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  • Laure Lemaire-Connaître l’Histoire, pour lutter au Présent et construire l’Avenir . La création de l’entité sioniste et de l’état palestinien

    Laure Lemaire-Connaître l’Histoire, pour lutter au Présent et construire l’Avenir . La création de l’entité sioniste et de l’état palestinien

    Le nom Palestine désigne la région située entre la mer Méditerranée et le désert à l’Est du fleuve Jourdain et au Nord du Sinaï. Si le terme « Palestine » est attesté depuis le –Ve siècle par Hérodote, historien grec, il est officiellement donné à la région par l’empereur romain Hadrien au +2e siècle, désireux de punir les Juifs d’Israël et de Judée, de leur révolte en +132135. Elle n’est pas clairement définie, centrée sur les régions de la Galilée de la Samarie et de la Judée. Ses limites sont au Nord la Phénicie (les Sémites Cananéens) et le mont Liban (les sémites Araméens)et au Sud la Philistie (arrivés avec les Peuples de la Mer depuis l’Europe) et l’Idumée.

    Au cours de l’Antiquité, les populations juives se sont dispersées, d’abord autour de la Méditerranée et au Moyen-Orient, puis en Europe. Mais indépendamment des origines géographiques des communautés, les Juifs ont toujours affirmé leur nostalgie de Jérusalem comme dans le psaume 137 composé lors du 1° exil à Babylone au -6e siècle:

    « Si je t’oublie jamais, Jérusalem, que ma droite me refuse son service ! Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies ! »

    Depuis la destruction du Temple en +70, à la suite de la 1° guerre judéo-romaine de 6673, une partie des Juifs exprime le désir de se rassembler en « Eretz Israel ». Tous les ans durant la fête de Pessa’h, le souhait L’an prochain à Jérusalem est prononcé, et des petits groupes de Juifs religieux se rendent en Terre sainte, surtout vers les 4 villes saintes de Safed, TibériadeHébron et Jérusalem.

    À l’époque des Croisades (1099-1299), le Pérée au nord-est de la mer Morte, la Batanée et la Décapole, à l’Ouest du Jourdain y étaient attachés. Historiquement, elle correspond à Canaan, à la Terre d’Israël et fait partie de la région de Syrie (Syrie-Palestine). Dans la tradition abrahamique, elle est la Terre promise aux enfants d’Israël, la Terre sainte du christianisme avec le tombeau de Jésus à Jérusalem et une terre sainte de l’islam avec le passage du prophète.

    Les Arabes musulmans(de la péninsule arabique) qui ont conquis la Palestine sur les Byzantins (empire romain) dans les années 630, divisent la province qu’ils appellent al-Sham en 5 districts dont l’un garde le nom de « Palestine »Filastīn (Philistins) et s’étend du Sinaï jusqu’à Akko  (Saint-Jean-d’Acre) ; son chef-lieu est d’abord Ludd puis, dès 717, ar-Ramlah et plus tard Jérusalem. Les autres villes sont RafahGazaJaffaCésaréeNaplouse et Jéricho. Ce district de « Palestine » était bordé au Nord et à l’Est par celui de « Jordanie », al-Urdunn, qui avait pour capitale Tibériade et incluait Akko et Tyr. Les frontières entre ces 2 districts ont plusieurs fois varié. Au 10e siècle, les Croisés y fondent le .royaume latin de Jérusalem Après leur défaite au 13° siècle, les districts arabo-musulmans sont réintroduits, mais leurs frontières sont sans cesse redéfinies. La période ottomane (musulmans) va de 1291 à 1917, y compris la parenthèse mamelouk. À aucun moment, la Palestine ne forme une entité administrative distincte. La « Syrie » est divisée en 9 « royaumes », dont les royaumes de Gaza (avec Ascalon et Hébron), Karak (avec Jaffa), Safed (avec AcreTyr et Sidon) et Damas (avec Jérusalem). Au milieu du xive siècle, le système des districts est réinstauré, et des divisions régionales se succèdent comprenant des villes comme Ramla, Ascalon, Hébron, NaplouseTibériade est le chef-lieu d’« Hauran ». Safed devient le refuge des érudits après l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492.

    Au cours de la 1° Guerre mondiale, les Britanniques conquièrent à l’Empire ottoman une bande de territoire limitée au Sud par la ligne Aqaba à Bassora et au Nord par la ligne Acre à Damas et à Mossoul. La Grande-Bretagne publie la déclaration Balfour en novembre 1917.

    Le terme sionisme fait référence au « retour à Sion »,  Sion étant le nom de la colline sur laquelle fut bâtie Jérusalem, et par extension la terre d’Israël, correspondant à peu près à Canaan, à la Terre sainte, ou à la région de Palestine. Ce mouvement apparaît en Europe centrale et orientale au xixe siècle. Il plonge ses racines dans la tradition religieuse et dans la nostalgie des consciences juives de l’exil, et prend son essor dans le contexte des aspirations nationales du 19° siècle (unification de l’Allemagne et de l’Italie). A la suite du rapport de Charles Netter sur la Situation des Israélites d’Orient, l’Alliance israélite universelle ouvre en 1870 la 1° implantation juive moderne en Palestine, une école agricole, Mikvé-Israël, près de Jaffa. Le mouvement des Amants de Sion (1882-1895) achète des terres et prône le travail agricole par des immigrants juifs. Face à l’antisémitisme, en Europe de l’Est, le mouvement gagne en popularité auprès des persécutés. Le mouvement sioniste forme à la fois une idéologie avec l’aspiration à un territoire, un « home » juif,.et un mouvement nationaliste. En1882, le baron français Edmond de Rothschild achète de la terre en Palestine ottomane et finance le 1° établissement à Rishon LeZion. L’Organisation sioniste mondiale est créée en 1897. Elle prend de l’ampleur sous l’impulsion de Theodor Herzl , un austro-hongrois qui anime le 1° congrès à Bâle en 1897. Les Juifs de l’empire russe ardents sionistes et travailleurs, émigrent en Palestine, comme Ben Gourion en 1906. A Sejera, ils créent les 1° kibboutz et l’auto-défense. Chaim Weizmann scientifique d’origine russe obtient les 1° reconnaissances internationales : Déclaration Balfour de 1917, puis la Conférence de San Remo et le Traité de Sèvres (1920). Chaim Weizmann, avait trouvé un procédé beaucoup moins chère pour synthétiser l’acétone nécessaire à la fabrication de la dynamite . Il le met au profit de l’Angleterre en 1917, au moment où les Alliés désespéraient de gagner la guerre.

    La Déclaration Balfour est une lettre ouverte datée du 2 novembre 1917 et signée par Arthur Balfour, le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères. Elle est adressée à Lord Lionel Walter Rothschild(1868-1937), personnalité éminente de la communauté juive britannique et financier du mouvement sioniste, aux fins de retransmission. Le Royaume-Uni se déclare en faveur de l’établissement en Palestine d’un projet national « un foyer national pour le peuple juif ». Cette déclaration est considérée comme une 1° étape dans la création de l’État d’Israël.

    Elle fut faite pour assurer aux Alliés l’appui de l’opinion juive mondiale quand en 1917 la situation militaire était parvenue à une phase critique. Elle fut avalisée par tous les Alliés. Après sa publication, une note insérée dans le journal Le Temps en février 1918 officialise à M. Sokolov «  que l’entente est complète entre les gouvernements français et britannique en ce qui concerne la question d’un établissement juif en Palestine. » . Un pacte avec le mouvement sioniste s’avérait utile, expliquera Churchill : « La Déclaration Balfour était une mesure pratique prise dans l’intérêt d’une cause commune à un moment où cette cause ne pouvait se permettre de négliger aucun facteur d’assistance matérielle ou morale. »

    À l’aube de la 1° Guerre mondiale, la Palestine fait partie de l’Empire ottoman, (soutenue militairement par l’Allemagne) qui a déjà perdu au xixe siècle ses territoires européens et le Maghreb jusqu´à la frontière du Maroc. Les convoitises des Britanniques et des Français sont donc en éveil pour « remodeler » la région après la guerre. Les Alliés soutiennent le nationalisme arabe et la Révolte arabe de 1916-1918 contre le dispositif turc. Les troupes britanniques remportent en octobre une victoire décisive à Beer-Sheva, confirmée par la prise de Gaza et de Jérusalem en décembre (un mois après la publication de la Déclaration Balfour).

    L’hostilité arabe au projet sioniste n’est pas unanime. Da’ud Barakat, rédacteur du journal égyptien Al Ahram se félicitaient de l’arrivée de Juifs, pensant qu’ils apportaient la main-d’œuvre, les techniques et le capital nécessaire au développement de la Palestine. Envoyé par le mouvement sioniste pour mener des négociations avec les acteurs du Congrès général arabe, Sami Hochberg rapporte que sur 20 personnalités arabes rencontrées, 2 seulement se déclaraient opposées à toute immigration juive.

    Pendant la guerreKalvarisky témoigne de l’entraide entre Juifs et Arabes, qui n’étaient guère mieux traités par les Turcs. Après la Déclaration Balfour, le chérif de La Mecque Hussein publie « ceux qui sont assez profonds … savaient que le pays [la Palestine] était pour ses 1° fils, en dépit de leurs différences, une patrie aimée et sacrée. Le retour de ces exilés s’avérera, matériellement et spirituellement, une école pratique pour leurs voisins qui sont avec eux dans les champs, les fabriques, les commerces, et en toute chose liée au travail et au labeur » À Jérusalem, le mufti Kamil al-Husayni participa à la pose de la 1° pierre de l’université hébraïque au mont Scopus.

    Après la guerre, durant la conférence de la paix de Paris une négociation directe sous l’égide de T. E. Lawrence a lieu entre Chaim Weizmann, président du Comité sioniste, et Fayçal, fils du chérif Hussein et délégué arabe à la Conférence. Cette négociation aboutit à la signature de l’Accord Fayçal-Weizmann de 1919. Cet accord ne fut jamais appliqué.

    A cette Conférence les alliés en redéfinissent les frontières en la scindant en 4 mandats dont celui de Palestine, entre la mer Méditerranée et le désert de Syrie, ( Israël, la Cisjordanie, la bande de Gaza et la Jordanie. En 1923, lors de l’officialisation du mandat sur la Palestine, et pour respecter les promesses formulées à Hussein ibn Ali, les Britanniques créent un protectorat sur le territoire à l’Est du Jourdain, l’« Émirat hachémite de Transjordanie » .

    La grande révolte arabe (1936-1939) en Palestine mandataire revendique la fin du mandat britannique, la création d’un État arabe indépendant et la fin de l’immigration juive sioniste.

    Cette révolte est un point culminant dans le combat des nationalistes palestiniens mais son échec militaire aboutit au démantèlement des forces paramilitaires arabes et à l’arrestation ou à l’exil de ses dirigeants. Bien que vaincus militairement, les Arabes palestiniens obtiennent le Livre blanc britannique de 1939 qui impose ainsi une limitation de l’immigration juive et du transfert de terres arabes à des Juifs, et promet la création d’un État unitaire dans lequel Juifs et Arabes partageront un gouvernement qui permettrait de préserver les intérêts de chaque communauté. Cette proposition est rejetée par la communauté juive palestinienne.

