    Et ce sont précisément ces protestataires en sciences politiques/agit-prop de l’université de Dacca qui ont «proposé» Muhammad Yunus comme conseiller principal du prochain gouvernement bangladais.

    Il se trouve que Yunus est un chouchou des Américains : boursier Fulbright du ministère de l’État, prix Nobel de la paix et «1° musulman américain à recevoir une médaille d’or du Congrès», selon son organisation, le Centre Yunus. Il n’est d’ailleurs même pas citoyen américain.

    Le Bangladesh est un trophée d’or pour l’hégémon. La déstabilisation interne est directement liée au Myanmar, voisin oriental de Dacca, et à la subversion progressivement plus large, à la manière de la CIA, d’un corridor clé de la BRI : le corridor Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar (BCIM).

    Parallèlement, l’Inde sera confrontée à de nouveaux maux de tête dans le golfe du Bengale. Le plan directeur américain consiste à forcer l’Inde, membre des BRICS, à faire de sérieuses concessions en ce qui concerne sa relation globale avec la Russie dans les domaines de l’énergie, du commerce et de l’armée, et à imposer une intégration plus étroite de l’Inde au Qaud.

    Et puis, bien sûr, il y a le Saint Graal : l’établissement d’une base de l’OTAN sur l’île de Saint-Martin, à laquelle s’est farouchement opposée Sheikh Hasina, qui a été destituée.

    Le cas du Bangladesh révèle que l’intégration progressive de l’ANASE – et de l’Asie du Sud – à la matrice OCS/UEEA/BRICS/BRI est plus urgente que jamais. Un signe de bon augure est que l’ANASE, selon Lavrov, prête déjà attention à la volonté de Poutine de construire un système de sécurité unifié à l’échelle de l’Eurasie.

    À la fin de la session ANASE-Russie lors du sommet de l’Asie de l’Est au Laos, Lavrov a déclaré que l’ANASE «a montré de l’intérêt pour l’initiative du président Poutine, que j’ai déjà mentionnée, sur la formation d’un système de sécurité eurasien qui serait indivisible et égal».

    Lavrov a ajouté que «nos partenaires de l’ANASE comprennent parfaitement» comment le seul objectif de l’Occident est de contenir la Russie et la Chine. C’est ce qui a été fait au Bangladesh et ce qui sera tenté en Thaïlande et au Myanmar.

    Le chemin sera long et épineux. Mais si les «RIC» des BRICS (Russie-Inde-Chine) se ressaisissent sur le plan géopolitique et renouvellent de facto le légendaire triangle de Primakov, la possibilité que d’autres révolutions de couleur réussies déstabilisent plusieurs nœuds de l’Asie de l’Est s’évanouira au fil du temps.



  • الطاهر المعز-بنغلادش – من احتجاجات مَشْرُوعة إلى « ثوْرة مُلَوّنة »؟

    الطاهر المعز-بنغلادش – من احتجاجات مَشْرُوعة إلى « ثوْرة مُلَوّنة »؟

    بنغلادش – من احتجاجات مَشْرُوعة إلى « ثوْرة مُلَوّنة »؟ : الطاهر المعز

    انطلقت احتجاجات جماهيرية ضخمة في العاصمة دَكّا ومعظم مُدن بنغلادش، منتصف شهر تموز/يوليو 2024، ضد نظام الحِصَص الذي يُخصّص أكثر من ثُلُث وظائف القطاع العام إلى من يُسمون « قُدماء المُحاربين » الذين شاركوا في حرب الإنفصال عن باكستان سنة 1971، بزعامة مُجيب الرّحمان، والد الشيخة حسينة، رئيسة الوزراء الحالية، ويُشكّل « قُدماء المُحاربين » وأُسَرهم وأقاربهم سَنَدًا انتخابيا وسياسيا للحزب الحاكم (حزب « عوامي » الذي أسَّسَهُ مجيب الرحمان وتقوده حاليا ابنته رئيسة الوزراء) وتبلغ حصة الوظائف المُخصّصة للعديد من الفئات نحو 56% ويريد الطلبة والمُتظاهرون المُحتجّون أن يكون التّوظيف وفق معايير الجدارة والمُؤهّلات والخبرة، وكانت الحكومة قد أقَرّت حظْر التّجول منذ 19 تموز/يوليو 2024، ولما أصْدَرت المحكمة العليا أمرا إلى الحكومة يوم الأحد 28/07/2024، بتخفيض حصة وظائف الحكومة والمخصصة لفئات ديموغرافية معينة إلى 7% وخفضت المحكمة العليا حصة المحاربين القدامى إلى 5% ، مع تخصيص 93% من الوظائف على أساس الكفاءة، فيما سيتم تخصيص نسبة 2% المتبقية لأفراد الأقليات العرقية والنساء والمعاقين، وفق وكالة « أسوشيتد برس » (28/07/2024) وصحيفة « دكا تريبيون » (باللغة الإنغليزية)، أعلن منظمو الاحتجاجات إنهاء المظاهرات (تحت الضّغوط وفق بعض قادة الإحتجاجات)، بعد ارتفاع عدد القتلى إلى 204 أو 214، وعدد المُعتَقَلِين إلى 5500 متظاهر، وفق مختلف المصادر المحلية ووكالات الأنباء العالمية (حتى يوم الجمعة 26 تموز/يوليو 2024، فيما « اعترفت » الحكومة ب147 قتيلاً فقط)، غير إن الحكومة تركت للمسؤولين المحليين حرية إعلان تمديد أو إنهاء حظر التجوال، ويُطالب المتظاهرون بمحاكمة المسؤولين عن قتل المتظاهرين وباعتذار رئيسة الوزراء البنغالية الشيخة حسينة واجد من المتظاهرين، وإجراء تحقيق شامل حول الأحداث، وإعادة فتح المؤسسات التعليمية…

    طالب المتظاهرون بحل البرلمان واستقالة رئيسة الوزراء، وهدّدوا بتصعيد وتيرة الإحتجاجات، فضغطت مختلف القوى التي كانت تدعم الشيخة حسينة (خصوصًا الجيش والشرطة) لكي تستقيل الحكومة ورئيستها التي ورثت الحكم عن والدها مجيب الرحمان مؤسس حزب عوامي وأول رئيس حكومة في بنغلادش من 1971 إلى تاريخ اغتياله سنة 1975، فاستقالت بعد 15 سنة من السلطة المستمرة، واضطرت إلى الفرار من البلاد نحو الهند، يوم الإثنين الخامس من آب/أغسطس 2024، واضطر الرئيس (منصف دستوري شَرَفِي) محمد شهاب الدّين إلى حل البرلمان يوم الثلاثاء 06 آب/أغسطس 2024، بعد وفاة ما لا يقل عن ثلاثمائة متظاهر وإصابة الآلاف واعتقال المئات، كما تم الإفراج عن زعيمة حزب بنغلاديش الوطني المعارض (خالدة ضياء) رئيسة الوزراء السابقة التي كانت تحت الإقامة الجبرية وهي بدورها ورثت السلطة عن زوجها ضياء الرحمن الذي اغتيل سنة 1981، وطالب قادة الإحتجاجات بتشكيل حكومة مؤقتة وإجراء انتخابات جديدة وأعلن قادة الحركة الإحتجاجية رَفْضَ أي حكومة يقودها الجيش أو يدعمها، واقترحوا حكومة يرأسها  الحائز على جائزة نوبل للسلام محمد يونس، صديق باراك أوباما والعديد من حُكّام الدّول الإمبريالية، مُؤسّس مصرف « غرامين » الذي يقرض أفقر الناس في الأرياف مبالغ لا تتجاوز مائة دولارا، بفائدة مرتفعة جدًّا وبشروط قاسية ومراقبة مستمرة، يتم تسديد نفقاتها من فوائد القُروض.

    للتذكير: يُقدّر عدد المُعَطّلِين عن العمل من الشّبّان والشّابّات المُعَطّلين ب32 مليون من إجمالي 170 مليون نسمة، وبلغت نسبة التضخم 10% في حين أدّت أزمة صناعة وتصدير الملابس إلى انخفاض حجم العملات الأجنبية

    كتبت وكالة رويترز يوم 16 آب/أغسطس 2024 : رَفَضَ قادة الطلبة المتظاهرين في العاصمة دكّا الإنتخابات التشريعية السابقة لأوانها – خلال فصل الخريف – التي دعا لها الحزبان الرئيسيان اللذان تداولا على الحكم منذ انفصال بنغلادش عن باكستان سنة 1971- حزب رابطة عوامي بزعامة الشيخة حسينة و حزب بنغلاديش الوطني بزعامة منافستها خالدة ضياء – لأن هؤلاء القادة المُمَوَّلِين والمَدْعُومين من الوقف (الصندوق) القومي للديمقراطية ( NED ) الأمريكي يريدون تأسيس حزب خاص بهم، وهم ليسو جاهزين بَعْدُ، ويريدون استمرار إدارة شؤون البلاد من قِبَل الحكومة المؤقتة برئاسة محمد يونس ومشاركة إثنَيْن من زعماء الطّلبة المُشْرِفِين على الإحتجاجات، ولا تحظى مسألة تأسيس حزب بإجماع قادة الإحتجاجات، حيث يعتبر بعضهم إن الأولوية تتمثل في « التركيز على الحفاظ على روح الانتفاضة الجماهيرية وتعزيز الحكومة بهدف الإصلاح الهيكلي للنظام السياسي الذي سوف يستغرق بعض الوقت… »، وأدّى تغيير الحكومة إلى استقالة بعض المسؤولين من بينهم رئيس القضاء ومحافظ المصرف المركزي ورئيس الشرطة الذين أشرفوا على حملة القمع ضد المُحْتَجِّين…  

    ادعى الشيخ مجيب الرحمن، أحد زعماء الإنفصال عن باكستان ومؤسس حزب « رابطة عوامي »، مُباشرة بعد تأسيس بنغلادش شنة 1971، أن البلاد ستكون « دولة اشتراكية وعلمانية »، لأن الإشتراكية والعلمانية كانتا « مُوضة العَصْر » آنذاك، وتم اغتيال مُجيب الرحمان سنة 1975، من قِبَل الجيش الذي نَصَّبَ الجنرال ضياء الرحمن رئيسًا – أسّس حزبه الخاص « الحزب الوطني البنغلاديشي » سنة 1978 – تحالف خلال فترة حُكْمِهِ (من 1975 إلى 1981) مع « الجماعات الإسلامية » التي تم اتهامها بارتكاب مجازر وُصِفَت بعمليات « إبادة جماعية » خلال حرب الإنفصال عن باكستان، وعاد زعماؤها من المنفى، ثم تحالفوا مع الجنرال حسين محمد إرشاد الذي نفّذ انقلابًا سنة 1982 أطاح بالجنرال ضياء الرحمان قبل اغتياله، وأعلن الجنرال إرشاد « الإسلام دين الدّولة » وحكم مع تيارات الإسلام السياسي حتى سنة 1990…

    ورثت الشيخة حسينة قيادة رابطة عوامي عن والدها وورثن خالدة ضياء الحزب الوطني عن زوجها الجنرال ضياء الرحمان، وكان الحزبان يدّعيان « الدّيمقراطية والعلمانية »، لكن الجيش، القوة الأكثر تنظيما وتسليحًا، بدأ يُغازل التيارات الإسلامية التي ازداد نفوذها بفعل الدّعم الخليجي وبفعل النّتائج العَكْسِيّة « للحرب الأمريكية على الإرهاب »، وخصوصًا كردّ فعل على محاكمة عبد القادر ملاّ، زعيم « الجماعة الإسلامية في بنغلادش » (شباط/فبراير – كانون الأول/ديسمبر 2013) بتهمة « ارتكاب جرائم ضد الإنسانية خلال حرب تحرير بنغلاديش » (أي حرب الإنفصال سنة 1971) إلى جانب باكستان، وقيل إنه قَتَلَ شخصيا أكثر من 344 مدنيًا، وتم الحكم بالإعدام، فزاد نفوذ مجموعات الإسلام السياسي في صفوف الجيش وقوات الأمن…

    لا يُمْكن لأي قُوّة سياسية تثبيت حُكْمِها دون مُراعاة هذه القوى: حزب رابطة عوامي، والحزب الوطني والجيش ومنظمات الإسلام السياسي، في ظل ظروف الحرب الباردة الجديدة التي تقودها الإمبريالية الأمريكية ضدّ الصّين، وفي ظل تصاعد نفوذ الهند التي يحكمها حزب دكتاتوري، عُنْصُري مُتَصَهْيِن، وتعمل حكومة الهند على تجاوز اقتصاد الصين، بدعم موضوعي من الولايات المتحدة، بفعل تقاطع المصالح، لأن للهند أجندتها الخاصة، ولذلك لم تُشارك في إدانة روسيا ( بداية حرب أوكرانيا – شباط/فبراير 2022) ولكنها تُساهم في مناورات الجيش الأمريكي في منطقة المحيطين الهندي والهادئ. أما الصين فإنها تُواصل بناء مشروعها الخاص « مبادرة الحزام والطريق » من خلال الإستثمار في البُنْيَة التحتية في البلدان التي لها حدود مع الهند: سريلانكا وباكستان ونيبال وبنغلادش، لكن الإمبريالية الأمريكية بالمرصاد، فقد شاركت بشكل مُباشر أو غير مُباشر في الإطاحة بأربع حكومات مُنخرطة في « مبادرة الحزام والطريق » (طريق الحرير الجديدة): حكومة عمران خان في باكستان (نيسان/ابريل 2022 ) وحكومة سريلانكا (تموز/يوليو 2022) وانقلاب دستوري أطاح بحكومة نيبال التي تضم ماَوِيِّين (تموز/يوليو 2024) وجاء دور بنغلادش بعد محاولة الخروج من الأزمة الإقتصادية بالإنتماء إلى بريكس والمشاركة في مبادرة الحزام والطّريق…

    تُبَيّن العديد من المُؤشّرات إن تغيير النظام في بنغلاديش ليس حدثاً « منفصلاً »، كما تُبَيِّنُ ضُلُوعَ الإمبريالية الأمريكية في الإطاحة بأي حكومة تُحاول الخُرُوج عن المَسار الأمريكي والأهداف الأمريكية في مناطق استراتيجية، مثل جنوب آسيا وشبه القارة الهندية القريبة من المُنافس الصيني، خصوصًا منذ إعلان قرار الرئيس باراك أوباما وعشيرة آل كلينتون، سنة 2012، مُحاصرة الصين وعرقلة مبادلاتها التجارية مع العالم…    

    جرت الإطاحة بحكومة الشيخة حسينة في بنغلادش ( وهي ليست مثالاً للتقدّمية ولا للديمقراطية)، في هذا المناخ الجيوستراتيجي الدّولي، تحت مراقبة قيادات المؤسسة العسكرية ومُمثلي التيارات النيوليبرالية من الموظفين السّامين وتكنوقراط الدّولة في مناخ النُّسْخة الجديدة من الحرب الباردة، الحرب الإقتصادية والتجارية، وفي ظل تعزيز دور الهند لتصبح قُوّةً مُوازية للصين، لكن تحت إشراف أمريكي في المنطقة: في باكستان وسريلانكا ونيبال وبنغلادش، حيث تم تنصيب محمد يونس بدعم أمريكي، بعد أن حظي بدعاية قوية منذ نهاية القرن العشرين،  لأن جائزة نوبل للسّلام تُمنح للوكلاء الواعدين، يتم اختيارهم على أساس قدرتهم على نشر قِيم النيوليبرالية، مع بعض الإستثناءات، ويأتي معظم الحائزين عليها من بلدان تعتبرها الولايات المتحدة « غير صديقة » أو « مارقة »، مثل ماريا ريسا من الفلبين، سنة 2020، التي كانت تنتقد للرئيس السابق   رودريغو دوتيرتي الذي كانت الولايات المتحدة تعتبره مُعاديا لها والصحفيس الروسي ديمتري موراتوف ( سنة 2021) بسبب مُعاداته للرئيس فلاديمير بوتين، وأليس بيالياتسكي من بيلاروسيا سنة 2022 ونرجس محمدي من إيران سنة 2023…  

    تشرف المؤسسات الأمريكية المعنية بالبروباغندا ونشر « القِيَم الأمريكية » على الحياة الدّراسية (الجامعية) والمهنية لمحمد يونس منذ 1965، لما كان طالبا في سنغافورة وحصل على منحة لمتابعة دراسته الجامعية فولبرايت في الولايات المتحدة، ولما أسّس محمد يونس مصرف غرامين (كمنظمة « غير حكومية » ) سنة 1983، خلال فترة فَرْض برامج « التّكَيُّف » أو « الإصلاح الهيْكَلي »، حصل على دعم البنك العالمي وعلى دعم مالي وسياسي وضمانات من الحكومة الأمريكية بواسطة العديد من المنظمات شبه الحكومية والرّسمية مثل نيد أو الصندوق القومي للدّيمقراطية الذي أسّسه الكونغرس الأمريكي، وتمكن مصرف غرامين من تقديم قروض صغيرة (حوالي مائة دولار) بدون ضمانات، لكن بنسبة فائدة مرتفعة جدا وبضغوط قوية في أكثر من مائة ألف قرية في بنغلاديش، مما ساعد محمد يونس على إنشاء شبكة واسعة من النفوذ في البلاد، وكافأه الكونغرس الأمريكي بالإجماع، سنة 2010، لأنه تمكّن من إدماج الفُقراء في السُّوق ومن نَشْر وهْم إمكانية الثّراء أو حتى الخروج من الفقر بمثل هذه القروض التي تُدْخِل الفقراء في دوّامة لا نهاية لها، كالإقتراض لتسديد القرض السابق، تمامًا كما تفعل العديد من دول العالم، ومنحه جائزَتَيْن ( الميدالية الذهبية للكونغرس سنة 2010 و وسام الحرية الرئاسي سنة 2009) من أعلى الجوائز الأمريكية الثلاث التي تمنحها حكومة الولايات المتحدة، فضلا عن جائزة نوبل للسلام  سنة 2006، وكان على محمد يونس تسديد المُقابل الذي تَمثّل في المُشاركة النّشِطَة في حملات الصندوق (الوقْف) القومي للديمقراطية (نيد –  NED ) منذ سنة 2010، والصندوق القومي للديمقراطية هو مِنَصّة أنشأها الرئيس الأمريكي النيوليبرالي رونالد ريغان سنة 1983، يُموّلها الكونغرس « لتزويد وكالة الاستخبارات المركزية بأداة ملائمة لزعزعة استقرار الحكومات الأجنبية من خلال رعاية مشاريع المنظمات غير الحكومية التي ترفع شعار الدّيمقراطية والشفافية والحَوْكَمة… « ، ويحصل الصندوق على الدعم المالي والسياسي المُلائم لطبيعة عمله، لكي يتمكّن من العمل في ظل ظروف صعبة، ومن اقتناص الفُرَص لإحداث تغيير سياسي سريع في بعض مناطق العالم، مثما حَدَثَ في جورجيا وأوكرانيا وتونس ومصر وأرمينيا وتايلند، لكن لم تنجح هذه الإستراتيجية في مناطق أخرى، ويمكن تلخيص المُهمّة الرئيسية للوَقْف القومي للديمقراطية (نيد) في تهيئة الظّروف الموضوعية  لوكالة الاستخبارات المركزية الأميركية لزعزعة استقرار البُلدان وتغيير حكوماتها، دون الظّهُور عَلَنًا، بل تختَبِئُ وراء ما يُسمّى « المجتمع المدني » والمؤسسات المَحَلِّيّة في تلك البُلدان، والتي تحصل على أموال وعلى دعم سياسي وإعلامي، مثل الأحزاب السياسية والنقابات العمالية ومنظمات أرباب العمل والمنظمات « غير الحكومية » التي يدعو إلى احترام حقوق الإنسان واستقلالية الإعلام والقضاء وإلى سيادة القانون والمُؤسسات، وتستقطب هذه المنظمات العديد من فئات الإعلاميين والطّلاّب والنساء والشباب الذين ضاقوا ذَرْعًا بالقمع والإضطهاد والإعتقال وبالرقابة المُستمرة وما إلى ذلك من انتهاكات للحقوق الفردية والجَمْعِيّة…

    اكتسب محمد يونس ثقة المُؤسّسات الأمريكية وحصل على الدّعم لمُؤَسَّسَتِهِ « غير الحكومية » و « غير الرِّبْحِيّة »، وخلق الإعلام السّائد هالةً حول هذه المنظمة ( مصرف غرامين) مما أثار حفيظة حكومة بنغلادش التي أجْبَرَتْهُ على الإستقالة سنة 2011، متعللة بمخالفات عديدة في عمل المصرف وفي إحدى شركاته الخاصّة في قطاع الإتصالات، وأعادته الإمبريالية الأمريكية إلى صدارة الأحداث، رغم سنّه ( 84 سنة) بتِعِلّة تعيينه من قِبَل أحد قادة الإحتجاجات الطّلاّبية، ليتسنى بذلك للإمبريالية الأمريكية استبداله في الوقت المناسب، بعد التّشاور مع مختلف الأطراف (رابطة عوامي الحزب الوطني البنغالي ومنظمات الإسلام السياسي والجيش) ولم يُشِرْ وزير الخارجية الأمريكي أنطوني بلينكن إلى ضرورة إجراء انتخابات مبكرة في البلاد، لكنه حَدّد هامش الحكومة ببضعة جُمل تُعتَبَرُ رسائل « مُشَفَّرَة » مثل: « إننا حريصون على سلامة وأمن المواطنين الأميركيين وموظفي سفارتنا ومؤسساتنا، ونراقب الوضع باستمرار… »، وأشارت بعض وسائل الإعلام الأمريكية والهندية إلى مشروع أمريكي يُمَكِّنُ فِئَةً من الكُمْبْرَادُور من السلطة من خلال « انتخابات ديمقراطية » في حين يتولى الجيش اتخاذ القرارات من وراء الكواليس بدعم من التحالف الأميركي البريطاني الباكستاني المشترك، الذي هندس الإطاحة بالشيخة حسينة التي صرّحت في مقابلة مع صحيفة إيكونوميك تايمز الهندية وفي حديث لوكالة الأنباء الأندونيسية إن الحكومة الأمريكية لم تغفر لها رفض إقامة قاعدة عسكرية أمريكية في جزيرة سانت مارتن، وأشارت إلى دَوْر وزارة الخارجية الأمريكية في الإلتفاف على احتجاجات الطُّلاّب وتحويلها إلى « ثورة مُلَوّنة »، من خلال نشاط وتنقلات « دونالد لو » (دبلوماسي أمريكي من أصل صيني)، مساعد وزير الخارجية الأمريكية لشؤون جنوب ووسط آسيا الذي زار دكا ( منتصف أيار/مايو 2024)، وهو ضالع في العديد من العمليات المشبوهة في بيشاور (من 1992 إلى 1994)؛ وفي دلهي (1996-1997) كمساعد للسّفير من 1996 إلى 1997 ثم كنائب رئيس البعثة في دلهي من 1997 إلى 2000

    نشرت وزارة الخارجية الرّوسية في وثيقة علنية قبل انتخابات السابع من كانون الثاني/يناير 2024 في بنغلادش: « أن الدبلوماسية الأميركية كانت تخطط لسلسلة من الأحداث لزعزعة استقرار الوضع في بنغلادش، إذا كانت نتيجة الإنتخابات غير مُطابقة لتوقعاتها » وسبق أن نبهت وزارةُ الخارجيةِ الروسيةِ حكومةَ بنغلادش (خلال تشرين الثاني/نوفمبر وكانون الأول/ديسمبر 2023) إلى النشاط التحريضي للبعثات الدبلوماسية الغربية في دكا، وعلى وجه الخصوص، السفير الأمريكي بي هاس، ومساعد وزير الخارجية الأمريكي « دونالد لو » الذي اشتهربالتّخطيط للثورات المُلَوّنة في قيرغوستان باكستان وجورجيا وألبانيا وأذربيجان وباكستان، وأعلن بعد زيارته دكا (عاصمة بنغلادش)، قبل المُظاهرات بثمانية أسابيع، لإذاعة صوت أميركا: « إن تعزيز الديمقراطية وحقوق الإنسان في بنغلادش يظل أولوية بالنسبة لنا، وسوف نستمر في دعم العمل المهم للمجتمع المدني والصحفيين من أجل إرساء دعائم  المؤسسات الديمقراطية… »

     بذلت الإمبريالية الأمريكية جُهودًا كبيرة وخصصت أموالا وجواسيس وأجهزة مراقبة وتنصّت في منطقة جنوب وجنوب شرقي آسيا، لمحاصرة الصين وللحُؤُول دون أي تقارب بين الهند والصين، ولتخريب مشروع مجموعة بريكس ( التي تضم روسيا والصين والهند ) لإنشاء نظام رأسمالي عالمي متعدد الأقطاب، وليس من باب الصّدفة أن تنطلق الإحتجاجات (المَشْرُوعة) في بنغلادش بعد أقل من أسبوع من اجتماع الرباعية في طوكيو (أمريكا واليابان وكوريا الجنوبية والهند)،

