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  • De l’unité populaire à la lutte de classe. Un entretien de Mohamed Bouhamidi (APS 26/05/2020).

    De l’unité populaire à la lutte de classe. Un entretien de Mohamed Bouhamidi (APS 26/05/2020).
    Cet entretien a été finalisé plusieurs semaines avant sa publication. Il a été retardé pour des raisons que j'ignore. Mon analyse, cependant heurtait de front l'expression de Hirak béni utilisé par Mr. le Président algérien. J’ai utilisé cette dénomination tout à fait début du phénomène avant de comprendre ses fonctions de manipulation de la perception du phénomène de mobilisation populaire que nous avons connue entre février et début mai 2019. J'utilise cependant cette expression, dans cet entretien pour sa commodité manifeste de communication avec le grand public dans ce format . Elle heurte encore plus son idée d'offrir des postes à des leaders d'opinion présumés et de réaliser ainsi une nouvelle unité pour une Algérie dite nouvelle.  De très nombreux personnalités ont été ainsi cooptées notamment dans les commissions juusteuses du Ministère de la Culture et y compris à des postes de ministres. 
    C'est la poursuite de manifestations résiduelles mais extrêmement décidées à obtenir l'annulation de l'élection présidentiel qui avait assuré une stabilisation de l'existence de notre Etat national sans rien garantir de son contenu de classe qui explique, à mon avis, la publication de mon analyse. Même en desservant le pouvoir par ses références de classes, elle lui permettait d'introduire une distinction la notion de "Hirak béni » qui le plaçait du côté des manifestant en deux Hiraks distincts. Cette manœuvre laissait, à toutes les composantes dispersées du néolibéralisme, dans l'opposition ou au sein de l'Etat, les portes ouvertes à une alliance qui garantirait la poursuite accélérée de la privatisation de ce qui restait du secteur public mais surtout des banques et du secteur des hydrocarbures. Je republie cet entretien pour ce qu'il montre de l'art de la lutte des classe chez les néolibéraux algériens face un un peuple, notre peuple, qui n'en a jamais eu une vraie expérience, occupé qu'il était à la tâche historique et prioritaire de la libération nationale. Cette analyse peut également expliquer les dissonances d'un  pouvoir erratique entre ses polarisations françaises et néolibérales et ses croyances à un destin régional, voire international, dans un néo-non-alignement tout entier opposé à ce que représente la France officielle.  
    1. Selon vos propos, le Hirak originel n’existe plus. Qui continue de manifester aujourd’hui dans la rue?

    Oui, j’ai affirmé cela. Toutes les personnalités qui parlent au nom des manifestants d’aujourd’hui  ont évalué les manifestants qui occupaient les rues entre février 2019 et le mois de mai 2019 à plusieurs millions de personnes. Ces estimations ont même parlé de 20 millions et le chiffre de 12 millions a paru tout à fait acceptable. Les manifestations d’aujourd’hui  sont très, très loin de regrouper autant de monde. Je ne veux pas renter dans une guerre des chiffres car à certaines dates  chargées de symboles ( 1er novembre ou 5 juillet) des embellies ont rassemblé plus de foule mais jamais plus que quelques dizaine de milliers.

    Confrontés à leurs propres estimations des mois de février/mars 2019  ces leaders élus ou spontanés ne peuvent légitimement parler au nom des foules qui les ont laissé dans leur solitudes. 

    Après les élections de décembre, ces mêmes leaders ont appelé à un style d’autocritique, de réévaluation de leurs actions, pour s’expliquer pourquoi leur mouvement a échoué. Ils désignaient leur échec à réussir un boycott massivement indiscutable des élections présidentielles. Un enseignant universitaire avait même pointé que l’erreur principale était d’avoir attaqué l’ANP de façon si agressive qu’elle ne pouvait que les contrarier.

    Curieusement cette remarque est la même que le reproche fait par Crisis Group  aux ONG qui cherchaient à encadrer  le mouvement.  J’en faisais part dans une analyse du 29 février : « Le Crisis Group vient d’avertir l’opinion mondiale, dans une analyse toute fraîche, que le régime, entendez l’armée, bloque la solution de la crise en n’empruntant pas la voie d’un dialogue avec les représentants du mouvement et ne négociant pas son retrait, voire son retrait sécurisé : « à travers cette discussion, l’avancement vers la satisfaction des principales demandes des protestataires, telles que décrites plus haut, tout en garantissant au régime qu’il ne sera pas la cible de représailles l’acculant à une impasse. ». (1) ».

    Le Financial Times pointait lui une autre erreur, celle que ces forces n’avaient pu influencer que les couches moyennes : «    Si les organisations qui portent ces revendications ne sont pas entachées de soupçons de proximité avec le régime, elles semblent représenter principalement la classe moyenne urbaine éduquée. » (1)

    C’est déjà important que Le Financial Times parle d’organisations qui portent un projet, cela m’exempte de la tare de complotiste.

    Cela me facilite la tâche de rappeler que l’orientation de la mobilisation populaire  a été l’objet d’âpres luttes entre différentes tendances et organisations.

    C’est de  ce  29 avril, d’ailleurs que je date la mutation du Hirak. Crisis Group et Le Financial Times  venaient de signaler les deux erreurs fondamentales(ne représenter que les couches moyennes et leur radicalisme irréaliste) des forces qui voulaient cornaquer la mobilisation populaire pour réaliser une révolution colorée.

    Mais je date cette mutation par l’observation que dès confirmation des arrestations des plus dirigeants de l’État (généraux, premiers ministres, ministres, oligarques hier seulement hyper puissants) la mobilisation populaire a connu une très, très forte décrue.

    Les couches populaires venaient  de percevoir clairement ou confusément  que venait de se résoudre la moitié de l’équation connue  de toue crise politique : « Il y a crise quand les gouvernants ne peuvent plus gouverner comme avant  et les gouvernés ne veulent plus être gouvernés comme avant » Les gouvernants qui ne pouvaient plus gouverner comme avant venaient de disparaître de la scène. Restaient les gouvernés. Le mois de mai sera celui de la décantation. Les attaques contre l’ANP sous couvert d’attaque contre Gaïd Salah prouvaient à notre peuple que des divergences profondes existaient en son sein sur le modèle souhaitable de la nouvelle gouvernance.

    La crise politique venait de se résoudre, émergeaient alors toutes les autres crises : culturelles, économiques, sociales, linguistiques, voir ethniques etc.   

    C’est de n’avoir pas compris que la crise politiques avait été résolue sous leur barbe que ces organisations soutenues par Crisis Group et Le Financial Times ont eu du mal à ajuster leurs plans tactiques.

    « Ces  aspects quantitatifs et de « management  politique » des foules sans y paraître ne sont pas mes seules raisons. Jusqu’à fin avril-début mai,  les cohortes les plus nombreuses des manifestants et les plus populaires avaient étouffé les slogans de démocratie abstraire. La voix la plus forte était celle de la libération  du pays, du peuple et de la société de la mainmise de la caste oligarchique [3issaba], de ses groupes constitutifs qui défilent aujourd’hui dans les tribunaux et de leurs sponsors étrangers, l’Etat néocolonial français et les agences US de financement des révolutions colorées.  Après le retrait des couches populaires, c’est la domination de la voix qui réclame les droits de l’Homme isolé et « libéré » de la société, exempté du destin commun et depuis récemment ces affichages de « révolution sociétales et du genre. Ces différences qualitatives notées sans jugement de valeur porté sur les citoyens, mais sans bienveillance pour les organisations citées par Le Financial Times,   ne permettent pas non plus de nier la différence fondamentale entre les deux moments  que je distingue. »

    Le « Hirak » comme forme concrète de cette mobilisation populaire venait  de terminer sa tâche historique.

    Mais ce Hirak portait en lui beaucoup plus que la crise politique.  Il venait de mettre sur la scène politique des masses considérables. Notre expérience pratique de la tentative de « printemps arabe » de février 2011 puis de toutes les tentatives de manifestations de février 2011 à février 2019 montre l’incapacité des organisations à réunir plus que quelques petites centaines de personnes.

    Le développement du système éducatif algérien a en quelques décennies produit des millions de diplômés.  Aujourd’hui le nombre des étudiants atteint 1.500.000. J’inclus ces étudiants dans les couches  moyennes par leur vocation et proximité immédiate avec elles.

    Ces diplômés trouvaient  des formes d’expression et d’affirmation politiques et sociales infiniment plus grandes  avant la gouvernance du président Bouteflika. La fermeture des possibilités de réalisation sociale par la création libre  d’associations et d’espaces de discussions et débats a été aggravée par la suprématie dans la vie politique des figures repoussantes et humiliantes pour ces couches moyennes instruites et cultivées d’oligarques frustres et incultes  détenant un véritable pouvoir d’Etat.

    Le développement ces couches moyennes au sein de notre société qui en 1962 ne comptait que 6% d’hommes et 4% de femmes alphabétisées devait poser problème à un moment ou une autre. On n’administre pas une société  comprenant d’importantes couches moyennes instruites comme une société rurale. Je n’ai pas le temps, ici, de développer plus sur les conséquences culturelles, politiques, sociales, voire sociétales mais la question aurait fini par se poser.

    La formulation « le Hirak a muté » signifie qu’il est fini, qu’il était fini dès ce mois de mai mais en donnant naissance à un nouveau fruit, qui est autre chose que lui : l’émergence des couches moyennes à la vie politiques directe.

    Les organisations dont parle Le Financial Times font tout mettre à leur crédit ces couches qui continuent à manifester en leur empruntant beaucoup de leurs slogans mais sans jamais leur servir de troupes ni leur transférer leur énergie. En réalité, elles ne leur empruntent pas leurs slogans mais les empruntent à l’air du temps, aux représentations et au langage des médias mondialement  dominants. C’est parce qu’elles empruntent ces formulations et ces idées qu’elles n’arrivent pas à élaborer leurs propres programmes politiques.

    Parler  encore de Hirak aujourd’hui est bien un abus de langage et chez ces couches moyennes et chez les organisations colorées mais pas pour  les mêmes raisons fondamentales.

    Les deux ont besoin de se dire Hirak pour se réclamer en fait du Hirak, c’est-à-dire d’une légitimité populaire qu’ils peuvent opposer à la légalité de l’élection présidentielle. Mais les couches moyennes elles veulent d’abord garantir leurs droits d’une vie politique libre. Elles veulent une démocratie qui n’est pas, comme c’est le cas aujourd’hui, synonyme d’économie de marché mais synonyme de vertu dans laquelle le savant est supérieur au marchand.

    Les organisations dont parle Le Financial Times veulent par contre opposer cette légitimité présumée du Hirak pour perpétuer une non solution politique, maintenir le plus haut niveau possible de tension pour aboutir à une situation de chaos. 

    La masse des manifestants est-elle donc  manipulée ? Je viens de formuler l’idée que comme en février cohabitent des réalités et des dynamiques  différentes. Il faut absolument dissocier les besoins politiques et culturels  de ces manifestants des buts des ceux qui parlent en leur nom. Et cela le gouvernement peut le faire immédiatement sans attendre la nouvelle constitution. Une directive aux walis et chefs de daïras pour traiter les dossiers d’agréments d’associations de façon moins policière et bureaucratique aiderait, par exemple, beaucoup  de citoyens à respirer.

    Non seulement ces manifestants ne se laissent pas forcément manipuler mais cette situation a mis en crise cet arc de la « révolution démocratique ». Elle en est d’abord revenu au schéma de 2011, celui de l’alliance des courants religieux et des courants modernistes sur le modèle de Ghanouchi-Merzouki en Tunisie ou Bradeî et les frères musulmans en Égypte, du Conseil de Transition en Lybie et en Syrie.

    Puis pour ce dégager de cette impasse du vendredi ces organisations renforcées par des combinaisons avec Zitout ont projeté la solution du samedi, celle l’obstination à jeter l’Algérie dans le cycle de la stratégie USA-OTAN-Israël de créer le chaos sans fin sur toutes les lignes de fractures possibles ethniques, linguistiques, culturelles, religieuses etc.

    La question du Corona virus est significative de l’absolue désintérêt des ces organisations pour notre peuple. Il leur a fallu un débat pour décider que finalement peut-être faut-il suspendre les marches ? En arriver au  débat pour savoir si la vie et la mort des algériens est supérieure à (2)leurs buts politiques est la pire des disqualifications.

