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  • Bruno Guigue- MAO ET LA DIALECTIQUE

    Bruno Guigue- MAO ET LA DIALECTIQUE

    Chef révolutionnaire dont le rôle historique considérable est unanimement reconnu – par ses partisans comme par ses détracteurs – Mao Zedong n’est pas passé à la postérité, dans nos contrées, avec la réputation d’un grand théoricien. Alors que sa pensée fait toujours partie du corpus théorique du parti communiste chinois, et ce en dépit des évolutions doctrinales qu’il a connues depuis cinquante ans, son apport dans ce domaine demeure largement méconnu dans le monde occidental, y compris dans les milieux marxistes, et il est généralement mal compris. Ses interventions philosophico-politiques, pourtant, ne présentent pas seulement un intérêt historique. Si elles éclairent tout particulièrement le cours tumultueux de la révolution chinoise, les thèses de Mao sur “la pratique” et “la contradiction” représentent aussi un véritable enrichissement de la théorie marxiste. C’est pourquoi leur relecture, dans le temps présent, me parait toujours riche d’enseignements.

    Afin d’orienter cette réflexion sur la pensée de Mao, voici les principales questions auxquelles je vais modestement tenter de répondre :

    1. La façon dont Mao élabore ou ré-élabore les concepts issus du marxisme s’accompagne-t-elle de véritables innovations théoriques ?

    2. Dans ce travail de clarification théorique, quels rapports la pensée de Mao entretient-elle avec la pensée traditionnelle chinoise

    3. Dans quelle mesure le travail théorique de Mao contribue-t-il à souligner la spécificité de la dialectique marxiste par rapport à la dialectique hégélienne ?

    Les commencements ne sont jamais anodins : lorsque Mao, en 1937, entreprend le travail de clarification théorique qui fait l’objet de la présente étude, le parti communiste chinois est à un tournant de son histoire. Ayant pris l’ascendant sur la direction du parti lors de la conférence de Zunyi en 1935, Mao a fait entériner les orientations essentielles qui mèneront les communistes à la victoire finale : rôle-clé de la mobilisation paysanne pour libérer le pays du féodalisme et de l’impérialisme, stratégie de la guerre populaire prolongée à défaut d’une insurrection urbaine improbable, priorité absolue à la libération nationale et Front uni avec le Guomindang pour chasser les Japonais. Or ces orientations pratiques bousculent les certitudes doctrinales des marxistes chinois. Tout problème théorique appelant une solution théorique, Mao se livre alors à un exercice pédagogique dans des textes qui sont, encore aujourd’hui, d’une importance cruciale pour la compréhension du marxisme sinisé.

    Cet effort d’élucidation a été initié par Mao Zedong en 1937 dans la base rouge du Shaanxi.

    Il aboutira à trois innovations théoriques majeures.

    Le premier de ces textes, De la pratique, a été exposé dans un cycle de conférences à l’École militaire et politique anti-japonaise de Yan’an en juillet 1937. Il s’agit pour Mao d’éclairer ses camarades sur un point de méthode essentiel : qu’est-ce qu’apprendre, comment progresse-t-on dans la connaissance, quel est le rôle respectif de la théorie et de la pratique dans l’acquisition du savoir ? Si l’élucidation de cette question revêt une importance particulière, c’est qu’il s’agit de réfuter un dogmatisme qui, “après avoir rejeté l’expérience de la Révolution chinoise, a nié cette vérité que le marxisme n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action”. Contre cette tendance idéologique, Mao entend montrer que “la théorie se fonde sur la pratique” et que “la vérité d’une théorie est déterminée non par une appréciation subjective, mais par les résultats objectifs de la pratique sociale”.

    Autrement dit, “si l’on veut acquérir des connaissances, il faut prendre part à la pratique qui transforme la réalité. Si l’on veut connaître le goût d’une poire, il faut la transformer : en la goûtant. Si l’on veut connaître la structure et les propriétés de l’atome, il faut procéder à des expériences physiques et chimiques, changer l’état de l’atome. Si l’on veut connaître la théorie et les méthodes de la révolution, il faut prendre part à la révolution”. Car l’essentiel n’est pas de “comprendre les lois du monde objectif pour être en état de l’expliquer, mais d’utiliser la connaissance de ces lois pour transformer activement le monde”. Certes, du point de vue marxiste, la théorie est importante, car, comme dit Lénine : “Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire”. Il n’empêche que si “le marxisme accorde une grande importance à la théorie”, c’est “justement parce qu’elle peut être un guide pour l’action. Si, étant arrivé à une théorie juste, on se contente d’en faire un sujet de conversation pour la laisser ensuite de côté, sans la mettre en pratique, cette théorie, si belle qu’elle puisse être, reste sans intérêt”.

    C’est pourquoi, dans la conduite du processus révolutionnaire, il faut bien prendre soin d’éviter un double écueil. Ne pas tomber, d’abord, dans l’erreur de ces “entêtés” dont “les idées ne suivent pas le rythme des modifications de la situation objective” et qui s’adonnent à “l’opportunisme de droite”. Car “ces gens ne savent pas marcher devant le char de la société pour le guider, ils ne font que se traîner derrière, se plaignant qu’il aille trop vite et essayant de le ramener en arrière ou de le faire rouler en sens inverse. Mais il ne faut pas tomber, non plus, dans l’erreur des “phraseurs de gauche”. Comme “leurs idées s’aventurent au-delà d’une étape de développement déterminée du processus objectif, soit ils prennent leurs fantaisies pour des réalités, soit ils essaient de réaliser de force, dans le présent, des idéaux qui ne sont réalisables que dans l’avenir”. Contre ces deux avatars du dogmatisme idéologique, il faut ajuster la théorie sur la pratique. La stratégie de l’insurrection urbaine ayant échoué, par exemple, il ne fallait pas s’obstiner à la mener coûte que coûte. Cet aventurisme de gauche menait à une impasse dont seule la pratique de la guérilla paysanne a permis de sortir.

    A chaque étape du processus historique, ce sont les enseignements de la pratique qui commandent une inflexion de la stratégie. Car la pratique est fondée sur l’analyse de la situation objective, et la situation objective est elle-même sujette au changement. Si la théorie révolutionnaire peut démontrer sa validité, c’est toujours à l’épreuve de la pratique révolutionnaire. Cette adaptation constante aux réalités, toutefois, atteindra-t-elle un jour un terme définitif, une sorte d’achèvement du processus de connaissance, la vérité s’imposant une fois pour toutes ? Non, répond Mao : “Puisque la pratique des hommes, qui transforme la réalité objective suivant des idées, des théories, des plans, des projets déterminés, avance toujours, leur connaissance de la réalité objective n’a pas de limites. Le mouvement de transformation, dans le monde de la réalité objective, n’a pas de fin, et l’homme n’a donc jamais fini de connaître la vérité dans le processus de la pratique. Le marxisme-léninisme n’a nullement épuisé la vérité ; sans cesse, dans la pratique, il ouvre la voie à la connaissance de la vérité”. Processus sans fin assignable, le progrès dans la connaissance (et dans l’action) est une quête dont le marxisme lui-même, loin de s’ériger en savoir suprême, porte l’interrogation sans limites. En bref, et c’est une conclusion qui vaut d’être méditée, ceux qui identifient le marxisme à une idéologie dogmatique en sont pour leurs frais.

    Si la théorie doit sans cesse se nourrir de la pratique, c’est bien parce qu’il y a une pratique, et que cette pratique affronte une réalité elle-même en mouvement. Dans la transformation ininterrompue qui affecte les formations sociales, on peut sans doute repérer des constantes, des structures permanentes. Mais comme elles sont elles-mêmes affectées par le changement, elles recèlent des contradictions multiples, et c’est en démêlant cet écheveau complexe de contradictions qu’on peut non seulement accéder à la connaissance rationnelle d’une formation sociale, par la théorie, mais aussi et surtout contribuer à sa transformation révolutionnaire, par la pratique. Mais pour y parvenir, il faut toujours “chercher la vérité dans les faits”. C’est pourquoi, au cours d’un nouveau cycle de conférences à l’École militaire et politique anti-japonaise de Yan’an, en août 1937, Mao a élaboré une théorie exposée dans un nouveau texte, De la contradiction.

    A la suite de Marx, Engels et Lénine, Mao adopte le “point de vue de la dialectique matérialiste” selon lequel ”les changements qui interviennent dans la société proviennent surtout du développement des contradictions qui existent à l’intérieur de la société, c’est-à-dire des contradictions entre les forces productives et les rapports de production, entre les classes, entre le nouveau et l’ancien”. C’est l’approfondissement de ces contradictions qui “fait avancer la société et amène le remplacement de la vieille société par la nouvelle”. Tout processus réel, en effet, est de nature contradictoire : “Les contradictions, inhérentes aux choses et aux phénomènes, sont la cause fondamentale de leur développement, alors que leur liaison mutuelle et leur action réciproque n’en constituent que les causes secondes”. Cela signifie-t-il que “la dialectique matérialiste exclut les causes externes ?” Non, mais elle considère “que les causes externes constituent la condition des changements, que les causes internes en sont la base, et que les causes externes opèrent par l’intermédiaire des causes internes”.

    Si le mouvement de l’histoire suit le rythme du déploiement des contradictions existantes, ces contradictions, toutefois, ne sont pas de même nature : elles sont “qualitativement différentes”, et elles ne peuvent se résoudre que “par des méthodes qualitativement différentes”. Par exemple, “la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie se résout par la révolution socialiste ; la contradiction entre les masses populaires et le régime féodal, par la révolution démocratique ; la contradiction entre les colonies et l’impérialisme, par la guerre révolutionnaire nationale ; la contradiction entre la classe ouvrière et la paysannerie, dans la société socialiste, par la collectivisation et la mécanisation de l’agriculture ; les contradictions au sein du Parti communiste se résolvent par la critique et l’autocritique ; les contradictions entre la société et la nature, par le développement des forces productives”. Selon qu’il s’agit de contradictions de classes, de contradictions politiques, ou encore de contradictions entre différentes formations sociales, “les processus changent, les anciens processus et les anciennes contradictions disparaissent, de nouveaux processus et de nouvelles contradictions naissent, et les méthodes pour résoudre celles-ci sont en conséquence différentes elles aussi”.

    Mais s’il y a des contradictions qualitativement différentes, c’est précisément parce qu’il y a une pluralité de contradictions. Il n’y a jamais une seule contradiction, mais plusieurs contradictions, et c’est ce qui fait toute la difficulté de l’analyse. C’est pourquoi il faut discerner, dans enchevêtrement des contradictions, ce que chacune d’entre elles a de spécifique. Ainsi, “dans le processus de la révolution démocratique bourgeoise en Chine, il existe une contradiction entre les classes opprimées de la société chinoise et l’impérialisme ; une contradiction entre les masses populaires et le régime féodal ; une contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie ; une contradiction entre la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine d’une part, et la bourgeoisie d’autre part ; des contradictions entre les diverses cliques réactionnaires dominantes”. C’est ce qui fait que “la situation est extrêmement complexe”. Parce qu’elle est spécifique, chacune de ces contradictions doit faire l’objet d’un mode de résolution spécifique. Or c’est ce caractère spécifique de la contradiction qui est, “pour nombre de camarades, en particulier les dogmatiques, une question où ils ne voient pas encore clair”. Leur erreur, c’est qu’ils ne comprennent pas que “l’universel existe dans le spécifique” et qu’il faut “étudier le caractère spécifique de la contradiction avec une attention particulière”.

    Mais ce n’est pas tout. Si l’on veut résoudre la contradiction dans sa spécificité, il faut aussi saisir correctement “les deux aspects de chaque contradiction” en tenant compte de leurs particularités. Ne pas saisir comme il convient les deux aspects de la contradiction, c’est tomber dans le travers de “l’examen unilatéral” qui consiste à “ne pas savoir envisager les questions sous tous leurs aspects”. C’est ce qui arrive, par exemple, “lorsqu’on comprend seulement la Chine et non le Japon, seulement le Parti communiste et non le Guomindang, seulement le prolétariat et non la bourgeoisie, seulement la paysannerie et non les propriétaires fonciers, seulement les situations favorables et non les situations difficiles, seulement le passé et non l’avenir, seulement le détail et non l’ensemble, seulement les insuffisances et non les succès”, bref, lorsqu’on ne comprend pas les particularités des deux aspects d’une contradiction. Cette attitude revient à “envisager les questions d’une manière unilatérale”, à “voir la partie et non le tout”, à “voir les arbres et non la forêt”.

    Lorsqu’on parle de la contradiction, il est donc important de préciser de quelle contradiction on parle. Car “les contradictions existent dans tous les processus” et on peut dire en un sens que “tout est contradiction”. En sorte que “nier la contradiction dans les choses et les phénomènes, c’est tout nier”. Mais si la contradiction est universelle, “valable pour tous les temps et tous les pays”, elle a toujours un caractère spécifique, et il faut distinguer soigneusement “la contradiction principale et l’aspect principal de la contradiction “. Dans le processus de développement d’un phénomène, en effet, il y a toujours une “contradiction principale”, dont l’existence et le développement déterminent l’existence et le développement des autres contradictions. Dans la société capitaliste, par exemple, “les deux forces en contradiction, le prolétariat et la bourgeoisie, forment la contradiction principale”. Quant aux autres contradictions, comme “la contradiction entre la classe féodale et la bourgeoisie”, la “contradiction entre le prolétariat et la petite bourgeoisie paysanne”, la “contradiction entre la démocratie et le fascisme au sein de la bourgeoisie”, les “contradictions entre les pays capitalistes et les contradictions entre l’impérialisme et les colonies”, elles sont déterminées par la contradiction principale.

    Comment se présente la contradiction principale dans la Chine actuelle ? “Dans ce pays semi-colonial, la relation entre la contradiction principale et les contradictions secondaires forme un tableau complexe”. A quoi tient cette complexité ? “Quand l’impérialisme lance une guerre d’agression contre un tel pays, les diverses classes de ce pays peuvent s’unir temporairement dans une guerre nationale contre l’impérialisme : la contradiction entre l’impérialisme et le pays considéré devient alors la contradiction principale, et toutes les contradictions entre les diverses classes à l’intérieur du pays (y compris la contradiction, qui était la principale, entre le régime féodal et les masses populaires) passent temporairement au second plan et à une position subordonnée”. C’est cette analyse, pour Mao, qui fonde sur le plan théorique la stratégie du Front Uni anti-japonais. Et c’est cette stratégie du Front Uni dont la validité sera également vérifiée par la pratique, puisqu’elle aboutira à la victoire contre l’envahisseur japonais.

    Ainsi, dans un processus historique, toutes les contradictions ne se valent pas : elles sont inégales, et il faut toujours distinguer la contradiction principale des contradictions secondaires. Mais il y a une seconde inégalité. Qu’il s’agisse de la contradiction principale ou des contradictions secondaires, “dans toute contradiction, les aspects contradictoires se développent d’une manière inégale”. Même lorsqu’elle donne une impression d’équilibre, c’est une illusion. “La règle générale, c’est le développement inégal”. Des deux aspects contradictoires, l’un est nécessairement principal, l’autre secondaire, et le principal est “celui qui joue le rôle dominant dans la contradiction”. Mais ce n’est pas parce qu’un aspect de la contradiction est dominant qu’il va le rester indéfiniment. Pas plus qu’elle n’atteint magiquement un point d’équilibre, la contradiction n’est vouée à demeurer statique. Car l’aspect principal et l’aspect secondaire de la contradiction peuvent “se convertir l’un en l’autre”, ce qui change radicalement la nature du processus. Comment cette inversion des rôles est-elle possible ? Aucun mystère. Elle résulte de l’évolution des rapports de forces : elle est “fonction du degré de croissance ou de décroissance atteint par la force de chaque aspect dans sa lutte contre l’autre”.

    C’est ce qui explique le “remplacement de l’ancien par le nouveau” qui constitue “la loi générale et imprescriptible de l’univers”. Dans tout phénomène, “la contradiction entre le nouveau et l’ancien engendre une série de luttes au cours sinueux”. Il résulte de ces luttes que “le nouveau grandit et s’élève au rôle dominant ; l’ancien, par contre, décroît et finit par dépérir”. Et dès que le nouveau l’emporte sur l’ancien, “l’ancien phénomène se transforme qualitativement en un nouveau phénomène”. C’est pourquoi on peut dire que “la qualité d’un phénomène est déterminée par l’aspect principal de la contradiction”, celui qui occupe “la position dominante “. Lorsque l’aspect principal de la contradiction, l’aspect dont la position est dominante, change, la qualité du phénomène subit un changement correspondant. Par exemple le capitalisme, qui occupait dans l’ancienne société féodale une position subordonnée, devient “la force dominante dans la société capitaliste”. Le caractère de la société subit une transformation correspondante : de féodale, “elle devient capitaliste”.

    Résumons, à ce stade, la pensée de Mao : non seulement il y a des contradictions multiples, une contradiction principale et des contradictions secondaires ; non seulement il y a un aspect principal et un aspect secondaire pour chaque contradiction, mais ces contradictions se développent de façon inégale. Autrement dit, une contradiction peut s’accentuer alors qu’une autre contradiction peut s’atténuer, et cette hétérogénéité dans le développement respectif des contradictions est dans la nature des choses. “Rien au monde ne se développe d’une manière absolument égale, et nous devons combattre la théorie du développement égal ou la théorie de l’équilibre”. Le développement de la base économique, par exemple, n’a pas le même rythme que celui de la superstructure idéologique, ou inversement. Le parti révolutionnaire doit donc étudier les différentes contradictions dans leur développement inégal et en tenir compte, à chaque étape du processus, pour déterminer sa stratégie politique et militaire.

