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Guennadi Ziouganov dans la Pravda : “Le programme de la Victoire”.

En 2022, nous étions pleins d’espoir à l’idée que cette année resterait dans nos mémoires comme celle d’une grande et belle fête – le 100e anniversaire de la formation de l’Union des républiques socialistes soviétiques. Le centenaire du plus grand État, qui a été le premier au monde à fonder sa politique sur la justice, l’égalité, les droits de l’homme et la dignité du travail, la protection des mères et des enfants, et l’amitié fraternelle entre les peuples. Mais l’histoire a procédé à des ajustements sévères et nous a présenté les défis les plus sérieux de ces trois dernières décennies, lorsque des traîtres et des renégats, alliés à nos ennemis extérieurs, ont procédé à la destruction criminelle du pays soviétique.
En réponse à la volonté de la Russie de bloquer les plans agressifs de l’OTAN qui, depuis des années, resserre son étau sur nos frontières, de protéger la souveraineté et la sécurité des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk et de libérer le peuple ukrainien frère de la junte nazie-banderiste retranchée sur ses terres, l’Occident a finalement perdu son masque de “partenaire” et de diplomatie civilisée. Il s’est ouvertement déclaré prêt à lancer une frappe mortelle sur notre pays, qu’il considère comme décisive dans la guerre hybride annoncée contre nous.
Une nation née dans les batailles
Plus de 6 000 sanctions ont été imposées à la Russie récemment. Cela n’est jamais arrivé à aucun pays auparavant. Un sabotage économique, politique et informationnel, d’une ampleur sans précédent, a été déclenché contre nous, dont le but est non seulement de forcer notre Puissance à abandonner toute prétention à l’indépendance et à l’affirmation de ses intérêts légitimes, mais aussi de la détruire en tant qu’État souverain unique. Après avoir contesté l’hégémonie criminelle du capital anglo-saxon dans le monde, nous nous retrouvons aujourd’hui la cible principale de ses soutiens à Washington, Londres, Bruxelles et autres centres du néocolonialisme moderne. Essayant de faire face à la crise la plus profonde, dans laquelle le système capitaliste mondial s’enfonce inexorablement, les mondialistes cherchent à tout prix à maintenir leur pouvoir sur la planète. Et pour cela, ils ne reculent devant rien, jusqu’à la provocation pure et simple de la troisième guerre mondiale, dans le feu de laquelle ils espèrent se débarrasser des problèmes insolubles générés par l’impasse de la politique du capital.
Il y a 20 ans, dans mon livre intitulé La Mondialisation et le Destin de l’Humanité, traduit dans de nombreuses langues, j’ai mis en garde contre les défis alarmants auxquels nous serions inévitablement confrontés au XXIe siècle en raison de la crise du modèle libéral de gouvernance mondiale. J’ai analysé en profondeur les motivations agressives des impérialistes américains et de leurs sous-fifres. La perspective de l’émergence de nouveaux pôles de puissance mondiaux sous la forme de la Chine et de l’Inde a été soulignée. À l’époque, ces pays étaient au seuil d’une croissance économique rapide. Peu de gens prenaient ces pays au sérieux en tant qu’alternative à l’hégémonie américaine. Mais c’est désormais clair : l’alliance de la Russie avec ces puissances asiatiques balaie le “rêve américain” d’inspiration fasciste d’un monde unipolaire. Le projet de déshumanisation totale mené par Washington.
La discussion sur les défis à venir pour notre planète s’est poursuivie dans le livre La Russie dans le viseur du Globalisme. Il détaillait l’histoire de notre confrontation politique, économique et spirituelle avec l’Occident.
Et dans les livres Le pivot russe de la puissance et Le monde russe sur deux axes j’ai montré en détail que c’est notre pays, appuyé sur le grand héritage de la civilisation soviétique, qui maintenant, au XXIe siècle, se trouvera, comme cela s’est produit plus d’une fois auparavant, au centre de l’affrontement avec l’impérialisme anglo-saxon.
L’essence de notre opposition à l’”Occident collectif” a été exprimée en 1938 par le philosophe allemand Walter Schubart, qui a quitté l’Allemagne après l’arrivée au pouvoir des nazis : « La tâche de la Russie est de restaurer l’âme humaine. C’est la Russie qui possède ces pouvoirs que l’Europe a perdus ou détruits en son sein… Seule la Russie est capable d’insuffler une âme à la race humaine qui périt à cause de la convoitise et de l’égoïsme ».
Aujourd’hui, tout cela se confirme sous nos yeux.
Les actions de la Russie et de ses alliés rencontrent une résistance farouche de la part des mondialistes qui sont en train de perdre le contrôle de la planète. Dans cette confrontation, ils sont prêts à franchir toutes les barrières politiques, juridiques et morales. Nous devons relever ce défi avec courage, persévérer et gagner. Comme nous avons toujours triomphé face aux adversaires les plus redoutables.
Le fait que le défi actuel nous tombe dessus l’année du centenaire de l’État soviétique est profondément symbolique. Le souvenir de son expérience unique de la victoire nous emplit de la responsabilité de préserver les grandes réalisations de nos pères et grands-pères, obtenues au prix d’efforts sans précédent et de dizaines de millions de vies. Et nous inspire la foi que nous célébrerons l’anniversaire de l’URSS non seulement comme une date solennelle, mais aussi comme la fête de l’entrée dans l’ère de la purification de la souillure hostile. Dans l’ère de notre propre renaissance.
Notre vaste pays, infiniment riche en ressources spirituelles et naturelles, a toujours été l’objet de visées agressives de la part des dirigeants de l’Occident. L’assujettissement des terres russes leur a donné l’occasion de résoudre le problème de la domination politique et économique sans partage. Mais leurs intentions étaient invariablement écrasées par le bouclier imparable de la grande Russie.
Après la victoire de la grande révolution socialiste d’octobre, les peuples de notre pays se sont engagés sur la voie de la construction d’une société de justice sociale, libérée de l’exploitation et de l’inégalité. La Russie a cessé d’être une partie dépendante du système capitaliste mondial. Ses ressources colossales ont été mises au service du peuple, et non d’une poignée d’”élus” maîtres de la vie. Notre patrie est devenue un phare pour les travailleurs du monde entier. Son exemple unique a conquis le cœur de millions de personnes dans le monde entier.
Le capital mondial n’était pas prêt à accepter une telle évolution. Poussés par la soif de profit et le désir de maintenir leur domination de classe, ses agents ont commencé à organiser une nouvelle “croisade” contre la Russie. Cette fois contre la Russie soviétique. Leur objectif était de renverser le pouvoir des travailleurs et de faire de notre pays une périphérie coloniale des grandes puissances impérialistes.
Le 23 décembre 1917, moins de deux mois après la révolution socialiste, la Grande-Bretagne et la France ont conclu un accord criminel visant à diviser le territoire de l’ancien Empire russe en sphères d’influence. Le Caucase, riche en pétrole, et les régions cosaques du sud de la Russie sont inclus dans la zone d’”intérêt prédominant” de la Grande-Bretagne. La France souhaite recevoir la Crimée et la fertile Ukraine avec son industrie métallurgique développée. Les États-Unis se sont joints à l’accord anglo-français et à la préparation de l’intervention contre notre pays. Ils revendiquent la Sibérie et l’Extrême-Orient, riches en ressources. Le Japon a également exigé sa “part du gâteau”. Le 1er janvier 1918, il fait entrer des navires de guerre dans le port de Vladivostok sous le prétexte de la “protection” de ses sujets.
L’Occident ne pouvait réaliser ses projets que s’il renversait le pouvoir soviétique. Mais il était devenu un obstacle insurmontable aux ambitions de l’oligarchie internationale. C’est Lénine et le parti des bolcheviks qui ont réussi à sauver le pays, à le sauver de la désintégration et de la destruction. Pour défendre notre patrie, tant dans la bataille contre l’Entente que dans la guerre civile sanglante déclenchée par ses complices à l’intérieur de la Russie.
L’adversaire, qui voulait nous détruire, faisait face à une jeune République soviétique, pas encore totalement consolidée, mais prête à se battre courageusement, sur la base des principes socialistes. De la croyance dans les idéaux de justice et de fraternité. De la conviction du peuple qu’il avait raison. De leur volonté inébranlable de construire un pays dont les politiques seraient subordonnées aux intérêts de l’ensemble de la société, et non à ceux des nouveaux riches avides. L’Armée rouge n’est pas la seule à avoir affronté l’ennemi au cours de ces années difficiles. Les batailles se déroulaient alors sur deux fronts – le militaire et l’économique. Et le pays soviétique a pu vaincre l’ennemi précisément parce qu’il a gagné sur les deux fronts.
De cette victoire historique est né, en décembre 1922, un grand État – l’URSS. Dans les frontières du nouvel État se sont réunis des peuples frères, des peuples de même sensibilité qui, dans leur lutte commune pour un avenir meilleur, ont ouvert une nouvelle ère non seulement dans leur propre histoire, mais aussi dans l’histoire du monde entier. Ensemble, ils devaient construire un pays puissant, le défendre contre l’invasion nazie, faire renaître la patrie après la Grande Victoire et le conduire vers de nouvelles réalisations et de nouveaux sommets.
Une politique de guerre contre nous
Un siècle plus tard, nous abordons à nouveau la bataille avec l’”Occident collectif” avec le bagage du capitalisme sauvage qui nous a détruits pendant les trois décennies qui ont suivi l’effondrement perfide de l’URSS. Ce terrible bagage sous la forme d’une énorme perte de population, une vraie catastrophe nationale, d’une crise économique, d’une industrie mitée, d’un retard technologique, d’une dangereuse dépendance aux importations et d’une “cinquième colonne” libérale qui conserve une forte influence et se tient maintenant du côté de nos adversaires. Tout cela les aide à faire la guerre contre notre pays. Pour tenir bon dans cette guerre et emprunter la voie salutaire d’un développement indépendant, nous devons nous débarrasser du cancer d’une politique qui est en guerre contre son propre peuple.
Nous devons appeler les choses par leur nom : Pendant 30 années consécutives, le système socio-économique qui nous a été imposé a agi comme un ennemi intérieur contre la Russie. Il l’a détruite dans les années 90, lorsque, sur fond de “fraternisation” avec l’Occident, nous sommes tombés dans un abîme de dégradation. Et il a poursuivi son travail subversif même après que nous ayons revendiqué notre droit à nous libérer des dictats extérieurs, à mener une politique indépendante et à rétablir une véritable souveraineté.
Cette politique, qui a été menée pendant toutes ces années sous la dictée des centres transnationaux du capital mondial, tels que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce, a causé d’énormes dommages à notre pays. Sous l’impulsion de ces structures, nous avons systématiquement construit un système de capitalisme périphérique, voué à un retard permanent et à une crise chronique, comme l’a brillamment démontré Vladimir Lénine dans son ouvrage “Le développement du capitalisme en Russie” à la fin du XIXe siècle. Près de cent ans après sa rédaction, le grand pays qui, grâce au socialisme, avait atteint des sommets sans précédent dans son développement, a été rejeté dans une tentative de le transformer à jamais en un appendice de l’Occident pour les matières premières, sans même qu’il ose rêver d’un développement indépendant réussi.
La privatisation prédatrice des biens de l’État, leur transfert pour une bouchée de pain à une oligarchie qui, au début des années 90, s’était développée sur la base d’une économie parallèle criminelle, a entraîné la destruction et le pillage de milliers d’entreprises. Elle a transformé la main-d’œuvre et les ressources naturelles du pays en une source d’enrichissement pour des parasites avides qui ne voulaient rien investir dans son développement. Leurs fabuleux profits, obtenus en dévalisant la Russie, ont été investis dans des yachts de luxe et des manoirs dans les stations balnéaires étrangères les plus chères. Aujourd’hui, une grande partie de ces biens a été saisie en Occident dans le cadre de la campagne de sanctions. Mais les vertueux “législateurs” étrangers ne pensent même pas à le rendre au peuple russe. Tout d’abord, notre pays a été volé par des Gaïdars et des Tchoubaïs locaux. Et maintenant, il est à nouveau dévalisé par des voyous étrangers.
Les cyniques conservateurs de la privatisation ont reconnu depuis longtemps et publiquement qu’ils n’avaient même pas pensé à un quelconque avantage pour l’État au cours de ce processus criminel. Leur tâche principale était de créer une nouvelle classe de propriétaires à partir d’anciens spéculateurs véreux, d’arracher les plus grands actifs du pays des mains du peuple et ainsi “d’enfoncer le dernier clou dans le cercueil du communisme”. Mais ce clou, ils l’enfonçaient perfidement non seulement dans le régime soviétique détesté, ils l’enfonçait dans notre avenir, qu’ils ont volontiers sacrifié dans l’intérêt des ennemis de la Russie. Et aujourd’hui, ils fuient le pays, craignant la responsabilité et la juste rétribution de leurs actes, à l’instar de Tchoubaïs.
Une autre conséquence dévastatrice de l’effondrement lâche de l’URSS et du système soviétique est la prise en main rapide et massive de l’industrie nationale par le capital étranger. Selon l’Académie des sciences, jusqu’à récemment, les capitaux étrangers représentaient 65 % du total. Et dans un certain nombre des industries les plus importantes, la proportion atteint 75 à 95 %. Le contrôle externe de notre économie et de notre industrie est l’une des principales raisons pour lesquelles le véritable remplacement des importations, promis à maintes reprises depuis les hautes tribunes, n’a pas été mis en œuvre, même dans les domaines stratégiquement importants, dont dépend directement la sécurité nationale. C’est ce qui est le plus douloureux pour nous dans le contexte du racket des sanctions qui a été déclenché contre la Russie.
Ceux qui l’ont orchestré ont été considérablement “aidés” par la politique financière menée pendant toutes ces années par le FMI – une politique étatique de nom mais anti-étatique par essence. Elle a légitimé une pratique absolument aventureuse consistant à placer une partie importante des réserves de change du pays en dollars et en euros dans des banques occidentales. C’est-à-dire dans les institutions financières de ceux qui, depuis longtemps, ont cessé de cacher leurs intentions hostiles envers notre pays. Cette année, dans le cadre des “sanctions infernales”, comme on les appelle à Washington, qui dicte à ses satellites un scénario de guerre économique contre la Russie, nous avons reçu de nos “partenaires occidentaux” un coup financier, dont le parti communiste avait prévenus depuis longtemps. Un danger dont le “parti au pouvoir” ne voulait même pas discuter. L’Occident a “saisi” près de la moitié des 640 milliards de dollars de réserves de devises étrangères russes.
S’ajoute à ce détournement financier flagrant le fait que 600 tonnes d’or – la totalité de notre production en deux ans – ont été retirées de Russie pour être stockées à l’étranger sur la période 2020-2021. Dans la situation actuelle, ce stock nous serait très utile. Mais lui aussi a été sacrifié à la manipulation irresponsable des réserves financières de l’État.
L’adhésion de notre pays à l’Organisation mondiale du commerce – OMC, qui a eu lieu en 2012 malgré notre résistance opiniâtre et grâce aux votes du parti Russie Unie à la Douma, a eu un impact extrêmement négatif sur l’économie et l’industrie. Depuis près de 10 ans, l’OMC sert de barrière “légalisée” à une véritable substitution des importations et à la sécurité alimentaire et pharmaceutique dans notre pays. Lorsque nous avons rejoint l’organisation, nous nous sommes chargés de 23 000 obligations supplémentaires envers d’autres États et partenaires commerciaux. Or ces obligations ne visaient qu’à détruire l’économie et l’industrie nationales. A saper leur capacité et à fonctionner dans l’intérêt des sociétés et des exportateurs occidentaux – ce qui est le véritable objectif de l’OMC, qui a été créée précisément pour servir ces intérêts.
Après que, sans exagération, la décision criminelle d’adhérer à l’organisation ait été passée en force, le KPRF a soumis cinq fois à la Douma un projet de loi visant à s’en retirer. Mais ils n’ont pas voulu nous entendre, même lorsqu’il est devenu absolument clair que l’étau des sanctions occidentales se resserrait et ne se desserrerait pas.
Ne pas traîner à réparer les erreurs !
La vulnérabilité de l’économie russe aux intrigues hostiles, prévue par les architectes des “réformes” du marché, a d’ailleurs été reconnue dans la stratégie de sécurité nationale signée en juillet 2021 par le président Poutine. On peut y lire : “Des pays ennemis tentent d’utiliser les problèmes socio-économiques de la Fédération de Russie pour détruire son unité interne… Des méthodes indirectes visant à provoquer une instabilité à long terme au sein de la Fédération de Russie sont de plus en plus utilisées.
En accord avec cette évaluation, nous avons appelé les dirigeants du pays à adopter enfin une véritable politique socio-économique qui soit en accord avec elle. Effectuer un changement fondamental de la trajectoire vicieuse à laquelle elle s’est soustraite depuis de nombreuses années. Le Parti communiste a insisté sur le fait que les orientations fondamentales du président, formulées dans ses décrets de mai 2012 et 2018 – surmonter la crise démographique, la pauvreté de masse, réaliser une percée technologique et rejoindre la liste des cinq premières économies – ne peuvent être réalisées sans cela. Mais nous n’avons pas été entendus, même à ce moment-là.
Aujourd’hui, alors que l’ennemi nous pousse sans relâche vers l’effondrement économique, il n’est plus possible de tarder à corriger les erreurs systémiques accumulées. Nous devons prendre des décisions sévères et fondées sur des principes qui mettront fin à la pratique destructrice des “réformes” prédatrices du pays au profit du capital transnational. Plus tôt ces décisions seront prises, mieux nous pourrons nous opposer à toute machination visant à déstabiliser l’État russe et à mettre notre pays à genoux.
Oui, l’économie russe est affectée négativement par les sanctions en raison de la position indépendante que nous avons adoptée en matière de politique étrangère. Mais il est également clair que ce n’est qu’avec la reprise en main de la politique intérieure, la mobilisation et la consolidation étroite de la société que nous pourrons répondre à toute machination de l’extérieur. Les difficultés actuelles ne sont pas comparables au défi lancé au pays soviétique par l’Entente qui a tenté de renverser les bolcheviks. Ni avec les épreuves qui l’ont frappé dans les années 1940, lors de l’invasion d’Hitler. Et les pertes actuelles de notre économie dues à des facteurs externes ne sont pas non plus comparables aux pertes subies par l’économie soviétique dans la première moitié du 20e siècle.
Mais il faut comprendre que, contrairement à l’Union soviétique, qui s’est sortie des pires épreuves et a compensé les pertes les plus lourdes par l’économie de la création et du développement, notre pays ne pourra connaître une véritable croissance économique et une substitution accélérée aux importations que s’il abandonne le système de pourrissement socio-économique. L’histoire récente de la Russie a clairement montré que le capitalisme criminel-oligarchique peut apporter encore plus de destruction au pays, l’entraînant dans une crise encore plus grave qu’un affrontement avec son adversaire militaire le plus redoutable.
S’adressant aux dirigeants du gouvernement dans un rapport de la Douma d’État, j’ai déclaré sans ambages : le modèle libéral de gouvernement est totalement en faillite et dépassé. La tâche d’un développement indépendant et tourné vers l’avenir, dont dépend la solution de notre survie dans les circonstances actuelles, exige que nous abandonnions ce modèle de manière décisive et définitive. Dans les conditions actuelles, nous n’avons pas d’autre choix que de répondre à l’exigence de notre programme : procéder à une refonte complète des principes de gestion économique et sociale.
Les résultats d’une enquête menée par la Banque centrale auprès d’experts après l’annonce des “sanctions infernales” à la Russie : ils prévoient que l’économie se contractera de 10 % et que l’inflation atteindra 20 % d’ici la fin de l’année. Dans le même temps, les avertissements concernant une baisse significative des revenus réels et des pertes d’emploi deviennent de plus en plus persistants. Cependant, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre courage et de permettre un effondrement qui pourrait provoquer un bouleversement social.
Le pays a toutes les chances non seulement d’éviter cela, mais aussi d’atteindre un niveau de développement fondamentalement nouveau, ce qui a été empêché par la dépendance à l’égard des recettes des institutions financières occidentales et des capitaux étrangers qui fuient désormais la Russie. Afin de résoudre cette tâche historique, il est nécessaire de mettre en œuvre de toute urgence les mesures que nous proposons, en nous appuyant sur notre programme de relance économique et sociale “10 étapes pour une vie décente”. Sur l’expérience exceptionnelle de l’État soviétique. Sur les meilleures réalisations modernes de la Chine socialiste, le pays à la croissance la plus rapide au monde, et d’autres pays qui résistent avec succès aux diktats des mondialistes occidentaux. Ils sont sur la voie souveraine du développement et de la création.
Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de la démagogie sur la substitution des importations, dont nous abreuvent les administrateurs libéraux impuissants, mais d’une nouvelle industrialisation, d’une relance de la production nationale, en surmontant l’énorme retard dans des domaines tels que l’ingénierie des machines-outils, la microélectronique, la robotique.
Les grands propriétaires ne sont pas disposés à investir dans le renouvellement technologique du pays. Le travail de la plupart des citoyens russes est clairement sous-évalué. Des millions de personnes reçoivent ce qui ne peut être décrit que comme une misérable aumône. Dans le même temps, ils voient les revenus générés par leur travail s’écouler dans les poches des nouveaux riches. Un système fondé sur l’exploitation, gangrené par la corruption et répondant à l’enrichissement fantastique des oligarques est incapable de stimuler la reprise du potentiel industriel et la croissance de la productivité. Si ce système persiste, si les tentatives de s’accrocher à l’ancien cours se poursuivent, la Russie ne sera pas en mesure de s’assurer une véritable indépendance et de prendre la place qui lui revient dans le monde.
Nos prochaines étapes devraient être basées sur une compréhension claire qu’il est temps d’abandonner de manière décisive le rôle prédominant du capital bancaire et financier dans l’économie. Nous avons l’obligation d’assurer les conditions du développement des secteurs qui créent les valeurs matérielles nécessaires à l’échelle de la société.
Il est temps d’arrêter d’alimenter le public avec des mythes sur la main “régulatrice” du marché, sur les miracles de prospérité que promet la libre entreprise. Pour sauver l’économie nationale, et donc le pays, il faut mettre fin au mensonge du fondamentalisme libéral. Il doit être remplacé par la prise de conscience que, dans la lutte pour l’indépendance et la sécurité durable, nous ne pouvons pas nous passer d’une nouvelle et vaste industrialisation qui exige la mobilisation maximale de toutes nos ressources.
Si, dans un contexte de sanctions destinées à nous étrangler, le gouvernement continue à mener des politiques visant à indemniser les oligarques et les spéculateurs plutôt que de soutenir globalement la production industrielle, l’agriculture, la médecine, la science et l’éducation, nous ne pourrons pas gagner sur le front financier et économique. L’économie oligarchique basée sur les clans l’a prouvé à maintes reprises : elle est incapable d’agir pour le bien de l’État et de la société, de travailler dans leur intérêt. Et dans les situations difficiles, cela devient particulièrement évident. Nous insistons pour que l’oligarchie soit retirée de la gouvernance économique. Nous insistons sur la poursuite de la voie de la justice et du développement, en adoptant notre programme de renaissance du pays et l’expérience des victoires socio-économiques exceptionnelles du socialisme qui le sous-tend.
La modernité des plans de Staline
L’histoire n’a pas connu de tels exploits militaires et de telles prouesses de construction pacifique que ceux réalisés par le pays soviétique. En seulement cinq ans après la révolution d’octobre, la jeune République soviétique a réussi à se relever d’une économie paralysée et d’une famine de masse, des pertes de guerre et des destructions gigantesques, de la pauvreté et des épidémies, pour aboutir à la Nouvelle politique économique et au GOELRO et à la création de l’Union des républiques socialistes soviétiques. Cet exploit de portée universelle paraît encore plus grand si l’on se souvient que ces mêmes cinq années ont été le théâtre d’épreuves aussi terribles que la guerre civile et l’intervention de grands pays occidentaux. Et elles avaient été précédées par les trois années prérévolutionnaires de la Première Guerre mondiale.
Au début de 1921, la production industrielle de la Russie soviétique ne représentait que 12 % du niveau d’avant-guerre de 1913. La production de la grande industrie avait été divisée par 7 par rapport à la même année 1913. En 1920, moins de 64 % de la récolte de céréales d’avant-guerre a été produite. La plupart des mines étaient détruites. Peu d’usines et de fabriques étaient en activité. La dévastation régnait à la ville et à la campagne.
Afin de commencer à produire des produits industriels en URSS dans les années 20 et d’atteindre des taux de croissance énormes dans les années 30, il était nécessaire de construire cette production à partir de zéro. Pour préserver le pays soviétique, il fallait remplir la condition la plus difficile : croître plus vite que tous les pays occidentaux, tout en résolvant des problèmes d’innovation beaucoup plus complexes que n’importe lequel d’entre eux. En fait, c’était un défi de la même ampleur que celui auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. Ce n’est pas une coïncidence si les mots de Joseph Vissarionovich Staline, avec lesquels il a exposé en 1925, au XIVe Congrès du PCUS(b), l’objectif intransigeant de la percée économique, sonnent comme s’ils étaient prononcés aujourd’hui :
« Nous devons faire de notre pays un pays économiquement indépendant, fondé sur le marché intérieur… Nous devons construire notre économie de façon à ce que notre pays ne devienne pas un appendice du système capitaliste mondial, qu’il ne soit pas inclus dans le schéma général du développement capitaliste comme son entreprise subsidiaire, que notre économie se développe non pas comme une entreprise subsidiaire du capitalisme mondial mais comme une unité économique indépendante, en s’appuyant sur l’imbrication de notre industrie avec l’économie paysanne de notre pays ».
Et le pays soviétique a prouvé dans les actes qu’il était possible d’accomplir cette énorme tâche dans le temps le plus court possible.
Dès 1927, le volume total de la production industrielle en URSS a dépassé celui de 1913. En 1929, au début du premier plan quinquennal, plus de deux mille grandes entreprises industrielles d’État ont été restaurées ou nouvellement construites.
Toutefois, cela ne suffisait pas à garantir l’indépendance économique et les capacités de défense. Afin de respecter la directive de Staline, formulée lors du XIVe Congrès du Parti, il était nécessaire d’améliorer fondamentalement le système de gestion de l’économie nationale. C’est pourquoi, en 1929, l’économie soviétique a commencé à se développer selon des plans quinquennaux.
En 1931, lors de la première conférence de l’Union des travailleurs de l’industrie socialiste, Staline, soulignant la nécessité d’accélérer fondamentalement l’industrialisation et la modernisation, s’est adressé au peuple en ces termes : « Nous avons 50 à 100 ans de retard sur les pays avancés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Soit nous le ferons, soit nous serons balayés ».
Cet appel, lui aussi, a été entendu et mis en pratique. Et c’est devenu clair non seulement pour les citoyens soviétiques, mais pour le monde entier. En janvier 1932, le journal français “Le Temps” déclarait : « L’URSS a gagné la première manche, en s’industrialisant sans l’aide des capitaux étrangers ».
Cette conclusion a été reprise par le “Financial Times” britannique : « Les succès remportés dans l’industrie mécanique ne font aucun doute… L’URSS produit désormais tous les équipements nécessaires à ses industries métallurgiques et électriques. Elle a réussi à établir sa propre industrie automobile. Elle a développé une production d’instruments et d’outils qui va des plus petits outils de grande précision aux presses les plus lourdes. En ce qui concerne les machines agricoles, l’U.R.S.S. ne dépend plus des importations de l’étranger… Il ne fait aucun doute que les énormes usines nouvellement construites garantissent une augmentation considérable de la production de l’industrie lourde ».
Les résultats de l’industrialisation rapide, qui a secoué le monde, sont devenus de plus en plus impressionnants au fil des ans. Le pays, où, à la veille des changements révolutionnaires de 1917, 70% de la population ne savait ni lire ni écrire, après avoir remporté la lutte contre l’analphabétisme dans les premières années du pouvoir soviétique, s’est maintenant lancé dans un développement économique et social vertigineux. Et a commencé à se transformer en l’une des premières puissances mondiales.
Dans l’ère “post-soviétique”, nous avons assisté à une crise presque sans fin, à la dégradation de l’économie et à la destruction de la production de haute technologie. Alors que l’Union soviétique avait multiplié sa production industrielle par près de 13 au cours des 30 premières années de son existence. De leur côté, les États-Unis n’ont fait que la doubler au cours des trois mêmes décennies et la Grande-Bretagne l’a augmentée de 60 %.
Dans la Russie capitaliste, la croissance économique annuelle réelle moyenne au cours des dix dernières années était inférieure à 1 %. En Union soviétique, au cours des 12 années précédant la guerre, de 1928 à 1940 seulement, l’économie a connu une croissance de 450 %. Elle a connu une croissance annuelle moyenne de 13,8 %. C’est un indicateur qui, à ce jour, ne peut être surpassé par aucun pays au monde !
Nous devrions être fiers que ce soit l’histoire de notre patrie. Je m’en inspire en cette période difficile. Étudier et appliquer dans des conditions nouvelles son expérience de mobilisation héroïque, de travail, de solidarité sociale et morale des citoyens. C’est seulement ainsi que nous pourrons surmonter les difficultés d’aujourd’hui.
Un plan pour de grandes réalisations
Au cours du premier plan quinquennal soviétique, le volume de la production industrielle du pays a doublé ! Et dans les pays occidentaux, il a diminué en moyenne d’un quart sur la même période. En comparaison avec les chiffres que l’Empire russe affichait à la veille de la Première Guerre mondiale, la production industrielle de l’URSS en 1933 a été multipliée par quatre, contre une croissance de dix pour cent aux États-Unis au cours des mêmes vingt années. En 1933, la part de l’industrie dans le volume total de l’économie soviétique dépassait 70 %. Il dépassait de 16 % le chiffre de 1929 et de 28 % celui de 1913. En trois ans, la production de camions a été multipliée par cinq et celle de voitures particulières par seize.
Dans son rapport au XVIIe Congrès du PCUS (b), Staline résume brièvement et clairement : « Notre pays est devenu un pays fermement et définitivement industrialisé ».
L’industrialisation rapide s’est accompagnée d’un développement sans cesse accéléré de l’agro-industrie soviétique. L’équipement de l’agriculture en tracteurs a été multiplié par près de 6 au cours du premier plan quinquennal, et l’équipement en moissonneuses-batteuses par près de 15. Au cours du premier plan quinquennal, l’État a fourni aux fermes collectives et d’État 111 mille spécialistes techniques et agronomiques, environ deux millions de conducteurs de tracteurs, de moissonneuses-batteuses et de chauffeurs formés, plus d’un million et demi de brigadiers des champs et de l’élevage.
Ces réalisations semblent fantastiques dans le contexte de ce qui se passe dans la Russie “post-soviétique” depuis des décennies. La gabegie du marché a gravement endommagé le secteur agricole et la sécurité alimentaire du pays. La loi sur la vente et l’achat de terrains, contre laquelle nous avons fortement protesté, a joué un rôle particulièrement négatif. Elle a ouvert des possibilités presque illimitées de transférer des terres à la propriété privée. En conséquence, l’irresponsabilité des nouveaux propriétaires-contribuables a conduit au fait que 40 % des terres arables russes ne sont aujourd’hui pas utilisées aux fins prévues. Ce problème est particulièrement aigu dans le contexte des sanctions visant, entre autres, à créer une pénurie de produits alimentaires en Russie.
Nous insistons : il est nécessaire de garantir la sécurité alimentaire en Russie au niveau législatif. Et nous devons accorder une attention particulière au secteur agricole. Fournir aux producteurs des campagnes les équipements et le carburant nécessaires, les semences et les engrais. Créer un fonds d’État pour soutenir les entreprises agricoles. Utiliser les mécanismes de prêts bon marché et de subventions directes à ceux qui travaillent la terre. Pallier le manque de personnel dans les campagnes.
Pour mettre en œuvre ces exigences vitales, nous avons élaboré un certain nombre de programmes visant à redonner vie aux campagnes russes et à améliorer fondamentalement la productivité du secteur agricole. Nos meilleurs spécialistes – V.I. Kashin, N.M. Kharitonov et N.V. Arefiev – y ont travaillé. Les plus importants d’entre eux concernent les nouvelles terres vierges et le développement rural durable. Le bloc financier et économique du gouvernement a longtemps empêché leur mise en œuvre. Mais les faire traîner en longueur dans les circonstances actuelles est inacceptable et extrêmement dangereux.
En comparant les indicateurs qui parlent du retard industriel de la Russie prérévolutionnaire avec les réalisations soviétiques exceptionnelles, nous comprenons qu’un système de gestion économique juste et efficace peut fournir au pays les percées les plus formidables.
En 1913, la Russie était 8 fois derrière les États-Unis en termes de production industrielle, 3,5 fois derrière l’Allemagne, 3 fois derrière la Grande-Bretagne et 1,5 fois derrière la France. La part de la Russie dans la production industrielle mondiale en 1913 n’était que de 4 %. L’économie socialiste a fondamentalement changé la situation. Le pays devint rapidement l’une des principales puissances industrielles.
Au cours de la première période du plan quinquennal, 1500 nouvelles grandes entreprises industrielles ont été mises en service. Des industries entières ont été créées : aviation, machines-outils, automobiles, produits chimiques, construction d’appareils, machines agricoles. Elles n’auraient pas pu être développées sans les formidables réalisations de la sidérurgie, de la production d’aluminium et d’acier inoxydable. C’est également à cette époque que la plupart des travaux ont été réalisés pour mettre en œuvre le plan GOELRO élaboré immédiatement après la révolution – la Commission d’État pour l’électrification de la Russie. La capacité des centrales électriques nationales a été multipliée par 2,5. Le plan quinquennal a permis de construire une base économique solide – l’industrie lourde et l’agriculture mécanisée.
Les opportunités et les avantages de l’économie socialiste planifiée sont devenus indéniables à cette époque. Ils le sont toujours aujourd’hui. Et il est tout simplement criminel de les abandonner, alors que l’Occident tente de pousser notre pays vers le chaos socio-économique.
En novembre 2021, le chef de l’État a signé un décret “Sur les fondements de la politique de l’État dans la sphère de la planification stratégique en Russie”. Il reconnaît enfin ce sur quoi le KPRF insiste depuis longtemps : sans planification stratégique, il est impossible de déterminer les objectifs réellement importants du développement socio-économique qui répondent aux intérêts fondamentaux du pays, et de trouver les moyens de les atteindre. D’autant plus aujourd’hui, où nous avons doublement besoin d’une mobilisation maximale et d’un calcul précis de nos actions. Nous appelons à la mise en œuvre urgente de cet objectif. Nous devons enfin faire ce que nous demandons depuis de nombreuses années : créer un comité d’État pour la planification stratégique, qui coordonnera ce travail.
La mise en œuvre réussie des plans quinquennaux soviétiques reposait sur une augmentation constante du financement des secteurs industriels les plus importants. Le montant total des investissements en capital au cours de la première période de cinq ans a dépassé le double des dépenses des 11 années précédentes. Cinquante pour cent de tous les investissements en capital ont été consacrés au développement de l’industrie. Et sur ce montant, les trois quarts ont été alloués à l’industrie lourde.
À l’instar de l’URSS de la fin des années 1920 et du début des années 1930, la Russie d’aujourd’hui, qui doit également s’atteler à l’industrialisation et à la modernisation accélérées, n’a ni le temps ni le droit de compter sur les investisseurs privés, qu’ils soient extérieurs ou intérieurs. Une économie confrontée à de tels défis doit avant tout compter sur les investissements publics.
Mais au lieu de mettre en œuvre ce principe, le système financier a été privé de ses ressources pendant des années. Pendant les années de “réformes” du marché, plus de mille milliards de dollars ont été retirés du pays. Au taux de change actuel, cela représente 80 000 milliards de roubles, soit près de quatre budgets fédéraux ! Le retrait des capitaux s’est surtout accéléré au cours des deux dernières années, durant lesquelles 122 milliards de dollars, soit 9 000 milliards de roubles, ont quitté le pays. Nous avons insisté pour que les recettes en devises des exportateurs russes restent dans le pays et qu’au moins la moitié d’entre elles aillent au Trésor public. Cependant, les autorités ont ignoré la demande de contrôle strict des flux financiers. La monnaie était librement exportée à l’étranger, où elle est maintenant gelée pour une période indéfinie.
Nous demandons la fin du modèle défectueux de gestion du système financier. Il ne peut pas se plier aux intérêts anti-étatiques de l’oligarchie et doit œuvrer pour le développement du pays.
La mission essentielle de la Banque centrale doit être de promouvoir la croissance économique. La responsabilité de la Banque centrale concernant le taux de change du rouble et la stabilité de la monnaie nationale doit être accrue. Développer l’utilisation du rouble dans les règlements avec les pays étrangers de manière planifiée. Rétablir les banques d’État sectorielles – la banque industrielle, la banque de la construction, la banque agricole et la banque de la science et de la technologie. Nous devons les orienter vers le développement économique et social.
Le pays doit de toute urgence mettre en place des mécanismes de prêt sans intérêt aux entreprises, garantis par l’État et les autorités régionales. Ce sont ces mesures financières qui sont nécessaires pour relancer la production nationale, plutôt que des taux de crédit plus élevés pour les entreprises, sur lesquels insistent encore les hauts fonctionnaires libéraux.
La Russie doit limiter strictement l’exportation des capitaux et assurer le processus de déoffshorisation réelle de l’économie nationale, qui a été promis pendant des années sans être réalisé dans la pratique.
Le KPRF a élaboré un programme visant à améliorer la politique financière de l’État et a préparé un ensemble de lois pertinentes sur lesquelles ont travaillé Youri Afonine, Nikolaï Kolomeitsev, Sergey Gavrilov et d’autres membres de notre équipe parlementaire.
La croissance rapide de l’industrie a permis au pays soviétique d’éliminer complètement le mal social qu’est le chômage à la fin de 1930. Et jusqu’aux derniers jours du pays des Soviets, nos citoyens n’ont pas rencontré ce terrible phénomène. Le code du travail soviétique ne se contentait pas de consacrer le droit au travail et d’interdire le licenciement d’un employé sans raison valable – simplement au gré de l’employeur, comme c’est souvent le cas aujourd’hui. Ce code garantissait aux travailleurs un emploi dans leur spécialité, excluant la possibilité que les connaissances acquises dans l’enseignement supérieur ou professionnel ne leur soient d’aucune utilité.
