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Miloud Boumaza-Conflit palestinien ou le clash des valeurs

Conflit palestinien ou le clash des valeurs par Miloud Boumaza
Certes le Général Giap déclarait avec raison dans son fameux discours du 6 janvier 1976 à Alger : « Les impérialistes sont de mauvais élèves (…) : ils apprennent mal les leçons, bien que ce soit des leçons de portée historique ». Et de citer les débâcles du colonialisme en Algérie, à Cuba et au Vietnam.
Cependant force est de constater que d’aucuns pays colonisés n’ont pas bien retenu les leçons non plus et connaissent bien des divisions sur nombre de dossiers qui nécessiteraient consensus pour leur résolution afin d’amorcer enfin le développement dans certaines parties du monde, en Afrique notamment : Lybie, Niger, etc.
Quant au conflit palestinien, certains pays ont conclu avec l’entité la fameuse truanderie du siècle, autrement dénommée « accords d’Abraham », alors même que la raison d’être de cette entité est d’entraver le développement des pays de la région et d’anéantir les insoumis. Tout ceci au détriment des Palestiniens, qui du reste, bien que concernés en premier chef, n’ont aucune espèce de part dans ce « deal ». Principal objet de marchandage, ils n’y ont, en effet, rien gagné. Bien au contraire, les normalisateurs ont pour ainsi dire légitimé les violations des droits de l’homme infligées aux Palestiniens par l’entité.
Des nombreux conflits mondiaux, le cas palestinien est sans conteste le plus clivant car il symbolise la lutte d’un peuple pour sa liberté, pour ses droits, la justice, en un mot le combat contre le colonialisme, c’est-à-dire de l’opprimé contre l’oppresseur.
A l’ère des médias de masse, se déroule sous nos yeux toute l’horreur, la barbarie de l’impérialisme, et la lutte tragique et inégale d’un peuple pour sa survie. En effet, à la différence du siècle passé, des images qui soulèvent le cœur et la consternation de la communauté humaine (nous ne dirons pas internationale car un certain groupe s’est auto-approprié ce qualificatif exclusif) nous parviennent par des professionnels de la presse, dont nous saluons le courage et la mémoire pour celles et ceux qui ont perdu la vie dans cette noble mission.
Or une sorte de cécité semble frapper une certaine «communauté internationale» qui ne daigne voir le conflit que sous la lorgnette de l’impérialisme, ne reconnaissant aucun droit au peuple palestinien si ce n’est celui de disparaître physiquement. Du reste, considérant que ce peuple n’existe pas, ou tout au plus qu’il s’agit «d’animaux humains», il ne saurait être question de nettoyage ethnique ou de génocide.
Aussi, la cause palestinienne a cette particularité singulière de diviser le monde en deux camps et constitue, en ce sens, un véritable test à la raison et à l’humanité en tout individu, plaçant les uns du côté du droit et de la justice et les autres du côté de l’arbitraire.
Quant à la constance de l’Algérie dans son soutien à cette cause juste, celle-ci n’est plus à démontrer. Chère à son peuple et à son gouvernement, la cause palestinienne (ainsi que celle des Saharaouis) a été inscrite au frontispice de sa constitution.
Du reste son histoire révolutionnaire et sa lutte avec ses propres moyens contre le colonialisme la rapproche plus que toute autre nation du combat palestinien.
En effet, au cours du sombre épisode colonial de son histoire, le peuple algérien aura connu napalm, déportations, enfumades, camps de concentration, exécutions sommaires, viols, éradication de villages entiers soupçonnés d’aider les moudjahidins et où femmes, enfants, vieillards jusqu’aux animaux ont été massacrés, ne laissant aucune trace de vie. La barbarie coloniale poussera sa sauvagerie jusqu’à mutiler les combattants, se faisant des trophées de leurs oreilles, leurs parties génitales ou leurs têtes, dont on trouvera un certain nombre exposées dans des musées en France, etc.
Quant au massacre de Guelma, Sétif et Kherrata de mai 1945, il aura fait 45000 victimes civiles côté algérien et une centaine côté européen. Ce carnage dura 7 semaines.
Confrontés à des forces disproportionnés, les résistants algériens (qualifiés de terroristes) luttèrent avec les moyens du bord. Arrêté le 15 février 1957, Larbi Ben M’hidi fit cette célèbre déclaration à propos des attentats : «Donnez-nous vos chars et vos avions, et nous vous donnerons nos confins et nos couteaux». Torturé durant sa détention, il sera pendu pour avoir refusé de parler.
Comment donc un pays qui a connu les mêmes affres que ce peuple courageux qui subit encore aujourd’hui le joug du colonialisme pourrait-il se détourner de celui-ci ou formuler ne serait-ce qu’une quelconque réserve à son égard ?
Cette douleur, cette flétrissure communes, infligées par les mêmes bourreaux coloniaux confèrent, en quelque sorte, à l’Algérie, une légitimé pour organiser un forum au CIC regroupant toutes les forces progressistes de tous les continents (syndicats, ONG, associations, écrivains, journalistes, etc) afin d’élaborer un programme ou feuille de route à même de faire pression sur leurs pays respectifs et mettre un terme à cette injustice qui n’a que trop duré.
En effet, l’échec du sommet égyptien pour la paix était somme toute prévisible en raison des divergences des dirigeants du monde sur la question contrairement au forum d’Alger où il va de soi que participeront uniquement les groupes à qui la cause tient à cœur. Car, malgré la propagande et les graves entorses à la liberté d’expression, la majorité des peuples de la planète sont en faveur de cette dernière.
Toutefois rien n’empêche que des chefs d’État appartenant au même courant politique ou acquis à la cause puissent y intervenir (les présidents Lula du Brésil, Maduro du Vénézuela, Diaz-Canel de Cuba, etc).
Le mot d’ordre ou la thématique de ce forum international pourrait être «L’union et la solidarité des peuples pour un monde de paix et de justice». Car il s’agit d’organiser et unifier les différents mouvements de protestation qui se manifestent à travers le monde pour parler d’une seule voix, et qui, en ordre dispersé, n’auront pas le moindre effet.
Il est temps que l’on donne aux peuples la parole qui leur a été confisquée jusqu’ici et que l’Algérie reprenne, à cette heure critique de l’Histoire, son propre flambeau, celui qui en avait fait la Mecque des révolutionnaires, pour redonner espoir aux opprimés et aux oubliés de ce monde.
Miloud Boumaza
Né à Chlef
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Miloud Boumaza-Pourquoi l’Occident soutient « inconditionnellement » l’entité sioniste.

Pourquoi l’Occident soutient « inconditionnellement » l’entité sioniste par Miloud Boumaza
«Notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens», Nelson Mandela
«Compliqué, complexe, inextricable, …», autant de qualificatifs qui reviennent immanquablement lorsqu’on évoque le cas palestinien. Qu’en est-il réellement ? Quid de sa genèse ? De sa finalité ?
La création d’Israël est en réalité la conséquence directe de la 1ère guerre mondiale. Dès la fin du 19ème siècle, à la faveur de l’avènement de la 2ème révolution industrielle, la mécanisation de l’industrie, s’étant largement introduite dans les pays développés, avait fait du pétrole une ressource hautement stratégique. Aussitôt une véritable course aux gisements s’est-elle enclenchée entre les puissances occidentales (cf : https://lapatrienews.dz/objet-la-crise-mondiale-ce-quon-ne-nous-dit-pas/ ).
L’Allemagne prit une certaine avance en concluant un accord avec l’Empire Ottoman, qui s’étendait à un Moyen Orient où se concentraient les plus grands gisements découverts. Dès 1903 débutent les travaux de construction d’un chemin de fer devant relier Berlin à Bagdad (le Bagdadbahn), et en 1912, l’Allemagne obtient une concession en Mésopotamie.
Tout ceci, bien évidemment, n’est pas du goût des puissances rivales, l’Angleterre et la France, qui, en outre, considèrent cette région comme entrant dans leur sphère exclusive d’influence. S’ensuit une série de chantages et d’actes de sabotage jusqu’au déclenchement de la 1ère guerre mondiale (cf : : https://lapatrienews.dz/contribution-une-hostilite-anti-allemande-seculaire-de-loccident-2eme-partie-complement-historique/ ).
Pour affaiblir l’Empire Ottoman (allié de l’Allemagne durant la 1ère guerre), qui contrôle encore le Moyen Orient, l’Angleterre entre en contact avec Hussein Ben Ali, roi du Hedjaz et protecteur de La Mecque.
Avec la France, elle lui promet un grand territoire regroupant la majeure partie du Moyen Orient (promesse qui ne sera bien entendu jamais tenue car le projet est précisément de créer de petits États rivaux, aisément contrôlables). Ensemble ils décident de former des groupes de combattants arabes. Pour manipuler les troupes bedouines arabes, elle recrute par ailleurs un spécialiste du monde arabe, Thomas Edward Lawrence, surnommé Lawrence d’Arabie.
Le 16 juin 1916, le roi Hussein lance un appel à l’insurrection arabe. Moins d’un an après, en mars 1917, le sultan Mehmet V est vaincu.
Quelques mois plus tard, le 2 novembre 1917, est signée la déclaration Balfour proclamant «l’établissement d’un foyer national juif».
Entre temps, les accords Sikes-Picot de mai 1916 partageaient en secret l’Empire Ottoman : la France obtenait la Syrie, le Liban et l’Angleterre s’octroyait tous les autres territoires.
En échange de l’établissement d’un «foyer juif» en Palestine, les promoteurs sionistes s’engageaient à constituer l’avant-garde, les représentants et les défenseurs des intérêts occidentaux dans la région.
C’est pourquoi ils eurent le soutien des principales puissances, chacune comptant un grand nombre de ressortissants «juifs» sionistes devant garantir leurs intérêts respectifs. Toutefois, le projet n’eut pas le succès escompté, l’immense majorité des juifs européens et américains refusant de quitter leur pays (cf : https://lapatrienews.dz/conflit-russie-otan-la-fin-dun-monde-ou-la-fin-du-monde/ ).
Il faudra attendre la fin de la 2ème guerre mondiale pour qu’enfin un grand nombre de juifs décident de fuir l’Europe et de se réfugier en Palestine.
L’Occident chrétien faisait ainsi d’une pierre deux coups : il se rachetait ou croyait se racheter de ses crimes envers les juifs européens (les séfarades, quant à eux, vivant de tout temps en bonne intelligence avec les populations arabes) et d’autre part s’assurait les bons offices de ses ressortissants pour garantir ses intérêts.
L’on comprendra dès les rapports ou liens ombilicaux entre les grandes puissances et l’entité, dont le projet d’essence coloniale est intrinsèquement lié à l’impérialisme, à son destin, et donc à sa survie.
Sans doute nous objectera-t-on qu’il y avait eu, à un moment de l’histoire de cette région, un ou deux royaumes hébreux, et qu’à une certaine époque tout ce beau monde aurait quitté, comme un seul homme, cette contrée, laissant ces terres vacantes.
Vraiment ? Tout un peuple, la population de tout un territoire, emportant tous leurs biens dans leurs baluchons ? Et à combien d’âmes se chiffrait donc ce second exode ? Des centaines de milliers, des millions ? Cela Dieu seul le sait. S’ils se chiffraient à moins d’une centaine de milliers, alors leur territoire ne devait pas s’étendre au-delà d’une ville moyenne.
Soit. Admettons qu’un tel mouvement de population ait pu avoir lieu sans qu’aucun document historique ne le rapporte et qu’il n’ait provoqué des guerres de résistance d’autochtones contre ce qu’ils considéreraient, à juste titre, comme une invasion. Notez au passage, en guise de comparaison, l’émoi que suscitent quelques poignées de migrants qui abordent sur les côtes européennes.
Quoi qu’il en soit, qu’est-ce qui, dès lors, empêcherait nos morisques (qui se sont établis pour partie à Oran, Tlemcen et à Bejaïa) de revendiquer l’Andalousie, ou les Français (descendants des Francs germaniques) de réclamer une partie de l’Allemagne d’où ils sont originaires, ou encore les Européens de s’accaparer l’Inde entière puisqu’ils se réclament d’ascendance indo-européenne, etc, etc ?
Ainsi, ce fameux (pour ne pas dire fumeux) «droit de retour» ne resiste ou ne saurait se justifier ni par les faits historiques (les ashkénazes, qui représentent plus de 90% de la population de l’entité, sont d’origine khazar, un peuple d’Asie du sud-est), ni par le droit positif et encore moins par la raison.
Quant au droit naturel (liberté, propriété, résistance à l’oppression), il est manifestement et, dirions-nous, naturellement, du côté des Palestiniens. (Cf : https://lapatrienews.dz/contribution-pourquoi-la-communaute-internationale-ne-considere-pas-les-palestiniens-comme-des-humains/ )
Nonobstant, ce fantasmagorique «droit de retour» est défendu, soutenu contre toute évidence et avec la dernière énergie par les États impérialistes, notamment ceux qui ne se sont toujours pas résignés à faire le deuil de leur empire déchu. Car sans doute, inconsciemment ou consciemment, dans un coin de leur sombre âme (où ce chant aux sirènes trouve écho), caressent-ils le doux rêve de reprendre leurs paradis perdus.
Du reste, ces États, sponsors inconditionnels du sionisme, ne se résoudront en aucune façon à perdre pied dans cette région éminemment stratégique, qui renferme près de 45% des réserves mondiales d’hydrocarbures. Et ils employeront les plus bas et vils stratagèmes pour diviser la région, dont c’est l’une des missions de l’entité, et affaiblir, voire détruire les États susceptibles d’émerger comme une puissance et toutes les velléités d’union ou de leadership pouvant unifier les rangs. Il y a va de leur survie.
C’est pourquoi, régulièrement, des aéroports, des infrastructures etc syriennes sont la cible de frappes israéliennes. Et il y a quelques décennies, la destruction des installations nucléaires irakiennes, ou plus récemment les assassinats de scientifiques iraniens ainsi que d’autres opérations participent de cette volonté d’entraver le développement des pays arabes et de créer le chaos dans la région.
Quant à une solution de paix, cette idée n’entre pas même dans l’esprit d’un colonialiste car ce dernier, dont le projet est de prendre votre terre, doit (se) convaincre qu’elle lui appartient ou à tout le moins qu’il s’agit d’une terra nullius (on récuse et on dénie à ce jour le droit de l’Algérie d’avoir une Histoire, comme le colon marocain nie celle des Saharaouis et par là même leur existence).
Votre existence étant ainsi niée jusqu’à ce qu’il réalise son but, plus lors question de droits et donc de paix puisque celle-ci doit se conclure avec quelqu’un (CQFD), combien même il s’agit d’un Mahmoud Abbas, représentant de l’autorité palestinienne et pourtant réputé plus modéré que les plus modérés.
Rien de bien surprenant donc que, selon ce paradigme, les suppôts de l’OTAN, dont le logiciel est l’archétype de leur créature, s’assoient allègrement sur les principes démocratiques et autres miroirs aux alouettes pour nier tout droit aux peuples qui ne sont jamais consultés, ceux-ci n’existant pas de toute manière, et se considèrent propriétaires de la Terre entière. C’est donc bien une guerre entre l’OTAN et le peuple palestinien à laquelle nous assistons.
Est-ce à dire que tous les Israëliens sont fondamentalement mauvais, racistes, ennemis du genre humain, etc. Nous nous opposons à toute généralisation et essentialisation des peuples. Il y a des juifs non seulement pro-palestiniens mais également anti-sionistes qui appellent à la disparition de l’entité.
Certes ceux-ci sont peu connus car n’ayant aucun accès aux médias. Mais faut-il s’en étonner lorsqu’on considère la conception de la liberté d’expression que s’en font les occidentaux ?
Pour les promoteurs sionistes quels qu’ils soient ainsi que les impérialistes, les peuples ne sont que des outils que l’on utilise et manipule pour des desseins qui leur sont si hors de leur portée que combien même ces desseins sont portés à leur connaissance, ils ne se résolvent à y croire.
Ainsi aussi bien Daech que les Juifs immigrés en Palestine servent le même agenda (créer le chaos et détruire les pays récalcitrants) et constituent la chair à canon ou les boucs émissaires dans les projets coloniaux et impérialistes. Du reste, pour ces deux groupes en particulier, le prétexte où motif principal invoqué est la religion pour leur «enrôlement».
Or rien n’est plus opposé à l’Islam que d’assassiner des innocents. Le prophète Mohamed (asws), dans sa prise de la Mecque avait par exemple interdit que l’on s’en prenne aux hommes désarmés, etc et de ne pas même abattre un animal ou un arbre. Saladin (Salah Eddine Ayoubi) avait diligenté son médecin personnel au chevet de Richard Cœur de Lion, terrassé par une fièvre qui allait l’emporter.
Quant à l’Émir Abdelkader, dont l’exemplarité en tant que chef guerrier et l’humanisme ont suscité le respect et l’admiration de ses ennemis mêmes, il est aujourd’hui une figure internationale reconnue mondialement.
En ce qui concerne la décision de créer un État national juif, sa mise en œuvre constitue, du point de vue de la croyance juive, une véritable rébellion contre Dieu. Car cet État ne peut avoir lieu que lorsque Dieu l’aura permis en envoyant le Messie comme signe de Son accord. C’est pourquoi les Juifs se considérant Israëliens encourent Sa colère et Sa malédiction ainsi que celle des hommes.
Du reste, il n’aura échappé à aucun croyant que Dieu a toujours protégé, favorisé les peuples faibles et opprimés, notamment par les puissants de ce monde : Pharaon contre les esclaves Hébreux, les Quraych contre les convertis à l’Islam dont un grand nombre d’esclaves, parmi lesquels Bilal, le plus célèbre d’entre eux.
Or aujourd’hui, Israël s’apparenterait plus à l’Égypte pharaonique. En effet, à quel statut peuvent être relégués les Palestiniens, à qui aucun droit n’est accordé et dont les vies peuvent être prises sans forme de procès par les colons sionistes, si ce n’est celui d’esclaves ? Ne sont-ils pas, dès lors, la réincarnation des Hébreux d’autrefois et le David contre Goliath ; Israël représentant par ailleurs la Babylone et la Sodome et Gomorrhe bibliques (avec ses défilés gay pride) ?
Des pseudo-intellectuels, a(r)gentés par leurs commanditaires, ont commis des théories de clash de civilisations, véritables caricatures simplistes, voulant ainsi essentialiser, à vrai dire stigmatiser, des peuples entiers et dans lesquelles, en seconde lecture, y transparaît en réalité l’idée implicite et inavouée de hiérarchisation issue de l’esprit racialiste occidental. Or toutes civilisations, nous en sommes convaincus, se valent, certaines cultures étant plus ou moins spiritualistes ou proches de la nature que d’autres ou encore plus matérialistes.
Si donc guerre de civilisation il devait y avoir, force est de constater qu’il s’agit d’une guerre menée par des impérialistes pour la survie de LEUR civilisation, une civilisation fondée sur la rapine, la spoliation, le double standard, le racisme, le génocide. Or ce, à quoi nous assistons aujourd’hui n’est autre que la tentative pour perpétuer ce système et la lutte de peuples qui aspirent à une part de prospérité de ce monde et au droit à l’existence contre des États coloniaux qui le leur dénient. Il est temps que cela cesse.
Miloud Boumaza
Né à Chlef
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LAURE LEMAIRE-TERRORISME, DEMOCRATIE: de quoi on parle?