    اعتبَرَ البنك العالمي والدّول الإمبريالية مُحَمّد يونس مُجَدِّدًا ومُبْتَكِرًا لأساليب جديدة داخل المنظومة الرأسمالية من خلال تطوير أدوات عمل رأس المال المالي (المَصْرِفي) بهدف إدماج الفُقراء (وخصوصًا النساء) في أسواق القروض الصغيرة وفي دَوْرَة الإنتاج، دُون أن يكونوا أُجَراء لتطوير عقلية « المُقاول المُستقِلّ » لدى الفقراء والمعطلين عن العمل، ولذلك حصل محمد يونس، مُؤسّس مصرف غرامين على جائزة « نوبل » للسلام سنة 2006 التي لم تُكْسِبْهُ حصانة، وتمت مُحاكمته بتهمة عدم احترام لوائح العمل في إحدى شرِكاته ( شركة اتصالات) وأُدِين بستة أشهر سجنًا، قبل أن يتم الإفراج عنه بكفالة ليهرب إلى باريس، وظَلَّ محمد يونس مُعارضًا للشيخة حسينة التي وصفته بمصّاص الدّماء وباستخدام القوة والضّغط لانتزاع سداد القروض من فقراء وفقيرات الريف، ما تسبّب في حدوث عدد من الإنتحارات دَرْءًا للفضائح الإجتماعية وحفاظًا على « الشّرف » (شرف احترام مواعيد تسديد حِصَص الدُّيُون التي تراكمت) وتُعَدُّ عودته إلى بنغلادش من المنفى الطّوْعي انتقامًا أو ثأْرًا من الشيخة حسينة التي تبادل معها الأدوار، حيث غادرت حسينة البلاد وعاد يونس ليحل محلها، بطلب من جمهور المنظمات « غير الحكومية » التي تُمولها نفس المنظومة التي منحت يونس جائزة نوبل، وبدعم من الجيش الذي يُمثل إحدى أهم القوى المنظمة في البلاد ( إلى جانب حزب رابطة عوامي و »الحزب الوطني البنغلادشي » الذي تقوده خالدة ضياء) والذي فرض على الشيخة حسينة الإستقالة ومغادرة البلاد على متن طائرة عسكرية إلى الهند، لتجَنُّبِ ثورة حقيقية بعد قَتْل ما لا يقل عن خمسمائة مواطن خلال الإحتجاجات التي انطلقت من أجل مطالب مَشْرُوعة، ثم استولت عليها مجموعات تدعمها الولايات المتحدة سياسيا وإعلاميا وماليا بواسطة الصندوق (أو الوَقْف) القومي للديمقراطية ( NED ) الذي ضخ « استثمارات » عبر تمويل مُنظمات « غير حكومية » في يوغسلافيا وفي أوكرانيا وجورجيا وفنزويلا وبوليفيا وغيرها لتحويل المطالب المَشْرُوعة للشّعُوب إلى « ثورات مُلَوّنة » تُغَيِّرُ شكل الحُكْم لِتُبْقِي على جَوْهر النّظام القائم على التّفاوت والإستغلال والإضطهاد، كما حَصَلَ في تونس ومصر…   

    لم تكن حكومة الشيخة حسينة ولا حزبها – رابطة « عَوَامِي » التي أسّسها والدها مُجيب الرحمان – ديمقراطية ولا ثورية أو اشتراكية لتُثِير غضب الإمبريالية الأمريكية والإمبرياليات الأوروبية التي حوّلت بنغلادش إلى مصنع للنسيج الرّخيص الذي يُلَبِّي أسواق أوروبا وأمريكا الشمالية وأستراليا واليابان، ولكن « الغرب » لم يغفر لحكومة الشيخة حسينة محاولات اندماج  بنغلادش في مبادرة الحزام والطّريق الصينية، ثم تقديم طلب الإنتماء إلى مجموعة « بريكس »، إذ اعتبرت الشركات العابرة للقارات والعلامات التجارية الكُبْرى للملابس الجاهزة إن هذه الخطوات تُهَدّد مصالحها وتُهدّد مساعي الولايات المتحدة لبناء قاعدة عسكرية ضخمة في جزيرة تابعة لبنغلادش…  

    لا يُمكن لأي حكومة أن تُحقّق الإستقرار في بنغلادش إذا لم تتمكن من مراعاة موازين القوى الدّاخلية التي تتوزّع بين
    حُلفاء الهند، أي قيادات الجيش والأمن وحزب ومليشيات « رابطة عوامي » الذي تقوده عائلة حسينة، و »الحزب القومي البنغلادشي » الموالي للولايات المتحدة والذي يعتبره البعض خصمًا تاريخيًّا للهند، وتنظيمات الإسلام السياسي، حليفة الإمبرياليات « الغربية » والمُعادية لمصالح الصين والهند في بنغلادش، ولِتيّارات الإسلام السياسي حُضُور قوي في الجامعات التي انطلقت منها الإحتجاجات بقيادة أبناء الفئات الوُسْطى، قبل أن يلتحق بها طلبة الجامعات الخاصة من أبناء المَيْسُورين… 

    بإيجاز: انطلقت الإحتجاجات بسبب عُنْف أجهزة الدّولة المَبْنِيّة على المُحاباة والمَحْسُوبية، وبسبب ندرة الوظائف في القطاع الخاص الذي يهيمن عليه قطاع المنسوجات الذي يُمثل نحو 80% من صادرات البلاد ويُوظّف نحو أربعة ملاليين عامل تُشكل النساء نسبة 80% منهم، أما في القطاع الحكومي فإن الخصخصة والسياسات النيوليبرالية خفضت عدد الوظائف، فضلا عن تخصيص أكثر من نصف الوظائف إلى فئات يستخدمها الحزب الحاكم (رابطة عوامي) لتضخيم صفوفه وصفوف مليشياته التي تُشارك في قَمْع المُحتجِّين…   

    بلغ الناتج المحلي الإجمالي لبنغلادش 102 مليار دولارا، سنة 2009، سنة عودة الشيخة حسينة إلى السّلطة، وارتفع إلى 437 مليار دولارا سنة 2023، وأصبح ثاني أكبر اقتصاد في جنوب آسيا، بعد الهند، وبلغ نصيب الفرد 2529 دولارا سنة 2023 وانخفض معدّل الفقر من 44% سنة 1991 إلى 18,7% سنة 2022، وفق البيانات الرسمية فيما بلغ معدّل البطالة 5,1% سنة 2023

    تضرّر اقتصاد بنغلادش سنة 2020، بفعل توقف صناعة الملابس خلال جائحة كوفيد-19، وانخفاض الطلب على إنتاج هذا القطاع الذي يُشكّل أساس اقتصاد وصادرات البلاد، وتعزّزت صفوف المُعطّلين عن العمل بنحو مليون عاطل جديد، معظمهم من النساء، من أصل أربعة ملايين عامل بقطاع المنسوجات والملابس الجاهزة، ثم تسببت حرب أوكرانيا (شباط/فبراير 2022) في ارتفاع أسعار الوقود والمواد الغذائية، وخفضت الحكومة دعم الوقود بنحو 50% وأدّت هذه العوامل إلى ارتفاع أسعار الوقود والكهرباء والغذاء والنقل والبقالة والمواد الغذائية الأساسية، في حين انخفضت إيرادات الدّولة والتحويلات المالية للعاملين بالخارج، لينخفض احتياطي البلاد من العملات الأجنبية وليزداد عجز الميزانية العامة والميزان التجاري، ولجأت الحكومة إلى اقتراض 4,5 مليارات دولارا من صندوق النقد الدّولي، لتسديد الفواتير، بشروط صندوق النقد التي زادت الطِّينَ بَلَّةً…

    الطاهر المعز 

  • Pourquoi l’ Allemagne soutient Israël (vidéo) ? Présentation par Brahim Lalibi « entre Herero de Namibie et ceux de Ghaza »

    Pourquoi l’ Allemagne soutient Israël (vidéo) ? Présentation par Brahim Lalibi « entre Herero de Namibie et ceux de Ghaza »

        Les Herero de Namibie et ceux de Ghaza 

    Des centaines de manifestants pro-palestiniens sont arrêtés chaque jour et toute voix qui s’élève contre les attaques israéliennes sur Ghaza est sévèrement et durement réprimé.

     » Comment se fait-il que le pays le plus connu pour sa prétendue reconnaissance se son génocide passé répète la même erreur historique ? »

    En effet , la doctrine nazi , omniprésente aujourd’hui, n’a rien de nouveau pour toutes les nations européennes, comme l’Italie, la France, le Royaume-Uni Qui, tous ont  colonisé d’autres peuples , en les réduisant à  l’esclavage et en orchestrant les génocides les plus barbares.

    Le soutien de l’Allemagne et d’autres pays européens à l’entité sioniste remonte à leur passé colonial . Pour ces pays, l’outil identitaire a été central dans leur histoire.Meme la gauche allemande est rattrapée, aujourd’hui,par les instincts coloniaux racistes.

     » Le soutien de l’Allemagne au génocide de Ghaza a les memes racines sociopolitiques que le soutien à d’autres génocides perpetrés par l’occident tout le long de son histoire « .

    De 1884 à 1919, le IIe Reich allemand a possédé plusieurs territoires en Afrique ( Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain actuelle Namibie et Afrique orientale aujourd’hui Burundi, Rwanda et Tanzanie ) en plus du comptoir de Kiautschou en Chine.

    La conscience allemande est toujours marquée par l’imaginaire colonial. Le génocide commis en 1904 par l’armée allemande en Namibie est toujours présent dans le subconscient de l’homme blanc allemand, sans le déranger. 

    Dans sa harangue aux troupes en partance pour la répression de la révolte des Ihetuan (  » boxers  » ) chinois, Guillaume II appelait ses soldats à œuvrer pour que le nom des Allemands laisse un souvenir aussi effrayant en Chine que celui des Huns en Europe. Des atrocités à grande échelle furent également perpétrées dans d’autres colonies. Ainsi la guerre des Maji-Majiau 1890 sud de l’actuelle Tanzanie fit 300.000 victimes . La technique de la terre brulée chère à Bugeaud fut utilisée  contre la révolte des Wahehe . 

    Dans leur guerre contre les Herero ( Namibie ) en 1904, ces derniers fuyant les massacres, convergent vers le plateau du Waterberg. Ils seront poursuivis par un corps expéditionnaire sous le commandement du Général Von Troha. Ce dernier ordonna à ses troupes de poursuivre les hommes , femmes et enfants qui battaient en retraite dans la steppe de l’Omaheke. Des dizaines de de milliers moururent de faim et de soif. L’ordre d’extermination fut donné. Le reste des Herero furent conduits  dans des camps de concentration où les hommes , femmes et enfant furent  » victimes par négligence « . Voyez-vous, la similitude entre les Herero de Namibie et Rafah à Ghaza est frappante et se distingue par son caractère ouvertement génocidaire  ! 

    Cette vielle  pratique coloniale fut, peu de temps après,  la mamelle qui  nourrira ,  à son tour, l’imaginaire des nationalistes nazis allemands dominés par l’idée d’une hiérarchie raciale.

    La seule grille de lecture et les seuls remords valables et incontournables pour les allemands , aujourd’hui, c’est Auschwitz ou le mémorial de l’Holocauste prés de la porte de Brandebourg à Berlin. La solidarité et le sentiment d’appartenir à une même famille blanche que les ashkénaze a été certainement déterminante.

    L’allemagne n’a jamais été dénazifieé.C’est un leurre et une compromission. C’est pourquoi elle se range aujourd’hui du coté d’Israël en dehors de ces fleuves de sang sans limites.

    Les problèmes auxquels se heurte, aujourd’hui, l’Europe ne sont pas uniquement  d’ordre économique, ils sont aussi d’ordre moral et philosophique.

    Lalibi  Brahim

  • Jacques Sapir-Les défis des BRICS et la crise des institutions financières internationales

    Jacques Sapir-Les défis des BRICS et la crise des institutions financières internationales

    Il est désormais largement admis que les institutions de l’économie mondiale sont, à un degré ou à un autre, en crise. A différents niveaux, qu’il s’agisse du FMI, de la Banque mondiale ou de l’OMC, ces institutions ont des difficultés croissantes à s’adapter à un monde en évolution rapide et à une situation géopolitique instable. L’une des principales raisons de cette situation est l’émergence d’un groupe important de pays qui remettent désormais en question le modèle de gouvernance mondiale et les équilibres établis à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    L’émergence des BRICS, et depuis janvier 2024 des BRICS+, est le résultat cumulé d’une longue histoire d’insatisfaction à l’égard du fonctionnement de ces institutions de l’économie mondiale. Les BRICS+ pourraient-ils développer de nouvelles institutions capables de défier ou de remplacer les institutions mondiales issues du cadre de Bretton Woods ? Il s’agit d’une question importante découlant de l’importance croissante des BRICS.

    Le rôle croissant des BRICS en tant que groupe visant à établir des règles de gouvernance régionale voire mondiale marque un changement substantiel dans notre compréhension du système international[1]. Deux possibilités clairement divergentes existent :

    – La première voit les BRICS+ œuvrer pour une redistribution du pouvoir au sein de la gouvernance mondiale actuellement existante, sans changement majeur dans les règles du jeu. Dans ce cas, nous pourrions voir les BRICS soutenir simplement les valeurs et les normes occidentales, mais chercher à exercer une influence croissante dans leur mise en œuvre.

    – La seconde voit les BRICS+ remettre clairement en question les valeurs et les normes occidentales et tenter de faire dominer leur propre ensemble de valeurs et de normes. Le passage de la première à la seconde attitude pourrait bien être le fait déterminant de ces dernières années.

    Il y a depuis plus de dix ans un débat dans le monde académique qui porte soit sur le rôle des BRICS+ dans la transformation de la hiérarchie de l’ordre mondial mais dans une logique où ces pays jouent le jeu établi, soit qui se concentre sur les sources nationales de formation des préférences des nations qui forment BRICS, ce qui implique une analyse de la position des différents États dans ce jeu global et leur possibilité d’en modifier son contenu et sa forme.

    Le présent texte se concentrera sur le pouvoir structurel, qu’il soit potentiel ou réel, des BRICS+ à « changer les règles du jeu ». Il examinera spécifiquement comment la Nouvelle Banque de Développement (NBD) créée par les BRICS, jusqu’à présent la principale tentative des BRICS en matière de renforcement institutionnel, pourrait remettre en question, ou de compléter, les institutions mondiales existantes, à titre d’étude de cas. Il s’organisera en une première partie, examinant la crise – latente ou ouverte – des institutions économiques internationales (FMI, Banque Mondiale et OMC), puis, dans une deuxième partie, on examinera la montée en puissance des BRICS et leur transformation en BRICS+.

    Une troisième partie mobilisera alors les théories du pouvoir structurel de Susan Strange et de l’articulation entre les logiques de « voix » et de « sortie » (ou défection) de Hirschman, et s’intéressera à leur pertinence quant à notre objet. Enfin, la quatrième partie examinera en quoi la création de la NBD constitue à la fois une application de la logique de « sortie » et peut aussi s’analyser dans les termes du pouvoir structurel, et en quoi cette NBD est différente, et peut-être représente une alternative, aux institutions financières internationales existantes.

    Les institutions censées gouverner l’économie mondiale, issues de Bretton Woods pour certaines, comme le FMI et la Banque mondiale, ou de l’hégémonie américaine comme l’OMC, traversent une période prolongée de crise et d’incohérences[2].

    La crise des organisations économiques internationales a commencé il y a environ 25 ans, lorsque le FMI s’est montré incapable d’arrêter la crise coréenne puis asiatique de 1997[3]. Le rejet par les États-Unis de la proposition japonaise de créer un « Fonds monétaire asiatique » ne s’est pas accompagné d’un renforcement de la capacité d’action du FMI[4]. Si cet échec démontrait à l’époque la faiblesse des capacités institutionnelles non américaines, il montrait aussi que le mécontentement à l’égard du fonctionnement « occidentalo-centré » du FMI était important. L’incapacité renouvelée du FMI à empêcher l’extension rapide de la crise de 2008 (crise dite des « subprimes » [5]) a confirmé la crise de la gouvernance dans le monde financier mondial[6].

    Cette crise se double paradoxalement d’une crise latente du dollar engendrée par les États-Unis eux-mêmes et résultant de la mise en œuvre très politique de mesures, telles que le Foreign Corrupt Practices Act[7] et le Foreign Account Tax Compliance Act[8] et de la décision des autorités américaines de considérer que toute utilisation du dollar ferait tomber automatiquement les sociétés étrangères sous le droit américain. Un rapport parlementaire français rédigé en 2016[9] montre que le principal problème vient du fait que les transactions doivent nécessairement passer par une banque américaine pour « acheter » des dollars, tombant ainsi sous le coup du droit américain. Ces mesures ont donc accéléré le phénomène de crise des institutions de gouvernance internationale.

    Le FMI était historiquement clairement l’institution la plus exposée aux critiques[10]. Il est notoire que les politiques d’ajustement structurel ont suscité beaucoup de colère et de mécontentement dans de nombreux pays[11]. Cela a commencé dans les années 1980[12] et s’est poursuivie sans relâche jusqu’à aujourd’hui. Les politiques du FMI reflètent une continuité rhétorique et politique substantielle avec le néolibéralisme[13], même si on peut noter – mais essentiellement pour des pays européens des discontinuités discursives prononcée dans ces deux domaines[14]. Mais le FMI peine aujourd’hui à maintenir sa capacité à mettre en œuvre des politiques d’ajustement structurel et à rester la référence dans de nombreux pays[15].

    La question d’une éventuelle réforme du FMI est devenue centrale depuis la crise des « subprimes » [16] et la montée en puissance des pays émergents, dont la Chine mais aussi l’Inde. Cependant, les tentatives de réforme de cette institution sont restées limitées[17]. Le résultat final est que, dans le « Sud global », la légitimité du FMI s’est considérablement érodée et la demande d’une organisation alternative est devenue de plus en plus évidente. Il est vrai que les analystes soupçonnent depuis longtemps que la politique intervient largement dans les opérations de prêt du Fonds monétaire international[18] et que cette organisation pourrait être largement influencée par le Trésor américain[19]. Une telle hypothèse n’a certes pas été suffisamment précisée, mais elle serait largement cohérente avec la notion d’«hégémonie » [20]. De toute évidence, l’alignement politique sur les États-Unis, la plus grande puissance du FMI, augmente la probabilité d’un pays de recevoir un prêt du FMI[21], ou celle de bénéficier de clauses de conditionnalité plus favorables[22]. On aurait pu penser que la fin de la guerre froide aurait apporté un changement sur ce point. Il n’en fut rien et ce serait une erreur que de penser que le FMI serait devenu moins politisé depuis la fin de la guerre froide[23]. En fait un travail suggère que l’influence du politique s’est en réalité accrue depuis 1990[24]. Le comportement des organisations multilatérales reste toujours déterminé par les intérêts politiques de leurs États membres les plus puissants.

    La Chine a tenté d’accroître son influence au sein du FMI[25] et a réussi, dans une certaine mesure, à y parvenir. Un bon exemple d’une telle collaboration est l’entrée du Renminbi (RMB) dans le panier des Droits de Tirage Spéciaux en 2016[26]. Tout comme les États-Unis et d’autres économies occidentales développées, la Chine a également pris des décisions concernant sa collaboration avec les institutions financières internationales (IFI) en fonction de ses propres intérêts et objectifs concernant des questions économiques et politiques clés, avec un projet à long terme d’internationalisation de se monnaie[27]. En fait, lorsque les intérêts et les objectifs de la Chine convergent avec ceux du FMI, sa collaboration avec le FMI tend à engendrer un résultat qui répond aux besoins de la Chine. Cependant, si la Chine et le FMI ont des intérêts et des objectifs divergents, le résultat de leur collaboration, ou plus précisément de leur non-collaboration, peut s’avérer nettement déstabilisant[28].

    Les relations de la Chine avec le FMI en réalité dépendent fortement de ses relations avec les États-Unis[29]. Depuis le deuxième mandat d’Obama et la présidence de Trump, la dégradation de ces relations a rendu les relations avec le FMI de plus en plus problématiques. Cette tendance s’est poursuivie sous la présidence de Biden[30]. Pourtant, le FMI reste chargé de réguler, pour le meilleur ou pour le pire, les finances et les dettes mondiales. Malgré le fort mécontentement qu’il a suscité, aucune nouvelle institution n’a jusqu’à présent émergé pour remettre en cause sa domination. Cela pourrait cependant changer avec la création de la Nouvelle Banque de Développement.

    La Banque mondiale est également confrontée à de profondes critiques depuis les années 1990[31]. Le désenchantement à l’égard des politiques de la Banque mondiale n’est pas nouveau[32], pas plus que les appels à la réforme de l’institution. Son alignement avec la politique américaine a été un des points que de nombreuses critiques ont relevé.

    Pendant la majeure partie de la période d’après-guerre, la Banque a joui d’un quasi-monopole dans deux domaines : le financement et la connaissance des problèmes et des processus de développement. Même si la Banque Mondiale conserve son importance en matière de connaissances sur le développement, le secteur du financement du développement est devenu plus compétitif grâce à la création d’une série de nouvelles institutions par les pays émergents[33]. Le risque que la Banque mondiale ne devienne simplement une autre agence d’aide gérée par les pays riches pour venir en aide aux pays les plus pauvres a été clairement identifié[34]. Certains géants nationaux appartenant à l’État, tels que la Banque chinoise de développement et la China Exim Bank[35], auraient (au moins certaines années) accordé plus de prêts à l’Afrique que la Banque mondiale. Cette situation soulève évidemment des questions embarrassantes.

    La crise du COVID-19, qui est désormais considérée comme l’un des signaux d’alarme les plus évidents du point de vue de la survie du multilatéralisme, n’a fait qu’ajouter à cette pression[36]; les pays riches canalisant leurs ressources et leur attention vers l’intérieur plutôt que d’afficher une volonté particulière de lutter contre la pandémie à l’extérieur de leurs frontières[37]. En fait, la Banque mondiale a du mal à trouver une réponse à la remise en cause de sa légitimité et à la crise de non-pertinence qui la hantent depuis des années. De toute évidence, la Nouvelle Banque de Développement (NDB) des BRICS pourrait être l’un des acteurs possibles pour contester la suprématie de la Banque Mondiale[38].

    Ensuite, il y a aussi l’OMC qui est arrivée au bout de son potentiel comme on l’a vu avec l’échec du « Cycle de Doha »[39]. Au moment de sa création en 1995[40], deux des principales fonctions de l’Organisation mondiale du commerce étaient de « fournir un forum de négociation entre ses membres concernant leurs relations commerciales multilatérales[41] » et «d’administrer le Mémorandum d’accord sur les règles et procédures régissant le règlement des différends des disputes » [42]. Cette dernière fonction a été assurée par l’Organe de règlement des différends (ORD), décrit comme le « joyau de la couronne » et le « pilier central du système commercial multilatéral » [43].

    Mais très vite, les pays dits « en développement » ou « émergents » ont de plus en plus eu le sentiment qu’ils étaient les perdants du Cycle de l’Uruguay, qu’ils avaient obtenu un mauvais accord et qu’ils avaient dû donner beaucoup pour une récompense trompeuse. Par exemple, ils se sont vite rendu compte que l’accord sur l’agriculture et l’accord sur le textile et l’habillement étaient loin de leur donner accès au marché des pays développés, ce qui était d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ils ont adhéré à l’OMC[44]. La tentative de lancement du « Cycle de Doha » s’est donc soldée par un échec cinglant. Dans l’ensemble, les négociations ont été si conflictuelles et si infructueuses qu’il est désormais courant de parler de la « mort du cycle de Doha ». En réponse, de plus en plus d’États se sont tournés vers des partenariats économiques bilatéraux et régionaux. La conclusion récente de tels accords, également appelés « accords de nouvelles générations », comme l’Accord de partenariat transpacifique ou le malheureux CETA ou Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada, ainsi que la longue Les négociations durables sur le Partenariat économique régional global mené par la Chine et incluant 16 États d’Asie et d’Océanie[45], sont probablement les meilleurs exemples de cette tendance.

    Il est désormais clair que les institutions de l’économie mondiale sont en crise, qu’elle soit ouverte ou latente. C’est, à la fois, le produit de la crise du « Consensus de Washington » auquel le FMI et la Banque Mondiale ont été associés[46], le résultat d’un changement radical dans l’équilibre des pouvoirs économiques depuis les années 1990, de réformes prolongées ou trop tardives et de l’émergence d’un nouvel acteur collectif, les BRICS. Cet acteur est désormais suffisamment puissant pour apporter des changements importants dans la structure de gouvernance de l’économie mondiale. Dans la lutte pour une réforme radicale des institutions économiques mondiales, elle pourrait demander soit une plus grande part des institutions existantes, soit un changement complet des règles et normes définissant ces institutions. En fait, les deux directions provoquent une crise majeure des institutions existantes. Mais une crise ne se termine pas d’elle-même.

    En effet, l’effondrement des institutions datant de la période de domination de « l’Occident collectif » ne sera pas complet tant que de nouvelles institutions ne seront pas créées pour remplacer les anciennes. En fait, ce que nous appelons une « crise » est le laps de temps qui s’écoule entre l’incapacité des anciennes institutions à jouer leur rôle habituel et l’émergence de nouvelles institutions qui pourraient les remplacer[47]. Il faut ensuite se pencher sur les schémas possibles de création institutionnelle, et notamment sur le cas de la Nouvelle Banque de Développement.

    L’émergence des BRIC, puis des BRICS+ a été très certainement l’événement le plus important de ces vingt dernières années[48]. L’adhésion de 5 nouveau pays en 2023, et les probables adhésions dans les prochaines années, montrent le dynamisme et le pouvoir d’attraction de cette organisation[49]. Nous devons donc examiner les progrès des BRICS au cours des 15 dernières années pour comprendre les courants sous-jacents qui ont mis à rude épreuve les institutions de l’économie mondiale.