    Je voudrais finir mes réponses par cette longue citation de Hegel qui permettra de comprendre à quoi peut correspondre le refus obstiné de penser le réel, l’obstination à ne pas penser, à ne pas se penser

    « Ceux qui considèrent la pensée  comme une faculté particulière  indépendante, séparée  de  la  volonté conçue elle-même également comme isolée et qui  de plus, tiennent la  pensée comme dangereuse  pour  la  volonté,  et  surtout pour  la  bonne,  montrent  du  même  coup  d’emblée  qu’ils ne  savent  rien  de  la  nature  de  la  volonté  (remarque  qui sera  faite  encore  souvent  sur  le  même  sujet ).
     Sans doute l’aspect de la  volonté  défini  ici  – cette possibilité absolue de m’abstraire  de toute détermination où je me  trouve ou bien où je me suis  placé, cette fuite devant tout  contenu comme devant une  restriction – est·ce à quoi la  volonté se détermine.
     C’est ce que la représentation  pose pour soi comme liberté et ce n’est ainsi que la liberté  négative ou liberté de  l’entendement.
    C’est la liberté du vide.
    Elle peut se manifester sous une  figure réelle et devenir une  passion.
     Alors, si elle reste simplement  théorique,  c’est le fanatisme  religieux de la pure  contemplation indoue ; si elle se  tourne vers l’action, c’est en  politique comme en religion, le  fanatisme de la destruction de  tout ordre social existant et l’excommunication de tout  individu suspect de vouloir un  ordre et l’anéantissement de  toute organisation voulant se  faire jour.
    Ce n’est qu’en détruisant que  cette volonté négative a le  sentiment de son existence.
    Elle pense qu’elle veut un état  positif,  par exemple,  l’état de l’égalité universelle ou de la vie  religieuse universelle, mais en réalité elle n’en veut pas la réalité  positive,  car celle-ci introduit  aussitôt un ordre quelconque,  une détermination singulière  aussi bien des institutions que des individus, alors que c’est en  niant cette spécification et cette  détermination objective, que  précisément la liberté négative  devient consciente de soi.
    Ainsi ce qu’elle croit vouloir peut  n’être pour soi qu’une représentation  abstraite et sa  réalisation n’être qu’une furie de  destruction. » Hegel. Principes de la Philosophie du droit.

    1-http://bouhamidimohamed.over-blog.com/l

  • Pierre Bourdieu-Pour un savoir engagé

    Pierre Bourdieu-Pour un savoir engagé

    Pour un savoir engagé par Pierre Bourdieu

    S’il est aujourd’hui important, sinon nécessaire, qu’un certain nombre de chercheurs indépendants s’associent au mouvement social, c’est que nous sommes confrontés à une politique de mondialisation. (Je dis bien une « politique de mondialisation », je ne parle pas de « mondialisation » comme s’il s’agissait d’un processus naturel.) Cette politique est, pour une grande part, tenue secrète dans sa production et dans sa diffusion. Et c’est déjà tout un travail de recherche qui est nécessaire pour la découvrir avant qu’elle soit mise en œuvre. Ensuite, cette politique a des effets que l’on peut prévoir grâce aux ressources de la science sociale, mais qui, à court terme, sont encore invisibles pour la plupart des gens. Autre caractéristique de cette politique : elle est pour une part produite par des chercheurs. La question étant de savoir si ceux qui anticipent à partir de leur savoir scientifique les conséquences funestes de cette politique peuvent et doivent rester silencieux. Ou s’il n’y a pas là une sorte de non assistance à personnes en danger. S’il est vrai que la planète est menacée de calamités graves, ceux qui croient savoir à l’avance ces calamités n’ont-il pas un devoir de sortir de la réserve que s’imposent traditionnellement les savants ?

    Il y a dans la tête de la plupart des gens cultivés, surtout en science sociale, une dichotomie qui me paraît tout à fait funeste : la dichotomie entre scholarship et commitment — entre ceux qui se consacrent au travail scientifique, qui est fait selon des méthodes savantes à l’intention d’autres savants, et ceux qui s’engagent et portent au dehors leur savoir. L’opposition est artificielle et, en fait, il faut être un savant autonome qui travaille selon les règles du scholarship pour pouvoir produire un savoir engagé, c’est-à-dire un scholarship with commitment. Il faut, pour être un vrai savant engagé, légitimement engagé, engager un savoir. Et ce savoir ne s’acquiert que dans le travail savant, soumis aux règles de la communauté savante.

    Autrement dit, il faut faire sauter un certain nombre d’oppositions qui sont dans nos têtes et qui sont des manières d’autoriser des démissions : à commencer par celle du savant qui se replie dans sa tour d’ivoire. La dichotomie entre scholarship et commitment rassure le chercheur dans sa bonne conscience car il reçoit l’approbation de la communauté scientifique. C’est comme si les savants se croyaient doublement savants parce qu’ils ne font rien de leur science. Mais quand il s’agit de biologistes, ça peut être criminel. Mais c’est aussi grave quand il s’agit de criminologues. Cette réserve, cette fuite dans la pureté, a des conséquences sociales très graves. Des gens comme moi, payés par l’État pour faire de la recherche, devraient garder soigneusement les résultats de leurs recherches pour leurs collègues ? Il est tout à fait fondamental de donner la priorité de ce qu’on croit être une découverte à la critique des collègues, mais pourquoi leur réserver le savoir collectivement acquis et contrôlé ?

    Il me semble que le chercheur n’a pas le choix aujourd’hui : s’il a la conviction qu’il y a une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de délinquance, une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de criminalité, une corrélation entre les politiques néolibérales et tous les signes de ce que Durkheim aurait appelé l’anomie, comment pourrait-il ne pas le dire ? Non seulement il n’y a pas à le lui reprocher, mais on devrait l’en féliciter. (Je fais peut-être une apologie de ma propre position…)

    Maintenant, que va faire ce chercheur dans le mouvement social ? D’abord, il ne va pas donner des leçons — comme le faisaient certains intellectuels organiques qui, n’étant pas capables d’imposer leurs marchandises sur le marché scientifique où la compétition est dure, allaient faire les intellectuels auprès des non-intellectuels tout en disant que l’intellectuel n’existait pas. Le chercheur n’est ni un prophète ni un maître à penser. Il doit inventer un rôle nouveau qui est très difficile : il doit écouter, il doit chercher et inventer ; il doit essayer d’aider les organismes qui se donnent pour mission — de plus en plus mollement, malheureusement, y compris les syndicats — de résister à la politique néolibérale ; il doit se donner comme tâche de les assister en leur fournissant des instruments. En particulier des instruments contre l’effet symbolique qu’exercent les « experts » engagés auprès des grandes entreprises multinationales. Il faut appeler les choses par leur nom. Par exemple, la politique actuelle de l’éducation est décidée par l’UNICE, par le Transatlantic Institute, etc. Il suffit de lire le rapport de l’Organisation mondiale pour le commerce (OMC) sur les services pour connaître la politique de l’éducation que nous aurons dans cinq ans. Le ministère de l’Éducation nationale ne fait que répercuter ces consignes élaborées par des juristes, des sociologues, des économistes, et qui, une fois mises en forme d’allure juridique, sont mis en circulation.

    Les chercheurs peuvent aussi faire une chose plus nouvelle, plus difficile : favoriser l’apparition des conditions organisationnelles de la production collective de l’intention d’inventer un projet politique et, deuxièmement, les conditions organisationnelles de la réussite de l’invention d’un tel projet politique ; qui sera évidemment un projet collectif. Après tout, l’Assemblée constituante de 1789 et l’Assemblée de Philadelphie étaient composées de gens comme vous et moi, qui avaient un bagage de juriste, qui avaient lu Montesquieu et qui ont inventé des structures démocratiques. De la même façon, aujourd’hui, il faut inventer des choses… Évidemment, on pourra dire : « Il y a des parlements, une confédération européennes des syndicats, toutes sortes d’institutions qui sont sensées faire ça. » Je ne vais en pas faire ici la démonstration, mais on doit constater qu’ils ne le font pas. Il faut donc créer les conditions favorables à cette invention. Il faut aider à lever les obstacles à cette invention ; obstacles qui sont pour une part dans le mouvement social qui est chargé de les lever — et notamment dans les syndicats…

    Pourquoi peut-on être optimiste ? Je pense qu’on peut parler en termes de chances raisonnables de succès, qu’en ce moment c’est le kairos, le moment opportun. Quand nous tenions ce discours autour de 1995, nous avions en commun de ne pas être entendus et de passer pour fous. Les gens qui, comme Cassandre, annonçaient des catastrophes, on se moquait d’eux, les journalistes les attaquaient et ils étaient insultés. Maintenant, un peu moins. Pourquoi ? Parce que du travail a été accompli. Il y a eu Seattle et toute une série des manifestations. Et puis, les conséquences de la politique néolibérale — que nous avions prévues abstraitement — commencent à se voir. Et les gens, maintenant, comprennent… Même les journalistes les plus bornés et les plus butés savent qu’une entreprise qui ne fait pas 15 % de bénéfices licencie. Les prophéties les plus catastrophistes des prophètes de malheur (qui étaient simplement mieux informés que les autres) commencent à être réalisées. Ce n’est pas trop tôt. Mais ce n’est pas non plus trop tard. Parce que ce n’est qu’un début, parce que les catastrophes ne font que commencer. Il est encore temps de secouer les gouvernements sociaux-démocrates, pour lesquels les intellectuels ont les yeux de Chimène, surtout quand il en reçoivent des avantages sociaux de tous ordres…

    Un mouvement social européen n’a, selon moi, de chance d’être efficace que s’il réunit trois composantes : syndicats, mouvement social et chercheurs — à condition, évidemment, de les intégrer, pas seulement de les juxtaposer. Je disais hier aux syndicalistes qu’il y a entre les mouvements sociaux et les syndicats dans tous les pays d’Europe une différence profonde concernant à la fois les contenus et les moyens d’action. Les mouvements sociaux ont fait exister des objectifs politiques que les syndicats et les partis avaient abandonnés, ou oubliés, ou refoulés. D’autre part, les mouvements sociaux ont apporté des méthodes d’action que les syndicats ont peu à peu, encore une fois, oubliées, ignorées ou refoulées. Et en particulier des méthodes d’action personnelle : les actions des mouvements sociaux recourent à l’efficacité symbolique, une efficacité symbolique qui dépend, pour une part, de l’engagement personnel de ceux qui manifestent ; un engagement personnel qui est aussi un engagement corporel.

    Il faut prendre des risques. Il ne s’agit pas de défiler, bras dessus bras dessous, comme le font traditionnellement les syndicalistes le 1er mai. Il faut faire des actions, des occupations de locaux, etc. Ce qui demande à la fois de l’imagination et du courage. Mais je vais dire aussi : « Attention, pas de “syndicalophobie”. Il y a une logique des appareils syndicaux qu’il faut comprendre. » Pourquoi est-ce que je dis aux syndicalistes des choses qui sont proches du point de vue que les mouvements sociaux ont sur eux et pourquoi vais-je dire aux mouvements sociaux des choses qui sont proches de la vision que les syndicalistes ont d’eux ? Parce que c’est à condition que chacun des groupes se voie lui-même comme il voit les autres qu’on pourra surmonter ces divisions qui contribuent à affaiblir des groupes déjà très faibles. Le mouvement de résistance à la politique néolibérale est globalement très faible et il est affaibli par ses divisions : c’est un moteur qui dépense 80 % de son énergie en chaleur, c’est-à-dire sous forme de tensions, de frictions, de conflits, etc. Et qui pourrait aller beaucoup plus vite et plus loin si…

    Les obstacles à la création d’un mouvement social européen unifié sont de plusieurs ordres. Il y a les obstacles linguistiques, qui sont très importants, par exemple dans la communication entre les syndicats ou les mouvements sociaux — les patrons et les cadres parlent les langues étrangères, les syndicalistes et les militants beaucoup moins. De ce fait, l’internationalisation des mouvements sociaux ou des syndicats est rendue très difficile. Puis il y a les obstacles liés aux habitudes, aux modes de pensée, et à la force des structures sociales, des structures syndicales. Quel peut être le rôle des chercheurs là-dedans  ? Celui de travailler à une invention collective des structures collectives d’invention qui feront naître un nouveau mouvement social, c’est-à-dire des nouveaux contenus, des nouveaux buts et des nouveaux moyens internationaux d’action.

    Pierre Bourdieu

    Sociologue, professeur au Collège de France.

  • Laure Lemaire-Anton Makarenko, un grand pédagogue

    Laure Lemaire-Anton Makarenko, un grand pédagogue

    Introduction

    Aujourd’hui, avec la crise de la société, l’Ecole, de la maternelle à l’Université est mise à mal d’une façon particulièrement dangereuse. Cet important service public « coûte cher » et depuis la fin des 30 Glorieuses, les tentatives pour réduire son coût et son impact démocratique, n’ont pas manqué. La pédagogie est transformée en sciences de l’éducation dans les départements universitaires, les instituts de formation des maîtres sont supprimés.

    Si bien que les enseignants consciencieux devant un public de plus en plus difficile, s’auto forment avec les publications des grands pédagogues. Voilà comment, au moment de créer une école différente grâce au ministre communiste de la formation professionnelle en 1981, j’ai rencontré Anton Makarenko, sur les conseils d’André Korzec. « Dédé » avait lui-même ouvert une école de type Makarenko au sortir du nazisme pour les orphelins des parents morts en camps de concentration.


    Naissance et enfance

    Makarenko est né prématurément le 1er mars 1888 dans un appartement loué par ses parents à la gare ferroviaire près du village de Belopolié en Ukraine qui fait partie de l’Empire russe (crée en 1721 par Pierre le Grand). Son père est charpentier dans les ateliers ferroviaires et sa mère, fille d’un petit fonctionnaire. Dès l’enfance, c’était un enfant très maladif qui, une fois adulte, s’enrhumait facilement . C’est pourquoi il a porté toute sa vie des chemises à col très haut. Anton Makarenko avait un frère cadet et 3 sœurs. En 1901, la famille a déménagé à Krioukov (aujourd’hui Krementchouk de l’oblast de Poltava en Ukraine). Les livres ont toujours été sa priorité et il les achetait même à crédit, ne pouvant pas acheter tout ce qui l’intéressait.

