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    Rene Naba-L’Égypte dix ans après

    L’Égypte dix ans après par Rene Naba

     Ce papier est publié à l’occasion du dixième anniversaire de l’arrivée au pouvoir du Maréchal Abdel Fattah Al Sissi, coïncidant avec le 71ème anniversaire de la chute de la monarchie. Atteint d’éléphantiasis, sous la présidence d’Hosni Moubarak, fonctionnant selon le mode d’une pyramide renversée, marchant sur sa tête et réfléchissant comme un pied, l’Égypte, sous la mandature d’Abdel Fattah Al Sissi, est devenue un géant sans tête, un sujet passif des relations internationales entrecoupé d’une éphémère séquence de l’islamiste Mohamad Morsi, qui a vu son rêve de califat se fracasser sous le poids de la réalité. Retour sur cette séquence historique. 

    4 juillet 2023 Photo by Murat Şahin

    En trente ans de pouvoir, le président égyptien  Hosni Moubarak a fait l’objet de quatorze tentatives d’assassinat, soit en moyenne un attentat tous les trente mois. L’homme s’est imaginé dès lors comme invincible, doté d’une sorte de Baraka surnaturelle, une immunité renforcée par le chœur des flatteurs occidentaux. En réalité, il était tout simplement en train de jouer à la roulette russe avec sa vie, son destin et celui de son pays, l’Égypte, longtemps pays phare du Moyen Orient.

    déboussolée, désorientée par l’aberration de ses dirigeants, l’Égypte post nassérienne a fait le douloureux apprentissage d’une servitude infiniment plus contraignante et méprisante que la servitude coloniale. Sous l’apparence de la souveraineté formelle, toutes les strates du pouvoir, et par répercussion, de l’ensemble de la société étaient, en fait, gangrenées. L’alliance contre nature avec l’ennemi officiel du Monde arabe la conduira, sous la contrainte, à procéder au démantèlement de tous les attributs de sa souveraineté et de sa puissance, ne lui épargnant ni les avanies, ni les infamies.

    Que la contestation se soit produite Place Tahrir (haut lieu de la contestation anti coloniale), et Place Abdel Moneïm Riad (du nom du mythique commandant en chef égyptien, maître d’œuvre, sous Nasser, du plan de reconquête du Sinaï), donne la mesure du ressentiment populaire, de la persistance du sentiment nationaliste et de la détermination de ses contestataires.

    Indifférent à la marche du monde, davantage préoccupé par la gestion de sa fortune personnelle (de l’ordre de quarante milliards) (1) soit l’équivalent du montant de la dette étrangère égyptienne, enfermé dans une logique de vassalité, Moubarak ne déviera jamais de sa trajectoire.

    En quarante ans, pourtant, le Monde arabe a opéré un profond bouleversement: il passe de cent millions d’habitants en 1970 à plus de trois cent millions, en 2010 (dont quatre vingt quatre virgule cinq millions en Egypte, trente cinq virgule quatre millions en Algérie, trente deux virgule quatre millions au Maroc avec des taux de chômage record), plaçant ainsi les pays arabes en haut du classement mondial : l’Egypte au cent septième rang, le Maroc au cent neuvième, l’Algérie au cent dixième, la Jordanie au cent trente neuvième, la Tunisie au cent quarantième et le Yémen au cent quatre vingt cinquième rang.

    Sous Moubarak, l’Égypte a marché sur sa tête et a réfléchi comme un pied, pyramide renversée de tant de reniements et de renoncements.

    Misr Oum ad Dounia, l’Égypte, Mère du Monde, l’Égypte, dont l’histoire s’est longtemps confondue avec l’épopée, n’est plus que l’ombre d’elle-même, un pays méconnaissable qui a intériorisé sa défaite, voué au rôle peu glorieux de sous traitant de la diplomatie américaine sur le plan régional, de factotum des impératifs de sécurité d’Israël, le ventre mou du Monde arabe, son grand corps malade.

    Placée au centre géographique du Monde arabe, à l’articulation de sa rive asiatique et de sa rive africaine, abritant la plus forte concentration industrielle dans une zone allant du sud de la Méditerranée aux confins de l’Inde, contrôlant de surcroît, de manière exclusive, les deux principaux axes de communication du Monde arabe, le Nil vers le continent africain, le Canal de Suez vers le Golfe pétrolier, l’Égypte a longtemps été le fer de lance du combat nationaliste arabe. Plaque tournante de la diplomatie arabe, elle a assumé sans relâche le rôle du grand frère protecteur, le régulateur de ses turbulences, le parrain de ses arrangements, comme ce fut le cas de l’accord libano palestinien du Caire, le 3 Novembre 1969, qui mit fin à la première guerre civile libano palestinienne, ou de l’accord jordano-palestinien, le 27 septembre 1970, dans la foulée du Septembre Noir jordanien.

    Mais le plus grand pays arabe, longtemps cauchemar de l’Occident, s’est révélé sous Moubarak, un nain diplomatique, le pantin disloqué de la stratégie israélo américaine, curieuse mutation de ce pays en un demi siècle, de Nasser à Moubarak, illustration pathologique des dérives du Monde arabe, de la confusion mentale de ses dirigeants et de leur servilité à l’ordre occidental.

    Le fer de lance du mouvement national arabe est désormais le voltigeur de pointe de menées israélo américaines au Moyen Orient; l’artisan de la première nationalisation victorieuse du tiers monde, la nationalisation du Canal de Suez (1956), le principal fournisseur énergétique d’Israël; le destructeur de la ligne Bar Lev (1973), la ligne de fortification israélienne dans le Sinaï, l’édificateur du mur d’enfermement des Palestiniens de Gaza.

    Nasser est passé à la postérité pour avoir été l’homme du haut barrage d’Assouan, qu’il construira avec l’aide soviétique, bravant les foudres américaines pour nourrir son peuple. Moubarak sera l’homme du bas barrage, le vil barrage, qu’il édifiera par anticipation d’une requête israélo américaine visant à rendre hermétique le blocus de Gaza, détruite et affamée par les Israéliens.

    Nasser, l’homme de la fermeture du Canal de Suez, en 1956, défiera le droit maritime international pour couper le ravitaillement énergétique de l’Occident coupable d’alignement pro israélien, Moubarak sera le ravitailleur énergétique d’Israël à des prix avantageux, dans une transaction apparue par sa coïncidence comme une prime à la destruction de l’enclave palestinienne de Gaza.

    Nasser, le partenaire de la guerre d’indépendance de l’Algérie, assumera sans broncher les conséquences de son soutien à la révolution algérienne, une agression tripartite des puissances coloniales de l’époque (France, Grande Bretagne) et de leur poulain Israël, l’expédition punitive de Suez en novembre 1956. Moubarak revendiquera comme unique titre de gloire de son long règne, une piètre performance chauvine, le caillassage de footballeurs de l’équipe nationale d’Algérie (décembre 2009 – janvier 2010), son ancien partenaire du combat de libération national arabe.

    Nasser a scandé le redressement arabe avec son légendaire cri de ralliement « ارفع رأسك يا أخي» Irfah Ra’sak Ya Akhi- Relève ta tête mon frère», Moubarak, lugubre, sera l’homme de la reptilité face aux oukases israéliens et américains. Quand le charisme de Nasser enflammait les foules de la planète bariolée au point de faire peser une menace d’implosion du Commonwealth britannique, dans la foulée de l’expédition de Suez, Moubarak détournait et déroutait les foules par son défaitisme et sa vassalité revendiquée, telle «la vache qui rit», le sobriquet emprunté à une marque de fromage pour le désigner, qui lui  a collé à la peau depuis le début de son règne pour souligner son cynisme faussement niais.

    Nasser, enfin, avait pour interlocuteur des figures de légende: Chou en lai (Chine), Ho chi Minh (Vietnam), Nehru (Inde), Tito (Yougoslavie), Soekarno (Indonésie), De Gaulle, avec lequel il a procédé à la réconciliation franco-arabe à la suite de la rupture de Suez. Moubarak a eu pour partenaire Nicolas Sarkozy avec lequel il a lancé le projet mort né de l’Union Pour la Méditerranée.

    Même dans le domaine privilégié de sa suprématie qui capta l’imaginaire et l’adhésion des foules pendant un demi-siècle, le domaine culturel, sa supériorité paraît battue en brèche. L’échec de l’Egypte à briguer le poste de Directeur général de l’Unesco, en Mai 2009, avec la candidature de son ministre de la culture Fouad Housni, malgré le soutien de son partenaire français et celui plus inattendu d’Israël, porte témoignage de ce désaveu.

    Premier exportateur de vidéocassettes, de films et de téléfilms dans le Monde arabe, l’Egypte disposait d’un magistère culturel sans égal, s’articulant sur trois piliers: Le charisme de son chef, Nasser, sa brochette prestigieuse de vedettes de grand talent, Oum Kalsoum et Abdel Wahab, ses grands écrivains Taha Hussein, Naguib Mahfouz et le poète contestataire Cheikh Imam, Tahia Karioka et Nadia Gamal, sur le plan de l’industrie du divertissement et du spectacle, le tandem formé, enfin, sur le plan de la communication, par le journal Al-Ahram, le plus important quotidien arabe, et Radio le Caire, la doyenne des stations arabes.

    Septième diffuseur international par l’importance de sa programmation radiophonique hebdomadaire, Radio le Caire émet en 32 langues couvrant un large spectre linguistique (Afar, Bambara, pachtoune, albanais). Il constituait un puissant vecteur de promotion des vues égyptiennes aux confins du quart monde. Mais son primat culturel pâtit désormais de la renaissance de Beyrouth, le point de fixation traumatique d’Israël, capitale culturelle frondeuse du Monde arabe, et de la fulgurante percée des chaînes transfrontières arabes, en particulier Al-Jazira, désormais indétrônable par son professionnalisme.

    L’activisme diplomatique tardif déployé par le Caire ne modifiera en rien la cruauté du constat: la base arrière des principaux mouvements de Libération du Monde arabe et africain, de l’Algérie au Sud Yémen au Congo de Patrice Lumumba, le pays qui exorcisa le complexe d’infériorité militaire arabe vis à vis d’Israël, parait comme atteint d’éléphantiasis diplomatique, à en juger par son comportement honteusement frileux durant les deux dernières confrontations israélo-arabes, la guerre de destruction israélienne du  Liban, en juillet 2006, et la guerre de destruction israélienne de Gaza, deux ans plus tard, en décembre 2008.

    Son primat diplomatique est remis en question par l’émergence des deux puissances musulmanes régionales non arabes, l’Iran et la Turquie, dans la suppléance de la défaillance diplomatique arabe, principalement de l’Egypte et surtout de l’Arabie saoudite, mutique pendant les trois semaines de la destruction israélienne de Gaza (Décembre 2008-Janvier 2009). Il en est de même son primat militaire, relégué aux oubliettes par la relève rebelle des artisans victorieux de la nouvelle guerre asymétrique contre Israël, le chiite Hezbollah libanais et le sunnite Hamas palestinien, rendant obsolète la fausse querelle que tentent d’impulser l’Arabie Saoudite et l’Egypte entre les deux branches de l’Islam dans l’espace arabe.

    L’entrée en jeu de la Turquie et du Brésil dans la mise en œuvre du transfert du combustible nucléaire iranien vers son enrichissement dans les pays occidentaux, le 18 mai 2010, a accentué la déconfiture égyptienne en tant qu’acteur diplomatique de dimension régionale. Le tribut de sang payé deux semaines plus tard par la Turquie pour briser le blocus de Gaza par l’envoi d’une flottille humanitaire, en contraignant l’Egypte à ordonner sous la pression populaire la réouverture de terminal de Rafah et permis à la Turquie du fait de sa diplomatie néo-ottomane à ravir à l’Egypte et à l’Arabie saoudite, le leadership du monde sunnite traditionnellement dévolu à ces deux pays arabes.

    Suprême infamie pour la diplomatie égyptienne, son échec dans un domaine qui constitue un de ses champs d’action privilégié: l’Afrique. La conférence des pays riverains du Nil, le 14 avril 2010, consacrée à la répartition des eaux de ce grand cours d‘eau africain entre sept riverains s’est soldée par un échec du fait de l’opposition de trois pays africains pro israéliens (Ethiopie, Kenya, Ouganda), hostiles au plan de partage des eaux du Nil, conçu en 1929 et reconduit en 1959. Plus grave et menaçant pour l’Egypte pour sa survie économique au point que plane le risque que l’Egypte perd de «la bataille du Nil», l’accord conclu à ce sujet un mois plus tard, le 18 mai à Entebbe, prévoyant la répartition des eaux du Nil entre les pays africains, excluant l’Egypte et le Soudan, avec la participation de la Tanzanie et l’Ethiopie, fer de lance des Etats Unis dans la corne de l’Afrique, alimenté par 58 pour cent des eaux du Nil bleu.

    Le plus grand et le plus peuplé pays du monde arabe avec 80 millions d’habitants, est au bord de l’implosion sociale avec 34 % d’Egyptiens vivant en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de deux dollars par jour. Depuis le revirement pro américain du président Anouar el Sadate, en 1978, et son traité de paix avec Israël, il y a trente ans, l’Egypte fonctionnait sur un mode binôme, par une répartition des tâches entre le pouvoir politique géré par la bureaucratie militaire, alors que la gestion culturelle de la sphère civile était confiée au zèle de l’organisation des Frères Musulmans, dont le prosélytisme s’est matérialisé par le rétablissement du crime d’apostasie.

    Sous la menace islamiste, l’Egypte a navigué ainsi entre corruption, régression économique et répression, avec 1,3 million de flics employés par le ministère de l’Intérieur et plusieurs milliers de prisonniers politiques, sous la férule d’une oligarchie dont sept membres, tous des milliardaires, occupent des postes clés au sein du gouvernement égyptien ou du parti au pouvoir le Parti National Démocratique, et cinquante pour cent du hit parade des cent premières fortunes égyptiennes appartiennent aux instances dirigeantes du pays, du jamais vu depuis l’époque monarchique.

    La passivité égyptienne devant le bain de sang israélien à Gaza, sa léthargie diplomatique face à l’activisme des pays latino-américains (Venezuela, Bolivie, Nicaragua) et de l’Afrique du sud avec la rupture de leurs relations diplomatiques avec Israël a suscité une levée de boucliers des Frères Musulmans conduisant la confrérie à cesser toute opposition à la Syrie, rendant caduque sa collaboration avec l’ancien vice-président syrien Abdel Halim Khaddam, le transfuge baasiste réfugié à Paris.

    Par un invraisemblable renversement d’alliance qui témoigne du strabisme stratégique de l’Egypte, c’est la Syrie, son ancien partenaire arabe dans la guerre d’indépendance, et non Israël, qui constitue désormais sa bête noire. C’est Gaza, à bord de l’apoplexie, qui est maintenu sous blocus et non Israël, ravitaillé en énergie à des prix avantageux, défiants toute concurrence, sans doute pour galvaniser la machine de guerre israélienne contre un pays sous occupation et sous perfusion, la Palestine.

    Indice de sa servitude à l’égard des Etats-Unis, la moindre initiative de l’Egypte est tributaire du contreseing américain, que cela soit dans le domaine de la technologie nucléaire obtenu, en 2005, après que l’Iran se soit engagé dans la course atomique et afin d’y faire contrepoint, ou que cela soit dans le domaine diplomatique. L’Egypte bénéficie, il est vrai, d’une rente stratégique matérialisée par une aide américaine de trois milliards de dollars par an. Mais cette obole apparaît à bon nombre d’observateurs comme une sorte de denier de Judas, ne pouvant compenser aux yeux de l’opinion publique du tiers monde, le socle de la puissance diplomatique égyptienne, les effets dévastateurs de ce lymphatisme tant sur le plan du prestige international de l’Egypte qu’au plan de la sécurisation de l’espace national arabe.

    Anouar el Sadate a récupéré le Sinaï mais marginalisé son pays par sa signature d’un traité de paix solitaire avec Israël (1979). Moubarak, lui, passera dans l’histoire pour avoir été le dirigeant égyptien sans la moindre action d’exploit à son actif, sinon de réintégrer son pays au sein Ligue arabe pour en faire une rente de situation à l’effet de cautionner toutes les interventions militaires américaines contre les pays arabes que cela soit lors de la première guerre du Golfe contre l’Irak, en 1990, ou encore treize ans plus tard, lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003 ou enfin en contre pied du Hezbollah libanais (2006) ou du Hamas palestinien(2008-2009).

    Pis, la grande œuvre diplomatique du tandem franco-égyptien -l’Union Pour la Méditerranée- a tourné à la bérézina diplomatique absolue. Sa principale réalisation, la destruction d’un état membre (Gaza Palestine) par un autre état membre (Israël), sous le regard complice des deux pays fondateurs de l’organisation, a accentué le mur de méfiance entre arabes et européens, un résultat aux antipodes des objectifs de ses promoteurs.

    Le cessez le feu unilatéral israélien dans la bande de Gaza conclu à la suite d’un arrangement entre deux gouvernements moribonds, le revanchard israélien Ehud Olmert mal remis de défaite face au Hezbollah libanais, en 2006, et le pantin américain George Bush, a retenti comme un cinglant camouflet tant pour le nouveau président américain Barack Obama que pour le médiateur égyptien que pour son alter ego français, le vibrionnant et inopérant co-président de l’Union pour la Méditerranée.

    Le contournement de l’Egypte par ses deux partenaires du Traité de Paix de Camp David dans des arrangements de sécurité concernant l’enclave palestinienne qui lui est frontalière a cruellement mis à jour le rôle de servant -et non de partenaire- des états arabes au sein de la diplomatie occidentale.

    Dans une quête désespérée d’une nouvelle respectabilité à l’intention de son bailleur de fonds américain, elle a participé à la construction d’un barrage contre Gaza, accueillant, en juin 2010, en grande pompe, le chef des milices chrétiennes libanaises, Samir Geagea, au bilan sanguinaire, infligeant dans le même temps une lourde peine de prison à trois combattants du Hezbollah libanais pour leur soutien à la lutte du peuple de Gaza.

    Une telle disparité de traitement pénal entre Israéliens et Arabes, qui tranche avec le laxisme observé à l’égard d’un espion israélien, le druze Azzam Azzam, libéré après sept ans de détention en 2004, a achevé de ternir l’image de l’Egypte dans le quart monde.

    L’Egypte est frappée du symptôme d’éléphantiasis, à l’image de son vieux Président (82 ans), un personnage au teint cireux, un personnage de cire, en voie de momification par près de trente ans d’un pouvoir autocratique schizophrénique, ultra répressif sur le plan interne, léthargique sur le plan international, cramponné à son siège dans l’attente d’une succession filiale, davantage préoccupé par sa succession biologique que de la pérennité de l’Egypte, un des plus anciens foyers de civilisation dans le Monde.

    Au regard de l’histoire, le seul exploit de Mohamad Hosni Moubarak aura été sa longévité politique. Nasser a gouverné 18 ans décédant le 28 septembre 1970 d’une crise cardiaque au lendemain d’un sommet arabe consacré au Caire à la réconciliation jordano palestinienne, dans la foulée du septembre noir jordanien. Sadate a régné 11 ans, assassiné pour collusion avec Israël, l’ennemi officiel du Monde arabe, le 6 octobre 1981, lors du défilé célébrant la destruction de la ligne Bar Lev, premier exploit militaire égyptien de l’histoire contemporaine. Moubarak trône, lui, depuis trente ans, échappant à une vingtaine d’attentats, record mondial absolu de tous les temps.

    Son exubérance matérielle, fruit de son alliance matrimoniale et financière avec les plus fortunés des plus grosses fortunes d’Egypte, tranchant avec la sobriété ascétique de Nasser, a catapulté la candidature de Mohamad al Baradéi au rang de nouveau sauveur du pays, secouant la léthargie ambiante d’une fin de règne crépusculaire.

    Le surgissement de l’ancien Monsieur atome de l’ONU sur la scène politique égyptienne dans la foulée de ces deux événements a fait planer sur Moubarak le «syndrome du chah d’Iran», par référence à l’expérience de l’ancien souverain iranien, (1979), féal par excellence des Américains, décrété «obsolète» du jour au lendemain pour cause de réajustements stratégiques de son protecteur.

    Le Pharaon d’Egypte est nu, dénudé par ses nouveaux alliés: le Primus inter pares des Arabes est désormais «le passeur des plats» officiel de la diplomatie israélo-américaine. Triste destin pour Le Caire, –Al-Qahira–, la victorieuse dans sa signification arabe, ravalée désormais au rang de chef de file de «l’axe de la modération arabe».

    L’ancien chef de file du combat indépendantiste arabe, amorphe et atone, a assumé sans vergogne le rôle de chef de file de l’axe de la soumission et de la corruption … l’axe de la résignation et de la capitulation…l’axe de la trahison des idéaux du sursaut nassérien.

    Sous Moubarak, l’Egypte a marché sur sa tête et pensé avec ses pieds, pyramide renversée de tous ses reniements.

    1-La fortune du Clan Moubarak «La dictature rapporte au Moyen-Orient». Le quotidien britannique The Guardian affirme que le président égyptien, sa femme et leurs deux fils seraient à la tête d’une fortune estimée entre 40 et 70 milliards de dollars (soit entre 29,5 et 51,6 milliards d’euros). Une somme considérable qu’Hosni Moubarak aurait commencé à amasser bien avant d’accéder à la présidence en 1981. Soit en 33 ans, un milliard de dollars par an en moyenne, une somme équivalente à l’aide américaine. Schéma identique à Mobutu dont la fortune personnelle dépassait la dette de son pays de même que le tunisien Zine El Abidine Ben Ali. Les Moubarak auraient été en mesure de s’enrichir ainsi par le biais d’un certain nombre de partenariats avec des entreprises étrangères, estime Christopher Davidson, professeur de politique au Moyen-Orient à l’Université de Durham en Angleterre. La loi égyptienne exige des entreprises étrangères qui souhaitent s’implanter en Egypte qu’elles créent une joint venture dont 51% des parts appartiennent à un partenaire local. Une loi allègrement détournée par la famille du Raïs en un système de corruption. Des propriétés à New York et à Rodéo Drive. La chaîne de télévision australienne ABC NEWS indique quant à elle que Ala’, le fils aîné de Moubarak, aurait spéculé depuis les années 1980 sur la dette de son pays sur le marché financier international. Les bénéfices réalisés lui auraient permis d’acquérir des terrains militaires à des prix défiant toute concurrence qu’il revendait ensuite à des investisseurs. Une bonne partie de cette fortune serait déposée dans des banques suisses et britanniques ou investie dans de l’immobilier. Le Raïs posséderait notamment des propriétés à New York, ainsi que sur la fameuse Rodéo Drive à Beverly Hills. Ce mode d’accumulation de richesses est commun aux autres leaders des pays du Golfe, assure Amaney Jamal, professeur en sciences politiques de l’université de Princeton. «C’est le modèle qu’appliquent d’autres dictatures du Moyen orient afin que leur richesse ne soit pas saisie au cours d’un changement de pouvoir», explique-t-il. Un véritable pillage des richesses dans un pays, qui figurait au 101e rang sur 169 sur l’indicateur du développement humain (IDH), où 40 pour cent de la population vit sous le seuil de pauvreté.

    Sourcz : http://libnanews.com/legypte-dix-ans-apres-1-3/


    Le déclic populaire de l’hiver 2011 provoquera la plus grande panique au sein des classes dirigeantes arabes, une frayeur infiniment plus grande qu’une attaque conjuguée des forces de l’Otan, d’Israël et de l’Iran contre l’ensemble arabe.

    La gérontocratie wahhabite, sans doute la plus craintive, donnera la première l’alerte. Elle débloque la somme de sept cent milliards de dollars sur quatre ans pour soulager les conditions de vie de ses sujets. Koweït suivra en allouant à tous les citoyens de l’Emirat la somme de trois mille dollars, une subvention couplée à des bons d’alimentation, sorte de ticket restaurant; le Roi de Jordanie nommera son ancien chef des services de renseignement, Maarouf Souleymane Bakhit, au poste premier ministre, sans doute pour parer à toute éventualité, et le président du Yémen, Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis trente deux ans, renoncera à briguer un nouveau mandat…avant de se raviser et de rallier ses anciens adversaires houthistes et de tenter, à nouveau, de les trahir, dans un balancement qui lui sera fatal.