    C’est pourquoi Mao pose une nouvelle question qui est essentielle pour la conduite de l’action politique : l’unité dialectique des contraires étant admise, peut-on dire pour autant que toute contradiction est de nature antagoniste ? “À cette question, nous répondons que l’antagonisme est l’une des formes et non l’unique forme de la lutte des contraires. Dans l’histoire de l’humanité, l’antagonisme entre les classes existe en tant qu’expression particulière de la lutte des contraires. La classe des exploiteurs et celle des exploités coexistent pendant une période prolongée dans la même société, qu’elle soit esclavagiste, féodale ou capitaliste”. Mais c’est seulement lorsque la contradiction entre les deux classes a atteint un certain stade de son développement qu’elle prend “la forme d’un antagonisme ouvert et aboutit à la révolution”. Si les contradictions sont universelles, “les méthodes pour les résoudre, c’est-à-dire les formes de lutte, varient selon le caractère de ces contradictions : certaines contradictions revêtent le caractère d’un antagonisme déclaré, d’autres non”

    Suivant le développement historique, “certaines contradictions initialement non antagonistes se développent en contradictions antagonistes, alors que d’autres, primitivement antagonistes, se développent en contradictions non antagonistes”. Les contradictions entre les conceptions justes et les conceptions erronées au sein du parti communiste, par exemple, n’iront jusqu’à l’antagonisme que si les camarades ne savent pas corriger leurs erreurs. C’est pourquoi “le Parti doit mener une lutte sérieuse contre les conceptions erronées, mais donner aussi la possibilité aux camarades qui ont commis des erreurs d’en prendre conscience”.

    La distinction entre la contradiction antagoniste et la contradiction non antagoniste, en effet, est fondamentale, et c’est pourquoi Mao lui donne un vigoureux développement, vingt ans plus tard, dans De la juste résolution des contradictions au sein du peuple (1957). Alors que l’édification du socialisme bat son plein, Mao souligne la multiplicité des contradictions existantes et le caractère spécifique de chacune de ces contradictions. Avec la victoire de la révolution, “la division du pays et le chaos, abhorrés par le peuple, appartiennent à un passé définitivement révolu”. Grâce aux succès remportés dans l’édification socialiste, “l’unification de notre pays, l’unité de notre peuple et l’union de toutes nos nationalités” garantissent la victoire finale de notre cause. “Mais cela ne signifie nullement qu’il n’existe plus aucune contradiction dans notre société”, et il serait naïf de”se détourner de la réalité objective”. Nous sommes en présence, en effet, de “deux types de contradictions sociales” : il y a les “contradictions entre nous et nos ennemis” et les “contradictions au sein du peuple”.

    Aujourd’hui, durant “la période de l’édification socialiste”, “les classes sociales qui soutiennent cette édification forment le peuple”, alors que les forces sociales qui s’opposent à la révolution socialiste sont “les ennemis du peuple”. Naturellement, “les contradictions entre nous et nos ennemis sont des contradictions antagonistes”. En revanche, au sein du peuple, “les contradictions entre travailleurs ne sont pas antagonistes”. Quant aux ”contradictions entre classe exploitée et classe exploiteuse”, elles présentent, “outre leur aspect antagoniste, un aspect non antagoniste”. Les contradictions entre le peuple et ses ennemis, chacun les perçoit aisément. Mais “au sein du peuple”, de quoi s’agit-il ? “Dans les conditions actuelles de notre pays, les contradictions au sein du peuple comprennent les contradictions au sein de la classe ouvrière, les contradictions au sein de la paysannerie, les contradictions parmi les intellectuels, les contradictions entre la classe ouvrière et la paysannerie, les contradictions qui opposent les ouvriers et les paysans aux intellectuels, les contradictions qui opposent les ouvriers et les autres travailleurs à la bourgeoisie nationale, les contradictions au sein de la bourgeoisie nationale elle-même, etc.”

    Prenons l’exemple des contradictions entre la classe ouvrière et la bourgeoisie nationale. “Dans la période de la révolution socialiste”, cette fraction de la classe possédante “exploite la classe ouvrière et en tire des profits”, mais elle est disposée à “accepter la transformation socialiste”. Certes, les contradictions qui l’opposent à la classe ouvrière sont des “contradictions entre exploiteurs et exploités”, elles sont “de nature antagoniste”. Mais, “dans les conditions concrètes de notre pays”, ces contradictions antagonistes peuvent se transformer en contradictions non antagonistes et “recevoir une solution pacifique” si elles sont “traitées de façon judicieuse”. C’est ce qu’indiquait Mao dans un passage antérieur, lorsqu’il disait que “les contradictions entre classe exploitée et classe exploiteuse présentent, outre leur aspect antagoniste, un aspect non antagoniste”. En 1957, la majorité des entreprises est socialisée, l’État contrôle l’économie et les capitalistes ont dû renoncer à leurs privilèges. C’est pourquoi la bourgeoisie nationale, rentrée dans le rang, fait partie des classes sociales associées à l’édification du socialisme. Pour résoudre une contradiction non antagoniste, il convient donc de le faire de façon judicieuse, c’est-à-dire d’employer la persuasion, et non la violence.

    En clair, lorsque la contradiction n’est pas antagoniste, il est préférable qu’elle ne le devienne pas. Et pour éviter qu’elle le devienne, les communistes doivent recourir à des “méthodes démocratiques”, plutôt qu’à “l’autoritarisme ou à la contrainte”. “Nous avons toujours soutenu qu’il faut, sous le régime de la dictature démocratique populaire, adopter deux méthodes différentes – la dictature et la démocratie – pour résoudre les deux types de contradictions, différents par leur nature, que sont les contradictions entre nous et nos ennemis et les contradictions au sein du peuple”. Le problème, au sein du parti communiste, vient de l’incapacité de certains camarades à “reconnaître ouvertement qu’il existe encore au sein de notre peuple des contradictions, alors que ce sont précisément elles qui font avancer notre société”. Dans la société socialiste, “les contradictions fondamentales” demeurent comme par le passé “la contradiction entre les rapports de production et les forces productives”, d’une part, “la contradiction entre la superstructure et la base économique” d’autre part. Bien sûr, ces contradictions se distinguent foncièrement des contradictions dans l’ancienne société. “Le régime social actuel de notre pays” étant de loin supérieur à celui d’autrefois, “les rapports de production socialistes correspondent mieux au développement des forces productives”.

    Les progrès accomplis, toutefois, ne doivent pas masquer l’ampleur des problèmes encore non résolus. “Le régime socialiste vient d’être instauré dans notre pays, et il n’est pas encore complètement établi”. Une grande partie de l’activité économique demeure dans l’orbite du secteur privé. Dans les villes comme dans les campagnes, l’exploitation n’a pas totalement disparu. Les “rapports de production socialistes” sont déjà institués, mais ils sont encore loin d’être parfaits, et “cette imperfection est en contradiction avec le développement des forces productives”. Or cette contradiction persistante entre les rapports de production et le développement des forces productives se double d’une autre contradiction : “entre la superstructure et la base économique”. La superstructure, c’est le système étatique régi par “la dictature démocratique populaire” et “l’idéologie socialiste guidée par le marxisme-léninisme”. Certes, elle “joue un rôle positif en contribuant au succès des transformations socialistes”, et elle correspond à la base économique socialiste, c’est-à-dire aux rapports de production socialistes. Mais “l’idéologie bourgeoise” n’a pas disparu, “le style bureaucratique de travail” exerce ses méfaits, et “les insuffisances de nos institutions d’État” entrent en contradiction avec la base économique socialiste.

    Ces nouvelles contradictions, il faut évidemment s’employer à les résoudre. “Mais ces contradictions une fois résolues, de nouveaux problèmes viendront se poser”. Dans la planification économique, par exemple, il faut répartir de façon judicieuse l’excédent de la production entre l’investissement productif et la consommation populaire. Mais “l’équilibre se transforme parfois en déséquilibre, et il faut établir de nouveau l’équilibre pour l’année suivante”. Lorsque “nos mesures subjectives ne correspondent pas à la réalité objective”, des contradictions se font jour et l’équilibre est rompu : “c’est ce que nous appelons commettre une erreur”. Il faut donc prendre la mesure des contradictions existantes, les résoudre de façon appropriée, et ne pas confondre “les contradictions entre nous et nos ennemis” et “les contradictions au sein du peuple”. En Chine, malgré les progrès de la transformation socialiste, “la lutte de classes n’est nullement arrivée à son terme”. Et il faudra encore beaucoup de temps pour “décider de l’issue de la lutte idéologique entre le socialisme et le capitalisme”.

    En 1937, on l’a vu, Mao lance une sorte d’offensive intellectuelle : il s’adresse à l’auditoire restreint de Yan’an, cherchant à consolider le parti en proie à une tendance déviationniste, mais il s’adresse aussi à l’ensemble des Chinois. En 1957, la Chine qui a été réunifiée sous l’égide du parti communiste se voit secouée par des remous contraires, et Mao s’appuie de nouveau sur la théorie pour clarifier la situation. À ces deux moments cruciaux, la dialectique matérialiste marxiste sert de tremplin à une élaboration doctrinale d’un nouveau genre.

    Lorsqu’il effectue ce travail philosophico-politique, Mao s’appuie expressément sur les conceptions de Marx, Engels et Lénine, et il se situe délibérément dans le droit fil de la pensée marxiste classique. On sait qu’il disposait à Yan’an de l’Anti-Dühring d’Engels, de Que faire ? et des Cahiers philosophiques de Lénine, ainsi que des Fondements du léninisme de Staline. C’est pourquoi de nombreux passages de son essai De la contradiction sont directement inspirés de Marx (une référence), Engels (deux références) et surtout Lénine (onze références), dont Mao a visiblement copié des passages entiers des Cahiers philosophiques, et notamment du chapitre “A propos de la dialectique”. Le long développement sur “l’identité des contraires”, en particulier, est directement emprunté à Lénine. En revanche, les références à des œuvres chinoises sont peu nombreuses (quatre au total), d’une faible portée philosophique et empruntées à des classiques de la littérature ancienne. Visiblement, Mao s’est contenté de reconduire la pratique traditionnelle de la citation littéraire à finalité ornementale, et n’a fait aucune référence précise au corpus de la philosophie politique chinoise, qui est pourtant extrêmement vaste et d’une très grande richesse.

    Après cet inventaire rapide des sources textuelles des écrits de Mao, on peut tenter de répondre à la question suivante :

    Partons tout d’abord d’un fait lexical qui est, nous le verrons, lourd de signification. Pour traduire la notion de “contradiction” inhérente à la pensée marxiste, Mao n’eut pas à forger de néologisme : le répertoire du chinois classique lui offrait un choix varié d’expressions, la plus connue étant yin-yang, laquelle désigne dans la pensée traditionnelle chinoise ce couple d’opposés complémentaires qui, dans un processus sans origine ni fin, rythment le mouvement universel. Or il est significatif que Mao, négligeant cette formule classique, ait plutôt choisi une expression moins connue qui n’a pas l’ampleur cosmique du yin-yang : l’expression mao-dun, “lance-bouclier”.

    Cette formule est empruntée à Hanfeizi, penseur légiste à la réputation sulfureuse du IIe siècle avant l’ère commune, lequel en raconte l’origine dans une anecdote limpide : “Un quidam, désireux de vendre sa lance et son bouclier, vantait celui-ci en ces termes : ‘sa résistance est telle que rien ne peut l’entamer. Ce bouclier est absolument impénétrable’. Passant à la lance, il poursuivait : ‘sa pointe est si bien affilée qu’il n’est rien qu’elle ne puisse entamer, elle est omni-pénétrante’. ‘Comment, objecte l’interlocuteur, votre lance peut-elle entamer votre bouclier ?’ L’homme ne sut que répondre. Il s’était contredit. Logiquement, continue Hanfeizi, un bouclier absolument impénétrable et une lance omni-pénétrante ne peuvent aller de pair”. (1)

    D’abord, parce que l’origine de l’expression mao-dun appartient à l’histoire, voire à la “petite histoire”, celle des luttes quotidiennes, tandis que l’expression yin-yang n’appartient pas à l’histoire, elle ne dérive pas de l’histoire, puisque le yin et le yang tissent l’étoffe même de l’histoire : “yin et yang s’échangent et produisent les 10 000 êtres”, “yin et yang font naître le monde”. En choisissant une expression historique et non une formule cosmologique pour désigner un concept aussi fondamental que la contradiction, Mao signifie qu’il situe sa réflexion sur le plan des réalités humaines, qu’il intervient par la théorie sur le plan des luttes historiques, et nulle part ailleurs.

    Certes, à première vue, Mao semble reprendre la thèse cosmologique traditionnelle lorsqu’il soutient que, dans le processus de développement de chaque chose, il existe, du commencement à la fin, “un mouvement des contraires”, et que, “sans contradiction, il n’y a pas d’univers”. Certains commentateurs se sont d’ailleurs laissé abuser par cette apparence. Pour Jacques Andrieu, “la plus grosse pépite que ramène Mao de sa quête du Graal idéologique est la loi de l’unité des contraires, dont le garant en orthodoxie n’est autre que Lénine, comme dans ce commentaire que Hegel inspire à ce dernier, et que Mao cite intégralement : “la dialectique est la théorie de la façon dont les contraires peuvent être et sont habituellement (dont ils deviennent) identiques, des conditions dans lesquelles ils sont identiques en se changeant l’un en l’autre, des raisons pour lesquelles l’esprit humain ne doit pas prendre ces contraires pour morts, figés, mais pour vivants, conditionnés, mobiles, se changeant l’un en l’autre”. “La contradiction et sa loi de l’unité des contraires sitôt dénichée par Lénine”, poursuit Andrieu, “Mao en fait l’idée fondamentale de son système de pensée”.

    Concernant cette première partie du commentaire, et hormis le ton ironique, on ne peut être que d’accord. La suite, en revanche, trahit un grossier contre-sens interprétatif : “En réalité, le génial apport de Mao au marxisme-lénisme, sa loi de l’unité des contraires, n’est qu’une simple variante lexicographique de la charte du yin et du yang, dite du Faite suprême, telle qu’elle a été exposée 12 siècles avant Jésus-Christ, dans le Livre des transformations qui est au cœur de la civilisation chinoise”.

    Interprétation totalement fausse, et pour une raison très simple : les contraires dont parle Mao ne sont pas yin et yang, ce sont “lance et bouclier”, c’est-à-dire deux absolus qui ne peuvent ni aller de pair, ni coexister dans une même réalité. L’absolu d’une lance qui pénètre tout et celui d’un bouclier absolument impénétrable ne se rencontrent que pour s’affronter dans un duel à mort, chacun poursuiet pour une raison très simple : les contraires dont parle Mao ne sont pas yin et yang, ce sont “lance et bouclier”, c’est-à-dire deux absolus qui ne peuvent ni aller de pair, ni coexister dans une même réalité. L’absolu d’une lance qui pénètre tout et celui d’un bouclier absolument impénétrable ne se rencontrent que pour s’affronter dans un duel à mort, chacun poursuivant son propre triomphe. Or une telle conception est hétérogène à la tradition classique chinoise, elle bouscule la vision traditionnelle d’une harmonie toujours restaurée, de façon immanente, par le jeu des complémentarités. Lance-bouclier : comment deux énergies mutuellement destructrices, en effet, pourraient-elles accomplir ensemble un geste créateur ? Comment pourraient-elles maintenir un processus de développement en chaque chose et sous-tendre la transformation permanente qui assure la pérennité du monde ?

    Dans la même veine, ce commentateur affirme que “la logique de l’universelle médiation qui sous-tend la loi maoïste de l’unité des contraires est clairement antinomique de toute notion de classe qui se poserait en s’opposant. Chez Mao, en fait, l’union est première, et la lutte dérivée et conditionnée par rapport à elle (…) Mao reconstruit une lutte des classes qui est la conséquence d’un processus de différenciation progressive au sein d’une union qui s’approfondit à mesure qu’elle se décante…” Interprétation erronée, encore une fois, car l’antinomie universelle des contraires, Mao ne la déduit pas métaphysiquement d’une unité première : il la formule d’un point de vue historique, sur le plan des réalités sociales, et c’est pourquoi elle revêt les traits de l’antagonisme entre les classes. Dans son essai De la contradiction, Mao range le taoïsme traditionnel dans la catégorie des “conceptions du monde” périmées, car métaphysiques et non dialectiques : “En Chine, la pensée métaphysique qui s’exprimait dans les mots ‘Le Ciel est immuable, immuable est le Tao’ a été défendue longtemps par la classe féodale décadente au pouvoir”.

    Rabattre la signification de la pensée de Mao sur la cosmologie traditionnelle en la qualifiant arbitrairement d’“organiciste”, “pré-scientifique” et “mystique” (Andrieu dixit) relève donc d’un travestissement douteux et trahit une approche typiquement culturaliste. (2) Si l’on interprète correctement la pensée de Mao, c’est-à-dire en respectant l’esprit et la lettre des textes, au contraire, une vérité saute aux yeux : Mao a choisi la dialectique marxiste pour mieux se défaire d’une pensée traditionnelle historiquement liée à cette vieille classe dominante dont il voulait débarrasser la Chine. Et en choisissant l’expression “lance-bouclier” pour exprimer la contradiction dialectique, Mao délivre deux enseignements de premier plan à ses interlocuteurs qui, parce qu’ils sont chinois, partagent les présupposés de la pensée classique :

    1. La dialectique des contraires se situe dorénavant sur le plan des luttes historiques, et non sur le plan purement cosmologique.