Introduction
Le « terrorisme » a été inventé puis fabriqué de toutes pièces par les dirigeants au pouvoir aux USA ,accompagnés des « démocratie » occidentales dont la France, et leur bras armé l’OTAN. Voici un exposé qui tend à expliquer quand, comment, où et pourquoi, sont nés au Moyen-Orient, des organisations de luttes contre le prédateur militaire, les USA. Le volet économique est volontairement mis en sourdine, Ahmed Akkache l’ayant traité dans un autre cours de l’Ecole. Il faut souligner toutefois, que le mot magique n’est pas « sésame » mais « pétrole ».
Les représentants du lobby pétrolier et d’anciens dirigeants de la CIA directement liés à d’importants hommes d’affaires arabes, font la pluie et le beau temps au Moyen-Orient: George W. Bush, l’ancien président, dirigeait la HEC, une société pétrolière qui a obtenu d’importantes concessions à Bahreïn grâce à l’appui de Bush père, ancien directeur de la CIA . Parmi ses actionnaires, on comptait les saoudiens Khaled Ben Mahfouz et Salem Ben Laden (frère aîné d’Oussama). Dick Cheney, vice-président des USA, dirigeait Halliburton, 1° fournisseur mondial d’équipements pétroliers. M. Cheney, connu pour son soutien à Ariel Sharon et à l’état d’Israël ainsi que pour ses appels enragés à la guerre contre l’Irak. Condoleeza Rice, conseillère nationale à la Sécurité, devenue secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, l’une des plus excitées contre l’Irak, dirigeait la multinationale pétrolière Chevron, qui a fusionné avec Texaco en octobre 2001 devenue l’un des 1° groupes mondiaux d’hydrocarbures. Gale Norton, secrétaire d’Etat à l’intérieur, administrait le grand groupe pétrolier BP-Amoco, le plus important du monde après Exxon – Mobil. Elle participait au contrôle de la compagnie saoudienne Delta – Oïl, une firme pétrolière où collaborent les émirs arabes et les hommes d’affaires américains, accumulant tous des profits fabuleux et contribuant à garantir la main mise américaine sur les principales sources mondiales de pétrole. Donald Rumsfield, ministre de la guerre, a siégé avant d’entrer au gouvernement, dans les conseils d’administration de grandes sociétés comme Alstate, Kellog’s. Sa férocité s’est exprimée lors de la guerre d’Afghanistan où, après le massacre de milliers de combattants afghans il déclara à la presse « je regrette seulement de ne pas en avoir tué davantage ».

Carte des 22 pays arabophones
1-La Ligue arabe
Officiellement la Ligue des États arabes , est une organisation régionale possédant le statut d’observateur auprès de l’ (ONU). Elle est fondée en 1945 au Caire par 6 États. En 2023, elle compte 22 États membres. Son organisation repose sur 4 organismes principaux : le sommet des chefs d’État, le Conseil des ministres, les comités permanents et le Secrétariat général dirigé par Ahmed Aboul Gheit depuis 2016.
En 1944, le gouvernement égyptien met en place un groupe d’étude chargé d’en élaborer le projet avec l’aide des Britanniques. Les 6 fondateurs de la Ligue arabe sont : l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Irak, la Jordanie, le Liban et la Syrie puis le Yémen du Nord. L’association vise à affirmer l’unité de la « nation » arabe et l’indépendance de chacun de ses membres.
Dès sa naissance, la Ligue est divisée en 2 camps aux visées politiques opposées, l’entente égypto-saoudienne favorable aux projets d’indépendance s’opposant à l’axe hachémite jordano-irakien plus enclin à une coopération avec la puissance britanniqueencore maîtresse de nombreux protectorats et mandats (Soudan, Palestine, Émirats, etc.). Par la suite, dans le contexte de l’anticolonialisme et de la guerre froide, une division s’opère entre États socialistes proches de l’URSS (Libye, Syrie, Algérie, Égypte) et États proches des USA(Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Maroc).
L’action de la Ligue est dirigée contre l’ingérence des puissances coloniales (la France et le Royaume-Uni). À partir de 1948, Israël est considéré comme une entité exogène au monde arabe. Les résolutions les plus importantes de l’institution concernent la Palestine. Après la crise du canal de Suez, le royaume d’Irak fut renversé, diminuant l’influence hachémite. L’Égypte, forte de son succès, représentait, avec la Syrie, l’axe nationaliste qui s’opposait à l’axe monarchique et pro-occidental emmené par l’Arabie saoudite et la Jordanie.
En 1973, après la guerre du Kippour et le 1° choc pétrolier, la conférence des rois et chefs d’État arabes réunie à Alger vote à l’unanimité une résolution appelant à développer la coopération arabo-africaine. On note la rupture des relations (y compris un embargo pétrolier) avec les États restés colonialistes: le Portugal, la Rhodésie et l’Afrique du sud, et l’aide aux mouvements de libération, la création de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) et l’adoption de mesures spéciales afin de faciliter l’approvisionnement en pétrole des États africains touchés par la hausse spectaculaire des cours du pétrole brut.
En 1978, l’Égypte signa les accords de Camp David avec Israël. Les ministres de la Ligue arabe se réunirent en 1979 à Bagdad et décident des sanctions diplomatiques et économiques à infliger à l’Égypte (son exclusion pour 10 ans). En 1990, 12 des 21 membres décidèrent sa réintégration. Mais cette unité politique est mise à mal en 1990 lors de la guerre du Golfe où l’Irak envahit le Koweït.
À cause de la prévalence de la souveraineté étatique sur l’intérêt panarabe, la Ligue n’a jamais fait ses preuves. 60 ans après sa création, la question du caractère contraignant des décisions des sommets arabes n’a été tranchée. En 2002, après une proposition du prince d’Arabie saoudite, la Ligue arabe élabore l’initiative de paix arabe, fondée sur l’idée d’une paix globale au Moyen-Orient : en échange d’une normalisation des relations entre Israël et des pays de la Ligue arabe, l’État hébreu se retirerait de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan. En 2007, au sommet de Riyad, elle est relancée par une résolution nommée « réactivation de l’initiative de paix arabe ». Israël a refusé de considérer cette initiative.
En 2011, lors de la guerre civile syrienne, la Ligue arabe exclut la Syrie et, en 2013, l’opposition anti-Assad occupe le siège de la Syrie lors du sommet au Qatar. Depuis, en raison des divisions provoquées par cette guerre, la Ligue arabe est jugée comme une « organisation quasi moribonde ». Cependant elle continue à se réunir et, dans le cadre du conflit yéménite, en mai 2019, elle réagit en condamnant les tirs de missiles balistiques par les Houthis du groupe « Ansar Allah » en direction de La Mecque et de Djeddah. En mai 2023, la Ligue arabe réintègre la Syrie après 11 ans d’exclusion. Cette décision, sous l’impulsion de l’Algérie, pourrait faciliter une nouvelle unité au sein de l’organisation.
2- La création du « terrorisme » en Afghanistan 1978: Talibans et Al Qaïda
Ce texte est inspiré de John PILGER et de ses commentaires sur son film de 2003 « Breaking the Silence » sur la “guerre contre le terrorisme”.

Carte de l’Asie Centrale: l’Afghanistan est en marron entre l’Iran et le Pakistan
En 1978, un mouvement de libération dirigé par le Parti Démocratique Populaire d’Afghanistan (PDPA) a renversé la dictature de Mohammad Dawd, le cousin du roi. Cette révolution populaire, a pris les Britanniques et les Américains par surprise. Les journalistes étrangers présents à Kaboul ont été surpris par enthousiasme de la population. Laïque, moderniste et, dans une large mesure, socialiste, le gouvernement proclama un programme de réformes visionnaires comprenant l’égalité des droits pour les femmes et les minorités. Les prisonniers politiques furent libérés et les dossiers de la police brûlés publiquement. Sous la monarchie, l’espérance de vie était de 35 ans ; 1/3 des enfants mourait en bas âge. 90% de la population était analphabète. Le nouveau gouvernement introduit la gratuité des soins médicaux. Une campagne d’alphabétisation de masse fut lancée.
À la fin des années 1980, 1/2 des étudiants universitaires étaient des femmes, et elles représentaient 40 % des médecins, 70 % des enseignants et 30 % des fonctionnaires afghans. Tout a commencé à mal tourner lorsque les moudjahidines ont commencé à gagner… ils étaient soutenus par l’Occident. » Pour les États-Unis, le problème du gouvernement PDPA était qu’il était soutenu par l’Union soviétique. Pourtant, il n’a jamais été la “marionnette” de personne. Le secrétaire d’État du président Jimmy Carter, se trouvait aux côtés de Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale, un émigré polonais, anticommuniste et moraliste fanatique dont l’influence durable sur les présidents américains ne s’est éteinte qu’avec sa mort en 2017.
En juillet 1979, Carter autorisa un programme d’ »action secrète » de 500 M de dollars pour renverser le gouvernement d’Afghanistan. La CIA baptisa ce programme « Opération Cyclone ». L’argent a permis d’acheter et d’armer un groupe de fanatiques tribaux et religieux connus sous le nom de moudjahidines. Recrutée dans tout le monde musulman, l’armée secrète américaine fut formée dans des camps au Pakistan dirigés par les services de renseignement pakistanais, la CIA et le MI6 britannique. D’autres furent recrutés dans un collège islamique à Brooklyn, New York.
L’une des recrues était un ingénieur saoudien appelé Oussama ben Laden. L’objectif était de répandre le fanatisme islamique en Asie centrale et de détruire l’Union soviétique.
En août 1979, l’ambassade des États-Unis à Kaboul déclara que « les intérêts plus larges des États-Unis seraient satisfaits par la disparition du gouvernement du PDPA« . 6 mois plus tard, les Soviétiques faisaient leur entrée en Afghanistan en réponse à la menace djihadiste à leur porte. Armés de missiles Stinger fournis par la CIA et célébrés comme des « combattants de la liberté » par Margaret Thatcher, les moudjahidines ont fini par chasser l’Armée rouge d’Afghanistan. Se faisant appeler l’Alliance du Nord, les moudjahidines étaient dominés par des seigneurs de la guerre qui contrôlaient le commerce de l’héroïne. Les Talibans étaient une faction ultra-puritaine, dont les mollahs étaient vêtus de noir et punissaient le banditisme, le viol et le meurtre, mais bannissaient les femmes de la vie publique.
Les talibans
En Afghanistan, 4 peuples cohabitent : les Tadjiks, les Ouzbeks, les Hazaras, et les Pachtounes. Les Ouzbeks sont présents au nord, les Tadjiks de langue iranienne, vivent dans l’Ouest, les Pachtounes au Nord-Est. Les talibans sont issus majoritairement des Pachtounes, estimés à 15 millions d’habitants; ils sont le « noyau dur » du mouvement. Durant la guerre contre les Soviétiques, des millions de jeunes Afghans sont éduqués dans les madrasas de la zone tribale pakistanaise. Ils y sont influencés par une école de pensée, qui prône le retour à « un islam juste et respectant les principes islamiques ». À côté d’un islam extrême, l’idéologie talibane intègre un autre fondamentalisme, le wahhabisme issu d’Arabie saoudite, mais aussi des éléments purement pashtouns. Les chefs de guerre se déchirent pendant et après l’occupation de l’Afghanistan par l’URSS. Les talibans, eux, veulent réislamiser les mœurs, la justice, les êtres humains. La forme de l’État n’a pas d’importance pour eux à la condition de respecter la loi divine. Et seuls ceux qui l’ont étudiée, les talibans, sont à même de l’expliquer et d’en assurer le respect. Ils déclarent au début qu’ils ne veulent pas le pouvoir politique. Ils attachent beaucoup d’importance à la vie quotidienne, publique ou privée.
Durant les 1° années de leur prise de pouvoir, les talibans jouissent d’un réel soutien populaire, surtout des populations pachtounes du Sud et de l’Est. Les Afghans sont fatigués des guerres et beaucoup accueillent ces religieux qui amènent l’ordre et la sécurité. Les contraintes morales ne changent rien dans les campagnes où les femmes portent la burqa, ne travaillent ni ne vont à l’école.
De 1994 à fin 1997, les talibans profitent aussi d’un soutien moral, sinon financier et militaire, de la part des services secrets pakistanais (Ben Laden) dans une relative indifférence internationale. Ils disposent de sources de financement. Outres les mines de marbre, d’or et de zinc du pays, les opiacés dont l’héroïne, représentent plus de 80% de la production mondiale.
Le Mouvement Islamique des Talibans, en guerre contre le gouvernement, conquiert Kaboul en 1996 (chute du PDPA) et y instaure un régime d’Émirat jusqu’en 2001 mais son mollah ne contrôlera jamais le pays et sera renversé par l’OTAN , contre laquelle il mènera une guérilla.

