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  • The Lancet: les morts en Palestine pourraient dépasser les 180.000

    The Lancet: les morts en Palestine pourraient dépasser les 180.000

    di Redazione – Giorgio Cremaschi – Rasha Khatib, Martin McKee, Salim Yusuf

    The Lancet est l’une des revues médicales les plus réputées au monde. Ceux qui l’écrivent et le commentent, comme dans la rubrique « Correspondance », sont des chercheurs qui savent bien faire leur métier.

    Le 5 juillet, dans cette chronique, a été publié un court article de trois auteurs, dont le profil est reconstitué en bas de l’article traduit et republié ici. Ils n’ont aucune difficulté à rassembler quelques données, mais significatives, qui montrent que le nombre de victimes du génocide perpétré par Israël est certainement sous-estimé.

    Leur réflexion prend en considération la difficulté d’identifier et de compter les véritables morts, et s’interroge sur le nombre probablement encore sous les décombres qui recouvrent une grande partie de la bande de Gaza. Et d’ailleurs, les trois auteurs font un calcul, à la baisse en plus, sur ce que nous avons vu être (dans les différentes opérations euro-atlantiques) le corollaire des guerres contemporaines : les morts indirectes.

    Bref, l’évaluation est rapide. 7,9% de la population totale de la bande de Gaza pourrait être victime d’un génocide. Une nouvelle qui ne pouvait être ignorée, comme l’ont fait de nombreux médias locaux.

    Qui un commento video (commentaire vidéo)  di Giorgio Cremaschi, su Facebook e Instagram.

    Selon le ministère de la Santé de Gaza, tel que rapporté par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, au 19 juin 2024, 37 396 personnes avaient été tuées dans la bande de Gaza à la suite de l’attaque du Hamas et de l’invasion israélienne en octobre 2023 (1).

    Les chiffres du ministère ont été contestés par les autorités israéliennes, bien qu’ils aient été reconnus comme exacts par les services de renseignement israéliens (2), l’ONU et l’OMS. Ces données sont étayées par des analyses indépendantes, comparant l’évolution du nombre de décès par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA) avec ceux rapportés par le ministère (3) , et qui a trouvé les allégations de falsification des données peu plausibles (4).

    La collecte de données devient de plus en plus difficile pour le ministère de la Santé de Gaza en raison de la destruction d’une grande partie des infrastructures (5). Le ministère a dû intégrer son reportage habituel, sur la base de personnes décédées dans ses hôpitaux ou amenées déjà mortes, avec des informations provenant de sources médiatiques fiables et des premiers intervenants. Ce changement a inévitablement dégradé les données détaillées précédemment enregistrées. En conséquence le ministère de la Santé de Gaza rapporte désormais séparément le nombre de corps non identifiés parmi le bilan total des morts. Au 10 mai 2024, 30 % des 35 091 décès n’avaient pas été identifiés (1).

    Certains responsables et agences de presse ont utilisé ce développement, destiné à améliorer la qualité des données, pour en miner la véracité. Cependant, le nombre de décès signalés est probablement sous-estimé. L’organisation non gouvernementale Airwars entreprend des évaluations détaillées des incidents survenus dans la bande de Gaza et constate souvent que tous les noms des victimes identifiables ne figurent pas sur la liste du ministère (6). Aussi, l’ONU estime qu’au 29 février 2024, 35 % des bâtiments de la bande de Gaza avaient été détruits (5), le nombre de corps encore ensevelis sous les décombres est probablement considérable : il est estimé à plus de 10 000 (7).

    Les conflits armés ont des conséquences indirectes sur la santé, en plus des dommages directs causés par la violence. Même si le conflit devait prendre fin immédiatement, de nombreux décès indirects dus à des causes telles que les maladies reproductives, transmissibles et non transmissibles continueraient à se produire dans les mois et années à venir.

    Le nombre total de morts devrait être élevé, compte tenu de l’intensité de ce conflit ; la destruction des infrastructures de santé ; de graves pénuries de nourriture, d’eau et d’abris ; l’incapacité de la population à fuir vers des lieux sûrs ; et la perte de financement pour l’UNRWA, l’une des très rares organisations humanitaires encore actives dans la bande de Gaza (8).

    Lors des conflits récents, le nombre de décès indirects est de trois à 15 fois supérieur au nombre de décès directs. En appliquant une estimation prudente de quatre décès indirects pour chaque décès direct (9) aux 37 396 décès signalés, il n’est pas improbable d’en estimer jusqu’à 186.000 morts, voire plus, pourraient être imputables au conflit actuel à Gaza. En utilisant l’estimation de la population de la bande de Gaza en 2022, soit 2 375 259 habitants, cela se traduirait par 7,9 % de la population totale de la bande de Gaza.
    Un rapport du 7 février 2024, alors que le bilan direct des morts était de 28.000, estimait que sans cessez-le-feu, il y aurait entre 58.260 décès (sans épidémie ni nouvelle escalade) et 85.750 décès (si les deux se produisaient) d’ici le 6 août 2024 (10).

    Un cessez-le-feu immédiat et urgent dans la bande de Gaza est essentiel, accompagné de mesures permettant la distribution de fournitures médicales, de la nourriture, de l’eau potable et d’autres ressources pour répondre aux besoins humains fondamentaux. Dans le même temps, il est nécessaire de mesurer l’étendue et la nature des souffrances causées par ce conflit. Il est essentiel de documenter l’ampleur réelle de la guerre pour garantir la responsabilité historique et reconnaître le coût total de la guerre. C’est aussi une obligation légale.

    Les mesures provisoires établies par la Cour internationale de Justice en janvier 2024 exigent qu’Israël « prenne des mesures efficaces pour empêcher la destruction et assurer la préservation des preuves relatives aux allégations d’actes entrant dans le champ d’application de la… Convention sur le génocide » (11).

    Le ministère de la Santé de Gaza est la seule organisation à recenser les décès. En outre, ces données seront cruciales pour le relèvement post-conflit, la restauration des infrastructures et la planification de l’aide humanitaire.

    Martin McKee est membre du comité de rédaction du Israel Journal of Health Policy Research et du Comité consultatif international de l’Institut national israélien de recherche sur les politiques de santé. Martin McKee, en 2016, a été co-président de la 6e Conférence internationale de Jérusalem sur la politique de santé du dernier institut mentionné, mais il écrit à titre personnel. Il collabore également avec des chercheurs en Israël, en Palestine et au Liban.
    Rasha Khatib et Salim Yusuf déclarent qu’ils n’ont aucun conflit d’intérêts. Les auteurs souhaitent remercier les membres de l’équipe d’étude Shofiqul Islam et Safa Noreen pour leurs contributions à la collecte et à la gestion des données pour cette correspondance.

    Note éditoriale : Le Lancet Group adopte une position neutre en ce qui concerne les revendications territoriales dans les textes publiés et les affiliations institutionnelles.

    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(24)01169-3/fulltext?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTAAAR34r9ZjI8gLNfTan8N__bemTRuBaKE_NdxIK05OM7lTIv90XsPiAOH3lhc_aem_f5ar7PASycf8_c-uoMSdkA

    https://contropiano.org/news/internazionale-news/2024/07/10/the-lancet-i-morti-in-palestina-potrebbero-essere-oltre-180-mila-0174056#

    Notes :

    1. UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs

    Reported impact snapshot. Gaza Strip.

    https://www.ochaopt.org/content/reported-impact-snapshot-gaza-strip-19-june-2024

    Date: June 19, 2024

    Date accessed: June 21, 2024

    2. Prothero M

    Israeli Intelligence has deemed Hamas-run health ministry’s death toll figures generally accurate.

    https://www.vice.com/en/article/y3w4w7/israeli-intelligence-health-ministry-death-toll

    Date: 2024

    Date accessed: May 2, 2024

    3. Huynh BQ, Chin ET, Spiegel PB

    No evidence of inflated mortality reporting from the Gaza Ministry of Health.

    Lancet. 2024; 403: 23-24

    4. Jamaluddine Z, Checchi F, Campbell OMR

    Excess mortality in Gaza: Oct 7–26, 2023.

    Lancet. 2023; 402: 2189-2190

    5. UNOSAT

    UNOSAT Gaza Strip comprehensive building & housing unit damage assessment, March 2024.

    https://unosat.org/products/3804

    Date: 2024

    Date accessed: May 2, 2024

    6. Airwars

    Israel and Gaza.

    Date: 2024

    Date accessed: May 3, 2024

    7. UN Office Geneva

    10 000 people feared buried under the rubble in Gaza.

    https://www.ungeneva.org/en/news-media/news/2024/05/93055/10000-people-feared-buried-under-rubble-gaza

    Date: 2024

    Date accessed: May 3, 2024

    8. Reuters

    More countries pause funds for UN Palestinian agency.

    https://www.reuters.com/world/britain-italy-finland-pause-funding-un-refugee-agency-gaza-2024-01-27/

    Date: 2024

    Date accessed: May 2, 2024

    9. UN Office on Drugs and Crime

    Global burden of armed conflict.

    Date: 2008

    Date accessed: April 10, 2024

    10. Jamaluddine Z, Chen Z, Abukmail H, et al.

    Crisis in Gaza: scenario-based health impact projections.

    Date: 2024

    Date accessed: May 1, 2024

    11. International Court of Justice

    Application of the Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide in the Gaza Strip.

    Date: 2024

    Date accessed: May 3, 2024

  • ربيع ديركي – قد حسين مروّة للاتجاهات الاستشراقية في ضوء المنهج المادي التاريخي

    ربيع ديركي – قد حسين مروّة للاتجاهات الاستشراقية في ضوء المنهج المادي التاريخي

    اتسمت دراسة الشهيد حسين مروّة للفلسفة العربية – الإسلامية، في ضوء المنهج المادي التاريخي، بالشمولية وأظهرت الجوانب المحجوبة فيه، وكيف يمكن للتراث أن يكون أداة من أدوات التحرر الوطني. من الموضوعات الرئيسة في مقدمة كتاب حسين مروّة “النزعات المادية في الفلسفة العربية – الإسلامية”، التي هي مقدمة منهجية نموذجية، دراسته النقدية للحركة الاستشراقية وكشفه لخلفيتها الأيديولوجية، العنصرية – العرقية، التي شوهت تراثنا، وارتباطها بالمشروع الإمبريالي للهيمنة على بلداننا. وهي من الدراسات البدئية في اللغة العربية، بحسب اطلاعنا، للحركة الاستشراقية في ضوء المنهج المادي التاريخي، لذلك نعرض، بشكل موجز، أبرز أسس منهجية نقده للحركة الاستشراقية. ومن الأبحاث الشيقة حول نقد حسين مروّة للحركة الاستشراقية، التي أفدنا منها، بحث هادي العلوي بعنوان: “حسين مروة والاستشراق”، مجلة “الطريق”، حزيران / يونيو 1988.

    إنَّ أي ظاهرة اجتماعية أو سياسية أو ثقافية، في ضوء المنهج المادي التاريخي، لا تدرس بذاتها ولذاتها بل بربطها بقاعدتها المادية، علاقات الإنتاج، وآليات تطورها، على هذا الأساس المنهجي، فإن دراسة حركة الاستشراق وتياراتها تبقى مبتورة، وتفقد علميتها إذا لم تربط بالواقع الذي أنتجها وتحولاته وتطوراته، فحجب تلك العلاقة يفقد الدراسة تاريخيتها، لتبدو معها حركة الاستشراق وكأنها ظاهرة منفصلة عن النظام الرأسمالي وحركة تطوره إلى مرحلة الإمبريالية، كما هو الحال مع بعض دراسات ظاهرة العولمة التي تبدو فيها منفصلة عن النظام الرأسمالي العالمي الإمبريالي العدواني، وهي منهجية مثالية توصِل، في جانب منها، إلى إظهار الصراع على مستوى الفكر والنظريات وكأنه عملية صراع، محض، بين أفكار مختلفة، منفصلة عن الواقع الاجتماعي وتناقضاته وموقعها الطبقي فيه، من مثل طرح هينتينغتون لصراع الحضارات.

    تحول الرأسمالية إلى طورها الجديد، الإمبريالية، وتوجهها للسيطرة على العالَم العربي استلزم السيطرة على ثقافته، وفي الحقل الذي سلط عليه الضوء حسين مروّة نقدياً، في موضوعة “حركة الاستشراق”، أظهرَ أن تحقيق هذا الهدف كان يستلزم توجهاً تابعاً لها يسير في خطها نحو السيطرة على الثقافة العربية، وأنه لتحقيق ذلك كان التوجه إلى برجوازية المنطقة العربية المؤهلة، بحكم موقعها ومصالحها الطبقية، للانتقال إلى موقع التبعية “هذا الانتقال يستدعي (…) من هذه البرجوازية ان تعيد بناء ايديولوجيتها المتخلفة عن طبيعة عصر الامبريالية. فكان لا بد من التمهيد لهذا التحول بتمكين البرجوازية من اداة ثقافية يمكن الاستعانة بها في سبيل ذلك” (1) وهذا هو الغرض الأول الذي حدّده حسين مروّة بأنه يتعلق بالبرجوازية العربية. ويُكمل أن الإمبريالية حرصت على أن لا تظهر البرجوازية العربية التابعة بمظهر المنخلع عن تاريخها وثقافتها وقوميتها، لأن ذلك يضر بمصالحها، ولتحقيق هذا الغرض الامبريالي “اخذ مفكرو الرأسمالية، في مرحلة انتقالها الى الشكل الامبريالي، كل هذا الامور بالحسبان حين كان عليهم ان يقرنوا التوجه الاقتصادي والسياسي الامبريالي نحو المنطقة العربية بالتوجه الثقافي والايديولوجي الامبريالي نحو برجوازية هذه المنطقة. كان عليهم ان يستخدموا، في سبيل هذا التوجه الاخير، اداة ثقافية لها ارتباط بالتاريخ القومي والثقافة القومية، على ان يُفسَّر هذا التاريخ تفسيرا غيبيا وقدريا، وان تطرح مسائل هذه الثقافة على نحو يلائم هذا التفسير الغيبي. ذلك هو الغرض الاول من التوجه الامبريالي، عن طريق حركة الاستشراق، نحو السيطرة على الثقافة العربية، بمعنى التحكم باتجاهاتها الحديثة، لتكون دراسة تراثها الفكري بوجه عام والفلسفي بوجه خاص، احد وسائل هذا التحكم، او احد اشكاله”؛(2) أمَّا الغرض الثاني فحدَّده حسين مروّة بأنه يتعلق بالتكون الأيديولوجي لأكثر فئات المجتمع اتصالاً بالثقافة والتراث وأوفرها نصيباً من فرص التأثير في صياغة فكر عربي جديد، أي فئات المثقفين والأساتذة والباحثين، وكشفَ فيه خلفية التوجه إلى تلك الفئات الاجتماعية وذلك من خلال كشفه للصلة بين الدراسات الاستشراقية والرأسمالية في طورها الامبريالي، فالدراسات الاستشراقية “لتراث الفكر العربي – الاسلامي، اذ بدأت ونشطت مع بداءات عصر الامبريالية بالذات، واذ اتجهت – بطابعها الغالب- نحو توكيد الجوانب المثالية والافكار الغيبية في هذا التراث دون غيرها (…) كان ذلك كله علامة ان هذه الدراسات لم تكن منفصلة عن سياق تطور الرأسمالية نحو مرحلتها الامبريالية، وسياق الاعداد الفكري والايديولوجي في البلدان المرشحة للسيطرة الامبريالية من اجل دعم هذه السيطرة بقواعد فكرية وايديولوجية تُبنى على اسس من ثقافة البلدان وتراثها الفكري القومي، وتكوين ”ورشة“ من المفكرين والايديولوجيين المنتمين الى برجوازيتها او المتموجي الانتماء من البرجوازية الصغيرة والمتوسطة، ليتولى هؤلاء واولئك مهمة ترسيخ تلك القواعد في بلدانهم بأنفسهم، مسترشدين بالمناهج والاساليب التي جاءت بها الدراسات الاستشراقية”.(3) من دون أن يُقَلل من قيمة النتاج الفكري الذي قام به ذلك الجيل من الباحثين العرب، يقول حسين مروّة إن طريقة بحثهم كانت دون شك “ثورة لا بد منها للخروج على الطرائق الوصفية الانشائية الفارغة والمتخلفة التي كانت سائدة من قبل. وهنا نسجل الوجه الايجابي لاثر المناهج الاستشراقية عندنا. هذا اذا نظرنا الى المسألة من جانبها الاسلوبي المحض. أما اذا نظرنا اليها من جانبها المنهجي، بالمعنى الفكري والايديولوجي، فالامر يختلف. ان الجاذبية التي حظي بها المنهج، الاستشراقي الغربي باسلوبيته الجديدة المفاجئة للباحثين العرب، والتي بهرت افكار المثقفين والمتعلمين، قد ادّت الى استدراج اجيال من الكتّاب والمفكرين الى الاخذ بالمضمون الفكري والايديولوجي لهذا المنهج، سواء بالنظر الى العالم – الى المجتمع والفكر بخاصة- ام بالنظر الى التراث الفكري القومي وطريقة دراسته”. (4) 

    أكدَ حسين مروّة أنه لا يمكن، ولا يصح، إنكار النتائج الايجابية لحركة الاستشراق، التي أوجزها بأنها حفظت الكثير من أصول تراثنا الثقافي ووقايته من الضياع خلال عصور العزلة المظلمة التي حالَتْ، بالمنع، بين أصول التراث وبين المتعلمين والاخفاء المتعمد لها، يقول “كان عمل المستشرقين في العصور الحديثة، مهما كان رأينا في القصد منه، هو البحث عن تلك الاصول في زوايا البيوت والمكتبات الخاصة المهملة واسواق الكتب في مختلف المدن والعواصم، بل القرى والمجاهل، من بلاد العرب وبلدان الشرق الاخرى، وجمع ما يصل الى ايديهم بمختلف الوسائل. وفي اعتقادنا أن هذا العمل – رغم ما نجد فيه من غضاضة – قد انقذ كنوزا كان يمكن ان تضيع، فبقيت وان في غير ارضها، وكان بقاؤها هو الاهم”.(5) النتيجة الايجابية الثانية لحركة الاستشراق التي أشار إليها حسين مروّة هي نشر تلك الأصول وطباعتها، وتحقيق بعض نصوصها، وأحياناً ترجمة بعضها إلى لغات الغرب، مع إشارته إلى أن تلك الترجمات كان يشوبها الكثير من الأخطاء، سواء في فهم النصوص أم في سوء الاختيار عن قصد وعن غير قصد، ولكن حسين مروّة بتأكيده أنه لا يصح إنكار النتائج الايجابية لحركة الاستشراق أكد في المقابل على قضية رئيسة هي أن دراسة التراث في حركة الاستشراق “هي القضية التي يعنينا هنا الوقوف عندها. فليس صحيحا الزعم ان نسبة الايجابية في هذه النقطة تعادل نسبتها في النقطتين السابقتين. بل الصحيح القول انها نسبة ضئيلة بالقياس الى ما غمرها من سلبيات طاغية”.(6)

    قسَّمَ حسين مروّة، في موضوعة “موقف المستشرقين”، الدراسات الاستشراقية إلى أربعة اتجاهات، أوَّل ثلاثة منها هي حركة الدراسات الاستشراقية للتراث العربي- الاسلامي المرتبطة بالاستعمار وأيديولوجيته؛ أمَّا الاتجاه الرابع فهو ما أطلق عليه تسميَّة الاتجاه الايجابي في الدراسات الاستشراقية لتراث الشرق. وخصصَ موضوعة مستقلة للدراسات الاستشراقية الماركسية النقيضة لتلك الاتجاهات.

    الاتجاه الأوَّل حددَّه حسين مروّة بأنه عرقي يُدرس على أساسه التراث العربي، فيُنظر إلى العرب، أو “الجنس السامي”، أو الشرقيين عموماً في مقابل الغربيين، وأن عناصره الرئيسة هي اما انهم محكومون بالقصور الطبيعي المطلق عن الابداعات العقلية، أو باقتصار ممكناتهم العقلية على طريقة معينة من التفكير دون غيرها، أو بأن آفاقهم النظرية والعملية تنحصر في نطاق الروحانيات بمعناها الغيبي دون الماديات، وأنه بهذا التقسيم العرقي يظهر وكأن العجز عن التفكير العقلي يعود إلى التكُّون الطبيعي للشرقيين “الجنس السامي”. اتجاه انتقده حسين مروّة انطلاقاً من “ان الأساس ”النظري“ لهذا الاتجاه بمختلف افتراضاته، هو- فضلا عن كونه معاديا للعلم – يمثل الوجه الايديولوجي الاكثر عداء لتطور الشعوب – (المقصود هنا: الشعوب الموضوعة في خارطة السيطرة الامبريالية، ومنها الشعب العربي)، والاشد تحدّيا لمطامحها القومية التحررية بمحاولة وضعها – فكريا- امام جدار قَدَري جبري مغلق لا منفذ فيه لتغيير واقعها المتخلف الى واقع متقدم، موحيا اليها بان هذا الجدار القدري الجبري تجسيد لطبيعتها العاجزة عجزا تكوينيا، ابديا! اما الابعاد الايديولوجية البرجوازية لنظرية ”الجنس“، فتكمن في الايهام بان الفوارق بين الناس تقوم على الخصائص العقلية والعنصرية لا على التمايز الطبقي”. (7)

    في هذا الاتجاه وضعَ ارنست رينان Ernest Renan “نظرية الجنس”، التقسيم العرقي للشعوب، التي على أساسها فضَّلَ “الجنس الآري” على “الجنس السامي”، ووصلَ في آرائه إلى ادعاء “عدم قدرة العرب”، العرق السامي، على الاختيار والتفضيل لأنهما يتطلبان التفكير وهو أمر، بادعاء رينان العرقي، “ليس من طبع العرب”، ليصل إلى أن “العرب انتحلوا الثقافة اليونانية كما وصلت اليهم…”. انطلق حسين مروّة في نقده لآراء رينان، سالفة الذكر، بتحديده أن ما يهمه ليس رأي رينان بشأن الفلسفة العربية بل مستنده النظري الذي أفصح عنه في مقدمة كتابه “ابن رشد والرشدية” وهو بزعم رينان أنه “… ليس العرق السامي هو ما ينبغي لنا ان نطالبه بدروس في الفلسفة”، وأن الفلسفة لدى الساميين لم تكن “غير استعارة خارجية صرفة خالية من كبير خصب، غير اقتداء بالفلسفة اليونانية”. آراء رينان العنصرية التي انتقدَ حسين مروّة أساسها النظري أضاءَ في نقده لها على قضية رئيسة هي “ان ”نظرية“ التفاضل بين ”الاجناس البشرية“ هذه، هي نفسها التي أصبحت، في ما بعد الأساس ”النظري“ لايديولوجية النازية الهتلرية المعادية للعلم وللانسان”. (8)

    واليوم نجد أنَّ ما يسمّى “نظرية” التفاضل بين الأجناس البشرية على أساس العرق هي الأساس “النظري” للأيديولوجية الصهيونية النازية القائمة على العنصرية والقتل العنصري، التي يمثلها الكيان الصهيوني وما يرتكبه، منذ تأسيسه من قبل القوى الإمبريالية، من إجرام بحق الشعب الفلسطيني صاحب أرض فلسطين المحتلة، والقتل العنصري الذي يرتكبه منذ السابع من أكتوبر الماضي في غزة ورفح في ظلّ صمت من يروجون لمعاداة العنصرية، الشركاء في الإبادة العنصرية الجماعية المرتكبة في غزة.

    يحدِّد حسين مروّة أن تركيزه على الأساس “النظري” لآراء رينان العرقية يكمن في أن خطر هذه “النظرية” انها أصبحت بعد رينان، كتيار فكري في دراسات استشراقية، أحد الأسس المعتمدة للأيديولوجية الامبريالية، ومن أبرز ممثليه الذين انتقدهم حسين مروّة: ليون غوتييه L. Gauthier، وكريستيان لاسن Chrestian Lassen، واميل برهيه Emile Brehier وغيرهم من المستشرقين المنظرين لهذا الخط من الحركة الاستشراقية، المستندة إلى “نظرية عرقية- جنسية”. في نقده لهذا الاتجاه الاستشراقي ومرتكزاته، حذَّرَ حسين مروّة من أن اضطرار بعض الآخذين به للتراجع عن مواقفهم العنصرية بسبب تطور العلم والدراسات الاجتماعية والانتروبولوجية والنفسية التي أثبتت عدم صحة تلك “النظرية” العرقية “لا يعني نفض أيديهم من الابعاد الاجتماعية لتلك النظريات في مجال الصراع الطبقي من جهة وفي مجال الصراع بين الامبريالية وقوى الشعوب الطامحة الى التحرر الوطني من جهة ثانية”. (9)

    الاتجاه العرقي في الحركة الاستشراقية لدراسة التراث العربي على أساس “نظرية الجنس”، نظَّرَ له أيضاً، المستشرق الألماني كارل هاينريش بيكيرCarl Heinrich Becker، وهو من مواليد العام 1876 وليس 1886 كما هو وارد في “النزعات المادية…” ص. 114، انتقدَ حسين مروّة طروحات بيكير العرقية التي أعادَ فيها الاختلاف بين الشرق والغرب إلى أن للشرق نزعته العقلية المنطقية التي لا تعرف “فكرة النزعة الإنسانية”، أما الغرب، بحسب تصنيف بيكير العرقي في مقارنته بين الشرق والغرب، فإن النزعة “الانسانية أصيلة فيه”. في نقده لآراء بيكير وطروحاته العرقية وضعَ حسين مروّة الأساس المادي لنقض تلك الطروحات وهو أن الذي “يحدد الطابع الغالب لكل شعب ليس هو الانتماء ”الجنسي“ أو الجغرافي، وإنما المحدد الحاسم هو الظروف التاريخية لهذا الشعب وذاك. نعني الظروف التي تقرر شكل العلاقات الاجتماعية ونوع التكون النفسي الناشيء عن المركب الثقافي الكامل. غير ان الظروف التاريخية هذه متحركة دائما، فهي اذن متغيرة. وبتغيرها يحدث التغير- لامحالة- بكل المعادلات المتأثرة بها، بل المتحكمة فيها”. (10)على هذا الأساس من التحديد النقدي النقيض لطروحات بيكير انتقدَ حسين مروّة مفهوم بيكير لـ “العوامل التاريخية” بطرحه السؤال الرئيس التالي “ماذا يعني “بـ ”التاريخية“ اولا؟ ثم اننا نجد ”العوامل التاريخية“ هذه، في مجمل بحثه، عوامل جامدة، ساكنة، ثابتة. فهي – اذن- ”لا تاريخية“”.(11) نرى أن نقد حسين مروّة لمفهوم “التاريخية” لدى بيكير ينطوي على مسألة بالغة الأهمية هي أن مفهوم التاريخية ليس واحداً، بل هو متعدد بتعدُّد المواقع الطبقية للآخذين به، بين طبقتَيْن نقيضتَيْن برجوازية وبروليتارية، وما يعنيه هذا التناقض، الصراع الطبقي، من تناقض بين مشروعَيْن على طرَفَي نقيض، مشروع استعماري إمبريالي يحتل العالَم وينهب ثروات شعوبه، ومشروع أممي وطني تحرري يخوض النضال، ضد المشاريع الاستعمارية الإمبريالية، من أجل حق الشعوب بتقرير مصيرها ومقاومة الاحتلال. 