    2. La contradiction ne sera pas résolue par le jeu spontané du yin-yang, mais par la lutte des classes et l’action révolutionnaire.

    On mesure mieux la profondeur de l’écart théorique entre Mao et la pensée traditionnelle. Pour la cosmologie chinoise classique, yin et yang sont “les souffles dont la concentration et la séparation produisent le ciel, la terre et les 10 000 êtres” qui composent l’univers dans sa pluralité. Le Un, le yin et le yang demeurent les trois éléments essentiels du phénomène cosmique : ils s’étendent à tous les domaines et fondent toute connaissance objective. Yin a besoin de yang et yang de yin pour accomplir parfaitement cet Un qui les constitue et vers lequel ils tendent : “un yin un yang, c’est le dao”. Ils ne s’anéantissent jamais mutuellement, l’irréductibilité de leur en soi demeure sans compromettre la vie de l’univers : jamais yang le subtil ne peut se perdre dans son propre élan au mépris de yin, jamais yin, le cristallisant, ne peut se complaire dans sa propre solidité aux dépens de yang. Ensemble, ils produisent les 10 000 êtres et manifestent ainsi la puissance du dao, ce point d’absolu, toujours absent et toujours présent. Dans cette conception cosmologique, yin et yang s’ordonnent à une origine qui les dépasse, les réunit et les finalise.

    En utilisant l’expression “lance-bouclier”, Mao prend ses distances avec cette conception traditionnelle sans en renier l’idée fondamentale : l’opposition des complémentaires. Mais tandis que la pensée traditionnelle cherche l’harmonie de façon immanente, la dialectique de Mao se développe de tout autre façon : les deux pôles n’y émergent plus d’un point absolu auquel revient toujours le mouvement rotatif universel. En choisissant mao-dun, Mao impose une discontinuité dans la routine intellectuelle de la pensée chinoise : le point d’absolu auquel tout se ramène est désormais hors d’usage. Mieux, Mao exige un abandon de la vieille tradition d’harmonie : le passage de la société d’hier à la société de demain se fera par une rupture. La Chine immémoriale n’offre plus l’image de l’harmonie, mais du désordre social et de la sclérose nationale. Lorsque Mao adopte le vocabulaire confucéen (“la rectification des cœurs”, “le retour aux idées justes”), c’est pour le retourner contre le conservatisme : les idées justes ne sont pas innées, elles ne tombent pas du ciel, elles ne peuvent venir que de la pratique sociale, et même de “trois sortes de pratiques sociales : la lutte pour la production, la lutte des classes et l’expérimentation scientifique”. (3)

    Les “idées justes” sont le résultat d’un affrontement incessant avec la nature, de l’âpreté des luttes sociales et d’un effort de la raison délivré de toute métaphysique, bref d’une praxis soumise à l’histoire : les idées justes ne sont pas justes, elles le deviennent. En 1957, c’est le succès remporté dans le développement des forces productives qui permet d’affirmer que seul le socialisme peut sauver la Chine. Les faits sont les seuls juges. Toute ligne de conduite, toute politique devient tributaire de l’expérience concrète, il n’y a d’autre connaissance que la connaissance acquise expérimentalement. La dialectique de Mao fixe la connaissance au concret, elle lie la vérité au vérifié, puisque la pratique est le critère de la vérité. Le yin-yang qui menait son éternelle ronde était le meneur de jeu d’une impassibilité absolue à peine troublée par l’alternance des contraires. Ce guide routinier laisse désormais la place à la dynamique révolutionnaire. La cosmologie traditionnelle minimisait la notion de conflit au profit d’une aspiration vers l’équilibre harmonieux du Tout : les changements ne répondaient qu’à une visée constructive, guidée par un souci primordial d’équilibre. Avec la dialectique de Mao, ces mêmes changements se feront par et dans la lutte des classes, l’action révolutionnaire et la “guerre populaire prolongée”.

    On en conviendra aisément à ce stade de l’analyse : véritable théoricien marxiste, et non prédicateur “mystique”, Mao a contribué à l’enrichissement du marxisme. En approfondissant les concepts de “pratique” et de “contradiction”, il a donné un nouvel élan à la pensée dialectique. Cela étant dit, encore faut-il préciser en quoi consiste cet apport théorique, quelle est l’inflexion donnée par Mao à l’héritage doctrinal de Marx, Engels et Lénine. Autrement dit, le moment est venu de répondre à la question suivante :

    On sait que, pour Marx, “la dialectique chez Hegel est la tête en bas, et pour découvrir dans la gangue mystique le noyau rationnel, il faut la renverser”. (4) Comment définit-il sa propre méthode dialectique ? “Ma méthode n’est pas seulement distincte de la méthode hégélienne, mais elle en est le contraire direct”. En effet, “pour Hegel, le processus de la pensée qu’il va, sous le nom d’Idée, jusqu’à transformer en sujet autonome, est le démiurge du réel qui n’en représente que le phénomène extérieur. Chez moi, au contraire, l’idéal n’est rien d’autre que le matériel transposé et traduit dans la tête de l’homme”. Aussi, commente Louis Althusser, si “la dialectique marxiste est dans son principe même l’opposé de la dialectique hégélienne”, si elle est rationnelle et non mystique, “cette différence radicale doit se manifester dans son essence, c’est-à-dire dans ses déterminations propres”. Pour parler clair, cela implique que “des structures fondamentales de la dialectique hégélienne, telles que la négation, la négation de la négation, l’identité des contraires, le dépassement, la transformation de la qualité en quantité, la contradiction, etc. possèdent chez Marx, dans la mesure où il les reprend, une structure différente de celle qu’elles possèdent dans Hegel”.

    De ce point de vue, indique Althusser, “la brochure de Mao De la contradiction rédigée en 1937 contient toute une série d’analyses où la conception marxiste de la contradiction apparaît sous un jour étranger à la perspective hégélienne. On la chercherait en vain dans les concepts essentiels de ce texte : contradiction principale et contradictions secondaires, aspect principal et aspect secondaire de la contradiction, contradiction antagoniste et non antagoniste, loi de l’inégalité de développement des contradictions”. Même s’il juge le texte de Mao, “inspiré par la lutte contre le dogmatisme dans le parti chinois”, un peu trop “descriptif et par contrecoup abstrait à certains égards”, Althusser se livre à une démonstration sur l’essence de la dialectique marxiste dans laquelle il recourt abondamment aux concepts innovants de Mao. Il en est ainsi, en particulier, lorsqu’il invite à réfléchir sur le concept marxiste de contradiction à propos du “thème léniniste du maillon le plus faible”. (5)

    A première vue, Lénine lui donnait avant tout un sens pratique : qui veut contrôler une situation donnée veillera, en général, à ce qu’aucun point faible ne rende vulnérable l’ensemble du système. Qui veut au contraire l’attaquer, même si les apparences de la puissance sont contre lui, devra découvrir l’unique faiblesse qui rend toute cette force précaire. La théorie du maillon le plus faible, chez Lénine, inspire alors une réflexion profonde sur la révolution elle-même. Pourquoi, en effet, la révolution a-t-elle été possible en Russie ? Pourquoi y a-t-elle été victorieuse ? Parce qu’avec le déchaînement de la guerre impérialiste, l’humanité était entrée dans une situation objectivement révolutionnaire. L’impérialisme avait bouleversé le visage pacifique du vieux capitalisme. La concentration des monopoles industriels et la soumission des monopoles industriels aux monopoles financiers avaient accru l’exploitation ouvrière et coloniale. La concurrence des monopoles rendait la guerre inévitable. Mais cette même guerre enrôlant, dans des souffrances interminables, des masses immenses, jetait sa gigantesque piétaille non seulement dans les massacres, mais aussi dans l’histoire. La guerre devait donc servir de point de fixation à la révolution en lui donnant les moyens effectifs de l’action. Si elle triompha seulement en Russie, en 1917, c’est précisément parce que l’Empire des Tsars était, dans le système impérialiste, le maillon le plus faible, et parce que cette faiblesse, la Grande Guerre fut l’élément déclencheur qui l’a précipitée et aggravée.

    Or cette faiblesse de la Russie tsariste, avant la guerre, résultait bel et bien d’un trait spécifique : l’accumulation et l’exaspération de toutes les contradictions historiques possibles en un seul État. Elle cumulait la plus grande somme de contradictions historiques possibles, en effet, parce qu’elle était à la fois la plus attardée et la plus avancée, contradiction que ses classes dominantes ne pouvaient ni éluder, ni résoudre. La Russie se trouvait en retard d’une révolution bourgeoise tout en étant à la veille d’une révolution prolétarienne. Elle était grosse de deux révolutions, et elle s’avérait incapable, même en ajournant l’une, de contenir l’autre. Ce que montre le succès d’Octobre 1917, c’est donc que l’exaspération de toutes les contradictions ouvrait la voie à la révolution : la contradiction principale entre la bourgeoisie et le prolétariat était surdéterminée par une série de contradictions secondaires qui en exaspéraient l’intensité et créaient les conditions d’une crise révolutionnaire. Et ce que souligne Althusser avec cet exemple célèbre, c’est que les innovations théoriques de Mao permettent de saisir la spécificité de la contradiction marxiste qui n’est jamais une contradiction simple, qui est toujours articulée à d’autres contradictions et, par conséquent, toujours “surdéterminée”.

    Si tel est le cas de la contradiction au sens marxiste, laquelle s’accompagne toujours de contradictions multiples, il n’en va jamais de même, en revanche, avec la contradiction hégélienne, Toute société historique, pour Hegel, est constituée d’une infinité de déterminations concrètes, du système politique à la religion en passant par le régime économique, les mœurs, les arts, la philosophie, etc. Pourtant, “aucune de ces déterminations n’est en son essence extérieure aux autres, non seulement parce qu’elles constituent toutes ensemble une totalité organique originale, mais parce que cette totalité se réfléchit dans un principe interne unique qui est la vérité de toutes ces déterminations concrètes”. Ainsi, Rome, sa gigantesque histoire, ses institutions, ses crises et ses entreprises ne sont rien d’autre que la manifestation dans le temps, puis la destruction du principe interne de la “personnalité juridique abstraite”. La simplicité de la contradiction hégélienne n’est donc possible que par la simplicité du principe interne qui constitue l’essence de toute période historique, tous les éléments qui font la vie concrète d’un monde historique (institutions économiques, sociales, politiques, juridiques, etc.) n’étant que l’expression multiforme de ce principe unique.

    Toute la complexité de Rome ne surdétermine donc en rien la contradiction du principe simple de Rome, qui n’est que l’essence intérieure de cette infinie richesse historique. “Si les phénomènes de mutation historique sont pensés par Hegel dans ce concept simple de contradiction, c’est parce qu’il est possible de tenir toute la vie concrète d’un peuple pour l’extériorisation-aliénation d’un principe spirituel interne qui n’est jamais rien d’autre que la forme la plus abstraite de la conscience de soi de ce monde : sa conscience religieuse ou philosophique, c’est-à-dire sa propre idéologie”. Chez Marx et Lénine, au contraire, toute contradiction se présente dans la pratique historique comme une contradiction surdéterminée, et c’est cette surdétermination qui constitue, en face de la contradiction hégélienne, la spécificité de la contradiction marxiste. Dans la dialectique marxiste, c’est la lutte des classes qui constitue le véritable moteur de l’histoire, et non la conscience de soi. L’apport théorique de Mao réside précisément dans la formulation, dans sa généralité, du caractère toujours complexe, toujours surdéterminé de la contradiction. Et si cette contradiction est toujours complexe et toujours surdéterminée, c’est précisément parce qu’elle opère au sein même d’une formation sociale concrète, caractérisée par des rapports sociaux déterminés.

    Dans leur multiplicité, les contradictions ne sont donc pas de simples phénomènes d’une totalité prédéfinie : elles constituent la structure même du tout social déterminé dans lequel elles s’exercent, précisément parce qu’elles sont inséparables de ses conditions réelles d’existence. Tandis que la contradiction hégélienne reflète une “conception du monde”, c’est-à-dire une philosophie spéculative, la contradiction marxiste n’est autre que celle du cours réel de l’histoire. Ce qu’enseigne Mao, “c’est que, dans la réalité, nous n’avons jamais affaire à l’existence pure de la simplicité, mais à l’existence de processus concrets, complexes et structurés”. À la place d’une philosophie des origines et des fins, “le marxisme établit la reconnaissance du donné de la structure complexe de tout objet concret, structure qui commande et le développement de l’objet, et le développement de la pratique théorique qui produit sa connaissance”, résume Louis Althusser. (6)

    C’est pourquoi nous n’avons plus d’unité simple, mais une unité complexe structurée, nous n’avons plus d’unité simple originaire, mais “le toujours-déjà-donné d’une unité complexe structurée”. Dans tout processus complexe de développement des phénomènes, dit Mao, il existe toute une série de contradictions parmi lesquelles il y en a toujours une qui est la contradiction principale. Car “il n’est rien dans ce monde qui se développe d’une manière absolument égale”. Qu’une contradiction domine les autres suppose, à la fois, que la complexité où elle figure soit une unité structurée, et que cette structure implique un rapport de domination entre les contradictions. “La domination d’une contradiction sur les autres, par conséquent, ne saurait être le fait d’une distribution contingente de contradictions différentes dans un rassemblement qu’on prendrait pour un objet”. La complexité implique la domination comme essentielle à soi, elle est inscrite dans sa structure : la domination est le mode d’organisation et d’articulation de la complexité.

    D’abord et avant tout, ce qui est indéniable : les écrits philosophico-politiques de Mao représentent un enrichissement conséquent de la théorie marxiste. Que ce travail théorique ait été généralement méconnu ou incompris en Occident, à vrai dire, ne change rien à l’affaire. Car cette méconnaissance et cette incompréhension traduisent une insuffisance plus sérieuse : l’incapacité d’une fraction significative du marxisme occidental à s’affranchir de son provincialisme et à admettre que la révolution socialiste s’est accomplie ailleurs qu’en Occident. Certes, la faute en revient à ce “développement inégal” qui a propulsé les peuples coloniaux sur la scène de l’histoire : ce que représente Mao, en effet, c’est le démenti historique infligé à la conception occidentalo-centrée et à ses prétentions théoriques. Et il faut admettre que, du point de vue matérialiste des réalisations concrètes, c’est surtout sous son nom que s’est produit l’accomplissement historique, à une échelle sans précédent, d’un marxisme qui continue d’exercer ses effets aujourd’hui.

    Ce “marxisme concret”, ce “marxisme guide pour l’action” dont j’emprunte l’expression à Mao lui-même, en quoi consiste-t-il ? C’est, d’abord, “l’analyse concrète d’une situation concrète” comme disait Lénine, autrement dit l’étude des contradictions et de leur enchevêtrement complexe, l’évaluation des rapports de forces et l’appréciation, dans sa singularité, d’une conjoncture historique donnée. C’est, ensuite, le choix d’un mode d’organisation politique et d’une stratégie révolutionnaire adaptée aux conditions objectives. C’est, bien entendu, le projet d’une conquête effective du pouvoir politique, grâce à l’organisation révolutionnaire et à la mobilisation des masses. Enfin, ce marxisme concret, qui suit le fil rouge historique Marx-Engels-Lénine-Staline-Mao et connaît ses développements les plus marquants dans les pays qui se débattent encore aujourd’hui avec les problèmes concrets du socialisme réel (Chine, Vietnam, Laos, Corée du Nord, Kérala, Népal, Cuba, Venezuela, Nicaragua, etc), c’est la conduite d’une transition particulièrement longue, difficile et semée d’embûches. En bref, le marxisme concret, c’est cette pensée qui anticipe, accompagne, et critique le processus de construction du socialisme, qui oriente la transformation effective des conditions d’existence, grâce à une intervention de longue durée sur les structures sociales. Bref, le marxisme concret, c’est la détermination à influer sur le cours des choses, l’acceptation du sérieux de la politique et du tragique de l’histoire. (7)

    Notes :

    (1) Marie-Ina Bergeron, “La lance et le bouclier, essai sur la dialectique de Mao Tse-Toung”, Etvdes, 1972.

    (2) Jacques Andrieu, “L’Université des vertes forêts et la philosophie des armes : Mao à l’épreuve du second front uni (1937-1945)”, Études chinoises, vol. XXVI, 2007.

    (3 )Mao Zedong, “D’où viennent les idées justes ?”, mai 1963.

    (4) Karl Marx, Postface de la Seconde édition allemande du Capital, 1873.

    (5) Louis Althusser, “Contradiction et surdétermination”, Pour Marx, Maspero, 1965.

    (6) Louis Althusser, “Sur la dialectique matérialiste”, Pour Marx, Maspero, 1965.

    (7) Pour ceux que la postérité de la dialectique de Mao à partir de 1978 et son influence sur la doctrine actuelle du PCC intéressent, je les invite à consulter ma brochure publiée en 2025 aux Éditions “Le Café marxiste” : “Le socialisme à la chinoise est-il marxiste ?”, 73 p. Ce texte est également disponible en ligne.

  • Pepe Escobar- La réécriture du système d’exploitation mondial

    Pepe Escobar- La réécriture du système d’exploitation mondial

    (28 mars 2026).

