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  • Ce que le léninisme a apporté à la question nationale ? Actualité des concepts sur l’impérialisme.

    Ce que le léninisme a apporté à la question nationale ? Actualité des concepts sur l’impérialisme.
    Voici des notes de lecture pour compléter les quelques discussions théoriques que nous avons eu dans ce blog à propos de la question nationale. Mais au-delà de la question nationale, le retour à Lénine aide à l’effort conceptuel pour penser ce basculement, cette “tombée en disgrâce” de l’occident pour reprendre les termes de ce politologue allemand dont nous publions l’analyse aujourd’hui. Ce politologue est une des nombreuses voix qui constatent la chute de l’empire occidental et tentent de le sauver. Ce qui aboutit chez ces gens lucides à la nécessité d’un “décentrage” du dit occident par rapport à sa vision hégémonique, mais en vue de sauver l’ordre libéral occidental. Nos réformistes ne pensent pas autrement. Les concepts de Lénine, s’ils ont besoin d’être retravaillés, sont indispensables pour percevoir la crise et en quoi elle impose ce “décentrage” mais selon l’analyse léniniste, sauver les nations occidentales et leur prolétariat impose de renoncer à “l’ordre libéral” et le salut passe la dénonciation de son propre impérialisme. Cette analyse léniniste va a contrario des espérances réformistes : on ne peut pas sauver l’ordre libéral, disons capitaliste à son stade impérialiste parce qu’il est ce qu’il est ou il meurt. Les concepts léninistes, oubliés par les partis communistes occidentaux devenus réformistes, sont pourtant désormais à la fois indispensables et nécessairement en pleine transformation face à la réalité du processus qu’il a annoncé et mis en œuvre dans la révolution d’octobre suivie d’autres révolutions. Donc voici un bref et pédagogique rappel, pour formation basique. Danielle Bleitrach
    
    

    Quand on parle dans ce domaine d’étude, de l’apport du léninisme, il faut y ajouter le travail théorique et politique de Staline, non seulement parce que ce dernier a rédigé des thèses sous la direction de Lénine et les a complétées ultérieurement, mais parce que cela a été fait dans le cadre de l’expérience soviétique et des transformations qui ont été opérées en pratique sur l’internationalisme. Mais néanmoins, il faut conserver la référence prioritaire au plan théorique à Lénine, parce que c’est par rapport à sa critique de la seconde internationale et à sa définition de l’impérialisme qu’il y a eu un véritable bouleversement de la question nationale. La manière de poser la question nationale dans la période de la deuxième internationale et la question nationale telle que le mouvement ouvrier se la pose à partir de Lénine ne sont pas du tout les mêmes ni dans leur étendue ni dans leur caractérisation sur le plan conceptuel.

    1. La première différence réside dans le fait qu’il y a sous la seconde internationale, celle qui va voter la guerre et donc être responsable de la grande boucherie de la première guerre mondiale, l’idée que “la question nationale” ne concernerait que les peuples “civilisés” européens, des pays comme la Hongrie, la Pologne. Alors que les centaines de milliers d’hommes des peuples d’Asie, d’Afrique qui subissaient l’oppression coloniale sous la forme la plus féroce restaient “hors du champ visuel”. Le léninisme en finit avec ce dualisme comme l’explicite Staline: “le léninisme a dévoilé cette disproportion criante, il a détruit le mur qui séparait Blancs et Noirs, et nous, Européens et asiatiques, esclaves “civilisés” et “non- civilisés” de l’impérialisme, et il a rattaché aussi la question nationale à la question des colonies. Par là même, la question nationale de question particulière, de question intérieure d’Etat est devenue une question générale et internationale, la question universelle de la libération des peuples opprimés des pays dépendants et des colonies, du joug de l’impérialisme.” p.73 (1)
    2. Jusque là, limitée “au monde civilisé”, la question nationale reste dans ce cas une question culturelle, civilisationnelle, un problème juridique. Ainsi appréhendée, cette question nationale plane dans des hauteurs idéales et Lénine la fait revenir à bien des égards sur terre. Il démasque les aspects ronflants mais creux des discours bourgeois, aspects qui sont également ceux des “socialistes” de la IIe internationale, les “socialistes non prolétariens”. Ces sociaux démocrates de la IIe internationale escamotaient le fait qu’une minorité de nations vit au stade impérialiste aux dépends d’une majorité de nations qu’elle exploite, et cela est une duperie tragique. Lénine part de ce qui est encore embryonnaire dans la pensée marxiste mais qui existe déjà par exemple chez Rosa Luxembourg et d’autres penseurs du mouvement ouvrier avec lesquels Marx a préféré ouvrir le dialogue plutôt que certains “marxistes” dogmatiques (2). Il faut bien mesurer en quoi la faillite de la IIe internationale aboutit chez Lénine à la nécessité d’un retour aux fondamentaux de Marx, au refus d’un marxisme ossifié, y compris un appui sur Hegel, quand il y a une tension voire quand il est en minorité, Lénine fréquemment revient au théorique. Lénine aboutit à l’idée qu’en conséquence, sans l’appui des partis prolétariens pour lesquels la lutte anti-impérialiste devient une tâche fondamentale, les déclarations émancipatrices y compris sur l’égalité des nations restent lettre morte. Ce qui le détermine à partir du “détour théorique” est son articulation sur la pratique et son “efficacité” réelle, ici la nécessité de l’intervention du prolétariat et des communistes, leur organisation en ce sens.
    3. De ce fait la question nationale, à partir du léninisme, non seulement s’étend d’une manière universelle mais devient une partie de la question générale de la révolution prolétarienne, une partie de la question de la dictature du prolétariat. Ce qui revient aussi à s’interroger sur comment est-il possible d’utiliser les potentialités des mouvements de libération nationale pour l’émancipation universelle , comment transformer les pays dépendants et coloniaux, de réserve de la bourgeoisie impérialiste en réserve du prolétariat révolutionnaire, d’en faire les alliés de ce dernier ? Le léninisme répond OUI, à l’aspect révolutionnaire de ces mouvements, il dépasse l’aspect juridique, ethnique, civilisationnel, culturel de la reconnaissance pour affirmer le droit à un Etat, à un pouvoir d’Etat aux peuples opprimés, d’où le lien théorique avec la “dictature du prolétariat”. Il reconnait l’existence dans les mouvements de libération nationale des pays opprimés d’aptitudes révolutionnaires et il est possible de les utiliser pour abattre l’ennemi commun, en vue du renversement de l’impérialisme. D’où la nécessité d’un soutien actif au mouvements nationaux des peuples opprimés sur des bases renouvelées, politiques.
    4. Mais dans le même temps ce renouvellement théorique montre bien que TOUS les mouvements nationalistes ne sont pas des mouvements émancipateurs et qu’il y a des peuples “réactionnaires” dont l’action intervient en soutien de l’impérialisme. Des exemples nous viennent à l’esprit aujourd’hui avec la manière dont l’impérialisme US et occidental produit une véritable balkanisation comme il l’a fait pour en finir avec le socialisme européen dans le sillage de la contrerévolution qui a détruit l’URSS. Mais même du temps de Marx celui-ci a pu considérer que les Tchèques et les Slaves du sud aidaient le tsarisme qui était l’ennemi le plus dangereux du mouvement révolutionnaire en Europe et Lénine suit cette analyse de Marx pour distinguer entre les luttes de libération nationales. D’où la nécessité d’examiner chaque cas particulier et concret. “Les différentes revendications de la démocratie, dit Lénine, y compris le droit des Nations à disposer d’elles mêmes, ne sont pas un absolu, mais une parcelle de l’ensemble du mouvement démocratique aujourd’hui: socialiste, mondial. Il est possible que dans certains cas concrets la parcelle contredise le tout, alors il faut la rejeter (Bilan de la discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, tome XIX). Cette mise en garde doit être retenue et interrogée aujourd’hui quand on considère la manière dont le secteur international du PCF, obstinément, ne soutient que les mouvements que l’impérialisme américain a désigné comme ceux qui sont de fait en partie ou en totalité ses alliés contre des Etats qu’il n’arrive pas à plier à ses desiderata. Et plus encore quand on mesure qu’une telle orientation a coïncidé avec l’apparition de l’eurocommunisme, et que la plupart des pays qui ont adopté l’eurocommunisme ont vu la fin des partis. On peut même noter que le parti communiste japonais est un des rares a avoir survécu à l’eurocommunisme et que cela est à mettre en relation sans doute avec son refus du militarisme imposé par les USA. (3)
    5. Seule l’analyse concrète d’une situation concrète peut dire quelle est la nature du mouvement de libération nationale ou d’émancipation. Il n’y a pas de recette. L’immense majorité des mouvements nationaux a un caractère révolutionnaire qui n’implique pas nécessairement l’existence de mouvements prolétariens en son sein, ni même l’existence d’un programme révolutionnaire ni même républicain. Alors qu’il peut y avoir des “démocrates”, des “socialistes”, des révolutionnaires” comme cela s’est vu en Russie pendant la guerre impérialiste qui sont des réactionnaires. La même interrogation se pose de la part aujourd’hui des partis qui sont passés par l’eurocommunisme et ont opéré de fait un retour à la deuxième internationale. Alors que pour Lénine, la lutte des marchands et des intellectuels bourgeois égyptiens était révolutionnaire, même s’ils étaient contre le socialisme alors que la lutte du gouvernement “ouvrier” anglais pour le maintien de la dépendance de l’Égypte était réactionnaire. Ce qui est déterminant sont des coups de “pilon” assénés à l’impérialisme, ce qui en fait des mouvements révolutionnaires.

    Et dans le bilan de la discussion dont nous venons de parler, Lénine démontre que le mouvement national des pays opprimés doit être apprécié non du point de vue de la démocratie formelle mais du point de vue de ses résultats effectifs dans la balance générale de la lutte contre l’impérialisme mais à l’échelle mondiale (Bilan de la discussion T.XIX p.257)

    il y a bien sûr une réflexion très en vogue pour accompagner la remise en cause de cette caractérisation de ce qui est impérialiste et de ce qui ne l’est pas ce serait la nature “bureaucratique” des Etats prolétariens, l’URSS et maintenant la Chine et à peu près tous les Etats à dominante socialiste. Cette caractérisation a fortement été influencée par le trotskisme même si celui-ci aujourd’hui se divise entre ceux qui privilégient comme WSWS la lutte anti-impérialiste et ceux qui comme aujourd’hui dominent la social démocratisation de la gauche européenne et française continuent à voir dans le “stalinisme” (en fait tout ce qui ne correspond pas à la démocratie occidentale) l’ennemi principal. (4)

    Lénine : Le capitalisme en développement connait deux tendances historiques dans la question nationale. La première c’est l’éveil de la vie nationale et des mouvements nationaux. La lutte contre toute oppression nationale, la création d’Etats nationaux. La seconde c’est le développement et la fréquence accrue des relations de toutes sortes entre les nations; la démolition des cloisons nationales, la création de l’unité internationale du capital, de la vie économique en général, de la politique, de la science, etc…

    Les deux tendances sont une loi universelle du capitalisme. La première prévaut au début de son développement; la seconde caractérise le capitalisme mûr, marchand vers sa transformation en societe socialiste).

    Pour l’impérialisme ces deux tendances apparaissent comme des contradictions inconciliables car l’impérialisme ne peut aborder la question des nations que par la voie des annexions et des pillages coloniaux, il doit tout maintenir dans un “tout unique” dont il doit être le maître.

    Pour les communistes ces deux tendances ne sont que les deux aspects d’une seule chose: l’émancipation des peuples opprimés du joug de l’impérialisme. Car ils savent que l’union des peuples dans une économie mondiale unique n’est possible que sur la base d’une confiance mutuelle et d’un accord librement consenti; que la voie d’une union librement consentie des peuples passe par la séparation des colonies avec le “tout” impérialiste “unique”, passe par la transformation en Etat indépendant et souverain. De là, la nécessité d’une lutte opiniâtre contre le chauvinisme métropolitain qui aujourd’hui prend des formes diverses chez “les socialistes” des nations dominantes (Angleterre, France, Amérique, Japon, etc… ) qui ne veulent pas combattre leurs gouvernements impérialistes. Mais Lénine et Staline plus tard affirment que “sans une telle lutte on ne saurait concevoir l’éducation de la classe ouvrière des nations dominantes dans l’esprit du véritable internationalisme, dans l’esprit d’un rapprochement avec les masses laborieuses des pays dépendants et des colonies, dans l’esprit d’une véritable préparation de la révolution prolétarienne. La révolution n’aurait pas été vaincue, ajoute Staline, en Russie, et Koltchack et Denikine n’auraient pas été battus si le prolétariat russe n’avait pas eu pour lui la sympathie des peuples opprimés de l’ancien empire russe. Mais pour gagner la sympathie et l’appui de ces peuples, il lui avait fallu d’abord rompre les chaînes de l’impérialisme russe et libérer ces peuples de l’oppression nationale. Sans cela, il eut été impossible de consolider le pouvoir soviétique, d’implanter l’internationalisme véritable, et de créer cette remarquable organisation de collaboration des peuples qui s’appelle l’Union des Républiques socialistes soviétiques et qui est la préfiguration vivante de l’Union future groupés dans une économie mondiale unique. ” (1)

    Mao Zedong reprit en 1940 dans “de la démocratie nouvelle” la distinction entre les deux types de révolution mondiale:

    « Le premier appartient à la catégorie bourgeoise ou capitaliste. Son temps est depuis longtemps révolu; il a pris fin dès 1914, quand éclata la première guerre mondiale impérialiste, et plus particulièrement en 1917, quand eut lieu la Révolution d’Octobre en Russie. Depuis, a commencé le second type de révolution mondiale, la révolution mondiale socialiste prolétarienne. Elle a pour forces principales le prolétariat des pays capitalistes et pour alliés les peuples opprimés des colonies et des semi colonies. Peu importe, chez les peuples opprimés, quelles classes, quels partis ou individus participent à la révolution, et peu importe qu’ils soient conscients ou non de ce que nous venons d’exposer, qu’ils le comprennent ou non, il suffit qu’ils s’opposent à l’impérialisme pour que leur révolution devienne une partie de la révolution mondiale socialiste prolétarienne et qu’ils en soient les alliés.»

    On retrouve chez Fidel Castro et sa participation aux non alignés, dont il est plus que jamais question aujourd’hui, les mêmes échos du léninisme et de ce qu’il a réussi à rendre possible face à la trahison de la IIe internationale… et l’ambiguïté dont a témoigné par rapport à la récente conférence de la Havane la délégation française du PCF témoigne à sa manière de la situation particulière du PCF aujourd’hui.

    S’agit-il simplement d’un déplacement de la lutte des classes vers l’impérialisme et donc de la sous-estimation totale du rôle du prolétariat ? En particulier dans le stade actuel du développement des forces productives ? Ce n’est en tous cas pas ce que dit le marxisme, le léninisme. L’originalité de cette pensée réside dans la nécessité de bien articuler les deux “centres” du mouvement émancipateur : le prolétariat et sa relation au développement des forces productives, et le mouvement de libération nationale. Si on déséquilibre cette union on vide le mouvement de son contenu émancipateur. Là encore des penseurs comme Mao et Fidel n’ont jamais négligé le communisme comme véritable unificateur y compris pour les pays du tiers monde, et pour le développement.

    On voit que les débats actuels au sein du mouvement communiste international sur la caractérisation du conflit ukrainien méritent au moins d’être rapportés à la définition des concepts et des analyses qui marquent des divergences. Ne jamais oublier la dimension “pratique” des concepts léninistes et mesurer ce en quoi les positionnements débouchent ou non sur une efficacité quelconque: si la paix est le choix fondamental de toute l’activité “diplomatique” et internationalistes des communistes, il faut donc s’interroger sur ce qui permet la paix et ce qui l’interdit. Si l’on admet que l’impérialisme a besoin de la guerre, appuyer si peu que ce soit celui-ci et même aller jusqu’à la folie du vote de la résolution 39 derrière l’OTAN par le parti communiste et toute la “gauche” dit qu’il y a là incontestablement un problème.

    Source : https://histoireetsociete.com/2022/12/14/ce-que-le-leninisme-a-apporte-a-la-question-nationale-actualite-des-concepts-sur-limperialisme/

    Notes de Danielle Bleitrach

    (1) J.Staline, les questions du léninisme. tome 1. p.80 éditions en langue étrangère Moscou 1943.

    (2) A propos de la Russie, en particulier, l’attitude de Marx est assez caractéristique de ce doute sur le “marxisme” officiel, ce qui le détermine est l’intérêt des véritables “prolétaires” par rapport à des positionnements dogmatiques et petits bourgeois, mais aussi le refus du pouvoir “despotique”. Ce qui laisse le loisir à pas mal d’approfondissements.

    (3) La survie du PCF si on la compare à des situations comme celle du parti communiste italien ou mexicain, mérite une analyse qui aille au-delà des dénonciations groupusculaires. Il faut une analyse du parti mais aussi de la nation dans laquelle il intervient et beaucoup reste à faire.

    (4) Cette différence entre disons deux courants du trotskisme a existé dès la IIe guerre mondiale ce qui a fait qu’on a pu dénoncer de manière injuste l’hitlero-trotskisme alors que cette dérive concernait une partie des trotskistes dont est issu le courant lambertiste, le plus influent actuellement dans la social démocratie (y compris une partie du PCF) française.

  • Guennadi Ziouganov : Je n’oublierai jamais comment j’ai persuadé Primakov de former un gouvernement

    Guennadi Ziouganov : Je n’oublierai jamais comment j’ai persuadé Primakov de former un gouvernement

    Je n’oublierai jamais comment j’ai persuadé Primakov de former un gouvernement par Guennadi Ziouganov.

    Ziouganov dans ces textes sur l’historique de la trahison de l’URSS apporte dans chacun de ses discours de nouvelles précisions, comme si il n’avait soulevé le voile qu’au fil de la compréhension que pouvaient en avoir les peuples. Dans le cadre de ce que nous avons entamé ici, et qui devrait être le travail réel du PCF de toute la gauche française si elle ne veut pas définitivement tomber dans le déshonneur et la collaboration de classe la plus infâme, les réflexions du dirigeant du KPRF que nous traduit Marianne sont très précieuses, parce que cette trahison nous l’avons vécue sans avoir la chance d’avoir un dirigeant de cette envergure (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop pour histoire et société)https://svpressa.ru/politic/article/384468/

    Le mois d’août a été fatidique à deux reprises dans l’histoire récente de la Russie. La première fois, en 1991, lorsque le Comité d’État pour l’état d’urgence (GKChP) a tenté désespérément d’empêcher l’effondrement de l’Union soviétique. La seconde a eu lieu en 1998, lorsque le cabinet des ministres a annoncé l’abandon de la politique du corridor monétaire et un moratoire de trois mois sur le remboursement par les banques des dettes contractées auprès de créanciers étrangers. L’une des principales raisons de la défaillance a été l’effondrement de la pyramide des obligations d’État à court terme (GKO). Le principal résultat a été la destruction de la majeure partie de l’épargne des citoyens. 