    الاتجاه الثاني مركزية الفلسفة في الغرب دون الشرق “ربما كانت هذه شكلا اخر لنظرية التصنيف ”الجنسي“ لشعوب العالم، ولكنه شكل متميز بأن جذوره المعرفية تختلف عن الجذور المعرفية ”لنظرية الجنس“، وان كانت الجذور الطبقية والسياسية ليست مختلفة”. (12) طرحَ حسين مروّة السؤال التالي هل هذا الاختلاف في الجذور المعرفية بين الاتجاهَيْن في الحركة الاستشراقية، هو، وحده، يمثل الأساس لـ “نظرية” مركزية الفلسفة في الغرب، بخاصة، ما برز من خلال دراسة تاريخ ثقافة الشعوب أن وحدة هذه الثقافة تظهر بأشكال مختلفة متناقضة، أم يكمن وراءها أيضاً مستند أيديولوجي؟ يجيب حسين مروّة على السؤال الذي طرحَه بقوله إن الجذور المعرفية وحدها لا تقدم التفسير الواقعي الكامل لهذا الاتجاه، وذلك لاستناد مركزية “الفلسفة في الغرب” ونظريتها إلى جذور طبقية أي إلى أساس أيديولوجي، وبالتالي فإن “الرأسمالية في ظروف تطورها الى امبريالية، كانت بها حاجة الى ”تبرير“ فكري وايديولوجي لسيطرتها في آسية وافريقية اكثر من حاجتها الى ”التبرير“ السياسي. ففي تلك الظروف كانت الموضوعة البرجوازية القائلة بطابع اللاعقلانية والحدسية والدينية للثقافة الشرقية، بوجه عام، تؤدي وظائف سياسية معينة. ومن الطبيعي ان الأوروبي ”العقلاني“ قد حصل على ”التبرير“ لسيطرته على الاسيوي ”اللاعقلاني“”. (13)

    انتقدَ حسين مروّة تبني هيغل للفوارق بين الشعوب وثقافاتها، التي هي نظرية عنصرية، فقد أطلقَ هيغل حكمه المطلق على الفلسفة الشرقية بأنها تشكل الطريقة الدينية للتصورات، والآراء الدينية، لدى الشعوب الشرقية، وهي التصورات والآراء التي تفهم أول وهلة انها فلسفة، ودعا إلى الاهتمام بالفلسفة، بحسب مفهومه لها بالطبع، وليس بالعناصر الفلسفية بصورة مطلقة ولا بالأفكار الكامنة في الأساطير. ووصلَ هيغل إلى الدعوة “لشطب الفلسفة الشرقية من تاريخ الفلسفة”، لأنها، بحسب هيغل، وإنْ كانت تشتمل على بعض الأفكار العميقة إلَّا أنها موجودة فيها بشكلها المستتر. بعد عرض حسين مروّة لرأي هيغل وموقفه من الفلسفة الشرقية وطرحه لشطبها من تاريخ الفلسفة، انتقدَ هذا الموقف، بتحديده أنه موقف لم يكن بسبب ادعاء ان هيغل لم يكن مطلعاً، بشكل كافٍ، على نتاج الفلسفة الشرقية وأصولها، ليصلَ إلى النقطة المركزية في نقده وهي أنه “اذا كان هذا النقص كائنا بالفعل فليس هيغل معذورا ان يسمح به لنفسه. ففي الربع الاول من القرن التاسع عشر، حين كان يلقي محاضراته في تاريخ الفلسفة، كانت المعطيات المتوفرة في اوروبة عن الثقافات الشرقية، بما فيها من فلسفات، كافية للحكم الصحيح بشأن هذه الفلسفات، ولتكوين الفكرة السليمة عن تطور الفلسفة في الشرق. هذا يعني ان الامر لا يكمن في قلة المصادر او نقص المعرفة بها، بل يكمن في منهج هيغل الفلسفي وفي اسلوب البحث عنده. على ان فهمه للفلسفة، بمعناها الصارم، كان متأثرا بالمواقف الفلسفية التي سادت اوروبة في عهده، وهي مواقف الفلاسفة البرجوازيين في اوروبة الغربية من مسألة طرق التفكير في بلدان الشرق وبلدان الغرب. فان الادبيات البرجوازية، خلال كثير من العقود، كانت تسودها الموضوعة القائلة بالتناقض بين طرق التفكير عند الانسان الشرقي وطرق التفكير عن الانسان الغربي”.(14) القائمة على خص الغرب بطريقة التفكير العقلانية، وخص الشرق بطريقة التفكير غير العقلانية.

    لخصَ حسين مروّة مشكلة أنصار “مركزية الفلسفة في أوروبا” بأنها تكمن في أنهم “اولا فرضوا صفة التناقض على مسألة الصلة بين طرق التفكير الشرقية وطرق التفكير الغربية. وثانيا، اهملوا طابع الوحدة في طرق التفكير البشري، واضفوا الطابع المطلق على الفوارق الكائنة بينها فعلا”. (15) 

    أوضحَ حسين مروّة أن ما أسهمَ في بروز اتجاه مقابل لـ “مركزية الفلسفة في أوروبا”، الذي سُمّي بـ “المركزية الشرقية”، أو “مركزية آسيا وأفريقيا”، هو حالة النهوض التحرري والقومي التي عاشتها آسيا وأفريقيا، وأن “لهذه الظاهرة الجديدة المعارضة ايضا جذورها المعرفية وجذورها الاجتماعية. أما المعرفية فشبيهة بتلك التي خرجت منها ”المركزية الغربية“ واما الاجتماعية فمرجعها الى عملية نهوض شعوب آسية وافريقية التي كانت في العصور القديمة مراكز لنشوء الحضارة البشرية”. (16) في قراءة حسين مروّة النقدية لظاهرة “المركزيتَيْن” قال إن ممثليها الطبقيين ليسوا بالطبع ممثلي الطبقة العاملة بل هم من ممثلي الطبقة البرجوازية والبرجوازية الصغيرة وطبقة الاقطاعيين وكبار الملاكين.

    نقد حسين مروّة لاتجاه “مركزية آسيا وأفريقيا”، أبرز فيه أكثر ما تتجلى به هذه النظرية الذي هو بتحديده أنه اتجاه بالَغَ، كثيراً، في دور الثقافة الشرقية وفلسفة الشرق ودورها في تطور الفلسفة الأوروبية، حتى في تطور الماركسية منها، وأنه اتجاه أضفى الطابع المطلق على العناصر الدينية والصوفية في الثقافات الوطنية لبلدان الشرق وأفريقيا. من أبرز ممثلي اتجاه “مركزية الشرق”، الذين انتقدَ حسين مروة طروحاتهم: شريف الباكستاني، وليوبولد سنغور. في نقده لهذا الاتجاه قال حسين مروّة إنه “لا يساعد اطلاقاً على تلاحم الحركة الثورية العالمية. ان الخطأ المبدئي في اسلوب البحث هذا (مركزية الفلسفة) يكمن في عدم القدرة على اكتشاف الصلة المتبادلة في ما بين الفلسفة الوطنية والفلسفة العالمية. ان الرد على نظرية المركزية الاوروبية او الغربية للفلسفة، التي روجت لها الحركة الاستشراقية الغربية، وعلى نقيضتها (المركزية الشرقية، او الاسيو – افريقية) هو ان البشرية، سواء اكانت في الشرق ام في الغرب، موحدة بوحدة وجودها الذي تفعل فيه القوانين الموضوعية الواحدة. وهذه الوحدة تظهر في وحدة ظروف صيرورة الانسان والمحافظة على وجوده. وقبل هذه وتلك: وحدة الممهدات والظروف الاساسية لنشاط الانسان العملي. ان وحدة الوجود المادي للبشرية، هي التي تحدد -بدورها – الوحدة المبدئية لوجودها الفكري او الروحي، اي وحدة طرق التفكير ونتاجه”. (17)

    في ضوء المنهجية المادية حدَّد حسين مروّة أن وحدة التفكير البشري لا تعني أن طريقة التفكير واحدة كلياً، ومنسجمة انسجاماً كاملاً، بل هي بتحديده المنهجي لها مسألة توجب التفكير فيها على نحو ما ننظر إلى وحدة صراع الأضداد والتناقض بينها، يضاعف حسين مروّة ايضاحه لهذه المسألة المنهجية التي حدَّدها بقوله إنه في هذا المجال يتجلى ديالكتيك العلاقة بين العام والخاص. بمعنى أن كل طريقة للتفكير هي فريدة من نوعها (خاصة)، وهي في الوقت نفسه عامة. على هذا الأساس المنهجي الذي حدَّده حسين مروّة يوضح أن مفهومه للفلسفة العالمية لا يعني فيه “النظر اليها في كل مرحلة من تطورها التاريخي بوصف كونها مجموعة بسيطة للفلسفات الوطنية او الاقليمية، بالرغم من انها تتكون – طبعا- من منجزات هذه الفلسفات ذاتها. بل الواقع ان الفلسفة العالمية لم تكن في اية مرحلة سابقة، وليست هي في المرحلة الحاضرة، فلسفة للعالم أجمع. فانه بسبب من التفاوت في التطور التاريخي للبشرية، الذي ينعكس تفاوتا في تطورها الثقافي، كانت تظهر في كل مرحلة مجموعة معينة من البلدان تؤدي دورا رئيسا في تطور الفكر البشري في هذه المرحلة بعينها. والفلسفة في هذه البلدان كأنها تستخلص في نفسها كل تطور الفكر الفلسفي في تلك المرحلة. لذلك نقول انه بالرغم من كون الفلسفة بالذات لم تكن فلسفة العالم بأسره، كانت تظهر كفلسفة عالمية”،(18) يكمل حسين مروّة بإضاءَته على مسألة منهجية أخرى هي “أن المستشرقين يتكلمون على الفلسفة الشرقية دون تحديد او تعيين. وهذا يوحي بأنه توجد فلسفة شرقية واحدة ذات خصائص او صفات متماثلة ان ذلك غير صحيح بل الصحيح والدقيق ان هناك فلسفات شرقية متعددة، لكل منها طابعها التاريخي المتميز(…) وانه لطبيعي ان لا يكون بين الفلسفات تماثل، ما دام هناك تفاوت او اختلاف في التطور التاريخي لكل من المجتمعات الشرقية التي أنتجت هذه الفلسفات، وذلك هو شأن الفلسفة العربية – الاسلامية بالنسبة للواقع الاجتماعي وللخصائص التاريخية التي جاءت هذه الفلسفة تعبيرا عنها بطريقتها الخاصة”. (19)

    مع الانتشار القوي للفلسفة الماركسية – اللينينية، وما شكلته من دعم لقوى التحرر الوطني ضد الاستعمار والأنظمة التبعية، الذي أظهرَ رجعية الفلسفة البرجوازية وعمَّق أزمتها أكثر، برزت دعوات لإنقاذ الفلسفة البرجوازية من أزمتها، يقول حسين مروّة إن هذه الدعوات مهدت لهذه العملية بالقول إنه كانوا يهملون الفلسفة الشرقية، مع أن لدى الشرقيين فلسفة عظيمة، وأن عليهم دراستها وجمع المواد اللازمة عنها لإضافتها إلى فلسفتهم، فتتبلور، بتحديد حسين مروّة النقدي، فلسفة قوية قادرة على مواجهة الماركسية. ويضيف أن بعض ممثلي هذا الاتجاه وصلوا إلى الدعوة لإدماج فلسفة الغرب وفلسفة الشرق، ودعوة الماركسيين للتوجه إلى الشرق إذا أرادوا تطوير نظريتهم، هذه الطروحات والدعوات التي عرضَ حسين مروّة أسسها في “النزعات المادية…” انتقدَها بتحديده ان “الملحوظ خلال هذه الظاهرة أن مفكري البرجوازية الصغيرة في آسية وأفريقية، هم الاشد اصرارا على اندماج الماركسية والفلسفة الشرقية. لماذا؟. هناك سببان متناقضان يتلاقيان ديالكتيكيا: انهم – أولا- يجدون في الماركسية مجموعة من العناصر الجذابة، وانهم – ثانيا- كسائر فصائل البرجوازية الصغيرة في العالم – يخافون الماركسية الحقيقية. لذلك يقترحون ما يسمى بـ ”الماركسية – الشرقية“”.(20)

    في نقد حسين مروّة لدعوة دمج الفلسفة الغربية والفلسفة الشرقية ورفضه لها، وتحديده أنها دعوة مصطنعة وهميَّة مثالية، يتضاعف بروز منهجيته في دراسة التراث والحركة الاستشراقية وذلك من خلال تحديده لأساس منهجي رئيس في المنهجية المادية التاريخية هو أن “الفلسفة نتاج تطور تاريخي للمجتمعات البشرية، وقد تجاهل انصار هذا الاندماج هذه الحقيقة، كما تجاهلوا الطابع الطبقي للفلسفة. ومن جهة ثانية تجاهلوا ان تأثير الفلسفة الشرقية على الفلسفة الغربية، ليس يجري الا بعملية تاريخية طبيعية يوجهها مجرى التطور التاريخي لبدان الشرق بحد ذاته. وهذه العملية لا يمكن – طبعا- ان تسرع او تبطىء الا تبعا للنشاط الاجتماعي الواعي، اي انها لا يمكن ان تحدث بطريقة تحويل خارجي مفتعل، لان العملية التاريخية الطبيعية لا تحدث بارادة مجموعة من الفلاسفة”. (21) مع تأكيده أن ذلك لا يعني “ان لا تتطور الماركسية باتجاه الاستفادة من عناصر ثقافات الشرق. بل ذلك يعني انه في سياق تطبيق الماركسية بالقياس الى الظروف الملموسة لكل بلد، سوف تتطور بالاستفادة من هذه العناصر”. (22) على هذا الأساس المنهجي فإن “دراسة تراث الشرق الفكري، ومنه التراث العربي – الاسلامي، بالارتباط مع قاعدته الاجتماعية – الاقتصادية، وفق منهج البحث الماركسي، هي شكل من أشكال هذا التطبيق”. (23)

    الاتجاه الثالث هو الذي حدَّده حسين مروّة بأنه يقصر عنايته على الجوانب الاكثر محافظة ورجعية وإغراقاً في الغيبيات وفي عالم المطلق، مع طمس الجوانب ذات النزعات المادية. أو اخفاء الأبعاد الاجتماعية الكامنة حتى في الاشكال الغيبية كآثار التصوف الفلسفي عند أمثال الحلاّج والسهروردي الشهيد، يُكمل حسين مروّة بل لقد حاول الكثير من هؤلاء المستشرقين توجيه المنظومات الفلسفية لأمثال الفارابي وابن سينا وابن رشد توجيهاً يصرفها عن أبعادها المادية ويفرغها من هذه الأبعاد لتصبح محض منظومات صوفية أو إشراقية أو دينية. من بين ممثلي هذا الاتجاه الذين انتقدهم حسين مروّة: كارا دي فو Carra de Vaux،  ولويس ماسينيون  Louis Massignon وجلسون، ومهرن. 

    في نقد حسين مروّة لهذا الاتجاه الاستشراقي أضاءَ على قضية في غاية الأهمية وهي أنه لا ينكر الأشكال الدينية في الفلسفة العربية – الإسلاميَّة، لا بل أكد أن الفلسفة العربية – الإسلاميَّة كانت ذات أشكال دينية، وهي مثلها مثل غيرها من فلسفات القرون الوسطى قد ارتبطت بالتاريخ الديني، هذه الميزة الواقعيَّة التي أبرزها حسين مروّة شدد أنها لا تخفي النزعات المادية، وهذا ما درسه في كتابه “النزعات المادية في الفلسفة العربية – الإسلامية”، في ضوء منهجية مادية علميَّة استطاع من خلالها كشف النزعات المادية المحجوبة، مع إظهاره لمسألة بالغة الأهمية، في دراسته للفلسفة العربية – الإسلاميَّة، هي أن فلاسفة القرون الوسطى قد استطاعوا “ان يبرزوا ميولهم الفلسفية المادية من خلال الاشكال الدينية بوضوح حينا (ابن سينا مثلا)، وبالرمز والمداورة حينا آخر”. (24)

    انتقَدَ حسين مروّة ما أثير من قبل عدد كبير من المستشرقين أتباع الاتجاه الاستشراقي الثالث، لما يُعرف بمشكلة صوفية ابن سينا الإشراقية، في نقده حدَّد أن المشكلة بأساسها عبارة عابرة وردت في مستهل مقدمة ابن طفيل الأندلسي لـقصته الفلسفية الشهيرة “حي بن يقظان”، التي يقول فيها “سألتني – أيها الاخ الكريم الصفي – (…) ان ابث اليك ما أمكنني بثه من اسرار الحكمة المشرقية التي ذكرها الشيخ الرئيس أبو علي ابن سينا”، ثم ينقل ابن طفيل في مكان آخر من المقدمة كلاماً لابن سينا قاله في مقدمة كتابه “الشفاء” يتلخص بأن “الشفاء” هذا كُتِبَ وفقاً لمذهب المشَّائين، أما رأيه الحق هو – اي ابن سينا- فينبغي ان يؤخذ من كتابه الآخر “الفلسفة المشرقية”. 

    عرضَ حسين مروّة النصوص الواردة في مقدمة ابن طفيل حول ابن سينا لينتقدَ تأويل هذا الاتجاه الاستشراقي كلام ابن سينا المنسوب إليه، فكلمة “المشرقية” المنسوبة إلى ابن سينا الواردة في مقدمة ابن طفيل، هي التي أثارت المشكلة لدى المستشرقين، أي هل هي بـ (ضم الميم)، أم بـ (فتح الميم)، ولكن المشكلة نفسها، بتحديد حسين مروّة الدقيق لها، ليست بالفتحة أو بالضمة، بل كيف يقرأون كلمة “المشرقية” بضم الميم، أم بفتحها؟ سؤال طرحه حسين مروّة وأجاب عليه أن هذه المسألة ليست مسألة لفظية، فإثبات الضمة يعني أن ابن سينا ليس فيلسوفاً بل كان إشراقياً بمعنى من معاني التصوف، وكشفَ في نقده لهذه المسألة أساسها وهو أنها “تعني امرا بعيد المرمى لدى المستشرقين الغربيين البرجوازيين. فقد كان يعنيهم جدا ان يكون الكتاب الذي يعتمد ابن سينا معبرا عن رأيه الحق، دون ”الشفاء“، كتابا اشراقيا. لانه – اي ابن سينا- يخرج بذلك نهائيا من حلبة المدافعين عن العقلانية الارسطية، ليصبح قطبا من اقطاب الحلبة اللاعقلانية الميتافيزيقية السهروردية، ويصبح الكلام على فكرة اصالة الوجود عند ابن سينا، في نظرية المعرفة بالاقل، كلاما قد يعني بعض المشائين، ولكنه لا يعني مطلقا ابن سينا الحقيقي صاحب ”الحكمة المشرقية“ الذي لا بد ان تكون اصالة الماهية رأس مبادئه الاشراقية. ان الايديولوجية البرجوازية، وايديولوجية الامبريالية بدرجة اشدّ، يزعجها في هذا العصر ان نكتشف في المراكز الشامخة من تراثنا الفكري تعليما فلسفيا يتجه الى ما تعنيه فكرة اصالة الوجود من نزعة مادية، بقدر ما ينفعها ان تضع بين ايدينا هذا التراث مختوما عليه بخاتم ”الانوار“ الاشراقية ليزيدنا ”اغترابا“ على ”اغتراب“ في عالمنا الحاضر. لذا نقول ان ذلك الجهد الهائل الذي ارهق جمهرة من المستشرقين الغربيين في سبيل ان يثبتوا ”الضمة“ من كلمة ”المشرقية“ في اسم كتاب ضائع لابن سينا، لم يكن جهدا عبثا، لم يكن لعبا لفظيا (…) بل كان عملا جديا يدخل في صلب نهجهم الايديولوجي. من هنا لم يتوقف بعضهم عند مسألة ”الضمَّة“، بل حاول هذا البعض ان يضع كتاب ابن سينا ذاك، وهو غائب عن الاعين، في عِداد الكتب الاشراقية او ”الروحانية“ حتى مع ”الفتحة“ (فتح ميم المشرقية)”. (25)

    يمضي حسين مروّة في تفنيد الاتجاه الثالث من الحركة الاستشراقية منتقداً ما أسماه تيار العطف الحار من بعض المستشرقين الغربيين على التيارات التصوفية في تراثنا، الذين يرون أن التصوف هو “جسر بين الفكر الديني الشرقي والغربي” هنا طرحَ حسين مروّة سؤاله النقدي “هل من المفارقة حقا ان تجد في الحركة الاستشراقية هاتين الظاهرتين المتناقضتين: في الفكر العقلاني لا لقاء بين الشرق والغرب، وفي الفكر الغيبي الصرف يلتقيان ويؤلفان عالما واحدا؟ انها مفارقة في الشكل فقط وفقا لمنطق الايديولوجية الامبريالية والايديولوجية البرجوازية. اما في الجوهر فان كلتا الظاهرتين منسجمة مع كلتا الايديولوجيتين كل الانسجام. ان الجمع بين الشرق والغرب على الفكر الغيبي، وعلى تمجيد الامية والتعلم من كتاب” الحياة“ التي هي غير حياة البشر الواقعية، هو الامر الجوهري ايديولوجيا، بقدر ما هو جوهري – ايديولوجيا ايضا- التمييز المطلق بين الشرق والغرب في الفكر المتصلة جذوره، بالواقع الاجتماعي. والا فلماذا التفريق بين الفكر العقلاني والفكر اللاعقلاني؟ كلاهما تاريخي، وليس واحد منهما نشأ وعاش خارج التاريخ، تاريخ البشر، أي تاريخ النشاط الاجتماعي للبشر. ان الهدف الاساس من هذه المواقف كلها اخفاء كل ما يشير الى علاقة ما، في الاعمال الفكرية، بواقع الصراع الطبقي كمحدّد لاتجاه مسار التاريخ البشري”. (26)

    الاتجاه الرابع هو الذي أطلق عليه حسين مروّة تسميّة الاتجاه الايجابي في الدراسات الاستشراقية للتراث، وقال إن فيه مباحث خرجت على الاتجاهات الاستشراقية الثلاثة المسيطرة على دراسات التراث الشرقي المرتبطة بالأيديولوجية الاستعمارية، وأن بعض دراسات الاتجاه الايجابي اتسمت بمواقف منطلقة من نظرة تاريخية سليمة أو منهجية علميَّة. 

    من المستشرقين البرجوازيين في هذا الاتجاه الإيجابي الذين ذكرهم حسين مروّة بول ماسون – اورسيل Paul Masson-Oursel يقول حسين مروّة إنَّ دراسة اورسيل التاريخية لفلسفة الشرق القديمة تتميز بطابعها المنهجي الذي يعارض الأساس الذي قامت عليه “نظرية مركزية الفلسفة”، وانه “يبني معارضته على موقف نظري صحيح من الوحدة المتكاملة للتفكير البشري”، (27) ويعارض الموضوعة الاستعمارية التي تنفي تاريخ أفريقيا الحضاري. الميزة الأخرى التي أبرزها حسين مروّة هي أن ممارسة اورسيل صائبة لفهم العلاقة الموضوعية بين الأساطير والدين والفلسفة، أي مختلف أشكال الوعي الاجتماعي، وبين الواقع والنشاط الاجتماعي، ويُكمل بأن أورسيل يعارض معارضة صارمة “نظرية” تقسيم الناس إلى عناصر وأجناس مختلفة.  

    المستشرق الثاني الذي ذكره حسين مروّة هو ريتشارد فالتزر. قال عنه إنه حدد بشمول وعمق مصادر الفلسفة الاسلامية الخارجية والداخلية وانه عارض كلا من الرأيين اللاتاريخيين القائل أحدهما بأن هذه الفلسفة نتاج عربي خالص، وثانيهما بأنها نتاج المصادر الفلسفية اليونانية وحسب. يُكمل حسين مروّة إن في دراسة فالتزر ملامح منهجية سليمة. أما مآخذه المنهجية على فالتزر فيقول “انه رغم صحة معارضته أن يكون ”تعطُّش الخلفاء الشخصي للعلم“ هو سبب الاقبال على ترجمة المعارف الاجنبية، لم يستطع ان يستنتج السبب الحقيقي (حاجات التطور الاجتماعي الى تطور المعارف العلمية)، بل اكتفى بالقول ان ”السبب ليس واضحاً“. ومنها أيضاً: ارجاعه اختلاف ”الفلاسفة العرب“ من حيث علاقة كل منهم بالافلاطونية المحدثة او بالارسطية، إلى المزاج الشخصي، دون اخذه بالحسبان الظروف العامة التي اقتضت هذا الاختلاف”. (28)

    أما المستشرق هاملتون. أ. جب، فيقول حسين مروّة إنه من المستشرقين البرجوازيين الذين بالرَّغم من تعميماته الميتافيزيقية، حول التفكير العربي والعقلية العربية، إلَّا أنه حاول أن يتلمَّس بعض التفسيرات الواقعية “للتاريخ الاسلامي”، يذكُر منها قول جب إنه “ظهرت للاسلام ملامح مختلفة في مختلف الأزمنة والأمكنة بتأثير العوامل المحلية: الجغرافية والاجتماعية والسياسية فيه”، وهو بذلك “كان مصيباً في تطبيق هذا التفسير على ما استطاع رؤيته في الخصائص المميزة لكل المناطق التي وجد فيها الاسلام نظاما وثقافة ودينا”. (29) وحول كلام جب على الحركة الصوفية يقول حسين مروّة إنه “حاول ايضا تلمُّس الصلة بين هذه الحركة والفئات الشعبية، ولا سيما الريفية وفئات الحرفيين في المدينة، واذا كان لم يستطع ان يرى الجذور الطبقية لهذه الصلة لكي يكشف الجانب الثوري في حركة التصوف الاسلامية، فقد فسرها بالاتجاه الذي يشير اليها من بعيد”.(30) نظرات جب التاريخية قال حسين مروّة إنها تستحق الاهتمام بها على الرغم من عدم موافقته على منطلقاتها الفكرية والمنهجية. 