    Même le paisible Royaume de Bahreïn, siège du quartier général de la Vème flotte américaine, (Golfe persique-Océan indien), s’enflammera, tout comme la léthargique Libye.

    Le sursaut populaire arabe de l’hiver 2011 dans dix pays arabes (soit la moitié des pays membres de l’organisation pan arabe, -de la Tunisie à l’Egypte, à la Libye, au Yémen, au Bahreïn, à la Jordanie, à l’Algérie, au Maroc, à la Syrie et à l’Arabie saoudite-, a signé, en fait, la fin de l’exception arabe, marquée par la faillite de l’Etat rentier, miné par sa nature patrimoniale et grevé par les rentes de situation et de son cortège de faillites (1).
    Ces faillites sont multiples: c’est d’abord celle de la libéralisation économique mise au service d’une oligarchie égoïste. C’est ensuite celle des régimes sclérosés qui ont eu recours à des aménagements de façade et à des ouvertures au rabais afin de vendre à l’étranger leur image de garants d’une stabilité devenue obsessionnelle pour l’Occident, au lieu d’engager des réformes véritables. C’est enfin également celle des grands projets politiques, des naufrages successifs des tentatives unitaires, des défaites répétées face à Israël, de la désintégration de l’Irak et de la scission du Soudan.

    La concomitance des deux soulèvements sur les deux versants du Monde arabe, l’Egypte au Machreq, la Tunisie, au Maghreb, la similitude des revendications et la cohérence de la démarche des acteurs, -principalement la jeunesse en phase avec les nouvelles technologies de communication pâtissant de surcroît d’un chômage endémique, générant une oisiveté dangereuse face à une bureaucratie sclérosée-, ont signé l’échec patent du modèle arabe de développement, la faillite de ses dirigeants et l’inanité de leurs alliances internationales.

    Toutefois, il existe une différence de niveau entre le poids lourd du Monde arabe, l’Egypte, et, le poids plume du Maghreb, la Tunisie; quand bien même l’étincelle tunisienne a été antérieure. L’Egypte n’a pas attendu la Tunisie pour secouer son anachronisme.

    En quatre ans (de 2006 à 2009), deux mille cent cinq manifestations sociales avaient été dénombrées. D’abord sectorielles, elles sont allées crescendo: deux cent soixante six en 2006, six cent quatorze en 2007, puis six cent trente en 2008, sept cent en 2009 pour englober les diverses composantes de la population, dans ses diverses déclinaisons politiques et religieuses.

    «La montre Rolex avant cinquante ans»: Ce slogan brandi comme un signe de réussite sociale par le publicitaire tapageusement ostentatoire Jacques Séguéla, ne constitue pas un impératif de vie pour une large fraction de la planète. C’est, du moins, la conclusion qui s’est imposée au vu de l’impact de l’acte sacrificiel déclencheur des émeutes, l’immolation.

    Loin de revêtir un phénomène de mode, l’immolation (acte éminemment proscrit par la religion musulmane, mais néanmoins transgressé à diverses reprises par nombre de protestataires), a constitué, dans cette optique, la forme la plus aiguë d’une protestation non bureaucratique. Elle témoigne du degré d’exaspération et de l’intensité de la désespérance humaine des «laissés pour compte» de la société d’abondance. Elle a représenté une réplique infra humanitaire à la non reconnaissance de l’humanité de l’être par son interlocuteur.

    Toutefois, les émeutes populaires qui ont eu lieu simultanément, en 2010-2011, en Iran, en Chine, dans la zone périurbaine des villes françaises, de même que dans une dizaine de pays arabes, apparaissent rétrospectivement comme les premières émeutes globales de la mondialisation. Ces explosions de violence, sur tous les continents, ont démontré le caractère explosif de la combinaison corruption difficultés économiques, sur fond de hausse des prix des matières premières. Ces explosions de violences, qui ont retenti comme autant de symptômes, portent la marque du dysfonctionnement d’un système et d’un monde mu par une économie mondialisée.

    Le consensus de Washington et son prolongement européen (le consensus de Bruxelles), avec leur cortège de programme d’ajustements structurels, de délocalisation, de privatisation, de libéralisation et de spéculation, ont provoqué une perte colossale de l’ordre de vingt cinq mille milliards de capitalisation boursière, soit un coût infiniment plus élevé que le budget prévu pour la réhabilitation et la dynamisation de l’ensemble des économies du tiers monde.

    La modernité a un corollaire que le sociologue Zygmunt Bauman qualifie de «coût humain de la mondialisation»: une production croissante de larges zones de rebut de l’humanité, la version moderne du Lumpen prolétariat.
    En trois ans (2008-2010), deux mille quatre vingt dix émeutes ont été dénombrées à travers le Monde, le terreau contestataire sur lequel a germé la révolte des peuples arabes de l’hiver 2011.

    Si la crise financière de 2008 a signé le déclin des pays riches, la crise arabe est la première des crises sociopolitiques des pays émergents. C’est pourquoi elle est surveillée de près à Pékin, New Delhi, Johannesburg et Brasilia, même si aucun déterminisme économique ne peut rendre compte de la variété des situations, ni a fortiori prédire l’avenir (2).

    La région MENA (Middle East North Africa) a connu une croissance moyenne de cinq pour cent sur la période 2000-2010 (bien supérieure à celle des pays occidentaux), sans que les minorités au pouvoir depuis trente ans abandonnent leur action prédatrice, au contraire renforcée par l’ouverture aux échanges économiques.

    A l’épuisement du modèle de l’état rentier s’est superposée la transformation de la quasi-totalité des républiques arabes en dynasties familiales. Cela a entraîné un rétrécissement de l’offre politique, créant ainsi une source de mécontentement supplémentaire, sans la moindre perspective de promotion sociale ni de satisfaction internationale.
    La révolte arabe de 2011 a rejoint ainsi, par son intensité, les grandes périodes de l’histoire contestataire de la fin du XVIIIème siècle, du milieu du XIXème (autour de 1848), lesquelles, bien que toutes réprimées, avaient consacré le thème de l’État nation moderne dans le monde. De même, après la première guerre mondiale (1914-1918), les révolutions bolcheviques et les révoltes de la décennie 1960 avaient impulsé le phénomène de la décolonisation.

    La Tunisie a constitué un avertissement sans frais pour les gérontocrates arabes. Mais loin de participer d’un effet domino, le basculement de la Tunisie, vu du sud de la Méditerranée, a relevé, plutôt, d’un effet boomerang.

    La focalisation égyptienne sur la levée d’une milice sunnite au Liban (alors qu’une grogne électorale et des contestations populaires régnaient en Egypte), a constitué la marque d’une aberration mentale absolue; un acte de dévoiement suicidaire du régime égyptien qui a eu pour effet de carboniser complètement son régime sur fond de paupérisation croissante de la population, en parallèle du bradage du patrimoine énergétique égyptien à Israël.

    Ni la situation alarmante de l’Egypte sur le plan économique, ni sa fragilité diplomatique, n’ont ébranlé la léthargie du dirigeant égyptien. Le sort funeste de trois dirigeants pro occidentaux: Saddam Hussein (Irak), Rafic Hariri (Liban), Benazir Bhutto (Pakistan), pas plus que le confinement dans son complexe de Ramallah de Yasser Arafat, pourtant Prix Nobel de la Paix, n’ont aiguisé sa curiosité.

    Bercé par le chœur des flatteurs occidentaux, le credo pro israélo-américain de Moubarak lui servait de viatique pour l’éternité. Du moins le pensait-il. Il lui sera de peu de secours dans cette épreuve de fin de vie, alors que le déclin de l’influence occidentale était sérieusement amorcé avec le bourbier afghan, l’enlisement irakien, les revers militaires israéliens et la crise bancaire spéculative de l’hiver 2008.

    Devant la montée des périls, à son corps défendant, Hosni Moubarak se résoudra, aux derniers jours de son règne, à pourvoir au poste de vice président, laissé vacant pendant trente ans, désignant comme dauphin, Omar Souleymane (3), le chef du service des renseignements, le copilote de l’Egypte les cinq dernières années de son règne, le maître d’œuvre de la reddition pour le compte des américains, le gestionnaire de la «hot line», la liaison téléphonique quotidienne avec l’Etat major israélien pour la gestion de la lutte contre la contrebande et le terrorisme dans le Sinaï.

    Mais pour avoir tardé à le faire, pour cause de rivalité de l’homme du renseignement avec son propre fils, Gamal, Hosni Moubarak se pulvérisera.

    Couvert de morgue et d’honneur, la prépotence du co-président de l’Union pour la Méditerranée, pilier sud du dispositif euro arabe, le pivot de la diplomatie américaine à l’articulation du Monde arabe et du Monde africain, couvait en fait une impotence.

    Emprisonné et condamné par la justice égyptienne après son départ du pouvoir, il est libéré en 2017 après avoir terminé de purger sa dernière peine de prison. Il meurt neuf ans après la fin de sa présidence
    L’ancien chef de l’aviation égyptienne, l’artisan de la première frappe aérienne de la guerre d’octobre 1973 sur les lignes israéliennes du Canal de Suez, a manqué d’acuité visuelle. La vue obscurcie par les prismes déformants de la mégalomanie et de la courtisanerie, il s’écrasera en vrille, emporté par l’ouragan populaire de la Place Tahrir.

    Le dernier pharaon d’Egypte entraînera dans sa chute et son dauphin filial, et la pérennité politique de sa dynastie, et son régime, et sa place dans l’histoire.

    1- Zaki Laidi «Faillite des régimes rentiers. L’Egypte, entre révolution et répression», in Le Monde 4 Février 2011

    2-Le décompte établi par Alain Bertho, professeur d’anthropologie à Paris VIII, auteur «Du Temps des émeutes» s’établit comme suit: 250 émeutes en 2008, 540 en 2009 et 1300 en 2010. Cf. Marianne, Propos recueillis par Régis Soubrouillard | Samedi 26 Février 2011.

    3- Omar Souleymane: Bête noire des «Frères Musulmans», le candidat préféré des Israéliens disposait d’une ligne rouge directe avec l’État major israélien à qui il avait promis d’éradiquer la contrebande dans le Sinaï. Natif de Haute Egypte, son nom est synonyme de répression des Frères Musulmans et de compromissions avec Israël. L’homme, âgé de 75 ans, formé en URSS, puis à Fort Bragg (Caroline du Nord) dans les années 1980, est mouillé jusqu’au cou dans le scandale des prisons secrètes de la CIA. Le général Souleymane a, en particulier, été l’interlocuteur privilégié de la CIA américaine dans le programme dit «Rendition», lorsque l’administration Bush «externalisait» la torture des suspects dans sa «guerre contre le terrorisme». Souleymane était apprécié par Washington pour sa détermination contre les islamistes, et pour son hostilité envers l’Iran.

    Pour la survie du régime, le général Souleymane n’a pas hésité à se salir les mains. C’est lui qui a fait interroger Ibn al-Sheikh Al-Libi, chef des moudjahidine d’Oussama Ben Laden à la bataille Tora-Bora en Afghanistan, pour lui arracher, sous la torture, de faux aveux sur les liens entre Al-Qaïda et Saddam Hussein et justifier l’invasion de l’Irak. Lui encore qui fait la chasse, en Egypte, aux Palestiniens du Hamas.

    En 2007, selon un télégramme diplomatique américain révélé par WikiLeaks, un diplomate décrivait ainsi le général Souleymane: «Chef du renseignement égyptien et conseiller de Moubarak, Souleymane a souvent été cité comme un possible candidat au poste vacant de vice-président. Ancien combattant de deux guerres israélo-arabes, celle de 1967 et celle de 1973, il est aussi devenu, en grimpant dans la hiérarchie, l’interlocuteur privilégié de l’Etat hébreu, dont on sait, par les télégrammes diplomatiques de WikiLeaks, à quel point il était apprécié à Jérusalem. Il est donc, de ce fait, un homme rassurant pour les partenaires de l’Egypte: Israël, mais aussi les Etats-Unis qui le connaissent parfaitement.

    Cet ancien homme de l’ombre a également été le médiateur entre le Hamas islamiste et l’Autorité palestinienne pour tenter de réconcilier les frères ennemis palestiniens, étant ainsi l’un des rares interlocuteurs d’Israël rencontrant également les dirigeants du mouvement qui contrôle la bande de Gaza. «Il est de loin le plus performant de tous les chefs de services de renseignements arabes», relevait admiratif l’ancien espion français, le général Philippe Rondot, dans un portrait du Figaro.

    De ce fait, Omar Souleymane, qui venait tout juste d’être élevé le 29 janvier 2011 au poste de vice-président par Hosni Moubarak alors que les protestations commençaient place Tahrir et dans les grandes villes du pays, avait été présenté comme un élément de continuité pour le régime, afin d’organiser une transition douce et pas un effondrement du système. Omar Souleymane ne survivra pas à la chute de son président. Atteint d’un cancer den phase terminale, il succombera peu de temps après l’éviction de son supérieur.

    Photo AFP/AHMED ARAB)

    Source : https://www.renenaba.com/legypte-dix-ans-apres-2-3/

    L’Égypte, dix ans après 3/3


    Par : René Naba – le 21 juillet 2023

    Un an de pouvoir a fracassé le rêve longtemps caressé d’un 4eme Califat, qui aurait eu pour siège l’Egypte, le berceau des «Frères Musulmans», devenue de par l’éviction brutale du premier président membre de la confrérie, la tombe de l’islamisme politique.

    Le Califat est une supercherie lorsque l’on songe à toutes les bases occidentales disséminées dans les monarchies arabes, faisant du Monde arabe la plus importante concentration militaire atlantiste hors des Etats unis.

    Dans un contexte de soumission à l’ordre hégémonique israélo-américain, le combat contre la présence militaire atlantiste paraît prioritaire à l’instauration d’un califat. Et le califat dans sa version moderne devrait prendre la forme d’une vaste confédération des pays de la ligue arabe avec en additif l’Iran et la Turquie soit 500 millions de personnes, des réserves énergétiques bon marché, une main d’œuvre abondante. En un mot un seuil critique à l’effet de peser sur les relations internationales. Faute d’un tel projet, en présence des bases de l’Otan, le projet de restauration du califat relève d’une supercherie et d’un trafic de religions.

    L’Egypte, épicentre du Monde arabe, est diverse. Le premier président néo islamiste élu aurait dû se pénétrer de cette réalité plutôt que de mener une politique sur une base sectaire. Les Frères Musulmans n’ont pas su mettre à profit leur holdup up sur le pouvoir en proposant un projet de dépassement des clivages antérieurs en ce que Morsi n’aurait jamais dû oublier le conflit de légitimité historique qui oppose l’armée aux Frères Musulmans depuis Nasser (1952). Morsi paie aujourd’hui le prix de sa tardive adaptation au principe de réalité et des rapports de force.

    Le déclic populaire contestataire a été le fait des franges de la société informelle arabe, les Frères Musulmans l’ont subverti du fait de leur discipline et de leurs considérables moyens financiers. Ils devaient tenir compte de la diversité de la population égyptienne, et non d’imposer à une population frondeuse une conception rigoriste de la religion.

    Ployant sous le fardeau de l’inflation et de la pénurie, sans perspective d’avenir, sans la moindre percée politique, à la remorque de la diplomatie islamo atlantiste, dans la crainte de la menace de strangulation que fait peser sur l’Egypte le projet de percement d’un canal rival israélien au Canal de Suez, le Canal Ben Gourion, le peuple égyptien, pour la deuxième fois en trois ans, déjouant tous les pronostics, particulièrement les universitaires cathodiques, a créé la surprise, dégommant des palais nationaux ce président néo islamiste. Avec le consentement et le soutien actif de l’armée et surtout des plus hautes autorités religieuses musulmanes et chrétiennes du pays.

    L’Egypte est diverse: Il y a deux siècles, sous les Fatimides, elle était chiite. Les Coptes, des arabes chrétiens, est une population consubstantielle à l’Histoire du pays. L’Histoire tout comme la population s’est constituée par sédimentation. Si de nos jours, la très grande majorité de la population est musulmane sunnite, cela ne suffit pas à faire une politique. Une politique sunnite n’existe pas en elle-même. Elle se fait en fonction du legs national. Il serait insultant au génie de ce peuple de le réduire à une expression basique d‘un islam rigoriste.

    L’Egypte, c’est le pays de Nasser, d’Oum Kalthoum, mais aussi de Cheikh Imam et de Ahmad Fouad Najm, d’ Ala’a Al Aswani, des personnalités contestataires. Plutôt que de promouvoir une politique de concorde nationale, Mohammad Morsi a pratiqué une politique revancharde. N’est pas Mandela qui veut. Il n’était pas pourtant sorcier de comprendre que seule une politique de rassemblement et non de division avait une chance de réussir.

    Au risque de déplaire, les tombeurs de Morsi sont d’abord l’Arabie saoudite et les Etats Unis, les deux éléments qui lui ont servi de béquille pendant un demi-siècle. Les manifestations ont servi de prétexte. Les parrains historiques des Frères Musulmans ont remercié Morsi car il ne répondait plus à leurs attentes. Sa chute est intervenue dix jours après la destitution de l’Emir du Qatar. L’Arabie ne pouvait tolérer deux théocraties sur son flanc nord l’Iran, un réformiste démocratiquement élu, mais chiite, et sur son flanc sud en Egypte, un islamiste démocratiquement élu mais plus grave sunnite; la négation de tout le dispositif la dynastie wahhabite fondé sur l’hérédité et la loi de la primogéniture.

    L’Arabie saoudite qui a financé la construction d ‘un barrage de retenue d’eau en Éthiopie, privant l’Égypte d’une substantielle quantité d’eau du Nil nécessaire à son irrigation. L’Arabie saoudite, un pays arabe, musulman et rigoriste tout comme les frères Musulmans. La déstabilisation de Mohammad Morsi par l’Arabie saoudite est la preuve éclatante qu’il ne saurait y avoir une politique sunnite en soi.

    Soixante ans d’opposition démagogique ont trouvé leur conclusion dans le pitoyable épilogue de la mandature Morsi. Luxe de raffinement ou de perfidie, sans doute pour bien marteler le message, les protestataires ont mobilisé près de vingt millions de manifestants, soit le nombre d’électeurs que Morsi avait recueilli lors de son élection présidentielle.

    Plutôt de s’enfermer dans un déni de réalité, Mohammad Morsi et les Frères musulmans devraient se livrer à une sévère introspection de leur prestation politique et admettre, enfin, qu’un mouvement qui se veut un mouvement de libération ne saurait être un allié des occidentaux, les protecteurs d’Israël en ce qu’il s’agit d’un positionnement antinomique.

    De la même manière, autre vérité d’évidence, que l’on ne saurait solliciter en permanence l’aide d‘une grande puissance sans en payer le prix un jour. Et que d’une manière générale Morsi retiendra sans doute la leçon de savoir que quand les Occidentaux accordent leur satisfecit à un individu, c’est que cette personne a certainement commis une certain degré de reniement de soi. Kadhafi a été couvert d’éloges lorsqu’il a révélé aux occidentaux tout un pan de la coopération clandestine nucléaire inter arabe, avant qu’il soit abattu sans ménagement.

    Au pouvoir, les Frères Musulmans auraient dû prendre en compte des profondes aspirations d’un peuple frondeur et tombeur de la dictature, de même que les impératifs de puissance que commande la restauration de la position de l’Egypte dans le Monde arabe. Faire preuve d’innovation, par le dépassement du conflit idéologique qui divise le pays depuis la chute de la monarchie, en 1952, en une sorte de synthèse qui passe par la réconciliation de l’Islam avec le socialisme. Cesser d’apparaître comme la roue dentée de la diplomatie atlantiste dans le Monde arabe, en assumant l’héritage nassérien avec la tradition millénaire égyptienne, débarrassant la confrérie de ses deux béquilles traditionnelles ayant entravé sa visibilité et sa crédibilité, la béquille financière des pétromonarchies rétrogrades et la béquille américaine de l’ultralibéralisme.

    Sous la direction de la confrérie, l’Egypte aurait dû, enfin, prendre en outre l’initiative historique de la réconciliation avec l’Iran, le chef de file de la branche rivale chiite de l’Islam à l’effet de purger le non-dit d’un conflit de quinze siècle résultant de l’élimination physique des deux petits-fils du prophète, Al-Hassan et Al-Hussein, acte sacrilège absolu fruit sinon d’un dogmatisme, à tout le moins d’une rigidité formaliste.

    L’Egypte fait face à de manœuvres d’asphyxie (retenue d’eau du Nil en Ethiopie, Canal Ben Gourion, concurrentiel du canal de Suez), Morsi aurait dû jouer de l’effet de surprise, en retournant la situation en sa faveur en levant le blocus de Gaza, un accord que l’Egypte n’a même pas ratifié, et,  surtout normaliser avec l’Iran en vue de prendre en tenaille tant Israël que l’Arabie saoudite, c’est-à-dire les deux des grandes théocraties du monde

    Sur fond de concurrence avec la mouvance rivale salafiste, cette épreuve a été infiniment plus redoutable que près de soixante ans d’opposition déclamatoire souvent à connotation sinon démagogique à tout le moins populiste.

    Les Frères Musulmans seraient donc avisés de se livrer à une sérieuse étude critique de la mandature Morsi, avant de se lancer dans une nouvelle aventure dont toute l’Egypte sera perdante ? Pour le plus grand bénéfice d’Israël  et de l’Islam wahhabite saoudien

    Malsain de tout rejeter sur les manigances occidentales. Si les occidentaux ont leur plan, il importe aux Arabes de ne pas se lancer tête baissée devant tout chiffon rouge agité devant eux. Songez à l’impasse du Hamas, qui a déserté la Syrie, par solidarité sectaire avec le djihadisme erratique, expulsé du Qatar où il avait trouvé refuge avant de perdre son fief égyptien, à la merci d’un coup de bambou israélien.

    La 1re faute: Le djihad en Syrie. La faute stratégique de Mohammad Morsi, à l’origine de l’abrogation de son mandat, aura été d’avoir «décrété le djihad en Syrie». Une décision prise par 500 oulémas réunis au Caire. Convoqué par Mohammad Morsi, ce congrès s’était tenu le 15 juillet 2013 avec la participation des représentants de 70 associations islamistes des pétromonarchies du Golfe (Qatar, Arabie Saoudite, Koweït, Bahreïn) ainsi que des courants islamistes d’Égypte, du Yémen et de la Tunisie.

    Cette décision a été très mal perçue par la hiérarchie militaire égyptienne en raison de la fraternité d’armes qui liait les armées égyptiennes et syriennes dans les quatre batailles qu’ils ont livré contre Israël, en 1948, en 1956 (expédition de Suez), 1967 et 1973, (destruction de ligne Bar Lev sur le Canal de Suez et récupération d’une portion du Golan par la Syrie).

    La 2ème faute: L’immunité: L’octroi au président d’une «IMMUNITÉ POUR TOUTES LES DÉCISIONS PASSÉES ET FUTURES»; une disposition sans pareille dans le monde, qui fera de Mohammad Morsi, un PHARAON plus puissant que le plus puissant des Pharaons.

    3eme: Les «fautes stratégiques» des Frères Musulmans, de leur propre point de vue.-De leur propre aveu, les Frères Musulmans ont commis les «fautes stratégiques» suivantes : Avoir bénéficié du soutien des Etats Unis et d’Israël, les meilleurs alliés d’Hosni Moubarak avant sa chute. Négliger complètement la force de la revendication populaire.

    Négliger la pesanteur des partisans de l’ancien président Hosni Moubarak encore aux postes de commande dans la haute administration et les gouvernorats. Le noyautage des Frères Musulmans de l’appareil d’état se fera à l’accession de Mohamad Morsi à la présidence de la république, mais l’armée ne lui laissera pas le temps de s’en accaparer, ni de s’incruster.