    Guennadi Ziouganovprésident du comité central du KPRF, explique pourquoi ces événements doivent être considérés conjointement et pourquoi il est approprié de rappeler les années 1990 en ce mois d’août.


    – Les deux événements – le GKChP et le défaut de paiement – sont séparés par exactement sept ans”, déclare Guennadi Ziouganov. – C’est ce qu’on appelle les “folles années quatre-vingt-dix”. C’est au cours de ces années que le grand État soviétique a été détruit, que le pouvoir soviétique a été abattu, qu’un massacre a été organisé en Tchétchénie, où plus de 100 000 personnes ont été tuées, et que des élections présidentielles frauduleuses ont été organisées.


    Le 17 août était le 25e anniversaire du défaut. Mais il n’y a pas eu un seul programme sérieux à la télévision pour discuter de ces événements. Un tel débat serait pourtant approprié, surtout dans le contexte de la guerre contre nous et le monde russe, déclenchée par les Anglo-Saxons et l’OTAN aux mains des Banderistes en Ukraine.


    À mon avis, c’est loin d’être un hasard. La cinquième colonne – ces vestiges de l’ère Eltsine – s’accroche au pouvoir avec les dents. Tant sur le plan administratif que sur le plan de l’information. Ils font tout pour déformer notre histoire, pour taire la vérité, pour faire oublier les crimes dont nous récoltons encore les conséquences.


    Regardez la politique d’information des années 1990 : combien de mensonges et de saletés ont été déversés sur le pouvoir soviétique, sur les communistes – les vainqueurs de la grande guerre patriotique ! Tout cela s’est fait selon un scénario spécial préparé par les Américains et la CIA. Et aujourd’hui, la phrase de Brzezinski de l’époque s’applique à beaucoup de ceux qui occupent de hautes fonctions : “Puisque 500 milliards de dollars de l’élite russe reposent dans nos banques, vous devez vous demander si c’est votre élite ou si c’est déjà la nôtre”.


    Hélas, Brzezinski n’avait pas tort de le dire. Et à moins que le président Poutine, le premier ministre Mishustin, le président de la Douma Volodin et le président du Conseil de la Fédération (Sénat) Matvienko ne réalisent pleinement le caractère pernicieux d’une politique d’information qui ne permet pas une évaluation objective de ce qui se passe, il sera extrêmement difficile pour la Russie de se redresser et de remporter la victoire.


    Tout d’abord, nous devons répondre à des questions fondamentales. Après tout, tous les problèmes sont nés en 1991, 1993, 1996 et 1998. Comprenons donc : qu’est-il réellement arrivé au pays ?


    Mais pour l’instant, cela se passe comme dans l’émission Solovyov Live. Ils parlent du GKChP, disent que les mains de certains tremblaient et que d’autres dansaient le Lac des Cygnes sur scène. Mais ils ne disent rien sur les vraies raisons de ce qui s’est passé !


    “SP” : – Comment caractériseriez-vous le GKChP ?


    – Je pense que le GKChP était une opération bien pensée par l’Occident pour liquider le PCUS. Si nous avions créé le KPRF un an plus tôt, nous ne les aurions pas laissés démanteler le pays. Mais c’est à ce moment-là que tous les chiens ont été lâchés sur nous.


    En conséquence, une série d’opérations destructrices ont été menées sous la supervision des conservateurs occidentaux. Après l’effondrement de l’URSS, le pouvoir soviétique a été abattu. Les Tchoubais-Gaidar ont été placés à des postes de direction, les actifs de l’État ont été vendus pour 2 % de leur valeur réelle. Cinquante agents de la CIA ont travaillé avec Tchoubais et ont vendu nos usines pour rien.


    Nous avons écrit et crié à ce sujet dans tout le pays. Malheureusement, tout cela a été enseveli la machine à battre la propagande lancée par les États-Unis d’Amérique avec notre cinquième colonne. Et lorsque nous avons repris nos esprits, il était trop tard.


    J’ai été frappé par la campagne électorale de 1996. Elle a été menée sur les instructions d’Eltsine, mais c’est encore et toujours la CIA qui a écrit le scénario. La Constitution a été réécrite selon les modèles occidentaux spécifiquement pour les élections. En même temps, ils ont pratiquement supprimé la section relative au contrôle des élections. Tout ce qui servait de contrepoids à l’arbitraire et à l’anarchie des falsificateurs a été supprimé de la loi fondamentale.


    Dans une telle situation, il n’était plus possible, en principe, de parler d’élections équitables. J’ai vu de mes propres yeux comment, lors des premières élections législatives organisées sous l’égide de cette Constitution, les partisans du gouvernement ont divisé les électeurs entre eux. Certains allaient vers Gaidar – le parti du pouvoir. Les seconds ont choisi Shakhrai, le parti des régions. Les troisièmes, les libéraux, iraient vers Yavlinsky. Les quatrièmes, les libéraux les plus criards, iraient vers Jirinovski. Les cinquièmes – derrière Lakhova, censée représenter le Mouvement des femmes de Russie.


    Mais même les Américains ont objecté : vous ne pouvez pas faire cela ! Vous aviez le PCUS, maintenant vous avez le KPRF. Faisons sortir Ziouganov une semaine avant le début de la campagne. Prétendons que la campagne est menée honnêtement et objectivement. On s’attendait à ce que nous ne recueillions pas les 100 000 signatures nécessaires pour participer. Mais nous en avons recueilli deux fois plus en cinq jours seulement ! Et nous sommes allés au vote !


    Et là, ils se sont empressés de gonfler Gaidar et Jirinovsky. L’objectif était évident : donner le pouvoir à la Douma à ceux qui soutiendraient toute loi visant à la destruction du pays.


    Mais le pays a tout de même réussi à ne pas sombrer dans l’abîme. Je crois que c’est grâce aux cadres moyens, qui n’ont pas abandonné leurs équipes. Oui, les directeurs d’entreprises, on essayait par tous les moyens de les avoir avec la corruption, de les corrompre avec des voyages à l’étranger, des pots-de-vin et diverses aumônes. Mais ils ont conservé les restes de la conscience soviétique et n’ont pas jeté leurs équipes à la rue.


    “SP : – Quand avez-vous appris qu’un défaut de paiement était imminent ?– J’ai été prévenu dès le mois de mai 1998 : le défaut de paiement serait probablement annoncé à l’automne. Début août, ils ont précisé : le système financier est prêt à s’effondrer et ne passera pas l’automne.


    Le 13 août, le Financial Times a publié un article de Soros, célèbre financier américain. Il y prédit un défaut de paiement ou une hyperinflation aux conséquences catastrophiques pour la Russie. C’était un signal pour notre cinquième colonne. Curieusement, la veille, le FMI a alloué une petite tranche à la Russie, qui ne nous est jamais parvenue. Je n’exclus pas que la bande de libéraux de l’époque ait simplement empoché cet argent. Nous avons essayé d’enquêter sur cet épisode, mais nous n’avons jamais rien trouvé.


    Mais l’Occident n’a alloué cette tranche que pour une pacification temporaire. Le directeur de la Banque centrale de l’époque, Dubinin, ayant appris la nouvelle, a pris des billets et s’est envolé pour des vacances dans le nord de l’Italie, dans les environs de San Remo. Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’ai appelé le Premier ministre de l’époque, Kirienko. Il a proposé de me rencontrer.


    Lors de cette rencontre, j’ai dit que le système financier risquait la catastrophe. J’ai suggéré de rassembler les personnes influentes et de calmer le pays. Sinon, demain, les citoyens se précipiteront dans les banques et tout s’effondrera.


    Eltsine se trouvait alors dans sa résidence en Carélie. Le 14 août, le deuxième jour après l’article de Soros, il s’est rendu à Veliky Novgorod, apparemment pour une visite. Il y a déclaré publiquement que le défaut de paiement était totalement exclu. Il a démontré par tous les moyens possibles qu’il contrôlait tout, que tout était sous son contrôle. Et c’est là qu’il a reçu un coup de téléphone de Clinton : « Assez de repos, courez à Moscou, la maison brûle ! »


    Et le 17 août, le système financier s’est effectivement effondré. Il s’est avéré que le fer de lance de la cinquième colonne, dirigé par Tchoubais et Gaidar, s’était réuni la nuit et avait décidé de ne pas payer ses dettes ou celles des autres. Et ils ont diffusé la nouvelle.


    “SP : – Qu’est-ce que cela signifiait pour les citoyens ordinaires ?


    – Imaginez une personne qui a de l’argent sur son compte – pour terminer des réparations, acheter quelque chose pour l’hiver. Ou quelqu’un qui possède une petite unité de production et qui va acheter une maison. Qui aussi avait de l’argent sur son compte. Tous ces gens se sont précipités vers les banques. Tous ! Et les banques se sont retrouvées bloquées, elles se sont effondrées du jour au lendemain ! Seule la Sberbank a continué à payer quelque chose.


    “SP : – Où étiez-vous à ce moment-là ?


    – À la datcha de Sneguiri. Je suis sorti le matin et il n’y avait plus aucune voiture. Ils étaient tous partis pour chercher leur argent.


    Dès que je suis arrivé au bureau, la “ligne du Kremlin” a sonné. Je n’avais pas parlé à Eltsine depuis la fusillade du Parlement en 1993. Je ne pouvais pas. Et soudain, cet appel. J’ai décroché le téléphone et Eltsine sans même me saluer dit : “Vous connaissez bien Moscou, qu’allons-nous faire ?”. J’ai dit : “Savez-vous que dans notre Moscou bien-aimée, il y aura ce soir 400 000 chômeurs ? La soi-disant classe moyenne, la jeunesse, vous les avez toutes ruinées ! Au raz du sol !”


    Une de mes connaissances, un homme talentueux, créait à l’époque une usine. Il pensait avoir pensé à tout : il avait placé son argent dans trois banques différentes pour des raisons de sûreté. Et tout cet argent a brûlé. Il m’a dit qu’il ne lui restait plus rien, pas même pour une maison, pas même pour sa famille.


    Ce jour-là, j’ai assisté à une scène caractéristique. Il y avait un centre de jeunesse près de la station de métro Frunzenskaya – il avait été construit avec l’argent du Komsomol. Soudain, il y a eu une file d’attente pour entrer dans le centre, et quelle file d’attente ! Des jeunes gens vêtus de costumes coûteux et de chaussures valant des centaines de dollars se tenaient là. Ils se tenaient la mine défaite, environ un millier de personnes.


    J’ai dit : « Y a-t-il un concert ? »


    – « Vous voulez rire ! Nous avons tous été mis à la porte, nous venons pointer au chômage ! »


    Ils étaient tous des employés de bureau bien payés, jetés à la rue. Personne ne voulait d’eux. Ils pensaient avoir attrapé Dieu par la barbe, qu’ils étaient désormais les maîtres de la vie. C’est ainsi que ces “maîtres” ont été jetés dans les rangs des chômeurs.


    J’ai dit à Eltsine à l’époque : si nous ne nous réunissons pas immédiatement, si nous ne prenons pas des décisions rapides et si nous n’approuvons pas une équipe qui fait autorité, les régions vont exploser en un jour ou deux. Et chacune d’entre elles se battra pour son propre morceau.


    Finalement, nous nous sommes rencontrés et avons discuté pendant trois heures. Nous nous sommes mis d’accord pour former un gouvernement de coalition de centre-gauche.


    “SP” : – Comment l’équipe Primakov-Maslyukov-Gerashchenko a-t-elle été sélectionnée ?


    – Je n’oublierai jamais comment j’ai persuadé Primakov de devenir Premier ministre. Il était alors ministre des affaires étrangères. Primakov m’a appelé : je vais venir vous voir. J’ai dit : non, c’est nous qui venons chez vous ! Et nous sommes venus, nous avons discuté de tout.


    Maslioukov a été invité à occuper le poste de premier vice-premier ministre. Il a été vice-ministre de l’industrie de la défense de l’URSS et président du comité de planification de l’État de l’URSS. Depuis 1995, il dirigeait la commission de la politique économique à la Douma d’État.


    Quand Eltsine a évoqué la possibilité de nommer Maslioukov, membre du KPRF, à la tête du gouvernement, j’ai dit : si ça ne marche pas, vous allez tout nous mettre sur le dos et essayer d’écraser le parti sous ce prétexte. Gerashchenko a accepté de diriger la Banque centrale, et c’est ainsi que l’équipe a été formée.


    Fait caractéristique, la candidature de Primakov est approuvée à l’unanimité par la Douma. Lorsqu’il monte à la tribune, il n’a que quelques points notés sur un bout de papier – il n’a pas eu le temps de rédiger un programme.


    Nous nous sommes réunis tous les soirs pour prendre des décisions sur la situation actuelle. Plusieurs décisions absolument extraordinaires ont été prises, entre autres. Le FMI, d’ailleurs, était contre tout ce que nous proposions. Mais nous avons montré notre volonté et notre caractère.


    “SP : – Quelles ont été les principales décisions prises ?


    – Tout d’abord, nous nous sommes mis d’accord pour lancer la production afin de maintenir les gens au travail. À cette fin, nous avons invité quatre personnes de chaque usine pour une production spécifique de machines, de machines-outils et d’équipements : le directeur, l’ingénieur en chef, le technicien en chef et le responsable de la production.


    Nous leur avons dit : voici de l’argent pour la production et les salaires. Et chaque semaine, vous ferez un rapport sur les résultats.


    En fin de compte, la machine à produire a fonctionné. L’industrie a enregistré une croissance de 24 %. C’est la seule fois dans l’histoire récente de la Russie qu’une croissance aussi impressionnante et rapide a été réalisée.


    La deuxième décision a été d’empêcher que le peuple ne se révolte en interdisant d’augmenter les prix de l’essence, du diesel et du gazole. Aujourd’hui, d’ailleurs, le gazole coûte plus de 60 roubles le litre, c’est de la folie ! Ce n’est pas comme ça que ça devrait se passer dans un pays qui regorge de pétrole et de gaz !


    Troisièmement, nous avons réussi à mettre en place une barrière fiable contre l’inflation. Nous avons imprimé beaucoup d’argent supplémentaire, mais pas un seul centime n’est allé à la bourse. Si l’argent avait été donné aux spéculateurs, toutes les industries survivantes et l’ensemble du système financier auraient été balayés comme dans un ouragan.


    Autre chose. Nous avons tout fait pour empêcher les banques de transférer de l’argent à l’étranger.


    Et le pays a soupiré de soulagement, a travaillé, s’est senti en confiance.


    “SP” : – Pourquoi le cabinet ministériel n’a-t-il pas duré longtemps ?


    – Six mois plus tard, Eltsine est convaincu que Primakov a l’intention de prendre sa place. Primakov est traîné au Kremlin, devant les caméras de télévision : déclarez que vous n’êtes pas candidat au fauteuil présidentiel ! Il déclara alors qu’il ne s’occupait que du gouvernement.


    Néanmoins, Eltsine avait été monté contre lui. J’ai reçu un appel téléphonique m’avertissant que le président voulait changer le gouvernement. J’ai appelé Ryzhkov et Kharitonov, et nous sommes allés tous les trois voir Primakov.


    Nous nous sommes assis dans son bureau. Nous lui avons proposé de venir à la Douma le lendemain et d’annoncer ses projets pour l’avenir. Afin que la Douma puisse lui confirmer sa pleine confiance pour la période à venir.

    Mais Primakov a dit : non, je ne peux pas faire ça.


    Néanmoins, sous le gouvernement de Primakov, le pays a été tiré de l’abîme et sauvé. Dans le même temps, il nous est apparu clairement qu’il était urgent de mettre à la retraite la camarilla d’Eltsine.

    La Douma a commencé à préparer la procédure de destitution. Ilyukhine a été nommé à la tête de la commission concernée. La commission a rassemblé 22 volumes de documents, documentant tous les crimes du régime : le pacte de Belovej, la guerre en Tchétchénie, la destruction de l’industrie, la faillite du complexe militaro-industriel.

    Le plus étonnant, c’est que les huit factions étaient d’accord à l’époque : Eltsine était un criminel. Il me reste un seul exemplaire de la transcription du discours d’Ilyukhine sur l’affaire Eltsine et des discours de tous les chefs de faction qui l’ont suivi. Toutes les autres copies de cette transcription ont été détruites et ne se trouvent dans aucune bibliothèque.

    Il a manqué 16 voix pour déclarer la destitution. Jirinovski et Yavlinsky ont flanché.

    Dans notre KPRF, pas un seul d’entre nous n’a tremblé, ne s’est effondré, n’a trahi les travailleurs. Tout le monde a voté la “culpabilité”. Je suis fier que notre faction, Narodovlastie et les agrariens aient travaillé ensemble comme une équipe à cette époque, luttant pour l’avenir du pays.

    “SP : – Que s’est-il passé après l’échec de l’impeachment ?

    – On m’a dit qu’Abramovitch s’était assis et avait réfléchi : que faire de cet Eltsine maintenant ? Et cela s’est terminé par l’annonce par Eltsine de sa démission en tant que président à midi le 31 décembre 1999. Quelques minutes avant que ne retentisse le carillon de la Saint-Sylvestre, cette allocution a été répétée.

    Lorsque Poutine a pris le pouvoir, il y a eu un nouvel espoir. Il m’a invité à des réunions, m’a interrogé longuement. D’ailleurs, nous approuvons toujours son premier discours présidentiel. Il y parle d’un pays fort, de politique sociale, de science et d’éducation.

    Mais à ce jour, nous ne sommes pas sortis de l’ornière terrible et frauduleuse dans laquelle Eltsine et Tchoubaïs ont piétiné. Après la crise de 2008, lorsque la Russie est tombée plus bas que n’importe qui d’autre, Poutine a compris qu’une planification stratégique et des projets nationaux étaient nécessaires. Des documents importants ont alors été adoptés. Mais les blocs financiers, économiques et d’information sont restés entre les mains des partisans d’Eltsine, entre les mains de la cinquième colonne.

    Au cours des dix années qui ont suivi, nous n’avons jamais surmonté ce retard chronique, avec un taux de croissance inférieur à 1 % par an. Les objectifs fixés dans le décret de mai 2018 de Poutine – devenir l’une des cinq plus grandes économies du monde, mettre un terme à l’extinction et à l’appauvrissement, maîtriser les nouvelles technologies – semblent excellents. Mais qu’en est-il au fond ? Mishustine se bat depuis trois ans, mais dans le système actuel, il est impossible d’améliorer radicalement les choses.