    Pendant ce conflit qui sera un désastre pour les Arabes palestiniens, la conférence de Bloudan de 1937  a été le sommet panarabe tenu en Syrie. Elle a été convoquée par le Haut Comité arabe en réponse à la Commission Peel qui a recommandé la partition de la Palestine. Elle rejette cette idée et soutient la Grande révolte arabe de 1936-1939 en Palestine  C’est la première manifestation de l’inquiétude collective arabe concernant le mouvement sioniste. Elle affirme que la Palestine fait partie intégrante du monde arabe et son soutien panarabe au mouvement antisioniste en Palestine.

    Avec la révolte, les Britanniques ont considérablement augmenté leur effectif militaire en Palestine. Pour mater la révolte, ils décrètent notamment une politique de « détention administrative » (détention sans fait ni preuve) contre les élites politiques ou les personnes soupçonnées de soutien aux insurgés. La torture est utilisée dans les centres d’investigation des Arabes. Les Britanniques utilisaient aussi le couvre-feu et la destruction des maisons. . Beaucoup de chefs politiques panarabes ont dû quitter la Palestine pour fuir la répression (le Grand Mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini.)

    Le Haut Comité arabe demande à la population arabe de porter le keffieh, faisant passer le nationalisme du tarbouche (signe des élites urbaines loyales à l’empire ottoman) au nationalisme du keffieh, valorisant le rôle de la paysannerie arabe dans la création de l’identité nationale arabe.

    Devant l’impossibilité de trouver une solution et par crainte d’un soulèvement arabe généralisé, les Britanniques promulguent un 3° Livre blanc revenant sur la  Déclaration Balfour en limitant drastiquement l’immigration juive et en interdisant la vente de terre aux juifs. Ils promettent l’indépendance de la Palestine aux Arabes dans les 10 ans. L’application du Livre blanc par les Britanniques s’intensifiera à l’issue de la 2° Guerre mondiale.

    Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies vote le partage de la Palestine entre un État juif, un État arabe. Jérusalem (et sa région) devient une zone internationale.

    Les Arabes rejettent ce partage et une guerre éclate. Le 15 mai 1948, l’État juif déclare son indépendance sous le nom d’Israël avec la reconnaissance immédiate de jure des États-Unis et de l’URSS. Les États arabes voisins envahissent le territoire de l’État juif. En septembre , le Haut Comité arabe palestinien se réunit à Gaza et proclame la formation du gouvernement arabe de toute la Palestine, sans reconnaissance internationale à l’exception de l’Égypte lors de son occupation de la bande de Gaza. À la fin de cette guerre, Israël possède les territoires qui lui ont été alloués par le plan de partage et une partie du territoire initialement alloué à l’État arabe. Des territoires se situant dans le désert du Néguev, le nord de la Galilée et « Jérusalem-Ouest ». Le territoire de la Cisjordanie et Jérusalem-Est sont annexés par la Jordanie, tandis que la bande de Gaza est placée sous administration militaire égyptienne.

    Le mouvement sioniste répertorie 6 grandes vagues d’immigration entre 1881 et 1948. De 1918 à 1948, la population en Palestine mandataire passe de 83 000 Juifs à 650 000. La croissance est due à une forte immigration due à la montée de l’antisémitisme en Europe centrale et orientale dès les années 1920 qui culminera avec la Shoah. L’Agence juive favorise l’immigration par tous les moyens : en 1933, elle passe un accord avec le régime nazi (accord Haavara) pour rendre possible, moyennant finances (banque Leumi), l’émigration des réfugiés Juifs allemands. Le 14 mai 1948, la veille de l’expiration du mandat britannique, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’État d’Israël à Tel Aviv. En mai 1949, il est admis comme État membre de l’ONU et de l’UNESCO.

    En 1948, Israël compte 650 000 Juifs. Dans les 3 années qui suivent, sa population double à la suite de l’accueil de 200 000 personnes déplacées, réfugiés de la 2° Guerre mondiale et de plusieurs centaines de milliers de Juifs du monde arabe. Le mouvement sioniste a organisé l’émigration en Palestine de 15 000 Juifs yéménites entre 1910 et 1948. Ces Yéménites, pour lesquels ont été aménagés des quartiers séparés, ont été exclus des kibboutz, et employés dans les plantations privées pour des salaires inférieurs à ceux des Ashkénazes. Ils ont été effacés de la mémoire sioniste pourtant pionniers, bien qu’ils aient subi des conditions de travail très dures.

    Les Juifs Séfarades de Palestine, s’ils ont parfois participé au programme d’achat de terres initié par les sionistes européens, ont plaidé en faveur d’une intégration du sionisme en Orient, de l’établissement de liens entre les mouvements nationalistes juif et arabe, et entre les cultures hébraïque et arabe pendant la période ottomane, puis sous le mandat britannique. Cette intégration a été rejetée par les Ashkénazes (européens). La presse juive en langue arabe des pays du Moyen-Orient a déploré le refus de recourir aux Juifs orientaux comme médiateurs entre le sionisme ashkénaze et les Arabes palestiniens. Les Séfarades ont été exclus des institutions sionistes, ce qui les a privés de tout pouvoir de décision.

    En 1944, le gouvernement égyptien met en place un groupe d’étude chargé d’en élaborer le projet avec l’aide des Britanniques. Les 6 pays fondateurs sont : l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Irak, la Jordanie, le Liban et la Syrie puis le Yémen du Nord. Mais elle est divisée en 2 camps: l’entente égypto-saoudienne favorable aux projets d’indépendance s’opposant à l’axe hachémite  jordano-irakien enclin à une coopération avec la puissance britannique encore maîtresse de nombreux protectorats et mandats (SoudanPalestineÉmirats).

    La Ligue arabe refuse le plan de partition des Nations unies et proclame le droit à l’autodétermination pour les Arabes de la Palestine ex-mandataire. 5 états arabes déclarent la guerre à l’État d’Israël et des contingents de 4 des 7 pays membres ( l’Égypte, l’Irak, la Jordanie et la Syrie) et l’Armée de libération arabe envahissent le territoire de l’ex-mandat britannique de Palestine. La guerre se solde par la défaite des armées arabes et des milices palestiniennes. Les Palestiniens qualifient cette défaite de « Naqba » (la catastrophe). À la suite de ce conflit environ 700 000 des 900 000 Arabes palestiniens ont fui ou ont été expulsés des territoires qui sont devenus l’État d’Israël. En 1949, Israël signe des armistices séparés avec l’Égypte, le Liban, la Jordanie et la Syrie. Selon ces accords le territoire d’Israël comprend environ 78 % de la Palestine mandataire (soit 18 % de plus que défini par proposition de partition de l’ONU). La bande de Gaza et la Cisjordanie sont occupées par l’Égypte et la Jordanie qui annexe cette région ainsi que la Vieille ville de Jérusalem. Israël sera reconnu dans ces nouvelles frontières mais les annexions de la Bande de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est ne sont pas reconnues par la communauté internationale.

    Le 20 septembre 1948, la Ligue arabe déclare la création d’un gouvernement palestinien, et  un gouvernement arabe de toute la Palestine est établi dans la Bande de Gaza occupée par l’Égypte. Cette décision n’est pas acceptée par la Jordanie qui annexe les territoires qu’elle occupe. Une Assemblée constituante se réunit, élit comme Président le Mufti Hadj Mohammed Amin al-Husseini et prend le nom de Conseil national palestinien.

  • Mohamed Bouhamidi-Les algériens sionistes et l’Universel.

    Mohamed Bouhamidi-Les algériens sionistes et l’Universel.

    Les algériens sionistes  et l’Universel par Mohamed Bouhamidi.

    Le boycott culturel d’Israël serait, aux dires des partisans de relations ouvertes, décontractées et décomplexées avec cet Etat,  une énorme confusion entre culture et politique.

    Pour eux il faut séparer arts, littérature et politique.

    Par nature l’écrivain et l’artiste sont des citoyens du monde, des habitants de l’Universel, non des indigènes de notre insignifiant pays. Ils ne sont en aucune façon tenus par un engagement envers nos causes étroites et limitées. Mieux que le Prophète de Khaliil Djebran qui parlait à un seul village, nos créateurs parlent au monde entier et à chacun des pays. Israël compris.

    L’Univers et sa gloire commencent dans des émissions parisiennes de divertissement culturel chargées de répandre la parole indigène islamophobe qui conforte l’orientation « correcte » du moment politique français.

    Ils se terminent en Israël. Pour Lliédo, Sensal, Kacimi, Allouache. En attendant d’autres.

     il faut en plus s’interdire toute parole critique sur les productions proposées à notre regard. Elles relèvent de la fiction et donc de la libre liberté de création. Il faut aimer ou se taire. Il ne s’agit plus d’artistes mais d’idoles.

    Lliedo, Sensal et Kacimi partent dans leur travail d’une thèse de base : la culpabilité algérienne d’avoir démoli  une société fraternelle construite par la colonisation ou celle d’avoir  confié à un nazi la formation des cadres et officiers de l’ALN.

    Toute réponse à ces thèses politiques relèverait de la censure.  Et nous devons nous taire sous peine d’être traité censeur.

    Il faudrait rappeler quelques vérités de base  enseignées aux élèves des classes terminales.

    Aucune œuvre d’un grand auteur ne repose sur la défense et illustration d’une thèse politique, même si dans toute grande œuvre vous trouvez des trésors d’informations sur la société et sur l’époque évoquées.

    L’artiste le plus universel d’Algérie est Dahmane El Harrachi, suivi d’Idir.  Les hommes de l’autre bout du monde ne vous attendent pas sur l’abstraction d’une idée académique mais dans la réalité des émotions que votre art réveille en eux. L’Universel est votre part d’humanité que vous offrez aux autres pas  une humanité fabriquée à Saint germain des Prés.

    Prétendre à la citoyenneté mondiale n’exempte personne de ses engagements envers les causes humaines de son propres pays. Bien au contraire, elle rajoute le devoir d’engagement envers les causes humaines partagées ou retrouvées dans les parties du monde. Et ces causes humaines sont archi-connues de tous : la lutte contre l’esclavage, contre le colonialisme, contre  le racisme et sa forme particulièrement abjecte d’apartheid, contre la répression des peuples, pour le droit à la vie tout court et à une vie digne et aux services fondamentaux.

    Israël est le concentré des  atteintes aux droits humains : Etat colonialiste, raciste et d’apartheid dont les dirigeants appellent ouvertement au meurtre des palestiniens,  Etat dont les meurtres tuent une proportion considérable d’enfants, qui prive les palestiniens du droit élémentaire à la vie par la confiscation des terres et la destruction de leurs champs et de leurs maisons.

    Être du côté de l’universel, c’est aux côté de ces causes. 

    Les militants du boycott d’Israël préfèrent partager l’Universel de Stephen Hawking, de Ken Loach et du millier d’artistes britanniques, des universités et académies américaines et des intellectuels juifs du monde entier qui appellent au boycott d’Israël.

     M. B

        http://www.impact24.info/les-algeriens-sionistes-et-luniversel/

    http://bouhamidiover-blogcom.over-blog.com/2015/10/les-algeriens-sionistes-et-l-universel.html

  • Mohamed Bouhamidi-Le succès algérien des idées de Bernard Kouchner : des Palestiniens collabos comme argument contre la Palestine.

    Mohamed Bouhamidi-Le succès algérien des idées de Bernard Kouchner : des Palestiniens collabos comme argument contre la Palestine.