    في ضوء المنهجية المادية التاريخية كشفَ حسين مروّة الجانب الثوري لحركة التصوف الإسلاميَّة، التي لم يستطعْ جب رؤيتها بسبب منهجيته المثالية، ومراحل التطور التي مر بها التصوف الإسلامي من مرحلة حركة الزهد إلى مرحلة الفكر الصوفي، وارتباطه بالواقع الاجتماعي والموقف السياسي والأيديولوجي منه، دراسة تشكل إحدى أهم الدراسات حول التصوف وتاريخه، فقد كشفَ حسين مروّة في دراسته للحركة الصوفية أن رفضها أيديولوجية النظام الاجتماعي الحاكم، هو موقف أيديولوجي تكمن فيه نزعة ثورية، سمّاها ثورة سلبية على الواقع، ووصلَ في دراسته للتصوف إلى أنه جزء من الفلسفة العربية – الإسلاميَّة، مميز بطابعه الخاص ونظريته الخاصة. 

    من الانتقادات لمنطلقات جب- وماكدونالد- الفكرية ومنهجيته نقد صادق جلال العظم لها بأنها تستند إلى أسطورة الطبائع السائدة وتنبع من عقلية سكونية معادية لكل فكر تاريخي. هي طروحات انتقدها صادق جلال العظم، انطلاقاً من الأساس المنهجي والفكري نفسه الذي انطلق منه حسين مروّة في نقده لاتجاهات الاستشراق الرأسمالي الامبريالي، فقد طرحَ العظم تساؤلات نقدية على منهجية جب وماكدونالد وطروحاتهما الفكرية منها “أولم يكن تصور الغيب حاضراً كل الحضور وقريبا كل القرب عند الشعوب الغربية، في تلك المرحلة التاريخية، تماما كما هي الحال عند الشرقيين؟”  (31) يقول العظم في قراءته النقدية لطروحات جب وماكدونالد إن (هذا ما لا يفعله إدوارد سعيد بنقده). 

    آراء وتفسيرات المستشرقة الفرنسية أ.م. غواشون A.M Giochon ،  أعطاها حسين مروّة مساحة في مقدمة “النزعات المادية…” من ص. 137- 139، أبرزَ فيها ما تتمتع به دراساتها للفلسفة العربية – الإسلاميَّة، في الاتجاه البرجوازي الايجابي، من عمق الاطلاع والاستيعاب لنصوص الفلسفة العربية – الإسلاميَّة، وانها لم تنزلق إلى المواقف الأيديولوجية للاتجاهات الاستشراقية الامبريالية الثلاثة السابقة في دراسة التراث، وأن غواشون تخصصت بدراسة فلسفة ابن سينا التي تميزت، بتحديد حسين مروّة، بآراء وتفسيرات انتقدَت فيها مزاعم المستشرقين بأن ابن سينا في “الاشارات والتنبيهات” يناقض ابن سينا في “الشفاء“، وذلك بهدف يكمن في سعيهم لإبراز الوجه المثالي لابن سينا وطمس وجهه المادي. هذا الزعم رفضته غواشون، وهي ميزة لها يذكرها حسين مروّة، ويعرض في “النزعات المادية….” نقدها لتلك المزاعم من دون تحفظ. 

    تتميز الدراسات الاستشراقية الماركسية بأنها على طرف نقيض من الاتجاهات الاستشراقية المرتبطة بالمشروع الإمبريالي وأيديولوجيته، وذلك لأن الاستشراق الماركسي يقوم على أساسَيْن هما: “أساس مادي تاريخي من حيث المنهج، وعلى أساس الاشتراكية العلمية من حيث الأيديولوجية. ذلك يعني اننا لن نجد في دراساتهم لهذا التراث تلك الوجوه السلبية الجوهرية التي وجدناها لدى المستشرقين والباحثين الغربيين، أو لدى الباحثين العرب المحدثين، الذين ينطلقون في دراساتهم من مواقف مثالية لا تاريخية منهجياً، ومن مواقع امبريالية او برجوازية أيديولوجيا، ولكن ليس يعني ذلك اننا لن نجد في دراسات المستشرقين الماركسيين وجوها سلبية اطلاقا. أننا- كماركسيين، او لكوننا ماركسيين ضبطا- بعيدون جدا، او يجب ان نكون بعيدين جدا، عن مثل هذه الاطلاقية”.(32)هذه السلبيات في دراسات المستشرقين الماركسيين “تبقى سلبيات ثانوية بالقياس الى الجوهرية، لانها ليست آتية من المنهج والايديولوجية بذاتها، بل من الفهم الميكانيكي او الرؤية الغامضة بين نظرية المنهج وواقعيته؟ (33) ومن المصادر الأخرى للسلبيات الثانوية أنها “ربما تصدر عن الاجتهادات الشخصية في تطبيق القوانين العامة، على هذا الخاص او ذاك، فقد تصاب هذه الاجتهادات بنقص في المعطيات التاريخية عن الخاص الذي يراد تطبيق العام عليه، او قد تصاب بالتباسات يحاط بها الخاص من قوى خارجية”. (34)

    في دراسة حسين مروّة للحركة الاستشراقية في ضوء المنهج المادي التاريخي تبرز قضية منهجية رئيسة أبرزَ جانباً منها هادي العلوي وهي بتحديده أن القاعدة التي انطلق منها إدوارد سعيد في دراسته هي ارتباط الاستشراق بالاستعمار، التي “شكّلت محوراً تتلاقى عنده فصول الكتاب. وهو من محاور حسين مروة الأساسية كذلك. ويمكن بناءً على ذلك اعتبار المبادرتين نتاجاً لموقف ضد امبريالي. لكن دوافع إدورد سعيد عربية – شرقية أكثر منها وطنية بالمفهوم السياسي البحت. ورغم أن هذه الدوافع التي ظهرت شديدة الوقع في كتابه قد أثمرت فضحاً موثقاً وصادقاً للاستشراق وارتهاناته ومنهجه التحايلي مما يتوافق مع ما قام به حسين مروة، فقد اختلفت نتائج الإثنين مع اختلافهما في الدوافع، وقبل ذلك في الموقع الاديولوجي لكل منهما.. الاستشراق عند إدورد سعيد إنحشر في زنقة لن يخرج منها إلاّ مدمَّراً. وهذا لأنه جزء من فكر واحد ووضع سياسي واحد. وبسبب نظرته التعميمية لم يوفَّق إدورد سعيد إلى تقدير حجم الثورة التي قام بها كارل ماركس ضد الفكر الغربي المؤطر بمحدوديّات التقاليد البرجوازية، وهو الفكر نفسه الذي انتج الاستشراق كمنهج. وتالياً فهو قد عجز عن تصوّر كيف يمكن للاستشراق أن يستمر في سبل جديدة مغايرة مستنداً إلى هذا الفكر المارق الذي جاءت به الثورة الماركسية. إن هذا ما أدركه حسين مروة وبنى عليه استقراءه لاتجاهات الاستشراق الجديد حيث برزت قدرته على محاكمة المناهج المختلفة تبعاً لمنطلقاتها السياسية والاجتماعية وبالتالي الاديولوجية. والفضل هذا يعود لماركسيته وليس لأنه متفوق علمياً على إدْورد سعيد. فكلا الرجلين عالم “. (35)

    ومن الانتقادات العميقة لإدوارد سعيد في ضوء المنهج المادي التاريخي نقد الشهيد مهدي عامل له الذي في نقده لأربع صفحات من كتاب “الاستشراق” المتعلقة بنظرة إدوارد سعيد لعلاقة ماركس بالفكر الاستشراقي وبالشرق الآسيوي، كشفَ المقولة الأساسية التي تحكم فكر إدوارد سعيد على امتداد صفحات كتابه، التي هي في تحديد مهدي عامل، الدقيق لها، أن إدوارد سعيد لم يحدِّد الطابع الطبقي التاريخي “للثقافة السائدة الطاغية” التي أنتجت صورة للشرق ملائمة لها “بل يكتفي بالقول عنها إنها ثقافة الغرب، أو الثقافة الأوروبية الغربية. وهي ”السائدة الطاغية“ من حيث هي هذه الثقافة الغربية، لا من حيث هي الثقافة البرجوازية المسيطرة. بانتفاء طابعها الطبقي التاريخي في تحديدها السعيدي هذا، تنتفي إمكانية وجود نقيضها نفسه، فتكتسب، بهذا الانتفاء، طابعاً شمولياً تحتل به كامل الفضاء الثقافي. وهذا ما تطمح إليه، من موقع وجودها المسيطر. إنها تطمح إلى إلغاء كل ما ليس هي، وإلى الظهور مظهر الثقافة الواحدة بالمطلق”. (36) يكمل مهدي عامل نقده الممتع الدقيق بتحديده أنه بين هذا المظهر الذي تطمح إليه الثقافة البرجوازية المسيطرة ووجودها كثقافة برجوازية مسيطرة “ثمة فارق هو الذي يزيله من ينظر في التاريخ من موقع الفكر المسيطر، حتى لو كان ينظر فيه بعين ناقدة. وهذا هو الذي يؤكده من ينظر في التاريخ من موقع الفكر النقيض، في حركة الصراع والتناقض بين الاثنين. من هنا أتت الضرورة في أن يكون الفكر الناظر في التاريخ فكراً مادياً، حتى يتمكن من أن يكون علمياً. أما الفكر الذي يستوي عنده ظاهر الشيء والشيء نفسه، فيلغي التناقض والصراع في تاريخ الفكر بين الأفكار، ويأخذ بواحدية الثقافة، إذ يرى في الثقافة المسيطرة أو ”السائدة الطاغية“، الثقافة كلها، ولا يترك لنقيضها إمكان وجود، فهو فكر أقل ما يقال فيه إنه مثالي، يرى التاريخ بعين الفكر المسيطر، حتى لو حاول أن يكون ضده”. (37)

    إنَّ الاطالة المتعلقة بانتقادات وجهت إلى جزء من دراسة إدوارد سعيد للاستشراق لا تعني على الإطلاق التقليل من أهمية دراسته النقدية للاستشراق وللاستعمار، ولكن ليعذرنا القارئ على هذه الإطالة فهي لها ضرورتها المنهجية كونها تضاعف الإضاءَة على جانب رئيس من نقد حسين مروّة للاستشراق، يدخل في أس المنهجية المادية التاريخية، يكمن في أن علاقة الثقافي (الأيديولوجي) بالسياسي، هي علاقة اتصال، مادية ديالكتيكية، بتحديدها يتحدّد الموقع الطبقي في البنية الاجتماعية، هل هو بموقع الطبقة البرجوازية المسيطرة وأيديولوجيتها فيعيد إنتاجها وإن كان ضدها أو انتقدها، أم في موقع نقيض لها، موقع الطبقة العاملة ونظريتها الثورية فيطرح مشروعه الشامل البديل.

    على هذا الأساس المنهجي الذي يظهر علاقة الثقافي بالسياسي فإنَّ دراسة حسين مروّة للحركة الاستشراقية وتحديده لاتجاهاتها وإبراز خلفيتها الأيديولوجية والسياسية، في ضوء المنهج المادي الذي عصبه الديالكتيك الواقف على قدَمَيْه، تتضاعف ضرورتها في مواجهة تشويه الوعي الذي تمارسه القوى الإمبريالية، بقيادة الولايات المتحدة الأميركية، وأدواتها ضد شعوب العالَم للسيطرة عليها، لحرف الصراع الطبقي الوطني التحرري، عن مجراه المادي التاريخي، الذي هو صراع ضد الاستعمار والاحتلال. وبالتالي فإن نقد طروحات الامبريالية وكشف أيديولوجيتها هو شكل من أشكال الصراع الطبقي تخوضه قوى التحرر الوطني ضد الأيديولوجية الإمبريالية ومشاريعها الاستعمارية، من أجل كسر التبعية البنيوية بالنظام الرأسمالي العالمي، وحق الشعوب بتقرير مصيرها ومقاومة الاحتلال.

    (1)- مروه حسين، النزعات المادية في الفلسفة العربية- الإسلامية، جزءان، بيروت، دار الفارابي، ط5، 1985. ج1، ص.111.

    (2)- المصدر نفسه، ص. ص. 111-112.

    (3)- المصدر نفسه، ص. 112.

    (4)- المصدر نفسه، ص. 113. 

    (5)- المصدر نفسه، 108.

    (6)-  المصدر نفسه، والصفحة نفسها.

    (7)- المصدر نفسه، ص. 114. 

    (8)- المصدر نفسه، ص. ص 117-118. 

    (9)- المصدر نفسه، ص. ص. 120-121. 

    (10)- المصدر نفسه، ص 116.

    (11)- المصدر نفسه، ص. 117.

    (12)- المصدر نفسه، ص. 121.  

    (13)- المصدر نفسه، ص. 123.

    (14)- المصدر نفسه، ص. 122.

    (15)- المصدر نفسه، ص123.

    (16)- المصدر نفسه والصفحة نفسها.

    (17)- المصدر نفسه، ص. 125.

    (18)- المصدر نفسه، ص. 126.

    (19)- المصدر نفسه، ص. 127.

    (20)- المصدر نفسه، ص. 128.

    (21)- المصدر نفسه، ص. 129.

    (22)- المصدر نفسه، ص. 130.

    (23)- المصدر نفسه، والصفحة نفسها.

    (24)- المصدر نفسه، ص. 131، هامش رقم 1.

    (25)- المصدر نفسه، ص. 132.

    (26)- المصدر نفسه، ص. 134.

    (27)- المصدر نفسه، والصفحة نفسها.

    (28)- المصدر نفسه، ص. 136.

    (29)- المصدر نفسه، ص. 137.

    (30)- المصدر نفسه، والصفحة نفسها.

    (31)- العظم صادق جلال، الاستشراق والاستشراق معكوسا، ط1، دار الحداثة، بيروت، 1981، ص.19.

    (32)- مروة حسين، النزعات المادية….، مصدر سابق، ص. 140. 

    (33)- المصدر نفسه والصفحة نفسها.

    (34)- المصدر نفسه، ص. 141.

    (35)- العلوي هادي، حسين مروة والاستشراق، مجلة الطريق، حوار مع فكر حسين مروة، بيروت، العددان الثاني/ الثالث، حزيران/ يونيو، 1988، ص. 97.

    (36)- عامل مهدي، هل القلب للشرق والعقل للغرب؟ ماركس في إستشراق إدوارد سعيد، بيروت، دار الفارابي، ط.2، 1986، ص. 7.

    (37)- المرجع نفسه، ص. 8.

  • الطاهر المعز-كوريا الجنوبية : من خفايا « المعجزة » الإقتصادية

    الطاهر المعز-كوريا الجنوبية : من خفايا « المعجزة » الإقتصادية

    نسمع أو نَقْرَأُ أحيانًا نقدًا لاذعا – مُبَرّرًا – للأنظمة العربية أو أنظمة الدّول « النّامية »، وهو نقد مشروع في معظم الحالات، خصوصًا نقد برامج التنمية ( أو غياب هذه البرامج)، لكن ما يُثِير الإنتباه هو الإدّعاء بأن الشعوب « كسولة » أو « غَبِيّة » بدليل نُهُوض الشُعوب « المُجتهدة » و « الذّكية » التي خَرّبت الحُرُوب بلدانها ثم نهضت وتطوّر اقتصادها بسرعة، ويُقدّمون دائمًا نفس الأمثلة: ألمانيا واليابان وكوريا الجنوبية وتايوان… وجميعها أنظمة مُوالية للولايات المتحدة التي نصبت بها قواعد ضخمة وأشرفت على نظامها السياسي وعلى برامجها الإقتصادية ودعمتها الولايات المتحدة خدمةً لاستراتيجيتها…

    تُقدّم الفقرات الموالية لمحة عن تطور اقتصاد كوريا الجنوبية بعد الحرب العالمية الثانية وخصوصًا بعد التقسيم، مع ذِكْرِ بعض الوقائع والتفاصيل التي تُفنّد حُصُول « مُعجزة اقتصادية » خارج إرادة الولايات المتحدة التي لا تزال تُشرف على جهاز الحكم في كوريا وتستخدم البلاد كقاعدة في مواجهة الصّين وروسيا، غير عابئة بمطامح شعب كوريا في السّلم والوِحْدَة.

    تعرضت كوريا للاحتلال – مثل العديد من الدول الآسيوية – من قبل اليابان منذ العام 1905 وحتى هزيمة اليابان في نهاية الحرب العالمية الثانية سنة 1945، حيث انقسمت كوريا بحكم الأمر الواقع إلى شمال حرّرته المقاومة بدعم من الإتحاد السوفييتي، وجنوب دخلته القوات الأمريكية وساهمت في تهميش مقاومة الحزب الشيوعي للإحتلال الياباني، ومنذ تحررها من الحكم الياباني (1905-1945)، ارتبطت كوريا الجنوبية بالولايات المتحدة من خلال العديد من اتفاقيات التعاون، وخاصة في المسائل العسكرية، ومارست الولايات المتحدة إلى رقابة مشددة على كوريا الجنوبية التي تسعى إلى زيادة التجارة مع الصين التي تريد واشنطن احتواؤها.

    أما التعافي الاقتصادي لكوريا الجنوبية ( كما اليابان وألمانيا ) بعد عقود من الاحتلال الياباني (1905 – 1945) وبعد “الحرب الكورية” (1950 – 1953) هو خطة أمريكية تتطلب الولاء لواشنطن التي تضمن الأمن، واليوم تمتلك كوريا الجنوبية عاشر أكبر جيش في العالم، وتتمتع باقتصاد مزدهر ومكانة قوة إقليمية، لكنها لا تستطيع الخروج عن طاعة أمريكا التي قامت بإنزال قواتها بنهاية الحرب العالمية الثانية، في منطقة « إنتشون » يوم السابع من أيلول/سبتمبر 1945 وقامت على الفور بنزع سلاح القوات اليابانية ثم إعادتها إلى وطنها، ونصّبت « هيئة الأركان العامة الأمريكية » لتضع النصف الجنوبي من كوريا تحت المراقبة، من خلال تنصيب حكومة عسكرية أمريكية (الحكومة العسكرية للجيش الأمريكي في كوريا، USAMGIK)، « في انتظار تشكيل حكومة محلية مع قادة محليين أكفاء » وفق عبارات القيادة العسكرية الأمريكية، وكان العمال أو الموظفون وذوو الخبرات والمهارات في في الجزء الجنوبي من كوريا، من اليابانيين في الغالب، بينما عانى العمال الكوريون الجنوبيون من البطالة والتضخم، وتم نفي أكثر من مليون كوري أثناء الإحتلال الياباني، طالبوا بعد الحرب بإعادتهم إلى وطنهم…

    ثَبَّتَت الحرب الباردة التي بدأت سنة 1946 وجود القوى الأجنبية في شبه الجزيرة الكورية، وكان من المفترض أن يكون وجودها مؤقتا، لكن الولايات المتحدة كانت تُصمّم وتنظم وتُنفّذ مخطط الوصاية وتحويل النصف الجنوبي من كوريا إلى جبهة عسكرية أمريكية متقدّمة من خلال القواعد العسكرية والمساعدات المادية والمالية التي عززت قبضة الولايات المتحدة على المنطقة، وقامت الولايات المتحدة بتنصيب ودعم « ري سينغمان »، الذي كان أثناء الإحتلال الياباني يُناضل في المنفى من أجل الاستقلال، وحصل منذ تنصيبه في السلطة على دعم غير مشروط من الولايات المتحدة، مما منحه الوسائل اللازمة للحكم – تحت إشراف أمريكي – لمواجهة شعبية الحزب الشيوعي الكوري، ولنشر الإيديولوجية الرأسمالية المحافظة لدى الرأي العام، وترافق الدّعم الأمريكي ل »ري سينغمان » بحَظْر العمل النقابي، منذ صَيْف 1946، وتم مَنْع الصحف اليسارية، وتعرض مناضلو وقيادات الفرع الجنوبي للحزب الشيوعي الكوري إلى قمع رهيب، لِتَخْلُوَ السّاحة السياسية من المُعارضين للإحتلال الأمريكي (الذي عَوّضَ الإحتلال الياباني) خلال انتخابات تشرين الأول/أكتوبر 1946، حيث عينت الحكومة العسكرية الأمريكية بشكل مباشر نصف البرلمانيين الموجودين في مجلس النواب، وتمكنت من الحصول على أغلبية محافظة صوتت لصالح دستور جديد بنهاية شهر تموز/يوليو 1948، وأصبح « ري سينغمان »، بفضل الدّعم الأمريكي، أول رئيس لجمهورية كوريا (الجنوبية) يوم 15 آب/أغسطس 1948، وشاركت الولايات المتحدة بفعالية في بناء الدولة الكورية الجنوبية إلى غاية اندلاع الحرب الكورية، حيث قاتل الجيش الأمريكي رسميًا تحت راية الأمم المتحدة، لكن تلك الحرب كانت صراعًا أثارته الولايات المتحدة، في إطار « محاربة الشيوعية » ودامت الحرب من 25 حزيران/يونيو 1950 إلى 27 تموز/يوليو 1953، وخلفت دمارًا كبيرًا وملايين الضحايا، لكن عجزت الولايات المتحدة عن احتلال النصف الشمالي من كوريا، الذي حرره الحزب الشيوعي الكوري من الاحتلال الياباني، بمساعدة الاتحاد السوفيتي. وثبّتَت الحرب الانقسام الذي لا يزال ساريًا، وأسفرت الحرب عن توقيع حكومة كوريا الجنوبية، التي نصّبها الجيش الأمريكي، معاهدة دفاع مشترك مع الولايات المتحدة في تشرين الأول/أكتوبر 1953، وتَنُصُّ هذه المعاهدة على « التزام الولايات المتحدة بحماية كوريا الجنوبية من هجوم محتمل من قبل الشمال »، وفي المقابل، يتعين على كوريا الجنوبية أن توافق على مواءمة سياستها الخارجية مع سياسة « الكتلة الغربية »، ومنذ سنة 1954، يتمركز حوالي 60 ألف جندي أمريكي في أربع قواعد ضخمة في كوريا الجنوبية ( فضلا عن القواعد الضخمة في اليابان ودول جنوب وجنوب شرقي آسيا والمحيط الهادئ) وتتلقى كوريا الجنوبية، مقابل القواعد، المساعدات المادية والتكنولوجية الأمريكية، وأوكِلت قيادة القوات الكورية للأمم المتحدة (بإشراف جنرال أمريكي) طيلة أربعة عُقُود، قبل أن يتولى الجيش الأمريكي الإشراف المباشر على الجيش الكوري الجنوبي.

    تتضمّن « الحماية » الأميركية قُيُودًا وثمنًا مرتفعًا جدًّا، إذ تُسدّد كوريا الجنوبية (كما اليابان وألمانيا وإيطاليا وغيرها) قسطًا كبيرًا من  تكاليف الوجود العسكري الأمريكي على أراضيها، وتكلفة رعاية القوات وصيانة المعدات وتحديث أنظمة الأسلحة، وبلغت هذه التكاليف 866 مليون دولار سنويًا بين سَنَتَيْ 2014 و2020، وطالب دونالد ترامب بزيادة المشاركة الكورية بنحو 400%، ومنذ سنة 2021، تُسدّد كوريا الجنوبية ما يزيد قليلاً عن مليار دولار سنويًا كتكاليف تتعلق بالوجود العسكري الأمريكي…

    أدّت هذه النفقات وعربدة الجنود والضّبّاط الأمريكيين وإفلاتهم من العقاب بفعل تمتعهم بالحصانة المُطْلَقَة، إلى نمو موجة من العداء ورفض الوجود العسكري الأمريكي، ومنذ 2010، ارتفعت وتيرة الإحتجاجات الشعبية، ولكن الولايات المتحدة تتشبث بالقواعد وبشروطها، ولما حاولت رئيسة كوريا الجنوبية « بارك جيون هاي » الحصول على بعض الهامش حَذّرَها نائب الرئيس الأميركي آنذاك جو بايدن في عهد باراك أوباما في عقر دارها، في سيول يوم السادس من كانون الأول/ديسمبر 2013، وهدّدها بِرفْع الحماية عنها وعدم دعم حكومتها، في إشارة إلى احتمال إزاحتها…

    على الصعيد الدبلوماسي، أثر التحالف مع الولايات المتحدة سلباً على العلاقات الصينية الكورية، خصوصًا بعد قيام الولايات المتحدة، سنة 2017، بتثبيت نظام الدفاع الأمريكي « ثاد » المضاد للصواريخ، وبالتالي تكثيف عسكرة شبه الجزيرة، وتعتبر الصين نظام ثاد تهديدا لأمنها، وأصبحت كوريا الجنوبية بين المطرقة والسّندان، حيث لا يُمكنها أن تدير ظهرها للصين، شريكتها التجارية الرئيسية لعدة سنوات، إذ بلغت صادرات كوريا الجنوبية إلى الصين ما يقرب من 174 مليار دولار في عام 2019، وينفق السائحون الصينيون ما يعادل عشر مليارات دولارا سنويا في كوريا الجنوبية…

    قامت الولايات المتحدة، بنهاية الحرب العالمية الثانية، ببناء إمبراطورية جمعت المهزومين – ألمانيا وإيطاليا واليابان ومستعمراتها – لتقيم في بلادهم قواعد عسكرية عملاقة، ولتحويل هذه الدول إلى واجهةً للاقتصاد الرأسمالي والدعاية الأيديولوجية، وتشكل كوريا الجنوبية جزءاً لا يتجزأ من هذه الخطة، بسبب قربها من روسيا والصين.