    Et maintenant, l’Occident nous a déclaré une guerre d’anéantissement. Nous devons augmenter rapidement les taux de croissance, prendre d’urgence des décisions clés ! Nous avons préparé ces décisions – le budget de développement, la nationalisation de la base de minéraux et de matières premières, le pari sur les entreprises populaires, la loi “Éducation pour tous”. Avec le regretté prix Nobel Jaurès Alferov, nous avons tout fait pour créer les institutions de l’avenir.

    Qu’est-ce qui nous empêche d’adopter ces solutions ?

    Mais Russie unie a dit “non”.

    Et qu’en est-il des élections ? Après tout, c’est le principal instrument de dialogue entre les autorités et la société ! J’étais persuadé qu’à l’occasion de ces élections, il serait dit que nous allions nous unir, nous rassembler, discuter des programmes proposés par les partis. Mais au lieu de cela, Russie Unie s’est lancée dans le harcèlement de ses opposants, en utilisant des procédés innommables contre leurs rivaux.

    Une base pour nous unir est l’expérience unique de la grande époque soviétique, la nécessité de notre victoire. Mais n’oublions pas que jusqu’à présent, personne dans l’histoire, à l’exception des communistes, n’a jamais vaincu le fascisme !

    Je crois que l’heure de vérité a sonné. Nous devons enfin tirer des conclusions franches de la tragédie des années 1990 – du GKChP et du défaut de paiement. Nous avons besoin d’un nouveau cap, d’un nouveau programme. Nous avons proposé un tel programme au pays. Et nous continuerons à nous battre pour sa mise en œuvre.


    Source : https://histoireetsociete.com/2023/08/27/guennadi-ziouganov-je-noublierai-jamais-comment-jai-persuade-primakov-de-former-un-gouvernement/
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  • Diagne Fodé Roland-LA LUTTE ENTRE CAMPS PATRIOTIQUE ET NÉOCOLONIAL EN AFRIQUE ET LA QUESTION DE LA DÉMOCRATIE

    Diagne Fodé Roland-LA LUTTE ENTRE CAMPS PATRIOTIQUE ET NÉOCOLONIAL EN AFRIQUE ET LA QUESTION DE LA DÉMOCRATIE

    Si au Sénégal, après la Centrafrique, la seconde phase de la libération nationale prend la forme d’une lutte ouverte entre les camps patriotique et néocolonial sur le plan électoral, au Mali, au Burkina, au Niger, c’est l’armée qui prolonge au pouvoir l’option souverainiste exprimée par les mobilisations populaires contre les répressions sanglantes des pouvoirs néocoloniaux.

    Cette polarisation est consécutive à l’émergence d’une rébellion patriotique de la jeunesse civile et militaire, notamment intellectuelle, qui a d’abord cru aux sirènes de la re-mondialisation libérale née de la défaite du camp socialiste d’Europe qui vantait les illusions de la « fin de l’histoire », du « ruissellement de la réussite individuelle », de « l’aide au développement » par l’emprisonnement des États, des nations et des peuples dans le système de la dette et des plans libéraux d’ajustement structurel sous le pilotage du FMI et de la Banque Mondiale.

    Les diktats libéraux ont été accompagnés par l’imposition de la pensée unique prônant la « démocratie pluraliste, électorale » et même des « alternances démocratiques » entre libéraux, sociaux libéraux et même des gauches communistes reconvertis au libéralisme. Mais tout le monde se rend compte au bout de ces expériences que la « démocratie » n’a servi que comme couverture à l’enrichissement éhontée d’une bourgeoisie bureaucratique nationale soumise à la françafrique, l’eurafrique et l’usafrique.

    Le néocolonialisme a non seulement engendré des paroles d’une inconscience comme « quand est ce que l’indépendance va finir ? » pendant que la « démocratie » de rapine des deniers publics va engendrer des paroles comme « la démocratie, on ne la mange pas, on a faim » et même « quand est-ce que la démocratie va finir ? ». La réalité socio-économique entrait en contradiction inconciliable avec l’idéologie et la politique des impérialistes reprises en chœur par la bourgeoisie bureaucratique et une prétendue intelligentsia déclamant que « l’Afrique a besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts », ce qui est une terrible aberration niant la dialectique qui fait que ce sont les humains qui élaborent, appliquent les lois et qui animent les institutions dans toute société qui s’est définit des règles communes.

    Il est donc plutôt rassurant que l’on en revienne aujourd’hui à l’exigence de souveraineté nationale et à l’exigence d’une démocratie au service de la libération nationale et panafricaine. Le lien souveraineté, démocratie et développement national dans une optique panafricaine se fraye un chemin au sein de la jeunesse patriotique civile et militaire en Afrique.

    C’est pourquoi, il est important que ces notions soient éclairées pour être dépouillées de tous les pièges conceptuels et pratiques élaborés par la bourgeoisie impérialiste et ses suppôts bourgeois dans nos néo-colonies.

    Même si des alliances stratégiques et/ou tactiques sont souvent nécessaires dans la lutte pour l’émancipation sociale et nationale, la souveraineté, la démocratie, le panafricanisme et l’internationalisme n’échappent pas à la dimension de classe et de lutte des classes. Le contenu de ces concepts n’est pas le même pour la bourgeoisie, les féodaux, la classe ouvrière, les classes laborieuses.

    Voilà pourquoi, nous revisitons ces notions à travers les luttes actuellement en cours des travailleurs et des peuples.

    Formatés par l’hégémonie idéologique impérialiste de la démocratie formelle, l’à-priori d’une condamnation de principe des coups d’états est systématique. Or, le cas Sankara vient contredire cette imposture consécutive à l’injonction capitaliste impérialiste sacralisée par la formule devenue célèbre de Winston Churchill selon laquelle « La démocratie est le pire des systèmes de gouvernement, à l’exclusion de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire ».

    La démocratie formelle républicaine ou parlementaire a été historiquement le soubassement idéologique du renversement des féodalités dans les pays où est né le capitalisme. La révolution bourgeoise a renversé la monarchie absolue qui représentait politiquement le pouvoir de classe de la noblesse, de l’aristocratie foncière.

    La sacralisation de la « démocratie » par la formule selon laquelle « la démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes » (Winston Churchill) fait du multipartisme (en réalité souvent le bipartisme), des joutes électorales, des urnes et des institutions bourgeoises républicaine ou parlementaire monarchiste, présidentielle ou parlementaire soumises au lobbying des milliardaires l’Alpha et l’Oméga d’une « démocratie pure » dont la caractéristique fondamentale est d’être séparée de sa base économique et sociale. Le procédé consiste ici à cacher le lien pratique intrinsèque entre la superstructure politico-idéologique et la réalité socio-économique.

    C’est ainsi que la démocratie définit comme « pouvoir du peuple » a été dévoyée pour camoufler, par la séparation entre les sphères politique et économique de la société, la mainmise sur l’État des riches, des capitalistes, des impérialistes et de son prolongement néocolonial qu’est la bourgeoisie bureaucratique associée à la bourgeoisie de « l’import-import », à savoir les « opérateurs économiques » improductifs locaux appendices du commerce mondial dans les semi-colonies et les pays dépendants.

    Les pouvoirs Exécutif, législatif, judiciaire, médiatique, au-delà des élections auxquelles le peuple est invité à voter, sont détenus par le biais d’un mécanisme où l’argent à travers le lobbying joue le rôle décisif au profit des Actionnaires milliardaires détenteurs du capital financier et industriel. Quand ce système est en crise et sa duperie est démasquée, la bourgeoisie se dépouille de ses plumages démocratiques au profit du fascisme totalitaire.

    La bourgeoisie bureaucratique a le pouvoir politique dans les néo-colonies. Elle utilise le pouvoir d’État pour pérenniser la domination économique de l’impérialisme sur l’économie nationale et donc prolonger sous les couleurs du drapeau national et des institutions nationales l’oppression économique impérialiste qui freine et empêche par l’extraversion économique la sortie du sous développement.

    Voilà pourquoi en résumé Engels précise que « L’Etat … est bien plutôt un produit de la société à un stade déterminé de son développement; il est l’aveu que cette société s’empêtre dans une insoluble contradiction avec elle-même, s’étant scindée en oppositions inconciliables qu’elle est impuissante à conjurer. Mais pour que les antagonistes, les classes aux intérêts économiques opposés, ne se consument pas, elles et la société, en une lutte stérile, le besoin s’impose d’un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper le conflit, le maintenir dans les limites de « l’ordre » ; et ce pouvoir, né de la société, mais qui se place au-dessus d’elle et lui devient de plus en plus étranger, c’est l’État » (L’origine… de l’Etat).

    Il est donc important d’en revenir à l’approche de classe de ce concept de « démocratie » en le dépouillant de la vaste duperie pour attrape-nigaud que Nina Andreeva, première communiste opposante soviétique à la perestroïka et à la glasnost a démasqué ainsi : «l’exacerbation de la conscience de lutte de classe jusqu’à la reconnaissance de la dictature du prolétariat avait été considérée par Lénine comme étant un des acquis fondamentaux de Marx et Engels. Staline n’a fait que confirmer et maintenir cette position.

    C’est précisément cette partie de l’enseignement marxiste- léniniste qui a été de plus en plus soumise aux attaques des politiciens et idéologues bourgeois et qui a finalement pratiquement disparu du programme de toute une série de partis communistes.

    Il ne s’agit pas d’une question de terminologie mais bien de contenudu contenu de ce concept. Tout État est une dictature, dictature de l’une ou de l’autre classe. Classe qui dispose du pouvoir économique. Cependant il ne faut pas confondre la teneur du pouvoir – c’est-à-dire dans l’intérêt de qui on met en application et on défend le pouvoir de classe – avec la formeles moyens, le régime d’exécution de ce pouvoir. C’est ainsi que le fascisme est une forme terroriste de la dictature de la bourgeoisie. Le fascisme apparaît lorsque le capital est obligé de se départir des formes démocratiques de gouvernement pour passer à un régime de soumission directe et brutale des travailleurs.

    La dictature du prolétariat est assurée par la classe des travailleurs et par leurs alliés. La dictature du prolétariat peut apparaître dans des formes extrêmement diversifiées de pouvoir. Les travailleurs souhaitent que cette méthode de mise en application de leur pouvoir soit elle-même démocratique. Cependant comme l’histoire l’a montré, cette possibilité ne dépend pas toujours des travailleurs eux-mêmes. L’opposition à la bourgeoisie peut nécessiter des formes de pouvoir beaucoup plus brutales. La révolution doit être à mesure de se défendre de façon à pouvoir subsister.

    Les idéologues et les opportunistes bourgeois confondent volontairement le contenu de la dictature du prolétariat en tant que substance de classe du pouvoir de l’État du prolétariat, avec les méthodes et formes de sa mise en application. Ceci est fait dans le but d’identifier le socialisme et le fascisme de façon à désorienter les travailleurs. Les sociaux-démocrates et « l’Eurocommunisme» se sont embarqués sur cette voie. Le malheur est que certains communistes n’y voient même pas un piège.

    Cependant, il ne faut pas opposer dictature et démocratie en tant que contenu du pouvoirDictature et démocratie ne peuvent être opposées que seulement du point de vue de la forme, des moyens, du mode de mise en application du pouvoir par l’une ou l’autre classe. C’est cela la substance de l’opposition qui est faite entre dictature et démocratie.

    Le leitmotiv des opportunistes Gorbatcheviens du PCUS a été la paix civile dans une période où la contre-révolution s’attaquait aux victoires du socialisme dans le pays.

    L’expérience des trois et quatre dernières décennies de l’histoire de l’URSS a montré que l’ennemi principal de la gestion stalinienne, l’opportunisme, mène inévitablement à la restauration ouverte du capitalisme. L’hystérie anti-stalinienne jouait un rôle de paravent dans le renforcement de la campagne anti-léniniste et anti-communiste» (Conférence de presse tenue le 2 mai 1992 à Bruxelles, publiée dans le journal belge Solidaire N°823 du 27 mai 1992).

    Les luttes multiformes et protéiformes des peuples pour l’indépendance nationale ont pris diverses voies : luttes armées (Algérie, Angola, Mozambique, Guinée Bissau, Zimbabwe, Afrique du Sud, Sahara, etc), luttes politiques (Guinée Conakry, Ghana, Mali, RDC, etc). Dans beaucoup de pays, la décolonisation a très vite pris le pli d’une entente concertée nommée « accords de coopération » pour organiser le passage de colonies à néo-colonies (Sénégal, Côte d’Ivoire, Maroc, Tunisie, Bénin, Togo, etc). Dans d’autres pays, les impérialistes ont assassiné les leaders et massacré les peuples en révolte pour imposer l’indépendance néocoloniale (Madagascar, Cameroun, etc). Les velléités post-indépendance de rupture avec les « accords de coopération » ont été stoppées par des coups d’Etats ramenant ces pays dans le « pré-carré » françafricain (Togo, Gabon, Bénin, Congo, Mali, Niger, Tchad, Centrafrique, Comores, etc).

    Les « conférences nationales » des années 90 ont restructuré la domination françafricaine pour juguler et récupérer les révoltes populaires au-delà des gains indéniables en termes d’avancées démocratiques. L’Afrique du franc colonial CFA fut ainsi intégrée dans la dissolution monétaire des monnaies nationales européennes dans l’Euro, étape de l’évolution progressive de la françafrique vers l’eurafrique.

    L’ère dite du « vent d’Est de la démocratisation » a été marquée par la dévaluation du franc CFA consécutive à plus d’une décennie d’imposition des plans libéraux d’ajustement structurel pour payer la dette inique. La dévaluation a ouvert la voie aux privatisations bradages des secteurs économiques stratégiques (eau, électricité, telecom, ports, chemins de fer, aéroports, mines, terres, etc) détenus auparavant par les Etats africains afin, selon les « accords de coopération » léonins, de rembourser à la puissance coloniale une prétendue « dette » coloniale pour la construction des infrastructures de l’époque coloniale. Ce procédé spoliateur est identique à l’indemnisation des esclavagistes lors de l’abolition de la traite et de l’esclavage des noirs au 19éme siècle.

    Cette ère de la démocratie pluripartite a succédé à l’ère des coups d’états civils et militaires néocoloniaux et des dictatures néocoloniales civiles (Sénégal, Côte d’Ivoire) et militaires ailleurs des années 60/70/80 marquées par l’instauration partout du pouvoir des partis uniques ou unifiés pro-impérialistes de droite ou de ‘gauche’ socialistes.

    Corsetée par les politiques économiques libérales néocoloniales, la « démocratisation » africaine des années 90 s’est embourbée dans l’explosion exponentielle de la corruption qui a emporté les libéraux, les sociaux libéraux et même la gauche historique révolutionnaire, voire communiste dans le marais du népotisme, de la gabegie, de l’enrichissement illicite.

    La sphère de la bourgeoisie bureaucratique a été ainsi étendue à la majorité de la classe politique. Faire la ‘politique’, devenir ministre est devenu le chemin le plus court pour devenir milliardaire dans les néo-colonies où l’essentiel de l’activité économique se partage entre secteur formel détenu principalement par les entreprises impérialistes et secteur informel où se débattent les entrepreneurs nationaux.

    Toute cette évolution prédatrice en Afrique reflète au plan local l’aggravation de la crise systémique de surproduction et de sur-accumulation du capital mondialisé qui va engendrer des résistances sociales à l’intérieur des pays impérialistes et des résistances nationales dans les pays dominés. Les pays rescapés du camp socialiste comme la Chine populaire, le Vietnam, la Corée du nord et Cuba socialiste seront en pointe dans la résistance au diktat de la pensée unique libérale développant une alternative socio-économique et politique qui ont fait de la Chine populaire la première économie mondiale, du Vietnam une puissance en devenir, de la Corée du nord une puissance nucléaire défensive et de Cuba une puissance médicale internationaliste. D’autres pays capitalistes comme l’Inde, le Brésil et la Russie vont aussi combiner protectionnisme et libéralisme économique pour monter en puissance. L’impérialisme Occidental US/UE vont se lancer dans un nouveau cycle de guerres dont l’objectif est de contrôler les sources de matières premières à travers le monde pour contrer les pays émergents qui concentrent de plus en plus l’essentiel de la production mondiale de marchandises, de biens et de services. C’est là d’où vient le lancement par les impérialistes Otano/US/UE de leur fameuse « guerre contre le terrorisme ».

    Dès lors que la stratégie impérialiste de la « guerre au terrorisme » a été étendue à l’Afrique doublée de la « crise migratoire », la révolte d’une jeunesse en quête d’une vie meilleure au pays est devenue une réalité qui s’impose avec force. Le sous développement imposé contraint les enfants de l’Afrique à suivre le chemin pris par les matières premières pour fuir la misère vers « l’eldorado » chimérique européen ou étatsunien où ils sont maltraités comme « esclaves sans papiers » qui alimentent l’économie souterraine capitaliste des pays impérialistes. L’équation se ramène donc à choisir la mort lors de la traversée du désert ou des mers ou encore la maltraitance raciste à l’arrivée aux USA et en Europe et rester au pays, se battre pour changer le pays pour y gagner une vie meilleure.

    Partout en Afrique, la jeunesse, de plus en plus vaccinée des illusions de la «mondialisation libérale pour tous», « du monde devenu un village planétaire pour tous », « de la mondialisation de l’enrichissement individuelle qui ruisselle sur le collectif », « de la globalisation une chance pour chacun et pour tous les pays », découvre peu à peu la réalité de l’exploitation de classe et de l’oppression des peuples et cherche à renouer avec la lutte collective patriotique contre l’hégémonie séculaire de l’impérialisme Otano/US/UE.

    Selon les pays, les luttes des peuples prennent la forme d’un coup d’État souverainiste comme parachèvement temporaire et conjoncturel des mobilisations populaires comme au Mali, au Burkina, au Niger ou bien prennent la forme de la conquête du pouvoir par les urnes comme en Centrafrique ou en voie de l’être au Sénégal et ailleurs.

    Ces coups d’État à l’instar de l’arrivée au pouvoir de Sankara ne peuvent pas du tout être assimilés aux putschs françafricains des années 60/70. Les ingérences militaristes actuelles dans la scène politique résultent à la fois du besoin grandissant de sécurité face au djihado-terrorisme, de la prise de conscience du double jeu de la soi disant « lutte contre le terrorisme » de l’impérialisme, de soulèvements populaires inaboutis et sauvagement réprimés et du discrédit de la classe politique civile fortement corrompue.