    « Ce qui est en train de se produire en ce moment, c’est la réécriture du système opératoire mondial. Et le nouveau système opératoire fonctionne avec le pétroyuan.La machine infernale de l’escalade est en train d’atteindre la ligne du désespoir. Le secrétaire aux Guerres éternelles, employé par le Babouin de Barbarie — « Nous sommes tellement fatigués de gagner » — est en train d’envisager plusieurs scénarios « d’invasion terrestre » parallèlement à une campagne de bombardements dévastatrice afin, soi-disant, de porter le « coup final » à l’Iran. L’île de Kharg est une manœuvre de diversion : elle est trop éloignée du centre de l’action. Capturer des navires du côté oriental du détroit d’Ormuz est irréalisable : cela provoquerait inévitablement une pluie de missiles antinavires. Il ne reste donc que deux scénarios :

    * s’emparer d’Abu Musa et des îles Grande et Petite Tunb, au nord des Émirats arabes unis (et revendiquées par eux) ;

    * ou bien de la petite île stratégique de Larak (à l’est de la plus grande, Qeshm), qui fait partie du corridor maritime où la marine des Gardiens de la révolution contrôle le passage des pétroliers s’acquittant du péage dans le détroit d’Ormuz.

    Les Émirats arabes unis rejettent même la possibilité d’un cessez-le-feu avec l’Iran. Leur ambassadeur aux États-Unis, Yousef al Otaiba, a publié une tribune belliciste appelant à une « issue décisive » à la guerre, c’est-à-dire au démantèlement de la « menace iranienne ». Il a ensuite confirmé qu’Abu Dhabi voulait diriger une « coalition de volontaires » afin de rouvrir le détroit d’Ormuz (qui n’est pas fermé ; seulement pour les nations hostiles à l’Iran).

    Ce qui compte vraiment, c’est l’approche « suivez l’argent » : Yousef al Otaiba a réaffirmé l’engagement d’investissement de 1 400 milliards de dollars des EAU dans l’Empire du Chaos, couvrant de multiples accords dans l’énergie, les infrastructures d’IA, les semi-conducteurs et l’industrie manufacturière.

    La machine infernale de l’escalade fonctionne à plein régime. Téhéran a étudié soigneusement chaque cas d’implication directe des EAU, non seulement dans le déclenchement de la guerre, mais aussi dans l’escalade actuelle. Abu Dhabi n’héberge pas seulement des bases militaires américaines, mais a aussi permis aux États-Unis d’utiliser certaines de ses propres bases aériennes pour frapper l’Iran, et a aidé des entités hostiles à développer leur base de données de cibles en utilisant l’infrastructure d’IA des Émirats. C’est plus que prévisible, car Abu Dhabi est, de facto, un allié clé de l’axe sioniste dans le golfe Persique.

    Dans les faits, les Émirats arabes unis sont en train d’entrer en guerre contre l’Iran. Il n’est donc pas surprenant que Téhéran ait déjà identifié cinq cibles clés pour sa contre-attaque létale, comme l’a révélé l’agence de presse Fars :

    1. le complexe énergétique et de dessalement de Jebel Ali à Dubaï ;

    2. la centrale nucléaire de Barakah à Abu Dhabi ;

    3. la centrale électrique d’Al Taweelah ;

    4. la station M de Dubaï ;

    5. le parc solaire Mohammed bin Rashid.

    Frapper ces cinq cibles confirmées provoquerait des coupures de courant généralisées, paralyserait le dessalement et fermerait les centres de données dans l’ensemble des Émirats. Téhéran rend le service de montrer à Abu Dhabi, avant que cela ne se produise, l’autoroute certifiée vers l’enfer si les Marines américains lancent leur expédition vers Ormuz depuis le sol des Émirats arabes unis.

    Abu Dhabi ne saura même pas ce qui l’aura frappée. Et une cible supplémentaire pourrait être — une fois encore — l’oléoduc Habshan-Fujairah : 380 km terrestres reliant les champs pétrolifères d’Abu Dhabi au port de Fujairah sur le golfe d’Oman, transportant 1,5 million de barils par jour sur une production totale de 3,4 millions de barils quotidiens, tout en contournant le détroit d’Ormuz.

    Pour Abu Dhabi, il est devenu un impératif catégorique de s’aligner sur la démence de l’Empire du Chaos à cause de ces 1 400 milliards de dollars déjà engagés. Jebel Ali doit fonctionner à plein régime, car les Émirats arabes unis sont un nœud clé de l’IMEC — désormais en voie de disparition : le corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe, qui est en réalité le corridor d’Israël entre l’Europe et l’Inde en passant par les Émirats arabes unis.

    Le AD Ports Group d’Abu Dhabi dispose d’une concession de 30 ans à Aqaba, le seul port de fret de la Jordanie. DP World, de Dubaï, possède une concession de 30 ans et de 800 millions de dollars à Tartous, en Syrie, dans l’est méditerranéen stratégique. Cela signifie que les EAU sont un acteur maritime majeur dans les corridors clés entre l’Asie et l’Europe.

    En l’état actuel des choses, les EAU sont, dans les faits, en train d’être expulsés de l’IMEC déjà problématique. Le fret précieux à destination de l’Asie et en provenance de celle-ci ne passe plus par Jebel Ali ; il transite par des ports d’Oman, puis vers l’Arabie saoudite (corridor ferroviaire de fret vers la Jordanie, puis la Syrie, la Turquie et l’Europe) et/ou le Qatar (transit terrestre vers l’Arabie saoudite). Un corridor logistique totalement différent.

    Jusqu’à présent, Jebel Ali profitait de sa promotion comme principal et incontournable hub de transbordement d’Asie occidentale, tirant une rente facile et précieuse d’un commerce annuel de 1 000 milliards de dollars. Ce modèle économique est en train de s’effondrer, tout comme l’ostentatoire machine de blanchiment d’argent de Dubaï.

    L’Empire du Chaos comptait — et compte peut-être encore — sur le fait d’utiliser le refus prévisible de Téhéran d’engager des « négociations » indirectes au Pakistan sur la guerre pour justifier la prochaine offensive de bombardements comme « coup final ».

    Rien de tout cela ne semble perturber la planification méticuleuse de Téhéran, car les objectifs principaux demeurent inchangés : créer une nouvelle équation géopolitique et sécuritaire en Asie occidentale ; maintenir la dissuasion iranienne — acquise sous le feu — ; et établir sa domination à la fois sur les pétromonarchies arabes et sur le culte de la mort en Asie occidentale. Les Émirats arabes unis veulent entrer en guerre ? Du point de vue de Téhéran, c’est parfait : la justification idéale et totale pour la destruction de l’ensemble de leurs infrastructures clés. Il était plus que prévisible que le plan en 15 points présenté à l’Iran par les sbires de l’équipe Trump via le Pakistan soit un échec dès le départ. Après tout, il s’agissait d’une capitulation imposée : un document de reddition déguisé en « négociation ».

    Pour commencer, Téhéran a refusé de reparler à Heckle et Jeckle, le pathétique duo Witkoff-Kushner, décrit par les diplomates iraniens comme des traîtres. Le duo n’a même pas été capable de comprendre les propositions généreuses de l’Iran esquissées à Genève et traduites par des diplomates omanais dans un anglais rudimentaire. Il a donc fallu changer instantanément de discours : le nouveau « non-plan » de la Maison-Blanche devait être discuté par le vice-président J.D. Vance, qui, en théorie, devait rencontrer ce week-end à Islamabad le président du Parlement iranien, Ghalibaf. Puis tout s’est effondré. Essentiellement parce qu’il est impossible de faire confiance à l’actuelle junte militaire pakistanaise.

    Le Babouin de Barbarie a affirmé que l’Iran lui avait offert huit pétroliers remplis de brut. Ils naviguaient sous pavillon pakistanais, et c’est ainsi qu’ils ont traversé le détroit d’Ormuz. Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont été « offerts » aux Américains. Il n’est pas surprenant que l’Iran ait désormais suspendu le transit pétrolier vers le Pakistan via le détroit d’Ormuz.

    Quoi de neuf d’autre ? Le principal atout de Langley au Pakistan est le chef de l’armée, le général Asim Munir, membre de la bande du changement de régime qui a renversé l’ancien Premier ministre Imran Khan et l’a jeté en prison. Munir a Trump en accès direct. Ils avaient récemment parlé en détail de l’Iran, Munir instrumentalisant les canaux secrets entre Téhéran et le duo Witkoff-Kushner, le tout enveloppé dans le subterfuge des « négociations ». Munir est violemment anti-chiite ; presque un djihadiste salafiste dans sa tête ; et très proche de l’Arabie saoudite, qui veut que Trump aille jusqu’au bout contre l’Iran.

    Tout cela est arrivé après que les canaux de renseignement russes ont transmis au CGRI des informations vérifiées selon lesquelles la guerre « éclair » du Syndicat d’Epstein, centrée sur un changement de régime à Téhéran, bénéficiait du soutien total de l’Arabie saoudite, avec des financements douteux débloqués par l’Arabie saoudite, les ÉAU et le Qatar.

    Ajoutons maintenant à cela le fait que la plupart des missiles lancés par le Syndicat d’Epstein n’ont qu’une portée de 200 à 300 miles. Traduction : ils ont tous été lancés contre l’Iran depuis les pétromonarchies du CCG. Et cela nous mène à ce que l’avenir pourrait réserver, en termes extrêmement désagréables, au Conseil de coopération du Golfe — à l’exception possible du Qatar et d’Oman : tous deux ont compris dans quel sens souffle le vent et se sont déjà déclarés essentiellement neutres, et non comme base d’attaques contre l’Iran.Le Koweït est une fiction. Il pourrait bien finir absorbé par l’Arabie saoudite ou — justice poétique de l’Histoire — par l’Irak. Il n’y a pas d’autre option.

    Bahreïn abrite une énorme base militaire américaine qui a été détruite en temps réel. Si la majorité chiite passe à l’action, avec l’aide de l’Iran, elle pourrait finir absorbée dans la sphère iranienne. L’autre option est une annexion de facto par l’Arabie saoudite.

    Les Émirats arabes unis, dirigés par le gangster MbZ, aligné sur les sionistes, sont un projet ostentatoire en voie d’extinction. Le modèle de Dubaï est déjà mort : port, escroqueries financières, capitale mondiale du blanchiment d’argent. Le pays pourrait finir absorbé par Oman, revenant à la situation de 1971.

    Les érudits irakiens, avec leur sens aigu de l’Histoire, débattent déjà avec enthousiasme du fait que Bahreïn — qui appartenait à l’Iran — finira par revenir à l’Iran ; que le Koweït reviendra à l’Irak ; que les Émirats retourneront à Oman, retour à leurs origines ; et que l’Arabie saoudite pourrait aussi récupérer le Qatar. L’Arabie saoudite, bien sûr, est le joker du jeu. Il est assez révélateur que Riyad ne fasse pas partie du trio qui a tenté de se positionner comme médiateur entre les États-Unis et l’Iran : la Turquie, l’Égypte et le Pakistan.

    En laissant de côté toute la propagande stratosphérique, MbS a encouragé les États-Unis à s’en prendre à l’Iran avant la guerre, et il pourrait maintenant envisager d’y entrer lui aussi : si cela se produit, l’Iran détruira simplement l’ensemble des infrastructures énergétiques saoudiennes, pendant que les Houthis bloqueront la mer Rouge pour empêcher toute exportation énergétique saoudienne.

    En l’état actuel des choses, il existe une possibilité claire que le CCG devienne un facteur décisif dans l’implosion du système financier international, car il devra retirer des fonds massifs du marché américain afin de miser sur sa propre survie précaire.

    La Chine observe tout ce qui précède avec une grande attention. Pékin est parfaitement conscient que la chute d’Assad a coupé le nœud terrestre absolument critique qui reliait les Nouvelles Routes de la Soie / BRI à la Méditerranée orientale. La Chine misait fortement sur la ligne ferroviaire trilatérale reliant l’Iran, l’Irak et la Syrie, ce qui aurait été une merveille pour contourner les goulets d’étranglement navals impériaux. Cependant, le contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz devrait constituer le début d’une contre-offensive géoéconomique.

    Après tout, l’Iran vient d’institutionnaliser le pétroyuan comme système de paiement du péage d’Ormuz. Étant donné que 80 % de ses revenus pétroliers étaient déjà réglés en yuans via le CIPS, le système inclut désormais aussi les frais d’expédition, contournant simultanément le dollar américain, les sanctions américaines et le SWIFT, et cela au sein du goulet d’étranglement le plus décisif de l’économie mondiale. Les Émirats arabes unis sont en train de rater le train qui compte réellement. Ce qui se produit en ce moment, c’est la réécriture du système d’exploitation mondial.

  • Philippe Tancelin – 28 mars/journée de la terre de Palestine et d’autres…

    Philippe Tancelin – 28 mars/journée de la terre de Palestine et d’autres…

    Terre

                                             à bout de maux

    des Hommes

                                                             à bout de mots

    En ce jour célébrant

    frères damnés

    de la faim de la soif

    à la merci des bombes

    sous le joug tortionnaire

    des usurpateurs

    en Palestine

    au Liban en Iran

    en Ukraine au Soudan

    ailleurs et à l’instant…

    Vous êtes debout

    Au détour de minuit

    dans le calme sauvage

    que dirons-nous encore que n’ayons déjà dit… !

    Que hurler par nos voix rases

                                                   sous le plomb des silences !

    Que gravir de nos pas exilés !

    Que lever pour lumière

                                         depuis l’obscur des temps !

    Que rêver les roses

                                   dans des sables captifs !

    Quel souffle offrir aux lointains horizons

                                                                    pour changer de ciel…

    Quand ce monde du chaos

    de la ruine et des camps

    sur les routes des siècles

                                                    verse dans l’abîme

    les déplacés les pourchassés

                                                    brise les plumes

                                                    brûle les cahiers

                                                    plonge dans la boue

    le verbe incandescent

                                                   jette la mémoire dans les puits d’abandon

                                                   ensanglante les mains

    les pieds aux quatre vents

                                                   change le bois des berceaux

    en linceuls

                                                   recouvre de gravats

    les morts et leur chiffre

                                                  prend l’arc-en-ciel

    dans les chaînes

                                                  tranche la main

    pour ses lignes d’étoile….

    Terre sous les hardes

    Terre des calomniateurs

    Terre souillée

    en tes visages d’antan

    Terre

    de décharge

    sous l’aile des bombardiers

    nos cris de voie perdue

    errent de tombeaux en tombeaux

    sur tes légendes

    La face que te dévorent les hommes

    n’a plus de cache

    dans les yeux de la lune

    des blés

    disputés aux ténèbres

    Terre

    détournée de tes plus beaux rivages

    nous avons profané le foyer de tes rêves

                       brisé le cou de la gazelle

                       abandonné tes lèvres aux médisants

                       flétri tes seins sous nos doigts infidèles

                       laissé perdre ton lait au mépris des naissances

                       peigné ta chevelure jusqu’au sang

    Terre

    la tête nous tourne

    du désir obsédant

    de fondre d’amour sous tes soleils

    tandis qu’à chaque pas

    en limite de l’ombre

    abordent tes ravisseurs

    au goût de lame

    affûtée de leur haine.

    Terre

    pour nos mots

    vacillant sous tes maux

    pardon !

    Philippe TANCELIN (Mars 2026)

  • Vijay PRASHAD – Cuba n’a pas peur

    Vijay PRASHAD – Cuba n’a pas peur

    Le 13 mars 2026, le président Miguel Díaz-Canel Bermúdez a tenu une conférence de presse à La Havane, Cuba. Le pays a été ravagé par une crise de carburant et d’électricité qui s’aggrave, provoquée par le blocus illégal américain de longue date, que l’administration Trump a renforcé début 2026 en coupant effectivement les livraisons de pétrole vers l’île. Le 29 janvier, Trump a publié un décret exécutif rempli de fanfaronnades – dont l’affirmation selon laquelle Cuba « accueille les groupes terroristes transnationaux, tels que le Hezbollah et le Hamas » – et a menacé de payer des tarifs douaniers contre tout pays tentant d’envoyer du pétrole à Cuba.

    Cuba produit environ 40 % du carburant dont elle a besoin et importe le reste – principalement du Mexique et du Venezuela. Après l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, le Venezuela a été contraint d’arrêter les expéditions vers Cuba, tandis que le Mexique a suspendu les expéditions sous la menace des tarifs américains. Cuba n’a pas reçu de pétrole depuis la première semaine de janvier. Début février, le vice-Premier ministre Oscar Pérez-Oliva Fraga a déclaré que le gouvernement cubain destinerait le combustible restant aux services essentiels – éducation, santé, ainsi que l’approvisionnement en eau et en nourriture. C’est dans ce contexte que Díaz-Canel a annoncé que Cuba et les États-Unis avaient entamé « un processus très sensible » de pourparlers visant à résoudre les problèmes bilatéraux et à prendre « des actions concrètes au bénéfice des peuples des deux pays ».

    Quelques jours avant la conférence de presse, une délégation de l’Assemblée internationale des peuples a rencontré Díaz-Canel, qui nous a dit que la situation à Cuba est très difficile mais que son gouvernement fait tout son possible pour atténuer les difficultés rencontrées par le peuple cubain. En même temps, a-t-il dit, la révolution n’abandonnerait pas ses principes socialistes de souveraineté et de dignité. La conviction discrète avec laquelle Díaz-Canel s’exprimait nous réconfortait, et ses paroles reflétaient ce que nous entendions des personnes à qui nous parlions à travers La Havane (nous ne pouvions pas voyager au-delà de la capitale à cause de la crise du carburant provoquée par le blocus pétrolier).