    إن إعادة البناء المذهلة لاقتصاد كوريا الجنوبية بعد نهاية الحرب الكورية سنة1953، والتي وصفت بأنها « معجزة » ( كما الحال في اليابان وألمانيا)، هي إرادة أمريكية لخلق نموذج ناجح للإقتصاد الرأسمالي، بدعم من الدّولة الكورية التي تخلصت من الإنفاق العسكري (بفعل « الحماية » الأمريكية) ووجهت الإنفاق نحو المشاركة القوية للدولة في الاقتصاد، لصالح الشركات الكبيرة، والتخطيط والإشراف على برامج التنمية الاقتصادية من قِبَل الدّولة التي تمنح قُرُوضًا بشروط مُيَسّرة، ووضعت الدولة نفسها بالكامل في خدمة المجموعات الإقتصادية الضخمة ( الشِّيبولز)،  مثل سامسونغ وهيونداي وإل. جي وغيرها، والتي ازدهرت بفضل الإستثمار الحكومي والقُرُوض المُيسّرة، وكذلك بفعل القمع السياسي والنقابي العنيف الذي مكّنها من خفض تكاليف الإنتاج لتضخيم حصتها من الأسواق العالمية في مجالات صناعات الصلب والتجهيزات الميكانيكية وبناء السّفن والإلكترونيات ومقاولات البناء، لكن لَقِيَ هذا النّموذج معارضة تم سحقها، أثناء سحق حزب العُمّال (فرع الحزب الشيوعي في الجنوب)، ثم عادت المعارضة منذ سنة 2010، ولكن وخلافًا لاتجاهات الرّأي العام، تعزّز التحالف العسكري بين حكومة كوريا الجنوبية والولايات المتحدة، في ظل رئاسة « للي ميونغ باك » (2008-2013) و « بارك جيون هاي » (2013-2017)، على نحو لا يخلو من المفارقة بالنسبة لنمو التجارة مع الصين، ما جعل اعتماد كوريا الجنوبية على الولايات المتحدة يتعارض مع مصالحها الاقتصادية، ومع مصلحة ومشاعر المواطنين الذين ضاقوا ذَرْعًا بوجود القواعد الأمريكية وبسلوك الجنود (الاغتصاب والجرائم التي لا يعاقب عليها القانون) المُحَصَّنين…

    أصبحت المجموعات الاقتصادية الكورية الجنوبية، تدريجيا – بفضل مساعدات الدولة والدعم الأمريكي، في إطار التقسيم الدولي للعمل – تكتلات اقتصادية كبيرة عابرة للحدود الوطنية، تسيطر على سلسلة الإنتاج بأكملها وترْفُدُها بهياكل تجارية قوية، غير إن « المُساعدات » الأمريكية تندرج ضمن مخطط يجعلها مرتبطة بشكل مباشر بالأهداف السياسية التي تسعى الولايات المتحدة لتحقيقها في نطاق مُخَطّطات سياستها الخارجية…

    خلافًا لدعاية وسائل الإعلام المهيمنة والاقتصاديين الليبراليين، فإن ازدهار الإقتصاد الرأسمالي الكُورِي لا يُعَدُّ « معجزة على نهر الهان »، فهذا « النموذج من النجاح » ليس نتيجة « آليات السوق والمنافسة الحرة وغير المُشَوَّهَة »، بل إن الصعود الصاروخي للشركات الكورية الكبرى هو في الواقع نتيجة للتدخل المباشر والمستمر للدولة في النشاط الاقتصادي، والتي توزع الامتيازات والمزايا على الشركات الكبرى، وتَرَافَقَ التوسع الاقتصادي في كوريا الجنوبية مع اتجاه نحو تركيز رأس المال في القطاعات الصناعية الرئيسية التي تقود النمو، وبالعودة إلى سنة 1968، كانت 12,5% من الشركات تخلق 65% من القيمة المضافة الوطنية، وأدى نمو رأس المال وتركيزه إلى هيمنة فئة قليلة من الإحتكارات على اقتصاد البلاد، وأصبح ذلك من ميزات الإقتصاد الكوري، وكانت دكتاتورية الدولة وإرث الفترة الاستعمارية والتراكم البدائي لرأس المال الذي ميّز فترة ما بعد الحرب وقمع الحركة العمالية في عهد بارك تشونغ هيي من العوامل التي ساهمت في بناء الإمبراطوريات الصناعية والتجارية وظهور التكتلات…

    لم تختف الديكتاتورية مع نهاية رئاسة بارك تشونغ هيه التي استمرت 17 عامًا، من عام 1962 إلى عام 1979، ففي تشرين الثاني/نوفمبر 2023، ألغت قناة KBS بشكل نهائي برنامجًا ينتقد الحكومة، بينما قام مديرها السيد بارك مين بطرد الصحفيين وتعيين صحفيين جدد. إنها عودة إلى الفترة الاستبدادية التي سبقت « التحول الديمقراطي » – بإشراف أمريكي – سنة 1987 وإلى فترة الإرهاب « المناهض للشيوعية » ووحشية فترة حكم ديكتاتورية ري سينغمان، مؤسس نظام ما بعد الحرب الكورية الجنوبية الذي أطاحت به حشود الطلاب الغاضبين في نيسان/أبريل 1960، وكان قد فَرَضَ حالة الطوارئ التي بررها « بخطر الشيوعية » لتسهيل وتبرير الاعتقالات الجماعية للمعارضين السياسيين، والقمع القاتل للإضرابات والحركات الاجتماعية، والرقابة. جمعت الولايات المتحدة التي دعمته كل مقومات الاستبداد، وأنشأ « ري سينغمان » وبمساعدة الولايات المتحدة ( كان موظّفًا ساميا في الإدارة الأمريكية لما كان لاجئًا)، واحدة من أكثر الديكتاتوريات قمعية في منطقة المحيطين الهندي والهادئ في فترة ما بعد الحرب مباشرة.

    انهال القمع، منذ سنة 1946، على حزب العمال الكوري الجنوبي (شقيق الحزب الشيوعي الذي حَرَّرَ المنطقة الشمالية)، الذي تمكن من تعبئة سُكان الريف ضد « المحتل » الأمريكي الجديد وعملائه المحليين، واستمر الاحتجاج الشعبي في شكل مظاهرات وإضرابات أعقبت الانتفاضة العفوية في دايجو (تشرين الأول/أكتوبر 1946)، والتي أخمدتها القوات الأمريكية  – التابعة لقواعد الجيش الأمريكي في كوريا الجنوبية – بوحشية، وسرعان ما ساد مناخ من حرب العصابات في جميع أنحاء البلاد، وقام قادة حزب العمال وأعضاؤه وأنصاره بتسليح المناضلين والأنصار سرًا بهدف مواجهة السلطات، وكانت هذه الظروف، ظروف مقاومة باسلة للإحتلال الأمريكي، هي الدّافع الأساسي الذي جعل الولايات المتحدة تدعم ترشيح مُوظّفها « ري سينغمان » لانتخابات أيار/مايو 1948 بهدف أساسي يتمثل في « إعادة النظام إلى البلاد وتفكيك اللجان الشعبية وتدمير الشبكات النضالية وخلايا حزب العُمّال من أجل وضع حد للاحتجاجات الشعبية »، ورَدَّ « ري سيغمان » الجميل، بعد فَوْزِهِ، منذ الأشهر الأولى لرئاسته، وأصدر مراسيم تمنع الإضرابات والمظاهرات، وتخنق الصحافة اليسارية من خلال الرقابة، وحصلت قواة الشرطة والدّرك على المزيد من الموارد البشرية والمادية والقانونية، وفي تشرين الثاني/نوفمبر 1948، أقرت الحكومة – التي تسيطر عليها الولايات المتحدة – قانون الأمن القومي الذي لا يزال ساريًا حتى سنة2024، وهو نص قانوني شبيه بقانون الاستثناء، حيث أعطى الشرطة والمحاكم حرية أكبر في اعتقال ومحاكمة وسجن « الأفراد المتورطين في أنشطة مناهضة للدولة »، والتي لم يتم تحديدها بوضوح، من أجل قمع جميع أشكال المعارضة، وفقًا لتقرير الأمم المتحدة لسنة 1949, الذي أحصى 90 ألف شخص اعتقلتهم حكومة ري سينغمان بين أيلول/سبتمبر 1948 ونيسان/أبريل 1949 (من بينهم 6 نواب بالبرلمان ) بينما تم – بموجب هذا المرسوم – سجن 80% من السجناء الكوريين البالغ عددهم 60 ألف سجين سنة 1950، بدعم ومشاركة مباشرة من الولايات المتحدة الأمريكية من الناحية المادية والتقنية والمالية، و تقوم الولايات المتحدة بتدريب وتجهيز وإمداد وكالات إنفاذ القانون في كوريا الجنوبية، كما شاركت القوات الأمريكية المتمركزة في قواعد كوريا الجنوبية، بشكل مباشر في قمع وإعدام أكثر من 100 ألف سجين سياسي ومتعاطف مع الشيوعيين خلال صَيْف 1950، في بداية الحرب المعروفة باسم « الحرب الكورية »، وفي نهاية حزيران/يوليو، وبداية شهر تموز/يوليو 1950، بعد نحو شهر واحد من انطلاق الحرب، قامت القوات الأمريكية  بذبح 300 مدني كوري جنوبي لجأوا è بسبب الحرب è إلى مكان قريب من قرية نو-غون ري – بحجة أنه « من المحتمل أن يكون بينهم متسللون كوريون شماليون ».

    تُعْتَبَر انتفاضة سُكّان جزيرة تشيجو-دو من أكثر الأحداث القمعية دموية في فترة رئاسة ري سينغمان، فقد كانت جزيرة تشيجو (أو تشيجو-دو باللغة الكورية) ذات موقع استراتيجي لمقاتلي حزب العمال الكوري الجنوبي، بمساعدة السكان المحليين، وهي تقع في جنوب كوريا وهي أيضاً نقطة عبور للمهربين اليابانيين الذين يزودون الفدائيين بالأسلحة، وفي بداية شهر نيسان/أبريل 1948، اشتبك مناضلو حزب العمال الكوري الجنوبي (المدعومون من قبل جزء كبير من سكان تشيجو دو) مع « قوات حفظ النظام والقانون » واقتحم المنضلون الشيوعيون مراكز الشرطة في المدن الساحلية واستولوا على السلاح، ثم حاصروا عاصمة الجزيرة، وسرعان ما وصلت الاشتباكات إلى مستوى من العنف لم يسبق له مثيل منذ نهاية الحرب، وانهارت قوات الشرطة المحلية، أمام جموع المناضلين والسّكّان الدّاعمين لهم، وأخلت قوات الدرك والشرطة والجيش التابعين للحكومة الكورية القرى الواقعة على المرتفعات من سكانها الذين تم نقلهم إلى معسكرات على الساحل، وفي نهاية الصيف، ألقت القوات الكورية القبض على حوالي 600 مشتبه به من المناضلين والسّكّان، لكن القتال استمر، وفي تشرين الثاني/نوفمبر 1948، أطلق الدرك العنان لعنف قوات الدرك بشكل عشوائي على سكان الجزيرة، سواء أكانوا مقاتلين أم لا، وأعلنت قُوات الدّرك، في 20 تشرين الثاني/نوفمبر 1948، عن قَتْل 1625 شخصًا وأَسْرِ 1383 شخصًا، وفي 25 كانون الثاني/يناير 1949، اكتشف الجنود الأميركيون في قرية أورا-ري 97 جثة لرجال ونساء وأطفال، قُتلوا ببنادق من طراز M-1، أي أسلحة الشرطة المحلية، وبعد أقل من شهر، أي في 20 شباط/فبراير 1949، شهد أربعة مستشارين عسكريين أميركيين إعدام 76 من سكان تودو-ري على يد رجال الميليشيات اليمينية المتطرفة الموالية للحكومة، واستمر القمع حتى تم اعتقال العديد من القادة المحليين لحزب العمال الكوري الجنوبي خلال ربيع 1949، وقطعت الشرطة رأس أحدهم، وهو كيم مين-سيونغ، عُرضت رأسه على الملأ في وسط مدينة سيوغويبو، كرمز لانتصارها المروع ولترْويع وإرهاب سكان الجزيرة،.

     أثناء الحرب الكورية، اقترحت حكومة ري سينغمان، خلال خريف سنة 1951، تعديلًا دستوريًا على البرلمان لتحويل جمهورية كوريا إلى نظام رئاسي، ولكن رفض النواب نص القانون في كانون الثاني/يناير 1952، وردّ الرئيس « ري سينغمان » – الموظف السامي الأمريكي السابق –  بفَرْضِ الأحكام العُرفية بداية من 25 أيار/مايو 1952، ما أدى إلى اعتقال 44 نائبًا، واستسلم النواب أخيرًا وعدّلوا الدستور يوم السابع من تموز/يوليو 1952، وألغوا تحديد فترات الرئاسة.

    لم يتردد ري سينغمان في التخلص من خصومه السياسيين الرئيسيين للبقاء في السلطة، وخلال الانتخابات الرئاسية لعام 1956، كان تشو بونغ-آم، الزعيم السابق للحزب الشيوعي الكوري أثناء الاحتلال ومؤسس الحزب الاشتراكي الديمقراطي بعد هدنة بانمونجوم، العضو الوحيد من المعارضة الذي وقف ضد ري سينغمان، ورغم الدعاية والقمع وتزييف الإنتخابات، تمكن من الفوز بحوالي 30% من الأصوات التي تم الإدلاء بها، مما يكشف عن التحول التدريجي في الرأي العام الكوري الجنوبي ضد الرئيس ري سينغمان الذي أمَرَ بإلقاء القبض على تشو بونغ آم في كانون الثاني/يناير 1958، وحوكم مرتين، وحُكم عليه في النهاية بالإعدام بتهمة الخيانة العظمى، وقد لعبتعملية إعدام تشو بونغ آم شَنْقًا، دورًا في اندلاع الغضب خلال آذار/مارس و نيسان/أبريل 1960، عندما تم الكشف عن تزوير الانتخابات الرئاسية، وتخلت الولايات المتحدة عن عميلها ري سينغمان بعد تأدية الدّور المطلوب منه، وأُجْبِرَ على التنحي يوم 26 نيسان/أبريل 1960، وكان رحيله إيذانًا بنهاية مرحلة نظام استبدادي حافظَ على تماسُكِهِ، منذ نهاية الحرب الكورية، بالخوف والعنف والدعم الأمريكي، وهو إرث استبدادي لا يزال مُستمرًا حاليًا في كوريا الجنوبية.

    كانت فترة ما بعد الحرب في ظل رئاسة ري سينغمان (1948-1960) فترة قمع وإثراء للرأسماليين المقربين من الحكومة الفاسدة، حيث كان هناك تراكم بدائي لرأس المال، وبعبارة أخرى كان هناك استحواذ غير رأسمالي وأحيانًا غير اقتصادي لرأس المال. واستفادت البرجوازية المحلية – التي تعاونت مع اليابانيين ثم الاحتلال الأمريكي – من سياسة الحماية والمزايا التي منحتها الدولة والولايات المتحدة لمواصلة التصنيع الذي بدأ قبل الحرب ولإعادة تأهيل البُنَى التحتية الإنتاجية التي دُمِّرَتْ خلال الحرب العالمية الثانية والحرب الكورية (1950-1953)، ومنحت الدولة بعضَ شرائح البرجوازية وبعض الشركات الكبرى مساعدات وقروضًا بأسعار فائدة مواتية وإعفاءات ضريبية وحقوق حَصْرِيّة للتصدير أو الإستيراد، وشجّعت الدّولة – تحت إشراف الولايات المتحدة الأمريكية – حفنة من الصناعيين المُقَرّبين ليتمكّنوا من خلق احتكارات ضخمة في قطاعات استراتيجية، وعززت الدولة ( وليس « اليد الخفية للسوق » أو « المنافسة الحُرّة ») – منذ بداية رئاسة ري سينغمان في عام 1948 – أوجه عدم المساواة بين الشركات الكبيرة المقربة من الحكومة، والتي كانت قادرة على شراء مرافق الإنتاج اليابانية بتكلفة منخفضة، والشركات الصغيرة والمتوسطة الحجم، ثم تمكنت المجموعات العملاقة ( الكارتلات )، مثل رابطة المنسوجات الكورية، من تشكيل تكتّلات، وتغلغلت في أسواق المنسوجات والأغذية الزراعية، وفي نهاية عقد الخمسينيات من القرن العشرين، أصبح 19% من منتجي المنسوجات يستحوذون على 90% من السوق،  وفي صناعة السكر، استحوذ 2% من المنتجين وأصحاب المصافي على 92% من السوق، وخلقت السياسات الاقتصادية التفضيلية التي اتبعها « ري سينغمان » تكتلات قليلة من الشركات الجديدة،  بل إنها في الواقع أعادت ببساطة تنشيط الشركات التي كانت تتعاون مع  الإحتلال الياباني والتي تزعزع استقرارها بسبب اختفاء المستعمر الذي ترك إرثًا اقتصاديًا بعد رحيل المستعمرين المتسرع بعد الحرب العالمية الثانية، واستفادت البرجوازية المحلية التي تعاونت مع الرأسماليين اليابانيين (مثل عائلة كيم أو عائلة لي بيونغ تشول، مالكي شركة سامسونغ) من الصناعات التي خلفها اليابانيون، وقد فضّل الديكتاتور بارك تشونغ هي (الذي حكم من 1962 إلى 1979) هذه الفئة من البرجوازية الكورية التي ازدادت ثراءً من خلال التخصيص الانتقائي للائتمان والحصول على قروض أجنبية مضمونة من الدولة وإعانات التصدير والإعفاءات الضريبية للاستثمارات في القطاعات الإنتاجية، وقد أدت هذه السياسة إلى ظهور مجموعات كبرى تمكنت من فرض نفسها في الأسواق الخارجية في قطاعات رئيسية مثل البتروكيماويات وبناء السفن وصناعة الصلب والإلكترونيات. وتستهدف المساعدات والإعانات التي تمنحها الدولة تلك الشركات الأكثر قدرة على الإنتاج بكميات كبيرة وبتكلفة منخفضة من أجل تلبية متطلبات التصدير وغزو الأسواق الدولية.

    على صعيد الديمقراطية، قام الرئيس بارك تشونغ هيه – بدعم من الولايات المتحدة – بوضع دستور جديد في أكتوبر 1972، والذي سمح له بتركيز جميع السلطات وحظر المنظمات المهنية غير اتحاد النقابات الكورية (الناطق الرسمي باسم السلطة التنفيذية وأرباب العمل داخل أوساط الطبقة العاملة) وتصعيد القمع السياسي من قبل الشرطة وكذلك من قبل وكالة الاستخبارات المركزية الكورية (KCIA)  التي عملت بشكل وثيق مع المجموعات الصناعية الكبرى لاختراق التجمعات العمالية وتحديد المُعارضين للنظام، وكانت النتيجة قمع العمال وانخفاض الأجور وزيادة ساعات العمل، وبفضل الترسانة القمعية التي نشرها بارك تشونغ هي منذ العام 1972، كان لدى التكتلات مناخ سياسي واجتماعي مواتٍ لتعزيز استغلال العمال وزيادة الأرباح والتوسع الاقتصادي.

    إن الضراوة التي هاجمت بها البرجوازية الكورية الحركة العمالية خلال عقْدَيْ السبعينيات والثمانينيات من القرن العشرين أغرقت العمال في حالة من الوهن الذي استمر لفترة طويلة من الزمن، مما منعهم من إعادة بناء النقابات القوية، ولكن للقمع وللخوف حدودهما فقد أطلق 28 ألف عامل بشركة سامسونغ إضرابًا عن العمل، يوم 28 أيار/مايو 2024، أظْهَر إرادةً فولاذية وتنظيمًا مُحْكَمًا، ما قد يُعيد الأمل إلى الطبقة العاملة التي عانت عُقُودًا من القمع السّافر، بإرادة وبإشراف أمريكيّيْن… أما الحديث عن المُعجزات في المجال الإقتصادي فهو طلاء خارجي للتغطية على حقيقة التّدخّل الإمبريالي الأمريكي المُباشر في حياة ومستقبل الشعوب، خدمة لمصالح الإمبريالية الأمريكية واحتكاراتها، بشكل حَصْرِي…

    الطاهر المعز 

  • Alain Ruscio-Le Front populaire et les colonies

    Alain Ruscio-Le Front populaire et les colonies
    Au moment où se forme un Nouveau Front populaire, il est important de réfléchir aux compromissions et inconséquences du premier Front populaire sur la question coloniale.
    Au moment où se forme un Nouveau Front populaire, dans le but de lui donner le maximum de chances de réussite et en se gardant de toute querelle inutile pouvant nuire à l’unité entre ses composantes, nous tenons à inciter à réfléchir sur les compromissions et les inconséquences d’une grande partie de la gauche française des années 1930 à propos du projet colonial. C’était déjà le cas dès la première moitié du XIXème siècle, dans la période où est né le mouvement socialiste en France et dans d’autres pays. C’est resté une réalité au XXème siècle, lors de l’émergence des mouvements d’émancipation des peuples colonisés, marquée notamment par la naissance, dans l’immigration algérienne et maghrébine en France, de l’Etoile Nord-africaine, qui deviendrait le PPA, puis le MTLD, et d’où sortira le FLN algérien, ainsi que du Néo-Destour tunisien et du Comité d’action marocaine fondé en 1934 par Allal El Fassi et qui prendra le nom d’Istiqlal. Confronté à ces premiers mouvements indépendantistes, le premier Front populaire n’a pas su leur reconnaître le même droit à l’indépendance qu’aux peuples de l’Europe.
    En ce début d’été 2024 où se constitue le Nouveau Front populaire qui est une réaction nécessaire pour faire barrage à l’accession de l’extrême droite au pouvoir en France, il nous semble utile de faire sur ce sujet un certain nombre de rappels. Peut-être cela pourra-t-il l’aider à éviter les inconséquences de son prédécesseur.

    L’avènement, en France, au printemps 1936, d’un gouvernement s’appuyant sur le programme du Rassemblement populaire – c’est le nom exact de la coalition – regroupant essentiellement le Parti socialiste et le Parti radical, avec l’appui, importante novation, du Parti communiste, a marqué les esprits. Pour l’imaginaire français, ouvrier en particulier, pour la mémoire de la gauche, le Front popu de 36 a marqué une date, régulièrement célébrée depuis.

    Mais cette expérience survint dans un pays qui était à la tête du second Empire colonial du monde, à une époque où les doutes sur la présence de la France étaient, en ce domaine, strictement minoritaires. Ce gouvernement de gauche pouvait-il, devait-il, contribuer à la libération nationale des peuples soumis à la domination coloniale ? Ou, au moins, alléger le poids de cette domination ?

    Du côté gouvernemental, une volonté réformatrice réelle, bien qu’extrêmement timide, fut les premiers temps proclamée. L’arrivée rue Oudinot de Marius Moutet, député socialiste depuis plus de vingt années, animateur de la Ligue des Droits de l’Homme, avocat (au sens politique et professionnel) des indigènes pourchassés et persécutés, était plutôt de bon augure. Puis, cette volonté s’étiola rapidement, à l’image du projet Blum-Viollette. Du côté des colonisés – du moins des plus politisés d’entre eux – il y eut, nettement, trois phases : de grands espoirs, une attente un peu agacée, puis des désillusions, phase précédant elle-même la recherche de nouvelles voies.

    Si le bilan global de cette courte expérience est, en matière coloniale, plutôt maigre, il ne peut en aucune façon être mesuré à l’aune d’un projet indépendantiste… qui n’a jamais existé. Pour paraphraser Léon Blum, il s’agissait de savoir si, de la situation coloniale, il était possible d’extraire le maximum de quantité d’ordre, de bien-être, de sécurité et de justice1.

    En septembre 1935, la SFIO et le PCF font connaître une plate-forme, qui se veut pré-programme en vue de la « réussite d’un grand mouvement populaire capable de déterminer un changement dans la situation politique » du pays3. Or, ce texte ne fait aucune référence à l’Empire français. Quatre mois plus tard, c’est le programme du Rassemblement populaire qui est rendu public. Aux deux partis de gauche s’est joint le Parti radical. La question coloniale y apparaît cette fois, mais de façon extrêmement discrète. En quantité (une phrase, 30 mots). Mais surtout en qualité : ce programme n’affiche même pas des ambitions réformatrices. Il n’y est question que de la constitution d’une Commission d’enquête : « Constitution d‘une Commission d’enquête parlementaire sur la situation politique, économique et morale dans les territoires français d’outre-mer, notamment dans l’Afrique française du Nord et l’Indochine » (10 janvier 1936).

    Le principal animateur en fut Henri Guernut, ministre radical du gouvernement Sarraut (janvier-juin 1936), ancien secrétaire général de la LDH, homme intègre, respecté de tous. Forte de 42 membres, sa composition en était extrêmement pluraliste, mêlant des politiques et des intellectuels critiques (la journaliste Andrée Viollis, le militant socialiste Maurice Paz, le président de la LDH Victor Basch, le député communiste Henri Lozeray4…), des spécialistes reconnus (l’historien Charles-André Julien, l’ethnologue Paul Rivet, le pasteur Maurice Leenhardt, Robert Montagne, le géographe Pierre Gourou…), mais aussi des membres actifs du lobby colonial (Pierre Taittinger, Paul Reynaud, Théodore Steeg…) et des administrateurs coloniaux (Robert Delavignette, Henri Labouret, Hubert Deschamps)5.

    On peut à ce propos s’interroger. Il était certes normal que le nouveau gouvernement se documente. Mais pourquoi mettre en branle la lourde machine d’une Commission ? Aucun des politiciens parvenus au pouvoir en 1936 n’était un homme neuf, ils avaient tous participé, parfois depuis le début du siècle, aux débats politiques sur la question coloniale ; la documentation livresque et journalistique, descriptive, laudative – largement majoritaire – ou contestataire, était foisonnante. C’était particulièrement le cas du ministre des Colonies, Marius Moutet, le Monsieur Empire colonial de la SFIO. Fallait-il enquêter, dans ces conditions, sachant que cela durerait des mois ? Si la raison profonde de la création de cette Commission ne fut peut-être pas la volonté de repousser les réformes, c’en fut en tout cas la première et plus importante conséquence.

    Toujours est-il que dix mois après l’avènement du gouvernement, un intellectuel engagé depuis longtemps dans la dénonciation du colonialisme, Francis Jourdain, en était encore à demander un tableau des « injustices » et des « erreurs » commises outre-mer : « Nous souhaitons que le Front populaire dresse l’inventaire de toutes les injustices, de toutes les cruelles erreurs commises par les fondateurs, les gérants, les gardiens du domaine qu’il vient d’hériter. Car c’est bien d’une succession qu’il s’agit. Notre Front populaire ne peut être tenu pour responsable ni de ces injustices, ni de ces erreurs ; mais quand celles-ci seront enfin connues, aucun des partis que comprend le Rassemblement populaire (et il faut qu’ils soient rapidement, complètement informés) ne pourra refuser ses soins – je veux dire le bénéfice de la démocratie – aux victimes d’un régime dont seule la Réaction oserait ne pas rougir » (Clarté, 15 mars 1937)6.