    Ces facteurs objectifs favorisent la prise de conscience progressive dans la jeunesse et dans l’armée, qui est en première ligne contre le « terrorisme djihadiste », de la nécessité de la souveraineté nationale, du panafricanisme souverainiste et de l’opportunité de mettre à profit l’avènement progressif du monde multipolaire porté par l’opposition des puissances montantes à l’hégémonie séculaire de l’impérialisme occidental.

    Ces facteurs politisent non seulement la jeunesse mais aussi les armées nationales dont Sankara disait fort justement « un militaire sans formation politique est un criminel en puissance ».

    Ces coups d’états d’aujourd’hui au Mali, au Burkina, au Niger ont donc une signification politique différente de ceux françafricains des années 60/70 et de celui du Mali en 91 qui fut récupéré puis intégré dans la stratégie de « la démocratisation pluripartite des conférences nationales » lancées par le sommet françafricain de la Baule présidé par le socialiste Mitterrand. La démocratisation multipartite est une conquête des luttes populaires qui a été ainsi dévoyée par l’intégration de la classe politique de droite et de gauche dans la mondialisation de la pensée unique libérale qui proclame en parole des libertés individuelles et collectives tout en en excluant en pratique la majorité désargentée. C’est la démocratie de dupe par laquelle on invite les pauvres, les travailleurs, le peuple à voter pour celui ou celle qui va gouverner au service des profits des riches.

    Si dans les pays impérialistes le pouvoir est directement ou indirectement au service des gros actionnaires bourgeois, dans les néo-colonies les fonctions ministérielles ou à la tête de la haute administration sont la voie royale de l’enrichissement illicite de la bourgeoisie bureaucratique, moyen aussi par lequel le « politicien » remplit sa cagnotte d’électeurs pauvres pour les échéances électorales.

    L’élection peut être « un piège à con » comme le disent nos cousins politiques anarchistes, mais c’est aussi un moment où nous autres communistes pouvons mesurer le degré de conscience des classes laborieuses. C’est donc un critère important mais pas suffisant pour vanter la démocratie bourgeoise comme le fin du fin. Il en est de même du multipartisme, du monopole des milliardaires sur la presse faiseurs d’opinion.

    La démocratie est en soi au fond une dictature de classe dont les formes peuvent être démocratiques ou fascistes donc terroristes. La forme, le mode d’exécution, les institutions, les lois sont déterminés par le rapport des forces entre les classes sociales d’un pays, d’une nation.

    Ces coups d’états s’opèrent dans un contexte où se posent dans l’immédiat deux équations à résoudre pour commencer à envisager la libération nationale africaine : se débarrasser de l’occupation militaire de l’impérialisme françafricain, eurafricain, usafricain, occupation que nous avions prédit en titrant dès septembre 2010 « OTAGES, AREVA, TOTAL, AFRICACOM : LES ENJEUX CACHES D’UNE OCCUPATION MILITAIRE DU SAHEL ! » et vaincre l’agression djihado-terroriste fomentée par la destruction de l’État national libyen par l’impérialisme. Voilà ce que nous écrivions alors : « Des prises d’otages se multiplient dans le Sahel. Après la libération de P. Camatte contre de l’argent, Michel Germaneau a été tué à la suite d’ une attaque militaire franco-mauritanienne en territoire malien et dans des conditions non éclaircies si l’on en croît des journaux africains (Algérie, Mali, etc.). Sept autres ont été enlevés au Niger. Chaque enlèvement a été l’occasion d’un accroissement de la présence militaire française, laquelle est maintenant doublée d’un appui de troupes d’élites et de la technologie spatiale de surveillance US. C’est à se demander si, après avoir perdu la bataille d’Alger, les terroristes islamistes fascistes armés qui ont ensanglanté l’Algérie dans les années 90, ces « combattants de la liberté » financés, armés, entraînés par les USA contre l’Afghanistan laïque et progressiste soutenu par l’URSS, ne se sont pas repliés dans les pays du Sahel ? Mais justement la prise d’otages d’Arlit au Niger des employés du monopole capitaliste françafricain AREVA ne lève t-il pas un coin de voile sur les dessous cachés par la presse bourgeoise impérialiste ? ».

    D’autres étapes à conquérir doivent combiner ces tâches immédiates urgentes du moment ou les faire se succéder selon l’évolution du rapport évolutif des forces aux plans national, africain et international entre camps patriotique et néocolonial : souveraineté monétaire, budgétaire, diplomatique, militaire sécuritaire, sur les richesses nationales et la reconstruction d’une démocratie élective qui respecte réellement à la fois la séparation des pouvoirs, le rôle régulateur et punisseur des corps de contrôle de l’État et la démocratie participative populaire.

    Contre la dépendance séculaire qui a été infligée à notre chère terre d’Afrique, ne faut-il pas définir comme un des critères démocratiques de reconnaissance des partis politiques le respect de la souveraineté nationale constitutionnelle ? Critère que l’on retrouve par exemple en Chine Populaire, au Vietnam socialiste et à Cuba socialiste qui ne légalisent que les partis ou mouvements qui ont participé à la libération nationale et non les partis apatrides pro-impérialistes. Ces partis apatrides y sont formellement interdits.

    Il faut vraiment en finir avec le totalitarisme idéologique du prétendu « universalisme » du modèle dit démocratique né des expériences révolutionnaires anti-féodales en Europe qui ont donné la République bourgeoise et la monarchie parlementaire ou encore la république nord-américaine indépendantiste mais esclavagiste que le féodalisme a légué au capitalisme naissant. L’antithèse historique sur le plan démocratique de l’expérience US est la révolution haïtienne indépendantiste et abolitionniste de la traite et de l’esclavage des noirs. La « plus grande démocratie » supposée être les USA garde encore, malgré les conquêtes démocratiques du mouvement anti-raciste des droits civiques contre l’apartheid US, les stigmates du racisme endémique que l’on peut établir par la comptabilité macabre des noirs tués et du chiffre qui fait que 13 % de la population, les noirs font 90 % de la population carcérale aux USA.

    En outre, il y a un travail de décolonisation mentale à faire sur la notion, le concept de démocratie et son opérationnalité évolutive en intégrant les valeurs positives anté-coloniales ou pré-coloniales de démocratisation africaine comme celle de Thierno Souleymane Baal en 1776 et la Charte du Mandé au 13éme siècle.

    Diagne Fodé Roland 25/08/23

  • M.K. Bhadrakumar-Qui a peur de Prigojine et de Wagner ?

    M.K. Bhadrakumar-Qui a peur de Prigojine et de Wagner ?

    Dans les minutes ou les heures qui ont suivi la mort, mercredi, du chef de l’organisation Wagner Evgueni Prigojine, qui regroupe des entrepreneurs militaires russes, les médias occidentaux ont publié une avalanche d’articles accusant le président Vladimir Poutine d’être l’auteur de ce crime.

    C’est presque comme si on avait appuyé sur un bouton dans un centre de commandement inconnu pour lancer un nouveau récit visant à diaboliser Poutine pour avoir servi le plat froid de la vengeance à Prigojine, pour reprendre les mots récents du directeur de la CIA William Burns, pour avoir organisé un coup d’État raté en Russie. Personne ne s’est soucié de produire des preuves empiriques.

    «Répétez un mensonge assez souvent et il deviendra la vérité». La loi de la propagande est souvent attribuée au dirigeant nazi Joseph Goebbels, qui avait compris le pouvoir de la répétition des mensonges. C’est désormais la boussole de l’Occident pour «effacer» la Russie.

    Certes, Poutine avait toutes les raisons d’être agacé par Prigojine – un «coup de poignard dans le dos», comme il l’a dit – alors que le pays mène une guerre existentielle contre des ennemis jurés qui cherchent à démembrer la Russie. Mais trois considérations discréditent l’hypothèse de l’implication de Poutine.

    Premièrement, pourquoi une méthode aussi grossière qui rappelle l’assassinat du charismatique général iranien Qassem Soleimani, fer de lance de «l’axe de résistance» de Téhéran contre les États-Unis, par l’ancien président américain Donald Trump ?

    Dans son célèbre essai de 1827 intitulé «Le meurtre considéré comme l’un des beaux-arts», Thomas De Quincey écrivait : «Tout dans ce monde a deux poignées. Le meurtre, par exemple, peut être saisi par sa poignée morale… et c’est, je l’avoue, son côté faible ; ou il peut aussi être traité esthétiquement, comme l’appellent les Allemands, c’est-à-dire en relation avec le bon goût». L’esthétique du meurtre de Prigojine est, pour faire simple, la moins séduisante du meurtre si la motivation était la vengeance.

    Deuxièmement, Prigojine était un homme mort en sursis pour avoir mis en scène un acte aussi idiot, après que sa couverture de sécurité lui a été retirée par l’État. Imaginez l’ex-président Barack Obama sans protection des services secrets après le meurtre d’Oussama ben Laden, ou Mike Pompeo et Trump se promenant sans sécurité après le meurtre de Soleimani.

    Mais Poutine a clairement indiqué que Wagner aurait encore un avenir et que le pays se souviendrait de son rôle dans la guerre en Ukraine. Poutine a même invité Prigojine à une réunion au Kremlin. On peut dire que les premières remarques de Poutine sur la mort de Prigojine trahissent une trace de pitié. (ici et ici)

    Poutine a déclaré : «Je connais Prigojine depuis très longtemps, depuis le début des années 1990. C’était un homme dont le destin n’était pas facile. Il a commis de graves erreurs dans sa vie, mais il a aussi obtenu les résultats nécessaires – à la fois pour lui-même et, lorsque je le lui demandais, pour la cause commune. C’est ce qui s’est passé ces derniers mois».

    «Pour autant que je sache, il n’est rentré d’Afrique qu’hier. Il a rencontré des responsables ici. Il a travaillé non seulement dans notre pays – et avec succès – mais aussi à l’étranger, en particulier en Afrique. Là-bas, il s’est occupé de pétrole, de gaz, de métaux précieux et de pierres», a ajouté Poutine.

    Dans l’empressement excessif à se concentrer sur le meurtre de Prigojine pour diaboliser Poutine, on oublie que celui qui a chorégraphié le crime s’est également assuré que toute la structure de commandement de Wagner a été éliminée. Bye, bye, l’Afrique !

    Dans un avenir proche, personne ne pourra contester l’hégémonie de la Légion française au Sahel ou rivaliser avec le vaste réseau de 29 bases du Commandement Afrique du Pentagone réparties sur le continent, de Djibouti au nord au Botswana au sud. En d’autres termes, le bras long du «smart power» russe a été coupé d’un seul coup de lame. Qui en profitera ?

    Troisièmement, le meurtre de Prigojine a été mis en scène un jour spécial qui, dans une perspective historique, doit être considéré comme l’heure de gloire de la diplomatie russe depuis la désintégration de l’ancienne Union soviétique. La réalité d’un «nouveau point de départ pour les BRICS» – comme l’a déclaré le président chinois Xi Jinping – doit encore être pleinement assimilée, mais ce qui ne fait aucun doute, c’est que la Russie en sort gagnante.

    L’expansion des BRICS signifie que la question d’une monnaie unique de règlement est sur la table et que le système financier international ne sera plus jamais le même ; la dédollarisation frappe aux portes ; un nouveau système commercial mondial prend forme et rend obsolète le régime d’exploitation occidental vieux de quatre siècles, conçu pour transférer les richesses aux pays riches ; les BRICS sont enfin passés d’un club informel à une institution qui éclipsera le G7.

    Le pays hôte, l’Afrique du Sud, a largement contribué à l’agenda russe et chinois de la multipolarité. La déclaration commune de l’Afrique du Sud et de la Chine et l’admission de l’Éthiopie (où l’Occident a tenté d’organiser un changement de régime) en tant que membre des BRICS soulignent l’émergence d’un alignement en Afrique. Tout cela n’a-t-il pas un sens ?

    Et surtout, le grand message qui ressort de Johannesburg est qu’avec tous les chevaux et tous les hommes du roi, l’administration Biden a lamentablement échoué à «isoler» la Russie – c’est écrit en toutes lettres dans l’éclat resplendissant du sourire effervescent du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. La Russie couronne ses gains sur les champs de bataille de l’Ukraine par une victoire diplomatique exceptionnelle en se plaçant du bon côté de l’histoire aux côtés de la Majorité mondiale.

    Aurait-il été logique que, de tous les jours, Poutine ait choisi mercredi pour jouer les trouble-fêtes alors que le prestige de la Russie était au plus haut au sein de la communauté internationale ? Une fois de plus, la question se pose : Qui a à y gagner ?

    La vérité, c’est qu’il peut y avoir n’importe qui pour éliminer physiquement Prigojine. En Russie même, Prigojine avait recruté des criminels endurcis qui purgeaient une peine de prison pour qu’ils combattent en Ukraine et obtiennent ainsi une remise de peine. Il les a déployés sans formation militaire adéquate et plus de 10 000 d’entre eux auraient été tués. Cette affaire suscite un profond sentiment de répulsion au sein de la Russie.

    Il y a aussi les ennemis extérieurs, à commencer par la France, qui a été pratiquement évincée de la région du Sahel, son terrain de jeu où elle s’amusait comme ancienne puissance coloniale jusqu’à ce que Prigojine vienne gâcher la fête. Depuis, la France a du mal à cacher sa rancœur à l’égard de la Russie.

    Entre-temps, la crise qui se préparait au Niger a alerté les États-Unis sur le fait que Prigojine était à l’affût. La redoutable secrétaire d’État par intérim Victoria Nuland, qui a orchestré le coup d’État de 2014 en Ukraine, s’est rendue à Niamey pour implorer les putschistes de ne pas collaborer avec Wagner.

    Cependant, Prigojine se serait faufilée dans le pays voisin, le Mali, où Wagner est bien établi, dans le but d’établir un contact avec les nouveaux dirigeants du Niger et de proposer les services de Wagner. En d’autres termes, Prigojine menaçait de faire au Pentagone ce qu’il avait déjà fait à la Légion française au Sahel.

    Il est tout à fait concevable que l’administration Biden ait décidé que trop c’était trop et que Wagner devait être décapité. Bien entendu, le départ de Prigojine et de son noyau de commandants supérieurs affaiblira Wagner de manière incalculable.

    Pendant ce temps, en Russie, les impitoyables services secrets ukrainiens opèrent à différents niveaux. Les attaques de drones contre Moscou sont organisées par des saboteurs à l’intérieur de la Russie. Et l’Ukraine a elle aussi un compte à régler avec Wagner, qui s’implante en Biélorussie.

    Il ne fait aucun doute que les services de renseignement ukrainiens et leurs mentors occidentaux ont des intérêts convergents pour détruire Wagner et l’éliminer complètement de l’échiquier géopolitique.

    M.K. Bhadrakumar

    source : Indian Punchline

  • Pepe Escobar – BRICS 11 : Tour de force stratégique

    Pepe Escobar – BRICS 11 : Tour de force stratégique

    Le président chinois Xi Jinping a qualifié d’«historiques» toutes les décisions majeures prises lors du 15ème sommet des BRICS en Afrique du Sud. On peut considérer qu’il s’agit là d’un euphémisme.

    Il faudra du temps pour que le Sud mondial, ou la Majorité mondiale, ou le «Globe mondial» (copyright président Loukachenko), sans parler de l’Occident collectif stupéfait, saisisse pleinement l’énormité des nouveaux enjeux stratégiques.

    Le président Poutine, pour sa part, a qualifié les négociations sur l’expansion des BRICS de très difficiles. On commence à avoir une idée relativement précise de ce qui s’est réellement passé sur la table à Johannesburg.

    L’Inde voulait trois nouveaux membres. La Chine en voulait jusqu’à 10. Un compromis a finalement été trouvé, avec 6 membres : L’Égypte, l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), l’Argentine et l’Éthiopie.

    Il s’agit donc désormais des BRICS 11. Et ce n’est qu’un début. À partir de la présidence tournante russe des BRICS, le 1er janvier 2024, d’autres partenaires seront progressivement inclus, et très certainement une nouvelle série de membres à part entière sera annoncée lors du sommet des BRICS 11 à Kazan en octobre de l’année prochaine.

    Nous pourrions donc bientôt atteindre les BRICS 20 – en route vers les BRICS 40. Le G7, à toutes fins utiles, glisse vers l’oubli.https://t.me/geopolitics_live/4256?embed=1

    Sur la création d’un Nouvel Ordre Mondial par les BRICS :
    Les diplomates des BRICS regardent parfois les défis qui les attendent et se disent :

    «Pouvons-nous y arriver ? C’est tellement compliqué, tellement complexe….
    si vous les faites interagir de plus en plus étroitement, alors ils pourront relever les défis,
    mais dans une atmosphère de coopération, de respect mutuel et de respect de la
    souveraineté de chacun, ce qui est le contraire absolu de l’ordre international fondé
    sur des règles», a déclaré à Sputnik Pepe Escobar, analyste géopolitique et écrivain.

    Mais commençons par le commencement. À la table fatidique de Johannesburg, la Russie a soutenu l’Égypte. La Chine a tout misé sur la magie du golfe Persique : l’Iran, les Émirats arabes unis et les Saoudiens. Cela va de soi : L’Iran et la Chine sont déjà engagés dans un partenariat stratégique et Riyad accepte déjà de payer l’énergie en yuans.

    Le Brésil et la Chine ont soutenu l’Argentine, le voisin en difficulté du Brésil, qui court le risque de voir son économie entièrement dollarisée, et qui est également un fournisseur clé de matières premières pour Pékin. L’Afrique du Sud a soutenu l’Éthiopie. L’Inde, pour une série de raisons très complexes, n’était pas vraiment à l’aise avec trois membres arabes/musulmans (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte). La Russie a apaisé les craintes de New Delhi.

    Tout ce qui précède respecte les principes géographiques et marque l’idée que les BRICS représentent le Sud mondial. Mais cela va bien plus loin, mêlant stratégie astucieuse et realpolitik sans état d’âme.

    L’Inde a été rassurée parce que le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, présent à la table des négociations de Johannesburg au nom du président Poutine, et très respecté par New Delhi, a parfaitement compris qu’une nouvelle monnaie unique des BRICS est encore loin d’être une réalité. Ce qui compte vraiment, à court et à moyen terme, c’est l’expansion du commerce intra-BRICS dans leurs monnaies nationales.

    C’est ce qu’a souligné la présidente de la Nouvelle Banque de développement (NDB), Dilma Rousseff, dans son rapport aux hôtes du sommet sud-africain, alors même que le président brésilien Lula soulignait une fois de plus l’importance de mettre en place un groupe de travail pour discuter d’une monnaie des BRICS.