    Publié dans La Tribune le 26 – 06 – 2008

    La formule de Bernard Kouchner selon laquelle nous n’avions pas à être «plus palestiniens que les Palestiniens» a connu un grand succès algérien. Elle n’est pas seulement devenue un argument de choc pour ceux qui veulent balayer l’obstacle israélien à la présence algérienne à Paris pour la grand- messe de la création de l’union pour la Méditerranée. Elle surgit à tout propos dès qu’il s’agit de l’UPM comme si, au fond, les autres arguments économiques, sociaux, politiques spécifiques à une analyse de la relation Europe-Algérie ne suffisaient pas. Ne se suffisaient pas.

    Des arguments forts de l’utilité et du bienfait, pour le statut de notre Etat et de nos intérêts nationaux, de cette adhésion au projet européen auraient relativisé la question palestinienne. Mais elle revient par hasard aussi bien dans les discours internes que dans les discours externes sur le mode de la déculpabilisation. Non, ce ne serait trahir aucun idéal national ni de solidarité humaine avec la lutte anticoloniale des palestiniens que de s’asseoir avec le seul Etat du monde à se réclamer d’une promesse divine, d’une origine et d’une nature théocratique et à se voir reconnaître par l’Occident un droit absolu de tuer, d’agresser et de conquérir des territoires, de ne pas avoir de frontières et de faire passer ses intérêts stratégiques, qu’il s’agisse de l’équilibre des armements ou de son accès prioritaire à l’eau, au-dessus de toute considération. Mais l’argument qui veut déculpabiliser désigne précisément une gêne sur le plan de la question qu’il prétend régler : la question de la domination. Kouchner et ceux qui reprennent sa formule nous invitent à ne plus récuser le principe des rapports de domination puisque les dominés suprêmes, les Palestiniens, discutent et parlent avec le dominant suprême, l’Etat d’Israël. En somme, ils veulent légitimer la domination par le dominé car, en droit comme pour les autres domaines, ce qui est légitime est ce qui est accepté et partagé par les gouvernants et les gouvernés, les dominants et les dominés. Les questions de l’Etat et des intérêts nationaux doivent être profondément logées au cœur de l’union pour la Méditerranée pour que ses partisans se donnent tant de peine. Car ils ne se donnent pas que cette peine. L’insistance que cette union doit inaugurer des rapports de partenaires égaux devient suspecte. Quelle égalité de fait peut exister entre des Etats développés, puissants, hégémoniques, économiquement, politiquement, militairement, diplomatiquement et médiatiquement et des pays à peine sortis de la nuit coloniale, absolument sans ressources face aux capacités de planification et de manœuvre des pays du Nord ? Au départ et à la base, il existe bien une relation de domination et la récurrence palestinienne a pour objet à la fois de la masquer et de la dédramatiser en la renvoyant et en la fixant sur un lieu géographique où elle est tragique pour mieux la perpétuer là où elle est restée floue et sans contours.

    Mais le succès d’une formule ou d’un adage ne tient pas à sa force dans le débat. Elle ne peut rencontrer le succès que si elle réveille, en écho, une mémoire culturelle et que si elle répond à des intérêts, des besoins et des aspirations de groupes sociaux qui la reprendront en guise d’emblème ou de morale. Cette formule de Kouchner repose sur une mémoire. «Plus royaliste que le roi», cela existe dans les stocks de notre langage et de notre métalangage. Se moquer de quelqu’un en le qualifiant de plus royaliste que le roi revient à tourner en dérision ses idées ou ses propos. Cela revient surtout à le disqualifier. C’est bien le but profond de la formule de Kouchner et de ceux qui la reprennent. Disqualifier l’adversaire pour ne pas avoir discuté la question et surtout pour ne pas ramener le débat sur les faits, en rester à une désignation massive de l’objet.

    «Plus palestinien que les Palestiniens» ; mais quels Palestiniens ? Du coup, la formulation escamote les réalités palestiniennes, leur insertion dans une histoire, une évolution, des contradictions internes, des luttes entre des orientations et des choix parfois antagoniques, dans des marquages idéologiques et dans des alliances extérieures. Qui se souvient du retour de Sharon au pouvoir et de l’alliance qu’il a scellé avec M. Dahlane et M. Abbas en Jordanie, sous l’œil de Bush et avec la complicité du roi pour isoler Arafat, lui arracher la direction de la Force 17 et des autres services de sécurité puis saper son autorité en accentuant de l’intérieur son isolement dans la Mouqataa ? Ces épisodes de l’alliance secrète entre Dahlane et Sharon ont été admirablement rapportés dans une série documentaire diffusée par Arte et dont le commentaire était lu par C. Enderlain. Aujourd’hui encore, avec un budget américain spécial, l’Autorité palestinienne met à la retraite avec beaucoup d’argent tous les officiers qui ont connu Arafat et travaillé avec lui.

    Les services palestiniens de sécurité doivent être débarrassés des «scories» nationalistes et accepter le rôle que leur assignent Israël et les Etats-Unis : lutter contre le terrorisme ou, en plus clair, assurer la sécurité d’Israël. Evidemment, si l’opinion sait qu’Israël discute avec ses alliés parmi les Palestiniens la formule perd toute force et toute consistance.

    Là-dedans, adieu aux autres courants politiques ou militaires que les médias ont enfoncés dans l’oubli, mettant face à face arbitrairement modérés et extrémistes. Quelles réalités plus complexes cache l’équation et qu’on veut soustraire à notre regard mais que personne ne peut nier complètement tant elles ressurgissent comme révélateur d’une condition commune aux Palestiniens dans leur cas extrême et les autres peuples dominés du sud de la Méditerranée à des degrés divers et dans des formes rendues invisibles ou encore supportables grâce au rôle de relais internes de certains régimes ?

    Bien sûr, Kouchner ou nos compatriotes séduits ne nous disent surtout pas de quoi discutent ces Palestiniens devenus la norme désirable. De la création d’un Etat palestinien. Et tout au long de cette «reconnaissance mutuelle» israélo-palestinienne et de ces négociations qui durent, qui durent, qui durent depuis si longtemps, l’opinion a l’impression que le problème est en voie de règlement. Si un attentat se produit, si une protestation s’élève que les médias ne peuvent étouffer, on organise une rencontre et des points de presse.

    A une opinion «étonnée» que le problème reste en suspens depuis si longtemps, on va servir le même stratagème : c’est en cours, ça vient, on arrive. Le problème que plus personne ne peut cacher est qu’il n’existe plus de base territoriale pour créer un Etat palestinien. Un Etat palestinien est impossible. Matériellement impossible. Le peu de zones sous le contrôle de M. Abbes sont séparées par des colonies. Sans rire, Israël a proposé de les relier par des tunnels et par des ponts. Sans rire ! Et tous ceux qui disent qu’il est temps aujourd’hui de créer l’Etat palestinien savent que cet Etat est illusoire. Mais ils savent de quoi ils parlent : la sécurité d’Israël.

    Ils doivent pour cela former une police chargée de surveiller les bantoustans palestiniens ou leurs réserves indiennes. Le président français le sait comme le savent tous les autres. Le discours qu’il a servi à la Knesset sur l’urgence d’un Etat palestinien n’a pas d’autre contenu. Israël peut maintenant, et il le doit aux yeux de certains de ses amis, tolérer cet «Etat» entièrement au service de sa sécurité. Mieux, il y a intérêt.

    Des Palestiniens réduits par les coups, le sang, la douleur, la faim, la misère, les souffrances sans fin à quémander juste le pain sans la dignité et prêts à prendre sur eux de punir leurs enfants tentés par la révolte. Il ne suffit pas de nous dire que des Palestiniens (et non LES Palestiniens) discutent avec Israël. Il fallait aussi nous dire de QUOI ils discutent. Et le modèle des rapports d’Etat à Etat qu’on nous chante ou qu’on nous vante s’éclaire d’un jour sinistre : des Etats qui demandent à d’autres d’être leurs supplétifs et leurs gardes frontières. C’est cela le modèle auquel on nous invite de l’intérieur de notre pays ? Par ignorance des faits, par intérêt, par insouciance ? Au moment même où la parodie de négociations ne réussit plus à donner le change, Tzipi Livni vient de confirmer l’irréductible avancée coloniale. Elle a demandé aux Arabes israéliens d’admettre le caractère juif de l’Etat d’Israël. En clair, cela signifie que l’Etat d’Israël ne peut être que l’Etat des Juifs et qu’ils doivent se préparer à quitter les lieux. Bush avait dit la même chose à la Knesset. Les Israéliens font toujours ce qu’ils disent. Leur hégémonie et leur puissance ont atteint un tel degré, les régimes arabes voisins sont dans un tel état de sujétion et enchaînés dans une alliance anti–iranienne menée par l’Etat sioniste et par les Etats-Unis que le plan d’épuration ethnique réclamé par les «extrémistes» sionistes passe dans le programme des autres partis. Nous en sommes à peine à la phase de préparation psychologique mais cela se fera. Mais quand donc de tels renoncements ont-ils commencé ?

    M. B

  • Mohamed Bouhamidi-Des sites anti-palestiniens dans la blogosphère en Algérie. Des positions racistes y sont exprimées

    Mohamed Bouhamidi-Des sites anti-palestiniens dans la blogosphère en Algérie. Des positions racistes y sont exprimées

    Publié dans La Tribune le 12 – 06 – 2008

    L’union pour la Méditerranée n’occupe pas que les espaces des journaux papier. Elle squatte littéralement la blogosphère et les débats électroniques dont l’anonymat libère les intervenants de beaucoup de tabous et, parfois, de toute précaution de langage. A côté de remarquables contributions ou éclairages, vous trouvez, pêle-mêle, des raccourcis, des poncifs mais surtout des positions et des idées que nos médias ne peuvent laisser s’exprimer, non seulement pour des raisons de convenance mais aussi pour des motifs plus politiques. Racisme et haine s’expriment librement dans ces espaces ouverts qui ont le mérite de mettre au jour et dans sa nudité le refoulé d’une pensée politique qui existe et qui n’est souterraine que par les tabous qui paralysent la pensée légale. Mais l’importance de ces positions dans l’ensemble de ces interventions montre bien que le silence médiatique ne fait que retarder leur examen critique en compliquant encore plus le débat quand les conditions ou la conjoncture le rendront inévitable. Pourtant, ces positions méritent qu’on s’y arrête, des plus vulgaires aux plus sophistiquées.