    Dans ces conditions, on a l’impression que la fameuse Commission d’enquête fut, de fait, une diversion. Si la Chambre adopta vite le principe (11 août 1936), le Sénat, bastion du conservatisme en matière coloniale comme en bien d’autres, bloqua le processus : lorsque, finalement, celui-ci émit un vote favorable (30 janvier 1937, décret en date du 4 février), il ne restait au premier gouvernement Blum que cinq mois à vivre… Puis, lorsque le cabinet Chautemps se mit en place, le 22 juin 1937, Marius Moutet garda certes la rue Oudinot, mais les partisans du statu-quo colonial – avec à leur tête Albert Sarraut, ministre d’État – avaient marqué de nouveaux points. Un changement encore (second cabinet Chautemps, janvier-mars 1938), et le ministère arriva entre les mains du radical Théodore Steeg, jusque là président de la très conservatrice commission coloniale du Sénat… avant de revenir une dernière fois7, mais pour quatre semaines (13 mars-10 avril 1938), à Moutet.

    Au total, la seule activité de la Commission fut l’audition de témoins-acteurs de la vie coloniale, Robert Montagne, André Philip, Ernest Outrey, Alexandre Varenne, puis des techniciens… toutes personnes qui s’exprimaient depuis longtemps sur les questions coloniales. La Commission, par ailleurs, élabora un questionnaire destiné à être utilisé sur place, enrichi par des entretiens avec des témoins assurés par des fonctionnaires coloniaux sur le terrain. Alors qu’il était prévu que la Commission se rende dans les territoires concernés, cela ne se fit pas : seul André Gide (re)partit en Afrique subsaharienne en janvier 1938.

    Au total, donc, les avis de ceux qui étaient tout de même les principaux intéressés, les colonisés, ne furent pas recueillis.

    Cynisme ou inconscience, les crédits de fonctionnement de la Commission ne furent pas reconduits dans la loi de finance 1938. Le 24 février de cette année, Guernut, qui comprenait très bien ce qu’il était en train de se passer, voulut présenter la démission collective de la Commission. Il en fut dissuadé par Marius Moutet et Théodore Steeg. C’est finalement le 7 juillet 1938 qu’il se décida définitivement, vaincu par une « obstruction totale » et « sournoise » (Charles-Robert Ageron8).

    La seule proposition globale concrète du programme du Front populaire disparut ainsi de la vie politique dans l’indifférence générale.

    Marius Moutet ne tenait pas, c’est le moins que l’on puisse écrire, à bouleverser la politique de la France outre-mer. Le premier signe qu’il lança – apaisement pour les uns, inquiétude pour les autres – fut le maintien en place des hauts fonctionnaires, dont le directeur des Affaires politiques, Gaston Joseph, l’un des idéologues les plus actifs du lobby colonial – qui d’ailleurs resta en place, jusqu’au bout, sous Vichy. Aucun Gouverneur général de sensibilité socialiste ne fut nommé à la tête d’une colonie, même si certains remplacements furent effectués. Quant au personnel moyen et subalterne, très hostile au Front populaire, il resta intégralement en place.

    L’attitude du Parti socialiste fut hésitante.

    Quelques jours après la victoire électorale, la SFIO réunit son XXXIII è Congrès, salle Huyghens, à Paris. Le jour même de l’ouverture, son quotidien ouvre ses colonnes à son grand spécialiste des questions coloniales, chargé de définir les objectifs, Charles-André Julien : « Des mesures urgentes s’imposent : d’abord une amnistie, sans bavures ni réticences, capable d’inspirer une véritable confiance, puis le rétablissement des libertés publiques, dont Français, et surtout indigènes, ont été graduellement privés. Liberté de presse, de réunion, d’association, d’opinion ; droit de libre circulation ; suppression des codes de l’indigénat, telles sont les revendications qui s’élèvent partout. Il faudra ensuite s’attaquer aux principaux problèmes (…). Les questions économiques se poseront avec plus d’acuité qu’en France à cause d’injustices sociales plus flagrantes. Il n’y a pas de politique “impériale“ possible, car les colonies françaises sont loin de posséder les ressources qu’une propa­gande intéressée leur attribue. Elles enrichissent non la métropole, mais quelques métropolitains et cela au détriment de l’immense masse des indigènes exploitée, sous-alimentée, condamnée à une mortalité excessive. Dans le domaine économique et social, presque tout est à faire : protection ou restitution de la terre, aide financière aux paysans, allégements fiscaux, élévation des salaires, limitation de la journée de travail, fonds de chômage, développement de l’instruction, extension des mesures d’hygiène, accès à toutes les fonctions avec salaire égal. Tâche de longue haleine, qui se heurtera à de farouches résistances ; mais qui ne doit pas rebuter les courages. Regardons l’avenir en face. La seule justification morale de la colonisation serait de préparer, sincèrement, l’indépendance des peuples indigènes. Comment pourra-t-on le faire si l’on continue à réserver à une minorité souvent infime de Français la majorité des sièges dans les assemblées élues des colonies ? » (Charles-André Julien, Le Populaire, 29 mai 1936)9. Le Congrès adopta en gros cette série de mesures10 qui, sans être extrémistes, dépassaient de loin le programme adopté par le gouvernement Blum (voir infra). Première interrogation : un gouvernement à direction socialiste, dans lequel un socialiste était chargé de la politique coloniale, n’était donc pas tenu par le programme socialiste ?

    L’autre texte adopté, une Adresse « aux peuples des colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat », était par contre une reprise de la vieille antienne de la gauche française : « Le Congrès du Parti socialiste (SFIO) vous adresse l’expression de son active solidarité. Il connaît votre misère, il a la volonté d’y mettre un terme. Avec le Front populaire au pouvoir, une ère nouvelle commence pour la France laborieuse aussi bien que pour les peuples qu’elle associe à sa destinée. Les espoirs qu’a soulevés la victoire du Front populaire ne seront pas déçus (…). Le Parti socialiste vous en donne l’assurance fraternelle » (1 er juin 1936). Ce qui était une n.ième manifestation d’une vieille tradition du mouvement ouvrier et socialiste français : faites-nous confiance, attendez les réformes promises par la gauche.

    Même de vieux combattants contre les injustices coloniales se laissèrent parfois aller, en tout cas dans les premiers temps, à un certain enthousiasme. Andrée Viollis – plutôt communisante –, alors auréolée de l’immense écho de son livre Indochine SOS11, publié l’année précédente, rendit visite au nouveau ministre des Colonies, Marius Moutet, qu’elle gratifia du titre de « ministre de la clémence »12. Magdeleine Paz, qui avait toujours, à l’aile gauche de la SFIO, attiré l’attention de ses camarades sur la nécessité de radicaliser les positions coloniales de son parti, proclamait son espoir : « Travailleurs des villes et des champs, hommes des “races nues“, paysans du mil et du riz, de l’arachide et de l’hévéa, même sous les cieux les plus lointains, il y a désormais pour vous quelque chose de changé ; ces deux seuls mots, “Front populaire“, c’est déjà de l’espoir pour vous. Un peu de patience : ce sera bientôt la vie » (Le Populaire, 12 décembre 1936)13. Même un militant de la tendance Gauche révolutionnaire comme Daniel Guérin, commença par saluer les premières réformes (article dans La Vague, 1 er décembre 193614).

    Par la suite, la lecture du Populaire, quotidien du Parti, laisse une impression étrange : les activités fort traditionnelles du ministre Moutet (dîner de la presse coloniale, inauguration d’une Maison de retraite du Colonial, surtout réunion des Gouverneurs généraux…) sont citées… Les revendications plus radicales émises par la Commission coloniale du Parti sont signalées… Mais à aucun moment on n’a l’impression qu’il y a rencontre entre ces deux types d’activité…

    Les communistes furent sans doute ceux qui opérèrent les évolutions les plus sensibles. Dix années après la violente campagne contre la guerre du Rif15, une année seulement après une Circulaire Barthel16 qui proclamait le droit à l’indépendance de l’Algérie, un réformisme prudent s’imposait désormais au PCF : « Nous nous sommes associés à d’autres pour que soit exécuté un programme très précis. Ce programme en matière coloniale prévoit l’organisation d’une enquête dans les colonies, protectorats et territoires sous mandat. En quoi cette prétention peut-elle sembler exorbitante ? L’enquête gênera peut-être les aigrefins et les prébendiers, ceux dont on retrouve les noms dans tous les scandales ; elle gênera les concussionnaires et les prévaricateurs, elle gênera la Banque d’Indochine, elle gênera les gouverneurs, les résidents, les commissaires qui ont fait détester la France. Tant pis ou tant mieux ! En quoi la France serait-elle affaiblie parce qu’un gouvernement issu du peuple châtiera ceux qui représentent si mal le peuple français ? Mais après l’enquête ? Après l’enquête, il est bien vrai que nous devrons nous mettre d’accord sur l’octroi aux populations des colonies, des territoires sous mandat et des protectorats, de revendications légitimes. Eh bien, nous nous mettrons d’accord. Les droits démocratiques que réclament à juste titre les peuples d’outre-mer, les libertés dont ils exigent la garantie, sont des requêtes auxquelles nous, les combattants du Front populaire, pourrons souscrire sans difficulté. Nous réclamerons, par exemple, l’abolition du Code de l’indigénat, acceptée déjà en Algérie par des députés de gauche qui furent élus grâce à notre désistement. Nous réclamerons l’abrogation des mesures qui ont restreint la liberté de la presse et suscité la protestation de journalistes et d’hommes politiques de toutes opinions, nous réclamerons la liberté d’organisation et d’association. Nous réclamerons, avant toute chose, l’amnistie pour les victimes de la répression politique. Il ne nous semble pas que ces revendications soient inacceptables pour des républicains qui ont été des bons combattants du Front populaire » (Gabriel Péri, L’Humanité, 23 mai 1936)17.

    Un an plus tard, malgré le piétinement manifeste du gouvernement en la matière, les communistes font toujours profil bas : « Il faut étendre à l’Algérie les bienfaits du Front populaire. Déjà, des mesures heureuses ont été prises en Tunisie par M. Guillon, Résident général, et au Maroc le général Noguès s’est attiré de la sympathie en autorisant la publication de quatre journaux en langue arabe. L’application des lois sociales en Afrique du Nord, le vote rapide du projet Viollette, des mesures efficaces en faveur de l’enseignement pour la grande masse du peuple, les libertés syndicales, etc. Tout cela contribuera à faire des populations d’Afrique du Nord des alliés sûrs et solides de la démocratie contre lesquels se briseront les tentatives du fascisme étranger et de ses agents français » (Robert Deloche, L’Humanité, 12 février 1937)18.

    Les communistes furent pourtant conscients que l’attentisme, pour ne pas dire l’immobilisme, en ce domaine, étaient porteurs de dangers. Le principal responsable du PCF sur ces questions s’interrogea : pourquoi « l’enthousiasme des Musulmans pour le Front populaire » s’était-il « calmé », puis transformé en « une réserve, voire même une hostilité à peine voilée » ? Il y voyait des explications sociales : « Parmi les lois sociales votées en France, un certain nombre d’entre elles furent promulguées pour l’Algérie. Dans les grandes villes, elles furent appliquées avec difficulté et rencontrèrent l’opposition du gros patronat qui, comme en France, chercha à en diminuer le plus possible les effets bienfaisants. Dans les campagnes, il n’en fut pas de même, les ouvriers agricoles, malgré la fixation des salaires minima, ne virent leurs conditions d’existence améliorées que dans des proportions infimes, dérisoires. Les syndicats d’ouvriers agricoles ont rencontré les plus grandes difficultés. Les grèves légitimes pour une élévation des salaires de famine de ceux-ci rencontrèrent l’hostilité des colons, mais aussi de l’administration fasciste qui mit à leur disposition tout l’appareil répressif. Il n’est pas de grève d’ouvriers agricoles qui n’ait connu l’arrestation de ses dirigeants. Quant aux fellahs, leur situation, loin de s’améliorer a empiré. L’office du blé ne leur a apporté aucune satisfaction car, pour la plupart, ils sont acheteurs et non vendeurs de b!é. Pour tous, ouvriers indigènes des villes, ouvriers agricoles et fellahs, le renchérissement considérable du coût de la vie a porté un coup terrible à leurs conditions matérielles d’existence. Pour les ouvriers des villes, les augmentations de salaires ont été largement compensées par le renchérissement. Pour les ouvriers agricoles et les fellahs, ce fut une aggravation considérable de leur niveau de vie, car ils n’ont pas ou n’ont que peu de bénéfice des avantages apportés par le Front populaire » Mais aussi des explications politiques. Même le projet Blum-Viollette, qualifié de « très imparfait », n’avait pas été appliqué. La conclusion était sévère et pessimiste : « Pour n’avoir point compris que le gouvernement de Front populaire ne devait pas être seulement le gouvernement de la liberté pour !a France métropolitaine, mais qu’il devait être également celui de la liberté des peuples colonisés, nous risquons de nous trouver demain en face d’une rupture entre le peuple laborieux de France et celui d’Algérie, au bénéfice le plus sûr des fascistes français et internationaux » (Henri Lozeray, L’Humanité, 24 septembre 1937). Le titre de cet article était tout un programme : « Le Front populaire ne doit pas perdre l’Algérie ».

    C’est peu après, en février 1939, que Maurice Thorez, qui voyagea d’Oran à Constantine, en passant par Alger, émit la thèse de la Nation algérienne en formation, qui devait guider la politique communiste, ensuite, durant presque deux décennies.

    La grande majorité des hommes et femmes de gauche de l’époque épousa la ligne Front populaire, d’autant que cette période coïncida avec les revendications coloniales hitlériennes et mussoliniennes. En 1936, quatre figures de proue du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA), Paul Langevin, Paul Rivet, Alain et Marc Casati19, publièrent une plaquette, La France en face du problème colonial20, résumant parfaitement cette orientation : il ne fallait pas laisser « les colonies livrées à l’arbitraire de l’administration, et à l’exploitation des hommes d’affaires, qui les considèrent comme une chasse gardée », la puissance publique devait être la protectrice des indigènes. Comme dans le cas du rapprochement SFIO / PCF, les intellectuels les plus en pointe s’étaient alignés – par conviction ? par réalisme ? – sur des positions modérées. De fait, d’Andrée Viollis à Francis Jourdain, en passant par André Malraux, André Gide, Romain Rolland, aucun n’avait réellement envisagé, auparavant, une indépendance des colonies. Le réformisme du Front populaire, qui permettait d’envisager une amélioration du sort des indigènes et un minimum de libertés fondamentales, leur paraissait déjà un pas en avant.

    D’où pouvait venir, en métropole, une critique de gauche de la politique coloniale du Front populaire ? Ce flambeau, totalement abandonné par l’appareil du PCF, fut repris par des communistes oppositionnels, par l’aile gauche de la SFIO – avant d’être exclue du parti – et par des mouvements trotskisants.

    Une figure emblématique du travail anticolonial du PCF jusqu’en 1935, André Ferrat21, également ancien rédacteur en chef de L’Humanité (1932-1934), en désaccord depuis 1934, fut évincé du Bureau politique en janvier 1936, précisément au début de cette année emblématique. Cette même année, il rejoignit le groupe oppositionnel Que faire ? Il y dénonça l’attentisme du gouvernement, qui risquait d’avoir un effet pervers : « Le risque est de pousser les coloniaux indigènes dans les filets de la démagogie (…). Le gouvernement Blum a donné aux colons fascistes d’Algérie des facilités nouvelles pour tenter de refaire avec des travailleurs arabes déçus et pleins de rancœur le coup organisé par Franco avec des travailleurs rifains abusés contre le Front populaire espagnol » (André Ferrat, Une honte, 1937)22.

    Les militants de la tendance Gauche révolutionnaire du Parti socialiste avaient pris le contrôle de la Commission coloniale. Leur principal porte-parole, Daniel Guérin, commença par saluer les premières réformes (article dans La Vague, 1 er décembre 193623). Mais, très vite, la timidité de la politique entreprise irrita. Guérin se fit une spécialité d’écrire au ministre à de multiples reprises : « Je suis convaincu que votre bonne foi a été surprise. » (Lettre, 10 juillet 1937)24… « Depuis un an, je n’ai guère eu l’impression que mes modestes interventions auprès de vous fussent efficaces. Mais j’imagine la situation infiniment difficile dans laquelle se trouve un ministre socialiste, hautement compétent, plein de bonnes intentions, mais prisonnier de ses bureaux »… (Lettre, 12 juillet 1937)25. On peut d’ailleurs s’interroger : Daniel Guérin, qui était déjà, alors, un militant expérimenté, nourrissait-il vraiment des illusions sur la « bonne foi » et les « bonne intentions » de Moutet, ou bien tentait-il, par ces pressions, de l’amener à ses thèses ? Par la suite, en tout cas, cette divergence alla en s’accentuant et fut une des causes de l’éviction de cette tendance de la SFIO, en juin 1938 (XXXV è Congrès, Royan). Un mois passa encore, et Guérin, Marceau Pivert fondèrent un nouveau – mais qui se révélera éphémère – mouvement, le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), qui revendiquera le droit à la séparation pour les colonies.

    Au groupe La Révolution Prolétarienne, fondé par Pierre Monatte, la critique fut plus affirmée encore. Pour ses militants, la forme politique – le Front populaire – ne pouvait influer sur la nature du système – l’impérialisme. C’est le titre d’un article de Robert Louzon, militant anticolonialiste de toujours, mêlant ses réflexions sur les expériences française et espagnole, « L’impérialisme des Fronts populaires » : « La “démocratie“ espagnole se comporta à l’égard de “ses“ indigènes comme la “démocratie“ française à l’égard des siens » (La Révolution Prolétarienne, 10 novembre 1936). Ou son camarade Louis Bercher, qui signait Péra : « La répression actuelle, c’est la répression du Front populaire, c’est la répression de Blum et de Delbos. Comme le dit Louzon, le “redoublement d’oppression“ actuel est le fait de purs “démocrates“. Vous voudriez après cela que les Marocains prennent parti pour les “républicains“ contre les “fascistes“ ! Allons donc ! La remarquable passivité actuelle des Marocains devant les événements d’Espagne ne prouve qu’une chose : la grande sagesse politique de la masse de ce peuple » (La Révolution Prolétarienne, 25 novembre 1936)26)

    On peut également citer des intellectuels qui souhaitèrent se tenir à l’écart des enthousiasmes du moment, comme Simone Weil : « Au cours du grand mouvement qui a soulevé, en 1936, les ouvriers français, ils ne se sont pour ainsi dire pas souvenus qu’il existât des colonies. Les organisations qui les représentaient ne s’en sont bien entendu guère mieux souvenues » (Essais et Combats, décembre 1938)27. Plus sévère encore est un autre texte, contemporain, les « organisations antifascistes », accusées de s’intéresser plus au « traitement d’un instituteur français » qu’à la « misère atroce (…) des populations d’Afrique du Nord », étaient frappées de ce fait d’une « honte ineffaçable »28.

    L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement à direction socialiste, soutenu par les communistes et un mouvement syndical réunifié (congrès de Toulouse de la CGT, mars 1936) fut, on le sait, un moment d’effroi pour certains, au sein des classes possédantes, qui voyaient déjà les salopards en casquettes occuper le pouvoir.

    Cette peur politique en métropole fut doublée de la crainte de la perte des colonies.

    Avant même la victoire électorale, un périodique questionnait : « Quelle sera l’attitude du nouveau gouvernement à l’égard des colonies ? (…) Il serait regrettable que, lui aussi, il travaillât en façade et que sa sympathie pour les indigènes d’outre-mer se manifestât par la promulgation dans des territoires de lois ou de conventions internationales qui ne leur sont pas adaptées » (C.-A. Le Neveu, La Quinzaine coloniale, 25 avril 1936)29. La presse conservatrice affirmait alors que « l’influence directe du Komintern se manifesterait d’abord par les colonies, les pays sous mandat et les territoires, assimilés aux départements, de la France d’outre-mer », que Maurice Thorez était un ennemi déclaré de « l’impérialisme français »30, etc.

    Le Figaro dénonça à de multiples reprises l’irresponsabilité de ceux qui voulaient organiser les indigènes. En Algérie : « Des extrémistes de la métropole “travaillent“ la population indigène » (Augustin Bernard 14 décembre 1936)31… En Tunisie : « Les colons sont désignés comme spoliateurs, voleurs,etc. (…), les fonctionnaires, qui bénéficient encore d’un ton mineur, mais que les agitateurs destouriens commencent à montrer du doigt avec plus d’intrépidité chaque jour sont des hôtes importuns gavés de l’argent de l’indigène. Ah! que le Front populaire est un instrument commode ! Car tout cela se fait en son nom, au nom des “promesses“des “espoirs“ du Front populaire. La politique parisienne une vertu rare : elle permet aux “protégés“ d’insulter la quasi-totalité des Français » (Maurice Noël, 15 avril 1937)32

    On peut imaginer que l’extrême droite se déchaîna plus encore. L’Action française mena une campagne mêlant la peur du rouge, l’islamophobie33et l’antisémitisme34. Léon Daudet affirma sa crainte du « réveil islamique (…) en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Palestine, menaçant à la fois la France et l’Angleterre », concluant : « Que les Soviets encouragent en sous-main ce mouvement, la chose ne semble pas douteuse, car la III è Internationale exploite de son mieux les nationalismes extra-européens. Mais il y a sans doute une zone d’agitation plus générale et plus profonde, étrangement ramifiée, un trouble qui annonce l’orage (…). Le fait que le cabinet actuel est présidé par un Sémite passionné et militant est une complication de plus » (L’Action française, 28 juin 1936)35… « Les craintes que nous manifestions ici, quant à notre Empire français, depuis le milieu de mai et l’installation du cabinet Blum, dit du Talmud, sont en train de se justifier. Les incidents de toute sorte se multiplient en Algérie, notamment dans la province d’Oran, le Maroc frémit, et voici que la Tunisie se met en mouvement (…). Toux ceux qui connaissent l’Islam et la rapidité de propagation des troubles racistes dans les milieux musulmans estiment la situation des plus graves » (L’Action française, 6 juillet 1936)36.

    Sur place, dans les trois pays du Maghreb, il y eut alliance de fait entre la réaction coloniale, hostile par tradition – et par intérêt immédiat – à toute réforme, et les partisans des Ligues, Croix-de-feu de De La Rocque et doriotistes.

    Après des décennies de limitation des libertés, de répression, de nuit coloniale37, la perspective d’être enfin écoutés procura chez les colonisés – du moins ceux d’entre eux qui étaient à même d’être informés – de grands espoirs.

    En métropole, les travailleurs coloniaux se joignirent aux cortèges du Front populaire. Dans un premier temps, leurs organisations se félicitèrent du ton des déclarations du nouveau gouvernement. En juin 1936, un meeting à la Mutualité vit à la même tribune quatre orateurs : à côté du socialiste Jean Longuet et du communiste Henri Lozeray, Habib Bourguiba, alors présent en France, représentant le Néo-Destour, et Messali Hadj, pour l’Étoile Nord-africaine, s’exprimèrent38.

    Plus grande encore fut l’excitation dans les colonies. Gabriel Péri, qui dirigeait alors la rubrique de politique internationale de L’Humanité, affirmait : « Lorsque sont arrivés à Rabat, à Saigon, à Beyrouth, les résultats du scrutin du 3 mai, la foule indigène a crié “Vive la France du Front populaire !“, car la vraie France, pour elle comme pour nous, c’est celle-là » (L’Humanité, 23 mai 1936)39. Même si l’éditorialiste sollicitait quelque peu la réalité, il reste que de nombreux témoignages attestent du bon accueil, chez les colonisés, de la nouvelle équipe au pouvoir. Mais, contrairement sans doute à ce qu’auraient voulu bien des militants de gauche, les indigènes n’attendirent pas les bienfaits venus de Paris. Il y eut alors une exceptionnelle activité politique et sociale.

    En Algérie, opinion du secrétaire général de l’association des Oulémas : « Nul ne peut contester que l’avènement du gouvernement du Front populaire ait suscité chez nous un grand enthousiasme, qui s’est traduit par d’éclatantes manifestations de sympathie et d’innombrables motions de confiance à l’adresse de tous les hommes auxquels le peuple de France confia sa destinée à la suite de la brillante victoire du 3 mai 1936 » (Lamine Lamoudi, La Défense, Alger, 24 décembre 1937)40L’Humanité recensa, lors des manifestations fêtant la victoire du Front populaire, « 18.000 manifestants indigènes et européens » à Oran41. Cette participation eut lieu également à Alger, à Constantine, dans des villes moins importantes. Certains observateurs européens, étonnés ou effrayés, virent même des femmes voilées levant le poing42 ! Les forces politiques issues du monde colonisé fondèrent une sorte de pendant algérien du Rassemblement populaire, sous le nom de Congrès musulman43. Ce fut à l’occasion d’un meeting de ce mouvement que Messali fit une de ses (rares) interventions publiques sur le sol même de l’Algérie, avec un ton sensiblement différent de celui des autres orateurs : « J’ai entendu tout à l’heure les orateurs qui m’ont précédé dire avec combien d’égards et de bienveillance ils ont été reçus en France par le gouvernement de Front populaire ; je ne veux pas discuter ou amoindrir l’atmosphère dans laquelle cette réception s’est déroulée, mais je dis que le peuple algérien se doit d’être vigilant. Il ne suffit pas d’envoyer une délégation présenter un cahier de revendications, ni trop se leurrer sur les réceptions et attendre que les choses se réalisent toutes seules. Mes frères, il ne faut pas dormir sur vos deux oreilles maintenant et croire que toute l’action est terminée, car elle ne fait que commencer. Il faut bien vous organiser, vous unir au sein de vos organisations, pour être forts, pour être respectés et pour que votre voix puissante puisse se faire entendre de l’autre côté de la Méditerranée. Pour la liberté et la renaissance de l’Algérie, groupez-vous en masse autour de votre organisation nationale, l’Étoile Nord-africaine, qui saura vous défendre et vous conduire dans le chemin de l’émancipation » (Discours, Alger, 2 août 1936)44.

    En Tunisie, le Néo-Destour réunit son Conseil national dès le 10 juin 1936 et émit un préjugé favorable45. Pierre Viénot, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, reçut au Quai d’Orsay, le 18 août de la même année, Habib Bourguiba, leader du Néo-Destour, fait sans précédent. La liberté syndicale fut reconnue.

    Au Maroc, la CGT réunifiée connut une vague d’adhésions46, malgré l’interdiction du résident, le général Charles Noguès.

    À Madagascar, des militants du Parti communiste de la région de Madagascar (PCRM) organisèrent des rassemblements de masse, drapeaux rouges déployés et « l’administration coloniale adopta un profil bas »47.