    Lavrov a compris que New Delhi était absolument terrifiée à l’idée de subir des sanctions secondaires de la part des États-Unis, au cas où son rôle au sein des BRICS deviendrait trop ambitieux. Le Premier ministre Modi fait essentiellement le lien entre les BRICS et l’obsession impériale totalement artificielle contenue dans la terminologie «Indo-Pacifique», qui masque un nouvel endiguement de la Chine. Les psychopathes néo-con straussiens en charge de la politique étrangère américaine sont déjà furieux que l’Inde achète des tonnes de pétrole russe à prix réduit.

    Le soutien de New Delhi à une nouvelle monnaie des BRICS serait interprété à Washington comme une guerre commerciale totale – et la démence des sanctions s’ensuivrait. En revanche, le ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite n’en a cure : il est l’un des principaux producteurs d’énergie, et non un consommateur comme l’Inde, et l’une de ses priorités est de courtiser pleinement son principal client énergétique, Pékin, et d’ouvrir la voie au pétroyuan.

    Passons maintenant aux enjeux stratégiques. À toutes fins utiles, en termes eurasiens, les BRICS 11 sont désormais en passe de régner sur la route maritime arctique, le corridor international de transport nord-sud (INSTC), les corridors est-ouest de la BRI, le golfe Persique, la mer Rouge et le canal de Suez.

    Cela permet de combiner plusieurs corridors terrestres avec plusieurs nœuds des Routes de la soie maritimes. L’intégration est presque totale dans le Heartland et le Rimland. Tout cela en un seul mouvement stratégique sur l’échiquier géopolitique/géoéconomique.

    Bien plus qu’une augmentation du PIB collectif des BRICS 11 à 36% du total mondial (déjà plus important que celui du G7), le groupe englobant désormais 47% de la population mondiale, la principale percée géopolitique et géoéconomique est la manière dont les BRICS 11 sont sur le point de littéralement casser la baraque sur les fronts des marchés de l’énergie et des matières premières.

    En intégrant l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les BRICS 11 s’imposent instantanément comme une puissance pétrolière et gazière. Selon InfoTEK, les BRICS 11 contrôlent actuellement 39% des exportations mondiales de pétrole, 45,9% des réserves prouvées et au moins 47,6% de tout le pétrole produit dans le monde.

    Avec les BRICS 11 qui pourraient notamment inclure le Venezuela, l’Algérie et le Kazakhstan comme nouveaux membres dès 2024, ils pourraient contrôler jusqu’à 90% de l’ensemble du pétrole et du gaz échangés à l’échelle mondiale.

    Corollaire inévitable : des opérations réglées en monnaies locales, sans passer par le dollar américain. Conclusion inévitable : le pétrodollar dans le coma. L’Empire du chaos et du pillage perdra son repas gratuit : le contrôle des prix mondiaux du pétrole et les moyens d’appliquer la «diplomatie» par le biais d’un tsunami de sanctions unilatérales.

    Déjà à l’horizon, la symbiose directe BRICS 11-OPEC+ est inévitable. L’OPEC+ est effectivement dirigée par la Russie et l’Arabie saoudite.

    Une réorientation géoéconomique bouleversante est à portée de main, impliquant tout, des routes empruntées par les chaînes d’approvisionnement mondiales et les nouvelles routes des BRICS à l’interconnexion progressive de la BRI, de la Vision 2030 saoudienne et de l’expansion portuaire massive aux Émirats arabes unis.

    En choisissant l’Éthiopie, les BRICS étendent leur portée africaine sur l’exploitation minière, les minéraux et les métaux. L’Éthiopie est riche en or, platine, tantale, cuivre, niobium et offre un vaste potentiel dans l’exploration du pétrole et du gaz naturel. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont également impliqués dans l’exploitation minière.

    Tout cela laisse présager une intégration rapide et progressive de l’Afrique du Nord et de l’Asie occidentale.

    Le nouveau choc des BRICS, dans le domaine de l’énergie, est un contrepoint historique au choc pétrolier de 1973, après lequel Riyad a commencé à se vautrer dans les pétrodollars. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite, sous la houlette de MbS, opère un changement tectonique et est en train de s’aligner stratégiquement sur la Russie, la Chine, l’Inde et l’Iran.

    Un coup d’État diplomatique n’est même pas un début de description. Il s’agit de la deuxième étape du rapprochement entre Riyad et Téhéran, initié par la Russie et finalisé par la Chine, qui a récemment été scellé à Pékin. Le leadership stratégique Russie-Chine, qui travaille patiemment en synchronisation, n’a jamais perdu de vue la balle.

    Comparez maintenant avec les «stratégies» collectives de l’Occident, telles que le plafonnement des prix du pétrole imposé par le G7. En fait, la «coalition des volontaires» du G7 a imposé elle-même un plafonnement des prix du brut russe importé par voie maritime. Le résultat est qu’ils ont dû commencer à acheter beaucoup plus de produits pétroliers aux pays du Sud mondial qui ont ignoré le plafonnement des prix et ont dûment augmenté leurs achats de brut russe.

    Devinez qui sont les deux premiers : la Chine et l’Inde, membres des BRICS.

    Après s’être vautré dans plusieurs phases de déni, l’Occident collectif pourrait – ou non – réaliser que c’est un rêve insensé que d’essayer de «découpler» la partie de l’économie mondiale dominée par l’Occident de la Chine, quoi qu’en dise Washington.

    Les BRICS 11 montrent aujourd’hui, de manière graphique, comment le «Sud mondial/Majorité mondiale/Globe mondial» est plus non aligné sur l’Occident qu’il ne l’a jamais été dans l’histoire récente.

    Soit dit en passant, le président du G77, le dirigeant cubain Diaz-Canel, était présent au sommet des BRICS en tant que représentant du nouveau mouvement des non-alignés de facto : le G77 comprend en fait pas moins de 134 pays. La plupart d’entre eux sont africains. À Johannesburg, Xi Jinping a rencontré en personne les dirigeants de la plupart d’entre eux.

    L’Occident, pris de panique, les considère tous comme «dangereux». Le dernier refuge est donc, comme on peut s’y attendre, rhétorique : «découplage», «dé-risquage» et autres idioties du même genre.

    Mais cela peut aussi s’avérer dangereux d’un point de vue pratique. Comme lors du tout premier sommet trilatéral à Camp David le 18 août entre l’Empire et deux vassaux asiatiques, le Japon et la Corée du Sud. Cela peut être interprété comme le premier pas vers une OTAN asiatique militaro-politique encore plus toxique que le Quad ou l’AUKUS, obsédée par la volonté de contenir simultanément la Chine, la Russie et la RPDC.

    L’ONU répertorie 152 pays dans le monde comme «pays en développement». C’est à eux que s’adresse le groupe BRICS 11, car ils dépassent les pays du Nord sur tous les plans, de la croissance démographique à la contribution globale à la croissance du PIB mondial mesurée en PPA.

    Au cours des dix dernières années, depuis l’annonce de la BRI à Astana puis à Jakarta, les institutions financières chinoises ont prêté près de 1000 milliards de dollars pour des projets de connectivité des infrastructures dans tout le Sud mondial. Le prochain forum de la BRI à Pékin marquera un nouvel élan. C’est la symbiose BRI-BRICS.

    Lors du G20 de l’année dernière, la Chine a été le premier pays à faire pression pour l’inclusion de l’Union africaine (UA), qui compte 55 membres. Cela pourrait se produire lors du sommet du G20 le mois prochain à New Delhi ; dans ce cas, la représentation du Sud mondial sera proche de la parité avec celle du Nord.

    Les affirmations selon lesquelles Pékin organiserait une conspiration malveillante pour faire des BRICS une arme contre le G7 sont infantiles. La realpolitik – et les indicateurs géoéconomiques – dictent les termes, configurant le choc du nouveau : l’insignifiance irréversible du G7 avec la montée en puissance des BRICS 11.

    Pepe Escobar

  • Pepe Escobar-BRICS : Le facteur Chine-Inde

    Pepe Escobar-BRICS : Le facteur Chine-Inde

    Après une longue préparation marquée par d’immenses attentes dans l’ensemble du Sud mondial, de la Majorité mondiale ou du «Globe mondial» (selon l’expression du président de Biélorussie Loukachenko), le sommet des BRICS en Afrique du Sud a révélé, dès son premier jour, un incident «perdu dans la traduction» qui devrait être considéré comme un sérieux avertissement.

    La transmission du Forum des affaires des BRICS sur la chaîne sud-africaine SABC s’est transformée en une Babel linguistique des BRICS. Les voix de tous les traducteurs, simultanément, s’entrechoquaient sur le fil. Les explications vont de la volonté de créer un nouvel espéranto (peu probable) à l’incompétence de l’équipe d’ingénieurs du son, en passant par l’isolement des traducteurs dans une cabine séparée, qui n’ont pas été prévenus qu’ils devaient éteindre leurs micros, ou encore par les interférences de la NSA, qui ont perturbé les fréquences des micros des traducteurs.

    Quoi qu’il en soit, la métastase s’est transformée en une sérieuse entrave à la compréhension des débats par le public sud-africain – et international – en ligne. Même si les «problèmes de traduction» n’annule pas l’ambitieux programme de changement des BRICS, elle sera certainement exploitée au maximum par les suspects habituels du «diviser pour régner» pour renforcer leur guerre hybride tous azimuts contre les BRICS, déjà en cours.

    Quels que soient les résultats concrets finaux de ces journées qui pourraient changer la donne à Johannesburg – j’ai analysé les thèmes clés ici – les faits de base sont immuables.

    La Chine et la Russie, en tant que principaux moteurs, sont déterminées à s’étendre vers les BRICS+ pour résister à l’intimidation impériale, diplomatique et autre ; construire des alternatives à SWIFT ; promouvoir l’autosuffisance économique parmi les membres et l’autonomie par rapport à la démence des sanctions (qui ne fera qu’augmenter) ; et finalement forger une alliance contre les menaces militaires impériales – avec la possibilité que les BRICS+ fusionnent à l’avenir avec l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS).

    Le facteur chinois est sans doute le vecteur clé de tous ces processus complexes et entrelacés. Il n’est pas étonnant que le président Xi, lors de sa deuxième visite d’État à l’étranger en 2023 (après la Russie), organise une réunion spéciale à Johannesburg avec des dizaines de chefs d’État africains.

    L’opinion publique chinoise est absolument captivée par le sommet des BRICS, dont «l’intérêt dépasse celui du G7». L’ensemble de l’ordre du jour défiant l’Empire – de la dédollarisation à l’influence accrue sur le marché de l’énergie – fait l’objet d’un débat approfondi, de même que le fossé entre la Chine et l’Inde, New Delhi étant souvent désignée comme un agent hostile à l’intérieur des BRICS.

    Les sherpas, officieusement, ainsi que les diplomates des cinq BRICS actuels (qui devraient bientôt s’agrandir) ont été très prudents pour encadrer l’ensemble du débat non pas sur la dédollarisation – qui reste une perspective lointaine – mais sur les systèmes alternatifs de commerce et de paiement en monnaies locales.

    Pourtant, dans son discours par vidéoconférence – salué comme une rock star – le président Poutine a été catégorique : le processus de dédollarisation au sein des BRICS est irréversible.

    Pourtant, ce sont les contradictions internes qui ressortent lorsqu’il s’agit des BRICS+. New Delhi s’est montrée extrêmement prudente, même si les sherpas ont fait savoir que les principales règles d’admission avaient été approuvées.

    Les proverbiaux «Diviser pour mieux régner» ont fait croire que Pékin voulait que les BRICS+ soient un concurrent du G7. C’est absurde. La géopolitique chinoise est bien plus sophistiquée et n’imposerait jamais à ses partenaires un impératif de fer. Pékin veut consolider son rôle de facto de leader géoéconomique du Sud mondial en séduisant un maximum de partenaires, et non en les intimidant.

    D’où l’importance de la rencontre Chine-Afrique. L’Afrique du Sud a été le premier pays africain à adhérer à l’Initiative Ceinture et Route (BRI). Pékin et Pretoria célèbrent 25 ans de relations diplomatiques. Xi et Ramaphosa parleront de l’intégration économique globale de l’Afrique, en détail, avec tous ces chefs d’État.

    La vision de la Chine pour les BRICS+ et surtout pour l’Afrique est intrinsèquement liée à la BRI, qui après tout est le concept global de politique étrangère de Pékin pour les prochaines décennies.

    L’Inde, pour sa part, a d’autres idées lorsqu’il s’agit de se configurer en tant que leader du Sud mondial. Au début de l’année, New Delhi a accueilli un sommet sur la voix du Sud mondial, auquel ont participé plus de 100 pays. Ce sommet aurait pu constituer une sorte d’alliance multilatérale informelle, avec des valeurs diverses, mais se concentrant largement sur les mêmes objectifs que ceux promus par les BRICS.

    Si la Chine roule avec la BRI, l’Inde roule avec une sorte de contrepartie – complémentaire – : le Corridor international de transport Nord-Sud (INSTC), dont elle est l’un des principaux acteurs aux côtés de la Russie et de l’Iran. Nous avons donc ici un membre important des BRICS et un membre potentiel des BRICS+ : l’Inde est très intéressée par l’adhésion de l’Iran.

    Tout cela va en fait dans le sens d’une intégration des BRICS, de la BRI, de l’INSTC et aussi de l’OCS (la Russie, la Chine, l’Inde et l’Iran en sont tous membres). Une fois de plus, le diable sera dans les détails «perdus dans la traduction». Il n’y a pas d’impératif catégorique indiquant que les priorités chinoises et indiennes ne peuvent pas converger.

    Les RIC (Russie, Chine, Inde) ont également noté que l’écrasante majorité des pays du Sud mondial et de la Majorité mondiale n’ont pas soutenu – ni adhéré – au rêve humide collectif de l’Occident de supprimer stratégiquement la Russie. Même si la Russie est aujourd’hui la cinquième économie mondiale en termes de PPA (plus de 5000 milliards de dollars) – devant les vassaux européens impériaux – le Sud mondial perçoit Moscou comme «l’un des nôtres».

    Tout cela confère un pouvoir supplémentaire au nouveau Mouvement des non-alignés (MNA), qui doit être courtisé en permanence par les RIC. Les «initiatives» tardives du Nord telles que l’initiative américaine «Build Back Better World» et la «Global Gateway» de l’UE sont considérées au mieux comme de la rhétorique luxuriante.

    Même si la Chine est tenue de renforcer son rôle de premier plan dans le Sud mondial, en particulier en Afrique, après le sommet, l’Inde compte également sur un coup de pouce dans le rôle de puissance Nord-Sud qu’elle s’est donné. Cela peut être considéré comme une sorte de jeu de couverture, car l’establishment de New Delhi s’enorgueillit d’être entrelacé avec le Sud mondial lorsqu’il s’agit d’objectifs stratégiques (le Quad ? Vraiment ?) tout en restant un acteur du Sud mondial.

    Tôt ou tard, il faudra bien que quelque chose cède. L’Empire a conçu sa fausse terminologie et sa stratégie «Indo-Pacifique» spécifiquement pour piéger l’Inde. Personne en Asie-Pacifique n’a jamais fait référence à la région en termes d’«Indo-Pacifique». Pourtant, d’un seul coup, l’Empire se débarrasse de la Chine, de la mer de Chine méridionale et même de l’Asie du Sud-Est pour accueillir dans un slogan accrocheur ce qu’il considère au mieux comme une néo-colonie géopolitique et un bélier contre la Chine.

    Il semble que New Delhi développe une tendance : ne jamais être à la hauteur de son potentiel lorsqu’il s’agit d’exercer sa souveraineté pour défier l’hégémon.

    Le champ d’action de la Russie est bien plus ambitieux : il s’étend de l’espace post-soviétique au Heartland, en passant par l’Asie-Pacifique réelle, l’Asie occidentale et, à l’instar de la Chine, l’Afrique. Tous ces acteurs dépendent de l’énergie, des denrées alimentaires, des engrais chimiques et d’une multitude de produits de base russes. Pour eux, il n’y aura pas de «découplage» ou de «réduction des risques» lorsqu’il s’agira de commercer avec la Russie.

    Dans son discours par vidéoconférence aux BRICS, Poutine a évoqué le front de la connectivité, en développant sur l’INSTC et la route maritime du Nord. Il a également fait référence à la fourniture gratuite de céréales aux pays africains les plus pauvres. Il a fustigé le «soi-disant» accord sur les céréales : Moscou envisagerait d’y revenir, mais seulement si ses demandes légitimes sont satisfaites.

    Contrairement à l’expansion rapide du «soft power» russe, comment Pékin pourrait-il développer le sien – qui pourrait être gravement déficient dans plusieurs domaines ? La création d’instituts Confucius ne suffit pas ; idéalement, les Chinois devraient commencer à promouvoir une série de groupes de réflexion du Sud mondial, de l’Asie occidentale à l’Afrique et à l’Amérique latine, afin d’analyser les défis géopolitiques et géoéconomiques de plus en plus importants qui se posent à la route multipolaire.

    Pour l’instant, Pékin va donner un coup de fouet aux formes institutionnelles d’interactions Sud-Sud, telles que le Forum Belt and Road (le prochain aura lieu en octobre), le Forum sur la coopération sino-africaine et le Forum Chine-CELAC avec l’Amérique latine et les Caraïbes.

    Mais encore une fois, au sein des BRICS, tout revient à la Chine et à l’Inde. L’année 2023 pourrait marquer un tournant dans leurs relations bilatérales. New Delhi a organisé le dernier sommet de l’OCS (malheureusement uniquement en ligne ; les rumeurs de dissensions internes n’ont jamais été totalement démenties). Elle présidera également le prochain sommet du G20.

    Et puis il y a le facteur externe toxique : la guerre hybride impériale déjà en cours contre les BRICS. Les suspects habituels ne reculeront devant rien pour opposer Pékin à New Delhi, d’autant plus que tout ce qu’ils ont lancé contre Moscou a lamentablement échoué.

    Cette guerre hybride à multiples facettes a été conçue pour miner les BRICS+ de l’intérieur, en particulier les nœuds plus faibles que sont le Brésil et l’Afrique du Sud, et notamment l’Iran, qui fait déjà l’objet de méga-sanctions s’il devient membre. L’Empire ne reculera devant rien pour ne pas perdre les pivots clés de l’hégémonie latino-américaine et africaine.

    Dans l’ensemble, les RIC – et peut-être bientôt les RIIC – devraient concentrer leur attention sur l’Afrique. Cela ne signifie pas qu’une foule de pays africains devraient être autorisés à rejoindre les BRICS+ littéralement demain ; la question est de pouvoir les aider dans plusieurs domaines cruciaux car le processus de rupture avec le contrôle impérial/néocolonial est désormais irréversible.