Cependant, des millions de personnes en Russie sont aujourd’hui au chômage ou n’ont pas d’emploi permanent. Le programme annoncé par le gouvernement pour stimuler l’emploi et soutenir les moyennes et petites entreprises n’a pas été réellement mis en œuvre.
En 2012, le président a fixé l’objectif, dans l’un de ses décrets de mai, de créer 25 millions d’emplois hautement productifs d’ici 2020. Mais huit ans plus tard, au lieu d’augmenter leur nombre, nous avons constaté une réduction, de 18,3 millions en 2014 à 17 millions en 2020. La raison en est évidente : là où il n’y a pas de développement de secteurs économiques avancés, il ne peut y avoir de croissance des emplois correspondants.
L’une des exigences les plus importantes de notre programme est de protéger de manière fiable les travailleurs contre le chômage. Il est urgent de créer un programme d’État de soutien à l’emploi qui réponde aux défis d’aujourd’hui. Cependant, cette tâche ne peut être remplie qu’avec le développement rapide du secteur industriel national, dont la modernisation léniniste et stalinienne est un brillant exemple.
Une alternative à la dépendance vis-à-vis des matières premières
Les résultats du deuxième plan quinquennal soviétique (1933-1937) ne sont pas moins impressionnants que ceux du premier plan quinquennal. Le volume de la production industrielle a continué à croître au même rythme élevé et a doublé en cinq ans. La production d’électricité a été multipliée par 2,7. 80 % de l’ensemble de la production industrielle était générée par les usines nouvellement construites ou entièrement reconstruites au cours des périodes du premier et du deuxième plan quinquennal. La productivité du travail industriel a doublé.
4 500 grandes entreprises industrielles ont été mises en service. Parmi les principales, citons les usines de construction lourde d’Ouralsk et de Kramatorsk, l’usine de tracteurs de Tcheliabinsk, l’usine de wagons de l’Oural, les usines métallurgiques de Novolipetsk et de Novo-Ouralsk. En 1935, la première étape du métro de Moscou a été mise en service, qui est devenu la fierté du pays et l’ornement de la capitale.
Au cours des premières années du troisième plan quinquennal, qui a été interrompu par la guerre, le succès de l’économie soviétique est devenu une preuve absolument irréfutable des avantages du socialisme. Le pays se classe au deuxième rang mondial et au premier rang européen pour les principaux types d’industrie lourde. Trois mille nouvelles grandes entreprises industrielles ont vu le jour au cours de la seule année 1937-1939. Des centrales électriques, des raffineries de pétrole, des cimenteries, des usines de pâte à papier et de papier ont été mises en service. Le nombre d’ouvriers et d’employés soviétiques de l’avant-guerre 1940 est passé à 31 millions, soit presque le triple par rapport à 1928.
Au début de la guerre, l’URSS occupe la première place en Europe pour les principaux types de ressources naturelles et de matières premières. Pour certaines d’entre elles, c’était la première fois au monde. Mais à cette époque, les matières premières n’étaient pas exportées. Elles étaient utilisées pour le développement économique du pays, pour la production de produits de haute qualité, surtout des métaux, du fer et de l’acier. Ces métaux, transformés en avions, en tanks et en missiles Katioucha, ont aidé le soldat soviétique à vaincre le pire ennemi que la Russie ait jamais affronté. Ils ont littéralement sauvé notre patrie pendant la Grande Guerre Patriotique.
L’absence de dépendance à l’égard des exportations de matières premières était l’une des caractéristiques les plus importantes qui distinguaient fondamentalement l’économie soviétique de celle d’aujourd’hui. Et lui a donné l’autosuffisance qui fait tant défaut dans l’environnement sanctionné actuel.
Ceux qui jugent l’économie soviétique de manière superficielle ou sur la base de sources peu fiables sont souvent convaincus qu’au fil des ans, elle est devenue de plus en plus orientée vers l’exportation de matières premières. Elle est censée en être devenue aussi dépendante que l’économie de la Russie moderne. Mais c’est une vision déformée. Jusqu’aux dernières années de son existence, lorsque l’économie soviétique, à l’instigation de l’entourage de Gorbatchev, a commencé à être reprise par des destructeurs renégats, elle était caractérisée par la structure multi-économique caractéristique de la plupart des pays développés.
Ainsi, alors que les exportations de pétrole de l’URSS ont été multipliées par 7,7 entre 1960 et 1987, les exportations d’électricité ont été multipliées par 18, celles d’équipements pour l’industrie chimique par 19, celles d’équipements pour l’industrie textile par 21, celles d’équipements énergétiques par 56 et celles d’équipements pour l’industrie du bois, de la pâte à papier et de la transformation du bois par 77.
La réalisation rapide de la diversité sectorielle est un élément vital pour notre économie, tant en termes de saturation du pays en produits nationaux qu’en termes de compétitivité sur le marché extérieur.
Aujourd’hui, certains experts sèment ouvertement la panique, nous faisant craindre que, d’ici la fin de l’année, la Russie pourrait perdre la moitié de ses exportations de pétrole et de gaz et se trouver ainsi confrontée à un déficit budgétaire critique. Mais avec les bonnes politiques, nous avons toutes les chances de réussir à mobiliser la production de haute technologie. Elle libérera réellement l’économie russe de sa dépendance à l’égard des matières premières.
Nous sommes favorables à la mise en œuvre rapide de cette tâche fondamentale. Nous sommes favorables à une réduction progressive des exportations de pétrole et de gaz pour mieux approvisionner le marché intérieur et réduire les prix intérieurs des produits pétroliers. Dans le même temps, nous devons assurer le développement de l’industrie du raffinage du pétrole en améliorant la qualité des produits du secteur primaire.
Mais pour résoudre ce problème, il faut écarter de la barre économique l’oligarchie, qui n’y a pas intérêt. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de restituer à la propriété publique les richesses naturelles et les industries stratégiques de la Russie : l’électricité, les transports, le complexe militaro-industriel, les champs de pétrole et de gaz, les usines et les mines illégalement privatisées.
Ces mesures doivent être accompagnées d’une augmentation des dépenses de développement économique du budget et du Fonds national de bien-être. Et le contrôle de l’État sur les exportations et les importations doit être assuré afin de créer les conditions les plus favorables pour les producteurs nationaux.
Il est urgent d’évaluer, au niveau de l’État, le potentiel industriel qui subsiste dans les régions russes, en vue de le renouveler et de l’intégrer rapidement dans des activités productives.
Aujourd’hui, il est important de se rappeler qu’en URSS, c’est l’industrialisation et la modernisation de l’économie qui ont conduit au développement rapide de la sphère sociale. Et cela était étroitement lié à la croissance du secteur de la construction. Au début des années 50, les commandes annuelles de logements ont été multipliées par près de 8 par rapport à la fin des années 20. Le nombre de théâtres, de cinémas, de clubs, de bibliothèques a fortement augmenté. Des sanatoriums et des maisons de repos ont été activement construits. Tous ces avantages étaient gratuits pour les citoyens soviétiques, y compris le logement qui était fourni par l’État.
Avec le retour du capitalisme, l’acquisition d’un logement est devenue un luxe inabordable pour la plupart des gens. La famille moyenne doit soit économiser pendant 15 à 20 ans pour acheter un appartement standard en ville, en mettant de côté tout l’argent qu’elle gagne à cette fin. Ou ils peuvent s’endetter volontairement, sans savoir s’ils s’en sortiront un jour.
La détérioration du parc immobilier à l’ère du “marché libre” a pris des proportions alarmantes. La détérioration des infrastructures communales varie de 40 à 80 % selon les régions.
Nous insistons : nous devons construire des logements sociaux à grande échelle pour les citoyens russes et les personnes déplacées du Donbass et d’Ukraine. Et voir le droit au logement comme une garantie du droit à la vie.
L’État doit investir massivement dans la construction de logements et les services publics. L’industrie de la construction n’a pas seulement une importance sociale particulière, elle est aussi une locomotive unique qui entraîne derrière elle de nombreux autres secteurs de production. Cela devrait être le point de départ de la politique économique de tout État qui veut se développer avec succès.
L’éducation pour la transformation
L’éducation de qualité accessible à tous, que le système soviétique avait réussi à garantir à chacun, n’était pas seulement un bien social. Il s’agissait d’une base intellectuelle et professionnelle des réalisations exceptionnelles de l’Union soviétique.
L’accessibilité de l’éducation dans l’État soviétique et la participation rapide des couches sociales les plus larges à cette éducation sont visibles ne serait-ce que par ce fait : au début de l’année 1933, environ 17% des étudiants de l’enseignement supérieur de l’URSS étaient des paysans, alors qu’en Allemagne, à l’époque, la part des paysans dans l’enseignement supérieur dépassait à peine 2%.
De 1933 à 1938, 20 000 nouvelles écoles ont été construites dans le pays. Seize mille d’entre elles ont été ouvertes dans les zones rurales. Au début de la Grande Guerre patriotique, cinq fois plus d’enfants étudiaient dans les écoles secondaires qu’avant l’arrivée au pouvoir des communistes. Le nombre d’élèves de l’enseignement secondaire a été multiplié par 30 par rapport à la période prérévolutionnaire. Le nombre d’étudiants a été multiplié par huit.
Mais depuis l’effondrement de l’URSS, un tiers des écoles en Russie ont été fermées. Et dans les zones rurales, leur nombre a été réduit de moitié. Le nombre d’écoles professionnelles a été divisé par dix ! Il s’agit du sabotage le plus réel contre notre pays, organisé par les mains des “réformateurs”, qui ont agi sur la base de programmes manifestement anti-russes, obtenus auprès de la Fondation Soros et d’autres structures étrangères. C’est pourquoi il est si difficile aujourd’hui de trouver un bon tourneur, fraiseur, ajusteur et soudeur. Ces professions, qui sont aujourd’hui extrêmement nécessaires pour la nouvelle industrialisation et la substitution rapide des importations, ont en fait été éliminées dans notre pays.
Nous insistons : pour relancer le système démantelé de l’enseignement professionnel et lui apporter le soutien efficace de l’État, il est nécessaire de restaurer le Comité d’État qui gérera cette sphère. Sans cela, il sera impossible de pallier la pénurie de travailleurs hautement qualifiés dont nous avons désespérément besoin aujourd’hui.
En 1940, l’État soviétique a consacré 13 % de son budget total à l’éducation. Et même au plus fort de la guerre, en 1942, il a alloué 6 % des dépenses budgétaires à l’éducation. Et en 1945, année de la victoire, ce chiffre a été multiplié par 2,5 et représentait 17 % du trésor soviétique.
La part actuelle des investissements publics dans ce domaine ne représente qu’un quart des dépenses de l’URSS d’avant-guerre. La Russie d’aujourd’hui, selon l’Institut de statistique de l’UNESCO, est tombée à la 120e place mondiale pour la part des dépenses d’éducation ! Au cours des dix dernières années, les dépenses totales du budget fédéral consacrées à l’éducation ne dépassent pas 5 % de ses dépenses. Et il ne dépasse pas un pour cent du produit intérieur brut. Les dépenses des budgets fédéral et régionaux pour la section “Éducation” n’atteignent que 3,6 % du PIB, ce qui est aussi catégoriquement insuffisant.
Outre le vol financier de l’éducation, l’un des principaux crimes des “réformateurs” a été la destruction intellectuelle et morale de l’héritage exceptionnel de l’école russo-soviétique. Nos meilleures réalisations ont été effacées des programmes scolaires, la russophobie, l’antisoviétisme et de grossières déformations de l’histoire nationale y ont pénétré. L’abaissement du niveau d’éducation sape le potentiel intellectuel et spirituel de la société. Cela s’exprime pleinement dans le système défectueux de l’examen d’État unifié – EEU [essentiellement basé sur des QCM, NdT], une “innovation” imposée à la Russie, à laquelle la KPRF s’est toujours opposée et continue de s’opposer vigoureusement.
Non seulement l’EEU ne parvient pas à améliorer la qualité de l’enseignement, mais il dévalorise de manière flagrante les connaissances les plus importantes. Il sape l’autorité de domaines scientifiques clés, sans le développement desquels il est impossible de compter sur la percée technologique de la Russie annoncée dans les décrets et messages présidentiels.
En 2019, un groupe de scientifiques chinois dirigé par l’académicien Jin Xizhang a mené sa propre étude et a étudié l’évolution du niveau d’éducation dans 43 pays au cours des 30 dernières années. La conclusion des scientifiques est la suivante : l’Occident a imposé à la Russie le ruineux système EEU, qui prépare des “biorobots”, détruit les connaissances, condamne les écoliers à la dégradation et au retard éternel. L’EEU est la principale menace pour le développement de la technologie en Russie” et “la plus grande subversion de l’Occident”.
En même temps que les écoles, l’enseignement supérieur a été saboté. La plupart des établissements d’enseignement supérieur ont été soumis à des rations de famine. Même à Moscou, le salaire moyen d’un professeur est de 35 à 40 000 roubles, celui d’un professeur associé de 25 000 roubles, celui d’un assistant de 15 à 20 000 roubles. L’allocation moyenne d’un étudiant ne représente qu’un maigre 13 % du minimum vital officiellement établi, alors qu’elle était de 80 % en Union soviétique. Et pour ceux qui suivent un enseignement professionnel, le chiffre est d’à peine 5% – 16 fois moins qu’à l’époque soviétique !
L’un des principaux vices du système du capitalisme sauvage est la perte du lien entre l’activité économique et le progrès scientifique et technologique, sans lequel le développement et l’avenir digne de l’État et de la société sont absolument impossibles.
Une révision fondamentale des politiques dans ce domaine est un élément essentiel de notre programme. L’un des documents clés qui le sous-tend est le projet de loi sur l’éducation pour tous. Les meilleurs scientifiques et représentants du KPRF à la Douma d’État y ont travaillé : J.I. Alferov, I.I. Melnikov, V.I. Kashin, O.N. Smolin, Y.V. Afonin, D.G. Novikov, S.E. Savitskaya, T.I. Pletneva, N.A. Ostanina… Je suis convaincu que sans la mise en œuvre de cette loi, il est impossible de faire revivre la remarquable école russo-soviétique détruite par les “réformateurs” libéraux.
Nous devons résolument abandonner la vision de l’éducation comme un service, réfuter toute justification de sa commercialisation, de son inclusion dans la sphère des affaires. Nous demandons que le système trompeur de l’EEU soit remplacé par un examen traditionnel à part entière qui ne joue pas aux devinettes avec les étudiants, mais révèle objectivement leurs véritables connaissances et capacités. Et abandonner l’idée vicieuse d’imposer l’enseignement à distance aux écoles et aux universités, que les destructeurs libéraux du système éducatif ont commencé à mettre activement en œuvre sur fond de pandémie.
Les dépenses publiques en matière d’éducation devraient être doublées pour atteindre au moins 7 % du PIB. Sans cela, tout appel et toute promesse de percée technologique seront sapés par une dégradation intellectuelle croissante et la destruction du potentiel scientifique du pays.
Dans toutes les régions, les salaires des enseignants doivent être au moins égaux à la moyenne russe. Les salaires des enseignants de l’enseignement professionnel devraient être au moins doublés par rapport aux salaires actuels. Et les salaires des enseignants universitaires devraient être au moins deux fois plus élevés que le salaire moyen russe.
Les manuels qui prêchent la russophobie, nient l’idéologie de la justice sociale et de l’égalité, et dénigrent et déforment l’histoire de la Russie doivent être retirés des écoles et des universités. Les œuvres remarquables des auteurs soviétiques, qui sont les meilleurs exemples de moralité et de patriotisme, devraient être réintégrées dans les programmes scolaires.
Pour se défaire du joug du capital antinational et aller de l’avant avec confiance, la Russie doit sentir qu’elle est l’héritière non seulement de Pouchkine, Lermontov, Tolstoï, Tourgueniev, Nekrasov et Tchekhov, mais aussi de Gorki, Cholokhov, Simonov, Isakovsky, Tvardovsky, Bondarev et Raspoutine. Prokofiev et Sviridov, Mukhina et Vuchetich, Makarenko et Sukhomlinsky, Kurchatov et Keldysh, Korolev et Gagarine, Zhukov, Rokossovsky, Vasilevsky et Konev. Le pays doit être fier que cette pléiade de noms brillants, couronnement de la civilisation russe, ou bien née de l’ère soviétique, de la patrie socialiste, de la patrie de Lénine et de Staline.
Nous demandons l’adoption d’une loi sur la protection de la langue russe en tant que plus grand trésor national. C’est aussi à l’école qu’incombe en grande partie la responsabilité de faire naître l’amour de la culture et de la préserver.
Rappelons les propos de Konstantin Dmitriyevich Oushinsky, le fondateur du système pédagogique russe, sur l’importance inestimable de la langue maternelle : « En tant qu’enregistrement le plus complet et le plus fidèle de toute la vie spirituelle du peuple, la langue est en même temps le plus grand mentor national, qui a enseigné aux gens quand il n’y avait ni livres ni écoles, et qui continue à les enseigner jusqu’à la fin de l’histoire nationale… La langue est le lien le plus vivant, le plus abondant et le plus fort, reliant les générations passées, vivantes et futures de personnes en un grand ensemble historique vivant. Quand la langue d’un peuple disparaît, la nation n’existe plus ! Aussi longtemps que la langue du peuple est vivante dans sa bouche, aussi longtemps le peuple sera vivant ».
Nous, communistes, ne cessons de nous en souvenir, en défendant la langue russe, notre culture nationale, la science et l’éducation, qui ont toujours été et sont défendues par les vrais patriotes de Russie.
Le fondement scientifique de l’État
La base des victoires économiques et sociales exceptionnelles du pays soviétique était le développement rapide de la science, qui était l’un des principaux objectifs de l’État depuis les premiers jours de l’industrialisation de Staline. Le pouvoir soviétique lui-même est né sur la base scientifique de la remarquable doctrine marxiste-léniniste. Et l’adhésion à la politique et à l’économie de la connaissance était une loi immuable. Avec chaque plan quinquennal, la contribution et les réalisations de l’État dans le domaine scientifique ont augmenté. Même la guerre n’a pas pu arrêter ce processus. Et dans les années d’après-guerre, notre pays est devenu sans conteste un leader mondial du développement scientifique.
En cinq ans, de 1950 à 1955, le nombre de chercheurs dans les principaux instituts de recherche, où se concentre l’essentiel du potentiel scientifique, est passé de 75 à 95 000. Et dans les cinq années suivantes, il a atteint 200 000. Autrement dit, au cours de ces cinq années, le nombre de scientifiques en URSS a augmenté de 20 000 par an. Nos spécialistes ont été formés au plus haut niveau. Ce sont eux qui ont créé le bouclier nucléaire, qui protège toujours de manière fiable la puissance russe des empiètements militaires de ceux qui veulent l’asservir. Ce sont eux qui ont ouvert la voie à l’exploration de l’espace pour notre pays. Ce sont leurs réalisations qui font aujourd’hui la fierté de notre peuple et l’admiration du monde entier.
Un quart de siècle plus tard, au milieu des années 80, plus de 500 associations de recherche et de production fonctionnaient en URSS, ce qui a permis d’intégrer activement la science dans la production et l’économie nationale. L’Union soviétique comptait 1 200 instituts de recherche et bureaux d’études indépendants. Plus de 500 d’entre eux opéraient dans le complexe de construction de machines. Un scientifique sur quatre dans le monde était un citoyen soviétique. Une invention sur trois sur la planète a été faite dans notre pays.
À cette époque, 70 centres de travail créatif scientifique et technique de la jeunesse existaient en URSS. La mise en œuvre du “Programme complexe de progrès scientifique et technologique des États membres du CAEM” a commencé. Et le rôle clé ici appartenait à la science soviétique et à nos scientifiques. Les pays socialistes ont commencé à produire conjointement des ordinateurs, des systèmes laser, des systèmes de transmission de données numériques, des automatismes et d’autres produits de haute technologie. De nouveaux équipements de coupe des métaux, de nouveaux matériaux à base de métaux ferreux et non ferreux et des composés réfractaires utilisant les méthodes de la métallurgie des poudres ont été créés. La biotechnologie se développe activement. L’économie socialiste prouvait sa capacité à se moderniser de manière dynamique et à mettre activement en œuvre des innovations. Elle prouvait sa capacité non seulement à suivre le rythme de l’économie capitaliste, mais aussi à la dépasser dans son développement.
Il ne fait aucun doute que le socialisme aurait bientôt remporté la compétition économique entre les deux systèmes sans équivoque, si une cohorte de traîtres purs et simples et d’opportunistes sans scrupules n’avaient pas infiltré les échelons supérieurs du pouvoir et commencé à miner le système de l’intérieur. Ils ont agi comme des alliés des forces extérieures qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour enterrer l’URSS et le Comecon socialiste.
La conséquence directe de cette situation a été également le refus de l’État de soutenir et de renforcer pleinement la science nationale. Au fil des ans, son financement a diminué, tant par rapport aux dépenses budgétaires totales que par rapport au PIB. Sous le capitalisme, un pays qui était la première puissance scientifique mondiale à l’époque soviétique s’est retrouvé à dépenser autant de fonds publics pour la science fondamentale que l’Amérique et les principaux pays européens pour l’entretien d’une grande université !
Maintenant, nos adversaires cherchent à porter un autre coup dévastateur. Et s’appuient largement sur le retard technologique de la Russie, permis par trois décennies de dégradation par le marché. Nous ne pourrons remporter la victoire dans cette difficile confrontation qu’en réalisant une percée intellectuelle majeure. Mais cette tâche ne peut être accomplie sans le soutien complet de la science moderne. L’expérience soviétique a prouvé l’efficacité de son intégration dans la production, dans l’économie nationale. Aujourd’hui, nous devons multiplier par plusieurs fois le financement des activités scientifiques des scientifiques nationaux et porter à au moins 30 % la part des organisations où elles sont menées.
Il est vital pour nous de développer les hautes technologies et de restaurer les capacités de production, ce qui nous aidera à construire une économie forte et indépendante. Pour cela, il faut investir dans la science fondamentale. Créer de nouveaux laboratoires sur une base sectorielle, afin d’accélérer le progrès scientifique et technologique. Mettre en œuvre immédiatement des nouveaux développements dans la production réelle.
Une attention particulière doit être accordée à l’électronique, aux machines-outils, à la robotique et à l’intelligence artificielle. Nous avons montré à plusieurs reprises dans nos documents politiques comment nous pouvons résoudre les problèmes dans ces domaines. Et nous avons mis des propositions sur la table du président, du premier ministre et des responsables des principaux ministères, élaborées avec les directeurs des grandes entreprises et les scientifiques de l’Académie des sciences de Russie.
Notre pays dispose d’une base puissante pour réaliser des percées scientifiques et technologiques. Cela inclut le célèbre Akademgorodok de Novossibirsk, l’une des perles du grand héritage soviétique. Et l’université académique de recherche nationale de Saint-Pétersbourg, qui porte le nom de son fondateur, le lauréat du prix Nobel Jaures Alferov, qui a travaillé brillamment non seulement dans le domaine scientifique, mais aussi en tant que membre de l’équipe de députés du KPRF à la Douma d’État. Dans les murs de l’université qu’il avait fondée, il y avait pour la première fois un lycée de physique et de mathématiques, une université et une installation de production ultramoderne. Mais au lieu de lui apporter un soutien maximal, le gouvernement ferme les yeux alors que des prédateurs rôdent autour de l’université, cherchant à s’emparer des terres sur lesquelles se trouve cette institution unique.
Si nous voulons surmonter le retard technologique et remettre la Russie sur la voie du développement avancé qui garantira notre invulnérabilité à toute sanction, nous devons mettre un terme à ces pratiques criminelles. Protéger la dignité, les intérêts professionnels et sociaux des personnes de science. Et de réviser radicalement la politique de l’État dans ce domaine très important.
En 1931, le dramaturge britannique Bernard Shaw, lauréat du prix Nobel, a déclaré : « Si l’expérience que Lénine a entreprise dans le domaine de l’ordre social échoue, alors la civilisation s’effondrera, comme se sont effondrées de nombreuses civilisations qui ont précédé la nôtre. »
Grâce à la modernisation léniniste-stalinienne, le système soviétique a réussi à se maintenir et à atteindre des sommets incroyables. Mais au tournant des XXe et XXIe siècles, après sa destruction perfide, notre pays a perdu son leadership dans la civilisation mondiale. En même temps, la civilisation mondiale a commencé à tomber dans une crise profonde et dans l’obscurantisme, qui a atteint un degré extrême de nos jours. Le seul moyen de sortir de cet abîme fatal pour nous est la réforme socialiste de la Russie, s’opposant au fascisme mondialiste sur la base d’une politique de développement intelligente et patriotique.
Le bouclier fiable de la médecine
Les réalisations scientifiques exceptionnelles de l’Union soviétique ont constitué une base indispensable non seulement pour l’industrialisation, mais aussi pour le développement de la médecine soviétique. Les percées scientifiques sont à l’origine de l’énorme succès des soins de santé nationaux et de la pharmacie, qui ont commencé à prendre rapidement de l’ampleur pendant le deuxième plan quinquennal stalinien. Grâce à cela, notre pays a été le premier à vaincre, dans les années 30, de nombreuses infections dangereuses dont l’éradication était auparavant considérée comme impossible par le monde entier. Les spécialistes soviétiques ont créé de nouveaux médicaments, jusqu’alors inconnus. Parmi eux, un rôle particulier a été joué par la pénicilline, qui a sauvé la vie de millions de soldats au front de la Grande Guerre patriotique.
Sans ces brillantes victoires dans le domaine médical, l’énorme croissance démographique de l’ère soviétique n’aurait pas été possible.
Malgré toutes les difficultés et les terribles pertes humaines subies au cours de la première moitié du vingtième siècle dans trois guerres – deux guerres mondiales et la guerre civile – la population du pays soviétique a connu une croissance constante et rapide. Alors qu’en 1913, 159 millions de personnes vivaient à l’intérieur des frontières de la future URSS, pendant l’ère soviétique, ce nombre a augmenté de 85 % pour atteindre 294 millions. Dans ce qui est aujourd’hui la Russie, au début du 20e siècle, il y avait 67 millions de personnes, et pendant l’ère soviétique, la population est passée à 148 millions – 2,2 fois plus !
Au début du vingtième siècle, l’espérance de vie en Russie était de 32 ans, ce qui est stupéfiant. Aux États-Unis, elle était alors de 49 ans. Mais en 1967, lorsque le pays des Soviets a célébré le 50e anniversaire de la révolution socialiste, nos citoyens vivaient en moyenne 70 ans. Les Américains n’ont pas réussi à atteindre ce chiffre. Ils avaient trois ans de retard sur l’Union soviétique en termes d’espérance de vie moyenne. Au cours de la même période, l’Union soviétique devançait non seulement les États-Unis, mais aussi des pays comme la France, la Belgique et la Finlande en termes d’espérance de vie. Elle se situait au même niveau que le Japon, l’Allemagne, l’Italie et le Canada.
Ce sont là des réalisations uniques de la puissance soviétique, dont les citoyens étaient protégés par le bouclier robuste de la science et de la médecine avancées.
Mais au cours des 30 dernières années, en Russie et dans d’autres anciennes républiques soviétiques, qui ont été contraintes d’abandonner le socialisme, le nombre de Russes a diminué de 20 millions à lui seul. La perte de population dans notre pays au cours des trois dernières années a été de plus de deux millions. C’est le prix terrible d’une attitude irresponsable vis-à-vis des soins de santé et de la science, sans laquelle la médecine et les produits pharmaceutiques indépendants des importations et autosuffisants ne peuvent se développer.
Au cours des 20 dernières années, le montant du financement public des soins de santé en Russie a oscillé entre 3 et 4 % du PIB, alors qu’il faudrait 7 %. Il en résulte de faibles salaires pour les travailleurs de la santé et la détérioration de l’infrastructure médicale. La situation a été aggravée par une “optimisation” irresponsable de la sphère médicale. Elle a été menée sous le prétexte de mettre de l’ordre dans le système national de santé, de le moderniser et de supprimer les coûts bureaucratiques. Mais en réalité, elle a conduit à ce que le nombre d’hôpitaux et de lits d’hôpitaux soit réduit de moitié, et à ce que le personnel médical soit soumis à une réduction massive et totalement injustifiée, ce qui a entraîné une pénurie aiguë de personnel. Les problèmes accumulés étaient particulièrement aigus dans le contexte de la pandémie de coronavirus, qui a placé la Russie au premier rang mondial en termes de mortalité.
À l’été 2020, au milieu d’une épidémie en pleine expansion, le Parti communiste a présenté un programme clair et cohérent de mesures urgentes destinées à sauver la médecine du pays. À l’époque, ce programme fut pratiquement ignorée par les autorités. Mais aujourd’hui, dans le contexte de sanctions hostiles, dont le scénario prédateur consiste à priver notre pays d’équipements médicaux modernes et d’une série de médicaments essentiels, ce programme devient encore plus urgent.
Garantir la disponibilité et la qualité des soins de santé n’est possible que si les dépenses publiques dans ce domaine sont au moins doublées. Et surtout, le système de soins de santé primaires doit être restauré.
Dans la situation actuelle, il est nécessaire de prendre une décision pour fournir aux pauvres les médicaments nécessaires gratuitement ou à des conditions préférentielles. Je vous rappelle qu’en 2021, le coût moyen d’un paquet de médicaments en Russie a augmenté de 12,5 %. Le prix des médicaments importés a augmenté de 20 à 40 %, et certains d’entre eux ont doublé. À long terme, les problèmes pourraient être encore plus graves. Nous devons tout faire pour éviter une nouvelle aggravation dans ce domaine. Il s’agit de l’une des tâches les plus urgentes, tant en termes de stabilité sociale que de sécurité nationale.
Sa mise en œuvre nécessite le transfert des entreprises pharmaceutiques sous le contrôle du ministère de la santé. Et une augmentation radicale de leur financement par le fonds souverain. Le travail de ces entreprises doit être réalisé en stricte conformité avec les programmes et les demandes du ministère de tutelle. C’est le seul moyen de surmonter rapidement notre dépendance à l’égard des médicaments et des composants importés, qui devient extrêmement dangereuse dans le contexte de la politique de sanctions de l’Occident.
Nous demandons également la fin de la pratique de l’admission payante dans les écoles et collèges de médecine. Il est catégoriquement inacceptable que l’accès à la profession médicale pour de l’argent soit donné à des personnes qui n’ont pas les capacités nécessaires et qui ne s’y engagent pas véritablement. C’est une voie directe vers une dégradation accrue de la médecine, dont dépendent la santé et la survie de la nation.
La catastrophe démographique, qui menace la Russie, a deux composantes principales. Il s’agit du taux de mortalité élevé et du taux de natalité extrêmement bas, dont les chiffres de ces dernières années sont les plus mauvais depuis le début des années 2000.
Des mesures sociales essentielles devraient stimuler le taux de natalité : amélioration du bien-être des travailleurs, rétablissement d’un système complet et efficace d’allocations pour les familles nombreuses, fourniture de logements aux jeunes familles et mise en œuvre d’un programme national ambitieux de protection de la maternité et de l’enfance. Mais la réduction de la mortalité, sans laquelle il est également impossible d’améliorer la situation démographique, nous n’y parviendrons que si nous relançons la médecine nationale sur la base des exigences de notre programme et de l’expérience exceptionnelle du système de santé soviétique.
Les réalisations inégalées de l’ère soviétique, dont l’éclat particulier s’est manifesté dans les exploits ouvriers, scientifiques et sociaux de l’industrialisation stalinienne, reposaient sur deux axes, sur les deux principes fondateurs du monde russe – celui de l’ouvrier et celui du paysan. Ces deux fondements étaient également unis dans la personnalité exceptionnelle du dirigeant soviétique Staline. C’est ce que l’écrivain allemand Lion Feuchtwanger a remarqué chez lui, qui, après avoir fait connaissance avec notre pays, a cherché avec insistance à diffuser à l’Ouest la vérité sur l’URSS – contrairement aux mythes de la propagande réactionnaire sur le “totalitarisme soviétique”. Dans son livre Moscou, 1937, écrit en France, il dit de Staline : « Il est le paysan et l’ouvrier russe élevé au rang de génie, à qui la victoire est assurée, car il réunit en lui la force des deux classes ».
Feuchtwanger entendait avant tout la victoire politique et socio-économique de Staline et du pays qu’il dirigeait. Mais ces paroles, écrites quatre ans avant l’attaque d’Hitler contre l’Union soviétique, se sont révélées prophétiques également en ce qui concerne la grande victoire de notre pays, remportée sur les champs de bataille du fascisme.
Cette victoire a été forgée dans l’union des plus grandes idées de notre peuple, venues du fond des siècles et incarnées par la plus grande force de la société soviétique – les idées de souveraineté et de socialisme. Leur union est exprimée avec toute la clarté et la force de son discours aux défenseurs de la patrie soviétique, que Staline a prononcé du haut de la tribune du Mausolée le 7 novembre 1941, lors du défilé militaire marquant le 24e anniversaire de la Révolution d’Octobre : « Que l’image courageuse de nos grands ancêtres – Alexandre Nevsky, Dmitry Donskoï, Kouzma Minin, Dmitri Pojarski, Alexandre Souvorov, Mikhaïl Koutouzov – vous inspire dans cette guerre. Que l’invincible bannière du grand Lénine brille sur vous ! »
Aujourd’hui, confrontés à un nouveau défi de la part d’ennemis étrangers, nous pouvons répéter ces mots de Staline, qui nous inspirent pour les victoires et les réalisations du XXIe siècle.
Une épreuve de force décisive
Une guerre majeure n’est pas seulement un test de force militaire et morale pour toute nation. C’est le test le plus difficile de la durabilité politique, sociale et économique d’un État. C’est le test le plus révélateur de la force du système établi. Pour l’État soviétique, la Grande Guerre Patriotique a été le principal test de ce genre, qui a prouvé la capacité du peuple qui a lié son destin au socialisme, à repousser un ennemi fort et terrible. Et à sauver l’humanité entière de la peste du nazisme d’Hitler. C’est le système socio-économique avec lequel l’URSS a affronté l’assaut perfide des envahisseurs nazis qui a été décisif dans la réalisation de notre Grande Victoire.
Les années difficiles et héroïques de la guerre ont démontré avec une clarté particulière la capacité de la puissance soviétique à faire des percées économiques sans précédent. En 1943, la production des industries de défense soviétiques a doublé par rapport à l’avant-guerre de 1940. L’agriculture nationale a également résisté aux coups de la guerre. De nouvelles surfaces ensemencées ont été développées dans les régions orientales, où elles ont augmenté de 5 millions d’hectares. Pendant les années de guerre, les semis de cultures d’hiver en Sibérie ont augmenté de 64 %.
Aujourd’hui, alors que les tâches de renforcement de notre secteur agraire et d’obtention d’une sécurité alimentaire durable exigent une dotation maximale en machines agricoles modernes, il est particulièrement important de se rappeler les indicateurs de sa production dans les moments les plus difficiles. Ainsi, la production de tracteurs, fortement diminuée en 1942, a augmenté de 27 % en 1945 par rapport à 1942.
Il est effrayant d’imaginer ce qui aurait pu arriver à notre pays si, au moment où l’Allemagne d’Hitler l’a attaqué, l’économie était entre les mains des oligarques, qui avaient amassé leur capital grâce aux privatisations criminelles de Tchoubaïs. Même dans ce cas, ils n’auraient probablement pas été “incités” à investir dans l’économie et à résister avec succès à l’ennemi. Ils n’auraient certainement pas été disposés à partager leurs superprofits avec le pays, même si cela pouvait mener à sa destruction.
Sans une telle cohésion sociale dans le pays soviétique, sans une telle foi dans les idées reflétant les intérêts du peuple travailleur, l’URSS n’aurait probablement pas résisté aux assauts de l’ennemi. Mais cette grande unité de la société soviétique était là. Et c’est pourquoi nos combattants sont passés à l’attaque, sont morts, ont brisé l’encerclement ennemi et ont gagné avec les mots : “Pour la patrie ! Pour Staline !”
Cette puissance indestructible leur a été donnée par le patriotisme soviétique et la dévotion à la Patrie, enracinés dans son histoire millénaire difficile et héroïque. Ces grands sentiments sont exprimés par l’un des meilleurs poèmes des premières années de la guerre, “1941”, écrit par Dmitri Kedrin, poète et correspondant en première ligne, originaire du Donbass. Ses paroles poignantes s’adressaient au soldat et au citoyen soviétique :
Est-ce pour cela que sous la bannière léniniste
Par un travail acharné
Nous avons reconstruit en pierre blanche
Notre ancienne maison en rondins ;
Et des assauts féroces de l’ennemi
Nous l’avons défendu pour cela,
Pour que vous puissiez maintenant pourrir en vie
Dans l’amer et amer esclavage.
Et pour que, écarquillant leurs yeux d’étain,
Des Allemands viennent enseigner aux enfants,
Pour que vous oubliiez qui vous étiez.
Hier, nous étions tous des Slaves.
Combattez pour que les vils ennemis
Fassent passer aux autres l’envie de nous attaquer
Afin que nos ennemis ne les profanent,
N’abandonnez pas nos belles tombes !
Regarde les bois et les pâturages,
En montant au combat armé d’un fusil.
Tous nos biens durement gagnés,
Sont derrière ton dos, derrière toi !
Pour qu’elle ne soit pas pillée,
Pour que notre patrie s’épanouisse et brille,
Par la voix de vos ancêtres aux cheveux gris.
Je vous ordonne de tenir bon jusqu’à la mort !
Et aujourd’hui encore, nous ne pouvons résister et vaincre qu’avec la cohésion maximale de la société, avec une étroite unité civile et sociale. Mais cela ne peut être atteint si la pratique de persécution des forces patriotiques de gauche, d’intimidation et de pression sur nos camarades se poursuit. De pression sur les dirigeants talentueux des meilleures entreprises populaires, telles que la ferme d’État Lénine près de Moscou, dirigée par le candidat à la présidence Pavel Groudinine, l’association Zvenigovskoye dans la République de Mari El, dirigée par I.I. Kazankov, et l’association Usolye-Sibirskoye dans la région d’Irkoutsk, dirigée par I.A. Sumarokov.
Il est impossible d’obtenir la solidarité dans le pays, où, même dans les conditions de la guerre hybride, des montagnes de sornettes antisoviétiques fallacieuses et mensongères continuent d’être déversées par les hauts fonctionnaires et les écrans de télévision.
