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  • Pr. Omar Aktouf – Webinaire n°8 : Principales composantes de l’ordre néolibéral : de Bretton Woods à la crise de 2008-quatrième partie

    Pr. Omar Aktouf – Webinaire n°8 : Principales composantes de l’ordre néolibéral : de Bretton Woods à la crise de 2008-quatrième partie

    Avant-propos

    Mehdi Bouassa, universitaire et chercheur de l’université de Fès au  Maroc, a réalisé un travail analytique des webinaires du Pr. Omar Aktouf. Il ne s’agit donc pas d’une transcription. Il a extrait du discours du Pr. Omar Aktouf sur l’économie politique, les moments les plus « parlants ». Ces moments sont plus éloquents que d’autres car, au hasard de leurs « surgissements » lors de ses plus grands efforts pédagogiques ou au bonheur de ses digressions, ils nous restituent les chemins qu’il s’est frayés pour arriver à cet objet de la connaissance théorique : l’Économie Politique. Les jalons de ces chemins sont aussi multiples que les chemins de la vie, pas la vie en général, mais la sienne. Ils sont ces jalons, des lectures bien sûr;  beaucoup, beaucoup, beaucoup de lectures attentionnées, notées et annotées, retenues par cœur. Ils sont aussi les concepts clés sur lesquels il s’appuie pour avancer dans le processus mental (et verbal, puisqu’il nous parle) de distinction de l’objet de l’économie politique au cœur du brouillard et des gangues dans lesquels l’a précipité la « science économique ». Mais, et tout aussi essentiel, les jalons peuvent être des émotions, des étonnements, des curiosités soudaines ou simplement des noms et des lieux. Le berger Omar Aktouf n’a jamais quitté le Pr. Omar Aktouf, veillant à identifier la chaîne des signifiants des mots, des phrases, des concepts rencontrés en chemins, ceux tracés par d’autres et ceux qu’il ouvre dans les friches entre ce qu’on appelle les disciplines à l’Université. Bref, il les examine dans et à travers leurs écosystèmes, leur conditions de naissance et de variations ou transformations Personne ne sait mieux que les bergers, héritiers des savoirs des chasseurs, ce qu’est un écosystème et les multitudes de connexions, parfois visibles, le plus souvent perçues intuitivement, qui interagissent dans le processus de la vie. Tout ce que dit ou écrit Omar Aktouf relève d’un examen de l’écosystème des idées et reflète ce rejet des frontières entre auteurs, entre disciplines, entre théorie et pratique etc. Son activité de berger s’apparentait encore dans le sud marocain à ce que nous pourrions appeler un travail d’artisan qui demandait un long apprentissage, sur l’environnement naturel rugueux dans lequel l’inattention se payait en pertes douloureuses. Le « comment faire » avec le bétail s’apprenait dans un  processus qui mobilisait la totalité de l’attention et des affects de l’homme car aucun savoir partiel ne pouvait former l’homme au caractère multidimensionnel de cette activité.
    Et vous savez quoi sur la première question d’un artisan devant un produit ?
    C’est « comment il a été fait?, quels outils, quelles matières, quelles techniques?
    Cela vous marque pour la vie et Omar Aktouf dans ses cours même s’interroge sur comment telle théorie s’est construite ? Dans mon adolescence dans un milieu encore emprunt de la culture de l’artisanat et des corporations, nos mères nous recommandaient de « capter », le savoir des « sachants », de ceux qui savaient, des « mââlims » (ceux qui ont été correctement et pleinement formés)   au sens presque de « voler » son savoir, de le capter non pas à leur insu mais d’aller au delà de ce qu’ils disaient ou pouvaient dire à atteindre à leur style, leurs marques personnelles qui marquaient de leur personnalité l’excellence de leur « chefs d’oeuvres ».
    L’immersion dans l’écosystème de l’élevage artisanal qui permettaient le partage de la connaissance par une praxis ne permettaient pas seulement de comprendre que le choix de leurs lieux de sommeil qu’évoque Omar Aktouf, le relie nécessairement par le besoin de l’échange, voire d’une forme de troc, à un écosystème encore plus large, celui du souk de cette époque précapitaliste dans cette région précise. La fréquentation du souk au sens large, c’est à dire les lois de l’échange, lui révèle des lois non écrites du commerce dans ces sociétés. Engels parle de constitutions non-écrites des tribus à l’époque de le gens et Omar découvre ces lois que la valeur de la marchandise varie selon le statut social de l’acheteur. L’acheteur aisé ne marchande pas le prix car cela ne sied pas à son statut social et il posera invariablement la question « combien faut-il ? » qui communique au marchand qu’il n’a pas de souci du prix mais juste de la qualité du bien acquis. Pour d’autres moins fortunés le marchandage est une des modalités de l’existence du lien social : l’acheteur vient acquérir un bien nécessaire en rapport avec ses possibilités et non une marchandise. La culture de ce lien social est aussi vital pour le marchand que pour le client car il renforce le lien social qui garantit la survie de l’un et les gains de l’autre. De ce fait entre son père et le marchand s’établit non l’achat d’une marchandise mais de l’acquisition d’un bien et d’un bien socialement nécessaire que à la perpétuation du groupe, dans une culture de l’intérêt partagé, loi historique de la primauté du bien de la société sur celui des individus fussent-ils élevés au rang de Sachems. 
    Dans ces commerces, le négoce d’où nous vient la négociation etc. c’est autre chose, ce n’est donc pas la valeur qui est prévalente mais l’usage, bien plus conforme au troc des origines.
    Ce clivage entre bien et marchandise, entre usage et consommation qui infirment la primauté de l’échange et donc de la centralité de la valeur et son incarnation fétichiste la monnaie et son accumulation en dehors de toute utilité sociale sous-tend toutes les observations et développements théoriques de Omar Aktouf.
    Il serait essentiellement périlleux dans ce long parcours d’homme de faire croire à Omar Aktouf une nature anhistorique, éternelle et immuable de l’homme tournée vers la recherche du profit individuel. Il s’est attaché pour le plus grand bien des révolutionnaires ou des révoltés de cet ordre social d’élargir leurs connaissances, pour mieux le combattre, sur le néolibéralisme, forme ultime de réanimation du capitalisme arrivé à son stade suprême, l’Impérialisme.    
    Pourtant et curieusement, rien n’est plus transparent et visible que la « science économique » telle qu’elle a été « recueillie » et « formalisée » dans un incessant remaniement des textes des pères fondateurs a plus l’objectif d’améliorer une praxis que de connaitre un objet de pensée. Ce qui, justement, distingue la science de l’idéologie. L’idéologie a un objectif jamais un objet à penser,  un objectif social, essentiellement à offrir, sans frais, les compensations aptes à faire accepter aux « damnés de la terre » leur condition misérable car déterminée par des forces incoercibles ou par leurs « inaptitudes ».
    Mehdi Bouassa, sur cette longue série de webinaires a fourni un remarquable et extraordinaire effort. Non seulement il nous rend dans leur singularité chacune des idées de Omar Aktouf mais aussi nous révèle, chemins faisant, des repères et stations importantes de ces chemins, que sont certains auteurs; certains faits, certains souvenirs sous la forme de « thèses » que chacun pourra approfondir.
    C’est un splendide canevas, très opérationnel, pour mieux organiser le travail individuel de révision des webinaires de Omar Aktouf ou pour approfondir la réflexion et la connaissance.
    C’est un magnifique travail qui permettra à des chercheurs d’aller plus avant, à des étudiants de se situer cet écosystème idéologique du capitalisme dans lequel s’affrontent les récits et les perceptions.
    Il permettra aux « non-indifférents » dont parle Gramsci de mieux intervenir dans les débats publics ou dans leurs cercles d’amis.
    Les jeunes du monde entier, entrés dans la révolte et le rejet de l’ordre du capitalisme ultra-financiarisé qui a ajouté l’absurde et l’obscurantisme à son injustice, pourront organiser leurs débats dans leurs environnements universitaires ou mieux industriels et trouver les matériaux inestimables pour leur travail en direction des masses de travailleurs, de jeunes, des femmes dans les champs ou dans les usines.
    A plusieurs reprises les auditeurs ont demandé au Pr. Omar Aktouf les bibliographies qui furent essentielles à son travail. Au fil de ces transcriptions, ils peuvent en découvrir l’ampleur et faire leurs propres choix de lectures.
    Rien ne sera plus conforme à la nécessité énoncé par Karl Marx:  « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer  » (Thèses sur Feuerbach 1845)
    Merci infiniment à Omar Aktouf et à Mehdi Bouassa.
    Mohamed Bouhamidi
    - Michel Albert : livre : “Capitalisme contre Capitalisme”.
    - Michel Villet : livre : “L’Homme qui Croyait au Management”.
    - Hervé Sérieyx : livre : “L’Entreprise du 3e Type” (la pensée américaine et la réalité de ce qui se passe dans les entreprises).
    - La méthode pédagogique : la narration commentée, donc je narre, je raconte et j’expose, je contextualise, je parle des gens dont je parle, ce qu’ils sont et d’où ils viennent, etc., et aussi je commente ce dont je parle pour mieux l’entourer de sens historique, de sens linguistique, de sens sociologique, etc. Il a eu l’idée de faire la différence entre le complexe et le compliqué. Tout ce qui est aux business schools et aux polytechniques, etc., est traité sur le mode plutôt du compliqué. Un Boeing, c’est compliqué, mais il dit : “Je peux très bien démonter un Boeing pièce par pièce avec un esprit analytique et l’esprit analytique s’oppose à l’esprit synthétique. Or, tout dans ce monde est dialectique et synthétique, il n’y a rien de strictement analytique, coupé comme ça en tranches isolables. S’ajoute à l’esprit analytique cette idée de choses qui peuvent se traiter sans croisement de connaissances préalables donc quelque chose qui peut se traiter uniquement avec le langage de la physique. Or, non, quelque chose qui est physique, elle est aussi traitable avec un tas d’autres sciences comme la biophysique, la chimie, etc. Dans l’idée du simplisme, on essaye de réduire le complexe au compliqué. Par contre, ce que je ne peux ni comprendre ni démonter analytiquement ni refaire, c’est un plat de spaghetti. Ça relève du complexe.”
    - René Thom : mathématicien français, mathématiques des catastrophes, les points de rupture.
    - Léon Tolstoï : livre : “Anna Karénine”. Il a écrit : “Les privilèges indus des classes dirigeantes ne sont pas mauvais uniquement parce qu’ils sont immoraux, mais parce qu’ils sont irrationnels.” Ça veut dire qu’on a traficoté quelque chose dans la raison humaine.
    - Enchevêtrement des connaissances multidirectionnelles polysémiques.
    - La recherche opérationnelle : qui est devenue l’une des grandes branches des écoles de gestion avec notamment l’usage des statistiques probabilistes et des équations de Maxwell et des équations de la cinétique des gaz et des électrons. Cette recherche opérationnelle a un credo ou une pratique ou procédure inscrite dans le déroulement de la recherche opérationnelle, c’est ce qu’on appelle relaxer les problèmes. Alors, qu’est-ce que c’est que relaxer un problème ? C’est avoir devant soi un problème extrêmement complexe, par exemple une équipe de gestion dans un projet quelconque qui fait grève, qui en a marre, il y a X centaines de revendications, personne ne s’entend sur exactement quel est le problème ? Où est le problème ? Qui a fait quoi ? Qui a dit quoi ? Chacun dit le contraire de l’autre, le chef dit encore plus le contraire, le sous-chef dit le contraire du chef, etc., une complexité à mourir. Eh bien, relaxer le problème, c’est ramener le problème complexe auquel je ne comprends rien ou presque à quelque chose de plus simple que je connais. Alors, je ramène tout ce problème à un problème de motivation et j’analyse tout ce qui se passe dans cette équipe avec la grille de motivation. Et qu’est-ce que c’est la grille de motivation ? C’est : est-ce que la personne est satisfaite de son lieu de travail ? Est-ce que la personne est satisfaite de son salaire ? Est-ce que la personne est satisfaite de sa relation avec sa hiérarchie ? Et puis, nous allons construire un questionnaire avec toutes ces questions-là et nous allons aller résoudre le problème. Alors là, c’est du placage, la grille avec laquelle vous analysez une situation. La situation vous répond dans le cadre de la grille dans laquelle vous l’interrogez. Vous interrogez une situation avec une grille motivationnelle. Elle va vous répondre en langage motivationnel et vous serez très content en vous disant : “Eh bien voilà, j’ai la réponse à mon problème”. Mais vous n’avez pas de réponse à votre problème, vous avez la réalité qui vous répond en faisant écho à votre langage avec lequel vous l’interrogez.
    Gaston Bachelard disait : “La nature ne répond jamais qu’avec la langue dans laquelle on l’investigue”. Si vous investiguez la nature avec la langue chimique, elle vous répondra en chimie. Si vous l’investiguez en langue physique, elle vous répondra en physique. Si vous l’investiguez en langue agronomique, elle vous répondra en agronomie. Alors c’est moi qui ai mis les mots dans ce que ces gens ont comme problème complexe où la nature doit me répondre et c’est ce qui s’appelle de la tautologie qui est le fait de trouver la même chose en refaisant les mêmes choses. C’est tautologique, on désigne les mêmes choses avec les mêmes mots et on tourne en rond comme un chien qui se mord la queue.
    - Bretton Woods : où se sont déroulées les négociations de la fin de la deuxième guerre mondiale. Alors quel monde allons-nous organiser après cette guerre 1945-1946 ?
    Et là, il y avait la délégation anglaise dirigée par Maynard Keynes et la délégation américaine dirigée par le général Marshall, le père du fameux plan qui porte son nom, et aussi Harry Dexter White qui a eu un rôle important dans la création du FMI et de la Banque mondiale. Et il y avait 42 autres délégations des pays dits alliés comme la France, l’Italie, l’Espagne, la Suède, l’Irlande, etc. Mais il n’y avait que trois pays qui avaient droit au chapitre. La voix la plus forte était américaine, la deuxième anglaise et la troisième française. Les autres voix n’avaient évidemment pratiquement pas droit au chapitre, seulement témoins et assistaient comme public. La principale bataille se passait entre la délégation anglaise et américaine.
    - Maynard Keynes a écrit la théorie générale de la monnaie. La théorie de l’État, notamment l’État providence.
    - La logistique et la communication sont les deux piliers énormes et complexes. En gestion de projet, un problème qui mêle la communication et la logistique, donc il y a eu une mauvaise communication pour que tel produit ou telle pièce arrive à temps à telle équipe pour compléter à temps les délais partiels du projet ou une partie du PERT( technique d'évaluation et d'examen de programmes/Program Evaluation Review Technique) du projet, la date au plus tôt et la date au plus tard, etc... Eh bien, on ramène ça à des méthodes d’analyse comme le max minime minimax ou le lissage exponentiel qui est le calcul des moyennes et faire le lissage par des logiciels qui vous disent quelle est la moyenne la plus probablement rentable sur le temps qu’il faut adopter. Par exemple, dans les écoles de gestion, on fait des simulations faites de toutes pièces d’abord par des informaticiens et des mathématiciens qui ne connaissent rien à la stratégie, ni à la planification, ni à la production, etc... Et donc ils prennent ce que vous leur donnez, vous qui êtes professeur de stratégie ou d’économie, etc... Ce que vous leur confiez comme données sur un projet, par exemple de développement multinationales d’exploitation de mines de charbon ou gisement de pétrole dans tel pays. Alors on vous rentre dans l’ordinateur un logiciel où il y a tous les pays que vous avez cités avec les chiffres que vous avez donnés, donc les capacités réelles des gisements et leur capacité potentielle avec les composantes géographiques, le passage des oléoducs, des gazoducs, les distances, les bateaux, les raffineries, le nombre de personnels qu’il faut, les techniciens, les ingénieurs, leur coût relatif, etc... Vous avez tout ça et donc vous rentrez tout ça dans le logiciel et le logiciel, qu’est-ce qu’il fait ? Il fonctionne comme l’a dit le grand Samir Amin, uniquement sur ce que fait un ordinateur ou un logiciel, c’est-à-dire essentiellement des règles de trois compliquées. Et la règle de trois, ça ne va pas très loin en termes de raisonnement, c’est un raisonnement à un niveau et demi, et encore, même pas à un niveau de recul par rapport à la situation qu’on analyse, comme peut le faire l’être humain. Alors l’ordinateur, lui, tous les chiffres que vous lui donnez, vous savez que ce que vous mettez dans ce logiciel, que tels chiffres, c’est les humains ou ressources humaines et il y a les gisements de pétrole, le gisement potentiel, les coûts du transport, le capital investi, le rendement sur capital escompté par pays, etc. Mais l’ordinateur, lui, comment peut-il faire la différence entre le chiffre qui représente les êtres humains et le chiffre qui représente les camions ? Comment ? Or, si un ordinateur avec un logiciel fait des calculs et des simulations qui me poussent, moi être humain, à prendre des décisions sur ce qui arrive à des camions et des êtres humains, quand l’instrument qui me pousse à prendre ces décisions ne sait pas ce que c’est qu’un camion et ne sait pas ce que c’est qu’un être humain et ne sait pas faire la différence, eh bien, je suis désolé, mais c’est gravissime. Parce que le logiciel, il prend tous les chiffres, les ressources humaines, les camions, les bulldozers, etc...Et il vous fait les moyennes des chiffres, il vous fait le lissage et il vous dit voilà la moyenne la plus optimale ou la plus rentable parmi tous ces chiffres, donc ça vous pousse à prendre des décisions de licenciement, par exemple.