    À La Réunion naquirent les premiers rassemblements politiques. Un Comité du Rassemblement populaire tint une première réunion à Saint-Denis (9 août 1936). Une section SFIO fut créée. Le courant communiste, sous forme d’un Cercle marxiste, s’y affirma, autour de Léon de Lapervenche et de Raymond Vergès. Des élus communistes firent leur entrée au Conseil général en 193748.

    Au Sénégal, dans les quatre communes où régnait déjà un semblant de démocratie, Lamine Gueye, fondateur du Parti socialiste sénégalais (PSS), soutenu par toute la gauche locale, n’échoua aux élections que grâce à un trucage éhonté. Le 14 juillet 1936 vit, à Dakar, un immense rassemblement, aux couleurs du drapeau français et de celui du PSS.

    S’il est un endroit où l’écho du Front populaire fut immense, c’est bien en Indochine. Pour deux raisons, convergentes : le mouvement national y était le plus développé et, en conséquence, la répression y était la plus forte. Une expression légale fut possible en Cochinchine (journal La Lutte, élus communistes et trotskistes au conseil municipal de Saigon), semi légale au Tonkin (journal Le Travail, où écrivit Vo Nguyen Giap). Tous se regroupèrent dans un Congrès indochinois, qui fit des adhésions par dizaines de milliers. Les prisonniers politiquesqui croupissaient alors dans les prisons et les bagnes coloniaux, saluèrent avec espoir l’avènement du nouveau gouvernement : « Nous sommes les détenus politiques qui vous écrivons de Poulo Condore où depuis six ans nous menons la vie la plus intolérable, le corps épuisé et mourant, mais gardant intact au cœur l’espoir qu’un jour le peuple de France nous délivrerait. Ce jour est venu. Au peuple de France, nous crions de toutes nos forces : “SOS, nous voulons la liberté“ » (Lettre au Front populaire, 25 mai 1936)49.

    En 1936, un journaliste visite le bagne de Poulo Condor. Témoignage : « Je rangeais mes bagages dans la Maison des Passagerslorsqu’on frappa doucement à ma porte. C’était un très vieux bagnard annamite vêtu de bleu. Sa longue barbiche blanche, ses lunettes dorées, sa maigre silhouette, ses ongles très longs lui donnaient l’allure classique d’un Lettré des Concours triennaux. J’appris plus tard qu’il était l’ancêtre du Bagne n° 3, où l’on enfermait les vieillards et les impotents. Il tomba à genoux subitement et se prosterna plusieurs fois, le front contre le parquet, les mains jointes au-dessus de la tête. J’interrompis ses courbettes. Alors, d’un geste vif, il me tendit une requête cachée sous sa camisole. Je lus, en en-tête: « Pétition de simples détenus au haut personnage du Front populaire en mission à Poulo-Condore ». Suivaient plusieurs pages de revendi­cations, d’une écriture bleue. Le vieux forçat me demandait l’amnistie pour aller se soigner dans sa famille, et toute une série de réformes en faveur de ses codétenus. Il terminait ainsi : « La victoire du Front populaire français a apporté beaucoup d’espoirs à nous, détenus maltraités. A haute voix nous crions : Vive le Front Populaire. Et nous vous saluons en vous souhaitant la bienvenue. À partir d’aujourd’hui, nous mettons toute notre confiance en vous ». Bien entendu je voulus rendre le papier au vieillard, lui expliquant qu’il y avait méprise sur ma personne. Peine inutile ! L’ancêtre sourit et se retira à reculons » (Jean-Claude Démariaux, Les secrets des îles Poulo Condore, 1956)50.

    Dès juillet 1936, 1 277 condamnés politiques furent libérés51. Il y eut en tout de l’ordre de 11 000 libérations, tous condamnés confondus. Les libérés de Poulo Condor – parmi lesquels des compagnons proches de Ho Chi Minh, Pham Van Dong52 et Ton Duc Thang53 – en gardèrent toute leur vie un souvenir ému54.

    Par contre, cette amnistie ne toucha pas tous les condamnés politiques. En Guyane, dans le bagne dit des Annamites55, il restait près de 170 condamnés politiques, appartenant au VNQDD (révolte de Yen Bay, 193056). Moutet avait été leur courageux défenseur, lors de leur déportation. Devenu ministre, il les oublia : il n’y eut que 12 bénéficiaires de l’amnistie et 150 dossiers restèrent sans suite sur son bureau57.

    Cette agitation politique s’accompagna d’une vague de mouvements sociaux.

    En Tunisie, où une tradition syndicale, malgré la répression, s’était établie dès l’immédiat après-guerre58, des grèves eurent lieu à la mine de Djerissa, aux chantiers Chauffour Dumez de Metline, aux mines de Metlaoui, où les gendarmes tirèrent sur la foule, faisant 17 morts et 34 blessés (mars 1937)59. Au Maroc, les grèves avec occupation commencèrent dès le 11 juin60. En Indochine, des grèves secouèrent le pays du printemps 1936 à l’hiver 1937. Une vague de grèves toucha également l’île de La Réunion. Une première éclata sur le Port de Saint-Denis le 31 août 1936 : les dockers réclamaient une augmentation de 10 frs par jour et l’application de la journée de huit heures. Le 14 décembre, trois décrets furent pris, étendant à l’île les dispositions des lois du 20 et 21 juin 1936 relatives aux congés payés, aux contrats collectifs et à la semaine de 40 heures. Un salaire agricole minimum fut fixé, mais semble-t-il peu respecté61. Au Sénégal, il y eut également des mouvements de grève62. Diverses lois en vigueur depuis longtemps en métropole furent promulguées : journée de huit heures, lois sur les accidents du travail, lois pour la protection de la femme et de l’enfant, délivrance du livret de travail. Surtout, la liberté syndicale fut reconnue, à la grande colère des colons63.

    Des espoirs déçus

    Les leaders nationalistes avaient-ils réellement cru que l’avènement d’un gouvernement de gauche en métropole suffirait pour bouleverser la situation coloniale ? Ou bien donnèrent-ils le change afin de ne pas être accusés de jusqu’au boutisme ? La réponse diffère, selon les individus. On peut imaginer que Messali Hadj, sans doute Bourguiba, les révolutionnaires vietnamiens, ne se payèrent pas de mots et continuèrent à compter sur leurs propres forces, tout en utilisant les possibilités légales d’expression.

    En tout cas, l’attentisme du Front populaire doucha très rapidement les premiers enthousiasmes, là où il y en eut.

    Non seulement les réformes attendues ne vinrent pas, mais la politique de répression reprit. En Algérie, Messali Hadj, en Tunisie, Habib Bourguiba, au Maroc, Allal El Fassi furent l’objet de décisions d’éloignement, les principales organisations patriotiques (Étoile nord-africaine, Néo-Destour, Comité d’action marocaine) furent dissoutes, des arrestations opérées, un millier par exemple au Maroc dès l’automne, dont 200 condamnés à des peines de prison pour « menées subversives »64, des saisies de journaux eurent lieu – la plus cocasse étant celle de Maroc socialiste par un gouvernement… socialiste65. En Indochine, le nationaliste Nguyen An Ninh, le trotskiste Ta Tu Thau et le communiste Nguyen Van Tao furent poursuivis et un temps emprisonnés. Les possibilités d’expression légale, notamment par le journal La Lutte, à Saigon, furent une à une éliminées.

    En fait, tout ce qui ne rentrait pas dans le moule des droits octroyés et qui ressemblait de près ou de loin à des revendications nationalistes fut pourchassé.

    Dans le texte, déjà cité, de Lamine Mamoudi, le responsable des Oulémas – nullement un extrémiste – poursuivait : « Examinons, en toute objectivité, notre situation depuis que le Gouvernement de Front populaire est au pouvoir. Y a-t-il eu un changement sensible dans notre situation ? A-t-on tenu tout ou partie des promesses qui nous ont été solennellement faites ? A-t-on fait droit à une quelconque de nos revendications primordiales, dont tout le monde pourtant a reconnu la modération et la légitimité ? Nous répondons, sans hésitation aucune : Non ! (…). Les musulmans n’admettent plus que l’on abuse de leur confiance ou de leur patience. Ils ont été pendant trop longtemps dupés et trompés et ils exigent aujourd’hui qu’on réponde à leur loyauté par la loyauté et à leur franchise par la franchise. Nos amis doivent tenir compte de cette réalité. Sinon, gare ! » (Lamine Lamoudi, La Défense, Alger, 24 décembre 1937)66.

    Des échos de cette déception parvinrent jusque dans les congrès de la SFIO : « Il faut dire la vérité, toute la vérité à ses amis ; disons la nôtre franchement, cordialement, au Front populaire et surtout à son gouvernement. Disons qu’à l’enthousiasme succède l’indifférence, à l’espérance une déception. Des orateurs, la mort dans l’âme, je le sais, ont proclamé que les Musulmans ne devraient désormais compter que sur eux-mêmes » (Mohamed Kessous, Intervention, Congrès national de la SFIO, Marseille, juillet 1937)67.

    En Tunisie, le Néo-Destour critiqua également la timidité gouvernementale : « À la période d’euphorie qui a suivi les mesures libérales prises par M. Guillon68 a succédé un état de malaise qui, depuis quelque temps, ne fait que s’accentuer et qui a différentes causes. La plus grande raison de ce malaise est, sans conteste, une situation économique d’une extrême gravité (…). Une autre cause, non moins importante, c’est la persistance des méthodes arbitraires et de provocation qu’on croyait à jamais abandonnées depuis le départ de Peyrouton69 (…). Certains conflits sociaux, aggravés par la mauvaise volonté du gros patronat industriel et minier, se trouvent également à l’origine de ce malaise. Il y a, enfin, le retard mis par le gouvernement à apporter les réformes politiques et administratives que le peuple tunisien attend depuis l’avènement du Front populaire, avec une impatience très compréhensible » (Dr Mahmoud El Materi, L’Action Tunisienne, 28 janvier 1937)70.

    Dans la même veine, le leader charismatique du Néo-Destour insista, lors d’une visite à Paris : « Nous sommes venus pour alerter tous ceux qui veulent, d’une façon absolue et profonde, lier le destin de la France au destin de ces peuples-là71 (…). Nous sommes obligés de constater malheureusement qu’avec ces atermoiements, ces hésitations du gouvernement de Front populaire, la propagande fasciste, aussi bien française qu’internationale, attend que cette impatience, cette exaspération des masses tunisiennes jette le peuple tunisien vers une solution de désespoir (…). Nous voudrions qu’avec le peuple tunisien la France gouverne, et non pas avec certains notables et marabouts qui ont fait faillite. Nous voudrions qu’elle essaye de gouverner pour une fois avec le peuple tunisien » (Habib Bourguiba, Discours, mars 1937)72.

    C’est le contraire qui se produisit. L’année 1938 marqua une escalade73. À Bizerte, le 8 janvier 1938, lors d’une manifestation conjointe, non autorisée, mais pacifique, de la CGTT reconstituée et du Néo-Destour, la police ouvrit le feu sur les manifestants. Il y eut six morts. L’Union locale du syndicat fut dissoute, ses dirigeants arrêtés74. Début avril, les dirigeants nationaux du Néo-Destour furent mis un à un sous les verrous. Le 9 avril, une manifestation, cette fois à Tunis, tourna à l’affrontement. Il y eut 11 morts, tous Tunisiens. Le résident décida alors de proclamer l’état de siège, de dissoudre le Néo-Destour, d’interdire sa presse75. Les lecteurs n’eurent donc pas accès au journal du 10 avril, qui commençait par cette simple constatation de Bourguiba : « Entre le peuple tunisien et le Protectorat, c’est de nouveau la rupture » (L’Action tunisienne, 10 avril 1938)76.

    Comment réagit la gauche française ? En dénonçant… les victimes, les « fascistes de la CGT Tunisienne »77sans doute manipulés par « une puissance étrangère voisine »78.

    Moutet, on l’a vu, quitta ensuite le ministère. Mais la rupture avec les forces vives des mouvements nationalistes était consommée depuis longtemps.

    Le Front populaire fut-il une Révolution anti-coloniale manquée, pour paraphraser le pamphlet célèbre de Daniel Guérin79 ? Non, car il aurait fallu, pour que cette Révolution fût possible, que les hommes de gauche, à Paris, la souhaitassent et que les nationalistes les plus radicaux, outre-mer, fussent mieux organisés.

    L’historiographie dominante sur le sujet oppose le plus souvent des « bonnes intentions », un « élan humanitaire et altruiste »80 d’une gauche trop naïve ou trop timorée face à la droite et aux lobbies coloniaux manipulateurs. Pourtant, la déception qui s’impose après une analyse des actions du Front populaire en matière coloniale ne vaut que si on avait prêté auparavant à ce mouvement des ambitions radicales. On a vu que ce ne fut jamais le cas pour les partis gouvernementaux et que le PCF, qui aurait pu jouer un rôle d’aiguillon, s’en garda bien.

    En fait, c’est la nature même du Front, proclamée par ses dirigeants, qui a marqué les limites de son action réformatrice. Nuls mieux que les révolutionnaires vietnamiens, groupés dans le journal La Lutte, ne l’avaient compris et écrit : « Blum propose simplement à son parti et aux masses laborieuses “d’extraire de la société bourgeoise ce qu’elle peut compter d’ordre, de bien-être, de sécurité et de justice“. Le régime capitaliste n’est pas encore menacé, pas plus que le principe de la colonisation » (Saigon, 3 juin 1936)81.

    Superbe convergence : en Tunisie, Habib Bourguiba, pourtant bien moins radical que les communistes et les trotskistes vietnamiens, parvint à la même analyse : « En Tunisie comme en France, le Front populaire a surtout effrayé les puissances d’argent, sans les mettre hors d’état de nuire. En Tunisie comme en France, il a voulu détruire les privilèges avec le consentement, je dirais même la permission, des privilégiés » (L’Action tunisienne, 18 octobre 1937)82.

    Toute l’action de Marius Moutet – et donc de Léon Blum – confirme cette analyse.

    En fait, Moutet obéissait aux mêmes vieux schémas que ses prédécesseurs rue Oudinot : la masse nous était fidèle, elle ne faisait pas de politique, n’attendait que des améliorations sociales initiés par nous, mais des agitateurs compromettaient la situation. Dans un télégramme au gouvernement général de l’Indochine, il fit directement référence à l’organisation, alors en cours, du Congrès Indochinois « Agitation persistante, sous prétexte organisation masses, les incitant à la lutte (…) compromettrait politique libérale que gouvernement décide de poursuivre (…). Vous maintiendrez l’ordre public par tous moyens légitimes et légaux même par poursuites contre ceux qui tenteraient de le troubler (…). Ordre français doit régner en Indochine comme ailleurs » (Télégramme, 15 septembre 1936)83. Ce télégramme fut connu peu de temps après, en France. Daniel Guérin en publia le contenu dans le mensuel oppositionnel La Révolution prolétarienne84avec les effets que l’on peut devinerMoutet n’en persista pas moins. Dans une lettre de réponse à Andrée Viollis, il dénonça « ceux qui entretiennent l’agitation (…) avec une extraordinaire duplicité » « Systématiquement toute une action occulte est poursuivie dans un but révolutionnaire que je comprends, mais que dans ma situation je ne puis défendre » (23 septembre 1937)85.

    Fidèle depuis longtemps à la ligne centriste au sein de la SFIO, celle de Léon Blum, Moutet fut l’un des pères de la théorie dite de la Colonisation altruiste. Il ne cacha d’ailleurs nullement qu’une cloison étanche séparait ses conceptions de l’anticolonialisme : « Certains pensent que la gauche est anti-coloniale ; peut-être que certains de ses membres, par suite d’un idéalisme dévié, n’ont vu dans l’expansion coloniale rien d’autre que brutalité, violence et pillage. Mais le plus grand nombre a bien compris les tâches immenses à accomplir en prenant au sérieux la mission civilisatrice qu’une nation peut accomplir sans renier ses traditions et ses principes » (Discours, 10 juin 1936)86… « Nous prendrons au sérieux notre rôle civilisateur et émancipateur. Ce sont-les besoins matériels, physiques et moraux de la masse des hommes habitant nos territoires coloniaux, qui seront notre constante préoccupation » (Discours, 13 juin 1936)87.

    Vint donc, en 1936, le moment d’appliquer cette politique.

    Il n’y eut donc pas de quiproquo mais bel et bien application d’une ligne réformiste assumée.

    En 1936, le choc avec les nationalismes indigènes fut rude, mais la métropole avait tous les atouts pour l’emporter. Dix années plus tard, Moutet, revenu rue Oudinot, était dans le même esprit. Mais il avait désormais Ho Chi Minh devant lui… et une guerre de sept années commença.


    Bibliographie

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    * Yves Person, « Le Front populaire au Sénégal, mai 1936-octobre 1938 », Le Mouvement Social, n° 107, avril-juin 1979. 

    * Mohamed Lofti Chaïbi, « La politique coloniale du Front populaire en Tunisie (1936-1938). Essai d’évaluation », in Les mouvements politiques et sociaux dans la Tunisie des années 1930, Actes du III è Séminaire sur l’Histoire du Mouvement national, 17 au 19 mai 1985, Tunis, Publications scientifiques tunisiennes, n° 3, Tunis, MEERS, CNUDST, 1987.

    * Charles-Robert Ageron, « La Commission d’enquête du Front populaire sur les colonies et la question tunisienne », même Séminaire.

    * Marc Lagana, « L’échec de la commission d’enquête coloniale du Front populaire », Historical Reflections, Vol XVI, n° 1, 1989. 

    * Didier Rouaux, « Le Front populaire à La Réunion. Comment le Front populaire a-t-il été vécu dans cette île lointaine ? », Conférence, Centre culturel Alpha, St Denis de La Réunion, 8 octobre 2002, Site Internet Les Amis de l’Université. 

    * Jean-Pierre Gratien, Marius Moutet. Un socialiste à l’Outre-mer, Paris, L’Harmattan, 2006. 

    * Alain Ruscio, « Les patriotes vietnamiens et le Front populaire français, convergences et divorce », in Xavier Vigna, Jean Vigreux & Serge Wolikow (dir.), Le pain, la paix, la liberté. Expériences et territoires du Front populaire, Paris, Éd. Sociales, Coll. Histoire / Essais, 2006. 

    * Claire Marynower, « 1936. Le Front populaire en Algérie et le Congrès musulman algérien », in Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour & Sylvie Thénault (dir.), Histoire de l’Algérie à la période coloniale, Paris, La Découverte, Alger, Barzakh, 2012.


    Notes

    1 « Il s’agit de savoir si de ce régime social il est possible d’extraire la quantité d’ordre, de bien-être, de sécurité, de justice qu’il peut comporter pour la masse des travailleurs et des producteurs » (XXXIIIème congrès du Parti socialiste, Paris, Salle Huyghens, 30 mai au 1er juin 1936).

    2 Rappel : le projet Blum-Viollette, propre à l’Algérie, est décrit dans une notice de l’Encyclopédie de la colonisaion française, sous la direction d’Alain Ruscio, Paris, Les Indes Savantes.

    3 L’Humanité, 23 septembre.

    4 Lequel joua un « rôle plutôt effacé » (Marc Lagana, art. cité) : signe d’un malaise, de la part de ce militant anticolonialiste, naguère emprisonné à Alger pour ses activités (1925-1927).

    5 Marc Lagana, art. cité.

    6 « Sur le problème colonial ».

    7 En tout cas pour cette période : il réoccupera le ministère, rebaptisé de la France d’outre-mer, en 1945-1947. Voir infra.

    8 Charles-Robert Ageron, art. cité.

    9 « Front populaire et politique coloniale », repris in Une pensée anti-coloniale. Positions, 1914-1979, Paris, Ed. Sindbad, Coll. Les Grands Documents, 1979.

    10 « La motion sur le problème colonial », Le Populaire, 3 juin.

    11 Voir cette entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit..

    12 « Le ministre de la clémence », Vendredi, 31 juillet 1936, cité par Anne Renoult, Indochine SOS. Andrée Viollis et la question coloniale, Thèse pour le diplôme d’archiviste paléographe, École nationale des Chartes, 2009.

    13 « Le gouvernement de Front populaire et les problèmes coloniaux », citée par Anne Mathieu, « Le vent se lève… Magdeleine Paz face au colonialisme », Aden, Revue du Groupe Interdisciplinaire d’Études Nizaniennes, n° 8, octobre 2009.

    14 « Les colonies sont encore sous le joug », article repris in Au service des colonisés, Paris, Éd. De Minuit, Coll. Documents, 1953.

    15 Voir cette entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit..

    16 Voir cette entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit.

    17 « Le Front populaire et les colonies ».

    18 « La dissolution de l’Étoile nord-Africaine ».

    19 Le moins connu des quatre, militant de l’aile gauche de la LDH, qui semble bien avoir été le principal, peut-être l’unique, rédacteur. Voir Anne Mathieu & Anne Renoult, « Textes et témoignages retrouvés », in Revue Aden, Groupe interdisciplinaire d’Etudes Nizaniennes, n° spécial, « Anticolonialistes des années 30 et leurs héritages », n° 8, octobre 2009.

    20 Brochure CVIA, Paris, 1936.

    21 Jean Maitron & Claude Pennetier, Notice « André Ferrat », in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, IVe partie, Vol. 27, Paris, Éd. ouvrières, 1986.

    22 Drapeau rouge, 3 février 1937 ; cité par Benjamin Stora, « La gauche socialiste, révolutionnaire et la question du Maghreb au moment du Front populaire », Revue Française d’Histoire d’Outre-Mer, Tome LXX, n° 258-259, 1er et 2e trimestres 1983.

    23 « Les colonies sont encore sous le joug », article repris in Au service des colonisés, Paris, Éd. De Minuit, Coll. Documents, 1953.

    24 Citée par Anne Renoult, op. cit..

    25 Id.

    26 « Plus de 200 arrestations au Maroc ».

    27 « Les nouvelles données du problème colonial dans l’Empire français », Essais & Combats, n° 2-3, repris in Écrits historiques et politiques, Paris, Gallimard, 1960.

    28 « Qui est coupable des menées anti-françaises ? », vers 1938, article publié à titre posthume, in Écrits, op. cit.

    29 Cité par Jacques Marseille, art. cité.

    30 Gaëtan Sanvoisin, « Et l’Afrique du Nord ? », Le Figaro, 26 juin 1936.

    31 « Menace en Algérie ».

    32 « Ceux qui mordent la main qui les nourrit ».

    33 Voir cette entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit..

    34 Voir cette entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit..

    35 « En Afrique du Nord, une mosaïque de risques ».

    36 « Le Front populaire et l’Afrique du Nord ».

    37 Ferhat Abbas, Guerre et révolution d’Algérie. La nuit coloniale, Paris, Julliard, 1962.

    38 « Un beau meeting pour la défense des peuples coloniaux », Le Populaire, 28 juin.

    39 « Le Front populaire et les colonies ».

    40 « Le Front populaire et nous ».

    41 15 juin 1936.

    42 Claire Marynower, art. cité.

    43 Voir cette entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit..

    44 Meeting du Congrès musulman algérien, cité par Mohamed Mestoul, « Messali Hadj à Alger en 1936. Souvenirs », in Réflexions. Messali Hadj. Parcours et Témoignages, 1898-1998, Alger, Casbah Éd., 1998.

    45 Mohamed Lofti Chaïbi, art. cité.

    46 Ahmed Benami, La formation sociale marocaine de la fin du XIX è siècle à la “marche verte“ 1975, Lausanne, Éd. Piantanida, 1983.

    47 Solofo Randrianja, Société et luttes anticoloniales à Madagascar (1896 à 1946). Paris, Éd. Karthala, 2001.

    48 Didier Rouaux, art. cité ; même auteur, « La Réunion durant le Front populaire », Tsingy, Revue du CRESOI (Centre de Recherches et d’Études sur les Sociétés de l’Océan Indien), Tamatave, n° 1.

    49 Cité par Daniel Hémery, op. cit..

    50 Les secrets des îles Poulo-Condore, le grand bagne indochinois, Paris, Ed. J. Peyronnet.

    51 L’Humanité, 17 juillet.

    52 Plus tard Premier ministre du gouvernement de la République démocratique du Viêt Nam) (RDV).

    53 Ancien mutin de la mer Noire, plus tard président de la RDV.

    54 Hoang Quoc Viet, « Peuple héroïque », in Récits de la Résistance vietnamienne, Paris, Maspero, Coll. Petite Collection Maspero, 1966.

    55 Voir cette entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit..

    56 Voir cette entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit..

    57 Christèle Dedebant & Céline Frémaux, Le Bagne des Annamites, Cayenne, Éd. Région Guyane, Coll. L’Inventaire, 2012.

    58 Voir l’entrée dans Encyclopédie de la colonisation française, op. cit..

    59 Robert Louzon, « La tragédie du Sud tunisien », La Révolution Prolétarienne, 25 mars 1937.

    60 Albert Ayache, « Les grèves de juin 1936 au Maroc », Annales, ESC, Vol. XII, n° 3, 1957.

    61 Didier Rouaux, art. cités.

    62 Yves Person, art. cité.

    63 Id.

    64 Jean Péra (Louis Bercher), « Plus de 200 arrestations au Maroc », La Révolution Prolétarienne, 25 novembre 1936 ; même titre, même revue, 10 décembre 1936.

    65 « Autour de la saisie de “Maroc socialiste“ », Les Cahiers Rouges, n° 5, novembre 1937 ; cité in Front populaire et colonialisme, Dossier, Centre d’Études et de Recherches sur les Mouvements Trotskyste et Révolutionnaires Internationaux (CERMTRI), Cahier n° 93, juin 1999.

    66 « Le Front populaire et nous ».

    67 Cité par Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, Vol. I, Paris, Ed. Paris-Méditerranée, Alger, Ed. EDIF, 2003.

    68 Résident de France à Tunis (avril 1936-octobre 1938).

    69 Résident de France à Tunis (juillet 1933-mars 1936).

    70 « Provocation des prépondérants », in Itinéraire d’un militant (1926-1942), Tunis, Cérès Prod., 1992.

    71 Les peuples colonisés.

    72 L’Action tunisienne, 10 mars, reproduit par L’Humanité, 19 mars.

    73 Habib Bourguiba, « Le problème tunisien et le statu quo méditerranéen », Mémoire, 8 septembre 1938, cité par La Révolution Prolétarienne, 10 janvier 1939.

    74 Le Figaro, 3 février 1938.

    75 Le Figaro, 10 avril 1938.

    76 « La rupture » (n° saisi), in Ma vie, mon œuvre (1934-1938), Vol. II, Paris, Libr. Plon, 1986.