Nous exigeons la fin de la persécution de nos camarades et compagnons d’armes. Il faut interdire la propagande de la russophobie et de l’antisoviétisme. Sans ces mesures politiques en Russie, où la demande de justice sociale et de virage à gauche augmente rapidement, il sera impossible de parvenir à une unité sociale durable face aux défis auxquels nous sommes tous confrontés.
L’expérience soviétique exceptionnelle est à la fois un exemple de grand esprit et de cohésion nationale et un exemple de reconstruction économique et sociale héroïque après des pertes colossales. Depuis la Grande Guerre Patriotique, cet exemple n’a jamais été aussi pertinent qu’aujourd’hui.
Les pertes matérielles subies par l’URSS entre 1941 et 1945 s’élèvent à près d’un tiers de sa richesse nationale. Le montant des dommages subis par l’Union soviétique a été estimé à 2,6 trillions de roubles d’avant-guerre. En termes de prix actuels, cela représente au moins sept ans de produit intérieur brut de la Russie d’aujourd’hui.
L’armée ennemie a complètement ou partiellement détruit ou brûlé 1710 villes et villages soviétiques, plus de 70 000 villages et hameaux. Soixante-cinq mille kilomètres de voies ferrées, 4 mille gares, 36 mille établissements postaux et télégraphiques ont été mis hors service. Les fascistes ont détruit sur notre territoire plus de 6 millions de bâtiments. 25 millions de personnes ont été privées de leur foyer.
Le coup le plus dur a été porté à l’industrie soviétique. Près de 32 000 entreprises ont été détruites. Les usines métallurgiques qui, avant la guerre, représentaient environ 60 % de l’acier fondu, et les mines qui donnaient 60 % du charbon extrait dans le pays, ont été détruites. Des dizaines de milliers de fermes collectives et d’État ont été dévastées par la guerre et pillées par l’ennemi.
Les pertes les plus importantes ont été enregistrées dans les domaines social, éducatif et scientifique. Les envahisseurs ont détruit ou endommagé 40 000 hôpitaux et autres institutions médicales, 84 000 écoles, collèges, universités et instituts de recherche, 43 000 bibliothèques publiques.
Mais le résultat le plus terrible de ces années de guerre a été la mort de près de 27 millions de Soviétiques. S’il n’y avait pas eu la guerre, ils auraient continué à vivre et à avoir des enfants, à travailler dans la production et l’agriculture, à enseigner dans les écoles et les instituts, à faire des découvertes scientifiques.
Le pays victorieux qui a survécu à la terrible guerre a été confronté à la tâche de se remettre le plus rapidement possible des blessures infligées par l’ennemi. Dans le cœur des citoyens soviétiques se mêlent l’amertume de la perte, le triomphe des vainqueurs et l’aspiration à une vie nouvelle, dont la lutte est sanctifiée par les grandes actions des ancêtres et l’histoire exceptionnelle de la Patrie. Tous ces sentiments trouvent un écho dans le poème “Contemporains” du poète de première ligne Pavel Choubine, né et élevé dans ma région natale d’Orel, qui a été écrit en 1946 :
Camarades,
Déchirés en lambeaux
Dans les prairies du Dniepr,
Sur le saillant d’Orel,
Traînés dans le limon de Sivash.
Eux aussi s’émerveillaient devant les étoiles,
Dans la boue sanglante sous le feu
Ils ont rampé jusqu’aux tranchées prussiennes sans respirer ;
Eux aussi ont embrassé leurs belles
Et sont morts dans l’aube froide
Dans les ruines d’une casemate inconnue
J’étais avec eux,
Moi aussi, je les ai touchés à bout portant.
Et mes blessures sont toujours ouvertes
Mais à l’époque,
Dans les aubes des anciens jours.
Les cerisiers fleurissent à nouveau à Tchernigov,
Les nuits d’ivresse ne sont pas plus sombres qu’avant,
Les averses de pluie tombent sur Livny,
Et des gouttes, comme des crinières coupées,
Dans les crinières inclinées des chevaux de guerre.
Et je suis toujours le justicier de Sviatoslav,
Qui est allé à Kafa, qui a pris Bratislava,
qui à Stalingrad est mort au centuple
Et ressuscité sous le soleil de notre gloire.
Un zélateur de la paix, un soldat des Gardes
Plus nous réalisons l’ampleur des pertes tragiques subies pendant les années de guerre, plus l’exploit de la reconstruction socialiste rapide du pays victorieux est majestueux. Une reprise démographique, sociale, économique. L’industrialisation de Staline dans les années 1930 a été une expérience sans précédent de gigantesque percée sociale et économique. La reprise des années d’après-guerre a été un exemple sans précédent dans l’histoire de la renaissance du pays, qui a non seulement compensé les pertes subies, mais a dépassé en un minimum de temps ses réalisations d’avant-guerre.
Le taux de croissance annuel moyen de la production industrielle au cours du quatrième quinquennat de l’après-guerre a été de 14 %, dépassant le taux d’avant-guerre de 13,2 %. Ces chiffres ont été atteints en dépit du fait que le pays avait perdu des millions de travailleurs qualifiés pendant la guerre ! Malgré le fait qu’à la fin de la guerre, le nombre d’ouvriers et d’employés dans l’industrie soviétique était inférieur de 2,5 millions à celui d’avant-guerre en 1940 !
Après la guerre, l’Union soviétique a été confrontée à la tâche de convertir l’industrie militaire en production civile. Cette tâche ne pouvait être accomplie que par une croissance intensive de l’industrie des machines-outils. Et sa percée dans la première période de cinq ans d’après-guerre a été plus qu’impressionnante. En 1950, la production de l’industrie mécanique soviétique était 2,3 fois plus élevée qu’en 1940. Au vu des indicateurs économiques actuels, ces chiffres semblent fantastiques. Mais sans ces succès dans le domaine de la mécanique, le pays n’aurait pas pu assurer le développement de l’ensemble de l’économie nationale sur une nouvelle base technologique. Ce sont les succès de l’ingénierie mécanique qui ont créé les conditions les plus importantes pour la croissance de 37 % de la productivité du travail et de 64 % du revenu national à la fin du quatrième plan quinquennal par rapport à la période d’avant-guerre.
Déjà en 1950, par rapport à 1940, la production brute de l’industrie soviétique avait augmenté de 73%, les actifs en capital fixe d’un quart, le revenu national de 64%. Le génie mécanique, l’industrie chimique et l’industrie des matières premières ont connu un développement rapide. La base matérielle et technique de l’agriculture a été sérieusement renforcée. La construction des plus grandes centrales électriques, de nouveaux canaux et systèmes d’irrigation a été lancée. La création de ceintures forestières dans les régions steppiques du pays a été lancée.
Au cours du plan quinquennal d’après-guerre, 6 200 grandes entreprises industrielles d’État ont été restaurées et nouvellement construites. Les usines de turbines de Kalouga, de machines-outils lourdes de Kolomna et de machines-outils de Riazan ont produit des biens. Les gazoducs Saratov-Moscou, Kohtla-Järve-Leningrad et Dashava-Kiev ont été construits et mis en service.
Il est particulièrement important aujourd’hui de rappeler que la centrale hydroélectrique du Dniepr, les usines métallurgiques du sud de l’Ukraine et les mines du Donbass ont été restaurées en premier lieu.
Le régime bandera-nazi qui a pris le pouvoir à Kiev à la suite du coup d’État criminel de 2014 cherche à effacer du peuple ukrainien le souvenir qu’il a combattu le fascisme aux côtés des Russes et des autres peuples de l’URSS. Et qu’il a lutté à leurs côtés dans les années d’après-guerre pour reconstruire le pays, dans lequel la construction industrielle en Ukraine a joué un rôle particulier. C’est dans l’union des peuples soviétiques qu’elle a atteint l’apogée de son développement économique, social et culturel.
Nous ne permettrons jamais aux Banderistes, aux fascistes et aux traîtres de piétiner la mémoire historique. Ils ne pourront pas établir des idées obscurantistes d’inimitié et de haine sur une terre baignée du sang des soldats soviétiques.
Chaque jour, il y a de plus en plus de preuves irréfutables que la machine militariste de l’impérialisme anglo-saxon, l’OTAN, est en guerre contre la Russie du côté ukrainien, continuant à inonder l’Ukraine avec des armes. Il est également évident que l’Occident russophobe ne fait pas qu’encourager les sentiments fascistes en Ukraine, mais qu’il en est lui-même imprégné.
Le vote en décembre 2021 de la résolution des Nations Unies “Combattre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres formes de racisme, de discrimination raciale et de xénophobie” en a été une confirmation convaincante. Parmi les pays des Nations unies, 51 ont cyniquement refusé de soutenir ce document, qu’aucune nation véritablement civilisée ne pouvait manquer de défendre. Les États-Unis d’Amérique et l’Ukraine ont voté contre la résolution de la manière la plus provocante qui soit. Et 49 se sont abstenus, ce qui constitue également un refus de facto de reconnaître le nazisme comme un mal mondial et de le dénoncer fermement. Parmi ceux qui ont refusé de condamner le nazisme, on trouve tous les “démocrates”, dont beaucoup avaient combattu aux côtés d’Hitler. Et aujourd’hui, ils souscrivent à la même idéologie misanthropique, armant les Banderistes et menant une guerre politique et de propagande à leurs côtés. Il s’agit notamment de la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Pologne, l’Australie, la Belgique, le Canada, la Croatie, la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, le Japon, la Lettonie, la Lituanie, la Norvège, la Roumanie, la Slovénie, l’Espagne, la Suède et la Suisse.
Il y a trois leçons essentielles à tirer des expériences héroïques des années de guerre et de la reconstruction d’après-guerre qui devraient nous inspirer dans l’environnement difficile d’aujourd’hui.
La première d’entre elles est la leçon du redressement socio-économique et de la réindustrialisation rapide, le dépassement réussi de la pire dévastation de notre histoire. Il suggère que nous sommes parfaitement capables de nous remettre du pogrom que les “réformateurs” ont fait subir à la Russie pendant trois décennies post-soviétiques.
La deuxième leçon est celle de l’amitié fraternelle entre les peuples, qui a donné naissance à la grande victoire dans la guerre contre le fascisme et à la grande renaissance d’un pays mutilé par l’ennemi. Elle confirme l’importance des exigences de notre programme d’aujourd’hui : renforcer l’Union de la Russie et du Belarus et former activement un espace économique et culturel commun de la Russie avec les républiques populaires de Lougansk et de Donetsk. Protéger résolument nos compatriotes à l’étranger. Ouvrir largement les portes pour leur retour au pays. Lancer une lutte vigoureuse pour la restauration volontaire de l’État de l’Union en ruine. Les députés communistes L.I. Kalashnikov, K.K. Taisaev et d’autres représentants de notre parti sont à la pointe de cet important travail.
La troisième leçon est la dénazification de l’Allemagne et de ses satellites de la coalition hitlérienne par le pays soviétique victorieux. Cette expérience doit être utilisée aujourd’hui en Ukraine, qui doit être nettoyée à jamais de la tache du nazisme. C’est pourquoi nous avons rassemblé des documents uniques concernant la dénazification que l’URSS a effectuée en Europe dans les années 40 et 50. Nous l’avons transmis aux dirigeants du pays avec le souhait de l’utiliser efficacement dans les conditions modernes.
Les sommets de la prospérité pacifique
L’exploit de la reconstruction rapide d’après-guerre a jeté les bases du développement réussi du pays soviétique pendant quatre décennies.
Dans les années 1950, la croissance annuelle de la production industrielle était en moyenne de 12 %, tandis que la production agricole brute augmentait de 5 à 6 %. Le renouvellement des actifs fixes de production a été de 10% par an en moyenne. Le revenu national a augmenté annuellement de 10% et le chiffre d’affaires de 11,5%. Les villes et villages détruits ont repris vie et la construction de nouveaux villages a commencé. Rien qu’au cours du quatrième quinquennat, 201 millions de mètres carrés de logements ont été construits et réparés dans les villes et agglomérations soviétiques.
De 1951 à 1967, le revenu national en URSS a augmenté en moyenne de 9 % par an, tandis qu’aux États-Unis, sa croissance n’a même pas atteint 4 %. La production industrielle annuelle en Union soviétique a augmenté de 10,5 % par an, alors qu’en Amérique, elle n’a augmenté que de 4,5 %. La production agricole de l’Union soviétique a augmenté de 4 % par an, tandis que celle des États-Unis a augmenté de moins de 2 %. Le chiffre d’affaires du fret, tous modes de transport confondus, a augmenté de 9 % par an chez nous, et de 2,5 % seulement sur les océans. Les investissements en capital soviétiques dans le développement ont augmenté de 10 %, aux États-Unis de moins de 3 %. La croissance annuelle de la productivité industrielle en URSS dépassait 6 %, alors qu’elle était deux fois moindre aux États-Unis.
En 1967, la production totale de l’URSS et des autres pays socialistes était 20 fois supérieure à celle de ces mêmes pays en 1937. Et dans les principaux États capitalistes, la production industrielle n’a été multipliée que par 3,4 au cours de ces 30 années.
Vingt ans plus tard, l’URSS représentait un cinquième de la production industrielle mondiale, et la Fédération de Russie 9 %, contre moins de 2 % aujourd’hui. Le pays soviétique produisait 4,5 fois plus de production industrielle par citoyen que la moyenne mondiale.
En 1987, le taux de croissance du revenu national était inférieur à 3 % aux États-Unis, alors qu’il dépassait 4 % en URSS. Le volume de la production industrielle aux États-Unis a augmenté de 2,6 % la même année, tandis qu’en URSS, sa croissance a dépassé 5 %.
L’industrie aéronautique soviétique connaissait un succès colossal. Un passager sur trois dans le monde volait sur des Iliouchine et des Toupolev. L’URSS possédait une excellente gamme d’avions sans aucun composant étranger. Au début des années 1990, le pays disposait d’avions entièrement certifiés, les plus récents à l’époque, prêts pour la production de masse. Mais les “réformateurs”, les “cinquièmes colonnes” agissant dans l’intérêt de l’Occident, ont ruiné tout cela en faveur de Boeing et d’Airbus.
Aujourd’hui, alors que les adversaires de la Russie tentent de paralyser notre industrie de l’aviation civile par des sanctions utilisant les fruits de cette politique irresponsable, nous devons de toute urgence reconstruire notre industrie aéronautique nationale. La vie a prouvé de manière convaincante ce dont nous avions averti pendant toutes ces années : le pays, réparti sur 11 fuseaux horaires, ne peut pas dépendre de l’aviation civile fournie par des étrangers. Il ne peut se permettre de devenir l’otage des exportateurs étrangers dans ce domaine.
Nous devons commencer la production en série des modèles d’avions les plus importants – le long-courrier IL-96-400, le moyen-courrier MS-21 et SSJ-100, et d’autres avions de ligne modernes – dès que possible, afin de rétablir notre statut de nation aéronautique de premier plan.
Pour le développement des lignes intra-régionales, la Russie a besoin d’au moins 15 à 20 000 avions légers. Ces avions permettront d’accéder aux régions éloignées et faiblement peuplées où ils sont plus rentables, plus sûrs, plus fiables et plus faciles à utiliser que les transports motorisés.
Développer le financement de la production en série d’avions russes et attirer du personnel qualifié dans ce domaine est l’un des points les plus importants de notre programme économique.
Pour résoudre la tâche vitale de la substitution des importations aujourd’hui, nous devons prendre en compte l’expérience soviétique dans la production de biens de consommation.
L’Union soviétique possédait une industrie textile bien développée et produisait des tissus de la plus haute qualité. Les usines de textile peigné de Leningrad, de Tchernogorsk, de Bouriatie et de Khakassie fournissaient l’industrie textile en matières premières. D’excellents produits ont été fabriqués par les moulins à soie de Kiev, Tchernigov et Tachkent. D’excellents produits en coton et en lin ont été fabriqués dans des entreprises situées à Ivanovo, Vologda, Kolomna et Novosibirsk. En fait, le capitalisme oligarchique a détruit l’industrie textile traditionnelle de la Russie. Et aujourd’hui, sa restauration doit devenir une composante importante du programme étatique de substitution accélérée des importations.
L’expérience des réalisations économiques soviétiques est la preuve de la loi la plus importante, dont il est indispensable de tenir compte si l’on veut combattre avec succès pour le bien-être du peuple. Cette loi veut que la croissance économique basée sur l’augmentation de la production industrielle et le développement dynamique du secteur de la haute technologie soit la seule base pour la croissance des revenus des travailleurs. Et pour contrer avec succès le phénomène négatif de l’inflation. Le régime soviétique a pleinement tenu compte de cette loi. Il a donc été en mesure de garantir une vie décente à chaque citoyen.
Déjà en 1945, les dépenses de l’État soviétique pour la sécurité sociale dépassaient de près de 6 fois les dépenses d’avant-guerre. Les années de guerre ont laissé des millions de Soviétiques orphelins, veuves et handicapés. Mais le gouvernement soviétique a tout fait pour aider les gens à retrouver une vie normale le plus rapidement possible. Bien que cela ait exigé d’énormes efforts et d’énormes dépenses financières.
De vastes mesures ont été mises en œuvre pour améliorer le niveau de vie de la population. Deux ans après la fin de la guerre, de nombreux problèmes liés à la consommation de produits alimentaires et manufacturés ont été résolus. En 1947, le système des cartes de rationnement a été aboli. Le niveau général des prix a été presque divisé par deux. Pendant 7 ans seulement, de 1947 à 1954, le pain et le beurre sont devenus 67 % moins chers, la viande – 64 % moins chère, le sucre – 56 %, le poisson – 51 % moins cher, les chaussures – 52 %, les vêtements en tissu naturel – 30-50 % moins chers. Le coût du panier de biens de consommation de base a été divisé par plus de deux au cours des mêmes années. Et le revenu de près de 60% des ouvriers et employés le dépassait de plus d’une fois et demie à deux fois.
Il convient de souligner qu’à l’époque soviétique, le panier de biens de consommation de base signifiait un ensemble de biens qui garantissaient une existence assez prospère. Pas une ration mendiante qui ne pouvait même pas assurer la survie de base, que les statistiques d’aujourd’hui font passer pour un salaire de subsistance.
En 1967 – année du demi-siècle de la Grande Révolution d’Octobre – le revenu réel des travailleurs soviétiques a été multiplié par 6,6 et celui des paysans par 8,5 par rapport au début des années 20. L’augmentation rapide du pouvoir d’achat des citoyens s’est accompagnée d’une augmentation de la consommation. Par exemple, la consommation d’œufs a été multipliée par 1,5 entre 1929 et 1955, celle d’huile végétale par 2, celle de poisson par 2,5 et celle de sucre par 2,8. Une image similaire a été observée dans le domaine des produits non alimentaires. Au cours de la même période, les ventes de tissus ont été multipliées par 1,7, les chaussures en cuir par 2,3 et les articles d’hygiène par 2,7. Au total, le chiffre d’affaires du commerce de détail a été multiplié par 5 en URSS au cours de ce même quart de siècle.
Les réalisations économiques et sociales de la puissance soviétique ont fasciné le monde entier. Les inoubliables festivals internationaux de la jeunesse et des étudiants qui se sont tenus en Union soviétique en 1957 et 1985 resteront à jamais dans l’histoire. L’atmosphère y était celle d’un pays soviétique admiré par toute l’humanité, prouvant à la planète entière les avantages du socialisme. L’Union soviétique n’a demandé l’amour et le respect de personne. Mais elle en a joui à juste titre en raison de ce qu’elle a réussi à accomplir.
C’est le grand exemple que nous devons suivre aujourd’hui dans la lutte pour revenir au premier plan dans le monde. Et devenir véritablement invincibles politiquement, économiquement et moralement.
La gauche se tourne vers le renouveau
Les acquis sociaux de l’ère soviétique contrastent fortement avec le système d’inégalité et d’appauvrissement construit dans notre pays pendant 30 ans de capitalisme sauvage.
Au XXIe siècle, la Russie est le seul pays au monde où la richesse combinée d’une centaine de milliardaires dépasse le total des dépôts bancaires de tous les autres citoyens. Nous nous sommes retrouvés dans le trio de tête en termes de rapport entre le produit intérieur brut et la richesse d’un groupe restreint d’oligarques, qui s’élève en termes monétaires à 35 % de notre PIB. Ce ratio, qui indique une énorme fracture sociale, est deux fois plus élevé qu’aux États-Unis et trois fois plus élevé que dans l’Union européenne.
En ce qui concerne le salaire minimum, nous nous situons au sixième rang des dix premiers pays. Et en Europe occidentale, il est 5 à 10 fois plus élevé qu’en Russie. Au cours des huit dernières années, les revenus réels des citoyens ont diminué de 12 %. Le salaire de plus de la moitié des travailleurs ne dépasse pas 20 000 roubles par mois. Près d’un quart des familles avec enfants vivent dans la pauvreté et plus de la moitié des familles avec de nombreux enfants. La pauvreté a poussé des dizaines de millions de personnes à s’endetter, les obligeant à contracter des prêts “de survie”. La dette totale des Russes envers les banques a dépassé 23 000 milliards de roubles, soit plus que le budget fédéral annuel.
Pendant des décennies, l’appauvrissement de millions de personnes a été utilisé pour assurer l’enrichissement fabuleux de quelques privilégiés. Rien qu’en 2020-2021, malgré l’épidémie et la crise qu’elle a exacerbée, la fortune cumulée des milliardaires russes a augmenté de 90 milliards de dollars. Soit près de 7000 milliards de roubles au taux de change de l’époque. C’est-à-dire d’un tiers du budget annuel du pays. À la fin de 2021, leur valeur nette combinée s’élevait à 628 milliards de dollars, soit presque la valeur des réserves de change de la Russie, dont la moitié est désormais criminellement gelée en Occident. Gelé par ceux que les oligarques ne se lassaient pas de louer et sous la dictée desquels ils ont conduit l’économie russe à la dégradation.
Dans le capitalisme primitif, la baisse des revenus des travailleurs est exacerbée par une inflation incessante. Rien qu’en 2021, selon les chiffres officiels, la croissance des prix à la consommation a dépassé 8 % et a été la plus élevée depuis six ans. Les denrées alimentaires, selon les statistiques officielles, ont augmenté de près de 11 % en moyenne. En réalité, on estime qu’il est trois fois plus élevé. Les prévisions gouvernementales nous promettent une inflation non moins sévère cette année encore.
Compte tenu de la situation actuelle, nous avons formulé un programme d’actions prioritaires dans le domaine social et économique – “Vingt mesures urgentes pour la transformation de la Russie”. Nous l’avons soumis au président et au gouvernement et avons déclaré que ce n’est que si nos demandes sont satisfaites que le pays pourra éviter l’effondrement, faire face au défi hostile des sanctions et trouver la voie d’un développement indépendant durable.
L’exigence première de notre programme d’urgence est d’engager une lutte urgente pour l’élimination de la pauvreté. Doubler le salaire de subsistance et le fixer à pas moins de 25 000 roubles. Nous voulons que l’État réglemente les prix des produits de première nécessité. Un projet de loi que nous avons préparé est sur le bureau du gouvernement. Et il faut l’adopter sans tarder !
Nous insistons sur le fait que dans la situation actuelle, les autorités doivent immédiatement annuler la réforme inique des retraites. Limiter le montant du paiement pour le logement et les services publics à un maximum de 10 % du revenu familial. Établir un réseau de commerce d’État. Cela permettra d’éliminer l’arbitraire des spéculateurs, qui sont prêts à tirer profit des difficultés et défis actuels.
Surmonter la crise, relancer le pays, offrir aux citoyens des conditions de vie décentes est impossible sans reconstruire l’État-providence, qui garantit le droit à l’éducation et aux soins de santé gratuits. Pour construire un tel État, nous devons disposer d’une gouvernance moderne et efficace. Il est temps de réduire le nombre de fonctionnaires et l’appareil répressif hypertrophié. Nous devons nous attaquer résolument à la corruption et au crime, avant tout en purgeant les échelons supérieurs du pouvoir des fonctionnaires incapables et corrompus.
Le système des freins et contrepoids a été détruit au cours des 30 dernières années, un système composé de structures et organisations publiques indépendantes capables de s’opposer à la corruption et à l’anarchie. Pendant l’ère soviétique, un tel système a joué un rôle énorme. Il s’appuyait sur des organisations publiques et était en fait omniprésent. Il s’appuyait sur le contrôle populaire, les syndicats, les organisations sectorielles, de jeunesse et de femmes. Non seulement ils contribuaient à la cohésion sociale, mais ils servaient également à défendre les droits civils et du travail des personnes. Notre politique et notre programme s’appuient sur cette expérience. L’aspiration du KPRF à faire renaître un État de justice sociale et de droit est activement soutenue par les forces patriotiques, le Komsomol, l’Union des officiers, l’Union des femmes “Espoir pour la Russie”, le mouvement Lad russe et les syndicats créatifs et professionnels.
Nous nous appuyons sur une équipe solide, professionnelle et patriotique, au centre de laquelle se trouvent Melnikov, Afonin, Kashin, Novikov, Ivanov, Kalashnikov, Kolomeitsev, Kharitonov, Levchenko, Arefyev, Savitskaya, Sinelshchikov, Osadchii, Obukhov, Zubrilin, Kazankov, Yushchenko, Kurinny, Parfyonov, Kornienko et d’autres représentants des factions du KPRF à la Douma d’État et aux assemblées législatives régionales.
Les dirigeants régionaux représentant notre parti : Lokot, maire de Novossibirsk, Klytchkov, gouverneur de la région d’Orel, Russkikh, chef de la région d’Oulianovsk, et le chef de Khakassie, Konovalov.
Les représentants de notre jeune équipe, les responsables des organisations régionales du KPRF et de l’Union communiste léniniste de la jeunesse, Prusakova, Kamnev, Ivachev, Tsarikhin, Kononenko et Aleksandrov travaillent activement et efficacement.
Isakov et Drobot assurent de manière fiable l’interaction du Parti avec Komsomol et les Pionniers, dont nous célébrons cette année le 100e anniversaire.
Des avocats de haut niveau, Kolyushin, Filatova, et Soloviov sont là pour défendre sans compromis et professionnellement les intérêts du Parti et de ses électeurs.
Sur le front de l’information et de l’idéologie de la lutte pour le socialisme, les journaux Pravda et Sovetskaya Rossiya et la chaîne de télévision Krasnaya Liniya, dirigés par leurs leaders, Komotsky, Tchikin, et Miller travaillent vaillamment.
Большой творческий вклад в нашу научно-просветительскую и аналитическую работу вносят Ю.П. Белов, С.А. Шаргунов, В.Н. Тетёкин,
Y.P. Belov, S.A. Shargunov, V.N. Tetyokin, L.G. Baranova, L.N. Dobrohotov, L. N. Shvets, I. I. Nikitchuk, V. S. Nikitin, I. N. Makarov, V. F. Gryzlov, Y. Yermalavichus, S. E. Anihovsky, M. S. Muzayev, Y. I. Listov, A. V. Sukhoverkhov.
V.I. Sobolev, G.M. Benov, V.P. Komoedov, A.P. Tarnayev, N.N. Platoshkin, S.S. Udaltsov jouent un rôle important dans le renforcement de l’union du KPRF et d’autres organisations patriotiques de gauche.
Notre appel à un virage à gauche est soutenu par les meilleurs industriels et scientifiques. Les recherches scientifiques les plus sérieuses s’en font l’écho. Un exemple de cela est l’ouvrage fondamental récemment publié par une équipe de spécialistes respectés “Le cristal de la croissance. Le Miracle économique russe”, qui prouve sans équivoque que la modernisation léniniste-stalinienne a été la plus grande percée sociale et économique de l’histoire de notre patrie. Et elle doit servir de point de référence essentielle pour nous permettre de définir un nouveau cap pour le pays.
Les déclarations des dirigeants russes résonnent de plus en plus avec nos appels et nos demandes. Permettez-moi de vous rappeler que dans la stratégie présidentielle de sécurité nationale déjà mentionnée, il est reconnu à juste titre que nos valeurs spirituelles et morales traditionnelles comprennent “le travail créatif, la priorité du spirituel sur le matériel, l’humanisme, la miséricorde, la justice, le collectivisme, l’assistance mutuelle et le respect mutuel”. Mais ce sont là les fondements du socialisme ! Et il est dans notre intérêt commun de hisser à nouveau son drapeau rouge victorieux sur le pays !
Nous devons nous souvenir des réalisations dont le système socialiste était capable. Et d’en transmettre la mémoire à la nouvelle génération dont la tâche historique la plus importante est de se libérer des chaînes d’une crise dont la source principale pour le monde entier est le système du capitalisme mondial dirigé par sa dictature néo-impérialiste anglo-saxonne.
Aujourd’hui, nous déclarons sans ambages : le pouvoir soviétique, le pouvoir des travailleurs est la meilleure défense contre les adversaires extérieurs et contre la trahison des intérêts nationaux par la “cinquième colonne”.
C’est la volonté inébranlable du peuple qui a rendu possible la création du plus grand État de l’histoire il y a 100 ans – l’Union des républiques socialistes soviétiques. Et lorsque cette volonté a été trahie et paralysée, elle a rendu possible la destruction criminelle du pays soviétique, réalisée à l’encontre des résultats du référendum national, dans lequel 113 millions de personnes – 76% des votants – ont voté pour le socialisme et l’inviolabilité des frontières soviétiques.
L’effondrement de l’URSS et du socialisme mondial ne s’est avéré bénéfique que pour le capital transnational, l’establishment politique occidental qui lui est étroitement associé et les traîtres corrompus à l’intérieur de notre pays. Les “élites” occidentales ont sauvé le système capitaliste, qui glissait vers l’abîme, au moyen d’aventures militaires, de la destruction de l’économie socialiste autosuffisante, de la conquête de nouveaux marchés et de la transformation d’États prospères en appendices de matières premières.
Les objectifs infâmes de ceux qui ont profité de la destruction du pouvoir soviétique sont reflétés dans les mémoires de l’éminent scientifique et patriote russe Alexandre Zinoviev. Il a raconté une conversation remarquable qui s’est déroulée à la fin des années 1990 : « Peu avant mon retour en Russie, j’ai rencontré une célèbre figure de la guerre froide et il m’a dit sans détour : “Nous vous détruirons, vous les Russes, mais seulement par des méthodes humaines. La division mondiale du travail, le libre-échange, le sabotage financier, la servitude pour dettes, les sanctions économiques, les blocus, la famine, les drogues, le sida, le planning familial, la corruption spirituelle et, au pire, les bombardements ciblés et les tapis de bombes” ».
Le 23 juillet 1991, quelques mois avant les accords de Belovej, qui ont légalisé la liquidation de l’URSS, le journal Russie soviétique a publié Appel au peuple, signé par moi-même et par un groupe de dirigeants industriels, culturels et militaires faisant autorité et connus dans tout le pays. Nous y lançons un appel à la société : « Disons ‘non’ aux destructeurs et aux envahisseurs. Mettons fin à notre retraite à la dernière ligne de résistance. Nous commençons un mouvement national, appelant dans nos rangs ceux qui ont reconnu la terrible attaque qui s’est abattue sur le pays… Tous ceux qui sont là, dans les villes et les villages, dans les steppes et les forêts, au bord des grands océans qui baignent le pays – réveillez-vous, levez-vous pour vous unir et repousser les destructeurs de la patrie ! »
Il y a trente ans, ceux dont dépendait le salut de l’État soviétique ne nous ont pas écoutés. J’espère que ceux dont dépendent aujourd’hui la sécurité de la Russie, le bien-être et la dignité de notre peuple, entendront le nouvel appel à la transformation de la Patrie sous les bannières du patriotisme, de l’unité et du socialisme rénové !
En février 2021 s’est tenue à Orel la conférence internationale scientifico-pratique “L’image du futur”, que nous avons activement préparée. Ses principales conclusions étaient la faillite complète du système capitaliste en Russie et dans le monde et la nécessité fondamentale de revenir aux principes socialistes de gouvernance et de développement socio-économique.
Les revendications les plus importantes des forces patriotiques de gauche, reflétées dans notre programme et répondant aux intérêts de la majorité absolue, les tâches de préservation du peuple, sa renaissance spirituelle et morale, découlent de cette constante historique. Il s’agit de la nationalisation d’industries stratégiquement importantes. La restauration du système de planification dans toutes les sphères sociales et économiques. Le rétablissement de l’activité à part entière d’industries telles que la construction aéronautique, la robotique, l’électronique, la construction de machines-outils, l’ingénierie énergétique et la métallurgie, sous le contrôle de l’État. Une attention maximale pour le développement de l’agriculture et la sécurité alimentaire. Un soutien complet aux entreprises populaires existantes et une aide active à l’émergence de nouvelles entreprises.
Au nom du Programme pour la Victoire
Il y a cent ans, un événement clé s’est produit dans l’histoire de l’humanité. Dans sa signification, il n’était pas moins important que le passage de l’humanité de la sauvagerie à la civilisation, l’invention de la langue écrite ou l’impulsion spirituelle de la Renaissance.
La création d’une famille de peuples égaux – l’Union des républiques socialistes soviétiques – a été un événement d’importance historique mondiale. Il incarnait les plus grands espoirs des penseurs et des visionnaires de plusieurs millénaires. Ils reflétaient le rêve d’une société juste et d’une fraternité capable de tout accomplir – de la conquête des océans et de l’espace à la défaite des plus sombres forces du mal.
Le saut dans le futur de nos pères et grands-pères ne s’est pas fait tout seul. Il a été préparé par la lutte désintéressée de générations de créateurs et de héros – de Radichtchev et Pestel, Herzen et Tchernychevsky aux courageux Narodnaïa Volya et aux bolcheviks inflexibles, qui ne craignaient ni la persécution, ni les travaux forcés, ni l’échafaud. La base idéologique du projet soviétique a été posée par la science marxiste, enrichie par le génie visionnaire de Lénine, le travail inlassable de Staline et l’incroyable énergie de millions de communistes.
La formation de la société soviétique était impossible sans les piliers spirituels et moraux de la grande culture russe avec sa recherche inhérente de la vérité, l’amour de l’homme du peuple, le désir de transformation de la terre natale sur la base de l’amitié entre les peuples et de la justice. En accomplissant leur exploit de création, en réalisant leur percée culturelle, en créant l’URSS, en mettant en œuvre le programme de la Victoire, les bolcheviks se sont pleinement appuyés sur les grandes œuvres de Pouchkine et de Lermontov, de Belinski et de Dostoïevski, de Tolstoï et de Nekrassov, sur toute la couche de notre littérature profondément humaniste, sur sa compréhension philosophique de la vie.
La force de ses “racines” a déterminé la force et la beauté du puissant “arbre” d’État qu’était l’URSS. Ses sucs vitaux ont été puisés dans la sagesse des siècles et l’énergie des nouvelles générations. Ainsi est née une percée sans précédent dans l’histoire. Des secteurs industriels créés de toutes pièces, des réalisations scientifiques sans précédent, l’accès à l’espace ont été les jalons d’une avancée grandiose.
Mais il ne s’agissait pas de progrès pour le plaisir de belles statistiques. Et les records n’ont pas été établis pour le plaisir des records. L’existence même du pouvoir soviétique, toutes ses victoires et ses réalisations ont servi l’Homme. Le peuple du travail, son bien-être, son développement global sont devenus l’objectif pour lequel l’Union soviétique s’est battue, a surmonté les difficultés, s’est précipitée vers l’avenir.
Et l’homme soviétique – l’homme de la nouvelle époque, l’homme-créateur – a répondu à sa patrie socialiste avec amour et dévotion. Il a souffert à la construction de Magnitogorsk et de la centrale hydroélectrique du Dniepr. Il n’a pas épargné sa vie et a combattu le fascisme sur les fronts de la Grande Guerre Patriotique. Tourné vers l’avenir, il a restauré de manière désintéressée l’économie nationale de sa chère patrie.
Contrairement aux affabulations des ennemis du pouvoir soviétique, notre chère Patrie n’était pas vouée à l’effondrement. Elle était au sommet de sa force, elle était capable de surmonter des difficultés temporaires, elle avait accumulé un vaste potentiel pour de nouvelles réalisations et victoires. Mais le tronc solide de l’État millénaire était miné de l’intérieur. Couvrant leurs actions criminelles par la démagogie de la perestroïka et de la glasnost, pervertissant la doctrine marxiste-léniniste, traînant de grandes personnalités dans la boue, se pliant aux simagrées de la bourgeoisie, ces parasites ont conduit le pays à la ruine. Que ce soit consciemment ou non, ils accomplissaient l’ordre du capital mondial qui, depuis la naissance de l’État soviétique, comptait les profits perdus et tremblait pour son avenir.
L’émergence d’un ordre mondial alternatif menaçait directement les plans des impérialistes pour leur domination planétaire et éternelle. L’oligarchie bourgeoise mondiale n’a pas ménagé ses efforts pour détruire l’URSS. À cette fin, elle nous a envoyé des escadrons d’interventionnistes et a fourni les collaborateurs de la Garde blanche. C’est elle qui a nourri le fascisme, souhaitant que des Hitler et des “Führer” de moindre envergure vainquent notre pays. Elle a déclenché la guerre froide, en essayant d’étrangler l’URSS par des blocus et des cordons de blocs militaires agressifs. Elle formait une “cinquième colonne”, composée des Gorbatchev et des Iakovlev, des Eltsine et des Chevardnadze, des Gaïdar et des Tchoubaïs et d’une foule de leurs associés.
Le crime a été commis. Le brillant projet soviétique du vingtième siècle a été étranglé. Les espoirs de justice, de paix et de progrès social de milliards d’habitants de la planète ont été ébranlés en même temps que l’URSS. Des pygmées traîtres ont dansé sur l’arbre géant vaincu, le qualifiant d’”anomalie de la nature”. Ils ne cessent de répéter que Lénine est coupable de la “destruction de l’État russe”, tout en pillant et en vivant de l’énorme héritage créé par ses préceptes.
Stérile, dépourvu de conscience et de potentiel créatif, le pouvoir bourgeois ne pouvait faire avancer le pays et le condamnait à la dégradation. La Russie a survécu grâce aux gisements de pétrole et de gaz explorés pendant l’ère soviétique. Elle avait du poids dans le monde grâce au bouclier antimissile nucléaire créé par le peuple soviétique. Le régime a parasité tout cela, sans oublier de lancer des piques anti-soviétiques venimeuses. Symbole de sa perte d’adéquation, la Russie capitaliste a été surprise de ne même pas pouvoir se fournir en clous.
