Russell Gmirkin et la fin de l’illusion biblique par Laurent Guyénot
Partie 1 : Bérossos et Genèse 1-11
J’entends parler des travaux de Russell Gmirkin depuis quelques années, mais ce n’est que très récemment que j’ai décidé de m’y plonger. Ce que j’avais entendu de ses théories me semblait tellement extravagant que j’avais supposé qu’il ne pouvait s’agir d’un travail académique sérieux. Eh bien, je peux désormais affirmer qu’il s’agit bel et bien d’un travail académique sérieux… et révolutionnaire. J’ai été tellement captivé que j’ai lu ses trois livres d’affilée. Je vais maintenant faire de mon mieux pour vous en donner un aperçu. La matière est si riche et les implications si vastes que j’aurai besoin de quatre parties : deux pour son premier livre, et une pour chacun de ses deuxième et troisième livres.
L’École de Copenhague de critique biblique
La théorie de Gmirkin n’est pas sortie de nulle part. Son intuition novatrice et ses arguments se sont développés dans un milieu académique connu sous le nom de « minimalisme biblique », regroupant des chercheurs qui vont plus loin que leurs pairs dans la révision à la baisse de l’âge de la Bible hébraïque. Ces minimalistes bibliques sont également connus sous le nom d’école de Copenhague, car en 1993, deux d’entre eux, le Danois Niels Peter Lemche et l’Américain d’origine (aujourd’hui danois) Thomas L. Thompson, ont fondé le Séminaire international de Copenhague, hébergé par l’Université de Copenhague. Ce séminaire, en partenariat avec l’éditeur universitaire britannique Routledge, est aujourd’hui un forum de discussion majeur pour les spécialistes de l’Ancien Testament.
Un mot sur Thomas Thompson : avant d’être recruté par l’université de Copenhague, il avait subi une forme d’ostracisme après la controverse déclenchée par son premier ouvrage publié en 1974, The Historicity of the Patriarchal Narratives: The Quest for the Historical Abraham — une quête qui ne mène nulle part puisque, selon Thompson, les histoires d’Abraham, d’Isaac et de Jacob sont de pures inventions. Cet ouvrage, ainsi qu’un autre publié l’année suivante, Abraham in History and Tradition, par le Canadien John Van Seters, a marqué un changement de paradigme auquel s’est opposée la vieille garde des savants biblistes, mais qui a progressivement gagné un large soutien.
La polémique n’a pas pour autant pris fin. Lorsque Thompson a publié The Bible in History: How Writers Create a Past en 1999, le journal israélien Ha’aretz a publié une critique virulente signée par Hershel Shanks, rédacteur en chef de la Biblical Archaeology Review, qui l’accusait, lui et d’autres chercheurs « minimalistes », d’être « antisionistes », « anti-Bible » et « anti-Israël », ajoutant : « À la limite, ils peuvent même être considérés comme antisémites. » Comme Thompson le raconte lui-même avec plus d’amusement que d’indignation, The Jerusalem Post a, de son côté, cité l’ancien directeur du Département israélien des antiquités déclarant : « Une connaissance commune m’a dit que Thompson lui avait confié qu’il croyait fermement aux Protocoles des Sages de Sion. »[1]
Pourquoi un tel tollé ? Parce que le récit biblique est le socle de l’identité juive, ainsi que la justification de l’existence d’Israël. Les minimalistes ne se contentent pas d’affirmer que la Bible hébraïque contient très peu d’histoire réelle ; ils dénoncent également la supercherie de sa prétention à l’ancienneté. Car s’ils ont raison, le peuple du Livre n’avait pas encore de livre à une époque où l’on pouvait en trouver plus de 200 000 dans une seule bibliothèque. Si les minimalistes ont raison, alors les Juifs ont « inventé » Dieu à une époque où tous les philosophes « païens » parlaient de Lui. Pire encore, les minimalistes dévoilent de nombreuses preuves que ces érudits juifs qui écrivaient sous le nom de Moïse utilisaient en fait la littérature grecque comme modèle.