    L’Empire ne dort jamais – du moins ceux qui dirigent vraiment : Les mannequins de crash test qui se font passer pour des présidents, c’est une autre affaire. Les rêves de faux drapeaux taïwanais s’estompant rapidement, il y a fort à parier que l’Empire pourrait organiser sa prochaine grande guerre psychologique en Afrique.

    Pepe Escobar

    source : Global South

  • Afrique 50 le film interdit de Rene Vautier sur l’Afrique et le colonialisme.

    Afrique 50 le film interdit de Rene Vautier sur l’Afrique et le colonialisme.

    « Amis, la colonisation, ici comme partout, c’est le règne des vautours. Et les vautours qui se partagent l’Afrique ont des noms. »1

    1En 1950, le cinéaste militant René Vautier (1928-2015) réalise Afrique 50. Envoyé par la Ligue de l’Enseignement française pour documenter l’action éducative métropolitaine en Afrique-Occidentale française (AOF), il détourne cette mission pour réaliser un brûlot politique : le premier film anticolonialiste français. René Vautier, adhérent du Parti communiste français (PCF), ancien résistant breton, futur activiste de l’Algérie indépendante, interpelle immédiatement le spectateur avec le tutoiement des « camarades », pour lancer un appel visant à éveiller les consciences en France, un cri contre le colonialisme.

    • 2 Il s’agit du décret du 8 mars 1934, adopté alors que Pierre Laval est ministre des Colonies. Il fut (…)
    • 3 Dénonçant la « censure abusive » et l’inculpation de René Vautier et Raymond Vogel, Jacques Krier s (…)
    • 4 René Vautier, Caméra Citoyenne : Mémoires, Rennes, Apogée, 1998.

    2C’est cette critique frontale du colonialisme qui valut à René Vautier d’être emprisonné pendant près d’une année, pour avoir violé un décret de 1934 relatif aux colonies2 (émanant du ministre des Colonies de l’époque, Pierre Laval3). La prise d’images de la répression sanglante des émeutes ivoiriennes de 1949 organisées sous l’égide de Felix Houphouët-Boigny leur a valu une co-inculpation qui préfigura la fuite de Vautier vers la France métropolitaine4. La saisie et la destruction des négatifs (ordonnées par le tribunal de Bobo-Dioulasso – Haute-Volta – en 1950) et la censure du film n’ont pas empêché une large diffusion alternative d’un film irrémédiablement amputé des deux tiers puis remonté (17 min). Grâce aux connexions du PCF avec l’URSS et les organisations internationales communistes, le film circula surtout de l’autre côté du rideau de fer. Au cours de l’année 1955, la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD) présente le film à Varsovie dans le cadre du Festival mondial de la jeunesse (FMJ) ; de nombreux jeunes militants indépendantistes africains (y compris ivoiriens) assistent à la projection qui met en scène les idéaux de lutte des jeunesses communistes face aux « tyrannies » occidentales.

    3Afrique 50 ne fut réhabilité en France qu’en 1996, lors d’une séance organisée sous la houlette du directeur de la Cinémathèque française, Jean Rouch. Encore aujourd’hui, il n’a pas d’existence juridique et n’est toujours pas inscrit aux Registres de la Cinématographie et de l’Audiovisuel.

    Afrique 50, un cri anticolonialiste

    4Construit en trois chapitres, les images d’Afrique 50 nous présentent dans un premier temps une Afrique intemporelle, qui paraît encore éloignée de la colonisation. Un village anonyme du Niger est le théâtre de scènes exotiques où la situation coloniale n’apparaît que via la voix over de René Vautier. Cette narration se poursuit jusqu’au bout du film en décryptant des situations filmées dans un rapport inédit d’égalité entre les sujets colonisés et le réalisateur français. Dans un deuxième temps, suite à la destruction d’un village équivalent à celui que nous venons de quitter, nous entrons dans la Côte d’Ivoire des compagnies coloniales, celle de l’exploitation des richesses et des travailleurs par les « Blancs ». En nous emmenant en voyage depuis les campagnes reculées du fleuve Niger jusqu’à la côte Atlantique, Vautier dénonce l’exploitation en règle des hommes et des terres africaines. Enfin, la troisième partie s’attache à démontrer la montée en puissance des revendications indépendantistes, au nom des idéaux d’égalité. La violence policière et militaire de la puissance coloniale y est omniprésente et atteint son acmé dans la prison de Bassam (Côte d’Ivoire). Elle est contrebalancée par les marches finales « dans le grand coude-à-coude des peuples pour la paix et le bonheur ».

    • 5 Voir L’Histoire, « La politique anticolonialiste du parti communiste : hésitations et volte-face », (…)

    5Notre propos est de montrer qu’Afrique 50 se présente comme un cri anticolonialiste lancé à la fois en soutien aux militants indépendantistes, mais aussi à la métropole et, peut être surtout, un cri qui doit résonner dans la lutte que livrent l’Union soviétique et ses alliés contre l’Occident libéral en général et les métropoles coloniales en particulier, identifiées comme des points faibles de tout le système capitaliste. Aussi, en proposant une lutte internationale des « peuples africains », alliés aux « forces progressistes », pour leur liberté face au joug occidental, le propos de René Vautier s’inscrit dans la ligne idéologique du Parti communiste5.

    • 6 Voir Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Laurent Gervereau, Images et Colonies, Iconographie et pro (…)

    6Nous décrypterons dans un premier temps la situation coloniale en AOF telle qu’elle est imaginée par le cinéaste, circulant depuis les « scènes traditionnelles »6 du monde rural africain jusqu’à la mobilisation politique des Africains, qui est présentée dans le film comme la conséquence la plus directe de l’exploitation des masses par l’impérialisme occidental. Nous circulerons dans un second temps sous la projection de la scène coloniale africaine pour déceler l’image de la métropole. Alors que la population française est appelée à prendre conscience du réveil inexorable des peuples dominés, les images des répressions sanglantes menées par le colonisateur et l’armée française s’articulent à l’enjeu de démontrer que ces « crimes fascistes contre la liberté » sont perpétrés « en notre nom à nous, gens de France ! ». Dans le contexte de l’après Seconde Guerre mondiale, cette interpellation fait appel au souvenir de la résistance française contre l’oppresseur allemand.

    Dénoncer l’impérialisme

    7Avec Afrique 50, René Vautier immerge quasi immédiatement le spectateur dans la violence de la situation coloniale : précarité des villages ; misère rurale ; exploitation des richesses par les compagnies coloniales et les administrateurs coloniaux ; violence de la répression des aspirations légitimes à l’indépendance. Il conclut son pamphlet par un appel à la convergence entre les luttes indépendantistes et ouvrières.

    • 7 René Vautier, Caméra Citoyenneop. cit.
    • 8 Voir Pascal Blanchard, Stéphane Blanchoin, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch et Hubert Gerbeau, L’Autr (…)

    8Le mandat initial de Vautier (qui lui est confié par la Ligue de l’Enseignement) est de filmer « la vie du paysannat africain »7 en AOF. Pourtant, alors que le point de départ de son entreprise vise à présenter les conditions de travail et de vie des agriculteurs de l’AOF, Vautier filme les premiers plans dans un village selon le dispositif mis en place par les séries « scènes et types »8 – femme pilant le mil, préparation des repas, hommes réparant leurs filets –, tout en transgressant le registre rassurant de ces premières scènes par le commentaire qui souligne la « grande misère » des conditions matérielles du paysannat africain, misère dont serait responsable le colonialisme lui-même.

    9De plus, s’adressant à la Ligue de l’Enseignement, le cinéaste cherche à montrer l’indigence de l’action éducative coloniale. En effet, le premier chapitre d’Afrique 50 est largement centré sur les activités des enfants. Les enfants « jouent. Que feraient-ils d’autre ? Il n’y a place dans les écoles d’Afrique Noire que pour 4 % des enfants d’âge scolaire. Juste le pourcentage suffisant pour que l’administration ait des greffiers, et les compagnies coloniales des comptables. » Vautier met ici en cause l’administration coloniale qui ne crée des services publics que lorsque les enjeux économiques font sentir le besoin d’une amélioration des conditions de vie des colonisés. Nous verrons plus loin dans quelle économie discursive s’inscrit cette analyse et le contexte qui la dynamise.

    10De même, le garçon qui travaille à la forge de son père montre l’ironie grinçante de Vautier face à l’exploitation coloniale : « Une école ? Pas besoin de savoir lire pour faire marcher ce soufflet 16 heures par jour ! » Le travail des enfants lui permet d’aborder la question du travail forcé. En effet, bien que celui-ci ait été aboli par la loi Houphouët-Boigny de 1946 suite à la multiplication des formes de résistance passive dans les années 1930 et sous l’impulsion des parlementaires africains et communistes, la question sociale semble demeurer dominante en AOF. « Il faut payer l’impôt en argent liquide. […] Pour avoir l’argent, un seul moyen, travailler pour la compagnie coloniale, à 50 francs par jour. » Ces 50 francs par jour reviennent tout au long de la deuxième partie du film, répétés comme un leitmotiv, pour souligner la précarité et l’exploitation des colonisés. On l’a vu, ceux-ci sont dans un premier temps montrés dans des « scènes » illustrant le travail rural (pêche, agriculture, élevage). Dans la deuxième partie du film, le cinéaste présente le caractère précaire et dangereux du travail ouvrier, filmant des Africains au service des navires des compagnies coloniales qui « attendent dans le petit matin, pour s’en aller remplis des produits de la terre des nègres, de la peine des nègres ».

    • 9 Voir Georges Balandier, « La situation coloniale, approche théorique », Cahiers internationaux de s (…)
    • 10 Paul Boulland, Nathalie Ethuin et Julian Mischi, « Les disqualifications des gauchistes au sein du (…)

    11L’ensemble du travail effectué, qu’il s’agisse de la production agricole (champs, plantations, forêts) ou du fonctionnement des barrages, de la construction des routes ou du chargement des paquebots est mis au service de la culture d’exportation et de l’enrichissement exclusif des multinationales (Lesieur, Unilever, etc.). Ainsi, les images de ces exploités effectuant un travail épuisant, leurs corps en sueur sous un soleil de plomb, mis en danger par un véritable déni de leur existence (« si l’un se noie on donnera 500 francs à sa veuve ») apparaissent au prisme des richesses accumulées et exportées (coton, cacao, arachide, okoumé, acajou, mil, etc.)9. Le contraste est explicité par le discours de Vautier, faisant écho aux luttes ouvrières européennes et à leur combat contre les « valets de l’impérialisme »10, illustrant l’une des facettes du discours du Parti communiste, faisant de l’alliance des classes ouvrières du monde entier le levain de la Révolution future.

    12En AOF, ces « valets » sont les colons qui apparaissent dans Afrique 50 sous deux formes : celle de l’administrateur et celle des compagnies. La figure autoritaire de « Monsieur l’Administrateur » – qui « là-bas, dans une confortable maison de pierre, […] fait la sieste, écrasé de soleil », et dont les précieux volets sont transportés avec attention : « Pas sur la tête ! Une tête de noir est sale pour un volet d’administrateur ! A bout de bras et plus vite ! » – exemplifie le caractère abusif et l’autorité coloniale. Elle permet à Vautier de montrer avec ironie la position autoritaire et lointaine (on ne les voit jamais à l’écran) de ces administrateurs qui ordonnent l’impôt, font la loi et coordonnent à distance le travail forcé.

    • 11 Voir Franz B. (pseudonyme), « Afrique 50 de René Vautier : un film de haute lutte – Une trajectoire (…)
    • 12 Voir Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952.

    13Dans son incipit, en exposant sa méthode de filmage, le réalisateur cherche à se démarquer de ceux qu’il dénonce et auxquels il sait ressembler. Il utilise cette figure pour se démarquer et affirmer sa propre présence. « Les seuls blancs qui sont entrés avant toi dans ce village sont ou bien l’administrateur qui venait prendre l’argent pour l’impôt ou bien le recruteur qui venait prendre les hommes pour l’armée. Aussi le village se méfie. » René Vautier s’interroge d’emblée sur sa propre situation d’homme blanc venu de métropole pour filmer les paysans d’un village africain et explicite cette interrogation. Il s’agit de mettre en place une manière de filmer qui nécessite d’établir un rapport de connivence avec les colonisés11. Un peu comme si pour « filmer avec » les Africains, Vautier devait nécessairement « filmer contre » le colonisateur. Il demande l’autorisation de parcourir un village, lui, l’homme blanc, et cherche ainsi à établir un rapport d’égalité avec les colonisés (y compris les enfants, qualifiés de « sages » ou de « philosophes » et dont les actions sont commentées avec un ton parfois amusé mais toujours complice). Il remet ainsi en question l’ordre de la situation coloniale qui labellise les colonisés comme irrémédiablement inférieurs12. Ce renversement symbolique de la domination coloniale est central, tout autant dans l’image que dans le ton du propos, faisant directement écho à un parti-pris militant tenu jusqu’au bout du film.

    • 13 Voir Jean-François Bayart, L’Etat en Afrique, la politique du ventre, Paris, Fayard, 1989.

    14La seconde forme de l’exploitation coloniale présentée dans le film est celle de l’exploitation économique par les compagnies coloniales : les façades imposantes de la Société Commerciale de l’Ouest Africain, de la Compagnie Française de l’Afrique occidentale, de DAVUM, de l’Africaine Française, du Niger Français ou de la Compagnie Française de la Côte d’Ivoire contrastent avec les villages filmés quelques plans plus tôt. L’énumération des chiffres impressionnants de leurs bénéfices en 1949 rappelle que l’impérialisme colonial n’est qu’une manifestation de l’impérialisme économique. La démonstration vise à expliquer que par la prise de possession politique des territoires d’AOF, la nation coloniale française instrumentalise la société colonisée pour son enrichissement. Le succès de la lutte pour l’indépendance politique, mise au regard de la continuation de la domination économique des puissances occidentales sur les anciennes colonies13, illustre bien le fondement économique de la colonisation tel qu’exposé par Vautier. Pour illustrer cet impérialisme, le cinéaste s’inspire du modèle du montage des attractions développé par Eisenstein, lors d’un passage présentant des animaux montrés en alternance avec les images des compagnies coloniales. Il enchaîne des images sans lien sémantique entre elles mais ayant une logique dans le discours métaphorique, dans une tension entre agressivité des images et efficacité du propos anticolonialiste : d’un côté les vautours et les bousiers et de l’autre les compagnies coloniales et les masses populaires colonisées.

    • 14 Voir S. Lemaire, L’Agence économique des colonies. Instrument de propagande ou creuset de l’idéolog (…)
    • 15 Voir N.Bancel, P.Blanchard, F.Delabarre, Images d’Empire. Trente ans de photographies officielles s (…)

    15Il faut à nouveau souligner la nouveauté du film de Vautier. Comme nous l’avons vu, non seulement la censure est vigilante (et justifiera, tout au long des années 1940-1950 une série d’interdictions, en métropole et dans les colonies, d’ouvrages, de journaux, d’articles et d’images parus sur différents supports), mais il faut également se remémorer que la censure est complétée par une vigoureuse action de propagande coloniale, menée par l’Agence économique de la France d’Outre-mer14, qui soutient toutes les manifestations coloniales (expositions notamment), et qui cherche à favoriser l’essor économique colonial, offrant ainsi aux périodiques en France, mais aussi à l’étranger, des articles illustrés « clés en main », de même qu’une abondante documentation iconographique15. L’enjeu de l’« information » et de la diffusion des représentations coloniales est donc un enjeu politique central, en particulier dans le contexte de l’année 1949. En effet, l’Etat se trouve face à sa première crise de l’après Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Indochine, et il faut donc bien se remémorer ce contexte pour comprendre que cette conjoncture renforce les craintes d’une extension des conflits coloniaux.

    16L’année 1949 est aussi politiquement fondamentale pour au moins deux raisons supplémentaires. Premièrement, nous nous trouvons alors deux ans après la sortie des ministres communistes du gouvernement d’union nationale, conformément aux directives du Kominterm visant, dans le contexte de guerre froide accentué par le partage de Berlin, à lutter « bloc contre bloc » et « classe contre classe » contre l’ennemi capitaliste. Le PCF a alors, globalement, aligné son discours sur celui de Moscou, qui accuse les Etats-Unis et les grandes compagnies transnationales non seulement d’exploiter les pays pauvres ou colonisés (l’anticolonialisme américain est brocardé comme une formule cynique visant à renforcer le leadership des Etats-Unis face aux métropoles coloniales vieillissantes), mais aussi de chercher à fomenter une guerre, rendue nécessaire par l’expansion du capitalisme lui-même. C’est la position politique et l’arrière-plan idéologique de Vautier dans son film, même si on ne peut douter de sa sincérité (Vautier soutiendra explicitement et matériellement le FLN durant la guerre d’Algérie, le Parti communiste demeurant politiquement ambigu durant cette période). Deuxièmement, il faut également se souvenir de la situation qui prévaut en AOF. Le Rassemblement démocratique africain d’Houphouët-Boigny, qui dispose d’une large assise en Côte d’Ivoire, s’est allié après le second conflit mondial avec le PCF, et a suivi la ligne politique de ce dernier, de la collaboration à l’affrontement, à partir de 1947. La situation en 1949 est donc également très tendue, car d’une part la répression du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (qui est une section du Rassemblement démocratique africain fondé par Houphouët-Boigny : PDCI/RDA) est particulièrement féroce, non seulement parce que le parti est associé au « danger communiste » mais aussi parce qu’il s’agit d’un parti présent dans tous les territoires d’AOF et qui vise en conséquence à unifier les luttes contre les autorités coloniales, et, d’autre part, parce que le PDCI/RDA, sous les coups de boutoir de la répression, n’est pas loin de plier. C’est ce qui se produira un an plus tard, lorsque le PDCI/RDA se désapparentera du PCF. Sans doute sans le mesurer pleinement, René Vautier arrive en AOF dans une conjoncture qui constitue politiquement un pivot, et son brûlot n’en est que plus dérangeant pour les autorités coloniales.