    Etudes et 1° expériences professionnelles

    En 1904, il est diplômé d’une école de 4 classes à Krementchouk puis poursuit une formation d’enseignant d’1 an, à l’École de cheminots, la plus renommée du pays.. Il devient ainsi un instituteur diplômé à 17 ans. Il commence à travailler à Kryukov dans une école de chemin de fer. Il entretient une relation intime avec la femme d’un prêtre dans l’hiver 1908-1909, il est donc banni de la maison paternelle et vit dans une chambre louée jusqu’à Pâques, où il est pardonné et retourne dans sa famille. Mais en 1911, il décide de vivre à nouveau seul et s’installe à la gare de Dolinskaïa pour enseigner.

    En 1914-1917, il a étudié à l’Institut de formation des enseignants de Poltava, où il a obtenu une médaille d’or. En 1916, au moment de la 1° Guerre mondiale, il est réformé à cause de sa forte myopie. De 1917 à 1919, il a été chef de l’école des chemins de fer dans les ateliers de fabrication de wagons de Krioukov et a été acteur de la troupe de théâtre amateur Corso.

    En 1919, il s’installe à Poltava où il étudie à l’Institut pédagogique. Il commence à écrire des poèmes satiriques et des nouvelles ce qui l’amène à entretenir une correspondance avecMaxime Gorki.

    Un mot sur Maxime Gorki

    Maxime Gorki est un écrivain russe né le 16 mars 1868 à Nijni Novgorod et mort le 18 juin 1936 à Moscou. Il est considéré comme un des fondateurs du réalisme socialiste en littérature et fut un homme engagé politiquement et intellectuellement aux côtés des révolutionnaires bolcheviques.

    Enfant pauvre, autodidacte, formé par les difficultés et les errances de sa jeunesse, passé par le journalisme, il devient un écrivain célèbre dès ses débuts littéraires. Auteur de nouvelles pittoresques mettant en scène les misérables de la Russie profonde (1898), de pièces de théâtre  (Les Bas-fonds en 1902) ou de roman social (La Mère en 1907), il racontera aussi sa vie dans une trilogie autobiographique : Enfance (1914), En gagnant mon pain (1915-1916), Mes universités (1923).

    Très tôt, Gorki partage l’idéal des partis progressistes et se lie avec Lénine. Plusieurs fois emprisonné lors de la révolution de 1905, il quitte la Russie et voyage aux États-Unis pour collecter des fonds pour le mouvement bolchevique. À son retour en 1906, il doit s’exiler à Capri pour des raisons à la fois médicales et policières. Rentré en Russie à la suite d’une amnistie en 1913, Maxime Gorki est proche des révolutionnaires, mais formule des critiques dès novembre 1917 qui lui valent les menaces du pouvoir : inquiet et malade de la tuberculose, il se fixe de nouveau dans le sud de l’Italie en 1924.

    Encouragé par Staline, il se réinstalle définitivement en URSS en 1932 : il devient un membre éminent de la nomenklatura soviétique et participe à la propagande du régime qui l’honore mais le surveille en même temps. Il meurt en juin 1936. Le régime lui organise des funérailles nationales et en fera l’écrivain soviétique par excellence.

    Chef de la colonie pénitentiaire (1920-1928)

    En 1920, au nom du département provincial de l’éducation de Poltava, Makarenko fonde une colonie de travail pour les jeunes délinquants dans le village de Kovaliovka. Cet établissement regroupe et héberge de jeunes délinquants et enfants sans protection dont le nombre ne cesse de grandir après la révolution russe.

    En 1921, il la nomme  » colonie Gorki  » en reconnaissance pour l’écrivain qui s’intéresse à ses activités éducatives et pédagogiques et le soutient de toutes les manières possibles. Bien qu’établis dans un cadre paramilitaire, les principes fondateurs de cette structure prônent la liberté d’expression, le respect des valeurs et le respect d’autrui. L’autorité est confiée au conseil constitué de membres les plus respectés et c’est en assemblée générale qu’on prend les décisions importantes. Le travail agricole et artisanal assure l’autosuffisance de la communauté et crée les liens grâce à l’activité collective

    En 1926, la colonie Gorki est transférée au monastère Kouriajski près de Kharkov. À l’âge de 39 ans, en 1927, il épouse Galina Salko qui travaille à la commission de la délinquance d’Ukraine. Au cours de l’été 1928, M. Gorki lui rend visite pour la 1° fois et séjourne pendant plusieurs jours dans la colonie. En 1928, Makarenko quitte son travail dans la colonie.

    Commune de Dzerjinski 1927-1935)

    Depuis octobre 1927, il était responsable de la commune portant le nom de Felix Dzerjinski et de son département pédagogique. Elle s’occupe des enfants coupables et abandonnées. En 1930, elle prend de l’ampleur : la faculté des travailleurs de l’Institut de construction de machines de Kharkov s’ouvre à elle. En 1932, c’est autour de l’usine d’outils électriques et enfin de l’usine de caméras de cinéma. En 1933, la municipalité a été la1° de l’URSS à être entièrement autosuffisante. Depuis 1934, une école secondaire s’ouvre sur le site.

    En 1932, il publie ses 1° essais pédagogiques et, 2 ans après, participe à la direction de la Commission des communautés de travail d’Ukraine, puis il est admis à la société des écrivains.

    En 1933, l’ancien Premier ministre français Édouard Herriot, ainsi que d’autres invités français visitent la commune de travail des enfants de Dzerjinski et en vante ses mérites.

    « Les militants sociaux français se sont familiarisés en détail avec la structure administrative de la commune, la production et la vie des communards – anciens enfants des rues et jeunes délinquants. Les invités ont été impressionnés par la propreté et l’ordre qui règnent dans la commune et par l’abondance de fleurs et d’air frais. Herriot a eu une conversation détaillée avec M. Makarenko, assistant du chef de la commune. Il lui a demandé comment la direction de la commune a réussi à éduquer à la fois les enfants et les adolescents sans-abri avec des compétences criminelles professionnelles. M. Makarenko a expliqué en détail aux invités français que la pédagogie soviétique ne reconnaît pas la criminalité innée et que les principales méthodes pour influencer les enfants sont la discipline collective et le travail collectif. Après une visite du dortoir et de l’usine, la fanfare de la commune a donné un concert impromptu qui a attiré l’attention et les réactions enthousiastes des invités »

    En raison de la prise de conscience dans les départements concernés de l’importance des produits fabriqués par les usines de la Commune pour l’industrie de la défense du pays (en lien avec la guerre imminente) et du désir d’augmenter sensiblement la production de ces produits, les responsables décident d’intégrer davantage de travailleurs adultes dans les usines. Makarenko est laissé au poste de pédagogue adjoint, puis il est transféré à Kiev.

    En 1934, il devient membre de l’Union des écrivains soviétiques. Jusqu’en 1936, Makarenko dirige plusieurs colonies, en étant souvent en opposition avec le Commissariat de l’Instruction publique et commence ses œuvres ( Poème pédagogique.) Le 7 janvier 1939, la Commune de travail de Kharkov est transformée en complexe industriel.

    Période de Kiev (département des colonies de travail)

    Le 1er juillet 1935, il est transféré de la Commune à Kiev, au bureau central du NKVD de la République Socialiste Soviétique d’Ukraine, où il travaille comme chef adjoint du département des colonies de travail jusqu’en 1936. Il est certifié puis reçoit le grade de « sergent de la sécurité d’État ».

    A cette époque, Makarenko développe un programme pour mineurs institutionnalisés ayant besoin d’une prise en charge sociale et d’une rééducation. Ils sont transférés de toutes les institutions ukrainiennes vers de nouveaux établissements qui appliquent la méthode dans la colonie Gorki et de la Commune de F. E. Dzerzhinsky. Il ne pas reçoit pas le soutien nécessaire de l’administration, et est inquiété par des arrestations qui concernent le personnel du département. C’est le cas de son supérieur immédiat Lev Solomonovich Akhmatov. Lors d’un interrogatoire, il déclare que Makarenko était son complice dans les activités trotskystes. Il s’en sort grâce à l’intervention du commissaire du peuple V.A. Balitsky qui lui est favorable. Ce dernier a ordonné de retirer le nom de Makarenko du protocole et lui permet d’échapper à l’incarcération. Cet événement accable le pédagogue qui est déjà sur-investi dans ses fonctions officielles : elles ne lui laissent plus le temps d’ écrire et ni celui de se consacrer à l’éducation. Makarenko songe à déménager à Moscou. A.M. Gorki et son secrétaire Kryuchkov agissent en tant que médiateurs pour faciliter son transfert.

    En 1936, ses théories pédagogiques sont officiellement reconnues à la suite d’un changement complet des fonctionnaires du Commissariat de l’Instruction Publique avec qui il était en discordance. Cette reconnaissance le pousse définitivement à prendre la direction de la capitale.

    A Moscou

    En 1937, Makarenko arrive à Moscou où il a acheté un appartement dans la maison de Gorki, rue Lavrushinsky. Bien connu du public de la capitale, il est journaliste, enseigne sa pédagogie en conférence, à la radio et lors de réunions de parents.

    Au début de l’année 1939, Makarenko travaille sur le scénario de « Drapeaux sur tours » en co-auteur avec Margarita Barskaya  mais la direction du Gorki Film Studio refuse de monter le film basé sur leur scénario car Barskaya est la maîtresse du journaliste en disgrâce Karl Radek. Par le décret du Présidium du Soviet suprême de l’URSS du 31 janvier 1939, il est décoré de l’Ordre du Drapeau rouge du Travail. Il publie Les drapeaux sur les tours et Problèmes d’éducation à l’école soviétique. La même année, il soumet son adhésion au parti bolchevique mais n’en sera jamais membre, décédant une année plus tard.

    Décès

    Le 1er avril 1939, Anton Makarenko meurt mort subitement d’une crise cardiaque, qui s’est produite à 10h30 sur le chemin de la Maison des Arts dans la voiture du train de banlieue n° 134 à la gare de Golitsyno. À 10 h 43, un médecin est arrivé et a déclaré son décès. Makarenko est enterré au cimetière Novodievitchi de Moscou. Les auteurs de la pierre tombale sont le sculpteur Vladimir Tsigal et l’architecte V. Kalinine.

  • QUI CONTRÔLE LES PORTS AFRICAINS ?

    QUI CONTRÔLE LES PORTS AFRICAINS ?

    En vendant ses activités logistiques et de transport en Afrique, Bolloré a touché le jackpot. Un “empire françafricain” qu’il cède à l’Italo-Suisse MSC. À quand la souveraineté portuaire sur les rives du continent ?

  • Laure Lemaire – Les survivances de la vie clanique (en gens) chez les Germains au début de la chute de l’Empire Romain d’après F.Engels.

    Laure Lemaire – Les survivances de la vie clanique (en gens) chez les Germains au début de la chute de l’Empire Romain d’après F.Engels.

    Introduction

    A plus d’un titre, la chute d’un « empire monde » nous intéresse, en ce moment ! Rome fut le 1°, les Perses, le Macédonien Alexandre le Grand s’y essayèrent. Les USA aimeraient réussir à dominer le monde. Au lieu de cela, ils détruisent la planète. Qu’ils s’inspirent de l’expérience de Rome qui, après avoir pillé toutes les richesses du monde connu, a disparu. Les Germains, avec une nouvelle économie, l’ont bien aidé dans cette chute.

    A partir du travail de F. Engels sur les Germains, il est possible de mieux comprendre une des causes de la chute définitive de l’Empire Romain et la nouvelle organisation sociale et économique qui se met en place: la féodalité.

    Je me permets de compléter les évènements à la lumière des recherches récentes, sans remettre en cause son analyse, bien au contraire. Mes ajouts seront écrits en italique

    Des cultures du Sud de la Scandinavie, les Germains se répandent dans la grande plaine européenne, pour gagner vers – 500, les franges Nord du monde celtique : le Rhin inférieur, la Thuringe et la basse Silésie. Les Grecs ou les Romains n’avaient aucun contact direct avec les Germains, puisqu’ils en étaient séparés par les Celtes, installés dans toute l’Europe.

    A l’aube du 1° millénaire, César, appelé à les combattre, décide d’appeler Gallia et Germania, les 2 régions séparée par le Rhin, « les peuples frères». Ces derniers, plus belliqueux et réfractaires, à l’égard de la civilisation méditerranéenne, restaient fidèles à leurs origines. Les Germains étaient « les authentiques », par opposition aux Gaulois celtes déjà romanisés.500 ans plus tard, ont lieu ce qu’on appelle à tort  » les grandes invasions » puisqu’ils étaient déjà là. Comme le montre Engels, ils ont profondément marqués l’Europe, de la Russie à l’Angleterre, de la Suède à la Sicile.

    1° partie: la gens germanique

    Les Germains étaient organisés en gentes jusqu’à leur migrations agressives vers le Sud. Ils sont restés peu de temps sur le territoire situé entre le Danube, le Rhin, la Vistule et les mers du Nord et Baltique, pour investir les contrées à l’Est et à l’Ouest du continent. En pleine migration, encore nomades, les Germains (Cimbres, Teutons, Suèves) ne trouvèrent de résidences fixes qu’au temps de César qui parlant d’eux, dit qu’ils s’étaient établis par gentes et parentés, même avec leur colonisation des provinces romaines conquises.