C’est là que Russell Gmirkin excelle. S’appuyant sur les disciplines universitaires que sont les études comparatives et la critique des sources, il soutient que le Pentateuque hébreu a été composé dans son intégralité vers 273-272 av. JC, et que ses auteurs ont puisé dans des ouvrages qu’ils ont très probablement consultés à la grande Bibliothèque d’Alexandrie : parmi ces ouvrages figuraient des histoires de l’Égypte et de Babylone en grec, ainsi que des cosmogonies et des traités juridiques grecs, les plus célèbres étant ceux de Platon.
La diffusion de la culture hellénistique, et la fondation de la Bibliothèque d’Alexandrie en particulier, ont fortement stimulé la rédaction, la copie, la compilation et la traduction d’ouvrages provenant des quatre coins du monde, y compris des récits nationalistes sur les gloires passées des civilisations égyptienne (par Hécatée d’Abdère et Manéthon) et babylonienne (par Bérossos). Cette compétition, décrite par un auteur comme une « guerre des livres »,[2] a constitué le contexte de la création des Écritures juives. On a toujours su qu’elle avait été de contexte de la version grecque, la Septante, mais Gmirkin soutient que la version hébraïque a été rédigée à peu près à la même époque, probablement par le même groupe :
« Le financement d’une traduction de la loi hébraïque en grec par Ptolémée II Philadelphe a été considéré par les érudits juifs comme une occasion en or de présenter un récit complet des origines juives au monde grec. Ce récit ambitieux visait à démontrer que les Juifs, à l’instar des Égyptiens et des Babyloniens, possédaient des traditions remontant à la nuit des temps. »[3]
La création du Pentateuque hébreu a été présentée comme une simple traduction (par soixante-dix érudits) de lois et de traditions mosaïques existant depuis la nuit des temps. Si des chroniques préexistantes ont probablement servi à rédiger les livres de Samuel, des Rois et des Chroniques, l’essentiel du Pentateuque (Torah) a été inventé de toutes pièces, en empruntant à des sources grecques (dans les domaines du droit, de la cosmogonie et de l’histoire narrative), mais en les reformulant suffisamment pour faire paraître la version juive comme plus ancienne que les textes grecs. Le travail de composition a été camouflé en travail de traduction.
Ce type de tromperie est assez caractéristique des Juifs dans le monde antique. À la même époque, un Juif rédigea la Lettre d’Aristée à Philocrate, se faisant passer pour un philosophe grec chantant les louanges de la sagesse ancestrale des Juifs. Ce texte, cité par Flavius Josèphe dans ses Antiquités judaïques, est la source la plus ancienne de la légende des soixante-dix traducteurs juifs travaillant à l’invitation du roi grec Ptolémée Philadelphe. Il raconte comment, après avoir lu le résultat de leur travail, Ptolémée tomba en extase et s’écria que cela « venait de Dieu ». On peut citer au moins deux autres livres écrits par des Juifs sous une fausse identité grecque pour faire l’éloge des Juifs : Sur les Juifs du pseudo-Hécatée (IIe ou Ier siècle av. JC), cité par Josèphe,[4] et le troisième livre des Oracles sibyllins (milieu du IIe siècle av. JC), dans lequel l’oracle de Delphes glorifie le peuple juif et lui promet le monde.