    La dernière attaque de Trump contre Cuba est la continuation du blocus illégal américain qui a commencé le 7 février 1962, lorsque le président américain John F. Kennedy a signé la proclamation 3447 en vertu de l’article 620(a) de la Foreign Assistance Act de 1961, et qui a ensuite été consolidée en juillet 1963 sous l’autorité de la loi Trading with the Enemy Act de 1917. La décision de Kennedy a élargi les restrictions commerciales imposées en 1960 et les a transformées en une interdiction générale de presque toutes les relations commerciales et financières entre les États-Unis et Cuba. La portée extraterritoriale du blocus s’est approfondie avec le temps, surtout après 1991 : la loi Torricelli de 1992 a interdit aux filiales étrangères d’entreprises américaines de commercer avec Cuba et a imposé une restriction de 180 jours aux navires impliqués dans le commerce avec l’île, et la loi Helms-Burton de 1996 a encore – et illégalement – étendu la portée du blocus aux pays tiers et aux entreprises étrangères.

    Cette politique, alors comme aujourd’hui, vise explicitement à affaiblir une Cuba qui avait cherché à tracer une voie souveraine pour sortir de la subordination, d’abord à l’Europe puis, après 1898, aux États-Unis. Les États-Unis ont utilisé le blocus pour punir Cuba pour sa défiance au contrôle américain et pour l’exemple que Cuba avait commencé à représenter pour d’autres pays du tiers-monde. Dès le départ, l’intention du blocus allait au-delà de la diplomatie : des documents internes du gouvernement américain révèlent une stratégie explicitement destinée à générer « insatisfaction économique et difficultés » à Cuba pour provoquer un changement politique. Le blocus devint plus complexe et punitif au fil du temps. Plutôt que d’alléger la pression pendant la période spéciale de Cuba, qui suivit la chute de l’Union soviétique lorsque l’île avait perdu son principal partenaire commercial, les États-Unis renforcèrent encore davantage leur politique. Une telle application extraterritoriale entre directement en conflit avec les normes commerciales internationales et les droits souverains des autres États Le blocus américain de Cuba est largement reconnu comme illégal selon le droit international car il viole les principes fondamentaux de la souveraineté des États, de la non-intervention et du droit des autres États à exercer un commerce légal. Ces principes sont inscrits dans le système des Nations Unies et, surtout, dans la Charte des Nations Unies de 1945, qui affirme l’égalité souveraine des États, interdit la menace ou l’usage de la force contre leur intégrité territoriale ou leur indépendance politique, et interdit toute intervention dans des affaires relevant essentiellement de leur juridiction nationale. Pour plus de clarté, il convient de se référer aux principaux principes et instruments juridiques que les États-Unis ont bafoués depuis 1962 :

    * Les articles 2(1), 2(4) et 2(7) de la Charte des Nations Unies de 1945 affirment la souveraineté des États, interdisent la menace ou l’usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique, et interdisent toute ingérence dans les affaires intérieures.

    * La Déclaration de 1970 sur les principes du droit international concernant les relations amicales et la coopération entre les États, conformément à la Charte des Nations Unies, déclare qu’aucun État ne peut utiliser de mesures économiques, politiques ou autres pour contraindre un autre gouvernement à subordonner l’exercice de ses droits souverains.

    * Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (adopté en 1966 et entré en vigueur en 1976) et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (adopté en 1966 et entré en vigueur en 1976) reconnaissent le droit des peuples à l’autodétermination, y compris le contrôle de leurs systèmes économiques.

    Outre ces traités explicites dans le système des Nations Unies, il existe aussi une tradition plus ancienne de droit international coutumier qui protège la liberté de commerce international et interdit la juridiction extraterritoriale sur des États tiers. Le blocus viole les principes d’égalité souveraine en tentant de dicter le système politique et économique interne de Cuba. Son intention explicite de causer des difficultés économiques constitue une intervention illégale et une coercition. L’application extraterritoriale des sanctions américaines interfère illégalement avec les droits souverains des pays tiers et de leurs ressortissants. L’absence de toute autorisation du Conseil de sécurité des Nations Unies souligne encore davantage le caractère unilatéral et coercitif du blocus.

    Chaque année depuis 1992 (sauf en 2020, lorsque le Covid a empêché un vote), l’Assemblée générale des Nations Unies a massivement voté pour condamner le blocus de Cuba, le qualifiant de contraire au droit international et à la Charte des Nations Unies. Ces résolutions soulignent que cette politique viole le droit de Cuba à l’autodétermination et entrave les relations économiques normales entre les États.

    Bien que les résolutions de l’Assemblée générale ne soient pas juridiquement contraignantes, leur cohérence et leur soutien quasi universel démontrent un fort consensus international sur l’illégalité de la mesure. Lorsque l’Assemblée générale a tenu son dernier vote en octobre 2025, 165 des 193 États membres ont voté pour mettre fin au blocus. Parmi eux figuraient certains des pays les plus peuplés du monde, tels que le Brésil, la Chine, le Nigeria, l’Inde, l’Indonésie et le Pakistan. Pris ensemble, les pays qui ont voté en faveur représentent environ 92 % de la population mondiale. Sous tous les plans, la majorité des peuples du monde s’opposent à ce blocus illégal.

    Une infirmière de l’Institut de neurologie et neurochirurgie de La Havane m’a dit qu’il lui faut plus de deux heures pour aller travailler depuis chez elle, mais qu’elle considère cet inconvénient comme faisant partie de sa mission au sein de la Révolution cubaine. Cela m’a donné envie de pleurer d’entendre le personnel de l’hôpital parler de leur engagement envers leurs patients et envers le processus révolutionnaire cubain. En raison du blocus pétrolier et des fluctuations de puissance qui en résultent, les chirurgiens et infirmiers s’inquiètent de réaliser une chirurgie cérébrale délicate. Leurs patients – certains souffrant d’épilepsie ou de tumeurs cérébrales – doivent tout simplement attendre.

    Source : https://arretsurinfo.ch/cuba-na-pas-peur/ 23 mars 2026

  • Akli OURAD – L’IRAN SOUS LES BOMBES, LA CHINE DANS LE VISEUR

    Akli OURAD – L’IRAN SOUS LES BOMBES, LA CHINE DANS LE VISEUR

    Les États-Unis ne mènent plus une politique étrangère, ils pratiquent une fuite en avant. Un empire à bout de souffle, terrorisé par sa propre chute, prêt à incendier la planète pour retarder l’inévitable. Derrière le théâtre grotesque de la « menace iranienne », derrière les sermons sur la sécurité et la démocratie, se cache une vérité simple et crue. Washington a peur de la Chine. Peur de sa puissance, peur de sa croissance, peur de perdre le contrôle d’un monde qu’il croyait posséder pour l’éternité.

    La Chine n’a pas besoin de bombarder qui que ce soit pour terrifier les États-Unis. Elle construit, elle produit, elle innove, elle relie les continents par la nouvelle route de la soie, pendant que l’Occident sanctionne, menace, détruit et s’auto-détruit. Mais à part la dominance et le colonialisme, sait-il faire autrement? La Chine démontre, chiffres et développement à l’appui, que l’ordre occidental n’est ni naturel ni éternel. Pour la secte Trumpienne, c’est une humiliation historique. Perdre la première place économique mondiale, c’est perdre le pouvoir d’imposer le dollar, ses règles, ses récits et ses guerres.

    Le monde, lui, a déjà commencé à tourner le dos à l’ancien maître. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, la Chine est devenue le partenaire central, pendant que les États-Unis et leurs alliés européens recyclent les mêmes discours coloniaux et moralisateurs vidés de toute crédibilité. L’économiste en chef a changé d’adresse, et Washington ne supporte pas d’être relégué au second plan.

    Le cauchemar ultime de l’empire américain porte un nom : les BRICS sous l’égide de la Chine. Un bloc qui ose contester la dictature du dollar, cette arme financière grâce à laquelle les États-Unis pillent, sanctionnent et asphyxient des nations entières. La fin du règne du dollar, c’est la fin de l’impunité américaine. Sans lui, l’empire est à terre et vaincu.

    Mais face à une Chine technologiquement avancée, industriellement souveraine, militairement capable et stratégiquement préparée, Washington ne peut pas gagner frontalement. Il ne reste qu’une seule option : frapper indirectement, là où Pékin est vulnérable. L’énergie. La Chine importe l’essentiel de son pétrole et une large part de son gaz. Voilà le nerf de la guerre. Voilà pourquoi l’Iran et le Venezuela, gros fournisseurs de la Chine, sont redevenus des champs de bataille. La Russie l’est aussi, mais on s’attaque qu’à plus petit que soi, confirmant la lâcheté de l’Occident, du moins c’est ce qu’ils croyaient jusqu’à l’attaque de l’ancienne Perse ce 28 février 2026.

    L’Iran devient ainsi la cible idéale. Elle est diabolisée, sanctionnée, isolée, présentée comme une menace permanente pour justifier leur méfait programmé. Cette obsession américaine épouse parfaitement celle d’Israël, son cheval de Troie dans le Moyen-Orient, dirigé par le boucher Benjamin Netanyahou, qui réclame depuis qu’il est au pouvoir la destruction de l’Iran sous le prétexte d’une bombe nucléaire jamais prouvée. Deux agendas, une même stratégie pour le couple satanique : éliminer l’Iran pour sécuriser l’hégémonie occidentale, la pérennité de l’État sioniste, et couper le pétrole iranien à la Chine pour les retarder dans leur avancée stratosphérique.

    Les va-t-en-guerre trumpistes autour de Donald ont cru à leur propre propagande. Ils ont imaginé une opération éclair, une décapitation du régime iranien dès les premières heures, suivie d’un soulèvement populaire et de l’installation d’un pouvoir docile, fantasmé autour du rêve d’installer la progéniture pourrie du Shah Reza Pahlavi, un homme sans base sociale, sans légitimité et sans ancrage réel dans l’Iran contemporain.

    Ce plan a échoué parce qu’il reposait sur une arrogance impériale classique, l’idée que les peuples se réjouissent d’être bombardés pour leur « libération ». Nous connaissons déjà la musique avec l’Iraq, l’Afghanistan, la Syrie, la Libye, le Yémen. La liste macabre est longue et non exhaustive. Le peuple iranien, confronté à une agression extérieure, n’a pas renversé son gouvernement. Il a fait ce que font tous les peuples attaqués. Il s’est rassemblé autour de son leadership. Même la perte de figures centrales du pouvoir avait été anticipée par l’État iranien, révélant un niveau de préparation que Washington avait refusé d’envisager.

    Aujourd’hui, l’escalade échappe totalement aux calculs froids des grands criminels de guerre qui l’ont provoquée. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial acheminé par voie maritime, est devenu un voie sans issue. Sa fermeture durable ne frapperait pas seulement la Chine, mais plongerait l’économie mondiale dans le chaos, emportant avec elle les pyromanes mêmes de cette guerre soi-disant « préventive », désormais piégés par leurs propres crimes.

    L’histoire retiendra que les États-Unis n’ont pas déclenché cette confrontation pour la démocratie, ni l’amour du peuple iranien, ni même pour la sécurité d’Israël, ou pour la non-prolifération nucléaire, mais par peur. La peur de voir un monde émerger sans eux au centre. L’Iran n’est pas l’ennemi final, seulement un champ de bataille de plus dans la lutte désespérée d’un empire refusant d’accepter la fin de sa domination.

    L’Iran risque de devenir le dernier champ de bataille de géants déchus.

  • Pepe Escobar- La réponse de l’Iran

    Pepe Escobar- La réponse de l’Iran

    Ce nouvel article contextualise des événements marquants de ces derniers jours (nomination d’Ali Khamenei et ses liens avec le CGRI, dommages militaires stratégiques subis par les USA, utilisation de missiles iraniens plus destructeurs, tentatives de cessez-le-feu, appel de Trump à Poutine, etc.) :

    « Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, 57 ans, élu par l’Assemblée des experts, n’a pas encore prononcé un seul mot en public.

    Le CGRI (Corps des Gardes de la Révolution Islamique) parle pour lui. Dès le début, Mojtaba était le candidat préféré pour succéder à l’ayatollah Khamenei, l’homme qui avait méticuleusement planifié comment mettre l’Empire à genoux. Il montre maintenant à toute la planète, en particulier aux pays du Sud, ce qui se cachait derrière la « modération » conseillée par Khamenei depuis des années. En quelques jours, le CGRI a aveuglé les radars américains sur tout le spectre de l’Asie occidentale; armé le détroit d’Ormuz, provoquant la chute de l’économie mondiale; et remis à Washington ce qui, à toutes fins utiles, équivaut à de l’intimidation pour le faire capituler.

    Ce ne sont là que quelques-unes des conditions saillantes d’un éventuel cessez-le-feu, en supposant que Téhéran en vienne à compter sur les États-Unis pour le respecter:

    *Levée de toutes les sanctions contre l’Iran et libération de tous les avoirs iraniens gelés.
    *Reconnaissance du droit de l’Iran d’enrichir de l’uranium sur son propre territoire.
    *Indemnisation intégrale des dommages causés par la guerre imposée.
    *Extradition des cinquièmes colonnes iraniennes à l’étranger et fin des campagnes médiatiques orchestrées contre Téhéran.
    *Ne pas mener d’attaques contre le Hezbollah au Liban ou contre Ansarallah au Yémen.
    *Le démantèlement de toutes les bases militaires américaines en Asie occidentale.


    Laissez cela s’enfoncer petit à petit. Ici, nous avons l’Iran qui demande à l’armée autoproclamée et exagérément la plus puissante de l’histoire du monde de, en substance, se rendre.
    Ajoutez maintenant à cela le commandant de la Force aérospatiale du CGRI, Majid Mousavi, annonçant que « après avoir neutralisé les couches de défense aérienne américaines dans la région, l’Iran passe à une nouvelle doctrine de missiles. Désormais, les missiles dotés d’ogives de moins de 1 tonne ne seront plus utilisés. Les vagues d’attaques de missiles deviendront plus fréquentes et plus répandues. »

    Cela se traduit déjà, dans la pratique, par le lancement par le CGRI de missiles balistiques à moyenne portée à combustible solide Kheibar Shekan, comme cela s’est produit plus tôt cette semaine à Tel Aviv et sur la Cinquième flotte américaine. États-Unis. à Bahreïn.

    Le code de cette première opération, de manière significative, était « Labbayk ya Khamenei ». Cela signifie « À votre service, ô Khamenei. » Considérez cela comme la première opération iranienne explicitement dédiée au nouveau guide suprême.



    Le Kheibar Shekan, d’une autonomie de 1450 km, est mobile par route; il est prêt à être lancé à partir d’un camion en moins de 30 minutes; il vole avec un guidage assisté par satellite avec un véhicule de rentrée maniable qui exécute une évasion terminale en zigzag à des vitesses qui, selon le CGRI, atteignent jusqu’à Mach 10.

    Et oui: à partir de maintenant, il transporte des ogives de 1 tonne. Cela double le rayon d’explosion et la puissance destructrice de chaque missile, autant qu’il double, triple ou quadruple l’intercepteur infernal américano-israélien.

    Un intercepteur Patriot PAC-3 coûte 4 millions de dollars. Un intercepteur THAAD coûte 12,7 millions de dollars. Un Arrow-3 coûte 3,5 millions de dollars. Tous ont été méthodiquement et systématiquement détruits par le CGRI.

    En pratique, désormais, le syndicat Epstein doit utiliser plus d’intercepteurs – ce qu’il n’a pas — pour que chaque missile entrant atteigne peut-être la même probabilité de succès.

    Et puis il y a les missiles Khorramshahr-4: à carburant liquide, d’une portée de 2000 à 3000 kilomètres, transportant des ogives encore plus lourdes, de 1500 à 1800 kilogrammes, avec des véhicules de rentrée maniables alimentés par des propulseurs. Nous parlons des ogives conventionnelles les plus lourdes de l’arsenal iranien, lancées avec le Kheibar Shekan amélioré.Tout cela au nom de « Labbayk ya Khamenei ». La symbologie dit tout.

    Ce sont les derniers faits indéniables sur le champ de bataille. En supposant que quelqu’un à Washington avec un QI supérieur à la température ambiante ait pris la peine de l’expliquer à la Maison Blanche, il n’est pas étonnant que Trump se vante maintenant que la guerre est « presque complète. »En fait, cela s’est produit après (c’est moi qui souligne) son appel téléphonique d’une heure au président Poutine, à la demande de la Maison Blanche.

    Le communiqué de Moscou, délivré par l’imperturbable conseiller présidentiel Yuri Ouchakov, contient cette perle de jade:

    « Le président russe a exprimé un certain nombre d’idées visant à parvenir à une résolution politique et diplomatique rapide du conflit iranien, notamment en tenant compte des contacts qu’il a eus avec les dirigeants des États du Golfe, avec le président iranien et avec les dirigeants de plusieurs autres pays. »

    C’est un langage diplomatique pour dire que Poutine a dit aux Américains de dures réalités et a proposé de trouver cette issue insaisissable. En supposant que Téhéran veuille collaborer. Selon la propagande incessante de Washington, les flagorneurs proverbiaux de Beltway exhortent Trump à « formuler un plan de retrait américain de la guerre », annonçant que « l’armée a largement atteint ses objectifs » (même si ce n’est pas le cas).

    Le fait est que la Maison Blanche a déjà demandé à la Turquie, au Qatar et à Oman de transmettre à Téhéran les propositions américaines de cessez-le-feu. La réponse iranienne est résumée ici:

    « Les négociations avec les États-Unis ne sont plus à l’ordre du jour », Abbas Araghchi, Ministre des Affaires étrangères

    Mohammad Ghalibaf, président du Parlement : « Nous ne cherchons pas du tout un cessez-le-feu. Nous pensons qu’il est nécessaire de frapper l’agresseur à la bouche pour qu’il apprenne la leçon et ne pense plus jamais à attaquer notre cher Iran ».