    - Avant les deux guerres mondiales : on a eu l’ordre Westphalien, c’est-à-dire les traités de Westphalie au 17ème siècle, donc c’était pour mettre fin à la guerre de Trente ans et toutes les guerres de tribus et de clans qu’on avait un peu partout en Europe et qui donc mettaient à plat la capacité de l’Europe à commercer et à vivre en paix. Le traité de Westphalie a marqué la naissance de ce qu’on appelle l’État-nation ou les pays, donc ce ne sont plus des tribus et des clans ou un roi avec des vaisseaux et des duchés qui se chamaillent entre eux, qui s’arrachent l’Alsace ou la Bavière réciproquement, ce n'est plus ça, donc c’est des États. Et ces États ont des frontières et ces frontières sont inviolables et à l’intérieur de ces frontières, il y a une sorte d’unicité linguistique, culturelle, religieuse, etc... Des critères sur lesquels on s’est basé pour définir ce qu’est une nation (un peuple, c’est autre chose) et à travers ces frontières, on fait du commerce, de l’échange et puis on se met d’accord entre États avec des arbitrages, mais pas de guerre. Le traité de Westphalie, c’était une sorte de dépassement du haut Moyen Âge pour passer vers l’État civilisé du monde et dépasser définitivement l’État barbare.
    Le traité de Bretton Woods et plus tard le néolibéralisme, encore plus avec la mondialisation et l’ouverture totale de toutes les frontières, marque le début de la destruction de l’ordre Westphalien. C’est donc la destruction de tout le fonctionnement du monde qui était basé sur ces questions de commerce entre la France et la Belgique, par exemple, bilatéraux, donc tout le monde pouvait s’arranger avec tout le monde, il n’y avait personne qui venait imposer les prix en disant “tous payer le même prix pour ceci ou pour cela”, on se mettait d’accord bilatéralement.
    - Bretton Woods : l’idée était de créer un nouveau monde où l’on fait plus que du commerce et des échanges en paix, c’est le credo numéro un officiel. Deuxièmement, on met en place des institutions internationales qui vont dépendre de l’ONU, qui a succédé à la SDN, la Société des Nations. Ces institutions internationales vont se charger de faire jouer à tout le monde les mêmes règles du jeu. C’étaient les trois qu’on appelle aujourd’hui les Institutions Financières Internationales (IFI), c’est-à-dire la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) qui va être l’ancêtre de l’OMC. Donc, ces trois institutions étaient chargées d’organiser un monde qu’on a appelé le monde de Bretton Woods et qui sera un nouveau monde, un nouvel ordre qui fera de ce monde un monde où l’on ne fera qu’échanger et commercer, s’entraider sans guerre, ni querelles, ni invasion, ni contre-invasion, ni même nécessité des armes, plus besoin d’armées. Alors, au profit de qui ces négociations ont-elles tourné ?
    - Karl Marx : l’histoire bégaie, la première fois en tragédie et la deuxième fois en farce.
    - Quel ordre va sortir après l’annulation, l’abrogation, l’éradication de l’ordre westphalien et maintenant l’éradication de l’ordre néoclassique et puis on va vers l’éradication de l’ordre néolibéral ? Alors, qu’est-ce qui vous laisse sortir de l’éradication successive de ces trois ordres qui ont quand même tenu dans la durée ? Et bien, c’est très complexe et très difficile.
    - Une voiture électrique, pour naître, provoque pratiquement autant de dégâts que construire une voiture conventionnelle. Alors donc, il faut amortir trois voitures conventionnelles pour arriver à ce qu’une voiture électrique soit rentable, sans compter ce qu’il faut pour les batteries (le lithium pour les batteries, les terres rares) ; les éoliennes aussi, c’est des terres rares, sans compter qu’elles provoquent des champs magnétiques qui tuent le bétail en France notamment et qui provoquent des maladies chez les humains parce que l’électricité circule en sous-terrain et apparemment, ils n’ont pas trouvé le moyen de l’isoler suffisamment, alors ils provoquent des champs magnétiques nocifs.
    - Ilya Prigogine : livre : La Nouvelle Alliance. Il a beaucoup travaillé sur ce qu’on appelle les phénomènes éloignés des états d’équilibre, c’est-à-dire quand on chauffe, essentiellement quand on met beaucoup d’énergie dans un liquide, par exemple. Parce que lui, il a beaucoup travaillé sur les liquides qu’on appelle les liquides de Ménard, et donc ça consiste à les chauffer, les porter à plus qu’ébullition et donc provoquer un désordre. Parce que quand vous faites bouillir de l’eau, c’était de l’eau qui était en état d’équilibre thermodynamique stationnaire et quand vous la chauffez, vous l’éloignez de son état d’équilibre thermodynamique stationnaire qui était à la température ambiante. Donc, vous lui faites dépasser la température ambiante et vous l’éloignez de l’état d’équilibre. Alors, Prigogine s’intéressait à ce qui se passait dans les différentes phases d’éloignement de l’état d’équilibre et il a constaté qu’à un certain stade d’éloignement de cet état d’équilibre, le désordre, parce que l’ébullition, c’est le désordre, parce qu’il y a les molécules qui s’accélèrent, mais s’accélèrent en désordre. D’abord, elles ne s’accélèrent pas toutes à la même vitesse et ne s’accélèrent pas toutes de la même dimension, elles s’entrechoquent, etc., donc désordre total. Et là, Prigogine observe qu’après un certain temps de désordre, il y a un ordre qui apparaît, une forme d’ordre. Qu’est-ce que c’est, cet ordre ? C’est que les molécules de ce liquide se comportent comme si elles tournaient en cercle, comme les engrenages, mais en cercle inverse les unes par rapport aux autres. Et donc, en tournant comme ça, les molécules d’un cercle influencent la façon dont se comportent les molécules du cercle voisin, comme des engrenages, et ainsi de suite. Donc, il y a un ordre qui sort de ce désordre et il a appelé ça les structures dissipatives. Alors pourquoi les structures dissipatives ? Ce sont de nouvelles structures qui sortent de l’absence de structure et qui dissipent les effets de l’absence de structure.
    Quelques économistes et des gens de l’ingénierie ont trouvé moyen de transposer cette idée d’ordre nouveau qui sort du désordre complet aux affaires humaines. De ce désordre du marché, qui est apparemment un désordre, et il va faire du désordre à la nature : le dérèglement du climat, la pollution, les maladies qui augmentent, les animaux qui deviennent fous, les humains avec, etc. De tout ce désordre va sortir un nouvel ordre.
    - Stephen Hawking : il écrit une phrase qui dit : il faut non seulement tenir compte des effets entropiques, qui est la dégradation d’énergie continue qui nous conduit vers un désordre continu, c’est-à-dire le non-être ou le néant, dégradation d’énergie et cette grandeur qui mesure l’ampleur de la dégradation d’énergie, ça s’appelle entropie et c’est Rudolf Clausius qui lui a donné ce nom. Et donc, elle va augmenter jusqu’à annihiler totalement la physique que l’on connaît de ce monde et donc l’ordre newtonien lui-même, on ne sait pas s’il va persister (gravitation, pas gravitation, onde gravitationnelle, attraction, champs magnétiques).
    Hawking a essayé de trouver la grande unification entre les deux grandes théories de la physique, donc la subatomique et la supra atomique, et il nous dit qu’il faut tenir non seulement compte de cette évolution entropique, mais il faut tenir compte aussi de l’évolution qui intègre dans les équations l’ordre anthropique (avec un A), donc humain, entropique (en) dégradation d’énergie à l’infini et anthropique avec (an) la présence de l’humain. Hawking dit que rien, et absolument rien, ne nous garantit en tout ça en physique, qui est la science des sciences, que n’importe quel ordre peut intégrer l’être humain. On n’a aucune idée. L’ordre qui va sortir de ce désordre qui est en train de nous menacer, ou du dérèglement climatique, est-ce que c’est un ordre où l’être humain sera encore présent ? Ou sa présence sera-t-elle encore admise ? On n’en sait rien.
    C’est un peu ce genre de préoccupation qui nous occupe en ce moment. Alors, ce monde, jusqu’à quand va-t-il pouvoir encore conserver l’être humain dans l’ordre que nous sommes obligés de subir puisqu’il a la capacité de nous l’imposer, quoi que nous fassions ?
    - Karl Marx : Dans le premier livre du Capital ,La paupérisation générale, c’est-à-dire que Marx a constaté que la logique du capital, c’est l’accumulation infinie de tout. Or cela est impossible, là il reprend Aristote, on ne peut pas faire l’infini dans le fini. Alors il dit, étant donné ça, je peux présumer que cette logique du capital va le conduire à une autre logique qui va, au lieu de l’enrichir, va l’appauvrir de plus en plus. Alors il faut comprendre cet enrichissement et cet appauvrissement dont parlait Marx, pas dans le sens individuel, mais qu’en voulant comme ça accumuler à l’infini, le capital sera obligé d’adapter régulièrement ses moyens de production et sa force de production. L’objet de production, il n’y peut rien, il n’y a rien à adapter parce que c’est le fer, c’est le poisson, etc... sauf essayer de le gaspiller moins, mais ça ce n’est pas ce que sait faire le capital. Mais les moyens de production et les forces de production, il va donc les adapter, mais comment ? Les moyens de production, il va être obligé de mettre de plus en plus de mécanisation à la place de l’être humain parce que la machine produit plus évidemment parce qu’elle ne s’arrête pas, elle ne se fatigue pas, elle peut travailler jour et nuit, elle n’a pas sommeil, elle n’a pas faim, elle n’a pas soif. Juste à cause de ça, elle va produire plus que l’être humain, et donc il faut évacuer l’être humain. Ce à quoi on assiste aujourd’hui en Occident, le rapport robot/être humain est en faveur des robots, il y a infiniment plus de robots que d’être humain parce qu’on a mis des robots en Occident pour remplacer et éliminer les humains parce qu’ils coûtent des salaires, des congés maladie, etc... Alors que le robot, lui, il produit et il ne fait pas de syndicat et il se tient tranquille, il ne fait rien du tout. Mais ce qu’on a oublié, c’est qu’un robot, ça ne consomme pas, ça n’a pas de salaire, ça n’épargne pas, ça ne paye pas d’impôt, ça ne permet pas l’épargne, ça ne permet pas l’investissement. Et donc, Marx dit voilà un premier facteur qui va commencer ce qu’il a appelé le phénomène de paupérisation général continu partout où se trouve le capital. Et il ajoute un deuxième élément, un rapport ou une équation qui dit pour ça, il sera obligé d’augmenter le rapport suivant M/L qui est M : means et L : labor.
    Il dit que le capital sera obligé d’augmenter le rapport constamment aussi, le rapport mécanisation machine par rapport à l’être humain. Or, dit-il, c’est qu’on remplace de plus en plus le travail vivant qui est le travail humain. Alors qu’est-ce qu'il appelle travail vivant ? Comme il le dit si bien, c’est quand le fait que quand l’être humain travaille, il produit et se produit. Comme le disait Hegel et Anaxagore, l’être humain a une intelligence parce qu’il a une main, ça c’est Anaxagore, c’est l’homo faber qui a fabriqué l’homo sapiens depuis l’homo erectus. Si l’être humain n’avait pas pu se mettre sur deux pieds, devenir vertical et utiliser le pouce et ses mains, il n’aurait pas développé son cerveau comme il l’a développé. D’ailleurs, l’anthropologie et la paléontologie nous le montrent très bien, développement de l’espace pour le cerveau, les muscles qui servaient à l’appréhension avec la bouche se sont atrophiés pour agrandir l’espace pour le cerveau, ce qui fait que nous avons un rapport poids du cerveau/corps le plus élevé.
    Marx nous dit que grâce à ce que fait l’être humain avec ses mains, il alimente son cerveau et son cerveau à son tour, dialectique, réalimente ses mains et donc c’est un travail vivant. Celui qui fait des souliers ne fait pas les mêmes souliers qu’au temps d’Aristote avec ses mains et l’interaction, la dialectique vivante entre son cerveau et ses mains. Eh bien aujourd’hui, il fait des chaussures qui n’ont aucun rapport avec ce qui se faisait au Moyen Âge ou il y a dix ans. Donc ça, c’est le travail vivant qui met de l’amélioration et l’avancement et la transformation vivante et constante dans ce qui est fait dans la manufacture ou par le capital. Mais Marx dit pourquoi le capital sera obligé d’augmenter le rapport M/L, travail mort sur le travail vivant. Eh bien, parce que le travail mort lui coûte moins cher, une machine on la paye une fois pour toutes et tout le monde la paye au même prix, on ne peut pas faire de plus-value ni absolue ni relative ni extra sur une machine comparée à son pouvoir d’achat ou à son coût. Par contre, l’être humain par rapport à son salaire, vous pouvez toujours gratter comme ce qu’on appelle plans sociaux, ce qu’on appelle rationalisation, restructuration, reengineering, ça porte plusieurs noms mais ça ne veut dire qu’une chose : éliminer le salariat, éliminer cet être humain qui fait des syndicats, qui nous embête, qui fait des grèves, qui peut faire de la mauvaise qualité et qui peut saboter.
    - Martin Sprouse : livre : Sabotage in the American Workplace : Anecdotes of Dissatisfaction, Mischief and Revenge.
    Et la conclusion de ce livre, où il a fait des études sur la motivation ou la non-motivation des employés et des ouvriers américains dans toutes sortes de secteurs, depuis les banques, les assurances, les ports, les transports, etc., est la suivante : le plus grand problème des manufacturiers et des patrons américains aujourd’hui n’est plus comment motiver leurs employés, mais comment éviter qu’ils ne sabotent, parce qu’ils sabotent.
    - Huw Beynon : livre : “Working for Ford”. Il était capitaliste dans les années 80.
    - William Foot Whyte : “L’établi” ou faire de l’observation participante, mais c’était surtout dans un esprit de mieux faire remonter à la direction les détails qui peuvent échapper en utilisant la méthode anthropologique socio-ethnologique, etc...
    - Richard Pfeiffer : livre : “Working for Capitalism”. Ils ont vu comment les employés et les ouvriers, d’abord pour l’entretien du recrutement, quand vous postulez pour un poste de cadre, vous rentrez par la porte principale, mais quand vous postulez pour un poste d’ouvrier, vous rentrez par la porte de service de livraison des pièces détachées. Vous ne rentrez pas par la porte principale parce que vous êtes un simple mortel de rien du tout. Si vous rentrez par la porte principale, eh bien, vous allez être admis par les dieux, mais ça, ça ne se peut pas.
    - Paul Sweezy : économiste, auteur de plusieurs livres.
    - Paul A. Baran : économiste marxiste.
    - Stephen Marglen : qui a écrit avec André Gorz la critique de la division du travail et particulièrement le chapitre “What do bosses do? They do nothing”. General Motors a 18 échelons hiérarchiques, du 18ème à l’ouvrier, on ne fait rien sinon une chose : s’assurer du taux de production de profit et de la destination des profits, et pas d’améliorer les voitures, améliorer le travail. Taylor lui-même le disait quand il disait qu’il était étonné et abasourdi de constater que les chefs de la Bethlehem Steel, à partir de contremaître, ils ne savaient rien de ce que faisait l’ouvrier.
    - Florence Noiville : livre : “J’ai fait HEC et je m’en excuse”.