    La position la plus expéditive autour de cette question de l’UPM reste celle du racisme. Les Palestiniens ont tort et n’ont que ce qu’ils méritent parce qu’ils sont des Arabes. La comparaison est vite faite entre un Israël démocratique et des régimes arabes corrompus, autoritaires, héréditaires qui prendraient en otage la question palestinienne pour détourner leurs peuples des vrais problèmes. Pas un mot sur ces «vrais problèmes» mais la solution, pour ces Algériens, est toute prête. En finir avec l’identité arabe et musulmane et choisir la voie ouverte par l’Europe, celle de la démocratie, des droits de l’Homme, de l’ouverture, etc. Comment concilier l’idée des droits de l’Homme, de la démocratie et de l’ouverture avec une position raciste ? Dire que les Palestiniens méritent le sort qui leur est fait parce qu’ils sont arabes et qu’ils portent toutes les tares des Arabes et de leur régime relève du pur racisme. Evidemment, ce racisme se glisse dans des explications «politiques», la nature des régimes arabes mais une explication politique qui reprend le postulat. En étant des régimes arabes, ils n’appartiennent plus aux catégories politiques connues sous les désignations de libéraux, de socialistes, de nationalistes, d’Etat dominant ou dominés, d’Etats féodaux ou capitalistes dans lesquels on classe, en général, les Etats selon leurs options. On les désigne par l’identité linguistique en établissant l’équation à peine non dite que justement ils sont corrompus, despotiques ou autoritaires, héréditaires parce que arabes. L’identité de ces régimes arabes devient en sous-main une fatalité raciale ou culturelle, ce qui revient au même. Du coup, les porteurs de ces idées ferment toute approche historique de la situation politique du Monde arabe. Ils sont comme cela parce qu’ils sont arabes. Bel exemple de cohérence chez des partisans d’une adhésion aux valeurs européennes et d’une ouverture à l’Europe : ils commencent par lui emprunter le racisme. Mais dans leur innocente naïveté, ne lui empruntent-ils pas la quintessence de ses positions idéologiques, le postulat qui explique ses conduites : le sentiment de supériorité. Car, de quelque point de vue qu’on le prenne, le racisme est la croyance active et le plus souvent meurtrière de la supériorité d’une race sur les autres ou de l’infériorité d’une race parmi les autres. Discourir sur une malédiction arabe, un destin lié à la langue, la culture ou la race revient dans toutes les nuances et les détours à postuler à une nature des Arabes, à une essence arabe immuable. Cela revient à les extraire de l’histoire, des conditions historiques, donc des variables, qui ont pu les amener à vivre cette situation. Mais c’est aussi la plus courte des esquives pour élider l’incroyable diversité des options politiques, des régimes, des alliances et des luttes qui fragmentent ce Monde arabe. Le racisme présente cet avantage de créer un monde irréel qui arrange les affaires des racistes car, au fond, est-ce bien les régimes arabes qu’ils attaquent quand tout le monde sait les liens stratégiques qui les lient à cet Occident ? N. Sarkis a révélé cette semaine à Alger que le but réel du prix faible du baril du pétrole a été arrangé par les Américains avec l’aide active des Saoudiens pour mettre l’URSS en difficulté, propos venus en écho involontaire à une déclaration de Gorbatchev qui affirmait qu’avec le prix actuel du pétrole l’URSS ne serait pas tombée. L’Arabie saoudite venait de jouer le rôle de gendarme pétrolier. Tout dans le Monde arabe indique l’intensité des liens de certains régimes avec cet Occident, Europe et Etats-Unis confondus. On ne peut retourner contre ces régimes l’argument d’un modèle occidental dont ils sont de fervents amis mais sur le fond, pas sur la forme ; sur le fond du choix du capitalisme et de ses corollaires : l’abandon de tout ou partie de la souveraineté nationale et l’acceptation du rôle d’Etat vassal. Bien sûr, derrière se profile tout le spectre des groupes sociaux qui ont compris que leur propre développement capitaliste exige un arrimage aux centres vitaux de ce système. Ces régimes arabes qu’ils stigmatisent sont, dans leur diversité culturelle et formelle, l’exacte mesure de ce qu’ils nous invitent à devenir. Pourquoi les attaquent-ils alors qu’en réalité, par leur apologie du modèle occidental, ils n’aspirent qu’à leur disputer leur place ? Mais ils ne les attaquent pas. Ils les jalousent.

    En fait, ils attaquent les peuples arabes. Ils les couvrent de quolibets et dans leurs souffrances les plus profondes. Jamais les Européens plus avertis par l’exercice de la domination des peuples et du prix qu’il faut parfois en payer ne se laisseraient aller massivement à de tels propos. Parler ainsi du peuple palestinien en butte à l’une des dominations les plus féroces de l’histoire de l’humanité n’est pas seulement indigne du point de vue moral. Car le point de vue moral ne compte pas et il est inutile de rappeler à beaucoup que ce peuple ne dispose ni de montagnes, ni de forêts, ni d’espace pour opposer une guérilla efficace et, au lieu de lui rendre hommage pour la lutte terriblement inégale qu’il mène, des Algériens l’accablent.

    C’est voir tout de suite de quel côté ils se situent et d’abord par rapport à notre propre guerre qui nous avait mis dans un tel besoin du soutien international. Mais comment attaquer les peuples arabes confrontés aux épreuves de résister à la domination impérialiste et de ses relais internes quand les Etats-nations nés des indépendances ont échoué dans leur court temps historique à assurer le développement économique, laissant ouvertes toutes les portes à une écriture du nouveau mythe colonial que c’était mieux avec les colons ? Comment les attaquer quand ils subissent déjà les pressions de courants politiques ouvertement alliés à l’Occident dans ses menées contre les Etats-nations arabes au nom du califat, puis en Afghanistan et qui continuent aujourd’hui la plus grande entreprise idéologique jamais menée d’enferrer nos peuples dans les évitements religieux, faisant des aspects vestimentaires des questions plus vitales que celles du pain et de la domination étrangère ; l’étranger n’étant plus vilipendé que pour les risques qu’il fait courir à notre domination sur nos femmes ? Comment, donc, les attaquer quand on attaque en même temps les pires alliés de ce modèle tant vanté par ailleurs ? En les attaquant dans ce qui constitue leur refus du renoncement : leur culture, leur identité linguistique et religieuse et en tournant ces dernières en dérision, en tares a-historiques et éternelles. En fatalité. Bien avant nos racistes nationaux, tous les colonialismes et tous les systèmes de domination avaient compris que le principal obstacle à la domination de certaines régions du globe tenait à leur long passé de brillantes civilisations. On ne peut soumettre durablement des peuples qui ont produit ces merveilles et à qui leurs histoires délivrent constamment la mémoire de la grandeur. Et bien avant nos petits racistes, des hommes en charge du destin du monde avaient relevé que les lignes de confrontation durable épousaient les frontières immatérielles des civilisations et ce n’est pas un hasard du tout si le monde qui s’éveille et entre en compétition avec l’Occident le fait avec les apports de civilisations millénaires ou plus récentes. Diviser politiquement le Monde arabe, le dévitaliser moralement en aidant les courants idéologiques capables de le détacher des réalités du monde, annihiler la mémoire de sa civilisation participent de son désarmement moral. Mais l’aspect indigne au plan moral ne doit pas dissimuler les aspects politiques autrement plus importants. Stigmatiser les Palestiniens et répéter après Kouchner que nous n’avons pas à être plus palestiniens que les Palestiniens revient à les charger d’une autre tare dont ils ne sont surtout pas comptables. Les Palestiniens se mettent à la même table que les Israéliens parce qu’ils sont dominés mais aussi parce que, dans toute guerre, même la nôtre, il faut bien conclure avec l’adversaire. Mais quel est le fond de cette image ? Nous mettre dans le même statut que les Palestiniens et nous demander de reconnaître la domination d’Israël ? Tout à fait, mais sur un autre registre, infiniment plus grave sur la question de l’Etat. L’Etat d’Israël étant démocratique, il devient par cela infiniment supérieur à ces régimes arabes. Du coup, parce qu’il est démocratique, il devient légitime pour Israël de spolier, de chasser, de tuer les Palestiniens car, de toutes les façons, étant arabes, ces derniers vont aller vers le malheur d’un Etat despotique. Nous connaissions les guerres préventives, nous voilà en pleine prévention des despotismes futurs. Pour ne pas subir la domination de vos frères, acceptez la domination des autres. Quelle dialectique ! Mais si révélatrice ! Les Etats démocratiques ont vocation à dominer le monde. Cette nouvelle version de la colonisation énonce que la démocratie n’est pas seulement un régime politique mais un modèle supérieur. Le racisme change de mots mais reste entier dans ses postulats. Le problème est que les missions civilisatrices de l’Occident hier dans leur forme coloniale et les missions actuelles de l’Occident de démocratisation du monde fonctionnent avec les mêmes arguments : ceux du canon. Et comme hier, ils trouvent chez les peuples visés les relais idéologiques, politiques et, si nécessaire, les nervis pour les bases besognes. L’argument ne manque pas de sel pour les Algériens. C’est que nous avons combattu la domination coloniale d’un Etat démocratique et le raisonnement par le résultat reste que nous aurions dû rester sous domination française au lieu de passer sous celle du «système». Imparable. Et la correction est si facile à faire, il faut retourner sous la tutelle des démocraties européennes en tirant toutes les leçons quant aux idées dévastatrices de libération nationale, de construction d’un Etat national, etc. Les Palestiniens, une fois de plus, ne sont là que comme prétexte à ceux qui dénoncent leur prise en otages. Décidément, ils n’arrivent pas à ne pas ressembler à ces dirigeants arabes qu’ils brocardent.

    Mais enfin, il faut bien aussi régler cette question palestinienne pour nous-mêmes. Suivons les conseils de ces inspirés démocrates et asseyons-nous à la même table qu’Israël. Quels vont être nos rapports avec cet Etat ? Des dizaines de pays viennent de signer une déclaration pour l’interdiction des bombes à sous-munitions. Israël a refusé de le faire. Israël refuse qu’on parle de son arsenal nucléaire et aucune inspection n’est tolérée dans son pays. Israël refuse de se tracer des frontières. Israël revendique un accès prioritaire et obligatoire pour toutes les ressources en eau de la région. Israël ne reconnaît aucune loi humaine quant à son mode d’existence et ses relations avec ses voisins car il procède d’une promesse de Dieu. Israël stigmatise toute critique quant à ses actes sous l’intitulé de l’antisémitisme. Au-dessus de hommes, au-dessus de leurs lois, au-dessus de toute discussion, Israël revendique un statut spécial, quelles que soient les raisons avancées. Suivons les conseils de nos petits racistes et reposons la question : s’asseoir avec Israël revient-il à lui reconnaître le statut spécial et dominant qu’il réclame les armes à la main, oui ou non ? Les Palestiniens n’ont plus rien à voir là-dedans. La guerre de libération n’aura abouti qu’à accepter un statut inférieur pour notre Etat. Mais pas seulement avec Israël, avec tous les Etats supposés démocratiques. Ce racisme, dirigé en réalité contre les peuples arabes quand il prend les allures d’une critique des régimes dont il ne fait que dupliquer les relations de suivisme, est un sous-racisme. C’est le racisme du dominé à l’égard du dominé, le racisme du dominé en espérance d’atteindre au statut d’égal au dominant en se payant avec des mots et avec cette sorte de sorcellerie que, pour être comme l’autre, il suffit de ne pas être soi.

    C’est un peu plus compliqué et les dominants parce qu’ils sont dominants et riches connaissent depuis que la domination existe combien, parmi les dominés, s’excite et s’exacerbe l’envie de les rejoindre dans leur statut et dans leur opulence. Ils ont besoin de cette envie pour mobiliser domestiques et relais qu’il leur faudra bien recevoir au bas de leurs palais. Ils savent aussi et si bien que le seul spectacle des portes entrouvertes suffit à les enivrer d’avoir approché les maîtres. Et que cela suffit comme récompense. Les Palestiniens n’ont rien à voir dans ces forfaitures. Vraiment rien à voir.

    Que nos racistes assument pleinement et tout seuls en laissant ce peuple à ses souffrances. Elles lui suffisent.

    M. B.

  • Mohamed Bouhamidi-Guerre médiatique contre la résistance palestinienne : Lobby sioniste ou atavisme colonial ?

    Mohamed Bouhamidi-Guerre médiatique contre la résistance palestinienne : Lobby sioniste ou atavisme colonial ?