    Leur droit était en vigueur chez les « Russes » où il fut aboli au Xe siècle par la grande-duchesse Olga. Les économies domestiques communes des familles de serfs qui subsistent en France jusqu’à la Révolution, dans le Nivernais et en Franche-Comté, analogues aux communautés familiales slaves des régions serbo-croates, sont aussi des vestiges de leur organisation gentilice Elles n’ont pas disparu entièrement; on voit encore, près de Louhans (Saône-et-Loire), des grandes maisons paysannes à la construction particulière, avec salle centrale commune, entourée de chambres à coucher, habitées par plusieurs générations de la même famille.

    Dans le droit populaire alaman du VIIIe siècle, le terme « genealogia » est pris avec le même sens que communauté de marche (ou village). Un peuple d’ Allemagne (les Suèves), établi sur le territoire conquis au sud du Danube, est affecté sur un territoire déterminé selon les gentes. Kovalevsky a émis l’opinion que ces « genealogiœ », les communautés de villages entre lesquelles la terre est partagée, seraient issues, en se développant, des communautés domestiques.

    Il en serait de même pour la fara (qui désigne la genealogia du code alaman) des Burgondes et des Lombards (Germains goths et haut-allemands). Dans la Loi burgonde, le terme pour membres de la gens (faramanni) est employé par opposition aux habitants romains, non inclus dans leurs gentes. La division des terres se faisait donc en Bourgogne selon les gentes. La dérivation de faran (fahren, s’en aller) nommerait d’un groupe stable de la colonne en migration, se composant de gens apparentés; dénomination qui, au cours de migrations multiséculaires, vers l’Est, puis à l’Ouest, passa à toute la communauté: gens ou communauté domestique?

    Les linguistes n’ont pas trouvé d’expression commune à tous les Germains pour désigner la gens. Étymologiquement, au grec genos (en latin, gens), correspond le gothique kuni. Témoignage des temps du droit maternel, le mot qui désigne la femme dérive de la même racine: en grec, gynê, en slave, zena, en gothique, qvino, en vieux norois kuna. Il y a aussi le mot gothique sibja, l’anglo-saxon sib, en vieux haut-allemand sippia (grande famille patriarcale). Les racines linguistiques utilisées en allemand pour la parenté sont très nombreuses, et sont employées en rapport avec la gens. Le droit populaire alaman, inventaire datant du Vle – VIIIe siècle, vient du droit coutumier en vigueur depuis le Ve siècle, dans les tribus alémaniques fixées sur les territoires actuels Alsace, de Suisse et du Sud-Ouest de l’Allemagne. On y trouve le pluriel sifjar, les parents; le singulier n’existe que comme nom de déesse, Sif. Une autre expression apparaît dans la Chanson de Hildebrand, poème épique haut allemand du VIIIe siècle, le plus ancien de la langue allemande. Quand Hildebrand demande à Hadubrand: « Quel est ton père, parmi les hommes de ce peuple, ou de quelle famille es-tu ? » ( cnuosles du sîs).

    S’il a existé un nom germanique commun pour gens, c’est le gothique kuni dont dérive König, (roi), qui signifie chef de gens ou de tribu. Sibja, sifjar, en vieux norois, Sippe (grande famille patriarcale) ne désigne pas seulement les gens du même sang, mais aussi les parents par alliance, et englobe donc les membres d’au moins 2 gentes.

    Tout comme chez les Mexicains et les Grecs, chez les Germains, l’ordre de bataille, tant pour l’escadron de cavalerie que pour les colonnes en coin de l’infanterie, était formé par groupes gentilices; Tacite dit « par familles et parentés », car la gens avait disparu à Rome. Le droit maternel avait déjà été supplanté par le droit paternel, chez les Germains; les enfants héritaient du père; à défaut d’enfants, aux frères et aux oncles du côté paternel et maternel. Mais il dit : « le frère de la mère considère son neveu comme son fils, et certains estiment que le lien du sang entre l’oncle maternel et le neveu est plus sacré et plus étroit qu’entre le père et le fils; si bien que lorsqu’on exige des otages, le fils de la sœur est une garantie plus sûre que le propre fils de celui qu’on veut lier ». C’est un élément encore en vie de la gens organisée selon le droit maternel chez les Germains. Si un membre d’une telle gens donnait son propre fils comme gage d’un serment, et que ce fils mourût, victime du parjure de son père, il n’en devait compte qu’à soi-même. Si le fils d’une sœur était sacrifié, cela constituait une violation du droit sacré gentilice.

    Un passage de la Völuspâ, chant norois de Scandinavie. sur le crépuscule des dieux et la fin du monde, est postérieur de 8 siècles, au temps des Vikings . Dans cette « vision de la prophétesse », où s’entremêlent des éléments chrétiens, est décrite l’époque de dépravation et de corruption générale qui prélude à la grande catastrophe, il est dit: « Les frères se feront la guerre et deviendront les meurtriers les uns des autres, des enfants de sœurs briseront leur communauté familiale.»; « le fils de la sœur, de la mère » qui renie sa parenté de sang semble une aggravation du crime de fratricide.

    Au Moyen Âge, quand un seigneur d’une ville réclamait un serf qui s’était évadé, il fallait, à Augsbourg, à Bâle et à Kaiserslautern, que la qualité de serf de l’accusé fût confirmée sous serment par 6 de ses parents de sang les plus proches, du côté maternel. Un autre vestige du droit maternel, c’est la considération, étrangère aux Romains, que les Germains témoignaient aux femmes. Des jeunes filles de famille noble passaient pour être les otages les plus sûrs, dans les traités avec les Germains; l’idée que leurs femmes et leurs filles puissent tomber en captivité et en esclavage leur est atroce et aiguillonne leur courage dans la bataille ; ils voient dans la femme quelque chose de saint et de prophétique; ils écoutent son conseil, dans les affaires importantes ; Velléda, la prêtresse bructère des bords de la Lippe, fut l’âme agissante de l’insurrection batave, au cours de laquelle Civilis, à la tête des Germains et des Belges, ébranla la puissance romaine. Au foyer, l’autorité de la femme semble incontestée; c’est elle, les vieillards et les enfants qui doivent se charger de tout le travail ; les esclaves versaient des redevances, mais ne fournissaient pas de corvées. Les hommes adultes font le travail qu’exigeait la culture du sol. La forme du mariage était le mariage apparié tendant vers une monogamie pas très rigoureuse (la polygamie était permise aux grands). on tenait à la chasteté des filles (contrairement aux Celtes), et Tacite parle de l’inviolabilité du lien conjugal chez les Germains. Il ne donne que l’adultère de la femme comme motif de divorce. Mais son récit montre des lacunes et il brandit le miroir de vertu qu’il présente aux Romains dépravés. Si les Germains étaient, dans leurs forêts, ces parangons de vertu, il a suffi d’un contact fort léger avec le monde extérieur pour les rabaisser au niveau des autres Européens; au milieu du monde romain, l’austérité des mœurs disparut plus rapidement encore que la langue germanique.

    De l’organisation gentilice, tire son origine l’obligation d’hériter aussi bien des inimitiés du père ou des parents que de leurs amitiés; l’amende qui tenait lieu de vendetta (le wergeld) dans les cas de meurtres ou de blessures, passait encore pour une institution germanique il y a une génération. Il est aujourd’hui attesté chez des centaines de peuples comme une forme adoucie et très généralisée de la vendetta.

    La révolte des tribus gauloises et germaniques sous le commandement de Claudius Civilis (69-70) fut provoquée par des augmentations d’impôts, des prestations accrues et des exactions de fonctionnaires romains. Après des succès initiaux, les insurgés connurent des défaites qui les obligèrent à faire la paix avec Rome et l’obligation de l’hospitalité; la description qu’en donne Tacite coïncide avec celle que donne Morgan de ses Indiens.

    Pour le partage des terres arables, pour presque tous les peuples, la gens, et plus tard les associations communes de famille, cultivèrent en commun la terre, comme César l’atteste pour les Suèves; ensuite eut lieu l’attribution de terre a des familles conjugales avec redistribution périodique. Le passage à la complète propriété privée du sol et sans immixtion étrangère est impossible. Tacite dit: » ils échangent (ou repartagent) chaque année les terres cultivées et il reste assez de terres communes », au stade de l’agriculture et de l’appropriation du sol. Depuis que Kovalevsky a prouvé l’existence de la communauté domestique patriarcale comme stade intermédiaire entre la famille de droit maternel et la famille conjugale moderne, la forme de la propriété commune existait chez les Suèves, au temps de César, et la culture en commun pour le compte de la communauté. Or, Kovalevsky prétend que Tacite décrit la communauté domestique et ne présuppose pas la communauté de marche (Mark) ou de village due à l’accroissement de la population. Les établissements des Germains sur le territoire qu’ils occupaient au temps des Romains, tout comme sur le territoire qu’ils leur enlevèrent par la suite, ne se seraient pas composés de villages, mais de grandes communautés familiales, qui englobaient plusieurs générations, prenaient pour la cultiver une étendue de terrain correspondant au nombre de leurs membres et utilisaient avec leurs voisins, comme marche commune, les terres incultes d’alentour ; la communauté aurait cultivé chaque armée une autre étendue de terre et aurait laissé en jachère ou abandonné à la friche le terrain cultivé l’année précédente. Étant donné la faible densité de la population, il serait toujours resté suffisamment de terres incultes pour rendre inutile toute querelle sur la propriété du sol. Après des siècles, quand les membres des communautés domestiques furent, en nombre si considérable que le régime de travail collectif n’était plus possible dans ces conditions de production, les communautés domestiques se seraient démembrées ; les champs et les prés, jusqu’alors propriété commune, auraient été répartis entre les économies domestiques individuelles, tandis que les forêts, les pacages et les eaux restaient propriété commune (pour la Russie, ces faits sont démontrés). Pour l’Allemagne et, les autres pays germaniques, les documents les plus anciens, le Codex Laures hamensis, s’expliquent mieux, à l’aide de la communauté domestique.

    Le stade intermédiaire de la communauté domestique a aussi beaucoup de vraissemblance, en Allemagne, Scandinavie et Angleterre. Tandis que, dans César, les Germains viennent tout juste de s’établir dans des résidences fixes, à moins qu’ils ne les cherchent encore, au temps de Tacite, ils ont déjà derrière eux, un siècle de vie sédentaire donc le progrès dans la production des choses nécessaires à l’existence, est évident. Ils habitent dans des maisons formées de troncs d’arbres empilés; leur costume garde la marque de la forêt primitive : grossier manteau de laine, peaux de bêtes ; pour les femmes et les grands, des tuniques de lin. Leur nourriture se compose de lait, de viande, de fruits sauvages et, ajoute Pline, de bouillie d’avoine, mets national celtique en Irlande et en Écosse. Leur richesse est le bétail, mais il est de mauvaise race, les bœufs sont chétifs, sans cornes, les chevaux sont de petits poneys. La monnaie, romaine, était rare et peu employée. Ils ne travaillaient ni l’or, ni l’argent, dont ils faisaient peu de cas ; le fer était rare, et dans les tribus du Rhin et du Danube, il était importé, et non pas extrait sur place. Les runes (imitées des caractères grecs ou latins) n’étaient connues que comme écriture secrète et n’étaient employées que pour la magie religieuse. Les sacrifices humains étaient pratiqués. Bref, nous nous trouvons en présence d’un peuple qui vient tout juste de s’élever du stade moyen du néolithique. L’importation facile des produits industriels romains empêche les tribus voisines des Romains de développer une industrie métallurgique et textile autonome, mais elle se constitua au Nord-Est, sur la mer Baltique. Les pièces d’armement découvertes dans les marécages du Slesvig (longue épée de fer, cotte de mailles, casque d’argent, avec des monnaies romaines de la fin du IIe siècle) et les objets de métal germaniques répandus par les grandes invasions montrent un style particulier, d’une perfection peu commune, même quand ils s’inspirent des Romains. L’émigration vers l’Empire romain civilisé mit fin à cette industrie indigène, sauf en Angleterre et en Suède. Les agrafes de bronze montrent cette industrie perfectionnée ; celles qui ont été trouvées en Bourgogne, en Roumanie, sur la mer d’Azov pourraient être sorties du même atelier d’origine germanique.

    La constitution correspond au stade supérieur. D’après Tacite, le conseil des chefs (principes) existait partout, décidait des affaires les moins importantes, mais préparait les grandes affaires pour la décision par l’assemblée du peuple. Les chefs se différencient très nettement des commandants militaires (duces). Les 1° vivent déjà en partie de dons honorifiques ( bétail, grain) que leur offrent les membres de la tribu; ils sont presque toujours élus dans la même famille ; le passage au droit paternel favorise, comme en Grèce et à Rome, la transformation progressive de l’élection en hérédité et, la constitution d’une famille noble dans chaque gens. Cette noblesse de tribu, disparut pendant les grandes invasions. Les commandants militaires étaient élus, sans considération d’origine, sur leurs seules capacités exemplaires. Tacite attribue aux prêtres le pouvoir disciplinaire dans l’armée. Le pouvoir réel appartenait à l’assemblée du peuple que le roi ou chef de tribu préside ; le peuple décide par des acclamations et le bruit des armes. C’est aussi une assemblée de justice: on y porte plainte et on y juge, on y prononce des condamnations à mort ; la peine capitale n’est prévue que pour des crimes de lâcheté, de trahison envers le peuple et de vices contre nature. Dans les gentes aussi, la collectivité juge sous la présidence du chef qui, de même que dans tout tribunal germanique primitif, n’est chargé que de diriger les débats et de poser des questions. Des confédérations de tribus où il y avait déjà des rois, s’étaient constituées ; le chef militaire suprême, tout comme chez les Grecs et les Romains, aspirait déjà à la tyrannie et y arrivait parfois. Ces usurpateurs heureux n’étaient pas des souverains absolus; mais ils commençaient à rompre l’organisation gentilice.