  • Mohamed Bouhamidi-La fabrication des idoles néocoloniales. Une stratégie française de reconquête par la culture…

    Mohamed Bouhamidi-La fabrication des idoles néocoloniales. Une stratégie française de reconquête par la culture…

    Une conférence de février 2016 publié en avril 2019

    Le 25 mars 2019 je dénonçais une campagne lancée pour nous préparer à accepter des leaders ‘naturels » de notre mobilisation populaire. En tête arrivait Bouchachi. Ces leaders sont présentés comme des hommes sans tâche, donc sans histoire, à la semblance des anges immaculés. On nous proposait au fond pour aller plus vite à la démocratie de passer par dessus le débat et les urnes et par la seule voie de la confiance à placer dans des idoles. Comme leur nom l’indique ils sont au dessus de toute critique et de toute discussion.

     Ne pas discuter sa propos, contredire ses propositions placent sa parole au rang des paroles de prophète, drôle de façon de nous préparer à la démocratie !  

    Mais la discussion première est de savoir quelle organisation a mis en place cette immense propagande avec diffusion de vidéos, de photos et de sondages qui ont maillé la toile. Il ne s’est pas passé un jour sans que l’on ne voit une vidéo et plusieurs photos de lui.

    Cette organisation n’a pu pousser ex-nihilo. 
    D’évidence  des experts nous fabriquaient une idole.  

    Des précédents ont existé partout dans le monde, dans notre pays aussi. 

    J’ai décidé de republier le résumé de ma conférence de février 2016 dans laquelle je parlais de la fabrication des … idoles néocoloniales  dans la reconquête par la France de notre pays.

    Le procédé technique n’est pas le même dans la fabrication des idoles culturelles et  dans la fabrication des idoles politiques, bien que souvent on fabrique les premières pour en sortir les deuxièmes.

    Bonne lecture.    

    Résumé par de jeunes amis auditeurs, telle qu’ils l’ont perçue, de la conférence que j’ai donnée le samedi 06 février 2016 dans la libraire Fateh Kitab . Je leur exprime ma reconnaissance et les remercie vivement de m’avoir écouté et de me conforter par l’intérêt qu’ils expriment par ce compte-rendu que je diffuse tel-que.

    Il est patent, pour l’observateur de la scène médiatique et culturelle, qu’une stratégie de reconquête par la culture est en train d’être déployée par les puissances coloniales. Prenons le cas de l’Algérie et de la France, et voyons en quoi se trahit cette stratégie à travers ses étapes les plus marquantes :

    En 2008 se tient le Salon du Livre de Paris, sous le thème de la célébration de « la naissance de l’état d’Israël ». La nuance est de taille : il ne s’agit pas de mettre la culture israélienne à l’honneur, mais un état, et quel état ! Un état colonialiste et génocidaire. Alors que certains intellectuels algériens s’insurgent contre cette manipulation, et appellent au boycott du salon, Bachir Mefti (« L’archipel des mouches ») et Maïssa Bey protestent qu’il faut dissocier culture et politique, et que l’artiste est un citoyen du monde. Réponse : d’abord, c’est la France qui associe culture (salon du livre) et politique (un état comme invité d’honneur, et dont on célèbre la naissance, de surcroit). Ensuite, citoyen du monde signifie être concerné par toutes les causes du monde, et non être au-dessus d’elles. « Citoyen du monde » devient ainsi l’alibi à l’indifférence face à la politique de l’état d’Israël.

    L’artiste, citoyen du monde, s’engage sur les quatre grandes causes du monde : 1) la lutte contre l’esclavagisme ; 2) la lutte contre le colonialisme ; 2) la garantie des droits fondamentaux ; 4) les libertés.

    Or, le statut d’artiste et de citoyen du monde devient le paravent derrière lequel on plaide l’indifférence à la politique d’un état colonialiste, qui a réduit le peuple palestinien en esclavage, en lui déniant sa liberté et ses droits les plus fondamentaux.

    La polémique fait écho au Maroc, qui annonce alors le boycott du salon, suivi de la Tunisie, pour s’étendre vers le monde arabe.

    Paraît ensuite « Le Village de l’Allemand », de Boualem Sansal : un allemand devient maire d’un village algérien, ledit maire est un nazi, qui se verra chargé par un chef d’état-major algérien de la formation des officiers de l’ALN. Formés par un nazi, l’état algérien ne peut être que nazi. Il s’agira donc pour l’Algérie de porter à son tour le poids du péché nazi, qui ne se peut laver qu’en devenant l’ami de l’état d’Israël, et en enseignant l’histoire de la Shoah dans les écoles.

    Le village de l’allemand a bel et bien existé, à Sétif : construit au 19ème siècle, c’est un village céréalien, dont les moulins ont été financés par une banque suisse. Son chef de projet, René Dunant, est le créateur de la Croix Rouge : confondre celle-ci avec la croix gammée est donc le comble du ridicule.

    De plus, le village n’est pas une mairie.

    Voir : Les faussaires et le débat (chronique de Bouhamidi).

    Sansal cherche à véhiculer le mythe de l’antisémitisme spontané des algériens.

    Or, ce sont les algériens qui ont non seulement refusé la confiscation des biens des juifs sous Vichy, mais ont aussi défendu leurs biens laissés vacants, en empêchant leur confiscation.

    Puis sort un film de Jean-Pierre Liédo, qui tente de récupérer Henri Alleg, via un film qui défend la thèse de l’Algérie fraternelle durant l’époque coloniale : puisqu’Henri Alleg a été le frère des Algériens, c’est qu’il existait une Algérie fraternelle durant l’époque coloniale. Ergo : l’indépendance s’est faite aux dépens de cette société fraternelle. Or, si l’Algérie était fraternelle du temps de l’occupation française, pourquoi Henri Alleg, et maint autres français, ont-ils alors soutenu la Révolution ? (Alleg a d’ailleurs désavoué Liédo et sa manipulation.)

    Il s’agit in fine de remettre en cause la justesse de la cause révolutionnaire, et de faire le procès de l’Indépendance : méritions-nous l’indépendance, au regard de ses résultats ? Or, de même que Ben Belouaïd – à titre d’exemple – n’est pas responsable des actes de ceux qu’il a laissés derrière lui, la justesse de la révolution algérienne ne saurait être remise en cause au regard de la corruption des régimes actuels.

    Il apparaît alors que nous sommes en face d’œuvres à thèses politiques :

    Thèse de Sansal : la Révolution s’est faite sous une idéologie nazie.

    Thèse de Liédo : La Révolution a détruit une société fraternelle.

    Il s’agit en définitive de faire le procès de la Révolution.

    Aussi, la Caravane de Camus s’inscrit dans cette même optique : Sarkozy va poser Camus comme passerelle de dialogue avec l’Algérie indépendante, à travers une caravane qui va partir du Centre Culturel Algérien de Paris pour sillonner les principales villes d’Algérie, afin de nous expliquer Camus, avant de finir à Oran où il est prévu de lui ériger une stèle. La caravane est financée par Rebrab et Merakchi.

    Pourquoi nous expliquer Camus ? Sommes-nous incapables de le faire nous-mêmes ? C’est que cette caravane est concomitante au projet de loi sur la colonisation positive : en récupérant Camus, Sarkozy cherche à établir que la colonisation fut bel et bien positive, puisqu’elle a donné un prix Nobel. Autrement dit, l’horreur du colonialisme se trouve réduite, masquée, derrière la figure du grand écrivain.

    La disqualification de la Révolution algérienne apparaît de plus en plus comme une stratégie pensée et non plus l’écho redondant de faits isolés. C’est une stratégie de reconquête par la culture : la figure de Camus remplace celle de Bugeaud.

    Cette stratégie s’illustre par la conjugaison de trois faits :

    • Loi sur la colonisation positive ;
    • L’Union pour la Méditerranée ;
    • L’érection de la stèle dédiée à Camus, et donc sa transformation en symbole d’état.

    Ce dernier point montre que la reconquête s’opère sur deux fronts : présenter un nouveau visage positif du colonialisme, celui de Camus, et proposer une identité algérienne incarnée par Camus.

    Puis Yasmina Khadra met à son tour la main à la pâte : « Ce que le jour doit à la nuit » nous présente une nouvelle version de l’Algérie fraternelle durant l’époque coloniale, avec une histoire d’amour entre un algérien et une française.

    Puis les films : « Les hors la loi », et « L’Oranais », qui peignent les révolutionnaires du FLN sous l’image de truands et de voyous.

    Résultat de ce matraquage : insinuer de manière plus ou moins claire que l’indépendance était une erreur.

    L’origine de cette thèse remonte au discours de Charles de Gaulle, le 4 Novembre 1960, où il déclare : « Il ne peut y avoir de progrès de l’Algérie sans la France. »

    Ainsi, ce matraquage sous couvert d’art se réclame du droit à la création pour revendiquer le non-droit à la critique. Or, ceux qui protestent de la séparation de l’art et du politique sans ceux qui justement usent de l’art pour présenter une thèse politique. Procédé en vogue depuis la chute du mur de Berlin : on ne discute plus avec l’auteur du processus de création, mais on lui demande de s’exprimer sur tel ou tel fait politique, telle actualité, etc.