Gmirkin s’abstient de qualifier les auteurs du Pentateuque de plagiaires, mais je pense que c’est là une description juste et objective du résultat de son analyse. Car ces auteurs ne se sont pas contentés de recycler des sources grecques ; ils ont prétendu que leur version était plus ancienne que l’original. Comme par un accord tacite, cette affirmation a été reprise dans toute la littérature juive. Le Juif Aristobule de Panéas, dans ses Explications des Écritures de Moïse (vers 170 av. JC), affirmait qu’Homère, Hésiode, Pythagore, Socrate et Platon avaient été inspirés par Moïse. À peu près à la même époque, le Juif Artapan d’Alexandrie, dans Sur les Juifs, présente Joseph et Moïse comme les « premiers inventeurs » qui ont enseigné aux Égyptiens tout ce qu’ils savaient et ont ensuite transmis aux Grecs, de l’astronomie et de l’agriculture à la philosophie et à la religion.[5] Au début du Ier siècle de notre ère, Philon d’Alexandrie affirmait que les législateurs grecs avaient en réalité plagié la loi mosaïque, et qu’Héraclite avait volé sa théorie des contraires à Moïse. Flavius Josèphe a répété des mensonges similaires, en réponse à l’Égyptien hellénisé Apion qui contestait l’ancienneté du peuple juif et de ses Écritures. Josèphe a en effet utilisé des parallèles entre les œuvres législatives de Platon (Les Lois et La République) et la Loi mosaïque pour affirmer que Platon avait « imité » Moïse (Contre Apion 2.257). Bien qu’aucun érudit grec ou romain n’ait pris ces déclarations au sérieux, les Pères de l’Église les ont acceptées et relayées.
Dans son deuxième ouvrage, Plato and the Creation of the Hebrew Bible, Gmirkin renverse l’argument et donne raison à Apion : « il apparaît désormais évident que les écrits mosaïques s’inspirent de ceux de Platon et non l’inverse. »[6] Comme le dit Brado : « Tout comme Jacob a trompé son frère au sujet de son droit d’aînesse, nous avons nous aussi été trompés quant à l’ancienneté du peuple hébreu dans l’Antiquité. » Et d’ailleurs, si cette histoire de Jacob et Ésaü a été inventée au IIIe siècle av. JC, alors Ésaü, alias Édom, représente les Iduméens, le peuple arabe qui occupait alors Pétra, et nous avons ici une allégorie des Israélites (Juifs) volant le droit d’aînesse des Iduméens (Arabes) par leur revendication farfelue d’ancienneté, d’élection divine et tout le reste.
Mais procédons par ordre et commençons par le premier ouvrage de Russell Gmirkin, Berossus and Genesis, Manetho and Exodus: Hellenistic Histories and the Date of the Pentateuch, T&T Clark, 2006.
Partie 2 : Manéthon et l’Exode
Avant d’examiner le récit de l’Exode, il nous faut commencer par son prologue, l’histoire de Joseph en Genèse 47. Passé du statut d’esclave à celui de chancelier du pharaon, Joseph favorise ses frères (bien qu’ils l’aient vendu comme esclave) et leur obtient « des terres en Égypte, dans la meilleure partie du pays ». Chargé de gérer les réserves nationales de céréales, il en stocke de grandes quantités pendant les années d’abondance ; puis, lorsque la famine frappe, il les vend à un prix élevé et « accumula ainsi tout l’argent que l’on trouvait en Égypte et en Canaan ». L’année suivante, après avoir provoqué une pénurie monétaire, il oblige les paysans à céder leurs troupeaux en échange de céréales : « Remettez-moi votre bétail et je vous donnerai de la nourriture en échange de votre bétail. » Un an plus tard, les paysans se plaignent de n’avoir plus rien « sauf nos corps et nos terres », et se retrouvent ainsi réduits à mendier, puis contraints de se vendre pour survivre : « Prenez-nous, nous et nos terres, en échange de nourriture, et nous deviendrons, avec nos terres, les serfs du Pharaon ; donnez-nous seulement des semences, afin que nous puissions survivre et ne pas mourir, et que la terre ne redevienne pas un désert ! » C’est ainsi que les Hébreux, après s’être installés en Égypte, « y acquirent des biens ; ils furent féconds et devinrent très nombreux » (Genèse 47,11-27), signe indéniable de la bénédiction de Dieu.