    17Celui-ci, dans cet univers politique extrêmement polarisé et conflictuel, poursuit un travail discursif efficace et univoque. Dans le domaine de l’étude des conditions éducatives, par exemple, René Vautier souligne avec force la désuétude et la faiblesse du système d’enseignement (primaire et secondaire) en AOF, ce qui est avéré : 4 % seulement d’élèves scolarisés, l’immense majorité dans le primaire, avec des perspectives extrêmement faibles de pouvoir intégrer le secondaire et encore moins le supérieur. Mais ce constat fait aussi l’économie d’éclairer la nouvelle politique mise en place après 1945 par l’Etat, qui se fonde sur un plan de développement (adopté alors que les ministres communistes sont encore au gouvernement, mais appliqué alors qu’ils en sont sortis) qui aboutit à un développement non négligeable du système éducatif, faisant passer le taux de scolarisation de 4 à 12 % en AOF (et 15 % en Côte d’Ivoire) de 1946 à 1958, et permettant l’envoi de plusieurs milliers de boursiers en métropole. Car malgré la répression du PDCI/RDA, la haute administration coloniale (ou tout au moins certains de ses représentants) est passée d’une conception assimilationniste à une conception associationiste, promouvant donc l’éducation primaire et la formation d’une élite devant, à terme, partager le pouvoir. Une analyse plus nuancée du taux de scolarité en AOF est bien moins efficace que les « 4 % » scandés par Vautier, dans un film militant qui est construit comme un pamphlet plus que comme un documentaire.

    18Dans la même perspective, les remarques du cinéaste imputant l’extension de l’administration coloniale aux seuls intérêts de l’exploitation économique, si elles ne sont pas dénuées de fondement, sont incomplètes. On le voit d’ailleurs très clairement dans le développement des administrations coloniales après 1945, dont l’accroissement est de très loin supérieur au développement économique. René Vautier se place donc dans le cadre classique d’une analyse articulant mécaniquement le développement de l’Etat au seul profit du capitalisme (ce serait sa « béquille »). Mais dans le cadre de l’AOF et de la politique d’association progressivement suivie par les autorités coloniales, l’extension des appareils bureaucratiques apparaît largement dépendante de la volonté de placer les nouveaux diplômés, au détriment, souvent, de l’efficacité économique elle-même. Les budgets des territoires seront d’ailleurs, quelques années après le tournage du film, consacrés essentiellement au paiement de cette administration coloniale et les marges d’investissement progressivement réduites pour s’approcher de zéro… Ce que ne dit pas non plus le film est le changement radical de financement des colonies adopté en même temps que le plan décennal de développement : le financement direct des colonies à partir de transferts de l’Etat français vers ces dernières (jusqu’alors les colonies devaient s’autofinancer par l’impôt, ce qui réduisait évidemment considérablement les possibilités dans le cadre d’une économie encore très partiellement monétisée).

    19Même si Afrique 50 reflète les oppositions politiques et les contraintes géopolitiques de ces oppositions, et si en conséquence son propos est structuré par ces mêmes contraintes, il a l’immense mérite d’établir une rupture épistémologique avec le triomphalisme désuet et anachronique de la propagande coloniale dans laquelle la France est baignée depuis la fin du xixe siècle. Il montre aussi avec la puissance du cinéma – serait-on tenté de dire – les réalités quotidiennes du monde du travail : exploitation quasi servile des enfants, salaires de famine (mais constituant pourtant des revenus infiniment plus élevés que dans le monde paysan), rapacité des grandes compagnies concessionnaires, pillage en règle des ressources naturelles et spécialisation productive agricole dont les effets, à terme, se révéleront catastrophiques.

    Montrer la répression

    20Mais la plus grande force du film est, peut-être, de faire comprendre, visualiser, sentir, ce que signifie concrètement la répression coloniale. Dans Afrique 50, la montée en puissance de la violence de la situation coloniale s’effectue par accumulation. Au début du film, les exactions de l’armée française – qui sont alors pratiquement passées sous silence en métropole – sont montrées ponctuellement puis, de plus en plus présentes à l’écran, elles s’achèvent à la prison de Bassam avec la mort de Mamba Bakayoko, une femme de 70 ans « morte pour avoir lutté pour que les écoles et les hôpitaux remplacent les cours de prison. […] Pour que le peuple africain puisse enfin connaître le bonheur. Mamba Bakayoko est morte. » Plutôt que de retracer « la vie paysanne africaine », Vautier montre que l’instrument de l’exploitation économique coloniale est la violence de la répression. Il donne corps aux massacres perpétrés par l’armée et la police coloniale. Ainsi en est-il des habitants de Palaka dans le nord de la Côte d’Ivoire, faute d’avoir payé l’impôt, ou des « meurtres collectifs » de ceux qui ont résisté.

    21Le gouverneur Pechoux rend le PDCI/RDA responsable des incidents de Treichville du 6 janvier 1949 (opposant des membres du PDCI/RDA et du Bloc Démocratique Eburnéen – BDE) et fait incarcérer militants et leaders du PDCI/RDA (à l’exception de Félix Houphouët-Boigny, couvert par son immunité parlementaire) à Bassam. Les « incidents » se multiplient à Agboville, Dimbokro, Séguéla, Daloa, Bouaké et Kétékré et, en guise de répression, « les camions militaires surgissent, semant partout la ruine, la ruine et la mort ». La marche des femmes sur la prison de Bassam de décembre 1949 intervient dans ce contexte de répression, en soutien à la grève de la faim des prisonniers politiques. Sans montrer d’images des répressions elles-mêmes, Vautier les suggère d’autant plus efficacement par les traces de sang laissées dans les villages en ruine, les douilles tombées à terre, ou encore avec les enfants en pleurs et les vieillards courbés, témoins des crimes. Il donne corps aux exactions en livrant des listes de noms, donnant les âges des victimes ainsi que leur nombre.

    22Ainsi, en présentant la situation de précarité des colonisés, l’exploitation économique des ressources et des hommes par les compagnies coloniales et la répression sanglante mise en œuvre par l’armée française, Vautier cherche à légitimer la lutte pour l’indépendance et la présente comme inévitable.

    « Le peuple d’Afrique, s’appuyant sur la constitution française, demande qu’on lui rende la terre qui lui a été volée par les compagnies coloniales, demande qu’on lui rende ses fils qu’on lui a arrachés pour les mener combattre leurs frères jaunes. Le peuple d’Afrique se dresse pacifiquement. Il réclame son dû. »

    • 16 Voir Pascale Barthélémy, « La professionnalisation des Africaines en AOF (1920-1960) », Vingtième S (…)

    23Ainsi se conclut Afrique 50, destiné à mettre en images (et à imaginer) une lutte internationale contre un oppresseur commun (celui des peuples colonisés mais aussi des ouvriers français des dernières scènes). Cette impression d’unité de la société colonisée dans la lutte est bien évidemment imputable à la ligne politique communiste du cinéaste. D’une part les partis politiques d’Afrique-Occidentale française, à cette date et en dehors du RDA, ne réclamaient pas l’indépendance, mais étaient très divisés (divisions évidemment encouragées, parfois construites, par les autorités coloniales, via le financement de partis « amis » et l’organisation d’une fraude électorale généralisée) ; d’autre part, si socialement le PDCI/RDA est soutenu par de larges fractions de la société ivoirienne, les leaders des luttes pour l’indépendance furent principalement des membres des classes intermédiaires de la société coloniale, issus des 4 % ayant eu accès à l’éducation coloniale. Or, cette élite acculturée aux pratiques coloniales – amenée à prendre le pouvoir dans les nations indépendantes – se sépare objectivement des autres groupes sociaux, du fait de leur scolarisation, de leur prestige social dans le monde colonisé et de leur mode de vie à l’européenne. Ce sont eux (et non pas les « masses ») qui, bien souvent éduqués à l’école puis l’université de la République, réclament des droits en se référant à la constitution française16.

    L’incarnation africaine de la « lutte » et sa projection vers la France

    24Des premières aux dernières images d’Afrique 50, il est très clair que le film est à destination de la métropole et des métropolitains, comme l’attestent les difficultés rencontrées par René Vautier pour amener à bon port ce qui est à la fois un témoignage et une accusation. Avant toute chose, il établit une relation de camaraderie (au sens politique du terme) avec les spectateurs. De plus, il cherche à sensibiliser les Français à sa cause en s’appuyant sur de nombreuses analogies afin de permettre aux métropolitains de s’identifier aux colonisés. Enfin, il déconstruit l’image des colonies telles que présentées par la propagande coloniale, cherchant à redonner leur dignité aux Africains.

    25Dans un premier temps, Vautier entreprend de rapprocher les habitants de la métropole des colonisés. Il interpelle donc directement le spectateur en le tutoyant et l’invite à le suivre : « Les seuls blancs qui sont entrés avant toi dans ce village… » La découverte du village nigérien par le spectateur, c’est aussi celle de se faire épier, puis observer franchement par les « ambassadeurs », les enfants qui « te serviront de guide dans leur village ».

    26Le tutoiement suit le spectateur jusqu’au bout : celui-ci n’est plus un observateur tout-puissant qui se sent chez lui, mais associé à l’apparente timidité de Vautier lorsqu’il ose – non invité – s’introduire sur des terres qui ne sont pas les siennes. Adoptant un langage familier quand il évoque sur un ton amusé des « gosses [qui] jouent », sa voix tremble de colère lorsqu’il narre les exactions de l’armée coloniale. Alors que le narrateur recruté pour faire la voix over s’est désisté, Vautier s’empare du micro et y clame une conviction et une émotion facilement palpable. Il s’adresse aux spectateurs comme à des camarades, suivant le vocabulaire des militants de gauche des années 1950, non seulement parce qu’il cherche l’adhésion populaire, mais aussi selon sa volonté de placer le spectateur métropolitain au cœur de l’action. « Tu » devient un protagoniste du film au même titre que les habitants de l’AOF ou que Vautier lui-même. Le système d’exportation des richesses et d’exploitation des habitants de l’AOF se fait au profit des métropolitains – même indirectement, et Vautier veille à ce qu’ils le gardent à l’esprit. Il s’inclut d’ailleurs lui-même dans cette responsabilité : l’énumération des meurtres du village de Palaka assassinés par « balles françaises », ainsi qu’il le scande dans la séquence montrant les ruines du village, est suivie de l’exclamation indignée qui lie irrémédiablement le spectateur au film : « assassinés en notre nom à nous, gens de France ! »

    • 17 Voir Milan Kundera, L’Insoutenable légèreté de l’être, Paris, Gallimard, 2010 [1984], trad. Françoi (…)

    27Vautier s’étant assuré d’un lien de camaraderie avec le spectateur (lui aussi porte la responsabilité des assassinats), il entreprend de le solidifier en dressant des parallèles entre la France et l’AOF. Il s’appuie sur l’imaginaire français pour déconstruire l’exotisme des Africains et créer une fraternité de lutte. Les analogies entre les activités quotidiennes et les mémoires de deux peuples pareillement meurtris par l’occupation permettent la construction du mythe fédérateur de la « grande marche »17. Cette fraternité s’inscrit ainsi dans la ligne politique et idéologique du parti, comme un imaginaire de mobilisation internationale des classes spoliées par l’impérialisme occidental.

    28Dans le village nigérien anonyme et reculé, parangon d’une Afrique qui ne serait pas entrée dans l’Histoire, « les pêcheurs, comme dans les petits ports de Bretagne, maillent leurs filets ». Sur le fleuve Niger, « les langues et les bras vont bon train, comme dans les lavoirs de chez nous » et les « femmes d’Afrique […] comme toutes les femmes du monde » s’occupent des enfants et de la cuisine. Vautier ramène les activités quotidiennes à des structures sociales universalisées, plutôt qu’à une société archaïque (en l’occurrence le patriarcat), qui permet au spectateur de s’identifier avec les colonisés. Il ose même un rapprochement amusé entre les élites européennes et les enfants de villageois : « une courge remplace le ballon […] Oxford et Toulouse n’ont pas l’apanage du rugby ».

    29La France sortant tout juste de la Seconde Guerre mondiale, l’analogie avec l’occupation allemande est d’autant plus forte. L’ancien résistant breton fait résonner chez les Français les exactions de l’armée française en les assimilant aux récents traumatismes et en s’appuyant sur une mémoire commune. Dans la France de l’après-guerre, nul besoin pour Vautier d’expliciter les références qu’il accole à ces « noms de villes sonnant aux Africains comme des Oradours [ou à] N’Go Béna tué à coup de crosse, M’Bog Um assassiné lors d’une perquisition, Marie N’Guéno morte des suites d’un interrogatoire de police, et tant d’autres noms de martyrs sonnant aux Africains comme des D’Estienne D’Orves, comme des Guy Moquet ». En s’appuyant sur ces analogies, le cinéaste imagine et formalise en images une unité de lutte d’abord avec les Malgaches et les Vietnamiens, mais aussi et surtout avec son spectateur, camarade-militant, dans une « grande marche » unificatrice.

    • 18 Id., p. 373.

    « Les mouvements politiques ne reposent pas sur des attitudes mais sur des représentations, des images, des mots, des archétypes dont l’ensemble constitue tel ou tel kitsch politique. L’idée de la Grande Marche, c’est le kitsch politique qui unit les gens de gauche de tout temps et de toutes les tendances. La Grande Marche, c’est ce superbe cheminement en avant, vers la fraternité, l’égalité, la justice, le bonheur. D’ailleurs, le kitsch fait partie de la condition humaine et personne n’y échappe. »18

    30Précurseur des ciné-tracts de Chris Marker et héritier des films politiques d’Eisenstein, Vautier entraîne concrètement son spectateur français dans cette grande marche. Les scènes de manifestation finales alternent entre des images de la marche des femmes sur la prison de Bassam et d’ouvriers français en grève, parmi lesquels un ouvrier ou un étudiant d’origine africaine : « le peuple de France et le Peuple d’Afrique sont au coude à coude. Et cette place dans la lutte commune, le peuple africain la tiendra envers et contre tous jusqu’à ce que soit gagnée la bataille de la vie. »

    • 19 Pascal Blanchard, « La représentation de l’indigène dans les affiches de propagande coloniale : ent (…)

    31L’ensemble des images invite à la surprise et au scandale du spectateur français ; le rapprochement omniprésent entre « Tu » et le sujet du film et le regard exceptionnel de Vautier entrent en effet en totale contradiction, nous l’avons vu, avec l’œuvre métropolitaine de propagande coloniale, et le cinéaste en est plus que conscient : « Tu t’étonnes, les cases brûlées, les habitants massacrés, le bétail pourrissant au soleil, ce n’est pas l’image officielle de la colonisation. » Le film est élaboré sur une déconstruction progressive de cette représentation positive du colonialisme en Afrique et ailleurs. Ainsi, dès le début, « tu verras des choses très pittoresques, sans doute, mais peu à peu, tu te rendras compte que ce pittoresque cache mal une grande misère ». Il reprend alors les codes du film ethnographique (et se rapproche quelque peu de sa commande initiale) : les images d’enfants souriants, les activités quotidiennes en milieu agricole (pêche, fabrication des briques de pisé, coiffure traditionnelle, tisserand, tailleur, vacher, réparateurs de pirogues, etc.), accompagnées d’une musique que le spectateur reconnaît comme une musique traditionnelle africaine (composée par l’écrivain-compositeur et homme politique guinéen Fodéba Keïta). De prime abord, les premières images du film correspondent aux « réflexes iconiques […] de la geste coloniale » et à l’exoticisation des « noirs »19.

    • 20 Voir Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch et Sandrine Lemaire, Zoos humains et exhibiti (…)

    32Mais au fil du récit, Vautier propose une rupture vis-à-vis de cet imaginaire (s’appuyant sur une iconographie coloniale foisonnante : timbres, affiches, films d’actualités ou de fiction, publicités, expositions coloniales, journaux, etc.) proche de celui des « Zoos humains »20 auquel les Français sont habitués. Ici, les colons n’apparaissent jamais directement à l’image, alors que les seuls occidentaux mis en scène sont les ouvriers de la manifestation finale. Quant aux Africains, Afrique 50 les présente essentiellement sous la forme des corps suants des travailleurs du barrage de Markala-Sandanding et ceux – déterminés – des manifestations ivoiriennes.

    • 21 Maria Loftus, « Entretien avec René Vautier », Présence Africaine, vol. 2, n° 170, 2004, pp. 55-59.

    33Aussi, les enfants nigériens « si souriants » sont présentés comme des « sages » ou des « philosophes », alors que la représentation occidentale d’une Afrique intemporelle se fond progressivement dans des images qui rappellent les films urbains de Jean Rouch. Les Ivoiriens sont montrés avec des vêtements tant africains qu’européens ; ces derniers ne réalisent pas leurs réunions politiques en palabrant entre sages ; certains d’entre eux portent l’uniforme de l’armée coloniale. Il est ainsi remarquable de constater que tandis que Vautier se fait le porte-parole de la lutte anticoloniale, ces derniers emblèmes de l’occidentalisation des Africains lui permettent (entre autres) de réaliser un film qui est « une recherche de la dignité africaine en collaboration avec des Africains »21.

    • 22 La IIIe Internationale, ou Komintern, fut fondée en mars 1919 par Lénine pour diriger le mouvement (…)

    34Avec Afrique 50, René Vautier a littéralement détourné (et même retourné) le mandat de la Ligue de l’Enseignement (filmer la « vie paysanne africaine »). En effet, si le cinéaste filme bien les agriculteurs nigériens, c’est pour mieux montrer leur précarité et l’absence de conséquence positive de la colonisation. Il déconstruit le mythe de la « mission civilisatrice française » censée apporter santé et éducation aux Africains et cherche à démontrer que les infrastructures (routes, barrages, plantations, etc.) n’existent que pour le seul enrichissement des compagnies coloniales. D’un film de propagande, il fait un brûlot politique avant-gardiste et contestataire. Les partis pris cinématographiques de René Vautier (la structure narrative, le montage, la méthode de filmage, la réflexivité, le recours discursif à l’analogie) sont autant de ruptures symboliques avec l’ordre colonial qui prédisposait autant le cinéaste breton que les colonisés africains à reproduire les formes structurelles et relationnelles de la domination. René Vautier démontre les logiques d’accumulation, d’hégémonie et d’exclusion qui apparaissent au cœur de la situation coloniale et témoigne de la violence de l’armée coloniale, agissant en « notre nom à nous, gens de France ». En ces termes incarnés en images, il s’inscrit dans la ligne anticoloniale de la IIIe Internationale (1919-1943), qui exigeait des partis et de leurs membres de soutenir « en actes » les mouvements indépendantistes en Afrique et en Asie, de participer à l’expulsion des impérialistes et de faire œuvre d’agitation contre l’oppression des « peuples colonisés »22. Avec Afrique 50, Vautier se lève et lance un cri d’appel à la mobilisation internationale incarnée par la tactique du « classe contre classe ».