    Mais l’art engagé n’est pas la défense d’une thèse, mais la production d’une réalité esthétique qui, en suscitant l’émotion, va amener la réflexion et le questionnement sur le sujet peint. Ainsi quand Zola, dans l’Assommoir, ou Nana, décrit la misère de ses personnages, il pose la question : comment les Lumières ont créé une telle misère ? Une telle négation de l’humanité des hommes ? Et il pose de même la question de la légitimité du recours à la violence par ceux qui ont été ainsi rejetés de l’humanité, pour recouvrer leur dignité d’être humain. L’art engagé pose donc la question des légitimités humaines.

    Enfin, dernière recrue en date : Kamel Daoud, qui s’acharne à disqualifier le soutien au peuple palestinien en le réduisant à un tribalisme arabe, et non une solidarité humaine envers un peuple opprimé et privé de ses droits les plus fondamentaux. Alors même que le tribalisme est plutôt du côté de ceux qui soutiennent Israël, tribalisme, ethnicisme et fondamentalisme religieux des Saoud, des Qataris et de leurs jumeaux évangélistes et intégristes de la Bible. Bien au contraire les soutiens au peuple palestiniens se recrutent dans le camp des partisans d’une synthèse humaine, communistes, nationaliste arabes, laïcs arabes nassériens ou baathistes ou encore le Hezbollah dont les militants montent la garde près des églises pour protéger les cérémonies et f^tes religieuses des chrétiens libanais.

    Ainsi, la reconquête militaire et économique du monde par les puissances coloniales, est tirée par la locomotive de la reconquête culturelle, qui va définir le nouveau visage sous lequel va se présenter le conquérant. Cette reconquête culturelle, à l’image des conquêtes militaires, se fait via le recrutement de troupes internes, que l’on promeut grâce à l’arme redoutable de la réussite : médiatisation, distinctions, honneurs, prix, concourent à ériger le collaborateur local comme modèle de réussite*.

    Synthèse et rédaction de Djawad Rostom Touati.

    « Le complexe du colonisé, c’est porter le discours colonial dans sa tête. Il se traduit par l’obsession de s’extraire de l’indigénat, de se distinguer de son peuple. »

    « La réalité esthétique est ce qui te parle à travers l’émotion. »

    « L’arme la plus redoutable du colon, c’est le cerveau du colonisé. »

    « Les idées dominantes d’une époque sont les idées de la classe dominante » Marx.

    http://bouhamidiover-blogcom.over-blog.com/2016/02/le-nouveau-costume-constitutionnel.htm

    * Suscitant ainsi le désir mimétique – dont parlait René Girard – chez les jeunes, d’où l’adhésion aux thèses présentées par le modèle. (Note du rédacteur.)

      Résumé par de jeunes amis auditeurs, telle qu’ils l’ont perçue, de la conférence que j’ai donnée le samedi 06 février 2016 dans la libraire Fateh Kitab . Je leur exprime ma reconnaissance et les remercie vivement de m’avoir écouté et de me conforter par l’intérêt qu’ils expriment par ce compte-rendu que je diffuse tel-que.

  • Mohamed Bouhamidi-Torturer l’histoire : « Le village de l’Allemand » [Aïn Dheb-Sétif] dont parle Sansal a été construit par Henri Dunant fondateur de la Croix Rouge

    Mohamed Bouhamidi-Torturer l’histoire : « Le village de l’Allemand » [Aïn Dheb-Sétif] dont parle Sansal a été construit par Henri Dunant fondateur de la Croix Rouge

    Le Soir d’Algérie du 02 02 2008

    Les habitants de Aïn D’heb, dans la région de Sétif, se sont réveillés lestés d’une histoire «allemande » dans laquelle ils jouent le rôle peu honorable d’une population élevant un ancien nazi au rang de cheikh vénéré et de maire. Ils sont devenus le village de l’Allemand, le lieu du dénouement géographique d’une guerre de libération qui n’a pas hésité à accepter, dans ses rangs, un SS et la preuve, par la vénération, que le nazi ne se retrouvait pas dans cette lutte par hasard.

    Car Sensal n’a pas fini de parler de son point de départ qu’il dérive vers un point d’arrivée : l’antisémitisme foncier des Algériens, leur refus d’enseigner l’horreur de la Shoah à leurs écoliers et de se prononcer clairement sur cette affaire. Le nazi algérien mourra dans un massacre perpétré par les terroristes. Dans ses déclarations, le roman devient vite le «détour» littéraire entre deux réalités : celle du village subjugué par le nazi libérateur et une Algérie antisémite. Par cette opération, le roman devient, à son tour et en sous-main, ce qui éclaire la réalité. La fiction romanesque n’est pas que du roman mais une clé d’un réel qu’il faut oser dire. On m’objectera que le romancier est libre d’écrire ce qu’il veut comme il veut y compris en torturant l’histoire pour faire de notre guerre de Libération une histoire de nazillons racistes et antisémites. Oui, de mon point de vue aussi, il a le droit de faire cela, quitte à ce que chacun exerce son droit de critique. Mais torturer l’histoire pour lui faire dire ce qu’on veut peut conduire à des contresens et des injustices graves. Car oui, dans la région de Aïn D’heb arrive le personnage suivant : «Devenu commis, il jouit de l’estime de ses patrons qui l’envoient en Algérie superviser certaines activités de la Compagnie genevoise des colonies de Sétif. … ses employeurs lui confient les fonctions d’agent recruteur en Suisse romande… il doit pousser des agriculteurs vaudois… à s’établir dans des lotissements que la Compagnie genevoise a équipés, …séduit par le pays, le bouillant employé veut voler de ses propres ailes. En 1855, il se fait attribuer 77 000 m2 en concession : cela signifie qu’il a la charge de mettre ce lot en valeur, en l’irriguant, en le cultivant, en y construisant une ferme. Avec intuition, il a choisi une vallée riante, l’oued D’heb, au milieu d’immenses terres à blé. La région manque de moulins. Facile ! Sans attendre l’autorisation formelle, Dunant en bâtit un. L’entreprise prospère. Pour preuve, en 1857 déjà, il anime la fondation de la Société des moulins de Mons-Djémila, au capital de 500 000 francs, somme considérable pour l’époque. Il se débrouille même pour vendre à cette société, qu’il préside, la concession et le moulin de l’oued D’heb (source Google). Cet homme, un Suisse calviniste, né à Genève, s’appelle Henri Dunant. Il sera le fondateur de la Croix-Rouge.

    M. B.

    Source de cet article :

    http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/02/02/article.php?sid=63958&cid=3

  • Mohamed Bouhamidi-Les faussaires et le débat (Sur Sansal, la Shoah et le village de l’Allemand)

    Mohamed Bouhamidi-Les faussaires et le débat (Sur Sansal, la Shoah et le village de l’Allemand)

    La Tribune, 17 Avril 2008


    rappel historique avec une troisième chronique de 2008 qui vous montre l’ancienneté et l’âpreté de la lutte engagée pour le boycott d’Israël et autour de l’interprétation du roman Le village de l’Allemand, suivi d’un poème d’Aaron Shabtaï, poète israélien. .

    En introduisant son dossier, paru dans la dernière livraison du quotidien Algérie News, sur le Village de l’Allemand, le dernier livre de Boualem Sansal, Arezki Louni, signant l’édito du dossier «Sansal» et indiquant ainsi clairement que le journal prenait position, annonce l’existence d’une polémique qu’il qualifie aussitôt de cabale dont il monte immédiatement le procès en procureur informé et soucieux des pièces à conviction.

    Fort bien, examinons le corps du délit. Avant ce dossier, nous ne pouvions noter dans la presse nationale que quatre réactions critiques, quatre seulement et certainement pas coordonnées. R. Lourdjane signe la première dans le quotidien El Watan en réaction aux interviews de Boualem Sansal affirmant la véracité et la réalité d’un village de l’Allemand et de l’absence totale de la question de la Shoah dans la télévision algérienne. R. Lourdjane indique que Sansal ment sur les deux points. Le seul village de l’Allemand que connaît R. Lourdjane est en fait un «village des Allemands» créé avec la guerre, dans la région de Tiaret pour accueillir les Alsaciens-Lorrains après la guerre franco-allemande de 1871. Ensuite la télévision algérienne a bien diffusé une série sur la Shoah réalisée par notre poète N. Abba. Il ne dit pas plus que, dans son interview, Sansal a menti sur deux affirmations précises et vérifiables. J’ai signé la deuxième réaction, car Sansal situant le Village de l’Allemand dans la région de Sétif, j’ai indiqué que ce village, plutôt un lieu-dit, existait réellement mais qu’il a été construit, avec et autour d’un moulin, par Henry Dunant, le futur créateur de la Croix-Rouge pour accueillir des colons suisses du canton de Vaux dans une concession accordée à une grande banque suisse. Non seulement Sansal ment sur ce point précis qu’il avance comme point de départ réel de son roman mais il commet en plus un crime contre la mémoire de… et confond allégrement Croix-Rouge et croix gammée.

    La troisième réaction vient de Omar Mokhtar Chaalal, parue dans le quotidien Horizons, qui parle de ce lieu-dit en racontant sa véritable histoire et rajoute que, n’étant pas une commune, ce hameau n’a jamais eu de maire ni français, ni algérien ni allemand, outre que jamais n’y a vécu un étranger après l’indépendance.

    Et Boualem Sansal est catégorique sur la véracité de ce qu’il prétend mettre à l’origine de son roman. Je le cite : «Je suis ainsi, j’ai besoin de m’appuyer sur une histoire vraie pour écrire. Dans une fiction pure, je me sentirais comme un acrobate qui travaille sans filet, j’aurais trop peur de divaguer. Dans le Village de l’Allemand, je suis parti d’une histoire vraie, celle d’un officier SS qui, après la chute du 3ème Reich, est parti se réfugier en Egypte et, plus tard, est venu finir sa vie en Algérie, après s’être battu pour son indépendance… On m’expliqua que ce village était ‘‘gouverné’’ par un Allemand, ancien officier SS, ancien moudjahid, naturalisé algérien et converti à l’islam. Dans la région, on le regardait comme un héros, un saint homme. J’ai senti chez mes interlocuteurs une réelle admiration à l’évocation de son passé nazi, ce qui n’était pas pour me surprendre : la geste hitlérienne a toujours eu ses sympathisants en Algérie…»

    Et cela marche. Dans le dossier, Samira Negrouche, qui n’a pas lu le livre, déclare : «Il s’agit d’un roman inspiré d’une histoire vraie.» Répliquer que, vérification faite, il s’avère que cette histoire est construite et totalement mensongère relève de la cabale. Mais avons-nous le droit de porter un regard critique sur les déclarations de B. Sansal ? C’est bien la première question à laquelle doivent répondre Arezki Louni, Bachir Mefti, Samira Negrouche et Christiane Chaulet Achour dont on ne sait pas très bien si elle a fait une déclaration d’ordre général ou si elle faisait référence à ces trois articles sur la véracité des affirmations de Sansal. Jusque-là, rien de concret ne vient étayer l’acte d’accusation et le corps du délit est introuvable : pas d’anathèmes à l’endroit du livre, aucun appel à l’interdiction ni à l’autodafé, aucune stigmatisation. Bien au contraire puisque l’une de ces réactions souhaitait que le livre soit disponible en Algérie pour que les lecteurs s’en fassent une idée par eux-mêmes, loin de toute velléité de tutelle de l’administration.

    Reste la quatrième réaction parue dans la Tribune sous la forme d’une lecture que j’ai faite du roman de Sansal. Comme je n’ai lu aucune autre note sur le livre dans la presse nationale, le dossier d’Algérie News ment aussi sur ce plan-là. La seule note consacrée à ce livre a bien été faite après lecture. A moins de considérer cette lecture comme nulle pour insuffisance de formation critique, l’équipe qui a présenté le dossier ment aussi sur ce point- là.

    Mais puisque la cabale n’existait pas, le dossier l’invente en ouvrant, pour le besoin, des fenêtres à des regards critiques. Le corps du délit n’existant pas, le procureur le crée de toutes pièces à l’instant du procès mais en usant de deux subterfuges et d’une vilenie. Le premier subterfuge est d’accorder la parole à des personnalités comme Rachid Boudjedra, Amine Zaoui, Ahmed Selmane en les stigmatisant dans l’éditorial par leur marquage en tant qu’acteurs de la cabale qui n’a pas eu lieu, répétons-le. Le deuxième subterfuge consiste à rajouter du sens à leurs textes en les insérant dans un montage. Pris chacun à part, ces textes disent un point de vue ; mis dans un ensemble, on leur fait dire un autre point de vue.

    Louni écrit : «Au moment où les uns saluent le courage de l’écrivain, celui d’exprimer une vision qui reste du domaine de la fiction et de la création littéraire, d’autres versent dans l’injure et la diffamation. Certains n’ont d’ailleurs même pas pris la peine de lire l’ouvrage controversé pour l’apprécier à sa juste valeur. Ils ont, au contraire, agi par esprit revanchard. Les termes utilisés pour qualifier l’œuvre de Sansal cachent mal la haine viscérale de leurs auteurs contre tout ce qui incarne une vision diamétralement opposée à la leur. Ils n’hésitent pas à adopter les raccourcis pour accabler ceux qui sont parvenus à se faire une place sur la scène littéraire mondiale. La réaction de l’un d’eux, qui n’en est pas à son premier impair, même à l’encontre de défunts, est révélatrice de cette réalité.» Il parle évidemment de Tahar Ouettar auquel personne n’a pardonné ni n’est prêt à pardonner l’ignominie de ses déclarations sur Tahar Djaout. Mais alors pourquoi le convoquer dans ce procès ? Mais il fallait bien ce repoussoir pour marquer les regards critiques de ce voisinage imposé par le procureur et tout aussi inventé que le reste. La vilenie rajoute au dossier son air de procès fabriqué pour atteindre un ailleurs qui n’est pas dit explicitement.