Bien qu’elle se situe à une époque pré-mosaïque, l’histoire de Joseph trahit un contexte hellénistique reconnaissable. Elle reflète la situation très favorable des Juifs sous les premiers Ptolémées, ces pharaons grecs qui régnaient sur l’Égypte sans trop se soucier de la paysannerie égyptienne. Le Joseph biblique est d’ailleurs très similaire à un autre Joseph dont l’histoire est racontée par Flavius Josèphe (Antiquités judaïques 12.4) et se déroule explicitement sous les Ptolémées. Ce Joseph-là, neveu du grand-prêtre Onias II, fut nommé percepteur d’impôts de la Judée par Ptolémée après avoir promis de rapporter le double des recettes fiscales de ses concurrents. Joseph remplit son contrat en assassinant plusieurs citoyens éminents et en confisquant leurs biens. Il devint lui-même extrêmement riche et put ainsi favoriser ses coreligionnaires. Par conséquent, conclut l’historien juif, Joseph « était un homme bon, d’une grande magnanimité ; il fit sortir les Juifs d’un état de pauvreté et de misère pour les mener vers une vie plus fastueuse ». La proximité des deux récits sur Joseph suggère qu’ils proviennent d’une même source. Notons en outre l’affirmation de Flavius Josèphe selon laquelle la communauté juive d’Égypte était originellement constituée d’esclaves importés de Judée et de Samarie, et que 200 000 d’entre eux avaient été affranchis par Ptolémée II (Antiquités judaïques 12.7-11). Les historiens ne savent pas trop quoi penser de cette affirmation, l’origine de la population juive d’Alexandrie restant partiellement énigmatique ; mais ils s’accordent à dire qu’il y avait environ un million de Juifs à Alexandrie, jouissant de privilèges et d’une richesse qui suscitaient même la colère des Grecs.
À l’histoire du Joseph biblique, qui culmine dans l’ascension sociale et démographique de sa tribu, se rattache directement Exode 1,7-10 :
« les Israélites furent féconds et se multiplièrent, ils devinrent de plus en plus nombreux et puissants, au point que le pays en fut rempli. Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte, qui n’avait pas connu Joseph. Il dit à son peuple : “Voici que le peuple des Israélites est devenu plus nombreux et plus puissant que nous. Allons, prenons de sages mesures pour l’empêcher de s’accroître, sinon, en cas de guerre, il grossirait le nombre de nos adversaires.” »
Pharaon soumit alors les Israélites aux travaux forcés jusqu’à ce que Moïse les en délivre. Avant de fuir l’Égypte, « les Israélites […] demandèrent aux Égyptiens des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. Yahvé fit que le peuple trouvât grâce aux yeux des Égyptiens qui les leurs prêtèrent. Ils dépouillèrent ainsi les Égyptiens » (Exode 12,35-36). C’est plutôt étrange, n’est-ce pas ? Pourquoi les Égyptiens auraient-ils confié leurs objets de valeur à un peuple asservi, démuni et en fuite ? Les Égyptiens étaient-ils si stupides, et les Israélites de si habiles escrocs ?
Ou bien cette histoire se serait-elle mêlée à une autre, dans laquelle les Israélites n’étaient pas des travailleurs forcés, mais des prêteurs sur gages et des usuriers ? Cette autre histoire, impliquant des Juifs prospères et sans scrupule, s’accorderait bien avec le prologue de Joseph. Elle a aussi un air familier : l’histoire médiévale regorge d’épisodes où des Juifs acquièrent un pouvoir démesuré par leurs intrigues financières et politiques, jusqu’à ce qu’un roi les expulse pour protéger son peuple.[1]
Nous ne saurons jamais exactement quel récit prébiblique—si tant est qu’il existe—se cache derrière le récit biblique. Mais nous savons que les Égyptiens de la période hellénistique connaissaient des versions alternatives de l’Exode. Dans toutes ces versions, les Juifs étaient chassés d’Égypte pour avoir propagé une sorte de maladie (sociale ?) contagieuse et/ou pour avoir offensé les dieux.