    Ce qui nous amène une fois de plus à nous demander pourquoi Trump, qui ne cesse de se vanter que « nous gagnons », appellerait le président Poutine alors que la guerre se poursuit, et quelques heures seulement après que Poutine ait fermement proclamé son « soutien indéfectible » à l’Iran et au nouveau Rahbar (« leader »), Mojtaba Khamenei ?

    La réponse, inévitablement, est que Trump cherche une issue. La majorité absolue de la planète, ainsi que de nombreux acteurs des territoires vassaux, accusent déjà les États-Unis de l’effondrement de l’économie mondiale.

    C’est parce que toute la continuité du gouvernement, mise en place par l’ayatollah assassiné Khamenei, est extrêmement confiante dans sa capacité à faire tomber le syndicat Epstein et à le mettre à genoux, trempé de sang. L’ayatollah Khamenei a réalisé ce qui pourrait entrer dans l’histoire comme la plus grande surprise de la géopolitique du XXIème siècle. Tout le mérite lui revient, pour sa clarté de vision, sa résilience, son altruisme et la planification méticuleuse et époustouflante de la stratégie de défense mosaïque, désormais en vigueur.



    Ce que l’Iran, sous la direction de Mojtaba Khamenei (et c’est un consensus national), veut maintenant, c’est une victoire sans équivoque. L’Empire du Chaos, du Pillage et des Attaques Permanentes, avec sa devise « Si ça ne me plaît pas, je le tue », doit être complètement humilié. 

  • Mohamed Adjou – Boumediene…quoi qu’en en dise…

    Mohamed Adjou – Boumediene…quoi qu’en en dise…

    Ils disent que c’était un psychopathe, un ambitieux, un baathiste, un agent de De Gaulle , un islamiste lié aux FM, un affidé de Nasser, un assassin, un vendu, un embusqué, qu’il a fomenté et exécuté un coup d’état pour prendre le pouvoir, qu’il a toléré la perpétuation de la présence française à Mers el Kébir et Oued Namous, qu’il a sinistré l’enseignement en l’arabisant, qu’il a fait le lit de l’islamisme, qu’il a sinistré l’agriculture en instaurant la Révolution Agraire, l’industrie en promulguant l’industrie industrialisante, détruit le système de santé en décrétant la médecine gratuite etc

    1- PSYCHOPATHIE : Tout le monde prend pour argent comptant et pour vérité indiscutable une petite confidence qu’aurait faite Fanon au Colonel Dehilès et dont ce dernier se serait ouvert à je ne sais plus qui… Mais personne ne se pose la question des relations entre les deux Colonels et du fait que les deux hommes n’étaient pas en parfaite entente…

    Même si le Colonel Dehilès ne peut être décemment accusé de mensonge, personne n’a osé faire la moindre réserve sur cette « analyse » de Fanon et personne ne s’est dit pourquoi il ne s’en est pas ouvert à d’autres cadres de la Révolution…

    Personne n’a pensé un seul instant que tout « révolutionnaire» est quelque part psychopathe car la méfiance dans laquelle il vit, vis-à-vis de ses pairs comme de ses adversaires ne peut lui permettre de rester psychologiquement serein…

    Je ne sais pas d’ailleurs pourquoi, en l’occurrence, on fait preuve de ce « deux poids et deux mesures »… S’il faut croire ce qu’a « dit » de Boumediène Fanon à Dehilès, ne devrait-on pas croire ce qu’a « écrit » Bessaoud Mohand Arab à propos de Dehilès et c’est autrement plus grave qu’un avis psychiatrique, les écrits sont là contrairement aux paroles qui elles, se sont envolées ?

    2- AMBITION DEMESUREE : L’ambition qui est méritoire car c’est un sentiment qui permet à l’individu de se surpasser est pour Boumediene une tare inexcusable…

    Cet homme qui fut le plus jeune Colonel de l’ALN ne s’est jamais imposé par les « vertus » du régionalisme et du clanisme (il avait choisi l’Oranie pour activer et non les régions où résidaient sa tribu et son clan, contrairement à la plupart des responsables)…

    Il a été nommé Colonel non pas par cooptation de ses amis (il n’en avait semble t’il pas) ni grâce à l’appui des grands chefs de sa région, mais pour ses qualités de sérieux et d’engagement qui frisaient l’ascétisme, ce que lui reconnaissent ceux qui l’estiment comme ceux qui le haïssent…

    3- ETIQUETTES : Cet homme dont tous les observateurs neutres reconnaissent l’ombrageuse algérianité a montré aussi bien durant la guerre qu’après l’indépendance qu’il n’avait jamais souscrit à une quelconque inféodation ni au courant arabiste, ni au courant islamiste, ni au néo-colonialisme ni même à la francophonie et n’a eu de cesse de les dénoncer avec une rare virulence…

    Le peu de sérieux de ces étiquettes est démontré par l’accusation de Nasserisme, de Frère Musulman et de Communisme… en même temps !…

    Il faut rappeler que Boumediene n’a jamais accepté les ordres ou même les conseils de Saddam, Assad, Nasser ou Hassan et se souvenir de son mémorable coup de gueule contre les pays qui ont assisté au sommet de la francophonie « Wallah ma yerb’hou chi ! » et son « Hussein el kelb ! » qui a suivi Septembre Noir en se disant que ce roi qu’il avait qualifié sous le coup de la colère de ce mot est le premier représentant de la Franc-Maçonnerie Arabe (comme il est connu depuis peu)…

    Se souvenir aussi de son froid avec Hafedh El Assad pour son refus de libérer Noureddine El Atassi et de sa consternation publique quand Numeiry fit pendre El Mahdjoub le communiste …

    Les étiquettes étant facile à coller, on a attendu qu’il disparaisse pour faire de lui la chose et son contraire, pour rassembler le plus large front possible contre lui…

    4- ILLEGITIMITE : On revient toujours à la prise du pouvoir par l’Armée des Frontières, mais personne n’ose reconnaître qu’en ces temps troubles où les Chefs de Guerre se voyaient tous Chefs d’Etat, Boumediene était le SEUL à avoir le droit d’intervenir pour arrêter les dérives car il était Chef d’Etat Major Général, nommé par les organes de la Révolution et disposait de la compétence, du pouvoir et de la légalité pour imposer l’ordre face aux dérives des uns et des autres et c’est à ce seul titre qu’il a intervenu et s’il n’avait pas intervenu, nous lirions dans les livres d’Histoire que cet Homme a failli à ses engagements…

    L’intervention de Boumediène ne s’est pas faite en qualité de Président de la République ou de prétendant à la présidence mais en qualité de chef suprême de l’Armée… Et son appel à Ben Bella a très certainement été en désespoir de cause…

    De plus, il faut le reconnaître, l’homme qui ralliait le plus de suffrages à l’époque et qui bénéficiait d’une plus forte sympathie populaire était Ben Bella, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas… peut être pour sa faconde, peut être pour son air enjoué, peut être parce qu’il n’avait pas, comme certains de ses co-détenus, réuni ses partisans dans un parti et qu’il avait souscrit à l’idée de rester sous la bannière du FLN par conviction, « ruse de guerre » ou défaut de soutiens sérieux…

    5- UN PLANQUE QUI N A JAMAIS TIRE UN COUP DE FEU… Le paradoxe c’est que cette accusation qui fait rire vient essentiellement de ceux qui avaient souscrit au principe de la primauté du civil sur le militaire… Ceux qui décochent de manière récurrente cette flèche contre le président Boumediène oublient qu’un chef révolutionnaire n’est pas obligatoirement un soldat…

    Ils n’ont jamais accusé les autres grandes figures de la révolution de ne pas avoir canardé l’ennemi, de Ben M’Hidi à Bitat, de Benkhedda à Abane, de Ferhat Abbas à M’Hamed Yazid, de Ben Bella à Boudiaf…

    Ils ignorent ou font semblant d’ignorer que De Gaulle, Churchill et Eisenhower n’ont jamais pris les armes contre l’ennemi et que Castro ne tira certainement pas une cartouche en se faisant prendre par les troupes de Batista, et Ho Chi Minh et Giap n’ont peut être pas tiré une cartouche même s’il réussirent la tannée administrée aux Français à Dien Bien Phu puis aux yankees malgré leurs B52 et leurs défoliants.

    Je vais arrêter là… je sais qu’après avoir perdu des ami(e)s islamistes, arabistes, et kabylistes, je vais devoir supporter que le ciel me tombe sur la tête en me positionnant comme défenseur du Colonel Boumediène … mais j’ai fait le serment de dire ce qui me tient à cœur, pas ce qui me vaudra la sympathie de ceux qui aiment bien qu’on leur dise ce qu’ils veulent entendre…

    Mais j’ai bon dos et je compte bien développer le reste des points cités en introduction pour peu que je trouve le temps de le faire…

    Le courage, la volonté et les arguments ne me manqueront certainement pas…

    29/10/2017

    Source : https://www.facebook.com/100000246702335/posts/25883055891285947/?rdid=m1zzrwnZxZDJJWzM#

    Dans les reproches faits à Boumediène on rencontre outre ceux que j’ai cités dans la première partie et qui ne furent malheureusement que très peu débattus, les intervenants se cramponnant à 2 ou 3 idées fixes, on rencontre dis-je deux autres, l’un politique et l’autre économique, qui sonnent en « eureka » dans la bouche et les écrits de ses pourfendeurs :

    𝟏- 𝐥’𝐨𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐦𝐨𝐧𝐨𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐬𝐭𝐞

    𝟐- 𝐥’𝐨𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐢𝐬𝐭𝐞

    Je vais, dans ce qui suit, essayer de dire quelques mots sur ces choix que certains jugent catastrophiques en faisant prévaloir l’idée que d’autres choix auraient permis au pays un décollage vertigineux quand d’autres affirment que sans ces choix le pays aurait été disloqué et la Révolution n’aurait même pas tenu la promesse de l’unité de la nation et de la conservation de son intégrité territoriale…

    Les deux ont bien sûr raison parce qu’avec des hypothèses toute conclusion se tient…

    𝟏- 𝐋𝐄 𝐂𝐇𝐎𝐈𝐗 𝐃𝐔 𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈 𝐔𝐍𝐈𝐐𝐔𝐄.

    Ceux qui reprochent à Boumediene l’option monopartiste oublient sciemment cette incontestable évidence: L’Algérie n’est ni la France, ni le Maroc, ni la Libye, ni la Tunisie.

    L’Algérie est un cas unique.

    C’est un pays qui a subi une colonisation de peuplement et dont la décolonisation s’est faite avec une rare brutalité et une véritable politique de la terre brûlée.

    La guerre a été menée sous la bannière du FLN, un mouvement de libération qui avait pour programme essentiel et exclusif: LA LIBERATION DU PAYS car c’était en elle même un trop vaste programme…

    Pour y arriver, le FLN a du réduire toutes les velléités et les ambitions politiques (parfois fondamentalement divergentes) qui divisaient les Algériens: Ulémas, communistes, messalistes, arabistes, berbéristes, assimilationnistes…

    La mise au pas de ces tendances ne pouvait se faire avec un gant de velours et ça se comprend ! Et si les différentes tendances ont accepté de se fondre dans le moule du FLN, elles n’ont pas pour autant renié leurs principes ni pardonné cette mise au pas.

    A l’indépendance, deux choix se présentaient:

    a)- libérer les tendances et leur permettre d’activer, chacune selon ses conceptions.

    b)- adopter le même schéma politique que celui imposé par la guerre de libération …

    La première alternative ne pouvait être envisagée, sachant que le pays était d’une part extrêmement fragile et que d’autre part, la guerre froide battait son plein et faisait courir le risque d’une guerre civile dévastatrice sous les influences et les exhortations des deux blocs.

    Et c’est la deuxième option qui ne fut même pas choisie mais qui s’est imposée.

    La première Constitution a le mérite d’expliquer sans ambages cette option puisque dans son préambule elle dit textuellement:

     » Les régimes présidentiels et parlementaires classiques ne peuvent garantir (la) stabilité alors qu’un régime basé sur la prééminence du peuple souverain et du parti unique, peut l’assurer efficacement. »

    Le pouvoir de l’époque fut aussi très clair dans ses choix puisque:

    Le 14/8/63, le décret 63/297 fut promulgué; tous les ministres et Ben Bella signèrent l’interdiction  » sur l’ensemble du territoire national les associations ou groupements de fait ayant un caractère politique. »

    Et comme conséquence logique de ce décret, le 28/9/63 est prononcée la dissolution du FFS « considérant qu’il poursuit un but politique, que son activité est de nature à porter atteinte à l’intégrité du territoire et à l’unité nationale. »

    Le choix du parti unique ne découle pas de la volonté de Boumediene mais des résolutions sans ambiguïté du CNRA…

    Dans l’annexe réservée au parti, voici en toutes lettres ce qui est dit:

     » Pour réaliser les objectifs de la Révolution démocratique populaire, il faut un parti de masse puissant et conscient.

    Né dans le feu de l’action, le FLN a rassemblé en son sein toutes les forces vives de la nation. Des tendances diverses drainant des idéologies disparates ont coexisté en son sein.

    Les structures ont été élaborées d’une manière empirique et en fonction des besoins immédiate de la lutte.

    Sa reconversion en parti politique est devenue une nécessité impérieuse pour notre marche en avant. »

    Ceux qui accusent Boumediene d’avoir choisi le monopartisme se gardent toujours de citer ce texte et se contentent de disserter sur l’antinomie qui existe entre démocratie et parti unique… chose que le CNRA a évacuée à sa manière en prévoyant l’application de la démocratie dans le parti lui-même et non en dehors.

    Conclusion ; le monopartisme n’est pas une décision de Boumediene… le FLN a, dans la plate forme du Congrès de la Soummam exclu d’emblée le pluripartisme en dénonçant nommément toutes les tendances (communisme, messalisme, maraboutisme etc)…

    Mais les pourfendeurs de Boumediène ne font aucun cas des textes « fondamentaux » de la Révolution pour la bonne et simple raison qu’ils ne les ont pas lus ou… parce qu’ils croient plus pertinentes les théories démocratistes développées en «métropole»…

    𝟐- 𝐋’𝐎𝐏𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐀𝐋𝐈𝐒𝐓𝐄

    Dans le domaine économique aussi, deux alternatives (il n’y en a pas d’autres !) devaient s’imposer: le libéralisme ou le dirigisme.

    La propriété terrienne, commerciale ou industrielle étant vacante du fait du départ général et précipité des colons, commerçants et industriels français suite à la grave fracture entre les deux communautés causée par l’OAS, il fallait consacrer cette propriété « bien du peuple » ou l’affecter à de nouveaux propriétaires.

    La Révolution s’étant laissée prendre à son altruisme a préféré ne pas considérer cette propriété comme un butin de guerre et la répartir entre les combattants.

    Le pouvoir a confié l’exploitation des fermes dès le 22 octobre 1962 aux « Comités De Gestion » (décret signé par Ben Bella, Francis, Medeghri, Ouzeggane et Boumaaza) et en fit de même pour celle des usines, ateliers et mines le 23 novembre 1962 (décret du 23 novembre 1962 signé Ben Bella, Francis, Laroussi Khelifa et Boumaaza ).

    Le choix du socialisme qu’on avait surnommé « autogestion » s’est ainsi imposé de lui-même et bien malin celui qui peut même aujourd’hui suggérer une autre solution sans occulter les réalités des statuts des biens de production aux lendemains de la libération…

    Et pour prouver que le socialisme fut une option imposée aussi bien par la philosophie de la Révolution que par la situation réelle de l’économie et non par Boumediene, on doit savoir que le 5/4/1963 déjà Ben Bella avait nommé Mohamed Harbi conseiller chargé du secteur socialiste; et ce qu’on feint d’ignorer c’est que Boumediene fut plutôt accusé de tiédeur dans la mise en œuvre du socialisme plutôt que d’empressement…

    L’option socialiste qu’on impute à Boumediene ne fut en rien comme nous venons de le voir, une lubie du Kim Il Sung qui dormait en « Boukharrouba » mais une option prévue par les textes fondamentaux de la Révolution et imposée par le statuts des terres et des établissement industriels, artisanaux et commerciaux… C’est en tergiversant dans l’adoption de cette option que Boumediene aurait trahi la cause nationale, pas en l’assumant.

    Source : https://www.facebook.com/100000246702335/posts/25890749517183251/?rdid=bmYUwWhRKjdGIPRL#

    𝗔𝗖𝗖𝗢𝗥𝗗𝗦 𝗗’𝗘𝗩𝗜𝗔𝗡, 𝗢𝗨𝗘𝗗 𝗡𝗔𝗠𝗢𝗨𝗦, 𝗠𝗘𝗥𝗦 𝗘𝗟 𝗞𝗘𝗕𝗜𝗥, 𝗜𝗡𝗡 𝗘𝗞𝗘𝗥

    Il y’a d’abord une vérité sur laquelle s’accordent tous les gens intellectuellement honnêtes : Boumediene n’a pas accepté les termes des accords d’Evian négociés par Krim Belkacem et un aréopage de cadres de la Révolution parce qu’il y’aurait décelé des clauses limitant l’indépendance du nouvel état…

    Certains disent que ce refus n’est qu’une manifestation de sa jalousie morbide face à Krim qui, en signant ces accords s’est construit le statut de fondateur de l’Algérie moderne et que son refus de cautionner le texte découle de cette seule raison… Il s’en faut de peu pour qu’ils aillent prouver son implication dans l’assassinat du « lion du Djurdjura » en invoquant cette même raison…

    Il est quasi certain que les clauses rejetées par Boumediène sont militaires et concernent les facilités et concessions arrachées par Joxe et ses compagnons sur la poursuite de la présence de l’armée française dans « certains sites » après l’indépendance.