    Le relativisme idéologique

    Tenons-nous en aux principaux indices de cet ailleurs. Le premier d’entre eux est que cette affirmation proclamée de donner la parole à tous pour qu’ait lieu le débat sans la stigmatisation est inconsistante. Tous ceux qui n’ont pas lu ce livre ou même qui l’ont lu sont tenus de respecter la liberté de création. C’est bien la première fois que d’un point de vue philosophique la liberté de création s’accompagne de la mort de la liberté de critique. Parce que c’est une œuvre de pure fiction, alors taisez-vous ! Toute atteinte à l’œuvre devient une atteinte à la liberté. Il ne nous reste plus qu’à nous mettre au garde-à-vous idéologique. Mais cela n’est pas suffisant dans la panoplie des arguments, Maougal en rajoute un autre de toute beauté : cette œuvre n’est pas à mettre entre toutes les mains. C’est tout à fait novateur ! C’est bien la première fois, aussi, qu’on proclame que les œuvres littéraires doivent être protégées du public et que le peuple des lecteurs n’est pas globalement mature pour aborder ce livre hors du commun ! Il ne nous manquait plus que les imams de la lecture, des directeurs de conscience, des exégètes qualifiés pour nous, peuple immature et enfoncé dans des lectures «idéologiques». Maougal nous invite, en sorte, à une lecture «censitaire», celle des mandarins, un remake du premier collège des lecteurs.

    Christiane Chaulet Achour ne dit pas autre chose, peut-être à son corps défendant, dans le sens que donne le montage de ce dossier à son intervention. Nos lectures sont «idéologiques». Ne connaissant pas encore les validations épistémologiques d’une lecture scientifique des œuvres d’art et de la littérature, il me semble difficile de faire autre chose que des lectures marquées par l’idéologie et, à un degré supérieur, des lectures armées par des grilles empruntées aux sciences sociales.

    Aussi, je préfère m’en tenir à ces lectures idéologiques étayées par ce que je sais des sciences humaines. Mais lecture idéologique quand même, affirmée et assumée. Et c’est bien le deuxième indice de cet ailleurs vers lequel on nous entraîne : par un tour de passe, la «lecture idéologique» ou «non objective», comme le regrette un autre intervenant, soustrait le roman à l’idéologie. Comment en arrive-t-on à nous culpabiliser d’avoir une lecture idéologique d’une œuvre par essence idéologique ? Par ce tour de passe-passe qui fait passer le roman de l’ordre de la représentation à l’ordre du droit. Le roman ne se construit plus sur une vision du monde, sur son interprétation, sur sa représentation, sur l’instance émotionnelle mais sur une catégorie juridique : la liberté et le droit à l’expression. Il n’appartient plus au monde de la vérité mais au monde du formel juridique. Il n’appartient plus au monde et, par conséquent, ne participe plus aux luttes de ce monde. C’est bien ce que l’on veut nous faire croire.

    Exit Marx ou Gramsci pour la lecture autour des enjeux sociaux ; exit Freud pour la lecture autour des enjeux psychiques. Nous sommes en pleine mythologie. Ce texte devient un texte parmi d’autres, sans sens ni direction particulière, sans prise de parti dans les luttes des hommes et n’a rien à voir avec la multiplication des visées néo-coloniales qui veulent nous faire passer le 1er Novembre pour une erreur historique, une atteinte au rêve d’une Algérie multiraciale et multiculturelle qui nous aurait sauvés des griffes de l’islamisme et de son terrorisme. Le dossier nous invite au relativisme. Il n’existe plus d’enjeux. Nous allons remiser au placard nos vieilleries idéologiques qui nous ont fait croire au passage, à l’intérieur de la littérature, des conflits, des visions, des espérances des hommes. Nous classerons désormais M. Darwish, G. Amado, G.G. Marquez, L. Aragon dans une malle au fin fond du grenier et nous nous convertirons au relativisme.

    Mais ce n’est pas que ce seul enjeu. Le dossier nous glisse en contrebande, comme avérées, deux thèses : l’islamisme est un fascisme et il trouvait sa source dans l’idéologie de la guerre de libération. Il nous faudrait un peu plus que les affirmations de Sansal et de Louni pour classer l’islamisme dans la case «fasciste», le vert étant le fils du gris et pour ce premier argument que nous ne voyons pas où se trouve ce grand capital dans notre pays qui aurait poussé à la création de ce fascisme dans une réaction de peur face aux risques de prise de pouvoir par la classe ouvrière. Il nous en faudrait un peu plus pour oublier le rôle de l’impérialisme anglais et américain dans sa création, sa manipulation et son utilisation. Même si l’élucidation scientifique de l’islamisme n’est pas achevée.

    Etrange dossier qui invente une polémique et une cabale et qui, pour se légitimer, les convoque le jour même du procès. Etrange dossier qui reprend les procédés de l’auteur qu’il tient à défendre. Etrange dossier qui nous invite à nous taire et à faire place à la divine parole d’un créateur. L’enjeu doit être bien important pour qu’on nous somme de nous taire sous mille et une argumentations et surtout qu’on esquive les seules questions qui aient été posées avant ce dossier : avons-nous le droit, oui ou non, de critiquer n’importe quelle œuvre littéraire ou artistique et ces œuvres appartiennent-elles à l’instance de représentation du monde réel et sont-elles donc une partie des enjeux de ce monde ?

    Ce dossier avait, cependant, un objectif plus immédiat : disqualifier toute la défense du mythe fondateur de notre Etat-nation, la guerre de libération et le 1er Novembre. Leur ôter tout ce caractère sacré qui fait qu’au-delà de nos divergences, de nos luttes internes, des affrontements, en tant qu’Algériens, nous défendons notre lignée symbolique, notre appartenance commune à l’Algérie dont nous plaçons la naissance dans le 1er Novembre. Il faudra aussi compter sur le poids de nos mythes agissants avant d’espérer mener un débat à sens unique avec ou sans le soutien discret des appareils idéologiques de l’Etat français et de ses démembrements locaux.

    M. B

    je vous propose ce poème du poète israélien Aaron Shabtaï.

    La culture

    Le signe de Caïn n’apparaîtra pas

    sur le soldat qui tire

    sur la tête d’un enfant

    depuis une colline au dessus de l’enceinte

    autour du camp de réfugiés

    parce que sous le casque

    pour parler en termes conceptuels

    sa tête est en carton.

    D’autre part,

    l’officier a lu The Rebel,

    sa tête est illuminée,

    à cause de cela il ne croit pas

    au signe de Caïn.

    Il a passé son temps dans les musées

    Et quand il pointe

    le fusil vers l’enfant

    comme un ambassadeur de Culture,

    il met à jour et recycle

    les eaux-fortes de Goya

    et Guernica

    Aaron Shabtai

  • Mohamed Bouhamidi-Sansal, la Shoah, « Le village de l’Allemand » et le péché d’indifférence

    Mohamed Bouhamidi-Sansal, la Shoah, « Le village de l’Allemand » et le péché d’indifférence

    Sansal, la Shoah, « Le village de l’Allemand » et le péché d’indifférence par Mohamed Bouhamidi

    InLa Tribune du 13 mars 2008

    Qui distribue les cartes, je vous le demande, pour que tout s’enchaîne et s’embrouille ou s’enchaîne dans l’embrouille entre un livre entièrement dédié au péché d’indifférence à la Shoah écrit par Boualem Sansal et proclamé livre phare d’un Salon du livre de Paris qui invite Israël, non comme pays mais comme Etat, pour célébrer sa naissance en sa soixantième année et glisse ainsi de la traditionnelle invitation d’un pays à la célébration de la naissance d’un Etat ? La difficulté n’est pas mince, vous le saviez, car, si la dénomination de pays pour la totalité des territoires de la planète ne pose pas problème, on ne parle jamais du pays Israël, mais de l’Etat d’Israël, disjoignant ainsi dans la forme cet Etat sans frontières du territoire qui le porte ou le supporte : la Palestine.

    Et sa création toute récente n’explique pas cette difficulté culturelle, puisque nous sommes en pleine manifestation du livre, à inventer une histoire suffisante à Israël pour résoudre cette équation que, si l’Etat s’appelle Israël le pays s’appelle Palestine. Le nom de la Chine, de l’Inde, du Sénégal, du Maroc ou de tout autre pays du monde, même né de la décolonisation la plus récente, renvoie à une occupation des sols, à des populations, à des arts et une culture ancestraux, à des proto nations quand elles ne sont pas des nations achevées. Les organisateurs de ce salon ont encore compliqué l’opération ou tout fait pour la compliquer en voulant à la fois inviter Israël (à la place de l’Egypte qui était initialement prévue) et célébrer son anniversaire. Outre que l’anniversaire est une affaire de famille qui aurait fait de tous les autres participants des invités à une fête intime franco-israélienne ou franco-française au point où en est Sarkosy des signaux désordonnés qu’il émet sur cet Etat et sur la Shoah, ils ont politisé ce salon, car –diable !– pourquoi l’anniversaire, pourquoi la fête pour le cadet de la famille, sinon sanctifier l’idéologie qui l’a fondé, le sionisme, et accepter comme normale l’occupation des terres, une colonisation directe, la dernière dans l’histoire de l’humanité ?

    C’est probablement ce pas de trop, ce glissement de l’invitation d’un Etat à la célébration de sa naissance et donc des idées qui le fondent qui ont donné ce caractère politique, cette impossibilité de ne pas y voir une consécration idéologique, à cette édition du Salon qui a accueilli, par ailleurs, bien des Etats posant problème, du point de vue européen et particulièrement français si offensif sur les droits de l’Homme et les valeurs démocratiques au point d’en faire une nouvelle idéologie de l’ingérence néo-coloniale à qui l’humanitaire sert d’oripeau de substitution aux anciennes, mais aujourd’hui invendables, missions civilisatrices d’un colonialisme de la canonnière. Il ne restait plus que d’inscrire sur le fronton du lieu ce poème de Primo Levi qui culpabilise l’humanité entière pour les malheurs sans nombre et les drames sans nom vécus par les Juifs du fait du nazisme et que Boualem Sansal reprend, en son point de bascule et centre de gravité, dans son dernier roman, promu avant l’heure au destin de procès sans appel de l’indifférence à la Shoah. Car ce Salon ne nous concerne pas seulement pour ce que ses organisateurs ont voulu en faire mais aussi parce que nous sommes les coupables annoncés par le réquisitoire légitimant cette naissance d’Israël. Et ce roman, que la censure bête et méchante va soustraire à la lecture des Algériens décrétés sous tutelle morale et mentale et incapables de se faire une idée par eux-mêmes, est l’acte le plus abouti de la mauvaise foi de la concurrence victimaire, de la compétition entre les souffrances et elles sont nombreuses, du génocide des Amérindiens aux massacres coloniaux en passant par deux siècles de traite des Noirs.

    Le hors texte de ce roman nous avait déjà intrigués. Tant d’entretiens avec la presse parisienne pour donner à ce livre, le Village de l’Allemand, un point de départ «réaliste», un ancrage dans une historicité, un reflet d’une réalité cachée au plus profond du pays Algérie. Ce village de l’Allemand que serait Aïn D’heb, un cul-de-sac dans la région de Sétif. Cet Allemand ne serait pas tout à fait inventé.

    Le village existe, la dénomination existe. Il se trouve que ce village a bien été construit par Henri Dunant, un Suisse qui y a installé des moulins et ramené de son pays quelques colons pour travailler la terre donnée en concession à une banque suisse. Henri Dunant sera plus tard le fondateur de la Croix-Rouge. Pour la presse parisienne, rien d’étrange que par l’injustice d’une légèreté historique, le fondateur de la Croix-Rouge serve de point de départ à une histoire de nazis mais le ton était donné : tout n’est pas que fiction dans ce roman et en son déroulement, ce passage étrange dans lequel Sansal fait dire à un nazillon, fils d’un nazi pur et dur, comment la Croix-Rouge a aidé à exfiltrer des SS et des criminels de guerre après la défaite de l’hitlérisme. Toujours dans le hors-texte, une fois «établie» la «vraisemblance» historique, le roman devient la pièce à conviction du réquisitoire dressé contre l’Algérie pour indifférence à la Shoah, pour le crime de ne pas l’enseigner dans les écoles (il n’y a aucun lien avec l’idée de Sarkozy d’en faire une matière d’enseignement pour les élèves du cours moyen en France ?), pour son interdiction dans l’espace médiatique. La charge est violente et peu importe que N. Abba, poète et seul journaliste algérien à avoir assisté au procès de Nuremberg, ait consacré à la Shoah une série documentaire à l’ENTV.

    Nous ne sommes pas dans la vérité historique, n’est-ce pas, puisqu’il s’agit d’un roman et que l’auteur a droit à une liberté absolue de création ? Oui, à charge pour lui de ne pas essayer de faire passer sa fiction pour un récit historique. Et dans le texte, maintenant, par cette obsession de donner à son écrit les apparences d’une réalité, il entre carrément dans l’imposture.

    Reprenons : dans ce village de l’Allemand vivait un ancien nazi recruté par l’ALN pour former les maquisards (ils seront passés par de bonnes mains) et qui, après l’indépendance, s’installera dans ce village de Aïn D’heb, rebaptisé Aïn Deb, honoré et vénéré par les habitants jusqu’au jour de sa mort dans un massacre collectif perpétré par les GIA. Il avait deux fils qu’il a envoyés, enfants, en France chez un compagnon de la guerre de libération qui avait préféré l’air de l’ancienne puissance coloniale –tout un symbole !- Le premier est un cador, marié, mondialisé dans son boulot, possédant pavillon, et le second un jeune tout ordinaire d’une grande cité de banlieue maniant ce français coloré des émigrés.

    Rien n’est plus urgent pour l’aîné que de revoir le lieu où il est né et où est mort ce père qu’il n’a jamais connu. Il trouve dans une malle des documents –papiers officiels, lettres, photos, décorations militaires, etc.– qui prouvent son passé d’officier nazi. Fort bien. Il pouvait en rester à ce niveau de fiction, non, il quitte ce terrain pour nous extraire de ces documents une décision signée par Houari Boumediene –rien que ça, Boumediene, en personne- le nommant instructeur militaire, et, comme si cela ne suffisait pas, son aîné trouve une photo le montrant aux côtés du colonel. Il devait être bien naïf le colonel de confier ses hommes à un ancien nazi ou alors bien consentant. Le coup est direct.