Hélas, l’héritage soviétique s’épuise. En même temps, l’appétit du capital mondial, qui devait éteindre ses propres crises et contradictions par une nouvelle expansion, augmentait. Tôt ou tard, cela devait mener à un conflit aigu. En son centre se trouvait l’Ukraine – autrefois la république soviétique la plus développée, la plus prospère. Après l’effondrement de l’URSS, elle est devenue un laboratoire géant pour des expériences monstrueuses de désindustrialisation, de destruction des fondements moraux et éthiques, de réanimation du banderisme et du fascisme.
Dans les steppes de Donetsk et sur les rives du Dniepr se joue aujourd’hui le sort de la Russie, le sort de l’Europe et de l’Asie. Nous devons admettre que notre pays a dû entrer dans ce conflit sans son potentiel antérieur. Une opération militaire d’une telle ampleur requiert la force non seulement des forces armées, mais aussi de l’ensemble du système économique, de la sphère sociale, de l’éducation et de la culture. Le train blindé ne tiendra pas sur des rails libéraux rouillés. Et cela indépendamment de la puissance des canons et de la précision des missiles qui l’équipent.
Les bolcheviks, dirigés par Lénine et Staline, savaient parfaitement comment agir en cas d’urgence. C’est pourquoi, en construisant l’Armée rouge et en cherchant à renforcer la défense, ils ont vigoureusement entrepris le plan GOELRO, réalisé l’industrialisation, la collectivisation et la révolution culturelle. Ils ont ouvert des universités et des instituts scientifiques. C’est ce qui a assuré notre victoire sur l’Allemagne d’Hitler et le Japon militariste.
Bien sûr, il est possible de rattraper le retard, même aujourd’hui. Mais cela exige un effort énorme et la mobilisation de toutes les ressources. cela nécessite une forte volonté de l’État et le soutien inconditionnel des masses. Et elles ne peuvent être réunies qu’autour d’un grand projet tourné vers l’avenir.
La Russie ne peut s’éloigner du seuil de la mort et dresser une barrière solide contre l’agression extérieure qu’en abandonnant la voie libérale vicieuse. Elle résoudra ce problème historique mondial si elle rejette les chimères empoisonnées de l’anticommunisme et de l’antisoviétisme. Elle avancera si elle cesse d’amadouer l’oligarchie et tourne son visage vers les travailleurs.
Comme il est important, après tout, que nous ayons cet exemple merveilleux et grandiose – l’expérience de l’Union des républiques socialistes soviétiques ! Un exemple qui donne la vie, créé pour les âges. Cette expérience nous inspire encore aujourd’hui. Grâce à cette expérience, l’humanité n’a pas dégénéré, n’est pas devenue un camp de concentration américain.
Il y aura toujours des adeptes d’une telle expérience. Et nous en avons la preuve. C’est la courageuse grand-mère avec une bannière rouge, qui s’est dressée contre les nazis-bandits. Ce sont les jeunes qui vont dans le mouvement communiste. C’est le Cuba fraternel, qui défend sa révolution sous le diktat de sanctions diaboliques. C’est la Chine socialiste avec sa victoire sur la pauvreté de masse et son impressionnant programme spatial.
L’URSS se bat et reste toujours avec nous. Elle vit encore ici aujourd’hui, à proximité, comme un prototype de nouvelles victoires. Comme l’épique Sviatogor, prêt à transmettre sa force au nouveau héros – Ilya Mouromets. La Russie du futur sera-t-elle un tel héros ? Sera-t-elle capable de lutter contre les bandits de tous poils, contre les Rossignols-Brigands, pour en sortir vainqueur ? Cela dépend de chacun d’entre nous. Cela dépend de notre capacité à mettre en œuvre le Programme de la Victoire.
Nous sommes convaincus qu’aujourd’hui encore, le socialisme est capable de sauver la Russie de la dégradation, de la destruction et de toute machination hostile. L’histoire exceptionnelle de notre Patrie prouve que, en s’appuyant sur l’expérience de la construction socialiste, sur les exemples uniques de la modernisation léniniste-stalinienne et sur la pratique mondiale, notre peuple pourra accomplir un nouvel exploit de renaissance et retrouver le droit à un développement digne et à un grand avenir !
Haut les cœurs, mes camarades et amis !
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L’anthropologie occidentale ou la négation de la culture africaine, délégation guinéenne au Festival panafricain d’Alger (1969)

Pour une fois, il ne nous en sera pas voulu d’essayer d’éluder les divergences terminologiques qui obscurcissent le concept de culture.
Le chemin parcouru par les tribulations sur la culture est bien long aujourd’hui !
Les opinions des « sommités intellectuelles » s’anéantissent dans une dialectique stérile ; les « symposia » clôturent leurs augustes séances dans la douleur d’une incompréhension mettant dos à dos l’humanisme creux, la peur devant la vérité historique et la détermination progressiste de l’homme face à la plus grande calamité de l’histoire : l’impérialisme.
Dans les pays où le capitalisme enferme dans le coffre-fort les acquis scientifiques et techniques des larges masses populaires, l’intellectuel se bat pour ne pas perdre sa fausse « liberté », s’interroge en vain sur l’avenir d’un système économique et social décadent; il est désemparé ; il confectionne tant bien que mal des politiques culturelles pour rafistoler une société dont les convulsions sont les symptômes irréfutables de la dégénérescence ; loin de diriger les lumières devenues pâles de son pauvre esprit absolu dans la recherche d’une conscience culturelle nouvelle, il sombre dans le scepticisme, mieux dans1a terreur des lendemains condamnés du capitalisme.
En Afrique trois courants ont dominé l’étude des problèmes culturels.
L’anthropologie anglo-saxonne contemporaine préoccupée de justifier le point de vue réactionnaire du colonialisme, présenta longtemps l’Afrique comme le refuge des peuples arriérés devant être ramenés de force à l’humaine civilisation colonialiste !
L’histoire montra que la maturité révolutionnaire ne peut être objet d’un décret que de toute façon l’impérialisme ne signera jamais ! L’école anglo-saxonne laissa place à un pseudo-réalisme digne des héritiers de Hume, pseudo-réalisme dont le contenu idéologique réactionnaire ne tarde pas à être découvert.
Les épigones de Vierkandt, tels les « culturalistes » Gräbner, Ankermann, les fonctionnalistes comme Malinowski etc… crurent trouver l’essence de notre culture : ce fut un fatras d’empirisme dont la haine du matérialisme historique produisit des monographies décousues où la lutte des classes, l’exploitation impérialiste de nos peuples sont diluées dans un pluralisme culturel antiscientifique.
Décidément la pioche de l’archéologue ne toucha pas encore la culture africaine trop enfouie sous l’amas tenace des immondices du colonialisme battu en brèche par nos peuples.
Le souci de dégager une authenticité introuvable pour des raisons bien déterminées, donna lieu à une reproduction plus ou moins fidèle du prélogisme de Lévy-Bruhl alors atteint de cécité !
Aucune différence en tout cas de conception entre d’une part le noir étranger aux catégories logiques dit-on, du monde gréco-latin et d’autre part le thème du noir pure cénesthésie, sorte de créature de cire, passive, seulement apte à rester au stade intuitif primaire de1’enregistrement des phénomènes.
Ce n’est pas donc le fait du hasard si les Etats Africains ont encore aujourd’hui à consacrer un symposium à un sujet tel que celui qui nous réunit : « La Culture Africaine, ses réalités, … ».
Nous nous souvenons qu’il y a vingt ans beaucoup d’écrits étaient consacrés à un autre sujet, qui semblait brûlant à l’époque : « Le Noir est un homme ».
Si nous avons besoin aujourd’hui, si c’est devenu pour nous un devoir historique de nous réaffirmer dans un domaine comme celui de la culture, c’est parce que nous sortons d’une longue période d’éclipse au cours de laquelle, les attributs les plus élémentaires de l’homme dont notamment celui de la créativité nous ont été contestés, niés.
Selon un préjugé soigneusement entretenu nous n’aurions pris aucune part dans l’oeuvre générale de la civilisation.
L’Afrique est accusée d’avoir été sans histoire, sans culture, parce qu’il y avait une nécessité qu’il en fût ainsi.
Les Européens ont massacré les Indiens d’Amérique en admirant leurs temples et leurs palais.
Ils admettaient que c’étaient des hommes qu’ils massacraient pour occuper leurs terres. Dans leur entreprise de conquête et de domination, ils ont détruit des civilisations millénaires en Asie, mais sans jamais nier ces civilisations comme telles, sans jamais contester à leurs artisans, aux peuples de ce continent leurs attributs d’hommes.
Mais face aux Africains, l’Europe a vu d’abord non pas des hommes à exterminer pour ne s’emparer seulement que de leurs richesses ; mais, des bêtes à capturer pour en faire des esclaves qu’elle pouvait faire travailler à sa guise, revendre sur place ou exporter directement vers l’Amérique, tuer lorsque la force de travail et la valeur marchande n’assuraient plus un profit suffisant.
Pour le succès d’une telle entreprise un préalable était nécessaire : celui de mettre sa conscience en paix et de rassurer l’opinion en posant qu’on a effectivement affaire à des bêtes et non à des hommes.
Ainsi la barbarie présumée des Africains la négation de leur culture et de leur civilisation procédaient de cette nécessité de les aliéner de leur qualification humaine.
Mais la roue de l’histoire a continué à tourner. Les forces de progrès ont continué à se développer face aux forces de l’oppression et de l’exploitation. Une oreille plus attentive a été prêtée aux légendes, aux épopées, aux contes, transmis de génération en génération par la bouche des griots.
Enfin l’archéologie a pénétré les continents, plongeant dans les profondeurs du sol et du temps pour ressusciter et ramener en surface les corps des cultures ensevelies.
En fait, sans les résultats des fouilles archéologiques, sans la transmission orale opérée par nos griots, le simple bon sens était déjà suffisant pour rendre compte de l’absurdité ou plus exactement de l’attitude de classe de ceux qui en sont venus à concevoir un peuple sans culture.
Qu’est-ce que la culture ?
Nous devons entendre par culture la totalité de l’outillage matériel, immatériel, oeuvre et ouvrage d’art et de science, savoir, savoir-faire, faire-savoir, mode de pensée, mode de comportement, attitude…, accumulés par le Peuple d’une part à travers et pour sa lutte pour sa libération de l’emprise de la Nature et sa domination sur elle et, d’autre part, à travers et pour sa lutte de destruction des systèmes déviationnistes politico-sociaux de domination et d’exploitation de l’homme par l’homme qui se créent en excroissances aberrantes au sein de la Société, à travers le processus de production de sa vie.
Ainsi, la Culture se révèle-t-elle comme, à la fois, création exclusive du Peuple et source de création, arme de libération économico-sociale et arme de domination.
La Culture implique la lutte, elle est lutte.
La Culture comme le fait remarquer le Camarade AHMED SEKOU TOURE, Secrétaire Général du Parti Démocratique de Guinée, en tant qu’expression et résultats des rapports entre l’homme et la société, entre l’homme et la société d’une part et la nature d’autre part, se retrouve chez tout peuple, est inhérente au processus même de la vie. Partout où se déroule une vie consciente, fleurit une culture.
La Culture c’est l’ensembie des valeurs matérielles et spirituelles créées par l’humanité au cours de son histoire. Cette création est continue et nécessaire. Elle est le corollaire, le reflet, le résultat de l’action de l’homme en vue d’adapter le milieu aux exigences de sa survie et de son épanouissement.
Elle est inspirée par l’instinct de conservation au stade primaire, par la conscience des lois de l’existence au stade supérieur.
Elle obéit donc d’abord à une loi biologique simple, celle qui fixe les conditions de la conservation de l’individu et de l’espèce avant d’obéir à une loi plus complexe, d’ordre psychologique et économico-sociale.
Or l’instinct de conservation, le besoin de s’épanouir et de s’accomplir sont le propre de tout individu, de toute société, de tout peuple. Il n’y a pas de peuple qui ne lutte pour son existence, par la création des biens nécessaires à cette existence. Les peuples africains comme tous les peuples ont parcouru la longue route de l’histoire en livrant des combats dont la résultante globale a été des succès croissants. La création des valeurs matérielles, la création des valeurs spirituelles, la création et le développement de cette culture globale se poursuit de façon progressive malgré des moments de ralentissement, de stagnation, voire de recul.
La production culturelle matérielle et la production culturelle spirituelle sont dialectiquement liées et se stimulent réciproquement. Mais la priorité, voire la primauté, revient à la production matérielle, elle-même participant directement de l’action concrète de l’homme. En effet l’histoire de l’humanité a plus d’une fois enregistré des baisses de tension spirituelle, une stagnation de la vie intellectuelle et politique, voire une annihilation totale de ses activités, mais elle n’a jamais enregistré une interruption totale et de longue durée de l’évolution de la civilisation matérielle.
Celle-ci, bien sûr, peut adopter des cadences plus lentes, mais ne peut s’arrêter, car son arrêt signifierait arrêt de l’action créatrice de l’homme, donc anéantissement de ses moyens d’adaptation et fin de sa survie.
Cette action est une nécessité vitale, condition et signe de la vie.
L’action de l’homme c’est la source de tout. Cette action a pour objet de satisfaire des besoins, d’abord physiques, vitaux, puis au-delà, des besoins moins immédiats, ceux qui ont trait à l’affirmation et à l’épanouissement de la personnalité, des besoins intellectuels et moraux. Cette action de l’homme et de la société est dirigée contre le milieu ambiant, contre l’homme lui-même, contre la société, contre la nature.
Destinée à satisfaire les besoins de tous, le problème de son efficacité, de sa rentabilité se pose. Une tactique, une stratégie, un effort de réflexion en vue d’une certaine planification, une critique et une autocritique face aux résultats, une méthodologie s’imposent mettant en jeu tout un processus d’opérations intellectuelles : c’est une culture, un acquis sur le plan matériel et spirituel, le produit et le prix de l’action.
L’action créatrice obéissant à une nécessité universelle, la culture qui en est le reflet, sujet et effet, est une réalité universelle. Partout où il y a nécessité de création, il y a culture.
Expression des rapports entre l’homme et la société, entre l’homme, la société et la nature, la culture pose de façon aiguë le problème de la dialectique du général et du particulier.
La culture c’est l’expression dans des formes particulières et spécifiques d’un problème général, celui des relations qui unissent l’homme à son milieu.
Mais ces relations elles-mêmes revêtent un caractère spécifique déterminé par les conditions géographiques, le niveau du développement des forces productives et la nature du mode de production, donc déterminé par le contexte historique et social.
Le niveau culturel d’un peuple, peuple africain compris, ses modes de conquêtes de la connaissance, ses modes d’explication des phénomènes, sont fonction de la puissance qu’il a acquise sur les forces naturelles, le degré d’objectivité et d’abstraction atteint au feu de l’action pour la maîtrise de techniques de plus en plus perfectionnées.
La spécificité, la particularité d’une culture est une réalité, un des attributs de la réalité nationale en général, de la réalité de classe en particulier et exprime la communauté des conditions de vie, la similitude dans les attitudes, les réactions devant les phénomènes sociaux et naturels.
Mais même dans cette spécificité et cette particularité il y a du général, en ceci que même si ces attitudes et ses réactions sont marquées par l’irrationnel à certains stades du développement historique, même si à certains moments du déroulement de l’action elles procèdent de la simple émotion, ou se situent au niveau des réflexes, elles sont fondamentalement mises en mouvement et guidées par la raison en vue d’atteindre des objectifs bien déterminés, les solutions à des problèmes déterminés. La spécificité, la particularité ne sont pas spécifiques à la culture africaine. Elles sont spécifiques à chaque culture. Cette spécificité est une réalité générale.
Mieux, au-delà de cet aspect général de la spécificité, la culture, par son contenu, expression des aspirations éternelles de l’homme au bonheur, à son plein épanouissement par une puissance toujours accrue sur la nature, est perpétuel devenir vers l’universel.
La vitesse à laquelle la culture tend à l’universel est fonction de la dialectique des formes et du contenu culturels au stade historique considéré.
Plus les formes d’expression de la culture se perfectionnent grâce au développement général des formes et la révolutionnarisation des rapports de production, plus son contenu tend à s’universaliser en interprétant les aspirations de tous les peuples.
La culture africaine comme toute culture a pris naissance avec l’homme africain lui-même dont elle a rendu compte des premières préoccupations, des premières luttes, des premiers succès et échecs.
La filiation historique et la succession dans son développement ont reflété étroitement la filiation dans le développement des forces productives. Sa simplicité a ses débuts, son bas niveau intellectuel, ici lenteur de sa cadence de progression, étaient à l’image de la faiblesse et de la précarité des moyens d’existence.
Puis au cours des siècles et des millénaires, parallèlement au perfectionnement des techniques de production, la culture s’est développée, s’est diversifiée, s’est nuancée, s’incorporant les sciences, la technique, la littérature, la musique, la danse, les arts plastiques.
Toute cette longue évolution, cette qualification progressive, obéit à la raison, à la loi de la gnoséologie, du passage de l’ignorance à des connaissances de plus en plus approfondies, de plus en plus exactes.
Toute anthologie de la culture africaine tendant à situer celle-ci en dehors de l’empire de la raison, de la pensée rationnelle, de la loi, de la gnoséologie, la dévie de sa fin qui est de qualifier l’homme, la sacrifie au mythe de la singularité, et de la spécificité.
La culture africaine n’a pas d’autres fondements et n’a pas besoin d’autres fondements que la vie concrète de l’homme africain. Plongeant ses racines dans les couches populaires les plus profondes, elle exprime la vie, le travail, les idéaux, et les aspirations des peuples africains.
Elle a apporté sa contribution aux côtés des autres peuples dans la conquête des sciences et des techniques.
Avant le contact avec les autres continents, l’Afrique avait appris à extraire les métaux, à forger ses armes et ses outils de travail. Elle avait appris à tisser les étoffes. La notion de chimie s’était développée à travers divers recettes comme celles nécessaires à la fabrication du savon, de l’indigo, de l’encre, du tannage des peaux etc…
Mais plus encore que les sciences, qui ont été desservies par la persistance, au cours des âges, d’un bas niveau technique et technologique, l’art africain, la littérature africaine, la sculpture, la musique, les danses africaines vont occuper, sont en train d’occuper une place de choix dans le patrimoine culturel de l’humanité.
La réalité de la culture africaine n’est plus à démontrer, mais ses réalités infinies restent à découvrir, à recenser, à décrire.
A l’opposé, en Afrique comme ailleurs, la culture, parallèlement à sa production et à son développement, réagit sur les producteurs, l’homme et la société.
La culture, c’est une expérience accumulée qui modifie l’homme de façon linéaire, progressive et quantitative, mais aussi avec des phrases de mutation qualitatives.
Le résultat est un homme nouveau, une société nouvelle, plus habile, plus apte, intégrant de plus en plus le moyen et la fin de l’action, perfectionnant de plus en plus sa technique et ses moyens d’action.
L’expérience acquise par et pour l’action, devient la source inépuisable d’énergie, l’instrument et le guide des actions en cours et celles à venir.
La culture apparaît ainsi à la fois comme création et source de création de l’homme et de la société, comme expression de la relation dialectique entre le créateur et sa création.
Elle apparaît clairement comme ce qu’elle est réellement, le facteur qui détermine et conditionne tout.
Sa conquête a exigé de l’homme qu’il mobilise toutes ses ressources physiques et intellectuelles. Une fois conquise, elle est devenue la flamme qui anime et enivre son conquérant, l’homme.
Ainsi on exagérerait à peine en disant que l’homme est égal à la culture qui l’a modelé et inspiré son comportement et son action.
Le fait culturel conditionne et l’existence du Peuple et l’exercice par lui-même de sa souveraineté et de son pouvoir. Pour nous, en débattre, c’est combattre, et bien que l’histoire présente des exemples fort édifiants tels ceux qui dominent le processus de la formation du régime féodal, nous avons choisi d’actualiser les données de ce combat.
CULTURE D’ELITE, CULTURE DE DOMINATION
Nul n’ignore l’utilisation crapuleuse faite par les Puissances de proie, au cours de l’Histoire moderne, dans leur mainmise sur les Peuples Africains entre autres.
Après s’être approprié les éléments essentiels de la Culture de leurs propres peuples, les couches dominantes des Puissances colonialistes se sont servies de cette arme dans leur oeuvre de domination et d’exploitation de notre Continent.
Il fallait d’abord légitimer au regard de la morale admise, les genres de rapine et de domination coloniale, et l’on s’autorisa alors de la naturelle différence entre notre Culture et celle des Peuples de ces Puissances pour accréditer l’ignoble assertion que nous n’avions point de Culture et qu’il fallait nous en octroyer et en imposer une. Ce fut la croisade pour l’humanisation par la « Culturation » de peuples « marginaux », des Peuples restés à l’état de « Peuples-matières premières », de Peuples attendant d’être usinés dans la Grande Fabrique d’hommes Civilisés. Et l’on passa rapidement, pour la pérennité de la colonisation, au dressage systématique des « Ouvriers indigènes » associés au bon fonctionnement de la Grande Fabrique.
Le Corps des « élites coloniales », « Hommes de Culture », Indigènes de tous niveaux, de toutes colorations épidermiques et politiques, de toutes ambitions et compétences, était créé.
Face à cette élite et à la veille du mouvement de désintégration des empires coloniaux, il s’est créé, bien sûr, une « Elite Intellectuelle », subjectivement protestataire.
Cette « Elite », bien sûr, essaya de faire feu de tout bois.
Elle souffrait des coups racistes que l’Impérialisme assénait à l’Afrique, mais elle ne comprit pas que si l’idéologie et la pratique racistes peuvent être une arme efficace, maniée par l’impérialisme qui est un racisme actif, une non culture au regard de l’histoire, l’idéologie raciste, maniée par des révoltés, ne peut être qu’une arme aberrante, une arme qui, en dernière analyse, ne peut que servir l’adversaire impérialiste.
Aussi la Sainte Négritude, qu’elle soit arabo-berbère ou ethiopico-bantoue, la Négritude est-elle objectivement une idéologie auxiliaire de l’idéologie impérialiste.
Le Maître fait de son Esclave un Nègre qu’il définit « Etre-sans-Raison », infra-Homme, et l’Esclave ulcéré de protester : puisque tu es Raison, je suis Emotion, et je l’assume.
La boucle est bouclée.
Le Maître assume sa prééminence, l’Esclave sa servitude, mais revendique le droit de pleurer, droit que le Maître lui accorde.
La réconciliation est faite et l’on comprend aisément toutes les peines que se donne tout l’appareil de diffusion impérialiste, presse, radio, cinéma, etc…. pour propager la soulageante Négritude.
La « Négritude » en vérité c’est une bonne anesthésie mystifiante pour Nègres trop longtemps et trop rudement flagellés, au point d’en perdre toute Raison pour devenir pure Emotion.
Une analyse sérieuse démontre que le fait colonial n’est nullement contesté par cette Elite et qu’objectivement loin de nuire à la domination coloniale, loin de mobiliser et d’armer les peuples subjugués, elle constitue la bonne conscience des colonisateurs en accréditant l’existence d’une certaine liberté de penser et de faire au sein du régime colonial.
A ce point de vue, l’élite intellectuelle subjectivement protestataire complète objectivement les armes de domination coloniale.
Accaparant à son niveau la culture Populaire, elle frustre le Peuple colonisé de sa meilleure arme défensive et offensive : la culture élaborée par lui et maniée par lui-même.
La conjoncture des deux réalités : frustration du Peuple de sa propre culture et énorme développement de la Science et de la technologie (éléments de culture) chez les impérialistes, fait d’une certaine culture, à l’époque d’émergence des anciennes colonies à l’Indépendance Nationale, une arme redoutable entre les mains du néo-colonialisme.
II faut en convenir, le comportement apeuré de maints Gouvernements Africains devant la cynique arrogance impérialiste, le désemparement des peuples victimes des coups d’Etat néo-colonialistes, sont des conséquences de la frustration des peuples de leur culture.
Culture et lutte des classes
L’arme la plus puissante de viol et de réasservissement de nos Peuples dont disposent aujourd’hui l’Impérialisme et le Néo-colonialisme est une certaine culture.
L’arme invincible de défense contre l’Impérialisme et le colonialisme et d’offensive pour la totale émancipation de nos Peuples est la culture redevenue création de toute la société et source de toute création progressiste.
Cette analyse nous amène à reconnaître que la culture, super-structure née d’une certaine infrastructure qu’elle remodèle et qualifie à son tour, est une réalité de classe, de classes idéologiques.
Et que l’on ne vole pas ici l’expression d’un certain néo-idéalisme : par classes idéologiques, nous voulons signifier qu’il s’agit de classes non point nées d’une simple stratification économico-sociale, mais que nous nous trouvons en présence d’une option fondamentale, plus exactement de deux options fondamentales exclusives l’une de l’autre et excluant toute option :
1°) – L’Idéologie de domination et de prosternation devant la domination.
2°) – L’Idéologie de lutte contre toute domination et de souveraineté intégrale du Peuple avec l’exercice de tout le pouvoir directement par le Peuple et pour le Peuple.
Toute l’action du Parti Démocratique de Guinée est fondée sur cette deuxième Idéologie qui se manifeste dans tous les domaines de la vie sans aucune exception.
Ainsi comprend-on que la culture soit un champ de travail où s’affrontent l’homme, la société, la nature, les hommes et les Peuples. La reconnaissance et la maîtrise du terrain dans ce combat sans merci, c’est la condition de la résistance victorieuse, la condition de la victoire. La supériorité des armes, c’est une supériorité de la culture tout au moins dans son aspect matériel et technique.
Et c’est cette supériorité dans la production de la culture qui permet à un Peuple de s’imposer à d’autres Peuples et de leur imposer sa culture spirituelle.
Plus que les canons, c’est la culture qui est l’arme de domination.
Car c’est la culture scientifique, technique et technologique qui a permis de fabriquer les canons.
Car le préalable à toute domination, exploitation et oppression c’est la négation de l’autre homme, du Peuple, dans ses attributions d’homme (ou de Peuple) dont en premier lieu, les activités culturelles.
Avant de conquérir, de dominer et d’asservir un Peuple, le dominateur pose la supériorité de sa culture, la supériorité de sa civilisation, proclame sa mission civilisatrice auprès de ceux dont il a décidé arbitrairement et unilatéralement qu’ils sont barbares, sauvages, sans culture, sans civilisation.
Les dominateurs posent que la compréhension de la nature en vue de son exploitation pour promouvoir le progrès technique, est leur privilège exclusif, leur propriété.
Or des voix plus autorisées, plus fondées que celles des impérialistes, des colonialistes et des néo-colonialistes ont affirmé que la nature est compréhensible à tout homme, que l’homme, à condition qu’il comprenne la signification historique de son existence, est capable de pénétrer tous les jours davantage les secrets de la nature, d’accroître sa puissance sur celle-ci pour la dominer toujours davantage.
Dans le processus de la connaissance et de la domestication des forces naturelles, ce qui compte au moment historique déterminé c’est moins la qualité des connaissances et leur degré de conformité à la vérité absolue que la conscience que les hommes et les Peuples ont de leur capacité et possibilité de compréhension, de leur volonté de progrès illimité.
Le facteur qualificatif dans ce processus, c’est une attitude, une disposition d’esprit dans le sens d’une confiance en soi et en son peuple. Les connaissances déjà acquises, le degré de vérité qui les caractérise est du domaine quantitatif, lié aux moyens matériels et techniques mis en jeu dans la recherche, l’expérimentation et l’application.
C’est un stade historique du développement auquel chaque Peuple accédera à la vitesse que ses moyens matériels peuvent lui permettre, le préalable nécessaire et suffisant étant seulement, une fois encore, la conviction que ce qui est inconnu est connaissable.
Il n’y a pas de Peuples plus doués que d’autres, plus intelligents que d’autres, il y a des différences de contextes historiques. Mais les impérialistes, les exploiteurs, aveuglés par l’instinct et la volonté d’exploitation sont incapables de comprendre ces vérités premières.
La culture qu’ils ont créée se prolonge dans le fusil, la cravache, le travail forcé, et le dressage qui nient, humilient, dépersonnalisent le colonisé.
Aujourd’hui encore, les efforts continuent.
Et la loi objective de la connexion des choses continue à jouer ; les problèmes de développement économique et culturel de nos Peuples sont observés avec les facettes du « maître impérialiste », analysés dans l’esprit de cet exploiteur universel des Peuples. Et chaque fois qu’il n’en est pas ainsi, l’on repart puiser sans hésitation dans le musée poussiéreux des idées erronées.
C’est un spéculateur, peut-être honnête, qui vous propose à nouveau un valérianisme réactionnaire « entrer dans l’histoire à reculons », parce que l’on ne peut emboîter la civilisation capitaliste et ouvrir des perspectives nouvelles au devenir des hommes opprimés.
C’est un chercheur armé d’une philosophie sans perspective, soucieux d’un universalisme par trop suspect, perdant plutôt les restes minables d’un idéalisme de surcroît froid, qui vous propose le modèle de l’Afrique des invertébrés ou des pithécanthropes dispos pour être exploités indéfiniment et à volonté.
C’est un archéologue de l’idéalisme qui vous propose des recettes dont le spiritualisme, en l’absence d’une idéologie scientifique, révolutionnaire, est suffisamment anesthésique pour endormir les masses et les livrer ainsi, dans un coma traître, à la rapacité de l’impérialisme.
Pour la bourgeoisie et son excroissance colonialiste, il faut maintenir les masses dans l’inculture car l’accès d’hommes ignares à la culture détruit celle-ci, les cultivateurs paysans, les ouvriers sont incapables de conserver les valeurs culturelles, a fortiori en créer de nouvelles.
L’absurdité de ce point de vue est prouvée par les pays édifiant le socialisme.
La Révolution est la seule voie qui assure l’épanouissement de la science et de la culture, et non leur décadence.
La culture à travers l’art, la littérature, la technique etc… est la photocopie de l’activité des hommes, la reproduction. Ainsi les danses de chasses imitent les mouvements et l’allure du gibier ; la chorégraphie stylisée du chasseur africain de la savane, imitant le lion ou l’éléphant jusque dans le costume, n’est pauvreté esthétique que dans l’esprit de l’exploiteur haïssant tout ce qui a trait au peuple.
La guerre est une chasse où l’homme remplace le gibier, elle est mimique des scènes de combat ; les danses des « sofas » de Samori, ou des « tiédos » du Damel Teigne Lat Dior, les Bako (danse de défi) d’un N’Beur-Kat (lutteur sportif du Sénégal) comme le célèbre lutteur Modun Khulé (champion sérère qui a effectivement existé), sont de véritables chefs-d’oeuvre.
Surtout quand elles sont accompagnées de chant et de gestes d’assaut, comme celles de ces phalanges dont parle Stanley.
La culture est le reflet, l’enregistrement des expériences, et les techniques de production.
Les dictons, les proverbes, les narrations et les chansons populaires expriment le désir d’avoir une production abondante, les expériences de domination de la nature ; d’où ce matérialisme naïf des cultures paysannes, coexistant avec l’idéalisme dû à l’ignorance.
Dans leur rejet du matérialisme historique comme théorie et méthode, des auteurs souvent perspicaces pourtant comme Frazer, n’ont pu expliquer scientifiquement la magie.
L’expérience du combat contre la nature permet à l’homme de connaître ; mais étant donné l’efficacité limitée des moyens, et même quelquefois l’hostilité implacable du déterminisme physico-chimique, une grande partie de la nature échappe.
La magie est alors une conjuration, et le rituel reproduit les gestes expérientiels acquis, jugés valables si les créatures occultes sont favorables. D’où ces expériences pour restreindre, limiter les dégâts, les calamités naturelles, pour tuer les bêtes qui ravagent les cultures, etc…
Tout arrêt de développement à ce stade est propice à l’ignorance.
L’impérialisme comprit tôt que sa puissance résidait dans cette ignorance.
Il fallait nous transformer en êtres terrorisés, impuissants devant la nécessité naturelle et historique.
Maintenus dans cet état d’ignorance, les peuples opprimés sont en proie aux préjugés, à la terreur devant les puissances invisibles d’autant plus aliénatrices qu’elles sont culturellement intériorisées ; la misère morale, la déchéance physique, reçoivent toutes les explications sauf celles qui découvrent la responsabilité monstrueuse des exploiteurs impérialistes.
La culture est la synthèse des activités du peuple.
Le combat contre la maladie et la faim, la domination de la nature et l’extention de la connaissance sont l’oeuvre de l’humanité entière ; la culture scientifique et technique est la plus haute manifestation de la création collective ; elle a permis la liquidation de plusieurs fléaux naturels.
Aucune culture, du point de vue historique, ne saurait échapper à un contenu de classe : à moins qu’elle ne soit une enveloppe destinée à être remplie par n’importe quelle sottise des idéologues de régimes exploiteurs, chaque culture relève d’une ligne politique définie.
La Féodalité africaine, par exemple, n’a pas connu l’appropriation privée de domaines, au contraire de l’européenne où les seigneurs se sont érigés en propriétaires de terres qu’ils avaient mission de défendre tout simplement contre des envahisseurs éventuels !
C’est ici l’origine du caractère collectif des danses paysannes où les gestes épuisent toute la gamme des activités agricoles libres.
La culture, à l’instar de tous les phénomènes sociaux, est marquée du sceau de la lutte des classes.
Le Pouvoir culturel, contenant et contenu du Pouvoir Politico-économique, est ainsi une puissante arme d’oppression pour les exploiteurs.
La culture pour le peuple a toujours été à juste titre la bête noire des idéologues du capitalisme.
Il est dans la logique de l’exploitation capitaliste de fermer l’accès de la culture aux travailleurs créateurs de cette culture. C’est alors que : sociologues, historiens réactionnaires, aux fins de justifier cette monopolisation et d’en faire l’apologie, prônent la théorie de l’édification de la culture par une élite, l’humanité serait recevable des acquis, de l’art, de la science, de la technique, de la littérature etc… à une poignée d’hommes de génie (Darwin, Einstein, Shakespeare, Beethoven, etc).
Il faut certes rendre hommage aux mérites de ces hommes. Mais si leur existence laborieuse devient la démonstration de l’origine d’élite de la culture, pourquoi des hommes semblables à eux en génie, n’ont-ils pas existé au temps de l’homme de Leakey ou du sinanthrope ?
La culture anthentique, production collective
La science n’a jamais été l’affaire d’un homme.
L’on a coutume de rétorquer que le savant jadis travaillait seul. En fait, un savant ne peut découvrir, inventer que dans un contexte socio-culturel propice, une situation, une atmosphère culturelle que le savant intègre avant de pouvoir enrichir le patrimoine de l’humanité.
De nos jours, la méthode de recherche scientifique s’est modifiée ; le savant opère en groupe de travail ; mais cette « démonstration » de la méthode n’est pas encore la conscience de la nécessité du travail collectif, si elle est due à la complexité des problèmes et à l’ampleur de l’enrichissement de la science moderne, elle l’est aussi du fait que le capitalisme entend monopoliser et exploiter des brigades de matières grises.
Mais nous savons quant à nous que cette méthode dont le capitalisme ne voit que les effets est le fondement même de la fécondité scientifique. D’ailleurs les travailleurs de la science sont les continuateurs de l’effort des générations.
Ce sont les masses laborieuses, faisant l’histoire, qui ont créé les fondements de la culture et créent les conditions de son progrès.
La littérature et l’art se sont épanouis pendant longtemps sous la forme de folklore : ces poèmes épiques, ces légendes, ces contes, ces proverbes, ces chansons ont servi de terrain à l’art des écrivains.
Ces peintres et ces artistes s’inspirent des arts appliqués créés par le peuple ; l’art populaire constitue un trésor inépuisable de modèles et de procédés, une source d’exaltation pour les écrivains et les artistes, l’art populaire engendre et alimente la forme nationale de l’art et de la littérature de chaque pays ; la science plonge ses racines dans ce génie du peuple.
Donc la culture n’est pas le privilège des possédants.
En privant les masses populaires des bienfaits de la science et de la culture, en les maintenant dans l’ignorance, les exploiteurs ont trouvé une justification de leur suprématie de classe.
L’intelligence et le talent ne sont pas un privilège de classe ; la force de l’esprit, du talent, de la volonté des milliers de travailleurs se retrouve dans toutes les créations culturelles.
Culture populaire, arme de libération
La culture, arme de domination, sera l’arme de libération.
Ici il faut se battre sur le terrain choisi par l’ennemi, mais un terrain remis d’aplomb avec les armes qu’il a choisies, mais armes rectifiées : la culture populaire.
Le Camarade AHMED SEKOU TOURE le dit : «Les impérialistes utilisent les valeurs culturelles, scientifique, techniques, économiques, littéraires et morales pour justifier et maintenir leur régime d’exploitation et d’oppression.
Les peuples opprimés utilisent également des valeurs culturelles de nature contraire aux premières dans le but de mieux combattre l’impérialisme et de se soustraire au régime colonial ».
La résistance, puis l’offensive, s’organisent donc d’abord sur le terrain culturel.
Le colonisé doit d’abord se ressaisir, faire un bilan critique des résultats des influences qu’il a subies de la part de l’envahisseur et qui se traduisent dans son comportement, dans sa façon de penser et d’agir, dans ses conceptions du monde et de la société, dans sa façon d’apprécier les valeurs créées par son peuple.
Dans une première phase, il doit tendre à reconquérir sa personnalité en niant les valeurs culturelles qui l’ont dépersonnalisé, en décolonisant sa mentalité, ses moeurs, ses attitudes, en démantelant les constructions philosophiques de domination, dont notamment le mythe de la « mentalité primitive et prélogique » cher à Levy-Bruhl.
Face au complexe de supériorité intellectuel et moral du colonisateur, il faut que le colonisé se libère de ses complexes d’infériorité et incarne l’homme dans ce qu’il représente de valeurs absolues d’aspiration à l’universel.
En réalité cette première phase de libération, de lutte pour la liquidation des divers complexes du colonisé se confond avec la phase qui suit, celle de la reconquête des valeurs perdues, des attributs niés et perdus, ceux de l’homme doué de raison et qui pense et agit dans la dignité, la confiance en soi. La nature a horreur du vide, même sur le plan culturel.
On ne peut vider le colonisé de la culture qui lui a été imposée, dont on l’a intoxiqué, qu’en lui proposant une culture de remplacement, en l’occurence sa propre culture, ce qui implique une action de résurrection, de revalorisation et de vulgarisation de cette culture.