    Négliger les SALAFISTES, dont les Services de Renseignements sous Hosni Moubarak s’en servaient comme contre pouvoir au FM. Le conflit FM-Salafiste était en effet plus violent que le conflit qui opposait la confrérie à Moubarak.

    A cela s’est greffé l’autoritarisme de Mohammad Morsi. Moubarak a gouverné sous le régime de l’État d’urgence dès son accession au pouvoir, pendant trente ans (1981-2011).

    Erreur fatale, Mohammad Morsi a commencé sa présidence par une fanfaronnade qui a abrégé son mandat. A peine élu, le premier président néo islamiste de l’Egypte a fait une déclaration d’une arrogance démesurée: «Nous sommes au pouvoir et nous le demeurerons pendant cinq siècles.

    Joignant le geste à la parole, il a, d’un trait de plume, relevé de leurs fonctions la totalité des directeurs des publications égyptiennes pour leur substituer des hommes à sa dévotion. De même, il a ordonné la suppression de tous les programmes scolaires en vigueur sous Moubarak et leur substitution de nouveaux programmes, plus conformes à l’idéologie des FM.

    Pis, lors de la proclamation de la nouvelle constitution Morsi prévoyait une «IMMUNITÉ POUR TOUTES LES DÉCISIONS PASSÉES ET FUTURES» du président; une disposition sans pareille dans le monde, qui fera de Mohammad Morsi, un PHARAON plus puissant que le plus puissant des Pharaons.

    Mal perçu par le peuple égyptien frustré de sa révolution, le triomphalisme et l’autoritarisme de Mohammad Morsi vont alimenter un mécontentement et relancer une nouvelle mobilisation populaire.

    L’Egypte, épicentre du Monde arabe, est diverse. Le premier président néo islamiste démocratiquement élu aurait dû se pénétrer de cette réalité plutôt que de mener une politique sur une base sectaire.

    Les Frères Musulmans n’ont pas su mettre à profit leur holdup sur le pouvoir en proposant un projet de dépassement des clivages antérieurs en ce que Morsi n’aurait jamais dû oublier le conflit de légitimité historique qui oppose l’armée aux Frères Musulmans depuis Nasser (1952). Morsi paie aujourd’hui le prix de sa tardive adaptation au principe de réalité et des rapports de force.

    Quant au Qatar, parrain de la Confrérie, l’activisme qu’il a déployée contre l’un des meilleurs alliés des Etats Unis dans le Monde arabe, placera cette principauté de rite wahhabite sous blocus des pétromonarchies et de l’Egypte, ses dirigeants d’alors, Hamad Ben Khalifa et Hamad Ben Jassem, évincés sans ménagement du pouvoir par leur tuteur américain, portant un coup fatal à la crédibilité de son fleuron médiatique la chaîne Al Jazeera

    Pour aller plus loin sur ce thème, cf ces deux liens:

    Le déclic populaire contestataire a été le fait des franges de la société informelle arabe. les Frères Musulmans l’ont subverti du fait de leur discipline et de leurs considérables moyens financiers. Ils devaient tenir compte de la diversité de la population égyptienne et non d’imposer à une population frondeuse une conception rigoriste de la religion.

    L’Egypte est diverse: Il y a deux siècles, sous les Fatimides, elle était chiite. Les Coptes, des arabes chrétiens, constituent une part consubstantielle à l’Histoire du pays. L’Histoire tout comme la population s’est constituée par sédimentation. Si de nos jours, la très grande majorité de la population est musulmane sunnite, cela ne suffit pas à faire une politique. Une politique sunnite n’existe pas en elle-même. Elle se fait en fonction du legs national. Il serait insultant au génie de ce peuple de le réduire à une expression basique d‘un islam rigoriste.

    L’Egypte, c’est le pays de Gamal Abdel Nasser, d’Oum Kalsoum, mais aussi de Cheikh Imam et de Ahmad Fouad Najm, d’Ala’a Al Aswani, des personnalités contestataires. Il n’était pas pourtant sorcier de comprendre que seule une politique de rassemblement et non de division avait une chance de réussir. Plus judicieux de promouvoir une politique de concorde nationale.

    Un an de pouvoir a fracassé le rêve longtemps caressé d’un 4eme Califat, qui aurait eu pour siège l’Egypte, le berceau des «Frères Musulmans», devenue de par l’éviction brutale du premier président membre de la confrérie, la tombe de l’islamisme politique

    Mohammad Morsi a pratiqué une politique revancharde. Il a été un homme du dissensus et non du consensus. N’est pas Mandela qui veut.

    Sous Hosni Moubarak, l’Egypte marchait sur sa tête et réfléchissait comme un pied; Sous Abdel Fattah Sissi, pire, l’Egypte, atteinte d’éléphantiasis, est devenue un géant sans tête.

    L’Egypte est un géant sans tête. (O’umlak Bila R’as), selon l’expression de Mamdouh Habachi, figure de proue de l’opposition démocratique égyptienne. Mamdouh Habashi est le disciple et le successeur de Samir Amine, le théoricien de l’alter-mondialisme. Chargé des Relations Internationales au sein du «Socialist Popular Alliance Party d’Egypte, Mamdouh Habashi est également Vice Président du «World Forum For Alternatives» (WFA).

    Un géant décapité. L’éclipse de l’Egypte durant la séquence Sadate (1970-1981), consécutive à la signature du traité de paix égypto-israélien, a entraîné un affaissement du Monde arabe. Il ne saurait y avoir de redressement possible du Monde arabe sans un rôle pionnier de l’Egypte.

    Sous la mandature du Maréchal Abdel Fattah Al Sissi, l’Egypte n’est pas un sujet actif, mais un sujet passif des Relations Internationales (Layssa fah’ilan bal mafh’oul), une diplomatie marquée par son suivisme à l’égard des pétromonarchies du Golfe, sous la supervision américaine, sans la moindre influence sur les grands conflits régionaux, ni le Yémen, ni la Syrie.

    Les conditions du «suivisme» ont été mises en place par Anouar El Sadate, lequel, en répudiant l’alliance stratégique avec l’Union soviétique et en signant son traité de paix avec Israël (1979), s’est placé sous la coupe des Américains et des Israéliens. Le suivisme s’est poursuivi sous Hosni Moubarak, qui s’est placé sous la dépendance israélienne pour favoriser la promotion de son fils Gamal comme son successeur à la tête de l’Etat égyptien.

    A tous égards, Camp David, le traité de paix égypto-israélien, aura été une malédiction pour l’Égypte, le Monde arabe voire même Israël, désormais gouvernée par une coalition ultra droitière faisant de l’État hébreu une «démocratie illusoire». Déclassé, le plus grand pays arabe et le plus puissant militairement dispose désormais d’une influence infiniment moindre que les acteurs para étatiques de la zone, le Hezbollah libanais, les Houthistes du Yémen et le Hamas palestinien.

    Un des pivots des guerres de libération du tiers monde sous Nasser, (De l’Algérie, au Yémen, au Congo Léopoldville), l’Égypte est désormais réduite à un rôle de comparse de la diplomatie internationale, vivant des subsides des pétromonarchies. Un sujet passif des Relations internationales.

    Source : https://www.renenaba.com/legypte-dix-ans-apres-3-3/

  • بدر الحاج-سوريا عند المفترق: تحرير الأرض أو التفكّك

    بدر الحاج-سوريا عند المفترق: تحرير الأرض أو التفكّك


    خلال المؤتمر الصهيوني الأول الذي انعقد في آب 1897 في مدينة بازل، وجّه المستشار الألماني الأمير شلودفيغ السؤالين التاليين إلى ثيودور هرتزل: «كم تتوقع حاجتكم من الأراضي لإقامة دولتكم؟ وهل ستصل حدودكم إلى بيروت، أو ما بعدها شمالاً؟». وكان الجواب: «سنطلب ما نحتاجه، وكلما زاد عدد المهاجرين زادت المساحة المتاحة لنا، بالطبع سنشتري كل الأراضي التي نحتاجها بسعر السوق من مالكيها الحاليين» (من يوميات هرتزل، 6 تشرين الثاني 1898 المجلد الأول، المذكرات الكاملة لثيودور هرتزل، بالإنكليزية، نيويورك، 1960، الصفحات 701-702).


    إثر انهيار السلطة في دمشق، وانشغال الحكم الجديد بتثبيت أوضاعه، وانقسام السوريين بين مؤيد للسلطة الجديدة المدعومة من تركيا والغرب، وآخر محبط من القمع والتنكيل اللذين يتعرض لهما وكذلك من خسارة الحكم، كانت إسرائيل وتركيا الرابحين الرئيسيين. وكان كل من إردوغان ووزير الحرب الصهيوني كاتس قد عبّرا عن انتصارهما في إسقاط دمشق. وترافق الاجتياح الإسرائيلي لما تبقى من الجولان والمزيد من الأراضي السورية مع تدمير الترسانة العسكرية السورية، مما أدى إلى وضع كارثي ليس على سوريا فقط، بل على لبنان والأردن والعراق ولعله أخطر بكثير بالمقارنة مع هزيمة 1967.


    لكن بغضّ النظر عمّن يسيطر على الحكم في دمشق، فالأهم هو الخسارة الإستراتيجية لبلاد الشام عامة بسبب مضاعفات الاجتياح الصهيوني الأخير، والذي وضع مساحات شاسعة من الأراضي السورية تحت سيطرة إسرائيل مجاناً وليس بشراء الأراضي كما قال هرتزل. هذا الواقع الجديد سيدرك الجميع تبعاته الخطيرة في القادم من الأيام بعد أن تخمد «انتصاراتهم»! والسؤال اليوم هو: كيف سيتصرف الحكام الجدد أمام هذا الأمر الذي يتجاهلونه كلياً؟ والجواب كما يبدو أن أولويات الحكام الجدد هي ما أعلنه محافظ دمشق ماهر مروان بأنه يجب إقامة سلام مع إسرائيل.


    الهجمة الصهيونية الجديدة أدخلت بلادنا في نفق مظلم. كان الصراع على سوريا بعد الحرب العالمية الأولى متعدد الأوجه والأطراف، بين الفرنسيين والبريطانيين، وبين الهاشميين والمصريين والسعوديين، وبين الغرب والسوفيات، وبين عبد الناصر ومناوئيه، وبين «البعث» و«البعث»، وبين «البعث» و«الإخوان المسلمين». أُنهك الشعب السوري بسبب تلك الصراعات، ضابط أطاح بضابط، وتقلصت تدريجياً حرية المعتقد مع الأنظمة العسكرية، واحتُلت الجولان كما سبق أن احتُلت الإسكندرون وفلسطين. واليوم تدخل سوريا في مرحلة جديدة، وهناك أطراف عدة عربية وأجنبية تحاول أن تحجز لنفسها موطئ قدم على الأرض السورية، مع فارق أساسي هذه المرة ألا وهو أن الجيش الصهيوني بات على أبواب دمشق.


    الخطورة في ما جرى أخيراً ليس سقوط «البعث» وتولّي الإسلاميين المدعومين من تركيا والغرب السلطة، بل بالثمن الذي ستُطالب سوريا بدفعه لانسحاب القوات الإسرائيلية من الأراضي المحتلة حديثاً، هذا في حال وافقت على الانسحاب وهذا مستبعد جداً. ومن المحتمل أنه حتى في حال التطبيع والاعتراف وفتح سفارة إسرائيلية في دمشق، فهذا لن يكون مغرياً بالنسبة إلى الصهاينة، والسبب يعود إلى أن الاستيلاء على الجولان وعلى قمم جبل الشيخ تحديداً، منح دولة العدو مزايا عسكرية عدة إضافة إلى موارد اقتصادية ضخمة. وهذا ما أعلنه نتنياهو من على قمة جبل الشيخ حين قال: «نحن هنا لحماية أمن إسرائيل».


    وبالنسبة إلى إسرائيل، فإن الأهمية العسكرية والاقتصادية للمناطق التي سيطرت عليها تعتبر قفزة أساسية وإستراتيجية بكل المعايير. وحتى كتابة هذا المقال، ثبت أن المساحات التي تم احتلالها منذ حرب 1967 حتى اليوم تفوق الثلاثة آلاف كيلومتر مربع، والتوغل متواصل. وهذه المساحة ستضاف إلى لائحة الأمر الواقع الذي فرضته إسرائيل بالقوة العسكرية في الجولان. ورغم قرار الأمم المتحدة برفض ضم إسرائيل للجولان، إلا أن الأمر الواقع والاحتلال هما السائدان، ويضاف إليهما موافقة الإدارة الأميركية على قرار الضم في آذار 2019، وبدورها فرضت سلطات الاحتلال على السوريين الجنسية الإسرائيلية.


    السيطرة على الأرض وسكانها رافقها تشييد المستوطنات، وإقامة مشاريع اقتصادية وعسكرية ضخمة وطرد مئة وثلاثين ألفاً من السكان. إضافة إلى ذلك، فإن السيطرة الكاملة على قمم جبل الشيخ التي تراوح ارتفاعاتها ما بين 1000 و2814 متراً عن سطح البحر تؤمن للإسرائيليين فوائد عسكرية على درجة كبيرة من الأهمية، وتجعل من الصعوبة تنفيذ أي هجوم سوري مفاجئ، بسبب أجهزة المراقبة والاستشعار من بعد التي تشرف على مناطق شاسعة من سوريا والأردن ولبنان وصولاً إلى العراق. وأيضاً حصدت إسرائيل امتيازات أمنت لها الدفاع والهجوم السريع في آن معاً من مواقع حصينة ومرتفعة. وقد قدّر خبراء صهاينة أن تكاليف المنشآت العسكرية التي سبق أن أقيمت في الجولان قبل «طوفان الأقصى» بـ 20 مليار دولار.


    وإلى جانب الأهمية العسكرية، فإن العدو يدرك أن تدمير أسلحة الجيش السوري وضع سوريا في حالة من الضعف يصعب عليها تجاوزها على الأقل في المدى المنظور. لذلك يتوجب على السوريين بكل توجهاتهم أن يدركوا أن البلاد وقعت، وأن النهوض يحتاج إلى تماسك ووعي لخطورة الاجتياح الصهيوني الأخير. لكن صمت النظام الجديد عن الاجتياح الإسرائيلي، وعن تدمير مقدرات سوريا العسكرية، إضافة إلى تصريح محافظ دمشق أن الحكم الجديد يريد علاقات جيدة مع إسرائيل، يوضح بما لا يترك مجالاً للشك أن الرياح تجري عكس مصالح الشعب السوري.


    لقد سبق التطورات الأخيرة إعلانٌ من قبل القادة الصهاينة أن ما يتمنونه ويعملون لتحقيقه هو تفكيك الجبهة الشرقية، وبصورة خاصة سوريا والعراق، على أساس مذهبي وعرقي وطائفي كما في لبنان. إضافة إلى ذلك تفكيك المقدرات العسكرية لهذه الكيانات، وهذا أمر يخدم المشروع الصهيوني على المدى القريب. ومشاريع التقسيم التي أعلن عنها الصهاينة تتشابه مع التقسيمات الفرنسية السابقة. ومن خططهم دولة سنية في حلب وأخرى في دمشق على عداوة مع دولة حلب، ودولة علوية على الساحل. أما الدروز في مناطق حوران وشمال الأردن، فقد يقيمون لهم دولة، أو يجري ضمّهم إلى الجولان، وبالطبع دولة مسيحية في لبنان (جاء ذلك في بحث لأوبيد ينون بعنوان «إستراتيجية إسرائيل في الثمانينات»، نشر في مجلة «اتجاهات» العبرية عام 1982 وترجم إلى الإنكليزية عام 1982، الصفحات 49-59).


    إضافة إلى المزايا العسكرية التي حصدتها إسرائيل نتيجة الحرب السورية وسقوط السلطة في دمشق، فإن المكتسبات الاقتصادية توازي بأهميتها الفوائد العسكرية. فمنطقة الجولان، وبالتحديد جبل الشيخ، تحوي على جميع مصادر المياه التي كان يحلم ويخطط للاستيلاء عليها القادة الصهاينة الأوائل. فهي تشمل منابع نهري اليرموك والأردن، أما مياه بانياس وهضبة الجولان إجمالاً، والأنهر في جنوب لبنان، فهي المصدر الأساسي لبحيرة طبريا وهي أضخم خزان مائي في فلسطين. مصادر المياه هذه لا يمكن أن تعوضها عمليات تحلية مياه البحر التي تجري حالياً والتي لا تكفي للزراعة ولاستقطاب المزيد من المستوطنين الجدد. لذلك من المتوقع أن يتشبث الصهاينة بالبقاء في هذه المنطقة المهمة وسيعملون على زيادة الاستيطان فيها.


    هذا الواقع المرير لن يغيره إلا التنظيم المضاد بهدف حشد طاقات الشعب السوري الضخمة. لقد كان السوريون عبر تاريخهم درع بلاد الشام، وشرعية أي حكم في دمشق مصدرها الأول والأخير موقف الحكم أياً كانت توجهاته الإيديولوجية من احتلال الأرض السورية في الجولان وفلسطين. فقط القوة الشعبية المنظمة والمؤمنة بعدالة قضيتها، رغم كل المعوقات والصعوبات، هي القول الفصل في استعادة الأرض المحتلة… ودون ذلك الخراب والتقاتل الداخلي على مفاهيم مذهبية وإثنية بائدة، ولن تكون نتيجته إلا تدمير المجتمع السوري وتفكك لحمة الجغرافيا السورية.
    * كاتب لبناني

    بدر الحاج

    https://www.al-akhbar.com/%D9%82%D8%B6%D8%A7%D9%8A%D8%A7%20%D9%88%D8%A2%D8%B1%D8%A7%D8%A1/818296/%D8%B3%D9%88%D8%B1%D9%8A%D8%A7-%D8%B9%D9%86%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%81%D8%AA%D8%B1%D9%82–%D8%AA%D8%AD%D8%B1%D9%8A%D8%B1-%D8%A7%D9%84%D8%A3%D8%B1%D8%B6-%D8%A3%D9%88-%D8%A7%D9%84%D8%AA%D9%81%D9%83%D9%83

  • الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد ا105، بتاريخ 04 من كانون الثاني/يناير 2025

    الطاهر المعز-متابعات، نشرة أسبوعية – العدد ا105، بتاريخ 04 من كانون الثاني/يناير 2025

    أرجو أن تكون سنة 2025 أحسن من سابقاتها، وأن يُحقّقَ الكادحون والطّبقات المُستَغَلَّة والشُّعُوب المُسْتَعْمَرَة والمُضْطَهَدَة، بعض الإنتصارات ضد المُستغِلِّين والإمبرياليين والرِّجْعِيِّين...
    يتضمن العدد الخامس بعد المائة، من نشرة "متابعات" الأسبوعية نبذة عن ارتفاع ثروة أثْرَى الأثرياء، سنة 2024، في حين تعيش شعوبنا العربية تحت القصف والدّمار، تليها محاولة تبسيط الإقتصاد السياسي، وتوضيح بعض أدْوار صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي وبعض آليات عملهما، وفقرة عن وفاة مُهندس الثروة المالية للإخوان المسلمين في مصر، وفقرة عن معتقل غوانتنامو، وفقرة عن العلاقات المتوترة بين الولايات المتحدة وأوروبا بسبب تهديدات دونالد ترامب بفرض رسوم جمركية جديدة على السلع الأوروبية الدّاخلة إلى الولايات المتحدة، وفقرة عن اقتصاد الصين الذي يُعاني أَعْراض وتأثيرات الأزمات الرأسمالية، مما يستوجب تدخّل الحكومة للحَدّ من هذه التّأثيرات، وفقرة عن الفساد في أعلى هرم السلطات والمؤسسات الدّولية وفقرة عن بعض مظاهر الحرب التكنولوجية التي شنتها الولايات المتحدة منذ سنوات على الصين وفقرة عن أزمة مجموعة "فولكسفاغن" لصناعة السيارات كمرآة لأزمة ألمانيا وأوروبا التي لم تتمكن من شق طريق خاص بها، بعيدًا عن هيمنة الإمبريالية الأكْبر (الولايات المتحدة) وفقرة عن إضراب عُمال مجموعة "سبارتكس" الأمريكية للمقاهي والتي تخصّصت في ملاحقة وطرد النقابيين من مؤسساتها  

    تضرّرت شعوب عديدة – خلال سنة 2024 – من العُدوان الإمبريالي – الصّهيوني الرّجعي وفي مقدّمتها الشعب الفلسطيني واللُّبناني والسّوري واليَمَنِي وكذلك الشعب السُّوداني والشّعوب التي تُعاني من الحُروب أو الحصار والإضطهاد الإمبريالي ومن الكوارث الطبيعية التي سبّبت معظمها الإنشطة البشرية، والفئات التي تُعاني من الإستغلال الطّبقي…

    في الضّفّة المقابلة – في جبهة الأعداء – أضاف أغنى عشرة أشخاص حوالي 518 مليار دولار إلى ثرواتهم الشخصية التي فاقت (مجتمعة ) تريليُونَيْ دولارا، خلال سنة 2024 وفي مُقدّمتهم إيلون ماسك – أحد أهم مُمَوِّلي حملة دونالد ترامب للإنتخابات الرئاسية – الذي تضاعفت قيمة ثروته التي زادت بنحو 203 مليارات دولارا لتصل في مجموعها إلى 432 مليار دولارا…

    بلغت ثروة خمسمائة ثَرِي نحو عشرة تريليونات دولارا، أو ما يُعادل حجم اقتصاد ثلاث دول غنية، كأستراليا وألمانيا واليابان مجتمعة، وفق بيانات البنك العالمي التي أوردتها وكالة بلومبرغ بنهاية سنة 2024… 

    تأسّس كل من صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي، سنة 1944 في بريتون وودز ( الولايات المتحدة)، قبل الإعلان عن النهاية الرّسمية للحرب العالمية الثانية، بغرض تحقيق استقرار النظام المالي الدولي بعد الحرب، من خلال تنظيم تداول رأس المال، وتحولت المُؤسستان تدريجيًّا إلى أدوات لفَرْضِ سياسات نيوليبرالية في جميع دول العالم، خدمَةً لمصالح الدول الإمبريالية والشركات العابرة للقارات، وإلى كيانات مُناهضة للدّيمقراطية، في خدمة مصالح القوى الكبرى والشركات الخاصة الكبرى، من خلال القروض المشروطة للدول التي تعاني من صعوبات مالية واقتصادية، وأسْفَرَ تطبيق التّدابير الإقتصادية التي فَرَضها صندوق النقد الدولي وفرض تدابير اقتصادية أسفرت عن فقدان أكثر من 20 مليون شخص لوظائفهم، خلال الأزمة الإقتصادية في بلدان جنوب شرقي آسيا، بين سنتي 1997 و 2000، مما أدى إلى احتجاجات شعبية قوية وزعزعة استقرار العديد من الحكومات.