    En même temps qu’il donne l’impression de la vérité historique au lecteur, il donne à la présence de ce nazi la consistance de la connivence idéologique. Au moins ! Bien sûr, le statut revendiqué ou octroyé d’écrivain et de créateur devait soustraire Sansal aux petites vicissitudes des historiens de prouver leurs assertions. Le stratagème est connu : le créateur en l’occurrence ne traite pas de l’histoire mais des thèses qui lui donnent sens. Il fait alors traiter de ces thèses mais quelle horreur, de discuter à un artiste sa liberté de penser et de créer. On tombe immédiatement dans la controverse idéologique, la lutte des partis pris, les anathèmes. Il nous fait admettre une fois pour toutes le «relativisme» historique, l’inessentiel de la vérité factuelle, le droit de renvoyer dos à dos les acteurs historiques.

    Sauf pour la Shoah, bien sûr. Elle est le Crime, le Mal, l’Absolu de l’Horreur. Et une fois installée l’illusion de vérité, le livre va s’y employer. En fait, il va s’employer à deux thèses d’inégale importance. La première jette l’opprobre sur notre guerre de libération, coupable de sympathies nazies au plus haut niveau de sa direction avec cette intrusion de Boumediene avec, dans le livre, la construction en filigrane qu’elle fera de nous les victimes de nos propres choix dans cette guerre quand le cadet va découvrir la parenté, mieux, l’identité entre l’islamisme qui nous a frappés de terreur et le nazisme qui nous a, sinon inspirés, du moins hanté.

    Ce nazi inventé efface d’un trait de fiction les Juifs de l’intérieur innombrables qui ont participé à notre guerre de libération et les Juifs encore plus innombrables qui, de l’extérieur, l’ont soutenue, aidée, financée et parfois au plus haut point de la générosité, comme l’a fait Henri Curiel.

    La deuxième thèse, et elle est la plus importante, se construit dans la recherche de la vérité sur son père par l’aîné. Enfin, c’est ce que dit l’aîné dans son journal intime, mais, à la lecture on suit plutôt un homme à la recherche d’une culpabilité à la mesure du désastre nazi.

    De page en page, l’aîné s’enfonce dans la mesure de la tuerie. Elle devient l’absolu comme devient absolue sa propre culpabilité d’être le fils de son père qui se transforme petit à petit en culpabilité tout court dans la relation avec le père, une culpabilité qui est la sienne de ne pas avoir mesuré l’ampleur du fait puis la culpabilité de toute l’humanité, non seulement de ne pas avoir vu les choses venir, de n’avoir pas arrêté le bras des nazis, non seulement d’avoir pu avoir maison, enfants et bonheur mais de ne pas vivre dans l’expiation permanente. L’aîné se suicide, laissant à son cadet son journal intime, les documents récupérés et quelque chose d’infiniment précieux aux yeux de l’auteur, la transmission d’une vérité sur ce qui transcende toute douleur, tout malheur, toute souffrance : la Shoah.

    Le suicide est l’expiation non pour les crimes du père mais pour son propre crime d’ignorance, pour sa propre force exercée à se faire une vie, un métier, une femme, une maison, un bonheur ordinaire de réussite professionnelle et sociale auquel ne parvient pas son cadet trop pris dans sa condition d’origine, trop englué dans ses démêlés avec le béton des cités, l’arc-en-ciel des langues et des couleurs. Mais s’il est incontestablement un écrivain qui sait écrire et construire un roman, Sansal ne transmet aucune émotion : les sentiments de l’aîné sont trop construits, son texte est trop hanté par la thèse qu’il nous met constamment sous le nez avec une insistance trop lourde.

    Dans ce livre, il déploie une technique vide et seuls échappent à cet intellectualisme de la faute quelques passages sur la vie en banlieue; là, sa prise de position s’efface car inutile. Le suicide de l’aîné sonne ou résonne comme un devoir de pénitence pour nous : l’idéal serait que nous vivions en nous lamentant et en nous frappant la poitrine d’avoir osé survivre à la faute de la Shoah. Le réalisme moins lourd à supporter est que nous l’enseignions à nos enfants avant même leur langue et vivions dans le repentir permanent. La boucle est bouclée.

    Ce roman nous livre, sans jeu de mots, les soubassements idéologiques et politiques de célébration de la naissance d’Israël, un Etat pas un pays : l’obligation de culpabilité pour des crimes que nous n’avons pas commis et qui sont considérés en tant que Crime avec un C majuscule. Et nous sommes nous Algériens au premier rang de ses négateurs non par le hasard de l’oubli, de l’insouciance ou du souvenir de nos propres morts, de notre propre condition de colonisés au moment des faits, mais par adhésion passive ou inconsciente au nazisme, coupables parmi les coupables.

    En boycottant ce salon, les maisons d’édition et des hommes de lettres ont refusé ces équations éculées. A partir d’aujourd’hui, elles ouvrent un Salon à Alger, dans les espaces de la Bibliothèque nationale. Elles l’ont placé sous le signe d’un vieux, d’un très vieux pays, la Palestine, et l’ont soustrait à la concurrence victimaire. Les enfants palestiniens brûlés par les bombes ne sont pas moins humains que les enfants juifs déportés, et Ghaza n’est pas une moindre horreur que le ghetto de Varsovie, Deïr Yassine ou Kfar Kassem ne sont pas une moindre horreur qu’un camp d’extermination. Il fallait le dire.

    Mohamed Bouhamidi

  • Paolo Arigotti-La Cisjordanie, l’autre « visage » de la Palestine

    Paolo Arigotti-La Cisjordanie, l’autre « visage » de la Palestine

    21 août 2024

    Palestine. L’attention des médias, surtout depuis le 7 octobre dernier, a été catalysée par la situation dans la bande de Gaza, où l’on parle maintenant de plus de 40 000 victimes, principalement des femmes et des enfants. Et ce n’est pas tout, car un article publié dans l’une des revues médico-scientifiques les plus célèbres et les plus renommées[1] craignait que ces chiffres, pour la plupart considérés comme fiables[2], ne prennent pas en compte ce qu’un jargon bureaucratique cynique définit comme des « effets indirects ou dommages collatéraux » – tels que le manque de nourriture et d’eau, les conditions sanitaires et les traitements quasi inexistants. et ainsi de suite – capables d’alourdir un budget tragique et inacceptable. Selon cette enquête, le nombre de victimes pourrait être proche de 186 000, soit entre 7 et 9 % de la population de Gaza.

    Le rapport présenté en mars dernier par Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, et intitulé de manière significative « Anatomie d’un génocide », parlait ouvertement d’une logique génocidaire, elle-même partie intégrante d’un projet colonial plus large, qui affecte également la Cisjordanie (dont le rapport ne traite pas directement). De fait, le massacre de Gaza, consommé au nom d’une prétendue lutte contre le terrorisme et/ou d’un droit à la défense non précisé, n’épuise pas les crimes et les meurtres qui ont lieu contre les Palestiniens, et ce, bien avant le 7 octobre 2023.

    Bien que la violence et les actes de force se soient concentrés principalement sur ce théâtre, ceux de Cisjordanie n’ont jamais cessé, en partie et officiellement – en réalité, avec d’innombrables contraintes et limitations – sous le contrôle de l’Autorité nationale palestinienne. Rappelons-nous que l’Autorité palestinienne n’a rien à voir avec le Hamas, au contraire, les deux âmes du peuple palestinien se sont souvent battues, bien que dernièrement il y ait eu un engagement chinois de médiation entre les parties, en particulier dans la perspective d’un Gaza d’après-guerre [3].

    Juste pour vous donner une idée, en mars 2024, Reuters [4] a repris l’actualité du raid nocturne mené par les forces armées de Tel Aviv à Ramallah, la capitale de la Palestine occupée, où se trouve le quartier général officiel de l’Autorité palestinienne dirigée par le président Mahmoud Abbas, plus connu sous le nom d’Abou Mazen. Comme le rappelait la revue Limes dès octobre 2003 [5], en « Cisjordanie – Judée et Samarie dans la version judéo-israélienne – un rôle particulier est joué par les colons qui continuent aujourd’hui d’étendre et de fortifier leurs colonies ». Et ce sont précisément ces opérations qui, loin d’avoir cessé après le 7 octobre, reçoivent de nouvelles impulsions, également soutenues par certaines des forces politiques qui soutiennent le gouvernement de Benjamin Netanyahou, qui constituent le bras politique et les porte-étendards des intérêts de ces composantes de la société israélienne. Parmi d’autres, ceux qui fomentent la violence de ceux que Haaretz appelle les « Juifs sans foi ni loi » [6] sont des membres du gouvernement, comme Itmar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, respectivement ministres de la Sécurité nationale et des Finances.

    Il s’agit d’une occupation de maisons et de territoires menée par la force et/ou en recourant à la technique dite verticale : en pratique, certaines unités sont prises dans des condominiums habités par des Palestiniens, généralement ceux situés aux étages les plus élevés, où les colons s’installent protégés par des soldats de Tsahal, déclenchant une coexistence tout sauf pacifique, faite de tensions croissantes. Rien à voir, comme l’a rappelé à juste titre Anna J. Guzman pour Limes[7], avec l’esprit originel du Kibboutz, qui est né dans une intention d’intégration, et non d’occupation.

    Et renforcés par le soutien politique et militaire (et par de véritables milices privées), les colons sont devenus de plus en plus agressifs et violents au fil du temps, étendant les colonies par endroits[8], dans le but – pas si secret[9] – d’occuper illégalement[10] et dans leur intégralité les territoires palestiniens, illégalités toujours ignorées par le gouvernement et le peuple israéliens, du moins du côté qui partage cette ligne politique[11].

    En mars 2024, le Comité supérieur de planification de l’Administration civile, l’organisme gouvernemental qui supervise la colonisation de la Cisjordanie, a approuvé des plans pour la construction de 3 400 nouveaux logements, après que plus de 18 000 logements aient été autorisés dans les territoires occupés l’année dernière[12] [13]. Une politique également exécrée par la Cour internationale de justice de l’ONU, qui, rappelant la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU de 2016, a émis un avis (non contraignant) qualifiant un tel comportement de contraire au droit international [14]. L’un des faucons du gouvernement israélien, Bezalel Smotrich, avait annoncé en février dernier une nouvelle colonie au sud de Jérusalem[15], après que le journal israélien Haaretz[16] ait révélé l’existence d’un véritable plan d’annexion totale de la Cisjordanie, ce qui contrasterait également avec la décision de la Cour suprême de l’État juif, qui a statué que le contrôle de la Cisjordanie devait être configuré comme « une occupation militaire supervisée par des généraux de l’armée et non une annexion civile permanente »[17]. Au contraire, la zone dite C, cette tranche de la Cisjordanie (« rive droite ») sur laquelle l’État juif aurait dû exercer (sur le papier) un contrôle temporaire (militaire et administratif), s’étend de plus en plus chaque jour.

    Comme le rappelle Guzman[18] pour Limes, en se référant à la Palestine occupée : « l’économie locale est sévèrement limitée par les sanctions et les contrôles extérieurs. Elle serait basée sur l’agriculture, mais elle est endommagée par les expropriations continues menées par les forces de défense israéliennes. Ces pratiques sont monnaie courante, tout comme les abus de pouvoir, qui font désormais partie de l’histoire collective de la Cisjordanie.

    Dans un tel climat, l’Autorité palestinienne est de plus en plus discréditée aux yeux d’une grande partie de l’opinion publique palestinienne, qui la considère complètement subordonnée aux autorités israéliennes, sans qu’une nouvelle référence politique ne se forme en Cisjordanie (le Hamas n’a jamais eu un grand nombre de partisans en Cisjordanie jusqu’à présent), ce qui finit par se traduire par un nouvel affaiblissement de la position des Palestiniens.

    Quant à la solution à deux États tant vantée, ou à l’État unique multiconfessionnel, il n’est pas nécessaire de consacrer beaucoup de mots pour comprendre comment les deux options s’avèrent aujourd’hui complètement irréalistes, et qu’elles pourraient difficilement (même si pour des raisons opposées) être acceptées par l’une ou l’autre partie. Les mêmes pourparlers de paix, dont on parle ces jours-ci, n’aboutiront probablement à rien [19], en supposant et en ne concédant pas que les clauses d’un éventuel accord aient été respectées (et il serait légitime d’en douter).

    Dit de cette façon, il semblerait que l’on veuille parler « seulement » des occupations illégales et arbitraires, mais malheureusement les violations les plus graves des droits de l’homme sont tout à fait différentes.

    Pour se faire une idée des pires crimes perpétrés en Cisjordanie, il suffirait de lire certains des articles et rapports publiés par divers journaux nationaux et internationaux, qui, malgré leurs orientations différentes, sont unanimes pour dénoncer un climat caractérisé par la violence et les crimes de toutes sortes contre les civils palestiniens. Agression, destructions, dévastations, pillages, exécutions sommaires ne sont que quelques-unes de celles perpétrées ces dernières semaines, au détriment des personnes, des animaux et des biens[20] ; ces derniers jours, Rashid Sedda, un Palestinien de 22 ans, a été abattu, tandis que de nouvelles attaques de colons frappent le village de Jit [21].

    Bien que Joe Biden [22] ait parlé d’une entente étroite entre Israéliens et Palestiniens, rapidement démentie par le Hamas, les dernières violences ont été si brutales que même la Maison Blanche et les plus hautes autorités politiques israéliennes [23] les ont condamnées, promettant des enquêtes et des sanctions contre les responsables [24]. Cependant, l’histoire tragique de cette partie malheureuse du monde aurait dû nous apprendre que les faits comptent plus que les mots, et qu’au lieu de s’interroger (uniquement et uniquement) sur les responsabilités de ceux qui commettent certains crimes, il faut également rechercher les responsabilités politiques (et non politiques) de ceux qui, par une série d’actes et de déclarations, ont fomenté un climat de haine et de violence de plus en plus chaud et incontrôlable. Selon Infopal [25], ces derniers mois en Cisjordanie, « la Commission pour la résistance au mur et aux colonies a signalé que les forces d’occupation israéliennes (FOI) et les colons ont allumé 273 incendies sur des terres et des biens palestiniens depuis le début de la guerre génocidaire d’Israël contre Gaza ». Une violence qui est la règle et non l’exception, comme le reconnaît le journal Haaretz lui-même [26], dans un climat d’impunité substantielle pour les auteurs.