Tant que l’on croyait l’Exode biblique rédigé avant 500 av. JC, on supposait que ces versions alternatives plus tardives en constituaient des déformations malveillantes. À présent que l’âge de la Torah est revu à la baisse par les minimalistes de l’École de Copenhague, cette interprétation est remise en question. L’Exode est-il la réécriture juive d’un récit d’expulsion des Juifs d’Égypte ? Pour approfondir cette question, nous nous tournons à nouveau vers l’ouvrage de Russell Gmirkin intitulé Berossus and Genesis, Manetho and Exodus: Hellenistic Histories and the Date of the Pentateuch (T&T Clark, 2006). Dans l’article précédent, nous avons suivi son argument selon lequel Genèse 1-11 s’inspirait des Babyloniaca de Bérossos, rédigés au IIIe siècle av. JC; penchons-nous à présent sur sa deuxième affirmation : celle selon laquelle l’Exode s’inspire des Aegyptiaca de Manéthon, rédigés à la même époque.
Mais permettez-moi d’abord de souligner le potentiel libérateur du révisionnisme biblique radical de Gmirkin. On dit que l’histoire est écrite par le vainqueur. Mais la critique biblique nous enseigne une vérité plus profonde : celui qui écrit l’histoire est le vainqueur ultime, qu’il ait remporté ou non une quelconque bataille. C’est lui le conquérant des esprits. Les Israélites ont été vaincus par les Babyloniens, et pourtant ils ont imposé au monde leur récit, dans lequel ils sont les saints héros et les Babyloniens les méchants sataniques. Les Israélites n’ont pas eu besoin de vaincre militairement les Égyptiens pour les battre dans la « guerre des livres » : l’Aegyptiaca de Manéthon a disparu, à l’exception de quelques bribes, tandis que sa version plagiée dans l’Exode a conquis (et asservi) plus de la moitié de l’humanité.
Les faux récits des Juifs sont les sources de leur pouvoir, et le récit biblique est la matrice de tous ces faux récits. Le minimalisme biblique de Russell Gmirkin est la Bonne Nouvelle qui nous libérera : il prouve que le Pentateuque a été écrit au IIIe siècle av. JC en plagiant la littérature grecque (Bérossos, Manéthon, Platon, etc.). Il prouve que le « Peuple du Livre » n’avait pas encore de livre lorsqu’on en trouvait plus de 200 000 à la Bibliothèque d’Alexandrie. Il prouve que les « inventeurs du monothéisme » venaient tout juste de devenir monothéistes quand tous les philosophes parlaient déjà de Dieu.
Comme il est donc libérateur de percevoir quelques faibles échos de la voix des anciens Égyptiens ! Leur point de vue sur les Juifs mérite d’être entendu et réhabilité. Au début du IIe siècle ap. JC, Plutarque a rédigé un traité intitulé Sur Isis et Osiris, dans lequel il présente diverses interprétations ésotériques du mythe, qu’il avait entendues de la bouche des Égyptiens. Alors qu’Isis et Osiris sont les fondateurs divins de la civilisation égyptienne, Seth, le frère jaloux d’Osiris qui l’a traîtreusement assassiné, est l’ennemi de la civilisation, le dieu des pillards nomades, de la tromperie, de la guerre civile, de la famine et de la maladie. Il est ce qui se rapproche le plus du diable dans la religion égyptienne. Au chapitre 31, Plutarque mentionne que certains Égyptiens croyaient qu’après avoir été banni d’Égypte par le conseil des dieux, Seth erra en Palestine où il engendra deux fils, Hierosolymos et Youdaios (Jérusalem et Judéen ou Juif).
Laurent Guyénot