Al-Qaïda en 1987
soit « la base » est une organisation terroriste islamiste fondée en 1987 par le cheikh Abdullah Yusuf Azzam et son élève Oussama ben Laden. D’inspiration salafiste djihadiste, Al-Qaïda a ses racines chez des islamistes radicaux (Abou Qatada) qui pensent que les gouvernements « croisés » (occidentaux), à leur tête les États-Unis, interfèrent dans les affaires intérieures des nations islamiques, pour leur seul intérêt. Il utilise le terrorisme pour se faire entendre .
Al-Qaïda émerge de l’organisation Maktab al-Khadamāt (MAK), constituée pendant la 1° guerre d’Afghanistan par Azzam pour alimenter la résistance afghane contre les forces armées d’URSS (1980). Elle relayait les dons en provenance de pays islamiques. Le MAK est soutenu par la CIA qui déploie une politique interventionniste pour abattre l’URSS. Après la prise de Kaboul par les talibans en 1996, Ben Laden organise la formation des moudjahidines arabes, développant les réseaux d’ Al-Qaïda.
Depuis le retrait des soviétiques, les actions d’Al-Qaïda sont considérées comme terroristes par l’essentiel des États: États-Unis, Canada, Union européenne, Royaume-Uni, Australie, Russie, Inde et Turquie, et des observateurs de l’ONU qui fait paraître une liste des entités et des personnes proches d’Al-Qaïda, à ce titre sanctionnées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Sa plus retentissante opération prend place sur le sol américain le 11 septembre 2001, puis les attentats: 2003 à Casablanca, 2004 à Madrid et 2005 à Londres.
Le rôle de la CIA fait l’objet d’un débat, à l’extrême gauche mais aussi dans le monde du renseignement : l’OTAN a donné naissance et entraîné l’organisation terroriste pour combattre les Soviétiques. Cette hypothèse fut émise en 2005 par Robin Cook, ancien ministre des affaires étrangères et député travailliste qui s’opposa violemment à l’intervention en Irak et à la politique pro-américaine de Tony Blair: « Ben Laden fut le produit d’une erreur de calcul monumentale de la part des agences de renseignements occidentales. Il fut armé par la CIA pendant les années 1980 et financé par l’Arabie saoudite pour porter le jihad contre l’occupation russe en Afghanistan. Al-Qaïda, littéralement la base, serait originellement les fichiers informatiques regroupant les milliers de moudjahidines recrutés et formés par la CIA pour vaincre les Russes ». Maloy Krishna Dhar, ancien directeur adjoint du renseignement indien, affirme qu’Al-Qaïda a été organisé par l’ISI pakistanaise à la demande de la CIA et du MI6.
Le journaliste Seymour Hersh défend l’opinion que Dick Cheney, Elliott Abrams et le prince saoudien Bandar ben Sultan ben Abdelaziz Al Saoud continuent de financer des membres du réseau Al-Qaïda, dans des opérations secrètes au Liban et en Iran (2 pays à majorité chiite) visant à les déstabiliser en poussant à des luttes interconfessionnelles.
En 2001, l’Afghanistan était sinistré et dépendait des convois de secours d’urgence en provenance du Pakistan. L’invasion a indirectement causé la mort de quelque 20000 personnes, car l’approvisionnement des victimes de la sécheresse a cessé et les gens ont fui leurs maisons. 18 mois plus tard, on a trouvé dans les décombres de Kaboul, des bombes à fragmentation américaines non explosées, confondues avec des colis de secours jaunes largués depuis les airs. Elles arrachaient les membres d’enfants affamés en quête de nourriture.
L’invasion de l’Afghanistan était une supercherie. Au lendemain du 11 septembre, les Talibans ont cherché à se distancer d’Oussama Ben Laden. Ils étaient un véritable partenaire américain avec lequel l’administration de Bill Clinton avait conclu une série d’accords secrets pour permettre la construction d’un gazoduc de 3 milliards de dollars par un consortium de compagnies pétrolières américaines. Dans le plus grand secret, des dirigeants talibans avaient été invités aux États-Unis et reçus par le PDG de la société Unocal dans son manoir du Texas et par la CIA à son siège en Virginie. L’un des négociateurs était Dick Cheney, qui deviendra plus tard le vice-président de George W. Bush.
Depuis 2014 et les débuts de la reconquête du pays, les talibans prennent le contrôle des laboratoires de campagne, accèdant à la partie la plus lucrative du trafic de stupéfiants, estimé à 2 milliards de dollars par an. Ils mettent en place un système de barrages routiers et d’imposition dans les territoires conquis. Ces taxes représentent plus de 3 milliards de dollars par an. Avec l’impôt islamique, ils prélèvent 2,5% des revenus de chaque foyer et 10% des récoltes. Ils contrôlent les grandes routes commerciales au cœur de l’Asie centrale, vers le Pakistan, l’Iran.
Après 20 ans de présence militaire de l’OTAN, un accord a en 2020 est signé au Qatar entre les États-Unis et le groupe armé. Il interdit aux États-Unis et à leurs alliés de recourir à la force en Afghanistan, de s’immiscer dans les affaires internes du pays et acte un calendrier de retrait de leurs troupes. En échange, les talibans s’engagent à lutter sur le sol afghan contre tout groupe ou individu menaçant la sécurité des États-Unis et de leurs alliés et à ne leur fournir ni visa, ni permis de voyager. Le Conseil de sécurité des Nations unies l’entérine. Kaboul, la capitale, est reprise. Les Talibans contrôlent actuellement l’intégralité du pays.
À partir du mois d’août 2021 et la reprise du contrôle du pays, les flux financiers internationaux s’assèchent. Le Fonds monétaire international (FMI) suspend ses versements et les autorités américaines, qui contrôlent les réserves de la banque centrale afghane (DAB) évaluées à 9 milliards d’euros bloquent les transferts de dollars hebdomadaires. L’aide internationale, qui représente 42 % du produit intérieur brut, est pour l’essentiel suspendue. Les talibans peuvent tout de même compter sur les droits de douane, les 3 plus importants postes frontières du pays pouvant rapporter jusqu’à 215 millions d’euros chacun par mois.
L’Etat Islamique (Daesh) en Irak et en Syrie (2006)
Les guerres successives d’Irak depuis les années 1980 et l’invasion de 2003, les États-Unis et leurs alliés ont détruit l’ensemble des infrastructures du pays engendrant un chaos aussi bien matériel que culturel. De plus, les fausses accusations d’armes de destruction massive et les scandales liés à la torture dans les prisons, minent la confiance du peuple irakien envers les occidentaux. Cela créé un profond sentiment anti-américain chez les cadres de l’armée irakienne qui fournissent la structure de base de l’armée de l’État islamique.
L’Etat Islamique (EI), aussi appelé Daesh est un mouvement salafiste djihadiste, très hostile aux chiites qu’ils appellent « kharidjites ». Sa création remonte à 2006, lorsqu’ Al-Qaïda en Irak forme, avec 5 autres groupes djihadistes, le Conseil consultatif des moudjahidines en Irak qui se considère comme le gouvernement légitime. Son objectif est le rétablissement du califat des Abbassides, soit un État musulman s’étendant de l’Afrique du Nord à l’Asie centrale. Cette idéologie s’inscrit dans une mutation des États arabes, d’un modèle laïque vers des modèles confessionnels et communautaristes : le régime baasiste de Saddam Hussein, initialement laïc, a commencé à se présenter comme le défenseur de l’islam sunnite contre l’« hérésie » chiite à partir de la guerre Iran-Irak. Cette idéologie s’est radicalisée avec les gouvernements suivants. La stratégie de l’État islamique découle d’une réflexion sur le long terme, inscrite dans l’histoire des mouvements djihadistes. Elle n’est pas uniquement le résultat de concours de circonstances, ni de pulsions destructrices de ses combattants. L’EI se construit une autorité, et démontre qu’il fonctionne en 2016, bien comme un État.
En 2012, l’EI s’étend en Syrie et devient l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) dont l’acronyme anglais a donné Daesh. En 2014, l’EIIL annonce le « rétablissement du califat » dans les territoires sous son contrôle, prend le nom d’« État islamique » et proclame son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, « calife et successeur de Mahomet », sous le nom d’Ibrahim.
Désormais rival d’Al-Qaïda, en conflit depuis 2014, l’État islamique voit son influence s’étendre à plusieurs pays du monde musulman avec l’allégeance de nombreux groupes djihadistes ; les plus importants étant le Boko Haram au Nigeria, Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï égyptien et le Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye.
À partir de 2015, l’EI perd ses conquêtes sous la pression de ses adversaires : les forces armées des gouvernements de l’Irak, de la Syrie et de la Turquie, les rebelles syriens, les milices chiites parrainées par l’Iran, les peshmergas du GRK, les groupes kurdes des YPG et du PKK. En 2014, une coalition internationale de 22 pays menée par les États-Unis procède à une campagne de frappes aériennes contre l’EI. La Russie intervient en Syrie en 2015. L’EI perd ses derniers territoires en Irak en 2017 et en Syrie en 2019. Le chef de l’organisation, Abou Bakr al-Baghdadi, trouve la mort lors d’une opération menée par les forces américaines en 2019.
L’État islamique est classé comme organisation terroriste par les Nations unies, la Ligue arabe, les États-Unis et l’Union européenne, et est accusé d’être responsable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de nettoyage ethnique et de génocide. Il pratique la destruction de vestiges archéologiques millénaires dans les territoires qu’il contrôle.
L’ ayatollah Khomeini et l’Iran de 1980
né le 24 septembre 1902, à Khomein ( État de Perse) et mort le 3 juin 1989 à Téhéran (république islamique d’Iran), est un dignitaire religieux chiite est un homme politique iranien et le guide spirituel de la révolution islamique de 1979 qui renverse le shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi.
Son opposition à la « révolution blanche » lancée par le shah Mohammad Reza Chah le conduit à l’affrontement avec le pouvoir. Il est arrêté en 1963 pour avoir joué un rôle important dans les émeutes . L’arrestation de Khomeini provoque des manifestations à Téhéran et à Qom. Elles sont réprimées dans le sang. « Le responsable de ce massacre paiera de sa vie », promet-il. Le shah d’Iran, conscient de son influence, le fait libérer.
En1964, après avoir critiqué un décret accordant l’immunité juridique aux conseillers militaires américains et un emprunt de 200 millions de dollars pour l’achat de matériel militaire, Khomeini est arrêté de nouveau et contraint à l’exil, d’abord en Turquie, puis en Irak pendant 14 ans. Son activisme pro-chiite indispose le pouvoir irakien et, en 1978, il part pour la France (époque de Valéry Giscard d’Estaing) avec un visa de touriste et s’installe à Neauphle-le-Château (40 km de Paris), où il rencontre des intellectuels comme Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault. Khomeini ne cesse de proclamer sa foi dans le « ni Est-ni Ouest » si bien qu’ à l’été 1980, l’Iran boycotte les jeux olympiques de Moscou..
Durant les 14 années de son exil, son discours se radicalise et sa pensée se systématise autour d’une conviction profonde : la dictature du shah n’est pas le système adéquat pour l’Iran. Selon son analyse, les oulémas héritiers de Mahomet détiennent l’autorité religieuse, jusqu’au retour de l’imam caché. Mais la politique est tenue par des hommes, donc il se penche vers une « démocratie islamique ». D’où l’idée d’une république islamique, au lieu d’une dictature « shahienne », dans laquelle les clercs ont le pouvoir de désigner le plus savant d’entre eux pour concentrer l’autorité. Ce principe deviendra, après la révolution islamique, la clef de voûte du nouveau régime iranien que Khomeini définit comme le pouvoir absolu du religieux. Un président de la République qui s’occupe surtout des questions quotidiennes doit également être élu.
Pour la chercheuse Sabrina Mervin, « les doctrines de Khomeini s’inscrivent en partie dans la tradition des utopies islamiques (Farâbî, Ibn ‘Arabî) inspirées par le concept du sage vertueux qui gouverne la cité dans La République de Platon ». Évoquant le choix du terme de République pour le régime qu’il met en place, le philosophe Anoush Ganjipour estime qu’« il ne comprenait pas ce que voulait dire la République au sens moderne mais dans ses oreilles sonnait La République de Platon, les textes qu’il a enseigné pendant toute sa vie ».
Cette révolution se prépare depuis Neauphle-le-Château (octobre 1978), et il propage ses idées sous la forme de cassettes audio diffusées et dupliquées largement dès leur arrivée en Iran. Cette diffusion furtive permet aux opérations d’échapper au contrôle du gouvernement iranien sur les médias classiques.Il retourne en Iran en février 1979 et sa victoire s’affirme comme le dirigeant de facto du pays, d’abord en tant que « chef de la révolution en Iran », puis en tant que « chef spirituel suprême ». La république islamique est instituée par référendum fin mars, puis par un 2° référendum une constitution est adoptée en décembre. Il approuve l’élection d’Abolhassan Bani Sadr au titre de 1° président de la république islamique d’Iran.
Dans la république islamique voulue par Khomeini, la Constitution reconnaît le chiisme duodécimain comme religion d’État et précise que la loi iranienne doit être en accord avec la charia (loi religieuse). Le chiisme duodécimain désigne le groupe des chiites qui croient dans l’existence des 12 imams. Le dogme s’est ainsi formé à partir de 874-940; C’est le courant officiel de l’Iran depuis la fondation de la dynastie safavide par Ismaïl 1er en 1501. Les Chiites sont majoritaires en Azerbaïdjan, à Bahreïn, en Iran, en Irak, et constituent 1/3 de la population au Liban.
Le Hezbollah au Liban 1985
ou Parti de Dieu est un groupe islamiste chiite et parti politique basé au Libanà Beyrouth. Ses activités paramilitaires sont supervisées par le Conseil central du djihad. L’organisation est parfois qualifiée de « djihadiste chiite ». Fondé en juin 1982 à la suite de l’invasion du Sud-Liban par Israël, il se révèle publiquement en 1985. Il multiplie les prises d’otages et les attentats, contre les Etats-Unis et contre la France. Le Hezbollah a comme idéologie les thèses religieuses et politiques de l’ayatollah Khomeini.Armé et financé par les Gardiens de la révolution islamique le Hezbollah est considéré comme un mandataire iranien. Il coopère avec ses milices au Moyen-Orient (Houthis, Hamas, Jihad islamique, Hachd al-Chaabi) et avec les nationalistes arabes baasistes pro-Assad.
Il combat l’Arabie saoudite, l’EI, la rébellion syrienne, les Émirats arabes unis, et Israël. Le Hezbollah a comme principe central le djihad contre Israël; les Mollahs Iraniens appellent à l’ éliminer. Il dispose d’un groupe paramilitaire multiconfessionnel dont sont membres des chrétiens, des druzes et des sunnites, les Brigades de la résistance libanaise.
Dans la vie politique libanaise, il est membre de l’Alliance du 8-Mars qui est favorable à la Syrie. Son principal soutien est la communauté musulmane chiite libanaise du Sud-Liban. Le Hezbollah voit ses principaux alliés dans les partis politiques chrétiens (Mouvement Marada, le Courant patriotique libre). En 2006, il affronte Israël dans la Guerre israélo-libanaise. Depuis 2012, il participe avec l’Iran à la guerre civile syrienne en combattant l’Etat Islamique. Il qualifie la crise syrienne « Complot sioniste–wahhabite» pour détruire son alliance avec Bachar al-Assad contre Israël Présent partout dans le monde via la diaspora libanaise, le Parti de Dieu dispose de cellules clandestines.
En 2009, une nouvelle charte passe à un programme politique applicable dans un « État moderne » avec des références aux normes du droit international. Il continue son immersion dans le cadre libanais en utilisant le mot « nation ». D’autre part, la charte ne fait plus mention de autorité morale et religieuse de l’Iran. Au sujet d’Israël, le Hezbollah « s’oppose à tout compromis ou à reconnaître sa légitimité ».
Les musulmans chiites, qui forment la base principale du soutien au Hezbollah, représentent 27% de la population du Liban. Ils sont concentrés au sud du pays qui représente 10 % du territoire; elle est sous son contrôle. Il est aussi fortement implanté dans la plaine de la Bekaa, à Baalbek. En 2015, le numéro 2 du mouvement, Naïm Qassem, reconnaît que le Hezbollah a été infiltré à un très haut niveau par les services secrets israéliens. En 2017, la milice du Hezbollah compte 25 000 combattants et entretient un contingent permanent de 5 000 hommes en Syrie. Mais de lourdes pertes lors de ce conflit font 2 000 morts et 5 000 blessés entre 2012 et 2017. En 2021, le mouvement dispose de 100 000 combattants.
Selon Erminia Chiara Calabrese, chercheuse postdoctorante au Centre d’études en sciences sociales du religieux : « Le Hezbollah est un parti politique fortement institutionnalisé et centralisé, et dont la structure s’apparenterait aux partis communistes en Europe » Réfutant l’idée défendue par l’Union européenne qui considère que le Hezbollah possède une branche armée, elle affirme qu’il s’agit de la même structure avec des activités militaires et politiques. Elle ajoute que « ces 2 dimensions sont indissociables dans les hauts échelons du parti qui présentent un même leadership. Preuve en est que Hasan Nasrallah, le secrétaire général du parti, contrôle aussi le Conseil central du Jihad chargé de la supervision des activités de la lutte armée. Idem dans les bas échelons, puisque chaque membre ordinaire du Hezbollah est un combattant potentiel, dans le sens qu’un entraînement militaire est nécessaire pour devenir membre du parti ».
Carte des pays musulmans

Le Fatah puis le Hamas en Palestine
Le Fatah est un parti politique nationaliste palestinien qui est le plus important de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le 2° du Conseil législatif palestinien (CLP). Fondé clandestinement par Yasser Arafat, Khaled Yashruti, Salah Khalaf et Khalil al-Wazir au Koweït en 1959. Fatah est l’acronyme « Mouvement de libération national de la Palestine », les initiales en arabe faisant référence à Al-Fath « La victoire éclatante », la 48e sourate du Coran.
Il appelle les fedayin (commandos de combattants palestiniens) à la lutte contre l’État d’Israël (créé le 14 mai 1948) avec l’objectif de « libérer tout le territoire palestinien de l’entité sioniste ». La direction du Fatah est collégiale et fonctionne au sein d’un Comité central qui détient le pouvoir exécutif. Le conseil général qui rassemble ses différentes factions, élit les membres du Comité central et le Conseil Révolutionnaire qui se réunit à chaque session du Conseil général. Ce sont 2 organes de contrôle du Comité Central.
Un des 1° problèmes qui se pose est le financement du mouvement. En raison de son caractère clandestin, les fonds ne pouvaient provenir que des membres eux-mêmes. Le projet politique du Fatah vise à une « Palestine démocratique non confessionnelle » ouverte aux juifs, musulmans et chrétiens sans distinction d’ethnie ou de religion. Le mouvement insiste sur la distinction entre Juif et sioniste et encourage la lecture d’intellectuels juifs progressistes comme Martin Buber, Isaac Deutscher, Elmer Berger ou Moshé Menuhim afin de lutter contre les sentiments antisémites qui habitent une partie de la population arabe palestinienne. Bien que la quasi-totalité des représentants de ce parti soient musulmans, le Fatah se déclare laïque(contrairement au Hamas qui est islamiste) et politiquement neutre (contrairement au Front populaire de libération de la Palestine marxiste). Il représente le mouvement le plus important au sein de l’OLP.
Nabil Shaath, un des hauts responsables du Fatah et ancien conseiller personnel de Yasser Arafat affirme, « la population de cette nouvelle Palestine inclura tous les Juifs résidents et tous les Palestiniens, qu’ils soient exilés ou soumis à l’occupation, qui choisiront de vivre en Palestine en acceptant un statut égal pour tous sans droits spéciaux ni privilèges. » Pour le Fatah, le futur État palestinien fera partie intégrante de la « nation arabe fédéré »
L’Autorité palestinienne voit le jour à la suite des accords d’Oslo signés en 1993 entre l’État d’Israël, qui occupe les Territoires palestiniens depuis la guerre des Six Jours en 1967, et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). La Déclaration de principes sur les arrangements intérimaires « d’autogouvernement » prévoit le retrait progressif des troupes israéliennes de la bande de Gaza et de Cisjordanie et l’établissement d’une autorité et d’une autonomie palestiniennes limitées. Une période de 6 ans (jusqu’en 1999) est définie pour mener à leur terme les négociations. Les prérogatives respectives de l’Autorité palestinienne et de l’État d’Israël quant à l’administration de ces territoires sont déterminées par ces accords puis revues à l’occasion des accords d’Oslo II (1995).
La lutte armée contre l’État d’Israël
Le Fatah est installé à Gaza jusqu’aux années 1960. En 1965, le Fatah déclenche la lutte armée contre l’État israélien en lançant des opérations de sabotage et de guérilla au nom de sa branche armée al-Assifa « la tempête ». Après laguerre des Six Jours, le mouvement prend de l’importance. L’occupation militaire de la bande de Gaza et de la Cisjordanie à la suite de la défaite arabe renforce le rôle de la guérilla palestinienne.
Le Fatah organise alors la « lutte intérieure » dans les territoires occupés : « il établit des bases le long des frontières jordaniennes et libanaises, réunit des armes et organise des cellules de résistance en Cisjordanie ». 1000 volontaires venant des camps des réfugiés et de la diaspora palestinienne en Europe rejoignent les camps d’entraînement du Fatah tandis qu’Arafat s’installe en Cisjordanie à Qabatiya, puis àNaplouse puis Ramallah. Il est à 2 doigts de se faire arrêter par le Shin Beth. Il quitte donc la Cisjordanie pour Karameh, en Jordanie, où il établit son quartier général. Le village abrite un camp d’entrainement des fedayins à 10 km du point de passage entre la Jordanie et la Cisjordanie. Entre septembre et décembre 1967, le Fatah organise 60 tentatives de sabotage mais les forces de sécurité israélienne (armée, police et Shin Beth) sont les plus fortes. Ils arrêtent près de 1000 agents palestiniens et en abattent 200. La tentative de « soulèvement populaire » dans les territoires est un échec.
Le Fatah gagne un grand prestige auprès de la population palestinienne lors de la bataille de Karameh en mars 1968. Les fedayins résistent pendant une journée à une offensive de blindés israéliens contre le camp palestinien de Karameh, situé en Jordanie. L’armée israélienne perd plusieurs dizaines de soldats et de nombreux blindés, essuyant lors de ces combats l’un de ses principaux échecs. En 1969, l’ OLP, fondée en 1964, passe sous le contrôle du Fatah. Yasser Arafat est nommé président de son comité exécutif. En septembre 1970, le régime jordanien du roi Hussein ordonne une offensive contre les bases du Fatah situées dans son pays. Le mouvement palestinien est sévèrement affaibli lors des combats du septembre noir (entre 3 000 et 10 000 victimes de part et d’autre).
Arafat et la direction du Fatah changent alors de tactique et lancent des incursions depuis la Jordanie, couvertes par les fantassins et les artilleurs de la Légion arabe. En réponse, Israël érige une clôture barbelée le long du fleuve Jourdain avec des systèmes de surveillance électronique et des camps fortifiés dominant les endroits de passage à gué. La plupart des escouades sont « interceptées et supprimées » mais elles continuent à faire des victimes dans la population civile et Israël répond en menant des raids au-delà du Jourdain. Les fedayin multiplient les attaques contre Israël à partir d’États arabes (Jordanie, Liban, Syrie). Les tensions entre les gouvernements (soumis à des représailles israéliennes) et l’OLP s’intensifient. En 1970, le Fatah est débordé par des groupes radicaux membres de l’OLP ( le Front populaire de libération de la Palestine) ce qui conduit à l’expulsion des forces palestiniennes de Jordanie vers le Liban au terme de combats sanglants avec l’armée jordanienne (Septembre noir).