    تترأس كريستالينا جورجيفا، منذ سنة 2019،صندوق النقد الدولي، بعد رحيل كريتين للاغارد التي أصبحت رئيسة المصرف المركزي الأوروبي، وكريستالينا جورجيفا، خبيرة اقتصادية بلغارية والرئيسة التنفيذية السابقة لمجموعة البنك الدولي من كانون الثاني/يناير 2017 إلى أيلول/سبتمبر 2019، واشتهرت بتزييف التقارير والضغط على مُعِدِّي البحوث والدّراسات والتّقاريرلتغيير بعض محتوياتها، ومع ذلك أُعيدَ انتخابها سنة 2024، لأن الولايات المتحدة راضية عنها…

    يُعتَبَر صندوق النّقد الدّولي ماكنة إدارية هائلة حيث يُشغل 3100 من كبار المسؤولين التنفيذيين من 162 دولة، معظمهم مقيمون في واشنطن العاصمة، سنة 2024، وتتحمل الدّول الفقيرة المُقتَرِضَة الرواتب والحوافز والمنح المُرْتَفِعة لهؤلاء الموظفين الذين يفرضون التّقشّف على الكادحين والفُقراء، وَفَرْض الرّقابة – وهي شكل من أشكال الإنتداب الإستعماري – على العديد من البلدان، بما في ذلك بعض البلدان الأوروبية كاليونان والبرتغال وأيرلندا، فضلا عن النّفُوذ المُطلَق الذي يتمتع به الصندوق في العديد من دول « الجنوب »، ويظهر تأثير الولايات المتحدة في رفض الصّندوق مَنْحَ قُرُوض لبعض البلدان (مثل فنزويلا) بدون مُبَرّر، والموافقة على قروض أخرى بدون تعليل، وحصلت الأرجنتين، سنة 2018، على أكْبَرِ قرضٍ في تاريخ الصندوق بقيمة 57 مليار دولارا، لأن الرئيس ماوريسيو ماكري آنذاك كان نيوليبراليًّا وحليفًا مُطيعًا  للولايات المتحدة، خلافًا لسلفه الرئيسة كريستنا كيرشنير…

    أثارت شروط صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي احتجاجات شعبية في العديد من الدّول، منها مصر (كانون الثاني/يناير 1977) وتونس ( 1978 و 1983/1984 ) والمغرب (منذ 1981 )  وفي دول إفريقية وآسيوية وأمريكية عديدة مثل إكوادور وهايتي، كما استخدم صندوق النقد الدولي، بداية من سنة 2022، أزمة الديون الدولية في دول « المُحيط » لفرض تدابير التقشف المُشَدَّدَة في حوالي مائة دولة طلبت قروضًا طارئة، خلال انتشار جائحة كوفيد – 19 التي عالجتها الدّول الرأسمالية المتطورة بضخ مئات المليارات من الدّولارات في الإقتصاد، وأدى ضغط صندوق النقد الدّولي إلى اندلاع احتجاجات شعبية كبرى في نيجيريا وكينيا وباكستان وسريلانكا وغيرها بين سنتَيْ 2022 و 2024. 

    تُحدّد حصّة كل دولة ( أي حجم المُساهمة في رأس مال صندوق النّقد الدّولي) حقوق التصويت التي تتمتع بها داخل المجلس التنفيذي لصندوق النقد الدولي الذي تُهيمن عليه الولايات المتحدة بنسبة 16,49% من حقوق التصويت، فيما تُمثل 17 دولة إفريقية (487 مليون نسمة) 1,40% من حقوق التصويت، أو أقل من الولايات المتحدة أحد عشر مرة، خلال جلسات الصندوق في تشرين الثاني/نوفمبر 2024، ولا تُمثل 45 دولة إفريقية (جنوب الصحراء الكبرى) سوى 4,61% من الأصوات في صندوق النقد الدولي، فيما تمتلك فرنسا نسبة 4,03% وألمانيا على 5,31% من حقوق التصويت، ويمكن للولايات المتحدة أن تعترض على أي قرار، لأن القرارات الهامة تتطلب نسبة  85% من الأصوات، وبالتالي فإن الولايات المتحدة هي الدولة الوحيدة التي تمتلك وحدها حق النقض… 

    يفرض صندوق النقد الدولي رُسُومًا إضافيةً على قروض الدول التي تستنجد به في شكل سعر فائدة تصل نسبته إلى 8% ولذلك تزيد موارد الصّندوق كلما زادت قُرُوضه، وكلّما زاد البُؤس وساءت أحوال الناس، زاد رصيد ونفوذ صندوق النقد الدولي الذي تفوق إيراداتُه إنفاَقَهُ، وعلى سبيل المثال بلغ حجم قروض صندوق النقد الدّولي 27,6 مليار دولارا سنة 2023، فيما بلغ حجم سداد حِصَص القروض 37,8 مليار دولارا، ومن الملاحظ إن صندوق النقد الدّولي لا يلغي أي دين على الإطلاق، رغم ادّعاء صندوق النقد الدولي أو البنك العالمي إلغاء الديون، وهما في الواقع يأخذان المال من صناديق خاصة تغذيها البلدان الأعضاء في المُؤسّسَتَيْن وتقتطعها من المُساعدات الإنسانية الرسمية ومن أموال صناديق التعاون والتنمية، أي إن هذه العملية تتمثل في خَفْضِ الإنفاق على مساعدات إنمائية رسمية أخرى…

    تتمثل سياسات صندوق النقد الدّولي ( وكذلك البنك العالمي) في فَرض السياسات الإقتصادية والمالية النيوليبرالية، من خلال عمليات المراقبة وما يُسميها « المساعدات التّقنية »، ووتؤدي شروطه إلى ارتفاع نسبة البطالة وتدمير مستوى دخل الأُجَراء والكادحين وتيْسِير حركة رأس المال التي تُعَدُّ أحد الأسباب الرئيسية للأزمات المالية وأحد أسباب تشجيع المضاربة والتفريط في ممتلكات وأُصول الشعوب (القطاع العام وممتلكات الدّولة)، لأن الدّول الغنية – خصوصًا الولايات المتحدة –    تستخدم صندوق النقد الدولي كوسيلة لتحقيق غاياتها السياسية، ولم تُثْبِت أي دراسة وجود فوائد أو إيجابيات من قروض   صندوق النقد الدولي والبنك العالمي، فيما توجد مئات الدّراسات عن الآثار الضَّارَّة والأزمات في البلدان الفقيرة ( وحتى الأوروبية، مثل اليونان) كنتيجة مباشرة لتطبيق شروط الدّائنين، وفق تقرير نشرته اللجنة الإستشارية للمؤسسات المالية بالكونغرس الأمريكي ( لجنة ميلتزر ) سنة 2000. 

    أدّى تطبيق شروط صندوق النّقد الدّولي والبنك العالمي ( وغيرهما من الدّائنين، مثل نادي باريس) إلى إلغاء دعم المنتجات والخدمات الأساسية والضّرورية وإلغاء الإنفاق الإجتماعي وخفض قيمة العملات المحلية وخصخصة القطاع العام وبيع ممتلكات الدّولة ( وهي ممتلكات الشعب) وخفض أو إلغاء مستوى التوظيف الحكومي، بما في ذلك قطاعات الصحة والتعليم، ويمكن تلخيص الوضع بأن مؤسسات « بريتن وودز » المالية الدّولية غير ديمقراطية وضَارَّة.

    أعلن تنظيم الإخوان المسلمين ( نَشَأ في مصر سنة 1928 بدعم من الإستعمار البريطاني لمقاومة الشيوعية والقومية العربية والمجموعات الوطنية التي تناضل من أجل الإستقلال) عن وفاة يوسف ندا ( 94 سنة )، أحد القيادات التاريخية للإخوان في مصر، منذ سنة 1947، ومؤسس الشبكة المالية الواسعة التابعة للتنظيم، وتم اعتقاله وسجنه لمدة سنتَيْن ضمن حملة الإعتقالات التي طَلَت عناصر وقادة الإخوان بعد محاولتهم اغتيال الرئيس الراحل جمال عبدالناصر في ميدان المنشية بالإسكندرية، مَوْطِن يوسف ندا (تشرين الأول/ أكتوبر 1954 )، وبعد الإفراج عنه سنة 1956، أصبح يُنسّق النشاط الإقتصادي للإخوان المسلمين، قبل أن ينقُل مَقَر الإدارة والإشراف على الشؤون المالية من مصر إلى ليبيا، سنة 1960 عندما كان الملك إدريس السنوسي يحكم ليبيا، قبل نقل الإدارة المالية للإخوان المسلمين إلى النّمسا، حيث استفاد الإخوان من النظام المصرفي، وأشرفَ يوسف ندا على نشاط تجاري واسع شمل نسبة هامة من تجارة الإسمنت في حوض البحر الأبيض المتوسّط بنهاية عقد الستينيات من القرن العشرين، وأغلق مكتب ليبيا بعد انقلاب الأول من أيلول/سبتمبر 1969 ونَقل مَقَرّ الإمبراطورية المالية للإخوان المسلمين إلى اليونان ( في عهد الدّكتاتورية العسكرية الدّموية) ثم إلى سويسرا، حيث أسّس عدة شركات اقتصادية تعمل لحساب الإخوان المسلمين وتتمتع بمزايا « السّرّيّة المصرفية » السويسرية، كما نقل جزءًا من النشاط المالي للإخوان إلى الملاذات الضّريبية، وأسس « بنك التقوى » في جزر البهاما مع القيادي بالإخوان غالب همت سنة 1988، وكان أول بنك إسلامي يعمل خارج الدول الإسلامية، واستطاع هذا المصرف تحقيق مكاسب كبيرة في سنواته الأولى، وأصْبَح يوسف ندا شخصية بارزة في عالم الاقتصاد والمال في أوروبا، ودول العالم الإسلامي، عندما كان يشغل منصب رئيس مجلس إدارة « بنك التقوى » و مُفَوّض العلاقات السياسية الدولية في جماعة الإخوان المسلمين…

    بعد الإطاحة بحكم الإخوان المسلمين في مصر منتصف سنة 2013، أُدِينَ « يوسف ندا  » بتهمة تمويل عمليات إرهابية لحساب الإخوان المسلمين في مصر، قبل أن يتم إدراجُهُ من قِبَل محكمة أمن الدّولة في مصر، ضمن قوائم الإرهاب، ضمن 76 قياديا آخرين من الجماعة لمدة خمس سنوات تبدأ من التاسع من كانون الأول/ديسمبر 2024…

    اشتهر يوسف ندا في مصر بأنه مُهندس المشاريع التجارية والمصرفية للإخوان المسلمين التي مكّنتهم من جَمع ملايين الدّولارات، ليتمكنوا من استقطاب ملايين المُنْتَمِين والأنْصار لتنظيمهم وتمكنوا من الحصول على سمعة طيبة بين الفُقراء بفضل المشاريع الخيرية التي تم استخدامها لإخفاء النشاط التجاري الرأسمالي المتناقض مع ادعاء التّقوى ومعارضة الرِّبا، واشتهر يوسف ندا بأنه « محافظ المصرف العالمي السِّرِّي » للإخوان ووزير ماليتهم وحافظ أسرارهم بشأن مصادر التمويل ( التي يُرَوِّجُ الإخوان إنها تحترم الشريعة الإسلامية ) والإنفاق على النشاط السياسي والدّعاية والإعلام والحياة الباذخة لقياداتهم، ويمتلك يوسف ندا أسرار الحسابات المصرفية السّرّيّة في سويسرا والملاذات الضّريبية…   

    أطلقت الولايات المتحدة، خلال الفترة الأخيرة، سراح عدد من سجناء مُعتقل « غوانتنامو »، من بينهم إثنان من ماليزيا وواحد من كينيا، ونَقَلت عددًا من المُعتقَلِين خارج سجن خليج غوانتنامو الواقع داخل أراضي كوبا الذي تحتله الولايات المتحدة منذ فترة طويلة، وحَوَّلَتْهُ إلى مُعتقل احتجزت داخله مئات الأشخاص بشكل تعسفي واستخدمت التعذيب في السّجون السّرّيّة التي تديرها وكالة الإستخبارات المركزية ( خارج الأراضي الخاضعة للقانون الأمريكي ) للحصول على اعترافات، دون احترام أي من الحقوق الدُّنْيا للبشر…

    تستخدم الولايات المتحدة كذلك احتلال خليج « غوانتنامو » أَداةً لترهيب ومحاصرة كوبا التي تعتبرها الولايات المتحدة « دولة داعمة للإرهاب » وتُحاصرها منذ أكثر من ستة عُقُود، وتراجعت الولايات المتحدة عن وُعُودِها بإغلاق مُعسكر الإعتقال بخليج غوانتانامو الذي تحتله منذ أكثر من قَرْنٍ، بناءًا على اتفاق قديم مع إحدى الحكومات الكوبية العميلة التي كانت تحكم قبل ثورة 1959، ويُعتر « اتفاقًا دَوْلِيًّا » لا يمكن التراجع عنه سوى باتفاق الطَّرَفَيْن، ولم تقبل الولايات المتحدة أي تفاوض بشأن استرجاع كوبا لهذا الجُزْء من أراضيها الذي تحول إلى قاعدة عسكرية تُهدّدها في عقر دارها.

    يُعتَبَرُ مُعتَقَل « غوانتنامو » واحدًا من السّجون السرية العديدة التي أنشأها الولايات المتحدة حول العالم كجزء من «الحرب ( المَزْعُومَة ) ضد الإرهاب» وتم افتتاحه في كانون الثاني/يناير 2002، وفاق عدد المُعتَقَلين به بشكل غير قانوني وغير إنساني 700 سجين، بقي منهم حاليًا 29 سجينًا، فيما تضم القاعدة العسكرية بغوانتنامو حوالي 1800 جندي، بالإضافة إلى حوالي 300 تُوظّفهم مقاولات وشركات الأمن الخاصة، ويُعْتَبَرُ السّجن الأغلى تكلفة في العالم، وارتفع الإنفاق على هذا السّجن/القاعدة من 454 مليون دولارا سنة 2013 عندما كان المُعتقل يضم 166 سجينا، إلى نحو 540 مليون دولارا سنة 2018، بعد انخفاض عدد المعتقلين إلى أربعين سجين، وتُظهر بيانات الكونغرس ( لا يخضع المعتقل لسلطته بل لسلطة وكالة الإستخبارات المركزية ) إنفاق أكثر من ست مليارات دولارا خلال 18 سنة من نشاط المُحْتَشَد، أو ما يُعادل 380 مليون دولارًا سنوياً في منطقة خارجة عن القانون، لأنها خارج الأراضي الأمريكية ولا تخضع للقوانين الأمريكية، وبالتالي ليس للسجناء أي حقوق…

    وافق جورج بوش الإبن – سنة 2006 – على خطة جديدة لمحاكمة المدانين في « الحرب على الإرهاب » من خلال نظام محاكم عسكرية لا يحترم الحقوق الأساسية للمتهمين، لكن لم تتم إدانة سوى ثمانية مساجين، أُلْغِيَت أحكام ثلاثة منها فيما لم تتم مُحاكمة البقية، رغم إدانة المحاكم العادية بالولايات المتحدة أكثر من 650 شخصًا آخرين بتُهَمٍ تتعلّق بالإرهاب، وتجنّبت الولايات المتحدة – من خلال عدم إغلاق مُحتَشَد غوانتنامو – الكشف عن العديد من الجرائم والفظائع، من بينها التّعذيب في مراكز الإعتقال السّرِّي ببلدان « صديقة » للولايات المتحدة، بإشراف وكالة المخابرات المركزية  سي آي إيه…

    هَدَّدَ الرئيس الأميركي المنتخب دونالد ترامب، يوم الجمعة 20 كانون الأول/ديسمبر 2024، الإتحاد الأوروبي بفرض « أكبر قدر ممكن من الرُّسُوم الجمركية » الإضافية إذا لم يُبْرِمْ « صفقات ضخمة لشراء الغاز والنفط » الصّخرِيّيْن الأمريكِيّيْن، بهدف تَعْدِيل الميزان التجاري مع الولايات المتحدة، وتُشير البيانات الأمريكية إن الإتحاد الأوروبي أكبر زبون للمحروقات الأمريكية (مرتفعة الثمن ورديئة الجودة، مقارَنَةً بالمحروقات الرّوسية)، تليه آسيا، وردّت المفوضيّة الأوروبية في الحين وعبرت عن استعدادها للبحث مع دونالد ترامب « كيفية تعزيز العلاقة بما يشمل قطاع الطاقة ( لأن ) الاتحاد الأوروبي ملتزم بالتخلص التدريجي من واردات الطاقة من روسيا وتنويع مصادر الإمدادات »، ويستورد الإتحاد الأوروبي من الولايات المتحدة سنة 2024، نحو 47% من حاجته للغاز و 17% من حاجته للنفط، وارتفعت الواردات منذ فرض العقوبات على روسيا بسبب حرب أوكرانيا سنة 2022، وفقا لبيانات مكتب الإحصاء الأوروبي « يوروستات »، ومع ذلك هَدّد ترامب بفرض رسوم جمركية إضافية على معظم الواردات إن لم يكن كلها، وقال « إن أوروبا ستدفع ثمنا باهظا لأن لديها فائضا تجاريا كبيرا مع الولايات المتحدة لعقود من الزمن »، كما هَدّدَ بفرض رسوم باهظة على السلع والخدماتالقادمة من كندا والمكسيك – رغم اتفاقية التجارة الحرة بينهما والولايات المتحدة – والصين… 

    أثار التّهديد الأمريكي اضطرابًا في أسواق المال الأوروبية، وحققت الأسهم الأوروبية أسوأ أداء أسبوعي ( مساء الجمعة 20 كانون الأول/ديسمبر 2024 ) خلال ثلاثة أشهر، وتراجعت أسهم جميع القطاعات الفرعية الأوروبية الرئيسية، والمصارف  وشركات التعدين، وكافة المُؤشرات في البلدان الأعضاء في الإتحاد الأوروبي وكذلك في بريطانيا وسويسرا. 

    سلطت صحيفة « إيكونوميست » الضوء على توقعات قاتمة للاقتصاد الصيني لعام 2025 في تقرير جديد لها، مع التركيز على الحاجة إلى اتخاذ إجراءات جريئة لتحفيز الطلب المحلي وتجاوز العوائق الاقتصادية.

    توقّع تقرير أصدره مؤتمر العمل الاقتصادي المركزي للصين، أن البلاد تواجه تباطؤًا اقتصاديا متزايدا وسط تهديدات جديدة بفرض تعريفات جمركية أمريكية تصل إلى 60% وقَدّمت صحيفة « إيكونوميست » ( 20 كانون الأول/ديسمبر 2024) نتائج التقرير الذي يتوقع ركود الإقتصاد الصّيني بفعل انخفاض الطّلب ( أو الإستهلاك ) الدّاخلي منذ سنة 2022، رغم الجهود الحكومية والتحفيزات التي أعلنتها (مثل خفض أسعار الفائدة) لدَفْعِ الإستهلاك ولدعم سوق العقارات، ورغم إصدار الحكومة (وزارة المالية – تشرين الثاني/نوفمبر 2024) سندات إضافية بقيمة 10 تريليونات يوان (1,4 تريليون دولار) لخفض التكاليف على الحكومات المحلية، ويتوقع التقرير أن تُخصّص الحكومة المركزية الصينية حوالي 1,2 تريليون يوان (168 مليار دولار) سنة 2025 لزيادة الإستهلاك المَحضلِّي ودعم النمو الاقتصادي.

    أَقَرّت الحكومة الصينية – خلال الأزمات سنة 2008 و 2014 و 2020 – سياسات تحفيزية في سوق العقارات السكنية الجديدة وبرنامجًا لدعم استبدال الأجهزة المنزلية، بهدف رفع مبيعات هذه المنتجات، فضلا عن زيادة قيمة المعاشات ودعم التأمين الصحي لتشجيع المواطنين على الادخار بدرجة أقل وإنفاق المزيد، وقدّر المصرف الأمريكي « غولدمان ساكس » ارتفاع  العجز المالي العام للصين إلى نحو 13% من الناتج المحلي الإجمالي سنة 2025…

    قضت محكمة إسبانية في مدريد، يوم الجمعة 20 كانون الأول/ديسمبر 2024، بسجن المدير العام الأسبق لصندوق النّقد الدّولي ( من 2004 إلى 2007) رودريغو راتو أكثر من 4 سنوات، بتهمة ارتكاب ثلاث جرائم ضريبية ( الإحتيال على مكتب الضرائب والتّهرّب من تسديد 8,5 ملايين يورو بين سنتَيْ 2005 و 2015 )، وغسل أموال وفساد، بعد حكم آخر بسجنه 57 شهرا صَدَرَ سنة 2018 وتغريمه بمبلغ يفوق مليونَيْ يورو، بعد إدانته بإساءة استخدام المال أثناء عمله في مصرف « بانكيا » حيث استخدم بطاقات ائتمان المصرف لنفقاته الشخصية بين سنتيْ 2010 و 2012…

    استمرت المُحاكمة الأخير أكثر من تسع سنوات، لأن رودريغو راتو يعدّ من أبرز شخصيات الحزب الشعبي المحافظ، وكان وزيرًا للإقتصاد لفترة ثماني سنوات ونائبًا لرئيس الوزراء اليميني « خوسيه ماريا أَسْنار »، قبل تعيينه مديرًا تنفيذيا لصندوق النقد الدّولي، وترأس مصرف « بانكيا » الأسباني، مما ساعده على تعطيل إجراءات المحكمة وتخفيف العقوبة، ولكنه جاهر بتهديد القضاة واستهتر بمؤسسة القضاء، مما أدى إلى دخوله السجن سنة 2018 (في قضية الفساد واستخدام مال المودعين في المصرف لقضاء شؤونه الخاصة ) لكنه تمتع بنظام سجن شبه مفتوح – أواخر سنة 2020 – بعد تبرئته في قضية أخرى تتعلق بالاحتيال وتزوير مستندات خلال تعويم مصرف « بانكيا » سنة 2011 بعد انهياره في خضم الأزمة المالية التي أصابت إسبانيا.

    رغم الحصار الأمريكي وحَظْر تصدير التكنولوجيات المتطورة ومُكونات الشّرائح وأشباه المواصلات إلى الصّين، تمكّنت شركة « هواوي » الصينية للإتصالات من تطوير نظام تشغيل خاص بها، وأعلنت، بنهاية شهر تشرين الثاني/نوفمبر 2024، التّخَلِّي عن نظام التشغيل “أندرويد” (التّبع لشركة غوغل ) ليحل محله نظام التشغيل الخاص بها (HarmonyOS Next )، سنة 2025، في هاتفها الجديد  (  Mate 70  ) الذي يُعْتَبَرُ نسخةً مُطَوَّرَة من (Mate 60 ) الذي أطلقته شركة هواوي سنة 2023، وانْكَبَّت الشركة الصينية على الإستثمار في الإبتكار التّكنولوجي والتّطوير كاستراتيجية لمواجهة العقوبات والقُيُود الأميركية على استخدام تكنولوجيا الشركات الأمريكية، كما اعتمدت « هواوي » على ضخامة السّوق الدّاخلية الصِّينِيّة لتنمية مبيعاتها، ولطَرْح منتجات جديدة من الهواتف ذات التقنيات المتقدّمة واللَّوْحات والسّاعات « الذّكية » وبعض الأجهزة المحمولة الأخرى التي تجمع بين جودة التّصميم والتقنيات المتطورة، واستخدام تقنيات « الذّكاء الإصطناعي » بحِرْفِيّة وجودة عالية… 

    أعلنت مجموعة « فولكسفاغن »، أكبر شركة لصناعة السيارات في أوروبا، خفضًا كبيرًا في التكاليف باستهداف رواتب العمال، بعد التّهديد يإغلاق ثلاثة من مصانعها العشرة في ألمانيا، وفق الرئيس التنفيذي « توماس شيفر »وستقوم شركة صناعة السيارات بخفض القدرة الفنية في مواقعها الألمانية بأكثر من 700 ألف سيارة، وكانت المفاوضات بشأن الأجور والأمن الوظيفي تجري بشكل متقطع منذ أسابيع، وبدأت الجولة الأخيرة يوم الاثنين 16 كانون الأول/ديسمبر 2024، في مدينة هانوفر الواقعة شمالي ألمانيا، واستمَرّت المحادثات حتى يوم الجمعة 20 كانون الأول/ديسمبر 2024، بين نقابات العمال وإدارة مجموعة فولسكفاغن بشأن تدابير خفض التكاليف، « وأسفرت عن تحقيق انفراجة »، وفق تصريحات طَرَفَيْ المفاوضات، يوم الواحد والعشرين من كانون الأول/ديسمبر 2024، حيث « تم تجنب تسريح العُمّال وإغلاق المصانع حاليًّا… لن يتم إغلاق أي موقع ولن يتم تسريح أي شخص لأسباب تشغيلية وسيتم تأمين الاتفاقية الجماعية لشركتنا على المدى الطويل » وفق تصريح المسؤولة النقابية بالشركة التي اعترفت « بتقديم بعض التنازلات » التي لم تذكرها في تصريحها، لكن الشركة أعلنت تمسّكها بمخططها القاضي بتسريح أكثر من 35 ألف عامل خلال السنوات الخمس المقبلة

    تَسْتغل شركة « ستاربكس » أكثر من 11 ألف مقهى ومتجر في الولايات المتحدة يشتغل بها نحو 200 ألف عامل واشتهرت هذه الشركة العابرة للقارات بالإستغلال الفاحش للعاملين وطَرْد أي عامل يُحاول تأسيس نقابة عُمالية تُدافع على مصالح العاملين، ولذلك تأخّرَ تأسيس النقابات في محلاّتها، وبدأ العُمّال يطرحون مطالبهم بشكل جماعي وقرروا الإضراب لمدة خمسة أيام بداية من يوم الجمعة 20 كانون الأول/ديسمبر 2024، بعد اعتراض الشركة، منذ شهر نيسان/ابريل 2024، على مقترحات النقابة، وأسفر الإضراب في البداية عن إغلاق مقاهي « ستاربكس » في لوس انجلس وشيكاغو وسياتل ثم تَوَسّعَ ليشمل نيوجيرزي ونيويورك وفيلادلفيا وسانت لويس، وفق اتحاد العمال (وركرز يونيتد) في بيان مساء السبت 21 كانون الأول/ديسمبر 2024، ويمثل الإتحاد أكثر من عشرة  آلاف من العاملين في المقاهي، وتم توسيع الإضراب بعد وُصُول المحادثات بين سلسلة المقاهي والاتحاد إلى طريق مسدود بسبب نقاط خلاف لم يتم التوصل لحل بشأنها حول الأجور وعدد الموظفين وجداول العمل مما أدى إلى الإضراب في ثلاث مدن، قبل أن يتوسّع إلى عشر مدن، بما في ذلك كولومبوس ودينفر وبيتسبرغ، خلال موسم العطلات المزدحم وهو ما قد يؤثر على مبيعات الشركة خلال عطلة عيد الميلاد وأشار اتحاد العمال ( وركرز يونيتد ) يوم الجمعة 23/12/2024، « إن الإضراب قد يمتد إلى مئات المتاجر بحلول يوم الثلاثاء 24 كانون الأول/ديسمبر 2024 الذي سيوافق عشية عيد الميلاد »

    الطاهر المعز

  • Pepe Escobar- 2025: une seconde Renaissance ou le chaos ?