    Alors que les esclaves affranchis avaient une position subalterne, parce qu’ils ne pouvaient faire partie d’aucune gens. Certains favoris accédaient, auprès des nouveaux rois, aux richesses et aux honneurs. Il en fut de même après la conquête de l’Empire romain par des chefs militaires devenus rois de vastes pays. Chez les Francs, des esclaves et des affranchis du roi jouèrent un grand rôle, d’abord à la Cour, puis dans l’État; c’est d’eux que procède la nouvelle noblesse. L’institution des suites militaires favorisa l’avènement de la royauté. Elles étaient devenues permanentes. Le chef militaire de renom, rassemblait une troupe de jeunes gens avides de butin, qui s’engageaient envers lui à la fidélité personnelle. Le chef pourvoyait à leurs besoins, leur donnait des présents, les organisait hiérarchiquement; ils constituaient une garde du corps et une troupe aguerrie pour les petites expéditions, un corps complet d’officiers pour les expéditions plus grandes. Elles constituaient le germe de la ruine pour l’antique liberté populaire, dés les « grandes invasions » et après car elles favorisèrent l’avènement du pouvoir royal. Leur cohésion ne pouvait être maintenue que par des guerres continuelles et des expéditions de rapine. La rapine devint un but. Si le chef de la compagnie n’avait rien à faire dans les parages, il s’en allait avec ses hommes chez d’autres peuples où il y avait la guerre et des perspectives de butin. Les troupes auxiliaires germaniques qui, sous l’étendard romain, combattaient contre d’autres Germains, étaient en partie formées par des suites. Le système des « lansquenets », honte et malédiction des Allemands, existait déjà, dans sa 1° ébauche. Après la conquête de l’Empire romain, les suites des rois formèrent, avec les serviteurs de Cour esclaves et romains, le 2° élément principal de la future noblesse. Les tribus germaniques. fédérées en peuples ont la même organisation que chez les Grecs des « temps héroïques » et les Romains de la période des rois: assemblée du peuple, conseil des chefs gentilices, commandant militaire qui aspire au pouvoir royal. C’était l’organisation la plus perfectionnée que pût produire l’ordre gentilice. Quand la société dépassa les limites à l’intérieur desquelles cette organisation suffisait, l’ordre gentilice, fut détruit. et l’Etat pris sa place.

    Les Germains ne visaient pas à conquérir des territoires, mais à capturer des ressources et à assurer le prestige des combattants. Leurs armées sont composées à plus de 50 % de non-combattants; avec de grands groupes de soldats, des personnes âgées, des femmes et des enfants, voyageaient en sécurité. Les chefs de guerre qui ont pu obtenir suffisamment de butin ont pu grandir en attirant des guerriers des villages voisins. Souvent défaites par les Romains, les tribus germaniques sont victorieuses lors de la bataille de Teutobourg en l’an +9 qui aura pour conséquence que les Romains ne tenteront plus jamais de conquérir les territoires germaniques situés à l’Est du Rhin.

    De la mer du Nord à la mer Noire, des tribus germaniques se sont installées aux frontières romaines du Rhin et du Danube, établissant des relations étroites avec eux, entrant dans l’Empire comme peuples fédérés, servant de mercenaires et atteignant parfois les plus hautes fonctions de l’armée romaine. D’autres tribus en revanche, à défaut d’entrer dans l’Empire, s’étendirent en Europe de l’Est, soumettant les Daces romanisés, les Goths qui se joignirent aux cavaliers de la steppe pontique, contrôlant la rive nord de la mer Noire et les bouches du Danube, pour lancer des expéditions navales vers les Balkans, l’Égée et l’Anatolie jusqu’à Chypre.

    Après l’invasion des Huns, les territoires d’Occident sont submergés par les tribus germaniques qui y érigent leurs royaumesLes Angles et les Saxons s’établissent en Grande-Bretagne, les Francs en Gaule, les Burgondes dans le bassin du Rhône, les Ostrogoths en Illyrie et Italie, lesVisigothsen Aquitaine et Hispanie, les Suèves en Galice et les Vandales en Afrique du Nord et dans les îles de la Méditerranée occidentale. Sous la direction du Franc Charlemagne, reconnu empereur d’Occident par le pape Léon III en 800, le monde germanique forme la matrice du Saint-Empire romain germanique, disputant la légitimité de l’héritage romain à l’Empire d’Orient qui finit par s’effondrer au xve siècle.

    2° partie: l’Etat Germain d’après Engels

    L’État suppose un pouvoir public, séparé des citoyens qui le composent. Maurer étudie la marche  germanique et la reconnait comme une institution sociale de nature différente de l’État, mais qui en fournira la base principale. Il étudie la formation progressive du pouvoir public à partir et à côté des constitutions primitives des marches (villages, seigneuries et villes).

    « Voilà ce qu’étaient les hommes et la société humaine, avant que s’effectuât la division en classes: la distance est énorme entre le prolétaire ou le petit paysan d’aujourd’hui et le membre libre de la gens ».

    Les expéditions particulières des suites armées germaniques (Tacite) ont pris un caractère permanent, forment un noyau solide, organisé en temps de paix, autour duquel les autres volontaires se groupent en cas de guerre. Ces colonnes guerrières n’ étaient pas nombreuses. Quand plusieurs de ces suites se réunissaient pour une grande entreprise, chacune d’elles n’obéissait qu’à son propre chef; l’unité du plan de campagne était assurée, tant bien que mal, par un Conseil de ces chefs. Les Alamans faisaient la guerre comme ça sur le Haut-Rhin, au ive siècle (Ammien Marcellin)

    D’après Tacite, les Germains étaient un peuple très nombreux. César donne le chiffre de 180 000 têtes, femmes et enfants compris, pour ceux qui apparurent sur la rive gauche du Rhin. (Ce chiffre est beaucoup plus fort que les 20 000 Iroquois à leur apogée, qui devinrent la terreur de tout le pays, des grands lacs jusqu’à l’Ohio et au Potomac.) Ce chiffre est confirmé par un passage de Diodore sur les Celtes de Gaule: « En Gaule habitent de nombreux peuples de forces inégales. Chez les plus grands, le chiffre des individus est d’environ 200 000 ; chez les plus petits, de 50 000. » Donc, une moyenne de 125 000. Etant donné leur fort degré de développement, les peuples gaulois sont considérés comme un peu plus forts en nombre que les peuples germaniques.

    Gaulois est le mot latin pour dire celte qui est un mot grec. Les Gaulois sont les tribus celtes qui habitent le territoire que les Romains appelle la Gaule et qu’ils vont diviser en plusieurs après leur conquête du territoire. Mais sa population reste celte quoique romanisée. On retrouve « Gal » dans gaëlique, et Galice en Europe.

    En groupant les peuples les mieux connus, qui s’établirent aux bords du Rhin, ils occupent sur la carte, 10 000 km2 . La Germania Magna des Romains, jusqu’à la Vistule, englobe 500 000 km2; avec une moyenne de 100 000 têtes par peuple, le total serait de 5 millions, chiffre considérable. D’autant que des Germains vivaient aussi le long des Carpathes, jusqu’à l’embouchure du Danube, qu’on appelait les Goths, si nombreux (6 millions) que Pline en compose le 5° groupe de Germains. Ils sont entrés en -180, à la solde du roi de Macédoine Persée et ils pénètrent encore au début du règne d’Auguste jusqu’à Andrinople. Après son établissement en Germanie, la population se multiplie rapidement; les progrès industriels le prouvent. Au Ille siècle, d’après les monnaies romaines retrouvées sur les bords de la Baltique, une industrie métallurgique et une autre textile, le commerce actif avec l’Empire romain, montrent d’une population dense.

    Peut commencer alors, l’offensive générale des Germains sur toute la ligne du Rhin, de la frontière fortifiée romaine et du Danube, depuis la mer du Nord jusqu’à la mer Noire. La lutte dura 300 ans, pendant lesquels les Goths (à l’exception des Scandinaves) s’ébranlèrent en direction du Sud-Est, formant l’aile gauche de la grande ligne d’attaque (dont les Hauts-Allemands), qui s’avança le long du Haut-Danube; l’aile droite était formée par les Francs le long du Rhin; aux Ingévones échut la conquête de la Grande-Bretagne. A la fin du Ve siècle, l’Empire romain affaibli et exsangue était grand ouvert aux envahisseurs germains.

    Du berceau de la civilisation gréco-romaine sur tous les pays du bassin méditerranéen, on passe à son cercueil. L’hégémonie mondiale romaine, pendant des siècles, avait nivelé les peuples. Partout les langues nationales avaient dû céder la place à un latin corrompu quand le grec n’oppose pas de résistance; il n’y avait plus de Gaulois, d’Ibères, de Ligures, que des Romains. L’administration et le droit romains avaient détruit les liens des tribus donc l’activité locale autonome. L’octroie de la citoyenneté de fraîche date était une faible compensation. Les éléments de « nations » nouvelles existaient pourtant ; les dialectes latins des provinces se différenciaient; les frontières naturelles, autrefois celles de l’Italie, de la Gaule, de l’Espagne et de Carthage en Afrique, existaient toujours. Mais nulle part n’existait la force capable de forger une force de résistance et un pouvoir créateur.

    L’énorme masse humaine de l’énorme territoire n’avait qu’un seul lien : l’État romain, qui était devenu son pire oppresseur (et ennemi). La cité de Rome était devenue une ville de province privilégiée, mais non souveraine, non plus centre de l’Empire Universel, ni le siège des empereurs qui résidaient à Constantinople, à Tripoli, à Trèves, à Milan. L’État romain était une machine gigantesque, compliquée, destinée à pressurer les sujets (impôts), jusqu’à l’intolérable par les exactions des gouverneurs, des collecteurs d’impôts, des soldats. L’État romain, hégémonique et mondial, fondait son droit à l’existence sur le maintien de l’ordre à l’intérieur, et sur la protection contre les « Barbares », à l’extérieur. Mais dés les derniers temps de la République, sa domination avait pour but l’exploitation totale des provinces conquises. En déclinant, l’Empire avait augmenté les impôts et les prestations avec des fonctionnaires violents et pillards. Le commerce et l’industrie étaient restés aux mains des fabricants mais l’usure s’ étaient surpassée sous les exactions des fonctionnaires. Ce qui survécut se trouvait en Orient, dans la partie grecque de l’Empire.

    Appauvrissement général, régression du commerce, de l’artisanat, de l’art, dépeuplement, décadence des villes, retour à une agriculture inférieure, tel fut le résultat de l’hégémonie mondiale romaine. Depuis la fin de la République, l’agriculture, branche de production essentielle, couvrait en Italie, d’ immenses domaines (latifundia). Ils étaient exploitées de 2 façons : soit en pâturages, où la population était remplacée par des moutons ou des bœufs, dont la garde exigeait peu d’esclaves ; soit en villas, où une foule d’esclaves faisaient de l’horticulture extensive, pour le luxe du propriétaire et pour la vente sur les marchés urbains.

    Les grands pâturages s’étaient maintenus et agrandis tandis que les domaines avaient dépéri avec l’appauvrissement de leurs propriétaires et le déclin des villes. L’exploitation des latifundia, basée sur le travail des esclaves, n’était plus rentable (il fallait les acheter, les nourrir et les loger même mal). L’horticulture était redevenue la seule forme rémunératrice. Les villas furent donc morcelées en petites parcelles et remises à des fermiers héréditaires qui payaient, ou a des gérants, qui recevaient pour leur travail, 1/9 du produit annuel. Mais le plus souvent, elles furent confiées à des colons, des hommes libres tombés dans la misère, en nombre croissant; ils payaient une somme fixe à l’année et pouvaient être vendus avec leur parcelle ; ce n’était pas des esclaves, mais ils ne pouvaient pas se marier avec des femmes libres, et l’ union entre eux n’étaient qu’un concubinage (comme pour les esclaves). Ils furent les précurseurs des serfs.