    77 Le Populaire, 9 janvier.

    78 Élie Cohen-Hadria, Le Populaire, 10 janvier.

    79 Front populaire, révolution manquée. Témoignage, Paris, Julliard, 1963.

    80 Par exemple Mohamed Lofti Chaïbi, art. cité.

    81 Cité par Daniel Hémery, op. cit.

    82 « La CGT et nous », in Ma vie, mon œuvre (1938-1943), Vol. III, Paris, Libr. Plon, 1986.

    83 Cité par Daniel Hémery, op. cit.

    84 « La répression en Indochine. Au secours de Ta Tu Thau ! », 25 février 1938.

    85 Cité par Anne Renoult, op. cit.

    86 Rencontre avec la Fédération nationale des Associations et Syndicats de fonctionnaires et agents coloniaux, Bulletin, XVI, juillet, cité par Joseph-Roger de Benoist, Église et Pouvoir colonial au Soudan français. Les relations entre les administrateurs et les missionnaires catholiques dans la boucle du Niger de 1885 à 1945, Paris, Éd. Karthala, 1987.

    87 Cérémonie à la mémoire des fonctionnaires coloniaux morts à la guerre, Le Populaire, 14 juin.

    A lire dans notre dossier

    • Le Front Populaire survint dans un pays à la tête du second Empire colonial du monde, à une époque où les doutes en ce domaine étaient strictement minoritaires : Le Front populaire et les colonies, par Alain Ruscio

    • Dans cet extrait de son Front Populaire, révolution manquée (1963), Daniel Guérin relate son expérience de la Commission coloniale de la SFIO : « On ne tient pas parole aux colonisés » : le témoignage de Daniel Guérin

    • Dès la première moitié du XIXème siècle, les socialistes se sont divisés sur la légitimité de l’expansion coloniale : Ligue des droits de l’Homme, socialistes et communistes et la question coloniale lors du premier Front populaire

  • Maryam Qarehgozlou- « Non-engagés »: comment les électeurs américains protestent contre la complicité des États-Unis dans le génocide de Gaza

    Maryam Qarehgozlou- « Non-engagés »: comment les électeurs américains protestent contre la complicité des États-Unis dans le génocide de Gaza

    Alors que Biden insiste pour rester dans la course, il doit convaincre plus de 700 000 Américains qui ont opté pour le mouvement de non-engagés lors des primaires démocrates, en signe de protestation contre la politique du président sortant à Gaza et la complicité directe de son administration dans le génocide des Palestiniens à Gaza. Si l’on compte les inscriptions écrites et les bulletins blancs dans les États qui n’avaient pas d’options « non-engagés », « sans instruction » ou « sans préférence », il est certainement raisonnable de supposer que le nombre d’électeurs démocrates aux primaires qui ont exprimé leur colère contre le soutien de Biden au régime israélien est beaucoup plus haut, disent les observateurs.

    La campagne des « non-engagés » contre le soutien de Biden à la guerre génocidaire israélienne à Gaza, qui est entrée dans son dixième mois et a fait plus de 38 000 morts, a recueilli suffisamment de voix pour être présente à la Convention nationale démocrate (DNC) en août, avec au moins 29 délégués. Selon les propres règles de la DNC, tout candidat qui obtient au moins 15 % de voix dans une seule circonscription du Congrès est éligible comme délégué.

    Le mouvement populaire anti-guerre aux États-Unis, qui a débuté dans l’État du Michigan, s’est maintenant étendu à tout le pays contre la guerre génocidaire à Gaza et la complicité du gouvernement américain dans cette guerre. Les militants pro-palestiniens ont organisé de nombreux rassemblements, se sont présentés aux événements publics du président et ont exercé des pressions sur leurs représentants élus pour qu’ils exigent un cessez-le-feu à Gaza. Cependant, leurs appels sont restés largement ignorés par l’administration Biden.

    Par conséquent, ils ont commencé à demander aux électeurs démocrates de voter pour les « non engagés », essentiellement personne, en guise de protestation contre la guerre israélo-américaine à Gaza et pour envoyer un message à Biden. Plus tôt, le mois dernier, le mouvement « Abandon Biden », qui est à l’origine d’une grande partie des efforts de vote de protestation, a déclaré dans un communiqué de presse qu’il veillerait à ce que Biden soit vaincu aux élections générales.

    « Notre mission est claire : Joe Biden doit être vaincu », a déclaré le groupe. « Nous ne resterons pas les bras croisés. Nous sommes mobilisés, nous sommes furieux et nous sommes déterminés à garantir la défaite de Joe Biden aux élections générales. L’heure de la responsabilisation est arrivée. » Ils ont déclaré que « la machine de mort d’Israël est alimentée par la politique de Biden » et que « les discours de Biden ne sont rien d’autre qu’un théâtre diplomatique, une démonstration grotesque de rejet des responsabilités alors que le massacre fait rage ». Même certains législateurs ont dit aux gens de ne pas voter pour Biden en raison de sa gestion de la guerre à Gaza.

    La représentante Rashida Tlaib a déclaré plus tôt cette année qu’elle était « fière » d’avoir voté pour le mouvement de « non-engagés » aux primaires du Michigan, en guise de protestation contre Biden dans un contexte de frustration face à la guerre sans fin contre Gaza.

    « J’étais fier aujourd’hui d’entrer, de voter pour les démocrates et de voter pour les non-engagés. Nous devons protéger notre démocratie. Nous devons nous assurer que notre gouvernement s’occupe de nous, du peuple », a déclaré Tlaib dans une vidéo partagée par la campagne Listen to Michigan, appelant au vote de protestation. « Lorsque 74 % des démocrates du Michigan soutiennent un cessez-le-feu, mais que le président Biden ne nous entend pas, c’est ainsi que nous pouvons utiliser notre démocratie pour dire « écoutez ». Écoutez le Michigan. »

    Cette action a ébranlé la campagne présidentielle de Biden, troublé les démocrates et incité certains d’entre eux à lancer des appels passionnés pour qu’ils prennent cette question avec le sérieux qu’elle mérite. « Bien sûr, ils devraient s’inquiéter », a déclaré le mois dernier un ancien assistant de campagne de Biden, cité par les médias. « S’ils n’ont pas l’intention de voter pour [Biden], ils ont déjà été déçus. Donald Trump est un perturbateur et un agent de changement, il pourrait donc être une alternative intéressante pour certaines de ces personnes », a ajouté l’ancien assistant de campagne.

    Le Michigan, situé dans la région des Grands Lacs de la région du Haut-Midwest des États-Unis, est l’État qui a contribué à la victoire de Biden en 2020. Il y a environ 200 000 électeurs musulmans américains dans le Michigan, qui sont en colère contre la réponse de Biden à la guerre génocidaire israélienne contre Gaza, et cela pourrait signifier que beaucoup de ces électeurs pourraient simplement ne pas participer aux élections de cette année ou choisir un candidat tiers à la place. Plus de 100 000 électeurs ont été sélectionnés comme « non-engagés » lors des primaires du Michigan, soit environ 13 % de l’électorat de l’État et 10 fois plus que ce que les organisateurs de la campagne avaient publiquement projeté. L’Arab American Institute, un groupe de défense, affirme que depuis le début de la guerre israélienne contre Gaza le 7 octobre de l’année dernière, le soutien des Arabes américains au Parti démocrate a chuté de 59 % en 2020 à seulement 17 %.

    Après le Michigan, le mouvement de non-engagés a pris de l’ampleur et s’est étendu à un rythme rapide dans d’autres États américains tels que le Minnesota, le Massachusetts, Hawaï, le Missouri, Washington et le Wisconsin. « La campagne du Michigan a été une source d’inspiration pour nous ici à Washington, c’est comme s’il y avait peut-être un moyen pour nous qui sommes mécontents de ce que fait le président d’exprimer notre mécontentement à l’égard de sa politique », a déclaré Rami Al-Kabra, un organisateur de la campagne de Washington et membre du conseil municipal de Bothell, Washington.

    Dans le Minnesota, 45 000 voix libres, soit environ 20 % des voix, ont valu au mouvement, 11 délégués, le plus élevé de tous les États. Outre les communautés arabes et musulmanes, les votes de protestation ont eu la plus forte concentration dans les zones où vivent les jeunes, qui semblent être parmi les critiques les plus virulents de Biden sur des questions, allant de la guerre menée par Israël contre Gaza au changement climatique et à l’inflation. De plus, de nombreux électeurs noirs et hispaniques, qui ont joué un rôle crucial dans la victoire de Biden en 2020, font également partie des électeurs non-engagés. D’une manière générale, la majorité des Américains désapprouvent désormais la guerre menée par Israël contre Gaza. Selon une enquête Gallup menée en mars, l’approbation parmi les Américains de l’offensive israélienne à Gaza a chuté de 50 % à 36 % depuis novembre 2023.

    La plupart des électeurs protestataires soulignent que leur vote n’est pas une campagne anti-Biden et pro-Trump – il s’agit d’un vote humanitaire, visant à sauver autant de vies que possible en mettant fin à cette guerre dévastatrice. Les militants pro-palestiniens affirment qu’ils plaideront en faveur d’un programme anti-guerre à la DNC en août et qu’ils suspendront leur vote en novembre à moins que le candidat démocrate ne soutienne un cessez-le-feu permanent à Gaza et ne tienne tête à l’influent lobby pro-israélien.

    June Rose, démocrate juive et déléguée de la campagne de non-engagés du Rhode Island auprès de la DNC, a expliqué dans un article sur X que le Parti Démocrate « ne peut pas épouser les valeurs de liberté, de justice et d’égalité dans son pays tout en étant un parti de mort et de destruction à l’étranger ». « Mon objectif à la DNC est de contribuer à faire en sorte que la Palestine ne soit pas oubliée un seul instant. Que les images de 15 000 enfants assassinés au nom de ma sécurité restent gravées dans l’esprit des dirigeants démocrates », a-t-elle écrit. Rose a ajouté qu’avec d’autres délégués non-engagés, ils exigeront la fin du soutien américain au génocide et à la colonisation – y compris l’arrêt immédiat de l’aide et la fin des transferts d’armes au régime israélien utilisé contre les Palestiniens à Gaza. « Je canaliserai ma rage et mon chagrin dans un cri pour une Palestine libre, avec l’espoir incessant qu’ils m’écouteront – en tant que juif et en tant que démocrate – en chœur avec tant de personnes comme moi qui crient : pas dans notre nom. Arrêtez le génocide. Cessez-le-feu maintenant. Mettez fin à l’occupation. »

    Saad Farooq, un électeur du mouvement de non-engagés du Massachusetts, a déclaré qu’il était peu probable que le Comité National Démocrate sélectionne un candidat prenant position contre la guerre en cours en Israël, et qu’il soutiendrait la candidate du Parti Vert Jill Stein si elle devait figurer sur le bulletin de vote dans le Massachusetts. « Mon critère N°1 pour tout candidat, est de s’opposer au génocide à Gaza », a déclaré Farooq (cité par Intercept).

    Shaneez Hameed, un autre électeur non-engagé en Californie, a également déclaré que la guerre à Gaza constituait une ligne rouge pour lui en tant qu’électeur. « Tout nouveau candidat devra faire quelque chose pour mettre fin au génocide en Palestine et être également ouvert à des changements auprès de la Cour suprême et à l’obstruction systématique », a écrit Hameed. « Sinon, rien ne change et cela ne sert à rien de voter. »

  • Entre la plume et l’enclume – Turquie: laquais de l’OTAN ou véritable acteur de la multipolarité

    Entre la plume et l’enclume – Turquie: laquais de l’OTAN ou véritable acteur de la multipolarité

    Membre de l’Otan depuis 1952, candidate à l’entrée dans les BRICS aujourd’hui, sanctionnée par son « allié » américain en vertu des sanctions « Caatsa » pour l’achat de S-400 Russes et pour sa non-participation aux sanctions contre la Russie et l’Iran, ouvertement présentée comme un ennemi lors d’un exercice de l’Otan en 2017, la question se pose, légitimement, de savoir pourquoi la Turquie reste dans l’Otan ?

    Avant de répondre à cette question, se pose celle de « pourquoi et comment elle y entre en 1952 ? » A l’époque, le pays est encore ruiné et à genoux suite à la perte de son dernier grand empire, c’est d’ailleurs pour cette raison que, avant de mourir en Novembre 1938, Mustafa Kemal enjoint à ses successeurs d’opter pour la neutralité face au conflit mondial, que tout le monde sait déjà inévitable. Après la 2° guerre mondiale, la Turquie est confrontée à la voracité de son puissant voisin, Staline, qui a des velléités de contrôle territorial sur les provinces du Nord-Est, Kars et Ardahan, mais surtout, sur ce qui donne son importance stratégique à ce pays encore aujourd’hui, les détroits du Bosphore et des Dardanelles, verrou de la Mer Noire.

    Sachant le pays totalement à sa merci, loin de lui sortir le tapis rouge, les Américains exigent de la Turquie, comme préalable à l’entrée dans l’Otan, l’envoi de soldats Turcs afin de servir de chair à canon en Corée. Ainsi, c’est au prix du sang de plus de 700 de ses fils, que la Turquie rejoint le bloc atlantiste en 1952, la même année que son voisin Grec (à qui les Américains n’ont pas imposé un tel préalable), leur cynisme étant de pouvoir se servir, à leur guise, de leur relation historique complexe en faisant pression sur l’un ou sur l’autre.

    La décision turque est un peu comme « le choix entre la peste et le choléra »: très simplement, un ennemi à 10 000 kilomètres est préféré à un autre qui se trouve à ses portes et dont le rêve a toujours été d’accéder aux mers chaudes. L’arrivée de Khrouchtchev amorce une ère d’apaisement avec la Turquie, à laquelle les Américains répondent par un coup d’état contre Adnan Menderes, celui dont Erdogan se réclame comme l’héritier politique. Puni pour avoir répondu aux appels du pied de Khrouchtchev, il sera chassé du pouvoir par ce coup d’état, le 27 Mai 1960 et pendu l’année suivante.

    Depuis cette date, la relation de la Turquie avec l’Otan est pleine de sang et de larmes puisque le pays subit pas moins de 5 coups d’état dont le dernier, avorté, en Juillet 2016. Henry Kissinger disait d’ailleurs sans détour « Être un ami des Etats-Unis est dangereux, mais en être un allié est fatal ». Il disait d’ailleurs, spécifiquement de la Turquie, comme pour justifier tous leurs coups d’état, la comparant à une fleur : « si elle se fane, arrosez-la et si elle grandit trop, taillez-la » De son côté, Churchill dira « la Turquie est bien trop importante pour être laissée aux Turcs ». C’est bien de cela qu’il s’agissait, de la garder sous leur coupe, sans la laisser mourir complètement, tout en l’empêchant de s’émanciper.

    Dans les années 90, alors qu’il est encore Maire d’Istanbul et disciple de Necmettin Erbakan, fondateur du parti « Refah » (Prospérité), Erdogan est repéré par les réseaux Soros. Intelligent, ambitieux et affichant une inclination pour les signes extérieurs de richesse, il coche toutes les cases du mondialisme donc il est propulsé au pouvoir.

    Ce que les réseaux Soros attendent de lui, comme trahir Erbakan en fondant un parti concurrent, l’AKP, il le fait. Accompagné d’autres cadres du parti Refah, comme Egemen Bagis, il siphonne effectivement l’électorat du parti Refah et est porté au pouvoir en 2002. Néanmoins, les Etats-Unis restent méfiants quant à son allégeance et, comme pour le lui montrer, ils procèdent au plus grand exercice militaire de leur histoire, le « Millenium Challenge », du 24 Juillet au 15 Août 2002. L’objectif de l’exercice qui, déjà, ne laissait aucune place au doute était une simulation de l’invasion d’un pays qui est entouré par 3 mers, contrôle des détroits, est en conflit avec un voisin ayant des îles. En 2017, un an après le coup d’état avorté, les Etats-Unis finiront par admettre que la cible de l’exercice militaire était bien la Turquie. La « lune de miel » turque avec l’Occident était tout simplement finie. Toutes ces Unes de grands médias présentant Erdogan comme un « exemple pour le monde musulman », ou encore un « conservateur musulman » faisaient partie du passé. Son opposition au « Proche Orient remodelé », présenté pour la 1° fois par Condoleezza Rice et qui prévoyait un lifting d’une partie de son territoire, faisait de lui un « dictateur ». Naturellement, les limogeages par Erdogan des cadres qui l’avaient aidé à siphonner l’électorat du parti Refah et qui, probablement, étaient sincères dans leur soumission aux Etats-Unis, comme Abdullah Gül, ou encore Ahmet Davutoglu, éloigné du parti après avoir donné l’ordre d’abattre un avion Russe le 03 Octobre 2015, amenaient les Américains à modifier leur stratégie en se repositionnant progressivement en Grèce, faisant de ce pays une base militaire à ciel ouvert.

    De son côté, à l’époque, Erdogan faisait des sorties fracassantes comme, par exemple, « si on va plus dans leurs sens (les Américains), on n’aura plus de pays à diriger » ou encore « quand vous avez des amis comme la France et les Etats-Unis, vous n’avez pas besoin d’ennemis ». Ce qui retarde la rupture totale des relations Américano-Turques, c’est que, de leur côté, dans le grand jeu géopolitique, les Américains préfèrent éviter que la Turquie ne rejoigne « l’autre camp », celui de la multipolarité, ce qui l’affaiblirait dans sa lutte hégémonique contre la Chine et la Russie.

    Quant à la Turquie, au moins jusqu’à l’entrée dans l’inventaire de son avion de chasse maison, de 5°génération, le « Kaan », elle est dépendante de l’aviation US (F-16), son économie étant trop friable face aux attaques économiques et son 1° partenaire économique se trouvant être l’Allemagne, qui est sous tutelle américano-sioniste depuis 1945. Par ailleurs, la Turquie sait que si elle quittait l’Otan aujourd’hui, elle se confronterait à :

    • des Américains qui accroissent la manipulation de « la cause Kurde » en vue de remodeler les frontières du Proche-Orient. Question plus prégnante en Turquie que chez ses voisins dans la mesure où environ ¼ de sa population est kurde.
    • l’entrée, dès le lendemain, de Chypre dans l’Otan en l’y décrétant « puissance occupante »., ce qui aurait pour conséquence de l’enclaver en Méditerranée.
    • des attaques économiques plus cinglantes encore que celles de Trump qui parlait très ouvertement de « détruire l’économie turque ».

    Le pays ne peut tout simplement pas se le permettre, compte tenu du rapport de force d’aujourd’hui. De plus, dans le contexte actuel, la Turquie, comme la Hongrie, ont plus intérêt à rester dans l’Otan, notamment eu égard à leur droit de véto, en résumé, à être plus proches de leurs ennemis que de leurs amis.

    Indépendamment des velléités d’expansion territoriale de Staline, la relation entre Turcs et Russes n’a jamais été un long fleuve tranquille puisque l’on ne compte pas moins de 13 guerres entre les 2 peuples depuis le XVI° siècle. Néanmoins, sans qu’il n’y ait lieu de parler « d’amitié », notion inexistante en géopolitique, force est de constater un rapprochement inexorable initié par Erdogan et Poutine.

    Centrale nucléaire Russe d’Akkuyu, parapluie antimissiles S-400, pipeline Turkstream ainsi que des projets militaires, pour le moment tenus secrets, il s’agit de rapprochements stratégiques qui contrastent avec la vision américaine pour la Turquie, rappelée plus haut : « si elle se fane, arrosez-la, si elle grandit trop, taillez-la ». Par exemple, la Russie ne fait pas que vendre des technologies mais procède systématiquement à des transferts de savoir-faire, ce à quoi les Américains ne se prêtent jamais. D’une certaine manière, les Russes donnent des poules là où les Américains ne font que donner des œufs.

    Evidemment, Poutine n’est pas devenu philanthrope et ce rapprochement n’est pas seulement influencé par le fait de se savoir sur la même ligne de mire. En effet, Poutine fait face à un constat démographique très simple: son pays, comme son entourage sont pleins de peuplades musulmanes et, plus précisément turciques. Ses ministres, Dmitri Peskov et Maria Zaharova sont turcologues et Sergueï Shoïgu est lui-même d’ascendance turcique. Sa fille, Ksenia Shoïgu, s’affiche régulièrement sur les réseaux sociaux avec le signe de ralliement des « Loups Gris », groupe turc ultranationaliste.

    Poutine, qui est un pragmatique, a compris depuis longtemps que son alliance avec la Chine ne dure que parce qu’il existe un ennemi commun et que, forcément, dès lors que la menace atlantiste deviendra moindre, son « ami » chinois aura forcément des velléités vis-à-vis de l’immense territoire russe. De son côté, Erdogan a toujours su que la Turquie, tout comme elle n’a jamais appartenu au monde occidental, ne sera jamais acceptée comme un partenaire « d’égal à égal », d’où sa stratégie panturciste visant à (re)créer l’unité du monde turcique, et donc d’aller vers l’Asie plutôt que vers l’Europe.

    Cette stratégie panturciste, bien qu’elle ne corresponde pas exactement à la vision eurasiatique de Douguine, n’entre pas non plus en conflit avec elle. Ainsi, quand Erdogan illustre sa stratégie, en présentant, avec son allié dans la coalition au pouvoir, Devlet Bahçeli, leader du parti nationaliste MHP, une carte du monde turcique (ré)unifié, tous les deux reçoivent un écho bienveillant de Dmitri Peskov, indiquant que la Russie, plus précisément l’Altaï, est « le cœur du monde turcique. » Très simplement, la Russie ne le voit pas d’un mauvais œil dans la mesure où 3 des 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (France, Angleterre et Etats-Unis), lui sont ouvertement hostiles et que « l’amitié » de la Chine tient à cet équilibre avec ces 3 premiers pays ; et toutes ces puissances ont l’arme nucléaire, ce qui n’est le cas d’aucun pays turcique.

    Ainsi, stratégiquement, c’est un calcul très fin de la Russie que de se rapprocher de la Turquie et d’encourager le monde turcique dans une stratégie d’équilibre à long terme dans la mesure où, contrairement à sa relation avec les autres membres du Conseil de sécurité, la Russie est dans une relation asymétrique, eu égard à l’arme nucléaire que le monde turcique ne possède pas. Il y a donc tout lieu de croire que ces 2 pays, dans ce qui semble être un cas d’école de « Realpolitik », vont poursuivre leur rapprochement.

    Dans un monde qui sent le soufre, alors que tout montre que les élites occidentales veulent l’emmener dans un nouveau conflit majeur, la Turquie s’éloigne inexorablement du bloc atlantiste et se rapproche de ce qui est d’ailleurs son environnement naturel, l’Asie, elle fait des appels du pied aux « Shangaï Five » ainsi qu’aux « Brics ». Compte tenu des leviers d’influence que garde sur elle son « allié » Américain, sans parler de l’appareil d’état, gangréné par la soumission à une puissance étrangère depuis 1952, via les réseaux Gladio, il est plus probable que la Turquie entreprenne ses démarches pour montrer aux Américains qu’elle n’est pas sans alternative et pour obtenir d’eux qu’ils lèvent le pied dans leur projet « d’autonomie kurde » en Irak et en Syrie. S’il est vrai qu’Erdogan fait le ménage depuis 2002, on ne met pas fin à ½ siècle de soumission intégrale du jour au lendemain.

    Le référendum « d’indépendance kurde » dans le Rojava (Nord Est de la Syrie), qui devait se dérouler le 11 Juin a été reporté au mois d’Août et le sera probablement encore suite aux pressions turques. D’ailleurs, la reprise du dialogue entre la Turquie et la Syrie, sous l’égide de la Russie, est à lire sous ce prisme : faire en sorte que l’instrumentalisation d’une « autonomie Kurde », sur le modèle du Kosovo, état fantoche qui ne sert qu’à maintenir les Balkans sous tension, ne soit plus seulement reportée, mais renvoyée dans les poubelles de l’histoire. La séparation avec l’Occident, de même que ce nouveau conflit que nous concoctent ses élites, semble n’être plus que des questions de temps. Ce que fait la Turquie avec ses alliés sur le papier, c’est « composer », tout en faisant avancer ses pions vers son environnement naturel qui se trouve à l’Est.

  • Pr. Omar Aktouf -Webinaire n°4 : définitions du néolibéralisme : incursion dans ses différentes composantes (partie 2) vidéo et transcription

    Pr. Omar Aktouf -Webinaire n°4 : définitions du néolibéralisme : incursion dans ses différentes composantes (partie 2) vidéo et transcription

    Prire suivre


      

    – Thomas Piketty : livres : “Le Capital au 21ème siècle”, “Capital et Idéologie”.

    – Milton Friedman et Arthur Laffer : sont les maîtres penseurs de la pensée néolibérale.

    – Thorsten Veblen et Joseph Schumpeter : ont parlé des hommes d’affaires qui ne sont pas compétents techniquement dans ce que fait leur entreprise. En effet, c’est le compétent dans la technique de ce que fait son entreprise qui en est le patron et qui dirige et qui décide. C’est ce que Schumpeter a appelé l’entrepreneur véritable, Veblen aussi d’ailleurs. C’est par exemple un spécialiste en cordonnerie qui devient patron d’une entreprise de cordonnerie. Non, les MBA qui ne savent rien d’autre qu’analyser et calculer et faire des évaluations de coefficients à travers des calculs et des équations auxquels la plupart du temps ils ne comprennent rien. Ils ne savent même pas les origines parce qu’ils ne sont pas sérieusement de formation mathématiques et à partir de là, ils confondent calculer, analyser, évaluer des coefficients, etc., avec réfléchir ou penser, projeter et prospective. Et donc, analyser et calculer ce n’est ni réfléchir ni penser. Alors, des gens qui ne savent que calculer et analyser et qui ne savent pas réfléchir ni penser, comment peuvent-ils diriger des entreprises et des méga entreprises comme on en a aujourd’hui ? Avec quelle sagesse et avec quelle prudence, comme disait Aristote, avec quel sens du bien et du bien commun ? Il n’y a pas un cours de bien commun ou du sens du bien commun dans aucune école de gestion du monde, encore moins sur la pauvreté. Le fait de remplacer réfléchir, sagesse et pensée, prudence, sens du bien commun par des calculs, analyse et évaluation de maximisation sans raison, juste maximiser le profit, qui est une attitude financière. Alors que pour Schumpeter et Veblen, le vrai entrepreneur lui se soucie beaucoup plus du produit d’abord, la qualité du produit, ce qu’on appelle la valeur d’usage qui nous vient d’Aristote, plutôt que la valeur d’échange, c’est-à-dire combien ça me coûte et combien ça me rapporte et je veux que ça me rapporte plus que ça me coûte, quel que soit le produit, que ce soit de la camelote, que ce soit du n’importe quoi, je m’en fous, tant que je peux vendre, je vends.