    Publié dans La Tribune le 15 – 01 – 2009

    L’étonnement ne cesse pas. Comment les médias lourds occidentaux peuvent-ils présenter la guerre d’extermination livrée à Ghaza avec cette partialité ? Comment peuvent-ils ignorer le caractère de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis par Israël ? Comment peuvent-ils rivaliser dans les expressions, les termes, les images qui présentent Israël en légitime défense de cette façon ? Inutile de vous en donner des exemples, vous les connaissez, vous connaissez toutes les astuces. Mais il est utile de rappeler que cet été, cet été seulement, ces mêmes médias occidentaux avaient surmédiatisé la question du Tibet. Ils ont pris parti, avec le même art de la désinformation et du raccourci, contre la Chine. Et au-delà de leur travail d’information, qu’ils n’ont pas fait, ils se sont mobilisés contre la Chine et pour les autonomistes tibétains. La mort de centaines d’enfants, de femmes et de civils désarmés ne vaut pas quelques victimes tibétaines. Le peuple palestinien en quête d’un état depuis soixante ans ne vaut pas les Kosovars pour qui la question a été réglée en quelques semaines sur un territoire reconnu légalement appartenant à la Serbie.

    Cette partialité des médias lourds appartenant aux grands groupes financiers ou aux Etats pose problème. Le plus souvent, on l’explique par la puissance du lobby sioniste qui les contrôle. Les exemples sont nombreux de cette influence du lobby sioniste. Le dernier exemple en est l’écrivain et journaliste de la radio, Labevière, licencié pour avoir réalisé une interview de Bachar El Assad. En réalité, pour avoir constamment maintenu une distance critique avec les thèses sionistes. Cent autres exemples peuvent être cités de ces artistes, journalistes, intellectuels exclus de la couverture de ces médias pour avoir osé un jour ou l’autre ne pas verser dans le soutien sans réserve à l’Etat d’Israël. Pourtant, ces médias, malgré la manipulation des mots, des images, des émotions, n’arrivent pas à conditionner l’opinion publique à cent pour cent. Différentes raisons expliquent le maintien de courants favorables au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et d’un Etat national.

    Ces médias sont complices des frimes israéliennes. Ils sont des soldats sur un front particulier de toute guerre moderne : l’information et la communication. Ils ne sont en guerre juste pour cette expédition punitive sur Ghaza. Ils sont tout le temps en guerre contre le peuple palestinien et sa résistance à la colonisation.

    Jamais guerre médiatique n’a été aussi continue, aussi constante que contre le peuple palestinien. Les parrains d’Israël, américains et européens, ont bien retenu la leçon de la guerre du Vietnam. Une guerre se gagne ou se perd aussi par les images et par l’info.

    Les peuples ne sont pas en cause dans cette affaire. Bien au contraire. Au vu du battage médiatique, il est même étonnant que des millions d’Européens et d’Américains n’aient pas tout à fait perdu la boussole. Les médias ne sont pas les seuls à former l’opinion publique.

    Les traditions politiques, les héritages idéologiques, la force des idéaux de justice et de solidarité, les partis, les associations y contribuent largement.

    Les médias contrarient sérieusement leur influence. Dans bien des cas, ils renversent même, pour un moment, les tendances lourdes des opinions publiques. Ce fut le cas pour l’agression contre l’Irak, pour le renversement de Ceausescu en Roumanie. Des images fabriquées ont permis de porter à son comble l’émotion du public, comme ces histoires de clinique enfantine au Koweït ou celle d’un charnier à Timisoara en Roumanie.

    Longtemps, les citoyens libres, les militants, les justes ont qualifié cette attitude des médias, calquée sur l’attitude des gouvernements occidentaux, de duplicité. Plusieurs formules ont tenté de caractériser cette attitude : «Deux poids, deux mesures», «Droits de l’Homme à géométrie variable». Mais l’explication la plus communément avancée est celle de la puissance du lobby sioniste. La plupart des gens entendent cette formule comme désignant un lobby juif. Mais la plupart des gens ignorent que la grande masse des sionistes est évangéliste, revivaliste, etc., c’est-à-dire chrétienne.

    Le sionisme est plus le fait de chrétiens fondamentalistes ou intégristes que des juifs. Balfour, en signant la déclaration, entendait aussi –et peut-être surtout– appliquer à la lettre les promesses bibliques selon ses propres termes.

    Cette puissance du lobby sioniste compris comme lobby juif est attribué soit à la puissance financière des milieux juifs sionistes soit à une «intelligence juive» qui serait supérieure à celle des autres. A celle des Arabes à tout le moins. Cette explication raciste n’explique rien comme toute représentation raciste. Il faut donc rappeler cette règle simple, simplissime même : un lobbying s’exerce toujours auprès de ses amis, pas auprès de ses ennemis. L’écoute amicale du lobby est l’écoute amicale des ses propres positions et des intérêts des sénateurs et congressistes américains ou européens. Elle a l’avantage de justifier ses projets par la demande d’une «opinion publique» via des associations qu’ils ont financées et soutenues. L’explication par l’argent ne tient pas la route non plus. Avec tous leurs pétrodollars, les Arabes n’arrivent pas à influer sur les gouvernements ou sur les Parlements occidentaux.

    Ces derniers leur ont pourtant donné la parole chaque fois que les régimes arabes ont souscrit aux projets occidentaux, tels que les fumeux dialogues interculturels ou interreligieux. Dialogues dont le principe de base est la réaffirmation que les musulmans peuvent vivre sous la coupe de l’impérialisme sans rien perdre de leur foi et de leur culture. Que la domination impérialiste ne les vise pas en tant que religion. C’est ce que dit Livni en ce moment : elle n’a rien contre les Palestiniens ni contre les musulmans. Elle tape juste sur les extrémistes alliés de l’Iran.

    Cette explication raciste a l’immense avantage de cacher les vraies raisons du succès du lobbying sioniste : les intérêts stratégiques du complexe militaro-industriel et des puissances impériales. Israël devait servir leurs buts. Soumettre le Moyen-Orient, empêcher d’éventuels succès du mouvement d’émancipation mené par les nationalismes arabes, mener des actions de subversion et les guerres que les puissances impériales ne voulaient plus mener. Toute guerre directe occidentale contre l’Egypte de Nasser, la Syrie, le Liban dévoilerait immédiatement son caractère colonial ou néocolonial. Israël était et est l’instrument rêvé pour mener ces guerres. Qui donc a vu, compris ou appréhendé l’attaque contre le réacteur Osirac irakien comme un montage occidental ? Quelle meilleure couverture pour une attaque contre l’Iran que les intérêts israéliens, que la sécurité d’Israël ?

    Les patrons du complexe militaro-industriel, les patrons des compagnies pétrolières, ceux qui gouvernent en leur nom avaient intérêt à créer Israël. Ils ont intérêt à lui maintenir un statut agressif et criminel pour contrer tout nouvel éveil de la conscience nationale arabe. Israël est leur création, leur colonie. Les histoires religieuses à dormir debout sont là pour donner à des millions de juifs les justifications et les motivations d’aller vers cette colonie, d’exproprier les Palestiniens et de les exterminer. Le sionisme est aussi et surtout l’idéologie des grandes multinationales et du complexe militaro-industriel. Hier encore, G. Brown, qui a le mérite de la clarté, a

    demandé aux régimes amis d’assumer leurs accords secrets avec Israël. Il les a pressés de réclamer publiquement et ouvertement le désarmement de Hamas. C’était bien un des buts de cet holocauste. C’était bien un point d’accord de l’axe Riyad- Le Caire-Tel-Aviv avec toute probabilité d’un accord turc et jordanien qui fut vite retiré devant la boucherie. G. Brown leur demande tout simplement

    d’assumer leur rôle de traîtres jusqu’au bout. Pourtant, le même G. Brown a fait une tournée au Moyen-Orient pour exiger l’argent du pétrole contre les effets de la crise. Alors ? Les régimes arabes ne peuvent même pas demander quelque chose en contrepartie de leur argent ? Mais si ! Ils demandent la protection euro-américaine contre le danger iranien. Danger qui menace quoi ? Leur argent ! Les intérêts des oligarchies du Moyen-Orient sont maintenant intimement liés aux intérêts d’Israël et complètement antagoniques avec les aspirations des peuples de la région. Ni le régime saoudien ni celui égyptien ne sont bêtes. Ils ont comme tous les régimes l’intelligence de leurs intérêts. Et ils peuvent organiser des lobbys hyper efficaces contre l’Iran. Ils seront reçus partout, dans les Parlements, dans les chancelleries, dans les télés.

    Partout. Et l’Occident pourra alors dire que les coups portés à l’Iran répondent à une demande de l’opinion publique, etc.

    Quelle naïveté politique et mentale de croire qu’il suffirait de faire du contre-lobbying. Même en mettant toutes les fortunes

    du monde, ce serait un échec.

    Le secret de la réussite du lobbying sioniste est qu’il travaille les intérêts des puissances financières de ce monde et des puissances

    politiques qui représentent ces puissances financières. Proposer le contre-lobbying revient à découpler l’existence d’Israël des intérêts impérialistes. C’est faire croire que les gouvernements américain, canadien, européens sont innocents des crimes d’Israël. Qu’ils sont neutres alors qu’ils sont les commanditaires. C’est tromper les opinions arabes en leur faisant croire à des arbitrages possibles, à un possible secours occidental.

    Mais comment des centaines de milliers de journalistes peuvent-ils se mobiliser autour de ces mensonges ? Si l’explication par le lobby juif ne tient pas la route politiquement, elle ne tient pas la route idéologiquement. A moins de les prendre pour des idiots définitifs, les journalistes occidentaux voient bien le caractère criminel de l’Etat d’Israël. Ils voient bien les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les morts d’enfants, les blocus, la faim imposée à tout un peuple, les punitions collectives. Ils les voient bien puisque c’est l’Europe qui les a inventés et perfectionnés dans ses conquêtes coloniales, dans le génocide des Indiens d’Amérique, dans l’esclavage des Noirs, dans ses guerres coloniales, etc. mais cela fait des siècles de crimes que les Occidentaux ont sur la conscience. Mais, pendant des siècles, ils ont démontré que toute colonisation s’accompagne d’extermination, parfois réussie, parfois ratée. C’est le prix à payer par nos peuples pour que triomphe leur domination qu’ils habillent de vertus de la civilisation ou de celles de la démocratie. Mais ils sont profondément racistes. C’est leur culture, et pas seulement l’influence du lobby sioniste, qui, d’ailleurs, est leur propre création. Si une loi du 23 février vient chanter les effets positifs de la colonisation, c’est que les guerres coloniales ne sont pas achevées dans leurs têtes.

    Et reconnaître que la colonisation israélienne s’accompagne forcément d’extermination, c’est reconnaître le caractère criminel de leurs propres colonies. Une loi du 23 février deviendrait impensable. En défendant le droit d’Israël à se défendre, ils reproduisent leur propre droit à se défendre contre le Vietminh, contre l’ALN, contre l’ANC, contre le castrisme, etc. Ils se défendent eux-mêmes, ils défendent leur propre passé colonial. Ils défendent aussi leur présent puisque leur suprématie passe par la domination des ressources des Arabes. Non, il ne s’agit ni de «deux poids, deux mesures», ni de «droits à géométrie variable», ni d’influence magique mais de détermination à dominer, à continuer à dominer.

    En exterminant. C’est la seule logique. A nous aussi de le comprendre et de nous tirer de leurs pièges «idéologiques». C’est un pas nécessaire.