Changement de politique
Après des attaques terroristes contre des citoyens israéliens (notamment la prise d’otages qui aboutit à la mort de 11 athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de 1972), par le groupe armé Septembre noir, le Fatah et l’OLP réorientent leur politique, pour se consacrer à la reconnaissance internationale de la cause palestinienne. En 1983, le Fatah connait une grave crise interne, à la suite de l’invasion du Liban par Israël. Une scission a lieu à cause de profonds désaccords sur la politique de dialogue de Yasser Arafat qui en sort renforcé et son mouvement consolide sa domination dans l’OLP. En son sein, les principaux postes passent aux mains du Fatah, du comité exécutif de l’OLP aux finances, jusqu’au bureau étranger de l’OLP. En 1985, la direction de l’OLP est bombardée par les forces israéliennes; elle parvient cependant à renforcer sa domination à la faveur de la 1° Intifadalancée dans les territoires occupés en 1987. Le Conseil national palestinien prévoit en 1988 la reconnaissance de l’État d’Israël, tout en proclamant un État palestinien ayant comme capitale Jérusalem.
En 1993, les négociations secrètes entre Israël et l’OLP aboutissent à un accord de reconnaissance mutuelle, ainsi qu’à une déclaration ouvrant la voie à la future Autorité palestinienne.
Depuis les accords d’Oslo le Fatah a déclaré renoncer à la lutte armée, toutefois, les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa et le Fatah-Tanzim restent impliquées dans des actions armées. Israël estime que la direction du Fatah continue de contrôler et soutenir des activités terroristes.
En 1996, au terme de la mise en place de l’Autorité Palestinienne, le Fatah tend à l’incarner et ses éléments se fondent dans cette nouvelle administration. Le chef historique du Fatah est élu à la tête de l’Autorité, et son parti détient une très large majorité au Conseil législatif palestinien; la plupart des fonctionnaires de l’autorité sont d’anciens membres du Fatah, et les forces de sécurité palestiniennes sont formées des anciennes brigades de combattants du Fatah, donc il est directement associé aux échecs de l’Autorité palestinienne. Avec la reprise de la 2° Intifada en septembre 2000, le Fatah recule aux élections et le Hamas en tire profit. Avec la mort de Yasser Arafat et le début de la démocratisation des territoires palestiniens occupés, le Hamas devient un adversaire sérieux du Fatah.
Le Hamas gagne les élections législatives palestiniennes de 2006 et pour la 1° fois, le Fatah perd le pouvoir. Il est accusée par la jeune garde de ne lutter contre la corruption qui gangrène l’économie palestinienne. Le Hamas souhaite former un gouvernement d’union nationale avec le Fatah, mais les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa menacent d’assassiner tout membre du Fatah participant à ce gouvernement. Les tensions interpalestiniennes croissantes conduisent le Fatah et le Hamas à l’affrontement.
Le Hamas- 1987
soit « ferveur, zèle »), acronyme de « Mouvement de résistance islamique », est un mouvement islamiste et nationaliste palestinien constitué d’une branche politique et d’une branche armée, les Brigades Izz al-Din al-Qassam. Il est surtout actif dans la bande de Gaza qu’il administre seul depuis 2007, après sa victoire aux élections et l’éviction de l’Autorité palestinienne.
Le Hamas est créé en 1987 par le cheikh Ahmed Yassin, Abdel Aziz al-Rantissi et Mohammed Taha, tous 3 issus de l’organisation islamique des Frères musulmans, sa charte affirme que « la terre de Palestine est une terre islamique ». Il prône la destruction de l’État d’Israël dans tout ce qui était autrefois la Palestine sous mandat britannique (territoire comprenant aujourd’hui Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza) et l’instauration d’un État islamique palestinien sur tout le territoire de l’ancienne Palestine mandataire, bien que « l’établissement d’un État palestinien souverain et indépendant dans les frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale » puisse aboutir à une « trêve ».
Le Hamas trouve son inspiration dans l’annexion par l’Égypte de Gaza en 1948. Les Frères musulmans, principaux opposants du Président Gamal Abdel Nasser, sont implantes sur tout le territoire de l’Egypte. A la suite de la Guerre des Six Jours, les Égyptiens perdent le contrôle de la bande de Gaza. Israël trouve comme interlocuteur les Frères musulmans, seule force politique organisée à Gaza. À l’époque, Israël est impliqué au Nord dans la Guerre Civile au Liban et combat l’OLP qui multiplie les attentats sur son territoire .
En 1987, des frères musulmans de Gaza forment le Hamas. La nouvelle organisation appelle au Jihad pour instaurer un Etat Islamique. Les militants du Hamas, dont ceux armés des Brigades Izz al-Din al-Qassam, prennent pour cibles les militaires et les civils israéliens. Entre 1993 et 2005, il organise plusieurs dizaines d’attentats-suicides visant des civils. Il déclare en 2006, renoncer à ce type d’actions, préférant tirer des roquettes et des missiles sur des villes israéliennes, proches de la bande de Gaza.
L’une des organisations terroristes les plus riches au monde, le Hamas est financé par des pays musulmans et un réseau d’associations caritatives à vocation humanitaire en faveur de la Palestine, réparties dans le monde. Sur le plan géopolitique, il est considéré comme un allié du Hezbollah chiite et de l’Iran au sein de l’« Axe de la résistance » contre Israël, l’Occident ou l’Arabie Saoudite. L’Iran lui fournit armement et financement. Le Hamas entretient aussi des liens proches avec le Qatar. Les dirigeants du Hamas et leurs familles y habitent.
Toutefois, lors de la guerre civile syrienne (de 2011), le Hamas, bien qu’ appuyé par le régime syrien , soutient l’opposition syrienne entre 2012 et 2017 contre le gouvernement de Bachar al-Assad, allié de l’Iran et du mouvement libanaisHezbollahet membre clé de l’« Axe de la résistance ». Il fonde le groupe rebelle Aknaf Beit al-Maqdess qui se bat contre le FPLP-CG, un autre groupe palestinien fidèle au régime syrien. Dans le cadre de la guerre civile yéménite (2014-2017), le Hamas soutient le gouvernement yéménite contre les rebelles Houthis, membres de l’Axe de la résistance. En conséquence, l’Iran finance le Front Populaire pour la Libération de la Palestine, laïc (qui a exprimé son soutien au régime syrien) rival du Hamas. Le Hamas renoue avec l’Iran à partir de 2017 et avec le régime syrien en 2022, réintégrant l’alliance des Dix de Damas.

En octobre 2023, le Hamas est à l’origine d’une attaque coordonnée contre Israël et ses localités civiles proches de la bande de Gaza, d’une envergure inédite.
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Pierre Stambul-Gaza : le colonialisme, l’apartheid et le suprémacisme à l’origine du carnage

Gaza : le colonialisme, l’apartheid et le suprémacisme à l’origine du carnage par Pierre Stambul
À l’heure où ces lignes sont écrites, les pires images nous arrivent de Gaza : quartiers pulvérisés, cadavres de civil.es arrivant par centaines dans des hôpitaux qui n’ont plus ni électricité, ni médicaments quand ils n’ont pas été détruits. Une nouvelle « Nakba » (catastrophe, nettoyage ethnique) est en cours.
Des images insoutenables sont aussi arrivées d’Israël. Comme dans beaucoup de guerres coloniales, il arrive que les civil.es du pays colonisateur subissent aussi la violence extrême que connaissent les colonisés.
Le Caire
Depuis des mois, nous préparions un voyage à Gaza via l’Égypte avec des élu.es. Après le massacre intitulé Bordure Protectrice en 2014 (2400 mort.es, essentiellement des civil.es), le gouvernement égyptien a signé avec l’Union Européenne un accord stipulant que toute demande d’un citoyen européen désirant aller à Gaza via l’Égypte doit être déposée par les autorités de son pays.
Quand il a été clair qu’on devait en passer par là, nous nous sommes adressé.es à la diplomatie française. Notre dossier a transité de Jérusalem au Caire puis au Quai d’Orsay. Le débat a dû être rude parmi les diplomates. Et puis, le 28 septembre, alors qu’on n’espérait plus, la France a donné son accord. Au Quai d’Orsay, on nous a dit que la France n’avait pas le droit d’interdire à un député d’aller à Gaza.
Le 30 septembre, 7 solidaires dont un député, son attachée parlementaire et quatre solidaires qui avaient déjà été à Gaza sont arrivé.es au Caire. Nous pensions que l’autorisation égyptienne de traverser le Sinaï serait dans ces conditions une formalité rapide.
Il est vite apparu que, pour le moins, les autorités égyptiennes prendraient leur temps pour délivrer leur décision. Le correspondant de l’UJFP (Union Juive Française pour la paix) à Gaza, celui qui a permis la construction du château d’eau, des canalisations, de la maison des paysans et de la pépinière solidaire, nous a rejoints au Caire.
Et puis, le 7 octobre, les brigades Al Qasam ont brisé en une vingtaine de points l’enfermement de Gaza. Nous étions stupéfaits.
Les déclarations
Notre correspondant (nous l’appellerons B) a toujours été extrêmement critique vis-à-vis des partis politiques palestiniens. Il faut lire attentivement les déclarations qu’il nous a faites. Elle sont, à mon sens, très représentatives de l’opinion publique à Gaza.
9 octobre :
Avant hier matin, le monde s’est réveillé avec la nouvelle de l’entrée de la résistance palestinienne dans les colonies entourant Gaza. Le monde a dénoncé cet acte et accusé directement les Palestiniens de terrorisme sans réfléchir aux raisons qui ont conduit à cette situation.
Nous sommes des gens qui ont toujours été des amoureux pacifiques de la vie et de la paix. Mais l’occupation israélienne ne nous a laissé aucune place pour la vie, et ils n’ont respecté aucun accord ou traité. Ils ont continué à confisquer des terres, depuis 1948 jusqu’à aujourd’hui, et à tuer tout ce qui est palestinien. Ils ont assiégé plus de 2,3 millions de Palestiniens depuis 2006 et ont fait de la bande de Gaza une immense prison. Des familles entières ont été retirées du registre d’état civil pendant des années à cause du bombardement de leurs maisons sans avertissement.
Les Palestiniens n’ont pas cherché la guerre, mais les Israéliens n’ont laissé aucune chance aux Palestiniens de vivre. Les Palestiniens ont appelé à tant de reprises le monde à arrêter l’agression d’Israël et à briser le blocus de la bande de Gaza. Mais le monde était sourd et muet. Il tournait le dos aux Palestiniens, indifférent à leurs souffrances.
Ce qui s’est passé aujourd’hui devait être attendu, sachant l’injustice envers les Palestiniens et la marginalisation continue de leur société.
La communauté internationale est ainsi principalement responsable de l’effusion de ce sang des deux côtés. La communauté internationale doit mesurer les conséquences de ce qui est en train de se passer, et changer sa stratégie pro-Israël.
Le 13 octobre, bloqué au Caire alors qu’une centaine de personnes se sont réfugiées dans sa maison, au centre de la bande de Gaza sans eau, ni nourriture, il lance un appel :
Rien n’est plus faux que de présenter la situation aujourd’hui comme « une guerre entre le Hamas et Israël ». C’est toute la population gazaouie qui subit un massacre, et c’est aussi toute la population gazaouie qui crie son droit à l’existence, son droit à vivre. Au moment où le discours répété sur toutes les ondes prétend que les bombardements se « justifient » par l’« éradication du Hamas », il faut prendre conscience que la société gazaouie est pluraliste, divisée politiquement, mais unie, par force et par volonté, dans le cri de son droit à l’existence. Pour faire taire ce cri il faudra tuer l’essentiel de cette population – et c’est ce qui se passe sous nos yeux.
Il faut écouter les voix de Gaza :
Vous croyez que les bombes choisissent les membres du Hamas ? Mensonge stupide. Les gens, quelles que soient leurs opinions, sont poussés par les bombardements à se rassembler en groupes importants dans des immeubles. Ces immeubles sont alors bombardés. C’est par familles entières que ces meurtres sont commis.
Que va-t-il se passer quand plus de 2 millions de personnes vont se retrouver au sud du Wadi Gaza ?
Je peux décrire la situation de ma maison : plus de 100 personnes sont accueillies maintenant, tout le monde ne peut pas entrer, il a fallu que les gens se séparent, femmes et enfants à l’intérieur, les hommes restant autour de la maison. Or il n’y a pas d’eau ! Ni pour boire, ni pour se laver. On manque aussi maintenant de nourriture, on n’a pas de quoi nourrir autant de gens.
C’est une nouvelle Nakba qui est en train de se dérouler.
L’urgence n’est ni un corridor humanitaire, ni une modération des bombardements. L’urgence est l’arrêt des bombardements sur la population de Gaza. Il faut absolument l’obtenir de la dite communauté internationale.
Déni et complicité
Dans mon éducation juive, le négationnisme est un crime absolu.
On assiste aujourd’hui à un véritable négationnisme vis-à-vis des Palestiniens. Ils ont été victimes d’un nettoyage ethnique prémédité en 1948. L’occupant a délibérément violé la résolution 194 sur le retour des réfugiés et il a détruit des centaines de villages, allant jusqu’à effacer la trace de la Palestine. Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem Est sont occupés depuis 1967 alors que la résolution 242 a exigé le retrait d’Israël de ces territoires. Un million de Palestinien.nes ont connu la prison. Plus de deux millions de Gazaouis sont bouclés par terre, par air et par mer depuis 2006. Un mur de 700 km balafre la Cisjordanie et contribue au vol des terres. Toutes les associations des droits de l’homme, y compris celles d’Israël, ont conclu qu’Israël est un État d’apartheid. Fort logiquement, le sionisme a conduit à l’arrivée au pouvoir en Israël de fascistes, de racistes, de suprémacistes, d’intégristes. C’est comme si l’OAS avait gagné la guerre d’Algérie.
Nier que la Palestine est victime depuis des décennies de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, c’est du négationnisme. Dans cette guerre coloniale, il y a un occupant et un occupé. Les Israéliens ne sont pas des victimes. Ils sont les citoyens d’un État colonial et, comme en France à l’époque de la guerre d’Algérie, ils sont bien peu nombreux à dire non.
Cette situation est rendue possible par des décennies d’impunité qui ont fait perdre tout sens moral à la majorité des Israéliens. La « communauté internationale » porte une responsabilité majeure. Elle arme Israël. Elle défend en toute circonstance son régime, quels que soient les crimes qu’il commet.
Il est faux de croire qu’Israël est soutenu parce que l’Occident se sent coupable par rapport à l’antisémitisme et au génocide nazi. Le souvenir de ces crimes est instrumentalisé pour soutenir un gouvernement raciste. Israël est soutenu par l’Occident parce que cet État est devenu un exemple de reconquête coloniale et un laboratoire des technologies modernes de répression et de surveillance des populations réputées « dangereuses ». Pour tenir le Proche-Orient, l’Occident a besoin d’Israël et des États féodaux, dictatoriaux et patriarcaux de la région.
Le carnage actuel est également rendu possible par les « accords d’Abraham ». L’Occident a installé à la tête du monde arabe des dirigeants qui appartiennent au même camp et qui « normalisent » leurs relations avec Israël en acceptant l’éradication de la Palestine.
Que s’est-il passé le 7 octobre ?
Je n’ai que la parole des Palestiniens qui étaient avec nous au Caire.
Un nombre très limité de personnes a préparé l’attaque du 7 octobre. Le Hamas a tiré les leçons de ses échecs passés. Les téléphones qui sont écoutés n’ont pas été utilisés. Les personnes susceptibles d’être des « espions » (toutes les méthodes sont utilisées pour pousser un Palestinien à « collaborer » : l’argent, le chantage, « l’honneur », les soins pour les proches …) ont été tenues hors de ce projet. Mais surtout, le Hamas a utilisé des hackers qui ont neutralisé toute l’informatique de l’armée israélienne pendant quelques heures. Les avions n’ont pas pu décoller. Le « Dôme de fer », offert par les États-Unis, a tardé à fonctionner. Les vedettes maritimes sont restées clouées. La barrière de séparation qui sépare Gaza d’Israël sur 40 km a été détruite sur plusieurs km sans aucune riposte. Les « tours tueuses », mélange de Moyen-Âge et de technologie futuriste qui sont télécommandées, ont été dynamitées. Les troupes israéliennes, occupées à protéger les pogroms des colons de Cisjordanie, étaient dégarnies et les assaillants (arrivés parfois en ULM ou en parapente) ont été eux-mêmes surpris de pénétrer profondément sur le territoire israélien. Certains sont allés jusqu’à Rahat, la grande ville bédouine près de Beersheva.
Incontestablement, des crimes de guerre ont été commis. Amnesty International est crédible en toutes circonstances, sur cette dénonciation, comme sur le fait qu’Israël est un État d’apartheid. Par contre les histoires de bébés éventrés ou décapités font partie de la propagande. Les journalistes de CNN arrivés sur lieux où cette horreur était censée avoir eu lieu, ont formellement démenti.
Gaza est une société très pluraliste. J’y ai entendu des critiques extrêmement violentes contre le Hamas, son autoritarisme, sa volonté de dicter sa loi à la société, sa corruption. Mais il y a eu unanimité pour approuver l’attaque du 7 octobre. Pour une fois, les Gazaouis ont eu l’impression qu’ils n’étaient plus seulement les victimes d’une agression permanente et de la destruction de leur société.
Je citerai mon père, un des rares survivants du groupe Manouchian, peu avant sa mort : « nous savions que, si nous combattions, nous étions condamnés à mort, et si nous ne combattions pas, nous étions aussi condamnés à mort. Alors nous avons décidé de combattre ». C’est ce que la population de Gaza a massivement ressenti. Et, à ma connaissance, le Hamas a demandé à toutes les factions politiques de Gaza de prendre des otages et toutes ont accepté, y compris le Fatah et la gauche.
Les victimes civiles
Tuer des civil.es, même quand ils/elles appartiennent au camp ennemi, est inexcusable. C’était déjà vrai à Dresde ou Hiroshima en 1945. Je n’excuse rien, j’essaie juste d’expliquer comment c’est ressenti.
À Gaza, la population civile est systématiquement massacrée depuis des années : 1400 mort.es en 2008-9, 170 en 2012, 2400 en 2014, 350 lors des « Marches du Retour avec 8000 estropié.es … À l’heure où ces lignes sont écrites, le chiffre de 2014 est dépassé. La majorité des victimes sont des femmes, des enfants, des vieillards. Le mokhtar de Khuza’a a perdu deux fils. Mariam Abu Daqqa, en pleine tournée en France, a perdu 26 membres de sa famille, dont des bébés, et sa maison est détruite. Les hôpitaux sont bombardés. Sans électricité, ni médicaments, les blessé.es y meurent. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont déplacées et l’armée israélienne ordonne à plus d’un million de personnes de partir.
La compassion de nos dirigeant.es et de nos médias s’est arrêtée aux victimes israéliennes. Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » ?
Il y a eu des centaines de civil.es israélien.nes tué.es dans des kibboutz, dans une rave party, à Ashkelon ou Sderot. Pourquoi l’opprimé (les Gazouis) s’en est-il pris à la population civile ?
Quand on est sur la frontière Est de Gaza, on voit de l’autre côté de la frontière des plantations luxuriantes et des piscines. À Gaza, 97% de l’eau est inconsommable. Parce que les Israéliens ont massivement pompé la nappe phréatique, celle-ci a été envahie par la mer. On compte 150 puits le long de la frontière, côté israélien, c’est documenté.
À Ashkelon, l’office de tourisme conseille d’aller sur un petit monticule qui domine Gaza. À chaque bombardement, le panorama est fantastique. Et Sylvain Cypel raconte comment, lors d’un précédent bombardement, sur les plages d’Ashkelon, les gens applaudissent les bombardements entre deux baignades.
Sderot est une ville essentiellement peuplée de Juifs maghrébins. On les a amenés là en leur disant : « c’est le désert, vous ne serez pas dépaysé.es ». C’est le racisme interne à la société juive israélienne. Le taux de chômage et de pauvreté est important. Il y a plus de 20 ans, les gens allaient faire leurs courses à Gaza et il y avait eu une pétition commune demandant la paix. Aujourd’hui, la ville a voté massivement pour les suprémacistes. Ce genre de phénomène s’est déroulé pendant la guerre d’Algérie avec le FLN mettant des bombes dans les cafés français et des bastions communistes pieds-noirs basculant en partie du côté de l’OAS. Dans une guerre coloniale, les civil.es du pays colonisateur sont forcément impliqué.es.
Les plus belles analyses ont sans doute été écrites par des anticolonialistes israélien.nes : Amira Hass et Gideon Lévy dans Haaretz, Ilan Pappé, B’Tselem, Breaking the Silence. Tou.tes expriment leur effroi, disent qu’ils ont des proches parmi les victimes. Et tou.tes disent que le responsable, c’est l’occupation, l’apartheid et l’impunité. Déjà, il y a 30 ans, Nurit Peled dont la fille, Smadar, venait de mourir dans un attentat du Hamas avait écrit à Nétanyahou : « tu obliges nos enfants à être des assassins ou à être assassinés. »
Le Hamas est-il un groupe terroriste ?
Le mot « terroriste » est utilisé n’importe comment. Pour les Nazis, la Résistance était « l’armée du crime ». Le FLN algérien a été déclaré terroriste. Nelson Mandéla et l’ANC aussi. Et s’il y a un pays qui a été dirigé par des terroristes, c’est bien Israël avec Menahem Begin et Yitzhak Shamir, ce dernier ayant en plus assassiné des soldats anglais alors que l’extermination des Juifs était à l’œuvre. Et que doit-on dire du terrorisme d’État ? En Irak comme en Cisjordanie.
Le Hamas, c’est la branche palestinienne des Frères Musulmans. Ceux-ci représentent 30% de la population égyptienne. Ils ont cru pouvoir imposer leurs conceptions obscurantistes et ils été lâchés par la population. Mais la dictature militaire qui les a renversés est 100 fois pire avec des dizaines de milliers de prisonniers politiques, la torture, la corruption, la collaboration avec Israël dans le blocus de Gaza …
Le Hamas a gagné les élections de 2006 (parfaitement démocratiques) sur un double rejet : les accords d’Oslo et la corruption. Même dans la bande de Gaza, il n’a eu que 40% des voix. Il est clairement haï par une partie de la population. J’ai rencontré en 2016 deux de ses dirigeants, j’ai été interrogé par sa police et ce n’est vraiment pas ma tasse de thé.
Mais, désolé, il est perçu (à juste titre) comme un des éléments de la résistance palestinienne. Les raisons de son attaque (peut-être empêcher une normalisation avec l’Arabie Saoudite) et les méthodes employées n’ont jamais été débattues démocratiquement, mais le soutien à ce qu’il vient de faire va largement au-delà de sa base sociale.
La guerre qui se déroule en ce moment n’est pas une guerre contre le Hamas. C’est une guerre de destruction de la société palestinienne.
Exiger qu’on qualifie le Hamas de terroriste alors qu’Israël utilise des méthodes authentiquement terroristes contre la population civile, c’est un non-sens. Décorer la Tour Eiffel aux couleurs d’Israël, c’est une obscénité.
Une nouvelle Nakba ?
Quand le ministre Yoav Galant traite les Palestiniens d’animaux humains et qu’il ordonne à plus d’un million de personnes de partir sous les bombes, on n’a plus du tout affaire à ce que complaisamment les médias appellent une riposte ou une action de représailles.
On m’avait parlé à Gaza d’un plan visant à regrouper des centaines de milliers de Palestiniens dans le nord du Sinaï et à qualifier cela « d’État palestinien » pendant que l’essentiel de la Cisjordanie serait annexée. Je n’en croyais pas un mot. Et puis, il y a eu Trump et le plan Kushner qui reprenaient cette idée.
Beaucoup de Palestinien.nes disent qu’ils/elles préfèrent mourir sur place plutôt que de partir. En même temps, ils/elles expliquent qu’il est tombé plus de bombes sur Gaza en 3 jours qu’en Afghanistan pendant un an, que la population n’a plus d’eau, de nourriture, d’électricité, de médicaments. Ils/elles parlent de génocide, d’Hiroshima. Nul doute que, si la frontière de l’Égypte complice s’ouvre, beaucoup vont fuir.
Et si c’était le but des dirigeants israéliens ?
La Palestine criminalisée en France.
Cela fait bien longtemps que le pouvoir en France piétine les libertés, nasse les manifestations, utilise une violence policière extrême contre les Gilets Jaunes ou à Sainte Soline et dissout des associations.
La France est le seul pays occidental où les manifestations pour la Palestine, même déclarées, sont interdites. Des militant.es, dont des membres de l’UJFP, sont arrêté.es ou mis en garde à vue. Des officines diverses demandent la dissolution des associations qui défendent la Palestine. L’antisionisme, comme l’anticapitalisme deviennent des crimes dans un pays qui laisse les migrant.es se noyer.
L’extrême droite en embuscade, soutient sans réserve Israël.
Les médias déversent un discours à sens unique, criminalisant la France Insoumise parce qu’elle ne hurle pas avec les loups.
Darmanin qui prétend « défendre les Juifs de l’antisémitisme » est l’auteur d’un livre bourré de stéréotypes antisémites.
C’est sans doute la preuve que le soutien au peuple palestinien, menacé et abandonné, est essentiel dans notre combat sur le thème : « un autre monde est possible ».
Pierre Stambul le 15 octobre 2023.
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Pepe Escobar-Mener vers la solution finale (Ghaza).