    L’esclavage n’était plus rentable, ni dans la grande agriculture, ni dans les manufactures urbaines, car le marché avait disparu (saturation et appauvrissement de la population). La petite culture et le petit artisanat, qui subsistaient dans l’Empire, n’en avaient pas besoin. Seuls les esclaves domestiques et de luxe étaient conservés. Le travail d’esclave, « indigne des citoyens romains », montrait pourtant encore sa productivité, mais était désormais à la portée de chacun, d’où les affranchissements massifs. Le christianisme n’a rien à y voir. Il n’a jamais empêché leur commerce auquel se livraient les chrétiens ( les Allemands dans le Nord, les Vénitiens en Méditerranée, ni la Traite des Nègres). L’esclavage n’était plus possible pour l’ économique ; le travail productif des hommes libres était méprisé et proscrit. Le monde romain était engagé dans une impasse. Dans les provinces comme en Gaule, il y existait, à côté des colons, de petits paysans libres qui, contre les abus des fonctionnaires, des juges et des usuriers, se plaçaient sous la protection d’un homme puissant, parfois même des communes entières. Poussés par la misère, des parents allaient jusqu’à vendre leurs enfants comme esclaves domestiques car le grand propriétaire imposait le transfert de leurs terres, en échange de l’usufruit leur vie durant. En 475, Salvien, évêque de Marseille, raconte que l’oppression des fonctionnaires et des grands propriétaires fonciers romains est devenue si pesante que beaucoup de paysans « citoyens romains » cherchaient refuge dans les régions déjà occupées par les Germains, et qu’ils ne craignaient rien tant que de retomber sous la domination romaine.

    Les Germains conquirent 2/3 des terres romaines et se les partagèrent selon l’organisation gentilice ; étant donné leur faible nombre, de vastes espaces restèrent entiers, soit propriété du peuple, soit propriété des tribus et gentes isolées. Dans chaque gens, les champs et les prairies, divisés en portions égales, furent tirés au sort entre les économies domestiques; l’usage s’en perdit dans les anciennes provinces romaines et les parts devinrent propriété privée aliénable. Les forêts et les pacages restèrent entiers, à l’usage de tous. Mais quand la gens était depuis longtemps établie dans son village, les Germains et les Romains fusionnèrent et la parenté du lien gentilice s’effaça devant le territoire . La gens se dilua dans l’association de marche, où la parenté des associés bien est visible (dans le Nord de la France, en Angleterre, en Allemagne et en Scandinavie). Elle se transforma en organisation territoriale pour pouvoir s’adapter à l’État, tout en gardant son caractère démocratique.

    Le lien du sang se perdit car ses organismes dégénérèrent dans la tribu et dans le peuple tout entier suite à la conquête. Devenus maîtres des provinces romaines, les peuples germains devaient organiser leur conquête sachant que la domination sur des inférieurs étant incompatible avec l’organisation gentilice. Ils ne pouvaient, ni adopter les masses romaines dans les groupes gentilices, ni les dominer. À la tête des organismes romains d’administration locale, il fallait mettre un substitut de l’État romain, soit un autre État. Les anciens organismes devaient se transformer rapidement en organismes d’État. Le représentant du peuple conquérant était le chef militaire. La sécurité du territoire conquis, tant extérieure qu’intérieure, exigeait que son pouvoir soit renforcé. La transformation du commandement militaire en royauté s’accomplit.

    Pour l’empire des Francs, le peuple des Saliens victorieux n’avait pas eu seulement en partage la pleine possession des immenses domaines de l’État romain, mais aussi celle de tous les vastes territoires qui n’avaient pas été repartis entre les plus ou moins grandes associations du pays et de marche ( les grandes étendues de forêts). La 1° chose que fit le roi franc, passé de simple chef militaire suprême au rang de prince, fut de voler la propriété du peuple en domaine royal, et de la donner en cadeau ou en fief aux gens de sa suite.

    Cette suite, composée à l’origine de son escorte militaire personnelle et des chefs subalternes de l’armée, s’accrut de Gaulois romanisés que leur talent de scribe, leur culture, leur connaissance du droit, de la langue vulgaire romane et de la langue latine écrite et du pays, lui rendirent indispensable. Et vinrent s’ajouter des esclaves, des serfs et des affranchis qui formaient sa cour où le roi choisissait ses favoris. Des portions de la terre qui auraient dû appartenir au peuple leur furent données, en récompense, sous forme de bénéfices ; ainsi une nouvelle noblesse fut créée.

    La vaste étendue territoriale ne pouvant pas être gouvernée par le conseil des chefs, tombé en désuétude, fut remplacé par l’entourage permanent du roi; l’assemblée du peuple qui existait encore, devint une simple assemblée des chefs subalternes de l’armée et de la noblesse naissante. Les guerres continuelles (civiles et de conquête) épuisèrent et ruinèrent les propriétaires paysans libres, le peuple franc comme jadis les paysans romains. Ces paysans libres qui, avaient formé l’armée, étaient tellement appauvris, au début du IXe siècle après la conquête de la France, qu’à peine 1/5 homme pouvait faire campagne. À la place, une armée composée des sergents des grands apparut, et de paysans serfs. Sous les successeurs de Clovis puis de Charlemagne, les guerres intestines, la faiblesse du pouvoir royal et les empiétements des comtés (institués par Charlemagne) qui aspiraient à l’hérédité de leur charge, enfin les incursions des Normands achevèrent la ruine de la paysannerie franque. 50 ans après la mort de Charlemagne, l’empire franc gisait aux pieds des Normands, comme l’empire des Romains, 400 ans plus tôt, avec les Francs.

    Dans ce désordre social intérieur, les paysans francs libres se retrouvaient en situation de demander protection comme leurs prédécesseurs, les colons gallo-romains. La noblesse nouvelle ou/et de l’Église se proposèrent, puisque le pouvoir royal est trop faible, mais ils durent la payer cher. Comme jadis les paysans gaulois, ils durent transférer la propriété de leur terre à leur suzerain qui la leur concédait sous des formes variées, contre prestation de services et redevances ; une fois dépendants, ils perdent leur liberté personnelle en devenant serfs. Le registre cadastral de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés montre que sur ses vastes terres disseminées aux alentours de Paris, il y avait encore, vers 800, 2 788 économies domestiques de Francs (noms germaniques). Parmi eux, 2 080 colons, 35 lites (à mi-chemin entre la liberté et la servitude; astreints aux corvées et aux redevances, ils pouvaient posséder un patrimoine et accéder par affranchissement au statut d’homme libre), 220 esclaves et 8 sujets libres. Le suzerain se faisait transférer comme propriété, la terre du paysan et ne lui en rendait que la jouissance viagère. Cette coutume était pratiquée par l’Église aussi. Les corvées avaient eu leur modèle dans services forcés romains au profit de l’État, dans les services imposés aux Germains membres de la communauté de marche pour la construction de ponts et de routes.

    En apparence, après 400 ans, l’organisation sociale (les mêmes classes de population) et la répartition de la propriété étaient revenues à leur point de départ et correspondaient à son stade de production (agriculture et industrie). Ala fin de l’empire romain, la ville avait perdu sa prépondérance sur la campagne; la domination germanique ne lui a pas rendu; un bas degré de développement subsiste. Et pourtant, les hommes qui composaient ces classes s’étaient transformés. Entre le colon romain et le nouveau serf, il y avait eu le libre paysan franc. Les classes sociales du IXe siècle s’étaient constituées dans les douleurs de l’enfantement d’une civilisation nouvelle. Les rapports entre de puissants propriétaires fonciers et des paysans asservis étaient le point de départ d’un nouveau développement. Ces 400 années, elles léguaient les nations modernes, et la structure de l’humanité de l’Europe occidentale pour l’histoire à venir. Les Germains avaient revivifié l’Europe, et c’est pourquoi la dissolution des États germanique n’aboutit pas à l’assujettissement aux Normands et aux Sarrasins, mais à la mise sous la protection d’un puissant, soit la féodalité. L’ accroissement de la population fut telle, qu’à peine 200 ans plus tard, les saignées des croisades furent bien supportées.

    Les Germains, de souche indo-européenne, avaient une culture spécifique qui ont rajeuni l’Europe. Leur organisation gentilice encore bien vivante ( bravoure personnelle, esprit de liberté, pratiques démocratiques qui voyait dans les affaires publiques, une affaire personnelle), avait disparu depuis longtemps chez les Romains. Ils ont modelé, avec le limon du monde romain, des États nouveaux, fruits de l’organisation gentilice. Ils révolutionnèrent l’antique forme de la monogamie, adoucirent la domination de l’homme (pater familias) dans la famille, ils donnèrent à la femme une situation plus élevée que dans le monde classique: legs du droit maternel ? Dans 3 des pays ( l’Allemagne, la France du Nord et l’Angleterre) , ils transportèrent dans l’état féodal, un lambeau de l’ organisation gentilice avec les communautés de marche, et donnèrent aux paysans, même sous le plus dur servage, une cohésion locale donc un moyen de résistance, dû à leur système de colonisation par lignages. Ils purent faire prévaloir la forme mitigée de servitude pratiquée dans leur pays natal, et vers laquelle évoluait aussi l’esclavage dans l’empire romain. Fourier l’a mis en évidence le 1°: le servage « fournit aux cultivateurs des moyens d’affranchissement collectif et progressif »; les serfs ont emporté leur émancipation en tant que classe; il se place au-dessus de l’esclavage où l’affranchissement était individuel, immédiat et sans transition (pas de rébellion victorieuse). Seuls des « barbares » sont capables de rajeunir un monde qui souffre de civilisation agonisante.

    Un mot sur les Goths, originaires du sud de la Suède et de l’île de Gotland dans la merBaltique, qui arrivent en Poméranie (entre Oder et la Vistule), puis migrent mélangés à des Germains au Nord-Ouest dela mer Noire,ils se scindèrent en 2. A l’Est, au Nord de la mer Noire, les Ostrogoths, jusqu’ à la fin du ive siècle, se trouvent près du territoire de l’empire byzantin où, soumis par les Huns, ils pénétrèrent vers 375, en tant que « fédérés ». Ils s’emparèrent de l’Italie aux mains des Lombardentre488 et 493 sous la conduite de Théodoric le Grand. Byzance laisse faire mais la création du royaume ostrogoth d’Italie, dépasse les bornes. En 553 sous l’assaut de l’empereur Justinien entre autre, il s’effondra.

  • Mohamed Bouhamidi – La grève des étudiants algériens de 1956 dans la mire de la téléologie.

    Mohamed Bouhamidi – La grève des étudiants algériens de 1956 dans la mire de la téléologie.

    La grève des étudiants algériens de 1956 dans la mire de la téléologie. Mohamed Bouhamidi

    Un fait unique dans l’histoire de l’humanité.

    L’appel à la grève des étudiants et des lycéens (1) est pourtant un événement unique dans l’histoire de l’humanité. Nulle part ailleurs des étudiants réunis en assemblée ont décidé d’appeler leurs camarades à arrêter leurs études et à rejoindre les maquis et de façon générale à rejoindre le combat de leur peuple.

    Il faut bien rappeler que l’appel à la grève a été débattue et lancée par la section d’Alger de l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens (UGEMA ) et non directement par le FLN (2) même si des militants de ce dernier étaient partis prenantes de l’initiative et du débat.

    L’appel commençait par ces phrases hautement significatives par la fusion de l’émotion et de l’invitation froide à un inventaire de la condition coloniale qui n’épargnait et n’épargnerait pas aux élites scolaires le sort réservé à leur peuple et leurs plus proches parents, voisins, ou condisciples :

    « Etudiants algériens,

    Après l’assassinat de notre frère Belkacem Zeddour par la police française, après le meurtre de notre frère aîné le docteur Benzerdjeb, après la tragique fin de notre jeune frère Brahimi, du collège de Bougie, brûlé vif dans sa mechta incendiée par l’armée française pendant les vacances de Pâques, après l’exécution sommaire dans un groupe d’otages de notre éminent écrivain Réda Houhou, secrétaire de l’institut Ibn Badis de Constantine, après les odieuses tortures qu’on a fait subir aux docteurs Haddam de Constantine, Baba Ahmed et Tobbal de Tlemcen, après l’arrestation de nos camarades, Amara, Lounis, Saber et Taouti, aujourd’hui arrachés aux geôles de l’administration française, celle de nos camarades Ferrouki et Mahidi, après la déportation de notre camarade Mihi, après les campagnes d’intimidation contre l’Ugema, voici que la police nous arrache des mains, un matin à la première heure, notre frère Ferhat Hadjadj, étudiant en propédeutique et maître d’internat au lycée de Ben Aknoun, le torture, le séquestre pendant plus de dix jours (avec la complicité de la justice et de la Haute administration prévenues de son affaire), jusqu’au jour où nous apprenons, atterrés sous le coup de l’émotion, la nouvelle de son égorgement par la police de Djijelli, aidée de la milice locale.

    L’avertissement donné par notre magnifique grève du 20 janvier 1956 n’aura-t-il servi à rien ? Effectivement, avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres ! »

    2016 était le millésime décennal, symboliquement plus chargé et plus parlant sur le plan émotionnel, de l’appel à la grève des étudiants du 19 mai 1956.

    Le peu d’intérêt public, officiel ou populaire, pour le gouvernement ou pour l’opposition, équivalait à un acte d’omission volontaire et si j’ose dire un acte d’oubli, un acte de refoulement du sens historique, comme si le 19 mai 1956 disait des choses aujourd’hui désagréables à entendre.

    Des étudiants ont bien organisé des activités. Je n’ai pas trouvé beaucoup d’échos dans les médias, par la faute de ces derniers ou par rareté des commémorations, je ne sais.