    L’acronyme BRIC – Brésil, Russie, Inde, Chine – a été introduit dans notre langage populaire par Jim O’Neill, économiste chez Goldman Sachs il y a vingt ans[50]. Son article analysait la croissance économique spectaculaire que ce groupe de pays allait connaître, ainsi que les implications de ces tendances futures pour l’économie politique internationale. Un processus qui a débuté en 2006 aux côtés de l’Assemblée générale de l’ONU et a été institutionnalisé en 2009 lors de la première réunion à Yekaterinburg.

    Mais, au cours de ces trois années fatidiques, le monde a été confronté à une crise financière majeure, dite « crise des subprimes », que ni les États-Unis ni le FMI n’ont pu gérer ni même contrôler[51]. Rétrospectivement, il est clair que cela a suscité la volonté des quatre pays d’essayer d’organiser un meilleur système de gouvernance de la monnaie et du commerce[52]. En 2011, l’Afrique du Sud a rejoint ce groupe de pays en tant que pays le plus performant économiquement dans les pays du Sud, amenant les BRIC aux BRICS. Avec cet ajout, les pays BRICS représentaient 26% de la masse continentale mondiale et un total du PIB mondial (en PPA) passant de 25,6% en 2009 à 32,2% fin 2023. L’affirmation que les BRICS représentent les intérêts de la « majorité mondiale » gagne en crédibilité[53].

    La création des BRIC, puis BRICS, a été accueillie à la fois avec un certain scepticisme et un enthousiasme prudent suivant les opinions des différents auteurs, étant diversement décrite comme une sorte d’« association lâche », de « village Potemkine » [54] pour certains, ou de « club de coïncidences d’intérêt » [55]. Cependant, avec le temps, ce groupe a considérablement gagné en influence.

    Il s’agit sans aucun doute de pays ayant des aspirations économiques communes et des idées similaires sur le type de multilatéralisme et les changements dans l’économie politique mondiale qui seraient nécessaires pour y parvenir. Ce sont ces aspirations économiques sous-jacentes qui ont servi à revigorer les flux de capitaux au sein et entre les pays des BRICS dans un contexte de vide financier dans un monde post-crise financière[56]. En fait, les BRICS se sont développés, attirant de plus en plus de pays. En 2023, lors du 15e sommet, l’organisation décide d’admettre 6 nouveaux pays. Même si seulement cinq de ces pays ont accepté (pour des raisons politiques, l’Argentine a décliné l’invitation), les BRICS se sont transformés en BRICS+ au 1er janvier 2024 avec un PIB commun (en PPA) de 36,2 %. Les BRICS sont devenus l’égal du G7, et les BRICS+ ont réduit l’écart avec ce que l’on peut aujourd’hui appeler « l’Occident collectif ». L’adhésion de l’Arabie saoudite et de l’Iran a naturellement une signification politique, mais aussi commerciale importante[57].

    Entre-temps, il était clair que la « mondialisation » était entrée dans une crise profonde[58], une crise qui a été reconnue même dans les organisations de Bretton Woods. Carmen Reinhart, l’économiste en chef de la Banque mondiale, est allée jusqu’à dire que la pandémie de COVID-19 était le « …dernier clou dans le cercueil de la mondialisation » [59]. Les BRICS sont alors devenus un bloc ambitieux avec sa propre dynamique interne qui organisait des sommets annuels, avait des ambitions diplomatiques, s’engageait dans des projets d’infrastructures à grande échelle à l’intérieur de leurs frontières nationales ainsi que dans des projets transnationaux dans leurs régions. Les BRICS ont déployé leur puissance économique en créant une nouvelle institution de prêt – la Nouvelle Banque de Développement qui a admis les pays non encore membres des BRICS[60] – et en remettant en question l’hégémonie des pays européens et nord-américains dans la finance internationale. Cette création a été très importante. Il s’agit de la première création institutionnelle dans ce domaine extrêmement sensible non générée par les pays occidentaux.

    De toute évidence, les aspirations économiques sous-jacentes des BRICS portaient en elles la remise en question, voire le remplacement, des institutions de Bretton Woods. La NBD a servi à revigorer les flux de capitaux au sein et entre les pays des BRICS dans un contexte de vide financier dans un monde post-crise financière. En 2017, près d’une décennie après la crise financière de 2008, les BRICS représentaient 19 % des flux d’investissement mondiaux[61]. Une grande partie de ces flux financiers a été canalisée vers des projets d’infrastructures à forte intensité de capital. Le rôle régional des BRICS est désormais évident[62] et il s’étend lentement vers un rôle mondial[63].

    Les pays des BRICS ont toutefois connu une transformation radicale de leur structure politico-économique depuis les années 1990. Un dénominateur commun entre les expériences hétérogènes de développement économique de ces pays et leur position de pays économiquement performants a été la façon dont l’État a activement pris des mesures politiques pour mobiliser les ressources, les politiques commerciales, les marchés publics, la promotion de la demande publique et la fourniture d’un soutien financier[64].

    Le rôle de l’État dans le développement économique a pris différentes formes dans les pays qui composent les BRICS[65], mais il a été, et reste, incontestablement important. Par cette dimension dans leur développement ces pays lancent désormais un défi à la fois implicite et explicite aux institutions économiques mondiales crées par et orientées vers l’Occident. Un tel défi doit cependant être défini. Sera-t-il de nature adaptative ou radicale et comment s’adaptera-t-il à la puissance structurelle croissante des BRICS ?

    Quelle est donc la véritable nature du défi que représentent les BRICS (et maintenant les BRICS+) ? Pour comprendre les dynamiques en jeu, il convient de reprendre ici des éléments théoriques de l’Économie Politique Internationale mais aussi d’autres théories.

    Les BRICS et BRICS+ sont à la fois un groupement politique et un groupement économique. Le pouvoir économique et politique de ce groupe s’est accru ces dernières années, mais plus précisément depuis 2020 et la crise du COVID-19. Symboliquement, et dans une certaine mesure, ils peuvent être considérés comme représentatifs de ce que l’on appelle le « Sud global » [66].

    C’est dans ce contexte que la création de la Nouvelle Banque de Développement doit être appréciée. On aurait pu penser que la NBD serait une sorte d’arrangement interne visant à favoriser les investissements et les échanges au sein du périmètre des BRICS[67]. Mais les membres des BRICS ont décidé d’emblée de faire de la NBD une institution multilatérale capable d’opérer au-delà du périmètre des BRICS. Cette décision a changé la signification de la création du NBD. La NBD a ensuite développé des partenariats avec différents États et institutions financières, mais sur une base très pragmatique[68], visant à étendre progressivement son rayonnement. Elle a développé un programme spécifique pour la transition écologique et a ensuite concurrencé directement la Banque mondiale[69].

    La création de la NBD a donc été la première tentative, et jusqu’à présent la plus importante, de renforcement institutionnel des BRICS. On peut affirmer que le NBD est à la fois un symptôme et une source de pouvoir structurel pour les BRICS. Cela implique d’abord de revoir ce qu’est le « pouvoir structurel » et comment ce concept doit être utilisé.

    Le pouvoir structurel[70] est généralement considéré comme le pouvoir situé parmi ses dimensions obligatoires, institutionnelles et relationnelles inhérentes à « une structure sociale au-delà de tout exercice conscient » [71]. Ce pouvoir structurel contraste fortement avec le pouvoir relationnel, qui souligne les efforts visant à maximiser les valeurs au sein d’un ensemble donné de structures institutionnelles. Le pouvoir structurel met l’accent sur un méta-pouvoir qui fait référence aux efforts visant à changer les institutions (ou à changer le jeu). Il est clair que les BRICS+ tentent ici de remettre en question, de modifier et peut-être même de changer la gouvernance mondiale[72].

    Susan Strange est certainement l’auteur qui a consacré le plus d’efforts à réintroduire la notion de pouvoir dans l’économie internationale et elle a contribué à la création de l’Économie Politique Internationale[73]. Mais si elle a soutenu, à juste titre, que le pouvoir était et reste central dans l’économie politique internationale[74], elle a également tenté de définir et d’affiner la notion de « pouvoir ».

    Susan Strange définit, elle, le pouvoir structurel comme le pouvoir de façonner et de déterminer les structures de l’économie politique mondiale au sein de laquelle d’autres États[75], leurs institutions politiques et juridiques, leurs entreprises économiques interagissent. Cela peut être compris comme le pouvoir de définir les règles du jeu ou les normes explicites ou implicites de comportement. Strange identifie alors quatre structures clés de pouvoir dans l’économie mondiale qui sont (1) la sécurité, (2) la production, (3) la finance et (4) la connaissance. Parmi celles-ci, elle a défini la structure financière comme le noyau de la gouvernance économique mondiale, d’où la pertinence des marchés financiers internationaux (qui peuvent acquérir leur propre dynamique[76]) et d’une banque multilatérale de développement comme la NBD, d’autant plus que cette dernière n’a pas été créée par Puissances occidentales. Ceci est particulièrement important si l’on considère que le « pouvoir structurel » a un lien étroit avec le concept d’«hégémonie» [77]. Elle soutient aussi que la structure financière de l’économie mondiale repose sur deux piliers, les structures de l’économie politique à travers lesquelles le crédit est créé et dans lequel le pouvoir est partagé par les gouvernements et les banques, et un deuxième pilier constitué de systèmes monétaires nationaux créant la superstructure globale[78].

    Mais l’analyse de Susan Strange n’est pas sans soulever un certain nombre de questions. La première est qu’une telle approche a un caractère non-intentionnel. Cela signifie que les différentes stratégies des acteurs ou les projets à long terme ne sont pas pris en compte. La deuxième est qu’elle est trop étroite et exclut la capacité de façonner les institutions commerciales internationales. La troisième se concentre sur une explication théorique insuffisante des mécanismes causals du pouvoir structurel.

    Pourtant, la notion de « pouvoir structurel » revêt une importance centrale, d’autant plus si l’on se souvient que Strange l’a défini comme le pouvoir de façonner et de déterminer les structures de l’économie politique mondiale, un pouvoir qui est aujourd’hui plus crucial que jamais. Les problèmes évoqués concernent sans doute plus d’une forme d’incomplétude de la théorie développée par Susan Strange. Ils ne remettent pas en question l’importance centrale du concept de pouvoir structurel.

    Ce qui est réellement important pour nous, c’est de comprendre comment la création de la NBD par le « pouvoir structurel » des BRICS a affecté la structure financière visible dans le passage du « pouvoir d’influence » au « pouvoir de nuisance ».

    Nous sommes confrontés depuis 15 ans à une superpuissance en déclin (les États-Unis) qui tente de maintenir une capacité résiduelle d’influence sur les décisions internationales, soit en unissant ses forces avec d’autres pays occidentaux, soit par des actions unilatérales. D’un autre côté, nous avons des puissances contestataires, les pays de BRICS, qui sont progressivement passés d’une forme de compatibilité relative, qui n’est pas une identité, avec l’ancienne vision de superpuissance à une incompatibilité évidente et même à l’expression d’opinions ouvertement contradictoires. C’est ce conflit, ou du moins cet affrontement d’intérêts divergents, qui est important ici.

    Personne ne contesterait que les États-Unis et, à l’échelle mondiale, ce que l’on appelle « l’Occident collectif » disposaient, et disposent encore, d’un pouvoir structurel fort, bien qu’érodé, qui leur est propre, en particulier en ce qui concerne les structures financières qu’ils étaient habitués à dominer complètement. Il reste à voir si les pays des BRICS ont atteint le point où, eux aussi, disposeront d’un pouvoir structurel important dans ce domaine avec la capacité de contester l’hégémonie occidentale. Le fait que la Russie ait décidé en juin 2024 de choisir le Renminbi convertible pour ancre de son marché des changes, même si cette décision est le résultat des sanctions occidentales, pourrait annoncer de nouveaux changements. La Russie avait déjà décidé de coter officiellement le Renminbi au début de 2015 et d’organiser un marché spécifique de cette monnaie à la bourse de Moscou. La décision de juin d’abandonner les monnaies occidentales (Dollar et Euro) comme ancre du marché des changes apparaît ainsi à la fois comme une mesure d’opportunité en réaction aux sanctions financières et une mesure s’inscrivant dans une perspective bien plus large. Elle témoigne de l’affaiblissement du pouvoir financier de « l’Occident collectif ».

    Sans conteste, la montée en puissance des BRICS dans le domaine du financement du développement a été significative[79]. Comme décrit ci-dessus, la NBD a développé différents types de partenariats, sur différents domaines, et a acquis un niveau de compétence et de crédibilité extrêmement important. Cela implique un degré de confiance jamais connu auparavant par les pays qui tentent de défier le (ou les) pouvoir(s) hégémonique(s) de l’Occident. Cela montre que les nouveaux acteurs ne voient plus la compatibilité des intérêts et des idées avec les anciens dominants.

    Il s’agit d’un développement nouveau et important. Deux des principaux pays des BRICS, la Chine et l’Inde, semblaient partager des idées et des représentations avec la « puissance occidentale » dans les années 1990 et au début des années 2000[80]. La même chose peut être dite pour la Russie, au moins jusqu’à la crise financière de 2008-2010. Quel que soit le conflit d’intérêts qui avait pu exister dans d’autres domaines (et l’un des plus importants fut la guerre civile en ex-Yougoslavie et la question du Kosovo en 1998-1999), la Russie avait accepté l’hégémonie financière américaine et avait essayé d’en faire le meilleur usage. Mais après la « crise des subprimes », la situation a commencé à rapidement changer. Un auteur s’est intéressé aux conseils prodigués par le FMI lors de la crise de 2008-2010 pour expliquer qu’un conflit aurait pu alors éclater et que cela pourrait expliquer le passage de la compatibilité à l’incompatibilité[81].

    En réalité, le conflit entre la Russie et le FMI est bien plus ancien que cela et remonte au krach financier russe de 1998[82]. Mais, ce conflit n’a pas empêché la Russie, une fois sa situation stabilisée, de recourir aux marchés financiers mondiaux et, d’une manière générale, de jouer le jeu de la mondialisation financière du moins jusqu’en 2010/2012. C’est donc bien de la « crise des subprimes » que date une prise de conscience de l’incompatibilité des intérêts de la Russie avec l’hégémonie exercée par les États-Unis dans les domaines financiers et commerciaux. Il faut ici reprendre les raisons possibles pour une politique de « rupture », nous l’appelleront plus bas de « sortie », de la part des pays des BRICS.

    Une explication possible réside dans l’échec des États occidentaux, et en particulier des États-Unis, à faire face à cette crise. Cette évaluation aurait pu être partagée au moins par la Chine, l’Inde et la Russie, et aurait pu convaincre la Chine de construire ce que l’on a appelé la « Grande Muraille de l’Argent » [83]. Cela fut remarqué dans une certaine mesure par B. Bernanke lui-même[84].

    Une autre explication possible pourrait être la tendance à une politisation croissante de l’économie, devenue évidente depuis 2014-2016, d’abord avec la mise en œuvre des sanctions contre la Russie (2014), l’Iran, puis avec la tendance à l’utilisation unilatérale de la position du dollar par les États-Unis qui a été décrite au début de la première partie de ce texte.

    Quelle que soit la cause dominante, et il ne faut pas oublier que les deux peuvent se combiner, le changement est désormais évident. Même si nous sommes encore assez loin des discours sur la « dédollarisation » et de la création d’une « monnaie commune des BRICS » [85], il est clair que les pays des BRICS ont assumé une position offensive contre l’ordre mondial post-Bretton Woods.

    L’approche du pouvoir structurel de Strange se concentre sur la détermination des capacités sociales des différents acteurs. Cette approche, lorsqu’elle est complétée par une approche constructiviste des structures normatives internationales, peut s’avérer très utile lors de l’examen du nouveau rôle des BRICS dans la gouvernance mondiale. On peut voir un pas vers un bon indicateur institutionnel de la performance des BRICS en matière de gouvernance économique mondiale.

    Pourtant, analyser pleinement l’émergence des BRICS dans la gouvernance mondiale nécessite une nouvelle approche structurelle du pouvoir. Il faudra ici mentionner Douglass North qui pourrait nous donner quelques indices sur l’arbitrage qui sous-tend le processus de création d’une nouvelle institution par rapport au processus de tentative de changement, ou de faire évoluer, l’institution existante[86]. Mais il est encore plus fructueux de s’appuyer sur le concept d’Alfred Hirschman de « pression à la sortie contre l’utilisation de la voix », où le couple sortie-voix[87] implique que le coût de la sortie d’un groupe est évalué à la hauteur d’un risque d’une situation de multilatéralisme fragmenté, et où le coût d’une « voix » est quant à lui évalué aux capacités insuffisantes à à influencer les principes et les procédures du financement du développement, puis à accepter des décisions qui ne sont pas bonnes pour ses propres intérêts.

    Ce couple se met en place lorsqu’un membre à une revendication pour un pouvoir de décision accru et est prêt à en assumer le coût en augmentant les ressources qu’il met dans le système tout en étant autorisé à le faire par les acteurs dominants (ici « l’Occident collectif »). Dans le cas présent des BRICS, leur revendication d’un pouvoir décisionnel accru au sein des institutions de gouvernance mondiale a augmenté leur mécontentement latent dans la mesure où les pays dominants semblaient de pas vouloir écouter leur « voix ». Cela a conduit à la recherche de moyens alternatifs pour renforcer leur pouvoir en créant des institutions parallèles aux institutions établies, dirigées et engendrées par l’Occident.

    La Nouvelle Banque de Développement, vu sous cet angle, peut être perçue comme une matérialisation de l’option de « sortie ». Les pays des BRICS ont choisi une option alternative plutôt que d’essayer d’influencer – par la « voix » – les institutions existantes. Mais ils l’ont fait au prix d’un multilatéralisme fragmenté. Ce qui est alors intéressant, c’est pourquoi les pays BRICS ont choisi cette option et l’ont approfondie au cours des dernières années. Au cours de la phase initiale d’existence des BRICS (2006-2012), il semble qu’ils aient tenté de se faire écouter par les pays occidentaux. En fait, leurs demandes n’ont pas été prises au sérieux, du moins au début.

    Une interprétation possible pourrait être que, voyant leurs revendications pour plus d’égalité au sein des institutions internationales globalement rejetées ou ignorées et d’un autre côté l’incapacité des États-Unis et d’autres pays à calme et contrôler la « crise des subprimes », les pays des BRICS ont délibérément fait le choix d’une stratégie de sortie. Même après avoir fait ce choix, ils ont essayé de présenter la NBD comme complémentaire des institutions financières existantes[88], comme une sorte de stratégie mixte combinant « voix ET sortie », au moins jusqu’en 2016/17, avant de s’en détourner et de commencer à les contester directement. Cela pourrait prouver que les pays des BRICS ont fait preuve d’un degré considérable de prudence et n’ont décidé d’une stratégie de « sortie » complète qu’après avoir été convaincus qu’aucune autre option n’existait. Cela pose aussi la question de comprendre pourquoi les pays de « l’Occident global » n’ont ni su ni voulu entendre les revendications des ces pays et se sont enfermés dans leurs certitudes de pouvoir toujours disposer des moyens de contrôle sur l’économie globale.

    Il nous faut alors passer progressivement de l’économie à la politique, plus ou moins sur le même chemin que Susan Strange avait décrit. La NBD est-elle vraiment différente dans sa structure et ses pratiques de l’institution internationale engendrée par « l’Occident collectif » et représente-t-elle une réelle alternative[89] ? En d’autres termes, la différence se limite-t-elle au fait que la NBD soit une institution « non occidentale » OUla NBD est-elle également différente parce qu’elle s’appuie sur des règles différentes, et peut-être plus favorables aux pays émergents ?

    Les institutions de Bretton Woods ont clairement été créées sous l’hégémonie américaine. Même si c’est moins clair pour l’OMC, on peut dire que l’influence américaine a été extrêmement forte dans le passage du GATT tel qu’il existait au début des années 1960 et l’OMC. Leur poids fut très fort dans l’établissement de règles internes de l’OMC. Cela n’est pas surprenant si l’on considère l’équilibre des pouvoirs en 1944 ou au début des années 1980. Il ne faut pas oublier l’importance du « Consensus de Washington » dans l’élaboration des décisions du FMI et de la Banque mondiale dans les années 1990. Cela a eu de graves conséquences, notamment en Russie[90]. Mais la création de la NBD s’est faite dans un contexte très différent et il faut remonter à la création de la NBD et à son développement.

    Comme nous l’avons déjà dit, la création d’une Nouvelle Banque de Développement a été envisagée pour la première fois par les pays BRICS en 2012, mais l’accord formel ne fut signé qu’en 2014 à Fortaleza et la réunion inaugurale du conseil d’administration a eu lieu le 7 juillet 2015[91]. La NBD est devenue opérationnelle en 2016 avec son siège à Shanghai[92]. Elle a ouvert ses premiers bureaux régionaux, le premier dédié à l’Afrique, en 2017[93], suivis d’un deuxième bureau régional en 2019 à São Paulo, puis d’un autre bureau en Inde et en Russie. En 2021, elle a accueilli deux membres supplémentaires (Bangladesh, Émirats arabes unis) et un troisième en 2023 (Égypte). À cette époque, ces nouveaux membres n’étaient pas membres des BRICS. L’Uruguay a également eu le statut d’un « membre potentiel », qui a été admis par le Conseil des gouverneurs de la NDB et deviendra officiellement un pays membre une fois qu’il aura déposé ses instruments d’adhésion[94]. La NBD dispose d’un capital autorisé initial de 100 milliards de dollars, divisé en un million d’actions d’une valeur nominale de cent mille dollars chacune.

    Les membres fondateurs de NBD ont procédé à une souscription initiale de cinq cent mille actions pour un total de 50 milliards USD, dont cent mille actions correspondant à un capital libéré de 10 milliards USD et quatre cent mille actions correspondant à un capital appelable de 40 USD milliards. Le capital initial souscrit était réparti également entre les membres fondateurs. L’adhésion à la Banque est ouverte à tous les membres des Nations Unies, ce qui signifie que la banque s’attend à un grand nombre d’adhésions futures. La stratégie de la banque a été rapidement définie et des objectifs ont été fixés pour les années à venir[95]. Elle a signé son premier prêt fin 2016[96] et son portefeuille de prêts s’est rapidement enrichi avec le développement des prêts souverains et des prêts avec garantie souveraine[97]. L’accent a été mis sur le développement national et le partenariat avec d’autres institutions financières[98]. Nous sommes donc en face d’une institution qui a pour vocation à être réellement internationale (non limitée aux membres des BRICS) et qui, du moins dans ses textes, ne se pose pas en alternative, même si elle commence, dans la réalité, a en constituer une.

    Il reste à voir maintenant quelle est la diffusion du pouvoir à l’intérieur de la NBD. On peut penser que la diffusion du pouvoir de cette nouvelle institution pourrait être conditionnée à deux facteurs principaux : d’abord la taille des actionnaires (la Chine pouvant apparaître comme la puissance dominante) et ensuite les relations entre emprunteurs et prêteurs[99]. Mais si ces critères doivent être appliqués à la NBD, on constate que la composition de la banque a une perspective beaucoup plus multilatérale que celle du FMI ou de la Banque mondiale. La répartition de l’actionnariat, initialement à égalité entre chaque membre des BRICS, en témoigne. De plus, il existe un critère de communauté qui s’inscrit bien dans la perspective d’une économie de marché émergente. Le fait qu’il n’y ait pas d’actionnaire principal et que le pouvoir de la NBD ne s’exerce pas dans une seule région commune en est l’une des preuves[100]. La NBD se présente comme un cas unique parmi les organisations financières internationales car elle n’est pas polarisée, ni formellement ni informellement, par un seul pays « dominant », mais est en réalité « multipolarisée ».

    En termes de relation entre emprunteur et prêteur, les institutions financières multilatérales de développement existantes ont généralement établi deux formes de relations mutuellement exclusives : la relation emprunteur-prêteur et la relation emprunteur-emprunteur[101]. La première est strictement une relation de dépendance qui se traduit par des avantages pour le prêteur. La NBD présente une situation non mutuellement exclusive et est ouvert aux deux types de scénarios. La stratégie d’emprunt de la banque est à la fois emprunteur-prêteur et emprunteur-emprunteur[102], au travers des garanties qu’elle accorde. Cela a conduit au développement de produits financiers auxquels les membres et les non-membres de la banque peuvent accéder à la valeur de marché[103]. La NBD diffère donc du paradigme institutionnel classique établi sur les autres institutions financières internationales tel qu’il a été observé par Chris Humphrey[104]. Ces deux conditions sont devenues des variables importantes qui ont un impact sur le niveau de diffusion du pouvoir.

    L’approche structurelle du pouvoir fournit alors un bon cadre pour définir les intérêts et les capacités des actionnaires (les BRICS eux-mêmes) et les nouvelles relations de pouvoir créées via des programmes de prêt qui ont de nouvelles pratiques alternatives, comme le montre un tableau très instructif que l’on peut trouver dans l’article récent de Duggan, Ladines et Rewizorski[105].