(Ghaza) Mener vers la solution finale par Pepe Escobar.
La guerre contre la Russie en Ukraine et la «guerre contre le terrorisme» menée par Israël à Gaza ne sont que des fronts parallèles d’une seule et même guerre mondiale à l’évolution effroyable.
«Vous avez volé les vergers de mes ancêtres
Et la terre que je cultivais
Et vous n’avez rien laissé pour nous
Sauf ces pierres…
Si j’ai faim
La chair de l’usurpateur sera ma nourriture»
– Mahmoud Darwish, poète national palestinienIl est désormais confirmé que les services de renseignements égyptiens ont averti leurs homologues israéliens trois jours seulement avant le Déluge d’Al-Aqsa que quelque chose de «gros» se préparait du côté du Hamas. Tel-Aviv, son appareil de sécurité de plusieurs milliards de dollars et les FDI, «l’armée la plus puissante du monde», ont choisi de l’ignorer.
Deux vecteurs clés ont ainsi été mis en place.
1. Tel-Aviv obtient son prétexte de «Pearl Harbor» pour mettre en œuvre une «guerre contre le terrorisme» remixée, ainsi qu’une sorte de solution finale au «problème de Gaza» (déjà en vigueur).
2. L’Hégémon change brusquement la narration pour s’éloigner de l’humiliation conjointe, inévitable et cosmique de la Maison-Blanche et de l’OTAN dans les steppes de Novorossiya – une défaite stratégique qui configure l’humiliation précédente en Afghanistan comme un bal masqué à Disneyland.
Le blocus total des «animaux humains» (copyright ministère de la Défense israélien) de Gaza, en fait une population civile de 2,3 millions d’habitants, a été imposé lundi dernier. Pas de nourriture, pas d’eau, pas de carburant, pas de produits de base.
Il s’agit d’un crime de guerre et d’un crime contre l’humanité, qui bouscule les quatre principes fondamentaux du droit des conflits armés (DCA) – le tout dûment applaudi ou, au mieux, complètement ignoré par l’OTAN et les médias dominants contrôlés par les oligarques qui l’accompagnent.
Chrétiens, musulmans, juifs et autres groupes ethniques ont vécu pacifiquement en Palestine pendant des siècles jusqu’à l’imposition du projet raciste sioniste, avec tous les attributs du colonialisme de peuplement, «diviser pour régner».
La Nakba est un vieux souvenir datant d’il y a 75 ans. Nous sommes aujourd’hui bien au-delà de l’apartheid – et nous entrons dans l’exclusion totale et l’expulsion des Palestiniens de leur patrie.
En janvier 2023, le Premier ministre israélien Netanyahou a lui-même souligné que «le peuple juif a un droit exclusif et incontestable sur toutes les régions de la Terre d’Israël».
Aujourd’hui, les forces de défense israéliennes ont envoyé à l’ONU l’ordre d’évacuer complètement tous les habitants du nord de la bande de Gaza, soit 1,1 million de personnes, vers le sud de la bande de Gaza, à proximité de Rafah, le seul point de passage frontalier avec l’Égypte.
Cette déportation massive et forcée de civils serait le prélude à la destruction de tout le nord de Gaza, couplée à l’expulsion et à la confiscation des terres palestiniennes ancestrales – se rapprochant ainsi d’une solution finale sioniste.
Bienvenue à Sociopaths United
Netanyahou, un sociopathe qui a fait ses preuves, ne peut s’en sortir avec des crimes de guerre en série que grâce au soutien total de la Maison-Blanche, du combo «Biden» et du département d’État – sans parler des vassaux inconséquents de l’UE.
Nous venons d’assister à la visite en Israël d’un secrétaire d’État américain – un fonctionnaire au QI faible, dépassé par toutes les questions – qui soutient les châtiments collectifs «en tant que juif également».
Il a déclaré que son grand-père avait «fui les pogroms en Russie» (c’était en 1904). Ensuite, il y a eu le lien direct – nazi – avec «mon beau-père a survécu à Auschwitz, Dachau et Majdanek». Impressionnant, cela fait trois camps de concentration d’affilée. Le secrétaire n’a manifestement pas conscience du fait que l’URSS a libéré ces trois camps.
C’est alors qu’est apparu le lien Russie-Nazis-Hamas. Au moins, tout est clair.
Sur le plan interne, Netanyahou ne peut rester Premier ministre que grâce à ses deux partenaires de coalition ultra-sionistes, racistes et suprémacistes. Il a nommé Itamar Ben-Gvir ministre de la Sécurité nationale et Bezalel Smotrich ministre des Finances, tous deux chargés de facto de la prolifération des colonies à l’échelle industrielle dans toute la Cisjordanie.
Smotrich a déclaré publiquement que «les Palestiniens n’existent pas parce que le peuple palestinien n’existe pas».
Ben-Gvir et Smotrich, en un temps record, sont en passe de doubler la population de colons dans les cantons de Cisjordanie, la faisant passer de 500 000 à un million. Les Palestiniens – qui sont de facto des non-citoyens – sont au nombre de 3,7 millions. Les colonies illégales – qui n’ont pas été officiellement approuvées par Tel-Aviv – font leur apparition un peu partout.
À Gaza, où la pauvreté atteint 60% et où le chômage des jeunes est massif, les agences des Nations unies mettent désespérément en garde contre une catastrophe humanitaire imminente.
Plus d’un million de personnes à Gaza, principalement des femmes et des enfants, dépendent de l’aide alimentaire de l’ONU. Des dizaines de milliers d’enfants fréquentent les écoles de l’UNRWA (l’agence pour les réfugiés palestiniens).
Tel-Aviv est maintenant en train de les tuer – en douceur. Au moins 11 employés de l’UNRWA ont été tués la semaine dernière (dont des enseignants, un médecin et un ingénieur), au moins 30 enfants, ainsi que 5 membres de la Croix-Rouge internationale et du Croissant-Rouge.
Pour couronner le tout, il y a l’angle du Pipelineistan, c’est-à-dire le vol du gaz de Gaza.
Au moins 60% des vastes réserves de gaz découvertes en 2000 le long de la côte entre Gaza et Israël appartiennent légalement à la Palestine.
L’une des principales conséquences de la solution finale appliquée à Gaza est que la souveraineté sur les gisements de gaz a été transférée à Israël, ce qui constitue une nouvelle violation massive du droit international.
La majorité mondiale est la Palestine
Face à l’horrible perspective de voir Israël dépeupler toute la moitié nord de Gaza, en direct à la télévision et sous les acclamations de hordes de zombies de l’OTAN, il n’est pas exagéré d’envisager la possibilité que la Turquie, l’Égypte, la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Liban, le Yémen et les monarchies du Golfe s’unissent, à différents niveaux, pour exercer une pression écrasante contre la mise en œuvre de la solution finale sioniste.
La quasi-totalité du Sud et de la majorité mondiale est aux côtés de la Palestine.
La Turquie n’est pas une nation arabe et a été trop proche idéologiquement du Hamas dans un passé récent. En supposant que le gang actuel de Netanyahou s’engage dans la diplomatie, la meilleure équipe de médiation possible serait formée par l’Arabie saoudite, le Qatar et la diplomatie égyptienne.
L’Inde vient de se poignarder elle-même dans la tête en tant que leader de la majorité mondiale : ses dirigeants semblent avoir la dent dure face à Israël.
Il y a ensuite les grands souverains : le partenariat stratégique Russie-Chine.
La Russie et l’Iran sont eux-mêmes liés par un partenariat stratégique, notamment à tous les niveaux militaires de pointe. Le rapprochement irano-saoudien médiatisé et conclu par la Chine a conduit, cette semaine, Mohammed ben Salmane et Ebrahim Raïssi à se téléphoner, pour la toute première fois, pour coordonner leur soutien inébranlable aux droits légitimes du peuple palestinien. Le président syrien Bachar al-Assad vient de se rendre en Chine, où il a été reçu avec tous les honneurs.
La sophistication diplomatique caractéristique de la Chine – qui va bien au-delà du Déluge d’Al-Aqsa – revient à soutenir les droits légitimes des Palestiniens. L’ensemble du monde arabe et des terres d’Islam le ressentent clairement – alors qu’Israël et l’OTAN sont imperméables à toute nuance.
Avec la Russie, nous entrons en territoire heavy metal. En début de semaine, l’ambassadeur d’Israël en Russie, Alexander Ben Zvi, a finalement été reçu, après plusieurs tentatives, par le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhail Bogdanov. C’est Israël qui a pratiquement supplié qu’on le rencontre.
Bogdanov est allé droit au but, sans détour : Ben Zvi a été prévenu que le plan des FDI visant à détruire littéralement Gaza, à expulser la population indigène et à pratiquer le nettoyage ethnique de ces «animaux humains» était «lourd des conséquences les plus dévastatrices pour la situation humanitaire dans la région».
Voilà qui avance un scénario tout à fait possible – dont les conséquences peuvent être tout aussi dévastatrices : Moscou, en collaboration avec Ankara, lance une opération de démantèlement du blocus contre Israël.
Ce n’est un secret pour personne – hormis le modus operandi – que Poutine et Erdogan ont discuté d’un éventuel convoi naval humanitaire turc vers Gaza, qui serait protégé d’une attaque israélienne par la marine russe depuis sa base de Tartous en Syrie et par l’armée de l’air russe depuis Hmeimim. Les enjeux atteindraient alors des niveaux imprévus.
Ce qui est déjà clair, c’est que la guerre par procuration de l’Hégémon contre la Russie en Ukraine et la «guerre contre le terrorisme» remixée par Israël à Gaza ne sont que des fronts parallèles d’une seule et même guerre mondiale à l’évolution effroyable.
source : Strategic Culture Foundation
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Mohsen Abdelmoumen- Entretien : la journaliste menacée de mort Sonja Van den Ende nous dit tout.