    Mais je ne peux taire, que des responsables de l’Université de Boumerdès ont interdit la conférence que je devais tenir en mai 2016, sur la signification de la grève, à l’invitation d’un cercle d’étudiants. Je le dis autant pour dénoncer cet interdit que pour signaler qu’une « distanciation » de notre guerre de libération se manifeste ouvertement dans certaines élites mais aussi dans certains corps de l’administration muets mais terriblement agissants et efficaces.

    Un sens actuel.

    Jamais cet engagement des élites scolaires de 1956 n’a été l’enjeu d’autant d’entreprises de sape souterraines ou ouvertes, locales ou internationales aussi bien de la part de milieux français intéressés à la consolidation de leur influence toujours plus active et plus forte dans notre pays que par des milieux algériens intéressés à se placer comme alternative intellectuelle et morale aux politiques spontanées ou réfléchies de l’ALN/FLN.

    L’arme la plus formidable utilisée contre cet engagement de 1956, a été et est encore une arme philosophique redoutable, véritable trame de la pensée occidentale : la téléologie non pas dans sa signification de science des fins ultimes ou des finalités qui motivent une action mais dans son usage de juger une action par les résultats qu’on lui impute.

    De façon générale, cette arme de la téléologie se retrouve dans la question triviale qui passe pour intelligente et imparable : « Où vous a conduit votre guerre de libération ? » ou encore « Qu’avez-vous fait de votre indépendance ? ».

    Innocences

    Peu de personne se souviennent que Camus n’a formulé quelque bribes de sa théorie de l’absurde que sur le cas des guerres de libération, d’abord pour l’Indochine puis pour l’Algérie : il était absurde à ses yeux que les vietnamiens puis les algériens se battent pour leur libération pour tomber dans la « dictature » communiste ou encore, plus spécialement pour nous, algériens, de tomber dans la dictature nassériste. Remplacez les termes communiste ou nassérien par n’importe quel vocable et vous en aurez les variations infinies, au goût du jour et en fonction du besoin et de l’ennemi à abattre. Toute situation postcoloniale devient intenable pour le peuple qui a lutté car il ne peut entreprendre aucune voie pratique car aucune voie pratique n’est celle des anges.

    Plus subtilement et plus tard, dès que le cours de notre vie nationale a connu les contradictions et les conflits au sommet du pouvoir, on nous inventa la formule que nous « avions réussi notre libération mais échoué notre liberté ».

    Sommes-nous bien d’accord sur les termes de l’équation et qu’est-ce que la libération pour un peuple colonisé et qu’est-ce que la liberté « en général » puisque la formule nous renvoie à une acceptation supposée générale du sens « liberté » ?

    Derrière l’innocence anodine de la question, se cache à peine une forme éthérée du racisme, d’une théorie de l’Autre qui doit rester différent et Autre, sans accès à l’humaine condition qui fait que les peuples et les Nations se déchirent dans des situations contradictoires et conflictuelles. Si on doit discuter notre droit à l’indépendance au prisme des conflits que notre pays et notre peuple a connus ou par les résultats économiques, culturels et sociaux des différentes politiques que les étrangers, France, USA et FMI en tête nous ont conseillées que dirions-nous aux élites françaises et algériennes qui travaillent sur ce registre au regard du Maréchal Pétain, au vu de l’endettement de la France, aux scores du chômage, au classement des performances de l’école française notamment en mathématique ?

    Fallait-il que nous soyons suspendus dans un éternel état de grâce pour être libre et donc mériter non seulement d’être libre mais aussi de mériter notre libération, elle-même ?

    Fanon avait déjà souligné dans sa préface à « L’an V de la Révolution Algérienne » cette condamnation à l’exemplarité du peuple colonisé qui choisit la lutte, exemplarité qui l’exclut de fait de la simple, modeste et commune humanité à laquelle il aspire en engageant la lutte mais une humanité forcément unique pour tous les hommes. Nous forcer à être des hommes exemplaires nous interdit simplement toute humanité, d’être simplement des hommes.

    « Dans une guerre de Libération, le peuple colonisé doit gagner, mais il doit le faire proprement sans « barbarie ». Le peuple européen qui torture est un peu-ple déchu, traître à son histoire. Le peuple sous-développé qui torture assure sa nature, fait son travail de peuple sous-développé. Le peuple sous-développé est obligé, s’il ne veut pas être moralement condamné par les « Nations Occidentales », de pratiquer le fair-play, tandis que son adversaire s’aventure, la conscience en paix, dans la découverte illimitée de nouveaux moyens de terreur.

    Le peuple sous-développé doit à la fois prouver, par la puissance de son combat, son aptitude à se constituer en Nation, et par la pureté de chacun de ses gestes, qu’il est, jusque dans les moindres détails, le peuple [7] le plus transparent, le plus maître de soi. »

    Il a écrit ce texte en 1959. Il n’a pas pris une ride.

    Les étudiants qui se sont engagés dans la lutte en 1956 avaient pour but de libérer notre peuple autant que notre pays, les deux notions sont inséparables mais pas tout à fait identiques, de la domination coloniale.

    Leur reprocher leur engagement par les résultats de l’indépendance est une double faute théorique. la première est que les acteurs de l’histoire, peuples, nations, systèmes sociaux et économiques seraient d’une nature unique, sans contradictions, sans conflits potentiels, sans intérêts divergents, sans aspirations diverses, sans histoires de divisions antérieures, sans diversités linguistiques et culturelles, sans phases de transitions dans les formes de la famille, etc. Bref sans réalité humaine et historique.

    Une fois le but commun atteint, se libèrent à la fois le peuple en lutte mais aussi toutes ces divergences et différences et tout ce potentiel de contradictions que n’auraient pu contenir que le maintien de la suprématie de l’identité commune et de l’intérêt commun que constituait la libération nationale.

    Avions-nous la même idée de ce que c’est la libération nationale et de ce qui a fabriqué la domination coloniale ? Assurément non.

    Ce sont ces différences et ces contradictions sociales qui ont pesé sur notre destin et sur la pratique de notre indépendance.

    Mais d’une certaine façon, même attisées par les « conseils » des partenaires étrangers, ces contradictions nous ramènent à construire notre propre histoire. Les distorsions algériennes, terrorisme, FIS, GIA, problèmes culturels, linguistiques ou autres, sont de notre fait, pas du fait de la grève des étudiants de 1956.

    Tout comme aucune des situations que nous vivons n’étaient déjà et fatalement inscrites dans les actes de la décision de déclencher le 1er novembre et encore moins dans celle de déclencher la grève des étudiants et lycéens.

    M. B

    1. http://memoria.dz/avr-2013/dossier/texte-int-gral-l-appel-l-union-g-n-rale-des-tudiants-musulmans-d-alg-rie-ugema
    2. http://www.reflexiondz.net/19-mai-1956-Quand-les-etudiants-rejoignaient-en-masse-les-djebels_a34239.html

    Chronique destinée La Tribune du 16 mai 2017. 

  • Laure Lemaire-Les 12 cités Ioniennes ou le berceau de la philosophie.

    Laure Lemaire-Les 12 cités Ioniennes ou le berceau de la philosophie.

    Introduction

    En liaison avec les WEB de Mohamed Bouhamidi, voici un texte qui permet de faire vivre les 1° philosophes dans leur époque et dans leurs îles d’une grande richesse.

    Elles sont situées à l’Est de la Grèce continentale  dans la mer Egée et à l’Ouest de l’Anatolie, entre Phocée au nord etMilet au sud, dans un rayon de 170 km autour de l’ actuelle Izmir (Smyrne). Elles sont occupées par un des 4 peuples qui habitent la Grèce dont l’ ancêtre légendaire est Ion.  

    Les côtes ioniennes présentent d’énormes avantages économiques : des abris naturels facilitant l’établissement de ports de commerce, des communications aisées vers l’arrière-pays, des vallées pour la culture des céréales et l’élevage des chevaux, des plateaux pour celui des moutons, des collines au climat agréable pour les arbres fruitiers et les oliviers. Autant dire qu’elles sont riches, agréables à vivre et propices aux échanges culturels et commerciaux avec l’Egypte et les grandes cités du Moyen-Orient.

    Homère y aurait vécu au -viiie siècle qui marque la fin des  » âges obscurs »  après la « période héroïque » de la guerre de Troie autour du -XII°siècle.

    Les cités-états ioniennes présentent les mêmes caractéristiques que les cités de Grèce continentale en matière militaire, sur les questions de défense et de gestion de fortifications. Certaines d’entre elles participent à la vague expansionniste en s’installant autour du Pont-Euxin ou mer Noire (Olbia du Pont) mais surtout en Grande Grèce (dans le talon de la botte italienne) dont MiletSamosRhodes et Phocée qui fonde Marseille. On a retrouvé, à Téos, l’une des 12 cités près d’Izmir, une inscription juridique, faisant état d’un contrat de location de terres, dont un site sacré, ce qui prouve la mise en place d’un système juridique.  Les routes et les ports sont aisées pour le commerce et les échanges, mais  aussi pour les invasions.Elles sont convoitées par des voisins puissants, pour leur richesse économique et intellectuelle. Elles ont développé des produits de luxe et de qualité, les banquets et les courtisanes élégantes et cultivées fascinaient. Elles représentaient le point très élevé de sophistication atteint par la civilisation grecque. C’est là que se sont développées les 1° formes la philosophie en Occident, chez les penseurs appelés plus tard Présocratiques. Pour l’instant, on les appelle les Sages.

    Bénéficiant de l’immense apport intellectuels de l’Asie de l’Ouest et de l’Égypte, les îles ioniennes sont la 1° région de Grèce où la philosophie, l’art (l’architecture avec l’ordre ionique) et les sciences se sont développés,  Elles ont donné de nombreux grands penseurs, des  artistes et de architectesThalès de Milet, Leucippe à Priène,Héraclite à Éphèse, Pythagore à Samos

    Phocée est l’une des cités de la Confédération Ionienne (dodécapole grecque) avec Chios, Clazomènes, Colophon, Éphèse  Érythrée, LébédosMilet, PrièneSamos,Téos. Mais elles n’ont que des liens très lâches, même quand elles sont regroupées en une ligue, d’où leur position de faiblesse lorsqu’il leur faudra faire face à de grandes puissances à partir du –viie siècle.

    Elles entretenaient des relations commerciales suivies avec leur principal voisin, le riche et prospère royaume de Lydie. Au début du -viie siècle, des envahisseurs venus du Nord, les Cimmériens, ravagent la Lydie et les cités grecques. Gygès, le roi lydien, mit en œuvre une politique de conquête, et Lydiens et Grecs s’unirent pour lutter contre leur ennemi commun. La paix revenue, les Lydiens de Crésus placèrent les cités grecques sous leur tutelle qui continuèrent à se gouverner en autonomie, mais elles devaient payer un tribut et fournir un contingent militaire.

    Elles étaient prospères, et leur richesse augmenta avec les relations avec les colonies qu’elles avaient créées autour de la Méditerranée. A cette époque, les îles ioniennes passent sous protectorat des Lydiens de Crésus, puis après la victoire du perse Cyrus au -V° siècle, sous celle des Perses, auxquels elle devait payer de lourds tributs et entretenir les garnisons, en contrepartie d’une certaine autonomie et de la liberté laissée à ses tyrans. Cette situation empira avec Darius Ier et aboutit en –499 à la révolte, favorisée par les revers militaires des Perses dans la steppe danubienne, et l’appui militaire d’Athènes et d’Érétrie. Mais la révolte tourna au désastre et la population la paya cher:: destruction et incendie d’Éphèse et de Milet, déportation des populations comme esclaves en Mésopotamie en –494., jusqu’à leur totale allégeance. De nombreux habitants (marchands, artisans, poètes, penseurs), émigrèrent dans leurs colonies, emportant les raffinements de leur culture. Ce fut le coup d’arrêt à l’essor intellectuel.

    Pour montrer que ces 1° philosophes sont attachés et acteurs dans leur cité, qu’ils se forment grâce à leurs voyages surtout en Egypte et qu’ils se connaissent entre eux, voici  pour commencer le parcours de Pythagore.

    ( WEB 13 et suit) Pythagore naît à Samos entre -569  et -606 , et il meurt en -494 ou 497  à Métaponte, en Grande Grèce. Son père, Mnésarque, ciseleur de bagues, et sa mère, Parthénis,  la plus belle des Samiennes, descendraient tous 2 du héros Ancée, fils de Poséidon, qui avait fondé la ville de Samos.

    Selon une tradition, Pythagore aurait participé aux Jeux olympiques à l’âge de 17 ans. Ce serait la 57e olympiade (-552) ou la 48e (-588)  Sa réputation d’athlète perdure.

    1° initiation à 18 ans, en – 551., il quitte Samos pour Lesbos auprès de Phérécyde de Syros  un sage, le 1° à avoir enseigner que l’homme a 2 âmes, l’une d’origine terrestre, l’autre d’origine divine.

    2° initiation, en « Syrie » ou « Phénicie », où il aurait rencontré des disciples de l’ancien « prophète et naturaliste » Môchos de Sidon. Il se serait fait initier à Tyr, à Byblos. Il revient à Samos, suivre les enseignements d’Hermodamas de Samos, un lettré en matière homérique..

    3° initiation. Pythagore part en Égypte vers- 547., pour plusieurs années vers Memphis et Diospolis.  Il est reçu par les prêtres du sanctuaire de Zeus Ammon et connut Polycrate de Samos. Il apprend la langue et étudie la géométrie, l’astronomie des Égyptiens. Il est initié aux Mystères de Diospolis et à la doctrine de la résurrection d’Osiris.