    Pepe Escobar- 2025: une seconde Renaissance ou le chaos ?

    Depuis la Florence de la Renaissance, l’un des – rares – sommets de l’humanité, aujourd’hui vivant dans la mémoire, traverse prudemment cette année 2025 remplie de flammes.

    C’est un éblouissant matin d’hiver toscan, et je suis à l’intérieur de la légendaire église dominicaine de Santa Maria Novella, fondée au début du 13ièmesiècle et finalement consacré en 1420, dans un lieu très spécial de l’histoire de l’art : juste en face de l’une des fresques monochromes peintes en 1447-1448 par le maître de la perspective Paolo Uccello, représentant le Déluge Universel. Paolo Uccello : Déluge universel. 1448 fresque à Santa Maria Novella, Florence. Photo de Pepe Escobar

    Commençons par les points positifs. 2024 a été l’année des BRICS – le mérite de toutes les réalisations revenant au travail inlassable de la présidence russe.

    2024 a également été l’Année de l’Axe de la Résistance – jusqu’aux coups en série subis au cours des derniers mois, un sérieux défi qui propulsera son rajeunissement.

    Et 2024 a été l’année qui a défini les linéaments de la fin de partie de la guerre par procuration en Ukraine : il reste à voir jusqu’à quel point « l’ordre international fondé sur des règles » sera enterré dans le sol noir de la Novorossiya.

    Passons maintenant aux perspectives prometteuses qui s’offrent à nous. 2025 sera l’année de la consolidation de la Chine en tant que force géoéconomique primordiale de la planète.

    Ce sera l’année où la bataille décisive du XXIe siècle – l’Eurasie contre l’OTANstan – sera aiguisée par un éventail de vecteurs imprévisibles.

    Et ce sera l’année de l’avancée et de l’imbrication des corridors de connectivité – le facteur déterminant de l’intégration eurasienne.

    Ce n’est pas un hasard si l’Iran joue un rôle central dans cette connectivité imbriquée – du détroit d’Ormuz (par lequel transite, quotidiennement, au moins 23 % du pétrole mondial) au port de Chabahar, qui relie l’Asie occidentale à l’Asie du Sud.

    Les corridors de connectivité à surveiller sont le retour de l’une des principales sagas du Pipelineistan, le gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde (TAPI) de 1 800 km de long ; le Corridor international de transport Nord-Sud (INSTC), qui relie trois BRICS (Russie-Iran-Inde) et plusieurs partenaires aspirants des BRICS ; le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), le projet phare de l’initiative « la Ceinture et la Route » (BRI) ; et enfin, la route maritime du Nord (ou route de la soie du Nord, comme l’appellent les Chinois), qui progresse rapidement, qui deviendra finalement l’alternative la moins chère et la plus rapide au canal de Suez.

    Quelques jours avant le début de Trump 2.0 à Washington, la Russie et l’Iran signeront enfin officiellement un accord de partenariat stratégique global à Moscou, en préparation depuis plus de deux ans : une fois de plus, un accord clé entre les deux BRICS de premier plan, avec d’immenses répercussions en cascade en termes d’intégration eurasienne.

    Dmitri Trenin, membre respecté du Conseil de la politique étrangère et de défense de la Russie, a ce qui est à ce jour la feuille de route la plus réaliste pour une fin acceptable de la guerre par procuration en Ukraine.

    « Acceptable » ne commence même pas à le décrire – parce que du point de vue des « élites » politiques occidentales collectives qui ont parié la ferme et la banque sur cette guerre, rien n’est acceptable sauf la défaite stratégique de la Russie, qui n’aura jamais lieu.

    Dans l’état actuel des choses, le président Poutine est en fait en train de contenir des secteurs de l’élite à Moscou qui sont favorables non seulement à couper la tête du serpent, mais aussi le corps.

    Trump, pour sa part, n’a aucune incitation à être entraîné dans un nouveau bourbier ; laissez cela aux chihuahuas européens désemparés.

    Ainsi, une éventuelle poussée vers un accord de « paix » bancal convient également à la majorité mondiale – sans parler de la Chine, qui comprend à quel point la guerre est mauvaise pour les affaires (du moins si vous n’êtes pas dans le racket de l’armement).

    Lorsqu’il s’agit d’une escalade « existentielle » toujours possible, nous ne sommes pas encore sortis du bois ; Mais il reste encore trois semaines pour un coup d’État majeur alimenté par la terreur, comme dans un coup d’État.

    Les deux premiers mois de 2025 seront absolument décisifs, lorsqu’il s’agira d’esquisser un éventuel compromis.

    Elena Panina de RUSSTRAT a proposé une évaluation stratégique concise et qui donne à réfléchir de ce qui pourrait se produire.

    Ce dont Trump a essentiellement envie, comme un hamburger McDonald’s trash, c’est de ressembler au mâle alpha ultime. La stratégie de négociation tactique de Poutine ne sera donc pas axée sur l’affaiblissement de l’acte de dur à cuire de Trump. Le problème est de savoir comment s’en sortir sans saper le pouvoir de pop star de Trump – et sans ajouter plus de carburant au bûcher belliciste de l’OTAN.

    Poutine a un éventail d’atouts près de sa poitrine – liés à l’Europe, aux Britanniques, à la Chine, à l’Ukraine elle-même et au Sud dans son ensemble.

    La détermination des sphères d’influence fera partie d’un éventuel accord. Le problème, c’est qu’aucun détail spécifique ne doit être divulgué – et doit rester imperméable aux renseignements occidentaux.

    Cela signifie, comme le note Panina, que Trump a besoin d’un canal de négociation complètement scellé avec Poutine, que même le MI6 ne peut pas briser.

    Un défi de taille, alors que les silos sionistes privilégiés de l’État profond sont étourdis par les dernières victoires psychopathologiques de l’Ancien Testament au Liban et en Syrie, et la façon dont elles ont affaibli Téhéran. Pourtant, cela ne signifie pas que le lien Iran-Russie-Chine-BRICS est en danger.

    Poutine et le Conseil de sécurité devraient être prêts à mettre en œuvre un jeu diplomatique assez complexe, étape par étape, car ils savent que le trio de démocrates vaincus et suprêmement en colère, les Britanniques et Bankova appliquera une pression maximale sur Trump et le transformera en « ennemi de l’Amérique » ou en une merde similaire.

    Moscou n’acceptera ni trêve ni gel, seulement une vraie solution.

    Si cela ne fonctionne pas, la guerre se poursuivra sur le champ de bataille, et Moscou n’a aucun problème avec cela – ou avec plus d’escalade. L’humiliation finale de l’Empire du Chaos sera alors totale.

    Pendant ce temps, la guerre froide 2.0 entre la Chine et les États-Unis progressera plus sur la sphère pop que sur le fond. Les analystes chinois les plus pointus savent que la véritable concurrence n’est pas une question d’idéologie – comme dans la guerre froide originelle – mais de technologie, de l’IA à la mise à niveau des chaînes d’approvisionnement transparentes.

    De plus, Trump 2.0, du moins en principe, n’a aucun intérêt à déclencher une guerre par procuration – à la manière de l’Ukraine – contre la Chine à Taïwan et en mer de Chine méridionale. La Chine a beaucoup plus de ressources géoéconomiques que la Russie.

    Il n’est donc pas vraiment intriguant que Trump lance l’idée d’un G2 entre les États-Unis et la Chine. La masse de l’État profond le verra comme le fléau ultime – et le combattra jusqu’à la mort. Ce qui est déjà certain, c’est qu’en supposant que cela se produise, les caniches européens se noieront dans un marais sale.

    Eh bien, des « élites » politiques qui nomment des spécimens en état de mort cérébrale comme la Méduse von der Menteuse et le poussin estonien fou de chauve-souris comme principaux représentants de l’UE ; qui déclenchent une guerre contre leur principal fournisseur d’énergie ; qui soutiennent pleinement un génocide retransmis 24h/24 et 7j/7 à l’ensemble de la planète ; qui sont obsédés par l’éradication de la culture qui les a définis ; Et qui, au mieux, ne prêtent qu’un intérêt de pure forme à la démocratie et à la liberté d’expression, ces « élites » méritent de se vautrer dans la saleté.

    En ce qui concerne la tragédie syrienne, le fait est que Poutine sait qui est le véritable ennemi ; certainement pas une bande de mercenaires salafistes-djihadistes qui coupent la tête. Et le sultan d’Ankara n’est pas non plus l’ennemi ; du point de vue de Moscou, malgré tous ses rêves ambitieux de remplacer « Asie centrale » par « Turkestan » dans les manuels scolaires de la Turquie, il est un acteur géoéconomique et même géopolitique mineur.

    Pour paraphraser l’inestimable Michael Hudson – peut-être notre Marsile Ficin habillé par Paolo Uccello en écrivain dans une robe rouge chic – c’est comme si, dans ce moment pré-déluge, les élites américaines disaient : « La seule solution est une guerre totale avec la Russie et la Chine » ; La Russie dit : « Nous espérons qu’il y aura la paix en Ukraine et en Asie occidentale » ; et la Chine dit : « Nous voulons la paix, pas la guerre.

    Cela pourrait ne pas suffire pour parvenir à un compromis – n’importe quel compromis. La dynamique est donc établie : la classe dirigeante américaine continuera d’imposer des cas de chaos tandis que la Russie, la Chine et les BRICS continueront à tester dans le « laboratoire des BRICS » des modèles de dédollarisation, des configurations alternatives au FMI et à la Banque mondiale, et finalement même une alternative à l’OTAN.

    L’anarchie et la corne d’abondance de la guerre de terreur d’un côté ; le sang-froid, le réalisme coordonné de l’autre. Soyez prêt à tout. Depuis la Florence de la Renaissance, l’un des – rares – sommets de l’humanité, aujourd’hui vivant dans la mémoire, traverse prudemment cette année 2025 remplie de flammes.

  • Jorge Majfud- Le canal de Panama et les traités maltraités

    Jorge Majfud- Le canal de Panama et les traités maltraités

    Washington DC. 22 janvier 1903 – Le secrétaire d’État John Hay représentant commercial de la Colombie aux États-Unis, Tomás Herrán, signent le traité qui allait donner aux États-Unis, le droit de reprendre la construction du canal de Panama, que les Français avaient abandonnée environ à la moitié. Par ce traité, la Colombie s’engageait à céder aux États-Unis pour 100 ans, une bande dans son appendice nord en échange de 10 000 000 en un seul paiement et 250 000 $ par an. À quelques kilomètres des côtes du Panama, le bateau de guerre Wisconsin est bloqué pour soutenir le moral des négociations.

    À Washington, le congrès approuve immédiatement le traité, mais il est rejeté à Bogotá. Il y a des doutes sur les conséquences sur la souveraineté du pays et sur les bénéfices qui découleraient de cet accord. Comme si cela ne suffisait pas, les mathématiques qui se pratiquent aussi dans ce pays, disent que le peuple colombien mettrait 120 ans pour recevoir la même compensation qu’il avait été proposé de payer en une seule fois à la New Panama Canal Company.

    Mais le congrès colombien n’est pas le seul obstacle. Le 15 avril, l’envoyé des États-Unis, Arthur Beaupré, envoie un télégramme au secrétaire d’État à propos du sentiment de suspicion croissant parmi le peuple colombien : «il y a au moins une chose qui est claire, écrit Beaupré, si le traité était soumis à la libre considération du peuple, il ne serait pas approuvé». Considérant la forte opposition de l’opinion publique au traité Hay-Herrán, le Sénat colombien vote à l’unanimité contre sa ratification.

    Sans avoir jamais mis un pied hors de son pays, le 27 août, Roosevelt écrit trois lettres qui décrivent les Colombiens comme «ignorants, avares, petits hommes méprisables, corrompus, idiots et homicides». Son mépris pour les peuples de race inférieure n’est pas nouveau et ne sera jamais surmonté. «Je ne pourrai jamais respecter un pays plein de ce genre de personnes», écrit Roosevelt. «Tenter d’avoir des relations avec la Colombie, comme s’il s’agissait de la Suisse, de la Belgique ou de la Hollande est simplement une stupidité».

    Déjà en 1849, un an avant la fin de la guerre au Mexique et probablement informé des plans de la France pour un nouveau canal à Suez, le président Zachary Taylor était déjà du même avis. Devant le congrès, il avait insisté sur la nécessité de construire un canal, peut-être au Nicaragua, et avait prévenu que «une œuvre de cette envergure doit être réalisée sous la supervision et la protection de toutes les nations pour un bénéfice équitable».

    Alors, en pleine hégémonie navale de la race anglo-saxonne sur les tropiques, il n’y a aucun accord et le président Théodore Rouvel n’a aucun doute : une république d’Amérique du Sud ne va pas interférer avec ses plans. Immédiatement, il envoie des paquets de dollars pour organiser une révolte qui s’appellera Révolution. Le problème dure, moins que pluie de printemps. Le 18 novembre, est signé à Washington le traité Hay-Bunau-Varilla par lequel «les États-Unis garantissent la liberté du Panama» en échange de la session par le Panama aux États-Unis du monopole de l’autorité et des droits sur le canal et les zones contiguës, sans aucun impôt. Comme d’habitude, les Panaméens ne sont pas invités à la signature de ce nouveau traité.

    Ce traité établit que les 250 000 $ par an offerts auparavant à la Colombie ne seraient plus payés maintenant mais 10 ans après l’ouverture du canal. Il n’y a rien de tel que d’avoir une armée puissante pour faire de bonnes affaires. Cela viole aussi le précédent traité de paix et de commerce connu sous le nom de traité Bidlack, signé par la Colombie et les États-Unis en 1846 par lequel la Colombie garantissait aux États-Unis le droit de passage par l’isthme contre la protection de la province de Panama contre toute révolte ou tentative de séparation.

    Comme à Cuba, comme à Porto Rico, à présent, l’article 136 du traité de 1903 assurant Washington, la possibilité d’intervenir et de résoudre de faire ce qui lui paraît le mieux face à toute situation gênante. Lorsque des Panaméens protestent, Roosevelt les menace de les traduire devant la justice colombienne. Cette pratique n’est pas nouvelle : les lois sont faites par les puissants pour que les faibles les respectent. Si un pays plus faible viole un accord, le pouvoir impérial de service l’envahit, si le pays le plus faible réclame que les traités signés soient respectés, il est envahi pour qu’on en signe un meilleur.

    Quelques temps avant la signature du nouveau traité, au congrès des États-Unis, des voix s’élèvent contre ce que certains membres du congrès appellent «malhonnêteté» et «impérialisme». Le sénateur Edward Carmak proteste : «L’’idée d’une révolution au Panama est un mensonge grossier, le seul homme qui s’est levé en armes a été notre président». Le sénateur George Frisbie Hoar, membre de la commission qui enquête sur les crimes de guerre restés impunis aux Philippines, rejette les versions concernant la révolution au Panama et ajoute : «J’espère ne pas vivre assez longtemps pour voir le jour où les intérêts de mon pays seront mis au-dessus de son honneur».

    Bien sûr, pour l’honneur, il y a une solution. Le président fait appel à la vieille formule «on a été attaqué en premier». Comme James Polk pour justifier l’invasion du Mexique en 1846 ou McKinley pour occuper Cuba en 1898, Roosevelt invente une histoire sur certaines menaces à la sécurité de citoyens étasuniens dans la région. Comme le fera Henry Kissinger quand il niera devant les caméras de télévision toute intervention dans le coup d’État militaire de 1973, au Chili, Roosevelt affirme devant le congrès et devant l’opinion publique que, de toute façon, Washington n’a pas du tout participé à la révolution au Panama. Ce qui n’enlève rien au fait que c’est une bonne idée.

    Le 6 décembre 1904, Roosevelt fera son discours annuel devant le congrès sur la nécessité d’étendre, une fois de plus, la doctrine Monroe de 1823 «pour voir nos voisins stables, ordonnés et prospères». Autrement, «l’intervention d’une nation civilisée sera nécessaire… Dans ce cas, les États-Unis devront, bien qu’ils ne le veuillent pas, intervenir pour résoudre tout problème grave en exerçant le pouvoir de police internationale». Si nous le faisons, que ce soit de façon légale.

    En 1906, Roosevelt ira voir les Travaux Open Ama. Ce sera le premier président des États-Unis dans toute leur histoire qui se risque à sortir de son pays. Les rébellions sont plutôt anodines car Washington a décrété que les citoyens de ce pays ne peuvent pas acquérir d’armes, ce qui affecte également la police panaméenne qui doit faire appel aux Marines lorsque la situation lui échappe. À bord de l’USS Louisiana, Roosevelt écrit à son fils Kermit le 20 novembre : «Avec une énergie admirable, des hommes et des machines travaillent ensemble, les Blanc supervisent les travaux et les machines opèrent tandis que des dizaines de milliers de Noirs font le dur travail dans lequel il ne vaut pas la peine d’user des machines».

    Malgré le dur travail des Panaméens, pour une raison quelconque, il faut les représenter comme des fainéants. Le journaliste Richard Harding Davis, comme tout journaliste raisonnable et correct, se fait l’écho du sentiment de l’époque : «Le [Panama] a des terres fertiles, du fer et de l’or, mais il a été maudit par Dieu avec des gens fainéants et des hommes corrompus qui le gouvernent… Ces gens sont une menace et une insulte à la civilisation».

    Le 26 janvier 1909, le comité du Sénat des États-Unis pour les affaires internationales, sur la base des déclarations prétentieuses de Roosevelt devant une classe pleine d’étudiants d’une université de Californie, enquêtera «sur la décision unilatérale d’un ancien président de prendre le Panama à la république de Colombie sans consulter le congrès». Considérant les réclamations insistantes de la Colombie devant le tribunal de La Haye, la commission interrogera différents acteurs de l’époque. Selon leurs déclarations, le 6 novembre 1903, trois jours après la révolution d’indépendance du Panama, le département d’État avait envoyé un câble au consul des États-Unis en Colombie l’informant que «le peuple du Panama, apparemment à l’unanimité, avait résolu de dissoudre ses liens avec la république de Colombie…»

    Le parlementaire Henry Thomas Rainey lit devant le parlement, un câble de Washington : «le peuple du Panama, apparemment à l’unanimité, avait résolu de dissoudre ses liens avec la république de Colombie en reprenant son indépendance…» Et le même Rainey déclare : «Je ne pense pas que quoi que ce soit de cela soit vrai. Le peuple du Panama n’a rien réussi par lui-même… Quand la révolution a eu lieu, à peine 10 ou 12 rebelles en plus des gérants de la Panama Railroad and Steamship Co, connaissaient les plans».

    Il faudra attendre jusqu’à 1977, pour que le gouvernement de Jimmy Carter signe un accord selon lequel les États-Unis rendraient le canal au Panama le dernier jour de 1999, 3 ans avant l’échéance de la location obligatoire. Un an auparavant, lors d’un évènement au Texas, l’ancien gouverneur de Californie et futur candidat à la présidence, Ronald Reagan, affirmait : «Peu importe quel dictateur sanguinaire est au pouvoir au Panama. Nous l’avons construit ! Nous payons pour le canal ! Il est à nous et nous allons le garder».

    Le dictateur auquel Regan faisait allusion était Omar Torrijos. Torrijos allait réclamer la souveraineté sur le canal et mourir par hasard, comme d’autres dirigeants rebelles du Sud, dans un accident d’avion.

    L’impérialisme est une maladie qui non seulement tue ceux qui lui résistent, mais ne laisse même pas vivre ceux qui en sont porteurs.

    Extraits du livre, «La frontière sauvage : 200 ans de fanatisme anglo-saxon en Amérique latine» de Jorge Majfud.

  • الطاهر المعز-صناديق الإستثمار المفترسة

    الطاهر المعز-صناديق الإستثمار المفترسة

    نَشَر الخبير الإقتصادي الأمريكي جون بيركينز سنة 2004 كتابًا بعنوان « الإغتيال الإقتصادي للأُمَم: اعترافات قاتل إقتصادي »، تُرْجِم إلى ثلاثين لُغَةً، وتضمّن الكتاب وصْفًا دقيقًا للإحتيال الأمريكي، بواسطة البنك العالمي أو صندوق النّقد الدّولي، للسيطرة على مقدرات وثروات الدول من خلال الشروط المُجْحِفة للدّيون، ويروي جون بيركنز – في شكل مُذكّرات شخصية – مسيرته المهنية في شركة تشاس مين تي الاستشارية الأمريكية (Chas. T. Main ) ويصف وظيفته ب »القاتل الإقتصادي » (Economic Hit Man ) الذي يُوَفِّرُ كل الظروف الضرورية للولايات المتحدة الأمريكية لكي تُسيطر على الدّول المُقتَرِضة، و يُعرِّف جون بيركينز القتلة الاقتصاديين بأنهم: «رجال محترفون يتقاضون أجراً عالياً لخداع دول العالم بابتزاز ترليونات الدولارات وتحويلها من البنك العالمي والوكالة الأمريكية للتنمية الدّولية (USAID ) ومن مجموعة من المنظمات الأخرى الأمريكية والأوروبية، لتنتهي في الحسابات المصرفية للشركات العابرة للقارات وبعض الأُسَر التي تتحكم بالمناجم وآبار النفط ومجموعة من المَوارد الطبيعية، ويُفْتَرَضُ أن تؤول هذه الأموال إلى البلدان الفقيرة التي طلبت قُرُوضًا أو مُساعدات… أما طريقة تحويل وجهة هذه الأموال فتتم عبر تقارير مالية مُزيّفة ورشاوى وعمليات ابتزاز وتنظيم انتخابات مُزوّرة لإزاحة أي حاكم « مُعتَرِض أو مُشاغب »، وتصل الإزاحة إلى ارتكاب جرائم القَتْل، ويشرح جون بيكينز بدقّة دَوْرَه ( وزملاءه) في استخدام المنظمات المالية الدولية لإخضاع الدّول المُسماة « نامية » لهيمنة الإمبريالية الأمريكية وشركاتها ومصارفها، حيث يتكفل الخُبراء الإقتصاديون بإعداد الدّراسات التي تُمكّن تلك الدّول « النامية » من الحصول على قُروض من المنظمات المالية على تقديم قروض لتطوير البنية الأساسية وبناء محطات توليد الكهرباء والطرقات والموانئ والمطارات والمدن الصناعية، بشرط قيام المكاتب الهندسية وشركات المقاولات الأمريكية بتنفيذ هذه المشروعات، وبهذه الطريقة لا تغادر الأموال الولايات المتحدة، بل تنتقل من حساب مصرفي أمريكي إلى آخر أمريكي أيضًا، بينما تُسدّد الدّول المُقترضة خدمة الدُّيُون (الأصل + الفائدة )، وتتمثّل مُهمّة الخُبراء الإقتصاديين كذلك في دَفْع الدّول المُقترضة إلى التعثر بعد بضع سنوات، ليتمكّن الدّائنون من السيطرة على موارد البلد المُتَعثِّر ومن إقامة قواعد عسكرية ومن إجبار تلك الدّول على التصويت إلى جانب الإمبريالية الأمريكية في الأمم المتحدة والهيئات الدّولية، وتبقى تُسدّد الأموال وفق شروط أشَدّ من سابقاتها، ويُسمّى هذا الأسلوب « الإستعمار الجديد » وهو استعمار لا يحتاج بالضّرورة إلى الوسائل العسكرية، ومع ذلك فإن عائداته مُرتفعة للولايات المتحدة والدّول الإمبريالية الأخرى…

    تُمارس الصناديق « الجَشِعَة » أو « الإنتهازية » أساليب مُشابهة من المخاتلة لابتزاز البلدان المُقترِضة والتي تلاقي صعوبات في تسديد الدّيون وفوائدها المُرتفعة، وتتمثل مهمة الصناديق الاستثمارية « الإنتهازية » في تدمير الدول التي تراكمت دُيُونها.