    A partir d’une analyse basée sur les mémorandums d’accords du côté du préteur, ils montrent que la structure de la NBD diffère sensiblement de celle des autres Banques Multilatérales de Développement ou BMD[106]. Cela façonne clairement la stratégie de la NBD, non seulement en termes financiers mais aussi en termes d’objectifs à moyen et long terme. Le NBD présente ce qui est aujourd’hui une structure unique et homogène, où la structure actionnariale des membres historiques du NBD (et fondateurs) s’élève à un peu plus de 18 % par membre, ce qui signifie que chacun des BRICS partage un pouvoir égal. Cela permet à chacun de ses membres de fixer un agenda avec des priorités pour les économies émergentes.

    La NBD diffère également de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) dirigée par la Chine. Si les deux banques sont nées conceptuellement de puissances non occidentales, la Chine est dominante au sein de l’AIIB alors que la NBD se concentre sur l’égalité de pouvoir des actionnaires. Il est important de noter également que la stratégie de prêt de la NBD diffère de celle des autres BMD, et en particulier de la Banque mondiale. Les BMD sont des fournisseurs de ressources financières et, de ce point de vue, seule compte la manière dont les actionnaires satisfont aux conditions économiques et politiques formelles ou informelles.

    La structure actionnariale des Banques Multilatérales de Développement a, en effet, une incidence significative sur la détermination des actions de ces banques[107]. Les pays emprunteurs ayant des emprunts récurrents et ayant enregistré des améliorations budgétaires peuvent modifier les conditions requises pour les échanges. Cela entraîne une augmentation de la « voix » de ces emprunteurs spécifiques dans les processus décisionnels des BMD et une rupture de l’égalité des emprunteurs. La NBD, parce qu’elle crée une alternative en dehors du système actuel des BMD qui définissaient jusqu’ici le système de gouvernance économique mondiale, relie les deux parties et offre aux pays du « Sud global » une alternative qui renforce éventuellement leur capacité de négociation que ce soit avec le FMI ou la Banque Mondiale quand elle ne leur permet pas de contourner ces deux dernières institutions.

    Cette approche est intéressante car elle permet de définir les conditions qui déterminent un véritable changement en termes de structure du pouvoir. Bien entendu, la NBD est nouvelle en termes d’histoire de ses opérations, ayant commencé à prêter fin 2016. Il existe donc certaines limites à l’utilisation de la banque comme étude de cas. Mais la pertinence de cette étude de cas est incontournable dans la mesure où le NDB a vu son pouvoir et son influence croître régulièrement au cours de la dernière année. Qui plus est, sa dimension symbolique, en tant que première institution financière internationale créée par des pays appartenant à ce que l’on appelle aujourd’hui le « Sud global », confère à la NBD une place particulière au sein des institutions financières internationales, étant à la fois un complément ET un défi aux institutions financières déjà existantes. Cela favorise de nouvelles règles et normes. Certains ont même vu la NBD comme un possible défi pour le dollar[108].

    Il est possible qu’elle le devienne. Le projet de constitution d’une zone commerciale et monétaire autour de la Chine, de l’Inde et de la Russie qui est proposé dans un document stratégique publié par l’Institut de Prévision Économique de l’Académie des Sciences de Moscou[109] implique, de manière implicite, qu’une institution comme la NDB devienne le cœur d’une telle zone.

    La NDB se présente donc comme un cas unique pour évaluer le « pouvoir structurel » des BRICS. Son existence montre que ce « pouvoir structurel » est bien réel et commence à se comparer à celui des pays de « l’Occident global ». Son existence, et les opérations financières qu’elle conduit semblent suffisamment différentes de celles des autres BMD pour qu’elle soit devenue un pôle d’attraction important, du moins pour les pays de ce que l’on appelle le « Sud global ». Ce pouvoir d’attraction permet donc aussi aux BRICS de renforcer leur « pouvoir structurel ». Dès lors, l’analyse sort du cadre classique « causes-conséquences ». Si le « pouvoir structurel » des BRICS a été suffisant pour qu’ils créent et développent une institution comme la Nouvelle Banque de Développement, celle-ci en retour leur confère une « pouvoir structurel » supplémentaire dont seul l’avenir nous dira comment il sera mis en œuvre.

    Le développement de l’économie mondiale depuis la fin des années 1990 a conduit à des changements spectaculaires dans l’équilibre des pouvoirs politiques et économique.

    Loin de signifier une « fin de l’Histoire », la fin de la Guerre Froide a engendré des changements importants qui sont désormais porteurs de conflits d’intérêts, mais aussi de conflits de représentations et donc d’affrontements sur les normes et les règles. L’importance de ces conflits ne doit pas être sous-estimée. Ils structureront probablement le monde dans les vingt prochaines années.

    L’émergence des BRICS+ symbolise l’une des possibles nouvelles structuration du monde. Le fait que les pays des BRICS+ aient été poussés à une logique de contestation ouverte du monde dominé par « l’Occident collectif », alors qu’initialement ils cherchaient juste des modifications acceptables à ce monde en dit tout autant sur la montée en puissance de ces pays que sur le manque d’intelligence des pays du G-7 qui n’ont su, et sans doute pas voulu, leur accorder la place qui leur revenait logiquement dans les institutions internationales. La logique d’affrontement actuelle est largement le produit de cette incapacité, ou de cette mauvaise volonté.

    La part décroissante du G-7 et de « l’Occident global » dans le PIB mondial et inversement la croissance que les « puissances émergentes » comme la Chine et l’Inde ont connue ont probablement poussé vers l’obsolescence la plupart des institutions économiques mondiales engendrées par la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide.

    La gouvernance de l’économie mondiale est tombée des mains de l’Occident en partie à cause de ces changements objectifs et en partie à cause de facteurs subjectifs comme une politique américaine malheureuse, une généralisation de la pratique de sanctions unilatérales – donc illégales – et en partie à cause d’une réticence, voire d’une opposition ouverte, pour réformer à temps les institutions économiques mondiales existantes. Dans le jeu de négociation entre l’usage par des pays de la « voix » et celui de la « sortie » du système existant, la solution de la « sortie » de la domination du bloc occidental est lentement devenue dominante en raison de la combinaison de ces facteurs.

    Il faut rappeler que les pays des BRICS se sont montrés, au départ, extrêmement réticents à choisir une stratégie de « sortie ». Si leurs « voix » avaient été écoutées et entendues au début des années 2000, il est probable qu’ils n’auraient pas choisi une telle stratégie de « sortie ». Mais, l’option de la « sortie » n’est pas, et ne peut être, complète tant que de nouvelles institutions ne sont pas créées. La disparition des « anciennes » institutions n’est jamais complète avant que n’apparaissent de « nouvelles » institutions.

    Dans ce processus, l’impact des BRICS a été déterminant. Le fait que les pays des BRICS aient commencé à montrer leurs muscles en matière de renforcement des institutions, et le fait que ces pays se soient concentrés sur une institution financière, la NBD, avec ses différentes règles et normes, montre probablement que l’effondrement des institutions créées par l’Occident est un fait incontournable dans les 15 ou 20 prochaines années. En cela, la création de la Nouvelle Banque de Développement constitue bien un tournant stratégique de première importance. Elle est à la fois un signe du « pouvoir structurel » acquit par ces pays et un instrument de développement et de renforcement de ce même pouvoir structurel.

    Le choix d’une stratégie de « sortie » par les pays BRICS, et désormais BRICS+, ne résout cependant pas une dernière question. L’économie mondiale évoluera-t-elle vers une fragmentation stabilisée, ce qui impliquerait que les institutions « occidentales » pourraient survivre, quoique sous une forme réduite, pour gérer le fragment représenté par l’économie « occidentale », ou bien de nouvelles institutions, venant du « Sud global », seront-elles capables de conférer à ces pays l’hégémonie qui leur permettrait par la suite de réunifier l’économie mondiale autour de nouvelles règles de gouvernance.

    Ceci reste à voir et fait partie de l’histoire qui reste à écrire.

    *Jacques Sapir est Directeur d’études à l’EHESS, professeur à l’École de Guerre Économique (Paris), professeur associé à la MSE-MGU (Moscou), directeur du CEMI-CR451, et membre étranger de l’Académie des Sciences de Russie. Courriel: sapir@ehess.fr

    [1] Duggan N., Hooijmaaijers B., Rewizorski M., Arapova E.Y. (2021), “Unfinished Business: The BRICS, global governance, and challenges for south-south cooperation in a post Western world” in International Political Science Review, December 2021, International Political Science Review 43(2)

    [2] Sinclair, T. J., ‘Institutional Failure and the Global Financial Crisis’, in Wyn Grant, and Graham K. Wilson (eds), The Consequences of the Global Financial Crisis: The Rhetoric of Reform and Regulation, Londres-New York, Oxford University Press, 2012

    [3] See Wade R., (1998), “The Asian debt-and-development crisis of 1997? Causes and consequences”, in World Development, Volume 26, Issue 8, Pages 1535-1553,

    [4] Lipscy, P. Y. (2003). « Japan’s Asian Monetary Fund Proposal » (PDF). Stanford Journal of East Asian Affairs, Vol. 3 (1), pp. 93–104. Narine, S. (2003), “The Idea of an ‘Asia Monetary Fund’: The problems of Financial Institutionalism in the Asia-Pacific”, in Asian Perspective, 27(2), 65–103.

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    [6] Boughton, J. (2006), “Who’s in Charge? Ownership and Conditionality in IMF-supported programs”, chapter 1, in G. Ranis, J. Vreeland and S. Kosack (2006), Globalization and the Nation State, New York, NY: Routledge. Dreher, A. and R. Vaubel: “Do IMF and IBRD Cause Moral Hazard and Political Business Cycles? Evidence from Panel Data”, in Open Economies Review 15, 2004, pp. 5-22.

    [7] https://www.justice.gov/criminal/criminal-fraud/foreign-corrupt-practices-act

    [8] https://home.treasury.gov/policy-issues/tax-policy/foreign-account-tax-compliance-act

    [9] http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i4082.asp . A more recent report from the FrenchNational Assembly is also available : Rétablir la souveraineté de la France et de l’Europe et protéger nos entreprises des lois et mesures à portée extraterritoriale, Paris, Assemblée Nationale, 26 juin 2019, 101 p., https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/194000532.pdf

    [10] Hackler, L., Hefner, F., & Witte, M. D. (2020), “The Effects of IMF Loan Condition Compliance on GDP Growth” in The American Economist, vol. 65(n°1), pp. 88-96. Syed A. et Sukar A-H, (2018), « A Critical Evaluation of IMF History and Policies” in Management and Economics Research Journal, Vol4, S1, pp. 60-66. Steinwand M.C. et Stone R.W., (2008), “The International Monetary Fund: A Review of the Recent Evidence”, in The Review of International Organisations, Vol.3, pp. 123-149. Joyce, J. P. (2006), “Promises made, promises broken: A model of IMF program implementation” in Economics & Politics, vol.18, pp. 339–365. Vines D. et Gilbert C.L. (edits.), The IMF and its Critics – Reform of Global Financial Architecture, Londres-New York, Cambridge University Press, 2004. Alesina, A., & Dollar, D. (2000), “Who Gives Aid to Whom and Why?” in Journal of Economic Growth, Vol. 5, pp. 33– 63 (Mars)..

    [11] Bussmann M., Schneider G., (2007), “When Globalization Discontent Turns Violent: Foreign Economic Liberalization and Internal War”, in International Studies Quarterly, Volume 51, Issue 1, March 2007, Pages 79–97. Hartzell, C. A., Hoddie, M., Bauer, M., (2010). Economic liberalization via IMF structural adjustment: sowing the seeds of civil war? in International Organizations, Vol. 64 (2), pp. 339–356

    Read also:Labor Unions Urge Biden to Halt Military Aid for Israel

    [12] Walton, J., & Ragin, C. (1990) “Global and National Sources of Political Protest: Third World Responses to the Debt Crisis” in American Sociological Review, 55(6), pp. 876–890. Walton, J. and Seddon, D. (1994). Food Riots Past and Present. In J. Walton and D. Seddon), (eds) Free Markets & Food Riots Wiley Online Books

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    [14] Grabel, I. (2003), “Averting crisis: Assessing measures to manage financial integration in emerging economies” in Cambridge Journal of Economics, vol. 27, no. 3, pp. 317–36.

    [15] Grabel, I. (2011). “Promising Avenues, False Starts and Dead Ends: Global Governance and Development Finance in the Wake of Crisis”, Political Economy Research Institute, Working Paper No. 241, University of Massachusetts-Amherst

    [16] Weisbrot, M. and Johnson, J., “IMF Voting Shares: No Plans for Significant Changes’, Center for Economic and Policy Research”, Issue Brief, Washington, DC, 2009.

    [17] Weisbrot, M., Cordero, J. and Sandoval, L., ‘Empowering the IMF: Should Reform be a Requirement for Increasing the Fund’s Resources?’, Center for Economic and Policy Research, Washington, DC, 2009.

    [18] Bird, G., (1996), “The International Monetary Fund and the Developing Countries: A Review of the Evidence and Policy Options,” in International Organization, N°50, no. 3. Thacker, S. (1999), “The high politics of IMF lending”, In World Politics vol. 52 (1), pp. 38–75

    [19] Sapir J., « Le FMI et la Russie: conditionnalité sous influences », in Critique Internationale, n°6, Hiver 2000, pp. 12-19.

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    [21] Rowlands, D., (1995), “Political and Economic Determinants of IMF Conditional Credit Arrangements: 1973–1989” (Manuscript, Norman Paterson School of International Affairs, Carleton University, Ottawa, Ont.)

    [22] Sapir J., « Le FMI et la Russie: conditionnalité sous influences », in Critique Internationale, n°6, Hiver 2000, op. cit..

    [23] Killick, T., (1995), IMF Programs in Developing Countries: Design and Impact, London, Routledge.

    [24] Soo K. Y. and Russett, B., (1996), “The New Politics of Voting Alignments in the United Nations General Assembly,” in International Organization 50, no. 4.

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    [27] Cohen B.J., (2012), “The Yuan Tomorrow; Evaluating China’s Currency Internationalization Strategy” in New Political Economy, Vol. 17, n°3, pp. 361-371.

    [28] Kent, A. (2007), Beyond compliance: China, international organizations, and global security, Redwood City:, Stanford University Press

    [29] Foot, R., and A. Walter, (2011), China, the United States, and the global order, Cambridge, Cambridge University Press

    [30] Kim, D. (2023). The Biden Doctrine and China’s response. International Area Studies Review, 26(2), 107-124. Voir aussi, M. Li et B. Hernandez, “US-China relations in the Biden Era : a timeline », sur le blog China Briefing, https://www.china-briefing.com/news/us-china-relations-in-the-biden-era-a-timeline/

    [31] N. Woods, (2003), “Unelected governments: making the IMF and World Bank more accountable”, https://www.brookings.edu/articles/unelected-government-making-the-imf-and-the-world-bank-more-accountable/ . Bello, W., et S. Guttal. (2005) »Programmed to fail: the World Bank clings to a bankrupt development model. » In Multinational Monitor, vol. 26, no. 7-8, July-Aug. Girdwood, J., (2007),“Reforming the World Bank: From Social-Liberalism to Neo- Liberalism.” in Comparative Education, vol. 43, no. 3, 2007, pp. 413–431 . Rappleye, J. et U., Leang. (2018), “What drives failed policy at the World Bank? An inside account of new aid modalities to higher education: context, blame, and infallibility” in Comparative Education, n° 54, pp. 1-25 McCormack G., (2018), “Why ‘Doing Business’ With the World Bank May be Bad for You, in European Business Organization Law Review, vol. 19, pp. 649–676. International Trade Union Confederation (2013) Why the World Bank must do better at Doing Busi- ness. http://www.ituc-csi.org/why-the-world-bank-must-do-better?lang=en/.

    [32] Collier P. (1997), “The Failure of Conditionality” In Gwin C, Nelson J.M. (ed), Perspectives on Aid and Development, Washington, DC: Overseas Development Council, pp. 51–77. Easterly W., (2002), “The Cartel of Good Intentions: The Problem of Bureaucracy in Foreign Aid.” In Journal of Policy Reform vol. 5 (4), pp. 223–50.

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    [34] Birdsall N., Subramanian A., (2007), “‘From World Bank to World Development Cooperative.” Washington, DC: Center for Global Development. Birdsall N. and Scott M., (2016) “Multilateral Development Banking for this Century’s Development Challenges: Five Recommendations to Shareholders of the Old and New Multilateral Development Banks.” Washington, DC: Center for Global Development, https://www.cgdev.org/publication/multilateral-development-banking-for-this-centurys-development-challenges

    [35] Kopiński D., Qian S., (2014) “New Friends, Old Friends? The World Bank and Africa When the Chinese Are Coming.” In Global Governance 20 (4): pp. 601–623. https://www.jstor.org/stable/24526327

    [36] See Reihard C., 21 mai 2020,

    https://www.bloomberg.com/news/videos/2020‑05‑21/reinhart‑says‑covid‑19‑is‑the‑last‑nail‑in‑the‑coffin‑of‑globalization-video

    [37] Guterres A. (2020), “Global Wake-up Call.” United Nations. https://www.un.org/en/coronavirus/global-wake-call

    [38] Kanbur R. (2017), “What is the World Bank Good For? Global Public Goods and Global Institutions.” CEPR Discussion Paper No. DP12090. https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2988848

    [39] Stephen, Matthew D., ‘Contestation Overshoot: Rising Powers, NGOs, and the Failure of the WTO Doha Round’, in Matthew D. Stephen, and Michael Zürn (eds), Contested World Orders: Rising Powers, Non-Governmental Organizations, and the Politics of Authority Beyond the Nation-State, Londres-New York, Oxford University Press, 2019.

    [40] Sur le remplacement du GATT par l’OMC, voir Sapir J., Le Protectionnisme, Paris, PUF, coll. Que-Sais-Je, 2022.

    [41] WTO, Marrakesh Agreement Establishing the World Trade Organization, 15 April 1994, 1867 UNTS 154, Arts. III.2 and III.3

    [42] WTO, Understanding on Rules and Procedures Governing the Settlement of Disputes, Marrakesh Agreement Establishing the World Trade Organization, Annex 1C, 33 ILM 1197, 15 April 1994

    [43] Creamer L., (2019), ‘From the WTO’s Crown Jewel to Its Crown of Thorns’, in American Journal of International Law Unbound vol. 51; T. Payosova, G. C. Hufbauer, and J. J. Schott, (2018), ‘The Dispute Settlement Crisis in the World Trade Organization: Causes and Cures’, Policy Brief, 18-5

    [44] Jones K., (2009), The Doha Blues: Institutional Crisis and Reform in the WTO, New-York – Oxford, Oxford University Press,

    [45] Harding R. et Reed J., « Asia-Pacific countries sign one of the largest free trade deals in history », in Financial Times, 15 novembre 2020, https://www.ft.com/content/2dff91bd-ceeb-4567-9f9f-c50b7876adce

    [46] Sapir J. « Le consensus de Washington et la transition en Russie: histoire d’un échec », in Revue Internationale de Sciences Sociales, n°166, décembre 2000, pp. 541-553.

    [47] A. Gramsci, “« The crisis consists precisely in the fact that the old dies and the new cannot be born: during this interregnum we observe the most varied morbid phenomena», in Gallimard, Paris (ed. R. Paris) translation of Gramsci, Cahiers de Prisons, Cahier 3, §34, p. 283.

    [48] Cochrane et Zaidan E, (2024), “Shifting global dynamics: an empirical analysis of BRICS + expansion and its economic, trade, and military implications in the context of the G7” in Cogent Social Science, vol10, n°1, https://www.tandfonline.com/doi/citedby/10.1080/23311886.2024.2333422?scroll=top&needAccess=true

    [49] Hancock, T., & Cohen, M. (2023). How BRICS became a club that others want to join. https://www.bloomberg.com/news/articles/2023-11-03/how-brics-became-real-and-invited-saudis-iran-egypt-uae-ethiopia-argentina

    [50] O’ Neill, J. (2001), Building better global economic BRICs. Global Economics Paper Series (No. 66), https://www.goldmansachs.com/insights/archive/building-better.html

    [51] Sapir J., « From Financial Crisis to Turning Point. How the US ‘Subprime Crisis’ turned into a worldwide One and Will Change the World Economy » in Internationale Politik und Gesellschaft, n°1/2009, pp. 27-44.

    [52] Nayyar, D. (2016), “BRICS, developing countries and global governance”, Third World Quarterly, 37(4), 575–591.

    [53] “BRICS EXPRESSES INTERESTS OF GLOBAL MAJORITY, SAYS RUSSIAN PRESIDENTIAL AIDE USHAKOV”, https://brics-russia2024.ru/en/interview/yuriy-ushakov-briks-na-dele-vyrazhaet-interesy-mirovogo-bolshinstva/

    [54] Pomeranz, W. (2013) “Why Russia needs the BIRCS” in Global Public Square, from https://globalpublicsquare.blogs.cnn.com/2013/09/03/why-russia-needs-the-brics

    [55] Saran, S. (2015), “India’s contemporary plurilaterlaism”, In D. E. Malone, C. R. Mohan, and S. Raghavan (Eds.), The Oxford Handbook of Indian Foreign Policy. Oxford, Oxford University Press.

    [56] Radulescu I.G., Panait M. and Voica C., (1014), “BRICS countries challenge to the world economy new trends”, in Procedia Economics and Finance 8, pp. 605 – 613

    [57] Harmon, R. (2024). How Saudi Arabia’s BRICS membership could affect trade in the region. https://www.logisticsmiddleeast.com/business/how-saudi-arabias-brics-membership-could-affect-trade-in-the-region

    [58] « Crisis of Globalization : The new context and challenges for national economies » in A.S. Zapesotsky (ed.),Contemporary Global Challenges and National Interest – The 15th International Likatchov Scientific Conference, Saint-Petersburg, 2015, pp. 142-145.

    [59] https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-05-21/reinhart-says-pandemic-is-last-nail-in-globalization-s-coffin and https://www.hks.harvard.edu/centers/mrcbg/programs/growthpolicy/reinhart-says-covid-19-last-nail-coffin-globalization-carmen

    [60] New Development Bank (NDB). (2021), “NDB admits Egypt as new member”, Press Release on 29th December 2021, from https://www.ndb.int/press_release/ndb-admits-egypt-as-new-member

    [61] Garcia, A., & Bond, P. (2019). Amplifying the contradictions: The centrifugal BRICS. Social Register, 55, 223–246

    [62] Chakraborty, S. (2018), “Significance of BRICS: Regions powers, global governance, and the roadmap for multipolar world” in Emerging Economy Studies, 4(2), pp. 182–191.

    [63] https://www.banque-france.fr/en/publications-and-statistics/publications/expansion-brics-what-are-potential-consequences-global-economy#:~:text=With%20the%20expansion%2C%20the%20new,of%20commitment%20to%20inclusive%20multilateralism. See also Loewe P., “The Rise of the BRICS in the global economy”, in Teaching Geography, Vol. 41, No. 2, (Summer 2016), pp. 50-53 (4 pages)

    [64] Santiago, F. (2020), “The role of industrial policies in the BRICS economic integration process.”, Inclusive and Sustainable Development Working Paper Series (No. 1) , UNIDO, Research, Statistics and Industrial Policy Branch, from

  • الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد 85، بتاريخ 17 من آب/أغسطس 2024

    الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد 85، بتاريخ 17 من آب/أغسطس 2024

    يتضمن العدد الخامس والثمانون من نشرة "متابعات" الأسبوعية فقرة أولى عن بعض جوانب العدوان الصهيوني، منها الدّعم الأمريكي المُطلق، واستهداف اغتيالات العدو الهرم السّكّاني الفلسطيني كشكل من أشكال "الإبادة الإنتقائية" أو القتل البطيء لشعب بكامله، فقرة عن آفاق الإنفاق عن التسلح وفقرة عن حُكم تاريخي بالقضاء الأمريكي ضد شركة احتكارية أمريكية، لصالح ضحاياها في كولومبيا،، خلال فترة الحرب الأهلية وفقرة عن اقتصاد الأرجنتين وفقرة عن استغلال السلطات الفرنسية لدورة باريس للألعاب الأولمبية لتجربة وسائل الرقابة الجماعية على نطاق واسع، وفقرة عن تسليم مصارف بريطانيا بيانات زبائنها لأجهزة الإستخبارات بذريعة مكافحة غسيل الأموال...