    M. B.

  • Mohamed Bouhamidi-L’impérialisme humanitaire de Jean Bricmont pour comprendre la frénésie de l’ingérence

    Mohamed Bouhamidi-L’impérialisme humanitaire de Jean Bricmont pour comprendre la frénésie de l’ingérence

    «Le militant anti-apartheid Stève Biko disait que l’arme la plus puissante entre les mains de l’oppresseur est le cerveau de l’opprimé»

    Publié dans La Tribune le 15 – 05 – 2008

    Voilà un livre clé, préfacé par Noam Chomsky, au bout duquel je n’ai envie, pour toute note de lecture, que de produire sur ces deux pages, en grand et en gras, un conseil : «lisez-le !», tant il me semble qu’elle resterait en deçà, bien en deçà, de ce qu’il contient et tant je crains de réduire la complexité du travail à quelques résumés condamnés à raccourcir les chemins qu’elle a empruntés. Jean Bricmont, dans un travail de fouilles impressionnant, n’a évité aucune des difficultés que posait l’examen d’une idéologie tout à la fois dominante, hégémonique et il ne s’agit pas de redondance dans la juxtaposition de ces deux mots, socialement et culturellement meurtrière pour ses opposants et bénéficiant des armes de la bonne conscience et des apparences de son «évidente vérité». Jean Bricmont aborde le thème, renouvelant le travail de Sisyphe de tous ces intellectuels obligés, pour démonter les mensonges, de tout remettre à plat, en questionnant les mots, les idées, les faits, les rapports établis et l’histoire. Il le fait avec un souci constant d’en rester au niveau auquel l’idéologie des droits de l’Homme se targue d’agir et de se légitimer : l’éthique et l’universel auquel prétend toute éthique et sans lequel elle ne serait pas ni ses corollaires comme la liberté et la responsabilité. Bref, Bricmont reste sur le terrain de cette idéologie ne fuyant aucun de ses pièges, aucun de ses arguments, les relevant et les notant un à un, les examinant un à un, leur répondant dans une démarche d’une rigueur certainement nourrie par une grande probité intellectuelle et sa formation de physicien. L’idéologie des droits de l’Homme répond-elle aux critères de validité de l’éthique dont le principal est qu’elle doit être valable pour tous et agir en tant que principe sans égard aux circonstances et aux sujets concernés ?

    Jean Bricmont va déblayer le terrain méthodiquement. Il nous remet sous les yeux des documents qui nous rappellent cette vieille règle, connue de tous et constamment oubliée, que le dominant pense, croit et déclare toujours agir pour le bien dominé ; peu importent les termes employés au cours des siècles, des conditions concrètes, des hommes et de cultures en question.

    L’essentiel reste la structure du sens que se donnent les maîtres face aux esclaves, les seigneurs face aux serfs, les colons face aux colonisés et, aujourd’hui, les puissances impériales face aux peuples. Rappel nécessaire pour dévoiler que le discours actuel sur les droits de l’Homme appartient bien à la sphère des idéologies, et non du droit si on épargne au droit un rôle de représentation sociale, par ses fonctions justificatrices et légitimantes de l’usage de la violence et du permis de tuer de la part d’Etats et de gouvernements. La déclaration des droits de l’Homme reste une déclaration jusqu’au moment où des hommes s’en emparent pour s’arroger un droit sur d’autres hommes sous les différents prétextes de lutte contre les dictatures, la légitime défense préventive, la libération des femmes, etc., toutes préoccupations qui disparaissent dès que l’invasion a eu lieu et que l’occupation s’est installée comme le note l’auteur. Qui se soucie aujourd’hui des femmes afghanes ou de la vie des Irakiens ?

    Mais il ne suffit pas, à ses yeux, de ramener dans nos souvenirs qu’hier on envoyait les canonnières pour nous civiliser et qu’aujourd’hui on envoie les marines et troupes de l’OTAN pour apporter au bout de nos morts la liberté et la démocratie. Si, par essence, les principes sont généraux, l’examen de leur réalisation doit être concrète car c’est bien sur le concret qu’elle agit et c’est bien dans le concret qu’elle doit prouver l’accomplissement de son discours. Méthodiquement, Bricmont reprend les grandes questions autour desquelles cette idéologie s’est déployée, a produit des effets, entraîné l’adhésion passive ou active des opinions publiques, mobilisé médias et militants. Bosnie, Irak, Serbie, Rwanda, Kosovo, Haïti, Afghanistan, Indonésie, Vietnam, Palestine, Congo belge, Cambodge, etc.

    Crimes et crimes

    Une fois établie la nature d’idéologie de ce discours, Bricmont passe au crible ses justifications qui fonctionnent aussi comme mécanismes de culpabilisation de tous et d’intimidation de ses opposants : la passivité qui a permis à Hitler de commettre ses crimes et l’aveuglement qui a permis le Goulag. Mais crimes pour crimes, Bricmont dresse le tableau impitoyable de tous les crimes de masse perpétrés par les démocraties occidentales directement ou les régimes qu’elles ont mis en place à travers subversions et coups d’Etat. La somme en est considérable, des millions et des millions de morts, avec cette différence qu’il s’agit de crimes discontinus dans l’espace et dans le temps. Le lecteur a envie de s’écrier qu’Hitler avait ses camps de la mort et Staline ses goulags mais que les Etats-Unis et l’Occident démocratique ont transformé le monde entier en camps itinérants de la mort. Là où se lève une adversité, les prétextes sont inventés et les justifications préparées pour tuer au nom d’un droit, d’une liberté, d’une démocratie devenus la norme universelle de civilisation. Et il ne s’agit pas de crimes réactifs, émotionnels comme on voudrait nous le faire, en partie, croire après le 11 septembre mais d’une attitude délibérée, réfléchie, très ancienne. Bricmont ouvre son introduction par une citation d’un texte écrit en 1920 par B. Russel, l’éminent scientifique et philosophe anglais : «Il est évident, lorsque l’on considère l’attitude du monde capitaliste face à la Russie soviétique, de l’Entente face aux empires centraux, et de l’Angleterre face à l’Irlande et à l’Inde, qu’il n’y a pas de degré de cruauté, de perfidie ou de brutalité auquel les détenteurs actuels du pouvoir éviteront de descendre lorsqu’ils se sentent menacés.» Pourquoi distinguer entre les crimes et pourquoi discriminer entre les criminels ? Bricmont en cherchera les raisons en remontant loin vers les sources tues de cette idéologie. Il se demande pourquoi Bruxelles conserve la statue d’un criminel avéré comme Léopold qui a fait assassiner des dizaines de milliers de Congolais quand on exige la destruction des statues de Staline. Il nous livrera une citation de Hegel : «Je me souviens d’avoir lu qu’un ecclésiastique fait sonner à minuit une cloche pour les rappeler [les Indiens d’Amérique] à l’accomplissement de leurs devoirs conjugaux, car, livrés à leur propre initiative, même cela ne leur serait venu à l’esprit […] Les nègres représentent l’homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline. Pour le comprendre, nous devons abandonner toutes nos façons de voir européennes. Nous ne devons penser ni à un Dieu personnel ni à une loi morale ; nous devons faire abstraction de tout esprit de respect et de moralité, de tout ce qui s’appelle sentiment, si nous voulons saisir sa nature… on ne peut rien trouver dans son caractère qui s’accorde à l’humain.» (in la Raison dans l’histoire). Les morts noirs ne tiennent pas de la mort humaine et Léopold conservera sa statue. L’idée de la supériorité occidentale a de vieilles racines et l’objection que les humanitaires condamnent et, même, combattent le racisme ne tient pas la route. Qui leur a donné la qualité et le droit de penser que leur mode de vie et d’exercice politique est supérieure à celui des autres ? La réponse est nette : le sentiment que leur modèle est supérieur. Les justifications et les mots ont changé, pas le sentiment d’un statut supérieur. Il n’est pas étonnant de trouver massivement la gauche française dans le gros des bataillons qui demandent à leurs gouvernements d’intervenir et de s’ingérer. La gauche française a été fervente colonialiste et une «missionnaire» du progrès. Elle reste dans sa tradition. Mais demander à son gouvernement d’intervenir, de porter la mort dans les peuples pour leur bonheur et pour les amener à un degré supérieur ne relève plus de la seule idéologie. Cela devient de l’impérialisme. Et le titre du livre de Bricmont s’en trouve pleinement justifié. Il existe évidemment d’autres facteurs, d’autres raisons, aux interventions étrangères et aux malheurs de nos peuples. Bricmont les passe en revue avec une minutie de laborantin. Pourtant, dans un argumentaire que vous allez découvrir implacable, il garde les distances du scientifique à son objet. Il ne polémique pas, ne décrète pas, n’emploie aucun ton péremptoire. Il tranche sur les questions essentielles mais, tout au long de son texte, il débat. Il discute. Il ne coupe les ponts ni ne rompt les possibilités de communication avec la masse des hommes et des femmes qui se sont laissés entraîner de bonne foi dans cet impérialisme humanitaire, et souvent, suite à l’effondrement des anciennes formes de lutte pour la justice et la liberté que représentait le mouvement socialiste. C’est vous dire combien ce texte recèle des valeurs scientifiques couplées à de hautes valeurs humaines. Et s’il existe une éthique, elle bien chez Bricmont. Je vous invite instamment à les découvrir en vous répétant que ni cette note de lecture ni même les citations que je vous ai choisies ne suffisent à refléter toute la richesse et toute l’importance de ce livre.

    M. B.

  • Mohamed Bouhamidi-Le 10-06-2010 : Les fantômes reviennent toujours. Rachel Corrie, la martyre suivi de la lettre de ses parents en date du 16-03-2023.

    Mohamed Bouhamidi-Le 10-06-2010 : Les fantômes reviennent toujours. Rachel Corrie, la martyre suivi de la lettre de ses parents en date du 16-03-2023.

    Publié dans La Tribune le 10 – 06 – 2010

    La photo de la jeune fille a longtemps fait le tour des sites progressistes et anti-impérialistes. Incontestablement, elle était belle et pour ces raisons que nous connaissons sans pouvoir les dire, elle était encore plus belle face au bulldozer. Longtemps, quelques- uns d’entre nous se sont demandé d’où venait cette force d’Israël de mettre à mort cette Américaine, sans rien risquer de son puissant parrain. Le meurtrier qui conduisait le bulldozer avait promis qu’il la tuerait. Il l’a écrasée alors qu’elle s’opposait, un porte-voix en main -un porte-voix contre un bulldozer, vous vous imaginez la scène et la symbolique ?- à la destruction des champs et des maisons palestiniens. Rachel Corrie avait 24 ans et vivait si puissamment son idéal de justice qu’elle avait fait le long voyage en Palestine pour défendre le droit de ses enfants à garder cette terre. Les maîtres du monde, les grands Etats-Unis, ont laissé faire. Le meurtrier savait qu’il ne risquait rien et il n’a rien eu à payer. Pendant longtemps, quelques progressistes arabes, des socialistes non repentis, des anticolonialistes et des anti-impérialistes se sont demandé comment faire connaître le sacrifice de cette jeune Américaine aux Arabes et dans le monde arabe. L’enjeu était primordial. Les Arabes et les musulmans eux-mêmes devaient comprendre que la question

    palestinienne était politique et non religieuse ou ethnique.