Mais cette action n’est possible que dans le cadre plus large de la lutte de libération nationale et de l’émancipation sociale.
La culture ne peut s’épanouir dans toute son authenticité qu’à condition de supprimer les causes qui l’ont étouffée. Mais inversement, le culte de l’authenticité culturelle, le combat pour la reconquête de cette authenticité en accélérant la prise de conscience des masses populaires et leur mobilisation, accélèrent le processus de libération poiitique et social, ainsi que celui de la formation de la nation en créant le creuset au sein duquel le citoyen tout court se modèle, au-dessus de la tribu et de la race.
Cet homme libre au sein d’un peuple libre, qui a retrouvé son équilibre physique et mental, peut désormais assumer la pleine responsabilité de son destin. Il peut et doit élargir sans limite les bases de son patrimoine culturel, les diversifier, les orienter afin d’éclairer toute action à entreprendre en vue d’améliorer les conditions de l’existence et de l’épanouissement.
Les impérialistes ont dominé et opprimé les peuples grâce à une supériorité technique qu’ils se sont assurée au préalable.
Les peuples à leur tour animés de la conviction que la faculté de chercher, de découvrir et d’inventer est la chose la mieux partagée entre les hommes, se lanceront à la conquête des sciences et des techniques.
La culture scientifique, moyen des moyens de domination de la nature et de la production des biens materiels, est un facteur de progrès dans la création de la culture tout court, culture matérielle, culture spirituelle.
Oui, la culture est libératrice, arme anti-impérialiste, anti-colonialiste et anti-néo-colonialiste, arme de domination de la nature, à condition qu’elle soit une culture progressiste, révolutionnaire, créée, et consommée par le peuple sur la base de la ligne de masse. Seule une telle culture libère l’homme de lui-même, de ses tendances égoïstes, de la vanité et de l’orgueil, de la peur qui l’habitent.
Seule une telle culture libère et émancipe un peuple en le réconciliant avec sa nature authentique et en lui ouvrant le chemin de l’avenir et de l’universel.
Aujourd’hui, la libération nationale et l’édification du socialisme sont au programme de l’Afrique révolutionnaire. Impérialistes, colonialistes, néo-colonialistes de tout poil, armées de valets idéologiques, commerçants de peuples, ont pris peur devant la détermination de nos masses, vilipendent le socialisme et le présentent comme une idéologie de la peur ; l’unique raison de ce déploiement de forces contre-révolutionnaires est notre volonté de soustraire l’Afrique aux appétits de l’Impérialisme, notre volonté d’édifier une Afrique étrangère à toute exploitation de l’homme par l’homme.
Cependant, nous cautionnerions un déterminisme semblable à l’attentisme et au fatalisme, si nous réduisons 1’avènement de notre victoire à l’auto-destruction et anéantissement de l’impérialisme.
Si ce système porte en soi les germes de sa propre disparition, l’histoire montre que la durée des régimes d’exploitation de l’homme par l’homme est fonction de l’intensité d’intervention et du niveau culturel des opprimés.
Il importe donc d’aménager les conditions révolutionnaires permettant à l’homme du peuple de donner le meilleur de lui-même.
La culture, synthèse des activités du peuple est un pouvoir dont la maîtrise démocratique confère aux masses des capacités insoupçonnables de création et de transformation matérielles et idéologiques.
Culture d’élite culture sclérosée
Culture des masses génératrice de progrès
« C’est par le pouvoir culturel, écrit à juste titre, notre Camarade AHMED SEKOU TOURE, que le maître a pu justifier et maintenir sur l’esclave son pouvoir politique et sa domination économique…
C’est par l’usurpation du pouvoir culturel (sous forme de science, de technique, de méthodologie et aussi d’art et d’une certaine vision du monde), poursuit-il, que l’impérialisme néo-colonialiste tient encore aujourd’hui en laisse maints gouvernements et exploite les peuples qu’ils ont mission de servir » (fin de citation).
L’autre aspect du monopole d’élite, est le fait qu’il sclérose la culture ; préoccupé de bâtir une fortune de classe, le capitalisme ne peut féconder la culture. Il n’y a ni déterminisme économique unilatéral, ni idéalisme à affirmer que la faiblesse ou la disparition de plusieurs civilisations est due, non pas à l’irascibilité ou à une prétendue insuffisance morale originelle de l’homme, selon les lugubres philosophes bourgeois de l’histoire, mais au fait que la culture était un monopole d’une petite minorité ; la puissance technique et scientifique de cette minorité était l’expression parfaite de la fragilité de ces systèmes économiques et culturels.
Seul le peuple créateur de la civilisation est capable de la faire progresser dans la mesure où le système social permet l’assimilation démocratique des techniques, dans la mesure où, dès lors, l’enrichissement du patrimoine culturel universel devient le monopole des peuples.
La Démocratisation de la culture et de la science est ainsi la fécondation des civilisations progressistes.
Seul le mouvement révolutionnaire peut restituer à la culture son essence humaniste.
La culture est alors saisie dans sa bivalence essentielle.
– Elle est domination du déterminisme physico-chimique à des fins progressistes.
– Elle est orientation révolutionnaire de la société.
La Révolution Culturelle suppose l’émancipation totale du peuple : dès lors, la Révolution Culturelle est la Révolution radicalisée. L’on ne saurait parler de socialisation révolutionnaire des moyens de production, lorsque le peuple propriétaire, est ignorant, incapable d’améliorer ce dont on l’avait dépossédé. La Révolutionarisation de la culture suppose deux aspects fondamentaux.
– La culture est ouverte aux masses, démocratisation qui est le moyen de qualification des masses.
– En élargissant la qualification intellectuelle, la révolution crée de nouvelles conditions de fécondation de la culture, de la science.
Dès lors que le peuple a désormais conscience de ce qu’il crée, qu’il est seul responsable de l’amélioration des rapports sociaux, il est idéologiquement apte à assumer l’édification d’une société étrangère à l’exploitation de1’homme par l’homme.
La Révolution démocratise foncièrement la culture et la met au service de toute la société et non de l’élite ; la démocratisation de la culture permet à de nombreux talents issus des masses populaires, de se révéler dans tous les domaines de la création scientifique et artistique ; elle crée les conditions d’épanouissement des talents.
Avec la Révolution socialiste, toutes ces valeurs appartiennent au peuple.
L’oeuvre artistique ne peut demeurer en marge de la lutte, de la politique, car chaque écrivain, chaque artiste, qu’il le veuille ou non, exprime dans son oeuvre les intérêts de classe ; la révolution socialiste soustrait la culture au joug de la banque et permet de créer pour de larges masses populaires, et non de flatter les goûts personnels d’une stupide poignée de gavés.
La culture, la technique font partie de l’ensemble de la cause révolutionnaire.
Elles sont, écrit Lénine, « une petite vis » du mécanisme général de la Révolution.
La Culture Révolutionnaire est pour les masses une arme puissante de lutte, une force matérielle; avant la Révolution, elle constitue un secteur important indispensable du front de la Révolution totale.
La science, la culture, s’intègrent parfaitement dans le mécanisme général de la lutte; armes d’union et d’éducation pour frapper et anéantir l’ennemi, elles aident le peuple à lutter contre l’ennemi d’un même coeur et d’une même volonté.
Pour une révolution culturelle Africaine
« Une armée sans culture est une armée ignorante et une armée ignorante ne peut vaincre l’ennemi » écrit un philosophe contemporain. L’Afrique doit s’engager dans sa Révolution Culturelle.
Mais quelles sont les principales tâches de la Révolution Culturelle ?
La Révolution Culturelle ne signifie pas négation de toute culture du passé, elle est continuation de ce qui avait été le plus beau parce que populaire en dépit de la volonté des exploiteurs.
Il s’agit donc de :
– Choisir dans le patrimoine culturel les valeurs permanentes, saines et rejeter tout ce qui est inutile, réactionnaire, les moeurs et les coutumes arriérées, les mauvaises traditions, les superstitions, les tendances aliénatrices et inhibitrices telles que la Négritude.
– Transformer la culture de privilège d’une élite en apanage du peuple.
– Elever le niveau culturel et scientifique de la classe des travailleurs pour assurer l’essor des forces productives.
– Rééduquer et surformer les anciens intellectuels, encore récupérables car l’homme est perfectible à l’infini, tant qu’il peut se défaire de l’étroitesse petite-bourgeoise.
– Créer les intellectuels d’un type nouveau.
– Engager irréversiblement tout le peuple dans l’édification du socialisme.
La Révolution restitue au Peuple ce qu’il a créé dans la tourmente séculaire de la lutte des classes, rend aux masses les acquis technologiques et scientifiques accumulés par leur labeur, qualifie constamment tous les moyens de lutte contre l’impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme.
Dotés ainsi de matériaux et de dimensions requis, nos peuples, dès lors invincibles, lèveront plus haut l’étendard de la liberté, assumeront mieux leur rôle historique dans l’anéantissement définitif de l’impérialisme.
Posté par : El Mounadhil à 01:34 – Analyses – Commentaires [1] – Permalien [#]
Tags : Anthropologie occidentale,
Source : http://tricontinentale.canalblog.com/archives/2023/05/02/39896087.html
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Michael Hudson sur le capitalisme financier, les conséquences économiques de l’Ukraine et la fin de la mondialisation.

L’histoire du capitalisme financier
ERIC DRAITSER : Bonjour et bienvenue sur CounterPunch Radio. Je m’appelle Eric Draitser, merci beaucoup d’être à l’écoute et de revenir à l’émission. Les nouveaux auditeurs découvrent l’émission, bienvenue à bord. Merci beaucoup, nous apprécions vraiment votre soutien. Si vous souhaitez soutenir CounterPunch, la meilleure façon de le faire est de vous abonner à CounterPunch Plus, de cette façon vous aurez accès à tout notre contenu exclusif. Rappelez-vous les gens, c’est essentiellement le magazine imprimé, maintenant en ligne. Nous avons arrêté le magazine imprimé et pris encore plus de contenu, mais derrière un petit mur payant, comme tout le monde le fait ces jours-ci, et il est là pour vous. CounterPunch ne ressemble à aucun autre espace sur la gauche en ligne. Vous avez des idées concurrentes, des perspectives concurrentes, qui sont toutes les bienvenues sur Counterpunch, et fournir cette plate-forme est quelque chose que nous faisons depuis près de 30 ans. Si vous appréciez cela, obtenez cet abonnement CP + et envisagez également de vous procurer des livres de Counterpunch, y compris du merveilleux auteur que j’ai avec moi aujourd’hui, dont le tout nouveau livre est disponible chez CounterPunch, nous allons en parler. Il est l’incomparable Michael Hudson. Il est de retour parmi nous. Je viens de réaliser en parlant avec lui avant que nous commencions à enregistrer que cela faisait environ sept ans qu’il n’était pas dans cette émission, une apparition si tardive. Michael Hudson est le président de l’Institut pour l’étude des tendances économiques à long terme. Il est économiste et auteur. Vous le connaissez probablement tous déjà, mais le livre probablement le plus célèbre Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire, qui est un classique, celui qui a façonné une grande partie de notre réflexion. Et bien sûr, le livre le plus récent, publié par CounterPunch, Destiny of Civilization : Finance Capitalism, Industrial Capitalism, or Socialism. Disponible chez Counterpunch. Michael Hudson, bon retour.
HUDSON: Eh bien, c’est bon d’être ici, Eric.
DRAITSER : Merci beaucoup de m’avoir accordé du temps, et pour ce livre vraiment important, car il fournit le genre de perspective à long terme dont je pense que nous avons vraiment besoin pour comprendre tout ce qui s’est passé économiquement, je suppose, dans la période moderne. . Alors, commençons par en parler. Le livre a commencé comme une série de conférences autour de conférences récentes sur la mondialisation américaine, le rôle de la Chine et son développement, mais il s’est en quelque sorte élargi à partir de là en parlant du capitalisme financier par rapport au capitalisme industriel. Je suppose que nous pourrions commencer par là et vous demander d’expliquer cette juxtaposition. Quelles sont les différences? Comment comprendre ces deux idées ?
HUDSON: Eh bien, la plupart des manuels parlent du capitalisme industriel comme si la fonction des banques était de prêter aux usines pour construire des usines et des équipements et embaucher plus de main-d’œuvre pour produire des biens et maintenir l’économie en marche, et c’est ce que tout le monde attendait des banques. fin du 19ème siècle. Ils s’attendaient à ce que les banques cessent de se contenter de prêter aux gouvernements et d’être prédatrices et qu’elles deviennent d’une manière ou d’une autre une partie de l’économie industrielle. Et cela se passait en Allemagne jusqu’à la Première Guerre mondiale, mais après la Seconde Guerre mondiale, les rentiers ont riposté. Vous avez fait fusionner des banques avec l’immobilier. Le combat de l’économie classique et du capitalisme industriel était de se débarrasser de la classe des propriétaires terriens, de se débarrasser de tout ce qui augmentait le coût de la vie des travailleurs, afin qu’ils puissent payer moins les travailleurs, pas de baisser le niveau de vie des travailleurs, parce qu’ils savent que si vous allez embaucher de la main-d’œuvre et que vous voulez une main-d’œuvre à productivité élevée, elle doit être bien nourrie, bien éduquée, bien habillée et avoir un bon logement. Mais la classe industrielle, certainement en Amérique et en Allemagne, voulait que le gouvernement assume autant de ces coûts que possible. Ils voulaient que le gouvernement paie pour l’éducation et c’est ce que vous aviez aux États-Unis. En Angleterre, ils voulaient que le gouvernement paie pour les soins de santé, et c’est un Premier ministre conservateur, Benjamin Disraeli, qui a déclaré : « …la santé est tout, c’est ce que nous devons vraiment faire ». Vous aviez donc la santé publique, vous aviez des pensions publiques en Allemagne sous Bismarck pour aider à renforcer la classe ouvrière industrielle. Et l’objectif était de faire de toute économie industrielle une économie à bas coût en se débarrassant des rentiers, en se débarrassant des propriétaires fonciers. Vous n’avez pas besoin d’une classe qui collecte simplement des revenus sans contribuer à la production. Vous n’avez pas besoin d’une classe bancaire, vous n’avez pas besoin de monopoles.
Eh bien, tout le monde pensait à la fin du XIXe siècle que le capitalisme industriel évoluait naturellement vers le socialisme, et il y avait de nombreux types de socialisme : il y avait le socialisme chrétien, le socialisme anarchiste, le socialisme marxiste, le socialisme coopératif, mais une forme ou une autre, tout le monde pensait que le gouvernement allait récupérer les monopoles naturels et les besoins de base. Tout cela a changé après la Première Guerre mondiale et a vraiment changé après 1980 avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Et à ce moment-là, la classe financière avait fusionné avec la classe immobilière et à mesure que les propriétaires fonciers étaient éliminés, à cause des impôts et de tout le changement politique : la démocratie, vous aviez des logements privés occupés par leur propriétaire. Mais si vous êtes un particulier, comment allez-vous obtenir une maison ? Vous devez vous rendre dans une banque. Ainsi, alors que le capitalisme industriel s’était débarrassé de la classe des propriétaires fonciers,
En fait, aujourd’hui, la majeure partie de l’excédent économique ne prend pas la forme de profits, mais celle de paiements d’intérêts et de charges financières. En fait, si vous êtes une société émettrice de cartes de crédit, vos frais et pénalités de retard rapportent encore plus que le taux d’intérêt, et les comptes du revenu national brut et des produits traitent les frais, pénalités et intérêts de retard comme s’il s’agissait d’une contribution à la production, et ils comptent tout l’argent qui va aux monopoles et aux propriétaires fonciers comme une contribution à la production et à la production alors qu’il s’agit en fait d’un paiement de transfert – c’est une charge indirecte, c’est ainsi que les économistes classiques traitaient tout cela.
Ainsi, au lieu d’avoir un capitalisme industriel évoluant vers le socialisme, nous avons eu un capitalisme financier dont la politique n’est pas d’élever le niveau de vie mais d’imposer un programme d’austérité de type FMI. Et c’est ce que nous avons aux États-Unis aujourd’hui, surtout depuis 2008 et le krach financier. L’économie américaine, l’économie européenne, ont connu une déflation de la dette même si nos prix augmentent, les prix qui augmentent sont des prix de monopole pour l’industrie de l’énergie, des prix de monopole pour les soins médicaux. Mais les ménages se retrouvent avec de moins en moins d’argent après avoir payé le financement, après avoir payé l’assurance, et après avoir payé l’immobilier, ils ont de moins en moins à dépenser en biens et services. C’est pourquoi l’économie est sous pression aujourd’hui, et mon livre explique comment cette transformation s’est produite.
Marx, dans le volume trois de Kapital, a décrit l’histoire d’horreur de ce qui se passerait avec le capitalisme financier, puis il a exprimé l’espoir que « le capitalisme industriel va empêcher que cela se produise et, heureusement, avec le capitalisme industriel, nous allons faire en sorte que les banques en fassent partie. le financement de la production réelle. Mais ce n’est pas ce que font les banques. Les banques accordent des prêts principalement sur des actifs et des biens déjà en place. Ensuite, 80 % des prêts sont des prêts hypothécaires immobiliers, le reste sont des prêts de rachat d’entreprise, des prêts de spéculation, des prêts garantis par des actions et des obligations, et bien sûr c’est ce que la banque centrale américaine avait dépensé 9 000 milliards de dollars juste garantis par des actions et des obligations. et les hypothèques de pacotille et les obligations de pacotille. Nous assistons donc à une perversion de tout ce que le capitalisme promettait d’être, et il s’avère que la voie du servage,

DRAITSER : Michael, nous allons aborder les garçons autrichiens dans quelques minutes, mais avant de pouvoir passer à l’Autriche et à certaines de ces autres questions historiques plus importantes, je veux juste dévier pendant deux secondes juste pour illustrer le point que vous ce qui fait que nous sommes maintenant dans une période comme vous l’avez mentionné depuis 2008 où ce type de financiarisation de ces actifs dans l’extraction de rente a atteint une sorte de zénith ou quelque chose comme ça, où les institutions financières elles-mêmes sont devenues les propriétaires littéraux, achetant acheter l’immobilier, puis faire demi-tour et le louer. Ainsi, il ne s’agit pas seulement de prêter de l’argent aux particuliers pour obtenir des hypothèques, ils achètent littéralement le terrain et les bâtiments.
HUDSON : C’est vrai, et c’est en grande partie le résultat de ce qui s’est passé sous l’administration Obama. Obama a décidé de renflouer les banques et d’expulser les sept millions de familles américaines. Dans le même temps, il a décidé de ne pas réduire les dettes aux niveaux réels, mais de conserver les hypothèques frauduleuses dans les livres. Alors 69% des Américains possédaient leur propre maison, maintenant c’est tombé à 61% l’année dernière et ça plonge probablement vers 55% – très bas et la raison en est qu’Obama a ordonné à la banque centrale d’abaisser les taux d’intérêt à un si bas taux qu’il maintiendrait le marché boursier, le marché obligataire et le marché immobilier gonflés. La politique de la banque centrale depuis 2008 est l’inflation des prix des actifs.
Eh bien, maintenant que les taux d’intérêt étaient tombés à 0, vous avez eu l’émergence de ces sociétés que vous venez de décrire comme Blackstone et les sociétés de capitaux privés et elles ont dit : « Eh bien, nous ne pouvons plus gagner notre argent simplement en prêtant parce que les intérêts les taux sont si bas à cause de la Fed. Ce que nous pouvons faire maintenant que l’économie est dégonflée par les politiques post-Obama, commençons simplement à acheter nous-mêmes des biens immobiliers ». Vous avez de plus en plus de biens immobiliers achetés par des sociétés de capitaux privées sans emprunter d’argent parce qu’ils disent que nous ne pouvons même pas gagner autant d’argent que nous devrions payer comme taux hypothécaire, mais nous pouvons acheter des biens et commencer à monopoliser la propriété et maintenant que la classe financière a remplacé l’ancienne classe des propriétaires, nous pouvons revenir en arrière et devenir la nouvelle classe propriétaire. Tu as raison c’est exactement ce qui se passe. Les loyers augmentent, les taux de sans-abri augmentent, les expulsions, ici à New York, augmentent. Si vous prenez le métro, vous y trouverez beaucoup de sans-abri qui dorment sur les sièges. Les camps de sans-abri augmentent partout aux États-Unis au fur et à mesure que cela se produit.
DRAITSER : Donc, votre livre parle beaucoup de financiarisation et il y a un mot qui est utilisé, et peut-être trop utilisé dans notre lexique moderne, qui je pense est pertinent ici et je vous demanderais juste de le définir pour nous aider parce que c’est tellement nébuleux parfois. Néolibéralisme, nous entendons sans cesse le terme de néolibéralisme. Politiques néolibérales, etc. Qu’est-ce que le néolibéralisme, pouvez-vous nous le définir, et n’est-il qu’un synonyme d’économie financiarisée ? Ou y a-t-il plus? S’agit-il du flux international de capitaux ? Comment décririez-vous le néolibéralisme ?
HUDSON : Eh bien, le néolibéralisme a toujours signifié se débarrasser de l’État. Cela signifie réduire l’état. Les libéraux du XIXe siècle voulaient se débarrasser de l’État alors qu’il était contrôlé par la classe des propriétaires. La Chambre des Lords en Angleterre, la Chambre haute du Parlement en Europe. Ou le Sénat des États-Unis. Le libéralisme devait se débarrasser de la classe monopolistique des propriétaires héréditaires pour obtenir un marché libre, mais le néolibéralisme inverse cela. Le néolibéralisme dit : « nous voulons nous débarrasser de tout État suffisamment fort pour réguler la finance, pour réguler les monopoles ou pour protéger l’intérêt public contre la classe rentière ». Ainsi, le néolibéralisme est la contre-révolution contre l’économie classique et contre toute la dynamique du capitalisme industriel qui tentait de se débarrasser de la classe rentière. C’est essentiellement une contre-révolution.
DRAITSER: Donc, ce serait Milton Friedman qui repousserait John Maynard Keynes ou est-ce une simplification excessive?
HUDSON: Non, c’est à peu près tout. Lorsque Friedman a déclaré que « les entreprises ne devraient pas tenir compte de l’intérêt public », il a ajouté que « le gouvernement lui-même ne devrait pas tenir compte de l’intérêt public. Le travail du gouvernement », a-t-il dit, « consiste simplement à laisser tout le monde gagner autant d’argent qu’il le peut, comme il le peut ». Bien sûr, les grands partisans du néolibéralisme sont les criminels ! Les gangs ! Les gangsters ! Parce qu’ils ne veulent pas de la police. Eh bien, les monopoleurs ne veulent pas de la police antitrust réglementaire. Les compagnies pharmaceutiques ne veulent aucune forme d’anti-monopole. Essentiellement, vous avez ce qu’on appelle un marché libre. Un marché libre signifie les personnes les plus riches qui dominent le marché et l’offre de crédit, la gestion de l’économie qui alloue le crédit, et qui obtient ce qui devrait passer de Washington à Wall Street. Il devrait passer du gouvernement au secteur financier, et le secteur financier devrait essentiellement faire la planification. Eh bien, le problème avec cela est que le secteur financier vit à court terme. Ainsi, le néolibéralisme signifie seulement planifier pour les trois prochains mois, le bilan de l’année prochaine, parce que le marché libre est si complexe que vous ne savez pas ce qui va se passer. Eh bien, bien sûr, si vous le gérez depuis Wall Street, vous savez ce qui va se passer, mais vous ne voulez pas dire aux gens exactement ce qui va se passer. parce que le marché libre est si complexe que vous ne savez pas ce qui va se passer. Eh bien, bien sûr, si vous le gérez depuis Wall Street, vous savez ce qui va se passer, mais vous ne voulez pas dire aux gens exactement ce qui va se passer. parce que le marché libre est si complexe que vous ne savez pas ce qui va se passer. Eh bien, bien sûr, si vous le gérez depuis Wall Street, vous savez ce qui va se passer, mais vous ne voulez pas dire aux gens exactement ce qui va se passer.
DRAITSER : Alors, le néolibéralisme et la financiarisation sont-ils intimement liés de cette façon ? L’un peut-il exister sans l’autre ?
HUDSON : C’est le secteur financier qui a poussé le néolibéralisme, parce que le secteur financier veut empêcher tout gouvernement de contrôler l’offre de crédit. Comparez simplement le système américain au système chinois, par exemple. Ce qui rend la Chine unique, c’est de faire ce que le capitalisme industriel espérait au XIXe siècle. Le gouvernement crée le crédit, et en créant de l’argent et du crédit avec une Banque de Chine, cela crée du crédit à dépenser dans l’économie. Pour construire des voies ferrées à grande vitesse. Pour construire des logements. Les banques chinoises ne gagnent pas d’argent pour les rachats d’entreprises ou à des fins spéculatives, mais pour l’économie réelle. Le néolibéralisme essaie essentiellement de gagner de l’argent financièrement parce que c’est le moyen le plus rapide d’en gagner. Le néolibéralisme se concentre sur la création de crédit non pas pour créer de nouveaux moyens de production, mais pour acheter des moyens de production existants. Cela a commencé déjà avant la Première Guerre mondiale. Lorsque la Réserve fédérale a été créée, elle a retiré du Trésor toutes les fonctions du Trésor. Le représentant du Trésor n’était même pas autorisé à entrer dans la Réserve fédérale. Tout a été déplacé essentiellement vers Wall Street, Philadelphie, Boston et d’autres centres financiers.
Ainsi, à cette époque, les banques étaient connues sous le nom de «Mère des fiducies». Si vous vouliez gagner de l’argent financièrement, vous achèteriez toutes les différentes sociétés de cuivre et vous créeriez une fiducie de cuivre. Vous les fusionnerez. Vous rachèteriez toutes les entreprises sidérurgiques, feriez confiance à l’acier et factureriez des prix de monopole. Le moyen le plus simple de gagner de l’argent n’est pas de produire, mais d’être un extracteur de rente, un monopole, et de se mettre dans une position où les gens doivent acheter ce que vous produisez et n’ont aucun organisme de réglementation pour vous empêcher de facturer quoi que ce soit vous voulez pour les besoins de base, comme vous le voyez dans les soins de santé, l’éducation et tout ce qui endette l’économie. Ainsi, l’effet du néolibéralisme est d’endetter de plus en plus de familles. Plus ils sont endettés, moins ils ont d’argent à dépenser en biens et services.
DRAITSER : Vous venez d’en parler, mais explorons-le un peu plus loin. Pouvez-vous expliquer un peu comment la période Reagan/Thatcher a ancré le phénomène que vous décrivez ? Comment ça a mis tout ça en surmultiplication.
HUDSON : Eh bien, commençons par l’Angleterre. Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement anglais avait entrepris un vaste programme de logements sociaux. Ils ont développé la plupart des services publics de base en tant qu’entreprises publiques afin de pouvoir fournir un service téléphonique, un service ferroviaire, un service de bus et des logements à faible coût. Thatcher a dit « vendons tout », et la première chose qu’elle a vendue a été le téléphone britannique. Elle a vendu l’entreprise à un taux si bas que tous les clients ont été autorisés à en acheter quelques actions et ils ont pu doubler leur argent du jour au lendemain parce qu’ils sous-évaluaient les actions qu’ils vendaient à un téléphone britannique. Eh bien, bien sûr, les gros souscripteurs recevaient d’énormes commissions. Les souscripteurs, les banques, qui ont promis que vous toucherez X pour les actions que nous vendons, ils reçoivent généralement une commission de 3 % parce qu’ils doivent faire des recherches sur de petites entreprises. Mais maintenant, les plus grandes entreprises d’Angleterre, les hauteurs dominantes, ont été vendues à des commissions énormes, et les gros souscripteurs achèteraient le téléphone britannique, je ne me souviens pas des bons chiffres exacts, mais disons qu’il a été émis à 3 $ par action, il a doublé à 6 $ par action ce jour-là, 12 $ par action le lendemain. Toutes les banques les plus riches ont obtenu d’énormes fortunes. Thatcher a alors dit : « privatisons tous les logements. Vous pouvez vendre votre logement social ». Tout d’un coup, au lieu que des logements soient disponibles pour les personnes à des loyers bas qu’ils pouvaient se permettre, tout le monde a commencé à s’emparer de l’immobilier qui est maintenant si cher que les travailleurs à Londres ne peuvent pas se permettre de vivre à Londres, ils doivent vivre à l’extérieur Londres, et cela signifie qu’ils doivent prendre un train ou un bus. Mais maintenant, les plus grandes entreprises d’Angleterre, les hauteurs dominantes, ont été vendues à des commissions énormes, et les gros souscripteurs achèteraient le téléphone britannique, je ne me souviens pas des bons chiffres exacts, mais disons qu’il a été émis à 3 $ par action, il a doublé à 6 $ par action ce jour-là, 12 $ par action le lendemain. Toutes les banques les plus riches ont obtenu d’énormes fortunes. Thatcher a alors dit : « privatisons tous les logements. Vous pouvez vendre votre logement public ». Tout d’un coup, au lieu que des logements soient disponibles pour les personnes à des loyers bas qu’ils pouvaient se permettre, tout le monde a commencé à s’emparer de l’immobilier qui est maintenant si cher que les travailleurs à Londres ne peuvent pas se permettre de vivre à Londres, ils doivent vivre à l’extérieur Londres, et cela signifie qu’ils doivent prendre un train ou un bus. Mais maintenant, les plus grandes entreprises d’Angleterre, les hauteurs dominantes, ont été vendues à des commissions énormes, et les gros souscripteurs achèteraient le téléphone britannique, je ne me souviens pas des bons chiffres exacts, mais disons qu’il a été émis à 3 $ par action, il a doublé à 6 $ par action ce jour-là, 12 $ par action le lendemain. Toutes les banques les plus riches ont obtenu d’énormes fortunes. Thatcher a alors dit : « privatisons tous les logements. Vous pouvez vendre votre logement public ». 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Toutes les banques les plus riches ont obtenu d’énormes fortunes. Thatcher a alors dit : « privatisons tous les logements. Vous pouvez vendre votre logement social ». Tout d’un coup, au lieu que des logements soient disponibles pour les personnes à des loyers bas qu’ils pouvaient se permettre, tout le monde a commencé à s’emparer de l’immobilier qui est maintenant si cher que les travailleurs à Londres ne peuvent pas se permettre de vivre à Londres, ils doivent vivre à l’extérieur Londres, et cela signifie qu’ils doivent prendre un train ou un bus.
Eh bien, très peu de temps après la prise de Thatcher, la femme la plus riche d’Angleterre est devenue la fille d’un chauffeur de bus parce que Thatcher a privatisé les lignes de bus. Le père, l’un des chauffeurs d’autobus, a pu emprunter de l’argent pour racheter, acheter le contrôle d’une très petite compagnie de lignes d’autobus. Ce qu’il a fait, c’est qu’il a vendu le terminal de la ligne de bus, ce qui était très pratique au milieu de Londres pour que tout le monde puisse l’amener où qu’il aille, il a vendu le terminal à des spéculateurs immobiliers, a gagné assez d’argent pour rembourser l’argent qui il a emprunté pour acheter la ligne de bus et a déplacé le terminal à l’extérieur de Londres, vous deviez donc faire un long trajet en métro pour vous rendre à la ligne de bus et il a acheté toutes les différentes lignes de bus et tout d’un coup c’est devenu beaucoup plus difficile de prendre un bus en Angleterre. Bien sûr, une fois la ligne de bus privatisée, ils ont coupé tous les services aux petites zones périphériques de Londres ou aux zones qui ne faisaient pas de profit et il n’y avait pas beaucoup de bus allant à de nombreux endroits. La même chose s’est produite avec les chemins de fer. Ils ont privatisé les chemins de fer. Le service ferroviaire a chuté, les prix ont triplé. En privatisant les services publics, vous avez ajouté non seulement une énorme rente de monopole, mais aussi une énorme charge d’intérêt parce que vous ajoutez des financiers qui arrivent et disent : « Achetons ce chemin de fer, achetons cette ligne de bus, achetons ceci ». Les banques prêtaient de l’argent à des spéculateurs ou à des repreneurs ou à des pillards pour acheter ces grandes entreprises, et elles achetaient immédiatement un service public comme une compagnie d’électricité ou d’eau qui vendait de l’eau à bas prix. Ils tripleraient, quadrupleraient ou augmenteraient parfois de 10 fois les prix. Alors tous les prix ont tellement augmenté que l’Angleterre s’est désindustrialisée. Quelque chose de similaire s’est produit aux États-Unis sous Reagan. Il a commencé à privatiser autant que possible. Lorsqu’il privatisait une entreprise, non seulement il la privatisait et elle était vendue à ce qu’elle gagnait, c’était une sorte de multiple de ses bénéfices, un ratio cours-bénéfice, mais Reagan a tout déréglementé. On les appelait les Crazies de l’Utah. Mme Gorsuch, la mère du juge de la Cour suprême, voulait absolument tout déréglementer, céder le domaine public, laisser les compagnies forestières abattre la forêt sans frais, laisser les pétrolières forer sans frais. C’était une aubaine pour la classe rentière. C’était une aubaine pour les extracteurs de rente. Le coût de la vie a grimpé en flèche. Même chose avec la banque. Le secteur bancaire a été déréglementé et la première chose que vous avez eue a été une gigantesque fraude à l’épargne et aux prêts. Le plus d’argent que vous puissiez gagner dans le secteur bancaire grâce à la fraude.
Mon collègue de Kansas City, Bill Black, a écrit un livre, The Best Way to Rob a Bank is to Own One. Il a été l’un des procureurs dans la crise de l’épargne et des prêts. Puis Reagan a nommé un lobbyiste d’entreprise, Alan Greenspan, à la tête de la Réserve fédérale et il a essentiellement refusé de réglementer les banques. Il a dit : « Cela ne paierait pas à une banque d’être réellement malhonnête, car alors les gens ne l’utiliseraient pas ». Eh bien, si une banque est malhonnête et que vous êtes un voleur, c’est la banque que vous voulez utiliser ! Vous voulez dire : « Je vais acheter de l’argent pour pouvoir racheter cette industrie, tripler les prix et nuire à l’économie. C’est comme ça que je gagne de l’argent ! Et il n’y a pas eu de surveillance. Il n’y avait aucune idée de l’intérêt public. Et c’est ce qu’est le néolibéralisme. Si le néolibéralisme signifie qu’il n’y a pas de gouvernement, alors il n’y a pas d’agence publique qui recherche l’intérêt public et essaie de façonner le marché pour servir l’augmentation du niveau de vie, la baisse du coût de la vie et la promotion de la croissance industrielle. Vous avez un retour à ce qu’était la vie avant le capitalisme, et c’est quelque chose comme le néo-féodalisme.
DRAITSER : Je vais être très injuste envers vous et vous poser une grande question, et vous demander d’essayer d’y répondre dans un court laps de temps, mais vous avez mentionné quelqu’un de très important dans le livre, et c’est quelqu’un à qui je pense, dans une large mesure, est inconnu par beaucoup de nos auditeurs et téléspectateurs contemporains et c’est Joseph Schumpeter. Vous parlez de Schumpeter et de l’idée de destruction créatrice, et c’est l’un de ces principes du capitalisme qui, je pense, doit être compris et discuté en profondeur. Comment la destruction créatrice est-elle liée à notre compréhension traditionnelle de ce que nous pourrions appeler l’économie classique ou l’orthodoxie économique, et la deuxième partie de cela est : comment le système capitaliste financiarisé a-t-il inversé le concept de destruction créatrice ?
HUDSON : Eh bien, Schumpeter a essayé de mettre les idées de Marx dans un langage bourgeois sans la teinte socialiste. Marx avait dit que « le capitalisme industriel était une compétition pour réduire les coûts » et Marx a dit, « le capitalisme est révolutionnaire » et ce qui était révolutionnaire, c’était de se débarrasser de tous les faux coûts de production, les coûts inutiles. La société n’a pas besoin de propriétaires pour produire. Il n’a pas vraiment besoin de banquiers, juste pour faire des prêts improductifs. Il n’a pas besoin de monopoles. Les pays industriels se battent les uns contre les autres pour abaisser le coût de production afin que leur main-d’œuvre puisse sous-vendre une autre main-d’œuvre. En grande partie en laissant le gouvernement assumer les coûts, comme je l’ai mentionné. Eh bien, regardez quand l’industrie sidérurgique américaine a été construite, le chef de l’acier américain venait de construire une usine, et puis tout à coup, ils ont entendu parler de la façon dont les Allemands construisaient leur usine. Cette toute nouvelle usine qu’ils viennent de construire a été démolie et une toute nouvelle usine technique moderne a été construite. Schumpeter a dit, « à mesure que la science progresse, le capital devient de plus en plus productif avec une technologie plus élevée » qui est comptée dans la productivité du travail de l’Amérique. Mais il dit « il y a de nouvelles façons d’organiser le capital et vous avez une nouvelle industrie, et une nouvelle entreprise, qui va adopter la nouvelle technologie et sous-vendre le prix que les anciennes entreprises vendaient et ce seront les innovateurs qui vont finissent par sous-vendre la vieille garde qui n’innove pas et cela va faire baisser les coûts et c’est ainsi que le capitalisme avance en faisant monter les coûts et ce que vous détruisez, c’est l’ancienne technologie qui ne paie vraiment plus ». le capital devient de plus en plus productif avec une technologie plus élevée » qui est compté dans la productivité du travail de l’Amérique. Mais il dit « il y a de nouvelles façons d’organiser le capital et vous avez une nouvelle industrie, et une nouvelle entreprise, qui va adopter la nouvelle technologie et sous-vendre le prix que les anciennes entreprises vendaient et ce seront les innovateurs qui vont finissent par sous-vendre la vieille garde qui n’innove pas et cela va faire baisser les coûts et c’est ainsi que le capitalisme avance en faisant monter les coûts et ce que vous détruisez, c’est l’ancienne technologie qui ne paie vraiment plus ». le capital devient de plus en plus productif avec une technologie plus élevée » qui est compté dans la productivité du travail de l’Amérique. Mais il dit « il y a de nouvelles façons d’organiser le capital et vous avez une nouvelle industrie, et une nouvelle entreprise, qui va adopter la nouvelle technologie et sous-vendre le prix que les anciennes entreprises vendaient et ce seront les innovateurs qui vont finissent par sous-vendre la vieille garde qui n’innove pas et cela va faire baisser les coûts et c’est ainsi que le capitalisme avance en faisant monter les coûts et ce que vous détruisez, c’est l’ancienne technologie qui ne paie vraiment plus ».