    تضغط الولايات المتحدة مباشرةً أو بواسطة حُلَفائها على إيران و«حزب الله» لدفعهما إلى « ضَبْط النّفس » وعدم الرد على الاغتيالات وانتهاك حرمة الفضاء اللبناني والإيراني، ولا تفعل ذلك مع الكيان الصهيوني بل تُهَيِّئُ مع بريطانيا وفرنسا وألمانيا خطط خطط الدّفاع العسكري والإيديولوجي والدّبلوماسي عن الكيان الصهيوني، وكَتَبَ موقع «وول ستريت جورنال» ( يوم الإربعاء 14 آب/أغسطس 2024) عن طبيعة العلاقة العُضْوِيّة وعن إقرار الإدارة الأمريكية مبيعات أسلحة للعدو الصهيوني، بقيمة تَفُوق عشرين مليار دولارا، وتشمل الصّفْقَة طائرات مقاتلة من طراز  » إف 15  » وعشرات الآلاف من قذائف الدبابات وقذائف الهاون، وتتوقّع الصحيفة إقرار الكونغرس مزيدًا من المُساعدات المالية والعسكرية ومن بينها توقيع عقود لإنتاج الأنظمة العسكرية والأسلحة، قبل موعد الانتخابات الرئاسية، فيما يُواصل الكيان الصّهيوني استهداف الشباب في غزة وبلغت نسبة الشهداء من الشباب ( تحت سن الثلاثين، ذُكُورًا وإناثًا ) نحو 24% من عدد شهداء غزة ونحو 70% من عدد الشهداء في الضفة الغربية، بهدف القضاء على الفلسطينيين القادرين على الإنجاب وعلى استمرارية النّمو الدّيموغرافي « الطّبيعي » في الأراضي المحتلة سنة 1967، بل استهدف القصف الصهيوني الأطفال في المدارس التي لجأ إليها سكّان غزة، فضلا عن الإصابات والإعتقالات،  ويُشكّل الأطفال نحو 41% من عدد الشهداء في قطاع غزة، ونحو 23% من عدد شهداء الضفة الغربية منذ بداية العدوان، و يُشكّل الأطفال المصابون نحو نسبته 7% من إجمالي عدد الجرحى في القطاع، وترتفع هذه النسبة لتصل إلى نحو 70% مع إضافة النساء اللواتي يشكلن، ولا سيما في سن الإنجاب، الفئة العمرية الثالثة المستهدفة ( إلى جانب الشباب والأطفال)، لينخفض معدل النمو المقدر في قطاع غزة من نحو 2,7% سنة 2023 إلى نحو 1% سنة 2024، وفق جهاز الإحصاء الفلسطيني الذي يتوقع اختلال الهرم الدّيموغرافي والتركيبة العُمرية للسكان…  

    توقّعت شركة إيرباص لصناعة الطائرات ارتفاع مبيعاتها السنوية سنة 2024، وخلال نفس اليوم ( الثلاثاء 23 تموز/يوليو 2024) أعلنت شركة لوكهيد مارتن لصناعة الأسلحة توقعات مماثلة بارتفاع مبيعاتها إلى نحو 71,5 مليار دولارا، وارتفاع أرباحها، في أعقاب صفقة مع وزارة الحرب الأمريكية لتسليم طائراتها من طراز إف-35، وأدّى نَشْر هذه التّوقّعات إلى ارتفاع أسعار أسهم شركات صناعة السلاح بشكل عام وارتفاع أسهم شركة شركة لوكهيد مارتن بنسبة 3,2% وكانت وزارة الحرب الأمريكية قد عَلّقت تسلم طائرات إف-35 قبل بضعة أشهر، بسبب التأخير في تحديث برمجيات الطائرة بهدف رَفْع قدراتها التّدميرية، وهي أغلى طائرة في العالم، ويُعدّ برنامجها اللوجيستي أكبر برنامج دفاعي في العالم ويساهم بنحو 30% من إيرادات الشركة، وتدّعي الشركة إن طائرة إف-35 هي المقاتلة الأكثر تقدما في العالم.

    يُشكّل مُجَمّع الصناعات العسكرية الأمريكية أكبر مجموعة ضغط عالمية، ولها دَوْرٌ كبير في تمويل وفَوْز الرّؤساء والنواب في الولايات المتحدة لتجني الفوائد بعد الإنتخابات، وعلى سبيل المثال، وافق الكونغرس – قبل ثلاثة أشهر – على تمويل إضافي بقيمة 95 مليار دولارا بعنوان مساعدات لأوكرانيا والكيان الصهيوني، وكلاهما يخوض حربًا تستهلك كميات كبيرة من الذّخايرة، ومن بينها صواريخ باتريوت – من تصنيع شركة لوكهيد مارتن – مما أدى إلى ارتفاع أرباح الشركة الأمريكية…

    أما شركة جنرال ديناميكس للصناعات الثقيلة ( طائرات بوينغ) فقد أعلنت يوم 24 تموز/ يوليو 2024 ارتفاع إيراداتها خلال الربع الثاني من العام 2024 بنسبة 18%، لتصل إلى 11,98 مليار دولارا، وذلك بفضل ارتفاع الطلب على ذخائرها ودباباتها ومدفعيتها والغواصات التي تعمل بالطاقة النووية والمعدات العسكرية لإمداد أطراف الصراعات الجيوسياسية المستمرة بنة لا تقل عن 25%، مقارنة بالفترة نفسها من العام الماضي، وبفعل ارتفاع إيراداتها من الطائرات الخاصة ( لرجال الأعمال والأثرياء) بنسبة 50% على أساس سنوي، واستفادت شركة جنرال ديناميكس كذلك من برنامج المساعدات البالغة 95 مليار دولار لأوكرانيا والكيان الصهيوني والتي أقرها الكونغرس في وقت سابق من سنة 2024، كما استفادت  شركات كبرى أخرى مثل نورثروب غرومان من العقود الحكومية الأمريكية… 

    تنشر شركات صناعة الأسلحة الأمريكية والأوروبية دراسات (مُوَجَّهَة للتّأثير في صُنّاع القرار) عن التّسلّح في العالم، وارتفاع الإنفاق العسكري لخصوم الولايات المتحدة ودول حلف شمال الأطلسي ( روسيا والصّين بشكل خاص) وتضخيم التّهديدات، لتضمن زيادة إنفاق الحكومات « الغربية » على الأسلحة « لمواجهة روسيا والصين »، وأدّت هذه الأساليب وغيرها ( الحروب جزء لا يتجزّأ من التّوسّع الإمبريالي) إلى ارتفاع الإنفاق العسكري سنة 2023 إلى 2,4 ترِيليون دولارا، وفقا لمعهد ستوكهولم الدولي لأبحاث السلام (سيبري) واتفقت الدول الأعضاء في حلف شمال الأطلسي، خلال قمة واشنطن (تموز/يوليو 2024) على زيادة الإنفاق بنسبة كبيرة مما يعني استمرار حرب أوكرانيا وعربدة و »بَلْطَجَةَ » الكيان الصهيوني، وتعزيز أسعار أسهم شركات صناعة الأسلحة وأرباحها، منذ 2022 (لوكهيد مارتن ورايثيون الأمريكية والشركات الأوروبية ليوناردو وشركة بي إيه إي سيستمز البريطانية وشركة –  Rheinmetall  – الألمانية وساب السويدية وغيرها، وانتعشت صناعة الصواريخ والطائرات بدون طيار والمركبات المدرعة وقذائف المدفعية، ومنذ 2012، عززت الولايات المتحدة الإنفاق العسكري لتكثيف حضورها في منطقة آسيا والمحيط الهادئ، وشملت زيادة الإنفاق: الغواصات وأنظمة الدفاع الجوي الصاروخي ( من إنتاج شركة رايثيون)، بغض النظر عن إسم الحزب الحاكم والرئيس في الولايات المتحدة فالإنفاق العسكري والشراكات مع دول حلف شمال الأطلسي (خصوصا أوروبا) تحظى بدعم من الحزبَيْن، وكذا الأمر في بريطانيا وألمانيا وفرنسا وإيطاليا وغيرها… 

    سبق أن كتبتُ عن دَوْر شركة الفواكه المتحدة ( يونايتد فروتس) الأمريكية العابرة للقارات والتي أصبح إسمها « تشيكيتا » في الإنقلاب الذي نظمته وأشرفت على تنفيذه الإستخبارات الأمريكية في غواتيمالا، سنة 1954، بهدف إلغاء برنامج الإصلاح الزراعي الذي أقرّه الرئيس يعقوب آربينز، ما يُؤَكّد قُوّة الشركات العابرة للقارات ذات المنشأ الأمريكي، لأن الدولة الأمريكية وجيشها واستخباراتها في خدمة هذه الشّركات…

    قامت مليشيات قوات الدفاع الذاتي الكولومبية بتزويد شركة تشيكيتا بفرق أمنية في مناطق متعددة في شمال البلاد كولومبيا مقابل تمويل منتظم في علاقة وصفها المدعون بأنها « شراكة متساوية » بين سنتَيْ 1987 و 2004، فضلا عن المساعدات المادية المباشرة، بما في ذلك البنزين والنقل واستخدام أرصفة الشحن التي تسيطر عليها شركة تشيكيتا براندز التي اختارت المُشاركة في الصراع المُسلح والإستفادة منه إلى أقصى الحدود، وفقا لوثائق المحكمة، وتمكّنت شركة « تشيكيتا »، العملاق الأمريكي للفاكهة، طيلة عِقْدَيْن من عرقلة مساعي عائلات ضحايا مجازر المليشيات التي تمولها شركة تشيكيتا، وتمكنت من إحباط محاولات مقاضاة الشركة في المحاكم المدنية في كولومبيا والولايات المتحدة، بسبب دورها في منطقتَيْ أورابا وماغدالينا ميديو الكولومبيتين، وتمكّنت تشيكيتا براندز من عرقلة المحاكمة باستخدام تكتيكات قانونية في كلا البلدين، وبعد 17 سنة، أَقَرّت هيئة محلفين أمريكية في ميامي أن شركة الموز العملاقة تشيكيتا براندز إنترناشونال مسؤولة عن مقتل مدنيين كولومبيين بسبب تمويلها المليشيات المُسمّاة قوات الدفاع الذاتي المتحدة الكولومبية  (AUC)، وهي فرقة موت شبه عسكرية وحشية، مسؤولة عن مقتل آلاف المدنيين وعن آلاف الإنتهاكات لحقوق الإنسان، خلال سنوات الحرب الأهلية التي استمرت لأكثر من نصف قرن في كولومبيا، وهو « حكم تاريخي في مسيرة النضال من أجل حقوق الإنسان »، وفق الإدّعاء العام الذي أثْبَتَ تمويل مجموعة تشيكيتا للمليشيات المُسلّحة (قوات الدّفاع الذاتي الكولومبية المتحدة) التي قتلت آلاف المَدَنيّين بين 1997 و 2004، أواخر التسعينيات ومنتصف العقد الأول من القرن الحادي والعشرين، وهي بعض من أكثر سنوات الحرب الأهلية الكولومبية عنفًا، وتم توثيق بعض الفظائع من قِبَلِ وسائل الإعلام الكولومبية والأمريكية، مما اضطرّ وزارة الخارجية إعلان « قوات الدّفاع الذّاتي » الكولومبية منظمة إرهابية منذ سنة 2001…

    قدّمت منظمة  » منظمة حقوق الأرض الدولية  » ( Earth Rights International) قضية سنة 2004، باسم مجموعة أولى من الضّحايا، وبعد 17 عاماً من الإجراءات القانونية، حكمت هيئة المحلفين بأن تدفع شركة تشيكيتا 38,3 مليون دولار للمدعين في ثماني من قضايا القتل التسع التي درستها المحكمة، وهي سابقة تاريخية، لأن هيئات المحلفين الأمريكية رفضت جميع الدّعاوى ضدّ أي شركة أمريكية كبرى، واو ثبتت مسؤوليتها أو تواطئها في انتهاكات خطيرة لحقوق الإنسان في بلد آخر…

    كان توقيع اتفاق السلام سنة 2016 بين الحكومة والقوات المسلحة الثورية الكولومبية (فارك) مرفوقًا بعدة إجراءات ومن بينها « العدالة التصالحية » التي تبت في تقديم العلاج والتعويضات لملايين الضحايا الذين قتلوا أو نزحوا أو أصيبوا أو اعتُدي عليهم أثناء الصراع، فضلا عن إنشاء هيئة عدالة انتقالية مستقلة للتحقيق في الجرائم ضد الإنسانية التي ارتكبتها الجماعات المسلحة وقوات الأمن الكولومبية، وشملت التحقيقات حالات مثل مسؤولية الجيش النظامي في مساعدة مليشيات منظمة قوات الدفاع الذاتي الكولومبية » على ارتكاب مجازر قُتِلَ خلالها أكثر من 6400 مدني، وتم تسجيلهم من قِبَل الجيش كمقاتلين ينتمون إلى القوات المسلّحة الثورية الكولومبية (فارك) أو ضحايا حرب العصابات لتضخيم إحصاءات ضحايا « فارك »

    أشارت وثائق المحكمة إلى تَفَطُّن أحد مُدِيرِي شركة تشيكيتا براندز إلى المسؤولية القانونية للشركة، وكتب رسالة إلكترونية (كانون الأول/ديسمبر 2003) تضمّنت: « يبدو أننا نرتكب جريمة جنائية »، ومع ذلك، استمرت الشركة في تمويل المليشيات المُسلّحة حتى نهاية 2004 على الأقل، مما يجعلها مسؤولة عن قَتْل الضحايا، ومن المقرر أن تبدأ جلسات الاستماع التمهيدية في قضية ثانية تضم ضحايا آخرين يرفعون دعاوى ضد شركة تشيكيتا قبل نهاية شهر تموز/يوليو 2024، وتواجه شركة تشيكيتا – التي أعلنت أنها ستستأنف القرار- مئات القضايا لأُسَر أكثر من ألف ضحية، فضلاً عن قضية جنائية تتهم المسؤولين التنفيذيين بـ « التآمر المشدد لارتكاب جريمة »، وفق محامي  منظمة « إيرث رايتس »، وتمثل هذه القضية أَوّل حالة يتم فيها تحميل شركة أمريكية مسؤولية تمويل « فِرَق الموت » في كولومبيا، وهو الاتهام الذي وُجِّهَ منذ فترة طويلة ضد شركة كوكا كولا، وشركة الفحم الأمريكية دراموند، وشركة التعدين الكندية العملاقة أريس ماينينغ (كولومبيا غولد سابقًا)، وشركات أخرى، وقد يُشكّل الحكم في قضية تشيكيتا سابقة في التحقيقات الجارية في تصرفات بعض هذه الشركات أيضًا.

    كتب الصحفي الكولومبي إغناسيو غوميز، طيلة 21 سنة، مقالات وتحقيقات عن المُشاركة المباشرة لشركة تشيكيتا ( شركة الفواكه المتحدة سابقا) في جرائم القتل الجماعي في كولومبيا، وعرقلت الشركة الأمريكية نشرَ تحقيقاته، من خلال الدعاوى القضائية، فضلاً عن التهديدات من المليشيات اليمينية التي تُموّلها الشركة، وصرّح بعد الحُكم – الذي أعلنت تشيكيتا استئنافه- « إن تاريخ تشيكيتا في أميركا الجنوبية يتجاوز هذه القضية »، ويُعيد التّذكير ب »مذبحة الموز » في كولومبيا التي قُتِلَ خلالها مئات من عمال المزارع المضربين في أوائل القرن العشرين، عندما كانت تشيكيتا تحمل اسمًا آخر أكثر شهرة: شركة الفواكه المتحدة (يونايتد فروتس)  غير إن تغيير إسمها لم يُغَيِّر من أسلوبها الدَّمَوِي لتعظيم الأرباح… 

    أدّى خفض قيمة عملة البيزو الذي نفذه الرئيس خافيير مايلي بعد فترة وجيزة من توليه الرئاسة في أوائل كانون الأول/ديسمبر 2023، إلى ارتفاع الأسعار الذي نجم عنه تفاقم مستويات الفقر إلى 49,5%  من سكان البلاد، وإلى 57,4% خلال الربع الأول من سنة 2024، وهو أعلى مستوى منذ 20 عاماً، وأفادت بيانات رسمية صدرت في بداية حزيران/يونيو 2024، أن أكثر من نصف الأرجنتينيين يعيشون الآن في حالة فقر، مع ارتفاع معدلات الفقر وارتفاع عدد المعوزين بشكل متواصل منذ عام وتسارعها منذ أن تولى الرئيس خافيير ميلي الرئاسة متبعا سياسة خفض الإنفاق، وفق مرصد الدَّيْن الإجتماعي (الجامعة الكاثوليكية) وتشير جميع المؤشرات الاقتصادية إلى التأثير السّلبي لإجراءات التقشف التي اتخذها الرئيس خافيير مايلي، وانخفاض معدلات التوظيف والاستهلاك بالإضافة إلى ارتفاع معدّل التضخم السنوي ليتجاوز 200% بالتوازي مع تجميد الحكومة توزيع آلاف الأطنان من المساعدات الغذائية لعدة أشهر بانتظار إجراء مراجعة لمطابخ الحساء التي تقدم الطعام المجاني للفقراء…

    كان الإقتصاد الأرجنتيني يُعاني، بنهاية الرُّبع الأول من سنة 2024، أزمات قاسية، عمقت من مستويات الفقر بفعل زيادة الأسعار والديون ما دفع آلاف المواطنين للإحتجاج والتّظاهر في الشوارع، في ظل سياسة أطلق عليها الرئيس خافيير مايلي « العلاج بالصدمة »، وتمثلت في تجاوز شروط صندوق النقد الدّولي مقابل قرض بقيمة 43 مليار دولارا، وأدّت سياسة « العلاج بالصّدمة » إلى ارتفاع  معدل التضخم السنوي في الأرجنتين إلى 287% بنهاية الربع الأول من سنة 2024، وهو من بين أعلى المعدلات في العالم، بحسب وكالة « أسوشييتد برس » ( 23/07/2024)، الأمر الذي أدى إلى تفاقم الفقر وتحفيز الإضرابات والاحتجاجات، لكن صندوق النقد الدولي أشاد بحكومة الرئيس خافيير مايلي الذي خفض أجور العاملين بالقطاع العام، وألغى الآلاف من الوظائف الحكومية، وجَمَّدَ مشاريع الأشغال العامة، وخَفض الدعم، وخفض قيمة العُمْلَة المَحلِّيّة ( البيزو ) بأكثر من 50%، الأمر الذي سبّب ارتفاع أسعار السلع الأساسية والتّضخّم وسبب أضرارا بالفئات الفقيرة ومتوسطة الدّخل، ما جعل المواطنين يقارنون الوضع بما حصل من انهيار اقتصادي وعجز عن سداد الدّيون أواخر سنة 2001، بعد تطبيق شروط صندوق النقد الدولي آنذاك، وكررت حكومة الأرجنتين الحالية نفس الخطة المتمثلة في الإقتراض من صندوق النقد الدولي لتسديد الدّيون السابقة من نفس الصندوق، وارتفع معدل التضخم الشهري من 25% في كانون الأول/ديسمبر 2023، عندما تولى خافيير مايلي منصبه، إلى حوالي 300% وكتب موقع صحيفة « وول ستريت جورنال » إن ثورة السوق الحرة التي وعد بها مايلي عندما تولى منصبه سبّب آلاماً اقتصادية عميقة في الأرجنتين، ليبلغ استهلاك لحوم البقر ( اشتهرت الأرجنتين بكثرة إنتاج واستهلاك لحم البقر) أدنى مستوياته منذ عقود، كما لا تزال احتياطيات المصرف المركزي منخفضة للغاية، رغم ارتفاع حجم الصادرات، ويتضمن مشروع التخريب الذي أعدّه الرئيس خافيير مايلي خصخصة بعض الشركات الحكومية وتخريب قانون العمل بذريعة « تخفيف قواعد العمل الصارمة » وزيادة الإيرادات الحكومية من خلال زيادة عائدات ضريبة الدخل والضرائب غير المباشرة، وأدّت هذه السياسات إلى تنظيم احتجاجات تمثلت في تنفيذ إضراب عام، تَضَمّن إغلاق المتاجر، احتجاجاً على إجراءات التقشف وارتفاع أسعار الغذاء الذي يتم إنتاجه محليا بنسبة 16% وارتفاع معدل الفقر المدقع إلى أعلى مستوى له منذ سنة 2015، وفق معهد الإحصاء وأَكَّدَ تحقيق أجراه مركز RA التابع لكلية الاقتصاد بجامعة بوينس آيرس، اعتمادًا على بيانات المعهد الوطني للإحصاء والتعداد (Indec) حول العمالة والنشاط والدخل إن حوالي 35% من العاملين يعيشون تحت خط الفقر بنهاية الربع الثاني من سنة 2024، وارتفعت نسبة البطالة إلى حوالي 32,4% وانخفض الدخل بنسبة 14% خلال النّصف الأول من سنة 2024، وبنسبة 40% في المتوسط منذ سنة 2017، بعد ارتفاع عدد الوظائف المفقودة في قطاع البناء (42,7% )، وقطاع الإنتاج والخدمات التجارية والمالية والعقارية…

    ثبّتت السلطات الفرنسية ما لا يقل عن تسعين ألف كاميرا لمراقبة حركة المواطنين في الشوارع، وأُضيفت لها ستون ألف كاميرا سنة 2023، فضلا عن كاميرات الفيديو المثبتة في محطات النّقل والمتاجر والمصارف والمحلات ومواقف السيارات، وتعاقدت وزارة الدّاخلية الفرنسية مع أربع شركات، من بينها شركة ( Wintics )  بقيمة أربعة ملايين يورو، لتطوير تقنيات المراقبة الجماعية، من خلال تشغيل تطبيقات الحاسوب، وتمت تجربة هذه التقنيات في ما لا يقل عن مناسبتَيْن، في الخامس من آذار/مارس 2024،  خلال حفل Depeche Mode وبعد أسبوعين في مباراة كرة السلة.

    زادت مراقبة سُكّان باريس وضواحيها، قبل عدّة أشْهر وبلغت ذروتها بداية من يوم الجمعة 26 تموز/يوليو 2024، تاريخ افتتاح دورة « أولمبياد باريس 2024 » حيث تمت تجربة تعميم المراقبة بالأجهزة التكنولوجية (أو ما يُسمّى « الذّكاء الإصطناعي ») فضلا عن تقنيات جديدة كالمراقبة الجماعية بواسطة أجهزة الفيديو في الأماكن العامة، لتكون الألعاب الأولمبية فُرْصَةً لتكثيف المراقبة الجماعية بحجة الأمن، مما قد يُعَزّز اليمين المتطرّف سياسيًّا وإيديولوجيًّا، ولن تتوقف هذه التجربة بنهاية الألعاب الأولمبية، بل أعلنت الحكومة والشركات المُشرفة على عمليات الرقابة استمرارها حتى شهر آذار/مارس 2025، أي سنة كاملة، « لاستكمال التجربة واستخلاص النتائج  قبل توسيع نطاق عمل الأنظمة الجديدة »، ودراسة آليات ونتائج تقييد الحركة في شوارع باريس، بداية من منتصف تموز/يوليو 2024، وفَرْض رُموز العُبُور على المشاة وراكبي الدراجات وسائقي السيارات والدراجات النارية لعبور الشوارع والجسور والوصول إلى مناطق محددة، وتتمثل آليات المراقبة الجماعية في رَبْطِ التقنيات الجديدة بنظام كاميرات المراقبة، من خلال تطبيقات الكمبيوتر المتكاملة، وتكمن الخطورة في تكثيف المراقبة في الأماكن العامة والأكثر ارتيادًا، دون عِلْم المواطنين، وسوف تسمح التقنيات الجديدة بالتحليل التلقائي للصور، بهدف تحسين تطبيقات المراقبة بالفيديو على الكاميرات المثبتة بالفعل، وتعلّلت الحكومة الفرنسية بالألعاب الأولمبية لتصبح أول عضو في الاتحاد الأوروبي يقنن المراقبة الخوارزمية بالفيديو ووافق نواب البرلمان على قانون ينظمها،  واعتبرت مجموعة من النواب « إن المراقبة الخوارزمية بالفيديو تُشكّل الحل الأمثل لمشكلة الأمان ».