    Peut-être plus importante pour les Arabes et les musulmans pour des raisons historiques, culturelles ou religieuses. Mais pas plus

    différente dans sa nature que la question du Vietnam ou de l’apartheid. Pas différente, dans son essence, des autres questions coloniales. Les transformations politiques dans le monde arabe ne nous l’ont pas permis. D’une part, les régimes arabes se sont

    massivement et progressivement mis sous la tutelle impérialiste, chacun pour ses propres raisons. Partout, la politique de l’Infitah a détruit toutes les forces sociales et politiques attachées à l’idée de souveraineté pour livrer les Etats aux castes de l’import/import comme nous l’appelons en Algérie. Partout, ces castes ont d’abord pour ennemi principal les peuples arabes eux-mêmes, qu’elles doivent mater et soumettre en leur inculquant, à coups de répressions répétées, que la seule politique réaliste est celle de s’en remettre aux Etats-Unis et de s’attacher la confiance d’Israël. Ces Etats ou ces régimes n’allaient quand même pas faciliter l’éloge de la résistance d’une militante américaine quand ils se dérobaient aux devoirs minimaux que leur imposait une identité arabe proclamée jusqu’à l’abus. Sur le terrain social, cette espérance des progressistes arabes était encore plus difficile. La conscience spontanée des gens les poussait à voir le problème sous un aspect religieux et avec leur stock disponible de vocabulaire. Et leur stock disponible de notions politiques les poussait et les pousse à recourir au langage religieux mais à un langage religieux ambivalent qui ne renvoie pas aux mêmes significations dans la bouche des simples gens et dans celle des militants islamistes. La différenciation est en train de s’opérer mais à des cadences trop lentes car les relais progressistes au sein de la société –en tout cas en Algérie, il faut voir pour les autres pays- se sont désintégrés après 1988.

    En mars 2004, seuls quelques milliers de personnes à travers le monde ont connu sa mort. En cette période charnière entre mai et juin 2010, des centaines de millions de personnes connaissent son nom. Peut-être des milliards de personnes. Un autre Américain est mort pour que revive le souvenir de Rachel.

    La presse dominante écrit un Turco-Américain. Pourquoi un Turco-Américain et pas un Américain tout court ? Il faut y réfléchir. Peut-être que c’est moins grave de tuer en haute mer, dans les eaux internationales, là où la liberté de circulation est absolue, un Turco-Américain qu’un Américain tout court. Le bateau «Rachel-Corrie» est arrivé après le drame et le meurtre. Neuf morts en tout et cinq disparus. On ne parle plus des disparus. Mais grâce à Rachel Corrie, nous avons appris que l’armée israélienne a mis une sacrée raclée à un bateau américain en 1967 : 34 soldats américains morts dans le bombardement israélien de ce navire de guerre américain en 1967. Que s’est-il passé entre 2003 et 2010 pour que cela change si profondément et que l’ombre de la victime vienne habiter les

    protestations nouvelles et leur insuffler vie et courage ?

    Etre chrétien au Moyen-Orient

    Cette semaine, le pape s’est inquiété de l’avenir chrétien au Moyen-Orient. Il parlait de Chypre. Vers 1970, tout le monde aurait pensé au conflit chypriote qui divisait l’île. Masi à l’époque, les Arabes plutôt musulmans étaient les amis de monseigneur Makarios, le leader chypriote grec, et la Turquie représentait une des nations les plus réactionnaires de l’OTAN dans la région. Les colonels grecs aussi, d’ailleurs, et Mikis Theodorakis, pour ne parler que du plus célèbre des prisonniers politiques grecs, peut en parler.

    Il en a parlé aussi en musique. Israël avait autour de vingt ans ou un peu plus. Partout dans le Moyen-Orient subsistaient ces sociétés multiconfessionnelles. Partout aussi subsistait la mémoire des Ottomans et du califat mort depuis un demi-siècle, à l’époque. Un demi-siècle ne suffit pas à effacer la mémoire. Jugez-en au prisme algérien : cela fait un demi-siècle que nous sommes indépendants et nous parlons de la guerre et de la France comme si c’était hier. Même pour ceux qui sont nés après la guerre. Il faut vraiment des spécialistes pour pénétrer les arcanes de l’Eglise d’Orient. Pourquoi dit-on grecque pour l’Eglise orthodoxe et pourquoi les chefs de cette Eglise étaient-ils justement grecs et non arabes, et cela a-t-il eu un impact sur l’Eglise palestinienne et sur l’engagement des chrétiens de Palestine ? Il faudra le demander à nos amis libanais, palestiniens, syriens pour un éclairage minimum sur l’histoire de cette Eglise d’Orient et ses rapports tumultueux à l’Eglise d’Occident. En dehors de la guerre civile au Liban dans laquelle un aspect confessionnel a recouvert des clivages politiques, le Moyen-Orient a-t-il connu une guerre des confessions significative entre chrétiens et musulmans ? A-t-il même connu des conflits significatifs entre juifs et musulmans, y compris pendant la montée du nazisme ? Aucun historien honnête ne peut avancer cela en dépit de l’alliance réelle entre sionisme et tutelle britannique en Palestine et l’éradication du mouvement national palestinien embryonnaire par les Anglais en 1936. Tous les historiens, au contraire, parleront d’une bonne entente des trois religions dans ces contrées qui ignoraient tout de l’Etat-nation jusqu’à l’arrivée des impérialistes anglais et français. Cette cohabitation s’est maintenue un peu partout sauf en Algérie pour des raisons historiques qui ne relèvent pas du tout de la religion. Force est de constater que chaque intervention extérieure occidentale a activé artificiellement des conflits religieux.

    Cette intervention occidentale voulait dès le départ que, sur les débris de l’Empire ottoman se constituent des Etats confessionnels ou ethniques. Les Anglais et les Français n’ont pas tout à fait réussi à le faire. Mais leur idée de base était de reproduire en Orient leur propre processus historique revisité sur la base des mythes de l’Etat-nation : monolingue, mono-ethnique et mono-confessionnel. Elle est reprise aujourd’hui dans l’idée du grand Moyen-Orient. Elle est en application imparfaite en Irak. La division actuelle entre chiites, sunnites et Kurdes doit, selon les buts israélo-américains, s’approfondir. Et ils vont tout faire pour l’approfondir.

    Quelles sont les premières victimes de ces manœuvres occidentales ? Les chrétiens d’hier et d’aujourd’hui ? Les chrétiens. Nous voyons plus les chrétiens d’Irak. Ils payent un tribut incroyable. Ainsi ces interventions occidentales qui chantent la diversité provoquent des dégâts considérables sur cette même diversité religieuse et sociale pluriséculaire. Est-ce vraiment une erreur ou un dégât collatéral comme on dit ? Pas du tout. Elle est parfaitement calculée dans le projet de partition de ce pays à laquelle ne s’oppose plus qu’un vague sentiment national plus romantique que réel et en tous les cas totalement absent chez les Kurdes travaillés par le désir d’un Etat ethnique et travaillés au corps par Israël dans ce but. La destruction de cette diversité correspond tout à fait aux visions politiques du colonialisme particulier à cette partie du monde. Il correspond tout à fait à la vision sioniste aussi. Les Américains sous l’impulsion des néoconservateurs plus sionistes qu’historiques déclarent à qui veut l’entendre qu’ils réduiront la région à quelques micro-Etats ethniques ou confessionnels incapables de représenter un quelconque danger pour Israël. Pour l’Etat sioniste qui doit être l’Etat des seuls juifs. Le nettoyage ethnique est de toutes les façons en cours. La judaïsation d’El Qods n’est qu’un segment d’une politique entamée en 1948 et courageusement décortiquée et dénoncée par Ilan Pappe dans son livre : le Nettoyage ethnique de la Palestine. Dans les faits, les chrétiens palestiniens émigrent plus facilement et plus nombreux. Si la partition du Liban avait réussi, elle aurait provoqué une des pires catastrophes du Moyen-Orient. Probablement pire que la création de l’Etat sioniste. Et cet Etat ne renonce pas et ne renoncera pas à la partition du Liban pour la question hyper-stratégique de l’eau et pour les raisons religieuses qui font du Sud-Liban un territoire de l’ancienne histoire juive. Le pire ennemi de la diversité religieuse dans cette contrée est la politique occidentale de création puis de soutien inconditionnel d’Israël. Le drame des chrétiens de l’Orient est resté muet pour des raisons religieuses internes à l’histoire de l’Eglise et pour des raisons racistes : il a touché des Arabes. Et finalement, un chrétien arabe reste d’abord un Arabe. Sinon, comment tous ces pays sourcilleux de liberté religieuse peuvent-ils laisser Israël judaïser El Qods, c’est-à-dire à terme ne pas laisser de chrétiens dans cette ville ? A quoi serviront alors les églises ? Au tourisme ? Quel cynisme ! Israël, en incarnant l’idée du peuple élu au-dessus de tous et au-dessus de tout, frappera aussi les croyances des peuples d’Europe. Il frappera leurs valeurs. C’est dans la nature de son projet de tout subordonner à sa survie. Même la partie chrétienne d’une Europe en perte de son âme dans son dernier projet colonial.

    M. B.

    16 mars 2023

    Il y a vingt ans aujourd’hui, le 16 mars 2003, nous avons appris que notre fille Rachel avait été tuée à Gaza. Elle avait été écrasée par un bulldozer Caterpillar D9R, exploité par l’armée israélienne et fabriqué et financé par les États-Unis, alors qu’elle se tenait debout pour empêcher la démolition de la maison d’une famille palestinienne à Rafah. Des membres de la famille ont regardé le bulldozer approcher à travers un trou dans le mur de leur jardin.

    Le voyage de notre famille sans Rachel, mais avec son esprit présent dans nos vies, a commencé ce jour-là. Rachel nous a emmenés avec elle à Gaza et sur la question de Palestine. Elle était là depuis environ sept semaines. Avant son voyage au Moyen-Orient, elle a écrit : « Pourquoi est-ce que je veux y aller ? Je m’organise à Olympie depuis un peu plus d’un an sur les questions de lutte contre la guerre et de justice mondiale et à un moment donné, j’ai commencé à avoir l’impression que il manque à ce travail un lien solide avec les personnes les plus directement touchées par la politique étrangère américaine. »

    Le philosophe anglais George Henry Lewes a dit : « Le seul remède au chagrin est l’action. » L’action de notre famille pour Rachel, pour la Palestine et pour la paix et la justice pour les Palestiniens et les Israéliens a également commencé cet après-midi-là, il y a vingt ans. À l’époque, nous ne connaissions personnellement aucune personne s’identifiant comme Palestinien. Rachel nous a ouvert le monde. Elle nous a béni avec une communauté mondiale.

    En janvier dernier, un membre de cette communauté, le Dr Yasser Abu Jamei, directeur du programme communautaire de santé mentale de Gaza, est venu à Seattle où notre réseau régional de solidarité avec la Palestine s’est réuni pour l’un de nos premiers événements en personne. Le Dr Yasser s’est ensuite rendu à Washington DC où il a partagé ses « demandes » aux membres du Congrès et du Département d’État :

    -Mettre fin au blocus de Gaza.

    – Veiller à ce que les habitants de Gaza aient l’électricité pendant plus de 6 à 8 heures chaque jour.

    – Dénoncer et œuvrer pour empêcher toute agression contre Gaza qui pourrait résulter lors des prochaines fêtes religieuses du projet de police du ministre israélien de la Sécurité nationale, Ben-Gvir, pour le Ramadan.

    – Conditionner l’aide à Israël à son bilan en matière de droits de l’homme.

    Nous pouvons nous souvenir de Rachel et agir pour renforcer les demandes du Dr Yasser en les transmettant à nos membres du Congrès.