    Quant au rejet de ces accords pour cause de « jalousie », il ne tient pas la route… il n’a jamais été prouvé qu’une quelconque inimité existait entre les deux hommes si ce n’est peut être la méfiance inhérente à tous ceux qui cohabitent et agissent dans la clandestinité…

    Et puis, il faut savoir que parmi les 9 négociateurs : 𝑇𝑎𝑖̈𝑒𝑏 𝐵𝑜𝑢𝑙𝑎ℎ𝑟𝑜𝑢𝑓, 𝑆𝑎𝑎̂𝑑 𝐷𝑎ℎ𝑙𝑎𝑏, 𝑀𝑜ℎ𝑎𝑚𝑒𝑑 𝑆𝑒𝑑𝑑𝑖𝑘 𝐵𝑒𝑛𝑦𝑎ℎ𝑖𝑎, 𝐾𝑟𝑖𝑚 𝐵𝑒𝑙𝑘𝑎𝑐𝑒𝑚, 𝐵𝑒𝑛𝑚𝑜𝑠𝑡𝑒𝑓𝑎 𝐵𝑒𝑛𝑎𝑜𝑢𝑑𝑎, 𝑅𝑒𝑑ℎ𝑎 𝑀𝑎𝑙𝑒𝑘, 𝐿𝑎𝑘ℎ𝑑𝑎𝑟 𝐵𝑒𝑛𝑡𝑜𝑏𝑎𝑙, 𝑀’𝐻𝑎𝑚𝑒𝑑 𝑌𝑎𝑧𝑖𝑑 𝑒𝑡 𝑆𝑒𝑔ℎ𝑖𝑟 𝑀𝑜𝑠𝑡𝑒𝑓𝑎𝑖̈, on va en rencontrer 8 qui vont s’accommoder de son pouvoir et y participer chacun à sa manière…

    Ceci démontrera aussi le doute quant à l’implication de Boumediene dans l’assassinat de Krim car il est impensable que pas un seul de ses compagnons n’en soit venu à dénoncer sa responsabilité dans l’assassinat de leur « responsable » à ces négociations qu’ils semblaient pourtant tenir en haute estime…

    L’argument de la peur sera évacué pour deux raisons :

    1- personne ne peut décemment accuser ces 8 héros de couardise…

    2- leur silence à ce propos s’est poursuivi même après la mort de Boumediène.

    On parle aujourd’hui d’un accord secret conclu sous l’impulsion des DAF entre le pouvoir de Boumediene et l’armée française, particulièrement en ce qui concernait la poursuite des essais des armes chimiques à Oued Namous jusqu’en 1978; et certains pourfendeurs de Boumediene le rendent responsable de la poursuite de l’occupation de Mers El Kébir jusqu’en 1967 et des essais nucléaires au Sahara jusqu’en 1966.

    Je suis très certain que ceux qui lancent sous formes de scoops récurrents ces accusations sont, très bien (dés)informés et le font plus pour discréditer l’homme que par jalousie pour « l’indépendance trahie » du pays…

    Ces gens là se recrutent dans :

    1- les milieux revanchards qui ont été exclus du pouvoir ou s’en sont plutôt exclus par narcissisme et trop haute estime de leur importance ; parce que ce « pouvoir » ne semble avoir exclu que ceux qui ont trouvé que s’il était rentable d’y participer, il était encore plus intéressant de s’y opposer …

    2- les embusqués qui se sont inclus dans les pouvoirs ayant succédé à Boumediene et qui n’ont jamais réussi à gagner le prestige du leader en dépit de leur populisme et de leur démagogie, qui ont pensé que leur aura est bridée par la sienne et qu’elle ne s’illuminera que s’ils arrivent à l’éteindre même en usant des plus vils procédés…

    3- les théoriciens et rhétoriciens du démocratisme qui parlent du peuple pour les besoins de leurs dissertations en le considérant toujours comme une canaille immature qui ne connait pas son intérêt et qui applaudit les fossoyeurs de ses « libertés »…

    Ces trois milieux ont toujours agi séparément mais en toute bonne intelligence…

    Les premiers en créant des contre-vérités quitte à leur trouver des témoins parmi leurs activistes…

    Les seconds en laissant faire, la main sur le cœur pour dire que s’ils n’avaient pas arrêté les dérives c’est qu’ils étaient impuissants devant « le dictateur » ou… non-informés…

    Les troisième en colportant la propagande, en l’étoffant et en prenant pour vérités coraniques les témoignages des premiers et comme aveu de véracité, mais jamais comme preuve de complicité, les silences des seconds afin de ne pas les effaroucher et s’en aliéner le partage de la haine pour Boumediène.

    Et pour parfaire l’idée que les accusations sont incontestables, la France officielle s’est toujours confinée dans un mutisme trop parlant en jubilant intérieurement, mutisme qui se veut certification que tout ce qui se disait sur les forfaits et la forfaiture de l’homme était vrai, laissant même se développer l’idée de l’existence de ces accords secrets qui ne sont pas exhibés juste parce qu’il n’est pas encore temps de les «déclassifier»…

    Les Accords d’Evian permettent pourtant au dernier de leurs lecteurs de comprendre que s’il y’eut « troncage » d’une partie de notre indépendance, la cause en revient aux clauses qu’ils comportent et que ce sont les pièges insérés dans le texte d’origine qui ont motivé sa dénonciation par Boumediene plutôt que des raisons psychologiques qui ne tiennent pas la route comme on l’a vu aux premiers paragraphes.

    𝐌𝐄𝐑𝐒 𝐄𝐋 𝐊𝐄𝐁𝐈𝐑 𝐄𝐓 𝐎𝐔𝐄𝐃 𝐍𝐀𝐌𝐎𝐔𝐒

    Le texte des Accords d’Evian signé le 18 mars 1962 dit très clairement : « L’Algérie concède à bail à la France l’utilisation de la base de Mers El-Kébir pour une période de quinze ans, renouvelable par accord entre les deux pays. »

    La fin du 1er bail devait donc avoir lieu en 1977…

    L’évacuation se déroula le 31 janvier 1968, soit une bonne dizaine d’années avant…

    Personne ne fait état du probable pressing exercé par Boumediène pour que cette clause soit corrigée au profit du principe d’indépendance et d’aucuns mettent même cette « victoire » sur le compte de tractations secrètes visant en échange, à conserver plus longtemps le site de Oued Namous, sans oublier de préciser que ce site qui devait être évacué en 1978 l’a été définitivement en…1986, c’est-à-dire 8 années après la mort de Boumediene.

    Mais qu’en réalité le gros des installations y avait été démantelé en 1974 soit, 4 ans avant la date programmée de sa restitution que je n’ai lue ou entendue nulle part ailleurs que dans une interview du général Benyelles datant du 22 mai 2017…

    Le texte des Accords d’Evian dit en effet et de manière très évasive : « L’Algérie concède également à la France l’utilisation de certains aérodromes, terrains, sites et installations militaires qui lui sont nécessaires. »

    Il n’est pas précisé quels sites sont concernés, ni la durée de conservation, ni les modalités techniques et financières auxquelles doivent obéir les concessions de ces sites…

    Il est très compréhensible que les français n’aient pas indiqué les noms, coordonnées, superficies et activités de ces sites et qu’un accord secret lie les deux pays sur ce point.

    Cet accord peut même avoir été signé par Boumediène qu’il ne devrait pas être invoqué à charge contre lui mais à sa décharge puisque la clause figure dans le texte des négociations qui fut déposé à l’ONU et qui engageait les deux pays…

    M. Benyelles parle de l’échéance de 1978… vous pouvez chercher autant qu’il vous plaira, vous ne trouverez jamais cette date dans un document officiel et je suppose que le général a divulgué en la précisant, un secret militaire dont il était détenteur…

    Et je pense, sauf si on m’apporte la preuve du contraire que ces accords secrets s’ils ont existé et ils doivent exister sont de rédaction similaire à celui, public, qui régit la concession de la base de Mers El Kébir, c’est-à-dire qu’ils contiennent une clause de renouvellement du bail…

    Il est par ailleurs certain que le désengagement français de Oued Namous s’est effectué avant terme comme pour la base de Mers El Kebir suite à l’intransigeance de Boumediene et à son animosité déclarée et assumée contre l’ancienne puissance coloniale plutôt que ne se soit poursuivie l’occupation pour quelque cynique amitié secrète liant Boumediene à la France ou pour ce fumeux lien de subordination qu’on a inventé entre lui et De Gaulle…

    Mais on n’évacue pas une base d’expérimentation chimiques et bactériologiques comme on évacuerait un champ de pommes de terre après la récolte…

    Il doit y avoir plein de mesures à relever sur le terrain des opérations sur le court et moyen terme et d’opérations de décontamination à réaliser ; et la poursuite de la présence français de 1974 à 1986 devait rentrer dans ce cadre et non dans l’utilisation du site pour de nouvelles expériences et c’est d’ailleurs ce qu’affirmait le Général Benyelles…

    Ceux qui accusent aujourd’hui Boumediene d’avoir conclu un « accord secret » ne savent pas ce qu’ils disent…

    En réalité si accord il y’eut c’est certainement pour régler les modalités de retrait des équipes françaises et non pour la reconduction du bail…

    Ce qui est loufoque dans l’exploitation de cette affaire, c’est le gros holà de feinte consternation des scribouillards en tous genres devant le caractère « secret » de ces tractations…

    Comme si on devait reprendre in-extenso les termes de ses tractations par nature secrète comme on reprendrait le texte d’un accord sur les échanges culturels entre l’Algérie et la République Equatorienne…

    Autre grief retenu contre Boumediene, celui d’avoir fait garder la base de Oued Namous par l’ANP, suggérant une complémentarité, une subordination ou une complicité entre notre armée et celle de l’ex puissance coloniale, juste pour réactiver l’abcès de fixation des DAF, sans penser que si Evian a permis de tronquer notre indépendance à Oued Namous, laisser le site sous occupation loin de la surveillance de notre armée aurait été aliéner totalement cette indépendance…

    𝐄𝐒𝐒𝐀𝐈𝐒 𝐍𝐔𝐂𝐋𝐄𝐀𝐈𝐑𝐄𝐒 𝐃𝐄 𝐈𝐍𝐍 𝐄𝐊𝐊𝐄𝐑

    Les sites réservés par l’Armée française pour ses essais nucléaires datent d’avant l’indépendance quand la France considérait notre pays comme un de ses départements.

    Ces sites ne pouvaient être désaffectés du jour au lendemain… Ce sont les Accords d’Evian qui ont prévu le maintien de leurs activités et Boumediène n’avait aucune possibilité de les dénoncer ou d’y mettre fin avant l’échéance du premier bail…

    il n’avait pas aussi la force de s’y opposer… la volonté, il est certain qu’elle ne lui manquait pas !…

    Et c’est à ce titre que les essais ont continué après le 19 mars et jusqu’en 1966…

    Il est affirmé sans que je n’en ai personnellement trouvé trace, que les Accords d’Evian prévoyaient que : « la France utiliserait pour une durée de cinq ans les sites comprenant les installations In-Eker, Reggan et de l’ensemble de Colomb-Béchar-Hamaguir ».

    Je pense que si cette affirmation est exacte, ce ne sont pas les Accords d’Evian qui prévoyaient cette disposition mais des accords secrets explicitant le point relatif à la concession à la France de « certains aérodromes, terrains, sites et installations militaires qui lui sont nécessaires »…

    Mais même si la France s’est désengagée du site de In Ekker avant le terme de 5 ans pour aller exécuter ses méfaits sur d’autres terres qui ne sont pas les siennes, en Polynésie, les détracteurs de Boumediène n’hésitent pas à lui imputer une félonie qu’ils sont les seuls à voir en l’accusant de permissivité avec De Gaulle dans les 11 essais nucléaires de Inn Ekker exécutés entre 1963 et 1966.

    𝐄𝐍 𝐑𝐄́𝐒𝐔𝐌𝐄́

    1- Boumediene ne saurait être accusé d’une quelconque responsabilité dans la rédaction des clauses des Accords d’Evian défavorables à l’Algérie… il n’était pas négociateur ni signataire et il a dénoncé haut et fort ces Accords.

    2- En dépit de tout ce qui se dit ou s’écrit, Boumediène n’a pas renouvelé les baux(1) prescrits par les Accords d’Evian pour Mers El Kebir, Inn Ekker et Oued Namous puisque la France a quitté ces sites avant terme…

    3- L’éventuel accord secret autorisant la présence française à Oued Namous n’est qu’une hypothèse… aucun document officiel ne prévoit une durée précise de la concession.

    4- Les français ont arrêté leurs essais à Oued Namous 4 années (1974) avant la date de fin de concession (1978) prévue par les dispositions secrètes des Accords d’Evian (selon le Général Benyelles)

    5- Affirmer que Boumediène aurait négocié en secret la présence française sur ces sites est une cynique contre-vérité… Les dispositions relatives à ces sites sont nécessairement secrètes et ont été négociées en marge des Accords d’Evian et certainement pas par Boumediene car il était opposé à ces accords, principalement à cause de ces dispositions.

    6- L’ANP mobilisée pour garder Oued Namous n’était pas supplétive de l’Armée Française mais exerçait ses missions de souveraineté en veillant à ce que les opérations réalisées dans le site y restent circonscrites et ne dépassent pas le cadre dans lequel elles étaient autorisées par les Accords d’Evian.

    Source : https://www.facebook.com/100000246702335/posts/25897439706514232/?rdid=JVENGIeRrokbRqTU#

    Mohamed Adjou – Djabahia.

  • Laure Lemaire- Les luttes intestines de l’ impérialisme au Soudan

    Laure Lemaire- Les luttes intestines de l’ impérialisme au Soudan

    Le Soudan a connu 2 guerres civiles depuis l’indépendance (1955-1972 puis 19832005) qui s’expliquent par la volonté de la minorité arabe

    Sadek Al-Mahdi

    Président de l’un des plus anciens partis politiques au Soudan,Al-Oumma,il est le petit-fils de « Mahdi », héros de la révolte de 1880 contre les Britanniques. Il a occupé à 2 reprises le poste de 1° ministre, en 1966 et en 1986.Durant son 2°mandat, il a été destitué par Béchir. Appelant au « djihad civil » contre le régime, Mahdi a été 8 fois incarcéré avant de s’évader en 1996 et devenir chef de l’opposition en exil, appelant les membres de son parti à manifester et « le peuple souda­nais à intensifier les protestations » contre le régime.

    « Le changement surviendra au Soudan à travers la mobilisation de notre peuple. C’est la méthode que nous avons choisie, et qui a déjà permis 2 révolutions pacifiques au Soudan », assure Farouk Abou-Issa, président des Forces du consensus national (coalition des partis d’opposition), qui annonce un projet pour renver­ser dans 100 jours, et de façon pacifique, le régime de Béchir. D’origine égyptienne, Abou-Issa est né en 1933 et a choisi d’y faire ses études universitaires Considéré comme l’un des lea­ders du Parti communiste souda­nais dans les années 1950-60, il fut arrêté à plusieurs reprises de 1958 à 1964.

    Sa lutte politique n’empê­cha pas sa réussite profession­nelle : Ministre des Affaires étran­gères (1969-1971), observateur à l’Onu en 1971 et à l’Unesco en 1973, et secrétaire général de l’Union des avocats arabes (1983-2003). Il s’est exilé en Egypte avant de revenir au Soudan en 2005 après un accord entre le gouvernement et l’opposition. La défense des droits humains dans le monde arabe, l’indépendance de la magistrature, les droits politiques et sociaux des femmes et des minorités eth­niques et religieuses, et la cause palestinienne faisaient partie de ses préoccupations.

    Agé d’une soixantaine d’années, Malik Agar est le chef du Front révolutionnaire soudanais, une coalition de mou­vements rebelles qui vise à renverser le régime de Khartoum. Il rejoint le Mouvement de libération populaire du Soudan du Sud en 1984,et devient l’un des proches adeptes de John Garang, partageant ses principes de laïcité du Soudan. Il fut nommé ministre de l’Investissement en 2006 avant d’être élu gouverneur du Nil Bleu en 2010.

    Après la scission en 2011, Malik Agar est devenu président du Mouvement populaire de libération du Soudan (Nord), se transformant par la suite en parti politique « non officiel ». Agar a été limogé de son poste de gouverneur après les combats sanglants qui ont opposé en septembre 2011 l’armée soudanaise aux forces de l’Armée de libération du Soudan du Sud. Il s’est enfui et Khartoum accuse Juba de lui fournir refuge et des camps pour diriger les opérations contre les forces de Béchir dans le Nil Bleu Indépendance et république (1956)

    Source :Héba Nasreddine et Aliaa Al-Korachi – 2013-Ahram info

    En 2009, la Cour pénale internationale (CPI) lance un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir pour crimes contre l’humanité puis accusation de génocide.