Quand Marx parlait de destruction créatrice, il parlait de destruction réellement créatrice. En d’autres termes, vous détruisez toute une économie qui avait une classe rentière. Schumpeter n’a parlé que de destruction créative technologique, il n’est pas devenu complètement socialiste et a dit, attendez une minute, ce que vous faites vraiment alors qu’une nation est en concurrence avec une autre nation pour minimiser le coût de production en se débarrassant de sa classe de frais généraux, en se débarrassant de ses propriétaires, se débarrasser de tous ceux qui sont improductifs, se débarrasser de ses dépenses militaires d’ailleurs. Alors, tout d’un coup, ce que les néolibéraux ont retenu, c’est le mot destruction. Ils ont dit que la destruction est bonne. Une façon de réduire les coûts est de désindustrialiser les États-Unis. La main-d’œuvre américaine est trop payée. Réduisons les coûts de main-d’œuvre. Ce que nous voulons vraiment faire, c’est exactement ce que veut faire le chef actuel de la Réserve fédérale : provoquer du chômage. Marx appelait cela l’armée de réserve des chômeurs. Dans les années 1980 et surtout sous Clinton principalement dans les années 1990, ils disaient : « Eh bien, nous pouvons provoquer un chômage permanent pour que le capitaliste puisse vraiment avoir une main-d’œuvre à bas prix, déplaçons tout en Chine et en Asie où il y a des prix bas ». Ainsi, ce que la perturbation créative signifiait pour les néolibéraux était « détruisons l’économie industrielle des États-Unis et nous pouvons gagner de l’argent en le déplaçant vers la Chine ». La Chine sera l’innovateur, et l’innovateur a une main-d’œuvre moins chère qui ne coûte pas autant que la main-d’œuvre américaine et cela a en quelque sorte transformé l’idée de destruction créative de quelque chose qui fait avancer les économies vers plus de productivité, à la désindustrialisation et à laisser un vide économie.
DRAITSER : Et l’autre partie de cela qu’il convient de noter est le fait que vous avez maintenant une économie où il y a des milliers, peut-être des dizaines de milliers d’entreprises et diverses autres entreprises qui auraient dû être détruites depuis longtemps, mais continuent d’exister comme ces les entités zombies se nourrissent en quelque sorte du capital.
HUDSON: Eh bien, beaucoup de ces zombies sont des zombies à cause de la dette qu’ils ont contractée. Il y a eu tellement de raids d’entreprises – c’est l’autre chose qui s’est produite sous Reagan. Avant les années 1980, les banques ne prêtaient pas d’argent aux raids d’entreprises, ce n’était pas considéré comme très agréable. Mais d’abord, Drexel Burnham et leur cabinet d’avocats Skadden, Arps ont déclaré: « Eh bien, commençons à emprunter de l’argent pour acheter des entreprises et nous pourrons essentiellement les piller à des fins lucratives. » Et j’entre dans les détails comme je l’ai fait dans mon livre précédent Killing the Host et c’est devenu une prise de contrôle prédatrice, pas une prise de contrôle productive. Les banques n’ont pas prêté pour créer de nouvelles entreprises, elles ont créé des dettes pour reprendre des entreprises et la dette a été ajoutée aux dépenses de l’entreprise que vous ajoutiez au coût de production, tout le contraire de la destruction créative et de la réduction des coûts dont parlait Schumpeter. La destruction créative de Schumpeter réduisait les coûts. La destruction créative de Reagan et du néolibéralisme consiste à détruire des entreprises en ajoutant les coûts, puis en les laissant faire faillite après les avoir déjà pillées et remboursé tout leur capital à vous-même.
La fin de la mondialisation
DRAITSER : Permettez-moi de réitérer le fait que CounterPunch est l’endroit où vous pouvez vous procurer un livre électronique Le destin de la civilisation : le capitalisme financier, le capitalisme industriel ou le socialisme si vous êtes comme moi et que vous voulez désespérément un livre à couverture rigide physique entre vos mains que vous pouvez emporter avec vous à la plage et être taché de boissons et ainsi de suite, vous devriez aller vous procurer une copie papier en ligne partout où vous pouvez les trouver donc ceux-ci les livres sont essentiels, vraiment tous les livres de mon Michael Hudson sont essentiels, donc je vous recommande fortement de le faire. Très bien Michael, je reviens à la conversation. Je veux changer un peu de sujet et parler de l’économie mondiale financiarisée, mais plus particulièrement en ce qui concerne la dette. Quel rôle joue la dette dans cette économie mondiale financiarisée, car la dette fonctionne aujourd’hui très différemment de ce qu’elle a été historiquement, n’est-ce pas ?
HUDSON: Eh bien, la théorie historique, il y a un siècle, était que si vous vous endettez, les dettes peuvent être payées en investissant le produit de manière productive pour gagner suffisamment d’argent pour payer. Adam Smith a dit que le taux de profit est généralement le double du taux d’intérêt parce que vous faites un profit de 100 $, vous payez la moitié de ces 50 $ au banquier ou au financier et vous avez 50 % de profit qui finit, vous êtes dans un 50/ 50 participation aux bénéfices avec le créancier. Mais maintenant, la dette n’est pas créée pour générer un revenu. Si vous achetez une maison pour y vivre, cela n’augmente pas vos revenus. Si vous empruntez avec une carte de crédit, cela ne vous donne pas la possibilité de gagner plus. Ou, si vous êtes un pays du Sud mondial, un pays d’Amérique latine, le FMI vous prêtera de l’argent pour aider les kleptocrates nationaux à sortir leur argent du pays avant qu’il n’y ait une dévaluation, puis vous dévaluez, et tout d’un coup,
Eh bien, les gens ont quand même emprunté pour acheter des maisons parce que dans l’économie d’aujourd’hui et sous le capitalisme financier, on ne devient pas riche en faisant des profits. Presque toute la richesse des Américains les plus riches, des Européens les plus riches, ils n’ont pas économisé leurs salaires, ils n’ont pas économisé leurs profits, ils l’ont fait grâce aux gains en capital. Et ils réalisent des gains en capital grâce aux banques qui prêtent beaucoup plus d’argent à l’immobilier. Une maison vaut ce qu’une banque va prêter, et les banques prêtent de plus en plus de la valeur de la maison à quiconque est prêt à leur payer plus. Ainsi, le capitalisme financier n’augmente pas la production, il n’augmente pas les profits, il ajoute à la richesse sur papier en gonflant les prix des actions, en gonflant les prix des obligations et en gonflant les prix du logement. Mais supposons que vous soyez un pays du sud global en Amérique latine. Regardez ce qui va se passer cet été : les prix du pétrole montent en flèche parce que l’administration Biden a imposé des sanctions contre le pétrole et le gaz russes et cela laisse les compagnies pétrolières américaines contrôler le commerce mondial du pétrole et elles augmentent énormément leurs bénéfices. Le marché boursier peut être en baisse tandis que les compagnies pétrolières montent en flèche. Biden a également déclaré que vous ne pouvez pas acheter de céréales en Russie, donc les prix des céréales augmentent et c’est l’un des piliers de la balance des paiements américaine, les exportations de céréales ! Pensez essentiellement à l’Amérique comme une station-service et une ferme avec des bombes atomiques. Je pense que c’est ainsi que John McCain avait décrit la Russie, mais il décrivait l’Amérique. Très souvent, lorsque vous accusez un pays d’être quelque chose, vous vous accusez vous-même.
Ainsi, l’Amérique tue sur les prix du pétrole et des céréales et elle augmente ses taux d’intérêt, tout en disant à d’autres pays comme l’Angleterre et le Japon de maintenir leurs taux d’intérêt bas, de sorte que le dollar devient beaucoup plus cher par rapport aux pays européens, anglais, sud-africains , et d’autres devises du tiers monde. Comment ces pays vont-ils payer leurs dettes ? Comment vont-ils s’en sortir en septembre ? Ils ont le choix. S’ils achètent suffisamment de nourriture pour éviter la famine, s’ils achètent suffisamment d’énergie et de pétrole à des prix plus élevés auprès d’entreprises américaines pour faire fonctionner leurs usines et garder leurs lumières allumées la nuit, alors ils ne peuvent pas se permettre de payer toutes les dettes en dollars qui ils ont emprunté. Ces dettes en dollars ont simplement été prêtées aux gouvernements. Ils ne prêteront pas aux entreprises ou aux gouvernements pour construire plus de moyens de production afin de gagner de l’argent pour rembourser la dette. Ils ont juste été prêtés au prix de dire au gouvernement de faire quelque chose pour gagner de l’argent pour nous rembourser et le FMI a conseillé aux gouvernements, « eh bien, vous gagnez de l’argent en interdisant les syndicats, vous gagnez de l’argent en baissant les salaires et en dévaluant votre monnaie. » Mais ce que vous dévalorisez vraiment, c’est le prix du travail, parce qu’il y a un prix fixe pour les matériaux mondiaux, tout le monde paie le même prix pour les machines, tout le monde paie le même prix commun pour le pétrole. Une dévaluation signifie que vous ne faites que baisser le prix du travail et le comprimer. Il va donc y avoir une énorme pénurie de main-d’œuvre et donc une crise politique en Amérique latine, en Afrique et dans une grande partie de l’Asie. Ce qui va se passer cet automne, c’est que les pays vont décider :
Vous avez une division entière du monde en deux systèmes économiques opposés. La Chine n’est pas un rival pour l’Amérique. L’Amérique n’essaie pas de s’industrialiser comme la Chine. L’Amérique essaie de se désindustrialiser et de gagner de l’argent financièrement. La Chine n’essaie pas de gagner de l’argent financièrement. Il essaie de développer son économie et celle de ses pays alliés dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route » pour produire davantage. Donc, pour la première fois, vous avez le choix : allez-vous faire évoluer le capitalisme industriel vers le socialisme comme on s’y attendait il y a un siècle, ou allez-vous avoir un capitalisme financier néolibéral à l’américaine, qui va juste vous faire de plus en plus pauvre et vous imposer des programmes d’austérité ?
DRAITSER : Je reviens tout de suite à cette question du dollar américain dans une minute, mais je veux terminer cette question de la dette. Vous décrivez la dette et en parlez ainsi que ses conditions économiques et c’est évidemment essentiel, mais la dette est aussi une arme politique. C’est l’une des principales armes politiques utilisées par les États-Unis. Vous en parlez dans Super Imperialism et vous en avez également parlé dans certains de vos autres livres. Pouvez-vous expliquer comment la dette devient une arme politique ? Vous avez mentionné le FMI et l’austérité, c’est un exemple évident. Quelles sont certaines des façons dont les États-Unis et d’autres anciennes puissances coloniales utilisent la dette et ont utilisé la dette comme une arme ?
HUDSON : À l’heure actuelle, en suivant la stratégie d’investissement de la Banque mondiale et des États-Unis, les pays ne sont pas en mesure d’atteindre le seuil de rentabilité de la balance des paiements. Donc, pour éviter la dévaluation, ils doivent emprunter au FMI. Et le FMI ne prêtera pas à un gouvernement de gauche. La grande explosion des prêts du FMI concerne maintenant l’Ukraine. Ils prêteront de l’argent à l’Ukraine, ils ne prêteraient pas d’argent aux gauchistes en Argentine. Mais maintenant que l’Argentine aurait une tête de droite, le FMI prêtera de l’argent aux pays pour soutenir les oligarchies clientes de droite et s’il semble qu’il y aura des élections et que l’oligarchie cliente sera mise en minorité alors que les gens votent pour les socialistes , alors vous allez voir la grande oligarchie déplacer son argent de sa monnaie vers des dollars ou vers des devises étrangères.
Ainsi, le FMI prêtera suffisamment d’argent au gouvernement de droite pour maintenir sa monnaie à un niveau suffisamment élevé pour que son oligarchie puisse sortir son argent du Venezuela, de l’Argentine ou du Brésil en particulier, à un taux élevé, puis lorsque le gouvernement socialiste entrera au FMI ne leur prêtera pas d’argent. Les banques vont se liguer dans un raid monétaire contre ces monnaies, la monnaie va dévaluer provoquant une crise et le FMI va dire, « eh bien vous voyez c’est du socialisme quand vous n’avez pas de fonctionnement néolibéral c’est comme ça » et tout d’un soudain les dollars que le Brésil ou l’Argentine, je n’aurais pas dû mentionner le Venezuela, ont empruntés tout d’un coup, ils doivent payer beaucoup plus de leur monnaie nationale pour rembourser les dettes en dollars et s’ils ne peuvent pas les rembourser, les détenteurs d’obligations peuvent saisir n’importe quoi propriété dont ils disposent. Dans le cas du Venezuela,
Le gouvernement américain a saisi les participations du Venezuela dans les sociétés de distribution de pétrole aux États-Unis. L’Angleterre s’est emparée des avoirs en or du Venezuela, et l’Amérique a dit « regardez, nous sommes pour la démocratie contre l’autocratie. Nous sommes la démocratie dans le monde, nous pouvons dire qui est le président du Venezuela, parce que nous les élisons, parce que nous sommes l’Amérique, c’est pourquoi nous sommes un pays spécial. Et nous avons nommé M. Guaido, qui n’obtient pas beaucoup de votes nationaux, mais nous voulons que M. Guaido soit le Vénézuélien Boris Eltsine, qui a promis de vendre toutes vos ressources aux États-Unis et ils ont donc simplement saisi l’argent du Venezuela. tout comme ils viennent de s’emparer de toutes les réserves de change de la Russie et de l’Occident. Ainsi, le Venezuela n’a pas pu payer la dette extérieure et, par conséquent, il n’est pas en mesure de financer son commerce et ses investissements à crédit, parce que presque tous les échanges et investissements sont comme l’achat d’une maison, c’est fait à crédit. L’idée est censée être ainsi, le crédit va vous permettre d’investir dans plus de production et vous ferez un profit ou s’il s’agit d’une infrastructure gouvernementale, l’économie se développera et vous obtiendrez suffisamment de recettes fiscales pour payer le créancier . Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. C’est l’inverse de tout ce dont parlent les manuels. Nous sommes donc dans un monde à l’envers où ce dont parlent les manuels est dépassé de 100 ans. Ils ne parlent pas de crédit prédateur. L’hypothèse est que toutes les dettes peuvent être payées si vous pouvez simplement baisser les salaires et le niveau de vie suffisamment pour payer le 1% supérieur. le crédit va vous permettre d’investir dans plus de production et vous ferez un profit ou s’il s’agit d’une infrastructure gouvernementale, l’économie se développera et vous obtiendrez suffisamment de recettes fiscales pour payer le créancier. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. C’est l’inverse de tout ce dont parlent les manuels. Nous sommes donc dans un monde à l’envers où ce dont parlent les manuels est dépassé de 100 ans. Ils ne parlent pas de crédit prédateur. L’hypothèse est que toutes les dettes peuvent être payées si vous pouvez simplement baisser les salaires et le niveau de vie suffisamment pour payer le 1% supérieur. le crédit va vous permettre d’investir dans plus de production et vous ferez un profit ou s’il s’agit d’une infrastructure gouvernementale, l’économie se développera et vous obtiendrez suffisamment de recettes fiscales pour payer le créancier. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. C’est l’inverse de tout ce dont parlent les manuels. Nous sommes donc dans un monde à l’envers où ce dont parlent les manuels est dépassé de 100 ans. Ils ne parlent pas de crédit prédateur. L’hypothèse est que toutes les dettes peuvent être payées si vous pouvez simplement baisser les salaires et le niveau de vie suffisamment pour payer le 1% supérieur. Nous sommes donc dans un monde à l’envers où ce dont parlent les manuels est dépassé de 100 ans. Ils ne parlent pas de crédit prédateur. L’hypothèse est que toutes les dettes peuvent être payées si vous pouvez simplement baisser les salaires et le niveau de vie suffisamment pour payer le 1% supérieur. Nous sommes donc dans un monde à l’envers où ce dont parlent les manuels est dépassé de 100 ans. Ils ne parlent pas de crédit prédateur. L’hypothèse est que toutes les dettes peuvent être payées si vous pouvez simplement baisser les salaires et le niveau de vie suffisamment pour payer le 1% supérieur.
DRAITSER : Vous en avez également un peu parlé, mais j’aimerais que vous alliez un peu plus loin et que vous expliquiez le rôle du dollar américain en particulier dans une économie mondiale financiarisée. Nous savons qu’il s’agit de la monnaie de réserve mondiale, que le pétrole est échangé en dollars, etc. Beaucoup de discussions de la part de différents milieux, tant à gauche qu’à droite, sur un éloignement du dollar vers un système économique mondial bifurqué. Je suis un peu sceptique à ce sujet, du moins à court terme. Si vous regardez certains des chiffres, les réserves mondiales détenues par tous les pays combinés étaient en dollars d’environ 72 % et maintenant elles sont d’environ 66 %. Donc, c’est un processus extrêmement lent auquel nous assistons, mais cela se produit. Donc,
HUDSON: Eh bien, c’est vraiment le sujet de mon livre Super Imperialism, mais je le résume sous sa forme économique dans The Destiny of Civilization. Toute l’hégémonie du dollar a commencé en 1971 lorsque les États-Unis ont abandonné l’or. Avant 1971, lorsqu’un pays avait une balance des paiements déficitaire, il devait payer ses réserves de change, principalement de l’or. Dans les années 1950, 1960 et au début des années 1970, tout le déficit de la balance des paiements de l’Amérique était dû aux dépenses militaires et le stock d’or américain a donc baissé et baissé, car au fur et à mesure que l’Amérique dépensait de l’argent, les dollars étaient convertis en monnaie locale au Vietnam et en Asie du Sud-Est. Le Vietnam et l’Asie du Sud-Est étaient des colonies françaises ; ils enverraient les dollars à leur siège social en France et le général de Gaulle déciderait, eh bien prenons ces dollars et obtenons de l’or. Ainsi, les États-Unis ont cessé de payer en or. Tout à coup, qu’est-ce que les gens allaient utiliser pour régler les déficits de leur balance des paiements ? Les États-Unis en conséquence, de sortir de la Seconde Guerre mondiale si fortement, contrôlait le commerce mondial du pétrole. Le prix du pétrole était en dollars, la plupart des produits sont en dollars, de sorte que les États-Unis ont continué à dépenser de l’argent à l’étranger et ont même accéléré leurs dépenses militaires à l’étranger, de sorte qu’ils injectaient plus de dollars dans la fin de l’économie mondiale. Mais qu’est-il arrivé à ces dollars? Les gens les obtiendraient; ils ont transformé les dollars en leur banque centrale pour la monnaie nationale. Mark allemand, ou francs suisses, ou quoi que ce soit. Et qu’allaient faire les banques centrales avec les dollars ? Afin d’empêcher leur devise de monter, ils recycleraient les dollars aux États-Unis et achèteraient des bons du Trésor. Donc, en fait, les États-Unis bénéficiaient d’un voyage gratuit à l’échelle internationale, ils pouvaient simplement imprimer des dollars et d’autres pays finiraient par conserver leurs économies en dollars. Imaginez que vous alliez dans une épicerie et que vous fassiez vos courses en écrivant une reconnaissance de dette. Ensuite, vous revenez la semaine suivante et dites que vous connaissez une autre reconnaissance de dette et l’épicerie dirait: «Eh bien, attendez une minute, qu’est-ce que je vais faire avec ces reconnaissances de dette. Pouvez-vous payer? » « Non, je ne peux pas payer, peut-être que vous pouvez utiliser ces reconnaissances de dette pour payer vos fournisseurs les personnes qui vous donnent vos légumes et votre lait et vos viandes, mais je ne peux pas payer ».
C’est la position dans laquelle se trouvent les États-Unis. D’autres personnes ont gardé leurs économies aux États-Unis en pensant que les États-Unis étaient en sécurité, car tout le monde sait que les États-Unis peuvent simplement imprimer leurs propres dollars. Elle ne peut pas faire faillite car elle peut créer autant de dollars qu’elle le souhaite, comme nous l’avons vu avec l’assouplissement quantitatif. Ainsi, tout d’un coup, les États-Unis ont pu dépenser ce qu’ils voulaient, et d’autres pays, s’ils ont une balance des paiements déficitaire, doivent emprunter des dollars en augmentant leurs taux d’intérêt pour emprunter. Et l’augmentation des taux d’intérêt ralentira toute leur activité économique. Mais les États-Unis n’ont pas à augmenter nos taux d’intérêt, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. C’est pourquoi les États-Unis sont le pays exceptionnel, en ce moment. Mais depuis qu’il a commencé à s’emparer des réserves étrangères du Venezuela et de la Russie, tout le monde a peur de détenir plus de dollars. Ils commencent à s’en sortir. C’est un déménagement très lent jusqu’à présent, mais ils déménagent tous les mois. La Russie, la Chine et d’autres pays remplacent les dollars par de l’or ou par de la monnaie chinoise, ou par la monnaie de l’autre. Cela se produit encore très lentement, mais assez étonnamment, la guerre du président Biden, la guerre de l’OTAN en Ukraine et l’accaparement des réserves étrangères russes ont mis fin à ce tour gratuit ! On pourrait penser que la seule chose que les États-Unis essaieraient de faire était de garder cette idée d’écrire des dettes sans aucune idée de la façon dont vous allez rembourser. Eh bien, tout d’un coup, les pays encaissent. Ils se débarrassent du dollar, et s’ils n’utilisent pas le dollar s’ils commencent à libeller le commerce, disons, entre l’Inde et la Russie en roubles et en monnaie indienne et en monnaie chinoise, alors il n’y aura plus besoin du dollar et il n’aura pas ce tour gratuit. Comment pourra-t-il continuer à dépenser pour ses quelque 800 bases militaires dans le monde, si le dollar baisse encore et encore parce que tout d’un coup, les gens traitent les États-Unis comme un pays du tiers monde.
RÉDACTEUR : Michael, tout cela semble bien beau, mais le contrecoup de cela serait, mais aucun investisseur dans le monde ne considère la Chine comme un endroit sûr pour garer son argent. Il reste toujours le marché du trésor américain que les gens se précipitent pour garer leurs avoirs, leurs richesses, se prémunir contre l’instabilité mondiale, etc. La Chine ne semble pas avoir intérêt à évoluer vers un modèle de marché ouvert. Donc, l’idée que la Chine, ou une banque parrainée par la Chine, va en quelque sorte présenter une véritable alternative à ce système capitaliste centré sur les États-Unis semble un peu farfelue, non ?
HUDSON : Vous avez raison, la Chine n’a aucunement l’intention de devenir un foyer pour les emprunteurs d’autres pays. Il veut minimiser. Si la Chine faisait avec les États-Unis et créait elle-même un véhicule d’investissement, alors les dollars, la livre sterling et d’autres y afflueraient et la Chine serait alors endettée. Si vous mettez de l’argent dans une banque, c’est un passif, la banque vous doit de l’argent. La Chine ne veut pas du tout d’argent des investisseurs privés étrangers et elle ne veut pas offrir un refuge sûr aux investisseurs étrangers. Ainsi, lorsque les gens parlent de la BRICS Bank, ils ne parlent pas du tout d’une banque pour les investisseurs privés, ils ne parlent que d’un moyen de régler les déficits de la balance des paiements entre les gouvernements. Cette banque ne servira qu’aux gouvernements à créer leurs propres droits de tirage spéciaux ou à organiser leurs propres prélèvements de devises. Les investisseurs privés continueront d’investir et de placer leur argent dans des titres du Trésor américain, car le Trésor américain peut continuer à les imprimer. C’est toujours la mesure de la valeur par laquelle le pétrole, les matières premières, les minéraux et les films sont transférés. Donc, vous avez une bifurcation entre un système monétaire qui ne fonctionne que pour les gouvernements et le système monétaire qui fonctionne pour le secteur privé.
DRAITSER : Et l’un des aspects de cette bifurcation ou de cette scission qui est vraiment apparu au premier plan depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie est cette idée de l’impérialisme financier américain. Je pense que c’est quelque chose auquel beaucoup de gens n’ont pas prêté suffisamment attention au cours de la décennie précédente. Les États-Unis ont essayé cela avec le Venezuela. Nous l’avons vu avec l’Iran, un certain nombre d’autres pays : le gel des réserves, les sanctions, tous les autres outils que le Trésor américain utilise. Donc ma question pour vous est la suivante : est-ce que l’impérialisme financier américain, ou les outils de l’hégémonie américaine sur le plan financier, a-t-il trop exposé les États-Unis dans le monde, à votre avis ?
HUDSON : Voici le problème que la plupart des dettes du Sud global, de l’Amérique latine, de tous les pays, sont libellées en dollars américains. L’idée des dettes est qu’elles portent intérêt et que vous devez continuer à les faire rouler. Vous devez payer des intérêts et des amortissements, comme si vous aviez une hypothèque. Eh bien, tout cela arrive à son paroxysme, comme je l’ai mentionné, cet automne, parce que si vous êtes le pays moyen d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie du Sud, quelque chose doit donner. Vous ne pouvez pas vous permettre d’acheter votre nourriture et votre énergie et de payer vos dettes étrangères, donc il y aura une menace de défaut et s’il y a une menace de défaut, alors toute cette superstructure de dettes où les banques garantissent les dettes, leurs dérivés pariant sur si les dettes seront remboursées ou non, quelle sera la valeur des dettes. Vous aurez quelque chose comme ce qui s’est passé dans les années 1980 après que le Mexique n’a pas pu payer : les taux d’intérêt pour le Brésil et l’Argentine sont montés à 45 % et au Mexique, les taux d’intérêt sur les dettes publiques en dollars ont grimpé à 22 %. Quelque chose comme ça va se reproduire.
Les prix des obligations dans ces pays chuteront. Les pays vont dire à la Russie, par exemple : nous aimerions acheter votre pétrole, vous savez que nous n’allons pas suivre les sanctions américaines. Nous aimerions acheter votre grain, et ils diront à la Chine, nous aimerions acheter vos fabricants. La Russie et la Chine peuvent dire : « Eh bien, nous aimerions vous prêter de l’argent, et ensuite vous nous rembourserez parce que nous savons que vous n’avez pas l’argent maintenant, mais si nous vous prêtons de l’argent, je ne vois pas comment vous pouvez vous permettre de nous rembourser, l’argent que nous vous prêterions pour acheter notre pétrole et notre nourriture serait juste assez d’argent pour que vous puissiez payer vos dettes en dollars, pourquoi voudrions-nous faire quelque chose comme ça ? » C’est la crise qui va survenir à l’automne. Les gens vont devoir décider : pouvons-nous faire défaut sur les dettes en dollars ? S’ils font défaut, que feront les États-Unis ? Le Brésil pourrait dire, « Eh bien, nous faisons partie de la banque BRICS et ils vont nous prêter de l’argent, mais nous ne pouvons pas nous permettre de vous payer en dollars. » Maintenant, les États-Unis diront : « Eh bien, vous savez, si vous faites cela, nous vous imposerons des sanctions ». Et puis le Brésil dira : « Eh bien, si vous nous imposez des sanctions et que vous ne pouvez pas acheter nos exportations, alors vous vous faites du mal ! Vous nuisez à vos propres exportateurs et vous nous poussez vers des pays qui exporteront pour nous-mêmes. Et les États-Unis vont devoir dire : « Qui allons-nous mettre en premier ? Quels intérêts allons-nous défendre? Seront-ce nos détenteurs d’obligations en dollars dans les banques ou seront-ce nos sociétés qui exportent vers ces pays ? » Quelque chose doit donner. Il n’y a pas assez d’argent à la fois pour acheter nos exportations et pour payer les obligataires, que va-t-il se passer ? Eh bien, personne ne sait encore,
DRAITSER : Et en ce qui concerne votre point sur l’impérialisme financier, les États-Unis ont, je pense que pour la première fois, ou du moins pour la première fois d’un exemple notable, essentiellement fabriqué le défaut d’une économie majeure. Et c’est ce qui se passe avec la Russie. Ils prétendent que la Russie a fait défaut sur sa dette, mais c’est parce qu’ils ont empêché la Russie de rembourser cette dette parce que la dette doit être remboursée en dollars, et les Russes ne peuvent pas le faire pour toutes les raisons qui sont évident. Donc, la question est : pensez-vous que cela va briser la foi dans les États-Unis en tant que partenaire de bonne foi pour d’autres pays qui pourraient également se trouver dans le collimateur ?
HUDSON: Eh bien, tout le monde en parle. C’est exactement l’objet des réunions du Sud mondial et vous avez même l’Arabie saoudite, qui est l’un des plus grands détenteurs de dollars, j’en parle et c’est de cela que parlait la réunion du président Biden avec Mohammed bin Salman Al Saud (MSB) . Tout le monde se rend compte que nous sommes arrivés à la fin de tout un cycle d’expansion, d’expansion de la dette, qui a commencé en 1945 lorsque presque le monde entier est sorti de la guerre sans aucune dette du secteur privé. Il y a maintenant une énorme dette du secteur privé. La dette publique a beaucoup diminué, parce qu’il n’y avait pas de guerre, mais maintenant il y a une dette publique juste pour financer l’échec des pays du Sud à se développer. Quelque chose doit donner. Et ce n’est pas ce qui était censé se passer dans le manuel, mais c’est ce qui se passe.
RÉDACTEUR : Dernière question. Entre la guerre en Ukraine, toutes les turbulences qui l’entourent, et bien sûr tout ce qui s’est passé depuis le début du COVID, la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales, toutes ces choses, cela signifie-t-il que nous avons atteint ce qu’on pourrait appeler la fin de l’ère néolibérale mondialisée ?
HUDSON : Absolument. C’est la seule chose que, depuis deux ans, si vous lisez les discours du président Poutine, du président Xi, les discours indiens, ils ont tous compris que la mondialisation est finie et surtout si vous lisez ce que le président Biden et ce que Donald Trump avaient a dit. Donald Trump a déclaré que nous mettions fin à la mondialisation. Nous donnons la priorité à l’Amérique. Quel que soit l’accord que nous concluons, l’Amérique doit l’emporter, et c’est à peu près tout. Ce sont les États-Unis eux-mêmes qui ont mené l’éclatement de la mondialisation en devenant tellement exploiteurs et à sens unique avec les autres pays qu’ils gagnent aux dépens des autres pays, et d’autres pays sont poussés à se protéger en se dédollarisant. Tout le monde parlait de dédollarisation depuis peut-être trois ou quatre ans, mais personne ne s’attendait à ce que les États-Unis eux-mêmes mènent la dédollarisation sous l’administration Biden. Le mot utilisé est « se tirer une balle dans le pied ». C’est essentiellement ce que font les néoconservateurs dans l’administration Biden. Tant du point de vue des États-Unis que de la Chine, de la Russie, de l’Inde, de l’Iran, des pays BRICS, il y a un intérêt commun à suivre leur propre chemin.
DRAITSER : Mais ce n’était pas vraiment un produit des forces capitalistes qui étaient derrière Trump et des éléments que Trump représentait ? Je veux dire qu’il y avait clairement une division dans le capital. Vous avez un capital mondialisé néolibéral qui s’oppose à Trump et à beaucoup de ces idées, puis vous avez eu une sorte de formation nationale de capital pétrochimique qui soutenait Trump, les industries polluantes sales, les industries de la construction, les petits-bourgeois, les propriétaires de petites entreprises , etc. Donc, pour moi, je veux dire de ne pas devenir trop marxiste à ce sujet, mais cela représentait une scission au sein de la classe dirigeante. Une scission au sein de la classe capitaliste, plus que, vous savez, l’Amérique décidant nécessairement de suivre sa propre voie.
HUDSON: Eh bien, la scission que vous décrivez est vraiment entre les fournisseurs de matières premières, le pétrole, le gaz, les mines et les monopoles d’une part contre l’industrie de l’autre. Nous revenons donc au combat que le capitalisme industriel était censé balayer ces intérêts rentiers et les rentiers contre-attaquent. Et la question est, l’Amérique peut-elle devenir une économie prospère simplement en gagnant de l’argent financièrement ? Et juste en gagnant de l’argent en contrôlant des monopoles pour lesquels d’autres personnes doivent payer des commissions spéciales, et un monopole rente comme s’il aurait à payer pour un film hollywoodien, les droits de propriété intellectuelle, la technologie de l’information ? Un pays peut-il préserver son niveau de vie et s’enrichir sans industrie ? La réponse que nous avons vue de Trump est ; « Eh bien, le pays, c’est nous, les 1 %. Nous pouvons devenir plus riches peut-être pas les 99 %. Alors quand on dit que l’Amérique s’enrichit, nous entendons nos entreprises dans notre secteur, pas les gens. Les gens ne rentrent pas vraiment dans l’équation dont nous parlons.
Alors oui, il y a une lutte entre les entreprises qui prévaudront et si l’Amérique sera une société rentière ? Biden nommera-t-il des régulateurs anti-monopole pour réduire les coûts ? L’Amérique peut-elle continuer à fonctionner avec 18 % de son PIB consacré aux soins de santé, au lieu de réduire les coûts des soins de santé ? Comment l’industrie américaine, même les entreprises de technologie de l’information, peuvent-elles être compétitives si elles ont des frais de santé si élevés que les gens doivent payer, si elles ont des logements si chers à louer ou à acheter que les gens doivent payer ? L’Amérique peut-elle vraiment s’enrichir, juste sur les gains en capital de ses actions et obligations immobilières et de ses monopoles ? C’est la question. L’idée du 19ème siècle est non, c’était ça la féodalité. Il ne peut pas survivre ainsi. Alors l’Amérique peut-elle avoir un nouveau féodalisme pour ses 1% et survivre d’une manière ou d’une autre ? Telle est la question.
DRAITSER : Je suppose que c’est la question à 25 000 milliards de dollars, n’est-ce pas ?
HUDSON : Ouais.
DRAITSER: Alors d’accord, nous allons en rester là. Michael Hudson, merci beaucoup d’avoir été si généreux de votre temps. Je sais que je t’ai gardé pendant le temps que j’ai dit que je le ferais. Michael Hudson est le président de l’Institut pour l’étude des tendances économiques à long terme, il est économiste et auteur de nombreux livres à son actif. Je recommande bien sûr Super Imperialism pour comprendre tant de ces dynamiques et le tout nouveau livre The Destiny of Civilization: Finance Capitalism Industrial Capitalism or Socialism obtenez votre eBook de CounterPunch, obtenez votre copie papier partout où les livres sont vendus. Michael Hudson vous remercie comme toujours d’être venu à CounterPunch et de nous aider à comprendre tous ces problèmes.
HUDSON : Eh bien, je suis content que nous ayons pu couvrir le terrain que nous avons parcouru, merci.
DRAITSER : Merci et les auditeurs vous remercient comme toujours et nous discuterons à nouveau la prochaine fois.
Michael Hudson est le président de l’Institut pour l’étude des tendances économiques à long terme. Il est économiste et auteur de Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire et The Destiny of Civilization : Finance Capitalism, Industrial Capitalism, or Socialism.
Eric Draitser est un analyste politique indépendant et animateur de CounterPunch Radio . Vous pouvez trouver son contenu exclusif, y compris des articles, des podcasts, des commentaires audio, de la poésie et plus encore sur patreon.com/ericdraitser . Vous pouvez le suivre sur Twitter @stopimperialism .
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Prof. Michael Hudson: « Le FMI est un bras politique de l’armée américaine »

Mohsen Abdelmoumen : Votre analyse de l’époque mésopotamienne et du sage règne des Empereurs incarné par la pratique du Jubilé (par rapport à la prédation des oligarchies) résonne avec la théorie économique islamique qui interdit le riba (c’est-à-dire l’usure) et impose que les banques et les créanciers partagent le risque de l’investissement ou de la dette. Il semble également que ce soit quelque chose de profondément ancré dans nos traditions arabes et nord-africaines d’égalité et de justice, où il est socialement inacceptable de laisser une partie de la communauté dans une pauvreté extrême. En tant qu’anthropologue, avez-vous relié le succès ou l’échec de la finance moderne à des facteurs anthropologiques tels que les structures des familles rurales ou les théories développées par des personnes comme Emmanuel Todd ?
Prof. Michael Hudson : J’ai écrit un long article sur Ibn Khaldoun, qui doit être publié, je pense, dans le périodique français M.A.U.S.S, en me focalisant sur son idée de l’entraide et sur le développement de cette vision par les Lumières écossaises du XVIIIe siècle, puis par l’Europe occidentale.
En écho au concept d’Aristote selon lequel l’homme est un « animal politique » (zoon politikon), la discussion préliminaire d’Ibn Khaldoun affirme que « l’homme a besoin de nourriture pour subsister », mais que la puissance de l’être humain individuel n’est pas suffisante pour lui permettre d’obtenir (la nourriture) ce dont il a besoin… Ainsi, il ne peut se passer de la combinaison de nombreuses forces parmi ses semblables, s’il veut obtenir de la nourriture pour lui et pour eux. Grâce à la coopération, les besoins d’un certain nombre de persona, plusieurs fois supérieurs à leur propre (nombre), peuvent être satisfaits.1
La construction de communautés nécessite un sentiment d’identité commune – une polis, un peuple qui se reconnaisse. Dans le même ordre d’idées, Adam Ferguson a fait sienne la déclaration de Montesquieu dans L’esprit des lois (1748) : « L’homme naît dans la société, et c’est là qu’il demeure ». Pour survivre, les gens doivent coopérer au sein d’un système d’entraide. « L’homme est, par nature, le membre d’une communauté ; et considéré à ce titre, l’individu semble ne plus être fait pour lui tout seul. Il doit renoncer à son bonheur et à sa liberté, lorsque ceux-ci interfèrent avec le bien de la société. 2 » Lord Kames fait référence à « l’union intime entre une multitude d’individus, engendrée par l’agriculture »3, puis a poursuivi en parlant de l’élevage pastoral, de l’agriculture, de l’urbanisation et du commerce.