    نشر مجلس الشيوخ تقريرًا خلال شهر نيسان/ابريل 2024، يُشكّك في فعالية هذه التقنيات لأن الخوارزميات تعبر عن المعايير السائدة لتصرفات الناس في الفضاء العام وفي المحلات ووسائل النقل وما إلى ذلك، وتعتبر الأشخاص المختلفين أو الذين يسيرون بطريقة مختلفة، أو يتحركون أو يشيرون بشكل مختلف، أو تُصنّفُهم ضمن المشبوهين، وبدل مُراجعة أهداف  المراقبة الجماعية نشرت وزارة الدّاخلية وسئل مراقبة إضافية بهدف فرز مختلف الفئات المُستَهْدَفَة مثل المُشاركين في الإحتجاجات والإعتصامات والمتسولين والمعاقين وفنّاني الشوارع، ومن ضمن الوسائل الإضافية رجال الشرطة المُسلّحون والجيش، فقد وصلت، يوم الإثنين 15 تموز/يوليو 2024، مجموعة مُكونة من 4500 جندي كانت في مهمة في أوكرانيا، إلى مُعَسْكَر بثكنة فينسين ( Vincennes )، شرقي باريس، ويتكون المُعسكر من ثكنات جاهزة وأسرّة للنوم، لإيواء قرابة خمسة آلاف جندي  مكلفين بتوفير الأمن للألعاب الأولمبية، ولتحويل الألعاب الأولمبية إلى مؤتمر للأمن العالمي، ويصل عدد عناصر الشّرطة والدّرك والجيش وشركات الأمن إلى ما لا يقل عن ستِّين ألف « لتأمين الألعاب الأولمبية »، بمساعدة جنود وفرق خاصة لشرطة مكافحة الشّغب من جميع أنحاء العالم: ألمانيا وإسبانيا وبريطانيا والكيان الصهيوني وقَطَر، ويُشارك الجميع في تدريبات على فَرْض وتطبيق حالات الحِصار، وتم إنشاء 44 ألف نقطة تفتيش ثابتة ومتنقلة أو مؤقتة، في مدينة باريس ومحافظات الضواحي، ما أدّى إلى تَذمّر أصحاب المتاجر والمقاهي والمطاعم، ونشرت صحيفة تلغراف بعض المعلومات عن التنسيق الأمني بين جهاز الأمن الدّاخلي الصهيوني (شاباك) والشرطة الفرنسية، بذريعة تأمين 88 رياضيا من فلسطين المحتلة، مع الإشارة إلى حَظْر الشرطة ( بأمر من الحكومة) الفرنسية رفع العلم الفلسطيني أو الكوفية أو رفع أي شعار مُساند للشعب الفلسطيني، وإلى عملية الفرز الطّبقي – فضلا عن الفَرْز الأَمْنِي – لحضور فعاليات الألعاب الأولمبية، فذلك يتطلب مبلغًا بقيمة 3850 يورو في المتوسّط…    

    اعلنت الوكالة القومية لمكافحة الجريمة إن الجرائم الإقتصادية تُكلّف الخزينة البريطانية 350 مليار جنيه استرليني أو ما يعادل 452 مليار دولارا، خصوصًا منذ بداية الحرب في أوكرانيا واستخدام المصارف البريطانية لغسيل الأموال وللإلتفاف على العقوبات، وشكّلت هذه الفرضيات غير المُوَثّقَة ذريعةً لتبرير تعاون المصارف الكُبْرى (باركليز  و نات ويست و لويدز و سانتاندير و مترو بنك و يتارلينغ…) وتبادل بيانات الزبائن مع الإستخبارات ( الوكالة القومية لمكافحة الجريمة –  NCA ) والتّخلِّي عن واجب عدم إفشاء أسرار الزبائن، تحت شعار « مكافحة الجريمة المُنَظَّمَة والإحتيال وغسيل الأموال وتتبّع تدفُّق الأموال القذرة »، وفق وكالة رويترز (26/07/2024) التي ذكرت في برقية لها قبل حوالي سنة، إن ما لا يقل عن ست مصارف بريطانية كانت تمد الحكومة ووكالات الإستخبارات ببيانات عن زبائنها، دون علمهم…

    سبق أن ضغطت الولايات المتحدة وبريطانيا على سنغافورة لكي تمدّهما بقائمة زبائن المصارف، بذريعة مكافحة الأموال القذرة، واضطرت سلطات سنغافورة إلى إطلاق منصة تبادل البيانات الرقمية للزبائن المعروفة باسم ( COSMIC ) (المشاركة التعاونية للمعلومات والقضايا المتعلقة بغسيل الأموال وتمويل الإرهاب)، ويتم تنفيذ هذا البرنامج في بريطانيا بواسطة موظفي المصارف وضُبّاط الإستخبارات ومُخْتَصِّين في دراسة وتحليل البيانات « للتحقيق في حركة الأموال التي تشير إلى سلوك إجرامي… » مما يُشكّل مخالفة للقوانين الأوروبية لحماية البيانات والخصوصية، ويمكن للوكالة القومية لمكافحة الجريمة إغلاق حسابات الزبائن، مما قد يؤدي إلى رفع دعاوى قضائية، ولمّا تم كَشْف الأمر تَبَيّن إن العديد من المصارف سلّمت بيانات زبائنها إلى الوكالة القومية لمكافحة الجريمة منذ 2021 (وربما قبل ذلك) ولم يُؤَدّ التهاون بين المصارف والإستخبارات لفترة ثلاث سنوات سوى لاعتقال شخص واحد وتوجيه تهمة إليه…

    تجدر الإشارة إن الملاذات الضريبية ومصارف تهريب وغسيل الأموال توجد بالعديد من ولايات الولايات المتحدة الأمريكية ومستعمرات بريطانيا وبعض المناطق والجُزُر التي تَقَعُ تحت سيطرة الوى الإمبريالية 

    الطاهر المعز

  • Mohamed Bouhamidi-Lettre à une amie informée de son cancer.

    Mohamed Bouhamidi-Lettre à une amie informée de son cancer.

    Tu me dis que tu te sens déjà partie car on t’a annoncé un mauvais cancer. Personne n’est parti avant d’être définitivement parti. Les preuves en sont les émotions que nous continuons à ressentir, la souffrance morale ou physique à apprendre cette terrible nouvelle, les regrets ou les nostalgies qui nous viennent par vagues, les derniers désirs et les derniers mots d’amour que nous voudrions prononcer, ceux qu’on n’a pas adressés parce qu’on les croyait vains ou qu’on craignait indésirables. Aucune personne n’est en train de partir tant qu’elle regrette d’avance la lumière ou la mer ou cet air translucide des montagnes ou les aurores de toutes les teintes de rouge ou les crépuscules qui nous ramènent parfois comme une paix de la résignation. Aucune personne n’est encore partie tant qu’elle s’étonne de l’obstination de certains oiseaux à chanter toute la nuit quitte à attirer la menace, mourir plutôt que ne pas chanter, mourir plutôt que ne pas aimer ou taire son amour. Aucune personne n’est encore partie si une dernière douleur lui évide encore le cœur et les tripes car l’aimé(e) est parti(e) et qu’elle reste suspendue entre la peur de mourir de ce cancer et le désir de ne mourir que de celle qu’on aime ou de celui qu’on aime dans ton cas de femme. Au-delà des milliers de kilomètres qui nous séparent, toi que je n’ai jamais rencontrée, je voudrais venir vers toi et te tenir la main face à notre destin d’hommes : mourir, c’est cela notre destin à tous mais moi je veux mourir en aimant ce qui nous reste à vivre. Je sais bien que ce n’est pas possible aux heures de l’agonie, alors je veux l’aimer dans chacun de ses instants, en pensant que c’est certainement le dernier et l’aimant encore plus pour cette raison.

    Si je pouvais, je viendrais te prendre la main, et dans nos tristesses mêlées nous regarderions la mort par ce cancer, mais est-il plus maudit que les autres causes de la mort ? Oui, il est plus maudit que les autres causes de la mort mais pas plus, au fond, que le diabète, ou le cœur, ou la simple vieillesse. Les autres maladies sont tout aussi les mauvais côtés de toute mort. Et tous sont maudits et seules sont bénies les morts d’amour, quand on meurt pour une cause, pour un pays, pour un peuple, quand on meurt d’amour et avouons-le, mon amie atteinte aujourd’hui, toi qui m’a tant aidée quand j’ai eu mal, avouons-le, qu’elles sont plus belles les morts jeunes des jeunes héros.

    Non, nous ne sommes pas partis tant qu’au milieu de nos peurs et de nos douleurs, surgit comme une surprise ou un mystère, une tendresse pour les premiers boutons d’un rosier, pour un soleil plus chaud en décembre, un ciel plus clair en février, une larme plus résignée pour un être aimé qui nous quitte.

    Restons alors à regarder ce reste de lumière sur la grève, regardons nos amours passagères partir avec le ressac, dans tout ce tumulte des désirs, regardons les partir avec un pointe de dépit, avec un grand regret de ne pas avoir tout vécu des plaisirs rêvés et des désirs, avec, comme tu me l’as écrit, une fois, la nostalgie de ce que nous n’avons pas vécu. Il restera pour toi Mohamed-Charif parti trop tôt dans tes bras, si près de toi et si loin de sa Syrie aux verbes magiques ; il restera pour moi, deux eaux aurorales, deux eaux d’un chant de montagne, deux eaux d’amour qui se nourrit de l’aimé et le nourrit.

    Que chacun de nous, toi et moi, chante le chant permanent, le chant éternel de son grand amour. Alors sur la grève, en face de notre grande sœur la mer, celle à qui nous confions nos peines et à qui nous apportons nos chagrins, nous allons toucher les étoiles, elles si proches en été, tu as remarqué ?, si proches qu’on les toucherait du doigt et que la pleine lune semble être sur nos têtes ou sur les toits. Nous reviendrons à nos âges d’enfants, mon amie, à nos âges des larmes et des contes, à nos âges d’avant les lassitudes, à nos âges d’émerveillement et tu me diras ton grand soleil d’été et je te dirai les yeux de poudre de mes nuits de veille.

    Nous partirons de toute façon, mon amie, mais nous aurons eu l’immense privilège d’aimer, car seul aimer nous met sur les chemins de notre humanité, et nous aurons eu le privilège d’avoir de vraies larmes pour de vrais bonheurs et de vraies larmes pour de vraies souffrances.

    Alors oui, le cancer, nous en attendrons ses heures difficiles qui nous mèneront vers la mort ou la guérison, mais nous aurons tant de joie à nous parler, à regarder le ciel, à attendre les rosiers, à aimer l’heure des jasmins, à tourner un regard fatigué mais ému vers un enfant qui naît, à entendre une chanson venue de loin, à nous rappeler des légendes, à avoir une pensée pour toutes ces merveilles qui vont venir. Même si nous n’arrivons pas à nous rencontrer, nous nous dirons toutes ces choses et quand nous serons partis, nous serons partis comme des voyageurs amoureux des étoiles.

    Mohamed Bouhamidi. Le 03 – 02 – 2018

    Tableau de: Aurelija Kairyte

  • Pr. Omar Aktouf – Webinaire n°7 : Principales composantes de l’ordre néolibéral : de Bretton Woods à la crise de 2008-troisième partie 

    Pr. Omar Aktouf – Webinaire n°7 : Principales composantes de l’ordre néolibéral : de Bretton Woods à la crise de 2008-troisième partie 
                                   Avant-propos 

    Mehdi Bouassa, universitaire et chercheur de l’université de Fès au  Maroc, a réalisé un travail analytique des webinaires du Pr. Omar Aktouf. Il ne s’agit donc pas d’une transcription. Il a extrait du discours du Pr. Omar Aktouf sur l’économie politique, les moments les plus « parlants ». Ces moments sont plus éloquents que d’autres car, au hasard de leurs « surgissements » lors de ses plus grands efforts pédagogiques ou au bonheur de ses digressions, ils nous restituent les chemins qu’il s’est frayés pour arriver à cet objet de la connaissance théorique : l’Économie Politique. Les jalons de ces chemins sont aussi multiples que les chemins de la vie, pas la vie en général, mais la sienne. Ils sont ces jalons, des lectures bien sûr;  beaucoup, beaucoup, beaucoup de lectures attentionnées, notées et annotées, retenues par cœur. Ils sont aussi les concepts clés sur lesquels il s’appuie pour avancer dans le processus mental (et verbal, puisqu’il nous parle) de distinction de l’objet de l’économie politique au cœur du brouillard et des gangues dans lesquels l’a précipité la « science économique ». Mais, et tout aussi essentiel, les jalons peuvent être des émotions, des étonnements, des curiosités soudaines ou simplement des noms et des lieux. Le berger Omar Aktouf n’a jamais quitté le Pr. Omar Aktouf, veillant à identifier la chaîne des signifiants des mots, des phrases, des concepts rencontrés en chemins, ceux tracés par d’autres et ceux qu’il ouvre dans les friches entre ce qu’on appelle les disciplines à l’Université. Bref, il les examine dans et à travers leurs écosystèmes, leur conditions de naissance et de variations ou transformations Personne ne sait mieux que les bergers, héritiers des savoirs des chasseurs, ce qu’est un écosystème et les multitudes de connexions, parfois visibles, le plus souvent perçues intuitivement, qui interagissent dans le processus de la vie. Tout ce que dit ou écrit Omar Aktouf relève d’un examen de l’écosystème des idées et reflète ce rejet des frontières entre auteurs, entre disciplines, entre théorie et pratique etc. Son activité de berger s’apparentait encore dans le sud marocain à ce que nous pourrions appeler un travail d’artisan qui demandait un long apprentissage, sur l’environnement naturel rugueux dans lequel l’inattention se payait en pertes douloureuses. Le « comment faire » avec le bétail s’apprenait dans un  processus qui mobilisait la totalité de l’attention et des affects de l’homme car aucun savoir partiel ne pouvait former l’homme au caractère multidimensionnel de cette activité.
    Et vous savez quoi sur la première question d’un artisan devant un produit ?
    C’est « comment il a été fait?, quels outils, quelles matières, quelles techniques? 
    Cela vous marque pour la vie et Omar Aktouf dans ses cours même s’interroge sur comment telle théorie s’est construite ? Dans mon adolescence dans un milieu encore emprunt de la culture de l’artisanat et des corporations, nos mères nous recommandaient de « capter », le savoir des « sachants », de ceux qui savaient, des « mââlims » (ceux qui ont été correctement et pleinement formés)   au sens presque de « voler » son savoir, de le capter non pas à leur insu mais d’aller au delà de ce qu’ils disaient ou pouvaient dire à atteindre à leur style, leurs marques personnelles qui marquaient de leur personnalité l’excellence de leur « chefs d’oeuvres ».
    L’immersion dans l’écosystème de l’élevage artisanal qui permettaient le partage de la connaissance par une praxis ne permettaient pas seulement de comprendre que le choix de leurs lieux de sommeil qu’évoque Omar Aktouf, le relie nécessairement par le besoin de l’échange, voire d’une forme de troc, à un écosystème encore plus large, celui du souk de cette époque précapitaliste dans cette région précise. La fréquentation du souk au sens large, c’est à dire les lois de l’échange, lui révèle des lois non écrites du commerce dans ces sociétés. Engels parle de constitutions non-écrites des tribus à l’époque de le gens et Omar découvre ces lois que la valeur de la marchandise varie selon le statut social de l’acheteur. L’acheteur aisé ne marchande pas le prix car cela ne sied pas à son statut social et il posera invariablement la question « combien faut-il ? » qui communique au marchand qu’il n’a pas de souci du prix mais juste de la qualité du bien acquis. Pour d’autres moins fortunés le marchandage est une des modalités de l’existence du lien social : l’acheteur vient acquérir un bien nécessaire en rapport avec ses possibilités et non une marchandise. La culture de ce lien social est aussi vital pour le marchand que pour le client car il renforce le lien social qui garantit la survie de l’un et les gains de l’autre. De ce fait entre son père et le marchand s’établit non l’achat d’une marchandise mais de l’acquisition d’un bien et d’un bien socialement nécessaire que à la perpétuation du groupe, dans une culture de l’intérêt partagé, loi historique de la primauté du bien de la société sur celui des individus fussent-ils élevés au rang de Sachems.  
    Dans ces commerces, le négoce d’où nous vient la négociation etc. c’est autre chose, ce n’est donc pas la valeur qui est prévalente mais l’usage, bien plus conforme au troc des origines.
    Ce clivage entre bien et marchandise, entre usage et consommation qui infirment la primauté de l’échange et donc de la centralité de la valeur et son incarnation fétichiste la monnaie et son accumulation en dehors de toute utilité sociale sous-tend toutes les observations et développements théoriques de Omar Aktouf. 
    Il serait essentiellement périlleux dans ce long parcours d’homme de faire croire à Omar Aktouf une nature anhistorique, éternelle et immuable de l’homme tournée vers la recherche du profit individuel. Il s’est attaché pour le plus grand bien des révolutionnaires ou des révoltés de cet ordre social d’élargir leurs connaissances, pour mieux le combattre, sur le néolibéralisme, forme ultime de réanimation du capitalisme arrivé à son stade suprême, l’Impérialisme.     
    Pourtant et curieusement, rien n’est plus transparent et visible que la « science économique » telle qu’elle a été « recueillie » et « formalisée » dans un incessant remaniement des textes des pères fondateurs a plus l’objectif d’améliorer une praxis que de connaitre un objet de pensée. Ce qui, justement, distingue la science de l’idéologie. L’idéologie a un objectif jamais un objet à penser,  un objectif social, essentiellement à offrir, sans frais, les compensations aptes à faire accepter aux « damnés de la terre » leur condition misérable car déterminée par des forces incoercibles ou par leurs « inaptitudes ».
    Mehdi Bouassa, sur cette longue série de webinaires a fourni un remarquable et extraordinaire effort. Non seulement il nous rend dans leur singularité chacune des idées de Omar Aktouf mais aussi nous révèle, chemins faisant, des repères et stations importantes de ces chemins, que sont certains auteurs; certains faits, certains souvenirs sous la forme de « thèses » que chacun pourra approfondir. 
    C’est un splendide canevas, très opérationnel, pour mieux organiser le travail individuel de révision des webinaires de Omar Aktouf ou pour approfondir la réflexion et la connaissance. 
    C’est un magnifique travail qui permettra à des chercheurs d’aller plus avant, à des étudiants de se situer cet écosystème idéologique du capitalisme dans lequel s’affrontent les récits et les perceptions.
    Il permettra aux « non-indifférents » dont parle Gramsci de mieux intervenir dans les débats publics ou dans leurs cercles d’amis.
    Les jeunes du monde entier, entrés dans la révolte et le rejet de l’ordre du capitalisme ultra-financiarisé qui a ajouté l’absurde et l’obscurantisme à son injustice, pourront organiser leurs débats dans leurs environnements universitaires ou mieux industriels et trouver les matériaux inestimables pour leur travail en direction des masses de travailleurs, de jeunes, des femmes dans les champs ou dans les usines.
    A plusieurs reprises les auditeurs ont demandé au Pr. Omar Aktouf les bibliographies qui furent essentielles à son travail. Au fil de ces transcriptions, ils peuvent en découvrir l’ampleur et faire leurs propres choix de lectures.
    Rien ne sera plus conforme à la nécessité énoncé par Karl Marx:  « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer  » (Thèses sur Feuerbach 1845) 
    Merci infiniment à Omar Aktouf et à Mehdi Bouassa.