    Certes, le gouvernement israélien n’a pas l’intention d’arrêter la spirale. Non seulement la direction politique de l’État juif promeut et encourage de nouvelles colonies[27], mais comme l’écrivait Le Monde diplomatique en novembre 2002, en parlant de la barrière protectrice qui délimite les frontières de la Cisjordanie post-1967, voulue par le Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon : « une fois le mur achevé, du nord de la Cisjordanie à Jérusalem, l’État juif aura annexé 7 % de la Cisjordanie, dont 39 colonies israéliennes et environ 290 000 Palestiniens, dont 70 000 n’ont pas officiellement le droit de résidence en Israël et ne pourront donc pas voyager et bénéficier des services sociaux israéliens. Ces 70 000 Palestiniens vivent dans une situation d’extrême vulnérabilité et seront probablement contraints d’émigrer. Si le mur au sud va jusqu’à Hébron, on pense qu’Israël aura annexé 3 % supplémentaires de la Cisjordanie. » [28].  Ce qui en dit long sur les objectifs expansionnistes tracés avant même l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel.

    En juin dernier, les Nations Unies – par la bouche du Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Turk – ont dénombré plus de 500 Palestiniens tués par Tsahal et/ou les colons à partir d’octobre 2023 (Al Jazeera parle de 630 victimes[29]), dénonçant un crescendo de violations des droits de l’homme et l’augmentation exponentielle des « assassinats ciblés apparemment planifiés »[30]; même un citoyen américain, début août, a été blessé par des coups de feu tirés par des Israéliens alors qu’il participait à des manifestations de solidarité avec les Palestiniens à Beita, un village près de la ville de Naplouse, en Cisjordanie occupée.

    En dernière analyse, il y aurait assez de raisons de conclure que les intentions de la direction politique actuelle de l’État juif sont d’annexer toute la Cisjordanie, bloquant définitivement la naissance de l’État palestinien [31], sans se soucier le moins du monde des résolutions de l’ONU et des accords d’Oslo de 1993, qui ne sont plus que des morceaux de papier.

    Nous voudrions clore notre analyse avec l’historien israélien Ilan Pappé [32], qui était très critique à l’égard de l’orientation politique de son pays, à tel point qu’il a été contraint d’abandonner Israël. Ce sont les paroles prononcées lors d’une conférence qui s’est tenue récemment à Gênes : « L’histoire enseigne que la décolonisation n’est pas un processus simple pour le colonisateur. Il perd ses privilèges, il doit rendre les terres occupées, renoncer à l’idée d’un État-nation mono-ethnique. Les pacifistes israéliens pensent qu’ils se réveilleront un jour dans un pays égalitaire et démocratique. Ce ne sera pas si simple, les processus de décolonisation sont douloureux : la paix commence lorsque le colonisateur accepte de renverser ses institutions, la constitution, les lois, la distribution des ressources. Le jour où la colonisation de la Palestine prendra fin, certains Israéliens préféreront partir, d’autres resteront dans un territoire libre où ils ne seront plus les geôliers de personne. Plus tôt les Israéliens comprendront cela, moins ce processus sera sanglant. Dans tous les cas, l’histoire est toujours du côté des opprimés, tout colonialisme est destiné à prendre fin.

    En fait, il y aurait un moyen de mettre fin aux crimes et à la violence, il suffirait d’appliquer des sanctions économiques contre l’État d’Israël et d’imposer un embargo sur les armes. Mais ce n’est qu’une illusion, car tant que le soutien américain (et, par conséquent, occidental) subsistera, d’autant plus en vue des élections de novembre, fortement influencées par les intérêts géopolitiques au Moyen-Orient et le puissant lobby israélien [33], de telles mesures ne seront jamais prises.

    Le reste est constitué de déclarations circonstancielles et/ou d’intentions de paix destinées à ne rester que sur le papier. Ce n’est pas un hasard si les dernières nouvelles [34] (malgré le président américain) parlent d’un échec des pourparlers de paix.

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    www.middleeasteye.net/tags/west-bank

    www.middleeasteye.net/news/israeli-forces-shoot-us-citizen-occupied-west-bank

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  • Henning Melber- Le colonialisme allemand en Afrique: une histoire qui fait froid dans le dos

    Henning Melber- Le colonialisme allemand en Afrique: une histoire qui fait froid dans le dos

     Un nouveau livre examine la façon dont il se perpétue 

    Pendant les 30 années de colonisation allemande (1884-1914), le nombre de colons allemands dans les colonies n’a jamais dépassé 50 000, même au plus fort des déploiements militaires. En revanche, plusieurs centaines de milliers d’Africains ont perdu la vie en conséquence directe de la violence coloniale allemande.

    À lire aussi :

    Pour mieux comprendre l’article ci-dessus, je (Laure Lemaire) me permets d’ajouter quelques éléments précis de l’Histoire de cette colonisation allemande qui fut brève dans le temps puisqu’elle prend fin avec sa défaite à l’issue de la 1° guerre mondiale. Je me cantonne à l’Afrique dont l’article parle essentiellement. Un article spécial sera consacré à l’Afrique du Sud dont la Namibie
    Personnellement, de nationalité française et Algérienne de coeur, sachant de quoi je parle, je dirais que toutes les colonisations sont inhumaines et atroces mais celle de l’Allemagne, brève et cantonnée dans l’espace, est loin d’égaler les ravages de la colonisation de l’empire britannique dans le monde, loin de l’innommable génocide de l’entité sioniste en Palestine.

    Les Allemands créent de grandes plantations de produits d’exportation, cacao, café, banane, caoutchouc, huile de palme. Pour l’exportation des produits cultivés, ils ouvrent des routes, construisent des ports et surtout des chemins de fer. Ils mettent en place les 1° infrastructures télégraphiques, téléphoniques et radiotélégraphiques.



  • الطاهر المعز-المغرب في رقعة الشّطرنج الإمبريالية

    الطاهر المعز-المغرب في رقعة الشّطرنج الإمبريالية

    يحتل المغرب موقعًا استراتيجيا بين إفريقيا وأوروبا، بين البحر الأبيض المتوسط شمالا والمحيط الأطلسي غربًا، فضلا عن الصحراء، فهو بوابة إفريقيا إلى أوروبا ولذلك حافظت فرنسا (وأوروبا) والولايات المتحدة على مواقعها، بل عزّزتها بفعل تواطؤ البرجوازية الكُمبرادورية المحلية، كما إن علاقات النظام المغربي مع الكيان الصهيوني متطورة، منذ استقلال المغرب سنة 1956، وأعلنت العائلة المالكة استعدادها لدعم تغلغل الكيان الصهيوني في المغرب العربي وإفريقيا، وقدّم النظام المغربي خلال فترة حكم الحسن الثاني معلومات عن الإجتماعات المُغْلَقَة للجامعة العربية، وتجسس النظام المغربي على بعض النواب وبعض المؤسسات الأوروبية ( فضيحة بيجاسوس) لصالح الكيان الصهيوني سنة 2021، بعد توقيع اتفاقيات « أبراهام »، سنة 2020، وهي اتفاقيات عمالة واضحة للأنظمة العربية ومن بينها المغرب، مُقابل اعتراف الولايات المتحدة والكيان الصهيوني ( ثم سوف يأتي دور الدّول الأوروبية) بسيادة المغرب على الصّحراء الغربية، ضمن مخطط أمريكي يجعل من المغرب حارسًا للمصالح الإمبريالية غربي الوطن العربي، والكيان الصهيوني في المشرق، وبذلك يكون دور الكيان الصهيوني والمغرب مُكمّلا لدور الأسطول السّادس الأمريكي الذي يجوب البحر الأبيض المتوسط، وزاد اهتمام فرنسا بالمغرب كقاعدة للإمبريالية، فاعترفت بسيادة المغرب على الصحراء الغربية، بعد انهيار نفوذها في دول غربي إفريقيا واضطرارها إلى الإنسحاب من الضّفّة الجنوبية للصّحراء الكبرى ( مالي والنيجر وبوركينا فاسو)، وتعتبر الحكومة الفرنسية الحالية والتي سبقتها الاستقرار السياسي والاقتصادي في المغرب وسيلة لضمان مصالحها الاستراتيجية في المنطقة التي تحتوي كميات كبيرة من الفوسفات ( في الصحراء الغربية)، وهو مادة أولية للأسمدة والعديد من المواد الكيماوية والغاز في موريتانيا والسينغال والثروات البحرية في سواحل المحيط الأطلسي، ويلعب المغرب منذ عُقود دور مُزَوّد أوروبا بالطّاقات البديلة (خصوصًا الطاقة الشمسية ومحطات الهيدروجين) وبالعمالة الرخيصة وبالإنتاج الزراعي والأسماك بأسعار رخيصة، مقابل توسيع ميناء طنجة وتصدير بعض رؤوس الأموال الأوروبية وإقامة بعض مصانع تركيب السيارات وبعض أجزاء الطّائرات، ومُقابل أداء المغرب ( إلى جانب دول المغرب العربي الأخرى) دور الشُّرطي المُتعاقد من الإتحاد الأوروبي لحراسة حُدُود أوروبا قبل البحر الأبيض المتوسّط، ومَنْعِ تَدفُّق المُهاجرين الذي خرّبت أوروبا والولايات المتحدة بلدانهم، وخربت ليبيا حيث كان يعمل ثلاثة ملايين إفريقي، كما خربت الولايات المتحدة مشروع خط أنابيب نقل الغاز من نيجيريا إلى البحر الأبيض المتوسط بطول حوالي سبعة آلاف كيلومتر،عبر الجزائر، ليمر عبر المغرب فضلا عن كابلات وخطوط أنابيب الغاز التي سوف تأتي مكن السينغال وموريتانيا، لتكون الجزائر الخاسر الأكبر اقتصاديا، فضلا عن الهزيمة الدّبلوماسية بشأن قضية الصّحراء الغربية، بعد أن تجاهلت دول أوروبا ومجالسها النيابية قرارات الأمم المتحدة وقرارات القضاء الأوروبي بشأن الصحراء وعدم شَرْعِيّة نشاط الشركات الأوروبية في الأراضي ومياه الصّيْد الإقليمية الصحراوية…  

    تسارعت خطوات تطبيع العلاقات بين النظام المغربي ( الذي يرأس مَلِكُهُ لجنة القُدْس) والكيان الصهيوني منذ تولّى محمد السّادس السلطة، خلفًا لأبيه الحسن الثاني، سنة 1999، وتُوِّجت باتفاق 22 كانون الأول/ديسمبر 2020، الذي أدّى إلى الإستئناف الرسمي للعلاقات بين الرباط وتل أبيب، مقابل اعتراف الولايات المتحدة بسيادة المغرب على الصحراء الغربية، وتعزّزت الشراكة الأمنية بين نظام المغرب والكيان الصّهيوني، خلال ثلاث سنوات ونصف من التطبيع الرسمي المُعْلَن، رغم التّنديد الرّسمي بالمجازر الصهيونية في غزة، وسط استياء كبير للمواطنين، تجسّد في احتجاجات ومظاهرات، خصوصًا منذ عُدوان تشرين الأول/اكتوبر 2023، وتُطالب الحركة الاحتجاجية – بدعم العديد من الأحزاب والنقابات والجمعيات – بإنهاء العلاقات مع الدولة الصهيوني.

    كشف معهد ستوكهولم الدولي لأبحاث السلام (سيبري) إن الكيان الصهيوني يحتل المرتبة الثالثة في تصدير الأسلحة إلى المغرب – بعد الولايات المتحدة وفرنسا – خلال الفترة 2020-2023، وأعلن المعهد (آذار/مارس 2024) عن صفقة اشترى بموجبها المغرب نُسْخَتَيْن من القمر الإصطناعي الإستخباراتي الصّهيوني أوفيك 13، بقيمة مليار دولارا، وهي مركبة استطلاع فضائية يستخدمها جيش العدُوّ، من تصنيع شركة صناعات الفضاء الصهيونية التي تُنافس الشركات الأوروبية في بعض مناطق نفوذها في إفريقيا، وكان المغرب يستخدم الأقمار الصناعية للاستطلاع التي صنعتها شركتا إيرباص وتاليس ( فرنسا)، ويشمل برنامج هذه الأقمار الإصطناعية عمليات إطلاق واستقبال أرضي ومعالجة صور بالإضافة إلى تدريب مهندسين مغاربة، بما يتراوح بين 500 و585 مليون يورو، ويخطط الكيان الصهيوني لاستخدام هذه الصّفقة مع المغرب من أجل بيع أوفيك 13 إلى دول إفريقية أخرى، من بينها نيجيريا وساحل العاج، وفق وكالة الصحافة الفرنسية يوم 22 تموز/يوليو 2024.