    يمكن تعريفها بأنها شركات استثمارية تبحث عن الدُّيُون المتعثرة – ديون البلدان أو الشركات التي تعاني من صعوبات مالية تُعَرقل تنفيذ التزاماتها بسداد أقساط أصل الدُّيون وفوائدها في أونها- لشرائها من الدّائنين بسعر منخفض جدًّا، بسبب احتمال إفلاس المُقترِضِين أو تخَلُّفِهِم عن سداد الدّيُون، وتُفَضِّلُ هذه الصّناديق الإستثمار في الديون السيادية للدّول، وديون الشركات، والأصول المتعثرة ( المناجم والموارد الطبيعية والبُنية التحتية والموانئ والعقارات…)، وتستغل الصناديق « الجَشِعَة » ( أو « الإنتهازية » أو « المُفْتَرِسَة ») الصعوبات المالية للدّول المُقْتَرِضَة لإخضاعها ولتحويل هذه الصعوبات إلى أرباح ضخمة، من خلال انتهاج أساليب عدوانية مدروسة يدعمها طاقم من المُحامين والمُحاسِبين والمصارف، فضلا عن الجهاز القضائي الأمريكي ( الذي يسنده جهاز عسكري ضخم ومنظومة مالية قوامها الدّولار)، ولهذه الصناديق حسابات مصرفية في الملاذات الضريبية، فضلا عن استخدام الآليات والثّغَرات القانونية – بمساعدة طاقمها من المحامين والمُستشارين – للتّنصّل (القانوني) من تسديد الرّسُوم والضّرائب، لزيادة أرباح مالكيها.

    اكتسبت هذه المؤسسات المالية المُضارِبَة صفاتها ( مُفترسة أو جشعة أو انتهازية) من أساليبها المُستمدّة من نشاط « الصّيْد الجائر » (Poaching ) أما فريستها فهي الدّول الفقيرة أو متوسطة الدّخل التي تلاقي صعوبات وتعجز عن تسديد بعض أقْساط الدّيون، فتشتري هذه الصناديق تلك الدّيون (من المصارف والشركات الدّائنة) بأقل من سعرها بكثير، كما تشتري « التعويضات » (لا عن التّأميم مَثَلاً) التي قضت بها محاكم أمريكية ورفضت الدّول الفقيرة أو عجزت عن تسديدها، وتُجنّد الصناديق الكَواسر ( أو الصناديق المُفْتَرِسَة) مجموعات من المُستشارين والمُحامين المتخصصين في النزاعات التجارية العابرة للحدود، ويوجد مَقَرّ معظم شركات المحاماة الإنتهازية في نيويورك، حيث توجد محكمة النزاعات المُتخصّصة في جرائم « الياقات البيضاء » وخدمة الشركات العابرة للقارات، وهي « محكمة تَحْكيم » أمريكية، ساعدتها حكومة الولايات المتحدة لتُصبح قراراتها أكثر فاعليةً من محكمة الجنايات أو محكمة العَدْل الدّوليّتَيْن، وعادة ما تتجاوز « التعويضات » التي تُقِرُّها   عدة مليارات من الدولارات، وتستخدم الصناديق الإنتهازية أدوات ضغط عديدة تُسمى « حَملات الإعدام » ( بدعم أمريكي مُباشر) من بينها مُصادرة الطائرات والسُّفن في موانئ ومرافئ بالدّول الموالية للولايات المتحدة، والإستيلاء على الأُصول وتجميد الحسابات المصرفية، وترهيب الشُّركاء التجاريين ضمن عملية ترهيب وإذلال الدّول، لخَنْقها وإجبارها على تنفيذ الأحكام، أي تسديد المبالغ الضخمة…  

    رفع المُستثمرون الأجانب، خلال العِقْدَيْن الأوَّلَيْن من القرن الحادي والعشرين، دعاوى قضائية (دعاوى تحكيم ) ضد أكثر من نصف دول العالم بهدف الحصول على تعويضات ناتجة عن « الأضرار » التي لحقت مصالح هذه الشركات بفعل  إجراءات حكومة البلد الذي استثمروا به، وذلك بسبب « اللوائح التنظيمية » وقوانين البيئة وإجراءات « الصحة العامة » التي أضَرّت بالإستثمارات، بحسب ادّعاءاتهم، وأَحْصَتْ بعض المنظمات غير الحكومية، خلال شهر تموز/يوليو 2024، نحو 1332 قضية استئناف ضد الدّول، رفعتها الشركات العابرة للقارات ضدّ هذه الإجراءات، ناهيك عن القضايا المُتعلّقة بالديون غير المسددة…

    تَتَبَّعُ الصناديق المُفْتَرِسَة – التي يُهيمن عليها عدد صغير من صناديق المضاربة وصناديق التحوط – أُصُول الدولة المَدِينة المتداولة حول العالم، بواسطة محققين ومخبرين ومتخصصين في العلاقات العامة تتمثل مهمتهم في تشويه سمعة هذه الدّول وتلميع صورة مُشغّليهم من الشركات والمصارف والصناديق الإنتهازية، ويُعتَبَرُ عمل هؤلاء المُحققين والمخبرين والمحامين جزءًا من عملية تحويل النزاعات إلى أدوات استثمارية متداولة في سوق الأعمال، حيث يتم الإستثمار في النزاعات وشراء الديون « الشاغرة »، وشبّهت رئيسة الأرجنتين السابقة كريستينا كيرشنر « الصناديق الجشعة » بـ « الإرهابيين الماليين »، وكانت قد رفضت تسديد مبالغ أقَرّتها محكمة نيويورك، واعتبرتها ابتزازًا، ولذلك شنت الولايات المتحدة حملة ضد الرئيسة الأرجنتينية، وتمت محاكمتها من قِبَل الحكومة اليمينة التي ترأسها الملياردير ماوريسيو ماكري، واكتسبت هذه الصناديق شُهرة (سَلْبِيّة) جعلت التقدميين يعتبرون إنها ازدهرت على جثث الفُقراء والجائعين من بلدان أمريكا الجنوبية وآسيا وإفريقيا، التي تعثّرت في سداد الدُّيُون وفوائدها المُجحفة.

    طالبت العديد من دُول « الجنوب العالمي »، منذ ستينيات القرن العشرين، بقانون دولي لضَبْط أحكام النظام المالي والنقدي العالمي، لأنه حاليا نظام هَرَمِي، تحت هيمنة الدّول الغنية (الإمبريالية) والشركات العابرة للقارات، ويخضع لأحكام القضاء الأمريكي (منطقة نيويورك الجنوبية غير بعيد من سوق المال  » وول ستريت « )، وليس لقضاء دولي – على هِناتِهِ – إذْ توجد مُعاهدات واتفاقيات وآلية تسوية النزاعات مثل (ISDS )  وهي لصالح الدّول الغنية والشركات، ولكنها أقل شراسة من الأساليب التي تتوخاها الصّناديق الإنتهازية، وبشكل عام تُحاول المؤسسات الدّولية ( مثل منظمة التجارة العالمية وصندوق النقد الدولي…) والشركات العابرة للقارات مَنْعَ دُول « الأطْراف » من استخدام مؤسساتها لإصدار القوانين التّحْكِيمية، والتحقيق في المخالفات التي ترتكبها الشركات العابرة للقارات، وحجب التراخيص عنها أو إلغائها، وما إلى ذلك.

    تتميز الصناديق المُفترسة بعدم شفافية الحسابات المالية والإجراءات وتستخدم تقنيات المضاربة على نطاق واسع في تطورات الأسواق المالية وسوق السّندات، واستفادت من انعدام التنظيم، أو ما يُسمّى « التّحرير » ( deregulation ) لتصبح مؤسسات مالية كبيرة وتَجْنِي فوائد هامّة من عمليات ابتزاز الدّول الفقيرة، وهناك قضايا شهيرة دامت سنوات عديدة منها: قضية كونوكو فيليبس ضد فنزويلا، وقضية الشركة النفطية الأمريكية شيفرون ج. ضد الإكوادور، وقضية إليوت ضد كوريا التي لا تزال مستمرة، وخاضت الأرجنتين معارك طويلة ضد الصناديق الإنتهازية، كما خاض السكان من الشعوب الأصلية في منطقة غابات آمازون بإكوادور ( بدعم من الحكومة) معركة مماثلة ضد شركة شيفرون التي لوثت المحيط وأَضَرّت بصحة السّكّان والأرض والمياه، واستخدمت « شيفرون » أساليب الصناديق المُفْتَرِسَة لإطالة أمَد الإجراءات…

    للأسف لم تتمكّن الدّول « النّامية » ( الواقعة تحت هيمنة الإمبريالية وشركاتها ومصارفها) من التّكتّل للدّفاع عن مصالحها ومواجهة غطرسة الدّول الإمبريالية وأدواتها، فهي غير متجانسة الأنظمة السياسية، وتحكمها أنظمة مختلفة التّوجّهات، مما جعل الإمبريالية وشركاتها تستفرد بكل دولة على حِدَة مثلما حصل ويحصل في أفغانستان والعراق وسوريا واليمن، فضلا عن فلسطين، ولا تختلف أساليب الصناديق المُفْتَرِسة عن أساليب الإمبريالية، لأنها جزء منها ويدعم كل منهما الآخر… 

  • Taher Elmouez-L’influence de l’idéologie de l’impérialisme en « occident » (sur les divergences des expatriés arabes avec leurs amis progressistes d’Occident)

    Taher Elmouez-L’influence de l’idéologie de l’impérialisme en « occident » (sur les divergences des expatriés arabes avec leurs amis progressistes d’Occident)


    Traduit du texte en arabe intitulé : هيمنة الإيديولوجية الإمبريالية في “الغرب الإستعماري” – الطاهر المعز

    Les expatriés arabes, en particulier les plus progressistes, en Europe et en Amérique du Nord ressentent la profondeur de leurs divergences avec la plupart de leurs amis progressistes européens et américains et surtout avec les déclarations des organisations politiques, syndicales et associatives à propos des évènements qui se déroulent dans les pays arabes ( ou des pays du « Sud » d’une manière générale), notamment en ce qui concerne la Palestine, ou les sujets de la guerre, de la paix, la démocratie, l’égalité etc. Ces différences se sont amplifiées depuis le début de l’agression sioniste-impérialiste contre les Arabes (Palestine, Liban, Syrie et Yémen ) et particulièrement les palestiniens, qui se poursuit encore au moment de la rédaction de ces paragraphes (20 octobre 2024), ainsi que contre les peuples d’Iran. Pour les socialistes et communistes arabes, ces divergences ne sont pas apparues soudainement, mais constituent plutôt un retour au passé et aux divergences entre socialistes et communistes du début du vingtième siècle, entre les partis nationalistes chauvins et les partis révolutionnaires, internationalistes au sein de la Deuxième Internationale Socialiste. Ces divergences ont conduit à la fondation de la Troisième Internationale.

    Ces paragraphes tentent de démanteler l’essence des divergences entre un certain nombre d’organisations ou de militants des pays du « Sud » et leurs camarades des pays du « Nord » concernant les questions de l’impérialisme, du sionisme, de la nature du conflit qui ne date pas d’aujourd’hui, et de repérer certaines similitudes entre les événements, les discussions et les désaccords au cours de queques étapes historiques, depuis le développement du capitalisme jusqu’au stade des monopoles et de l’impérialisme.

    Je tiens à souligner que je considère la « mondialisation » comme un épisode de l’impérialisme et non comme un stade ou une ère que certains qualifient de « post-impérialisme ». Ce texte affirme cette conception, dans un commentaire critique du livre intitulé « Empire » publié par Antonio Negri et Michael Hardt en 2000.

    La question palestinienne est un point de désaccord et de division constant et une source de divergences de positions entre révolutionnaires, socialistes et progressistes des pays impérialistes ( le Centre) qui s’opposaient à leurs « camarades » des pays dominés ( la Périphérie). Ces différences étaient flagrantes concernant les guerres impérialistes : Yougoslavie, L’Iraq, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, le Mali et l’Ukraine, sans parler de la Palestine ou du Liban, car ces conflits – surtout depuis la reconnaissance de l’entité sioniste par l’Union soviétique en 1948 – ont constitué un prétexte pour déformer les fondements de la pensée socialiste, de rejeter l’essence du communisme et d’isoler les  partis et militants communistes arabes, qu’ils soient membres de partis critiques ou fidèles à l’État Soviétique.

    Ces divergences entre les communistes des pays impérialistes et les communistes des pays « semi-colonisés » ou « périphériques » ne sont pas apparues soudainement ces dernières années, mais elles font plutôt partie d’un « héritage historique » qui était (et est toujours) présent dans le mouvement communiste international ou au sein des mouvements socialistes et progressistes.

    Ces paragraphes représentent une tentative de suivi historique de ces divergences politiques et idéologiques. Ce texte tente de retracer certaines des étapes historiques les plus importantes de ces conflits, depuis la fin de la première moitié du XIXe siècle, lorsque le « Manifeste communiste » a été publié. , jusqu’à nos jours, et d’identifier certains des « malentendus » qui concernent l’essence du conflit arabo- sioniste. Ces divergences sont revenues à la surface au cours de l’année qui s’est écoulée, surtout lorsque certaines déclarations et slogans ont fait référence à la Nakba dans les pays impérialistes, car le « génocide » et l’extermination ne sont pas apparus aujourd’hui, mais font parie de l’essence du sionisme et de la naissance de l’entité coloniale sioniste qui se confronte aujourd’hui aux organisations de la résistance palestinienne, dans le cadre d’une guerre de libération nationale. La Palestine était une colonie ottomane, puis britannique, avant de devenir une colonie sioniste de peuplement, soutenue par tous les pays impérialiste. Il est déplorable que certains partis politiques ( comme la Parti « communiste » Français) ou des organisations syndicales comme la CGT renvoient dos à dos occupant et occupé. C’est la continuité d’une approche qui consiste à nier les droits nationaux du peuple palestinien et à nier la relation organique entre le sionisme et l’impérialisme ! La question palestinienne a toujours été un point de clivage et une source de divergence entre les révolutionnaires, les socialistes et les progressistes des pays impérialistes qui s’opposent à leurs « camarades » des pays dominés. Ces paragraphes constituent une tentative de suivi historique et idéologique de ces divergences.

    Frederick Engels, dans sa lettre à Karl Kautsky en 1882, fit l’affirmation suivante à propos des pays colonisés: «quant aux phases sociales et politiques que ces pays devront traverser avant d’arriver à l’organisation socialiste, nous ne pouvons aujourd’hui qu’émettre des hypothèses. Une seule chose est certaine: le prolétariat victorieux ne peut imposer aucune bénédiction d’aucune sorte à aucune nation étrangère sans saper sa propre victoire en agissant ainsi. Ce qui, bien entendu, n’exclut en aucun cas les guerres défensives de toutes sortes. »

    Depuis les révolutions de 1848 (en Europe), Marx et Engels développaient une vision dialectique de l’histoire et exploraient le lien entre le potentiel révolutionnaire, l’aristocratie ouvrière et les liens faibles en Europe. Cela ressort clairement de leur travail avec la Ligue communiste, pour laquelle le Manifeste communiste a été écrit et publié en 1848. La Ligue Communiste ( France) était principalement composée de travailleurs et d’artisans immigrés allemands, en particulier de tailleurs masculins. Les idées communistes se sont progressivement développées parmi ces travailleurs immigrés. C’est l’organisation de ces travailleurs et d’autres qui a lancé le premier mouvement ouvrier communiste allemand, ainsi que «le premier mouvement ouvrier international de tous les temps».

    A l’époque, l’épicentre de la révolution communiste mondiale était dans une Allemagne pas encore unifiée, «un pays de l’artisanat et de l’industrie domestique basée sur le travail manuel». Dans le Manifeste communiste, Marx et Engels ont déclaré que «les communistes tournent leur attention principalement à l’Allemagne, parce que ce pays est à la veille d’une révolution bourgeoise… la révolution bourgeoise en Allemagne ne sera que le prélude à une révolution prolétarienne qui suivra immédiatement ».

    La classe ouvrière anglaise, malgré ses conditions matérielles avancées et une longue histoire de lutte, n’a pas émergé en tant que force dirigeante du mouvement ouvrier international ultérieur. Dans sa lettre de 1870, Marx a observé que le potentiel révolutionnaire des ouvriers anglais était sévèrement limité par l’existence de périphéries britanniques telles que l’Irlande et l’alliance coloniale entre ouvriers anglais et capitalistes. Selon Marx: «Le travailleur anglais ordinaire déteste le travailleur irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. Par rapport à l’ouvrier irlandais, il se considère comme un membre de la nation dirigeante… Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret par lequel la classe capitaliste maintient son pouvoir. Et ce dernier en est bien conscient. » Une aristocratie ouvrière anglaise commençait à émerger avec l’impérialisme et s’identifie avec la nation dirigeante. La longue prospérité, l’acceptation des syndicats, l’amélioration des salaires réels et des conditions de travail, et l’expansion du suffrage ont tous renforcé l’alliance politique entre les capitalistes et les syndicats et militants traditionnels. De plus en plus, les travailleurs des nations impérialistes partageaient une partie des fruits des superprofits impérialistes résultant du transfert de surplus du tiers monde.

    Frederick Engels a expliqué la politique conservatrice des syndicats et des travailleurs syndiqués, dès la première publication du livre « La condition de la classe ouvrière en Angleterre » en 1845: «ils forment une aristocratie parmi la classe ouvrière; ils ont réussi à s’imposer une position relativement confortable et ils l’acceptent comme définitive. Engels a développé cette idée (ce constat) dans la préface de l’édition de 1892. Dans sa lettre à August Bebel en 1883, Engels a averti «Ne vous laissez pas tromper en pensant qu’il y a un véritable mouvement prolétarien qui se déroule ici ( en Angleterre). Un mouvement ouvrier vraiment général ne verra le jour ici que lorsque les ouvriers ne pourront plus bénéficier des avantages de leur participation au monopole colonial et à la domination du marché mondial… » Il explique ensuite comment la classe ouvrière anglaise a commencé à suivre le Parti libéral qui a reconnu les syndicats et les grèves, des conditions de travail plus humaines et le droit de vote de la classe ouvrière, mais tous ces avantages se limitent aux ouvriers anglais et à la métropole et ne s’appliquent pas aux colonies.

    Lénine se référait à ces écrits de Marx et Engels dans ses écrits sur l’impérialisme et le changement d’attitude des dirigeants de la classe ouvrière en l’Allemagne et en Angleterre. Il remarque : « À mesure que l’Angleterre et l’Allemagne émergeaient en tant que puissances impérialistes majeures, le socialisme allemand et anglais ont également changé considérablement. Pourtant, pendant longtemps, le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) a soutenu le point de vue révolutionnaire dans le marxisme», avant d’être dirigé par Bebel et Kautsky, qui étaient à la tête du courant dominant  et du révisionnisme qui assimilait la révolution à l’effondrement imminent du capitalisme et se contentait de se disputer des sièges au Reichstag avant le grand jour de la révolution socialiste. Les syndicalistes du parti sont devenus des forces réformistes fortes et leur neutralité politique a progressivement prévalu. La plupart des membres du parti avaient une idée différente de ce que pouvait être le socialisme, à cause du manque d’éducation marxiste dans le SPD, alors que le nombre de gens qui votaient pour le socialisme ne cesse de croitre. Avant la première guerre mondiale, les membres de la base du SPD connaissaient une amélioration des conditions et lisaient principalement des nouvelles et des récits de voyage capitalistes, des récits de guerre et des exotiques ethnographiques de l’expansion coloniale allemande.

    Karl Bernstein, député du SPD au Reichstag, représentait l’aile droite du parti et considérait ( en 1900) l’impérialisme comme quelque chose de nouveau, parallèle au capitalisme et progressiste. En 1912, il considérait toujours que l’impérialisme était « fondamentalement progressiste bien qu’il soit lié à certains intérêts capitalistes ». Selon Bernstein, l’impérialisme britannique était démocratique, il méritait donc d’être approuvé, tandis que l’impérialisme allemand non démocratique de Wilhelmine était réactionnaire et réactionnaire. C’est Bernstein qui a plaidé pour la célèbre « politique coloniale socialiste », qui est devenue une question très controversée lors du deuxième Congrès international de Stuttgart en 1907. Lénine a commenté le «virage conservateur et opportuniste clair de la social-démocratie allemande ».   

    Les délégués de l’Europe occidentale au deuxième congrès international ont été marqués par leur conservatisme et leur révisionnisme. La tendance révisionniste et opportuniste était majoritaire parmi les congressistes et a présenté une résolution qui déclarait que « les avantages des colonies pour la classe ouvrière étaient exagérés et que le congrès ne doit pas rejeter le colonialisme par principe car il pouvait être une force civilisatrice ».

    Lénine a commenté que le concept de politique coloniale socialiste (de Bernstein et d’autres) était «une confusion sans espoir», et a expliqué que «le socialisme n’a jamais refusé de préconiser des réformes dans les colonies également; mais cela ne peut avoir rien de commun avec l’affaiblissement de notre position de principe contre les conquêtes, l’assujettissement d’autres nations, la violence et le pillage, qui constituent la «politique coloniale». »

    Lénine considérait que « ce grand recul des principes socialistes était monstrueux», mais ces théories ressurgissent plusieurs décennies plus tard dans les écrits de chercheurs comme Warren et Brenner.

    Bill Warren ( 1935 – 1978) Bill Warren (1935–1978) incarne une forme de révisionnisme qui dénigre l’apport de Lénine sur l’impérialisme en tant que stade de l’évolution du capitalisme qui entrave le développement des colonie ou des pays sous domination. Il prétend que la propagation du capitalisme à l’échelle mondiale est un facteur positif qui entraine la propagation du communisme !

    Bill Warren était un communiste britannique, membre du Parti communiste de Grande-Bretagne et contributeur de la New Left Review. Au cours de ses dernières années, il était membre de l’Organisation communiste britannique et irlandaise. Il est l’auteur de « L’impérialisme : pionnier du capitalisme ». Cette analyse marxiste non conventionnelle a été publiée à titre posthume en 1980 et fait toujours l’objet de débats. Il a rejeté l’argument de Lénine dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », selon lequel le développement capitaliste en dehors de l’Europe avait cessé d’être possible. Il considérait qu’il rétablissait la vision originale de Marx et Engels, notamment en ce qui concerne les résultats de la domination britannique en Inde : à savoir que l’impérialisme joue un rôle progressiste dans la promotion de la propagation du capitalisme dans le monde entier, ce qui est une condition préalable au socialisme.