La journaliste néerlandaise indépendante Sonja Van den Ende. D. R.
La journaliste menacée de mort Sonja Van den Ende nous dit tout. Entretien avec Mohsen Abdelmoumen.
«L’Ukraine attire les militants de l’Etat islamique en quête d’asile, après avoir perdu des territoires en Syrie et en Irak. Le pays est un bon endroit pour se cacher et attendre jusqu’à ce qu’ils aient la possibilité de retourner en toute sécurité dans l’Union européenne ou de combattre dans le Donbass», révèle Sonja Van den Ende, journaliste néerlandaise indépendante, réfugiée en Russie car menacée de mort par la CIA et le SBU, le service secret ukrainien. Interview.
Mohsen Abdelmoumen : Vous êtes allée dans le Donbass dès 2022 où vous avez couvert l’opération spéciale russe comme journaliste indépendante. Pouvez-vous nous décrire la situation que vous avez perçue là-bas ?
Sonja Van den Ende : Je me suis rendue dans le Donbass en mars 2022, une semaine après le début de l’opération militaire spéciale. La guerre civile durait depuis 2014, il y avait donc déjà beaucoup de maisons détruites. Beaucoup de gens en Occident oublient que le conflit fait rage depuis 2014. Les gens étaient à la fois en colère et très heureux que les Russes viennent enfin les aider dans leur lutte contre le régime de Kiev. Ma première expérience de la violence et du champ de bataille a eu lieu en avril 2022, à Mariupol. Il y a eu des combats dans le port et dans l’usine sidérurgique Azov. Les choses étaient également difficiles dans la ville de Donetsk, où il y a encore chaque jour et jusqu’à aujourd’hui, des attaques de l’armée ukrainienne qui tire des Himars (US) sur des zones résidentielles, des écoles et des hôpitaux. En d’autres termes, ce sont des Ukrainiens qui attaquent des civils, qui sont, selon eux, leurs propres citoyens car ils parlent d’un territoire occupé. Il y a beaucoup de morts, tout comme dans la guerre par procuration que l’Occident a menée en Syrie ou dans d’autres pays.
A votre avis, pourquoi les médias occidentaux continuent-ils à répandre de fausses informations concernant l’opération spéciale russe en Ukraine ? D’après vous, le combat de la Russie en Ukraine ne vise-t-il pas aussi à instaurer un monde multipolaire plus juste, débarrassé de l’hégémonie US ?
L’Occident, et j’entends par là les Etats-Unis et leurs colonies en Europe, a un agenda, celui de la domination et de l’hégémonie mondiales. L’objectif est de détruire la Russie, le plus grand pays de la planète qui possède le plus de ressources naturelles. Cet objectif existe depuis des décennies, que l’on pense à Napoléon ou à la Seconde Guerre mondiale et, plus récemment, à la chute du communisme. Le scénario de l’Occident consiste à déformer les faits et à accuser la Russie d’avoir déclenché une guerre contre l’Ukraine. Mais quiconque enquête sur les faits sait que ce sont les Etats-Unis et leurs vassaux qui ont déclenché une guerre contre la Russie par l’intermédiaire de leurs mandataires en Ukraine. La presse occidentale a versé dans le mensonge et la propagande car la liberté de la presse n’existe pas en Occident. Il faut suivre l’agenda politique, c’est quelque chose qui est devenu douloureusement clair dans ce conflit et de nombreuses personnes en Occident le voient maintenant. Leur soutien sur les médias sociaux, par exemple, est en baisse et ils essaient de compenser cela en disant que les gens sont radicaux, ce qui est totalement absurde. Nous assistons à la naissance d’un Etat totalitaire en Europe et aux Etats-Unis.
Quant à la Russie, le président Poutine a clairement fait savoir depuis 2007, lors du célèbre discours de Munich, que la Russie ne se soumettrait pas aux Etats-Unis et à leur système colonial. Il parlait déjà d’un monde multipolaire. Parallèlement à la naissance de l’Occident totalitaire, nous assistons aujourd’hui à la naissance d’un monde multipolaire en Afrique, au Moyen-Orient, en Inde et dans de nombreux pays d’Amérique latine. Si, malgré la guerre et la violence, quelque chose de bon est sorti de la guerre par procuration en Ukraine, c’est la libération de l’Afrique et de certaines parties du Moyen-Orient qui brisent les chaînes de siècles de colonialisme et du colonialisme moderne des Etats-Unis.
Dans l’un de vos derniers articles, vous évoquez le rôle des djihadistes de Khorasan en Ukraine et leurs liens très étroits avec les services de renseignement ukrainiens, SBU. Pouvez-vous nous en dire plus ?
De nombreux djihadistes ont fui la Syrie et l’Irak après que la Russie a décidé, en 2015, à la demande du gouvernement syrien, d’aider à éliminer ces groupes terroristes, appelés Daech, qui étaient soutenus par l’Occident. Des terroristes du Caucase ont également combattu en Syrie et en Irak. Ce que j’ai écrit, c’est que nombre d’entre eux, dont Abou Omar Al-Shishani, déclaré mort par les Etats-Unis, ont trouvé refuge en Ukraine, y compris le célèbre Mouslim Tcheberloïevski, un tueur brutal issu des guerres de Tchétchénie. L’une des milices alliées de l’Ukraine, ou plutôt des mandataires de l’OTAN et des Etats-Unis, qui participent à leur guerre contre la Russie, sont les Tchétchènes qui ont formé le bataillon Cheikh Mansour. Ce bataillon tchétchène combat la Russie en Ukraine depuis 2014. Par exemple, un dirigeant irakien brutal de Hayat Tahrir Al-Sham (HTS), Maysara Bin Ali, mieux connu sous son nom de guerre Abu Maria Al-Qahtani, a approuvé l’adhésion des membres de HTS au djihad, comme ils l’appellent, contre les Russes. En outre, il a déclaré que si un musulman en Ukraine combat et vainc les Russes, il sera récompensé, et s’il est tué, il sera un martyr. Il a fait cela sur le média social X (Twitter). Le SBU connaissait l’existence de ces groupes, tels que la brigade Cheikh Mansour, mais selon lui, il était impossible de les arrêter. Aujourd’hui, ce groupe est utilisé dans la guerre contre la Russie, tout comme les Etats-Unis tentaient de contrôler les djihadistes dans les prisons (telles qu’Abou Ghraib) en Irak pour combattre la Russie.
Quelles sont les conséquences sur l’Europe et sur le monde de l’alliance mortifère entre les néonazis ukrainiens et les terroristes djihadistes ? Pourquoi les médias mainstream ferment-ils les yeux sur l’alliance stratégique entre les néonazis qui gouvernent l’Ukraine et les djihadistes ?
Les conséquences de l’utilisation de combattants islamiques en Syrie et en Irak, ou plutôt des terroristes qui n’ont en fait rien à voir avec l’islam, sont déjà visibles en Europe même, avec le flux de réfugiés et les attaques terroristes de ces dernières années. En plus de cela, les Etats-Unis et leurs vassaux ont introduit un nouveau groupe, les néo-nazis, et ils utilisent le même scénario que dans la guerre Syrie/Irak. On sait qu’il existe de nombreux groupes néonazis en Ukraine, tels que Pravy Sektor, Azov, Aidar, qui sont déployés par le gouvernement ukrainien dans le Donbass. Mariupol était le fief d’Azov. Les Etats baltes sont également un bastion nazi, vous pouvez comparer avec le rôle de la Turquie dans la guerre syrienne, où les djihadistes d’Europe ont reçu un libre passage pour combattre en Syrie.
Ce que j’ai indiqué, c’est que les médias dominants ne sont pas des médias, mais les porte-parole et les canaux de propagande des pseudo-gouvernements occidentaux. Le journalisme indépendant et libre n’existe plus en Occident, c’est pourquoi ils ne parleront jamais du rôle des néonazis. Ils ont essayé jusqu’en 2019, mais de nombreux articles ont été supprimés depuis, qui faisaient état, par exemple, des processions aux flambeaux des néonazis à Kiev et des attaques menées par Pravy Sektor contre des Ukrainiens russophones depuis 2014. Selon les médias mainstream, il n’existe pas de lien entre les djihadistes et les néonazis, cela est dû à la stupidité de ces médias et à l’agenda caché de l’Occident.
D’après vous, l’Occident n’a-t-il pas besoin des terroristes islamistes dans le monde autant qu’il a besoin des néonazis en Ukraine ?
Les Etats-Unis, en particulier, ont besoin de ces combattants pour leurs guerres par procuration, ils ont donc besoin des deux groupes. En fait, on peut dire qu’ils ont besoin de groupes radicalisés pour leurs guerres au Moyen-Orient et aujourd’hui contre l’opération spéciale russe. Ils jettent également de la poudre aux yeux de leur propre population, puisqu’après tout, ce sont les «djihadistes» qui sont à blâmer, et maintenant ils essaient de prouver qu’il y a beaucoup de néonazis en Russie. Ils ne parlent pas de l’Ukraine car ce sont tous de «bons» combattants qui ne font que défendre leur pays contre les «méchants» Russes.
Un groupe prétendant être un groupe d’opposition russe indépendant appelé «Légion russe» est soutenu et financé par les dirigeants politiques et militaires ukrainiens, également soutenus par l’Occident. En juin dernier, ils ont tenté de lancer une attaque de type Daech sur la région frontalière avec la Russie, sous les applaudissements nourris des médias occidentaux. L’opération a échoué, mais ce sont là les tactiques de l’Occident.
Vous avez évoqué le rôle de l’Ukraine dans la tragédie syrienne. Ne pensez-vous pas que l’Ukraine est une plaque tournante du djihadisme ? Quel est le rôle exact du terroriste Abu Omar Al-Shishani en Ukraine, sachant que l’annonce de sa mort était une fake new ?
L’Ukraine est désormais un bastion pour les djihadistes qui ont participé à la première et à la deuxième guerre de Tchétchénie. Comme je l’ai dit, ces djihadistes étaient des combattants radicaux originaires du Caucase et Omar Al-Shishani en est un exemple. Omar Al-Shishani a été déclaré mort par les Etats-Unis, comme beaucoup d’autres, si l’on en croit la presse mensongère et les politiciens occidentaux. Il existe des témoignages de la population syrienne selon lesquels les Etats-Unis ont évacué des membres notoires de Daech pendant la nuit et les ont emmenés dans des endroits sûrs, y compris ce Shishani. Lorsqu’ils ont déclaré la mort de Ben Laden ou d’Abou-Bakr Al-Baghdadi, ils étaient généralement déjà morts, et le grand mystère qui demeure à ce jour, est de savoir si Abou-Bakr Al-Baghdadi était un agent du Mossad.
Les Tchétchènes ont été parmi les premiers volontaires à rejoindre la guerre contre le peuple syrien et son gouvernement. Etant donné que le HTS (Hay’at Tahrir Al-Sham), qui dirige de facto la région d’Idlib, chasse les Tchétchènes, ces derniers cherchent un nouveau «djihad», à savoir l’Ukraine, car les Russes ont longtemps été leurs ennemis lors des première et seconde guerres de Tchétchénie, ainsi qu’en Syrie. L’attitude accueillante de l’Ukraine à l’égard des combattants étrangers a facilité leur transfert. Ils ont perdu sur le champ de bataille et ils sont les bienvenus. Nous ne pouvons que deviner le rôle d’Omar Al-Shishani en Ukraine. Il a probablement combattu avec la brigade Mansour ou a créé sa propre brigade. La brigade Mansour a joué un rôle important dans la défense d’Artyomovsk (Bakhmut pour l’Occident).
L’Ukraine attire les militants de l’Etat islamique en quête d’asile après avoir perdu des territoires en Syrie et en Irak. Le pays est un bon endroit pour se cacher et attendre jusqu’à ce qu’ils aient la possibilité de retourner en toute sécurité dans l’Union européenne ou de combattre dans le Donbass, comme Abou Omar Al-Shishani.
Les gouvernements occidentaux n’arrêtent pas d’affirmer qu’ils luttent contre le terrorisme alors qu’ils soutiennent, financent et abritent tous les djihadistes de la planète. Comment expliquez-vous cette hypocrisie ?
C’est exactement le scénario ou l’agenda dont je parle, ils jettent de la poudre aux yeux de leurs propres peuples pour justifier leurs guerres, ils disent que c’est pour la sécurité des Etats-Unis et de l’Europe, tout comme Israël le fait avec les Palestiniens. Les Etats-Unis et l’Europe soutiennent ces terroristes djihadistes avec de l’argent et des armes, afin d’éliminer leurs ennemis. Comme l’a récemment déclaré le président Poutine : «Tous ceux qui se comportent de manière indépendante et qui agissent conformément à leur intérêt national deviennent des obstacles à éliminer pour les élites occidentales.»
L’Occident voit son influence décliner, sa domination mondiale s’effriter lentement. Ce phénomène s’est accéléré en 2011 avec le début du «printemps arabe» des Etats-Unis. Là, par exemple, il a essayé d’influencer l’Egypte et les Frères musulmans ont accédé au pouvoir pendant un certain temps, même scénario pour la Syrie et l’Irak, où les Frères musulmans se sont d’abord transformés en Al-Qaïda, puis toutes les brigades et tous les groupes sont devenus Daech. C’est l’hypocrisie de l’Occident avec ses mensonges, la belligérance de l’Occident étant enracinée dans ses gènes depuis des générations. Le processus d’un monde multipolaire est désormais en marche et l’Occident le combattra de toutes ses forces. Même si cela signifie un Etat totalitaire pour son propre peuple.
Zelensky porte la nationalité israélienne ainsi que nombre de dirigeants ukrainiens. Quel est le rôle exact de l’entité sioniste dans ce qu’il se passe en Ukraine, sachant qu’il a été question du projet d’un Nouvel Israël en Ukraine ?
C’est une question délicate, mais en fait assez simple. Zelensky et tous les autres politiciens juifs en Ukraine soutiennent le fascisme. L’Ukraine soutient le fascisme. Comme je l’explique souvent, être juif est une religion, comme l’islam ou le christianisme, tandis que le fascisme est une idéologie que certains appellent un mouvement politique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les juifs ont également collaboré avec les nazis, George Soros en est un bon exemple. Ce dernier peut aujourd’hui être considéré comme la force motrice de la politique de l’Occident.
J’ai entendu parler de cette théorie selon laquelle les sionistes veulent créer un nouvel Israël ou une colonie de l’Israël actuel, sachant que l’Ukraine était densément peuplée de juifs avant la Seconde Guerre mondiale. Zelensky a récemment déclaré qu’il souhaitait que l’Ukraine devienne un grand Israël après l’invasion russe. Selon le Jerusalem Post, les juifs à l’origine de la guerre entre la Russie et l’Ukraine veulent créer un nouvel Etat juif en Ukraine. Selon l’Atlantic Council, le soi-disant think tank européen, Zelensky a déjà élaboré une feuille de route, un plan sur la manière dont l’Ukraine peut être colonisée par Israël. Mais étant donné que l’Ukraine est en train de perdre sur le champ de bataille et que l’Europe et les Etats-Unis sont à court d’argent pour les livraisons d’armes, ces rêves risquent de se briser. Il faut plutôt penser aux Polonais qui veulent annexer l’ouest de l’Ukraine à la Pologne qui, selon eux, leur appartient légitimement. La majeure partie du territoire de l’actuelle Ukraine occidentale a appartenu à la deuxième République polonaise jusqu’en 1941. Le Donbass fait aujourd’hui partie de la Russie (Novorussia) et non plus de l’Ukraine. Le pays de l’Ukraine cessera probablement d’exister.
L’entité sioniste d’Israël continue à tuer les Palestiniens en toute impunité. Pourquoi aucun dirigeant israélien n’a-t-il été jugé pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre ?
Le fait est que l’Etat d’Israël a été créé en 1948 avec l’approbation des pays occidentaux, après l’Holocauste en Europe. Il a donc bénéficié d’un statut spécial et est devenu un Etat non officiel des Etats-Unis. L’Occident ne défendra jamais le peuple palestinien et ne l’aidera jamais à parvenir à une paix véritable. Aujourd’hui, soixante-quinze ans plus tard, après l’oppression totale et l’assassinat du peuple palestinien, Israël est devenu un Etat totalitaire. Le mythe du peuple opprimé a disparu et la leçon du passé de l’Holocauste a également disparu. Ils sont maintenant l’oppresseur et j’espère qu’avec la croissance du monde multipolaire, cela changera. En tout état de cause, les accords d’Oslo de 1992 doivent être renégociés, non pas avec les Etats-Unis ou l’Europe, mais peut-être sous une forme différente avec la Russie et ses voisins arabes.
Il faut faire comprendre à Israël qu’il est l’oppresseur et que les Palestiniens ont droit à leur terre tout comme les Israéliens. Tel doit être le point de départ. Sans solution, il n’y aura jamais de paix au Moyen-Orient. Actuellement, aucun dirigeant occidental ou israélien ne sera condamné pour des crimes commis contre les Palestiniens, parce que les institutions internationales, telle que la Cour pénale internationale, sont devenues des institutions occidentales. Les juges orientés vers l’Occident ne mènent des affaires ou n’administrent la justice qu’à l’encontre des membres des colonies de l’Occident, ou contre des opposants, comme la Russie. Mais Israël fait partie de l’Occident et n’est pas membre de la CPI, tout comme les Etats-Unis, de sorte que la justice peut être administrée par une institution sans valeur.
Au nom des droits de l’Homme, de la démocratie et de la liberté d’expression, les gouvernements occidentaux ont démantelé des pays comme l’Irak, la Libye, le Soudan, etc. Pourquoi, d’après vous, la minorité oligarchique occidentale arrogante s’obstine-t-elle à donner des leçons de démocratie à la planète entière ?
La réponse est dans la question. L’Occident est arrogant et est, en fait, dirigé par de grandes entreprises, par une élite riche qui est à la tête de ces entreprises ou institutions, comme les Rockefeller, Bill Gates, Elon Musk, George Soros, Klaus Schwab, etc. Malheureusement, l’Europe est dominée par les Etats-Unis, un pays de facto sans culture et un nouvel Etat par rapport à l’Europe, à l’Afrique ou au Moyen-Orient, et où les Européens ont cherché fortune, où des criminels ont été envoyés, tout comme en Australie. Ils ont d’abord exterminé les premiers habitants, les Indiens. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique a développé son «rêve américain», qui s’est effondré depuis longtemps. Ils ont également pris l’exemple de la vieille Europe et recolonisé de nombreux pays, en commençant par l’Europe, puis le Moyen-Orient et l’Afrique, en y installant des bases américaines.
L’Occident ne sait même pas ce qu’est la démocratie. Pour les élites et les oligarques, ce n’est qu’un mot comme l’antisémitisme. La démocratie signifie la volonté du peuple et l’antisémitisme se réfère à tous les peuples sémites, y compris les Arabes, qui sont liés par la langue. L’Occident est stupide et le devient de plus en plus compte tenu de l’état de l’éducation et de la politique. Les Américains, pas tous, sont désespérément stupides lorsqu’il s’agit d’autres cultures et, fondamentalement, comme je le constate, ils sont les nouveaux barbares de l’ère moderne. Pour eux, tout est une sorte de spectacle hollywoodien aux conséquences mortelles.
L’Algérie a toujours été et continue à être la cible de complots qui la visent parce qu’elle ne reconnaît pas l’entité sioniste et est contre la normalisation avec Israël, et aussi parce qu’elle a toujours soutenu les causes justes du peuple palestinien, sahraoui, etc. Pourquoi les classes dirigeantes occidentales à la botte des sionistes veulent-elles déstabiliser l’Algérie ?
L’Algérie, comme d’autres pays qui veulent rester souverains, reçoit une punition immédiate de l’Occident, des Etats-Unis. C’est ainsi que fonctionne le nouveau colonialisme. Comme je l’ai déjà dit, le monde assiste à une nouvelle forme de colonialisme depuis 1945. L’Amérique possède environ quatre-vingt-cinq bases militaires dans le monde. Elles sont censées apporter la démocratie, la sécurité et des services médicaux à la population. Nous avons déjà discuté des deux premiers points, la démocratie et la sécurité. En fait, ils poussent à la guerre ou déclenchent un conflit dans chaque pays. En termes de sécurité ou d’aide médicale, la Russie a prouvé, depuis l’opération spéciale en Ukraine, que les laboratoires biologiques en Ukraine ne visent qu’à produire des armes biologiques. Ils mènent des recherches sur toutes sortes de virus, tels que le Covid-19, Ebola, etc. Au moins plus de la moitié de ces quatre-vingt-cinq bases disposent de laboratoires biologiques. Les Etats-Unis et leurs colonies sont déterminés à dominer le monde, mais voient leur domination mondiale s’évanouir lentement mais sûrement. Bien sûr, si un pays comme l’Algérie veut nuire à leur allié Israël ou soutenir les Palestiniens et le peuple sahraoui, il est immédiatement considéré comme un ennemi de l’Amérique et de l’Occident tout entier. Le pays doit donc souffrir s’il veut rester souverain. Plus l’Occident perd sa domination, plus il se comportera de manière fanatique, comme on le voit aujourd’hui en Ukraine et auparavant dans de nombreux pays du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique latine.
A votre avis, pourquoi tous les pays arabes qui ont une grande armée ont-ils été la cible de l’empire et des sionistes ?
Bien sûr, ces pays arabes qui deviennent trop riches et trop puissants, comme la Libye, doivent être détruits. Ils constituent une menace pour l’Occident. Ces grands et puissants pays arabes constituent aussi une menace pour Israël. Israël lui-même aspire à un grand Israël, tel que décrit dans le plan Yinon. Depuis sa création en 1948, Israël est un Etat militaire totalitaire. Israël fait partie des trois pays, bien qu’il prétende être démocratique, qui n’ont pas ratifié leur programme nucléaire auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Concernant la Libye, elle était l’un des pays les plus riches d’Afrique et représentait un danger pour les élites occidentales. Elles ont vu leurs richesses, volées pour la plupart, en danger, tout comme cela se passe actuellement au Niger. L’Egypte était une menace pour Israël, mais après la signature des accords dits de Camp David, elle ne représentait plus une menace, bien que la première cible des Etats-Unis lors du printemps arabe ait été l’Égypte, où ils ont essayé de mettre au pouvoir les Frères musulmans, ce qui a fonctionné pendant un certain temps. Mais, heureusement, ils ont été chassés du pouvoir. Mais s’ils étaient restés au pouvoir, cela aurait permis aux Etats-Unis d’étendre leur position de force en Egypte car, alors, tout comme en Syrie et en Irak, une sorte d’Etat islamique aurait émergé, et les Etats-Unis et l’Occident auraient pu poursuivre leur guerre par procuration.
Vous avez vécu des années en Syrie. L’Algérie a des liens historiques avec la Syrie et ces deux pays ont vécu un complot qui les a ciblés et qui a failli démanteler ces Etats-nation. Pourquoi ces deux pays ont-ils été ciblés et quel était le rôle d’Israël dans cette tragédie ?
La Syrie et l’Algérie jouent un rôle important dans l’opposition à Israël. La Syrie est officiellement toujours en guerre avec Israël depuis 1948, seul un cessez-le-feu a été conclu à l’époque. Le plateau du Golan est occupé par Israël. De nombreux membres du Hamas, de l’OLP et du Fatah ont vécu ou trouvé refuge en Syrie au fil des ans. L’Algérie a vu le premier bureau de l’Organisation de libération de la Palestine, l’OLP, à Alger, une épine dans le pied des sionistes et de l’Occident. C’est pourquoi l’Algérie et la Syrie figurent en bonne place sur la liste des pays «indésirables» des Etats-Unis, des sionistes et de l’Occident. L’Algérie possède également l’une des plus grandes économies d’Afrique, maintenant que la Libye est en ruine. La Syrie était importante après l’Arabie Saoudite et l’Irak, pour le pétrole, une raison de plus pour les oligarques occidentaux de maintenir ces pays sous leur pouvoir. Les deux pays ont également beaucoup souffert de l’occupation française, exploités et traités comme des esclaves dans leur propre pays. En outre, les similitudes avec les djihadistes, l’Algérie a souffert du FIS, la confrérie musulmane que nous appellerions aujourd’hui Al-Qaïda ou Daech. L’Algérie et la Syrie ont subi le même sort. Espérons que maintenant que le monde change et que l’hégémonie de l’Occident s’effondre, ces pays pourront enfin trouver la paix et la prospérité.
L’usage de drones par Daech et Al-Qaïda à Homs et la transformation de l’Ukraine en un pays où l’on trouve le plus grand arsenal militaire du monde et où il se déroule un trafic massif échappant à tout contrôle, ne représentent-ils pas un réel danger pour la sécurité mondiale ?
La tragédie de Homs, en Syrie, où une centaine de personnes sont mortes, des jeunes, des cadets qui venaient de terminer leurs études, est une grande tragédie dans un pays déchiré par la guerre, les meurtres et la violence. La guerre moderne se tourne maintenant vers les drones, malheureusement, une nouvelle arme meurtrière pour l’humanité. Mais on peut se demander d’où viennent ces drones ? Al-Qaïda ou Daech n’ont pas les ressources nécessaires pour produire des drones. Les drones viennent donc de l’Occident, peut-être dans ce cas, de la Turquie. Le terrorisme a pris une nouvelle dimension. Le monde devient encore plus dangereux maintenant que les «ennemis» vont se battre entre eux avec des drones, tuant peut-être des milliers d’innocents. Cela a commencé avec l’Afghanistan. La plus grande base de drones américaine est située au siège des Etats-Unis et de l’OTAN à Ramstein, en Allemagne.
L’Occident a désormais trouvé un moyen plus facile d’éliminer ses «ennemis» indésirables. Nous assistons tous à la sanglante guerre par procuration en Ukraine, où l’Occident est en réalité en guerre contre la Russie. Un drame, le plus grand drame de notre temps. L’Occident est complètement aveuglé par sa haine de la Russie, un adversaire difficile à éliminer. Il se gave d’armes occidentales que les politiciens stupides et dangereux de l’Occident appellent «armes de paix». Ils sont tellement aveuglés par le pouvoir et l’argent, la plupart d’entre eux ayant été achetés par l’élite, que la diplomatie n’est plus possible. Ils ont peur de l’évolution du monde, c’est pourquoi ils construisent de nouveaux murs physiques dans les Etats baltes et en Pologne. Mais aussi de nouveaux murs numériques, où la censure est sans précédent. L’Europe est tombée dans une dictature numérique totalitaire, éliminant tout ennemi national et étranger.
Vous vivez à Moscou et vous n’osez pas rentrer dans votre pays, les Pays-Bas, de peur de représailles, et vous figurez sur la liste Myrotvorets, la célèbre «kill-list» répertoriant tous ceux que l’Ukraine veut éliminer, établie par les services secrets ukrainiens associés à la CIA. Comment vivez-vous cette menace de mort au quotidien ?
Heureusement, j’ai trouvé un abri sûr en Russie. Comme je l’ai déjà indiqué, l’Occident est devenu complètement fou. Toute forme de vérité est supprimée, la liberté de la presse et la liberté d’expression ont complètement disparu. Dans mon pays natal, les Pays-Bas, la liberté d’expression a toujours été un atout majeur, mais aujourd’hui, les gens vivent sous le joug de l’élite de l’Union européenne et des oligarques, dont l’objectif est de dominer la population et que celle-ci achète les produits de leurs sociétés, comme les grandes entreprises technologiques. Tout cela est devenu incontrôlable, ajoutez à cela les réfugiés qui arrivent chaque jour, c’est un cocktail mortel. L’Europe est mûre pour une guerre civile.
Alors, en dépit des menaces que je reçois chaque jour sur les médias sociaux, mais aussi de la part du gouvernement et des institutions néerlandais qui ont déjà fermé mon compte bancaire et désactivé mon numéro de service social – or, sans ce numéro et ce compte bancaire, la vie est impossible, vous ne pouvez pas vivre –, c’est une bonne chose que je vive à Moscou, je peux continuer mon travail ici et rendre compte de la situation dans le Donbass. Je suis très reconnaissante au gouvernement et au peuple russes de m’avoir permis de trouver un refuge sûr ici. En effet, je figure sur la soi-disant liste de «paix» de Myrotvorets, qui est en fait une liste de mort. Tous ceux qui se sont rendus dans le Donbass y figurent, ce qui est un honneur, selon moi.
Les gouvernements qui tiennent des listes de personnes à éliminer sont des gouvernements criminels. Les Etats-Unis ont un gouvernement criminel car la liste provient, en fait, de la CIA qui indique l’adresse sur leur site web et l’Union européenne l’approuve, elle peut donc également être qualifiée de criminelle. Ils veulent que leurs propres journalistes soient tués.
Récemment, j’ai écrit un article sur les djihadistes qui se rendent en Ukraine pour combattre la Russie, après quoi j’ai rapidement reçu un message d’une branche française inconnue de Daech avec une autre fatwa, les menaces sont arrivées sur X (Twitter). En outre, je figure sur la liste de désinformation de l’UE et probablement sur la liste du service de sécurité intérieure néerlandais, sur laquelle j’ai entamé une enquête. Mais cela ne m’empêchera pas d’écrire la vérité, c’est mon travail de journaliste.
Vous avez choisi un parcours courageux, un engagement noble qui comporte bien des sacrifices. Quel est le message que vous voulez transmettre à tous les résistants anti-impérialistes, antisionistes, en Algérie et à travers le monde ?
Mon message à mes frères et sœurs antisionistes et anti-impérialistes est que nous entrons vraiment dans une période où le monde se transforme en un monde multipolaire et où les Etats souverains décident de leur propre destin pour leur peuple. L’Occident est en train de tomber, sa domination mondiale est vraiment terminée. Cela prendra du temps et nous assisterons aux derniers soubresauts d’un empire en déclin qui, acculé, deviendra de plus en plus fanatique. Mais leur stupidité et leur arrogance les mèneront à leur perte.
Le colonialisme est terminé, l’Afrique et le Moyen-Orient se libèrent de leurs chaînes après des décennies d’oppression. Les dirigeants et les populations des deux continents se concentrent davantage sur la Russie, non pas en tant que puissance coloniale, mais en tant que partenaire commercial sur un pied d’égalité. Israël a le gouvernement le plus radical qui soit, que je ne qualifierais même pas de droite, mais de radical et totalitaire. L’Israël d’aujourd’hui ne peut pas continuer ainsi, il doit rechercher la paix avec les Palestiniens et les décennies d’oppression doivent cesser.
Nous devons poursuivre notre lutte contre l’impérialisme occidental. Leurs meurtres et leurs guerres durent depuis trop longtemps. Je pense que l’Ukraine lui donnera le coup de grâce et le ramènera en arrière. Nous avons attendu longtemps et nous devons maintenant attendre l’effondrement.
Je veux aussi apporter mon soutien au peuple de Palestine qui est opprimé par Israël depuis 1948, privé de ses terres et de ses biens. Le massacre de Palestiniens innocents doit cesser. Il devrait y avoir un nouveau plan de paix, par l’intermédiaire de la Russie et de la Chine. L’Occident a démontré son incompétence en matière de diplomatie ou de médiation de la paix dans ce conflit depuis le siècle dernier.
Israël doit mettre fin à ses crimes contre l’humanité et est maintenant entré dans une phase très dangereuse en proclamant l’extermination du peuple palestinien à Gaza, avec un embargo sur la nourriture et en le privant de ses besoins fondamentaux, comme l’électricité et l’eau. Il doit s’efforcer de parvenir à la paix et à la justice pour tous les peuples et en particulier pour ses voisins, les Palestiniens.
Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen
Qui est Sonja Van den Ende ?
Sonja Van den Ende est une journaliste indépendante et une commentatrice géopolitique des Pays-Bas qui a écrit sur la Syrie, le Moyen-Orient et la Russie, entre autres sujets. Elle écrit pour plusieurs organes de presse et a étudié le journalisme et l’anglais (BA), ainsi que les médias globaux, la guerre et la technologie (BA). Elle vit aujourd’hui à Moscou, en Russie. Elle a fait des reportages dans le Donbass et auparavant en Syrie.
Elle a notamment écrit récemment un article sur la Palestine qu’elle a publié sur son site The Long Road to Independence and Freedom of Israeli Occupation Resulting in the New Modern Resistance of Palestinian Warfare – DEVEND.ONLINE
Elle contribue à plusieurs organes de presse tels que CovertAction Magazine, infobrics, Tehran Times, Radio Sputnik.
Elle a publié deux ouvrages : Les mères folles d’Odessa en 2017, et Comment la Syrie a gagné la guerre occidentale en 2023 (en néerlandais).
Publié dans Algeriepatriotique : https://www.algeriepatriotique.com/2023/10/16/interview-la-journaliste-menacee-de-mort-sonja-van-den-ende-nous-dit-tout/.
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Laure Lemaire- la mondialisation en Afrique de l’Ouest 3: la descente aux enfers