    Mohamed Bouhamidi

    - Michel Chossudovsky : Il a élaboré une théorie économique qu’il a appelée l’économie du luxe, c’est-à-dire comment les plus riches et les plus puissants ne font plus fonctionner que l’économie du luxe, comme les portables où on implante des diamants et des rubis, etc.
    - John Atkinson Hobson : Il explique le fait que quand on a beaucoup d’argent, on achète pratiquement plus rien à l’économie réelle comparé à l’argent qu’on a. Donc, les grandes familles riches, combien leur faut-il de café et d’huile et de blé à consommer ? Les riches ne consomment plus rien à l’économie réelle parce que physiquement, ils ne peuvent pas, à 10 ou 15 dans leurs familles, ils ne vont pas consommer plus d’un kilo de café par semaine. Physiquement, c’est impossible de contribuer plus que n’importe quel ouvrier ou employé pratiquement à l’économie réelle, donc la consommation réelle. Ces gens-là, dans quoi vont-ils mettre leur argent, ils en ont tellement ? Comme le dit aujourd’hui Chossudovsky qui s’est référé à Hobson, eh bien ils le mettent dans des produits farfelus qui ne servent à rien. (Comme les objets de grande valeur)
    - Michel de Montaigne : Toute opinion qui n’est pas basée sur des connaissances reconnaissables, citables, localisables et contextualisables n’est pas une opinion, c’est du charlatanisme.
    - La richesse militaire : Ce n’est que de l’immobilisation du capital fixe qui sert à tuer et à détruire, donc en quoi ça contribue à l’économie ? A Rien.
    - Les titres boursiers : Quand on émet des titres, des obligations, des actions, etc... Les produits dérivés sur des produits quelconques en bourse, on émet des titres et ces titres ne sont absolument rien du tout, c’est juste des formes d’assurance sur des assurances ou des paris sur des paris.
    - On gagne à la bourse quand on parie que ce qu’on achète à la bourse va perdre : Vous vous faites prêter, vous demandez à quelqu’un qui a par exemple plein de titres d’immobilier ou d’actions et vous lui dites de vous confier ou de prêter ou de vous vendre à l’avance et vous le paierez quand vous aurez vendu par exemple 1000 actions de son portefeuille immobilier mais ces 1000 actions, vous ne les avez pas payées, il n’y a pas un sou qui a bougé nulle part mais vous leur donnez une valeur, par exemple 100 dollars par action ou titre, et votre intérêt c’est de parier que ce que vous avez acheté chaque jour qui va venir va perdre de la valeur; disons que vous les avez achetées aujourd’hui à 100$/action, eh bien vous faites le pari que dans trois mois ces actions vaudront 20$. Pourquoi ? Parce que tout simplement quand les trois mois arrivent, l’action est à 20$ donc ils rachètent, ils mettent en place un mouvement d’achat qui va influencer tout ce qui boursicote, y compris les petits pauvres pères de famille qui économisent 300 dollars sur 4 ans en mangeant des spaghettis à l’eau, eh bien quand ils voient dans le Wall Street Journal ou dans les analyses des financiers qui travaillent pour Wall Street que telle action est en demande, elle a 20$ demain elle est à 25$ après-demain à 30$ etc... Ils achètent et  font monter la valeur de l’action pour vous. Mais pendant ce temps, il y a des centaines de milliers de familles américaines qui ont économisé sou pour sou et qui ont tout perdu et c’est toute l’économie américaine qui perd.
    - L’évasion fiscale : l’optimisation fiscale (légale).
    - Lloyds Banking Group : Par exemple, en fin de compte, la banque Rothschild va voir la Lloyds et lui dit : “On a des titres ici, on en a pour des milliards parce que c’était des maisons construites ou en construction ou sur des plans qui étaient vendus sur papier". La Lloyds est l’un des plus grands assureurs dans le monde de toutes sortes de choses de très grande valeur (de fusée par exemple). Donc, ils ont demandé à la Lloyds d’assurer ces titres à 16% et est-ce que vous voulez assurer ça à 18% ? D’ici deux ans, les hypothèques vont commencer à être payées de façon significative et les intérêts vont s’accumuler parce que ce sont des assurances sur des assurances, etc... Mais chacun parie que ce qu’ils assurent ou ce qu’ils achètent finira par perdre de la valeur parce qu’ils veulent le racheter à un prix inférieur à celui où ils l’auraient acheté aujourd’hui. Donc, dans deux mois ou trois mois ou un an, quand il sera à un dixième de la valeur à laquelle je l’ai acheté aujourd’hui, je rachète et je fais ce qu’il faut pour faire un mouvement de rachat d’actions et quand ça commence à être racheté, leur valeur monte et chaque centime qui monte, c’est du bénéfice total, tout bénéfice pour moi puisque je n’ai jamais sorti un centime. Arrive l’échéance des deux ans et ça commence à rebours. La Lloyds demande à Rothschild et à Goldman Sachs, etc..., qui ont assuré chez elle les 4% de différence par rapport aux titres qu’elles avaient elles-mêmes souscrits comme valeur de plus-value donc avec intérêt. La Lloyds dit aux banques : “Vous m’avez dit dans deux ans, alors où est mon 4% ?” Alors, les banques qui ont assuré chez elle leur disent : “Attendez, on va se retourner vers ceux à qui on a assuré les titres parce qu’à notre tour, on les a assurés à 2% ou 4% pour notre part, et à qui ? Aux banques de Chicago et First City Bank, etc...” Et donc, ils vont vers le troisième du chaînon de la chaîne depuis le début qui sont les financiers qui ont vendu ces maisons pour rien à des gens qui n’ont pas de sous. Donc, les banques vont voir ces financiers et leurs compagnies et leur disent : “Les deux ans sont arrivés, alors les banques se retournent contre moi et me demandent de payer l’assurance qu’ils ont consentie pour mes titres.” Et là, chez qui vont-ils se retourner, les financiers ? Eh bien, ils se retournent vers les derniers de la chaîne à rebours, c’est-à-dire les underclass, celui qui a acheté la maison, celui qui n’a jamais voulu acheter puisqu’il n’avait pas de quoi l’acheter. (Leur pari sur les 8% ça n’a pas fonctionné parce que le rapport sur investissement dans l’immobilier est tombé à 3% quelques mois après, donc ce n’était plus du tout valable). Donc, ils vont voir ces gens-là et leur disent : “Écoutez, l’échéance est arrivée et malheureusement, il faut payer telle somme. On vous fait des facilités, vous n’allez pas payer en même temps. Nous, on va chercher des emprunts fictifs d’autres valeurs à d’autres institutions pour combler la différence".
    - John Steinbeck : Dans son roman "Des souris et des hommes", il dit ceci : “On a intégré, enfoncé dans la tête de tout Américain et toute Américaine qu'aux États-Unis, c’est tellement beau et magnifique, extraordinaire pays, et la pauvreté, ça n’existe pas, la misère, ça n’existe pas, l’exploitation des pauvres, ça n’existe pas et si vous êtes pauvres, miséreux et exploités, vous n’êtes qu’un millionnaire momentanément dans l’embarras".
    - Alexis De Tocqueville : (Il était colonialiste) et il a fait une monographie de la vie aux États-Unis, dans son livre "Démocratie en Amérique". Il a parcouru l’Amérique en 1835 pour voir s’il y avait vraiment une démocratie, eh bien, il est revenu avec la conclusion : “Je suis désolé, mais il n’y a pas de démocratie en Amérique". Il y a une nouvelle noblesse, mais une noblesse d’argent et qui sont le haut du chaînon et en bas de la chaîne où il y avait l’esclave et le serf, maintenant il y a l’ouvrier. Tout Américain moyen n’accorde d’importance primordiale qu’à ce qui est matériel, donc posséder. Alexis l’avait remarqué.
    - Friedrich Nietzsche : il vivait au début du capitalisme moderne et il dit : “Je vois dans ce phénomène de bourse des sortes de sauvages face à des chiffres qui mangent et qui boivent et qui dorment les yeux rivés à leurs chiffres", et il disait que c’est un comportement de sauvage et non pas d’être humain. L’Américain, s’il y a une chose à laquelle il est attaché, c’est le matériel.
    - General Motors : Ils ont fait la même chose que les subprimes mais avec les voitures. Ils ont été voir la Underclass et leur ont dit : “Voilà, vous n’avez pas d’argent, mais on vous offre des voitures. Vous ne payez rien du tout, l’intérêt va baisser d’ici deux ans parce que l’inflation aura baissé et là, vous allez commencer à payer les mensualités", disant que c’est dans 2 ans l’échéance pour commencer à payer. General Motors a mis dans les voitures un logiciel qui, à minuit le jour de l’échéance de 2 ans, stoppe net la voiture où que vous soyez, sous un pont ou sur une côte, peu importe, et elle ne démarre plus tant que vous n’avez pas payé votre première mensualité. Alors, il y a eu des problèmes et des accidents et les dirigeants de General Motors ont été interviewés et voilà ce qu’ils ont dit : “Écoutez, il y a peut-être un pourcentage de cas comme ça, mais vous savez, l’américain, qu’il ait de l’argent ou qu’il n’en ait pas, tient tellement à ce qu’il possède que cette voiture qu’il a possédée pendant 2 ans, il y est tellement habitué et il y tient tellement qu’il est prêt à tout pour payer la mensualité". Voilà la mentalité et ça fait partie du néolibéralisme.
    - Quand les financiers vont voir la Underclass pour payer ce qu’ils devaient, alors monsieur et madame tout le monde qui ont acheté la maison avec l’espoir de ne rien payer et d’avoir une maison gratuite, eh bien ils disent aux financiers qu’ils n’ont pas d’argent pour payer. Alors, les financiers font évacuer les maisons parce qu’ils veulent rendre les propriétés libres avec l’aide des huissiers et de la police. L’espoir et le calcul, c’était qu’on va jouer sur le fait qu’on va rendre ces propriétés libres de toutes hypothèques ou toute attache et contrainte et comme en 2009 et 2010, ils espéraient que l’immobilier remonterait. Donc, pour avoir une propriété libre, ils espéraient pouvoir négocier avec les banques et la Lloyds avec qui ils ont pris tous ces paris d’assurance sur assurance, négocier un délai sur la propriété libre de toute contrainte et les banques, de toute façon, elles ont intérêt parce qu’il vaut mieux espérer avoir de l’argent dans un an ou deux ans que de mettre le couperet aujourd’hui et de n’avoir rien du tout. Les familles de la Underclass, quand elles ont vu que petit à petit, elles étaient mises dehors manu militari, eh bien, elles se sont mises à détruire l’intérieur des maisons avec un raisonnement de “Ah bon, ils me mettent à la porte après m’avoir promis tout ce qu’ils ont promis, eh bien, je casse tout, comme ça la maison vaudra 30 mille dollars de moins". Et quand la police et les huissiers arrivent, ils trouvent des ruines à l’intérieur et la famille sort en leur disant : “Allez-y maintenant, prenez ce qui reste". 
    Alors, qu’est-ce que les financiers ont commencé à faire ? Ils ont commencé à dire aux futurs évacués : “Écoutez, on vous donne un chèque de 15 mille dollars ou 10 mille, ça dépend de la maison, et s’il vous plaît, ne cassez rien". Alors, ce qui se passe, c’est que les quartiers autour de ces maisons qui commencent à se vider les unes après les autres, les gens qui habitaient ces quartiers-là commencent à se plaindre parce que toutes ces maisons vides autour font baisser les prix de l’immobilier. Donc, les prix moyens des maisons habitées des quartiers avoisinants commencent à baisser. Alors, ils ont commencé à faire des représentations et des attaques avec des cabinets d’avocats et des dizaines de millions de dollars au niveau de l’État local, au niveau du fédéral, etc... pour exiger la démolition de toutes ces maisons et la plupart ont obtenu gain de cause. La crise des subprimes a momentanément enrichi les financiers qui ont trouvé le moyen de vendre réellement quelques titres aux naïfs qui vont à la bourse en leur disant : “Regardez, ces titres-là, ils sont vendus, hypothèque payée et signée, et ils sont même garantis par la Lloyds. Alors, ce titre d’une maison, on le partage en 50, alors trouvez 49 personnes comme vous et vous allez payer 3000 dollars chacun et vous êtes tous propriétaires de cette maison et elle sera vendue quand elle sera amortie parce qu’elle sera amortie à 300 mille dollars et tout le surplus sera partagé entre vous".
    - Alain Minc : livre “La Mondialisation Heureuse”.
    - Jacques Attali : livre : “Karl Marx ou l’Esprit du Monde”.
    - Karl Marx a dit : “Quand le pouvoir bancaire et le capital bancaire prendront le pas sur le capital industriel, l’économie sera perdue.” On y est, la banque centrale FED, il n’y a que les banques qui s’enrichissent, les banques contrôlent l’industrie, le capital bancaire et le capital boursier spéculatif ont pris le pas sur le capital industriel depuis longtemps.
    - Les scientifiques qui ont enclenché ce qu’ils ont appelé la désobéissance civile scientifique, ils organisent des sortes de manifestations de désobéissance civile, des actes contre l’ordre établi pour manifester leur dégoût et leur écœurement de voir à quel point ils ne sont pas écoutés.
    - Maynard Keynes a écrit cette phrase en 1918 : “Puisque ce monde est dirigé par des gens économiques et politiques fous, incompétents et pervers, notre actuelle civilisation ne durera pas longtemps".
    - Pascal de Sutter : livre : “Ces Fous qui Nous Gouvernent”.
    - On sait très bien que le pouvoir rend fou, surtout avec la façon dont on déifie les patrons au point qu’ils perdent le sens des réalités.
     - L’économie dans laquelle nous sommes nous : le facteur variable, c’est l’emploi donc on régule le revenu de l’entreprise par l’emploi, c’est-à-dire quand le revenu baisse, j’élimine l’emploi et quand le revenu monte, j’augmente l’emploi parce qu’il y a de la demande. Donc, le modèle américain en tant que patron, on veut toujours avoir un revenu fixe ou plus donc on rend l’emploi variable. Alors qu’au Japon, en Allemagne, etc., cette équation est inversée, l’élément de l’équation qui est variable, c’est le revenu et c’est l’emploi qui est fixe. Donc, je ne licencie personne et le revenu de tout le monde devient variable. C’est pour ça que chez Cascades, tous les 6 mois, on fait le calcul du revenu d’une usine et on partage équitablement entre tout le monde. Si le revenu des 6 mois a baissé de 20%, on baisse le revenu de 20% de tout le monde, du directeur jusqu’au dernier apprenti embauché et on ne licencie personne. Si les revenus augmentent de 20%, on augmente tout le monde, et l’emploi reste fixe.
    - Hannah Arendt a écrit une phrase : “Toute opinion exprimée par toute personne qui n’est pas basée sur un effort personnel d’information gigantesque, c’est du charabia". Donc, l’opinion par l’effort informationnel. Or, l’effort informationnel, on ne le fait pas et personne ne le fait plus, on gobe passivement ce que nous dit la télé (Noam Chomsky), on gobe à la limite les journaux si on les lit, on gobe ce que disent les réseaux sociaux du tout et n’importe quoi et on a notre opinion. Je répète ce que disent les speakers de la télé et c’est mon opinion. Donc, sans cet effort informationnel et sans cette construction d’opinion dans l’effort dont parle Hannah Arendt, on est des victimes passives extrêmement faciles et extrêmement malléables au système qui nous domine. Plus le peuple est ignorant et mal informé ou pire, désinformé parce qu’on ne nous informe pas, on nous désinforme, on nous informe strictement pour ce qui est le bien de la classe dominante, c’est-à-dire la classe d’argent. Quand on est dans ce système-là, on devient des objets ou des proies extrêmement faciles à toute idéologie qui vient nous assaillir, en l’occurrence l’idéologie néolibérale.
    - La corvée : c’est une forme de solidarité qui existait chez les paysans et dans les sociétés primitives. Plusieurs familles d’une même ruelle, par exemple, qui se mettent ensemble pour nettoyer toute la rue pour la rendre belle et propre pour tout le monde. Et s'il y a une personne qui est malade, c’est toute la ruelle qui se relaie pour venir à son chevet ou pour aller lui faire ses courses. Ce genre de solidarité est organique et traditionnel ou mode de production antique ou primitif.
    - Margaret Thatcher : elle disait “Je ne sais pas ce que c’est une société, il n’y a que des individus, chacun pour soi. Faire le bien de la société, je ne sais pas ce que c’est parce qu’il n’y a pas de société, chaque individu doit se débrouiller".
    - Friedrich Hayek : l’un des pères spirituels du néolibéralisme a dit : “Chaque génération doit se suffire, chaque famille doit se suffire et chaque individu doit se suffire". Donc toi, individu, une fois arrivé à un point où tu peux te débrouiller, ne demande plus rien à ta famille, tu dois te suffire à toi-même. Toi, famille, ne demande rien au gouvernement, tu dois te suffire. Et toi, citoyen adulte, tu dois te suffire. Chacun pour soi et Dieu, on ne sait pas pour qui.
    - L’humanité ne s'en sortira de ce grand dérangement dans lequel nous sommes, qui va provoquer un rebattage total des cartes mais alors à une échelle qu’on a peine à imaginer, c’est sûr qu’il va déboucher avec des dégâts et de gros dégâts certainement et chez ceux qui le méritent le plus. Mais peut-être que de ce grand dérangement va ressurgir un autre ordre où on sera obligé d’être solidaires et en état d’entraide parce que l’humanité ne peut pas s’en sortir individuellement, ni par nation, ni par village, ni par famille. On ne peut pas s’en sortir de ce grand dérangement, c’est impossible. Où on s’en sort tous avec un nouvel ordre solidaire et d’entraide, où individuellement et par nation, on ne s’en sortira pas parce que le problème est mondial.

  • Bruno GUIGUE- Le développement spectaculaire de la République populaire de Chine

    Bruno GUIGUE- Le développement spectaculaire de la République populaire de Chine

    On aura beau tenter d’occulter cette évidence, elle saute aux yeux : la Chine a accompli en 75 ans ce qu’aucun pays n’a réussi à faire en 2 siècles. Elle a imaginé des solutions inédites, multiplié les succès comme les échecs. Aujourd’hui, cette odyssée continue, charriant son lot d’incertitudes. Un regard rétrospectif laisse voir l’immensité du chemin parcouru, la profondeur des transformations accumulées, l’importance des progrès réalisés.

    Lorsqu’ils fêtent cet anniversaire, les Chinois savent bien ce qu’est devenu leur pays. Mais ils savent aussi dans quel état il se trouvait en 1949. Dévasté par des décennies de guerre civile et d’invasion étrangère, c’était un champ de ruines. D’une pauvreté inouïe, le pays ne représentait plus qu’une part infime, pourtant encore 1/3 en 1820, de l’économie mondiale. Le déclin de la dynastie Qing et l’intrusion des puissances prédatrices ont ruiné cette prospérité. Avec le «siècle des humiliations», la Chine, occupé, pillé et ruiné, a subi les affres d’une longue descente aux enfers. En 1949, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Ravagées par la guerre, les infrastructures sont délabrées. Incapable de nourrir la population, l’agriculture souffre de l’absence criante d’équipements, d’engrais et de semences.

    En 1949, la Chine offre le spectacle d’une misère ahurissante. Composée pour l’essentiel de paysans pauvres, la population chinoise a le niveau de vie le plus faible de la planète, inférieur à celui de l’Inde ex-britannique et de l’Afrique sub-saharienne. Sur cette terre où l’existence ne tient qu’à un fil, l’espérance de vie est de 36 ans. Abandonnée à son ignorance malgré la richesse d’une civilisation plurimillénaire, la population chinoise compte 85% d’analphabètes. Cette misère n’a rien d’une fatalité : conséquence d’une exploitation éhontée, elle est l’expression de rapports sociaux de type semi-féodal. Heureusement, cette société inique n’était pas faite pour durer. Las de croupir dans le dénuement et la saleté, les paysans ont fini par mettre à bas le vieil ordre social en se rangeant au côté de Mao Zedong et du parti communiste. Événement inouï, cette révolution paysanne a fait basculer 1/4 de l’humanité du côté du socialisme. Libérée et unifiée par Mao, la Chine s’est engagée sur la voie étroite du développement d’un pays arriéré. D’une pauvreté inimaginable, isolée et sans ressources, elle a exploré des chemins inconnus.

    75 ans plus tard, au prix d’efforts titanesques

    L’économie chinoise représente 20% du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, et elle a dépassé l’économie américaine en 2014. En 2023, le PIB chinois (PPA) représente 142% du PIB des États-Unis. La Chine fabrique 50% de l’acier mondial. Son industrie représente 2 fois celle des États-Unis et 4 fois celle du Japon. Elle est la 1° puissance exportatrice mondiale. 1° partenaire commercial de 130 pays, elle a contribué à 30% de la croissance mondiale au cours des 10 dernières années. Fulgurant, ce développement économique a amélioré les conditions d’existence matérielle des Chinois de façon spectaculaire. Avec 400 M de personnes, les classes moyennes chinoises sont les plus importantes du monde. En 2019, 140 M de Chinois sont partis en vacances à l’étranger : interrompu par la crise sanitaire, cet appétit pour les voyages va connaître une nouvelle vigueur. L’espérance de vie moyenne est passée de 36 à 64 ans sous Mao (de 1950 à 1975) et elle atteint aujourd’hui 78,2 ans (contre 76,1 ans aux États-Unis et 67 ans en Inde). Le taux de mortalité infantile est de 5,2‰ contre 30‰ en Inde et 5,4‰ aux États-Unis. L’analphabétisme est éradiqué. Le taux de scolarisation est de 100% dans le primaire et de 97% dans le secondaire. A l’issue de l’enquête internationale comparative sur les systèmes éducatifs pour l’année 2018, l’Organisation de coopération et de développement économique a attribué la 1° place à la République populaire de Chine.

    Attestée par l’ONU, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’OCDE, l’ampleur des progrès accomplis par la Chine donne le vertige. D’après l’ex-économiste en chef de la Banque mondiale, l’apparition d’une énorme classe moyenne en Chine est la principale cause de la réduction des inégalités mondiales entre 1988 et 2008 : en 20 ans, la Chine a réussi à extraire de la pauvreté 700 M de personnes, des résultats colossaux, sans commune mesure avec les progrès enregistrés dans des pays, comme l’Inde, qui avaient un niveau de développement comparable en 1950. Mieux encore, la «pauvreté extrême» (selon les normes internationales) a été éradiquée en 2021 au terme de 10 ans d’efforts. Près de 100 M de personnes ont enfin obtenu les «5 garanties» : nourriture, vêtements, logement, éducation et santé.

    Cette disparition de la misère se lit aussi dans les statistiques portant sur les revenus. Calculé en parité de pouvoir d’achat, le revenu annuel moyen disponible par tête des Chinois atteint 19 340 $, soit 83% de celui des Français. Chaque année, il progresse de 5% environ. Avec la généralisation de la protection sociale, 95% des Chinois ont une assurance-maladie, alors que la 1/2 de la population mondiale n’en a aucune. Corrigeant les effets des réformes structurelles des années 1990, le parti communiste a mis l’accent sur la réduction des inégalités et la recherche de la «prospérité commune». Le salaire moyen réel a quadruplé en 20 ans, sous l’effet de la mobilisation ouvrière, et les entreprises étrangères ont commencé à délocaliser leur activité à la recherche d’une main d’œuvre moins coûteuse. En développant le marché intérieur, la politique de Xi Jinping pousse à la hausse l’ensemble des salaires. Société de paysans jusque dans les années 1980, la société chinoise est devenue une société majoritairement urbaine. Le système éducatif forme massivement des ingénieurs, des médecins, des techniciens hautement qualifiés.

    L’une des questions fondamentales qui se posent aux pays en voie de développement est celle de l’accès aux technologies modernes. La Chine de Mao Zedong a bénéficié de l’aide de l’URSS jusqu’à son interruption en 1960 lors du schisme sino-soviétique. C’est pour pallier cette difficulté que Deng Xiaoping a organisé en 1979 l’ouverture progressive de l’économie chinoise aux capitaux extérieurs : en échange des profits réalisés en Chine, les entreprises étrangères y procéderaient à des transferts de technologie vers les entreprises chinoises. En 40 ans, les Chinois ont assimilé les technologies les plus sophistiquées. Aujourd’hui, la part de la Chine dans les industries de haute technologie atteint 28% du total mondial et elle a surclassé les États-Unis. Il est vrai que la Chine dispose de ressources humaines considérables. Elle envoie 550 000 étudiants à l’étranger et elle en reçoit 400 000. Doté de 80 technopoles, le pays est numéro1 mondial pour le nombre de diplômés en sciences, technologie et ingénierie, et il en forme 4 fois+ que les États-Unis.

    Elle va de pair avec la transition énergétique. Signataire de l’Accord de Paris sur le climat, la Chine est le 1° investisseur mondial dans les énergies renouvelables : en 2023, ses investissements ont représenté les 2/3 des investissements mondiaux. Elle possède 60% des panneaux solaires et 50% des éoliennes de la planète. La plupart des bus électriques en service dans le monde sont fabriqués en Chine. Elle contient 50% des véhicules électriques du monde et elle en fabrique 3 fois+ que les États-Unis. La Chine a le réseau ferré à grande vitesse le plus grand du monde (42 000 km), et l’entreprise publique CRRC est numéro 1 mondial de la construction de TGV. Pour faire reculer le désert, la Chine a engagé la plus grande opération de reboisement de l’histoire humaine (35 M d’ha). Prenant au sérieux la désastreuse pollution de l’atmosphère, elle a réussi à juguler ce phénomène, et on peut désormais admirer le ciel bleu au-dessus de Pékin. Voulant bâtir une «civilisation écologique», Xi Jinping ne lésine pas sur les moyens. Outre les investissements massifs dans les énergies renouvelables et la lutte contre la pollution de l’air, de l’eau et du sol, un ambitieux programme nucléaire va faire de la Chine le numéro 1 mondial : le 1° réacteur de 4° génération a été mis en service dans le Shandong en novembre 2023.

    Adoptant une voie originale vers le développement, les Chinois ont inventé un système que les catégories en usage en Occident peinent à décrire. Loin d’être une «dictature totalitaire», c’est une démocratie populaire dont la légitimité repose exclusivement sur l’amélioration des conditions d’existence du peuple chinois. Organe dirigeant du pays depuis 1949, le Parti Communiste sait que la moindre déviation hors de la ligne du mieux-être collectif provoquerait sa chute. Comparé à une démocratie idéale qui n’existe nulle part, ce système n’est pas sans inconvénients : l’opacité des centres de décision, le monolithisme des médias officiels, l’impossibilité de débattre des sujets interdits. Mais si on le compare aux «démocraties» existantes, il présente des avantages : le souci de l’intérêt commun, la primauté du long terme, la culture du résultat, la sélection méritocratique des dirigeants. Pas plus que le système occidental, le système politique chinois n’est exempt de contradictions. Va-t-il durer encore longtemps ? Nul ne le sait, mais sa résistance aux changements depuis 75 ans plaide en sa faveur. Croyant que la démocratie repose sur la foire d’empoigne électorale, les Occidentaux ne comprennent pas la politique chinoise. Sans doute un effet de la divergence entre 2 cultures qui n’ont pas le même univers symbolique. Peut-être aussi parce que les Occidentaux sont aveugles à la réalité de leur système : ils ne voient pas que chez eux, le président est désigné par les banques, alors qu’en Chine les banques obéissent au président.

    Loin d’être despotique, le pouvoir communiste a des comptes à rendre à la population. C’est pourquoi l’image véhiculée par les médias occidentaux d’une population tétanisée par la peur est complètement erronée. La société chinoise est traversée par des contradictions multiples, et la contestation sociale y est monnaie courante : «Pour la plupart des observateurs, la Chine se résume à son système politique, voire à l’ombre immense de son président, Xi Jinping», relève le sinologue Jean-Louis Rocca.

    On lit: “La société, elle, semble avoir disparu. En général, les Chinois sont réduits à une masse d’individus soumis à la propagande du parti communiste, incapables d’avoir une opinion par eux-mêmes”.

    Ce discours est doublement problématique. D’abord, il est méprisant pour les intéressés, surtout ceux qui sont critiques du système sans être dissidents pour autant. Il l’est également pour les désormais nombreux citoyens biculturels qui connaissent certes les défauts de la société chinoise, mais aussi la crise démocratique que traversent les sociétés européennes. 2° problème : ce discours ne correspond en rien à la réalité. Loin d’être amorphe, la société chinoise fait preuve d’un indéniable dynamisme et s’exprime par divers moyens.

    Ponctuée par des «incidents de masse», une contestation multiforme peut faire reculer les pouvoirs locaux, et même les sommets du parti-État. «Le champ des conflits sociaux couvre un très large spectre. Depuis la fin des années 1990, les employés des entreprises d’État en restructuration, les travailleurs migrants exploités, les propriétaires d’appartement dépossédés par les promoteurs ou les riverains d’usines polluantes n’hésitent pas à défendre leurs intérêts. Plus récemment, des livreurs se sont insurgés contre leurs conditions de travail et de rémunération, et des épargnants spoliés par la crise immobilière contre des banques ruinées par leurs pratiques spéculatives. On se souvient aussi des manifestations de novembre 2022 au cours desquelles des milliers de personnes étaient descendues dans la rue pour demander une levée de la politique dite de zéro Covid adoptée dans le cadre de la lutte contre la pandémie. Même si le PCC s’était déjà résolu à assouplir les mesures de contrôle, ce sont bien ces manifestations qui ont conduit Pékin à sortir de l’isolement sanitaire. Les Chinois expriment aussi leurs opinions sur les réseaux sociaux. Malgré la censure, ceux-ci sont devenus un vrai lieu d’échange d’informations et de points de vue».

    Pour faire face aux revendications populaires, le parti communiste ne doit-il pas revenir aux sources de son expérience politique et suivre ce que Mao appelait «la ligne de masse» ? Appliquée pour la 1° fois dans les «bases rouges» des années 1930, elle consiste pour les cadres communistes à se confondre avec le peuple, à comprendre ses préoccupations, à assimiler les connaissances qu’il peut transmettre et à formuler des solutions à ses difficultés. Enraciné dans la population, le Parti peut transmettre ses exigences aux instances dirigeantes, influer sur les décisions prises au sommet. L’expérience de la fin du «zéro Covid» a montré que le pouvoir était prompt à respecter le verdict des masses, et les Chinois savent que sa légitimité tient pour beaucoup à cette capacité d’écoute. Ils sont conscients qu’ils ne pourront pas remplacer le Parti, mais ils savent aussi qu’il a l’obligation de tenir compte de leurs revendications. S’il se dérobe à ses devoirs, ne court-il pas le risque de perdre le consentement populaire ?

    En Chine, on ne peut pas changer de gouvernement, puisque le rôle du Parti n’est pas négociable, mais on peut changer de politique. Dans les pays occidentaux, à l’inverse, on peut changer de gouvernement, mais on ne peut pas changer de politique, puisque la classe dominante fixe les limites a priori de toute politique possible. C’est pourquoi la démocratie libérale est en réalité une oligarchie, et non une démocratie, tandis que le régime chinois est une démocratie populaire, même si elle n’est pas libérale.

    Pour Zhang Weiwei, directeur de l’Institut chinois de l’Université Fudan:

    «le récit occidental dominant sur la politique chinoise est basé sur un paradigme analytique extrêmement superficiel et biaisé : l’argument dit de la démocratie contre la dictature, où la démocratie et la dictature sont définies de manière unilatérale par l’Occident. Cette narration définit le multipartisme et le suffrage universel pratiqués en Occident comme un système démocratique et estime que c’est seulement en adoptant ce modèle que la Chine pourra devenir un pays normal et être acceptée par la soi-disant communauté internationale dirigée par l’Occident. Le système politique chinois est dépeint comme autoritaire et comme l’antithèse de la démocratie. Si vous n’acceptez pas cette logique politique occidentale, alors vous soutenez la dictature. Si vous ne vous dirigez pas vers le modèle politique occidental, alors vous ne menez pas de réforme politique. Ce paradigme est depuis longtemps un outil idéologique permettant à l’Occident de fomenter des révolutions de couleur et de renverser les régimes non occidentaux. Mais comme le modèle politique occidental est problématique, de nombreuses personnes commencent à le mettre en question. Dans ce système, la démocratie signifie la campagne électorale, la campagne électorale signifie le marketing politique, le marketing politique signifie l’argent, les relations publiques, la stratégie, l’image et le jeu d’acteur. Beaucoup de dirigeants savent comment jouer ce jeu, mais peu savent comment faire avancer les choses».

    Si les Chinois semblent s’accommoder de leur système, au demeurant, c’est parce qu’ils ne perçoivent guère l’intérêt d’en changer.

    Jean-Louis Rocca souligne

    «D’un point de vue occidental, cette société a un défaut majeur. Une grande partie des citoyens ont des doutes quant à la possibilité, ou à l’intérêt, d’établir une démocratie représentative en Chine. Mais ces doutes ne sont pas d’ordre idéologique, ils reposent sur une analyse pragmatique de la situation. Il s’agit de répondre à une question simple : la démocratie peut-elle faire mieux que le PCC ? Est-il utile de prendre des risques en s’opposant au PCC ? Le jeu en vaut-il la chandelle?» Les Chinois savent qu’ils sont propriétaires de leur logement, qu’ils bénéficient de l’accès aux soins, que leur système éducatif est performant, que les transports sont modernes et bon marché, qu’ils peuvent voyager comme ils veulent, que les salaires augmentent, que le travail est valorisé, que les emplois ne sont pas délocalisés à l’étranger, que les minorités ethniques sont respectées, que la Chine est un grand pays souverain, qu’elle est la 1° puissance industrielle, qu’elle construit des infrastructures dans le monde entier, qu’elle n’est en guerre avec personne, que ses frontières sont sûres, qu’elle poursuit résolument la transition énergétique, que la sécurité dans les rues est assurée, que le terrorisme a été éradiqué, que les dirigeants sont sélectionnés selon leur compétence, que les riches et les puissants ne sont pas au-dessus des lois, etc. Ils peuvent manifester leur mécontentement, et ils ne s’en privent pas. Mais pourquoi voudraient-ils changer de système ? Sans promouvoir pour autant un changement systémique, certains intellectuels chinois estiment que le pays ne fera pas l’économie d’une réforme politique.