Après s’être initialement rassemblés avec un esprit de groupe, le défi était de préserver cette éthique face à une prospérité croissante. « L’amélioration ultérieure de leurs conditions et l’acquisition de plus de richesse et de confort qu’ils n’en ont besoin les amènent à se reposer et à se détendre 4 », écrit Ibn Khaldoun. Le luxe s’ensuit, et « les personnes sédentaires s’occupent beaucoup de toutes sortes de plaisirs… Plus elles possèdent, plus les voies et les moyens de production de ces richesses s’éloignent d’elles. » Les habitants des villes « ne se préoccupent que de leur propre plaisir et de leur propre profit, sans se rendre compte de la nécessité d’un soutien mutuel.5 » Ferguson a également décrit comment la prospérité prépare le terrain pour miner les sociétés. En entrant dans la phase commerciale, l’homme prospère typique est revenu à un comportement égoïste, un individu « détaché et solitaire » « en concurrence avec ses semblables, et il les traite comme il le fait avec son bétail et sa terre, pour les profits qu’ils apportent. Le puissant moteur que nous supposons être à l’origine de la société ne tend qu’à mettre ses membres en concurrence ou à poursuivre leurs rapports après la rupture des liens d’affection.6 »
Il ne faut pas s’étonner que les élites financières modernes se comportent de la manière dont Ibn Khaldoun décrivait les dynasties décadentes : avec un égoïsme antisocial. La soif de l’argent transforme les hommes en homo economicus, les individus « libertaires » égoïstes idéalisés par les écoles autrichienne et de Chicago, dépourvus des sentiments « d’identité de groupe » qu’Ibn Khaldoun appelait ‘asabiyah, que Ferguson appelait « sentiment de camaraderie » et que l’anarchiste russe Peter Kropotkine appelait aide mutuelle.
La plupart des philosophes avaient anticipé que la richesse engendrerait l’égoïsme et l’orgueil, mais aucun n’était assez cynique pour prévoir que les élites réécriraient l’histoire pour dépeindre leur recherche du profit et du luxe non pas comme un déclin de la civilisation qui replonge dans la sauvagerie, mais comme un essor, voire comme l’état éternel de la société, une nature humaine intemporelle et constante. Les contrôles moraux de la collectivité, qui étaient autrefois considérés comme un moyen de consolider la solidarité sociale, sont désormais dénigrés comme un détournement de l’esprit « naturel » de recherche personnelle.
L’armée de partisans académiques du secteur financier nie qu’il y ait jamais eu un avantage social à annuler les dettes à l’échelle de l’économie. Cela explique en partie pourquoi l’assyriologie et l’histoire de la Mésopotamie de l’âge du bronze restent en dehors du programme universitaire normal : leurs conclusions vont à l’encontre de l’idéologie financière de notre époque et montrent que la dette et les marchés ne doivent pas fonctionner de manière à appauvrir la société. Nous sommes donc ramenés à la question principale dont les philosophes ont débattu pendant des milliers d’années : la nécessité pour une autorité publique avisée de supplanter les mécanismes du « libre marché », en privilégiant le renouvellement de l’équilibre et de la croissance économiques par rapport à la volonté financière d’engloutir l’économie dans la dette et la dépendance.
Comment votre analyse exceptionnelle de Rome en tant qu’hégémon dirigé par une oligarchie utilisant la guerre et la dette pour dominer la Méditerranée peut-elle nous aider à comprendre le type de domination des pays occidentaux sur le monde au cours des derniers siècles, que ce soit par le biais des Empires coloniaux ou de l’exceptionnalisme américain ?
La Grèce classique et Rome ont rompu radicalement avec la tradition proche-orientale des Clean Slate (ndlr : littéralement Ardoises Propres, peut être traduit par « table rase ») périodiques qui annulaient les dettes agraires et personnelles, libéraient les esclaves et rendaient les terres autonomes qui avaient été confisquées ou vendues sous la contrainte économique. Il n’y avait pas de tradition d’ardoises propres. L’accumulation de dettes, la perte de terres et de liberté étaient rendues irréversibles. En conséquence, les économies se sont scindées entre créanciers et débiteurs.
La Grèce et Rome ont connu plusieurs siècles de révolution sociale exigeant l’annulation de la dette et la redistribution des terres. Les leaders qui défendaient ces idées ont été assassinés tout au long de la République romaine.
L’Antiquité classique a légué à la civilisation occidentale ultérieure la structure juridique et politique d’oligarchies créancières polarisant l’économie, et non la démocratie au sens de structures et de politiques sociales favorisant une prospérité générale largement répandue. La grande transition de l’Antiquité vers le monde moderne a consisté à remplacer la royauté non pas par des démocraties mais par des oligarchies ayant une philosophie juridique favorable aux créanciers. C’est cette philosophie qui a permis aux créanciers de s’approprier les richesses, sans se soucier de rétablir l’équilibre économique et la viabilité économique à long terme, comme cela s’est produit au Proche-Orient grâce aux Clean Slate. Dans la mesure où les « démocraties de marché libre » d’aujourd’hui ont une planification économique, elle est de plus en plus le fait du secteur financier qui cherche à concentrer entre ses mains autant de revenus, de terres et d’argent que possible, aux dépens de l’ensemble de la population endettée.
Comme je l’ai résumé dans mon livre à paraître en janvier, The Collapse of Antiquity, ce sont les dynamiques oligarchiques que les propres historiens de Rome ont rendu responsables du déclin et de la chute de la République. L’effondrement final de Rome a été le précurseur des nombreuses crises de la dette et de l’austérité qui en découle, provoquées par les oligarchies occidentales successives. Les lois et l’idéologie pro-créanciers de l’Occident rendent inévitables les crises de la dette répétées qui transfèrent la propriété et le contrôle du gouvernement aux oligarchies financières. C’est pourquoi la connaissance de l’histoire économique du Proche-Orient de l’âge du bronze et de l’Antiquité classique est si importante – pour démontrer qu’il existe bien une alternative aux oligarchies rentières, et qu’elle a réussi sur des périodes de temps assez longues. Mais comme l’Occident a succombé aux stratégies oligarchiques pour neutraliser les contrôles du pouvoir financier, il dépeint la dynamique de l’oligarchie comme le fonctionnement d’un marché libre maximisant l’efficacité économique, comme s’il n’existait aucune politique capable de résister à la division économique qui en résulte.
Depuis les souverains sumériens et babyloniens jusqu’à Ibn Khaldoun et Vico, le concept de temps de la société était circulaire. L’accumulation de la dette était réversible. Les proclamations royales restauraient le statu quo ante, idéalisé comme un état de choses « originel » dans lequel les citoyens subvenaient à leurs besoins et partageaient un accès égal à leurs moyens de subsistance.
Le concept de progrès de la civilisation occidentale est synonyme d’irréversibilité. Les moyens de subsistance ou le bien commun ne peuvent être récupérés une fois qu’ils sont vendus ou confisqués pour cause de dette. Cette irréversibilité des réclamations des créanciers polarise les économies d’aujourd’hui. Notre société est prête à permettre ce que les sociétés antérieures ne pouvaient se permettre : l’appauvrissement, la dépendance et l’émigration de larges pans de la population. Ni les modèles économiques dominants ni l’idéologie politique ne considèrent le « progrès » de la dette, la polarisation économique, l’instabilité ou la pollution environnementale comme des dimensions significatives de la politique publique.
La plupart des peuples anciens avaient un sens de l’équité fondé sur l’entraide et l’autonomie populaire pour cimenter les liens sociaux. Pour remplacer cette éthique par des lois orientées vers les créanciers, il était nécessaire de les dépeindre comme étant dans l’intérêt du public, sans tenir compte de la pauvreté que cela engendrait. Cela signifiait en fin de compte faire l’éloge de la recherche de la richesse et du caractère sacré de la dette, tout en s’opposant à des gouvernements suffisamment puissants pour promulguer des lois anti-usure et effacer les dettes.
Quelles sont vos principales recommandations à Sergey Glazyev et aux personnes impliquées dans la création d’un nouvel ordre financier et monétaire afin de créer un système plus équitable et plus juste ? Nous ne sommes pas totalement rassurés que ce travail aille dans la bonne direction puisque vous avez comparé leur cadre aux recommandations de Keynes à Bretton Woods, et nous savons en même temps que Keynes était un membre de l’oligarchie britannique et de la Fabian society malthusienne et l’architecte financier du désastreux traité de Versailles.
Keynes voyait le problème des paiements de dettes internationales qui faisaient s’effondrer les taux de change, étouffant les économies des pays débiteurs. J’en ai parlé dans Trade, Development and Foreign Debt, et aussi dans mon Super Imperialism. La Grande-Bretagne a été confrontée à ce problème, et a été dûment anéantie par la politique américaine au cours des années 1950.
L’idée de base de la MMT – (Théorie Monétaire Moderne) une école postkeynésienne – est que les gouvernements n’ont pas besoin d’emprunter pour dépenser de l’argent. Ils peuvent créer de la monnaie tout comme les banques créent du crédit. Les gouvernements n’ont pas besoin de laisser les banques créer du crédit pour leur prêter à intérêt. Cette vision de « l’argent dur » est non scientifique et non historique.
La clé pour créer n’importe quel type de monnaie, y compris une alternative négociée au dollar américain, est de la faire accepter en paiement par les gouvernements qui rejoignent l’alliance monétaire. Cela nécessite la création d’une institution monétaire internationale alternative au FMI, qui est devenu un bras politique de l’armée américaine.
Pouvez-vous partager votre analyse concernant l’ironie du dernier prix Nobel attribué à Bernanke pour son travail sur l’assouplissement quantitatif et le renflouement des banques trop grosses pour faire faillite (et indirectement pour la mise en œuvre de cette théorie pour sauver le système en 2008) dans une période de révolte mondiale contre les 0,01% qui gouvernent le monde occidental, que ce soit à l’extérieur de l’Occident ou à l’intérieur des sociétés occidentales ?
Le prix Nobel de la « science » économique est en réalité un prix idéologique pour l’économie de « libre marché » de droite du néolibéralisme de l’Université de Chicago. Son postulat est que les économies se stabilisent d’elles-mêmes sans aucune réglementation gouvernementale, que l’on appelle « ingérence ». Il s’agit d’un argument en faveur de la privatisation et de la financiarisation.
L’attribution d’un prix à Bernanke reflète le principe de l’économie de pacotille selon lequel l’inflation est causée par des salariés qui gagnent trop d’argent. Il n’y a aucune reconnaissance de la rente de monopole ou d’autres formes de rente économique en tant que « revenu non gagné », c’est-à-dire un prix sans coût-valeur inhérent. Le principe de Bernanke est celui des banques centrales qui sont contrôlées par le centre bancaire commercial : la solution à tout problème est de baisser les salaires et le niveau de vie de la main-d’œuvre. Il n’existe aucun concept de corrélation entre la hausse des salaires et la hausse de la productivité du travail.
Ce n’est pas de l’économie scientifique. C’est une guerre de classe politique.
Mon pays, l’Algérie, a été l’un des leaders du Mouvement de non-alignement pendant ses 20 premières années d’indépendance en mettant en œuvre un système socialiste avec une finance étatique, un commerce international et une industrie qui ont conduit à une forte croissance sociale et économique. Au cours des 40 dernières années, nous avons connu 20 ans de libéralisation, fortement influencés par le consensus de Washington, puis 20 ans de prédation avec un commerce international et des marchés publics monopolisés par les oligarques. Heureusement, nous avons encore quelques éléments de souveraineté économique comme les banques et industries publiques, la non-convertibilité de notre monnaie, l’absence de marchés financiers, les terres appartenant à l’État et une banque centrale contrôlée par le Gouvernement. Les Algériens sont également extrêmement réticents à prendre des risques en matière de crédit et de dette. Quel type de système économique conseilleriez-vous à un gouvernement patriotique pour un pays de taille moyenne comme l’Algérie ?
Toutes les économies prospères de l’histoire ont été des économies mixtes publiques/privées. Les infrastructures devraient avoir un caractère public. Son but ne devrait pas être de faire des profits (ou une rente économique), mais de fournir des besoins de base librement comme droits fondamentaux, ou au moins sur une base subventionnée afin de réduire le coût de la vie et des affaires dans l’économie.
L’infrastructure la plus importante qui doit être laissée aux mains des pouvoirs publics est le système de monnaie et de crédit. L’objectif est de créer du crédit pour financer l’économie « réelle » de production et de consommation. Les banques commerciales créent du crédit pour acheter des actifs déjà en place – principalement des logements déjà construits, et des actions et obligations déjà émises. L’effet est de gonfler le prix des actifs. Cela augmente le coût du logement et aussi l’accès à la propriété des entreprises – surtout la propriété des privilèges de monopoles qui extorquent des rentes.
Mon récent ouvrage intitulé The Destiny of Civilization expose mes idées dans ce sens. Pour suivre les progrès de l’économie, il faut une alternative au PIB et à la comptabilité du revenu national, afin d’isoler les activités de recherche de rente – rente foncière, rente des ressources naturelles et rente de monopole (y compris les intérêts et les frais financiers) – comme des paiements de transfert, et non comme un « produit ».
En outre, une série de mesures des prix devrait être introduite pour distinguer l’inflation des prix des actifs de l’inflation des prix des produits de base. Cela devrait servir de guide à la politique fiscale pour imposer la rente économique comme un revenu non gagné.
Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen
1Ibn Khaldun, Muqaddimah, p. 89 (Arab ms. I, 68-69).
2 Adam Ferguson, Essay on the History of Civil Society [1767], 8th ed. (1819), Section IX: Of National Felicity, p. 105. He adds (pp. 4-5): “both the earliest and the latest accounts collected from every quarter of the earth, represent mankind as assembled in troops and companies.” (Les récits les plus anciens et les plus récents, recueillis aux quatre coins du monde, représentent l’humanité assemblée en troupes et en compagnies).
3Lord Kames, Sketches on the History of Man (1774). His scheme divided human history into four stages : hunter-gathering, pastoral herding, agriculture and commerce (Son schéma divise l’histoire de l’humanité en quatre étapes : chasse et cueillette, élevage pastoral, agriculture et commerce).
4 Ibn Khaldun, Muqaddimah, p. 249.
5 Ibid., pp. 254f, 258f.
6 Ferguson, History of Civil Society, p. 34.
Qui est Michael Hudson ?
Le Professeur Michael Hudson est analyste financier et président de l’Institute for the Study of LongTerm Economic Trends. Il est professeur de recherche distingué en économie à l’université de Missouri-Kansas City et professeur à l’école d’études marxistes de l’université de Pékin, en Chine.
Le professeur Hudson exerce en tant que conseiller économique auprès des gouvernements du monde entier, dont la Chine, l’Islande et la Lettonie, et est consultant auprès de l’UNITAR, de l’Institut de recherche en politiques publiques et du Conseil canadien des sciences, entre autres organisations. Alors qu’il était au Hudson Institute, il a publié des études sur la réforme monétaire mondiale, les implications de la crise énergétique sur la balance des paiements, le transfert de technologie et d’autres sujets connexes pour l’Energy Research Development Agency, le National Endowment for the Humanities et d’autres agences américaines. Il a été directeur de la recherche économique à l’École supérieure de droit de Riga et a fait partie de la faculté d’études supérieures de la New School for Social Research, a été conférencier invité à l’École d’économie de Berlin et a été chercheur invité à l’Université de New York. En collaboration avec le Peabody Museum de l’université Harvard, il a dirigé une équipe de recherche archéologique sur les origines de la propriété privée, de la dette et de l’immobilier. Ce groupe a publié cinq colloques sur les origines de la civilisation économique dans l’ancien Proche-Orient.
Michael Hudson a écrit ou édité plus de 10 livres sur la politique de la finance internationale, l’histoire économique et l’histoire de la pensée économique, dont : Super-Imperialism: The Economic Strategy of American Empire (Editions 1968, 2003, 2021), ‘and forgive them their debts’ (2018), J is for Junk Economics (2017), Killing the Host (2015), The Bubble and Beyond (2012), Trade, Development and Foreign Debt (1992 & 2009) et of The Myth of Aid (1971), et beaucoup d’autres. Ses ouvrages commerciaux ont été traduits en japonais, chinois, allemand, espagnol et russe. Il siège au comité de rédaction de Lapham’s Quarterly et a écrit pour le Journal of International Affairs, Commonweal, International Economy, Financial Times et Harper’s. Il contribue régulièrement à CounterPunch.
Son site officiel : https://michael-hudson.com/
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Pr. Omar Aktouf-Vendre les banques publiques algériennes aux Occidentaux « serait un mauvais signal » envoyé aux BRICS

Dans la série de l'hommage que je lui rends, je publie cette deuxième intervention du Pr. Omar Aktouf, reprise d'une invitation de Sputnik Afrique. Bonne écoute.
À l’occasion du Conseil des ministres tenu le 2 avril, le Président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a demandé avec insistance au gouvernement d’accélérer le processus d’ouverture du capital des banques publiques, six au total, aux investisseurs privés, nationaux ou étrangers.
« Fustiger le public tout en vendant le privé comme la solution providentielle idoine à tous les problèmes de l’économie est plus que fallacieux », avertit sur Radio Sputnik Afrique Omar Aktouf, professeur titulaire à HEC Montréal et membre du conseil scientifique d’ATTAC au Québec. Selon lui, il suffit juste « de regarder le désastre économique et social dans les pays occidentaux, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, qui ont promu depuis au moins quarante ans ce mirage de l’économie néolibérale ultra-financiarisée pour s’en convaincre ».
Dans le même sens, le Pr Aktouf se dit étonné de voir qu’on continue « à chanter les louanges de l’ultra-libéralisme, notamment financier, alors que ce sont les pays qui ont fait l’inverse, à l’instar de l’Islande, qui s’en sortent à merveille actuellement ». La moindre des choses, estime-t-il, aurait été d’envoyer « des équipes dans ce pays et dans ceux également qui ont gardé une bonne partie des grandes banques et des grandes entreprises sous le contrôle de l’État -la Chine, la Russie, l’Inde- afin d’étudier et d’identifier ce qui a permis à ces pays de se développer massivement. Puis tenter de créer un modèle en Algérie inspiré de ces pays, tenant compte des spécificités de l’économie algérienne, dont le fait primordial à ne pas perdre de vue: l’argent des banques publiques vient exclusivement des exportations des hydrocarbures ».
Si l’Algérie, comme un grand nombre de pays africains, veut adhérer aux BRICS et se faire une place parmi les nations qui avancent dans le développement de l’économie réelle, elle devrait savoir qu’ »ouvrir le capital de ses banques publiques à des acquéreurs occidentaux, américains ou européens, pourrait être un très mauvais signal envoyé à ce conglomérat. Il faudrait se rappeler que certains de ses membres font face à de terribles sanctions unilatérales illégales, y compris, dans le cas de la Russie, la confiscation des avoirs de la Banque centrale ».
Enfin, M.Aktouf recommande à tous les pays africains « d’être patients et de s’organiser pour la création d’une réelle banque de développement dans le cadre d’une coopération renforcée avec les BRICS ».
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Dr Michael Hudson-La stratégie anti-chinoise de Yellen 2023.

Dr Michael Hudson-La stratégie anti-chinoise de Yellen 2023.

La semaine dernière, le 20 avril, la secrétaire américaine au Trésor, Janet L. Yellen, a donné une conférence sur les relations économiques entre les États-Unis et la Chine à la Johns Hopkins School of Advanced International Studies. C’était une déclaration de guerre économique, expliquant comment les États-Unis ont l’intention de se battre pour étouffer la croissance économique remarquable de la Chine.
Mme Yellen a noté qu’elle est une économiste, et non une stratège militaire ou de sécurité nationale. Mais c’est précisément pour cette raison que son discours a décrit la stratégie de guerre économique de l’Amérique contre la Chine de manière plus flagrante que quiconque à ce jour.
C’est une caractéristique culturelle de notre époque que les femmes soient aujourd’hui les voix guerrières les plus belliqueuses. Janet Yellen est dans la lignée de Madelaine Albright, Hillary Clinton et Victoria Nuland aux États-Unis, d’Ursula von der Leyen dans l’UE et d’Annalena Baerbock en Allemagne. Ce sont des voix de haine contre la Russie et la Chine.
Yellen et le reste de l’administration américaine Biden ont encadré cette haine en affirmant que les États-Unis sont entourés d’ennemis, dirigés par la Chine et la Russie. Ils font cette affirmation malgré le fait évident que ce sont les États-Unis qui ont attaqué le Proche-Orient, tandis que l’OTAN s’est élargie pour agir contre les pays post-soviétiques et renverser les gouvernements d’autres nations.
Nous voyons donc un vieux truc. Comme l’a expliqué le chef de la propagande nazie Joseph Goebbels, la façon de mobiliser une population pour soutenir une guerre est de dire que son pays est attaqué.
C’est ainsi que la papauté romaine a mobilisé des armées de seigneurs de guerre européens pour attaquer Constantinople et le Proche-Orient aux XIIe et XIIIe siècles. Les papes prétendaient que les croisades étaient une guerre de civilisation contre les Sarrasins et les autres musulmans.
C’est ainsi que l’Allemagne nazie s’est militarisée pendant la Seconde Guerre mondiale pour attaquer la Russie. Et c’est ainsi que George W. Bush a cherché un soutien pour attaquer l’Irak, mentant qu’il possédait des armes biologiques et nucléaires de destruction massive. Ce sont les États-Unis qui avaient ces armes.
Le secrétaire Yellen déclare que l’Amérique est attaquée et doit se protéger. Son témoignage est de blâmer la Chine pour avoir causé la désindustrialisation de l’Amérique : « Ils ont nui aux travailleurs et aux entreprises aux États-Unis et dans le monde », a-t-elle déclaré à son auditoire.
Mais ce qui a en fait mis fin à l’industrialisation des États-Unis, c’est que le capitalisme financier a remplacé le capitalisme industriel – financiarisation, privatisation et recherche de rente, associées à une guerre de classe contre le travail pour empêcher la croissance de la productivité en mettant fin à la hausse du niveau de vie du travail salarié. Le secteur financier vise à nier toute responsabilité et tente de blâmer la Chine.
C’est ce que l’économie néolibérale américaine enseigne dans les universités. Il applaudit le capitalisme financier comme un progrès économique vers une société post-industrielle, et non comme une rechute dans les privilèges spéciaux de la propriété foncière absente et la réalisation de gains économiques non pas par les profits industriels mais par la rente foncière et la rente des ressources naturelles payées en tant qu’intérêts, et la rente de monopole pour créer des entreprises. plus précieux par leur capacité à faire des rentes de monopole au détriment de l’économie dans son ensemble. La finance prédatrice est saluée comme une création de richesse, et non comme la voie vers l’austérité et la servitude de la dette.
Ce que Mme Yellen reproche spécifiquement à la Chine, c’est que son gouvernement subventionne activement sa modernisation industrielle et investit dans les infrastructures publiques. Elle a déclaré à son auditoire qu’au cours des dernières années, elle avait « vu la décision de la Chine de s’éloigner des réformes du marché pour adopter une approche davantage axée sur l’État. ”
C’est bien sûr l’essence du socialisme. Cela a également été l’essence même de la façon dont l’Amérique a réussi son décollage capitaliste industriel.
Mais les stratèges américains veulent empêcher la Chine et d’autres pays de devenir prospères grâce à de forts investissements gouvernementaux et à un soutien de la main-d’œuvre et de l’industrie, c’est-à-dire de la manière dont les États-Unis eux-mêmes se sont développés.
Mme Yellen s’est plainte que :
« La Chine utilise depuis longtemps le soutien du gouvernement pour aider ses entreprises à gagner des parts de marché aux dépens de leurs concurrents étrangers. Mais ces dernières années, sa politique industrielle est devenue plus ambitieuse et complexe. La Chine a élargi son soutien à ses entreprises publiques et à ses entreprises privées nationales pour dominer ses concurrents étrangers. Elle l’a fait dans les secteurs industriels traditionnels ainsi que dans les technologies émergentes. Cette stratégie s’est accompagnée d’efforts agressifs pour acquérir un nouveau savoir-faire technologique et une nouvelle propriété intellectuelle , notamment par le vol de propriété intellectuelle et d’autres moyens illicites.
Pour empêcher la Chine et d’autres pays de rejoindre ce que le président russe Poutine appelle la nouvelle majorité mondiale [multipolaire], Mme Yellen décrit l’approche économique américaine envers la Chine comme ayant trois objectifs principaux. Sa liste révèle le caractère sinistre et exploiteur de l’attaque économique planifiée de l’Amérique contre la Chine.
« Premièrement, nous protégerons nos intérêts de sécurité nationale et ceux de nos alliés et partenaires, et nous protégerons les droits de l’homme . … Et nous n’hésiterons pas à défendre nos intérêts vitaux. Même si nos actions ciblées peuvent avoir des impacts économiques, elles sont uniquement motivées par nos préoccupations concernant notre sécurité et nos valeurs. Notre objectif n’est pas d’utiliser ces outils pour obtenir un avantage économique concurrentiel .
Mais bien sûr, c’est précisément son objectif.
La réalité historique est qu’aucune technologie n’a jamais été en mesure de rester monopolisée – par exemple, la fabrication de la soie en Chine. Il serait moralement erroné de nier le potentiel technologique de toute économie. Le plan américain est de transformer la technologie en monopole d’extraction de rente – ce que ses avocats et économistes appellent des privilèges de « propriété intellectuelle ».
Il est donc clair que par « sécurité nationale », Mme Yellen entend la capacité des États-Unis à contrôler d’autres pays, en les paralysant avec des sanctions s’ils ne suivent pas les diktats américains :
« Le département du Trésor dispose d’autorités de sanctions pour faire face aux menaces liées à la cybersécurité et à la fusion militaro-civile de la Chine. Nous examinons également attentivement les investissements étrangers aux États-Unis pour les risques de sécurité nationale et prenons les mesures nécessaires pour faire face à ces risques. Et nous envisageons un programme visant à restreindre certains investissements américains à l’étranger dans des technologies sensibles spécifiques ayant des implications importantes pour la sécurité nationale .
La secrétaire Yellen a conclu son discours par une tentative absurde de nier que les États-Unis recherchent la domination économique internationale pour leurs propres gains, mais pour sauver la civilisation de manière humanitaire et pacifique :
« Ces actions de sécurité nationale ne sont pas conçues pour que nous obtenions un avantage économique concurrentiel ou pour étouffer la modernisation économique et technologique de la Chine. Même si ces politiques peuvent avoir des répercussions économiques, elles sont motivées par des considérations de sécurité nationale directes . Nous ne transigerons pas sur ces préoccupations, même lorsqu’elles obligent à des compromis avec nos intérêts économiques.
Ha! Pas plus tard qu’aujourd’hui, le 26 avril, le président coréen est à Washington pour rencontrer le président Biden afin d’obtenir ses instructions de sacrifier l’industrie coréenne des puces informatiques pour soutenir la guerre économique de l’Amérique contre la Chine (DEMETRI SEVASTOPULO, « Les États-Unis exhortent la Corée du Sud à ne pas combler les lacunes de la Chine si Pékin interdit Micron chips », Financial Times, 24 avril 2023).
« Les représailles de Pékin contre les mesures prises par le président Joe Biden pour empêcher la Chine d’obtenir ou de produire des semi-conducteurs avancés.
« La Maison Blanche a demandé à la Corée du Sud d’exhorter ses fabricants de puces à ne combler aucune lacune du marché en Chine si Pékin interdit à Micron, basée dans l’Idaho, de vendre des puces, alors qu’elle tente de rallier des alliés pour contrer l’influence économique chinoise . C’est la première fois connue qu’elle demande à un allié d’enrôler ses entreprises pour jouer un rôle économique.
« Les États-Unis ont fait cette demande alors que le président Yoon Suk-yeol se prépare à se rendre à Washington pour une visite d’État aujourd’hui.
«La Chine a lancé ce mois-ci un examen de la sécurité nationale de Micron, l’un des trois acteurs dominants du marché mondial des puces mémoire Dram aux côtés de Samsung Electronics et SK Hynix de Corée du Sud. On ne sait pas encore si la Cyberspace Administration of China [CAC] prendra des mesures punitives, mais les enjeux pour Micron sont élevés : la Chine continentale et Hong Kong ont généré 25 % de ses 30,8 milliards de dollars de revenus l’année dernière .
Les observateurs américains ont précisé la stratégie américaine plus en détail. Par exemple, Gavin Bade, « La Maison Blanche approche d’une action sans précédent sur les investissements américains en Chine », Politico , 18 avril 2023. https://www.politico.com/news/2023/04/18/biden-china-trade- 00092421 4 Yellen et Chine, 25 avril 2023
En plus du décret exécutif attendu sur la limitation des investissements technologiques américains en Chine, « il envisage également une éventuelle interdiction de l’application chinoise très populaire TikTok ».
L’article ajoute que « ces mesures suivraient une action commerciale agressive l’année dernière, lorsque l’administration a mis en place de nouvelles règles d’exportation qui cherchaient explicitement à saper le secteur prisé des micropuces de Pékin et ont adopté des politiques industrielles massives visant à rompre la dépendance à l’égard de l’économie chinoise ». . À l’époque, le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan était clair sur le fait que l’objectif de la stratégie était de préserver l’avantage concurrentiel de l’Amérique dans les industries de haute technologie émergentes… »
» Nous devons conserver une avance aussi large que possible » dans les secteurs de haute technologie tels que les micropuces , a déclaré Sullivan , préfigurant les nouvelles règles du département du Commerce publiées en octobre qui visaient à stopper le développement des puces chinoises .
Épelant le plan américain en détail, l’article de Politico souligne que « les responsables politiques américains ont envisagé l’année dernière d’inclure jusqu’à cinq grandes industries chinoises – les micropuces, l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la biotechnologie et l’énergie propre « .
Cela n’a rien à voir avec la sécurité nationale. Le plan américain est d’utiliser un parapluie de sécurité nationale comme excuse pour la guerre économique.
Martin Sandbu, « L’Europe doit être beaucoup plus claire en ce qui concerne la Chine », Financial Times, 24 avril 2023, souligne que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prononcé un discours avant son voyage en Chine, la décrivant comme une rivale systémique simplement parce que c’est un concurrent économique efficace. « Mais elle est allée beaucoup plus loin en menaçant de bloquer les opportunités économiques de la Chine avec l’Europe si Pékin maintient son cap actuel « .
« Mais quelque chose est en train de changer », a noté M. Sandbu : « ‘L’accès à la Chine’ pour les entreprises de l’UE signifie de plus en plus d’augmenter la production en Chine même, et non d’y exporter des biens et services fabriqués en Europe . Avant la pandémie, les constructeurs automobiles européens ont expédié environ un demi-million de voitures en Chine – mais ils y ont construit 10 fois plus de voitures de marque européenne. Certains considéreront même qu’il est plus facile de construire là-bas des véhicules électriques à expédier en Europe que d’augmenter la production chez eux.
« Les gains de ces échanges profiteront principalement aux actionnaires des entreprises de l’UE et non aux travailleurs, aux petites entreprises et aux pays actuellement liés à la chaîne d’approvisionnement automobile allemande. Finalement, les politiciens prendront conscience du fait que les avantages ne sont pas largement dispersés . Ce n’est qu’alors que nous verrons probablement des considérations économiques fermement conditionnées par des intérêts géostratégiques dans la politique UE-Chine. … Il est temps pour l’Europe d’apprendre que ce qui est bon pour VW n’est pas nécessairement bon pour l’Europe.
La stratégie commerciale anti-chinoise consiste donc à faire appel aux travailleurs pour soutenir la nouvelle guerre froide américaine contre la Chine et le reste de la majorité mondiale.
Aux yeux des États-Unis, le socialisme est l’ennemi du travail, pas son moyen d’élever son niveau de vie. C’est la logique inversée de ce qu’on enseigne aux étudiants américains en économie.
Le problème est que l’Amérique ne peut pas inverser le temps et défaire l’énorme fardeau de la dette, des monopoles privatisés (y compris les soins de santé) et d’un système financier dysfonctionnel.
La Corée se voit promettre un marché américain plus large si elle cesse d’exporter des puces vers la Chine. Il est obligé de choisir. La tactique diplomatique américaine consiste à dire : « Vous êtes soit avec nous, soit contre nous. Les États-Unis imposeront des sanctions cet automne si les entreprises coréennes continuent de produire des puces en Chine. On leur dit de fermer leurs usines.
Dr Michael Hudson.
Source : https://vk.com/@580896205-dr-hudson-yellen-declares-economic-war-on-china.
Michael Hudson
Michael Hudson (né le 14 mars 1939) est un économiste américain, professeur d’économie à l’université du Missouri-Kansas City et chercheur au Levy Economics Institute du Bard College, ancien analyste de Wall Street, consultant politique, commentateur et journaliste. Il contribue au Hudson Report, un podcast hebdomadaire d’informations économiques et financières produit par Left Out[1].
Diplômé de l’université de Chicago (BA, 1959) et de l’université de New York (MA, 1965, PhD, 1968), Hudson a travaillé comme économiste de la balance des paiements à la Chase Manhattan Bank (1964-68). Il a été professeur adjoint d’économie à la New School for Social Research (1969-72) et a travaillé pour diverses organisations gouvernementales et non gouvernementales en tant que consultant économique (1980-1990)[2].
Hudson a consacré sa carrière à l’étude de la dette, qu’il s’agisse de la dette intérieure (prêts, hypothèques, paiements d’intérêts) ou de la dette extérieure. Dans ses travaux, il défend constamment l’idée que les prêts et les dettes à croissance exponentielle qui dépassent les bénéfices de l’économie réelle sont désastreux à la fois pour le gouvernement et pour la population de l’État emprunteur, car ils lessivent l’argent (paiements aux usuriers et aux rentiers) du chiffre d’affaires, ne leur laissant pas de fonds pour acheter des biens et des services, ce qui conduit à la déflation de la dette. Hudson note que la théorie économique existante, l’école de Chicago en particulier, sert les rentiers et les financiers et a développé un langage spécial conçu pour renforcer l’impression qu’il n’y a pas d’alternative au statu quo. Dans une fausse théorie, les charges parasitaires d’une économie réelle, au lieu d’être déduites dans la comptabilité, s’ajoutent au produit intérieur brut et sont présentées comme productives. Pour Hudson, la protection des consommateurs, le soutien de l’État aux projets d’infrastructure et l’imposition des secteurs rentiers de l’économie plutôt que des travailleurs s’inscrivent dans la lignée des économistes classiques d’aujourd’hui.
Il est connu pour avoir prédit la grande récession de 2007-2008 avant qu’elle ne se produise, dans un article paru en avril 2006 dans Harper’s, en citant correctement sa cause et son calendrie
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Laure Lemaire- Naissance de la cité-Etat en Grèce antique. Un résumé de « l’origine de la propriété privée et de l’Etat » de F. Engels:

Introduction
Mohamed Bouhamidi commence ses cours de l'histoire de la philosophie avec les scientifiques "Sages" de Grèce (les îles ionniennes) au - VI°siècle. Il m'a semblé important de situer sociologiquement et politiquement cette période tellement riche de l'Histoire. Qui mieux qu'Engels, avec les notes de Marx, peut nous éclairer? La création de l'Etat était-elle inévitable? Quels rapport avec la propriété privée foncière ou commerciale? L'avis des philosophes est presque toujours demandé par ceux qui ont désormais le pouvoir.
F. Engels: l’origine de la propriété privée et de l’Etat
1- La gens hellénique
Au début, les Grecs et les Pélasges étaient constitués comme les Américains, en gens qui était l’unité, phratrie, tribu, confédération de tribus. À l’époque où les Grecs entrent dans l’histoire, ils sont au seuil de l’âge de fer, au moment de la Guerre de Troie en -1200. Entre eux et les tribus américaines déjà étudiées, s’étendent 2 grands stades d’évolution sociétale et culturelle. C’est pourquoi la gens grecque n’est plus du tout la gens archaïque des Iroquois; le mariage par groupe s’efface. Le droit maternel a cédé la place au droit paternel ; par cela même, la propriété privée naissante a percé la 1° brèche dans l’organisation gentilice. Une 2° brèche suivit; comme la fortune d’une riche héritière, après l’introduction du droit paternel, serait passé par le mariage à son mari, donc à une autre gens; brisant la base de tout droit gentilice, il fut ordonné que la jeune fille se marie à l’intérieur de la gens, pour y conserver la fortune.
Voici, selon Grote, par quelles institutions la gens athénienne maintenait sa cohésion :
1. Des solennités religieuses communes et le droit exclusif de pratiquer le culte en l’honneur d’un dieu déterminé, l’ancêtre prétendu de la gens qui, en cette qualité, était désigné par un surnom particulier. 2. Un lieu de sépulture commun (voir Démosthène). 3. Le droit d’héritage réciproque. 4. L’obligation mutuelle d’entraide, de protection et de secours contre les violences. 5. Le droit et le devoir réciproques de se marier à l’intérieur de la gens, quand il s’agissait d’orphelines ou d’héritières. 6. La possession d’une propriété commune avec un archonte (administrateur) et un trésorier particuliers.
La réunion en phratrie liait plusieurs gentes moins étroitement ; mais on trouve les même droits et des devoirs réciproques dont la communauté des pratiques religieuses et le droit de poursuite, en cas de meurtre d’un phrator. L’ensemble des phratries d’une tribu avait des fêtes sacrées communes, qui revenaient périodiquement, sous la présidence d’un phylobasileus (chef de tribu) choisi parmi les nobles (eupatrides.)
Marx ajoute : » Mais à travers la gens grecque transparaît l’Iroquoise. Sa présence devient plus manifeste dès que nous poursuivons notre étude ». La gens grecque comporte également : 7. La descendance d’après le droit paternel. 8. L’interdiction du mariage à l’intérieur de la gens, sauf quand il s’agit d’héri-tières. Cette exception et le caractère d’obligation qu’on lui imprime prouvent que l’ancienne règle restait en vigueur. Elle résulte de ce principe valable, selon lequel la femme renonçait par son mariage aux rites religieux de sa gens pour adopter ceux de son mari, dans la phratrie duquel elle était inscrite. D’après un célèbre passage de Dicéarque, le mariage en dehors de la gens était donc de règle. 9. Le droit d’adoption dans la gens s’effectuait dans la famille, mais avec des formalités publiques et à titre exceptionnel. 10. Le droit d’élire et de révoquer les chefs. Nous savons que chaque gens avait son archonte ; il n’est spécifié nulle part que cette charge fût héréditaire dans des familles déterminées; il n’y eut jamais d’hérédité , absolument incompatible avec un état de choses où riches et pauvres avaient, à l’intérieur de la gens, des droits égaux.