La décolonisation n’a pas empêché les puissances impérialistes de continuer à dominer complètement l’économie de l’Afrique
Les statistiques de la bourgeoisie montrent qu’au cours des 20 dernières années, l’Afrique a régressé sur le plan de la production. Les économistes de la bourgeoisie les appellent : « les pays les moins avancés ». Ce sont des pays où les industries sont quasiment inexistantes, où l’agriculture est en recul, où le sol se dégrade, les forêts disparaissent, l’eau potable devient une denrée rare et où la malnutrition est permanente pour une grande partie de la population, sans parler du logement en bidonvilles, des communications rares…. L’ONU range 49 pays au monde qui sont les moins développés, 33 se trouvent en Afrique soient les 2/3 des pays africains ! L’Atlas réalisé par Le Monde diplomatique annonce :
« Depuis 1995, l’Afrique sub-saharienne, considérée comme la région la plus pauvre du monde, envoie vers les pays impérialistes, 1,5 milliard d’euros de + qu’elle n’en reçoit. » Puis : « Selon l’économiste Samir Amin, la part des exportations dans le calcul de son produit intérieur brut (PIB) est de 45 % pour l’Afrique contre 15 % à 25 % pour les autres continents. »L’Afrique continue donc d’être pillée, et sur le plan financier, et sur le plan matériel, comme au temps des colonies et du commerce triangulaire, ses richesses continuent à partir dans les métropoles impérialistes, alors que la population locale crève de misère. La « décolonisation », les « indépendances », n’ont rien changé à ce mécanisme économique puissant dont une petite couche de privilégiés autochtones, copiant la bourgeoisie occidentale, se partage des miettes. Seuls se sont modifiés au cours de ces 40 ans d’indépendance, les voies et les moyens du pillage.

Le pillage des richesses se poursuit au profit des ex-métropoles
Entre 1960 et 1990, le cours des matières 1° agricoles et minières a baissé de 25 % et les prix des biens manufacturés ont continué à croître. Pour échapper à cette baisse des ressources, les pays africains ont produit plus, en resserrant le noeud coulant de la dépendance à l’égard du marché international, les grosses sociétés commerciales, conservant le transport et la commercialisation des produits.
Dans les années 1960, le Nigeria devint le 6° exportateur mondial de pétrole. Cette découverte se solda par une tragédie. En 1967, un général Ibo (originaire du delta du Niger, au sud-est) décréta la sécession de sa région, le Biafra. L’impérialisme français joua sa carte car ce pétrole était accaparé par des trusts américains. Par leur soutien à la sécession, les capitalistes français ( Elf-Total) espéraient la dominer. 1000 T d’armes et de munitions, provenant de France, furent livrées en 2 mois aux armées sécessionnistes. La guerre du Biafra fit 3 M de morts pour les trusts pétroliers. Entre 1974 et 1990, le pétrole représentait 90 % des exportations du Nigeria, sans que la pauvreté diminue car seulement 5 % des dépenses de l’État allèrent à l’agriculture. De plus, la production de pétrole par Shell, dans la région du delta du Niger, occasionne une pollution considérable car ses dirigeants laissent les installations fuir sans les réparer si bien que les terres, imbibées de pétrole, deviennent impropres à la culture, sans parler de l’explosion d’un oléoduc qui a causé de nombreux morts.
Pour l’exploitation des richesses minières, les pays africains, dénués d’industrie propre, ont été dans l’obligation de faire appel aux trusts européens: Péchiney au Niger pour les mines d’uranium, en partenariat avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique en France) et en Centrafrique. Au Congo belge ( Zaïre), l’Union minière, nationalisée en 1966 et devint la Gécamines, dont la gestion, revint à une filiale de la Société Générale de Belgique. Toujours au Zaïre, le pétrole exploité depuis 1975 est sous le contrôle de Pétrofina et Shell, Elf-Total est au Congo-Brazzaville et au Gabon.
Nouvelle étape: le pillage par la dette
Au début des années 1970, le capitalisme mondial était entré dans une période d’économie à croissance faible dont il n’est pas sorti aujourd’hui. D’abord, l’augmentation brutale des prix du pétrole par les grands trusts a gonflé brusquement leurs disponibilités en liquide et celui des grandes banques. Plutôt que d’investir dans la production, ils ont prêté aux États, seules institutions capables de rembourser leurs dettes, sur le dos des peuples de leurs pays.
Avec l’argent prêté, Houphouët-Boigny, déjà clients de choix pour les armes, put transformer son village natal en capitale, avec un centre-ville tracé au cordeau, dominée par une cathédrale climatisée plus grande que Saint-Pierre de Rome !
Les placements pseudo industriels, les « éléphants blancs » ont abouti à des échecs patents: des constructions ruineuses et inutiles comme le barrage d’Inga, au Zaïre, ou une aciérie, alors qu’il ne possède pas de fer, et doit acheter de la fonte à l’Italie, au double du prix . Ils ont enrichi les trusts du bâtiment, et Alstom.
Les prêts ont rapporté à tout le monde, y compris aux dirigeants africains, sauf aux classes laborieuses. Les banques gagnèrent des sommes escroquées avec des taux usuraires. La paysannerie a, toujours et partout, été le parent pauvre. L’agriculture a été délaissée car l’Afrique est le continent le moins irrigué du monde. Les pays, autosuffisants en nourriture, sont obligés d’importer des produits alimentaires en quantité grandissante. Au Burkina Faso ou au Sénégal, on cultive des haricots verts ou des tomates sous serre pour l’ exportation à contre-saison ! En Tanzanie, dans le lac Victoria, les perches du Nil sont exportées vers les marchés européens, tandis que leur prolifération artificielle détruit les espèces qui nourrissaient les pêcheurs locaux. Au début des années 1980, les caisses de l’État de la plupart des États africains étaient ruinés mais pas leurs chefs. L’ancien dictateur du Zaïre, Mobutu, comptait parmi les 10 hommes les plus riches de la planète.
Par contre, le remboursement de la dette qui grandit avec les intérêts, incombe aux peuples qui n’en sont ni responsables, ni bénéficiaires. Les organisations de finance internationales, sous prétexte d’assainir les comptes, leur imposèrent les fameux « plans d’ajustement structurel » insoutenables.
Tout pour les trusts
Les services publics furent dépecés. Des milliers de licenciements s’ensuivirent. Les fonctionnaires qui restaient se retrouvèrent sans paye durant des mois et émigrèrent en Europe ce qui explique que les médecins y soient africains. Le peu de protection social nationalisé fut détruit.
Une grande partie de la population en Afrique n’a pas accès à l’eau potable; la gestion de l’eau est privée. Elle appartient à Bouygues au Sénégal qui fit fermer la moitié des bornes fontaines, seul approvisionnement en eau de la population, pour cause de factures non payées, dans une ville populaire proche de Dakar, Pikine, en 1993. Aujourd’hui, les pauvres payent l’eau 10 fois + cher que dans les quartiers riches, car ils sont obligés de l’acheter à des marchands ambulants, au verre. Pour la lessive, les femmes vont de plus en plus loin pour en rapporter. Sylvie Brunel, géographe, spécialiste de l’Afrique, parle du marché de l’eau
« le magot ou le marigot ».
On n’a pas ajouté un seul centimètre supplémentaire à La ligne de chemin de fer Abidjan-Ouagadougou , privatisée au profit de Bolloré, qui s’est spécialisé dans les transports et le tabac. L’Afrique représente 1/3 du chiffre d’affaires de Bouygues. Avec France Telecom, ils ont arraché plusieurs télécommunications.
Dans le domaine de la santé, les trusts pharmaceutiques défendent leurs brevets et leurs profits contre la vie de millions de personnes qui n’ont pas accès aux médicaments contre le paludisme. Sur les 10 pays au plus fort taux de mortalité infantile dans le monde, 6 sont en Afrique de l’Ouest. Les guerres civiles y contribuent mais les décès résultent encore de la tuberculose, la pneumonie, la diarrhée, la rougeole, le paludisme. Au Nigeria, des trusts pharmaceutiques auraient organisé des tests médicaux sans règles éthiques. Le roman de John Le Carré, » La Constance du jardinier », dont on peut voir la transposition au cinéma, est tiré de la réalité.
À la voie usuraire du pillage de l’Afrique se substitue de plus en plus, depuis une vingtaine d’années, une autre voie, celle du pillage du continent par l’intermédiaire des bandes armées. Ou plus exactement, cette voie vient s’ajouter au reste.
Les guerres, éléments du pillage impérialisteUne bonne partie de l’Afrique noire s’installe dans une situation de guerres permanente. Ce fut le cas longtemps au Liberia ou en Sierra Leone, aujourd’hui en Somalie, au Congo-Zaïre et au Soudan.
Aux bandes officielles s’ajoutent les bandes armées qui proviennent de la décomposition des armées nationales. Quand le gouvernement ne peut ou ne veut plus payer l’armée, cela suscite des mutineries, des révoltes militaires, ou la coupure de l’armée en plusieurs tronçons en concurrence pour le pouvoir central ou cherchant à dominer une partie du territoire. Les trusts impérialistes, dans l’incapacité de faire assurer la continuité de l’exploitation des richesses minières par l’État, ont appris à jongler avec les chefs de guerre, à les financer et à les armer. Les chefs de guerre compradores pillent les richesses de leurs pays, surtout minières, pour les canaliser vers les receleurs impérialistes.
Les rivalités inter-impérialistes jouent un rôle majeur derrière ces affrontements locaux ou régionaux. Déjà au Biafra, puis des conflits se sont déroulés dans la zone des «Grands Lacs », impliquant le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie et la partie orientale du Congo-Zaïre. On le voit encore dans la zone à la lisière du Soudan et du Tchad où s’affrontent les impérialismes français et britannique.
Les ambitions opposées des politiciens autochtones ou des chefs de guerre locaux expliquent le pourquoi des conflits. Mais ce sont les manoeuvres diplomatiques des puissances impérialistes, les aides en argent et en armes qu’elles apportent à leurs protégés respectifs, qui en expliquent l’ampleur, la durée et le caractère sanglant. Les chefs de guerre locaux, incapables de se trouver une base sur un vrai programme, la cherchent sur des bases ethniques et les guerres tribales d’antan se mènent avec les armes d’aujourd’hui. Si bien que la guerre civile au Rwanda, le massacre de la population Tutsie, (et d’opposants politiques), par les Hutus au pouvoir, avec le soutien de l’impérialisme français, de son armée, de ses hommes politiques, s’est transformée en guerre régionale. Les dégâts de ces guerres, durant les années 1990, sont de 120 M de personnes,1/4 de la population d’Afrique noire, plus les destructions qui rendent plus insupportable la vie déjà insupportable des classes populaires.
La vie dans les bidonvilles
Sur le terrain de l’impérialisme, il n’y a pas d’avenir pour l’Afrique. Au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler, elle a complètement changé de visage. Les populations chassées des villages se retrouvent dans les immenses bidonvilles qui entourent les les quartiers résidentiels riches d’Abidjan, de Lagos, de Dakar ou de Kinshasa, leurs villas, leurs jardins, leurs piscines, et les quartiers d’affaires, les mêmes que partout dans le monde.
Dans les bidonvilles, la majorité de la population n’a aucune chance de trouver un travail permanent. On essaie de survivre avec des petits boulots, avec la débrouille individuelle. Il n’y a pas d’eau potable, pas de système sanitaire. Les grandes villes d’Afrique sont des chaudrons bouillonnants, mais la pauvreté, la misère matérielle et morale ne conduisent jamais de façon spontanée vers la prise de conscience.
Les bidonvilles sont la proie de sectes religieuses, de prophètes auto-proclamés, ou de fondamentalistes religieux, et de bandes de voyous ou de gangsters. La population travailleuse, déjà exploitée et opprimée, est rackettée par les policiers et les militaires. Et le climat permanent de crainte et d’insécurité, favorise la propagation de fantasmes ancestraux ou, au contraire, des maux des temps modernes.
Mais dit FRANCIS FUKUYAMA ( rapporté par Karim Sharara):
Les ambitions occidentales de contrôler le commerce mondial et d’acquérir une main-d’œuvre bon marché avec leurs partenaires coloniaux antérieurs ( la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis), les valeurs libérales ont été présentées comme l’alpha et l’oméga de l’existence et du développement humains avancés. C’est la supériorité militaire des États-Unis qui a permis à ces puissances de subjuguer d’autres peuples et de s’imposer de facto comme leurs assujettis.Mais la souffrance, malgré tous les ravages qu’elle peut causer dans le monde, peut être considérée comme l’un des éléments constitutifs de l’identité lorsqu’elle est associée à l’empathie humaine de base, précédant même des éléments aussi fondamentaux que la langue et la géographie. Les récentes prises de pouvoirs par de jeunes militaires, le montrent.
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Interview du général Dominique Delawarde sur la 3ème intifida en Palestine*