    Nous avons parlé aujourd’hui aux habitants de Gaza à travers une vidéo créée par notre ami Ahmed Abu Artema travaillant avec Act for Gaza. Ahmed nous a fait sourire lorsqu’il a raconté comment il rêvait de rencontrer les parents de Rachel Corrie lors de son arrivée aux États-Unis il y a quelques années. Nos collègues de l’American Friends Service Committee ont réalisé ce rêve à Atlanta.

    Nous avons également entendu cette semaine Kareem Nasrallah, qui organise le tournoi de football Rachel Corrie Ramadan 2023 à Gaza. Nous avons rencontré Kareem quand il était un jeune garçon, l’un des enfants de la maison où Rachel a été tuée.

    Yasser, Ahmed, Karim. Ils font chacun partie de notre communauté mondiale, tout comme vous. De nombreuses personnes ont partagé ce voyage de vingt ans avec nous et y ont contribué de manière unique, créative et solidaire. Nous vous sommes très reconnaissants d’avoir contribué à maintenir l’engagement et l’action réclamés par Rachel.

    Il y a vingt ans, à Gaza, elle écrivait dans un petit cybercafé jusqu’aux petites heures du matin pour diffuser des histoires à notre famille, à ses amis et aux médias internationaux. Elle a écrit à propos des enfants : « Je ne pouvais même pas croire qu’un endroit comme celui-ci existait. Mais plus encore : pouvez-vous croire qu’il y a des enfants ici ? Oubliez la peur. Ils me disent ça la nuit. Oubliez la peur. J’ai honte. que j’ai peur pour mon propre corps et que je meurs anonymement dans une maison située dans l’un des endroits les plus peuplés de la planète, où des enfants meurent en martyrs de l’occupation, que nous payons en silence sans jamais connaître leurs noms. Nous avons besoin de plus de monde. je vous aime tous. Rachel »

    Et ainsi, alors que nous nous souvenons et revisitons les paroles de Rachel, après vingt ans, le travail pour nous tous continue.

    En solidarité et avec gratitude,

    Cindy et Craig Corrie

  • Mohamed Bouhamidi-Le 19 – 08 – 2010 : Candide Israël. Comment se transforme la réalité du crime en preuve

    Mohamed Bouhamidi-Le 19 – 08 – 2010 : Candide Israël. Comment se transforme la réalité du crime en preuve

    Publié dans La Tribune le 19 – 08 – 2010

    Finalement, la soldate israélienne ne voit pas le mal commis à mettre en ligne ses photos avec des prisonniers palestiniens ligotés et les yeux bandés. A bien y réfléchir moi non plus je ne vois pas le mal à exhiber l’image d’une réalité cruelle mais d’une réalité quand même.

    Vous aurez noté qu’on lui reproche d’avoir montré des photos de prisonniers ligotés, pas d’avoir ligoté les prisonniers. Cela aurait été, logiquement et concrètement, impossible qu’elle ligote à elle seule les prisonniers. Il fallait bien qu’une escouade de soldats se mobilise pour maintenir l’adversaire au sol et lui passer les liens ; ce qui pourrait amener les quidams que nous sommes à croire que ligoter et bander des yeux constitueraient une pratique ordinaire de l’«armée, la plus morale du monde». Mais du coup, l’image de «l’armée la plus morale du monde» aurait pris un sale coup. Car au fond qui bande les yeux des prisonniers ? Les bandes criminelles ; celles qui veulent cacher leurs itinéraires et leurs geôles clandestines ou celles, tout à fait officielles, qui veulent terroriser leurs prisonniers. Il n’existe aucune utilité pour une armée officielle de bander les yeux de ses prisonniers sauf à vouloir les mettre dans des conditions de torture morale et de leur signifier que l’ignorance de leur trajet et de leur lieu de détention leur promet les pires des sorts et au minimum le pire des sévices.

    Les combattants algériens pour l’indépendance en savent quelque chose. Les combattants des autres peuples qui ont lutté contre les dominations coloniales en savent aussi quelque chose. Le bandeau sur les yeux porte les charges les plus cruelles de la répression. Une armée officielle tenue par ses propres règlements, au-delà de toute «fanfaronnade morale», et tenue par les conventions internationales sur les lois de la guerre et celles de l’occupation, n’a pas besoin de cacher ses actes, ses circuits et ses prisons. Le bandeau reste au minimum la marque de l’opacité, le contraire de la transparence, la preuve par l’aveuglement d’un destin aléatoire.

    Comme pour l’attaque de la flottille de la Liberté, les médias dominants comme les commentateurs israéliens ont tout concentré sur la question de l’image. L’opinion publique a-t-elle déjà complètement oublié le meurtre de neuf humanitaires ? Peut-être pas ; mais dans la mémoire ce qui est resté dans la tête de la plupart des gens est une image : Israël victime de son blocus, Israël piégé par des humanitaires récalcitrants. Encore et toujours Israël en victime.

    Que dit de cette question un officier israélien, le capitaine Barak Raz, un porte-parole militaire ? Ces photos constituent une «grave violation» du «code éthique» de Tsahal. Les photos constituent une grave violation du code éthique de Tsahal. Les photos ? Et la réalité, qu’est-ce que c’est ? Et la réalité des tee-shirts portés par les soldats israéliens qui vantent et appellent au meurtre des Palestiniens ? Ce capitaine a oublié le slogan «1 shot 2 kills». « 1 tir, 2 morts » pour pousser au meurtre des Palestiniennes enceintes ? Ou glorifier le meurtre d’enfants palestiniens ?

    Les soldats israéliens n’entravent pas seulement les prisonniers palestiniens ou leur bandent les yeux. Ils les torturent. Et, comme en Algérie, la recherche du renseignement justifie aussi la torture de civils détenteurs d’une information. Des civils même enfants et même torturés à mort.

    Et d’ailleurs pourquoi parler de Tsahal ? Une armée se dit armée en langue française, pas Tsahal. Adopter ce terme à la suite des médias et des responsables israéliens ne revient pas seulement à adopter leur langage. Imaginez-vous un instant la presse française parler d’ALN pendant notre guerre de libération ? On trouvait le mot FLN vers la fin de la guerre, mais reprendre le mot «armée» de libération conférait de la légitimité à nos combattants. Ils restèrent des rebelles, des «terroristes» pour la guérilla urbaine, des fellagas mais pas des soldats. Parler hébreu en l’occurrence consiste à ne pas nommer la réalité d’une armée et d’une armée d’occupation.

    Parler de Tsahal, c’est reprendre la terminologie sioniste avec l’ambivalence d’un mot étranger dont le sens nous est inconnu. Dans ces cas, le nom ne renvoie plus à un objet puisqu’il est imprécis par notre ignorance de la langue mais il remplit un objectif : celui de devenir un slogan. Une sonorité ronflante ; la sonorité ronflante d’une glorieuse activité ou d’un glorieux sigle. Comme si on disait le Bayern, ou Manchester ou le Barça. La sonorité se relie alors à la puissance au mythe, à la réalisation positive.

    On peut juste espérer que la journaliste de la radio algérienne qui parle «naturellement» de Tsahal au lieu d’armée d’occupation en prenne conscience. Elle ou ses responsables.

    Quand la soldate se défend et ne voit pas où est le mal de publier des photos souvenirs, elle a parfaitement raison. S’il faut cacher les photos, c’est qu’il ne fallait pas faire du tout ce qui lui a été commandé de faire.

    Lisez cet extrait d’une dépêche : «Mardi, l’ex-soldate a adopté un ton défensif dans deux entretiens radiophoniques, affirmant qu’elle n’avait rien fait de mal et que de telles choses se produisaient “tous les jours” au sein de l’armée.»

    Tous les jours, et donc ce n’est pas le pire de ce qui peut se passer car certains jours, c’est particulièrement odieux. Comme laisser attendre des heures des femmes enceintes à des barrages et même laisser mourir des vieillards comme ce Franco-Palestinien pour la mort duquel l’Etat français, ami d’Israël, n’a pas fait de bruit du tout.

    Mais pourquoi accabler une soldate quand les rabbins de l’armée israélienne poussent au massacre et au meurtre des Goyims. Mais que sont les Palestiniens pour ces rabbins ou pour les chefs sionistes en général ? Des insectes, des cafards, des sauterelles qu’il faut écraser, et Bernard Henri Levy, qui s’est fendu d’une récente et longue analyse sur la «bestarisation» du langage politique, devrait balayer devant les portes de son «armée la plus éthique du monde» et de ses chefs si prolixes en langage zoologique. Quel crime aurait-elle commis puisque les rabbins ont bien parlé de guerre de religion et de la nécessité d’exterminer les Palestiniens ?

    Ces rabbins militaires lui ont promis le paradis en récompense de la mort d’un musulman. Alors franchement où est le mal pour elle d’avoir exécuté les ordres de sa hiérarchie et d’avoir monté la garde de prisonniers qu’elle n’a certainement pas entravés toute seule ? Oui franchement où est le mal ?

    Jusqu’à aujourd’hui les nostalgiques [de l’Algérie française] se demandent quel mal ils ont fait en Algérie. Leurs discours de base serinent que nous étions si bien ensemble ! Ils ne voient vraiment pas où est le mal du Code de l’indigénat. Mieux, nous pouvons encore méditer l’«Algérie fraternelle» fantasmée par J.-P. Llédo et d’autres encore.

    Le Code de l’indigénat laissait place à « la fraternité », la domination et le racisme pouvaient laisser place à la « concorde » ? La soldate israélienne n’exprime rien d’autre que ce racisme si profond qu’il «entrave» la conscience que la condition faite à l’autre n’est plus humaine.

    Cette photo avec des soldats israéliens entravés et aveuglés par un bandeau aurait provoqué chez elle des sentiments de colère et d’indignation. C’est au minimum contraire aux conventions internationales sur les prisonniers de guerre. Mais ces Palestiniens sont des prisonniers de guerre. Des prisonniers politiques. On ne sait.

    Présumés terroristes ou présumés menace pour Israël ? Qui aujourd’hui dans cette bouillabaisse exige une enquête pour savoir qui sont ces prisonniers, les motifs de leur enlèvement – avec un bandeau il ne peut s’agir d’une arrestation en bonne et due forme ou alors le bandeau visait à terroriser et amoindrir les prisonniers. Que sont-ils devenus ?Le fait est dissous, les Palestiniens disparaissent dans cette affaire. Il ne reste plus que les tourments des Israéliens victimes de leur innocence.

    Mais oui, il fallait y penser de leur innocence ! Voici ce qu’en dit un expert : «S’exprimant sur la radio militaire israélienne, Eden Aberjil a qualifié d’”irréfléchie” et d’”innocente” sa décision de mettre en ligne les clichés pris en 2008 près de la bande de Ghaza.» Que s’est-il passé en 2008 près de la bande de Ghaza ? D’après Eden Aberjil, la décision de la soldate de mettre en ligne ses photos est irréfléchie et innocente au sens où on dit que tel acte d’un enfant est innocent, c’est-à-dire dénué de mauvaises intentions. Vous pouvez imaginer le dialogue virtuel ou éventuel entre cette soldate et cet expert : «Mais jeune fille, on a trop d’ennemis pour leur donner une occasion gratuite de nous critiquer. Si tu avais réfléchi, tu n’aurais pas mis tes photos sur Internet.» Et tout Israël est victime de l’innocence de sa soldate. Comment aurait dit Voltaire ? Il aurait dit candeur au lieu d’innocente. Israël est si candide face aux loups palestiniens et aux humanitaires turcs. C’est sa candeur qui tuera Israël !

    M. B.

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

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– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Olivia, Paris