    Certains commentateurs ont comparé les idées de Warren sur le capitalisme, en particulier sa conviction que la création d’un marché mondial est nécessaire à la création d’une société communiste, à celles d’autres penseurs, tels que le Parti communiste révolutionnaire et Nigel Harris.

    En 1973, Bill Warren a publié un long article, «L’impérialisme et l’industrialisation capitaliste», dans la New Left Review. Dans cet article, Warren a voulu remettre en question la vision anti-impérialiste selon laquelle l’impérialisme, et plus généralement l’expansion des relations capitalistes à l’échelle mondiale, a créé la dépendance et le sous-développement dans le tiers monde. Il prétend que l’expansion du capitalisme et de l’impérialisme est une source de progrès (industriel et autre) dans le tiers monde : «les observations empiriques suggèrent que les perspectives d’un développement économique capitaliste réussi [impliquant l’industrialisation] d’un nombre important de grands pays sous-développés sont plutôt bonnes». Bill Warren a suggéré que « la thèse de Lénine et sa théorie générale de l’impérialisme était théoriquement erronée et historiquement inexacte».

    Bill Warren n’est que le symbole le plus connu de cette école révisionniste, dont les représentants citent l’exemple des vastes projets d’industrialisation entrepris par quelques régimes protégés de l’impérialisme comme Taïwan ou la Corée du Sud. Warren affirme que l’industrialisation du tiers monde est financé par des capitaux nationaux et elle était indépendante des capitaux étrangers. Ce développement industriel englobe un large éventail d’industries, y compris des technologies avancées, ce qui a permis le développement des forces productives, d’où la disparition de la supériorité technologique « occidentale », selon Bill Warren. Il rejoint la thèse des organisations trotskistes selon laquelle « la lutte anti-impérialiste n’est qu’un prétexte pour « s’allier à la bourgeoisie locale – dite nationale – et négliger la lutte de classes dans les pays du tiers-monde »

    Arghiri Emmanuel ( 1911 – 2001) a  écrit une réponse à Warren, affirmant que ce dernier avait « négligé la grande différence d’industrialisation et de mécanisation agricole entre les pays riches et le tiers-monde et que le développement du capitalisme a produit un écart persistant et croissant entre le centre et la périphérie… » Warren suposait que l’impérialisme s’autodétruit en se mondialisant, alors qu’Arghiri Emmanuel affirme que l’impérialisme se reproduisait plutôt que s’autodétruisait, comme le prétendait Warren…

    David Slater a souligné plus tard un certain nombre de faiblesses dans la thèse de Warren, notamment l’eurocentrisme, l’acceptation de l’exploitation capitaliste et les lectures très sélectives des textes marxistes.

    Dans une autre réponse, Philip McMichael, James Petras et Robert Rhodes ont non seulement montré qu’il y avait peu de preuves d’une industrialisation indépendante dans les pays du Sud, en se basant sur le mouvement des capitaux et les échanges inégaux et ont prévenu la crise de la balance des paiements des pays du tiers-monde. Ils suggéraient que dans le contexte de l’impérialisme, le taux de croissance dans les pays sous-développé est un leurre, car l’économie est basée sur des secteurs fragiles, fluctuants et avec une faible valeur ajoutée, comme l’exportation des matières premières et des produits agricoles non transformés, le tourisme, les investissements étrangers et d’autres facteurs qui ne permettent pas de réaliser un développement durable.

    Pour conclure ce chapitre, on peut affirmer que les pays riches se sont enrichis ( en terme de PIB par habitant) entre 1960 et 2015 et les pays pauvres se sont appauvris :le revenu moyen par habitant des vingt pays les plus riches était 32 fois supérieur au revenu moyen des vingt pays les plus pauvres en 1960 et 123 fois supérieur en 2015. Le développement du « centre » se traduit par le sous-développement de la « périphérie, par le biais d’une opération de pillage et de transfert des richesses du « Sud » vers le « Nord ».

    Robert Paul Brenner (né le 28 novembre 1943) est un historien économique américain, directeur du Center for Social Theory and Comparative History à l’UCLA, rédacteur en chef de la revue socialiste Against the Current et membre du comité éditorial de la New Left Review. Ses recherches portent sur l’histoire européenne moderne, l’histoire économique, sociale et religieuse, l’histoire agraire, la théorie sociale et le marxisme.

    Robert Brenner ( né en 1943) a contribué à un débat sur la « transition du féodalisme au capitalisme », soulignant l’importance de la transformation de la production agricole en Europe et surtout  dans les campagnes anglaises, plutôt que l’essor du commerce international comme cause principale de la transition.

    En 1976, son article  « Agrarian Class Structure and Economic Development in Pre-Industrial Europe » a enrichi le débat sur la transition du féodalisme au capitalisme entre Maurice Dobb (1900 – 1976), Paul Sweezy et d’autres chercheurs marxistes dans les années 1950 en science et société. Sweezy et Dobb ont souligné que les conflits de classe, le développement du commerce et des milieux urbains ( les villes ) ont joué un rôle important et interactif dans la transition vers le capitalisme, même s’ils étaient en désaccord sur le facteur principal de la transition en Europe occidentale.  

    Paul Baran, Paul Sweezy et « Monthly Review » ont accordé une grande attention aux luttes et aux révolutions dans les pays du Sud. André Günder Frank ( 1929 – 2005) et Immanuel Wallerstein (1930 – 2018) ont analysé le rôle du commerce, de la division du travail, la «concurrence» et de la rationalisation de la production pour expliquer la transition du féodalisme vers le capitalisme en Europe. Paul Sweezy a souligné que cette transition ne s’est pas faite du jour au lendemain, mais durant deux siècles.

    L’ « école de la dépendance » a accordé une importance particulière au colonialisme, à la conquête militaire et à leur impact sur la formation des classes dans la plupart des pays du monde. Ce sont les expansions coloniales, l’exploitation des peuples autochtones et le pillage des richesses des pays colonisés ( en plus de l’esclavage aux Etats-Unis) qui ont développé le capitalisme en Angleterre, en Europe occidentale ou en Amérique du Nord. Logiquement, lorsque le capitalisme domine le marché intérieur, il cherche à s’étendre pour chercher les matières premières et les consommateurs ailleurs, dans d’autres endroits du monde : c’est l’impérialisme dont l’une des caractéristiques est le transfert de surplus de la « périphérie » vers le « centre ».

    Le néolibéralisme des années 1980 en Grande Bretagne (Margaret Tacher) et aux Etats-Unis ( Ronald Reagan) a signalé la rupture de la social-démocratie européenne avec toute référence au marxisme. C’est le retour de la tradition eurocentriste des socialistes occidentaux.

    Au milieu du dix-neuvième siècle et jusqu’à l’avènement de la Commune de Paris (1871), Karl Marx croyait au « rôle progressiste du capitalisme ». Il avait encore quelques illusions et espérait que la colonisation britannique de l’Inde pourrait, indirectement et par inadvertance, conduire l’Inde à l’industrialisation que Marx considérait comme la porte d’accès au progrès et à la révolution prolétarienne, même s’il reconnait que « la colonisation britannique a causé d’immenses dommages au peuple indien. L’Angleterre a détruit tout le cadre de la société indienne, sans le reconstruire, ce qui a provoqué la misère de l’Inde… »

    Lénine considérait que «la période entre 1789 et 1871 était celle du capitalisme progressiste où le renversement du féodalisme et de l’absolutisme, et la libération du joug étranger étaient à l’ordre du jour de l’histoire», mais Lénine considérait que « l’ère impérialiste du capitalisme après 1871 était le capitalisme pourri. »

    Kevin Anderson ( né en 1948) souligne que les pensées de Marx à l’égard du colonialisme ont évolué à partir de la fin des années 1850, en particulier après la révolte indienne de 1857. La montée de mouvements de résistance importants dans une grande partie du monde colonisé l’a amené à se concentrer davantage sur les potentiels de révolution en dehors de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord.

    La concurrence inter-impérialiste et les désaccords sur le partage du monde étaient les causes du déclenchement de la première guerre mondiale ( 1914 – 1918), mais aussi à l’origine de la Révolution russe en 1917. L’impérialisme était alors au centre des débats des socialistes, comme Vladimir Illich Lénine et Rosa Luxembourg. Ce débat a remis le sujet de la guerre et de la colonisation à l’ordre du jour, jusqu’à la seconde guerre mondiale qui s’est terminée par le renforcement de l’Union Soviétique, la victoire de la révolution chinoise, l’intensification des guerres anticoloniales et aussi un changement de stratégie de l’impérialisme qui garde le contrôle des pays « indépendants » sans recourir à l’occupation militaire , comme au 19ème siècle. La « guerre froide », les guerres de libération nationale (Vietnam, Cuba, Algérie, Afrique subsaharienne… ), le groupe des non-alignés et d’autres évènements ont permis aux « néo-colonies » de gagner quelques batailles contre l’impérialisme qui s’est adapté rapidement et a intensifié la guerre idéologique. Les complots, les coups d’Etat et l’installation de gouvernements fantoches sont devenus les actions privilégiés et ont remplacé l’occupation militaire directe…

    Les débats et les réflexions sur l’impérialisme de l’après deuxième guerre mondiale ont permis, dès la moitié du vingtième siècle, l’émergence de chercheurs marxistes qui ont concentré leurs recherches sur les origines du  sous-développement et la relation de dépendance entre « le centre » impérialiste et « la périphérie » constituée par les pays « néo-colonisés ».

    Paul Baran ( 1909 – 1964) est un des pionniers de « l’école de la dépendance ». Les piliers de cette école ont ouvert l’horizon de la littérature marxiste sur le passé et le présent des pays situés hors de l’Aurope et de l’Amérique du Nord. Paul Baran a publié en 1957 « L’économie politique de la croissance », et il est co-auteur  (avec Paul Sweezy 1910 – 2004 ) du livre « Le capital monopoliste, un essai sur la société industrielle américaine ».

    Paul Baran a analysé le pillage des pays du « tiers monde » par l’impérialisme, avec l’aide de la couche de la bourgeoisie compradore autochtone. Ce pillage entrave le développement des sociétés « semi-colonisées ».

    Au cours des années 1960 – 1970, l’impérialisme n’est plus un thème de discussion au sein de la gauche « occidentale », surtout à partir de 1973/1974, mais des écrivains ultérieurs tels que Samir Amin, André Gunder Frank et Immanuel Wallerstein ont chacun développé une approche distincte mais liée de la montée du capitalisme et de l’impérialisme. Au lieu de se concentrer uniquement sur l’Europe occidentale et les États-Unis, ils ont également exploré comment le système impérialiste et la division mondiale du travail ont contribué au transfert du surplus de la périphérie vers le centre. Le Fonds monétaire international et de la Banque mondiale ont renforcé la division internationale du travail et le transfert des richesses du « Sud » vers le « Nord ». Ces thèmes sont rarement abordés par les intellectuels occidentaux libéraux ou de gauche. Au Contraire, depuis les années 1970, des écrivains de gauche tels que Bill Warren, Robert Brenner, Michael Hardt, Antonio Negri et David Harvey ont contribué à ce type de contre-révolution intellectuelle qui a facilité la montée d’une idéologie conservatrice, présentée comme un discours de gauche, rappelant ainsi l’environnement intellectuel des socialistes de la Seconde Internationale, qui rompt essentiellement avec les traditions marxistes, en limitant le potentiel révolutionnaire dans les pays impérialistes.

    Les ouvriers anglais du temps de Marx et les ouvriers allemands du temps de Lénine se sont révélés incapables de jouer un rôle de premier plan dans la lutte pour le socialisme. Les principaux partis ouvriers et syndicats des pays impérialistes sont sous l’influence politique des forces pro-coloniales et pro-impérialistes. C’est cette influence du capitalisme qui a été à l’origine des divergences entre les partis de la première et la deuxième Internationale Ouvrière. De Marx et Engels à Lénine, les socialistes révolutionnaires ont toujours essayé de valoriser le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière contre le capitalisme et contre les dirigeants opportunistes des partis et des syndicats ouvriers.

    Les luttes longues et brutales contre l’opportunisme se sont progressivement développées dans les thèses de Lénine qui suggèrent que la révolution et la construction d’une nouvelle société socialiste ne se réaliseront pas nécessairement d’abord dans les pays du centre du capitalisme qui ont réussi à corrompre une partie du prolétariat (l’aristocratie ouvrière) et où les idées impérialistes ( la « mission civilisatrice » ) ont contaminé les ouvriers et la petite bourgeoisie qui ont tendance à être moins progressistes et plus conservateurs.

    L’Histoire donne raison à Lénine, car la première révolution socialiste réussie (aboutie) a eu lieu en Russie, la partie sous-développée de l’Europe. La deuxième grande révolution socialiste fut déclenchée en Chine. La Révolution Bolchévique de 1917 a eu beaucoup d’influence en « orient » et en « Asie ». Pourtant, les forces productives étaient plus développées en Europe Occidentale, mais Lénine souligne – dès 1913 – que les forces révolutionnaires en Europe sont en retard par rapport au développement des forces de production et par rapport à l’expansion du capitalisme dans sa phase monopoliste et impérialiste.

    Le socialisme à l’ère du néocolonialisme

    L’indépendance – même inachevée – des pays dominés est la conséquence directe des luttes, des révolutions socialistes et d’autres facteurs qui ont affaibli l’impérialisme britannique et français. Cependant, la lutte contre l’impérialisme est restée embryonnaire en Amérique du Nord et en Europe Occidentale. Les pays impérialistes sont devenus le maillon faible de la lutte contre l’impérialisme, les banques ou les entreprises multinationales monopolistes. C’est la conséquence de la faiblesse des partis révolutionnaires, surtout depuis la seconde guerre mondiale et la montée de l’impérialisme américain.

    Dans la plupart des pays nouvellement indépendant, la bourgeoisie compradore gouverne, en tant que « mandataire » ou « agent » de l’impérialisme qui l’a installée au pouvoir pour veiller sur les intérêts des anciens colons. Cette nouvelle situation confère au prolétariat et les forces révolutionnaires le devoir de la lutte contre l’impérialisme et la bourgeoisie locale, mais les camarades des pays impérialistes minimisent le rôle de l’impérialisme et ses organes (outils) comme la Banque Mondiale ou le Fonds Monétaire International dont le programme (le plan) est d’entériner la situation de domination impérialiste.

    La question de la domination de l’impérialisme, du pillage des richesses des pays du « Sud » par les multinationales du « Nord » et ses conséquences sur le non développement des pays dominés ou l’impossibilité d’appliquer le même schémas de développement des pays capitalistes « occidentaux ». Ce sujet et plusieurs autres, comme les agressions impérialistes armées, les changements violents de régimes politiques sous prétexte de non respect des droits de l’homme ou d’autres sujets comme la question palestinienne, ont élargi le fossé entre les mouvements révolutionnaires du « Sud » et du « Nord », surtout depuis la fin des années 1970, avec le néolibéralisme, d’abord en Grande Bretagne (Margaret Tatcher ) et aux Etats-Unis (Ronald Reagan), puis dans la plupart des pays capitalistes développés. La chute du mur de Berlin et de l’URSS a marqué un tournant néolibéral et de domination américaine absolue. Par conséquent, les débats sur l’impérialisme ont presque disparu de l’agenda de la gauche des pays impérialiste, pendant près de trois décennies. Mais les les pilliers de « l’école de la dépendance » ont continué à publier des recherches importantes sur l’impérialisme et ses monopoles dans le maintien du sous-développement des pays du « Sud ». Parallèlement, des intellectuels des pays du « Nord », comme Antonio Negri, Michael Hardt et David Harvey, considérés comme « de gauche », publient des thèses reproduisant l’ancienne géopolitique conservatrice dans un nouvel habit. Antonio Negri, Michael Hardt prétendent qu’on doit parler d’empire et non d’impérialisme, dans une version mise à jour de la thèse de Bernstein,  Warren ou Brenner, qui suggère que le capitalisme a dépassé la phase de l’impérialisme et que l’impérialisme est désormais remplacé par « l’Empire » qu’ils définissent comme un « capitalisme horizontal décentralisé ». John Bellamy Foster considère la thèse de Negri et Hardt sur l’empire comme « une version de gauche de la thèse néolibérale de la fin de l’Histoire »

    Hardt et Negri ont rejeté la théorie de l’impérialisme en réinterprétant le débat entre Lénine et Kautsky dans les années 1910, arguant à tort que la thèse de l’ultra-impérialisme de Kautsky était plus conforme aux travaux de Marx. Pour Hardt et Negri, « le véritable choix implicite dans l’œuvre de Lénine était entre la révolution communiste mondiale ou l’Empire », un nouveau nom pour l’ultra-impérialisme de Kautsky.

    Les écrits de ces personnages considérés comme de gauche sèment la confusion et négligent certains des problèmes contemporains comme l’inégalité du développement capitaliste et les difficultés des pays dominés (néo-colonisés) à cause de la surexploitation impérialiste et des transferts de richesses de la « périphérie » vers le « centre », dans le cadre de la division internationale du travail dans l’économie mondiale et à cause des échanges inégaux, ce qui creuse l’écart entre ces deux catégories de pays.

    Concernant nos questions arabes, nous rappelons que tous les pays arabes ont été soumis à l’occupation ottomane pendant plus de quatre siècles (à l’exception de quelques zones) puis au colonialisme européen (français et britannique notamment). Il y a un lien direct entre la nature de l’occupation sioniste ( colonisation de peuplement) et le soutien illimité américain ( les Etats-Unis sont nés comme suite logique d’une colonisation de peuplement ) et impérialiste à l’entité sioniste lors de l’agression de 2023/2024. Les projets impérialistes ne datent pas d’aujourd’hui mais depuis la Conférence de Berlin (1878 – 1884), les accords Sykes-Picot (1916), et le plan américain du Grand (ou Nouveau) Moyen-Orient. Ces plans ont un dénominateur commun : Ils visent tous la division du monde arabe pour empêcher toute forme d’union (sous la forme d’une fusion, d’une confédération ou d’une autre forme d’unité). L’entité sioniste n’est rien d’autre qu’un outil pour atteindre les objectifs de pillage et de contrôle de cette zone. L’hégémonie impérialiste s’appuie sur l’entité sioniste, même si celle-ci a ses propres plans, mais elle reste un outil de la domination de l’impérialisme qui lui apporte un soutien illimité. Voici quelques données qui appuient la thèse de la relation organique entre l’impérialisme dominant (américain) et l’entité sioniste :

    Les médias sionistes indiquent que l’agression contre notre peuple en Palestine et au Liban (2023/2024) n’aurait pas été possible sans le soutien politique, médiatique et diplomatique américain, notamment financier et militaire. Ce soutient se manifeste par une augmentation du volume et de la valeur des armes, de munitions, du matériel militaire expédiés vers la Palestine occupée, ainsi que le soutien financier, matériel et logistique fourni par les États-Unis, qui comprend des équipements militaires avancés et 75 avions de combat F-35, dont la fabrication a été financée par les pays européens membres de l’OTAN et est considéré comme technologiquement le plus avancé. L’armée sioniste a obtenu ces avions de combat avant tous les pays qui ont contribué au financement de sa fabrication. Le prix de ces 75 avions a été payé avec l’aide américaine.

    Les États-Unis disposent de systèmes de défense en Palestine occupée tels que Patriot, Iron Dome et puis le système THAAD. Les gouvernements américains utilisent l’argent public, l’argent des impôts des résidents (Américains et résidents étrangers, dont les arabes) pour aider et financer l’ennemi sioniste, pour réapprovisionner le système Iron Dome en missiles intercepteurs, pour financer l’amélioration du système « David’s Sling » destiné à abattre les missiles lancés d’une distance de 100 à 200 kilomètres, en plus de l’envoi d’autres armes avancées. Le ministère sioniste de la Guerre a annoncé jeudi 26/09/2024 avoir obtenu une aide militaire des États-Unis d’une valeur de 8,7 milliards de dollars, en guise de soutien à  l’agression contre le peuple libanais. L’aide comprend 3,5 milliards de dollars pour financer l’achat de fournitures et 5,2 milliards de dollars pour armer les systèmes Iron Dome, David’s Sling, « Arrow » et le système laser, selon un communiqué du ministère de la Guerre de l’ennemi, qui a indiqué que son armée recevra ces équipements susmentionnés dans un laps de temps assez court. L’administration de Joseph Biden (avec le soutien des membres du Congrès) a pris ces décisions malgré les sondages d’opinion. indiquant que plus de la moitié des Américains estiment « qu’il est nécessaire de restreindre l’aide militaire » fournie à l’entité sioniste, qui cible les femmes, les enfants, les bâtiments, les écoles, les hôpitaux, les réseaux d’eau et d’électricité, ce qui a causé à Gaza une destruction que l’humanité n’a pas vue depuis la Seconde Guerre mondiale, une famine sans précédent et une menace pour la vie de millions de Palestiniens en raison de l’embargo sur la nourriture, les médicaments, les équipes de secours et en raison du refus d’appliquer les décisions de la « communauté internationale » » (les Nations Unies) et les institutions judiciaires internationales…

    La valeur de l’aide militaire officielle américaine déclarée à l’entité sioniste, de 1948 à 2022, a été estimée à environ 158,8 milliards de dollars, selon les données officielles américaines, mais les données du Congressional Research Service estiment que ce montant pourrait atteindre 260 milliards de dollars si l’on prend en compte le taux d’inflation. Cette somme comprend l’aide militaire (sans compter les dix milliards de dollars pour les programmes de missiles) et l’aide économique. L’aide militaire est accordée sous forme de subventions pour l’achat d’armes américaines, en plus des 3,8 milliards de dollars annuels que l’entité sioniste reçoit sous forme de subvention du programme américain de financement militaire destiné à l’étranger, en plus des 500 millions de dollars annuels pour la recherche , le développement et le déploiement de systèmes de défense antimissile tels que Iron Dome. L’aide fournie à l’ennemi sioniste – en 2021 – représente 59 % de l’aide militaire totale que les États-Unis incluent dans le programme de financement militaire étranger, le reste du monde obtient 41% de l’aide américaine totale. Cela se fait avec le soutien du Congrès américain, qui a approuvé plusieurs législations qui garantissent le maintien de la supériorité militaire sioniste sur l’ensemble des armées arabes, en fournissant gratuitement les armes américaines les plus puissantes et les plus récentes, ainsi que des armes expérimentales ou interdites, telles que l’uranium appauvri ou le phosphore blanc ou des armes destinées à traverser des « obstacles épais ». Le prix est payé aux grandes entreprises de l’industrie militaire par les programmes d’aide militaire, c’est-à-dire par les contribuables américains et résidents aux Etats-Unis…

    En tant que peuples arabes, nous sommes en confrontation directe avec l’impérialisme européen et américain depuis le XIXe siècle. C’est une erreur de séparer l’entité sioniste de l’impérialisme mondial et de la plupart des régimes politique arabes. Cette alliance tripartite a été démontrée lors de l’intensification de l’agression sioniste. contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, et contre le peuple libanais. L’entité sioniste représente la base avancée de l’impérialisme et elle ne peut pas mener une guerre à grande échelle sans la couverture ou le soutien direct de l’impérialisme américain qui participe à l’agression actuelle, à travers des livraisons d’armes, d’équipements, le déploiement d’un système de missile avancé. Le président américain Joseph Biden lui-même a ordonné, à la mi-octobre 2024, après un an d’agression continue, le déploiement du système de la « zone de haute altitude » (THAAD) en Palestine occupée et l’envoi d’un équipage d’au moins une centaine d’officiers et ingénieurs militaires américains pour entraîner et faire fonctionner ces armes, dans le cadre de l’engagement américain à assurer la supériorité de l’ennemi sioniste sur toutes les armées arabes réunies.