    • 23 Article 4 de la Loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribut (…)
    • 24 Ainsi que l’indique la nouvelle plaque de l’ancienne rue du 19 mars 1962, date des accords d’Evian.
    • 25 Voir Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, La Fracture coloniale. La société frança (…)
    • 26 A ce sujet, voir Sarkolonisation, qui remonte Afrique 50 en alternance avec le discours de Dakar de (…)

    35Vouées à l’invisibilité pendant quarante ans – encore que le film, primé à Leipzig, a beaucoup circulé dans les réseaux éducatifs et militants –, les projections contemporaines d’Afrique 50 ont toujours une charge polémique. Depuis 2005 notamment, la société française se trouve régulièrement interpellée par son passé colonial (projet de loi non abouti visant à reconnaître « en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer »23 ; débat sur « l’identité nationale » ; contestations dans certaines zones à forte immigration postcoloniale ou encore la toute récente réhabilitation par le maire de Bézier du « héros français »24 Hélie-de-Saint-Marc, participant au putsch des généraux de 1961 pour l’Algérie française).… En bref, dans cette « situation postcoloniale »25, les images du cinéaste demeurent d’actualité26.

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    Notes

    1 L’ensemble des citations sans références ainsi que les illustrations sont issues du film Afrique 50 (1950) de René Vautier. Le commentaire en voix over du film est retranscrit dans René Vautier, Afrique 50, Paris, Cahiers de Paris Expérimental, 2001.

    2 Il s’agit du décret du 8 mars 1934, adopté alors que Pierre Laval est ministre des Colonies. Il fut publié dans le Journal Officiel de l’AOF du 7 avril 1934 sous les titres : I. « Contrôle des films cinématographiques, des disques phonographiques » ; II. « Contrôle des prises de vue cinématographiques et des enregistrements sonores ».

    3 Dénonçant la « censure abusive » et l’inculpation de René Vautier et Raymond Vogel, Jacques Krier souligne le paradoxe du décret Laval, celui-ci ayant été émis par un ministre qui a été « condamné à mort par la justice française » pour trahison en octobre 1945 (Jacques Krier, « Afrique noire, zone interdite par Pierre Laval aux cinéastes », Ecran français, n° 307, 23 mai 1951, repris dans René Vautier, Michel Le Thomas, Afrique 50 ; De sable et de sang : des massacres de la colonisation aux naufragés des temps modernes, Paris, Les Mutins de Pangée, 2013, pp. 74-77).

    4 René Vautier, Caméra Citoyenne : Mémoires, Rennes, Apogée, 1998.

    5 Voir L’Histoire, « La politique anticolonialiste du parti communiste : hésitations et volte-face », novembre 2010, consulté le 15 avril 2015, histoire.presse.fr.

    6 Voir Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Laurent Gervereau, Images et Colonies, Iconographie et propagande coloniale sur l’Afrique française de 1880 à 1960, Paris, La Découverte, 1993.

    7 René Vautier, Caméra Citoyenneop. cit.

    8 Voir Pascal Blanchard, Stéphane Blanchoin, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch et Hubert Gerbeau, L’Autre et Nous – « Scènes et Types », Paris, Syros, 1995.

    9 Voir Georges Balandier, « La situation coloniale, approche théorique », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 11, 1951, pp. 44-79.

    10 Paul Boulland, Nathalie Ethuin et Julian Mischi, « Les disqualifications des gauchistes au sein du PCF. Enjeux sociologiques et stratégiques », in Savoir/Agir, vol. 4, n° 6, 2008, pp. 29-39.

    11 Voir Franz B. (pseudonyme), « Afrique 50 de René Vautier : un film de haute lutte – Une trajectoire exemplaire », 20 février 2014, consulté le 10 avril 2015, libertaire93.over-blog.com.

    12 Voir Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952.

    13 Voir Jean-François Bayart, L’Etat en Afrique, la politique du ventre, Paris, Fayard, 1989.

    14 Voir S. Lemaire, L’Agence économique des colonies. Instrument de propagande ou creuset de l’idéologie colonial en France (1870-1960) ?, Doctorat d’histoire, Institut universitaire européen de Florence, 2000.

    15 Voir N.Bancel, P.Blanchard, F.Delabarre, Images d’Empire. Trente ans de photographies officielles sur l’Afrique française (1930-1960), Paris, La Documentation française/De la Martinière, 1997.

    16 Voir Pascale Barthélémy, « La professionnalisation des Africaines en AOF (1920-1960) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 3 n° 75, 2002, pp. 35-46 ; Nicolas Bancel et Daniel Denis, « Eduquer : comment devient-on Homo Imperialis », dans Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire (éd.), Culture impériale 1931-1961, Paris, Autrement, 2004, pp. 93-106.

    17 Voir Milan Kundera, L’Insoutenable légèreté de l’être, Paris, Gallimard, 2010 [1984], trad. François Kerel.

    18 Id., p. 373.

    19 Pascal Blanchard, « La représentation de l’indigène dans les affiches de propagande coloniale : entre concept républicain, fiction phobique et discours racialisant », Hermès, La Revue, vol. 2, n° 30, 2001, pp. 147-168.

    20 Voir Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch et Sandrine Lemaire, Zoos humains et exhibitions coloniales, Paris, La Découverte, 2011.

    21 Maria Loftus, « Entretien avec René Vautier », Présence Africaine, vol. 2, n° 170, 2004, pp. 55-59.

    22 La IIIe Internationale, ou Komintern, fut fondée en mars 1919 par Lénine pour diriger le mouvement révolutionnaire mondial. Elle fut dissoute par Staline le 15 mai 1943.

    23 Article 4 de la Loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, consulté le 10 avril 2015, http://www.legifrance.gouv.fr.

    24 Ainsi que l’indique la nouvelle plaque de l’ancienne rue du 19 mars 1962, date des accords d’Evian.

    25 Voir Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, La Fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial, Paris, La Découverte, 2005 ; Marie-Claude Smouts, La Situation postcoloniale, Paris, Presses de Sciences Po, 2007.

    26 A ce sujet, voir Sarkolonisation, qui remonte Afrique 50 en alternance avec le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, sur le DVD d’Afrique 50 (Paris, Les Mutins de Pangée, 2013).Haut de page

    Pour citer cet article

    Référence papier

    Claire Nicolas, Thomas Riot et Nicolas Bancel, « Afrique 50 : le cri anticolonialiste de René Vautier », Décadrages, 29-30 | 2015, 12-30.

    Référence électronique

    Claire Nicolas, Thomas Riot et Nicolas Bancel, « Afrique 50 : le cri anticolonialiste de René Vautier », Décadrages [En ligne], 29-30 | 2015, mis en ligne le 19 janvier 2017, consulté le 24 août 2023. URL : http://journals.openedition.org/decadrages/785 ; DOI : https://doi.org/10.4000/decadrages.785Haut de page

    Cet article est cité par

    • Nicolas, Claire. (2020) Upstanding Youngsters: Ivorian Scouting and the Manufacture of a Subordinate Citizenship (1937–1979). Frontiers in Sports and Active Living, 2. DOI: 10.3389/fspor.2020.568013

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    Auteurs

    Claire Nicolas

    Thomas Riot

    Nicolas Bancel

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    Creative Commons – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International – CC BY-NC-SA 4.0

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    Source : https://journals.openedition.org/decadrages/785

  • Andreï Fourssov : Les élites passent à l’offensive. Nouvelles formes de domination au XXIe siècle : pourquoi les peuples sont privés de culture et d’histoire. 

    Andreï Fourssov : Les élites passent à l’offensive. Nouvelles formes de domination au XXIe siècle : pourquoi les peuples sont privés de culture et d’histoire. 

    Comme vous le savez, la genèse du système détermine son fonctionnement et celui de ses éléments constitutifs du système. La genèse de la néo/hyperbourgeoisie a été la mondialisation et ce que K. Lash a appelé la « révolte des élites » ; cette dernière a été le moteur de la financiarisation et de la mondialisation du capital tout autant qu’elle les a motivées. Si, à partir de la Première Guerre mondiale et de la Révolution d’Octobre, une « rébellion par le bas » s’est développée, coïncidant avec la domination du capital productif sur le secteur bancaire (industriel – sur financier), alors à partir des années 1970, la situation commence à changer, et dans le Années 1980, les sommets passent à l’offensive (« Thatchérisme », « Reaganomics »).

    Comme vous le savez, la genèse du système détermine son fonctionnement et celui de ses éléments constitutifs du système.  La genèse de la néo/hyperbourgeoisie était la mondialisation et le fait que K.

    Une redistribution globale en faveur des classes supérieures commence, et les groupes de la population qui ont beaucoup souffert entre 1945 et 1975 en deviennent les victimes. – la couche intermédiaire et supérieure de la classe ouvrière. Le coup porté contre eux, ainsi que contre une partie de la « vieille » bourgeoisie, a été porté à un niveau auquel ils n’avaient jamais joué et contre lequel il n’avait pas d’armes – du niveau supranational, supranational, mondial. Ce n’est pas un hasard si K. Lash a spécifiquement souligné que la montée de nouvelles élites associée à la dénationalisation de l’entrepreneuriat, lorsque les devoirs restent uniquement vis-à-vis de leur patron (quel que soit le pays où il réside) et de sa couche (et non de son pays), est étroitement liée au déclin mondial, ou plutôt à l’affaiblissement de la couche intermédiaire.

    « La classe moyenne, comme nous le rappelle Walter Russell Mead dans son étude sur le déclin de l’empire américain Mortal Splendor, « ne surgit pas de nulle part ». Sa force et son nombre « dépendent du bien-être général de l’économie nationale ». et dans les pays où la classe moyenne est concentrée entre les mains d’une petite oligarchie et où le reste de la population est désespérément pauvre, la classe moyenne ne peut se développer que dans une mesure limitée… (elle) n’échappera jamais à son rôle initial de servante de l’oligarchie. « Malheureusement, cette description s’applique désormais à une liste croissante de nations dans lesquelles une « part croissante de leur propre produit national va aux investisseurs ou aux créanciers étrangers ». Un sort similaire pourrait bien attendre les États-Unis d’Amérique. » Christophe Lash

    Les nouvelles élites – l’administration des grandes entreprises, les manipulateurs de l’information, les grands hommes d’affaires de l’industrie du luxe, de la mode, du tourisme (le contrôle sur la distribution et la circulation du capital, sur les médias, la gestion de la consommation de luxe deviennent plus importants que la production) et ceux qui R. Reich, appelés « analystes emblématiques », sont bien plus cosmopolites que la bourgeoisie classique.

    Dans les années 1980, la couche intermédiaire s’est divisée en une partie beaucoup plus grande et une partie beaucoup plus petite. La plus petite est l’hyperbourgeoisie, qui est devenue une menace mortelle pour cette couche et pour ceux que le même R. Reich appelait autrefois « les travailleurs routiniers » et le « personnel de service ». Puisque, dans les conditions de financiarisation et de mondialisation, le haut de la classe de cap augmente objectivement en raison de l’inclusion de segments fonctionnels dans celle-ci, ce qui signifie, d’une part, que le milieu devrait rétrécir ; deuxièmement, une partie des revenus doit être perdue par la partie supérieure et qualifiée de la classe ouvrière.

    Par conséquent, si la NVC (la nouvelle classe supérieure) s’oppose à la bourgeoisie traditionnelle en tant que nouveau segment de la même classe, alors pour les « moyens » et les travailleurs acharnés, elle constitue un nouvel exploiteur, un nouveau prétendant à leurs revenus, qui, contrairement aux La bourgeoisie classique, surtout associée à l’État, ne partage pas leurs valeurs (famille, patriotisme) .
    La coupure du gâteau public est assurée de deux manières. D’abord, direct, c’est-à-dire une diminution absolue des revenus de la moitié inférieure (ou des deux tiers inférieurs) de la société. Deuxièmement, une croissance beaucoup plus rapide et significative des revenus des hauts par rapport à ceux des bas.

    Comme vous le savez, la genèse du système détermine son fonctionnement et celui de ses éléments constitutifs du système.  La genèse de la néo/hyperbourgeoisie a été la mondialisation et le fait que K.-2

    En octobre 2006, le magazine britannique The Economist (qui fait partie du cluster Rothschild) a publié un article au titre révélateur « Les super-riches : toujours avec nous ». Dans ce document, en référence à la série d’articles « Class War », parue dans le New York Times, les chiffres suivants étaient donnés. Entre 1990 et 2004 les 90 % des ménages américains les plus pauvres ont augmenté leurs revenus de 2 % en moyenne (tout en gardant à l’esprit la hausse des prix, des taxes, etc.), tandis que les 10 % les plus riches – de 57 %, les 0,1 % les plus riches – de 85 % , et les 0,01 % les plus riches de 112 %. Aux États-Unis, il existe d’autres estimations : depuis les années 1970, les revenus des 25 à 30 % des familles les plus pauvres en termes relatifs ont diminué par rapport à la hausse fulgurante des revenus des 25 à 30 % les plus riches.

    Jeu à somme nulle : si quelqu’un a augmenté, alors quelqu’un a diminué. Quelque chose de similaire se produit en Occident en général. Par exemple, au Royaume-Uni, où entre 1990 et 2006, avec une augmentation de 60 % des prix de détail, la richesse des super-riches a augmenté de 500 à 600 %. L’enrichissement ultra-rapide est une autre caractéristique de la néo-bourgeoisie.

    En même temps, n’ayant pas de véritable base de contenu dans leur être et se sentant « à la fois arrogantes et peu sûres d’elles, les nouvelles élites, en particulier la classe des spécialistes, regardent les masses avec un mélange de dédain et d’appréhension ». D’où un trait caractéristique de l’hyperbourgeoisie que le darwinisme social, la haine de classe envers les classes inférieures, la politique de la néo-bourgeoisie par rapport à laquelle n’est le plus souvent qu’une véritable guerre sociale de classes.

    En aucun cas il ne faut penser que l’apparition de la néo-bourgeoisie change le système ou signifie sa restructuration qualitative – en aucun cas. De plus, le simple fait d’entrer au sommet de la classe mondiale signifie s’y adapter. Duclos a raison : l’ajustement nécessaire pour entrer dans l’hyperbourgeoisie exclut une restructuration à grande échelle des élites classiques – la modification du « capital culturel » nécessaire pour les renouveler sérieusement est trop coûteuse et, pourrais-je ajouter, menace de provoquer de graves bouleversements sociaux. Ainsi, les 2% les plus riches sont restés là où ils étaient, ils avaient un nouvel organe fonctionnel , une nouvelle couche entre eux et le gros de la population, même si cette couche est beaucoup plus fine que la « classe moyenne » des « trente ans d’or » de l’époque. 1945-1975.

    Comme vous le savez, la genèse du système détermine son fonctionnement et celui de ses éléments constitutifs du système.  La genèse de la néo/hyperbourgeoisie a été la mondialisation et le fait que K.-3

    Bien que l’hyperbourgeoisie se « niche » formellement dans son propre pays, elle est en principe orientée au niveau supranational et est prête à renoncer à tout moment aux intérêts nationaux. Le déclin des États-Unis, de la France ou de la Fédération de Russie, respectivement, ne dérange pas la néo-bourgeoisie américaine, française ou russe. A. Wagner l’a très bien montré sur l’exemple de la France dans son ouvrage « Les nouvelles élites de la mondialisation » (Paris, 1998). Après avoir analysé les enclaves internationales (mondialistes) dans tous les pays industrialisés, elle a noté que les succès au niveau supranational deviennent le principal facteur de succès des financiers, des responsables, des « analystes de signature » au niveau national (l’exemple français classique est Macron).

    La solidarité des intérêts de classe au niveau mondial domine l’identité étatique-nationale, cosmopolite mondiale (qui peut être diluée avec d’autres, par exemple homosexuels) – sur l’identité nationale. Le style de vie ci-dessus (plus précisément extra-national) distingue la néo-bourgeoisie de son pays de l’Américain, du Français, de l’Anglais moyen, etc. selon les habitudes, les manières, les goûts et surtout selon leur place dans la division sociale du travail. Et surtout – selon la place dans la division sociale du travail.

    « C’est la classe ouvrière et la classe moyenne inférieure qui considèrent la famille entière comme une ressource d’équilibre dans un monde rebelle, qui ne reconnaissent pas l’expérimentation de « modes de vie alternatifs » et qui sont loin d’accepter inconditionnellement la discrimination positive et d’autres entreprises à grande échelle.  » ingénierie sociale Ils ont un sens des limites plus développé que ceux qui sont au-dessus d’eux. Ils comprennent, comme ceux qui sont au-dessus d’eux ne comprennent pas, qu’il existe des limites naturelles au contrôle humain sur le cours du développement social, sur la nature et le corps, sur les débuts tragiques de la vie et de l’histoire humaines Alors que les jeunes professionnels se soumettent au régime d’exercice et de régime alimentaire le plus strictpour obtenir un sursis après la mort – pour vous maintenir dans un état de jeunesse perpétuelle, éternellement attrayant et apte à de nouveaux mariages. » Christopher Lash

    Comme vous le savez, la genèse du système détermine son fonctionnement et celui de ses éléments constitutifs du système.  La genèse de la néo/hyperbourgeoisie était la mondialisation et le fait que K.-4

    Dans ces pays eux-mêmes, les étrangers (responsables internationaux, personnel du TNC) rejoignent l’élite, bien qu’en France, à côté des clubs cosmopolites comme le Rotary, il existe également des clubs comme le Jockey club, où les étrangers ne sont pas inclus. Wagner a noté que l’un des objectifs des nouvelles élites en France était de changer la mentalité française . En cela, ils agissent comme des « forgerons » actifs et sans visage de la Matrice Globale, et certains résultats ont déjà été obtenus. Cela se voit notamment dans les ouvrages de S. Sand « Le Crépuscule de l’histoire » (2015), consacrés à la fin du roman national français, et « La fin de l’intellectuel français. De Zola à Houellebecq (2016).

    La tendance à la dénationalisation de la culture et de l’histoire n’est pas seulement évidente en France, le problème est encore plus aigu en Allemagne et de nombreuses tentatives de ce type sont nombreuses en Fédération de Russie. La néo-bourgeoisie cherche à réécrire l’histoire de manière à minimiser la présence de la nation et de l’État en son sein. À cet égard, l’hystérie anti-russe en Occident se nourrit de plusieurs motifs – géopolitiques et civilisationnels, dirigés contre la culture et l’État russes, et de classe, néo-bourgeois, dont la cible est l’État et la culture en tant que telles.

    Devant nous se trouve l’unité de classe et de civilisation, il n’est pas surprenant que la néo-bourgeoisie parasitaire de la Fédération de Russie promeuve activement les « mondiaux » de classe avec toute sa puissance financière et informationnelle dans le but de supprimer les « locaux », c’est-à-dire principalement des Russes. La question russe acquiert ainsi une dimension de classe et n’est pas du tout seulement ethnoculturelle.

    Andreï Foursov. Pipeline sociopathe. La vérité sur la superclasse mondiale : qui l’a créée et pourquoi : https://dzen.ru/a/ZNvQjKkhajVEt6DO

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

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– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

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– Olivia, Paris