    أعلنت الدّعاية العسكرية للكيان الصهيوني إن وحدةً للاستخبارات الخاصة في الجيش وأجهزة المخابرات استخدمت « أوفيك 13″، منذ سنة 2000 في سوريا، ثم لتحديد الأنفاق ومخابئ الأسلحة في في قطاع غزة،

    كتبت وكالة الصحافة الفرنسية يوم الخامس من شهر أيار/مايو 2024 نقلاً عن القائد السابق لسلاح الجو الصهيوني: « يستعد المغرب للدخول في الدائرة المغلقة لمصنعي الطائرات العسكرية بدون طيار، بفضل التعاون مع شركة BlueBird Aero Systems المملوكة جُزْئِيًّا لشركة الصناعات الجوية الحكومية الإسرائيلية « ، وكانت مجلّة « زونا ميليتار » (منطقة عسكرية) قد نشرت يوم 13 نيسان/ابريل 2024، تصريحًا أكّد خلاله القائد السابق لسلاح الجو الصهيوني  » إنشاء وحدة لإنتاج الطائرات بدون طيار (ASP) في المغرب، ستبدأ العمل في المستقبل القريب »، ويُعَدُّ المغرب ثالث دولة إفريقية، بعد جنوب إفريقيا ومصر، تصنع الطائرات العسكرية بدون طيار، غير إن الإنتاج ليس محليا، بل نتيجة تعاقد من الباطن مع عدو يحتل فلسطين وأراضي عربية أخرى وقصف أراضي العديد من الدّول العربية (تونس وليبيا والسودان والعراق وسوريا ولبنان واليمن…)، ولم يَخْتَشِ وزير الدّفاع المغربي (تشرين الثاني/نوفمبر 2023) من إعلان « مشروع تطوير صناعة عسكرية وطنية » تركز على التعاون مع الكيان الصهيوني، خصوصًا في مجال الإستطلاع والإستخبارات وكشف الأهداف، وطلبت الرباط، سنة 2022، مائة وخمسين نسخة من الطائرات الآلية الصهيونية التي يتم استخدامها في أوكرانيا، وسيتم إنتاج جزء منها على الأراضي المغربية.

    كشفت بعض وسائل الإعلام عن العلاقات شبه السّرّيّة بين الكيان الصهيوني ونظام المغرب، بمناسبة اغتيال المهدي بن بركة في باريس سنة 1965، بتواطؤ بين استخبارات فرنسا والمغرب والكيان الصهيوني، ربما بإشراف أمريكي، وتُؤَكِّد مؤشرات عديدة متانة العلاقات بين العائلة الحاكمة في المغرب منذ محمد الخامس، وقبل الإستقلال الشّكْلي للمغرب سنة 1956، فضلا عن زيارات إسحاق رابين وشمعون بيريز ( بين 1976 و 1985) وغيرهما من مُؤسسي ومسؤولي الدّولة الصهيونية، أما الإعلان الرسمي للتطبيع فيعود إلى سنة 1994 عندما افتتح الكيان الصهيوني مكاتب تمثيل سياسي، سُمّيت « مكاتب اتّصال »، في المغرب والعديد من الدّول العربية الأخرى، بعد توقيع قيادات منظمة التحرير الفلسطينية بزعامة ياسر عرفات اتفاقيات كمب ديفيد، وانقطعت هذه العلاقات رسميا سنة 2000، لكنها استمرت في الواقع بدون ضجة، إلى أن أعلن الرئيس الأمريكي دونالد ترامب، سنة 2021، قبل فترة قصيرة من انتهاء ولايته، تطبيع العلاقات بين المغرب والكيان الصهيوني ( بعد إعلان نفس الخطوة لدُوَيْلات الخليج)، ضمن عملية « مُقايَضة سياسية » تعترف بمقتضاها الولايات المتحدة بعملية استيلاء المغرب على الصحراء الغربية وهي مُستعمرة إسبانية سابقة (من 1884 حتى سنة 1975) نَكَّل نظام الحُكم المغربي بالمُقاومين المغاربة من أجل إنهاء الإستعمار بها…

    حَظَرت السّلطات المغربية، مباشرة بعد الإستقلال، سنة 1956، نشاط المنظمات الصهيونية، ومن بينها « الوكالة اليهودية » التي كانت تُشرف على نقل مواطنين مغاربة يهود إلى فلسطين المحتلة، وصدر قانون يأمر بسحب جنسية كل من تَجَنَّدَ في الجيش الصهيوني، لكن ذلك لم يَدُم طويلاً بفعل واستعادت الوكالة اليهودية والإستخبارات الصهيونية نفوذها وتم تنظيم ترحيل حوالي 750 ألف مواطن مغربي يهودي بين سنتَيْ 1961 و 1967 ( أو ما يُعادل 3% من سُكّان المغرب آنذاك) للمساهمة في احتلال فلسطين، وتطوّرت العلاقات بين السلطات المغربية والصهيونية وشملت لقاءات مع العديد من الزعماء الصهاينة، وبلغ التعاون مع الكيان الصهيوني حدّ التحالف العسكري والإستخباراتي، تحالف غير متكافئ، يكون العَدُوّ طَرَفَهُ المُهيمن، وتتعارض هذه الخطوات الرّسمية مع طموحات الأغلبية الشعبية التي تُقاوم من أجل حياة أَفْضَلَ وكذلك تضمنًا مع الشعب الفلسطيني…    

    تم الإعلان عن إغلاق « مكتب الإتصالات » الصهيوني في المغرب والمغربي في فلسطين المحتلة خلال المجازر الصهيونية التي رافقت الإنتفاضة الفلسطينية، سنة 2000، ولكن لم تنقطع العلاقات، بل اتخذت أشكالاً شبه سِرِّيّة، وتعدّدت زيارات الوفود الإعلامية والعلمية والدبلوماسية بين المغرب ودولة الإحتلال الصهيوني، خصوصًا منذ سنة 2011، سنة الإنتفاضات العربية (بما فيها حركة 20 فبراير بالمغرب)، وتراجع المِنَح والإستثمارات الخليجية في المغرب، وأوْرَدَتْ تسريبات موقع « ويكيليكس » أخبارًا مُؤَكَّدَة عن توقيع اتفاقيات بين الإستخبارات المغربية والصهيونية، منذ 1961، لمُضايقة المُعارضة المغربية والتّآمر على أنظمة الجزائر ومصر ( العدو الخارجي) وتخريب وتشويه نضالات حزب الإستقلال والإتحاد الوطني للقوى الشعبية (العدو الداخلي للنظام المغربي)، وعن لقاءات وزير خارجية العدو، أفيغدور ليبرمان مع نظيره المغربي الطيب الفاسي الفهري، سنة 2009، وأكّدت الصحيفة الصهيونية « يدعوت أحرونوت » سنة  2015 أخْبار التّعاون الإستخباراتي لاختطاف واغتيال المهدي بن بركة (باريس 1965) وكشف مسؤول سابق في الإستخبارات الصّهيونية، سنة 2016، الدور الشّخصي للملك الحسن الثاني في توفير أجهزة تنصّت ومراقبة للإستخبارات الصهيونية أثناء انعقاد القمة العربية بالمغرب، قُبيْل عُدْوان 1967…  

    تحاول العائلة الحاكمة تبرئة نفسها من « التَّصَهْيُن » بالتّذكير بوجود ما لا يقل عن 750 ألف مُستوطن صهيوني، تدّعي إنهم رعاياها، رغم مغادرتهم بلادهم المغرب، وتغيير جنسيتهم وتنكّرهم لشعبهم (بالنسبة للمزراحيين – مزراحيم) أو للشعب الذي احتضنهم (بالنسبة للأشكنازيين الذي فَرُّوا من أوروبا إلى المغرب العربي)، بدعم من الملك محمد الخامس مقابل 100 دولار للفرد، ليُساهموا في احتلال وطن الفلسطينيين، وليُشكّلوا طبقة عاملة يهودية رخيصة، تطبيقًا لمبدأ « العمل اليهودي »، وعانوا من عنصرية صهاينة أوروبا (الأشكِناز)، وتدّعي سلُطات المغرب إن هؤلاء لا يزالون « رعايا المَلِك »، بذريعة إنهم « يحنّون إلى بلدهم الأصلي » ويزور ما بين 15 ألف و 20 ألف منهم المغرب – بعد الحُصُول على تأشيرة – أي إنهم يدخلون المغرب ك »إسرائيليين » ساهموا في احتلال فلسطين، وليس كمغاربة، ويأتون كما الأوروبّيّين بغرض السياحة الرخيصة أو الإستثمار واستغلال العمالة المغربية الرخيصة، وكذلك بغرض التّجسّس، وبذلك تخلّت العائلة المالكة للمغرب عن مواطنيها (رعاياها) واعترفت باحتكار تمثيل الكيان الصهيوني ليهود العالم، وفق « بيير فيرميرين » ( Pierre Vermerin ) المُتخصص في تاريخ المغرب العربي المُعاصر بجامعة السوربون في باريس. 

    تشير البيانات الرسمية للعدو الصهيوني إلى وجود تجارة رسمية منذ أكثر من ثلاثة عُقُود مع المغرب (والعديد من الدّول العربية التي ليست لها علاقات رسمية مع العدو الصهيوني) لكن يصعب حصر قيمتها بفعل التجارة بواسطة طرف ثالث، فلكيان الصهيوني يُصدّر العديد من السّلع إلى الدّول العربية وغير العربية، بواسطة شركات متواجدة في جنوب إفريقيا أو هولندا أو الأرجنتين أو غيرها، وتُشير شركة « نتافيم » الصّهيونية إلى إنشاء فَرْع لها في المغرب باستثمارٍ قيمته ثلاثة ملايين دولارا، سنة 2018،  وتشير « غرفة التجارة الفرنسية – الإسرائيلية » إلى أن العديد من الشركات المغربية والإسرائيلية تستخدم قنوات تجارية مَخْفِيّة لإجراء المعاملات التجارية في ظل غموض تام، وأكّدتْ وسائل الإعلام الصهيونية توقيع اتفاقيات تجارية ومعاملات مالية واتفاقيات تعاون بين الشركات الصهيونية والسلطات المغربية في مجالات الأسلحة والسّياحة والتكنولوجيا والزراعة، منذ عقود، ويقوم المُستوطنون الصهاينة من أصل مغربي (أو تونسي) وبعضهم يحتل مناصب وزارية في حكومات العدو المتعاقبة، « رحلات الحج » السّنوية في رحلات مُباشرة من تل أبيب أو عبر مطارات عمّان أو القاهرة أو أوروبا، إلى المغرب ( أو إلى جزيرة « جِرْبَة » بتونس)، مُلَوّحين برايات الإحتلال في مطار الدّار البيضاء (كما في مطار « جربة » بتونس)، وتدّعي وسائل الإعلام المَحَلِّيّة إن هذه الرحلات دليل تعلّق هؤلاء ببلادهم الأصلية، وهو افتراء يُراد منه تمرير عملية التّطبيع، وإظْهارها كمُؤشّر تعلّق بالبلاد الأصلية بدل رفضها جملة وتفصيلاً، لأن هؤلاء أو آباؤهم اختاروا صفّ العَدُوّ وساهموا في استعمار جزء من البلاد العربية وتهجير سُكّان فلسطين، وتُركّزُ وسائل الإعلام المغربية المقربة من « المَخْزَن » (القصر المَلَكِي) على « العلاقة الحميمة » بين الملك واليهود المَحلِّيّين الذين لا يتجاوز عددهم حاليا ثلاثة آلاف، لكن مكّنَهُم النظام القائم من نُفُوذ كبير في الإدارة والإقتصاد، لتبرير اضطهاد واستعباد عشرات الملايين من المواطنين الذي يتظاهرون منذ سنوات عديدة ضد التّطبيع ولإعلان الدّعم للشعب الفلسطيني الذي تتآمر عليه سُلُطات الحُكْم، رغم رئاسة الملك لِلجْنَة القدس…

    يُعْتَبَرُ النّظام المغربي الرّبِيب المُدَلّل لصندوق النقد الدّولي والبنك العالمي والإتحاد الأوروبي، لأنه يُطبِّق وَصْفَةَ التّبَعِيّة ويُتْقِن دَوْرَ وكيل الإمبريالية والصّهيونية، ويُشارك في المناورات العسكرية الأمريكية ويُؤْوِي قواعد عسكرية أمريكية وفِرق التّجسّس الصّهيونية، ولا يستفيد المواطنون من إطْراء هذه الأطراف، بل يُعاني المواطنون من الفقر والأُمِّيّة وغياب أو ارتفاع أسعار الغذاء والأدوية والرعاية الصحية والخدمات، ويُعانون خصوصًا من البطالة، وعانى جيل انتفاضة 23 آذار/مارس 1965، وجيل مجلة « أنفاس » ومنظمة « إلى الأمام » والإتحاد الوطني للقوى الشعبية – الإختيار الثوري »، وغيرهم من السجون والتعذيب حتى الموت ومن المنفى والإغتيال، ويتميز المجتمع المغربي بحيوية استثنائية – مُقارنة ببلدان المغرب العربي – وبتعدّد أشكال النّضالات المستمرة من اجل تحسين ظروف العيش، وكذلك للتضامن مع الشعب الفلسطيني، حيث تُعارض معظم الأحزاب ونقابات الأُجَراء ومنظمات « المُجتمع المدني » التّطبيع الرّسمي، ونهج نظام الحُكْم الموالي للإمبريالية وللصّهيونية، وشهدت المُدُن المغربية مظاهرات ضخمة احتجاجًا على العُدوان الصهيوني الحالي ( منذ تشرين الأول/اكتوبر 2023) والمجازر والتّجويع، وعمومًا يتّسم المجتمع المغربي بِحَيَوِيّة سياسية وثقافية واجتماعية، حيث يحتج الفُقراء على ارتفاع أسعار السّلع والخدمات الأساسية (النّقل والكهرباء والمياه والرعاية الصحية…)، وعرفت البلاد عدّة انتفاضات ضد برنامج التّكَيُّف الإقتصادي (أو « الإصلاح الهَيْكَلِي »)، فضلا عن حركة عشرين شباط/فبراير واحتجاجات منطقة « الرّيف » شمالاً ومنطقة مناجم « جرادة » شرقًا، وتحتج النقابات على الوضع الذي يعيشه الأُجَراء، وتحتج فئات عديدة من المواطنين على خطوات التّطبيع، وما هذه سوى أمثلة، غير إن نظام الحُكْم نجح في تقسيم المُعارضة وتحقيق شبه إجماع حوله سنة 1975، شمل جُزْءًا هامّا من اليسار، عند احتلال الصحراء الغربية التي لم يُطالب بها نظام الحكم – بل اتفق مع الإحتلال الإسباني على الإستيلاء عليها- هذا النّظام الذي نَكَّلَ بمُقاوِمِي جيش التحرير الذي اعتبر الإستقلال منقوصًا ( سنة 1956) ما دام الإستعمار الإسباني موجودًا في الصحراء…   

    الطاهر المعز  

Note : 5 sur 5.

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– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

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– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

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– Olivia, Paris