    – “We are here to sell” : le plus grand et le plus habile, l’extraordinaire, le plus champion des managers dans cette optique-là, qui est l’optique dominante néolibérale, c’est celui qui va par exemple vendre des frigos pour des Esquimaux ou vendre du sable à des Sahariens.

    – La monnaie : est née au 7ème siècle avant Jésus-Christ en Crète et Aristote voyait la monnaie se répandre et nous dit attention, l’économie c’est une chose et le fait de prétendre faire de l’économie appuyé sur la monnaie essentiellement c’est autre chose qui n’ont rien à voir et qui peuvent s’opposer et qui peuvent se détruire mutuellement. Explication : l’économie vient de deux termes grecs qui sont OIKOS et NOMIA, oikos en grec c’est la maison, la famille élargie et la communauté, et nomia c’est la norme, la règle pour faire le bien et entretenir le bien commun et le bien-être de la communauté, c’est de là que vient le mot économie. L’économie est un terme qui a sa valeur sémantique, sa valeur linguistique, sa valeur philosophique et sa valeur pratique (le praxis), vous vous dites économiste, vous voulez faire de l’économie, votre travail et votre tâche c’est de vous soucier de savoir chaque heure et chaque jour est-ce que la communauté est en bien-être et heureuse. Sinon, vous n’avez rien à voir avec l’économie. Par contre, ce avec quoi vous avez à faire, c’est la chrématistique, un mot qu’Aristote a forgé à partir de KHRÊMA qui veut dire argent en grec et Atos qui veut dire poursuivre, accumuler et chercher. Alors, toute attitude qui consiste à chercher à accumuler de l’argent (PNB, PIB, chiffre d’affaires, bénéfices, etc.) est une attitude fondamentalement, totalement et exclusivement chrématistique et non pas une attitude économique. Alors, est-ce que vous vous rendez compte des conséquences de cette contradiction fondamentale entre le fait de croire faire de l’économie alors qu’on fait de la chrématistique ? Essayez s’il vous plaît d’y penser, c’est vertigineux depuis le 5ème siècle avant Jésus-Christ. Imaginez ce que ça donne de vivre avec cette confusion ou cette contradiction et de l’entretenir dans les systèmes d’enseignement et dans les systèmes même de façons de parler de ce monde. Parce qu’à chaque fois que vous utilisez le mot économie, vous ne savez pas de quoi vous parlez parce que vous ne parlez pas d’économie, vous parlez de quelque chose qui en est le contraire.

    – La pédagogie : quand vous utilisez les PowerPoint, etc., un des grands problèmes c’est que quoi que vous disiez à l’instant et quoi qu’on vous réponde, quelle que soit l’objection et le commentaire qu’on vous fait, vous êtes obligé d’être prisonnier de la phrase ou du commentaire suivant que vous avez écrit dans votre slide. Donc, pédagogiquement, ça vous emprisonne dans un schéma de réflexion et d’exposition qui ne tient aucun compte de l’évolution de ce qui se passe dans les interactions en classe qui sont extrêmement importantes. Socrate, par exemple, on sait très bien qu’il n’a jamais rien écrit, il n’a fait que parler, discuter. Ceux qui ont écrit, c’est Xénophon et Platon. Socrate n’a laissé que de la parole, que des mots, pas de schéma et pas de calculs. Et on voit très bien que s’il n’y avait pas eu Socrate, il n’y aurait pas eu Platon et Aristote et il n’y aurait pas eu tout ce que nous savons dans cette ramification-là qui va à travers Aristote et qui va jusqu’à Hegel et le matérialisme avec Feuerbach et Marx. Donc, enseigner juste avec les PowerPoint, c’est obliger le professeur et les étudiants à subir ce qui a été prévu précédemment dans ces PowerPoint et rétroprojections, et c’est bien s’emprisonner dans une façon de penser qui empêche l’acte pédagogique se faisant dans l’interaction exposant – participation et dans le dialogue qui doit s’établir dans tout acte pédagogique. Et bien là, ce dialogue est très considérablement atténué dans ces effets d’ajouts qualitatifs à ce qui se dit à travers les cerveaux qui sont devant vous et qui parlent à leur niveau. Mais même à leur niveau, ils ont des choses nouvelles et des choses intéressantes à dire et qui peuvent venir quasiment à l’encontre du PowerPoint suivant ou de la phrase du rétroprojecteur suivante. Alors, qu’est-ce que vous faites dans ce cas-là ?

    – La tékhnē contre la praxis : la technique, c’est l’habilité et la technique pour savoir faire les choses contre la praxis qui est la technique avec conscience. Aristote nous dit que la tékhnē sans ce qu’apporte la praxis, c’est-à-dire la conscience introduite dans la raison et le sens de ce que je fais, et bien c’est du non-sens.

    – La philosophie : qui est la reine des sciences comme disent les Allemands, les sciences de l’esprit, ce qui n’existe pas en français puisqu’on dit les sciences humaines et les sciences sociales. Mais dans les langues germaniques, on dit sciences de l’esprit parce que dans l’esprit, il y a spirituel.

    – Mircea Eliade : historien des religions, tous ses livres.

    – Le spirituel ou le mysticisme, la métaphysique : Quel sens non matériel, métaphysique, a l’être humain sur cette terre ? Qu’est-ce que ça signifie ? Pourquoi suis-je ? Qu’est-ce que je suis ? Quel est le mystère qui fait le mystère que je peux penser ma façon de penser ? Est-ce que penser ma façon de penser, c’est réellement penser ou est-ce que c’est de la tautologie de choses qui tournent en rond dans mon cerveau ? Parce que, comme le dit un proverbe chinois, “Oh, le fou qui avec sa tête cherche sa tête”, l’esprit ne peut pas chercher sa substance à travers sa propre substance, c’est impossible. Donc, comment je pense ? Cette question est radicale et quand j’essaie de me penser moi-même, comment est-ce que ces pensées peuvent-elles être valides ou valables puisque c’est moi-même qui tourne en rond dans moi-même ? Même si évidemment, quand on arrive à la question fondamentale, la question de toutes les questions “D’où est-ce que je tombe ? D’où je viens ?”, on finit par une entité qui s’appelle Dieu ou Manitou ou Vishnu ou Krishna ou Bouddha etc. La spiritualité et la religion, ça peut se combiner comme ça peut ne pas se combiner du tout, mais dans leur quête, religion et spiritualité, mysticisme et métaphysique ont une différence fondamentale : l’avant et l’après la mort. Même si on va tous les jours à la mosquée ou à l’église, ça ne veut absolument pas dire qu’on intègre l’idée de la mort dans sa façon de vivre. Ce que essaie de faire celui qui fait de la métaphysique ou de la mystique, c’est intégrer l’idée de sa propre finitude dans ce qu’il fait chaque jour. Donc, ce n’est pas le fait d’aller à l’église ou la mosquée qui implique ça automatiquement.

    – Aristote dit : Voilà, il y a des penchants chez l’être humain et il est plus facile pour l’être humain d’aller vers les penchants qui lui font plaisir, ce que Freud appellera le principe de plaisir bien plus tard. Et ce principe de plaisir est inscrit, y compris dans la formation des MBA dans les écoles de gestion. On les forme à vivre selon le principe de plaisir et le principe de réalité, et le surmoi, eh bien, il n’y en a pas. Ce qui fait qu’on peut prendre des décisions sans état d’âme, licencier des centaines et des centaines d’employés et mettre des centaines de familles dans la rue en criant qu’on est des héros qui prennent des décisions difficiles, c’est quand même incroyable.

    – Professeur Omar Aktouf : Sans les autres qui m’ont précédé, je ne penserais pas. Être un être humain, ça s’apprend.

    – Pindare : Deviens ce que tu es, l’ayant appris (8ème siècle avant Jésus-Christ).

    – André Gide : Ose devenir ce que tu es.

    – Socrate : Connais-toi, toi-même.

    – Professeur Omar Aktouf : Qu’est-ce que c’est être un être humain ? J’essaie de répondre à cette question, notamment dans la situation où l’être humain est le plus être humain, c’est-à-dire la situation de travail. Parce qu’il n’y a que l’être humain qui travaille. Les animaux qu’on croit travailler, c’est autre chose. C’est une question de cadrage et de définition de ce qu’on entend par travail et pas but du travail. Alors, le travail est essentiellement un acte humain. C’est Hegel qui le dit : l’être humain n’a pas d’essence, son essence, c’est son action. Et plus tard, les existentialistes évidemment, l’existence précède l’essence. Et donc, c’est l’existence concrète dans ce monde matériel, le monde dans lequel je suis agissant, et ce sont mes actes qui me font, y compris mes paroles. Parce qu’en linguistique, les paroles sont des actes aussi.

    – La monnaie comme moyen d’échange universel : Aristote dit que c’est un progrès qui fait que l’être humain va universellement commercer et dans le mot commerce, il y a aussi le mot entrer en relation, se fréquenter et se connaître.  

    Le mauvais côté, nous dit Aristote, c’est le fait que la monnaie n’est pas neutre, c’est un élément de pouvoir et quiconque possède plus de monnaie qu’un autre a plus de pouvoir que l’autre. Et là, les choses se corsent et se compliquent. Encore plus, accumuler de la monnaie devient plus important que le souci du bien-être de l’autrui. Pourquoi ? Parce qu’accumuler de la monnaie me permet d’acheter plus de satisfaction que l’autre. Dans toute relation de commerce et d’échange, il y a une relation de recherche de satisfaction. Je vais acheter une veste ou une voiture, je vais acheter de la satisfaction, je vais acheter quelque chose qui va me satisfaire, qui va me plaire et me faire plaisir. Or, l’autre aussi, il cherche sa propre satisfaction et sa propre satisfaction, c’est me vendre sa voiture le plus cher possible. Donc, avec l’argent qui va s’accumuler grâce au surplus qu’il va faire avec la voiture qu’il va me vendre, il pourra lui acheter plus de satisfaction finalement que moi. Donc, ça devient une espèce de guerre de qui va faire vendre à l’autre le moins de satisfaction pour lui-même et le plus de satisfaction pour moi. Ce qu’on a très ingénieusement, miraculeusement et intelligemment appelé la courbe ou la fonction de maximisation de la satisfaction personnelle. En philosophie et en philosophie des rapports humains, plus terribles que cette phrase, on ne sait pas si ça peut exister. Maximiser sa fonction de satisfaction contre l’autre, donc ça fait des êtres humains des ennemis automatiquement. Nous devenons des ennemis des uns et des autres. Je cherche à satisfaire au maximum ma fonction de satisfaction, toi aussi, et nous sommes en relation de belligérance. Nous ne sommes pas en relation d’entraide, de communauté, etc. Et surtout pour nous, Arabes et Arabo-musulmans, l’idée de la OUMMA, du voisin pour lequel Dieu nous a exhortés à nous soucier de son bien-être et réciproquement.

    – Dans l’acte pédagogique, celui ou celle qui parle, qui a cet honneur d’être écouté par d’autres, et bien en parlant lui-même, il apprend des choses au fur et à mesure qu’il parle. Les mots amènent des mots, c’est connu en linguistique, une représentation mentale amène des représentations mentales. Ce qui fait que tout en parlant, celui qui parle, il construit aussi des liens, des liaisons, des combinaisons inédites qu’il n’avait pas construites avant et donc il les fait en direct devant son auditoire, sans parler de ce que son auditoire lui renvoie comme questions et commentaires.

    – Aujourd’hui, le monde dans lequel nous vivons n’est pas économique. Depuis qu’on a commencé à parler d’économie réelle et d’économie virtuelle, etc., ça a été le point d’aboutissement, le point de rupture totale. Aujourd’hui, l’économie n’est plus que finance. Il est impossible aujourd’hui de faire de l’économie réelle avec les éléments qui permettent d’économie réelle, c’est-à-dire tout ce qui vient de ce que nous donne cette terre comme le bois, le poisson, le ciment, les minerais, les saucisses et l’agriculture, etc. Tout ce que la terre donne et tout ce qu’on fait avec ce que la terre nous donne, c’est ça l’économie réelle. C’est ça qui nous fait produire des tables, des moteurs, des cosmétiques à partir du pétrole et qui nous fait produire des utilités, donc de la valeur d’usage. Même s’il y a une petite valeur d’échange, il y a une grande valeur d’usage et bien ça, c’est fini tout simplement parce que nous avons trop demandé à cette terre. Et tout ce qui peut augmenter aujourd’hui, c’est la chrématistique, c’est la finance, c’est-à-dire l’élément central, le pivot, les piliers du néolibéralisme. Si vous regardez du côté de l’économie réelle, il y a 30 ans, 40 ans, on disait avec le calcul à l’appui que pour que l’Afrique vive au niveau des États-Unis de il y a 40 ans, il nous fallait à l’époque au moins deux planètes. Celle-là ne suffit pas ou ne suffisait plus. Pourquoi deux planètes ? Parce que si tous les pays du monde s’amusent à utiliser autant d’arbres que les États-Unis, autant de poissons que les États-Unis, autant de pétrole, etc., et bien la terre ne fournira pas, ce n’est pas possible. Cette terre, en termes de ressources qu’elle donne, ne peut pas supporter et ne pouvait pas supporter deux États-Unis il y a 30, 40 ans. Aujourd’hui, c’est au moins 5 à 6 planètes. Donc, comment faire pour continuer à satisfaire cette horreur, cette catastrophe du credo du néolibéralisme qui s’appelle la croissance, croissance infinie évidemment, illimitée, qui s’appelle augmenter le PIB, le PNB, ne doit jamais s’arrêter d’augmenter tout le temps, même si on sait très bien qu’on peut faire du PIB avec des guerres.

    – Blitzkrieg : Hitler, la guerre éclair. Poutine aurait pu envahir l’Ukraine en deux jours.

    – Guerre d’Ukraine : la Russie, en une journée ou une journée et demie, elle aurait pu occuper toute l’Ukraine. Mais là, on temporise de tous les côtés, on parle et on parlotte. Les Américains attendent que tout ça augmente pour que le prix du gaz augmente suffisamment pour que le gaz de schiste puisse se vendre plus que le gaz conventionnel. Du côté des Russes, on attend aussi que le prix du gaz augmente de telle façon que produire plus de gaz de schiste sera tellement catastrophique et tellement destructeur sur le plan environnemental que tout le monde finira par se retourner sur le gaz conventionnel. Et puis, tout ce qu’il faut pour réparer toutes les destructions en Ukraine et à côté, etc., les usines qui ferment en Russie, qui ferment ailleurs, qui ferment en Pologne, tout ça, il faudra le réparer après. Et cette préparation de tous les dégâts qu’on aura causés, c’est simple, plus on aura causé de dégâts, plus on fera d’argent en réparant. Voilà ce que c’est, l’économie néolibérale et chrématistique. On peut augmenter l’argent avec la guerre, les épidémies, le Covid et ses milliers de milliards qu’il a augmenté dans l’économie mondiale, les catastrophes et les destructions, les cataclysmes naturels, et tout ça, ça augmente le PNB parce qu’il faut des réparations, il faut des pelles, il faut de l’acier, il faut du ciment, il faut du transport et le PNB augmente. Et pendant ce temps-là, la communauté humaine, elle est comment ? La communauté humaine n’est jamais aussi malheureuse, mais l’économie n’est jamais aussi heureuse.

  • الطاهر المعز-انطباعات وملاحظات عن انتخابات فرنسا

    الطاهر المعز-انطباعات وملاحظات عن انتخابات فرنسا

    أشارت جميع استطلاعات الرأي ووسائل الإعلام السائد وتوقعات توزيع المقاعد البرلمانية، قبل يوم السابع من تموز/يوليو 2024، إلى فوز « التجمع الوطني » وحلفائه ( اليمين المتطرف) بالمرتبة الأولى والهيمنة على البرلمان، وربما فوزه بالأغلبية المطلقة، خلال الدّوْر الثاني للإنتخابات البرلمانية الفرنسية، يوم السابع من تموز/يوليو 2024، بعد حصوله على أكثر من 33% في الدّور الأول يوم الثلاثين من حزيران/يونيو 2024، وجاءت نتائج الدّور الثاني، أو النتائج النّهائية، مُخالفة لهذه التّوقعات، حيث حصل ائتلاف « الجبهة الشعبية الجديدة » (« يسار » ) على 182 مقعدًا في مجلس النواب الجديد، وحصل الإئتلاف الذي يدعم الرئيس إيمانويل ماكرون على  168 مقعدًا، يليه « التجمع الوطني » أي اليمين المتطرف المتحالف مع أقلية منشقة من الجمهوريين (مجموعة نيكولا ساركوزي) ب143 مقعدا، أو إن قرابة عشرة ملايين صوت، من إجمالي حوالي 33 مليون ممّن أدلوا بأصواتهم ( الأصوات التي تم احتسابها في العدّ النهائي)، اختاروا – عن دراية وعن وَعْي- اليمين المتطرف ليحكمهم، وارتفع عدد نواب اليمين المتطرف من 88 مقعدا خلال دورة 2022 (البرلمان المُنْحَلّ) إلى 143 في البرلمان الحالي…

    ابتهج زعماء « اليسار » والعديد من المواطنين لعدم حصول اليمين المتطرف على أغلبية مُطْلَقة، وهو العزاء الوحيد، لأن هذه الإنتخابات تَفْرِضُ ملاحظات وتوضيحات عديدة، فقد تفوّق اليمين المتطرف بعدد الأصوات، لكن طريقة تقسيم الدّوائر الإنتخابية جعله لا يحصل على النّسبة الأعلى من عدد النّوّاب، وحصل اليمين المتطرف على الأغلبية المُطلقة والعريضة أحيانًا في العديد من المناطق، منها ساحل البحر الأبيض المتوسط، بمُدُنِهِ وقُراه، ومنطقة الشمال، وهي منطقة عُمّالية سابقًا ( المناجم والنسيج) وبعض مناطق الشرق، حيث تم إغلاق المناجم ومصانع الصّلب، بنهاية عقد السبعينيات وبداية عقد الثمانينيات من القرن العشرين، وتَصَدَّرَ اليمين المتطرف إجمالي الأصوات الشعبية في الجولة الثانية التي شهدت (يوم السابع من تموز/يوليو 2024)  زيادة كبيرة في مشاركة الناخبين، وبلغت نسبة المُشاركة أعلى مستوى لها في الانتخابات البرلمانية منذ سنة 1997، ويتطلب الحصول على الأغلبية المطلقة في مجلس النواب 289 مقعداً ( من إجمالي 577 مقعدا)، وهذا يعني أن المجلس يظل مائلاً بقوة لصالح اليمين الذي يُهيمن كذلك على مجلس الشّيُوخ، ولذلك من العسير على نواب « الجبهة الشعبية » إقرار زيادة الحد الأدنى للأجور وتجميد أسعار الضروريات الأساسية وتطبيق بعض الوُعُود الأخرى، ولا يسمح ميزان القوى داخل الجبهة بدعم الشعب الفلسطيني أو إلغاء بعض الإجراءات العنصرية ضدّ المهاجرين، لأن الحزب « الإشتراكي » الذي كان في حالة احتضار، عاد إلى الحياة بفضل الجبهة وضاعفَ عدد نوابه، ولا تختلف خططه الإقتصادية أو مواقفه الطّبقية عن اليمين التقليدي المُحافظ، باستثناء بعض الأفراد الذين لا وَزْنَ لهم داخل جهاز الحزب…

    لقد تم صَدُّ التهديد الذي يشكله اليمين المتطرف مؤقتا، ولكن بأي ثمن، حيث تأجّلت بعض القضايا ولم يتم حلُّها، بل لا يزال اليمين المتطرف هو القوة السياسية الرائدة في فرنسا، ولن يتراجع إلا من خلال النضال من أجل تحقيق مكاسب اجتماعية جديدة.

    تُشكل هذه الانتخابات فرصةً لطرح بعض الأسئلة البسيطة: إن النظام السياسي ( والمنظومة القانونية) يشرعن، ويتسامح، ويقبل، ويمول الأحزاب السياسية اليمينية المتطرفة التي يمكنها المشاركة في الانتخابات بشعارات وبرامج ديماغوجية كاذبة، ويمكنها الحصول على مقاعد نيابية في البرلمان وفي جميع هياكل الدّولة، ويمكنها التعبير عن آرائها والدّعاية لبرامجها في وسائل الإعلام، طيلة أيام السّنة، ولما يَحين وقت الانتخابات، يُسارع « الديمقراطيون » اليمينيون – الذين لا يختلف خطابهم وأفعالهم عن اليمين المتطرف، لا شَكْلاً ولا مضمونًا – إلى إطلاق « جبهة جمهورية » مع  الوسط واليسار، يتم بناؤها على عجل ولا يعرف أحد معالمها وماهيتها وحدودها، ويطلب زعماء هذه « الجبهة الجمهورية » من الناخبين «منع اليمين المتطرف من الحكم»، ولذا فإن اليمين المتطرف مفيد لليمين ولليسار البرلماني، وتعفيهم هذه الجبهة المفتعلة المَبْنِيّة على النفاق والإحتيال، من التركيز على برامج أو الدّفاع عن أطروحات سياسية واقتصادية وعقائدية واجتماعية، وتكتفي أطراف « الجبهة الجمهورية » بالشعارات المبهمة التي تقتصر على شعارات فضفاضة وتُركّز على مَنْعِ حزب – شرّعه النظام الإنتخابي – من الوصول إلى رئاسة الجمهورية أو الحصول على أغلبية برلمانية، والسؤال الذي يفرض نفسه: إذا كانت إيديولوجية اليمين المتطرف وبرامجه مُناقضةً ل »قِيَم الجمهورية » فلماذا يتم الترخيص له، ولماذا لا يتم منعه؟ لقد تم « تطبيع » العلاقات مع اليمين المتطرف وإدماجه في الحياة السياسية منذ أصدر الرئيس/الجنرال شارل ديغول عَفْوًا على عُملاء الإحتلال النّازي وعلى إرهابيي حرب الجزائر، وتعيين بعض العُملاء في مناصب وزارية ووظائف سامية…

    من المؤكد أن اليمين المتطرف لا يتمتع بأغلبية مطلقة، أو حتى نسبية، بعد انتخابات السابع من تموز/يوليو 2024، لكن ذلك لم يتحقق إلا بفضل الوفاق – باسم الجبهة الجمهورية – والتسوية التي تتضمن انسحابات من مرشحي اليسار لصالح اليمين والعكس. إنه «تحالف غير طبيعي» لم يمنع اليمين المتطرف من تحقيق أكبر نتيجة في تاريخه، والحصول على أكثر من عشرة ملاليين صوت، وكان لليمين المتطرف ثمانية نواب سنة 2020، وأصبحوا 89 سنة 2022 وارتفع عددهم إلى 143 سنة 2024.

    لم يحصل اليمين المتطرف على أغلبية مطلقة من النواب، بسبب الإتفاقات بين اليمين التقليدي واليسار المائع، وبسبب الإنسحابات، لكنه حصل في عشرات الدوائر الانتخابية على ما يقارب 45% خلال الجولة الثانية، وليس ذلك بالغريب، فالعنصرية تتزايد منذ عقود، بالتوازي مع تدهور أوضاع العمال والفقراء، واستغل اليمين واليمين المتطرف وجزء من « اليسار » هذا التّدهور لتقسيم الطبقة العاملة وتحديد عمال فقراء وغير مستقرين وفي أسفل السلم الاجتماعي والمهني ( المهاجرون وأبناؤهم وأحفادهم) كمسؤولين عن هذا التّدَهْوُر، وعن تراجع المُتكسبات، بدل توجيه سهام الغضب العُمّالي والشّعبي نحو الرأسمالية، المتسبب الحقيقي في تدهور وضع الأجراء وصغار الفلاحين والموظفين والفقراء، ولا يزال اليمين المتطرف يتقدّم ويحتل مواقع جديدة في فرنسا وأوروبا، وما الانتخابات إلا انعكاس لهذا الواقع الذي يعيشه الأشخاص من أصل أجنبي في المدرسة وفي العمل ووسائل النّقل وفي الفضاء العام …

    حصل اليمين الذي ينتمي إليه الرئيس إيمانويل ماكرون وحكومته على 13% من الأصوات في الانتخابات الأوروبية، و20% في الجولة الأولى من الانتخابات التشريعية المبكرة و168 نائبا في الجولة الثانية، أي أقل بـ14 نائبا فقط من جبهة اليسار الذي أنقَذَهُ من خلال « الجبهة الجمهورية » المزعومة، ليظَلَّ المعسكر الرئاسي، المكروه والناطق باسم الأغنياء، والمُرَوِّج للعنصرية ومُنفّذ قمع العمال والفئات الأضعف، هو الرابح الأكبر، إلى جانب اليمين المتطرف في هذه الانتخابات.

    يعد الحزب «الاشتراكي» -الذي لا علاقة له بالإشتراكية والذي نَفّذَ سياسات يمينية وصهيونية منذ عقود- هو الحزب الذي غنم المكاسب، داخل ائتلاف الجبهة الشعبية، مقارنة بالانتخابات التشريعية للعام 2022، حيث ارتفع عدد نوابه إلى أكثر من الضعف، وضَمّت قائمة نُوابه الرئيس السابق فرانسوا هولاند، المناهض للعرب والفلسطينيين، والذي أحاط نفسه بالصهاينة سيئي السمعة، ومن بينهم إيمانويل ماكرون – الذي كان وزيرًا خلال رئاسة فرانسوا هولاند – ومانويل فالس ولوران فابيوس وآخرون. لقد أصبح مرة أخرى « حزب اليسار الأول » خلال انتخابات 2024، بفضل جبهة اليسار والانسحابات وشعار « قطع الطريق على اليمين المتطرف ».

    لا يزال الوضع خطيرا، بل مأساويا، ولكن ماذا يمكن أن نتوقع من النظام الانتخابي الذي صمّمته الطبقة الرأسمالية لاستدامة حكمها واستغلالها واضطهادها للعمال والفقراء وشعوب بلدان « الأطراف »؟ لا يمكن لهذا النظام الانتخابي أن يخدم العمال أو صغار المزارعين أو الفقراء أو المهاجرين، ولا يزال النضال هو السبيل الوحيد لافتكاك المُكتسبات، في ظل النظام الرأسمالي، مهما كان اتجاه الحكومة واللّوْن السياسي للأغلبية البرلمانية.

    الطاهر المعز

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Olivia, Paris