    Professeure à la retraite de l’École centrale du Parti, Cai Xia soutient:

    «la politique démocratique» n’est pas contradictoire avec la «révolution socialiste» prédite par Marx, et qu’elle en est plutôt l’accomplissement. C’est pourquoi l’une des missions du PCC est de conduire une réforme d’inspiration démocratique destinée à parachever le processus d’émancipation initié en 1949 : «Le parti communiste chinois a établi la Chine nouvelle par une révolution violente sur les ruines de l’autocratie, et guider la construction de la nouvelle Chine a été la mission fondamentale du parti communiste en tant que parti au pouvoir. Cependant, la construction dont la Chine nouvelle a besoin n’est pas seulement économique et culturelle, mais à un niveau plus fondamental, elle est la construction d’une communauté politique qui placera la Chine nouvelle dans la catégorie des pays démocratiques modernes. Mais si nous regardons la réalité en face et prenons au sérieux les leçons de l’histoire depuis que le parti a assumé cette mission en tant que parti au pouvoir, nous devons admettre qu’aujourd’hui encore cette mission n’a pas été pleinement accomplie».

    Nul ne sait de quoi demain sera fait, mais un tel débat d’idées montre que la situation politique en Chine n’est pas figée. Aux yeux de nombreux intellectuels, une évolution démocratique est souhaitable, à condition de pas faire vaciller un système qui a fait ses preuves. Pour assurer l’avenir du pays, l’essentiel est de suivre une voie chinoise vers la modernité, loin d’un modèle occidental en déclin.

    En Chine, depuis l’Antiquité, le pouvoir politique tire sa légitimité de la délégation de souveraineté octroyée par le Ciel. Principe impersonnel qui régit le mouvement des choses, il attribue la responsabilité du pouvoir royal, puis impérial, à ceux qui s’en montrent dignes. Mais ce mandat céleste a pour corollaire la possibilité d’un changement de mandataire. Si le détenteur de la puissance terrestre se montre indigne de la fonction, le Ciel peut lui retirer son mandat. Il le confie alors à un nouveau souverain, fondateur à son tour d’une nouvelle dynastie. Pour Mencius, philosophe confucéen du -IVe siècle, la source de légitimité se trouve dans le peuple, et elle coïncide précisément avec le mandat du Ciel : lorsque le peuple accorde sa confiance au nouveau souverain, lui remettant les clés du pouvoir impérial, il manifeste la volonté expresse du Ciel de lui octroyer le mandat :

    «Le Ciel voit comme mon peuple voit, le Ciel entend comme mon peuple entend».

    C’est pourquoi Mencius assume la conséquence logique du primat accordé au consentement populaire : le souverain est comme un bateau porté par les flots, et s’il se comporte de façon indigne, il est légitime que le peuple le renverse. «La légitimité politique n’est autre que le mandat du Ciel de l’ordre politique. Si le mandat du Ciel est perdu, c’est la révolution. Un pouvoir dénué de légitimité ne peut se maintenir que grâce à la violence. Mais une grande violence est impropre à établir une société efficace et une société inefficace conduit fatalement à un effondrement politique», commente Zhao Tingyang, professeur à l’Institut de philosophie de l’Académie chinoise des sciences sociales. A la lumière de cette tradition philosophique, on mesure l’écart civilisationnel entre la Chine et les États-Unis : pour le protestantisme américain, la réussite individuelle est le signe d’une élection divine ; pour le confucianisme chinois, le bien-être collectif est un commandement céleste. Aux antipodes de l’individualisme occidental, la société chinoise est une société holiste où l’intérêt personnel doit s’effacer devant l’intérêt commun. La tradition confucéenne fait de l’individu l’élément d’un tout défini par un réseau de relations qui l’englobe et le dépasse. Pour la pensée chinoise, l’être n’est pas substance mais relation. «La rationalité individuelle est une rationalité de compétition, alors que la rationalité relationnelle est une rationalité de coexistence», écrit Zhao Tingyang. «S’il est vrai que la coexistence précède l’existence, alors la rationalité relationnelle a aussi le pas sur la rationalité individuelle».

    C’est sans doute ce qui explique l’acceptation par les Chinois d’une direction politique unifiée sous l’égide du parti. Pour accomplir le mandat du peuple et promouvoir le bien commun, le pouvoir politique doit se donner les moyens de ses ambitions. En Chine, le centralisme et la discipline ne sont pas des pesanteurs dont il faudrait s’affranchir, mais les conditions d’une efficacité dont le peuple est seul juge. Contrairement aux oligarchies libérales qui préfèrent l’agitation de surface, la démocratie populaire à la chinoise privilégie l’action en profondeur et le développement à long terme du pays. Cette constante de la politique chinoise traverse toutes les époques. Avec «la réforme et l’ouverture» initiées en 1978, la Chine est entrée dans l’ère de la «modernisation socialiste». Franchissant une nouvelle étape de son parcours historique, le parti communiste s’est donné pour tâche de poursuivre l’édification du socialisme en développant les forces productives. Comme le précise le comité central dans sa résolution adoptée le 11 novembre 2021, cette politique nouvelle visait à «sortir le peuple de la pauvreté et à l’enrichir le plus rapidement possible, tout en fournissant un cadre institutionnel plus dynamique au grand renouveau national». C’est cette politique qui est poursuivie aujourd’hui, non sans aménagements dont la nécessité a été imposée par l’expérience, conformément au principe, affirmé par Mao Zedong et rappelé par Xi Jinping, de «la primauté de la pratique».

    Avec les réformes économiques et l’ouverture aux échanges, en effet, la Chine s’est dotée d’un véritable «système d’économie de marché socialiste». Elle a instauré, au «stade primaire du socialisme, un système économique fondé sur la propriété publique et sur le développement simultané de diverses formes de propriété». Au prix de mille difficultés, les communistes chinois ont bâti une économie mixte pilotée par un État fort dont l’objectif prioritaire est la croissance. Compte tenu des besoins colossaux du pays, son contenu a d’abord été quantitatif, et l’envolée du PIB a porté l’économie chinoise vers des sommets inégalés. Mais depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping, le gouvernement met davantage l’accent sur la qualité de la vie et la prospérité commune. Même si la hausse du PIB est encore largement supérieure à celle des pays riches, elle connaît une décélération qui marque le commencement d’un nouveau cycle. Avec les réformes des années 1980-1990, la politique de développement s’appuyait sur la modernisation des entreprises publiques, la constitution d’un puissant secteur privé et les transferts de technologie en provenance des pays plus avancés. Aujourd’hui, elle vise la 1° place dans les technologies innovantes où la Chine a fini par conquérir son autonomie stratégique.

    Les résultats économiques suffiront-ils à garantir le consensus politique? La capacité de l’élite dirigeante à se montrer vertueuse est un facteur déterminant pense

    Cao Jinqing, professeur de sociologie à l’Université de Shanghai

    «Si ceux qui détiennent le pouvoir au sein du parti sont incapables de résister à la tentation d’obtenir des gains matériels par l’exercice du pouvoir, ou si, une fois que les intérêts matériels sont devenus la chose la plus importante, ces détenteurs du pouvoir cherchent à privatiser ces intérêts, en rejetant la bannière du parti communiste et du socialisme, et ne travaillent que pour eux-mêmes, sans défendre le peuple, alors c’est une trahison du mandat du ciel. Si la corruption n’est pas maîtrisée, c’est le parti au pouvoir lui-même qui en souffrira le plus. Ce n’est que si le pouvoir est exercé dans l’intérêt public qu’il gagnera le cœur de l’homme. Sinon, nous ne pouvons compter que sur une croissance économique continue et sur des créations d’emploi toujours plus nombreuses pour maintenir le pouvoir politique. Mais s’appuyer uniquement sur des facteurs matériels est une approche insuffisante, et si jamais il y a des revers majeurs sur ce front, les choses peuvent devenir extrêmement dangereuses. C’est pourquoi la lutte contre la corruption n’est pas un slogan creux. Chacun, quelle que soit sa position, doit être sévèrement puni pour toute infraction à la discipline du parti ou à la loi de l’État. Le mandat céleste vous a été donné, et vous ne pouvez pas agir uniquement dans votre propre intérêt, mais vous devez plutôt défendre le peuple».

    Avec le «socialisme de la nouvelle ère», la Chine a connu un net changement de cap par rapport à la période maoïste. Mais il ne faut pas se méprendre : la construction du socialisme est toujours à l’ordre du jour, et l’ouverture économique ne signifie nullement un changement de système. Ceux qui ont vu dans la réforme un abandon du socialisme ont confondu la fin et les moyens. Prenant leurs désirs pour des réalités, ils ont privilégié les éléments de rupture et ignoré les éléments de continuité. Le socialisme actuel aurait-il vu le jour sans les avancées antérieures ?

    Jiang Shigong, professeur de droit à l’Université Tsinghua explique:

    «Xi Jinping a clairement dit que les 30 années qui ont précédé la réforme et l’ouverture et les 30 années qui ont les ont suivies ne pouvaient être considérées comme mutuellement contradictoires. Dans la 1° période de la réforme et de l’ouverture, il y avait quelques personnes qui voulaient répudier complètement Mao Zedong, mais Deng Xiaoping s’est résolument opposé à ces propositions, soulignant clairement que s’il n’y avait pas eu le camarade Mao Zedong, notre peuple chinois aurait tâtonné dans l’obscurité pendant une période beaucoup plus longue. Et c’est sous la direction de Deng Xiaoping que le centre du parti est parvenu à une évaluation objective des contributions et des échecs de Mao Zedong. De la même manière, en l’absence de la réforme et de l’ouverture et de la reconstruction moderne poussée par Deng Xiaoping, la Chine n’aurait pas pu s’élever aussi rapidement, en effectuant un tel saut historique : avec Mao Zedong, la Chine s’est mise debout, avec Deng Xiaoping elle s’est enrichie et avec Xi Jinping elle est devenue forte

    L’originalité – et peut-être la démesure – de Mao Zedong, ce fut la tentative d’accélérer le développement des forces productives en accentuant la transformation des rapports sociaux. Pour consolider la voie socialiste, disait-il, il faut poursuivre la lutte des classes à l’intérieur du pays. Ce volontarisme révolutionnaire a jeté les bases de l’industrialisation, contribué à généraliser l’éducation, libéré les femmes du patriarcat, éradiqué les épidémies. Avec Mao, la Chine a connu un taux de croissance supérieur à celui de nombreux pays en développement pour l’ensemble de la période 1949-1976. Mais cet élan incontestable est freiné à 2 reprises : par la crise du «Grand Bond en avant», responsable de la dernière famine qu’ait connue la Chine (1959-1961), et par les convulsions de la Révolution culturelle dans sa phase la plus subversive (1966-1967). Durant cet épisode chaotique où la Chine a semblé vaciller, Mao et les gardes rouges ont mobilisé les masses contre le parti afin de l’empêcher de «restaurer le capitalisme». Mais cette révolution dans la révolution a rapidement rencontré ses limites. L’effervescence idéologique d’une jeunesse fanatisée a causé des violences inutiles. Tournant à vide, cette agitation a généré un chaos qui appelait sa négation, et Mao Zedong lui-même y a mis un terme.

    La Révolution culturelle fut la tentative héroïque de fonder une société égalitaire. Elle a laissé de bons souvenirs chez les plus pauvres, mais elle a traumatisé les intellectuels et les cadres. Même si la figure de Mao Zedong fait toujours l’objet d’un respect quasi religieux, les Chinois ne souhaitent pas revivre cette période troublée de leur histoire. Ils aspirent à vivre de leur travail dans un climat apaisé et à jouir d’un confort que leurs aînés n’ont jamais connu. Dans une résolution adoptée en 1981, le parti communiste a porté un jugement sévère sur cette expérience qualifiée de «dérapage gauchiste». Il a progressivement engagé des réformes qui prenaient le contre-pied de la Révolution culturelle. Marxiste à sa façon, le «socialisme aux caractéristiques chinoises» défini en 1997 repose sur l’idée que le développement des forces productives est la condition indispensable de la transformation des rapports sociaux, et non l’inverse. Comme l’écrit Jean-Claude Delaunay, «la révolution fut conçue par les fondateurs du marxisme comme un fruit devant être cueilli quand il serait mûr, et qui le serait en toute vraisemblance car le verger était fourni». Mais pour les communistes chinois, la révolution est plutôt «le fruit d’un verger qu’il faudra d’abord cultiver, puis faire grandir et tailler en conséquences». En clair, le socialisme n’est pas le paupérisme. Et pour engager la transformation des rapports sociaux, encore faut-il assurer, au préalable, un certain niveau de développement des forces productives.

    On n’effacera pas aisément le bilan du maoïsme : Mao Zedong a libéré et unifié le pays, aboli le patriarcat, réalisé la réforme agraire, amorcé l’industrialisation, doté la Chine du parapluie nucléaire, obtenu sa reconnaissance internationale, vaincu l’analphabétisme et donné aux Chinois 24 ans d’espérance de vie supplémentaire. En Chine, personne ou presque ne conteste de tels acquis. Les Chinois savent d’où ils viennent, et ils ne conçoivent pas la rupture entre maoïsme et post-maoïsme de la même façon que les commentateurs occidentaux. Changeant de trajectoire tout en conservant l’essentiel, les successeurs de Mao Zedong ont tenu compte des inflexions de la vie internationale et tiré parti de la mondialisation. Ils ont transformé le pays en mettant en œuvre les «4 modernisations» dont Zhou Enlai, le plus proche compagnon de Mao, avait défini le programme dès 1964. Lucides sur le passé et confiants en l’avenir, ils n’ont jamais lâché le gouvernail que leur avait légué le Grand Timonier. Ils ont modernisé l’économie à un rythme accéléré, vaincu la pauvreté de masse, élevé le niveau scientifique et technologique du pays d’une façon qu’aucun Chinois n’avait sans doute imaginé.

    L’expérience historique de la RPC est unique : c’est la réussite d’une stratégie de sortie du sous-développement à une échelle sans précédent, sous la direction d’un PC qui a mobilisé la population sur la longue durée. Certes, les problèmes demeurent immenses : la population vieillit, la crise immobilière menace, l’endettement des collectivités pèse sur leurs capacités d’intervention. Le pays connaît des paradoxes stupéfiants : les odes au socialisme qui alternent avec la saga des milliardaires, des inégalités persistantes qui tranchent avec le discours officiel sur la «prospérité commune». La Chine contemporaine charrie son lot de contradictions, elle a ses faiblesses et ses fragilités, mais elle a l’intention de poursuivre le mouvement. Elle entend développer son marché intérieur, promouvoir la transition écologique, devenir un «pays socialiste puissant et prospère». Il faut se faire une raison : refermant la parenthèse de la domination occidentale, la Chine aspire à retrouver la place qui lui revient.

    Les Occidentaux ont exigé qu’elle participe à la mondialisation des échanges, et ils se lamentent des parts de marché que ses entreprises enlèvent haut la main. Multipliant les injonctions contradictoires, ils lui reprochent d’en faire trop et pas assez, d’être désespérément pauvre et scandaleusement riche, trop libérale quand elle n’est pas trop dirigiste. Ils lui demandent de sauver la croissance mondiale – ce que Pékin a fait au lendemain de la crise financière de 2008, provoquée par la rapacité des banques américaines – mais sans se montrer trop gourmande en matières premières. Ils voudraient qu’elle continue à se développer, mais en renonçant aux outils de son développement, comme sa souveraineté monétaire et son secteur public. L’attitude occidentale frôle parfois le comique. Lorsque la Chine, après avoir connu des taux de croissance exceptionnels, redescend en douceur à 5,2% (2023), on entend les experts d’un pays européen qui se traîne à 0,7% faire la fine bouche et pronostiquer la catastrophe. En Occident, on aime dire que la Chine reste un pays pauvre, avec ses centaines de millions de travailleurs sous-payés. Mais la réalité chinoise se transforme plus vite que les représentations des experts occidentaux, car les luttes des salariés de l’industrie – dans un pays qui connaît des conflits sociaux réglés par la négociation – ont abouti à une hausse conséquente des salaires, au point d’inquiéter les investisseurs étrangers.

    Un pays moderne aux 1000 débats

    Quand on voyage en Chine, on ne voit pas un pays en voie de développement, mais un pays développé. La modernité et la fiabilité des moyens de transport y sont impressionnantes. Les métros sont flambant neuf, d’une propreté, d’une fonctionnalité et d’une sécurité à toute épreuve. Il n’y a ni SDF, ni pick-pocket, ni tag, ni mégot, ni papier par terre. Les passagers attendent sagement leur tour si le train est bondé, et aux heures de pointe les rames se succèdent toutes les 30 secondes. En dépit de leur gigantisme, les gares et les aéroports fonctionnent comme du papier à musique. Les retards sont rares, les billetteries automatisées, la signalétique irréprochable. La Chine est un pays sans bidonvilles où la misère a disparu pour de bon. Il est significatif que les Chinois, quand ils louent la politique de Xi Jinping, citent à la fois la lutte contre la corruption – qui est extrêmement populaire – et la lutte contre la pauvreté. Dans les villages chinois, on voit des tableaux affichés publiquement où figure le calendrier des programmes d’éradication de la pauvreté. Chacun sait à quoi s’en tenir, et l’évaluation des résultats au vu et au su de tous en est facilitée. Ce tableau est d’ailleurs affiché en face du bâtiment du comité local du PC , ce qui témoigne de l’intérêt qu’on lui porte. L’encadrement social nécessaire à la mobilisation de tous, participe aux yeux des Chinois d’un cercle vertueux dont l’efficacité est patente.

    S’il y a une idée aujourd’hui enracinée dans l’esprit des Occidentaux, c’est que la Chine est un État policier où l’arbitraire du pouvoir s’accompagne d’une surveillance généralisée. Vivant dans la crainte permanente de la répression, les Chinois subiraient sans broncher une tyrannie fondée sur la terreur qu’elle inspire. Mais cette représentation a-t-elle quelque rapport avec la réalité? Lorsque la direction du métro de Pékin a voulu introduire un système de reconnaissance faciale, une juriste renommée, Lao Dongyan, a publiquement dénoncé ce projet. Largement diffusé sur les réseaux sociaux, son réquisitoire est sévère : «Les personnes qui contrôlent nos données ne sont pas Dieu. Elles ont leurs propres désirs et leurs propres faiblesses. De plus, on ne sait pas comment elles vont utiliser nos données personnelles ni comment elles veulent les manipuler. Sans vie privée, il n’y a pas de liberté». Un avocat de Pékin, Lu Liangbao, a surenchéri : «Le peuple ne se sent en sécurité que lorsque l’État s’occupe de lui. Mais le pouvoir est encore plus maniaque et veut tout contrôler. Cela le rassure. Les caméras feraient mieux de surveiller les fonctionnaires et les dirigeants sur l’emploi qu’ils font de l’argent public, plutôt que de contrôler les simples citoyens». Les affaires de ce genre se sont multipliées. Le 19 novembre 2019, le Quotidien du peuple relaie la polémique en titrant : «La reconnaissance faciale provoque un débat national». A ce jour, le métro de Pékin n’a toujours pas adopté la reconnaissance faciale. J’ai pu le vérifier sur place en octobre 2023.

    Au chapitre des préjugés sur la Chine, l’idée que l’orthodoxie fait peser une chape de plomb sur la vie intellectuelle occupe également une place de choix. Il suffit pourtant de consulter d’innombrables sources en ligne pour avoir la preuve du contraire. Depuis les années 1980, le débat est permanent. Les libéraux forment un courant très influent dans le pays. Partisans enthousiastes des réformes économiques, ils souhaitent l’extension du marché, l’ouverture du capital financier et la poursuite d’une internationalisation dont ils espèrent qu’elle provoquera à terme un changement systémique. Les plus audacieux n’hésitent pas à réclamer une évolution institutionnelle qui rapprocherait la Chine des pays occidentaux. Contrairement aux libéraux, les nationalistes insistent sur les spécificités chinoises et se font les gardiens vigilants de la souveraineté et de l’intégrité nationales. Lors des crises récurrentes provoquées par la présence de forces aéronavales étrangères aux portes de la Chine, ils sont les 1° à prôner la fermeté. Face à l’impérialisme, la Chine doit définitivement renoncer au profil bas et se préparer à une confrontation inévitable. De leur côté, les intellectuels néo-confucéens préconisent le retour aux valeurs traditionnelles et l’affirmation par la Chine de son identité culturelle. Ils l’invitent à se ressourcer aux plus anciennes traditions pour retrouver confiance en elle-même. Certains vont jusqu’à prôner l’instauration d’une «religion civile» destinée à soutenir la cohésion de la société, malmenée par l’individualisme et le consumérisme. La Nouvelle Gauche, enfin, est apparue dans les années 1990 dans un climat intellectuel marqué par la résistance au libéralisme triomphant. Selon le discours dominant, la victoire de l’Occident dans la guerre froide signifiait que le capitalisme avait gagné et qu’il n’y avait pas d’autres options pour l’humanité. Pour de nombreux Chinois, cet affront était d’autant plus intolérable que les réformes menaçaient de sacrifier l’héritage socialiste sur l’autel d’un développement à tout prix. Le «socialisme à la chinoise» ne ressemblait-il pas étrangement au capitalisme ? Il semblait mettre en péril le parti, corrompu par les nouvelles possibilités d’enrichissement privé. Allait-on abandonner à son sort le peuple chinois, tandis que de nouvelles élites se partageraient le bénéfice des réformes ? La réorientation de la stratégie de développement en faveur des couches populaires, à partir de 2002, a changé la donne. Les luttes ouvrières ont arraché des hausses de salaires conséquentes et de nouveaux droits pour les travailleurs. La ligne politique de Xi Jinping marque-t-elle un nouveau point d’inflexion ? Impitoyable, la lutte contre la corruption a montré que les puissants pouvaient encourir les foudres de la loi. L’éradication de la pauvreté extrême, la généralisation de la protection sociale et la mise au pas des grands groupes privés illustrent la détermination des dirigeants à réaliser la «prospérité commune».

    Ainsi va la Chine, à mille lieux de ce qu’on imagine en Occident. Poursuivant leur odyssée, les Chinois ne vont pas remplacer leur système par le système occidental. Il est admis depuis 1949 que le PC est l’organe dirigeant de la société et qu’il en fixe les orientations politiques. Ce parti accepte le débat interne mais il ne veut pas de concurrent externe. On peut le déplorer, mais c’est aux Chinois d’en décider. Cette direction unifiée donne sa cohésion à l’ensemble du système. Elle est jugée sur ses résultats, conformément à une éthique d’inspiration confucéenne où les dirigeants sont tenus de servir et non de se servir. Pour les Chinois, la société est 1°. La famille l’emporte sur les personnes, le clan sur la famille, la société sur les clans. Chaque personne est dans une relation de dépendance à l’autre. La société est un ensemble de subordinations structurelles à l’image de la nature, où la Terre est assujettie au Ciel. Participer à l’effort collectif n’est pas une contrainte, mais une gratification. Tous les lundis, dans les établissements scolaires, le directeur procède à la levée des couleurs et tient un discours mobilisateur devant les élèves en rang et en uniforme, encadrés par leurs professeurs. L’ode au «socialisme de la nouvelle ère» s’élève dans l’air frais du matin devant les écoliers sagement alignés. Des formules moralisatrices comme «sois civilisé, sois studieux et appliqué» ornent en gros caractères la cour de l’école. Ce rituel mi-patriotique, mi-pédagogique inaugure une longue journée de travail où chacun s’efforcera de faire de son mieux.

    Sources

    * Branko Milanovic, « Inégalités mondiales – Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l’égalité des chances », La Découverte, 2019.

    * Jean-Louis Rocca, «C’est en évitant la question politique que les groupes sociaux, en Chine, font avancer leurs revendications», Le Monde, 9 février 2024.

    * Zhang Weiwei, «Il est tout à fait possible de raconter l’histoire de la politique chinoise d’une manière plus précise et passionnante», Pékin tous les jours, 21 juin 2021.

    * Cai Xia, «Faire progresser la démocratie constitutionnelle», Aisixiang, 30 mars 2013.

    * Zhao Tingyang, « Tianxia – tout sous le même ciel », Cerf, 2018, p. 102.

    * Cao Jinqing, «Un renouveau centenaire : le récit historique et la mission du Parti communiste chinois», Observer, 7 mai 2014.

    * Jiang Shigong, «Philosophie et histoire : une interprétation de l’ère Xi Jinping à travers le rapport de Xi au XIXe Congrès du PCC», Ère ouverte, Pékin, 2018.

    * Jean-Claude Delaunay, « Les trajectoires chinoises de modernisation et de développement », Delga, 2018, p. 283.

    * Frédéric Lemaître, « Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping, Tallandier », 2024,

Note : 5 sur 5.

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– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

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