Interview du général Dominique Delawarde sur la 3ème intifida en Palestine*
Question : Le 7 octobre dernier une attaque organisée par le Hamas contre l’État d’Israël a été particulièrement meurtrière pour cet État. Pouvez-vous nous faire connaître vos premières réactions «à chaud».
Réponse DD : Aucune réaction «à chaud» sur une nouvelle et énième péripétie du conflit israélo palestinien ne peut être pertinente sans prendre la précaution de la replacer dans un contexte historique plus large. Réagir sans prendre de recul et blablater sans fin sur la base d’informations délivrées par les médias occidentaux, dont on connaît l’inculture et la partialité des narratifs sur le sujet, me paraît stérile, voire contre productif. C’est la raison pour laquelle, je ne me suis pas exprimé pendant une semaine, cherchant à diversifier mes sources d’information, et à sortir, si nécessaire, de la bien-pensance occidentale convenue du «tous derrière Israël». On se souvient bien sûr de la bien-pensance totalitaire occidentale qui voulait qu’on soit «tous Charlie» ou qu’on soit «Tous vaccinés, tous protégés» ….
A ceux qui liront ces lignes, je recommande de visionner, avant de s’exprimer, cet excellent documentaire publié par la chaîne nationale de TV publique, Antenne 2, en 1991 et qui n’a pas pris une ride.
C’est ce documentaire mainstream sur le conflit israélo-palestinien que je proposais à mes soldats et à mes camarades avant leur engagement au proche orient, dans le cadre de l’ONU. Il me paraît équilibré. C’est peut-être la raison pour laquelle les lobbies pro-Israël, et les «sayanim» travaillant à leur profit, avaient tenté d’empêcher sa diffusion, à l’époque, et avaient obtenu de le faire passer à une heure tardive de faible écoute. Regardez bien ce documentaire, car je doute qu’une production de cette qualité et de cette impartialité puisse être encore diffusée, aujourd’hui, sur une télévision occidentale: son titre? Israel-Palestine comprendre par l’histoire (1880-1991)
Question : Vous semblez mettre en doute l’impartialité des médias occidentaux pour traiter du conflit israélo-palestinien, pouvez vous préciser votre pensée?
Réponse DD : Bien sûr.
Plusieurs événements très importants se sont déroulés en ce début d’Octobre 2023 dans le monde.
1 – Un tremblement de Terre en Afghanistan qui a fait, avec ses répliques toujours en cours, plus de 2 400 morts et des dizaines de milliers de blessés et/ou de sans abris. https://tass.com/emergencies/1686689
2 – Un bombardement non revendiqué (donc parfaitement signé, selon moi) d’une cérémonie de baptême d’une promotion d’élèves officiers en Syrie avec 112 morts dont 21 civils parmi lesquels des femmes et des enfants. (https://www.letemps.ch/monde/une-attaque-contre une-academie-militaire-en-syrie-a-fait-plus-de-110-morts
Ces morts viennent s’ajouter aux plus de 500 000 victimes d’un conflit suscité et entretenu par une coalition israélo-occidentale au seul profit d’Israël.https://www.dailymotion.com/video/x14cye1
3 – Un exode massif des populations arméniennes du Haut Karabakh, suite à une attaque azérie, l’Azerbaïdjan étant soutenu par deux alliés traditionnels, pour les livraisons d’armes et de conseillers militaires: Israël et la Turquie: https://www.courrierinternational.com/article/ exode-la-plupart-des-habitants-du-haut-karabakh-ont-fui-selon-l-armenie
4 – Une guerre en Ukraine qui continue de faire plus de 5 000 tués par semaine, en ce début d’Octobre 2023.
Lorsque le 7 octobre 2023 survient l’attaque du Hamas contre Israël qui aurait fait, à ce jour, environ 3 000 morts (1 500 israéliens, 1 537 Palestiniens), tous ces événements importants énumérés précédemment disparaissent quasiment du traitement de l’actualité en France pour laisser 90% de l’espace éditorial au conflit israélo-palestinien avec, pour seule ligne éditoriale autorisée: «Tous derrière Israël».
Cette disproportion dans le traitement médiatique des événements en faveur d’Israël appelle évidemment quelques questions :
La vie d’un afghan, d’un syrien, d’un arménien ou d’un palestinien vaut-elle moins que la vie d’un israélien pour les médias occidentaux ?
Le lobbying pro-Israélien en occident a-t-il pu jouer un rôle dans la disproportion du traitement médiatique des événements en faveur d’Israël ?
QUI contrôle vraiment la meute médiatique occidentale ?
On notera avec intérêt que ce traitement médiatique disproportionné en faveur d’Israël, reste une spécificité occidentale. Les médias africains, asiatiques, sud-américains, et russes paraissent beaucoup plus équilibrés que les nôtres sur cette affaire.
Question: Au delà du traitement médiatique qui est fait de cet épisode dramatique, que penser de l’ampleur des pertes subies par l’État hébreu ? Peut-on qualifier l’opération de «terroriste» ?
Réponse DD: Avec plus de 1 500 mort et 4 000 blessés en une semaine et à ce jour, (https://tass.com/world/1689459), Israël enregistre le bilan humain le plus lourd depuis sa première guerre de 1948-1949 qui avait duré près de dix mois ( 4 000 soldats + 2 400 civils tués) ( NB: La guerre des six jours n’avaient fait que 780 morts et 2 600 blessés dans les rangs israéliens, et dans la guerre de 1956 Israël avait compté 299 morts et 900 blessés.
Quant à la «guerre à la Covid 19», elle a coûté 12 691 décès à Israël, pionnier et promotteur de la vaccination expérimentale de masse. 9 791 décès étant survenus après le début de la campagne vaccinale….
Du côté palestinien, on compte 1 537 morts et plus de 6 610 blessés dont près de la moitié de femmes et d’enfants (250 femmes et 447 enfants) à l’heure où j’écris ces lignes https://tass.com/ world/1689459 Il y en aura beaucoup plus demain. Dans sa guerre à la Covid, l’État palestinien, moitié moins vacciné qu’Israël, n’a enregistré que 5 504 décès ( 7 200 de moins qu’Israël).
Des femmes et des enfants ont été tués des deux côtés, dans une proportion de près de 50%. Bien sûr, le bilan est et restera globalement pire dans le camp palestinien qui est moins bien armé. L’observateur éclairé ne peut qu’être surpris de l’ampleur des pertes israéliennes. On n’est plus dans les rapports de perte de un à plus de dix, voire de un à cent, qui ont toujours caractérisé les opérations de répression israélienne, soutenues par l’occident, contre la bande de Gaza.
Les mouvements de résistance ont toujours été qualifiés de terroristes par les puissances occupantes dans tous les conflits que la terre ait porté. C’est un enseignement de l’histoire. Mais il y a plusieurs formes de terrorisme. Celui du faible au fort qui tente, par tous les moyens, de s’opposer à l’oppression qui lui est appliquée, celui du fort au faible, qui est un terrorisme d’État, et qui consiste, par exemple, à enfermer le faible dans des zones concentrationnaires pour mieux le contrôler et le soumettre.
L’exemple du ghetto de Varsovie et de son soulèvement le 19 avril 1943 dans un combat sans espoir « pour votre liberté et pour la nôtre »10 constitue un parfait exemple de ces deux formes de terrorisme: celui de l’oppression et celui de la résistance.
La citation d’un combattant révolté du ghetto de Varsovie devrait aujourd’hui nous revenir en mémoire et nous inciter à réfléchir.
«Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d’ici. Nous voulons sauver la dignité humaine 11.» Arie Wilner (pseudonyme Jurek), soldat de la ŻOB
Peut-on établir un parallèle entre le ghetto de Varsovie et la Zone concentrationnaire de Gaza dans laquelle s’entassent 2 millions de palestiniens sur 352 km² soit une densité de 6000 h/km², le tout sous la haute surveillance, voire les provocations de Tsahal ? Je laisse à chacun le soin de répondre à cette intéressante question.
Enfin, s’agissant de terrorisme au proche orient, il n’a pas jamais été l’exclusivité des palestiniens.
On se souvient du 22 Juillet 1946, et de l’attentat terroriste de l’Irgoun sur l’Hotel King David, 91 tués et 46 blessés.
On se souvient du massacre de Deir Yassin du 9 avril 1948, perpétré par les Israéliens, et qui a fait 254 victimes, femmes, enfants vieillards, assassinés froidement, au point qu’Anna Arendt et Albert Einstein ont co-signé une lettre ouverte le 2 décembre 1948 dans le New York Times, pour dénoncer cette «barbarie.» Menahem Begin, responsable de ce massacre a reçu, lui, le Prix Nobel de la Paix en 1978. https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Deir_Yassin
On se souvient de l’ assassinat le 17 Septembre 1948 de Folke Bernadotte, envoyé de l’ONU à Jérusalem, par le groupe terroriste juif le Lehi (6 balles reçues) et du colonel français André Serot, chef des observateurs de l’ONU (18 balles reçues). Arrêtés pour la forme, les assassins feront 18 jours de prisons pour leur crime. Le tueur de Bernadotte, Yeoshua Cohen sera élu député, et deviendra garde du corps personnel de Ben Gourion. L’impunité, c’est bien ce qui a toujours caractérisé le terrorisme israélien, y compris le terrorisme d’État.
source ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Folke_Bernadotte )
On se souvient aussi du massacre de Tantura de mai 1948 perpétré par l’Armée régulière israélienne. https://www.rfi.fr/fr/culture/20221212-tantura-un-documentaire-isra %C3%A9lien-sur-le-martyre-oubli%C3%A9-d-un-village-palestinien-en-1948
Enfin, l’assassinat d’enfants palestiniens désarmés par les snipers de Tsahal a atteint, pour l’année 2023, qui n’est pas finie, un plus haut depuis quinze ans.
https://www.liberation.fr/international/afrique/en-palestine-le-nombre-denfants-tues-par-les-forces- israeliennes-au-plus-haut-depuis-quinze-ans- 20230829_PBTSUKJ5SNEEVHCSG4DUX2DNXU/ et https://french.alahednews.com.lb/12554/308
Lorsqu’on s’informe correctement, on comprend mieux pourquoi la cocote minute de Gaza a fini par exploser. Pourquoi les hommes ont fini par prendre les armes en si grand nombre tout en sachant qu’ils allaient mourir. Ils ont mis en application la citation du révolté Arie Wilner du ghetto de Varsovie :
«Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d’ici. Nous voulons sauver la dignité humaine 11.» Arie Wilner (pseudonyme Jurek), soldat de la ŻOB.
Question : De nombreuses rumeurs indiquent que la gouvernance israélienne aurait été prévenue de cette attaque du Hamas et aurait laissé faire. Que pensez vous de ces affirmations ?
Réponse DD : Je ne peux confirmer ce scénario sans preuves suffisantes, très solides et incontestables. Je me limiterai donc à admettre que ce scénario est non seulement plausible mais probable. Il a d’ailleurs été rapporté par des journaux israéliens et repris dans plusieurs pays.
Le premier ministre israélien Netanyahu était en grande difficulté sur son projet visant à réformer la Justice et sur ses démêlés personnels avec la Justice de son pays. La population israélienne était profondément divisée en ce début de mois d’Octobre 2023. Rien de tel qu’une grande peur et qu’une petite guerre pour refaire l’unité du pays face à un ennemi commun surtout lorsqu’on connaît le cynisme et le jusqu’au boutisme du personnage Netanyahu, nominé treize fois, sur les treize éditions annuelles, au palmarès confessionnel de l’influence du Jerusalem Post.
Voir et revoir les deux très courtes vidéos suivantes :
et surtout celle adressée en Pièce Jointe sous le titre: La méthode Netanyahu (sous titrée en français)
Question: Quelles conséquences, selon vous, pour le Proche Orient et pour le monde de cette attaque d’Israël par le Hamas ?
Il est difficile et sans doute trop tôt pour en faire l’inventaire exhaustif.
Le soutien financier et militaire des USA à l’égard d’Israël se fera probablement au détriment du soutien à l’Ukraine. Comme à leur habitude, les européens suivront l’exemple de leur maître US. L’évolution du rapport de force en défaveur de l’Ukraine va donc s’accélérer et faciliter la victoire militaire de la Russie lorsque celle ci estimera le moment opportun. A mon avis, pas avant l’été 2024 pour la signature d’un traité de paix après la capitulation sans condition de l’Ukraine.
Sur le plan économique, le niveau de production et de livraison de l’énergie ( gaz, pétrole) pourrait être impacté. Les pays du Golfe et la Russie, très concernés par la crise israélo palestinienne, et qui détiennent les clefs de l’approvisionnement énergétique mondial, décideront ensembles de la conduite à tenir en fonction de l’évolution des événements en Palestine et autour. Une crise énergétique n’est pas à exclure pour l’occident, ce qui viendrait accentuer son déclassement dans la hiérarchie économique mondiale.
Notons, pour mémoire, que la position des BRICS sur le problème palestinien est clairement une solution à deux Etats dans les frontières de 1967. Cette position a été réitérée à plusieurs reprises dans les déclarations finales concluant les sommets annuels des BRICS depuis 2008. Tous les États BRICS ont reconnu l’État palestinien dans ses frontières de 1967 à l’ONU.
Sur le plan médiatique, le conflit israélo-palestinien, nouvel os à ronger, va réduire d’autant la focalisation sur l’Ukraine. Les experts de plateau TV vont devoir se reconvertir en experts du Proche et du Moyen Orient. Jugés sur leur aptitude à relayer les narratifs otaniens de leur gouvernance respective, ils devraient réussir leur reconversion sans problèmes …
Sur le plan géopolitique, on devrait voir s’affirmer toujours davantage les diplomaties de la multipolarité, reconnues plus « impartiales » hors de l’entre-soi otanien, face aux diplomaties moribondes de l’occident global, soumises à l’hégémon Israélo-US, dont elles sont devenues les proxies au fil du temps.
13 octobre 2023
*Dominique Delawarde, général (2s), ancien chef du bureau Situation-Renseignement-Guerre Électronique de l’Etat-major Interarmées de Planification Opérationnelle.
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