    Le peuple palestinien ne peut pas compter sur les régimes arabes qui ne sont que des agents de l’impérialisme américain, surtout les régimes égyptien, jordanien, marocain et ceux du Golfe. Le monde arabe est truffé de bases militaires américaines (et pas seulement). Quant aux Etats-Unis, ils participent d’une manière directe à une guerre régionale dont la portée peut s’étendre afin d’étendre l’hégémonie de l’entité sioniste, en tant que base et protectorat de l’impérialisme.

    Le New York Times a rapporté le 4 octobre 2024 que le général Charles Q. Brown, chef d’état-major interarmées, avait soulevé la question de l’élargissement de la portée de la guerre, lors d’une réunion entre la Maison Blanche et l’état-major militaire, dont l’objet était d’étudier le déploiement de davantage de navires militaires et d’avions de combat dans la zone qui englobe la Palestine et le Golfe, pour démontrer la fermeté du soutien américain à l’entité sioniste, en particulier après que les missiles d’Iran, de la résistance yéménite et libanaise ont ciblé les bases et les casernes de l’armée sioniste à Haïfa, Tel Aviv et Naqab (Néguev)…

    Les commentaires et opinions exprimés publiquement d’une partie importante de « la gauche » des pays impérialistes, sur la situation actuelle en Palestine, nous permettent de déduire que le problème se résume à la présence d’un gouvernement de droite et d’un Premier ministre « fou ». La « crise » serait résolue avec le changement de gouvernement, mais nous constatons  que l’occupation, l’extermination et l’expulsion des Palestiniens se poursuivront par le biais de l’embargo ( Gaza est assiégée depuis 2006), la famine, la dépossession des terres et la destruction des bâtiments. Les palestiniens des territoires occupés en 1948 subissent aussi la confiscation des terres, la ségrégation et les interdictions, d’une manière probablement moins grave que ce qui se passe à Gaza ou en Cisjordanie, mais l’objectif est le même : expulser le maximum de palestiniens ou les pousser à quitter leur Patrie.

    S’agit-il d’illusion de nos camarades « occidentaux », ou probablement d’un manque de compréhension ou de lacunes, concernant la nature de l’entité sioniste et la nature de la colonisation de peuplement sioniste, qui est basée sur la doctrine sioniste, idéologie raciste, suprémaciste et expansionniste. Les dirigeants du mouvement sionisme ont toujours compté, dès le début, sur le soutien des puissances capitalistes. Théodore Hertzl ne conçoit pas la réussite de son projet colonialiste sioniste sans le soutien de l’impérialisme dominant de l’époque : L’impérialisme Britannique et Français, à la fin du dix-neuvième siècle. Il compte sur les pays impérialistes pour assurer le contrôle – à caractère colonial – du Machreq et du monde arabe, dont la population (dont l’existence était parfois niée) est considérée, selon les déclarations des dirigeants sionistes, depuis la fin du XIXe siècle, comme barbare et non civilisée. C’est ainsi que ces dirigeants justifiait la création de l’État d’« Israël » comme un « rideau de fer pour garantir la défense de la civilisation occidentale dans la région ».

    Il s’agit donc, en 2023/2024, d’une continuité de la guerre d’extermination conçue par l’impérialisme et menée par les États-Unis ( et ses alliés) et l’entité sioniste contre le reste des pays et des peuples du monde « non occidental », dont le peuple palestinien est la cible la plus apparente car il représente un symbole importants des aspirations de tous ces peuples à la libération nationale et à la justice.

    Certains de nos camarades des pays impérialistes considèrent que le génocide en cours est un incident isolé ou une « réaction israélienne » après l’opération de guérilla du 7 octobre 2023, tandis que nous (citoyens arabes) considérons que l’agression actuelle est un chapitre du plan sioniste qui ne peut être séparé du projet global de domination à l’échelle mondiale. L’entité sioniste est un outil pour réaliser ou atteindre les objectifs américains, dont le « Nouveau projet au Moyen-Orient » qui accorde un rôle important à son allié privilégié au « proche orient ».

    Certains de nos « amis » en « Occident » considèrent que « la droite israélienne et le gouvernement Netanyahu sont responsables de l’agression actuelle. Nous croyons et affirmons que tout le projet sioniste est basé sur l’occupation et l’expansion des colonies, quelque soit la couleur du gouvernement sioniste et le nom de ses ministres. L’alliance sioniste qui gouverne actuellement n’est arrivé au pouvoir que trente ans après la création de l’État sioniste. De 1948 à 1977, ce sont des alliances dominées par le Parti Travailliste qui ont mené les guerres, l’expulsion et l’expropriation des terres. La couleur politique du gouvernement sioniste ne changera pas la nature de l’Etat et ses projets expansionnistes, ni la nature de l’occupation. D’où la déduction que l’étape actuelle est une phase de libération nationale pour le peuple palestinien, quelque soit le nom du Premier ministre ou du parti sioniste qui mène la guerre d’extermination…

    Ce désaccord entre les communistes et les progressistes du « Nord » et du « Sud » s’inscrit dans un ensemble d’autres désaccords, notamment sur la nature de la démocratie bourgeoise et la question du « fascisme ». De nombreuses organisations de gauche dans les pays impérialistes se sont offusquées lorsque Samir Amin, Immanuel Wallerstein et d’autres ont considéré le régime américain comme fasciste, surtout depuis le début du XXIe siècle, après l’adoption de lois restrictives pour les libertés (comme le Patriot Act) en 2001 et la généralisation de la surveillance électronique de masse, des arrestations arbitraires et de la censure des publications, sous prétexte de la « lutte contre le terrorisme ». Certains de nos amis « occidentaux » affirment que tant que les partis et les syndicats sont autorisés et tant que les élections périodiques se déroulent pour renouveler les instances dirigeantes de l’Etat capitaliste, on ne peut pas évoquer le caractère fasciste du pouvoir dans les pays capitalistes avancés.

    Ces « arguments » sont faibles et ne prennent pas en compte les développements et l’évolution survenus suite à la défaite du fascisme classique italien ou japonais, du nazisme allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, ni l’évolution des événements après l’effondrement de l’Union soviétique qui a abouti à l’hégémonie « unipolaire » menée par l’impérialisme américain qui a changé sa tactique militaire pour mener des guerres par procuration, comme l’Ukraine contre la Russie, Taïwan contre la Chine et l’entité sioniste contre les peuples d’unev zone qui s’étend de l’Atlantique au Golfe. L’objectif est le contrôle total des richesses, des cours d’eau et des routes du commerce dans le monde arabe, en Asie occidentale et dans la Corne de l’Afrique…

    L’un des dirigeants du Conseil sioniste appelé « Crif » en France – le deuxième groupe de pression sioniste le plus important au niveau international après l’« AIPAC » américain – a déclaré – en réaction à l’arrivée du leader d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, au deuxième tour des élections présidentielles françaises de 2002 – que la montée de l’extrême droite constitue un avertissement sérieux pour les immigrés arabes et musulmans en France et en Europe, alors que les organisations de gauche françaises considéraient l’extrême droite comme « antisémite ». Cette déclaration – précédée et suivie par de nombreux autres actes et déclarations – constitue une confirmation de l’alliance entre toutes ces forces politiques réactionnaires : sionisme, fascisme, extrême droite, droite classique et social-démocratie. Le sionisme et l’extrême droite partagent les mêmes références idéologiques fascistes, en s’adaptant aux changements et aux nouvelles réalités.

    « John Bolton », le conseiller américain à la sécurité nationale pendant la présidence de Donald Trump, est s’est installé en Europe après sa démission. Il a une mission, un projet et un gros budget. Il est connu pour son incitation à enclencher et poursuivre des guerres continues et pour l’utilisation de la force armée pour changer les régimes politiques qui ne conviennent pas aux États-Unis. Il dirige à Bruxelles – capitale de l’Union européenne et de la Belgique – une institution politique sous forme d’un « bureau de conseil » financé par des institutions américaines, dont des institutions créés par l’Etat et notamment par les « néoconservateurs » et le courant du « sionisme chrétien ». Ce « bureau de conseils » a pour mission de coordonner la réflexion et les actions entre les partis d’extrême droite en Amérique, en Europe et l’entité sioniste. Cette institution a supervisé, depuis 2019 en Europe, des sessions de formation pour améliorer le rendement politique des superviseurs de la propagande, des médias et des programmes de l’extrême droite en Europe. L’objectif est d’aider l’extrême droite européenne à s’adapter aux différentes constitutions européennes, aux lois et aux institutions constitutionnelles, dans le but de prendre le contrôle du pouvoir par le biais des élections. Cette démarche s’inscrit dans l’objectif de l’extension de l’hégémonie du néolibéralisme et de débarrasser l’extrême droite européenne de l’étiquette antisémite, d’où le développement des relations entre les l’entité sioniste et l’extrême droite en Europe et en Amérique du Nord qui ont commencé depuis l’effondrement de l’Union soviétique. Plusieurs réunions officielles et publiques périodiques entre les dirigeants de l’extrême droite en Europe et les dirigeants de l’entité sioniste, ont eu lieu au cours des vingt dernières années, surtout depuis 2010…

    Conclusion

    La relation entre le colonialisme et le « sous-développement» des pays pauvres

    Le prix Riksbank pour les sciences économiques (arbitrairement appelé « prix Nobel d’économie ») a été décerné, le 14 octobre 2024, à trois chercheurs : Daron Acemoglu, Simon Johnson et James Robinson. Leurs recherches et leurs contributions théoriques et expérimentales étaient une tentative pour comprendre « Comment se forment les institutions et leur impact sur la prospérité ». Ils ont essayé d’expliquer les raisons pour lesquelles certains pays souffrent aujourd’hui de grandes difficultés économiques, et ils ont prouvé le rôle fondamental du colonialisme dans la création et l’approfondissement de cette disparité. Ce que la Banque Mondiale a été obligée de reconnaître. En 2022, selon la Banque mondiale, le revenu moyen par habitant au Danemark était de 74 000 dollars et en Sierra Leone de seulement 1 900 dollars, alors que les travailleurs créent des richesses dans les deux pays. La question est : comment pouvons-nous expliquer ces différences de revenus entre les pays ? Autrement, comment expliquer que même lorsque les pays les plus pauvres tendent à s’enrichir, ils ne rattrapent jamais les pays plus prospères ? Les auteurs de l’école de la dépendance ( courant économique et politique qui étudie les causes du développement inégal entre les pays) l’ont longuement expliqué, et les travaux des lauréats du Prix 2024 de la Banque de Suède pour les sciences économiques se sont concentrés sur ces questions : Ils ont mis en lumière théoriquement et empiriquement la relation centrale entre la prospérité économique et le réseau d’institutions contrôlées par les États impérialistes, comme les investissements dans la recherche scientifique et les droits de propriété soutenus par un système juridique et politique fort, capable d’imposer son point de vue et ses intérêts par la force militaire lorsque cela est nécessaire. Ces facteurs de pouvoir ne sont disponibles que dans les pays développés, les pays capitalistes du « Nord » qui ont colonisé les pays du « Sud » par la force militaire dans le passé et les dominent désormais par la force économique, et aussi par la force militaire si nécessaire, ce qui rend le rôle du colonialisme essentiel dans le développement inégal des pays, en particulier dans les colonies de peuplement, où les institutions coloniales incitaient les colons à travailler et à investir dans leur « nouvelle patrie », où ils jouissaient des libertés politiques et économiques fondamentales qui étaient et sont toujours refusées à la population autochtone assiégée et déplacée par les grandes mines et les fermes des colons qui sont à la tête du pouvoir. C’est ce qui s’est passé et se passe encore en Afrique du Sud, en Palestine, en Irlande et en Calédonie, et ce qui s’est passé auparavant en Australie, en Amérique du Nord et en Nouvelle-Zélande…

    La plupart des pays colonisés ont obtenu leur indépendance grâce à un processus de consensus ou de compromis avec le colonialisme, qui a soutenu la faction qui lui est fidèle pour gérer les affaires du pays, ce qui rend ces pays nouvellement indépendants piégés dans des relations inégales qui perpétuent le système d’exploitation, de persécution et de pauvreté, ainsi que l’élargissement du fossé entre les classes sociales, ce rend nécessaire et légitime la révolution contre l’autorité politique et économique de ces pays…

    Il est regrettable que les militants communistes des pays de la « Périphérie » soient obligés de renouer avec les débats qui ont divisé la Deuxième Internationale, pendant la Première Guerre mondiale, pour convaincre leurs camarades des pays du « Centre » de l’importance de développer la solidarité internationale en commençant par soutenir la lutte contre l’impérialisme, contre les entreprises transcontinentales qui surexploitent les travailleurs des pays pauvres (néo-colonisés) et de la nécessité de soutenir ces luttes par des partis de gauche et des syndicats dans les pays impérialistes.

    Les guerres d’agression lancées par l’impérialisme – mené par l’impérialisme américain – depuis l’effondrement de l’Union soviétique (Irak depuis 1991, Yougoslavie, Afghanistan…) et surtout l’agression sioniste en cours au moment de la rédaction de ces paragraphes (20 octobre 2024) ont démontré la profondeur des divisions et des désaccords, ainsi que la difficulté d’une lutte internationale commune et la difficulté d’établir des instances et des cadres pour coordonner les discussions, les débats  et les luttes entre les différentes forces socialistes mondiales, car le capitalisme – à l’ère de l’impérialisme – a exploité ces difficultés de coordination pour intensifier ses attaques contre la classe ouvrière et les pauvres dans chaque pays, et contre les peuples et nations opprimés à travers le monde…

    L’influence de l’idéologie impérialiste sur l’opinion publique – y compris les syndicats, les partis et les forces progressistes – en « Occident » doit être soulignée et l’accent doit être mis sur l’identification de la nature des conflits entre ceux qui possèdent les moyens de production, ceux qui vendent leurs forces de travail et travaillent sur ces outils de production, d’une part, et le capital monopoliste qui pille les ressources et la main-d’œuvre des pays de la « périphérie ». C’est une contradiction entre le capital mondialisé et les peuples opprimés. Il s’agit d’un conflit inégal produit par un échange inégal entre les pays impérialistes (le centre) et les pays et peuples soumis à l’oppression et au colonialisme indirect (la périphérie). Il faut également souligner l’intégration de la lutte contre l’impérialisme ou contre l’oppression nationale dans la lutte contre l’exploitation de classe. Ce qui nécessite l’établissement d’un front contre le capitalisme et l’impérialisme et ses ramifications comme le sionisme ou la bourgeoisie compradore dans les pays de la « périphérie »…

    L’école de la dépendance a relancé le débat sur l’essence de l’impérialisme selon la théorie léniniste et sur le développement inégal entre le centre, qui représente les pays capitalistes développés (l’impérialisme), et les périphéries, c’est-à-dire les pays liés de force au capital monopolistique. Ainsi, le groupe des pays impérialistes se développe grâce à la surexploitation des richesses et des travailleurs des pays « périphériques » qui prennent du retard, et l’écart se creuse de plus en plus entre les deux groupes de pays. Ce qui réfute l’opinion selon laquelle « le capitalisme joue un rôle progressiste dans les colonies et joue un rôle positif dans le développement des forces productives », car les données et les chiffres – provenant de diverses sources – prouvent l’approfondissement du fossé au fil du temps, et donc la solution réside dans la rupture avec le système actuel et l’intensification des échanges entre forces révolutionnaires et progressistes dans les pays « périphériques », afin de parvenir à un développement indépendant et à un système horizontal « non capitaliste » (socialiste) qui reconnaît l’égalité entre les individus, les peuples et les pays…

     La lutte anti-impérialiste nécessite une meilleure compréhension du processus de développement du capitalisme mondial, de l’exploitation impérialiste et du transfert de surplus, alors que les travailleurs des pays dominés souffrent de l’incapacité de satisfaire les besoins fondamentaux de santé, d’éducation, de logements ou de transport public ou d’infrastructure… Cette lutte anti-impérialiste ne vise pas l’instauration d’« un capitalisme réformé», car le système capitaliste est verrouillé. Les chances de « décoller » pour atteindre le niveau de développement de l’Europe ou de l’Amérique du Nord sont quasi-nulles. L’objet de cette lutte devient : un changement de mode de production qui permet de socialiser les moyens de production et de produire pour satisfaire les besoins des citoyens et non exporter les produits bruts ou exporter des esclaves modernes (les travailleurs émigrés). Qu’importe le nom qu’on peut donner à ce mode de production, mais l’objectif est c’est de réaliser l’égalité entre les citoyens… 

    Taher Elmouez

  • Charles Habib Malik, président de l’AG de l’ONU, sur Palestine-Liban : un texte prémonitoire de 1949

    Charles Habib Malik, président de l’AG de l’ONU, sur Palestine-Liban : un texte prémonitoire de 1949
    Charles Habib Malik est un diplomate, né le 11 février 1906 et mort le 28 décembre 1987. Homme politique et universitaire libanais. Il a eu une carrière distinguée au Liban et à l'étranger. Il a occupé plusieurs fonctions au sein de l'Organisation des Nations unies et a joué un rôle important au sein de la politique libanaise. Il a été président de l'assemblée générale des Nations unies et l'un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
    Les paragraphes, tirés de son rapport présenté le 5 aout 1949,  que je vous propose ressemblent etrangement aux evenements qu'on est entrain de vivre et  qui s'imposent aujourd'hui plus que jamais à notre conscience. Avec une impressionnante prémonition, il a su mettre le doight sur la plaie. Troublant, il avait pressenti puis analysé le danger qui guetait les peuples du moyen-orient.... " Et plus personne ne pleurera notre asservissement ".-Lalibi Brahim

    Charles Malik, docteur en philosophie de Heidelberg, ancien président de l’AG des NU et rédacteur de sa charte. Voici ce qu’il prédisait il y a soixante-quinze ans, en 1949 – à méditer profondément, étant donné que c’est ce que le Liban et le monde arabe vivent aujourd’hui.

    Dans un petit livre intitulé «Rapport sur la situation actuelle – 5 août 1949», réédité par la maison d’édition «An-Nahar» en 2002 et préfacé par le professeur de journalisme libanais Ghassan Tueni, Charles Malik parle des «phases du mouvement sioniste», de «l’Amérique et du monde arabe» et du «destin du Liban». Ces trois thématiques sont liées aux stratégies israéliennes et à leurs répercussions sur les réalités libanaises et arabes, ainsi que leurs complexités et dilemmes.

    Malik commence son rapport par une description des situations arabes en disant : «La question palestinienne a été et reste la plus grave des questions arabes, et son issue est donc celle de l’ensemble du monde arabe. La catastrophe palestinienne est une image claire de la catastrophe arabe, et les faiblesses qui ont engendré l’échec arabe en Palestine sont les mêmes faiblesses qui ont engendré et engendreront les défaites complètes dans le monde arabe».

    Charles Malik déclare : «Tout ce qui s’est passé jusqu’à présent en Palestine et concernant la Palestine n’est qu’un début. Quant à la conclusion, elle sera soit la domination du monde arabe et sa colonisation par les juifs, soit son renouveau en tant que monde moderne, respecté et en interaction avec les civilisations vivantes dans la création et la préservation des valeurs. Quoi qu’il en soit, l’avenir proche sera plus sombre que le présent et plus dangereux que le passé».

    Charles Malik explique cela en disant : «L’entrée d’Israël en tant que membre des Nations unies n’est pas un acte qui met fin aux ambitions des juifs. L’État d’Israël, dans sa situation et ses frontières actuelles, n’est pas un refuge pour la puissance juive envahissante, mais un centre de rassemblement pour elle et un terreau pour sa croissance, un point de départ pour son expansion et son assaut sur les pays arabes voisins et lointains, sur les plans politique, économique et social. Les déclarations des juifs selon lesquelles, dans cinquante ans, il n’y aura que deux États dans le monde : l’Amérique et Israël, ne doivent pas être prises à la légère».

    Charles Malik : «Je suis certain que notre avenir est celui d’un colonisateur et d’un asservissement par les juifs, et personne ne pleurera notre asservissement».

    Selon Charles Malik, «la phase qui s’est terminée avec la création d’Israël est une préparation pour la phase complémentaire suivante, qui vise à coloniser et asservir le monde arabe de manière effective. Dans cette phase, il sera question de se préparer à l’expansion dans le monde arabe et d’approfondir la prise de contrôle de ses ressources».

    Charles Malik répond : «Il faut interpréter les projets d’aide et de développement émanant des États-Unis comme étant, dans leur grande majorité, des leurres visant à apaiser l’indignation du monde arabe, la vitrine semble attractive, traduire une empathie envers le monde arabe et un intérêt pour son développement, mais l’aide est essentiellement liée, conditionnée, à la pérennité de l’État juif».

    Charles Malik répond à cette question en disant : «Les sionistes ont réussi, mais ils ne se contenteront pas de ce succès partiel, car leurs ambitions ne s’arrêteront pas à la parcelle de Palestine qu’ils ont conquise. La seconde phase est de prouver qu’ils sont les élus pour développer l’Orient, qu’ils sont la véritable force en son sein, qu’ils représentent ses intérêts et déterminent sa volonté. La totalité de la Palestine ne satisfait pas les besoins des juifs ; Israël veut contrôler le monde arabe et être l’héritier de tous ses prédécesseurs, qu’ils soient romains, byzantins, arabes, turcs ou sous mandat. Ainsi, le sionisme veut être reconnu dans une époque future comme le mandataire. Le monde arabe est l’espace vital du sionisme, et je dis : si rien ne change dans le monde arabe (les solutions temporaires, les susceptibilités épidermiques, la désunion, l’ivresse du passé, les politiques improvisées, l’absence de véritables réformes), alors je suis certain que notre avenir est celui d’une colonisation et d’un asservissement par les juifs, et personne ne pleurera notre asservissement».

    Charles Malik : «Il y a un danger que se forme un accord secret entre Israël et certains Libanais à la vue courte, menant à un coup d’État en faveur d’Israël, mais un tel coup d’État conduira inévitablement au chaos, puis à une intervention syrienne, suivie d’une intervention israélienne, et donc à une nouvelle guerre, et le Liban n’en sortira jamais gagnant».

    Selon ce rapport prémonitoire, il existe des dangers innombrables. Parmi ces dangers, Charles Malik dit : «Un jour viendra, et cela pourrait être bientôt, sinon déjà, où rien dans le monde arabe ne sera résolu ou réglé sans l’accord des juifs, et alors les gouvernements, les systèmes et les personnes seront maintenus ou renversés au bon vouloir des juifs. Un président ou un chef de gouvernement sera formé ou tombera parce que Tel-Aviv et le judaïsme mondial basé à New York et dans d’autres capitales occidentales le souhaitent».

    Charles Malik poursuit en disant : «Un jour viendra où les juifs réussiront à convaincre l’Occident et certains de nos politiciens et penseurs qu’ils sont l’interface entre l’Occident et le Proche-Orient en matière d’économie, d’urbanisme, de culture et de politique. Un jour viendra où tous les projets économiques, d’urbanisme et de plans de sauvetage seront basés en grande partie sur la volonté juive, visant à contraindre les Arabes à reconnaître Israël et à coopérer avec lui. Ces projets seront conçus de manière à renforcer principalement les fondations d’Israël et à en faire la pierre angulaire de l’édifice économique et du progrès urbain au Proche-Orient».

    Charles Malik relie les facteurs de confrontation au défi israélien soutenu par les États de l’Est et de l’Ouest à la nécessité d’un mouvement de réforme libérateur à l’échelle arabe. À ce propos, il se demande : «Où ce mouvement de libération et de réforme peut-il naître dans le monde arabe ? Je doute fortement qu’un des pays arabes puisse être le précurseur ou porter sa flamme vers les autres. Il reste entre tous les pays arabes, le Liban et la Syrie. Je suis certain que cette renaissance souhaitée ne pourra se faire qu’au Liban ou en Syrie, ou aux deux. Le Liban prend-il conscience de ses responsabilités dans ce domaine, et est-il prêt à coopérer avec le nouveau régime syrien, sans compromettre aucune de ses libertés et de son indépendance ?»

    Charles Malik avait prévenu les Libanais en 1949.

    Surce du texte Charles Habib Malik : https://x.com/reseau_internat/status/1849813660069179490

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

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– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

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– Olivia, Paris