    4° initiation. Il est expulsé comme esclave d’Égypte à Babylone, par Cambyse II, roi de Perse, conquérant en -525 . Il serait alors allé « chez les Chaldéens et les Mages ».

    5° initiation : Pythagore se rend en Crète, dans l’antre de l’Ida, haut lieu ésotérique, sous la conduite,  d’Épiménide de Crète, et des initiés du Dactyle (magicien), Morgès.

    5° initiation : il va en Thrace, pour rencontrer les orphiques.

    6° initiation : il rencontre « Thémistocléa, la prêtresse de Delphes »

    Il revient à Samos et  enseigne dans un amphithéâtre à ciel ouvert, l’Hémicycle, sans grand succès. Banni par Polycratetyran de Samos de -535 à -522, ou bien fuyant sa tyrannie, il part avec son vieux maître Hermodamas en Grande-Grèce et débarque à Sybaris, ville riche et voluptueuse sur le golfe de Tarente.

     (WEB16) A partir du  mythe d’Orphée, d’origine pelasge-thrace, et la descente aux Enfers du héros,se créée un mouvement philosophique, l’orphisme au -V°s duquel se rapproche Pythagore. Il  a laissé des « Lamelles d’or » où se montrent l’espérance d’être délivré grâce à l’initiation, la nécessité pour l’âme de subir un examen à l’arrivée dans l’au-delà, la primauté de la déesse Mnémosyne (qui rappelle l’origine céleste de l’âme et donne le souvenir des existences antérieures), le besoin de se libérer de la soif de vivre corporellement, la distinction entre 2 sources dans l’au-delà (la source de Mnémosyne, qui donne le souvenir aux initiés, à droite, la source de Léthé, qui donne l’oubli aux non-initiés, à gauche). Les lamelles évoquent le voyage et l’épreuve de l’âme post mortem.

    (WEB  10 et suit) Thalès de Milet,  est un savant grec, né à Milet vers -625-620 et y est mort vers -548. C’est l’un des 7 sages de la Grèce antique et le fondateur  de l’école milésiennePhilosophe de la nature, il effectue un séjour en Égypte, où il est initié aux sciences égyptienne et babylonienne. On lui attribue de nombreux exploits, comme le calcul de la hauteur de la grande pyramide ou la prédiction d’une éclipse,.

    Sa méthode d’analyse du réel en fait l’une des figures majeures du raisonnement scientifique. Il sut s’écarter des discours mythologiques pour privilégier une approche caractérisée par l’observation.

    Thalès de Milet est d’abord commerçant (il serait originaire de Phénicie.), ingénieur et homme politique.

    Il connut en effet d’abord sa renommée comme conseiller militaire et comme ingénieur. Durant la guerre entre les Perses et les Lydiens, il a détourné le cours du fleuve Halys pour faire passer l’armée de Crésus 

    Pour l’ école de Milet, toutes les choses peuvent s’expliquer par la dilatation ou la condensation d’un germe primordial, que ce germe soit l’eau (pour Thalès), le feu (Héraclite d’Éphèse), l’air (AnaximèneDiogène d’Apollonie) ou un principe indéterminé comme l’apeiron (Anaximandre). L’idée de matière a ainsi peu à peu été sondée et, de là, les Milésiens lui ont reconnu un principe d’intelligence. Thalès le 1° voit dans les mouvements rapides de l’onde une intelligence de la nature.

    D’ autres personnages célèbres y ont vécu  :Aristide de Milet, écrivain grec (-iie siècle ) Aspasie, hétaïre et compagne de Périclès (-ve siècle) Hécatée de Miletlogographe (-vie siècle .) Hésychios de Milet, historien et biographe grec (-vie siècle) Hippodamos, urbaniste et architecte (-ve siècle ), concepteur du plan en damier et du Pirée,Isidore de Milet, architecte grec (-ive et ve siècles) Phocylide, poète grec (-vie siècle ) Timothée de Milet, poète grec (-446 -357).

    Éphèse est  une cité ionienne, particulièrement florissante aux -vie et ve siècles, où  Héraclite né en–576 et mort en -480,  était membre de la plus puissante famille aristocratique. Elle a changé de régime politique de son vivant  en faveur d’une constitution démocratique, soutenue alors par la Perse. Héraclite n’ait pas été favorable à ce changement, sans que l’on en sache beaucoup plus.

    Héraclite aurait déposé son œuvre, sur l’autel  dans le temple d Artémis à Éphèse pour qu’elle soit dans un lieu sûr de sa région natale, pour éviter qu’elle ne soit perdue. Avec Anaximandre, ils sont les plus anciens auteurs à mettre par écrit des textes en prose. Située à la frontière entre le monde civilisé et le monde sauvage, Artémis aurait ainsi pu en faire bon usage, elle qui préside à l’initiation des adolescents et d’animaux. Enfin, il s’agit d’un moyen prestigieux de diffuser son œuvre : on sait qu’Euripide viendra lire et mémoriser sur place cet ouvrage avant de le retranscrire et le diffuser à Athènes.

     

     

  • Miloud Boumaza-La Qualité De Vie : Une Nécessité, Un Devoir.

    Miloud Boumaza-La Qualité De Vie : Une Nécessité, Un Devoir.

    Miloud Boumaza-La Qualité De Vie : Une Nécessité, Un Devoir-Miloud Boumaza.

    S’il est vrai que les progrès technologiques ont procuré facilité et confort au citoyen, réduisant notamment l’espace et le temps, ils ont conduit à une accélération de ce dernier et donné naissance à une société du « prêt-à-consommer », vite consommé (infos brèves, plats pré-cuisinés, fast-food, fast-dating chez les occidentaux, etc, sensés pallier la course effrénée de ce temps qui semble fuir et glisser entre les doigts).

    Ainsi vit-on aujourd’hui dans ce que l’on pourrait appeler un « temps technologique, » c’est-à-dire un temps étriqué, chronométré, alors que la majorité de la population évoluait, il y a quelques décennies encore, au rythme des saisons, des récoltes, des moissons, etc.

    Proches de la nature, observant ses changements qui conditionnaient leur existence, nos aïeux vivaient en cela dans un « temps de la contemplation », oserait-on dire.

    Le béton, l’asphalte, de nos jours, ont envahi les moindres parcelles et recoins de l’espace de vie de l’homme, et l’éloignant de son milieu originel, il a été pour ainsi dire « déraciné », « dénaturé ».

    C’est pourquoi les parcs et espaces verts doivent être intégrés dans tous les plans d’aménagement et leurs superficies étendues afin de procurer au citoyen un havre de paix, une halte dans sa routine lassante, parfois oppressante, et un moyen de se ressourcer, de retrouver un équilibre.

    La qualité de vie du citoyen, étant donc un facteur déterminant non seulement de bien-être mais également de cohésion sociale, elle doit être au coeur des préoccupations des pouvoirs publics et prise en compte dans tous les plans d’urbanisme.

    Ainsi, dans la conception des futurs projets de villes nouvelles, les exemples de Sidi Abdallah ou Ali Mendjeli nous semblent des cas d’école de modèles à ne pas reproduire. Rien de plus oppressant, en effet, que ces forêts pétrifiées d’immeubles ininterrompus, conduisant, après les premières joies d’occuper un appartement neuf, au mal-vivre.

    Aussi, dans tous les projets à venir, les initiateurs doivent les concevoir comme s’ils devaient y vivre un jour et y intégrer toutes les commodités, etc qu’ils souhaiteraient y trouver pour rendre le plus agréable possible leur cadre et conditions de vie, par exemple :

    – trottoirs spacieux pour permettre aux poucettes et chaises roulantes de circuler, et ombragés de grands arbres faisant office de climatiseurs naturels (les palmiers, souvent chétifs au nord et de toute manière éloignés les uns des autres ne sont guère efficaces pour remplir cet office et donc rafraîchir les promeneurs) .

    – pistes cyclables (toutes les grandes métropoles en comptent), inculquer une culture écologique orientant vers le choix des vélos pour les déplacements.

    – voies dédiées pour les bus, le tramway

    – éviter les grands ensembles continus et inharmonieux d’immeubles. Quelques îlots d’immeubles peu élevés dans des bouquets de verdure entrelacés de pavillons avec petits terrains mais qui ne sauront être surélevés (aucun rajout d’étages possible suite agrandissement familial, etc),  seraient préférables.

    – cliniques, centres ou laboratoires d’analyses, centres médico-sociaux, boutiques, poste, banques, restaurants, cafés, écoles, bibliothèques, cinémas, plusieurs espaces verts dans la même ville, espaces de loisirs, aires de jeux, parcours de santé, terrains de foot, basket, cours de tennis, piscine, placettes, places de marché

    – etc, etc. En somme, toutes les commodités assurant le confort et l’épanouissement du citoyen tant intellectuel que physique.

    Certes la ville doit être fonctionnelle, cependant cela ne saurait se traduire uniquement sous un aspect mécanique, c’est-à-dire être conçue comme « une machine à vivre » sans âme et par conséquent n’en doit pas moins être dépourvue d’authenticité. C’est un corps organique avec ses artères, ses veines (rues, ruelles,…), un coeur, des poumons, etc.

    Car pour accueillir des âmes, dont c’est en définitive la finalité, la ville devrait par conséquent, ce nous semble, avoir une âme, c’est-à-dire avoir en quelque sorte une histoire ou peut-être encore raconter une histoire, avec ses odeurs, ses senteurs, ses couleurs, des ombres et des lumières qui frapperont les esprits, marquant et accompagnant leurs souvenirs à jamais.

    Pour la conception de ces villes, sans doute ne serait-il pas vain de donner une occasion aux étudiants des écoles d’architecture et d’urbanisme de laisser libre cours à leur imagination et leurs talents. L’idée de concours n’est pas nécessaire, en revanche un prix, même honorifique, des meilleurs travaux serait une juste récompense.

    Nos jeunes talents contribueraient ainsi à écrire les plus belles et les plus glorieuses pages de l’histoire de l’architecture algérienne et, nous n’en doutons pas, de celle du monde. Leur art sublimerait la ville qui serait pensée comme un tableau de maître constitué par touches successives et devrait en outre avoir une portée sociologique, philosophique, voire psychologique, psychanalytique

    Peut-être nos jeunes étudiants devront-ils revoir, voire désapprendre l’enseignement sur les canons de l’architecture, dominé par les formes géométriques symétriques.

    Or rien n’est plus contraire au vivant, à la beauté, plus déprimant et navrant que l’uniformité et la symétrie. Leur art, donc devrait refléter, reproduire la diversité, les « inégalités » de la nature, de la vie, qui ont exclu la symétrie. Un visage parfaitement symétrique serait d’une laideur horrifiante.

    La période classique occidentale a certes produit des édifices vantés par un grand nombre, comme les constructions du baron Haussmann dont elles s’inspirent, mais bien que massives et richement décorées, elles n’en sont pas moins froides.

    Quant à l’art islamique, il avait initié un mouvement imité dans toute l’Europe du Moyen-Age. L’architecture andalouse, particulièrement, avait conçu des oeuvres pleines de grace et de puissance contenue, touchant à un classicisme sobre encore inégalé, dépourvu des ces excentricités qui alourdissent et surchargent inopportunément de superflu les monuments.

    Nos jeunes pourront largement s’en inspirer comme de la riche et florissante architecture anté-coloniale algérienne, renouant le fil, rompu par 132 ans d’errances, de dévoiements, et contribuant ainsi à un renouveau, une renaissance de l’art algérien.

    Ce n’est donc rien moins qu’une révolution artistique, culturelle, de la pensée qu’il s’agit d’opérer pour promouvoir et faire éclore « la civilisation algérienne ». Il en va de même dans l’agriculture, la transition énergétique, etc. Il faut de l’audace et oser l’algérianité pour que notre jeunesse marque cette époque, ce siècle de son empreinte, sa créativité, son génie et donne naissance à l’école algérienne, étudiée de par le monde.

    Et certes l’architecture est le reflet, l’émanation de la pensée, de l’âme de la civilisation dont elle est issue. Celles-ci transparaissent, par exemple, dans les innombrables gratte-ciel aux États-Unis, conçus comme des cathédrales (le Chrysler building est coiffé d’un toit, qui vu de loin, rappelle ces constructions gothiques) et marquent clairement le culte états-unien du business élevé en véritable religion d’État.

    De même, dans certains pays du golfe où des centres commerciaux aux dimensions extravagantes et au luxe tapageur, véritables temples de la consommation (lieu de pèlerinage même de certains de nos compatriotes) font du commerce une nouvelle forme de religion.

    Pour ce qui nous concerne, nous devons concevoir une architecture conforme et fidèle aux valeurs de novembre 54 : par le peuple pour le peuple. Ainsi nos oeuvres saillantes, dominant le paysage de toute ville algérienne, véritables points de repères ou boussoles métaphysiques de la culture algérienne  et sur lesquelles un intérêt particulier devront sans conteste être la mosquée, l’université et l’hôpital. Religion d’État donc et humanisme institutionnel. C’est là que réside la grandeur de l’Algérie.

    +1

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

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– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

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– Olivia, Paris