Grote et tous les historiens ont achoppé contre la gens. Bien qu’ils aient noté un grand nombre de ses caractéristiques, ils n’ont vu qu’un groupe de familles donc ne comprenaient pas sa nature et de son origine. Dans l’organisation gentilice, la famille ne pouvait pas être une unité organique, puisque le mari et la femme appartenaient à 2 gentes différentes. La gens se résorbait dans la phratrie, la phratrie dans la tribu; la famille était absorbée par moitié dans la gens du mari, par moitié dans celle de la femme. L’État, lui non plus, ne reconnaît toujours pas la famille en matière de droit public; elle n’existe que dans le droit privé. Pourtant, la façon d’écrire l’Histoire part du principe que la famille monogamique serait le noyau de cristallisation la société et l’État.
» Il convient de le signaler à M. Grote », ajoute Marx, « bien que les Grecs fassent dériver leurs gentes de la mythologie, ces gentes-là sont bien plus anciennes que la mythologie ». Grote est cité par Morgan car il a du crédit. Il relate que chaque gens athénienne avait un nom dérivé de son ancêtre prétendu ; avant Solon, et après, en l’absence de testament, les gentiles du défunt héritaient de sa fortune ; et qu’en cas de meurtre, les parents, puis les gentiles et les phrators de la victime avaient le droit et le devoir de poursuivre le meurtrier devant les tribunaux: «Toutes les plus anciennes lois athéniennes sont fondées sur la division en gentes et en phratries »
Marx résume la réponse que donne Morgan: » Le lien du même sang correspondant à la gens dans sa forme première (que les Grecs possédaient jadis, comme tous les autres), conservait la connaissance des degrés de parenté de tous qu’ils apprenaient dès l’enfance. Avec la famille monogamique, ils tombèrent dans l’oubli. Le nom gentilice créa un arbre généalogique auprès duquel celui de la famille conjugale parut insignifiant. C’est ce nom qui devait désormais attester que ceux qui le portaient, avaient une commune origine. Mais l’arbre généalogique de la gens remontait si loin que ses membres ne pouvaient plus prouver leur réelle parenté réciproque, sauf à propos d’ascendants communs de plus fraîche date. Le nom lui-même était une preuve de l’origine commune, et une preuve définitive, excepté pour les cas d’adoption. Opposer à cela une négation effective de toute parenté entre les gentiles, comme le fait Grote, c’est digne d’érudits « idiots ». L’enchaînement des lignées, surtout depuis l’avènement de la monogamie, recule dans le lointain, et la réalité passée, se reflète dans les chimères mythologiques ».
Tout comme chez les Américains, la Phratrie était une gens-mère scindée en plusieurs gentes filles qu’elle unissait, et qu’elle faisait descendre toutes d’un ancêtre commun. Ainsi, d’après Grote, « tous les membres contemporains de la phratrie d’Hecatée avaient comme ancêtre un seul et même dieu, au 16° degré » ; toutes les gentes de cette phratrie étaient donc des gentes-sœurs. La phratrie apparaît comme une unité militaire chez Homère, dans ce passage fameux où Nestor donne ce conseil à Agamemnon « Range les hommes par tribus et par phratries que la phratrie seconde la phratrie, et que la tribu appuie la tribu », elle a le droit et le devoir de venger le meurtre dont un phrator a été victime; elle avait donc, dans les temps antérieurs, l’obligation de la vendetta. Elle a des fêtes et des sanctuaires communs; d’ailleurs, la formation de toute la mythologie grecque à partir du culte de la nature hérité des Indo-européens, suppose les gentes et les phratries, et s’est produite dans leur sein. De plus, la phratrie a un chef et des assemblées dont les décrets ont force de loi, une juridiction et une administration. Plus tard, l’État lui-même, qui ignorait la gens, laissait à la phratrie l’exercice de certaines fonctions publiques.
La tribu se compose de plusieurs phratries parentes. En Attique, il y avait 4 tribus, chacune de 3 phratries qui comptaient chacune 30 gentes. Une telle délimitation des groupes suppose une ingérence consciente et méthodique dans l’ordre qui s’était constitue tout spontanément. Chez les Grecs rassemblés sur un territoire relativement petit, les variations dialectales étaient moins développées que dans les vastes forêts américaines ; mais nous ne trouvons réunies que des tribus de même langue principale, et, dans la petite Attique, nous trouvons un dialecte particulier qui devint le dialecte commun de la prose. Dans les poèmes homériques, les tribus grecques sont déjà réunies en petits peuples, à l’intérieur desquels gentes, phratries et tribus gardaient leur autonomie. Ces peuples habitaient des villes fortifiées de murailles; le chiffre de la population augmentait avec l’extension des troupeaux, de l’agriculture et les débuts de l’artisanat; en même temps s’accroissaient les différences de richesses et, avec elles, l’élément aristocratique au sein de la vielle démocratie primitive. Les petits peuples divers menaient des guerres incessantes pour la possession des meilleurs territoires et en vue du butin ; l’esclavage des prisonniers de guerre était, dès ce moment-là, une institution reconnue. Voici la constitution de ces tribus et de ces petits peuples :
1º Le Conseil (boulê)
était l’autorité permanente ; il se composait à l’origine des chefs des gentes et quand leur nombre devint trop grand, d’un choix d’élus, ce qui développa l’élément aristo-cratique ( Denys relate que le Conseil, au temps des Héros, se composait des aristocrates). Dans les affaires importantes, le Conseil décidait ; ainsi, dans Eschyle, le Conseil de Thèbes prend la résolution, décisive, de rendre à l’Etéole les honneurs funèbres, mais de jeter aux chiens le cadavre de Polynice. Avec l’institution de l’État, ce Conseil devindra le Sénat.
2º L’assemblée du peuple (agora).
Chez les Iroquois, le peuple, hommes et femmes, entouraient l’assemblée du Conseil, prenant la parole à tour de rôle pour influer les décisions. Chez les Grecs homériques, cet « entourage » s’est développé jusqu’à devenir une véritable assemblée du peuple, comme chez les Germains des temps primitifs. Cette assemblée était convoquée par le Conseil pour décider des affaires importantes. La décision était prise à main levée ou par acclamation. Elle était souveraine car « lorsqu’il s’agit d’une affaire dont l’exécution requiert la collaboration du peuple, Homère ne nous révèle aucun moyen par lequel le peuple puisse y être contraint malgré soi ». A cette époque où tout homme adulte membre de la tribu était guerrier, il n’y avait pas encore de force publique distincte du peuple et qui aurait pu lui être opposée. La démocratie primitive était encore en pleine floraison, et ceci doit rester le point de départ pour juger la puissance et la situation du Conseil aussi bien que du basileus.
3º Le chef militaire (basileus).
Nous avons vu ce qu’il en était de l’hérédité des charges principales chez les Iroquois. Toutes les charges étaient électives au sein même de la gens, donc elles étaient héréditaires dans la gens. En cas de vacance, on en vint peu à peu a nommer de préférence le parent gentilice le plus proche (frère ou fils de sœur). Donc, si la charge de basileus, sous l’empire du droit paternel, passait chez les Grecs à l’un des fils, cela prouve qu’ ils avaient pour eux la probabilité de la succession par élection populaire, mais ne prouve pas l’hérédité sans élection populaire. Chez les Iroquois et les Grecs, le 1° germe de familles nobles à l’intérieur des gentes, et chez les Grecs, celui d’une future lignée de chefs héréditaires, sont le germe d’une monarchie. Il est donc vraisemblable que, chez les Grecs, le basileus a dû être soit élu par le peuple, soit au moins confirmé par l’agora, comme pour le roi (rex) romain.
Dans L’Iliade, Agamemnon, le chef des guerriers, n’apparaît pas comme le roi suprême des Grecs, mais comme le commandant en chef d’une armée confédérée devant une ville assiégée. Et lorsque la discorde a éclate entre les Grecs, c’est cette qualité qu’Ulysse fait valoir, dans le célèbre passage « la multiplicité du commandement ne vaut rien, qu’un seul chef commande !»
« Ulysse exige l’obéissance à celui qui a le commandement suprême dans la guerre. Pour les Grecs, qui n’apparaissent devant Troie qu’en tant qu’armée, les choses se passent démocratiquement dans l’agora. Achille, lorsqu’il parle de partage du butin, ne charge pas Agamemnon de la répartition, mais « les fils des Achéens », c’est-à-dire le peuple. Les attributs « engendré par Zeus », ne prouvent rien, puisque chaque gens descend d’un dieu, et celle du chef de tribu, d’un dieu « plus distingué », ici, de Zeus. Même ceux qui ne jouissent pas de la liberté personnelle, comme Eumée le porcher, sont « divins » , et ceci dans L’Odyssée, postérieure à L’Iliade ; toujours dans l’Odyssée, le nom de héros est accolé à celui du messager Mylios, comme Demodokos, l’aède aveugle. Le mot basileia, que les historiens emploient pour la pseudo-royauté homérique (le commandement des armées est sa principale marque distinctive), accompagnée du conseil et de l’assemblée du peuple, signifie démocratie militaire » (Marx) .
Le basileus avait en plus, des fonctions sacerdotales et judiciaires ; ces dernières ne sont pas déterminées exactement ; quant aux 1°, il les exerçait en sa qualité de représentant suprême de la tribu, ou de la confédération. Jamais il n’est question d’attributions civiles, administratives, mais il semble que le basileus ait été d’office membre du Conseil. Il est donc tout a fait juste, étymologiquement parlant, de traduire basileus par (roi), puisque König vient de Kuni qui signifie « chef d’une gens ». Mais la signification actuelle du mot König ne correspond pas a celle du mot basileus dans l’ancienne Grèce. Thucydide qualifie l’ancienne basileia de « patrikê » « dérivée de gentes », et dit qu’elle avait des attributions fixes, donc limitées . Et Aristote déclare que la basileia de l’époque héroïque était un commandement exercé sur des hommes libres, le basileus étant chef militaire, juge et grand-prêtre . Il n’avait donc pas pouvoir de gouverner.
Dans la constitution grecque des temps héroïques, la vieille organisation gentilice est encore en pleine de vigueur, mais c’est déjà le commencement de sa ruine: le droit paternel, avec transmission de la fortune aux enfants, favorise l’accumulation des richesses dans la famille et en fait une puissance face à la gens ; la différence des richesses agit en retour sur la constitution en créant les 1° rudiments d’une noblesse et d’une royauté héréditaires.
L’esclavage,
limité tout d’abord aux prisonniers de guerre, ouvre déjà la perspective de l’asservissement des membres de la tribu, et même des membres de sa propre gens ; l’ancienne guerre de tribu à tribu dégénère en source de profit par le brigandage systématique sur terre et sur mer pour conquérir du bétail, des esclaves, des trésors; bref, la richesse est prônée comme bien suprême, et les anciennes règles gentilices sont profanées pour justifier le vol des richesses par la violence.
Il ne manquait plus qu’une institution qui protége les richesses nouvellement acquises par les particuliers (contre les traditions communautaires de l’ordre gentilice), qui sanctifie la propriété privée (méprisée autrefois), qui la proclame, comme but suprême de toute communauté humaine, et qui met sur l’acquisition de propriété, l’estampille de la légalisation par la société.
2- La Cité-Etat d’ Athènes
Engels va s’attacher à comprendre comment s’est créé l’Etat à partir des clans (gens), toujours en suivant Morgan. La genèse de l’État chez les Athéniens est un exemple caractéristique de la formation de l’État en général, d’une part, parce qu’elle s’effectue sans immixtion de violence extérieure ou intérieure, d’autre part, parce qu’elle fait surgir immédiatement de la société gentilice, un État d’une forme très perfectionnée: la république démocratique. Il s’est développé à partir de transformations des organismes du clan, refoulés par l’introduction de nouveaux, remplacés plus tard par de véritables autorités d’État. Au « peuple en armes », se protégeant lui-même dans ses clans, ses phratries et ses tribus, se substituait une « force publique » armée, au service de l’État, donc utilisable contre le peuple.
A l’époque héroïque (- 1200 soit le début de l’âge de fer), les 4 tribus de l’Attique étaient établies sur des territoires distincts ; même les 12 phratries qui les composaient, avaient des résidences distinctes, dans 12 cités. L’ assemblée du peuple (Boulé), Conseil du peuple (agora), basileus (chef militaire) en constituait l’organisation.
Les terres étaient déjà partagées et passées à la propriété privée, pour être conforme à la production marchande et aux échanges commerciaux, bien développés à la fin de l’Age de Bronze. On y produisait du vin et de l’huile ; les échanges commerciaux maritimes sur la mer Égée avaient échappé aux Phéniciens qui se spécialisèrent sur la côte africaine avec les produits égyptiens (blé, papyrus). Ils échouèrent aux mains attiques. Du fait de l’achat et de la vente de la propriété foncière, de la division du travail entre l’agriculture et l’artisanat, puis entre le commerce et la navigation, les membres des clans, des phratries et des tribus se mélangèrent, et leurs territoires se mirent à recevoir des habitants, bien que compatriotes, y étaient étrangers. La vieille organisation des clans en fut perturbé à telle point qu’ il fallut y apporter remède. Chaque chaque tribu (sans ses étrangers) administrait elle-même ses affaires, sans recourir au Conseil ou au basileus.
Une constitution attribuée à Thésée
fut instaurée: une administration centrale fut établie , où une partie des affaires administrées de façon autonome par les tribus, fut déclarée affaires communes et transmises au Conseil commun qui siégeait à Athènes. Là, au lieu d’une confédération, s’opéra la fusion des tribus en un seul Peuple. Ainsi naquit un droit national athénien, au-dessus des coutumes des tribus; le citoyen d’Athènes obtint des droits et une protection juridique sur tout le territoire. C’était le 1° pas vers l’admission de citoyens étrangers dans toute l’Attique. Dans cette constitution, la 2° institution fut la répartition du peuple en 3 classes: les eupatrides (nobles) avec le droit exclusif aux fonctions publiques, les géomores (agriculteurs) et les démiurges (artisans); la coutume de confier les charges à des familles puissantes et riches des clans, s’était transformée en un droit de se grouper en dehors de leurs clans, en une classe distincte, privilègiée. La division du travail entre les cultivateurs et les artisans était bien marquée pour disputer le 1° rang en importance sociale. Elle proclame l’antagonisme irréductible entre la société de clans et l’État ; pour former l’État, on met en pièces les clans, en divisant ses membres entre privilégiés et défavorisés, qui à leur tour s’opposent en 2 classes de travailleurs.
L’histoire ultérieure d’Athènes jusqu’à Solon est mal connue. La charge de basileus tomba en désuétude ; des archontes, choisis parmi la noblesse, furent placés à la tête de l’État. La domination de la noblesse s ‘accrut jusqu’à devenir intolérable, vers – 600 Le meilleur moyen d’oppression était l’argent et l’usure. Dans et autour d’Athènes, la noblesse concentrait la richesse financière que lui permettait le commerce maritime (et la piraterie à l’occasion). Et l’économie monétaire pénétra comme un acide dissolvant dans le mode d’existence traditionnel des communautés rurales, basé sur l’échange; la ruine des petits paysans de l’Attique coïncida avec le relâchement des liens de clans qui les protégeaient. La créance et l’hypothèque (inventées par les Athéniens) s’opposaient à la vieille organisation qui ne connaissait ni argent, ni avance, ni dette. La domination financière de la noblesse élabora un droit coutumier pour protéger le créancier contre le débiteur, pour consacrer l’exploitation du petit paysan par le riche. Tous les champs de l’Attique étaient hérissés de stèles hypothécaires, où il était inscrit: « ce bien est engagé à un tel, pour la somme de tant ». Des champs avaient déjà été vendus pour non-paiement d’hypothèques et passés dans la propriété du noble usurier ; le paysan, heureux de pouvoir y rester comme fermier, vivait d’ 1/6 du produit de son travail, et payait les 5/6 comme fermage à son maître. Si le produit de la vente ne suffisait pas à couvrir la dette, le débiteur devait vendre ses enfants comme esclaves à l’étranger. La vente des enfants par leur père (1° effet fruit du droit paternel et de la monogamie !) s’accompagnait parfois par sa propre vente comme esclave.
La propriété privée en troupeaux et en objets de luxe amenèrent des échanges entre les particuliers, et la transformation des produits en marchandises. Dés que les producteurs ne consomment plus leurs produits, mais les échangent, ils en perdent le contrôle. Aucune société ne peut, à la longue, rester maîtresse de sa propre production, si elle ne supprime pas l’échange entre individus, ni conserver le contrôle sur les effets sociaux de son processus de production. La culture du sol par des particuliers pour leur propre permet l’apparition de la production marchande. L’argent devint marchandise universelle contre laquelle toutes les autres marchandises étaient échangeables ; mais, en « inventant » la monnaie, les hommes ne pensaient pas qu’ils créaient une force universelle devant laquelle la société tout entière devait s’incliner. Et cette nouvelle force, fit sentir sa domination aux Athéniens.
D’autres brèches moins importantes avaient été faites à l’organisation des clans. La division du travail entre les branches de production, l’agriculture et les innombrables métiers (céramique, orfèvrerie), le commerce et la navigation, s’était vite développée avec les progrès de l’industrie et des communications ; la population se regroupait selon ses activités et ses centres d’intérêts communs qui nécessitaient des fonctions nouvelles. Le nombre des esclaves s’était accru et dépassait de beaucoup le nombre des Athéniens libres. Le commerce avait amené à Athènes une foule d’étrangers qui s’y établissaient parce qu’il était facile d’y gagner de l’argent mais qui restaient malgré la tolérance traditionnelle, un élément gênant dans le peuple.L’État s’était développé sans bruit. Les groupes nouveaux, crées par la division du travail, d’abord entre la ville et la campagne, puis entre les branches d’industrie urbaine, avaient crée de nouveaux organes chargés de veiller à leurs intérêts.
Le jeune État avait besoin d’une force propre, qui chez les Athéniens, géographie oblige, ne pouvait qu’ être navale, visant à la protection des bateaux de commerce. Avant Solon, furent établies les naucraries, petites circonscrip-tions territoriales au nombre de 12 par tribu ; chacune devait fournir, armer et équiper un bateau de guerre et fournissait 2 cavaliers. Cela créait une force publique, qui ne se confondait plus avec l’ensemble du « peuple armé » des clans; elle divisait pour la 1° fois le peuple à des fins publiques, d’après la cohabitation locale.
Avec la constitution de Solon en -594,
pour venir en aide au peuple exploité, l’État naissant choisit de protéger la propriété des créanciers, la propriété des débiteurs en fit les frais. Les dettes furent annulées. Solon se vante, dans ses poèmes, d’avoir fait disparaître des champs endettés, les stèles hypothécaires et d’avoir rapatrié les gens qui avaient été vendus à l’étranger comme esclaves ou s’y étaient réfugiés. Il fixa une limite maximum à la propriété foncière d’ un même individu. Ainsi, il lui portait atteinte. Voici quels sont les transformations les plus essentielles :
Le Conseil fut porté à 400 membres, 100 de chaque tribu, seule trace de la vielle organisation dans le nouvel l’État. Solon divisa les citoyens en 4 classes, d’après leur richesse foncière ; 500, 300 et 150 médimnes de grain (I médimne = 41 l), pour les rendements pour les 3 classes supérieures ; ceux qui possédaient moins de terres, ou pas du tout, tombait dans la 4° classe. Les charges ne pouvaient être occupées que par des membres des 3 classes supérieures, et les plus hautes fonctions n’étaient remplies que par les membres de la 1° classe ; la 4° qui formait la majorité, avait le droit de prendre la parole et de voter à l’assemblée du peuple où étaient choisis les fonctionnaires qui devaient rendre leurs comptes, où se faisaient les lois. Les privilèges aristocratiques furent réaffirmés, mais le peuple garda le pouvoir décisif. En outre, les 4 classes formèrent la base d’une nouvelle organisation militaire. Les 1° classes fournirent la cavalerie, la 3° devait servir dans l’infanterie lourde, la 4° servait dans l’infanterie légère ne portant pas cuirasse, ou dans la flotte, et recevait une solde.
Cependant, la détermination des droits politiques selon la fortune ne suffisait à faire exister l’État. A Athènes, elle ne joua qu’un rôle passager; à partir d’Aristide, les fonctions furent ouvertes à chaque citoyen. Pendant les 80 années qui suivirent, la société athénienne garda la même direction. Solon avait mis un terme à l’exubérance de l’usure et à la concentration démesurée de la propriété foncière. Le commerce, l’artisanat et les métiers d’art, grâce au travail des esclaves, devinrent prédominants. Au lieu d’exploiter ses propres concitoyens, on exploita les esclaves et la clientèle non athénienne. La fortune mobilière, la richesse monétaire et la richesse en esclaves et en navires augmentaient et devenaient un but en soi. Une classe de riches industriels et commerçants était devenue la rivale victorieuse de l’ancienne puissance aristocratique ; la foule des citoyens athéniens était des immigrants qui avaient été admis au droit de cité; à coté d’eux, il y avait un nombre croissant d’immigrants étrangers, avec un droit de séjour (métèques). La noblesse tâchait de reconquérir ses anciens privilèges et reprit le dessus, jusqu’à ce que Clisthène s’en mèle.
Clisthène dans sa constitution nouvelle (-509)
ignora les 4 tribus, vestiges des clans. Il répartit les citoyens d’après leur lieu de résidence (naucraries) en subdivisant le territoire plutôt que le peuple. L’Attique fut divisée en 100 dèmes ou circonscriptions, qui s’administraient elles-mêmes. Les citoyens (démotes) habitant chaque demos, élisaient leur chef (démarque) et leur trésorier, et 30 juges pour les petits différends. Ils avaient leur temple et leur dieu protecteur (ou héros), dont ils élisaient les prêtres. L’assemblée des démotes détenait le pouvoir suprême. Comme Morgan l’observe, c’est le prototype de la commune urbaine d’Amérique se gouvernant elle-même. C’est le point de départ de l’État à Athènes.
10 de ces dèmes formaient une tribu ; l’ancienne tribu « de sang » fait place à la tribu locale qui était un corps politique et militaire ; elle élisait le phylarque (chef de tribu), qui commandait la cavalerie, le taxiarque, qui commandait l’infanterie, et le stratège, qui avait sous ses ordres tous les effectifs recrutés sur son territoire. De plus, elle fournissait 5 navires de guerre avec leurs équipages et leurs commandants et recevait comme saint patron un héros de l’Attique, dont elle portait le nom. Enfin, elle élisait 50 membres au Conseil d’Athènes.
L’aboutissant était l’État athénien, gouverné par le Conseil composé des 500 élus des 10 tribus, et par l’assemblée du peuple où chaque citoyen athénien avait droit de vote ; de leur côté, les archontes et autres fonctionnaires pourvoyaient aux branches de l’administration et de la juridiction. Il n’y avait pas, à Athènes, de fonctionnaire suprême du pouvoir exécutif. Les organes fondée sur les « liens du sang » tombèrent au rang d’associations privées et de confréries religieuses. Mais leur influence morale, leur manière de voir et de penser se perpétuèrent et ne moururent que peu à peu.
L’État devient une force publique distincte de la masse du peuple mais Athènes n’avait encore qu’une armée populaire et une flotte fournie par le peuple qui la protégeaient contre l’extérieur et tenaient en respect les esclaves, la grande majorité de la population. En face des citoyens, la force publique n’existait que sous forme de police, aussi vieille que l’État, véritable gendarmerie d’archers à pied et à cheval. Mais elle était composée d’esclaves, ce métier dégradant le libre Athénien qui préférait se laisser appréhender par un esclave armé, plutôt que se prêter à pareille infamie (mentalité de la gens). L’État ne pouvait subsister sans police, mais n’avait pas assez d’autorité pour la rendre respectable.
Le rapide épanouissement de la richesse, du commerce et le l’industrie montre combien l’État répondait à la nouvelle condition sociale des Athéniens. L’antagonisme sur lequel reposaient les institutions sociales et politiques n’était plus celui de l’aristocratie et des gens du commun, mais entre esclaves et hommes libres, entre métèques et citoyens. À son apogée, Athènes comptait environ 90 000 citoyens libres, y compris les femmes et les enfants, plus 365 000 esclaves des 2 sexes et 45 000 métèques (étrangers et affranchis), soit 18 esclaves et 2 métèques pour chaque citoyen libre. Un grand nombre d’ esclaves travaillaient sous contrôle de surveillants, dans des manufactures. Mais avec le développement du commerce et de l’industrie, la concentration des richesses pour un petit nombre entraîne l’appauvrissement de la masse des citoyens libres, auxquels il resta le choix, soit de concurrencer le travail des esclaves (considéré comme déshonorant), soit de tomber dans la gueusaille (choix prépondérant). Comme ils formaient la masse, ils amenèrent la ruine de l’État athénien tout entier. Ce n’est pas la démocratie qui a ruiné Athènes, c’est l’esclavage qui avait interdit le travail du citoyen libre.
Laure Lemaire
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Mohamed Bouhamidi -Questions juives à l’algérienne. (sur Sansal, Abdou Semmar et l’antisémitisme algérien)

Le 21 avril 2023 Abdou Semmar apparait dans une émission de I24, une télévision israélienne. Il se lamente d'une absence de l'Histoire de la Shoah en Algérie et d'un antisémitisme spontané des algériens. Boualem Sansal a écrit un roman illustratif de cette même "thèse". Pour la première fois, un écrivain algérien entrait dans la nouvelle formule de production littéraire, celle des "romans à thèse" qui fleurissait déjà en Europe. L'époque était passée du roman comme reflet et entreprise d'une analyse des réalités sociales ou psychologiques, à travers les grandes figures représentatives (Bovary, Rastignac, Saccard, Lantier, Julien Sorel etc... je ne parle des autres grands romanciers d'autres pays ). En Europe à partir des années 50 du siècle dernier, le roman devenait "œuvre à thèses". Evidemment de grands romanciers continuèrent à écrire. mais à l'instar de leur grands prédécesseurs, leurs textes avançaient sur les manifestations des mutations du réel, sur ce nouveau qui naît sans être encore manifeste ou suffisamment manifeste pour se former comme objet de la science C'est la raison pour laquelle, leurs idées, leurs approches sont totalement originales ; en aucune façon. Elles ne servent à défendre une thèse, même si toujours elles défendent une cause. La littérature à l'image des Houellebecq, des Sansal, des Yasmina Khadra comme seconds couteaux travaillant à la hache, devenait des supports et des formes de la propagande ordinaire. Je cite ces trois auteurs pour leur lien avec l'aire culturelle algérienne via l'islamophobie maladive des deux premiers ou de l'invention d'une colonialisme de rêve par le troisième. Un autre chronique qui témoigne de la confrontation de 2008 avec les algériens sionistes sur fond de Salon du Livre de Paris dédié à l'anniversaire de la naissance d'Israël. Cette chronique témoigne de la confrontation de 2008 avec les algériens sionistes sur fond de Salon du Livre de Paris dédié à l'anniversaire de la naissance d'Israël. Je rajoute ce document vidéo récupéré sur Internet qui témoigne de l'opposition des dirigeants politiques algériens au Vychisme.
Questions juives à l’algérienne
Sansal a évoqué un antisémitisme algérien spontané et naturel
Fallait-il éluder ou examiner, après le bruit fait par Sansal sur un antisémitisme algérien spontané et naturel, l’existence d’une question juive à l’algérienne ? Commençons par le moment historique concerné.Toute la littérature, déjà abondante, mais en voie de prendre du volume avec un réveil des mémoires communautaires qui avait besoin de temps pour s’affirmer, situe son discours dans la période coloniale. C’est la période historique où la présence juive en Algérie, déjà ancestrale, millénaire pour certains, va connaître avec la colonisation des transformations radicales dans son statut et dans ses relations avec la population indigène dont elle faisait partie. La colonisation va bouleverser ses rapports à la terre, ses rapports à la culture, ses rapports à la langue, ses rapports aux coutumes, et tous les écrits s’accordent à dire que la césure s’organise autour du décret Crémieux. C’est une véritable ligne de fracture qui va «laïciser» la communauté juive, restreindre les consistoires à la seule vie religieuse, ramener dans ses bagages des rabbins français qui prendront souvent le dessus sur les rabbins locaux, et ouvrir aux membres de cette communauté les portes d’un ascenseur social qui les distinguera des musulmans d’Algérie en en faisant des Français à part entière.
Cette ascension sociale se traduira par une lente et longue séparation d’avec la communauté musulmane sur le plan de l’identité sans pour autant annuler les multiples et séculaires rapports sociaux et culturels encore imbriqués dans l’usage répandu de la langue arabe et le partage des zones d’habitation. Mais, enfin, la rupture fondamentale était faite : les juifs se considéraient désormais français même dans les moments les plus forts de la tourmente du gouvernement de Vichy et de l’abrogation du décret Crémieux.
En 1942, l’avocat André Karsenty, qui préside le comité d’entraide d’Oran, créé comme ceux des autres régions du pays pour aider les juifs exclus en masse par le gouvernement de Vichy de l’enseignement, de l’administration ou de l’exercice des professions libérales, écrit : «Nous ne voulons ni d’un Etat national juif ni d’un séparatisme ou même d’un particularisme, quel qu’il soit : profondément français, intensément français, nous conservons le même attachement à l’idée française, à la communauté française.» L’allusion à un Etat national juif vise le travail souterrain mené par deux émissaires du mouvement sioniste chargé de convaincre des juifs d’Algérie, du Maroc et de Tunisie à émigrer vers la Palestine et qui réussirent quelques embarquements clandestins.
En 1941, Jaques Shapira s’écrie en réaction à l’abrogation du décret Crémieux : «Nous sommes Français et nous crions bien haut que, si un statut juridique se transforme, il n’est du pouvoir de personne de modifier le sentiment profond qui nous unit à notre pays, à sa pensée, à ses morts.»
Les racines politiques, idéologiques et culturelles qui expliquent le futur exode de masse des juifs en 1962 sont déjà là et pas dans les distorsions faites aux faits par les futurs défenseurs d’une Algérie multiethnique. La communauté juive se sentait française dans l’âme au-delà de ce que le régime de Vichy lui faisait déjà subir.
Pourtant, cette loyauté et cette identification à la France n’épargneront pas à cette communauté les pires épreuves de l’antisémitisme et cherchera à réunir les moyens de résister à travers les comités d’entraide, la relative renaissance de la vie religieuse, le regroupement autour des rabbins mais aussi dans l’intégration aux réseaux de résistance qui passeront à l’action le 8 novembre 1942 et dont une haute figure sera José Aboulker, étudiant en médecine, chef des réseaux d’Alger et plus tard membre du Conseil de l’ordre de la libération, commandeur de la Légion d’honneur, compagnon de la libération.
Les juifs d’Algérie ont donc bien subi la ségrégation, l’antisémitisme, les mesures et la politique anti-juive. Certains ont connu les camps, d’autres l’interdit professionnel, les enfants et les ados ont été exclus des écoles et des lycées. Le gouverneur général a mis sous séquestre des biens juifs. L’antisémitisme et la politique anti-juive sont indubitables. Mais qui en sont les promoteurs et les auteurs ?Mireille Attias, dans Une histoire juive d’Oran, nous en donne quelques clés.
La première ligue anti-juive est créée en 1871 pour écarter les juifs des élections comme le leur permet le Senatus Consulte de Napoléon III. D’autres ligues suivent, rassemblant la gauche, et aboutissent à l’élection du pharmacien Gobert auquel succédera dans cette veine anti-juive le docteur Molle en 1902 qui fera campagne pour le boycott des commerçants juifs. Dans le Petit Oranais on peut lire quotidiennement cette profession de foi signée Luther : «Il faut mettre le soufre, la poix et s’il se peut le feu de l’enfer dans les synagogues et aux écoles juives, détruire les maisons des Juifs, s’emparer de leurs capitaux, etc.» Les ligues anti-juives évoluent en Unions latines et domineront la vie politique de l’Oranie. A la mort du docteur Molle, Michel Parès lui succèdera. Mireile Attias nous apprend qu’il se met au service de Mussolini. La crise économique aggrave la situation et l’auteur nous apprend que d’immenses croix gammées ornent la ville d’Oran. Un abbé, Lambert, prend le relais et prêche «la mobilisation générale contre les juifs». Mais cette réalité oranaise est celle de toute l’Algérie. Partout sur le territoire fleurissent dans le milieu pied-noir ces thèses racistes. Vous chercherez en vain l’existence d’un courant politique algérien prônant cet antisémitisme.
Sous Vichy, cet antisémitisme va s’exacerber. Les légions en seront le cadre le plus approprié pour la politique de renaissance nationale vichyste. Elles présentent l’avantage d’avoir établi des statiques qui nous permettent de comparer l’attraction des thèses racistes sur les pieds-noirs et sur les musulmans. Appréciez les chiffres : en moyenne générale, 36% des Européens adhèrent aux légions (38% pour le département d’Alger et 42% pour le département d’Oran). Ces taux indiquent le rapport des légionnaires à leur groupe social. Les Européens sont massivement vichystes et antisémites puisqu’ils ont la langue et l’instruction pour comprendre le message pétainiste. Les musulmans, membres des légions, ne représentent que 4,5% des indigènes (7,5% pour l’Oranie et 3,5% pour le département de Constantine).Quelle est l’attitude des chefs politiques musulmans qui influent sur les comportements des militants et des sympathisants ? Quelques notables choisis par l’administration française pour la seconder dans la gestion du pays et quelques cercles maraboutiques ont soutenu le maréchal et la politique vichyste. Mais à regarder de près, ce sont bien des supplétifs de l’administration dont ils reflètent les vues bien qu’ils ne reflètent pas les vues des populations indigènes qui abhorraient ces Arabes de service. Il nous reste à voir ce qu’il en est dans le mouvement national. Chez les leaders religieux d’abord puisqu’ils traçaient les lignes de conduite entre communautés. Jacques Cantier nous apprend que cheikh El Okbi refuse la ségrégation et qu’il déclare le 1er novembre 1940 : «Nous savons d’ailleurs que l’avenir de l’Algérie est dans sa fusion avec la France. Catholiques, israélites et musulmans, nous sommes tous ses fils, nous avons à travailler ensemble à sa grandeur.» L’auteur nous apprend qu’il continue à se faire soigner chez son docteur Loufani, membre de l’entraide juive, et que de nombreux élus musulmans dénoncent le piège de l’antisémitisme qui consiste à détourner les Algériens de leurs véritables revendications.
Ferhat Abbas, d’abord, qui s’opposa fermement aux illusions de quelques membres de la fédération des élus qui croyaient pouvoir faire avancer quelques revendications, ne veut pas d’une égalité par le bas, et le docteur Bendjelloul manifeste sa solidarité aux populations juives. Jacques Cantier nous apprend aussi que Messali Hadj, contacté avant son procès de 1951, rejette catégoriquement les appels de l’antisémitisme. Il répond à l’officier chargé de le convaincre : «L’abolition du décret Crémieux ne peut être considérée comme un progrès par le peuple algérien. En ôtant leurs droits aux Juifs, vous n’accordez aux musulmans aucun droit nouveau. L’égalité que vous venez de réaliser entre musulmans et juifs est une égalité par le bas.»
Pour les biens sous séquestre, nous notons les mêmes comportements. Il existe bien une lettre d’un notable, agent de l’administration, se plaignant d’un accès insuffisant des musulmans à la gestion et au mandat de ces biens, mais la majorité des musulmans en situation de prétendre à ces biens vont refuser la sollicitation de l’administration et ne porte pas candidats à ce «privilège», particulièrement à Constantine.
Que reste-t-il de cet antisémitisme des Algériens à l’examen des faits ? Rien ou presque. C’est même un déni de vérité que de transformer des attitudes majoritairement solidaires en prétendue adhésion à la politique anti-juive et au nazisme. Cette idéologie raciste et meurtrière n’aura exercé d’attrait que sur une infime partie de la population algérienne. Non seulement c’est un déni de vérité mais c’est une distorsion de la vérité et de l’essence de l’antisémitisme qui porte avant tout atteinte aux Juifs eux-mêmes. Le docteur Costa, antisémite militant, cité par Jacques Cantier, nous donne la clé de ce qu’est l’antisémitisme : «Ne confondons pas race et religion. Un nègre converti n’en reste pas moins nègre», p. 332 de son livre l’Algérie sous Vichy.Dans leurs rapports aux juifs, les musulmans algériens en étaient restés aux vieilles controverses médiévales sur la supériorité des religions respectives des uns et des autres. Sujets des empires musulmans multiethniques, multiculturels, multilinguistiques et multiconfessionnels, juifs, chrétiens et musulmans n’en finissaient pas de s’affronter sur la vraie foi. Rien ne les autorisait à passer des joutes religieuses à l’idée des races puisqu’ils étaient aussi bien chrétiens et musulmans d’une même race le plus souvent comme en Palestine ou au Liban aujourd’hui. L’hostilité religieuse restait du domaine du marquage religieux et c’est bien cela qui explique l’absence de pogrom dans les pays arabes. Les causes matérielles relatives à la domination économique n’existaient pas et le non-passage de la famille patricienne au capitalisme n’avait pas mis ces empires devant les problèmes nés des bouleversements induits par le capitalisme. Ce sont bien ces bouleversements capitalistes qui ont favorisé la naissance d’un anti-judaïsme d’un type nouveau, complètement différent du marquage religieux. Avec les théories fumeuses sur la race qui vont atteindre leur apogée meurtrière avec le nazisme naît l’antisémitisme moderne, c’est-à-dire une théorie qui voulait donner une «assise scientifique» à la domination blanche et ce racisme a frappé tout le monde : Noirs, Arabes, Asiatiques qui «sont» par nature sales, voleurs, syphilitiques, menteurs, sans instance morale, livrés à leurs instincts sexuels, etc. etc. Ces théories racistes retrancheront aux juifs quelques-uns de ces caractères et lui en rajouteront un autre adapté aux causes du racisme : l’art inné du complot et de la finance. D’éminents docteurs et d’éminents spécialistes produiront tout au long de la deuxième moitié du 19ème siècle et pendant la première moitié leurs «études» sur la taille des crânes, sur les apparences des criminels, des Arabes, des Noirs, des Juifs.
Comme ils étaient loin nos pères de ce racisme. Analphabètes, écrasés par leur condition de colonisés, entravés par leur recherche permanente de la survie, ils vivaient encore dans leur imaginaire le marquage religieux. Ils n’avaient aucune idée de ce qui se tramait dans la tête instruite de leurs dominants. Ils seraient d’ailleurs encore plus étonnés des ruses idéologiques que nos maîtres d’hier sont capables d’inventer au nom du passé pour nous préparer les traquenards du présent et nous cacher les pièges subtils et impitoyables des nouvelles dominations.
M. B.Par Mohamed Bouhamidi, La Tribune, 24 avril 2008
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