    Depuis 15 avril 2023, la guerre entre l’armée soudanaise (SAF) et les FSR d’ Hemetti, a forcé le déplacement de plus de 14 M de personnes et plongé la 1/2 de la population dans l’insécurité alimentaire. Massacres, tortures, viols, pillages… L’état d’urgence alimentaire a été décrété au Tchad voisin, où se sont réfugiés plusieurs centaines de milliers de civils. Selon des sources de l’ONU, la guerre a fait + de 150 000 morts en octobre 2025, sans compter les + de 522 000 enfants morts de faim, et les 24,6 M de personnes qui ont besoin d’une aide humanitaire urgente.

    C’est surtout dans des régions comme le Nord-Darfour et les montagnes Nuba que la famine, combinée à la cruauté des combats, sévit de la manière la plus impitoyable. L’ épicentre de la violence se trouve à El Fasher, sa capitale assiégée par le RSF. Rien qu’entre le 5 et le 8 octobre, au moins 20 civils ont été tués dans une mosquée et un hôpital, et on a dénombré + de 53 morts et 60 blessés. À cause de la violence des conflits et de la recherche de nourriture, la population des villes a baissé de 62 % en 2 ½ ans, laissant + de 260 000 personnes dans des conditions catastrophiques.

    Le système de santé s’est effondré, l’inflation a grimpé à + de 170 % (au taux de change officiel, il faut 600 livres soudanaises pour un dollar sur le marché noir) et l’économie a reculé de 42 % par rapport à son niveau d’avant-guerre : voilà jusqu’où sont allés certains pays, ceux qui se sont vraiment immiscés au Soudan et y ont déclenché la guerre civile afin de saper le processus de transition politique qui avait commencé après Bashir.

    Uriel Araujo-(docteur en anthropologie, spécialisé dans les conflits ethniques et religieux, avec des recherches approfondies sur la dynamique géopolitique et les interactions culturelles)

    Le conflit en Ukraine est en grande partie une guerre d’usure par procuration menée par l’Occident contre la Russie, comme l’ admettront même les analystes pro-occidentaux. Kiev, fortement dépendante des armements et des transferts financiers occidentaux, a servi de ligne de front à une confrontation géostratégique plus vaste. De plus en plus d’informations pointent du doigt ses opérations clandestines en Afrique, où elle aurait aidé des séparatistes, voire des groupes terroristes.

    Peu médiatisé, Moscou a affirmé que Kiev utilisait ses ambassades pour soutenir des groupes armés au Mali, au Soudan ( affirmation reprise par le ministère soudanais des Affaires étrangères), etc. L’Ukraine rejette ces allégations. Mais même Jenny Mathers (maître de conférences en politique internationale à l’université d’Aberystwyth) note que le pays « peine à défier la Russie » sur le continent africain. En octobre 2024, Le Monde Afrique rapportait que des drones ukrainiens avaient apporté leur soutien au du nord du Mali, aux séparatistes touaregs, contre les forces de Bamako et de Wagner. Kiev elle-même s’ en est vantée après qu’ils ont tendu une embuscade aux forces russes à l’été 2024. Après 2022, Kiev a annoncé ce qu’elle a appelé la politique de « Renaissance ukraino-africaine », visant à contrer l’influence traditionnelle de Moscou. L’année dernière, le diplomate ukrainien Dmytro Kuleba a souligné la « lutte pour réduire l’emprise du Kremlin sur l’Afrique, fondée sur la corruption ».

    Moscou entretient des liens étroits avec les pays africains depuis l’époque soviétique, par le biais d’entraînements militaires, de contrats d’armement et d’une solidarité idéologique. Aujourd’hui, ces liens sont renforcés par les développements des BRICS ( Nouvelle Banque de Développement ), par des projets d’infrastructures financés, par de nouveaux partenariats énergétiques et par la coopération Sud-Sud.

    L’Ukraine, en revanche, est arrivée tard sur le théâtre africain. Sa stratégie repose sur 3 piliers. : l’initiative « Céréales d’Ukraine »,pour l’ aide alimentaire, la coopération entre militaires (la formation aux opérations spéciales avec les gouvernements de Mauritanie et du Soudan), les transferts de renseignements et d’armes à des forces hostiles à celles soutenues par la Russie. Selon James Horncastle (titulaire de la chaire Edward et Emily McWhinney en relations internationales), ces opérations spéciales sont partie intégrante de son effort de guerre plus large contre la Russie. Les armes seraient utilisées pour la guerre civile au Soudan, et on peut spéculer sur un facteur de contrebande, puisqu’une part importante des armes occidentales envoyées en Ukraine, a fini sur les marchés noirs internationaux, avec un trafic d’armes en hausse .

    De telles interventions font planer le spectre d’une Ukraine agissant comme mandataire de l’Occident en Afrique. Le journaliste Tafi Mhaka avertissait déjà en 2024 que le pays « perdait la tête » sur le continent, en sollicitant ses ressources limitées et en risquant un retour de bâton diplomatique au Niger et au Mali qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec Kiev. Washington et certaines puissances européennes pourraient juger utile d’encourager ses efforts afin de contrer la présence russe, sans troupes occidentales sur le terrain. Cette logique s’inscrit dans une stratégie familière de la Guerre froide : utiliser des intermédiaires pour déstabiliser les adversaires dans des régions tierces, comme le montre l’histoire de la CIA, sur le continent. Il n’est donc pas étonnant que le rôle de l’Ukraine soit discrètement toléré par Washington.

    L’or finance la guerre civile, via les Emirats arabes unis

    En février 2024, la Sudan Mineral Resources Company (SMRC), une entreprise publique, a annoncé que 64 T d’or avaient été produites en 2024, contre 42 en 2022, avant la guerre. Si l’or a rapporté 1,57 milliard de dollars aux caisses de l’Etat, selon la Banque centrale « près de la moitié de la production passe en contrebande à travers les frontières »,

    A près de 2 000 km de là, à la frontière entre le Soudan, le Soudan du Sud et la République centrafricaine, des mines qui font partie de l’empire aurifère des Forces de soutien rapide sont en pleine expansion. La grande majorité de l’or des 2 camps est acheminée illégalement au Tchad, au Soudan du Sud et en Egypte, avant d’être exportée aux Emirats, selon des sources de l’industrie minière.

    Au cœur du territoire contrôlé par les militaires-gouvernement., à mi-chemin entre Port-Soudan et Khartoum, la mine de Kush est le fleuron de l’industrie aurifère Evacuée au début du conflit, elle produit de nouveau des centaines de kilos d’or chaque mois, selon un ingénieur de l’usine. Un porte-parole d’Emiral, propriétaire de la mine, a confirmé à l’AFP que « la production a[vait] repris de manière limitée ». Sur son site Internet, Emiral, basée à Dubaï, mentionne Kush comme l’un de ses actifs par l’intermédiaie de sa filiale Alliance for Mining, qui est, selon elle, « le plus grand producteur d’or au Soudan ». Une source du secteur affirme que cette société, à l’origine russe, a été « rachetée en 2020 par un investisseur émirati ».

    Au Darfour, où ses troupes sont accusées de génocide, le chef des FSR, « Hemetti » contrôle des mines d’or très lucratives. Selon l’expert Alex de Waal, il a bâti une « entreprise mercenaire transnationale », avec la société familiale Al Junaid Multi Activities, sanctionnée par les Etats-Unis et l’Union européenne. A la faveur d’un réseau alimenté par l’or comptant jusqu’ à 50 entreprises, il a accumulé une énorme richesse, qui lui a permis d’« acquérir des armes, de payer des salaires, de financer des campagnes médiatiques et de faire pression sur d’autres groupes pour acheter leur soutien », ont expliqué des experts de l’Organisation des Nations unies l’an dernier.

    3 anciens ingénieurs d’Al-Junaid ont déclaré à l’AFP que les revenus de la société en temps de guerre s’élevaient à 1 milliard de dollars par an. La seule région frontalière du sud du Darfour produit au moins 150 kg d’or par mois. L’or est acheminé vers un aéroport de Raga, au Soudan du Sud, à 200 km de la frontière, « puis transporté par avion vers l’Ouganda et le Kenya, puis vers les Emirats arabes unis ». Selon M. Ummel, « les Emirats n’appliquent pas vraiment leur réglementation, ils n’effectuent pas tous les contrôles nécessaires, et continuent donc ainsi à financer la guerre ».

    Les Émirats arabes unis (EAU), qui fournit des armes, des fonds et un soutien logistique via le Tchad, la Libye, l’Éthiopie a plus d’un intérêt à affaiblir le Soudan, favorisant une fragmentation afin de renforcer son emprise sur le Nil et d’acquérir une zone importante pour son accès, certes indirect, à la mer Rouge. Les intérêts des ÉAU et de l’Éthiopie se sont souvent rejoints sur ce point, tout comme ils se sont mis d’accord, dans la perspective du golfe d’Aden, pour encourager les tendances centrifuges internes en Somalie, en 1° lieu en soutenant les rêves séparatistes de ce qui reste du Somaliland (depuis sa proclamation en 1991, les régions orientale et occidentale se sont à leur tour séparées pour revenir à Mogadiscio, laissant la « capitale » Hargeisa). En Libye, profitant des frontières poreuses du sud-est du Sahara, contrôlées par les tribus, les ÉAU, qui ont de bonnes relations avec Benghazi, fournissent d’importants stocks à la RSF, comme le Tchad. Jusqu’à l’année dernière, quand les Français avaient encore des bases au Tchad, les ÉAU en profitaient pour fournir tout le nécessaire au RSF, mais maintenant , Abu Dhabi compense avec du matériel militaire neuf et plus moderne, livré par avion et acheté sans que les pays producteurs ne le sachent (avec les armes chinoises, ce qui a provoqué une crise diplomatique entre Pékin et Abu Dhabi dès que Pékin a été informé par Khartoum), en plus des avions remplis de mercenaires colombiens et européens. Certains de ces avions ont même été abattus par la défense aérienne des SAF : un coup dur pour les hommes de Hemedti, la RSF connue sous le nom de tristement célèbre Janjaweed de Bashir.

    Riyad, pour montrer le climat de paix et de neutralité créé par la paix entre l’Arabie saoudite et l’Iran, (négociée par Pékin au printemps 2023), laisse les avions cargo iraniens passer par son espace aérien pour approvisionner les SAF en armes. L’Arabie saoudite et l’Iran s’accordent à dire que la croissance potentielle de l’influence de leurs principaux adversaires, comme les ÉAU et Israël, au Soudan et en Somalie, entre la vallée du Nil, la mer Rouge et le golfe d’Aden, représente une menace majeure pour leur propre sécurité régionale. La Chine, partenaire économique, infrastructurel et énergétique important de Khartoum, avec une forte vocation diplomatique, espère pouvoir jouer un rôle de médiateur pour résoudre les conflits internes et rétablir la cohésion et la stabilité dans le pays. Enfin, la Russie a rapidement fait savoir qu’il soutenait Khartoum comme seul gouvernement légitime et garant de la stabilité, surtout quand Wagner a été dissous et transféré en grande partie vers le nouveau Corps africain de Russie, contrôlé par l’armée russe.

    Dans une Corne de l’Afrique où les tensions montent de tous les côtés, le renforcement des liens entre Asmara et Khartoum est un contre-mouvement positif, qui offre de bonnes perspectives pour une issue au conflit civil dramatique qui ensanglante le Soudan depuis avril 2023.

    Le 10 octobre, le1° ministre soudanais, Kamil Idris a été reçu à Asmara par le président érythréen, Isaias Afwerki, pour parler de questions bilatérales : la coopération économique, la sécurité et la stabilité régionale. Cette rencontre a montré que l’Érythrée est de plus en plus active dans son soutien au Soudan, bien plus qu’un « pays frère ». Le général Abdel Fattah al-Burhan, qui a salué la « position courageuse » de l’Érythrée pour l’avoir soutenu pendant « les moments difficiles causés par une guerre imposée ». Le président Afwerki a dit que l’Érythrée soutiendrait toujours l’unité et la dignité du Soudan et que la position d’Asmara était « inchangée ». Les 2 parties ont aussi décidé de bosser plus ensemble dans d’autres domaines, comme la pêche, les raffineries et l’exploitation minière, et de coopérer dans les forums régionaux et internationaux, y compris la campagne pour le retour du Soudan dans l’Union africaine. Idris a rencontré des membres de la communauté soudanaise du pays, dont beaucoup sont arrivés juste après le début du conflit civil et ont été accueillis par Asmara « comme des frères, avec qui on a partagé du pain et un toit ».

    L’Érythrée a des liens ethniques et culturels historiques avec le Soudan (le peuple Beja, qui vit entre l’Ouest de l’Érythrée et l’Est du Soudan et a joué un rôle de médiateur dans les conflits par le passé.

    Depuis le début de la guerre civile, Asmara a soutenu le gouvernement soudanais en formant des militaires , en jouant le rôle de médiateur , en ouvrant ses aéroports aux avions des SAF menacés par les drones des RSF et, enfin en accueillant des milliers de civils qui auraient été tués. Selon la chaîne Dabanga Sudan, des groupes importants comme le Congrès Beja et le Front populaire uni pour la libération et la justice auraient rejoint les SAF. Au cours des années 90, alors que Khartoum était sous le long règne d’Omar el-Béchir, l’Érythrée a souffert des tentatives de déstabilisation d’un « trio » inhabituel composé des gouvernements soudanais, éthiopien et yéménite. Bashir, Zenawi et Saleh agissaient avec le soutien des États-Unis et de l’Union européenne. L’histoire nous montre que ces mêmes pays, en conflit avec leurs gouvernements centraux, ont fini par demander l’aide diplomatique d’Asmara comme médiateur pour en sortir, ce qui a été accompagné d’un soutien international jamais mis en avant.

    Aujourd’hui, le soutien de l’Érythrée au Soudan est dû à des intérêts stratégiques, comme la sécurité aux frontières et la stabilité dans la mer Rouge et la Corne de l’Afrique, mais aussi historiques avec le soutien des gouvernements de Khartoum avant Bashir, (Jaafar Nimeyri) ont apporté à l’EPLF et aux citoyens érythréens pendant la guerre de libération contre l’Éthiopie.

    Israël s’intéresse toujours beaucoup à tout ce qui touche aux régions de la mer Rouge à la vallée du Nil, jusqu’aux Grands Lacs et à l’Afrique du Sud ; c’est la stratégie israélienne de l’Alliance de la périphérie.

    Le 3 février 2025, le général Abdel Fatah Al-Bourhane, président du Conseil souverain soudanais, et le 1° ministre israélien Benyamin Netanyahou se retrouvaient en Ouganda,, afin d’entamer une coopération pour la « normalisation des relations » entre leurs 2 pays. Pour Israël, déjà engagé dans une entreprise de séduction à destination des pays subsahariens, l’officialisation de ce rapprochement est une victoire diplomatique non négligeable puisqu’elle augmente le nombre de pays arabes qui, comme l’Égypte, la Jordanie ou les pétromonarchies du Golfe, rompent avec son boycottage.

    Côté soudanais, la nouvelle a surpris le gouvernement fédéral du 1° ministre Abdallah Hamdok qui a dénoncé le caractère « unilatéral » de cette initiative, jugée comme ayant « dépassé le mandat » du général Al-Bourhane, qui pour se justifier, a avancé un vague motif de « sécurité nationale » qui n’a pas convaincu l’opposition.

    En réalité, Al-Bourhane vise 2 objectifs. Le plus important est d’améliorer les relations avec les États-Unis, sans lesquels Khartoum ne peut obtenir le rééchelonnement de sa dette extérieure (150 milliards de dollars, soit l’équivalent de 160 % de son PIB). Or, à Washington, le Soudan est toujours inscrit dans la liste des pays qui soutiennent le terrorisme depuis les années 1990, les autorités soudanaises étant alors accusées d’avoir soutenu Al-Qaida dans la préparation des attentats contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie (1998) et de l’attaque contre le navire de guerre USS Cole (2000).

    Autre mise en cause, la livraison d’armes au Hamas palestinien, qui fut à l’origine d’un raid aérien israélien en 2009 contre un convoi de camions parti de Port-Soudan, sur les rives de la mer Rouge (119 morts). En acceptant de participer à la coalition saoudienne engagée militairement contre les forces houthistes au Yémen en mars 2015 et en rompant ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2016, l’ancien pouvoir soudanais s’était rapproché des monarchies du Golfe, qui ont plaidé sa cause à Washington qui, en 2017, a levé partiellement ses sanctions. Mais elle maintient l’exigence de réparations financières pour les victimes des attentats.

    En nouant des relations officielles avec Israël, le Soudan pourra donc bénéficier de l’entregent d’un facilitateur de taille. Et cela lui permettra aussi de se concilier les faveurs des milieux évangéliques américains, qui furent favorables à l’indépendance du Soudan du Sud en 2011 et qui constituent un lobby efficace auprès de l’administration Trump.

    Cette quête de soutien international a aussi des implications en matière de politique intérieure. M. Al-Bourhane et ses pairs militaires n’ignorent pas que l’isolement international d’ Al-Bachir a beaucoup joué dans sa chute. Un régime bénéficiant de l’aide financière des monarchies du Golfe et de la neutralité favorable d’une Amérique peu encline à pénaliser un nouvel allié arabe d’Israël, peut compter sur l’indulgence de ces acteurs si la situation se tend entre lui et l’opposition. M. Al-Bourhane sait que président égyptien, Al-Sissi exerce une répression impitoyable contre tout type d’opposition sans que cela émeuve les chancelleries occidentales. Un calcul risqué, car rien ne dit que les officiers supérieurs, sans compter le reste de la troupe, accepteront le rapprochement avec Israël.

    
    
    
    
    
    

Note : 5 sur 5.

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– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

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– Olivia, Paris